• Settecento giorni di protesta ad Agadez (Niger)
    https://www.meltingpot.org/2026/08/settecento-giorni-di-protesta-ad-agadez-niger

    Ha compiuto 700 giorni il 23 agosto la protesta non violenta delle persone rifugiate al “Centro Umanitario” di Agadez, Niger. E sono passati quasi due anni da quando documentavamo per la prima volta le condizioni della struttura, finanziata con fondi pubblici italiani ed europei . Da allora, la protesta non si è mai fermata: il collettivo Refugees in Niger continua a manifestare quotidianamente e a denunciare la propria condizione attraverso i corpi, le immagini e le parole dei residenti del Centro. Donne, uomini e bambini che hanno trascorso mesi, spesso anni, in un limbo giuridico e in una struttura isolata,

    #Interviste #Laura_Morreale

  • Der junge Kaiser Wilhelm II und Fürst Bismarck, in Friedrichsruh 1888

    Friedrichsruh
    https://de.wikipedia.org/wiki/Friedrichsruh

    Friedrichsruh ist ein Ortsteil der Gemeinde Aumühle, Kreis Herzogtum Lauenburg, in Schleswig-Holstein, östlich von Hamburg.

    Friedrichsruh und die Familie von Bismarck

    Als Anerkennung für den Sieg über Frankreich und zum Dank für die Reichsgründung 1871 schenkte Kaiser Wilhelm I. seinem Kanzler Otto von Bismarck als Dotation den lauenburgischen Sachsenwald aus seinem Besitz als Herzog von Lauenburg (1890 erhielt Bismarck von Wilhelm II. auch diesen Titel, von dem er aber keinen Gebrauch machte). Der Reichskanzler, der bis dahin privat seine Güter in Schönhausen und Varzin bewohnt und bewirtschaftet hatte, ließ eine unmittelbar an der Eisenbahnstrecke Hamburg–Berlin gelegene Gaststätte im Sachsenwald, die aus einem einstigen Jagdhaus der Grafen zur Lippe-Biesterfeld hervorgegangen war, zum Herrenhaus ausbauen.

    Noch heute wohnen seine Nachkommen hier. ...

    Otto Fürst von Bismarck und seine Frau Johanna fanden ihre letzte Ruhe in einem etwas oberhalb des Schlosses gelegenen Bismarck-Mausoleum im neuromanischen Stil, das dem des Theoderich in Ravenna nachempfunden sein soll.

    Friedrichsruh, manor of Otto von Bismarck

    Quelle: Bismarck. Des eisernen Kanzlers Leben in annähernd 200 seltenen Bildern nebst einer Einführung. Herausgegeben von Walter Stein. Im Jahre des 100. Geburtstags Bismarcks und des großen Krieges 1915. Hermann Montanus, Verlagsbuchhandlung Siegen und Leipzig

    #Allemagne #Schleswig-Holstein #Lauenburg #histoire #empire_allemand

  • [Entretien vidéo] « Un texte abominable sur le plan #scientifique », #philippe_grandcolas déconstruit la #loi_duplomb
    https://splann.org/grand-entretien-philippe-grandcolas-loi-duplomb

    Chercheur reconnu dans le domaine de la biodiversité, Philippe Grandcolas publie « Loi Duplomb, le débat confisqué » aux éditions du Faubourg. Nous l’avons rencontré dans son bureau du Muséum national d’Histoire naturelle, à Paris, au moment où sénateurs et députés s’apprêtent à permettre la remise sur le marché de l’acétamipride et du #flupyradifurone, deux insecticides nocifs pour les #abeilles. L’article [Entretien vidéo] « Un texte abominable sur le plan scientifique », Philippe Grandcolas déconstruit la loi Duplomb est apparu en premier sur Splann ! | Premier média d’enquête indépendant en Bretagne.

