• Dans les Kiosques : La Brique 59 : L’ordre règne !

    Édito n°59 - Botus et mouche cousue : On vous dira tout !
    http://labrique.net/index.php/thematiques/editos/1059-edito-n-59-botus-et-mouche-cousue-on-vous-dira-tout
    Comme tout.e bon.ne petit.e journaliste, nous avons des références certaines. Le célèbre dessinateur belge Hergé, en bon petit soldat du monde libre (à peine colonialiste), décrivait déjà en 1930, dans Tintin au pays des Soviets, des scènes de violences policières et de l’arrogance militante ainsi que les mensonges d’État.

    Le monde des soviets étant aujourd’hui déchu, l’actuel ressemble étrangement à la bande dessinée. Coups de pied au cul, mépris du peuple, élections forcées, précarités permanentes, rien n’a changé. Ah si, un Macron qui dénonce sans sourciller les dérives d’un « capitalisme fou » devant l’Organisation Internationale du Travail en Suisse. A Lille, on apprécie « Le murmure culturel dans le vacarme marchand » d’Elnorpadcado, festival initié contre l’entreprise marketing Eldorado, cet amuse-gueule pour prédateurs financiers. 

    Si Tintin était encore parmi nous, il ne serait assurément pas dupe ! Il aurait acheté la Brique et se risquerait à aller en manif où pourtant la répression politique se poursuit : gardes à vue, intimidation, fichage. Nouvel us et coutume à Lille, les p’tites graines de reporter risquent leur gueules et leur matos face aux méchants soviets d’aujourd’hui. On pense à tous ces militants : Luttographie, Oculus social, Khayyam, le collectif Œil & mais aussi au taf de tous les Revol qui renseignent et documentent sur ce qu’il se passe dans la rue. On remarque un petit nouveau dont on apprécie la radicalité : l’Esquinte.info. L’ordre compte bien régner, et c’est celui de l’arbitraire. Celui où ni la presse, ni le syndicat, ni la justice ne passent. Un pouvoir qui nous met devant le fait accompli, comme au squat le 5 étoiles où l’expulsion a lieu... deux jours avant le jugement.

    Comptez pas sur nous pour devenir des RG ! Mais c’est forte de ses irréprochables références tintinophiles que La Brique vous a concocté ce nouveau numéro. Attention, vos yeux vont sans doute piquer - comme cet édito - car nous aussi, on a besoin de vacances, histoire de potasser un peu plus nos références. Sapristi !
    PS : On relance les courriers des lecteur.rices ! Envoyez nous vos réactions : billets doux, pimentés ou salés, on prend tout !

    Le collectif de La Brique

    & dont nous apprenons au moment de boucler, effaré.es, la garde à vue d’un des membres, Leo Ks. Il couvrait la grève des postiers du 92.

    SOMMAIRE :
    p.2 : Édito 
    p.3 : Calendrier estivale
    p.4 : Contraception : les dessous de la baise
    p.5 : La possibilité du fascisme
    p.6-7 : Criminaliser et réprimer : la lutte politique hors-la-loi
    p.8-9 : Milisphère, des péripéties
    p.10-11 : La chasse aux étranger.es
    p.12-13 : Roman-photo pour enfants
    p.14-15 : Loi Blanquer, l’école des esclaves
    p.16 : Action directe contre nikléaire
    p.17 : En marche sur les rotules
    p.18-19 : Panorama des unités lilloises en lutte
    p.20 : Portrait d’un Gilet Jaune
    p.21 : Format AG pour GJ
    p.22 : SNCF : un an après la pub
    p.23 : ACAB
    p.24 : Antispécisme, mythe ou réalité ?
    p.25 : Lionderie, mites ou autorité ?
    p.26 : Lumière IV
    p.27 : Des arts en bazar
    p.28 : Jeu, où est Macron ?

    #La_Brique #Lille

    • Ce Mardi 9 juillet 2019 à 18h au Parc du Belveder : Apéro Brique
      https://lille.demosphere.net/rv/6965
      Le collectif de rédacteur.rices et dessinateur.rices de la Brique vous invite à discuter du dernier numéro dans une soirée estivale festive, et politique.
      
Au programme :
      À partir de 18h : accueil

      Vers 19h : L’équipe de la rédac vous présentera les principaux sujets du numéro et vous proposera d’en débattre. La discussion est ouverte à tou.tes que vous ayez lu les articles ou non.
      Voici les trois principaux thèmes du numéro qui seront abordés :
      – Le fascisme en France
      – Les mobilisations du printemps dernier
      – Présentation des collectifs mobilisés que nous avons rencontré
      
En présence de quelques membres de ces collectifs.
      À partir de 21h : on continue de discuter autour d’un verre et en musique.
      Sur place : cantine végan à prix libre et une buvette avec et sans alcool.

  • La Brique sur les Ondes Parce que c’est notre rejet ! La Brique N 57
    https://www.campuslille.com/index.php/entry/parce-que-c-est-notre-rejet-la-brique-n-57

    L’édito : On connaissait le rouge, le noir, le violet, le vert... Mais le jaune... Jusqu’ici c’était plutôt la couleur des briseur.ses de grève ! Depuis un mois, les gilets jaunes nous déboussolent : ce soulèvement fait voler en éclats nos représentations politiques. Il nous donne un peu de souffle. On espérait bien que ça pète mais on n’aurait pas cru que ça se passerait de cette façon !

    En même temps, avec trente ans de néolibéralisme, de mépris de classe, de déni démocratique, rien d’étonnant là-dedans. Force est d’admettre que leur manière de s’organiser n’a pas uniquement dépassé les partis et les syndicats. La grève se fait la malle, les blocages se multiplient.
    On dirait bien que cette lutte a réussi à toucher l’économie en contournant les lieux de production.
 La suite, http://labrique.net/index.php/thematiques/editos/1033-edito-n-57-fievre-jaune-et-vert-es-de-rage

     Pour écouter / télécharger l’Apéro Brique de ce 23 Janvier en MP3 http://www-radio-campus.univ-lille1.fr/ArchivesN/LibrePensee/190204%20Brique.mp3


    – Superquinquin : Société coopé-quoi ?

    – Averse chez l’habitant, la tour Marcel Bertrand . 

    – Le secret des affaires.

    – Le social saucé
    
- Le social dégradé... mais le social déchaîné
    
- L’université rayonne, fusionne, la misère aussi ! Témoignages, Lille 1, Lille 2, Lille 3.

    – Gilets jaunes, forces de l’ordre, répressions policières, rien de neuf pour les banlieues.
    . . . . . . . .
    Accompagnement musical :
    – Ch’ti Lyrics - Père Golèse : http://compagnieonoff.com/wp-content/uploads/2015/08/Dossier-de-pr%C3%A9sentation-Chti-Lyrics-Cie-On-Off-.pdf
    – Raphael Angelini - Tout c’qu’on raconte - Album Instant Zero : https://open.spotify.com/album/0eQJg00bD0HzCfTxBugQci
    – Cyril Dymny - L air de Lille - Album Pire que mieux : http://www.mea.asso.fr/vente_cd/cyril_dymny/vente_cd_cyril_dymny.html

    #Lille #La_Brique #Presse_Alternative #Information #Enquête #Radio #Audio #Radio_Campus_Lille #Social #Université #forces_de_l_ordre #GiletsJaunes #Scoop

  • La Brique N° 52 - Automne 2017 - L’ombre des statues - Dans les kiosques ! Course à l’Union, Gare sans sauveur, Lille : Antitour, Partout chez nous (LGBT, CCL, Friches, Squats) - De l’info, de l’enquête, sans pub et sans pitié !

    AU SOMMAIRE
    2. Edito. Histoires à lutter debout.
    3. Olieux - Gare sans saveur.
    4-5 Pas d’outrage, pas de paye.
    En bref ! L’APU-Fives à l’asphyxie.
    6. Brèves
    – L’histoire de la métropole revisitée.
    – Pas de paix à Calais.
    – Je t’aime, moi non plus.
    – Syndiqués, vos papiers.
    – Norrent-Fontes : nos abris étaient moins insalubres que leurs idées.


    7. DOSSIER L’OMBRE DES STATUES.
    7. Lille City Tour...ne pas rond.
    8-9 L’Union fait la force.
    10-11 Squats : Partout chez nous.
    12-13 CCL : L’opidium du peuple.
    14-15 Friche artistique - Lieux sans nom.
    – Martha Desrumaux, la verve rouge.

    16-17 LGBT : Quand Lille sort du placard.
    – Appel à don de l’Echappée. Elle est où, la « grande cause nationale » ?

    18. Brèves
    – Linken-help
    – C’est dit !
    – Made in Ch’nord
    – Itier recasé
    – Pas assez de profs, ou trop d’étudiant.es ?
    – Un timbre poste pour Franck Hanoh ?
    – Valeureux Vallourec.
    – Région Hauts-de-France. La libération des imbéciles.
    19. Bar « La Pirogue ». « Dégage sale pédé ».
    20-21 BCE : Quels intérêts
    22-23 Un Samedi à Bazancourt
    24. Procès Hermant.... à suivre, ou comment la démocratie se dissout dans le facisme.
    – Le mineur, ce super-héros.

    http://www.campuslille.com/index.php/l-agenda/evenement/2101-la-brique-n-52-automne-2017-l-ombre-des-statues-dans-les-kiosques-

    #Lille #La_Brique #Presse_Alternative #Information #Enquête

  • La Brique N° 51 à L’arrache ! Les points sur les i Radio Campus Lille
    http://www.campuslille.com/index.php/entry/la-brique-n-51-a-l-arrache

    Bruno au micro, pour une brève présentation du N°51 du Journal La Brique « Crève travail ».

    Au programme :
    – Pocheco (Forest sur Marque).
    – Les M.I.E. A Lille. (Mineurs isolés étrangers de Lille), invisibiliser pour ignorer.

    Info : Apéro Brique autour du N°51 : Crève travail ce jeudi 13 juillet 2017 à 18h30 au Café Citoyen de Lille.

    La Brique est un journal local de critique social qui existe depuis dix ans, vendu dans les kiosques et les bars lillois. Vous pouvez aussi nous trouver lors des criées sur le marché de Wazemmes ou Sébasto.
    Publication complète des anciens numéros sur le site www.labrique.net et chaque semaine découvrez 3 articles inédits
    L’équipe du journal présentera son dernier numéro "Crève travail" à partir de 18h30 dans l’atmosphère chaleureuse du café citoyen.
    Uberisation, management par la peur, entreprises libérées et autres aliénations à la sauce Macron, venez écoutez, discuter et débattre autour d’un verre.

    C’est au Café Citoyen
    7 place du Vieux Marché aux chevaux
    59000 LILLE
    Métro République
    Tél. : 03 20 13 15 73

    Pocheco : lettre verte non recommandée - 5 Juillet 2017. Source : http://labrique.net/index.php/thematiques/lutte-des-classes/914-exclusif-pocheco-lettre-verte-non-recommande

    + sur Seen This
    https://seenthis.net/messages/613248
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    https://seenthis.net/messages/566701

    #Radio #Audio #La_Brique #Lille #HDF #pocheco #greenwashing #Mineurs_isolés #Radio_Campus_Lille

  • Quand le travail tue La Brique - Éric Louis - 5 juillet 2017
    http://labrique.net/index.php/thematiques/lutte-des-classes/912-quand-le-travail-tue

    Louis est cordiste, travailleur itinérant, il nous offre depuis plus d’un an, le récit de ses expériences au travail, dans les usines ou sur des terrains dangereux.
    Chaque année en France, 500 personnes trouvent la mort sur leur lieu de travail.
    Éric Louis met des mots, ses mots, sur ces morts.


    J’arrive ce lundi sur le site industriel Cristanol, à Bazancourt. Je suis d’après-midi. 12 h 30, les gars de l’équipe du matin débauchent. Ils sortent cernés, marqués, transpirants, mais souriants : leurs sept heures de pioche, de pelle et de marteau-piqueur sont derrière eux. Ils nous vannent, évoquant ce qui nous attend. Prennent le temps de fumer une clope avant la douche. Il y a là des connaissances de chantier, Christophe, Raphaël. Des nouveaux venus, Clovis et François. Et puis je revois Quentin. Les retrouvailles sont de courte durée. Le silo nous attend, avec sa chaleur étouffante, sa matière colmatée.

