Dans le cabinet du médecin
Branché IA via ordinateur et microphone, le docteur dicte doctement : « Insérer ici la formule de politesse pour terminer la lettre. »
IA écrit : « Confraternellement »
#IA #mdr #nouvelles_technologies #gain_de_temps #économie_de_moyen #frimeur
ça convient parfaitement dans la plupart des cas :-) ne sommes nous pas tous (ou presque), à terme, des malades chroniques.
Arf, il y a méprise, ce que je voulais souligner c’est que passer commande pour pondre un seul mot et en utiliser près de 10 est stupide.
you’re right. c’est encore moi qui était à côté de la pâque. m’enfin, puisqu’il s’agit d’écrire à un.e collègue (à qui d’autre pourrait-il écrire ?), il devrait savoir comment ça se conclut, utiliser le modèle classique : moi couillon de généraliste méprisé je vous adresse ma patiente, ô éminent spécialiste, nonobstant quoi, je vous rappelle à vous, et surtout à elle, que, malgré tout, nous sommes plus égaux que d’autres en matière de pouvoir médical.
De toute façon, sous couvert de science et de « parcours de soins coordonnés », les généralistes (ces mals notés qui incorporent le mépris confraternel dont ils font l’objet) délèguent de plus en plus à des spécialistes. L’IA fera aisément partie du lot (spécialiste du diag, de la com, de l’admin, et plus si affinités)
On dira jamais assez la perversité des évaluations qui nous manipulent. (chirurgien, oncologue et ophtalmos = qui ? généralistes, pédiatres, gérontos et psychiatres = qui ?).
Mais oui, ta blaguounette est plutôt sur la mise au service des bipèdes pour l’IA (j’ai finit par piger, je crois), le temps le travail indu et la bêtise que cela génère.
Cela fait longtemps que ces gusses friment en montrant qu’ils gèrent mieux au dictaphone le temps de travail de leur secrétaire. Là, il tombe dans une trappe que n’importe quelle secrétaire aurait évité.
N’empêche, c’est la ruine d’un travail coopératif, ici multidisciplinaire mais néanmoins rigoureusement professionnel. Il scie la banche d’une inévitable « communauté soignante ».
entropisation du #général_intellect pourrait-on dire.
Lettre ouverte à Éric Neuhoff
Monsieur,
Quel soulagement de vous voir entrer à l’Académie française en donnant des gages à la galanterie traditionnelle dans notre pays !
Sur France Inter, le 13 novembre 2025 à 7h50, vous avez traité la linguiste Julie Neveux de « petite instit bornée ». Il semble que vous n’ayez pas digéré sa tribune dans Libération du 9 novembre, où elle implore l’Académie française de cesser « de vouloir réguler la langue et nos usages ». À moins que vous soyez vexé qu’elle ait cité des phrases de vous témoignant d’un haut niveau intellectuel, ou qu’elle juge ainsi votre commentaire sur le jeu d’Isabelle Huppert : « La teneur en pensée du cinéma flirte avec le néant, aplatie qu’elle est par le sexisme crasse. »
▻https://entreleslignesentrelesmots.wordpress.com/2019/11/14/eliane-viennot-la-langue-dautrefois-est-bien-moins-sexiste-quaujourdhui-1-2/#comment-70193
Addio Paolo Virno
▻https://ilmanifesto.it/addio-paolo-virno-militante-rivoluzionario-senza-pentimenti
Filosofo comunista e pokerista, uomo colto anti intellettuale, militante rivoluzionario senza pentimenti, Paolo Virno ha avuto il suo esodo da una vita vissuta fino all’ultimo respiro e all’ultimo malinconico sorriso.
E ci mancheranno «le parole per dirlo». Paolo, ciao, Francesco Raparelli
▻https://www.dinamopress.it/news/e-ci-mancheranno-le-parole-per-dirlo-paolo-ciao
8 Novembre 2025
In memoria del compagno e grande filosofo Paolo Virno, scomparso il 7 novembre, per molti di noi Maestro di pensiero e di vita. Lo ricorderemo a Esc, via dei Volsci 159, lunedì 10, alle ore 11
Succede, nella vita, che si impara a parlare una seconda, una terza volta, e ancora. A me, così è accaduto con Paolo Virno. Paolo Virno era un filosofo, quindi un artista delle parole. Uno che afferrava cristalli di pensiero, un’idea di mondo, nelle regole grammaticali. Uno che non aveva mai perso di vista ciò che conta, ovvero che pensiero e prassi sono tutt’uno con le preposizioni: “con”, “tra”, “fra”. Si agisce e si pensa con le altre e gli altri, tra le altre e gli altri, fra una cosa e l’altra. Nel mezzo – senza principio né fine.
Aula 6 di Lettere, Sapienza, primavera del 1998. Per ricordare l’anno 1968, presentavamo il libro di Bifo dedicato a Potere Operaio. Comparve Paolo. Il corpo, senz’altro – così alto. Ma il corpo con la parola, con una parola che sapeva farsi corpo con i gesti delle mani, con la voce e il suo volume cangiante, imprevedibile. Filosofo del linguaggio, del linguaggio di Paolo mancava qualcosa senza vedere le mani, e la braccia, con quei movimenti ampi, quasi preparassero la scena dell’enunciato. «L’inserzione del linguaggio nel mondo», avrebbe detto lui.
Certo Paolo era stato un militante sovversivo, un «marxista non pentito», un «comunista non di sinistra». E l’aveva pagata cara, la sua militanza, negli anni della controrivoluzione e della carcerazione preventiva senza sosta. Le parole di Paolo erano parole, ma c’era dietro pure la vita di una generazione che aveva tentato la rivoluzione. «Sconfitta», diceva. Vero, ma a che prezzo? La controrivoluzione italiana, per vincere, ha dovuto imporre, manovra finanziaria dopo manovra finanziaria, il declino del Paese.
Se oggi l’Italia è fanalino di coda in Europa per quel che riguarda i salari, se l’economia sopravvive con il terziario low cost e l’edilizia che manda gli ultrasessantenni a crepare sui ponteggi, se duemila giovani formati al mese se ne vanno, è perché c’è voluta dedizione efferata per sconfiggere la rivoluzione.
Con Paolo inventammo, a Esc, la Libera Università Metropolitana. Con Paolo, con Toni, con Franco, con Benedetto. E tante e tanti. Il primo seminario fu subito dopo l’occupazione di via dei Reti 15, primavera del 2005. Lo spazio era ancora disagevole, usavamo una stanzetta spoglia. Discutemmo di azione innovativa, secondo Paolo. Non riguarda il genio, l’eroe, il visionario l’azione innovativa, no. Ha a che fare con quel vivente che, per vivere, deve di volta in volta mettere in forma la propria vita, creare, in cooperazione con altre e altri, le condizioni della propria esistenza. Necessaria, l’azione innovativa, ogni qual volta si tratta di applicare la regola condivisa a un caso singolo; applicandola, tutto sommato, la regola la facciamo anche di nuovo. Differenza nella ripetizione. O anche: variazione storica della natura eterna che, per Paolo, sono le nostre facoltà specie-specifiche.
L’accademia italiana, ovvero del Paese fallito per la controrivoluzione, ha accolto Paolo tardivamente. Non poteva che andare così. Con le sue opere tradotte in tutto il mondo, la pensione lo ha raggiunto presto – troppo. Ma gli studenti lo hanno amato, in Calabria e poi a Roma Tre. Piccoli e grandi, tutti imparavano a parlare di nuovo, con lui. Ogni corso, ogni lezione, imponeva di pensare in grande, di pensare sul serio. Nonostante l’ANVUR e la VQR, o altri acronimi che hanno per obiettivo l’umiliazione della vita associata.
Paolo era alla ricerca del sindacato rivoluzionario del lavoro precario, sottopagato, migrante. Se – folli – abbiamo fondato le Camere del Lavoro Autonomo e Precario, lo dobbiamo anche a quel documento, con diversi discusso, ma da lui scritto più di vent’anni fa («Che te lo dico a fare?»). Non ha mai smesso di essere operaista, a costo di portare il broncio alle movimentazioni recenti. Non che non riconoscesse il ruolo della finanza, l’importanza della rendita immobiliare, la guerra e le sue politiche di bilancio: cercava l’estorsione di plusvalore, Paolo, sempre. A pensarci bene, era un modo per continuare a pensare il due, il «doppio potere», la «città divisa». Filosoficamente: il possibile del reale.
Ora, senza Paolo, vicini a Raissa, si tratterà di cercare ancora «le parole per dirlo» – proprio quelle, non altre. E sarà impervio, ma occorre provarci.
Faire de la philosophie avec Paolo Virno - Entretien avec Michel Valensi, 2014
▻https://www.lyber-eclat.net/lyber/virno5/virno-valensi.html
Michel Valensi : Depuis ton premier livre, Convention et matérialisme (non traduit en français) qui date de 1986, et même depuis tes premiers écrits plus politiques des années 1970, jusqu’à ce dernier livre qui paraît aujourd’hui en français sous le titre Et ainsi de suite. La régression à l’infini et comment l’interrompre, consacré à la philosophie du langage, un long chemin a été parcouru. Pourrais-tu en rappeler les étapes principales ? (Ce qui revient à raconter ta vie d’une manière ou d’une autre…).
Paolo Virno : J’ai commencé à m’occuper de philosophie de manière systématique à la suite d’une défaite politique. Je parle de la défaite des mouvements révolutionnaires qui ont occupé la sphère publique en Occident entre la mort de John Kennedy et celle de John Lennon, donc du début des années 1960 à la fin des années 1970. Ces mouvements, qui ont, d’emblée, éprouvé une véritable aversion pour le socialisme réel tel qu’il pouvait s’incarner dans l’Union soviétique, avaient utilisé Marx en dehors et contre la tradition marxiste, en la mettant en contact direct avec les luttes en usine et la vie quotidienne des sociétés développées. Un Marx lu en même temps que Nietzsche et Heidegger, et mis à l’épreuve de Weber et de Keynes.
Quelques notes à propos du general intellect, Paolo Virno, Futur Antérieur, 1992
▻http://pinguet.free.fr/virno1992.pdf
Pour en réactiver la puissance politique, il importe de mettre en oeuvre une critique de fond du « Fragment ». Ce sera celle-ci : Marx a identifié totalement le general intellect (ou encore le savoir en tant que principale force productive) au capital fixe, négligeant ainsi le côté sous lequel le même general intellect se présente au contraire comme travail vivant. Ce qui est précisément aujourd’hui l’aspect décisif.
La connexion entre savoir et production, en effet, ne s’épuise pas dans le système des machines, mais s’articule nécessairement à travers des sujets concrets. Aujourd’hui, il n’est pas difficile d’élargir la notion de general intellect bien au-delà de la connaissance qui se matérialise dans le capital fixe, en y incluant aussi les formes de savoir qui structurent les communications sociales et innervent l’activité du travail intellectuel de masse. Le general intellect comprend les langages artificiels, les théories de l’information et des systèmes, toute la gamme des qualifications en manière de communication, les savoirs locaux, les « jeux linguistiques » informels et même certaines préoccupations éthiques. Dans les processus de travail contemporains, il y a des constellations entières de concepts qui fonctionnent par elles-mêmes en tant que « machines » productives, sans avoir besoin ni d’un corps mécanique, ni même d’une petite âme électronique.
Nous appelons intellectualité de masse le travail vivant en tant qu’articulation déterminante du « general intellect ». L’intellectualité de masse – en son ensemble, en tant que corps social – est dépositaire des savoirs non divisibles des sujets vivants, de leur coopération linguistique. Ces savoirs ne constituent en aucune manière un résidu, mais une réalité produite justement par l’affirmation inconditionnée du « general intellect » abstrait. C’est précisément cette affirmation inconditionnée qui implique qu’une part importante des connaissances ne peut se déposer dans les machines, mais doit se manifester dans l’interaction directe de la force de travail. On se trouve face à une expropriation radicale, qui ne peut pourtant jamais se résoudre en une séparation complète et définitive.
#general_intellect #travail_vivant #Intellectualité_de_masse
Paolo Virno, la métropole et l’organisation du conflit de classe (2005, pour la IVeme Internationale ah ah ah)
►https://www.revolutionpermanente.fr/Paolo-Virno-la-metropole-et-l-organisation-du-conflit-de-classe
Sans la mobilisation du travail précaire, je crois que la situation de la lutte de classes italienne ne bougera pas.
Le problème fondamental, c’est les formes d’organisation de ceux qui, par définition, sont ceux qui aujourd’hui ne semblent pas pouvoir être organisés, c’est-à-dire les travailleurs précaires. Pour organiser le travail précaire, il faut mobiliser la culture, les formes de vie, les goûts esthétiques, les inclinations éthiques, c’est-à-dire le monde de la vie comme le disent certains philosophes. Voilà le pari. Le travail précaire est semblable à une dimension complexive de l’existence.
Alors je crois que le jeune ouvrier, et la jeune ouvrière surtout, de [Fiat] Melfi, montrent par leur condition et à travers leurs formes de lutte qu’ils viennent d’expérimenter une condition plus générale, commune aux travailleurs précaires. Ils sont la pointe d’un iceberg, même s’ils disposent d’un boulot relativement stable. Je crois que cette émergence, les autoferrotranvieri, les luttes de Melfi, sont comme une prémisse ou un symptôme de la mobilisation du travail social précaire. Et j’ajoute, précaire et également intellectuel. Par intellectuel je n’entends pas les gens qui ont fréquenté l’université, j’entends aussi ceux qui réalisent les tâches les plus humbles et mobilisent les capacités cognitives et linguistiques de notre espèce. Je n’entends pas par intellectuel une sorte de spécialisation, de qualification particulière, mais une expérience de travail qui comprend toujours, d’une manière fondamentale, l’utilisation des capacités linguistiques et cognitives de notre espèce. Alors je pense l’immigré ou le jeune précaire comme intellectualité de masse, à condition d’entendre intellectualité de masse par ce que je viens de définir.
(...) pour nous, le « general intellect », le cerveau social, c’est la coopération du travail vivant (...)
La vie militante
Paolo Virno : la révolution, joyeuse ambition , Andrea Colombo, il manifesto, 9/11/2025
▻https://ilmanifesto.it/paolo-virno-la-rivoluzione-allegra-ambizione
Souvenir
Intellectuel et anti-intellectuel, il a milité dans Potere Operaio, subi une incarcération injuste, travaillé au manifesto, enseigné la philosophie. Jamais résigné à la triste mission de rendre le monde un peu plus juste : il voulait le renverser.
Paolo Virno fut un acteur essentiel de la gauche révolutionnaire italienne, et un rédacteur inoubliable de ce journal.
Dans la fin des années 1980, Paolo sortait à peine d’une odyssée judiciaire kafkaïenne, passée à l’histoire sous le nom de « 7 avril ». On l’avait inculpé et emprisonné sous des accusations ridicules, auxquelles même les magistrats ne croyaient pas, mais pour une raison juste, quoique inavouable : celle d’être un révolutionnaire communiste décidé à renverser l’ordre existant, convaincu que vivre, c’est marcher sur la tête des rois. Sa méfiance envers la magistrature démocratique [les juges membres ou sympathisants du Parti communiste, NdT], jamais démentie jusqu’à son dernier jour, naquit de cette expérience.
Paolo rejoignit ensuite le manifesto, dans la section culturelle — qui comprenait alors aussi les spectacles. Mais il ne voulait pas, et nous ne voulions pas, d’une section culturelle comme les autres, fût-elle très politisée. Nous visions un « contre-journal », capable de regarder ce que l’urgence de l’actualité reléguait hors des premières pages : non les acrobaties du CAF (le triumvirat Craxi, Andreotti, Forlani), ni les gloires lointaines des guerres de libération, mais les transformations radicales des forces productives encore à l’état naissant à la fin des années 1980.