    #Pollutions #acétamipride #agences_sanitaires #agriculteurs #agriculture #agroécologie #annie_genevard #anses #assemblée_nationale #biodiversité #chercheur #cnrs #écologie #écologue #écosystème #efsa #FNSEA #grand_entretien #insectes #interview #laurent_duplomb #les_républicains #loi_d'urgence_agricole #muséum_national_d'histoire_naturelles #néonicotinoïdes #pesticide #pesticides #pollinisateurs #pollution #sénat #toxicité

  • Jusqu’où le capitalisme peut-il s’emballer ?
    https://www.radiofrance.fr/franceculture/podcasts/l-invite-e-des-matins/apres-le-capitalisme-quels-mondes-la-france-peut-elle-imaginer-8232518

    Attention : c’est chez la bouse Erner.

    Face aux déséquilibres du #capitalisme - croissance atone, crise climatique, tensions et inégalités - le politiste #Laurent_Jeanpierre et le journaliste Romaric Godin proposent deux lectures distinctes. Leur débat éclaire les choix politiques à venir et les limites des réponses actuelles.

    [...]

    Laurent Jeanpierre (...) : "le capitalisme n’a rien de naturel, c’est une formation historique qui a eu un début et qui pourra éventuellement avoir une fin. Fernand Braudel disait que, jusqu’au XIXe siècle, la vie matérielle dominait. C’est-à-dire que le lien entre la production et la consommation n’était pas marchand. L’échange marchand n’était qu’une très fine couche. Le capitalisme, au fond, c’est l’épaississement de cette couche, l’imposition du lien marchand entre la production et la consommation. Le corollaire de ce processus historique c’est la formation d’un type d’hommes nouveaux qui investit pour le profit."

    La naissance de ce nouveau type d’hommes (...) "va peu à peu autonomiser cette préoccupation pour le #profit et cette déliaison entre l’activité économique et la satisfaction immédiate des besoins". Le post-capitalisme consiste donc à rapprocher production et consommation, à indexer la production à la satisfaction des #besoins. (...) "la question du capitalisme n’est pas simplement une question économique mais concerne un ensemble de dimensions existentielles : la famille, l’environnement, la santé, etc."

    [...]

    Interrogé sur le lien entre crise écologique et capitalisme, Laurent Jeanpierre rappelle que "les travaux d’économie écologique montrent que le capitalisme vert, dont la Chine est probablement la tête de pont à l’heure actuelle, ne va absolument pas résoudre la crise environnementale, ne va pas améliorer les conditions d’habitabilité." Romaric Godin affirme également que, selon lui, "le capitalisme, aujourd’hui, est entré dans une phase où sa propre survie suppose la destruction de l’environnement".

    Pour Laurent Jeanpierre, "il reste aujourd’hui une culture libérale en décomposition, des cultures conservatrices extrêmement puissantes à l’échelle mondiale", on assiste à "une crise de légitimité du capitalisme : la plupart des gens savent que le capitalisme est en crise, mais ne savent pas comment en sortir". Romaric Godin souligne que le libéralisme est "également attaqué par lui-même" puisque dans de nombreux pays, les "critiques de l’Etat de droit viennent des personnes mêmes qui se prétendent libérales" : "pour défendre l’accumulation, elles sont obligées de nier leur propre conviction libérale".

    Laurent Jeanpierre rappelle cependant qu’il existe des poches de #post-capitalisme "qui expérimentent déjà des formes de vie détachées de ces rapports sociaux capitalistes".

    (nb dans la contre-révolution capitaliste, la « crise de la valeur » est avant tout crise de la valeur d’usage)

  • Laughing Hyenas d’Ann Arbor, Michigan comme les Stooges. Ce quatuor de fous furieux, actif de 1985 à 1995 n’a jamais bénéficié de l’aura des auteurs de Fun House mais tout aussi vif et menaçant lors de leur concert envenimés.
    https://laughinghyenas.bandcamp.com
    Life of Crime | 1990 Touch and Go Records
    https://laughinghyenas.bandcamp.com/track/life-of-crime

    That Girl : Live Recordings 1986 – 1994 une compilation d’extraits live et de sessions radio, le son est brut comme leur prestation.
    #Third_Man_Records n’a rien retravaillé ni nettoyé, aussi féroce que le gang d’Iggy.
    That Girl en ouverture des 19 titres.
    https://laughinghyenas.bandcamp.com/track/that-girl-hyena-house-ann-arbor-mi-8-86