    Un brave, Quentin.
    J’avais rencontré Quentin pour la première fois il y a un an, à cet endroit précis justement. C’était pendant une quinzaine caniculaire. Il ne manifestait aucune plainte, même sous 40 degrés à l’ombre. Et d’ombre il n’est pas question dans cette usine. Le silo métallique dans lequel nous officions étincelle sous le soleil de plomb, que pas un souffle de brise ne vient adoucir. Combien fait-il à l’intérieur ? On n’a pas de thermomètre. Une chose est sûre, il fait plus chaud que dehors. Pourtant, il faut piocher, pelleter, suffoquer sous un masque de caoutchouc anti-poussière. « J’ai jamais transpiré autant de ma vie » m’avait-il dit un jour en enlevant sa combinaison jetable détrempée, au sortir de cette étuve.

    Au fil des discussions, pendant les pauses, il me racontait qu’il venait des Côtes-d’Armor, avec son antique 306 Peugeot à bout de souffle. On est en Champagne ici. Ça fait une tirée pour venir suer sang et eau pour à peine onze balles de l’heure.

    Après une période de glande, assumée, il s’était pris en main. Aucun organisme ne voulait financer la formation de cordiste qu’il projetait d’effectuer ? Il se la paierait lui-même. Pas loin de 4 000 euros quand même ! Et pas au coin de sa rue, dans le sud de la France. La mission locale lui a finalement alloué 500 balles, afin de « couvrir » ses frais de déplacement et d’hébergement. Pour cinq semaines. 14,28 euros par jour. Royal ! Il avait acheté son équipement, nécessaire au boulot. Plus de 1 000 euros.

    Il n’en était pas aigri pour autant. Lors de ses chantier à Bazancourt, il logeait dans un foyer de jeunes travailleurs. En relatait l’austérité, et la rigidité du règlement. Y inviter quelqu’un semblait mission impossible. Pourtant, il y était parvenu, afin de venir en aide à Paul, qui, dans la galère, avait opté pour le camping sauvage dans un bois, à quelques dizaines de mètres de la clôture de l’usine.

    On avait transpiré ailleurs, ensemble. Lors d’un décrassage de cuve, il y a quelques mois. Des heures de nettoyeur haute pression, afin d’enlever une sorte de grosse merdasse marron des parois. Puis d’autres heures au fond, à délayer, racler le tout pour le faire s’écouler dans un pauvre tuyau de 80 millimètres de diamètre. En cette fin de journée qui n’avait de printanière que la date sur le calendrier, je le vois encore tremblant de la tête aux pieds en se rhabillant. « Mets ta capuche, la plus grosse déperdition de chaleur, c’est la tête. » D’autant qu’il a le cheveu ras, Quentin. On se réchauffait au cul des gros compresseurs mobiles d’une société de nettoyage. Enivrés par leurs gaz d’échappement. Assourdis par leurs vrombissements.

    Mercredi 21 juin 2017, aujourd’hui c’est l’été.
    Midi trente, la chaleur nous écrase. Nous attendons l’équipe du matin. Ils tardent à sortir, les gars, on dirait. Autant de répit pour nous.
    Le bruit d’une sirène enfle au loin. Puis se rapproche. Deux véhicules légers de pompiers entrent sur le site. Ils se dirigent vers les silos. Ils s’affairent autour du petit, tout à gauche. Nous on bosse dans le gros, tout à droite, pas d’inquiétude.

    Mais les pompiers grimpent à l’échelle à crinoline. Cela veut dire que les trappes du bas sont fermées. Et seuls les cordistes sont autorisés à intervenir dans les silos par le haut. Il arrive que nos donneurs d’ordre nous fassent bosser ponctuellement ailleurs que sur la mission prévue afin de pallier un problème inopiné. Par cette chaleur, un gars aura fait un malaise. Pas de panique, les secours sont là.

    Seulement, vers 13 heures, d’autres véhicules de secours arrivent. Durant les longues minutes qui suivent, c’est une noria de camions rouges qui passent la barrière d’entrée de l’usine, ralentissant à peine. Une quinzaine, au total. Puis des véhicules de la gendarmerie.

    L’angoisse nous étreint. L’insupportable touffeur caniculaire n’est plus qu’un problème secondaire.

    Charles décide d’aller aux nouvelles.

    Durant son absence, une employée du site arrive du lieu de l’accident, empressée. Je lui quémande des informations, arguant qu’il s’agit d’un de nos collègues. « Je ne peux pas communiquer pour l’instant. »
    Quelques minutes plus tard, même demande à une gendarmette que j’avais vu entrer sur le site auparavant. « Je ne sais rien, je viens d’arriver. »
    Inquiète de nous voir griller clopes sur clopes en plein cagnard, une salariée de l’usine nous apporte des bouteilles d’eau. Propose de nous fournir de quoi manger. On n’a pas le cœur à manger.

    Puis Charles revient. Il nous rapporte les paroles lapidaires et définitives de Christophe, un de nos équipiers du matin : « On a perdu Quentin. »

    Nous savons ce que ça veut dire. Il est enseveli. Même si des paroles chargées de fol espoir tentent inutilement de conjurer l’inacceptable vérité qui s’insinue en nous. Une poche d’air... Peut-être que...

    Nous passons de longues minutes à repousser la dramatique réalité qui nous dépasse, dérisoire réflexe lié à la nature humaine.
    Devant nous passe une camionnette marquée Identification Criminelle. Jefferson, pompier volontaire, nous dit ce que cela signifie.

    Désormais, nous parlerons de Quentin au passé.

    Dans PQR, il y a PQ.
    Plus tard, rentré à la maison, je consulte un article sur le site internet de L’Union, le quotidien local. Pour accéder à lecture, il me faut fermer une fenêtre de proposition d’abonnement. Sous la rubrique faits divers, je me tape le récit très succinct, au milieu duquel brille une publicité. Le nom de Quentin n’est même pas cité. Contrairement à celui du directeur de l’usine. Je suis écœuré.

    J’y apprends que les pompiers du GRIMP (groupe de reconnaissance et d’intervention en milieu périlleux) n’ont pas voulu descendre dans le silo, estimant les conditions trop dangereuses.

    Des questions seront à poser. À cet instant, à chaud, je prends le parti de ne pas éclabousser la mémoire de Quentin par la polémique.

    Vraiment, c’était un bon gamin. Rien de péjoratif ni condescendant dans ce terme. J’ai très largement l’âge d’être son père. Il n’en était que plus respectueux. Écoutant et appliquant les consignes.

    Posé, enjoué, gentil, attachant, volontaire, courageux... les mots me manquent. J’ai peine à le dire, mais pour quelqu’un d’autre que lui, je n’aurais peut-être pas écrit cette chronique. Pas sous cet angle en tout cas. Hier, il m’a dit « Au fait, j’ai lu ton bouquin. Trop stylé ! Y a des passages qui m’ont bien fait marrer. » Ce sont les dernières paroles que j’aurai entendu de sa bouche.

    Quentin était plein de vie. Et d’envie de vivre. Aujourd’hui, il est mort. Mort loin de chez lui, à l’issue d’une pénible journée d’un travail ingrat. Dans une semi-obscurité. Dans l’épaisse poussière d’un silo en ferraille chauffé à blanc, cependant que dehors le soleil brille.
    Il n’aura pas eu une belle mort, Quentin.

    À 21 ans, il n’y a pas de belle mort.

    Éric Louis

    #La_Brique #Mort_au_travail #Accident_du_travail

  • N° 51 - Été 2017 - Crève Travail Pour information



    P 2. Édito « Au turbin ! »
    P. 3. M.I.E : invisibiliser pour ignorer
    P. 4-5. Calais, capitale des barbelés
    P. 6-7. Gens du voyage
    P. 8. Brèves
    P. 9-21. Dossier « Crève, travail(le), crève »
    P. 9. Crève, travail(le), crève
    P. 10-11. Entreprise libérée, salarié.e perfusé.e
    P. 12. Auchan ou la vraie vie
    P. 13. Sublimes Uber ou les multiples vies du salariat
    P. 14-15. Pocheco : lettre verte non recommandée
    P. 16-17. Service civique, la prépa-précarité
    P. 18. Quand le travail tue
    P. 19. Moment de grâce à Pôle emploi
    P. 20-21. Amiante : une justice pour les victimes ?
    P. 22. Brèves générales
    P. 23. Marc Coucke, le mec qui rêve d’acheter la Belgique
    P. 24. Une société civile très privée
    P. 25. Le talentueux monsieur Itier
    P. 26. Intervention de la police : un animateur dans le coma
    P. 27. Putsch dessin
    P. 28. 4e de couv’
    #Lille #HDF #La_Brique

  • Le journalisme sacrifié La Brique - AF - 9 Mai 2017

    La Voix du Nord fait rarement sa Une sur les plans de licenciements ou alors pour critiquer les syndicats et les manifestant.es, créer des « casseurs » et sanctifier le patronat. Quand il s’agit de sa propre liquidation, c’est le vide sidéral. Pourtant un plan de licenciement concerne directement les 700 salarié.es du groupe VDN, 178 vont perdre leur emploi dont 55 journalistes. Pour la holding Rossel, propriétaire de dizaines de quotidiens, un journal se doit d’être rentable. Le combat des syndicats était-il perdu d’avance ?

    La Voix du Nord n’est qu’un des petits rouages de la grosse machine de presse du groupe Rossel. Ce consortium belge possède plus de 160 filiales, dont des dizaines de quotidiens régionaux belges et français parmi lesquels La Voix du Nord, Nord Éclair, La Meuse, L’Aisne nouvelle... En gros quasi toute l’information belge et les quotidiens du Nord-Pas de Calais-Picardie sont à leurs bottes. Le groupe possède aussi dans le Nord les quotidiens gratuits 20 minutes et Direct Matin, des radios (RTL Belgique), des chaînes de TV (Wéo, TV News) . Autant dire que si la famille Hurbain, à la tête de cet ensemble à 560 millions d’euros de chiffre d’affaires par an, ne veut pas qu’une info sorte, elle ne sera pas publiée.

    La Voix du Nord n’en est pas à son premier plan « social ». En 2000, le journal tombe partiellement entre les mains de Rossel. Une grève de dix jours est alors organisée mais la lutte ne payera pas. Dassault (2004-2005) rachète le titre puis le revend l’année suivante à Rossel. Le groupe fait fusionner les deux quotidiens La Voix du Nord et Nord Éclair et débarque les anciens dirigeants empêtrés dans les affaires de revente d’actions1. En 2008, le groupe VDN SA rachète Le Courrier Picard puis L’Union et L’Est Éclair en 2012. Début 2017, la direction annonce un plan de licenciement de 25 % des effectifs du journal, 170 personnes vont être virées.

    Alors que La Brique se paye le traitement journalistique de La Voix du Nord depuis sa création, Robert2, journaliste dans le quotidien depuis 20 ans, a pourtant accepté de répondre à nos questions.


    Télécharger la carte en A3 : http://labrique.net/images/numeros/numero50/rossel_carte.pdf

    Première application de la loi travail

    Pour pouvoir licencier, l’entreprise a trois mois maximum pour négocier les départs volontaires ou les conditions de licenciement avec les syndicats. . . . . .

    La suite : http://labrique.net/index.php/thematiques/histoires-du-bocal/895-le-journalisme-sacrifie

    #Journalisme #Presse #médias #la_voix_du_mort #La_Brique #Nord_Éclair #La_Meuse #L_Aisne_nouvelle #Le_Courrier_Picard #L_Union #L_Est_Éclair #Rossel #RTL_Belgique #Wéo #Le_Soir #Hurbain

  • La Brique Lille sur les ondes - le numéro 50 : Les chiens ne font pas des chats
    On a pris le magnétophone, l’escalier (400 marches) , et on a frappé à la porte, au milieu du chant des sirènes lilloises.
    – Présentation du N° 50 : Ré création Permanente et de son dossier : L’enfance et l’éducation, l’offensive.
    
- Le collège sécuritaire de Lille Moulin : Bienvenue à Alcatraz ! Chacun(e) à sa place.

    – Le beau bar de génération identitaire : La Citadelle à Lille.
    
- Métro de Lille, drôle d’odeur à Saint Maurice Pellevoisin.

    – Plus il y a de riches au M2, plus il y a d’arbres : L’Argent des Mulliez planqué chez les 3 Suisses. Notre bourgeoisie locale.