L’émergence d’un nouveau prolétariat intellectuel et inventif, remplaçant la répétition mécanique de la chaîne par l’usage de l’esprit. Le paradoxe d’une société du salariat rendue obsolète et parasitaire par le développement des forces productives , mais dont on ne sortait qu’en en conservant les règles — parce que la survie du commandement l’exigeait.
De cette ambition naquit le périodique Luogo comune, et une grande part du combat se jouait déjà dans les pages du manifesto. Ceux qui voudraient comprendre peuvent lire la compilation Negli anni del nostro scontento (DeriveApprodi, 2023), qui rassemble ses articles : on y découvre une capacité unique à repérer les lignes de force du nouvel ordre social, mais aussi ses failles, jusque dans les films populaires, les émotions d’une époque ou le lexique des intellectuels.
Cette ambition révolutionnaire totale fut la marque constante de l’action politique et de la réflexion philosophique de Virno. Tous ses livres, sans exception, visent à subvertir le présent, même quand ils s’attardent sur les jeux d’esprit ou les limites du langage.
Jamais il ne s’est contenté de « rendre le monde un peu meilleur ». Il savait que sans une vision apte à ébranler l’ordre entier, on n’obtient même pas un meilleur salaire. Il allait toujours au bout du jeu.
Il a vécu dans la conscience d’une défaite historique, sans jamais s’y résigner. Ancien militant et dirigeant de Potere Operaio, organisation dont l’influence allait bien au-delà de ses modestes effectifs, il avait su garder l’esprit de cette époque où la révolution semblait à portée de main.
Mais sa pensée n’était pas nostalgique : il considérait l’arsenal du passé comme un fardeau, sauf la méthode héritée de l’opéraïsme, qu’il revisita jusqu’à la rendre méconnaissable. Il traquait les nouvelles subjectivités, les formes inédites de résistance, et affirmait qu’aujourd’hui, être communiste est incompatible avec appartenir à la gauche traditionnelle, nuisible plus qu’inutile.
Pour beaucoup, Paolo fut un maître de pensée critique, un compagnon et un ami. Pour certains, comme moi, il l’était depuis le lycée romain et Potere Operaio.
À ceux qui ne l’ont pas connu, il laisse des textes qui seront étudiés comme des armes de la lutte de classe moderne. Mais il leur manquera ce qu’aucun texte ne peut rendre : sa générosité proverbiale, son indifférence à l’argent, sa présence solide dans l’épreuve, son ironie et sa joie. L’avoir eu pour ami fut un privilège rare.
La passion politique
Un éclaireur de l’exode à la visée sûre, Marco Bascetta, il manifesto, 9/11/2025
▻https://ilmanifesto.it/un-apripista-dellesodo-dotato-di-ottima-mira
Foto di Nora ParcuPlus les histoires sont longues et intenses, plus les expériences et les sensibilités sont entrelacées, moins on sait par où commencer.
Pourquoi pas, alors, par une petite rubrique de la revue Luogo comune, qu’au début des années 1990 Paolo avait lancée avec un groupe de camarades et d’amis : « Citations face à l’ennemi », inspirée du cliché western — repris plus tard par Tarantino — où le tireur cite un verset biblique avant de dégainer.
Eh bien, les articles de Paolo, ses essais courts, forment un catalogue extraordinaire de “citations face à l’ennemi” : extraites d’un vaste savoir, aiguisées par une passion politique et une précision de tir inégalées.
Jamais son travail n’a été sans cible, même lorsqu’il distingua clairement militance politique et recherche philosophique. Non pour en nier le lien, mais pour en préserver le rigoureux équilibre. Deux tâches aussi décisives, disait-il, ne peuvent être menées à moitié.
Beaucoup d’entre nous furent déconcertés : nous vivions justement dans cette zone grise où la pensée longue se mêle à l’urgence de l’action. Mais sa radicalité continuait d’alimenter les mouvements, et face à tout événement nouveau, nous revenions toujours à quelque éclair philosophique de Paolo.
Ces dernières années, après avoir quitté l’enseignement, il voulait retrouver un rapport direct à la lutte politique. Nous en parlions souvent, sans trouver la voie à la hauteur de sa radicalité.
S’il est un mot qu’il incarnait pleinement, c’est « compagno » [camarade] : amitié, affection, espérance, intelligence collective et liberté individuelle. Ce mot, sérieux et enjoué, fut celui par lequel il nous salua, Andrea Colombo et moi, jeudi matin encore.
Car Paolo appelait son petit cercle de Luogo comune les « marxistes non de gauche » — une ironie dirigée contre les socialistes des années 1960 qui se disaient « gauche non marxiste ». Cela signifiait une critique marxiste non affadie par le compromis ni contaminée par le populisme, fidèle à la tradition matérialiste mais en attente d’un renouveau.
Il choisit pour cela la voie exigeante de la philosophie du langage, un travail à plein temps. Et même dans ses ouvrages les plus techniques, on croise ses cibles politiques de toujours — l’État, le peuple, le salariat — et ses piquantes « citations face à l’ennemi ».
Je ne sais pas écrire la mesure du vide qu’il laisse après 56 ans d’amitié née au lycée romain. Je me confie à une dernière citation de cinéma chère à Paolo, que nous aimions répéter :
« Cher ami… che te lo dico a fa’ ? » (à quoi bon te le dire ?).
La recherche philosophique
Au-delà du capital, la partie reste ouverte, Massimo De Carolis, il manifesto, 9/11/2025
▻https://ilmanifesto.it/oltre-il-capitale-la-partita-e-aperta
Fidèle jusqu’au bout à l’idée marxienne que le déclin du capitalisme marque le commencement, et non la fin, de l’histoire humaine, Paolo Virno a su faire entrevoir la trace d’une autre histoire.
Depuis les années 1970, il s’interrogeait : que se passe-t-il quand les conditions mêmes de la possibilité de l’histoire — langage, praxis, nature — cessent d’être un simple arrière-plan pour devenir la matière même des événements ?
De cette question découle sa démarche : élargir les notions politiques de force de travail ou de multitude en concepts anthropologiques, et inversement, découvrir la charge politique des notions d’action innovatrice ou de faculté de langage.
Dans Le souvenir du présent, il écrivait :
« Le capitalisme historise la méta-histoire : il l’inclut dans le domaine prosaïque des événements, il s’en empare. »
En transformant en marchandise non pas le travail accompli mais la force de travail comme puissance humaine générale, le capitalisme a replié l’histoire sur elle-même.
Dès lors, ce qui enrichit le capital, ce n’est pas tant la propriété du produit que le pouvoir de décider, en amont, quelles potentialités humaines pourront se réaliser.
Ce pouvoir est longtemps resté caché, mais il se révèle pleinement avec le postfordisme : grâce à la technologie, le travail salarié devient marginal, un « résidu misérable », et pourtant le dominion du capital s’intensifie, s’étendant à toute la vie.
La biotechnologie se nourrit des potentialités de la nature, les plateformes exploitent nos facultés communicatives, la finance spécule même sur les crises.
L’excès de possibilités se renverse en impuissance, menaçant de fin de l’histoire.
Mais pour Virno, la partie reste ouverte : l’alternative existe dans les pratiques humaines ordinaires — langage, action commune, esprit, amitié — où se tisse une autre orientation de l’histoire.
D’où son intransigeance envers une “gauche” nostalgique et inconsistante, et son attachement aux mouvements révolutionnaires des années 1970, qui avaient entrevu que l’enjeu politique n’est rien de moins que la dignité de l’humain.
Et de cette dignité, Paolo Virno a donné la preuve vivante, dans sa militance, sa prison, sa pensée, et même dans la façon tranquille dont il a affronté la maladie. Une cohérence naturelle, signe du vrai maître.
Creuser le langage : l’enseignement de Paolo Virno , Christian Marazzi, effimera, 9/11/2025
▻https://effimera.org/scavare-il-linguaggio-linsegnamento-di-paolo-virno-di-christian-marazzi
Nous devons creuser marxiennement le langage — mais le langage désormais intérieur aux processus productifs, le langage mis au travail après la crise du fordisme. C’est ainsi que nous parlait Paolo, définissant un programme collectif de travail au long cours pour construire les nouvelles armes de la lutte de la multitude.
Convention et matérialisme date de 1986 ; c’est dans ce livre que, pour la première fois, il est question de l’ordinateur comme « machine linguistique », cette technologie qui a déterminé le tournant linguistique des processus de numérisation et de valorisation de l’économie, du monde, de la vie.
Il en écrivit une partie en prison, dans la cellule où se trouvaient également Toni Negri et Luciano Ferrari Bravo. Luciano me décrivit un jour le cliquetis de la machine à écrire de Paolo lorsqu’il rédigeait ses textes : lent, avec de longues pauses entre un mot et l’autre, comme si Paolo caressait chaque lettre, comme si chaque mot était un corps en devenir. Il semblait les écouter, ces mots, descendant dans la profondeur de leur vérité, de leur corporéité.
Parfois, il employait des mots archaïques, comme pour signifier une histoire commencée il y a longtemps : l’histoire de la lutte des classes. Pour Paolo, l’usage des mots était un entraînement à l’usage de la vie : une vie singulière, individualisée, précédée d’un je collectif, d’un social présocial, garantie de l’existence politique « des nombreux en tant que nombreux ».
Le collectif de la multitude contre le peuple comme réduction à l’un, la fuite de la souveraineté vers une démocratie non représentative. La postface à L’individuation psychique et collective de Gilbert Simondon est magistrale : on la lit et la relit, et chaque fois on a l’impression de recommencer, de marcher avec les autres, de se libérer avec les nombreux en tant que nombreux.
Et combien de textes Paolo a-t-il écrits pour dévoiler les pouvoirs et les limites du langage ! Du langage comme action — ce « faire des choses avec des mots » de John Austin (le titre seul suffisait, disait-il) — qui a permis d’entrer, armés, dans le temps de la linguisticité monétaire, dans l’illusion d’une fuite cryptée du centre des banques : le problème n’est pas le centre, le problème est la forme linguistique de la monnaie, sa domination sur nos vies, nos désirs, nos affects.
Paolo fut un ami, un frère, un camarade, une personne splendide. Il nous a pris par la main avec discrétion et puissance théorique, avec élégance et passion politique.
Paolo, nous t’avons aimé, nous t’aimerons toujours.
Paolo Virno : 1977, le début d’un temps nouveau
1977 contre le présent. Le mouvement de 1977, quarante ans après
Entretien avec Paolo Virno, Ilaria Bussoni, Roberto Ciccarelli, il manifesto, 5/4/2017
▻https://ilmanifesto.it/paolo-virno-1977-lesordio-del-tempo-nuovo
« Quarante ans plus tôt, c’est aujourd’hui. En Italie et ailleurs, a émergé une force de travail devenue ressort de la production et moteur des institutions. »
« Les œuvres de l’amitié méritent d’être défendues : elles produisent des formes de vie et construisent des embryons d’institutions. »
1977, Rome, université La Sapienza occupée. Photo Tano D’Amico Le moment 1977
« 1977 » est une date conventionnelle : les sujets sociaux et les formes de lutte dont on se souvient ont surgi plus tôt, raconte Paolo Virno, l’un des plus importants philosophes italiens et figure centrale de la revue du mouvement Metropoli.
« À Milan, il y avait les cercles du prolétariat juvénile, les manifestations pour les meurtres de Zibecchi et Varalli, les mobilisations contre le travail au noir. Ce ne furent pas seulement des sujets non ouvriers qui firent irruption sur la scène publique. 77 comprend aussi les dix mille nouvelles embauches de Fiat : pour la première fois, beaucoup de femmes et de jeunes diplômés. En juin 1979, ils bloquèrent Mirafiori avec la même détermination qu’en 1969 ou 1973. On vivait une accélération générale, extrême, qui traversait toute la force de travail. Cette année-là, tout éclata : une anticipation subjective, subversive, d’un nouvel ordre qui devait ensuite prendre les traits plombés de l’ordre productif du capitalisme néolibéral. »
Une anticipation de l’avenir
Qu’est-ce qui a anticipé le mouvement ?
« 1977 a été un commencement. On y voit apparaître de nouvelles figures de la force de travail : fondées sur la production cognitive, la coopération linguistique, et une réorganisation du temps de travail qui avait alors une coloration subversive. Ce n’est pas la première fois qu’un mouvement annonce l’avenir : dans les années 1910, les grandes luttes des ouvriers déqualifiés aux USA avaient précédé le fordisme. Plus tôt encore, dans l’Angleterre du XVIIᵉ siècle, les vagabonds chassés des terres, non encore intégrés à la manufacture, incarnaient déjà une dangereuse potentialité sociale.
De même, 1977 a un double visage : d’un côté, une matière première de comportements, d’affects et de désirs rebelles devenus force productive, état de choses actuel ; de l’autre, la voie sur laquelle circulent aujourd’hui pouvoir et conflit. »
La force de travail et ses facultés
Quelles caractéristiques de la force de travail se sont imposées alors et demeurent actuelles ?
« 1977 a anticipé, à travers des luttes très dures, ce qui importe vraiment aujourd’hui. Marx parlait d’un intellect général qui n’est plus contenu dans le capital fixe mais dans les sujets vivants. Connaissance, affects et intelligence existent désormais comme interaction et coopération linguistique du travail vivant. Ce renversement dépasse même l’aveuglement de Marx, pour qui le temps de travail restait un résidu, tandis que la connaissance et l’intellect étaient incorporés aux machines.
La reproduction de la vie, et les qualités productives de la force de travail, ne se développent plus seulement dans la sphère du travail. Pour produire de la plus-value, les entreprises ont besoin de personnes formées dans un milieu plus vaste que l’atelier ou le bureau — justement pour être plus productives une fois revenues à l’atelier ou au bureau. »
Nature humaine et production sociale
Quelles facultés humaines sont mobilisées dans ce processus ?
« Je m’arrête sur trois éléments fondamentaux de la nature humaine :
1. la néoténie, c’est-à-dire la persistance de traits infantiles tout au long de la vie ;
2. l’absence d’une niche environnementale propre à l’espèce humaine, dans laquelle elle pourrait s’installer avec sécurité ;
3. la faculté de langage, bien différente des langues particulières, plastique et indéterminée.
1977 fut le premier mouvement mondain, néoténique et potentiel, qui fit de ces facultés une force au lieu de chercher à les contenir. Jusqu’alors, les institutions s’en défendaient ; depuis, elles les ont intégrées, en faisant des ressorts de la production sociale et du moteur des formes institutionnelles. La néoténie s’est muée en flexibilité et formation continue. L’absence de niche est devenue mobilité et polyvalence. »
Le renversement néolibéral
Comment la contre-révolution néolibérale a-t-elle transformé ces traits ?
« Ces caractéristiques se sont répandues, mais avec un signe inversé. La prolifération de hiérarchies minutieuses et de barrières exprime la fin de la division du travail sous le capitalisme. Celle-ci est désormais dysfonctionnelle ; elle sert surtout à coloniser le caractère public des tensions éthiques, émotionnelles et affectives de la force de travail. Leur variabilité et leur imprévisibilité sont transformées en descriptions de poste.
Pourtant, ces tensions font partie de la valeur d’usage de la force de travail et de son rapport au monde. Partager intellect et langage devient une condition vitale. Mais la segmentation du caractère trans-individuel du travail est aujourd’hui bien plus accentuée que ne l’exigeait jadis la division du travail. Le maximum de potentialité se renverse en impasse : un renversement disciplinaire rendu nécessaire par cette familiarité avec le potentiel, qui autrement ferait exploser l’ordre productif.
Certaines luttes actuelles en sont le prolongement direct, un document vivant de 1977. Leur centralité dément l’idée que nous aurions alors représenté une “seconde société” des exclus : c’était au contraire la “première société”, celle qui s’inaugurait — et c’est celle que nous sommes encore aujourd’hui. »
Le blocage du conflit général
Pourquoi n’a-t-on pas su, depuis, construire une action sociale capable de renverser le nouvel ordre productif, affectif et politique ?