    #punk_blues #swamp_rock #Ann_Arbor

  • “Ghost trail – Il sentiero dei fantasmi”
    https://www.meltingpot.org/2026/05/ghost-trail-il-sentiero-dei-fantasmi

    Fantasmi. Quelli del passato, le cui voci continuano a riecheggiare nella mente anche a distanza di anni. Quelli del presente, in cui ci trasformiamo mentre inseguiamo la verità nel tentativo di mettere a tacere angosce e tormenti. E quelli del futuro, che saremo costretti a diventare per tutelarci e non essere scoperti. Les Fantômes, distribuito in Italia con il titolo Ghost Trail – Il sentiero dei fantasmi, diretto da Jonathan Millet, racconta la storia di Hamid, ex professore siriano rifugiatosi in #Francia dopo aver lasciato la #Siria nel 2014, durante la guerra civile iniziata nel 2011. Stabilitosi a Strasburgo, l’uomo

    #Approfondimenti #Arti_e_cultura #Conflitti_e_migrazioni #Film_e_documentari #Laura_Pauletto

  • #Canonical finally gives #launchpad (a bit of) a glow-up
    https://www.omgubuntu.co.uk/2026/04/ubuntu-launchpad-website-revamp

    Launchpad, the home of Ubuntu development, has finally received some design attention. Canonical last updated the site’s homepage back in 2024, but many of the pages that the distro’s developers actually use or reference on a regular basis have remained untouched for the best part of a decade. Now that’s starting to change. Canonical UX designer Enzo Deng has announced that the company has “begun […] a complete redesign of the series page” for Ubuntu 26.04 LTS, describing it as the start of “the journey of modernizing the Launchpad user experience” (sic). Save for a line on how the company […] You’re reading Canonical finally gives Launchpad (a bit of) a glow-up, a blog post from OMG! Ubuntu. Do not reproduce elsewhere without permission.

    #News

  • Explorer et inventer les mondes postcapitalistes
    https://lundi.am/Mondes-post-capitalistes

    Une légende voudrait qu’à chaque parution d’un nouveau livre critique du capitalisme, un grand patron fasse un AVC. Force est de constater que ce n’est pas le cas et que malgré les millions kilomètres de papier sur lesquelles s’étalent les analyses les plus fines des contradictions les plus obscures du capital, les capitalistes n’ont jamais été en si bonne forme. Et si depuis tout ce temps, nous avions pris le problème à l’envers ? Mondes postcapitalistes propose en tous cas de rouvrir la question révolutionnaire depuis ses fins et leurs moyens à travers plus de 70 chapitres qui sont autant d’entrées : monnaie, État, nucléaire, amour, climat, santé, conflits, échelles, transports, rêves, zoonoses, etc. On arpente, non pas des utopies sirupeuses et réconfortantes, mais des pistes plus ou moins escarpées ou aventureuses vers ce que pourrait être un monde par-delà le capitalisme.

    Forcément, il s’agit de sortir de l’économie et évidemment de décrocher de l’État mais cela à partir d’une attention méticuleuse à tout ce dont nous avons été dépossédés et qu’il va bien falloir se réapproprier, détourner, démanteler ou saccager ; des gros trucs qui détruisent la planète autant que des réflexes infimes qui pourrissent la vie. À travers 900 pages et grâce à 80 contributeurs et contributrices, on ouvre des portes et on tente d’adéquatement déplier les problèmes que l’on trouve derrière. Inutile d’en attendre des remèdes ou des solutions, les idéologues et leurs fidèles se réconforteront ailleurs, c’est un travail d’enquête et toutes les directions pointées restent à expérimenter, contester, affiner. C’est un ouvrage majeur et potentiellement déterminant pour la suite, c’est d’ailleurs pour cette raison qu’il apparaîtra parfaitement anachronique aux plus résignés.
    L’entretien ayant essentiellement porté sur la démarche, son cadrage et sa visée, nous publions en bonus dans l’édition de cette semaine, l’un des chapitres du livre : Animaux rédigé par Pierre-Olivier Dittmar. Cela permettra aux lecteurs et lectrices d’imaginer non seulement les menus que proposeront les cantines après la révolution mais aussi la manière dont Mondes capitalistes a été pensé et composé. Week-end de Pâques oblige, ce lundisoir sera exceptionnellement diffusé mercredi.