    Les Soeurs Chamots (Ta geule)
    https://www.youtube.com/watch?v=6TVYc-nylf8

    Leur Soundcloud : https://soundcloud.com/les-chamots

    Loïc Lantoine : Quand les Cigares
    https://www.youtube.com/watch?v=GFzmO5_KMoQ


    Rappel : Les Willot, quatre frères dans le vent (Images d’archive INA)
    https://www.youtube.com/watch?v=IN5k6zx_4ik

    A propos du rachat des usines Boussac par la société Ferinel (Bernard Arnault)
    https://www.youtube.com/watch?v=2hgBYD10MZs

    #La_Brique #Lille #Enfance #Education #Ecole #Lille_Moulin #Collège #identitaire #fn #Métro #kéolis #Parfum #Mulliez #Croix #3_Suisses #Immobilier #Audio #Radio #Radios_Libres #Radio_Campus_Lille #violence_sociale

  • Récréation permanente ! La Brique dans LVSM Radio Campus Lille - La voix sans maitre - Vendredi 7 avril 2017
    http://www.campuslille.com/index.php/entry/recreation-permanente-la-brique-dans-lvsm

    Vendredi 7 avril 2017, plusieurs membres du collectif du journal La Brique étaient invité.es dans l’émission La Voix sans Maître pour présenter leur dernier numéro consacré aux enfants.

    (la présentation du journal La Brique débute à 19 minutes et 24 secondes après l’agenda de la semaine à venir et un morceau du groupe Kre Ke Ke Kex Koax Koax qui s’intitule Crotte de Nez !)

    Dans la suite de l’émission, on peut aussi entendre une reprise par Les Frères Jacques de la chanson La Chasse à l’Enfant, poème de Jacques Prévert sur la mutinerie de 1934 à la colonie pénitentiaire de Belle-Île en mer initialement chantée par Marianne Oswald. Puis on peut entendre Qu’as-tu appris à l’école mon fils ? de Graeme Allwright.


    La Brique n°50 Printemps 2017 - Récréation permanente
    http://labrique.net/index.php/numeros/887-n-50-recreation-permanente
    p2. Edito « 2017 n’aura pas lieu »

    p3. Revers de médaille pour Aubry

    p4-5. Le journalisme sacrifié
    
p6. L’argent des Mulliez planqué à Croix
    
p7-18. Dossier Récréation permanente
    
p7. On ne nait pas enfant, on le devient

    p8-9. Révolutionner l’école
    
p10-11. Bienvenue au collège d’Alcatraz

    p12-13. L’école émancipatrice

    p14-15. Politique : ne pas laisser à la portée des enfants

    p16-17. Coupez le cordon, mettez-les en wi-fi !
    
p18. Deligny, la fuite entre les lignes

    p19. Le « Beau bar » de génération identitaire
    
p20. Grand Stade
p21. Les matins qui piquent

    p23. Un stade de foot. Coûte que coûte
    
p24. Brèves générales

    #La_Brique #Lille #Féminisme #Ecole #Education #Enfants #Audio #Radio #Radios_Libres #Radio_Campus_Lille

  • Un stade de foot. Coûte que coûte La Brique - AF - 6 Avril 2017

    Le grand stade de Lille résonne plus des plaintes pour faux, usages de faux et favoritisme que des cris des supporters du LOSC. Quand les élu.es et les grands patrons du BTP chuchotent, parfois des échos reviennent. Corruption, dites-vous ?

    En 2004, le stade Grimonprez-Jooris dans le Vieux-Lille ne correspond plus aux nouvelles exigences de l’UEFA pour que le LOSC devienne une équipe de foot rentable. Pour les édiles, il suffit de le reconstruire pour accueillir 50 000 supporters et l’immense parking qui va avec. Mais dans le seul parc de la ville et à proximité du monument classé de la citadelle, une association d’habitant.es fait en sorte que cette idée absurde soit abandonnée. Pierre Mauroy, président de la communauté urbaine, choisit donc un autre lieu : le site de la Haute Borne situé entre Villeneuve d’Ascq et Lezennes. La communauté urbaine, ne pouvant financer les quelque 350 millions d’euros nécessaires, met trois entreprises de BTP en concurrence : Vinci, Eiffage et Norpac-Bouygues pour un partenariat public-privé.
     


    Petits arrangements entre ami.es
    Le 23 janvier 2008, après des mois de concertation, vient l’ultime réunion préparatoire au vote en comité restreint à la communauté urbaine, alors LMCU1. Michelle Demessine2 (PCF) intervient en tant que présidente de la commission chargée du suivi et de l’évaluation du grand stade. Elle livre le dossier d’études des experts qui conclut que la proposition de Norpac-Bouygues a le meilleur rapport qualité-prix. Un système de notation complexe et 75 pages d’analyse le prouvent. Stéphane Coudert, directeur du projet grand stade, l’appuie sur ce point. Pierre Mauroy acquiesce, tout est enfin bouclé et, les élections approchant, il va pouvoir prendre sa retraite sur ce grand projet.
    Intervient alors le vice-président Henri Ségard, le perdant à la présidence de la communauté en 2001. Il se livre à un véritable travail de lobbyiste pour Eiffage, pourtant plus cher de 108 M€ et classé second choix. Mauroy est déstabilisé et s’inquiète : pourquoi remettre en question l’expertise, à une semaine du vote ? Marc-Philippe Daubresse (UDF) approuve l’argumentaire et Martine Aubry (PS) est soudainement du même avis. Henri Ségard, chef du groupe des 50 petites communes, aurait-il fait quelques promesses en vue des prochaines élections de la communauté urbaine ? Et qu’a Ségard à y gagner ? Comment faire voter pour le projet Eiffage alors que le rapport d’expertise dit le contraire ? Dans ce retournement de situation, le directeur général des services, Bernard Guillemot, propose de modifier le rapport de 75 pages : « Il faut vite travailler ensemble pour produire le rapport correspondant à votre analyse et qui viendra en appui de la délibération. » En gros, il faut bidouiller les notations et aller à l’encontre du code général des collectivités territoriales. Sinon, « dès la semaine prochaine, il est probable que nous aurons quelques recours ».
    Une semaine plus tard, le 1er février, Pierre Mauroy administre son dernier conseil à la communauté urbaine. Les élu.es suivent les consignes de leur groupe respectif et votent à 82 % pour Eiffage à 440 millions d’euros contre le projet à 310 M€ de Norpac-Bouygues. Personne ne s’étonne. Avril 2008, Pierre Mauroy part à la retraite et Martine Aubry ravit à Marc-Philippe Daubresse le poste de présidente de LMCU. Et ce, notamment grâce au vote du groupe de Ségard.

    Lettres anonymes et dénonciations

    . . . . . . La suite : http://labrique.net/index.php/thematiques/politicaille/888-un-stade-de-foot-coute-que-coute

    #Lille #La_Brique #stade #Losc #Michelle_Demessine #Pierre_Mauroy #Norpac #Bouygue #Henri_Ségard #Lille #MEL #Villeneuve_d_Ascq #barons #baronnes

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    N°50 - Printemps 2017 - Récréation permanente *
    http://labrique.net/index.php/numeros/887-n-50-recreation-permanente


    p2. Edito « 2017 n’aura pas lieu »
    p3. Revers de médaille pour Aubry
    p4-5. Le journalisme sacrifié
    p6. L’argent des Mulliez planqué à Croix
    p7-18. Dossier Récréation permanente
    p7. On ne nait pas enfant, on le devient
    p8-9. Révolutionner l’école
    p10-11. Bienvenue au collège d’Alcatraz
    p12-13. L’école émancipatrice
    p14-15. Politique : ne pas laisser à la portée des enfants
    p16-17. Coupez le cordon, mettez-les en wi-fi !
    p18. Deligny, la fuite entre les lignes
    p19. Le « Beau bar » de génération identitaire
    p20. Grand Stade
    p21. Les matins qui piquent
    p23. Un stade de foot. Coûte que coûte
    p24. Brèves générales

    #Lille #La_Brique

  • L’émancipation sous contrainte La Brique Lille - Mutines - 9 mars 2017

    Depuis 2014, la ville de Lille expérimente les « marches exploratoires » par des femmes en non-mixité dont l’objectif est de favoriser les prises de parole des femmes dans l’espace public. Chouette, qu’on s’est dit : une initiative organisée par la mairie pour parler entre femmes de sexisme, pourquoi pas ? Après enquête, entretiens et tout le tintouin, on a un peu déchanté : tout n’est pas à jeter mais force est de constater que le résultat est un peu moins reluisant que sur la plaquette. Longue est la route vers l’égalité !

    Depuis quelques années, la thématique « genre et espace public » fait des ravages. Les colloques universitaires, think tanks1 (comme Genre et ville) et plans nationaux se multiplient. Les villes subventionnent les associations travaillant sur le sujet, et les entreprises s’emparent de la question (SNCF, RATP, etc.) à leur profit. Tous se demandent comment faire en sorte que les femmes occupent l’espace public autant que les hommes.

    Marcher pour s’approprier l’espace

    En 2014, le ministère des affaires sociales et de la santé lance un programme national afin d’inciter les mairies à organiser des « marches exploratoires » qui suivent toutes un même protocole : en non-mixité, les femmes se réunissent pour établir un diagnostic sur les endroits où elles ne se sentent pas à l’aise. Elles organisent ensuite une marche collective pour se rendre sur les lieux pointés, s’arrêtent, discutent, échangent sur ce qui devrait être fait pour améliorer le bien-être des habitantes du quartier. Enfin, dernière étape, la marche de restitution, lors de laquelle les élu.es sont présent.es et reçoivent les propositions formulées par les habitantes.

    Anne Mikolajczak, fraîchement nommée à la mairie de Lille en tant que 24e adjointe déléguée aux « droits des femmes – politique en faveur de l’égalité hommes-femmes », se saisit du projet. Nous l’avons rencontrée et, pour elle, « cette question du rapport femmes-espace public est une priorité ». Elle profite donc du contexte institutionnel pour impulser conjointement avec le service « politique de la ville » les premières marches exploratoires. Elles ont lieu dans deux quartiers de Lille, le faubourg de Béthune et Lille-Sud, et sont animées par l’association Paroles d’habitants.

    Tout cela sent à plein nez la démocratie participative en bonne et due forme : les pouvoirs publics récoltent l’avis de la population sans avoir pour autant l’obligation d’agir par la suite. Mais la démarche permet de se construire une belle vitrine démocratique. Pourtant, cette initiative semble donner des résultats intéressants. Les femmes se rencontrent, discutent et « vont même à Paris pour défendre le rapport auprès du ministère », précise l’élue. Anne Mikolajczak suit le travail de l’association de près et dit ainsi avoir vu « des femmes vraiment changer ».

    De l’origine de la vulnérabilité

    Dans le contexte actuel où le discours féministe a trouvé de nouveaux ennemis craignant de perdre leur position dominante (mouvements masculinistes, homophobes, contre la « manif pour tous »), ces initiatives contrastent et paraissent salutaires. Car si l’espace public est ouvert à tou.tes, un petit tour dans les rues montre vite que son occupation est fortement inégale et suit des critères genrés et hétéro-normés. Pour de nombreuses personnes (femmes, lesbiennes, gays, trans, mais aussi personnes « racisées »), sortir dans la rue revient en effet à s’exposer à des agressions verbales et physiques : regards soutenus, remarques sur les vêtements et l’attitude, insultes, gestes furtifs, autant d’affirmations machistes pour rappeler que nous n’avons pas tou.tes le droit d’y être.

    Le problème réside dans la légitimité dont bénéficient ces actes. Ils sont tellement fréquents et en accord avec la norme dominante qu’on n’en parle même plus. Pourtant, ils génèrent de nombreuses stratégies invisibles et quotidiennes : se déplacer en vélo plutôt qu’à pied, arrêter de porter des jupes, éviter certains quartiers à certaines heures. Ainsi, les personnes dites « vulnérables » s’excluent elles-mêmes de certains lieux et ont intégré certaines manières de se comporter pour être plus tranquilles dehors.

    Ces faits sont légitimés par une double croyance : il en aurait toujours été ainsi et les femmes étant « fragiles », elles préféreraient rester à l’intérieur. Or, même si elles n’apparaissent dans les statistiques qu’à partir de 1945, les femmes ont toujours travaillé et ont toujours occupé, d’une manière ou d’une autre, l’espace public. Par ailleurs, cette croyance fait perdurer une image faussée du foyer comme espace serein par excellence. Alors qu’en réalité la majorité des violences sur les femmes se déroule à leur domicile et est exercée par une personne connue, « son » homme la plupart du temps. On ne peut donc pas considérer qu’il existe une opposition réelle entre espace public-dangereux-masculin et espace privé-sécurisé-féminin.