« C’est la question décisive, posée dès les années 1990, quand on croyait “l’hiver de notre mécontentement” terminé et qu’allait commencer la phase civile, parce que rebelle, de la nouvelle réalité productive. Il n’en a rien été : Berlusconi est arrivé. Depuis 2007, la crise mondiale nous engluait, et la fermeture s’est accentuée. »
Les conditions d’une alternative
Que manque-t-il pour définir une alternative concrète ?
« Le minimum syndical : le conflit sur les conditions matérielles — temps de travail, salaire, revenu. C’est le point de départ, devenu extrêmement difficile. Il est impensable aujourd’hui qu’une lutte de travailleuses de centres d’appel ne s’accompagne pas de la création d’un embryon de nouvelles institutions.
Pour éviter un licenciement ou obtenir trente euros de plus, il faut désormais faire la Commune de Paris. Chaque pas de conflit contient déjà l’invention expérimentale d’institutions post-étatiques. »
La crise de la représentation
Pourquoi 1977 a-t-il rejeté les formes de représentation politique connues jusqu’alors ?
« La crise de la représentation est irréversible. En Europe, et pas seulement, émergent des formes authentiques de fascisme : une terre de personne que peuvent occuper des pulsions opposées. 77 en fut une des manifestations, que le mouvement comprit en temps réel lorsque Lama [chef de la CGIL, le syndicat communiste, NdT]] et son service d’ordre furent chassés de La Sapienza.
Ce processus de long terme a mis fin au monopole étatique de la décision politique. Mais croire que cette crise n’appartient qu’à un seul camp est une illusion : le populisme en est une autre expression. Il est devenu le liquide amniotique où croissent populismes et fascismes : les frères jumeaux, glaçants, des aspirations libératrices — la version monstrueuse de quelque chose qui nous appartient. »
Désobéissance et droit de résistance
Comment ce refus s’est-il exprimé ?
« Par la désobéissance, notamment. Ce thème prit alors une valeur presque constitutionnelle. Il remit en cause ce que Hobbes appelait l’acceptation du commandement avant même celle des lois. Il ne peut exister de loi imposant de ne pas se rebeller.
En 1977, la désobéissance a remis en question l’obéissance : cela précède tout dispositif législatif concret. Ce fut une année très violente, mais, une fois ôtés les fétiches de la violence construits ensuite, le mouvement affirma un droit de résistance face à la nouvelle configuration des institutions post-étatiques.
Cette violence n’était pas opposée à celle de l’État ou de l’armée : c’était la défense de quelque chose que l’on avait déjà bâti. La photo de Paolo et Daddo prise par Tano D’Amico le 2 février le symbolise. »
Les œuvres de l’amitié
Qu’aviez-vous construit pour le défendre si ardemment ?
« Le ius resistentiae défend ce qu’on a déjà créé : les œuvres de l’amitié — une amitié publique qui produit des formes de vie, faite de coopération, d’intellect général et de travail vivant.
En 1977, l’amitié cesse d’être une catégorie secondaire : le couple ami/ennemi est renversé, et l’amitié devient coopération excédentaire, capable de construire des embryons d’institutions, des formes de vie qui méritent d’être défendues à tout prix.
Le ius resistentiae n’est pas une violence plus modérée que celle des jeunes femmes de l’Institut Smolny, à Pétersbourg, qui marchèrent sur le palais d’Hiver. »
Le premier pas
Comment faire le premier pas ?
« En cultivant son incomplétude, en la rendant réceptive et vertueuse. Il faut se tenir prêt à accueillir l’imprévu, et cela dépend de la capacité du travail précaire et intermittent à s’imposer sans ménagement.
Face à un imprévu attendu, la philosophie politique doit s’arrêter et attendre. Pour moi, la limite — et le sommet — de la réflexion théorique équivaut, aujourd’hui, à ce qu’étaient les Industrial Workers of the World aux USA. Si je pense à quelque chose qui ressemble au post-77, et au 77 s’étant mis au travail, c’est à eux que je pense ».
Un souvenir
As-tu un souvenir particulier d’une journée de cette année-là ?
« La manifestation la plus proche d’un caractère insurrectionnel fut celle de Rome, le 12 mars : un cortège sans slogans ni drapeaux, après le meurtre de Francesco Lorusso à Bologne la veille.
Je me souviens d’un vieil homme marchant péniblement devant le ministère de la Justice, via Arenula : c’était Umberto Terracini, fondateur du PCI, antifasciste, président de l’Assemblée constituante. Au premier congrès de l’Internationale communiste, à Moscou, il avait parlé en français, et Lénine lui avait répliqué, le jugeant trop extrémiste : “Plus de souplesse, camarade Terracini.”
Pour lui, il allait de soi de participer à cette manifestation. Ce fut un moment profondément émouvant. »
Paolo Virno - Chi sono i comunisti - Conferenza di Roma sul Comunismo C17 - gennaio 2017
▻https://www.youtube.com/watch?v=SHKUVwswDos
Grammaire de la multitude - Pour une analyse des formes de vie contemporaines, Paolo Virno, 2002, Lyber, chez l’éclat
►https://www.lyber-eclat.net/lyber/virno4/grammaire01.html
Il compagno, l’amico, il maestro. La vita condivisa di Paolo Virno
▻https://ilmanifesto.it/il-compagno-lamico-il-maestro-la-vita-condivisa-di-paolo-virno
ADDIO A PAOLO VIRNO L’amore per il mare di Capri e quello per la condivisione. Sempre con radicalità, ma con metodo, perché ’l’eccesso esige misura, se si vuole che sia tale’
Paolo Virno: la rivoluzione, allegra ambizione
Il saluto saluto a Paolo Virno ieri all’Esc atelier autogestito – Foto di Emanuele De LucaC’è una grande immagine degli scogli nelle acque di Capri con Paolo Virno che si tuffa. È il mare che ha amato e che, osservandolo dal finestrino mentre da Roma raggiungeva Cosenza e l’Università della Calabria, dove ha insegnato per qualche anno prima di tornare a Roma 3, rimpiangeva. «Se adesso non scendiamo da questo treno e non prendiamo un traghetto a Napoli, la giornata è persa», diceva Paolo a Marco Mazzeo, che è stato suo allievo. E che ieri, insieme a tanti e tante, ha partecipato al saluto collettivo a colui il quale è stato amico, compagno, maestro, vicino di cella, avversario a poker o sul campo da tennis del centrale di Rebibbia, che i detenuti avevano tracciato per trascorrere le ore d’aria.
DUNQUE, IL MAESTRO. «Non c’è un centimetro di questo luogo che non sia stato pensato con Paolo» racconta Francesco Raparelli dando il benvenuto a Esc, l’atelier autogestito che fin dall’inizio ha ospitato la Liberà università metropolitana che Virno aveva concepito vent’anni fa assieme a una nuova generazione di militanti dei movimenti studenteschi e precari.
«Per noi è stato un maestro antico – dice Francesco – Di quelli che non si limitano a insegnare concetti, ma insegnano anche a parlare, a muovere le mani, a intervenire in assemblea e ad alzare la voce quando serve». I «grandi filosofi», prosegue Francesco, «ti impongono le loro ossessioni e attraverso di esse creano attrito», tra le ossessioni di Virno c’era quella di «organizzare lo sciopero del lavoro precario: quando non lo trovava al centro delle nostre azioni, teneva il broncio ai movimenti».
POI, L’AMICO. Paolo teorizzava l’amicizia, la considerava un modo per avvicinarsi alla propria essenza. Se l’amicizia per Aristotele è «condividere la vita», diceMassimo De Carolis, questa per lui aveva a che fare con le caratteristiche della nostra specie: «Gli esseri umani in quanto tali sono capaci di condividere la vita». Paolo, testimonia Andrea Colombo che è stato tra gli amici che lo hanno assistito fino alla fine, «era divertente persino nelle ultime giornate». E la sorella Luciana, che ricorda questo fratello che gli incuteva al tempo stesso «soggezione e tenerezza», conferma che «senza compagni e amici l’ultimo pezzo sarebbe stato difficile». Anche dedicandosi alla teoria linguistica, assicura ancora Colombo, Paolo «non ha mai scritto una riga senza pensare che andasse usata contro i padroni». Con questa capacità di condividere la vita e pensare il conflitto sempre, «restituiva valore, sostanza e spessore alla parola compagno». Per Andrea Fabozzi resta il «rimpianto» per le cose che si sarebbero potute fare.
CON ALCUNI compagni e amici, raccontava Paolo, aveva passato «troppo tempo e poco spazio». Si riferiva alla carcerazione, prima negli speciali e poi nel braccio G8 di Rebibbia, dove si costituì l’area omogenea, ripartirono i seminari, si pensò a come uscire dalla sconfitta senza cedere alla delazione. A un certo punto qualcuno riuscì a far entrare dei barattoli di sugo alla marijuana. E quando tutto il braccio del 7 aprile mangiò la pasta col condimento speciale le risate a crepapelle si sprigionarono. In quel vortice psichedelico, Toni Negri teorizzò, tra risate dissacranti, che era ancora possibile vincere. «La sconfitta per lui era solo un episodio», riferisce il fratello Claudio. Un altro Claudio, D’Aguanno, compagno di detenzione, si esercita sul Virno uomo di sport. Da pokerista, non voleva solo partecipare: voleva vincere. E a calcio, «nel torneo di Rebibbia che chiamammo Insurrezione», accadde: «Almeno quella volta vincemmo l’insurrezione».
C’È IL PAOLO COMPAGNO di vita e marito. «Se qualcuno mi avesse detto che io, russa, avrei sposato un comunista avrei pensato che era pazzo – dice la sua compagna Raissa Raskina – Volevo dare felicità a quest’uomo commovente nel privato. Paolo era estraneo a ogni comfort borghese, ho dovuto fare come Santippe che ricordava a Socrate che non poteva vivere in quel modo». Poi legge un messaggio ricevuto da una vicina di casa, che osservava Paolo dal terrazzo adiacente: «Per me era un maestro di vita: aveva saputo accettare gioie e dolore con semplicità di animo». Aveva, dicono in molti, un metodo anche nella radicalità. Perché, diceva, «l’eccesso esige qualche misura, se si vuole che sia tale». O invitava un compagno più giovane a «non abusare della potenza». La sua esistenza condivisa e generosa, rimanda ad un altro dei suoi consigli: «Non vivere mai al di sotto delle proprie possibilità».
Gli articoli del manifesto di e su Paolo Virno
▻https://ilmanifesto.it/collezioni/paolo-virno
Paolo Virno (1952-2025) a enseigné la philosophie du langage à l’Université de Rome. Aux Éditions de l’éclat ont paru plusieurs de ses ouvrages depuis 1991 : Opportunisme, cynisme et peur (1991), Miracle, virtuosité et ‘déjà vu’ (1996), Le souvenir du présent (1999), Grammaire de la multitude (2002), Et ainsi de suite… La régression à l’infini et comment l’interrompre (2013), Essai sur la négation (2016) et L’usage de la vie et autres sujets d’inquiétude (2016) qui reprend un ensemble d’articles parus entre 1980 et 2016, Avoir. Sur la nature de l’animal parlant (2021), De l’impuissance. La vie à l’époque de sa paralysie frénétique (2022).
LE SPECTRE D’OUSSAMA BEN LADEN ET LE POUVOIR DESTITUANT - Entretien posthume avec Paolo Virno
▻https://lundi.am/LE-SPECTRE-D-OUSSAMA-BEN-LADEN
Quand peut-on parler de biopolitique ? Quand se réalise, dans une régime historique déterminé, le neuvième livre de la Métaphysique d’Aristote, celui qui s’occupe de la différence entre puissance et acte. Le moment décisif de la biopolitique est quand il y a un régime social qui met au centre de tout son fonctionnement la dynamis, la puissance en tant que puissance séparée, disjointe de l’acte.
La puissance humaine de penser, bouger, éprouver du plaisir, celle qui est somatique et celle qui est intellective. Cette puissance est énucléée, en tant que puissance séparée de l’acte, à un moment précis. Ceux qui font remonter la biopolitique au droit romain archaïque ou à un quelconque mythologème ressuscité pour l’occasion ne nous montrent pas comment sont réellement les choses. Cette puissance est énucléée en sa qualité de puissance, à tel point qu’elle s’achète et se vend, uniquement en présence de la figure de la force-travail. C’est une puissance qui n’a rien à voir avec sa mise en application, c’est une potentia qui peut être vendue et achetée. On achète la puissance de penser, de parler.
Il devient alors intéressant de voir comment est constitué le bios humain, ce qu’est cette puissance de penser, ce qu’est cette puissance de parler, outre, évidemment, la puissance musculaire et motrice. C’est alors que la vie prend tout son sens, car la puissance en est, par définition, l’élément essentiel, mais elle n’existe sous aucune forme de réalité autonome. La puissance de parler n’existe pas, je ne peux pas la toucher, ni l’acheter, ni l’échanger. Elle a pour enveloppe, par contre, un corps vivant. Le corps vivant n’est pas soigné et gouverné en tant que tel, c’est pourquoi on constate un intérêt abstrait pour les maladies, les enterrements, l’enfance…
Ce n’est qu’à partir du moment où a eu lieu la matérialisation historique de l’autonomie de cette puissance qu’on gouverne les corps, ce n’est qu’à partir de là que la vie devient non pas la vie, parce que ce qui nous intéresse, au sujet de la vie, ce n’est pas la vie elle-même, mais sa capacité à porter ce qui n’aurait pas, autrement, de configuration propre et autonome. (...)
Philosophie
▻https://www.liberation.fr/livres/2013/09/25/livres-vient-de-paraitre_934665
Ce qui est proprement humain, c’est d’introduire un « non » dans n’importe quelle proposition, de pouvoir penser qu’il est « possible de », et enfin d’être devant la solution d’un problème qui ouvre à un autre problème, et ainsi de suite à l’infini. Ces trois modalités sont « le socle logique de la métaphysique ». Paolo Virno n’insiste ici que sur la troisième, à savoir la régression à l’infini, mais l’envisage surtout du point de vue d’une « anthropologie matérialiste », qui en déplace le champ vers celui, par exemple, des émotions et des affects : comment, à « et ainsi de suite », peut-on opposer un « maintenant, ça suffit », notamment dans la honte, l’espoir, l’orgueil, l’ennui, la transformation de la peur en angoisse, de la satisfaction en bonheur ?
R.M.
Comme Paolo Virno l’avait prévu, lorsque nous parlons, nous travaillons. Lorsque nous écrivons, nous codons la bête (Paul B. Preciado).