    https://www.youtube.com/watch?v=h135JyOL8e8

    #Jérôme_Baschet #Laurent_Jeanpierre #interview #post-capitalisme #capitalisme #alternative @lundimatin #lundi_soir

  • #Lausanne : #violences_policières, « #discrimination structurelle » et question d’un examen indépendant

    La révélation de l’existence de groupes de discussion racistes au sein de la police municipale de Lausanne a relancé un débat que les personnes concernées et la société civile mènent depuis des années à la suite de plusieurs décès lors d’interventions policières, contre le profilage racial, la violence policière et la discrimination structurelle. Alors que les autorités municipales de Lausanne parlent désormais elles-mêmes d’un « problème structurel », une question fondamentale se pose pour les droits humains : les procédures juridiques existantes sont-elles réellement adaptées pour détecter et sanctionner efficacement la discrimination structurelle ?

    En août 2025 une procédure pénale révèle que des membres de la police municipale de Lausanne ont partagé pendant des années des contenus racistes, sexistes et antisémites dans des groupes WhatsApp. Le syndic de Lausanne, Grégoire Junod (PS), a réagi en parlant d’un « problème de discrimination systémique » au sein de la police. La ville a alors commandé une enquête externe. Le rapport publié en février 2026 a diagnostiqué des déficits structurels dans la direction, le contrôle interne et la culture organisationnelle de la police municipale de Lausanne (PML) et a qualifié la situation de « crise majeure ».

    Ces révélations ne constituent toutefois pas un événement isolé. Elles s’inscrivent dans le contexte d’une critique menée publiquement depuis des années contre les violences policières à caractère raciste dans le canton de Vaud. Les personnes concernées, leurs proches, la société civile ainsi que des chercheur·euse·x·s soulignent depuis longtemps que des préjugés racistes influencent l’action policière et que la violence grave et parfois mortelle exercée par la police ne doit pas être considérée comme la manifestation de simples cas isolés.

    Lorsque les autorités parlent aujourd’hui d’un problème structurel, une question fondamentale se pose : qu’entend-on exactement par « structurel » ? S’agit-il principalement de lacunes dans la direction, la culture et l’organisation interne ? Ou le problème concerne-t-il également les normes juridiques et les procédures mises en oeuvre pour examiner les actions de la police ?

    Le présent article part des événements qui se sont produits à Lausanne pour examiner les aspects juridiques et les lacunes de la protection contre la discrimination en droit suisse face au profilage racial et à la violence policière. Les procédures juridiques et les critères du droit en vigueur sont-ils appropriés pour rendre la discrimination structurelle visible, la sanctionner efficacement et la prévenir sur le long terme ? Si la discrimination est de plus en plus reconnue comme un phénomène structurel dans le discours politique, elle est en pratique souvent traitée par les juges comme une question de motivation individuelle et de cas isolés.

    Les affaires Wa Baile, Mike Ben Peter ou Roger « Nzoy » Wilhelm montrent que l’interdiction matérielle de la discrimination n’est pas le seul élément déterminant ; l’accès des personnes concernées à des procédures indépendantes, efficaces et conformes aux droits humains est tout aussi important. C’est précisément dans ce domaine que la Suisse continue de présenter des lacunes considérables.
    Le racisme sous-tend la violence policière

    Entre 2016 et 2025, le canton de Vaud a connu une recrudescence des interventions policières mortelles. Des personnes sont décédées dans le cadre de contrôles de police, de poursuites ou d’interventions exceptionnelles de la police dans des situations de problèmes psychiques. Parmi les cas connus, on peut citer Lamin Fatty, Hervé Mandundu, Mike Ben Peter, Roger « Nzoy » Wilhelm, Michael Kenechukwu Ekemezie et Marvin, 17 ans, récemment décédé, dont la mort a provoqué un grand choc parmi la population et a conduit à des manifestations.