    Un outil remastérisé

    Cette thématique n’est donc pas nouvelle, de même que les actions militantes développées pour faire parler d’elle. Dans ce cadre, les marches exploratoires apparaissent comme une version institutionnalisée d’autres manifestations telles que la marche des fiertés homosexuelles, forme plus politisée des Gay Prides, ou encore les marches de nuit non-mixtes qui ont lieu depuis quelques années à Lille, Paris ou Marseille. Organisées la plupart du temps sans l’aval des pouvoirs publics, l’objectif de ces manifestations est de revendiquer le droit à occuper l’espace public quels que soient le sexe et les préférences sexuelles des personnes, et ce de jour comme de nuit.
    Que ces démarches relèvent des pouvoirs publics ou des collectifs militants, on a envie de soutenir la multitude d’initiatives sur tous les niveaux d’actions possibles. Car pour adoucir la cuirasse et favoriser les prises de parole et occupations d’espace, il n’existe pas 36 solutions. Il faut sortir des situations individuelles, se rencontrer, partager les vécus, bref, créer de la solidarité pour prendre confiance mais aussi comprendre qu’il s’agit d’un problème social, qui concerne donc l’ensemble de la société.



    En parler quoi qu’ils en disent ?

    La suite : http://labrique.net/index.php/thematiques/feminismes/860-l-emancipation-sous-contrainte

    #La_Brique #Marches_exploratoires #sécurité #féminisme #emancipations #harcèlement #sexiste #PS #Anne_Mikolajczak #mairie_de_Lille

  • Des femmes pour l’excuse sécuritaire La Brique Lille - Stella, Mona - 9 mars 2017

    Il a bon dos, le « plan de lutte national contre le harcèlement sexiste et les violences sexuelles dans les transports en commun » ! Ou comment une occasion de « bien faire » se transforme en opportunité de « faire bien ». À Lille, dans le secteur des deux gares, une marche participative a lieu courant novembre. Mais ce n’est ni notre sécurité effective, ni même un entrebâillement émancipateur pour les femmes que recherchent in fine les entreprises qui l’organisent, Keolis1, la SNCF et la SPL Euralille2. L’objectif suprême, c’est d’attirer davantage de clientes3. Sans surprise.

    Nous avons participé aux premiers temps du protocole : la réunion préparatoire, la marche exploratoire et la réunion de bilan. Une restitution auprès des élu.es locaux est prévue, mais pas avant janvier. Le taux de participation est dérisoire : une dizaine de femmes arrive péniblement à la réunion de préparation – il faut dire que même le personnel de la gare a du mal à nous indiquer la salle. On en retrouve moins du double à la marche ; quant à la réunion de bilan, le score plafonne à six ! Le projet aurait pourtant pu faire l’objet d’une communication massive : ces entreprises ont des pouvoirs de communication titanesques... Mais on n’est jamais mieux servi que par soi-même : dans cette mascarade pseudo-participative, à part nous et quelques autres femmes, toutes les participantes bossent soit pour Keolis, soit pour Citéo5. Lors de la première réunion, ces collègues se disent « intéressées par la démarche ». Elles veulent « voir si elles peuvent s’en inspirer » dans leurs services respectifs. Nous sommes tombées en pleine réunion de famille ! Et comme s’en réjouissent celles et ceux qui mènent la réunion : après le caractère expérimental des marches exploratoires vient le temps d’une véritable « industrialisation » du concept. Pour le meilleur du pire des mondes ?



    Merci papa

    C’est un homme qui ouvre la réunion préparatoire. Normal, pour introduire le projet d’une marche non-mixte. Ce monsieur, c’est le responsable du pôle sûreté de la SNCF de Lille. Comme c’est le chef, il nous explique comment ça va se passer. Il rappelle le cadre dans lequel s’inscrit l’action de son entreprise : le plan de lutte, sorti l’été dernier. Il évoque vite fait et sans lien le cas des frotteurs dans le métro parisien pour énoncer quelques secondes plus tard le prétendu objectif : réduire le sentiment d’insécurité des femmes dans les transports publics et aux abords des gares de Lille.

    Pour l’atteindre, trois étapes : diagnostiquer les points forts et les points faibles de la gare Lille Flandres et ses abords et établir un parcours ; ensuite, la marche aidant, proposer des solutions pratiques ; et enfin changer le regard des femmes sur les transports en commun. Par contre, le chef nous prévient : « Pour pas que vous soyez déçues... C’est pas parce que vous proposez quelque chose qu’on va le mettre en place. Les propositions sont examinées, évaluées... Et on demande à ce que ce soit réaliste parce que si vous me dites : "À cet endroit-là faut mettre 8 caméras et 20 spots halogènes", ça va pas le faire ». Forcément, pour lui, seul l’arsenal sécuritaire est une réponse envisageable. Et si nous voulons nous inspirer des propositions faites par d’autres femmes, dans d’autres quartiers ou d’autres villes ?

    Élodie Longuemart, chargée de mission pour l’égalité femmes-hommes à la mairie de Lille, s’apprête à dire oui, réjouie à l’idée de partager son travail. Mais le chef l’arrête d’un geste du bras. « Vous comprenez, on préfère que vous ne soyez pas influencées ». Non, on ne comprend pas : ça pourrait nous aider à ouvrir les yeux sur le terrain, de voir sur quels éléments d’autres femmes avant nous ont été vigilantes. Faire évoluer l’outil des marches exploratoires, s’en emparer. Comprendre ce que les femmes ont proposé pour renforcer le sentiment de sécurité... Sentiment ? C’est cette approche affective qu’on nous demande d’avoir. La philosophie de la marche est précisément fondée sur le « sentiment d’insécurité », terreau fertile de la propagande sécuritaire. Nous sommes là pour légitimer l’action des flics et élargir encore un peu plus les normes du contrôle. C’est compris, les filles ? Papa a dit : on ne réfléchit pas, on ressent !

    Au nom de la liberté, mon cul !

    Le processus est sexiste en lui-même, comment pourrait-il peser contre le harcèlement ou les violences sexuelles dans les transports ? Tout est misé sur les stéréotypes lourds et faciles de « demoiselle en détresse » et de « maman respectable ». On est en train de nous dire que nous fantasmons le danger, et que ce sont nos sentiments qui nous empêchent de mettre le nez dehors – et de biper nos tickets à puce RFID. Pas qu’on serait retenues à la maison par les tâches domestiques ou familiales, notre éducation, ou encore par des expériences fâcheuses...

    Keolis a déjà organisé des marches participatives dans le métro, en s’arrêtant particulièrement sur les stations Porte de Valenciennes à Lille, et Gare Lebas à Roubaix. Héloïse Gerber, coordinatrice prévention chez Keolis, nous diffuse alors un petit clip documentaire de Keolife5. On y voit quelques-unes des participantes à ces marches-là, ainsi que leurs motivations. Parmi elles, l’une des cheffes de La Redoute, ravie de participer pour que ses employées puissent aller et venir plus sereinement sur leur lieu de travail, sans se faire apostropher par les relous du quartier. Ah ! Le bien-être des salarié.es, c’est la performance possible, la confiance retrouvée dans sa hiérarchie ! Et puis cette madame Transpole aussi, qui sort clairement de ses habitudes en venant sur son propre terrain pour « comprendre » pourquoi elle compte moins de clientes que de clients. Après la vidéo, on s’attache à déterminer un parcours.



    Des sentiments et des gommettes

    La suite : http://labrique.net/index.php/thematiques/feminismes/861-des-femmes-pour-l-excuse-securitaire

    #La_Brique #Transpole #Keolis #Marches #exploratoires #sécurité #harcèlement #sexiste #PS #Élodie_Longuemart #Lille #mairie_de_Lille #puce_RFID

  • Mixité : l’égalité déchante La Brique Lille - Philémon
    9 mars 2017 - Numéro 49

    http://labrique.net/index.php/thematiques/feminismes/862-mixite-l-egalite-dechante

    Édith Maruéjouls est chargée de mission « égalité » au sein de la mairie de Floirac, commune girondine de 16 000 habitant.es. Elle contribue à définir et à mettre en œuvre une politique d’égalité dans les pratiques de loisirs entre hommes et femmes. Elle a soutenu en 2014 une thèse en géographie du genre intitulée « Mixité, égalité et genre dans les espaces du loisir des jeunes. Pertinence d’un paradigme féministe ». Elle évoque dans cet entretien son travail sur les inégalités réelles entre les sexes et aborde plus particulièrement le cas des espaces de loisir des jeunes, terreau de ces processus.

    Vous expliquez que l’égalité est un projet fondamental qui structure la réalité des rapports entre hommes et femmes.

    L’égalité doit avoir un niveau opérationnel sur le territoire. Dans le triptyque républicain français « liberté-égalité-fraternité », l’égalité est un projet politique. La liberté et la fraternité sont davantage des notions philosophiques – qui sont certes aussi des projets sociétaux – mais la notion d’égalité doit avoir une mise en pratique sur le territoire. Aujourd’hui, il y a une égalité en droit mais, finalement, l’égalité de traitement est très fragile. L’égalité, dans un pays républicain et laïc, est la première des revendications, elle est censée permettre l’expression de la liberté. Si vous n’avez pas l’égalité en droits, ce n’est même pas la peine d’interroger l’égalité dans la société : c’est donc un enjeu démocratique.

    Comment s’observe concrètement la question de l’(in)égalité au sein des politiques publiques de loisir que vous avez étudiées ?

    Dans les loisirs, comme dans beaucoup d’autres domaines, il y a une inégalité sur trois champs : inégale redistribution de l’impôt, inégal accès, inégale valeur entre les filles et les garçons.

    L’inégale redistribution d’abord. Une société n’est pas égalitaire si la question de la justice sociale n’est pas posée. Mon travail questionne par exemple la redistribution de l’impôt. Lorsque des équipements sont mis en place via des politiques publiques, l’impôt est redistribué avec un objectif ; en l’occurrence, celui de permettre aux gens qui en sont le plus éloignés l’accès à des droits fondamentaux : l’équipement, la santé, la nourriture, etc. Si ces équipements et ces politiques-là s’adressent à 90 % à des hommes, c’est un problème égalitaire, ce n’est pas plus compliqué que ça. C’est comme si vous vous rendiez compte qu’il y a 90 % de patients de sexe masculin dans les hôpitaux publics : vous poseriez légitimement la question de la santé des femmes. Où vont-elles se faire soigner ? Qu’en est-il de leur santé ? Nous pouvons poser des questions similaires pour le loisir.

    Intéressons-nous aussi à l’égal accès : c’est la question de l’offre. Il faut sortir de l’idée selon laquelle tous les équipements sont ouverts ; que tout le monde peut faire ce qu’il veut ; que si les femmes ne viennent pas, c’est qu’elles n’en ont pas envie ; que si les femmes ne sont pas dans l’espace public, c’est qu’elles n’y trouvent pas leur compte. C’est faux. Parce que l’offre est déjà discriminante. Si vous êtes une jeune fille, vous ne pouvez pas pratiquer toutes les activités sportives comme un garçon, parce qu’il n’y a pas d’équipes féminines dans une majorité de sports.

    Enfin, le dernier problème, c’est l’inégale valeur : les choix politiques, les choix d’équipement montrent encore aujourd’hui l’hégémonie masculine. Et force est de constater, sur le terrain, que l’activité sportive d’une fille ou d’une femme n’a pas la même valeur que celle d’un garçon ou d’un homme, eu égard aux équipements, aux investissements.

    Vous parlez de « décrochage des filles de l’espace public à l’adolescence ». Dans quelle mesure des phénomènes d’inégalités observables chez les adultes (présence moindre dans l’espace public et une forme de cantonnement à certains lieux) s’ancrent déjà au moment de l’adolescence, voire de l’enfance ?

    Je fais depuis longtemps un travail pédagogique sur la question du micro-espace de loisirs que constitue la cour de récréation. Je travaille depuis 2010 dans une école, avec un projet d’école égalitaire. J’ai aussi expérimenté cette problématique au collège. C’est un lieu qui révèle que les questions de stéréotypes ne vous tombent pas dessus quand vous marchez. C’est au contraire inscrit durablement dans la question comportementale. Les stéréotypes sont aussi un vêtement social, un symbole d’appartenance à un groupe ; « Vous appartenez à ce groupe-là », et derrière, des déclinaisons : « Vous êtes une femme », donc « vous ne savez pas conduire », etc. Mais il n’y a pas que des choses caricaturales. Dans la cour de récréation, quand 20 % des enfants – les garçons – occupent 80 % de l’espace, cela interroge la capacité à négocier à égalité l’espace.