▻https://www.liberation.fr/idees-et-debats/opinions/refusons-de-nourrir-la-bete-chatgpt-par-paul-b-preciado-20250523_NOO7UVBA
(plus étroitement, une pensée tout droit issue de l’expérience militante. de celle qui fait aujourd’hui choisir de se taire lors des rassemblements publics, manifestations : tout ce qui est lâché sera utilisé par une ennemi qui a généralisé pour son compte la pratique de la reprise)
Souvenir du présent, Jean-Baptiste MARONGIU
▻https://www.liberation.fr/livres/1996/07/11/souvenir-du-presentpaolo-virno-miracle-virtuosite-et-deja-vutrois-essais-
Histoire, philosophie et politique : trois essais pour en faire un, trois approches concentriques d’un monde déboussolé, dont l’éclatement est comme signalé par l’écart creusé entre les régimes de discours mobilisés pour le saisir. Dans son essai politique, Paolo Virno (qui a déjà publié en français Opportunisme, cynisme et peur, L’Eclat, 1991) revient, pour s’en éloigner, sur certains aspects de l’œuvre de Hannah Arendt. L’essai philosophique met en résonance la catégorie de sublime de Kant avec celle d’émerveillement de Wittgenstein pour délimiter un monde non métaphysique. Enfin, le troisième essai interaction entre mémoire et philosophie de l’histoire sert de cadre à ces deux tentatives. Paolo Virno sollicite, entre autres, Bergson, Nietzsche, Kojève, pour mettre à l’épreuve le concept de « fin de l’histoire ». Au centre de son dispositif, Virno place le « déjà vu », ce sentiment « typique de celui qui se regarde vivre ». Le déjà vu est donc une pathologie individuelle ayant pris aujourd’hui une dimension publique. Relevant de ce syndrome, la « fin de l’histoire » est un autre aspect de cet excès de mémoire, de cette domination du « souvenir du présent » qui caractérise la situation contemporaine. Cependant, toute fin d’histoire ouvre à des histoires possibles, mais il faudra alors apprendre à maîtriser ce souvenir du présent, si on ne veut pas devenir « le spectateur de soi-même » ou collectionner « sa propre vie, au fur et à mesure qu’elle s’écoule, au lieu de la vivre véritablement ».
Paolo Virno, Miracle, virtuosité et « déjà vu ». Trois essais sur l’idée de « monde ». Traduit de l’italien par Michel Valensi. L’Eclat
Comme le temps passe. On se souvient de la mort, elle n’est pas devant nous.
▻https://www.liberation.fr/livres/1999/07/08/comme-le-temps-passeon-se-souvient-de-la-mort-elle-n-est-pas-devant-nous-
En partant du phénomène du « déjà vu », des rapports de la mémoire et du temps, Paolo Virno retourne l’idée de « fin de l’Histoire ».
Pourquoi annonce-t-on la « fin de l’Histoire », au moment où, au contraire, semblent se déployer des conditions inouïes d’existence historique de l’être humain ? Ne serait-ce plutôt une philosophie de l’Esprit qui arrive à son terme, celle même qui a prétendu achever l’histoire ? Est-il possible, sur ces décombres, de bâtir un nouveau matérialisme qui, une fois jetés aux fameuses poubelles et la dialectique et le positivisme, recherche les fondements de son historicité dans la faculté la plus propre à l’homme, la mémoire ? C’est à ces questions que Paolo Virno consacre le Souvenir du présent. Essai sur le temps historique. D’ailleurs, le philosophe italien (né à Naples en 1952, il vit à Rome) avait déjà amorcé une partie de cette réflexion dans Miracle, virtuosité et « déjà vu » (L’Eclat, 1996).
Pathologie spécifique de la mémoire, le symptôme du « déjà vu » sert à Paolo Virno pour éclairer d’une manière inattendue et fascinante le thème philosophique devenu désormais un lieu commun d’un arrêt de l’histoire voire de sa fin. Bergson a attiré le premier l’attention sur ce paradoxe : on croit avoir vécu (vu, entendu, fait, etc.) quelque chose qui au contraire est en train d’arriver pour la première fois. « Le sentiment lié au « du déjà vu, écrit Virno, est typique de celui qui se regarde vivre. ( ») On devient spectateur de ses propres actions, comme si elles appartenaient désormais à une vieille copie que l’on repasserait sans cesse. Spectateur hagard, quelque fois ironique, souvent enclin au cynisme, l’individu en proie « au déjà vu est l’épigone de lui-même. » Plus généralement, vu la prédominance objective qu’a pris le virtuel dans n’importe quel type de pratique, c’est toute la situation contemporaine qui est aux prises avec un inquiétant excès de la mémoire : « Le souvenir du présent, dont la fonction particulière est de représenter le possible, se manifeste sans retenue parce que l’expérience du possible a pris une très grande importance dans l’accomplissement des tâches vitales. » Le souvenir du présent a un côté maladif, mais, en même temps, il est la condition normale de la production de la mémoire. En effet, chaque présent est à la fois perçu et mémorisé, sans quoi aucun souvenir ne serait possible et, partant, aucune saisie temporelle du monde. Pour mieux comprendre ce rapport essentiel qu’entretiennent la mémoire et le temps, Paolo Virno est amené à revisiter l’un des plus anciens couples philosophiques, celui que forment puissance et acte, et interroger, pour ce faire, Aristote, Augustin, Kant, Hegel, Heidegger. L’acte est une réalisation de la puissance, mais il ne l’épuise pas. Le discours que je suis en train de faire, le plaisir que j’éprouve, le travail que j’exécute n’entament en rien ma faculté de parler, ma disposition au plaisir, ma force de travail. La puissance est un « pas-maintenant », alors que l’acte est un présent : entre les deux agit la mémoire. C’est pour cela que la mémoire peut être dite la faculté des facultés, car je ne pourrais pas parler, jouir, travailler si je n’avais mémorisé toutes ces facultés (et si je ne les consommais en les actualisant).
Le passé est certes envahissant, mais il est aussi la charnière du temps historique. En accordant cette primauté au passé, Virno va à l’encontre d’une grande partie de la philosophie contemporaine qui tend à placer l’historicité de l’expérience humaine sous l’égide de l’avenir. Heidegger à lui tout seul résume cette position : c’est parce que l’homme est un « être-pour-la-mort », bref mortel, que nous existons historiquement et que l’histoire tire son origine du futur en tant que terme de notre expérience. Pour Virno, les choses vont plutôt dans l’autre sens. De la mort on se souvient, elle n’est pas devant nous : « Seul celui qui mène une existence historique peut se dire de plein droit mortel. »
En devenir, le Souvenir du présent donne la mesure de l’ambition philosophique de son auteur. On peut trouver la clé de l’entreprise au détour d’une note. En transformant la faculté individuelle de la volonté en volonté générale, Rousseau en a fait le concept fondamental de sa philosophie politique. En passant de l’intellect individuel au general intellect, Marx a voulu signifier la puissance de la coopération productive dans la société capitaliste. Avec une méthode similaire, après les couples Volonté-politique et Intellect-lien social, Paolo Virno construit celui de Mémoire-historicité, une manière d’avancer que dans l’actualité de chaque moment historique, il y a toujours du passé mais aussi quelque chose de potentiel, et qui tient ouverte l’histoire. Loin d’être finie, celle-ci ne fait que commencer".
Paolo Virno, Le Souvenir du présent. Essai sur le temps historique. Traduit de l’italien par Michel Valensi, L’Eclat.
Haute multitude
▻https://www.liberation.fr/livres/2002/11/21/haute-multitude_422333
Le malaise est de mise face aux horreurs perpétrées, ailleurs, par les peuples au nom du droit de disposer d’eux-mêmes ou, ici, lorsque notre bon peuple à nous semble se déliter et manifester des opinions exécrables. Pour sauver l’idée, on s’en prend alors à ceux qui devraient l’incarner. Et si c’était plutôt le concept de peuple qu’il fallait mettre au placard ? Certes, ayant inauguré et supporté longtemps la modernité, il pourrait se prévaloir d’états de service intimidants, quoiqu’il ait pu être, un temps, secoué par la notion antagoniste de classe. Or, un philosophe italien hétérodoxe de 50 ans, Paolo Virno, pense qu’il faut passer à autre chose si l’on veut comprendre ce que promet le présent, et avance multitude, ancienne notion de la philosophie politique contre laquelle celle de peuple a été elle-même forgée. Mais sa Grammaire de la multitude n’a rien d’un exercice académique de généalogie des concepts. Bien au contraire, c’est « l’analyse des formes de vie contemporaines » qui intéresse Virno, ainsi que les nouvelles possibilités d’action politique qu’elles ouvrent. N’est-ce pas la multitude qui s’exprime dans certains mouvements no global ou altermondialistes ? En tout cas, Virno en esquisse la théorie et déploie une instrumentation conceptuelle des plus sophistiquées, où se croisent théorie politique, critique de l’économie, éthique, épistémologie et philosophie.
#Spinoza fait de la multitude la clé de voûte des libertés civiles, définissant ainsi le Nombre ou la pluralité qui persiste en tant que telle sur la scène publique face aux tentatives de l’Etat moderne de l’homologuer, d’en faire une unité. Hobbes, lui, a horreur de la multitude et ne jure que par le peuple, dont le premier et dernier acte libre consiste pourtant à aliéner sa liberté au seul Souverain. Hobbes, assurément, a gagné contre Spinoza, et l’Etat moderne, par le biais du peuple, est devenu national. Pour Virno, cette histoire est aujourd’hui achevée : aussi entend-il donner une nouvelle possibilité à la notion vaincue de multitude, en la mettant en résonance avec la notion de force productive qui a servi, à côté de celle d’Etat et de peuple, à expliquer l’autre aspect marquant de la modernité occidentale, le capitalisme. #Marx, on le sait, critique l’économie politique naissante mais il la suit quand elle fonde la production de la richesse sur le travail commandé par le capital, autant dire le salariat. Est-ce encore aujourd’hui le cas, à l’heure où la part qui revient au travail dans la production se réduit de plus en plus, sous la poussée de la technique et d’une coopération sociale démultipliée pour la communication ?
Marx lui-même, dans les Grundrisse, ses notes restées inédites jusqu’à 1939, critiquant sa propre théorie, rappelle Virno, a la vision d’une fin du travail salarial non pas à la suite d’une révolution politique mais du développement du capitalisme lui-même. La cause et l’effet en seraient le general intellect, terme anglais qui définit l’intellectualité sociale au cœur du postfordisme actuel, dont l’activité même de la pensée est le ressort productif principal. Dans ce mouvement, le #travail est devenu une activité virtuose et les travailleurs, comme ceux qui ne travaillent pas, ont glissé hors des ornières de classe pour endosser, selon Virno, les habits de la multitude.
Contrairement aux idées reçues sur l’individualisme contemporain, faire partie de la multitude donne toutes les chances au sujet : « C’est seulement dans le collectif, et sûrement pas dans le sujet isolé, que la perception, la langue, les forces productives peuvent se configurer comme une expérience individuée. » Le travail peut prendre les contours d’une « virtuosité servile » accompagnée souvent par une tonalité sentimentale qui oscille entre peur et opportunisme. Mais la virtuosité peut être non servile, l’opportunisme se muer en sens de l’opportunité. En cela Virno se place du côté de Benjamin quand, contre #Heidegger, il défendait le bavardage, non pas comme aliénation de l’être, mais comme curiosité diffuse et amour du partage.
Quelle politique pour une multitude confrontée à la crise de la politique, bâtie sur la notion défaillante de peuple ? Paolo Virno est prudent : résistance civile et exode, c’est-à-dire affrontement et évitement à partir du constat que l’on est tous désormais des « sans chez soi » et que ni le peuple, ni la classe, ni le travail, ni le chômage ou le loisir ne peuvent nous contenir : « Etre étranger, c’est-à-dire ne-pas-se-sentir chez soi, et aujourd’hui la condition commune du Nombre, condition inéluctable et partagée. »
Paolo Virno, Grammaire de la multitude. Pour une analyse des formes de vies contemporaines. Traduit de l’italien par Véronique Dassas, Editions l’éclat, 144 pp.
Comme les seenthissiens, Le Monde ne s’est jamais intéressé à Virno au point de consacrer une note de lecture à l’un de ses ouvrages.
On ne trouve mention de Paolo Virno que dans la chronique d’un professeur à l’école d’affaires publiques de Sciences Po, un capital-risqueur, qui cite, 12 ans après sa parution en français, un livre de Virno pour écrire, en 2018, lors du mouvement des Gilets jaunes : « La vision hobbésienne de l’unité du peuple est de plus en plus décalée par rapport à la réalité ». (Ils n’ont pas assez peur pour s’en remettre au souverain)
edit fulminant contre l’obscène provincialisme anti-intellectuel franchouillard, j’ai oublié le tardif article de Le Monde par le stipendié philo yaourt Roger Plot Croche qui a pour ainsi dire comblé le vide par 3 minutes de lecture en 2016, avec un capitalisme uber alles qui n’ose pas se dire
Figures libres. Seul l’humain sait dire non
▻https://www.lemonde.fr/livres/article/2016/02/25/figures-libres-seul-l-humain-sait-dire-non_4871233_3260.html
Ce connard arrive encore à écrire en 2016 "soupçonné de liens avec les Brigades rouges." au lieu de "accusé de", comme il devrait le faire puisqu’il ne rentre pas une seconde dans l’analyse de ce que fut le mouvement révolutionnaire de cette époque en Italie. Tout le monde avait des liens avec les BR ! Virno n’était simplement pas de ceux des autonomes recrutés par d’une organisation clandestiniste, lottarmatiste, qui a aspiré une vague du reflux, sous le coup d’une répression féroce, qui furent nombreux, parmi les plus jeunes.
Essai sur la négation. Pour une anthropologie linguistique (Saggio sulla negazione. Per una antropologia linguistica),de Paolo Virno, traduit de l’italien par Jean-Christophe Weber, L’Eclat, « Philosophie imaginaire », 190 p., 25 €.
L’Usage de la vie et autres sujets d’inquiétude, de Paolo Virno, 22 textes traduits de l’italien par Lise Belperron, Véronique Dassas, Patricia Farazzi, Judith Revel, Michel Valensi, Jean-Christophe Weber, L’Eclat, « Poche », 316 p., 8 €.
Paolo Virno, sur Cairn
• La multitude contemporaine, 2019
▻https://shs.cairn.info/revue-multitudes-2019-1-page-135?lang=fr
• L’usage de la vie, 2015
▻https://shs.cairn.info/revue-multitudes-2015-1-page-143?lang=fr
• Histoire naturelle. Le débat entre #Chomsky et Foucault sur la « nature humaine »
▻https://shs.cairn.info/revue-rue-descartes-2015-4-page-84?lang=fr
• Les anges et le general intellect, 2004
▻https://shs.cairn.info/revue-multitudes-2004-4-page-33?lang=fr
• Les casse-tête du matérialisme, 2003
▻https://shs.cairn.info/revue-l-homme-et-la-societe-2003-4-page-127?lang=fr
• Multitude et principe d’individuation, 2001
▻https://shs.cairn.info/revue-multitudes-2001-4-page-103?lang=fr
#multitude #Foucault #Chomsky #matérialisme #individuation #Simondon
De l’impuissance - La vie à l’époque de sa paralysie frénétique
►https://www.lyber-eclat.net/livres/de-limpuissance
Les formes de vie contemporaines sont marquées par l’impuissance, hôte importun de nos journées infinies. Que ce soit en amour ou dans la lutte contre le travail précaire, l’amitié ou la politique, une paralysie frénétique saisit l’action ou le discours quand il s’agit de faire ou de dire ce qu’il conviendrait de dire et faire. Mais, paradoxalement, cette impuissance semble due non pas à un déficit de nos compétences, mais plutôt à un excès désordonné de puissance, à l’accumulation oppressante de capacités que la société contemporaine arbore comme autant de trophées de chasse accrochés aux murs de ses antichambres. Virno poursuit ici son étude systématique du langage contemporain où s’exprime toute la complexité de notre modernité et qui témoigne de cette inversion des sens qui attribue la puissance au renoncement, ou la détermination au fait de taire ce qu’il nous faudrait dire. Livre sur le langage, De l’impuissance indique de loin les formes possibles d’un antidote, d’une voie de salut, qui nous ferait « renoncer à renoncer », et « effacer l’effacement de notre propre dignité ».
Philosophie
Mort de Paolo Virno : des années de plomb au «retrait de la langue»
▻https://www.liberation.fr/culture/livres/mort-de-paolo-virno-des-annees-de-plomb-au-retrait-de-la-langue-20251114_
Michel Valensi, écrivain et éditeur, rend hommage à celui qui participa au « moment révolutionnaire » de l’Italie des années 70 avant de « se retirer dans la langue ».