    La plateforme de recherche Border Forensics recense au total 83 décès liés à des interventions policières en Suisse entre 1992 et 2025. Ce chiffre comprend les cas de violence physique exercée par la police elle-même, les décès dus à une aide d’urgence insuffisante ou non fournie, les décès lors de poursuites par la police, les décès en détention et les décès lors d’une intervention policière pour lesquels aucune information n’a été fournie sur les circonstances. Le canton de Vaud se distingue particulièrement dans ces statistiques. En même temps, une tendance claire se dessine : les personnes racisées, en particulier les hommes Noirs, sont touchées de manière disproportionnée. De nombreuses personnes victimes de violences policières sont également victimes d’inégalités de traitement non seulement en raison de leur appartenance ethnique, mais aussi en raison d’autres caractéristiques, comme un statut de séjour précaire, un statut social peu reconnu ou des problèmes psychologiques ou de consommation de drogues.

    Cette surreprésentation des personnes victimes du racisme et d’autres formes d’altérisation soulève des questions fondamentales : ce phénomène ne concerne pas seulement les interventions policières et leur proportionnalité, mais aussi les processus décisionnels qui les précèdent : qui est défini comme « suspect » ou considéré comme « dangereux » ? L’escalade policière commence souvent dès le moment où le choix des personnes à contrôler intervient, avec l’évaluation du danger qu’elles représentent ; c’est sur cette base que la police effectue des contrôles, planifie et intervient. Le degré d’« altérité » et de « dangerosité » qui leur sont attribués ont varié au fil du temps et continuent d’influencer toutes les institutions étatiques et leurs pratiques.
    Profilage racial, la problématique juridique

    Selon la perspective des sciences sociales et des droits humains, le « profilage racial » intervient lorsque la police choisit d’effectuer des contrôles ou d’intervenir sur la base des caractéristiques partagées par un groupe de population sans qu’un soupçon ne le justifie dans le cas particulier. Si un comportement identique est évalué différemment comme donnant lieu à des soupçons en fonction de l’apparence d’une personne, alors une inégalité de traitement pourra être juridiquement constatée.

    De telles pratiques touchent à des garanties constitutionnelles et aux droits fondamentaux. La Constitution fédérale interdit la discrimination fondée, entre autres, sur « l’origine » et la « race » (art. 8, al. 2 Cst.). La CEDH interdit également toute inégalité de traitement discriminatoire dans le cadre d’interventions étatiques (art. 14 en relation avec l’art. 8 CEDH). Si ces normes établissent des critères juridiques clairs, elles ne précisent pas manière d’identifier et de prouver des actes discriminatoires dans un cas concret.
    La discrimination, entre la norme et la pratique judiciaire