    Prenons l’exemple du foot : symboliquement, le terrain de foot sert d’abord à délimiter un espace réservé, davantage qu’à jouer. On se rend bien compte que les garçons ne respectent pas les lignes ; que quand le ballon sort, ils ne font pas de touches en respectant les règles du jeu. Une forme de relégation se révèle derrière la ligne du terrain de foot : non seulement elle signifie que le corps des filles ne peut pas prendre sa place, que les filles ne sont pas légitimes dans l’espace central, mais en plus elles n’apprennent pas à négocier. Les effets sont durables. Finalement, quand on dit aux filles : « Vous êtes une fille, vous ne pouvez pas faire... », « J’ai pas de sport pour vous, c’est pas possible de faire cette pratique », elles intègrent cette relégation. Sur tous les clubs que j’étudie, 9 à 11 sports sont non-mixtes masculins, alors qu’on ne trouve que trois sports non-mixtes féminins. Les filles font de la danse et du twirling-bâton, tandis que les garçons font du foot, du rugby, du tennis, du judo... Le décrochage vient de ces signes de la performance, ce qu’on appelle la police du genre au quotidien et qui fait que vous ne vous demandez plus si c’est juste ou injuste. Ça s’entretient dès l’école élémentaire : ce n’est pas que la question de l’adolescence. Le collège accentue la relégation, car c’est une période de construction identitaire. Il peut y avoir des groupes de garçons qui font des activités qui se rapprochent du monde défini des femmes et des jeunes filles, qui vont complètement cesser leur activité à l’entrée au collège. C’est symptomatique.



    _ On voit de plus en plus apparaître des structures réservées aux « jeunes », comme des skate parks. Pourquoi les filles ne pourraient-elles pas s’en emparer et se les approprier ?

    _

    La suite : http://labrique.net/index.php/thematiques/feminismes/862-mixite-l-egalite-dechante

    #égalité #La_Brique #Femmes #Féminisme #Mixité #égalité #genre #espaces_de_loisir #politiques_publiques #choix #politiques #sport

  • Le houille, une usine à gaz
    http://labrique.net/index.php/thematiques/histoires-du-bocal/867-le-houille-une-usine-a-gaz

    À la fosse d’Oignies, le 20 décembre 1990, les mineurs effectuent une dernière extraction de houille. Elle marque la fin de l’exploitation charbonnière du Nord-Pas de Calais. Ces deux siècles d’exploitation minière ont laissé un paysage indéniablement remodelé, des taux de maladies et de cancers largement supérieurs à la moyenne nationale et un chômage record. On pensait que cette histoire d’exploitation du sol et des hommes était bel et bien enterrée, que les leçons du drame avaient été tirées. Mais c’était sans compter sur quelques têtes dures aux dents longues pour rouvrir, outre nos cicatrices, les sous-sols.


    Le gaz de couche est aussi appelé gaz de houille. Contenant essentiellement du méthane, il est piégé jusqu’à 2000 mètres de profondeur dans la roche de charbon. Il fait partie des gaz naturels « non conventionnels » – c’est-à-dire qu’on ne le trouve pas sous forme de poche – prisonnier dans les couches de charbon. Le gaz de couche n’a rien à voir avec le gaz de mine qui s’échappe naturellement dans les anciennes galeries, le fameux « grisou ». De nos jours, l’extraction de celui-ci est nécessaire pour purger le sol et éviter les explosions et les contaminations. Dans le Nord, cette gestion de l’après-mine est assurée par l’entreprise Gazonor, spécialement créée à cet effet après la fin de l’exploitation charbonnière.

    Un puits sans fonds

    Inspirés des expériences nord-américaines des années 2000, une série d’investisseurs cible l’industrialisation massive du gaz de couche dans les anciennes régions minières, y voyant une manne potentielle. Le hic, c’est que l’exploitation industrielle de notre sous-sol implique de faire appel à la fracturation hydraulique. Le procédé consiste à envoyer de l’eau pressurisée dans les sous-sols, ainsi qu’une série de produits chimiques, dont les plus nocifs sont l’arsenic, le chrome, le lithium, le mercure, le radium, le strontium, le baryum, etc. Après les mines en plat de résistance, vous reprendrez bien un cocktail de souche ?

    Dans le bassin minier, du côté d’Avion et de Divion, l’exploitation minière des deux derniers siècles a déjà causé des mouvements de terrains, des infiltrations, des affaissements, des tassements, des inondations et des coulées de boues Les maladies liées aux activités de l’époque minière sont toujours plus importantes : cancers, maladies pulmonaires... C’est ici, dans ces terres marquées par le charbon, que la Française de l’énergie (voir encadré) s’est implantée, souhaitant y faire son beurre. En forant toujours plus profondément, l’entreprise augmente les risques de contaminations, et donc de maladies pour les habitant.es.

    #la_brique #presse #charbon #mine #bassin_minier #Pas_de_Calais #HDF

  • La Brique dans La Voix sans maître
    http://www.campuslille.com/index.php/entry/la-brique-dans-la-voix-sans-maitre

    Vendredi 13 janvier 2017, l’émission La Voix sans maître (sur Radio Campus Lille) invitait l’équipe du journal La Brique pour discuter du dernier numéro « La Conquête de l’espace » et notamment sur trois articles du dossier sur les femmes dans l’espace public.
    L’entretien débute à 20 minutes et 45 secondes)

    DOSSIER p.9-13 du N° 49

    L’émancipation sous contrainte
    Depuis 2014, la ville de Lille expérimente les « marches exploratoires » par des femmes en non-mixité dont l’objectif est de favoriser les prises de parole des femmes dans l’espace public. Chouette, qu’on s’est dit : une initiative organisée par la mairie pour parler entre femmes de sexisme, pourquoi pas ? Après enquête, entretiens et tout le tintouin, on a un peu déchanté : tout n’est pas à jeter mais force est de constater que le résultat est un peu moins reluisant que sur la plaquette. Longue est la route vers l’égalité !
     
    Des femmes pour l’excuse sécuritaire
    Il a bon dos, le « plan de lutte national contre le harcèlement sexiste et les violences sexuelles dans les transports en commun » ! Ou comment une occasion de « bien faire » se transforme en opportunité de « faire bien ». À Lille, dans le secteur des deux gares, une marche participative a lieu courant novembre. Mais ce n’est ni notre sécurité effective, ni même un entrebâillement émancipateur pour les femmes que recherchent in fine les entreprises qui l’organisent, Keolis, la SNCF et la SPL Euralille. L’objectif suprême, c’est d’attirer davantage de clientes. Sans surprise.

    Mixité : l’égalité déchante
    Édith Maruéjouls est chargée de mission « égalité » au sein de la mairie de Floirac, commune girondine de 16 000 habitant.es. Elle contribue à définir et à mettre en œuvre une politique d’égalité dans les pratiques de loisirs entre hommes et femmes. Elle a soutenu en 2014 une thèse en géographie du genre intitulée « Mixité, égalité et genre dans les espaces du loisir des jeunes. Pertinence d’un paradigme féministe ». Elle évoque dans cet entretien son travail sur les inégalités réelles entre les sexes et aborde plus particulièrement le cas des espaces de loisir des jeunes, terreau de ces processus.

    http://labrique.net/index.php/breves/879-la-brique-sur-les-ondes-radio
    #La_Brique #Radio #Audio #Radios_Libres #Lille #La_Voix_sans_maître #CCL #Femmes #Emancipation #non-mixité #Espace_Public #Sexisme #Kéolis #SNCF #SPL_Euralille #Édith_Maruéjouls #marche_participative #harcèlement_sexiste

  • Avec ou sans ton sang ? La Brique - Lille - 1 décembre 2016

    « C’est Bill qui le premier me parla de la fameuse maladie, je dirais en 1981. […] Il se laissa tomber par terre de son canapé, tordu par une quinte de fou rire : "un cancer qui toucherait exclusivement les homosexuels, non, ce serait trop beau pour être vrai, c’est à mourir de rire !". Il se trouve qu’à cet instant Muzil était déjà contaminé par le rétrovirus ». C’est par ces mots, qu’Hervé Guibert1, écrivain, décrit sa découverte du Sida. Virus qui l’emporte dix ans plus tard à l’âge de 36 ans.
     
    À l’époque, personne ne sait encore ce qu’est réellement cette épidémie qui décime en particulier certaines populations. Ce qu’on appellera la « règle des 4 H » pour Homosexuels, Hémophiles, Héroïnomanes, Haïtiens. Basée sur cette observation empirique, une circulaire de la direction générale de la santé du 20 juin 1983 établit que « le syndrome d’immunodépression acquise représente un risque nouveau et grave pour la santé qui pourrait être dû à un agent infectieux dont la transmission par le sang et les produits dérivés du sang a pu être suspectée mais non établie ».
     
    Homosexuel.les dans le même sac


    l a fallu attendre 19 ans, en 2002 pour que certaines recommandations de la direction générale de la santé proposent de supprimer le caractère discriminatoire du refus du don du sang par l’EFS. Ainsi ce n’est plus la population homosexuelle qui est concernée, mais les « pratiques à risques » et particulièrement les « relations homosexuelles masculines » , ce qui permet l’ouverture du droit du sang aux lesbiennes, jusqu’ici injustement montrées du doigt, car celles-ci sont considérées comme sujettes à risque de part leur proximité avec leurs homologues homos ayant des relations homosexuelles masculines.
    Jusqu’en 2012, on note une période de flottement sur cette question de l’ouverture du don du sang de la part du ministère de la santé. Un certain Xavier Bertrand, ministre de la Santé (de juin 2005 à mars 2007, de novembre 2010 à mai 2012) déclare même pendant 5 ans vouloir mettre fin à ce qu’il appelle une « injustice », sans que cela soit suivi des faits.

    En 2012, un questionnaire de l’association SOS Homophobie est envoyé aux candidats de l’élection présidentielle. À la question du don du sang, le candidat Hollande déclare « [qu’il] est dévastateur à tous les niveaux d’accréditer une forme de présomption de séropositivité des hommes homosexuels » . Il faudra attendre la promulgation le 26 janvier 2016 de la loi Santé par Marisol Touraine déclarant, suite à un amendement, que « nul ne peut être exclu du don du sang en fonction de l’orientation sexuelle ».
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    La suite : http://labrique.net/index.php/thematiques/lutte-des-classes/840-avec-ou-sans-ton-sang
    #Lille #La_Brique #violence_sociale #Harry_Cover #Lutte_des_classes #sang #sida #ségrégation

  • Le prix du sang La Brique - Lille - 1 décembre 2016

    Ça fait belle lurette que le sang collecté n’est plus transfusé directement aux malades. Depuis le scandale du sang contaminé des années 80, les pouvoirs publics ont opté pour le tout médicament. Votre corps sera bientôt réduit à une vulgaire marchandise.
     
    Après avoir répondu à une batterie de questions plus saugrenues les unes que les autres, que sait ce donateur du parcours du sang définit par l’établissement français du sang (EFS) ? Une fois extrait, il est d’abord centrifugé pour séparer les globules rouges de ses autres composants : globules blancs, plaquettes et plasma. Les globules rouges sont filtrés, analysés et envoyés aux hôpitaux afin d’être transfusés aux patient.es. Les plaquettes servent aux patient.es souffrant d’un déficit, alors que les globules blancs, difficiles à purifier, sont remplacés depuis les années 80 par des antibiotiques. Enfin, le plasma, non utilisable ou presque sous sa forme brute, prend la route du Laboratoire Français du Fractionnement et des Biotechnologies (LFB). Cette entreprise - intégralement financée par l’État - synthétise le plasma pour le transformer en médicament. Il reste que l’EFS et LFB, bien que tous deux publics, voient leurs échanges monétisés. En effet, lorsque le sang quitte l’EFS, la valeur d’une poche est fixée à 113€ HT1.


    Du plasma aux médocs, le privé en embuscade
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    La suite : http://labrique.net/index.php/thematiques/lutte-des-classes/839-le-prix-du-sang

    #Lille #La_Brique #violence_sociale #Riton #Lutte_des_classes #sang #EFS

  • À Dunkerque, Suez-Lyonnaise se fait du beurre sur le dos des plus pauvres La Brique - Lille - 1 décembre 2016

    Entre Suez-Lyonnaise et l’agglomération de Dunkerque, c’est une longue histoire. Depuis 1924, plusieurs contrats ont uni les deux parties. En date le dernier signé, en 2005, est un contrat d’affermage qui lie le syndicat mixte « Eau du Dunkerquois »1 à l’entreprise. À cette dernière incombe la charge du service de distribution d’eau potable ainsi que l’entretien, la réparation et la surveillance des équipements.