▻https://www.liberation.fr/resizer/v2/VEQX7GZVDZBRZCHUPW3AKWJVCI.jpg?smart=true&auth=000725f0d67cdc6d5909356d32
Paolo Virno est né à Naples en 1952. (DR)
L’Italie a perdu, le 7 novembre, l’un de ses philosophes les plus importants et les plus discrets. Paolo Virno, né à Naples en 1952, est mort à Rome après une courte mais coriace maladie dont il n’avait parlé à personne, ne dévoilant jamais ses cartes en bon joueur de poker qu’il était. Acteur de premier plan du « moment authentiquement révolutionnaire » de l’Italie des années 70 – proche de l’opéraïsme de Mario Tronti et membre du groupe Potere Operaio, avec Antonio Negri et bien d’autres – il sera arrêté en 1979 sous le chef d’inculpation d’« association subversive » et de « constitution de bande armée ». Il passera quatre années en prison avant d’être pleinement acquitté en 1988, à la différence de plusieurs de ses co-inculpés qui s’exilèrent en France et bénéficièrent de l’asile politique.
Après une thèse sur Adorno, il participe à la création de la revue Metropoli qui élargit la question du politique à toutes les sphères du social et où la théorie côtoie la bande dessinée. Ses premiers articles concernent la « chose » politique sous toutes ses formes, qui vont du general intellect de Marx aux flippers des bars romains, avec une attention particulière portée à la question du langage et un sens de l’ironie dont il ne se départira jamais. Son premier livre, Convention et matérialisme, paraît en 1986 chez Theoria. A son propos Giorgio Agamben écrira : Virno « s’affirme comme l’une des voix les plus lucides et originales de la pensée italienne contemporaine ». C’est, ensuite, en traduction que paraîtront, aux éditions de l’Eclat, Opportunisme, cynisme et peur suivi des Labyrinthes de la langue (1991), le Souvenir du présent. Essai sur le temps historique (1999), ou Grammaire de la multitude (2002) qui paraît en même temps que l’édition italienne, et dont les pages Livres de Libération rendront compte. Grammaire de la multitude, qui se présente comme une « analyse des formes de vie contemporaines », est considéré désormais comme un classique de la pensée politique. L’ouvrage marque un tournant dans l’œuvre et l’écriture de Virno. S’il inscrit la question du politique au cœur du langage, il s’en éloigne toutefois dans ses analyses pour privilégier son « expression » au cœur de la langue. C’est la « langue » qui véhicule les concepts et c’est en s’attachant à la langue que l’on peut les comprendre et les utiliser dans et pour l’action. Sans renoncer à l’agir, la prise de conscience de la « défaite d’une génération de militant qui était liée à la figure ouvrière » s’accompagnant « de la poursuite opiniâtre de l’erreur partagée », conduit Virno à « se retirer dans la langue » pour définir les contours d’une « morale provisoire ».
Une « anthropologie linguistique »
C’est à partir de cette date (fin des années 90) que commencent à paraître ses livres plus exclusivement consacrés à une « anthropologie linguistique », proche de la philosophie analytique, dont il partage probablement les prémisses, mais pas forcément les issues. Quand le verbe se fait chair (2003, non traduit), le Mot d’esprit et l’action innovante (2005, traduction à paraître), Et ainsi de suite (2010, traduit en 2014), Essai sur la négation (2013, traduit en 2016), Avoir (2020, traduit en 2021), ou son dernier ouvrage, au titre bouleversant à la lumière de sa biographie : De l’impuissance. La vie à l’époque de sa paralysie frénétique (2021, traduit en 2022), où il défend l’idée que les formes de vie contemporaines sont marquées par une impuissance qui n’est pas « due à un déficit de nos compétences, mais plutôt à un excès désordonné de puissance, à une accumulation oppressante de capacités que la société contemporaine arbore comme autant de trophées de chasse accrochés aux murs de son antichambre ». Prenant congé de l’idée de monde avec celle d’une impuissance à force de puissances pléthoriques, l’œuvre et la vie de Paolo Virno s’achèvent brutalement, comme une phrase tronquée, une parole empêchée, lui qui, avec son léger et émouvant bégaiement, s’était arrêté longuement sur la question de l’aphasie et du langage des enfants. Il préparait un livre sur l’inquiétante étrangeté qu’il se proposait de comprendre dans les termes d’une anthropologie du langage. L’Usage de la vie et autres sujets d’inquiétude (l’Eclat, 2016) propose un parcours assez complet de son œuvre exigeante qui reste à découvrir.
1966
Gian Pieretti - Il vento dell’est
▻https://www.youtube.com/watch?v=kmYKHEksSn0
I Corvi «Ragazzo di Strada»
▻https://www.youtube.com/watch?v=5pwMPiSX6uA
1967
I Nomadi - Dio è morto
▻https://www.youtube.com/watch?v=yqMvHD1gNxc
Patty Pravo «Ragazzo triste»
▻https://www.youtube.com/watch?v=oEL4vvNXV-I&list=RDoEL4vvNXV-I
1968
Valle Giulia · Paolo Pietrangeli
▻https://www.youtube.com/watch?v=AKciJETn01E
La caccia alle streghe (La violenza)
▻https://www.youtube.com/watch?v=Eyrhzwwe1pg
1977
GIANFRANCO MANFREDI - UN TRANQUILLO FESTIVAL POP DI PAURA
▻https://www.youtube.com/watch?v=Hh_dp3O_C3g
Inno di Potere Operaio (1971)
▻https://www.youtube.com/watch?v=QzspcU3HJow
La classe operaia, compagni, è all’attacco,
Stato e padroni non la possono fermare,
niente operai curvi più a lavorare
ma tutti uniti siamo pronti a lottare.
No al lavoro salariato,
unità di tutti gli operai
Il comunismo è il nostro programma,
con il Partito conquistiamo il potere.
Stato e padroni, fate attenzione,
nasce il Partito dell’insurrezione;
Potere operaio e rivoluzione,
bandiere rosse e comunismo sarà.
Nessuno o tutti, o tutto o niente,
e solo insieme che dobbiamo lottare,
i fucili o le catene:
questa è la scelta che ci resta da fare.
Compagni, avanti per il Partito,
contro lo Stato lotta armata sarà;
con la conquista di tutto il potere
la dittatura operaia sarà.
Stato e padroni...
I proletari son pronti alla lotta,
pane e lavoro non vogliono più,
non c’è da perdere che le catene
e c’è un intero mondo da guadagnare.
Via dalle linee, prendiamo il fucile,
forza compagni, alla guerra civile!
Agnelli, Pirelli, Restivo, Colombo,
non più parole, ma piogge di piombo!
Stato e padroni...
Stato e padroni, fate attenzione
nasce il Partito dell’insurrezione;
viva il Partito e rivoluzione,
bandiere rosse e comunismo sarà!
Quasi come vivo - Assalti Frontali
▻https://www.youtube.com/watch?v=MetHzhMYAg8
2006
La fabrique de l’intelligence : du mot à la chose - William Marx
▻https://youtu.be/NDwe8FgyKUQ
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#intelligence #entendement #terminologie #histoire #raison #langage #linguistique #incarnation #bestof
Comment le cerveau humain se compare-t-il aux intelligences artificielles actuelles ? - S. #dehaene
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#intelligenceartificielle #intelligence #neurosciences #cognition #apprentissage #langage #perception #symbolique #espace #géométrie #mathématique #structure #bestof
#grammaire et intelligence artificielle générative - Luigi Rizzi
▻https://youtu.be/KqGAeiyZH04
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#linguistique #langage #LLMs #cognition #intelligenceartificielle #hiérarchie #coréférence #déplacement #apprentissage #induction
L’IA, entre technologie intellectuelle et déraison computationnelle - Anne Alombert
▻https://youtu.be/t3s8aH4-Gp4
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#intelligenceartificielle #generativeai #dépendance #uniformisation #manipulation #anthropomorphisation #prothèse #mémoire #écriture #imagination #norme #langage #pharmakon #technique #stiegler #capacitation #contribution #réflexion #collectif #bestoftechnologie #intelligence #machine #capacité #algorithme #problème #dispositif #interprétation #recommandation #texte #logiciel #utilisateur #contenu #donnée #humain #sophiste #calcul
« #Gaza n’est pas une tragédie sans responsables » le dernier #rapport de #Francesca_Albanese
« Aucun État ne peut se dire attaché au #droit_international tout en armant ou protégeant un régime génocidaire. »
Les précédents rapports d’Albanese, “Anatomie d’un génocide” (▻https://documents.un.org/doc/undoc/gen/g24/046/12/pdf/g2404612.pdf), “L’effacement colonial par le génocide” (▻https://docs.un.org/fr/A/79/384) (2024) et “D’une économie d’occupation à une économie de génocide” (▻https://docs.un.org/fr/A/HRC/59/23) (2025) ont documenté le #génocide commis par #Israël à Gaza, son origine et ses fondations. “Le génocide de Gaza : un #crime_collectif” (▻https://www.ohchr.org/sites/default/files/documents/hrbodies/hrcouncil/coiopt/a-80-492-advance-unedited-version.pdf), paru le 20 octobre dernier, se concentre sur la #complicité_internationale qui le caractérise.
« Encadrée par des discours coloniaux qui déshumanisent les Palestiniens, cette atrocité diffusée en direct a été facilitée par le soutien direct, l’aide matérielle, la protection diplomatique et, dans certains cas, la participation active d’États tiers. Elle a mis en évidence un fossé sans précédent entre les peuples et leurs gouvernements, trahissant la confiance sur laquelle reposent la paix et la sécurité mondiales. Le monde se trouve aujourd’hui à la croisée des chemins entre l’effondrement de l’état de droit international et l’espoir d’un renouveau. Ce renouveau n’est possible que si la complicité est combattue, les responsabilités assumées et la justice respectée. »
Les 4 composants de la complicité
Albanese identifie quatre axes dans lesquels cette complicité s’est matérialisée : politique et diplomatique, militaire, humanitaire, et économique.
Dans le premier domaine, elle démontre que les États ont systématiquement adopté la rhétorique et les éléments de langages israéliens, qualifiant les israélien-nes de « civils » et d’« otages », tandis que les Palestinien-nes étaient présenté-es comme des « terroristes du Hamas », des cibles « légitimes » ou « collatérales », des « boucliers humains » ou des « prisonnier-es » légalement détenu-es.
Elle identifie également ces éléments de langage dans les négociations de paix, quand les pays comme la France ont appelé à des « pauses humanitaires » plutôt que d’exiger un cessez-le-feu permanent, offrant une couverture politique à la poursuite de la guerre et banalisant les violations du droit par Israël.
Sur le volet militaire, Albanese rappelle que le Traité sur le commerce des armes (TCA) impose de ne pas commercer avec des Pays soupçonnés de génocide. La France est entre autres pointée du doigt pour n’avoir pas cessé ses exportations et avoir permis le transit par ses ports de cargaisons d’armes à destination d’Israël. Albanese dénonce également que de nombreux soldat-es servant en Israël ont une double nationalité et qu’il appartient à leurs pays de les juger. La France en fait partie.
Le rapport poursuit en dénonçant la militarisation et l’instrumentalisation de l’aide humanitaire, à travers le blocus total de Gaza. Albanese dénonce le retrait de financements de la part de nombreux pays, dont la France, à l’UNRWA, sur la base d’allégations israéliennes qui n’ont pas été démontrées, et ont par la suite été invalidées par des observateur-ices de l’ONU.
Le volet concernant l’aide humanitaire dénonce aussi la création de la Gaza Humanitairian Foundation par les État-Unis, qui a participé au déplacement contraint de nombreux-ses Palestinien-nes affamé-es et a été le théatre du meurtres d’au moins 2 100 d’entre elles et eux.
Dans le dernier volet, concernant l’aspect économique, Albanese rappelle qu’Israël est profondément dépendant de ses accords commerciaux, et que le maintien par les pays concernés de tels accords « malgré l’illégalité de l’occupation [israélienne] et ses violations systématiques des droits humains et du droit humanitaire – qui ont désormais atteint le stade du génocide – légitiment et soutiennent le régime d’apartheid israélien. »
Elle souligne, entre autres, que la France a augmenté ses transactions avec Israël plutôt que de les restreindre, avec 75 millions de dollars supplémentaires d’échanges. Le rapport pointe aussi la nécessité d’un embargo sur les armes et sur l’énergie, pointant l’implication de la France dont les ports sont utilisés pour le transit d’armes, de pétrole et de gaz destiné à Israël.
« Il faut désormais rendre justice »
« À ce stade critique, il est impératif que les États tiers suspendent et réexaminent immédiatement toutes leurs relations militaires, diplomatiques et économiques avec Israël, car tout engagement de ce type pourrait constituer un moyen d’aider, d’assister ou de participer directement à des actes illégaux, notamment des crimes de guerre, des crimes contre l’humanité et des génocides », affirme le rapport.
Albanese rappelle les recommandations figurant déjà dans les rapports précédents : mesures coercitives contre Israël, embargo sur les armes et le commerce avec Israël, refus de passage aux navires/aéronefs israéliens, poursuite des auteurs et complices du génocide.
Elle appelle les pays à faire pression sur Israël pour un cessez-le-feu permanent et un retrait complet de ses troupes de Gaza, une levée du blocus et la réouverture de la frontière avec l’Égypte, de l’aéroport international et du port de Gaza.
« Le monde entier a les yeux rivés sur Gaza et toute la Palestine. Les États doivent assumer leurs responsabilités. Ce n’est qu’en respectant le droit du peuple palestinien à l’autodétermination, si ouvertement bafoué par le génocide en cours, que les structures coercitives mondiales durables pourront être démantelées. Aucun État ne peut prétendre adhérer de manière crédible au droit international tout en armant, soutenant ou protégeant un régime génocidaire. Tout soutien militaire et politique doit être suspendu ; la diplomatie doit servir à prévenir les crimes plutôt qu’à les justifier. La complicité dans le génocide doit cesser. »
▻https://ujfp.org/gaza-nest-pas-une-tragedie-sans-responsables-le-dernier-rapport-de-francesca-a
#déshumanisation #complicité #Palestine #atrocité #soutien #aide_matérielle #protection_diplomatique #responsabilité #justice #rhétorique #discours #mots #vocabulaire #langage #commerce_d'armes #armes #aide_humanitaire #UNRWA #Gaza_Humanitairian_Foundation #accords_commerciaux #économie #crimes_de_guerre #crimes_contre_l'humanité #autodétermination
Les « cassos », ces jeunes ruraux dont on ne veut pas
▻https://theconversation.com/les-cassos-ces-jeunes-ruraux-dont-on-ne-veut-pas-265333
« Cassos ». Derrière ce mot devenu banal se cachent des vies : parfois celles de jeunes ruraux précaires, sans diplôme, qui se sentent (à juste titre) disqualifiés par la société. À travers leurs récits se dessine le portrait d’une France invisible, marquée par un stigmate, une domination sociale et une fiction méritocratique.
J’ai beaucoup parlé de ça. C’est aussi ce dont parle Christophe Guilluy avec sa France périphérique et qui s’est fait ensuite bien silencié par ceux-là même qui profitent pleinement de ces inégalités : les urbains éduqués, même si de + en + précarisés.
Pendant le ¼ de siècle que j’ai passé dans la grande ruralité, c’est ce que j’ai vu : une mécanique de relégation générale, la fabrication d’une armée de réserve de gueux auxquels seront refusées toutes les portes de sortie.
Quand j’avais 18 ans, on pouvait encore (au prix de grands efforts) aller étudier en métropole régionale.
Avec ma gosse, j’ai vu que tous les moyens concrets pour le faire avaient été délibérément détruits.
Oui, j’ai détesté ce bus de 5h du mat le lundi, mais il n’existe plus aujourd’hui et sans voiture, tu ne peux donc plus aller étudier en ville, c’est fini.