    La légalité des contrôles ou des interventions de la police n’est que rarement examinée par les tribunaux. Pour de très nombreuses personnes victimes de racisme, le « profilage racial » fait tout simplement partie du quotidien, tout comme d’autres formes d’inégalité de traitement et de microagressions. Souvent, les cas de discrimination par la police ne sont portés devant les tribunaux que lorsque les personnes concernées s’opposent à un contrôle ou à une mesure, par exemple parce qu’elles les jugent injustifiés et refusent d’obéir aux ordres, ce qui conduit souvent les fonctionnaires de police à porter plainte contre elles. Ces plaintes fréquentes sont souvent utilisées à mauvais escient comme moyen de pression contre les personnes concernées. Lorsque les interventions de la police font l’objet d’un jugement, les griefs concernant l’illégalité et la discrimination sont généralement traités séparément. Un contrôle peut être considéré comme disproportionné ou insuffisamment justifié sur le plan juridique sans pour autant être qualifié de discriminatoire. Le choix des cibles des contrôles policiers est considéré comme relevant du pouvoir discrétionnaire de la police et son examen se fait donc avec retenue ; il s’agit davantage demander si la police peut invoquer un motif compréhensible pour justifier l’intervention en question.
    Sur le plan juridique, la discrimination découle avant tout de la motivation individuelle des fonctionnaires concerné·e·x·s. Un contrôle est considéré comme discriminatoire s’il résulte d’une attitude raciste ou dénigrante, même si elle est due à des préjugés inconscients. Dans la pratique, cette preuve est toutefois difficile à apporter. Si un motif de suspicion plausible est reconnu, toute motivation discriminatoire est rejetée, et la question de savoir si un comportement identique chez d’autres personnes aurait également été considéré comme justifiant un contrôle n’est donc pas examinée de manière approfondie. Le cas de Mo Wa Baile en est un exemple frappant. À l’époque, la police avait déclaré que le contrôle avait eu lieu parce que Mo Wa Baile avait détourné le regard. Les tribunaux suisses n’ont jamais cherché à savoir si ce comportement aurait également conduit à un contrôle d’identité s’il s’était agi d’un homme blanc.

    Cette jurisprudence crée une asymétrie structurelle en matière de fardeau de la preuve : les personnes concernées doivent démontrer que des facteurs discriminatoires ont joué un rôle, tandis que la version de la police constitue souvent une base pour l’évaluation juridique. Les conséquences pénales ou disciplinaires sont donc rares ; à ce jour, aucune condamnation pénale pour motivation raciste d’une intervention policière n’a été prononcée en Suisse.

    De plus, même si un contrôle est jugé illégal a posteriori, les personnes contrôlées doivent s’y soumettre au moment de l’intervention (voir BGE 6B_393/2008, 6B 395/2008/sst E.2.1 / BGE 132 II 342 E. 2.1). Tout refus peut avoir des conséquences pénales, malgré la constatation ultérieure de l’illégalité du contrôle.

    L’affaire Wa Baile montre les conséquences concrètes de ce problème structurel. En 2020, le tribunal administratif de Zurich a certes constaté l’illégalité du contrôle d’identité, mais n’a pas retenu de motif discriminatoire. La décision d’effectuer un contrôle policier a été jugée insuffisamment motivée, mais n’a pas été considérée comme une inégalité de traitement au motifs racistes.

    En 2024, la Cour européenne des droits de l’homme (CrEDH) est parvenue à une conclusion différente. D’une part, elle a constaté que les instances suisses n’avaient pas examiné efficacement l’allégation de discrimination et a confirmé une violation de l’article 14 de la CEDH en lien avec l’article 8 de la CEDH. La question déterminante n’était pas celle de savoir si certain·e·x·s fonctionnaires de police avait une intention raciste, mais si la procédure était appropriée pour examiner efficacement une allégation de discrimination. D’autre part, la CrEDH a également renvoyé à une jurisprudence antérieure qui stipule clairement que lorsqu’une inégalité de traitement est rendue plausible (sufficient prima facie evidence), le fardeau de la preuve visant à déterminer si un contrôle ou une intervention était légal et non discriminatoire incombe à l’État.

    Le jugement déplace ainsi l’accent : le droit à un examen efficace et indépendant est tout aussi pertinent que l’interdiction de la discrimination au regard des droits humains. La Cour a ainsi reconnu que l’interdiction de la discrimination n’est applicable en pratique que si les procédures judiciaires sont capables d’appréhender les contextes structurels.

    Le cas Wilson A. à Zurich montre que ce problème ne se limite pas à la violence policière entraînant des décès. En 2009, Wilson A. et son ami ont survécu à une escalade de violence lors d’un contrôle de police à caractère raciste. Wilson A., qui avait subi auparavant une opération cardiaque, a été étranglé et gravement blessé par les coups de matraque et de genoux que leur ont donné plusieurs fonctionnaires de police ainsi que . Malgré ces atteintes et une longue procédure judiciaire, les instances suisses ont nié toute motivation raciste de ce contrôle policier et les accusations de violence sont désormais prescrites. Wilson A. conteste la décision du Tribunal fédéral et porte l’affaire devant la CrEDH.