    En 2012, sous le mandat de Michel Delebarre (PS), ancien président du syndicat mixte « Eau du Dunkerquois », Suez-Lyonnaise met en place une tarification « éco-solidaire », qui vise à préserver les ressources en eau tout en permettant aux foyers les plus fragiles d’obtenir un tarif social préférentiel. Si sur le papier le projet semble alléchant, les objectifs sociaux initiaux sont aujourd’hui loin d’être atteints. Il semblerait que le seul vrai bénéficiaire de l’opération soit la multinationale de l’eau.

    D’où vient cette idée de tarification sociale de l’eau ? En France, ce sont les communes – ou leurs regroupements – qui fixent le prix de la distribution d’eau potable et de l’assainissement collectif2. Pour autant, ce ne sont pas les élu.es du syndicat mixte qui ont imaginé l’actuelle tarification « éco-solidaire ». Ils ont seulement passé commande auprès de la Lyonnaise des Eaux qui avait déjà créé un tarif social à Libourne en 2011, avec un objectif : apporter une réponse aux critiques de la gestion privée de l’eau, devenue problème politique dans le courant des années 2000.
     
    Voici donc des élus qui, sous couvert de progrès social et de protection de l’environnement, vont aider – inconsciemment ? – une entreprise à redorer son blason pour avoir trempé dans des affaires pas très nettes3. Mais dans le cas de Dunkerque, cela va plus loin : le contrat d’affermage de Suez- Lyonnaise se termine en octobre 2017.

    La suite : http://labrique.net/index.php/thematiques/droit-a-la-ville/844-a-dunkerque-suez-lyonnaise-se-fait-du-beurre-sur-le-dos-des-plus-pauvr
    #Lille #La_Brique #Vassili #Droit_à_la_ville #suez #Dunkerque #eau

  • Quand l’État administre le désastre La Brique - Riton, Hala Zika - 23 novembre 2016

    Depuis sa création en 2007, La Brique analyse régulièrement la situation des réfugié.es bloqué.es sur le littoral du nord de la France. Au fil des années, nous avons recueilli dans nos colonnes leurs paroles et réalisé des reportages sur leurs conditions d’accueil déplorables, et sur la surenchère sécuritaire qu’illes subissent. Nous avons choisi de dénoncer dans ces pages1 la manière dont les gouvernements – à droite comme à gauche – s’emploient depuis quinze ans, au travers de dispositifs logistiques alliant le sécuritaire à l’humanitaire, à maintenir les réfugié.es dans la non existence.

     

    Hiver 2002 : Sangatte est sur tous les écrans, dans tous les esprits, sur toutes les lèvres. Nicolas Sarkozy, alors ministre de l’Intérieur, entérine la fermeture définitive du centre d’accueil de la ville. Celui-ci a vu passer en trois années près de 68 000 personnes, forcées à l’exil par les guerres de l’ancienne Yougoslavie. Quinze ans plus tard, Sangatte demeure le sinistre emblème de la violence des politiques d’immigration européennes et de l’incapacité de l’État français à apporter une réponse humaine à la présence des réfugié.es sur son territoire. Peu avare de triomphalisme, Sarkozy déclare alors : « Nous mettons fin à un symbole d’appel d’air de l’immigration clandestine dans le monde ». Les mots sont choisis, tournent en boucle à la télévision, l’appel d’air est un symbole, l’immigration y est désignée comme clandestine. C’est un mensonge, bien assis sur le fantasme de l’invasion massive. Derrière cela se cache l’idée de surnuméraires à dissoudre en dehors d’un monde porté par le triomphe de l’exclusion et de l’indifférence. C’est aussi évacuer un peu vite l’idée que la fixation des réfugié.es sur les verrous de l’Europe – Calais, Lesbos, Ceuta, Lampedusa, etc. – est d’abord et avant tout la traduction d’une interdiction arbitraire à la liberté de circulation. Mais c’est là une autre bataille, que les militants et les militantes associé.es de près ou de loin au réseau No Border se sont engagé.es à conduire. Sur le terrain, la conséquence de cette décision à visée politicienne est dramatique. Elle force des milliers de réfugié.es à errer sur le littoral sans aucune ressource et à trouver refuge dans les squats, les « jungles » et autres campements disséminés dans les plis des territoires du nord de la France. En quinze ans, rien n’a changé, ou si peu.
     
    L’exil devient criminel

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    La suite : http://labrique.net/index.php/thematiques/hors-canard/851-quand-l-etat-administre-le-desastre
    #Lille #La_Brique #Calais #Réfugiés #Camps #violence_sociale

  • Attaque de fafs homophobes à Lille La Brique - 16 Novembre 2016 - Harry Cover
    http://labrique.net/index.php/thematiques/hors-canard/848-attaque-de-fafs-homophobes-a-lille

    Un mois1. C’est le temps qu’il aura fallu pour que la vermine sorte de son bar. Stimulée par l’ouverture de « La citadelle » tenue par Génération Identitaire, l’extrême droite montre les poings dans le centre de Lille pour agresser des homos et des jeunes communistes.
     
    Samedi 12 novembre vers 22h30, dans le bar le Mac Laren’s situé en centre ville, une vingtaine de jeunes communistes issu.es des syndicats lycéens et étudiants fêtent un anniversaire. Les militant.es reprennent joyeusement en chœur le pot pourri des classiques communistes. Mais l’ambiance joviale est interrompue par l’irruption violente de six décérébrés se réclamant de « La citadelle ». Ils s’en prennent à un couple d’homosexuels présents qui se tiennent la main : « Ce soir on ne va pas violer des PDs, mais on va leur péter la gueule ». Le bar Le Magnum, situé à côté, dont la réputation avait été épinglée par les antifascistes lillois2 y serait-il pour quelque chose ?3 Dans les esprits, le souvenir de la destruction d’un bar gay en 2013 par la vermine fasciste rejaillit. « Le ton est vite monté suite aux insultes homophobes et racistes de ces individus. Après une première tentative infructueuse d’agression ». Quelques syndicalistes et un serveur appellent la police à plusieurs reprises, mais aucune patrouille ne se déplace. « Ne tolèr[ant] guère ce genre d’incident » le bar décide alors de fermer et met à la porte les camarades. « Les sympathisants du bar "La Citadelle" sont alors revenus plus nombreux et armés de poings américains » rapporte dans son communiqué la JC de Lille4.

    Dehors, une dizaine de fafs5 leur tendent un guet-apens. Les jeunes n’ont pas d’autre choix que de fuir et se font « courser dans le centre ville » avant de « réussir à leur échapper ». Un lycéen est blessé au visage, sans compter les multiples agressions verbales racistes et homophobes.
    Mais les étudiant.es ne sont pas au bout de leurs peines.

     


     
    Police partout, Le Pen partout

    Au commissariat, les flics semblent totalement indifférents à leur dépôt de plainte. Pendant quatre longues heures, les jeunes vont vivre une situation révoltante. Clara de la JC témoigne : « D’abord, le mec pense qu’on est d’extrême droite et qu’on veut porter plainte contre des gauchistes ». Après explications, l’agent y va de sa remarque homophobe, mimant un geste hypothétiquement efféminé : « Il fait un petit geste avec sa main et prend une voix maniérée pour savoir s’ils étaient  » comme ça" ». Le récit de Clara sur la bêtise de ce flic se poursuit : « Un peu plus tard dans la conversation, il demande en rigolant si des gens se sont fait violer, étant donné que les fafs en avaient parlé ». L’imbécile prend finalement la déposition et lorsque les militant.es précisent « qu’ils criaient " Sieg Heil" en faisant des saluts nazis », l’agent rétorque : « Ça veut dire quoi ? Je ne parle pas musulman ». Belle confirmation de la lepenisation dans les rangs de la police. Les fascistes n’hésiteront pas à manier du poing américain contre qui leur chantent, devant ce sentiment d’impunité de ces nouvelles milices d’extrême droite.

    Donnons-nous rendez-vous à la manifestation6 pour la fermeture de « La Citadelle » ce samedi 19 novembre à 14h, place de la République. Pas de fachos dans nos quartiers, pas de quartier pour les fachos !

     
    Harry Cover
     
    1. Dégénération identitaire à Lille, La Brique, 21 septembre 2016
    2. Le Magnum Café, un repère de néo-nazis lillois, Lutte en Nord, 28 mars 2013
    3. Portraits et relations des néo-nazis ayant attaqué le bar gay du Vieux-Lille, Lutte en Nord, 23 avril 2013
    4. L’extrême droite veut « casser du PD » à Lille, MJCF Lille, 14 novembre 2016
    5. Faf : autre mot pour désigner les fascistes, issu des initiales France Aux Français.
    6. Manifestation organisée par les antifascistes lillois

    #Lille #La_Brique

  • La Brique relaxée pour absence de motivation 8 Novembre 2016 Aside
    http://labrique.net/index.php?option=com_content&view=article&id=846:la-brique-relaxee-pour-ab

    Le 22 février 2015, le journal est verbalisé par la police municipale pour avoir vendu le canard à la criée. On refuse de payer, la mairie nous intente un procès. Lors de l’audience du 4 octobre devant le tribunal de proximité, la décision de justice a été mise en délibéré au 8 novembre. Un mois pour le juge, ce n’est pas de trop pour réviser ses fondamentaux. C’est donc aujourd’hui que l’issue de ce procès rocambolesque a été dévoilée. Et heureusement,  La Brique a été relaxée.

    Si nous avons mis autant de temps à relater notre procès tragi-comique, c’est qu’au même moment d’autres accusations méritaient plus d’attention que la nôtre : celle des 8 de Goodyear, les accusés d’Amiens, et les militants du rond-point des Postes1. Pour autant, si l’amende encourue par notre palmipède peut sembler dérisoire – 61 euros – les enjeux de notre procès ne l’étaient pas. Il remettait en cause la liberté de diffusion de la presse, tout en faisant peser une menace sur l’une de nos principales sources de revenu : les criées. Le procès a été à la hauteur de l’accusation : absurde.


     
    Rappel des faits2. Un arrêté pris par Martine Aubry en 2004 prévoit que « l’accès aux marchés est interdit aux véhicules publicitaires, cortèges, vendeurs et distributeurs de journaux, tracts de toute nature et de prospectus à caractère publicitaire ». En mettant tracts, publicités et journaux dans le même sac, cet arrêté municipal est de fait contraire à l’article 1 de la loi Bichet qui dispose que « la diffusion de la presse imprimée est libre. Toute entreprise de presse est libre d’assurer elle-même la distribution de ses propres journaux et publications périodiques par les moyens qu’elle jugera les plus convenables à cet effet ». Justement, on aime "assurer" la vente de notre canard à l’ancienne, à grands coups de slogans rageux et de discussions avec nos acheteur.ses et autres badauds des marchés lillois. Pourtant, les sbires de la police municipale ont estimé notre manière de faire illégale. Résultat des courses : un P.V. que nous nous sommes empressés de ne pas payer, raison pour laquelle la mairie nous a assigné en justice. C’est donc devant la cour que s’est réglé le duel La Brique – La clique à Martine.

    Premier round
    Le 4 octobre dernier, avec la loi Bichet en poche, l’audience n’aurait dû durer que deux minutes, c’était sans compter sur le dialogue loufoque qui allait suivre. Le directeur de publication est à la barre, confiant mais un peu raide. Le juge de proximité, Jacques Cianfarani, la soixantaine, habillé façon Hervé Mariton, ne porte pas la robe. En effet, ce n’est pas un juge professionnel que nous avons devant nous mais un retraité dont la maîtrise du droit et de la jurisprudence apparait aussi vague que la date d’obtention de sa première année de licence. Il appelle notre camarade à la barre. « Monsieur, on vous reproche d’avoir enfreint l’arrêté 43 du code des marchés de Lille », citant l’article en question, « et vous avez refusé de payer l’amende ». Le juge laisse alors la parole à notre avocate, Maître Ruef, qui mène sa plaidoirie. Elle invoque l’article 1 de la loi Bichet. Rares sont les lois édictant une « liberté aussi explicite dans le texte » rappelle-t-elle. Or, un modeste arrêté municipal ne saurait contredire une loi de la République, foi d’Hans Kelsen, grand théoricien de la hiérarchie des normes, principe bien connu de tout.e étudiant.e en droit. Le juge, finaud, demande à l’accusé : « Je suppose que vous avez la même position que votre avocate ? » . Devine !
     