Je me souviens des gosses qui foutaient le bordel au cours d’anglais parce qu’ils avaient compris qu’ils ne quitteraient jamais le bled. Ou de la copine de ma fille, jeune ado très calme et studieuse qui me confia vouloir entrer à l’armée. Devant ma surprise, elle confirma : c’est le seul moyen de faire des études de médecine.
Et oubliez le mythe de la solidarité campagnarde : il n’y a plus assez pour se serrer les coudes. Chacun tente d’exploiter au max la misère des gus juste en dessous d’eux pour tenter de surnager 10 sec. de plus. Tout ce que tu as, c’est une grange en ruine héritée des parents ? Super, 4 plaques de placo, un coup de peinture (M6 a bien montré la technique pendant des années) et tu pourras pomper directement auprès de la CAF l’alloc logement des « cassos » de ton bled en les laissant pourrir dans les courants d’air : tu sais que tu ne risques rien. Manière, le seule huissier du bled, t’es allé à l’école avec.
C’est dommage que tout le monde se toise en chiens de fayence, en croyant que pour eux (les autres) c’est différent.
Pourtant, cassos, banlieusards, même galères, même combat (sans héritage pour les banlieusards mais peut être plus de facilités pour trouver un taf, au moins en région parisienne)
Pas du tout les mêmes galères.
Le point crucial pour les jeunes ruraux, c’est l’absence quasi-totale de transport. L’assignation à résidence, là où les jeunes banlieusards peuvent investir les transports urbains prévus essentiellement pour desservir les centres-ville (et jamais relier les banlieues entre elles).
L’absence de transport se traduit par une exclusion totale de l’éducation, de la culture et des services publics, en-dehors (et pour l’instant) de l’école publique obligatoire et souvent limitée en options et en possibilités.
Les banlieusards ont + souvent accès aux centres des métropoles, mais ce n’est pas par bonté d’âme : les riches culs ridés des centres bourgeois ont besoin de gueux à portée de la main (mais pas trop, quand même) pour venir les torcher.
La sociologie des banlieues et celle des territoires oubliés est très différente.
Genre, il y a nettement moins d’immigrés et de descendants d’immigrés dans la cambrousse profonde, mais ça ne les empêche pas d’avoir viré fachos, par ressentiment de l’abandon des gauches et peur fantasmée et alimentée par CNews d’une invasion qui est + le fait d’Européens éduqués et des bourges de centre métropole qui veulent des villégiatures discrètes, mais qui font flamber le foncier, le rendant inaccessible aux gueux du coin qui n’ont donc plus de position de repli.
Clairement il y a des différences mais quand je lis ça :
❝Sa phrase renvoie à la logique scolaire qui produit des « inégalités justes », c’est-à-dire présentées comme légitimes au nom du « mérite ». Pour ces jeunes, l’école n’est pas vraiment une promesse d’ascension, mais plutôt les débuts d’un parcours qui sera marqué par la honte sociale.
En quittant l’école (puisque tous les enquêtés sont des « décrocheurs scolaires »), ils tentent de s’investir dans un marché de l’emploi qui ne veut pas non plus d’eux. Les enquêtés finissent très souvent désaffiliés, car s’ils « touchent » à de l’emploi, leur insertion se fait généralement sans stabilité, dans la précarité et donc sans reconnaissance sociale ni autonomie par le travail. Pour financer son quotidien, on vend ses meubles, on mange de la semoule uniquement pour faire des économies, on pratique une prostitution de « débrouille », et parfois aussi on revend de la drogue.❝
❝Cette jeunesse « sans monde ; sans rien » est privée d’espaces légitimes d’existence. Ces jeunes ne se reconnaissent ni dans les classes populaires « honorables » – qu’a pu, par exemple, étudier le sociologue Benoît Coquard en 2019 – ni dans une culture juvénile mainstream. Ils n’ont pas de place dans l’espace public local, ne se perçoivent ni comme « beaufs » ni comme « kékés » et se refusent à devenir des « assistés ».❝
ou ça :
❝Je me souviens des gosses qui foutaient le bordel au cours d’anglais parce qu’ils avaient compris qu’ils ne quitteraient jamais le bled. Ou de la copine de ma fille, jeune ado très calme et studieuse qui me confia vouloir entrer à l’armée. Devant ma surprise, elle confirma : c’est le seul moyen de faire des études de médecine.❝
J’ai vu ou entendu les mêmes choses en banlieue, quasi copier coller.
Et pour les transports en banlieue, à argenteuil il y a des bus qui ne passaient plus dans certains quartiers de cité excentrées à partir de 17h. Par ailleurs même s’il en existe, la plupart ont à peine les moyens de les prendre ou l’envie parce que dès qu’ils sortent ils se font harceler par la police ou les vigiles.
Par contre effectivement pour la petite minorité qui passe le BAC, là t’as tout le loisir de prendre les transports et de torcher le cul de la bourgeoisie du centre ville.
Capitalisme et classisme font bon ménage.
J’ai travaillé comme éduc dans la rue en banlieue puis en zone rurale. LE CHOC ! Je me croyais chez Zola. Prostitution des filles, drogue, alcool piqué dans les caves des parents fraîchement arrivés dans la villa moncul en copropriété de leurs rêves.Solitude extrême, pas de solidarité comme sur les quartiers, tristesse, pauvreté, restau du coeur...Problèmes de déplacements, la mission locale qui finance une partie de ton permis de conduire. Psychiatrie , solitude...J’ai plus aimé bosser en banlieue car même les éduc avaient plus de liens avec leur collègues et moins de solitude. Educ et jeunes en miroir comme d’habitude.
Les banlieues, c’est pas villa mon rêve. On ne dit ça que depuis les démolitions de grands ensembles. Celle où j’ai habité jeune connaissait aussi son lot de mineures prostitués, parfois par les parents, une incarcération des jeunes banalisée au point de faire figure de rite initiatique chez les mecs. À l’époque, aller à la ville centre (de moins loin qu’Argenteuil) passait pour un signe de distinction.
Quand à Guilluy, ça marche de Zemmour à Ruffin
►https://www.politis.fr/articles/2023/01/gauche-et-ruralite-lombre-de-guilluy-lidentitaire
Il est « silencié », non seulement au point d’inspirer de nombreux élus politiques, mais aussi de passer dans les pages de Le Monde
▻https://seenthis.net/messages/815856#message1106928
Et, pour info, le terme « cassos » est largement employé en banlieue et dans les classes populaires, par des locuteurs bien plus nombreux que les ruraux évoqués par Clément Reversé. C’est une insulte qui peut y compris être utilisée entre potes. Comme « victime », fragile". Des équivalents de « minable ». L’envers de la réussite, de la force, de l’indépendance, du mérite. Depuis 30 ans, on nous a bien appris à dénoncer l’assistanat. L’idéologie dominante, elle domine pas qu’aux abords des voies cantonales.
edit Guilluy est le premier ici à populariser dans les média l’invention néo-con de David Brooks (Bobos in Paradise, 2001 ; Les Bobos, Florent Massot, 2002)
►https://www.contretemps.eu/les-bobos-nexistent-pas
on voit que sans classe ouvrière une (+/-) sociologie et (+/-) géographie sociale de circonstance aussi déboussolées que déboussolantes tiennent le haut du pavé.
Y a pas de classe ouvrière en grande ruralité.
Faut vraiment y aller et y vivre pour comprendre à quel point c’est différent.
Y a la politique de la ville, le plan banlieues, etc. des trucmuches pompes à fric qui arrosent surtout leur promoteur.
Les blédards sont réduits au diptyque agriculteurs/chasseurs alors que la majorité de ceux qui ont ces titres vivent… en ville. C’est vraiment un truc qu’il faut comprendre.
Les paysans, c’est marginal dans l’agroindustrie et le gros des cartes de chasse part dans des bourgeois CSP+ qui font les coloniaux le WE.
Les seuls plans de développement concrets que j’ai vu, de prise en compte de la crise profonde des populations rurales, ils étaient européens et pilotés par les régions.
C’est totalement un impensé en France. Sorti des trucs folklos des fantasmes d’urbains.
Et la grande ruralité, ça n’a rigoureusement rien à voir avec l’expansion des zones dortoirs pavillonnaires sur les pourtours un peu excentrés des métropoles régionales.
Là, en allant sur Montpellier, je suis passée par le Haut Languedoc (zone qui a inspiré chiens de la casse) et oui, ça, c’était de la grande ruralité : enclavement, éloignement, assignation sur place à des activités faiblement rémunérées (tourisme, agri) et extrême précarité.
Un truc qui marque le territoire de ce type, c’est l’absence de rails. Les bus régionaux, c’est bien sympa, mais c’est limité en taille et en horaire. Être connecté par rail à la métropole où sont toutes les activités à valeur ajoutées, ça fait toute la différence.
Pas de train, des routes dégueulasses, pas de services, le pensionnat dès la 6e, ça te pose des territoires.
En parlant des impensés, y a le logement.
Oui, c’est la crise du #logement pour un gros tas de raisons qui s’entassent connement comme un gros gâteau de pancakes de merde.
Quand on parle de crise du logement, on parle en premier des villes et en particulier de Paris où il faut débilement un SMIC pour poser son balai dans un placard. On parle ensuite de rénovation urbaine et de grands ensembles.
D’ailleurs, peut-être un peu vénères d’avoir été présentés comme un des 5 quartiers les + pauvres de France, la ZUP de mon ancien bled en chef est actuellement en train d’être entièrement refaite à neuf. Je soupçonne très très fort que ce n’est pas du tout à effectifs constants et que vu l’énorme amélioration du quartier en termes de qualité des logements, des équipement et des infrastructures, ceux qui claquaient du bec ont été discrètement éparpillés dans les trous cambroussards alentours, sans espoir de retour.
Mais, il y a eu rénovation totale (et toujours en cours) du quartier.
▻https://blog.monolecte.fr/2014/12/13/deshabiller-tout-le-monde-pour-nhabiller-personne
Rien de semblable sur le mal logement de la grande ruralité. On te parle des zones tendues, mais dans la brousse, le locatif est rare… et délabré. Il y avait eu des tentatives de comptage : 70 à 80% d’habitat indigne. De la retape roulée sous les aisselles, des marchands de sommeil notables du village, la baronnie inattaquable parce que tout le monde s’en contrefout.
Les paysans vivent dans leur outil de travail. Mais les autres, c’est surtout où ils peuvent. Et c’est souvent aux normes… des années 50.
Et ça, c’est quand ton coin est trop moche pour attirer beaucoup de touristes. Sinon, l’habitat de loisir finit de clouer le cercueil du territoire. De belles baraques soigneusement rénovées par des artisans biocompatibles pendant que les gars du coin survivent dans des bicoques à courants d’air.
Mais au bout du chemin, personne ne t’entend crier.
Je partage tout à fait le constat de @mfmb, sur le fait que même quand tu viens d’un quartier dit « sensible » de métropole, rien ne t’a préparé à l’abandon total de la grande ruralité, où rien ne percole des grandes villes, même pas les mentalités.
J’ai une amie qui venait des quartiers et qui a réussi à être prof… dans mon bled. Comme toi, @mfmb, exactement comme toi, son bilan : c’est + pauvre, + brutal, + abandonné et en +, c’est totalement arriéré.
Mais faut faire plus qu’y séjourner pendant les vacances pour s’en rendre compte.
Ya pas de classe ouvrière tout court, moralement intégrée au bourgeoisisme, détruite politiquement.
Les « Cassos »
▻https://www.radiofrance.fr/franceinter/podcasts/zoom-zoom-zen/zoom-zoom-zen-du-mardi-28-octobre-2025-5573782
Dans son enquête sociologique "La Vie de cassos : jeunes ruraux en survie" (Éditions du Bord de l’eau), Clément Reversé met en lumière ceux que la société oublie trop souvent : les jeunes en difficultés, qui cherchent à s’en sortir et à ne plus être perçus comme des “cassos”.
▻https://www.editionsbdl.com/produit/la-vie-de-cassos-jeunes-ruraux-en-survie
Das Wörterbuch der Kriegstüchtigkeit (I)
▻https://www.nachdenkseiten.de/?p=133673
29.5.2025 - „auf dem Hintergrund unserer Geschichte“, „Du willst immer nur mehr“, „Freiheitsdienst“ und „humane Kosten“
Von Leo Ensel
▻https://www.nachdenkseiten.de/?gastautor=leo-ensel
Vokabelkritik ist zu Kriegszeiten das Gebot der Stunde. Ich veröffentliche ab jetzt in unregelmäßigen Abständen eine Sammlung lügenhafter Wörter oder Formulierungen, deren Sinn und Funktion es ist, unsere Gesellschaft möglichst geräuschlos in Richtung „Kriegstüchtigkeit“ umzukrempeln.
Das Wörterbuch der Kriegstüchtigkeit (II)
▻https://www.nachdenkseiten.de/?p=133905
Heute: „militärisch all-in“, „Pazifismus-DNA“, „Resilienz“, „robust“ und „Russisch lernen“
Das Wörterbuch der Kriegstüchtigkeit (III)
▻https://www.nachdenkseiten.de/?p=134771
„2030“, „feministische Außenpolitik“, „Gesicht zeigen“ und „kulturelle Umprogrammierung“
Das Wörterbuch der Kriegstüchtigkeit (IV)
▻https://www.nachdenkseiten.de/?p=135442
„Figuren“, „lodernder Glutkern“, „Opfermut“, „rechtsoffen“ und „Realitätsverweigerung“
Das Wörterbuch der Kriegstüchtigkeit (V)
▻https://www.nachdenkseiten.de/?p=135574
Von der „Suwalki-Lücke“ über „unsere Lebensweise“ zu „Woke und wehrhaft“
Das Wörterbuch der Kriegstüchtigkeit (VI)
▻https://www.nachdenkseiten.de/?p=136184
Von der „Abrüstungsmentalität“ über „Body bags“ zur „Drecksarbeit“
Das Wörterbuch der Kriegstüchtigkeit (VII)
▻https://www.nachdenkseiten.de/?p=137231
Von „Fencheltee-Diplomatie“ über „Glück“ zum „menschgewordenen Hitler-Stalin-Pakt“
Das Wörterbuch der Kriegstüchtigkeit (VIII)
▻https://www.nachdenkseiten.de/?p=138164
„Nachhaltige Wehrhaftigkeit“, „NGOs“ und „Regelbasierte Armee“
Das Wörterbuch der Kriegstüchtigkeit (IX)
▻https://www.nachdenkseiten.de/?p=138560
Von der „tektonischen Verschiebung“ über „weit in die Tiefe des russischen Raumes“ zum „weltpolitischen Beben“
Das Wörterbuch der Kriegstüchtigkeit (X)
▻https://www.nachdenkseiten.de/?p=139579
„absolut mega!“, „Bösewichte in Anführungszeichen“, „Daddy“ und „demokratische Krieger“
Das Wörterbuch der Kriegstüchtigkeit (XI)
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Heute: „dienende Führung“, „Dünger“, „eindringen“, „Gamechanger“ und „Greening the armies“
Das Wörterbuch der Kriegstüchtigkeit (XII)
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16.10.2025 - „Gesülze“, „Husarenstück“, „keine Faxen reißen“ und „kneifen“
Les derniers articles sur „Wörterbuch Kriegstüchtigkeit“
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Olivier Mannoni : « Le #fascisme commence par le »
Traducteur de l’allemand, #Olivier_Mannoni interroge, à partir du laboratoire nazi, la #brutalisation de la langue qui accompagne les #fascismes. Il nous explique comment #Trump parle comme #Hitler, et #Poutine comme un #gangster.