    Les préjugés racistes ont non seulement une incidence sur la décision de procéder à un contrôle, mais aussi sur son déroulement. Les personnes perçues comme particulièrement dangereuses sur la base de stéréotypes peuvent être exposées à des violences plus précoces ou plus intenses, sans que cette dynamique soit systématiquement prise en compte dans l’évaluation juridique a posteriori. La recherche a par ailleurs démontré que la douleur ressentie par les personnes racisées est souvent moins prise au sérieux. Lors d’interventions policières, cela peut également conduire à une reconnaissance moins rapide du danger pour la santé et à une intervention plus lente des secours.
    Enquêtes contre la police : la question de l’indépendance et du fardeau de la preuve

    La question d’un examen effectif se pose non seulement lors des contrôles de personnes, mais aussi et de manière plus aiguë dans les cas décès ou de blessures graves résultant de l’usage excessif de la force par la police. Dans ces cas, il ne s’agit pas seulement de savoir si la violence était justifiée sur le plan juridique, mais aussi de savoir comment l’État enquête sur l’incident. Selon la jurisprudence de la CrEDH, la CEDH exige d’une part une enquête indépendante et efficace en cas de décès ou de blessures graves relevant de la responsabilité de l’État. D’autre part, en cas de présomption d’inégalité de traitement, l’État doit prouver la licéité de l’acte. L’enquête doit par ailleurs avoir lieu sans délai et, dans certaines circonstances, être rendue publique et préserver les intérêts légitimes des victimes présumées.
    Indépendance de l’enquête

    L’indépendance de l’enquête ne se limite pas à garantir l’intégrité personnelle des procureur·e·x·s. Selon la CrEDH, l’indépendance doit être garantir tant sur le plan hiérarchique qu’institutionnel, et tant sur le plan juridique que factuel. En Suisse, ce sont généralement les ministères publics ordinaires qui mènent les enquêtes contre les fonctionnaires de police. Or ces autorités travaillent quotidiennement en étroite collaboration avec la police. Si cette structure s’explique d’un point de vue fonctionnel, elle est problématique lorsque les actions de la police font elles-mêmes l’objet d’une procédure pénale.

    La manière dont l’enquête est menée détermine très tôt quelle interprétation d’un événement est considérée comme plausible. Si la version de la police est reprise dès le début, cela réduit le champ des reconstructions alternatives ; certaines questions ne sont pas posées et des hypothèses alternatives ne sont pas approfondies. Ce manque d’indépendance dans les enquêtes menées par le ministère public suisse à l’encontre de policier·ère·x·s est régulièrement critiqué par des organisations internationales.
    L’efficacité de l’enquête

    Outre les critères d’indépendance, la CEDH mesure l’efficacité d’une enquête à l’aune de son caractère approprié et sérieux. Le ministère public est tenu de faire tous les efforts raisonnables pour établir les faits. Cette obligation d’enquête plus poussée s’applique d’autant plus lorsqu’une inégalité de traitement a pu avoir lieu dans le comportement des acteurs étatiques.

    En principe, la partie invoquant une violation de la CEDH doit prouver l’existence de cette violation à l’exception des personnes détenues ou soumises à un autre contrôle policier. En effet, lorsque les événements en question ne sont connus que de l’État (par exemple, en cas d’actes de violence dans les établissements pénitentiaires) ou doivent effectivement faire l’objet d’une enquête par l’État, la personne concernée doit seulement prouver la violation alléguée prima facie (à première vue). Il appartient ensuite à l’État d’expliquer la plausibilité de la violation qui s’est produite sous son contrôle.

    Si l’État n’a pas garanti une enquête indépendante et efficace et a ignoré les preuves éventuelles de discrimination, le fardeau de la preuve peut également être transféré aux autorités.