    La Brique n’est pas un tract
    On ne sait pas quel terme cet homme n’a pas compris, si c’est l’idée de « liberté », de « diffusion » ou de « presse » ? La comparution dure une bonne quarantaine de minutes et tourne au procès kafkaïen. Faussement candide, le juge remet en cause ces notions, niant à La Brique la qualité de journal. Le prévenu rétorque : « Le journal La Brique existe depuis bientôt dix ans. Nous vendons le journal dans le mois qui suit sa parution sur les marchés de Lille, comme n’importe quel autre journal, à l’ancienne. Nous ne sommes pas ici par gaieté de cœur. Nous sommes bénévoles et consacrons du temps pour la rédaction, les dessins et la vente du journal. Et nous assurons malheureusement ce genre de service après-vente dont on se serait bien passé. L’affaire s’est déroulée en février 2015, c’est drôle, parce que les policiers, un mois plus tôt, nous tapaient dans le dos suite aux attentats de Charlie ». 

    L’affaire prend une tournure comique quand le juge, à l’aise et indécrottable dans son fauteuil moelleux, prend un air inspiré pour comparer notre vente à la criée à une autre affaire : « J’ai déjà jugé une affaire de ce type, c’était pour des distributeurs de tracts pour la secte raëlienne ». « Je doute de la mission d’information d’un tel bulletin » répond ironiquement l’accusé. Notre avocate enchaîne : « Nous ne contestons pas l’interdiction des tracts et objets publicitaires, nous disons que pour les vendeurs de journaux, cet arrêté est illégal, et que ce sont les lois sur le régime de la presse qui s’appliquent ». 
    Le juge semble irrité et balaie la plaidoirie d’un revers de manche : « Nous comprenons bien, Maître, mais vous n’allez pas ressasser les mêmes arguments pendant l’audience ». Les yeux montent au ciel dans la salle. Ce qui devait être une audience rapide pour faire valoir nos droits tourne au vinaigre. À plusieurs reprises, le juge parle de « tract » à la place de « journal » , et de « distribution » à la place de « vente ». Notre avocate sort alors un nouvel argument : « Il existe bien une jurisprudence à ce sujet, un vendeur de l’Huma Dimanche à Paris. Il avait été reconnu que la loi Bichet avait bien été enfreinte et la mairie de Paris à l’époque s’était mise en conformité à la suite de ce jugement ». Le juge est curieux : « Ah oui ? Mais vous avez ramené les pièces de cette procédure ? Ça m’intéresse de savoir sur quel motif la mairie a été déboutée ». Le procureur, qui prend le relais, tente de nous remballer : « La précédente affaire était de 175 €, ici votre infraction est fixée à 38 €. Ce n’est pas la même affaire, ni les mêmes circonstances » . Le juge reprend la main et s’adresse à l’accusé : « On comprend bien que ce n’est pas l’amende qui vous intéresse, c’est le fond, le principe, c’est bien ça ? ». Bref éclair de lucidité.


     
    On touche le fond
    On croyait l’apogée du ridicule atteinte, c’était sans compter sur l’obstination de notre comique de proximité : « Vous distribuez votre journal sur le marché de Wazemmes [il regarde ses feuilles] à 11 h 30 quand même ! En plein boom quoi. Ça peut gêner, et le journal peut tomber par terre, les gens peuvent glisser ». Maître Ruef, indignée par la faiblesse de l’argumentaire du magistrat, lui rétorque : « Enfin, les gens achètent un journal deux euros, ce n’est pas pour aussitôt le jeter par terre ! » . Mauvaise foi ou surdité, le juge repart de plus belle : « Oui, mais c’est du papier quand même, le décret pourrait s’appliquer au nom de la salubrité ». Nos oreilles saignent. Confondre décret et arrêté3, quand on remplit cette fonction, laisse augurer du pire pour la suite. Définitivement, on se dit qu’on a affaire à un juge pour qui le droit de la presse est tout à fait étranger. Lourd sentiment d’un procès à charge, où toutes les raisons, même les plus ridicules sont bonnes pour tenter d’établir notre culpabilité.
    Le procureur continue sa saillie et envisage la possibilité que nous vendions notre journal en plein trafic routier :  « Imaginez quand même que vous vendiez au croisement rue Nationale [?] le mardi ou le jeudi, ça causerait des problèmes de circulation ». Pure science-fiction, mais ça ne l’empêche pas de poursuivre : « L’arrêté du maire, par les pouvoirs qu’il possède, peut totalement réglementer la chose. Il n’y a pas d’atteinte à la liberté de la presse puisqu’elle n’est pas définitive et totale ». Comprendre : la vente de journaux, c’est bien, mais là où il n’y a personne, c’est mieux. Le juge enfonce le clou : « La liberté de la presse n’est pas absolue. Ne peut-on pas penser à la restreindre au nom de la sécurité et de l’ordre public ? C’est à débattre », ou comment un juge et un proc’ redéfinissent tranquillement la liberté de la presse.
    Le juge questionne le représentant de La Brique : « Sur le marché, quels autres journaux sont vendus ? La Cause du peuple ? » L’accusé sourit : « Je ne suis pas certain que ce journal existe encore. [ce journal maoïste a disparu en... 1978] J’ai déjà vu Liberté hebdo, le journal des sans-abris, le journal de Lutte ouvrière et même parfois La Voix du Nord. Il y a régulièrement le Parti socialiste qui distribue ses tracts pendant les élections. Et bizarrement, c’est moi qui suis devant vous ». Le juge ne répond pas mais questionne : « Oui, mais votre journal, est-il militant ? ». « Pas plus militant que La Voix du Nord ». Dans la salle, les regards complices se croisent.

    Le proc’ requiert la condamnation du journal à 38 € d’amende, plus 23€ de frais de justice. Le juge sort un « Bon, voilà ». Il est interrompu par notre tonitruante Maître Ruef :  « Je peux quand même faire mon travail et défendre mon client ? ». Laisser le mot de la fin à l’accusation est un peu la base d’un procès équitable, mais le magistrat ne semble plus à une fantaisie près. Notre avocate reprend donc le micro et conclue : « On ne pourra plus rien faire sur les marchés, qui sont, faut-il le dire, un lieu de vie dans une ville. Les marchés sont des lieux vivants et La Brique participe à la vitalité démocratique en France et tout au moins à Lille » . Au loin résonne en sourdine la devise du Canard enchaîné : « La liberté de la presse ne s’use que quand on ne s’en sert pas ».

    Il aura donc fallu un mois pour que le juge se refasse une santé juridique à grands renforts, on n’en doute pas, de manuels de première année. Le verdict est donc tombé : la relaxe est prononcée. En revanche, on n’a toujours rien saisi aux justifications. Si le juge remet en cause l’arrêté en lui-même, il évoque seulement une "absence de motivation" concernant la vente de journaux dans l’interdiction au marché. « Motivation » qui, paraît-il, n’a pas lieu d’être dans un arrêté municipal. Nous avons donc contacté Xavier Bonnet, l’adjoint délégué au commerce - Halles et marché de plein air, pour connaître sa réaction et la date de mise en conformité de leur arrêté. On attend donc sa réponse...
     
    1. Pneus brûlés et criminalisation du mouvement social, La Brique, 26 octobre 2016 http://labrique.net/index.php/thematiques/hors-canard/835-pneus-brules-et-criminalisation-du-mouvement-social
    2. La mairie de Lille intente un procès à La Brique, La Brique, 02 septembre 2016 http://labrique.net/index.php/thematiques/repressions/819-la-mairie-de-lille-intente-un-proces-a-la-brique
    3. Un décret est un acte réglementaire pris par le président de la République et/ou le Premier ministre. Il s’applique donc à l’échelle nationale tandis que l’arrêté municipal, décision du maire ou d’un de ses mandataires, ne s’applique qu’au niveau de la commune.

    #Lille #presse #La_Brique #luttes_sociales #justice #censure #martine_aubry #ps

  • Souffrir de faire souffrir AL - La Brique 2 novembre 2016

    http://labrique.net/index.php/thematiques/lutte-des-classes/832-souffrir-de-faire-souffrir

    Chaque année, des affaires de maltraitance sont révélées concernant des personnes âgées « accompagnées » en maisons de retraite. De manière assez systématique, le personnel est pointé du doigt, sans toujours réincrire ces histoires de violence dans le contexte délétère qui les ont rendues possibles. Que savons-nous des conditions de vie et de travail en maisons de retraite ? Bien souvent prises dans la spirale du rendement, soignantes et soignées ont en commun d’être invisibles. Pour en savoir plus, La Brique donne la parole à Alice, ancienne aide-soignante (AS) en EHPAD (établissement d’hébergement pour personnes âgées dépendantes). Il s’agit tant d’un témoignage personnel que l’expression d’une parole collective destinée à rendre visible l’envers du décor. 

    « J’ai fait la toilette de Madame Oiseau avec Pauline, chouette fille. Elle bosse comme une dingue, vit seule avec ses filles à élever. Elle est crevée à cause du manque de sommeil. Elle travaille dans la maison depuis vingt ans. Encore une fille qui n’a pas le diplôme, qui avant faisait tout, mais s’est retrouvée faisant fonction aide-soignante. Aujourd’hui, elle est payée comme une femme de ménage en faisant le boulot d’une AS. C’est dur. Pauline parvient à peine à toucher Madame Oiseau. Pourtant, elle l’adore. Les escarres sont importantes et creusent le corps, elles sont infectées dans le bas du dos, aux talons. Elle souffre, se crispe de douleur. Faire ses soins est éprouvant. Le directeur hésite encore à faire appel à l’équipe mobile de soins palliatifs. La situation traîne et Madame Oiseau reste des journées entières sans soin ».
     
    Ancienne aide-soignante, j’ai travaillé pendant trois années dans un EHPAD. Cet extrait de mon journal raconte une scène aussi fréquente qu’éprouvante. Après un certain temps j’ai ressenti le besoin de transcrire la dureté de ce quotidien où, du côté des soignantes comme des soignées, se côtoient des souffrances de toutes sortes. Aujourd’hui, je suis tiraillée entre l’urgence de témoigner des conditions déplorables dans lesquelles notre société accompagne nos vieilles1 durant les derniers moments de leur vie, et l’inconfort de parler d’une maltraitance à laquelle j’ai moi-même participé, malgré moi. Car, si des aides-soignantes ont une pratique maltraitante, c’est bien souvent parce que l’institution les y contraint.
     
    Les vieilles, pompes à fric
    La France compte sept millions d’habitant.es de plus de 75 ans et 10 % d’entre eux.elles – soit environ 700 000 – vivent en maison de retraite où sont généralement hébergées les personnes les plus fragiles, âgées, malades et dépendantes. Les EHPAD sont des maisons de retraite médicalisées. Une formule technocratique pour euphémiser ce qu’on appelait autrefois hospices, asiles ou mouroirs. On y concentre, recluse, la vieillesse dépendante, celle qui va mal et qu’on refuse de voir2.
     
    Le budget des EHPAD est tripartite. L’agence régionale de santé (ARS) finance les soins et une grosse partie du salaire des soignantes. Le département, lui, finance la dépendance et la petite partie restante des salaires. C’est aux particuliers de payer le reste de la note, c’est-à-dire l’hébergement, qui finit dans les poches des promoteurs immobiliers et des actionnaires. Quant à l’État, il se désinvestit et délègue aux collectivités territoriales la gestion financière des EHPAD. Faute de budget, celles-ci freinent des deux pieds lorsqu’il s’agit d’ouvrir de nouveaux EHPAD publics, ou des EHPAD privés à but non lucratif.
     
    Résultat, il reste les EHPAD à but lucratif. Fédérés en grands groupes cotés en bourse, ces établissements sont les seuls capables de rafler les appels d’offre. C’est qu’ils ont su rendre la santé des vieux rentable en réalisant des économies d’échelle sur le matériel, en externalisant les services d’entretien des locaux et de restauration, en payant les plus petits salaires possibles, en programmant des taux de dépendance optimums (plus la dépendance est élevée, plus la rentabilité est forte). En bref, les groupes profitent de la faiblesse de l’offre et de la forte demande pour proposer des tarifs d’hébergement prohibitifs, aux frais des familles3.
     
    Parallèlement, la mesure du soin a été rendue possible par l’usage de nouveaux outils. La médicalisation et la standardisation des soins en cours depuis les années 1970 permet aux collectivités publiques de contrôler de près les coûts de la dépendance. Puisque les collectivités territoriales ont un oursin dans la poche et que l’État regarde ailleurs, le prix de l’hébergement ne cesse de s’élever en EHPAD : de 1500 euros par mois pour une chambre en province à 6000 euros à Paris ou en région Provence-Alpes-Côte-d’Azur. L’ARS fixe le budget du soin et en contrôle la qualité. Selon l’État et les collectivités territoriales, la privatisation permettrait de maintenir serrées les dotations en soin tout en garantissant le développement d’une offre de services apparemment conforme à des normes exigeantes. Pourtant, le secteur privé facture aux client.es des services chers (restauration, blanchiment, ménage, loisirs, kits d’hygiène, etc.) qui répondent mal aux besoins des résidentes et sont directement financés par les particuliers.
     