►https://www.youtube.com/watch?v=OwReaFwxI7A
Olivier Mannoni a vécu près de dix ans avec les #mots d’Adolf Hitler, en étant chargé d’une retraduction de #Mein_Kampf dans le cadre d’une édition critique, Historiciser le mal, dirigée par l’historien Florent Brayard, parue en 2021. Traducteur réputé, fondateur de l’École de traduction littéraire, il n’est pas sorti indemne de cette fréquentation, alors même qu’il avait déjà souvent traduit des textes sur le IIIe Reich. C’est que ces mots d’hier, il les entendait aujourd’hui.
« Nous assistons à la remontée des égouts de l’histoire. Et nous nous y accoutumons », écrit-il dans Traduire Hitler, paru en 2022, suivi en 2024 de Coulée brune, qui s’attache à montrer « comment le fascisme inonde notre langue ». « Parce qu’il permet le dialogue et la prise de décision commune, le langage est la force de la démocratie, écrit-il. Que ce langage soit perverti, et c’est la démocratie elle-même qui se distord, s’atrophie et perd sa raison d’être. »
Durant cette « échappée », Olivier Mannoni nous explique ainsi comment Donald Trump et son entourage parlent comme Adolf Hitler et les propagandistes nazis. Cette « langue du même et de la racine » s’accompagne de mécanismes langagiers que partagent les #médias de la #haine : #simplification outrancière de la réalité, petites phrases comme autant d’uppercuts, #vérités_alternatives dans une inversion systématique du sens.
Cette brutalisation va de pair avec une transgression permanente dont le #charlatanisme assumé et la #grossièreté illimitée sont autant d’armes langagières pour faire taire les opposant·es, les paralyser et les stupéfier. Cette #nouvelle_langue des fascismes est aussi un « #parler_pègre » dont Vladimir Poutine est coutumier, évoqué par le récent essai de la philologue Barbara Cassin La Guerre des mots.
« On prend tout ça pour de la frime, on ne prend rien au sérieux et on sera bien étonnés le jour où ce théâtre sera devenu une sanglante réalité » : cette conversation avec Olivier Mannoni actualise l’ancienne mise en garde de #Victor_Klemperer, célèbre auteur de LTI, la langue du IIIe Reich. Lequel ajoutait ceci : « Les mots peuvent être comme de minuscules doses d’#arsenic : on les avale sans y prendre garde, ils semblent ne faire aucun effet, et voilà qu’après quelque temps, l’#effet_toxique se fait sentir. »
Face à cette #extrême_droite pour laquelle les mots sont des armes, nous devons mener cette #bataille_du_langage. Telle est l’alerte d’Olivier Mannoni, qui écrit dans Coulée brune : « Nous sommes à ce carrefour. Si nous prenons le mauvais chemin, le pire est assuré et la #novlangue d’Orwell ne sera qu’une plaisanterie par rapport à ce que nous devrons subir. »
▻https://www.mediapart.fr/journal/france/101025/l-echappee-olivier-mannoni-le-fascisme-commence-par-le-langage ?
#langue #nazisme #entretien
Canto tradizionale dell’alto interpretato dai #Lou_Tapage dal loro primo omonimo album (2004).
▻https://www.youtube.com/watch?v=PtyyZS70RSk
L’échappée. Olivier Mannoni : « Le fascisme commence par le langage » - YouTube
►https://www.youtube.com/watch?v=OwReaFwxI7A
Olivier Mannoni a vécu près de dix ans avec les mots d’Adolf Hitler, en étant chargé d’une retraduction de Mein Kampf dans le cadre d’une édition critique, Historiciser le mal, dirigée par l’historien Florent Brayard, parue en 2021. Traducteur réputé, fondateur de l’École de traduction littéraire, il n’est pas sorti indemne de cette fréquentation, alors même qu’il avait déjà souvent traduit des textes sur le IIIe Reich. C’est que ces mots d’hier, il les entendait aujourd’hui.
« Nous assistons à la remontée des égouts de l’histoire. Et nous nous y accoutumons », écrit-il dans Traduire Hitler, paru en 2022, suivi en 2024 de Coulée brune, qui s’attache à montrer « comment le fascisme inonde notre langue ». « Parce qu’il permet le dialogue et la prise de décision commune, le langage est la force de la démocratie, écrit-il. Que ce langage soit perverti, et c’est la démocratie elle-même qui se distord, s’atrophie et perd sa raison d’être. »
Durant cette « échappée », Olivier Mannoni nous explique ainsi comment Donald Trump et son entourage parlent comme Adolf Hitler et les propagandistes nazis. Cette « langue du même et de la racine » s’accompagne de mécanismes langagiers que partagent les médias de la haine : simplification outrancière de la réalité, petites phrases comme autant d’uppercuts, vérités alternatives dans une inversion systématique du sens.
Cette brutalisation va de pair avec une transgression permanente dont le charlatanisme assumé et la grossièreté illimitée sont autant d’armes langagières pour faire taire les opposant·es, les paralyser et les stupéfier. Cette nouvelle langue des fascismes est aussi un « parler pègre » dont Vladimir Poutine est coutumier, évoqué par le récent essai de la philologue Barbara Cassin La Guerre des mots.
« On prend tout ça pour de la frime, on ne prend rien au sérieux et on sera bien étonnés le jour où ce théâtre sera devenu une sanglante réalité » : cette conversation avec Olivier Mannoni actualise l’ancienne mise en garde de Victor Klemperer, célèbre auteur de LTI, la langue du IIIe Reich. Lequel ajoutait ceci : « Les mots peuvent être comme de minuscules doses d’arsenic : on les avale sans y prendre garde, ils semblent ne faire aucun effet, et voilà qu’après quelque temps, l’effet toxique se fait sentir. »
Face à cette extrême droite pour laquelle les mots sont des armes, nous devons mener cette bataille du langage. Telle est l’alerte d’Olivier Mannoni, qui écrit dans Coulée brune : « Nous sommes à ce carrefour. Si nous prenons le mauvais chemin, le pire est assuré et la novlangue d’Orwell ne sera qu’une plaisanterie par rapport à ce que nous devrons subir. »
la comparaison Stephen Miller à la cérémonie pour Charlie Kirk, le 21/09/2025 avec le passage du discours de Joseph Goebbels du 09/07/1932 où il évoque Horst Wessel est terrifiante
▻https://fr.wikipedia.org/wiki/Stephen_Miller
Sous la seconde présidence Trump, à partir de janvier 2025, Miller est nommé chef de cabinet adjoint de la Maison-Blanche. Il pilote notamment les questions liées à l’immigration. Avec Susie Wiles et Dan Scavino, il fait partie des personnes les plus influentes de la Maison Blanche.
je ne mets pas son discours, son ton, seul, est terrifiant.
quant au discours de Goebbels, ci-dessous sa traduction en anglais (avec cette même thématique de la tempête abondamment développée par Miller)
The Storm Breaks Loose (1932)
▻https://research.calvin.edu/german-propaganda-archive/goeb24.htm
You are the witnesses, the builders, the will-bearers of our idea and our worldview.
Becquée intellectuelle du ouikende avec name-dropping. Cette sensation que « le réel s’effondre sous nos pieds », ou le nouveau malaise dans la civilisation
▻https://www.lemonde.fr/idees/article/2025/10/11/cette-sensation-que-le-reel-s-effondre-sous-nos-pieds-ou-le-nouveau-malaise-
Essor des guerres et hausse des troubles mentaux, dévaluation de la parole et perte du rapport à la réalité sont les signes inquiétants du basculement de nos sociétés. Il y a presque un siècle, Freud diagnostiquait un mal-être qui fait écho à celui que nous traversons.
[...]
En 1930, Sigmund Freud (1856-1939) faisait prudemment l’hypothèse que nos sociétés étaient devenues « névrotiques ». L’inventeur de la psychanalyse diagnostiquait que l’Occident était traversé par un Malaise dans la civilisation. Le coût psychique du renoncement aux pulsions exigé pour faire société devenait trop élevé pour les individus et créait d’immenses tensions. Selon Freud, « la question décisive pour le destin de l’espèce humaine » consistait à « savoir si et dans quelle mesure son développement culturel réussira[it] à se rendre maître de la perturbation apportée à la vie en commun par l’humaine pulsion d’agression et d’auto-anéantissement ».
[...]
Donald Trump et Vladimir Poutine sont tous deux « conscients de la puissance du langage », au point d’« inventer chacun une novlangue adaptée à leurs desseins ». Le président américain parle « comme un ado mal dégrossi, à coups de likes et de vantardises », alors que son homologue russe, lui, « adopte tous les niveaux de langue, y compris le “mat”, l’argot des bas-fonds », développe [Barbara Cassin.]
Faire peuple, "c’est de la pipe " ?
▻https://seenthis.net/messages/1131451
#parole #langage #anticatastase #effondrement_sémantique #dépression
Bretagne, une extinction linguistique
▻https://laviedesidees.fr/Rozenn-Milin-La-Honte-et-le-Chatiment
Comment expliquer la révolution silencieuse qui a eu lieu en Bretagne au XXe siècle, c’est-à-dire la disparition du breton au profit du français ? Répression et humiliation par le biais de l’école républicaine, ou stratégie de la part des Bretons eux-mêmes ?
#Histoire #école #domination #études_postcoloniales #langue
▻https://laviedesidees.fr/IMG/pdf/20251009_breton.pdf
El Gobierno de Bukele prohíbe el «lenguaje inclusivo» en las escuelas públicas de El Salvador
El Gobierno de El Salvador ha prohibido el uso del «lenguaje inclusivo» en todas las escuelas públicas del país. Así, palabras como «niñe» o «alumn@» y expresiones como «todos y todas» no serán admitidas «por ninguna circunstancia».
«Desde hoy queda prohibido el mal llamado ’lenguaje inclusivo’ en todos los centros educativos públicos de nuestro país», ha informado su presidente, Nayib Bukele, en un mensaje en la red social X.
En la misma red social, la ministra de Educación, la militar Karla Trigueros, ha apuntado que con esta medida se garantiza a su juicio «el buen uso de nuestro idioma en todo material y contenido, además de proteger a la primera infancia, niñez y adolescencia de injerencias ideológicas que afecten su desarrollo integral».
«Hoy giré la instrucción para prohibir el llamado ’lenguaje inclusivo’ en todos los centros educativos públicos y dependencias de nuestra institución», ha sostenido la ministra.
La medida afectará a todos los colegios públicos
De acuerdo con un memorándum compartido en X por la capitana del Ejército, la prohibición abarca «todos los centros educativos públicos y dependencias de esa cartera de Estado» para «consolidar una comunicación institucional clara, uniforme y respetuosa».
Así, ha explicado, «palabras como ’amigue, compañere, niñe, todos y todas, alumn@, jóvenxs, nosotras’ o cualquier otra deformación lingüística que aluda a la ideología de género no será admitida por ninguna circunstancia».
En febrero de 2024, el entonces ministro de Educación, José Mauricio Pineda, anunció en X que «todo uso de la ideología de género» lo «sacaron de las escuelas públicas», después de que el presidente Nayib Bukele abordara este tema en Estados Unidos.
Bukele dijo en Maryland (EE.UU.), en el marco de la Conferencia de Acción Política Conservadora, en respuesta a una pregunta de la coordinadora hispana de la organización Moms for Liberty, Catalina Stubbe, que para él «no solo es importante que la currícula no lleve esta ideología de género y todas estas cosas, sino que también los padres estén informados y tengan voz y voto en lo que van aprender sus hijos».
▻https://www.rtve.es/noticias/20251003/bukele-lenguaje-inclusivo-escuelas-salvador/16754834.shtml
#El_Salvador #écriture_inclusive #langue #prohibition #interdiction
Editorial: Highlights in cultural psychology: #language
▻https://www.frontiersin.org/journals/psychology/articles/10.3389/fpsyg.2025.1703060/full
— Permalink
#culture #cognition #linguistic #sociology #identification #imperialism #powerdynamics #bestof
Voxeurop célèbre la Journée européenne des langues
Aujourd’hui nous célébrons la Journée européenne des langues, une initiative créée par le Conseil de l’Europe pour valoriser et reconnaître la richesse linguistique et culturelle de notre continent, et promouvoir l’apprentissage des langues. C’est une journée spéciale pour Voxeurop, car le multilinguisme est au cœur de notre raison d’être : produire et diffuser un journalisme de qualité made in Europe pour un public made in Europe.
Nous croyons fermement que “la langue de l’Europe est la traduction”, pour reprendre la célèbre citation d’Umberto Eco. Rien qu’en 2024, nos articles ont été publiés dans plus de 15 pays et lus par des millions de lectrices et lecteurs dans douze langues. Du bulgare vers l’italien, du polonais vers le français, du grec vers le roumain ; au total, nous avons produit 1751 traductions dans 78 combinaisons linguistiques différentes !
▻https://entreleslignesentrelesmots.wordpress.com/2023/11/18/pour-louverture-dune-cite-des-langues-de-france/#comment-69233
#travail, #salaire, profit - Travail - Regarder le documentaire complet | ARTE
▻https://www.arte.tv/fr/videos/083305-001-A/travail-salaire-profit
— Permalink
#oeuvre #emploi #salariat #langage #novlang #marché #capitalisme #supiot #lordon #conflit #négociation #justice #droit #contrat #marchandise #parole #violence #subordination #pouvoir #domination #bestof #salarié #commodity #employeur #entreprise #production #économiste #travailleur #lien #société #offre #lot
The Man Who Predicted the Downfall of Thinking - Center for Humane #technology
What is the problem to which this technology is a solution? Whose problem is it? What new problems might be created by solving the original problem? Which people and what institutions will be most seriously harmed by this new technology? What changes in #language are being forced by these new technologies? What sort of people and institutions gain special economic and political power from this new technology?
— Permalink
#NielPostman #McLuhan #culture #media #politics #influence #socialmedia #television #anthropology #attention #cognition #sociology #decisionmaking #ellul #prospective #incentive #efforts #governance #policy #norms #consensus #huxley #orwell #bestof
Une archéologie linguistique du stigmate
▻https://laviedesidees.fr/Une-archeologie-linguistique-du-stigmate
En reconstituant la trajectoire du terme « pute » depuis le XIIe siècle, Dominique Lagorgette met à jour les logiques d’oppression langagière à l’œuvre dans nos sociétés.
#Histoire #prostitution #discrimination #femmes #langage
▻https://laviedesidees.fr/IMG/pdf/20250919_pute.pdf
#Typhaine_D : quand la #justice décortique la violence masculine en ligne
Neuf hommes ont été jugés, ce 17 septembre, par la 17e chambre du tribunal correctionnel de Paris, après une vague de #cyberharcèlement subie par l’artiste Typhaine D. Récit.
Qui aurait pu penser que l’#écriture_inclusive pouvait mener au #tribunal ? Sûrement pas l’artiste Typhaine D. « Au bucher ! Sorcière ! », « Il faut la piquer », « Je déboiterai bien une bonne féministe », « Sale pute de Femen, le seul mot féminin que tu dois connaitre c’est ‘cuisine’ » (sic)… Des messages comme ceux-là, Typhaine D en a reçu des milliers en juillet 2022, après avoir participé à une émission du Crayon.
Le média en ligne avait publié un très court extrait de la vidéo sur les #réseaux_sociaux – manifestement pour créer la polémique –, dans lequel Typhaine D défendait l’usage de la #Féminine_universelle, une version de la #langue_française féminisée, pensée pour sensibiliser à l’usage excessif du masculin « neutre ». Un extrait, et une vague de harcèlement en ligne. Un an après le début des insultes, des incitations au viol et au meurtre, l’artiste a porté plainte contre X, et onze hommes ont été retrouvés.
Évolution de la justice
Les #procès comme celui-ci sont encore peu nombreux en France. Les politiques peinent encore à encadrer les dérives des grandes plateformes – en témoigne la dernière commission d’enquête parlementaire sur TikTok –, et la justice à du mal à suivre le rythme des flots de #haine_en_ligne. D’après une étude Ipsos, 70 % des plaintes déposées pour des faits de #harcèlement_en_ligne n’ont donné lieu à aucune poursuite. Pour pouvoir faire comparaître des prévenus, encore faut-il avoir les moyens de les identifier.
Fait encore plus rare : lorsqu’elle arrive au commissariat de son quartier pour porter plainte, Typhaine D est directement reconnue par les officiers. Ils avaient repéré la vague de cyberharcèlement, et s’attendaient à ce qu’elle se présente. « Je voudrais remercier l’ensemble des personnes qui ont participé à l’enquête parce que j’ai toujours été prise au sérieux, et ça m’émeut beaucoup », déclare la plaignante lors du procès, étonnée d’avoir été prise au sérieux. Et pour cause : 86 % des plaintes pour des faits de #violences_sexistes_et_sexuelles sont classées sans suite en France.
Depuis 2020 aussi, le tribunal de Paris est doté d’un pôle contre la haine en ligne. Cette instance décortique les mécanismes spécifiques aux délits en ligne pour les juger au mieux. C’est son vice-président qui sera procureur dans ce procès.
Des visages derrière les adresses IP
Onze hommes donc, mais seulement six, ce 17 septembre, sur le banc des prévenus. Trois d’entre eux ne se sont pas présentés et seront jugés en leur absence. Deux étaient mineurs au moment des faits, et seront jugés séparément. Les six présents – d’âges, de professions, de régions différentes –, se parlent comme s’ils se connaissaient depuis toujours. Ces hommes, ces « #Monsieur-tout-le-monde », sont les visages de la violence masculine en ligne. Le visage de Typhaine D, les accusés le connaissent par cœur. Ils l’ont eux-mêmes partagé ou commenté sur les réseaux sociaux. Elle, les découvre.
Tous sont accusés de harcèlement en ligne à caractère sexiste. Plusieurs d’entre eux, qui avaient formulé des appels au suicide ou au meurtre, sont aussi poursuivis pour provocation publique à commettre un #crime. « Quand je disais qu’il fallait la pousser sous un train, c’était du second degré. C’était pas concret, je n’imaginais pas que d’autres pouvaient avoir l’image », se défend Mattéo M., boulanger de 25 ans.
Certains admettent avoir été entraînés dans le flot d’#insultes. D’autres rejettent la faute sur les réseaux sociaux, qui leur auraient proposé ces vidéos au hasard. Signe que la justice commence à prendre conscience des mécanismes des violences sexistes, le président et le procureur soulignent le fonctionnement des #algorithmes : sur les réseaux sociaux, plus on consomme de contenus sexistes, plus on nous en propose.
Chacun des accusés donne l’impression de s’être senti protégé par l’#anonymat que procure #internet. « Il y a cet effet de meute sur les réseaux : face à un discours clivant, il y a un #effet_de_groupe, on a l’impression que notre #responsabilité est diminuée », reconnaît Robin K., 31 ans. Lui, admet avoir été pris dans une #bulle_numérique pendant des années, avoir consommé et commenté des contenus sur les réseaux sociaux à longueur de journée, ne minimise pas les faits, et soigne ses traumatismes d’enfance en thérapie depuis un an.
Son avocat souligne cette évolution qui ne transparaît pas chez les autres prévenus : « Plus de trois ans après les faits, il s’est passé des choses dans sa vie. (…) À l’époque, il était bloqué dans une sphère négative. Les sociologues qui travaillent sur le sujet documentent très bien ce phénomène. »
Du #sexisme au #masculinisme
L’une des circonstances aggravantes des accusations qui pèsent sur les prévenus, c’est le caractère sexiste du harcèlement. Dehors, sur le parvis du tribunal, une petite centaine de militant·es et de personnalités publiques – l’actrice Anna Mouglalis, la députée Sandrine Rousseau, la sénatrice Laurence Rossignol ou encore le fondateur de Mouv’Enfants Arnaud Gallais – sont venu·es, à l’appel des collectifs féministes, soutenir la plaignante. Les réseaux sociaux servent à ça aussi.
À l’intérieur de la salle d’audience, l’ambiance est plutôt à la négation des violences sexistes. « Salope », « sorcière », « demie folle » (sic)… Malgré la dimension misogyne indéniable des insultes utilisées, tous les accusés le martèlent : ils ne sont pas sexistes. « ‘Folle’, ça n’a pas de connotation sexiste. On dira aussi d’un homme qu’il est fou », conteste une avocate de la défense.
Jonathan L., 38 ans, affirme qu’il soutient les femmes : la gestion de la salle de sport dont il est propriétaire, il l’a « même confiée à une femme, qui travaille mieux que certains hommes ». Il se présente comme un amoureux de la littérature, et justifie son commentaire – « Au bucher ! Sorcière ! » – par la défense de langue française, en réaction à l’#écriture_féministe prônée par Typhaine D. Ses livres de chevet ? Des manuels d’entrepreneurs, la biographie de Jean-Luc Mélenchon, et le dernier livre de Philippe De Villiers.
Allant à rebours des arguments de la défense, le procureur souligne plusieurs fois l’importance de considérer la dimension sexiste des insultes, et demande même au tribunal de l’étendre à certains prévenus qui n’étaient pas concernés par cette circonstance aggravante. Il requiert, pour tous, des peines d’emprisonnement de plusieurs mois assorties d’un sursis, et des amendes allant de 1 000 € à 3 000 €.
À travers l’examen de l’attitude de chacun des prévenus, il semble se dessiner l’échelle du continuum des violences sexistes. L’un d’eux, Tommy P., 40 ans, minimise l’ampleur des féminicides et pointe du doigt le #féminisme lors de sa garde-à-vue : « C’est pas les bonnes femmes qui sont féminicidées », « les Femen devraient faire un tour en prison », « l’hypocrisie est un mot féminin »… Sur les six accusés présents, c’est le seul qui ne formulera pas de remords. Son code pénal à lui : les règles d’utilisation de Facebook, qu’il assure respecter.
Au cours de sa déposition, on découvre qu’il passe énormément de temps en ligne, à poster des messages sur des groupes Facebook, qu’il vit seul avec sa mère, et qu’il est passionné d’armes à feu. La mouvance masculiniste incel ne sera pas évoquée, mais son ombre plane au-dessus de l’audience. Un frisson parcours la salle. C’est Me De Filippis-Abate, avocate de Typhaine D, qui mettra des mots sur la réaction épidermique de beaucoup de femmes du public après la déposition de Tommy P. : « Je pense que toutes les femmes ici ont peur que ce monsieur nous tue. »
▻https://www.politis.fr/articles/2025/09/justice-affaire-typhaine-d-quand-la-justice-decortique-la-violence-masculine
#masculin_neutre #condamnation
"Plus jamais ça" pour tous, ou alors pour personne
Un incident de communication au Musée de l’Holocauste de Los Angeles révèle l’impossibilité de tracer des limites autour d’un cri de ralliement anti-génocide.
Par Sean Pergola
Le 4 septembre, le Musée de l’Holocauste de Los Angeles a publié sur Instagram une image représentant des bras entrelacés de différentes couleurs de peau, l’un d’eux portant un tatouage d’un camp de concentration. Le texte accompagnant l’image disait : « "Plus jamais ça" ne peut pas seulement signifier "Plus jamais pour les Juifs". » D’autres slides développaient ce message universaliste : « Les Juifs ne doivent pas laisser le traumatisme de notre passé réduire notre conscience au silence. Être aux côtés de l’humanité ne trahit pas notre peuple. Cela l’honore. Être juif, c’est se souvenir et agir. »
Aussi anodines que ces phrases puissent paraître, elles ont suffi à déclencher une tempête dans la section commentaires. Certains ont salué le musée pour ce qu’ils considéraient comme une déclaration contre la violence israélienne à Gaza ; d’autres se sont indignés, qualifiant le message de « plus qu’indigne ». « Nos ancêtres se retournent dans leurs tombes », a écrit un internaute. Sur son compte populaire @rootsmetals, l’influenceuse pro-israélienne Debbie Lechtman a qualifié ce sentiment de "« All Lives Mattering » de l’expression “Plus jamais ça”". Le groupe de défense d’extrême droite StopAntisemitism a même tenté de capitaliser sur la controverse en commentant : « Donateurs, voyez ceci ! N’hésitez pas à nous contacter. Nous serons heureux de vous aider à réorienter vos dons vers nous, une organisation qui se consacre exclusivement au peuple juif et qui lutte contre le fanatisme auquel nous sommes confrontés. »
Deux jours plus tard, le musée a supprimé la publication en présentant ses excuses, et cette fois en désactivant les commentaires. L’illustration "faisait partie d’une campagne planifiée sur les réseaux sociaux visant à promouvoir l’inclusion et la communauté", indiquait la nouvelle publication Instagram, déplorant "qu’elle ait pu être facilement interprétée à tort par certains comme une déclaration politique concernant la situation actuelle au Moyen-Orient. Ce n’était pas notre intention". Autrement dit, la publication était un appel à l’inclusion, mais il y avait un cas précis, un groupe de personnes, qu’elle n’était pas censée inclure : la population de Gaza.
Cette ironie fondamentale reflète plus qu’un simple faux pas en matière de communication ; elle révèle une crise plus profonde du discours progressiste. De nos jours, la plupart des revendications morales émanant d’une voix institutionnelle progressiste contiennent une clause supplémentaire, qu’elle soit explicite ou non : « sauf pour Gaza ». De fait, la Palestine a longtemps été l’exception à la règle de l’inclusion dans la société libérale. Les Palestiniens se voient constamment refuser le droit aux droits pourtant proclamés « universels » : le droit au retour, le droit à l’autodétermination, le droit à l’alimentation et aux soins médicaux. Même la défense de ces droits est exclue de manière singulière du droit à la liberté d’expression – y compris par ceux qui, par ailleurs, s’expriment ouvertement en faveur de la liberté d’expression – un phénomène si courant qu’il a mérité son propre label : « l’exception palestinienne ».
Comme le précisent ses excuses, le message initial du Musée de l’Holocauste de Los Angeles avait tenté de pousser cette logique plus loin, en faisant de la Palestine une exception dans le discours même, où « Plus jamais ça » signifie « Plus jamais ça pour personne », mais où « personne » signifie en réalité « personne sauf les Palestiniens ».
Le problème auquel le musée s’est heurté, cependant, est que le langage résiste à se laisser enfermer dans les limites du chauvinisme ; même nés d’une intention d’exclusion, les mots prennent des vies qui la dépassent. L’histoire même de l’expression « Plus jamais ça » en témoigne. Ce slogan a circulé dans de multiples contextes et trouve peut-être ses racines dans les mouvements pacifistes et antifascistes de l’époque de Weimar, mais son héritage le plus durable vient du poème « Masada » du poète israélien Yizkah Lamden, une œuvre sioniste des années 1920 qui célèbre le choix des Juifs sicaires de se suicider en masse plutôt que d’être capturés par l’armée romaine. Cet esprit de militarisme juif a ensuite captivé l’ultranationaliste de droite Meir Kahane, qui a popularisé l’expression dans son manifeste de 1971 et l’a utilisée pour justifier les actes de terrorisme contre les Palestiniens afin de renforcer l’État ethnique juif. La Ligue de défense juive, groupe terroriste d’extrême droite fondé par Kahane, a adopté « Plus jamais ça » comme devise (l’autre étant « à chaque Juif un .22 » ["Un fusil pour chaque Juif"]).
C’est à Kahane, et non à un quelconque groupe antifasciste, que l’on attribue l’introduction du « Plus jamais ça » dans le vocabulaire populaire. À sa mort en 1990, Sholom D. Comoy, alors président du Comité juif américain, a déclaré : « Malgré nos divergences considérables, Meir Kahane doit toujours rester dans les mémoires pour son slogan “Plus jamais ça”, devenu pour tant de personnes le cri de guerre du judaïsme post-Holocauste. » Pourtant, sa revendication sur cette expression s’est affaiblie au fil des ans : elle sert désormais couramment d’appel à la justice résolument universaliste. Benjamin Netanyahou lui-même l’a évoqué en référence au génocide rwandais, l’association juive de défense des droits des immigrés Never Again Action l’a adoptée comme nom, et les défenseurs du contrôle des armes à feu l’ont utilisée comme un appel général à la non-violence après la fusillade de Parkland. Les propos de Kahane ne pouvaient se borner aux limites qu’il avait imaginées ; ils étaient trop concis et d’une portée trop large pour se limiter à la prévention d’un nouveau génocide des Juifs. À l’instar de la déclaration du musée, « Plus jamais ça » était « facilement sujet à des interprétations erronées ».
Ce glissement de sens n’est pas un cas unique de politique dépassant les intentions du locuteur, mais le reflet de la structure fondamentale du langage lui-même. Comme l’ont noté les philosophes depuis Platon, le langage ne se limite pas et ne peut se limiter à un objet ou à une situation ; parler de quelque chose revient, dans une certaine mesure, à parler en général. Même une phrase aussi simple que « le ciel est bleu » repose déjà sur un concept plus large – la bleuté – qui dépasse le ciel lui-même. Comprendre la phrase implique donc de reconnaître le ciel comme faisant partie d’une catégorie plus vaste, créant une comparaison inhérente entre lui et toutes les autres choses bleues. De même, lorsque nous qualifions quelque chose de génocide, le mot lui-même serait dénué de sens s’il ne catégorisait pas les événements historiques dans le cadre général de l’atrocité.
Le philosophe Jacques Derrida appelait cette caractéristique essentielle du langage « l’itérabilité » : pour qu’un mot ou une expression ait un sens, il doit pouvoir être greffé à de nouveaux contextes. Comme il l’écrit dans « Signature Event Context », n’importe quel élément de langage « peut rompre avec tout contexte donné, engendrant une infinité de nouveaux contextes ». C’est ainsi que le « Plus jamais ça » a pu passer du manifeste de Kahane au cri de ralliement antisioniste utilisé par Jewish Voice for Peace [le collectif américain "Une voix juive pour la paix", qui manifeste contre le génocide à Gaza]. Comprendre une phrase, c’est pouvoir la reproduire et la réinterpréter ; de même, comprendre le sens de « Plus jamais ça », c’est évoquer immédiatement d’autres exemples de violence génocidaire : le Rwanda, la Bosnie, le Darfour et, inévitablement, Gaza.
Alors que de moins en moins d’Américains soutiennent l’offensive israélienne et que de plus en plus d’universitaires et de groupes de défense des droits humains considèrent qu’Israël commet un génocide, il devient impossible d’exclure Gaza des revendications morales universalistes. C’est précisément pourquoi tant d’utilisateurs d’Instagram, en particulier les plus indignés par la publication du musée, ont supposé, sans se poser plus de questions, que la vague déclaration du musée concernait Gaza. Il ne reste aux institutions qu’une seule option pour étouffer l’itérabilité et prévenir les accusations d’hypocrisie : le silence. Au lieu de risquer une déclaration involontaire sur la Palestine, elles pourraient décider de ne pas s’exprimer. Dans sa rétractation, le Musée de l’Holocauste de Los Angeles a choisi ce silence. Plutôt que de risquer l’application du « Plus jamais ça » à Gaza, il a renoncé à son « Plus jamais ça ». Plutôt que d’exhorter les Juifs à ne pas « laisser le traumatisme de notre passé faire taire notre conscience », il a choisi de se taire lui-même.
C’est là le point final de l’insistance sur le fait que Gaza ne peut jamais être comparée à l’Holocauste. Puisque le langage autorise la comparaison, nous devons nous taire. Le choix est donc difficile : soit nous parlons de l’Holocauste et de notre engagement à ne plus jamais le laisser advenir, nous exposant ainsi aux inévitables comparaisons, soit nous devenons incapables de parler de l’Holocauste, sauf par tautologies. Honorer le « Plus jamais ça » implique de risquer l’universalité ; refuser ce risque, c’est, en fin de compte, oublier.
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