    Sans surprise, les EHPAD privés à but lucratif enregistrent les plus forts taux de remplissage et de dépendance pour une rentabilité maximale. Les ratios soignantes/soignées sont au plus bas, la charge de travail énorme pour des soignantes souvent privées du matériel et de la moindre marge de manœuvre.
     


     
    L’usine
    Ces entreprises du grand âge, toujours soucieuses de réduire leurs coûts, optimisent partout où elles le peuvent : protections hygiéniques comptées, toilettes minutées, temps de repas étriqués, pauses grignotées, budgets d’animation réduits, cadence soutenue… La liste est longue et témoigne de l’effet désastreux de la privatisation de la prise en charge des personnes âgées changées en matière première.

    Les soignantes ne sont pas en reste puisque dans la plupart des EHPAD, c’est l’usine... Les journées de onze heures s’enchaînent. On vient souvent travailler sur ses jours de congés ou de repos, les heures supplémentaires ne sont pas payées. Pendant ce temps, les pointeuses comptent tous les jours rigoureusement notre temps de présence. L’énorme turnover et le non remplacement des absentes mettent celles qui restent à rude épreuve.
     
    En plus de ces conditions de travail dégradées il faut encore supporter la soumission à un personnel d’encadrement malveillant. Le chef, qu’on ne voit jamais dans les étages, nous regarde de haut et nous parle comme à des gamines mal élevées. Il reste sourd à nos problèmes préférant nous parler « du budget », sa seule obsession. Il faut également supporter la pression exercée par la cadre, celle qu’on doit supplier pour un jour de repos, pour quelques toilettes en moins, pour le remplacement d’une fille en arrêt. Celle qui nous demande sans cesse s’il ne reste pas quelque chose à faire, des ongles à couper, qui ne supporte pas de nous voir prendre du temps avec une personne. Celle qui nous dit que si ça ne va pas c’est la faute de la génération Y, que les filles n’ont plus la vocation, qui nous répète que Pôle emploi leur envoie n’importe qui.
     
    Éthique et performance : des injonctions contradictoires
    En EHPAD, la norme, c’est l’injonction contradictoire. Une collègue m’a dit un jour : « On est obligé de maltraiter ». C’est que les soignantes sont en permanence rappelées à des contraintes médicales et éthiques qu’elles ne peuvent satisfaire prises sous les feux de l’impératif de rendement. D’un côté, on demande aux soignantes de bien prendre soin des résidentes. L’éthique des soins gériatriques responsabilise excessivement les agentes qui les prodiguent. Assignées à la sollicitude permanente, responsables du bonheur d’individus privés de la liberté d’aller et venir, sommées de mettre au travail leur propre vulnérabilité pour donner le meilleur d’elles-mêmes à des sujets fragiles et déracinés, « nous sommes dévouées ». De l’autre, pas le droit de s’asseoir pour faire un brin de causette. Pour les boss, le « prendre soin » possède une valeur principalement quantitative : un maximum de soins pour un minimum de coûts. Il faut faire vite, mais ne rien oublier, sous peine d’une observation orale ou écrite, voire d’un avertissement pour maltraitance.
     
    Politiser le soin
    Des luttes collectives voient le jour. Partout, des revendications se formulent : dans les couloirs, durant le repas, dans les chambres, les salles de repos, etc. La presse se fait parfois l’écho de formes plus politisées de mobilisations, de débrayages d’une heure et de journées de grève. En janvier 2016 le département du Nord a baissé de 3 % le budget des EHPAD. En réaction, l’Union Nationale des Syndicats Autonomes (UNSA) a lancé un appel à la grève d’une heure le 1er avril 2016. La forte mobilisation a forcé la rencontre de directeurs d’EHPAD du Nord avec des représentant.es du département. Fin septembre 2016, une dizaine de soignantes de l’EHPAD de Coudekerque-Branche pousse la porte de Force Ouvrière et menace de faire grève si la direction ne répond pas à leurs revendications. À suivre.
     
    Partout en France, les salariées des EHPAD se syndiquent pour renverser les rapports de force. Les journaux locaux relaient plus régulièrement les revendications des soignantes et les directions se voient obligées d’ouvrir le dialogue, au moins pour la forme. Mais rien n’est gagné. Après des mois de lutte, les salariées de la maison de retraite intercommunale de Semblançay-La Membrolle (composée de deux EHPAD) située près de Tours obtiennent une réunion réunissant des agents de l’ARS, du conseil départemental d’Indre-et-Loire, la directrice de l’EHPAD, le président du conseil d’administration des deux établissements et des représentants syndicaux CGT et SUD. Les salariées doivent s’estimer heureuses, elles ont obtenu un audit censé mesurer la gestion, les effectifs et l’organisation de l’établissement4. Mais cette démarche, une nouvelle fois comptable, peut-elle déboucher sur quelque chose ?
     


     
    Des alternatives au règne de l’actionnariat  
    Malgré son coût prohibitif, l’EPHAD apparaît comme la solution incontournable alors même qu’il est en voie de ne devenir accessible qu’aux familles aisées. Quand bien même on a les moyens, trouver une place en EHPAD n’est pas chose facile : il faut souvent attendre des mois, voire des années, pour que la liste d’attente se tarisse et que s’ouvrent les portes de l’institution. L’insuffisance des aides accordées par les régions et les départements est criante en comparaison de l’épuisement d’aidantes esseulées face à l’aggravation d’une démence, la survenue d’une maladie ou une perte d’autonomie. Leur isolement social les oblige à faire la navette entre l’hôpital et le domicile. La vieille meurt souvent sur le chemin5.
     
    Dans ce contexte, la place réservée à d’autres modèles d’accompagnement s’avère réduite. Et pourtant, il existe des alternatives : dans le Nord, l’association de développement gérontologique du valenciennois a ouvert une maison de retraite communautaire composée de petites unités de vie de 17 à 35 studios. À Montreuil, c’est la « maison des Babayagas », une « anti-maison de retraite » autogérée, citoyenne, solidaire, écologique et féministe qui a ouvert ses portes en 20136. Ici, pas de loyers exorbitants : « Les Babayagas sont locataires de l’Office des HLM de Montreuil, qui réalise la construction pour des loyers modulables de 250 à 700 euros en fonction de leurs ressources »7. Quand on sait que neuf vieux.vieilles sur dix ne vivent pas en EHPAD, voilà une initiative qui mérite de se développer.
     
    Nouvelles solidarités
    Pour conclure ce papier, je voudrais dire à quel point j’aime mon métier. Comme la plupart de mes collègues, j’ai choisi de travailler auprès des personnes âgées. Après avoir travaillé une année à domicile, j’ai pensé que travailler dans un environnement adapté, tout en étant mieux formée, me permettrait d’être une meilleure soignante. Je n’ai pas trouvé, en EHPAD, le cadre sécurisant que j’y attendais. Entre le maintien à domicile – où le soin est reclus dans la sphère privée et domestique des familles – et l’EHPAD – où le soin est privatisé pour rendre productive la vieillesse improductive – il faut créer de nouveaux lieux de vie. En attendant, je salue le courage et la détermination de celles et ceux qui ont la force de rester et de se battre au quotidien sur le terrain pour défendre leurs conditions de travail. Celles-ci font la qualité de vie des résidentes en EHPAD.
     
    AL

    Et comme plus d’info ne tue pas forcément l’info, vous pouvez continuez à vous documenter en allant voir l’article paru dans Bastamag le 7 octobre 2016 : Dans les maisons de retraite, manque de moyens et conditions de travail dégradées rendent la situation « explosive » http://www.bastamag.net/Dans-les-maisons-de-retraite-manque-de-moyens-et-conditions-de-travail
     
    1. Avec plus de trois quarts des résidents qui sont des résidentes et plus de 90 % des soignants qui sont des soignantes, je choisis de féminiser ces termes.
    2. Les prénoms ont été changés.
    3. Pour ne citer que les trois plus gros EHPAD français côtés en bourse, le groupe Korian occupe la tête du classement avec 23900 lits et 288 établissements. Suivent Orpéa (19275 lits, 222 établissements) et DomusVi (15043 lits, 187 établissements).
    4. « La Membrolle et Semblançay : pas de réponses concrètes pour les salariés des EPHAD », La Rotative, 02 septembre 2016.
    5. « La fin de vie des personnes âgées », Observatoire National de la Fin de Vie, 2013.
    6. « La maison des Babayagas, l’antimaison de retraite à Montreuil », Juliette Harau, Le Monde, 22 février 2016.
    7. « La maison des Babayagas, un projet pour vieilles qui décoiffe… », Danielle Michel-Chich, Mediapart, 27 novembre 2012.

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    • Pneus brûlés et criminalisation du mouvement social La Brique 26 octobre 2016 Hors canard
      http://labrique.net/index.php/thematiques/hors-canard/835-pneus-brules-et-criminalisation-du-mouvement-social
      Le printemps a fait l’objet d’une vague sans précédent de condamnations de militant.es par la justice. Dans la région Hauts-de-France, les juges ne sont pas en reste ! Le 4 octobre dernier, alors que La Brique est en procès pour vente à la criée illégale, six militants sont jugés pour avoir brûlé des pneus sur le rond-point des Postes à Lille. La criminalisation du mouvement social n’est pas prête de s’arrêter.


      Les faits remontent au 28 juin dernier. À l’époque le mouvement social bat son plein. Plusieurs dizaines de manifestant.es se retrouve à Porte-des-Postes pour manifester leur opposition à la loi Travail alors que le gouvernement utilise pour la deuxième fois le 49-3. Ils tractent et bloquent la circulation. Un épais nuage de fumée noire s’échappe de pneus en feu. Une fois de plus, BACeux et CRS s’en donnent à cœur joie et arrêtent au jugé plusieurs d’entre eux.

      Six militants comparaissent devant le tribunal correctionnel de Lille pour "entrave à la circulation des véhicules sur une voie publique", "participation à un groupement formé en vue de la préparation de violences contre les personnes ou de destructions ou dégradations de biens", et "dégradations ou détériorations du bien d’autrui aggravées". Le verdict du tribunal est sans appel, six mois de sursis pour l’un d’entre eux, les autres prennent trois mois de sursis assortis de 140 heures de TIG (travail d’intérêt général) et une amende de 27.000 euros qu’ils doivent solidairement, censée rembourser les dégâts commis par les prévenus, alors qu’aucune trace ne persiste sur la rotonde.

      À Amiens, l’odeur des pneus brûlés a également soufflé dans les narines du juge. Cinq militants ont été condamnés pour avoir occupés la gare d’Amiens, bloquant le trafic pendant une heure. L’un d’entre eux écope d’un mois de prison ferme, les quatre autres entre deux et six mois de sursis. L’amende est encore plus lourde. 67.000 euros sont réclamés par la cour pour rembourser la SNCF, Amiens Métropole et... l’hôtel Carlton des dégradations commises.

      Ces verdicts sévères montrent une nouvelle fois la violence d’une justice qui condamne des actes militants sans prendre en compte le contexte de tensions instauré par un gouvernement aux abois. Cette criminalisation du mouvement social 1 est une injure à celles et ceux qui subissent au quotidien la violence sociale que renforcent les réformes du gouvernement Valls, la loi Travail en tête.

      Alors que dans ces deux dossiers, les camarades ont fait appel, on espère un dénouement moins carcéral, à l’instar des 8 Goodyear. En effet, en appel devant le tribunal, les Goodyear ont reçu le soutien de près de 4000 militant.es. D’abord condamnés à 24 mois de prison dont 9 ferme, leur condamnation s’est transformée en 24 mois avec sursis. Pour Claude Leclercq, secrétaire général local à Amiens : _ « Ça enlève un poids aux huit et à leur famille. Mais ça reste une condamnation. On ne peut pas s’estimer heureux » 2 . _
       
      1. La liste des condamnations ne cesse de s’allonger : http://www.frontsyndical-classe.org/2016/10/une-liste-qui-en-dit-long-sur-la-repression-anti-syndicale-les
      2. « Goodyear : « La suppression de la prison ferme est un soulagement, mais ça reste une condamnation » », Jérémie Lamothe, Le Monde, 20 octobre 2016.

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