    La violation de ces obligations d’enquête efficace et sérieuse a été particulièrement évidente dans le cas de Mike Ben Peter. Lors d’un contrôle, plusieurs policiers l’ont immobilisé en position couchée sur le ventre et se sont agenouillés sur lui pendant plusieurs minutes, causant un arrêt cardiaque et entraînant son décès le lendemain matin. La procédure pénale contre les policiers impliqués s’est soldée par des acquittements. Ce n’est que des années plus tard, dans le cadre d’une procédure pénale distincte contre un fonctionnaire de police impliqué, que l’affaire a de nouveau fait polémique : sur une photo échangée dans des groupes WhatsApp, ce dernier posait le pouce en l’air devant un graffiti « RIP Mike ». L’analyse de téléphones portables de plusieurs policiers a permis de découvrir de nombreux groupes de discussion dans lesquels des contenus racistes, sexistes et antisémites avaient été partagés pendant une longue période. Ces échanges n’étaient pas encore connus lors de l’enquête initiale et montre rétrospectivement l’étroitesse du cadre de l’enquête à l’époque.

    Le cas de Roger « Nzoy » Wilhelm illustre encore plus clairement ce problème : sa mort en 2021 à la gare de Morges a d’abord été qualifiée de conséquence d’un acte de légitime défense, hypothèse qui a structuré le cadre de l’enquête dès le début. Une analyse médico-légale publiée en 2025 par Border Forensics est toutefois parvenue à des conclusions différentes, remettant en question les hypothèses principales. Le tribunal cantonal vaudois a alors ordonné la réouverture de la procédure. Cela montre à quel point les premières interprétations ont influencé la suite de la procédure pénale contre les policiers impliqués dans cette intervention ayant causé la mort d’une personne.

    Dans ce contexte, les groupes de discussion rendus publics ont pris une importance supplémentaire. Lorsque de tels échanges méprisants sont récurrents au sein d’un corps de police, il ne s’agit pas seulement d’un problème de préjugés d’un ou de quelques individus. Il est donc légitime de questionner l’aptitude des procédures d’enquête et judiciaires étatiques pour reconnaître de tels contextes et examiner de manière critique leur impact potentiel sur la perception, l’évaluation des risques et le recours à la force dans le travail quotidien de la police.
    Les préjugés structurels, un problème procédural

    C’est précisément ce problème que dénonce la commission Nzoy : dans un communiqué de presse publié début 2026 , elle souligne que toute personne concernée par une procédure pénale a le droit à ce que sa cause soit traitée par des fonctionnaires ne présentant pas une apparence d’hostilité à son égard. L’impression objective d’un manque de distance ou d’un préjugé structurel peut à elle seule miner la confiance dans l’impartialité des enquêtes effectuées par les autorités. La commission a donc demandé que les procédures pénales auxquelles ont participé les fonctionnaires de police ayant tenu des propos racistes ou discriminatoires dans les discussions WhatsApp soient systématiquement examinées. En cas de participation à ces discussions, les actes d’enquête doivent faire l’objet d’un réexamen par des autorités indépendantes et donner lieu, le cas échéant, à de nouvelles décisions.

    Une procédure pénale en cours à Bâle montre que ces questions ne se limitent pas à Lausanne : un policier en service doit répondre de mauvais traitements brutaux et de lésions corporelles graves présumés à l’encontre de demandeur·euse·x·s d’asile dans le cadre de contrôles de police. La question de savoir si une éventuelle motivation raciste fera expressément l’objet d’un examen juridique reste ouverte. Parallèlement, début mars 2026, il a été révélé qu’il existait apparemment, au sein d’une unité spéciale de la police cantonale jurassienne, un groupe de discussion dans lequel des contenus racistes étaient partagés .

    Les poursuites contre des fonctionnaires de police restent rares en Suisse. À ce jour, aucune condamnation pénale établissant une motivation discriminatoire lors d’une intervention policière n’a été prononcée. Dans pratiquement tous les cas, les progrès, qu’il s’agisse de la réouverture de procédures individuelles ou de l’examen des contextes institutionnels, ne sont dus qu’à la persévérance de proches, de journalistes et de la société civile et ne sont jamais initiés par les autorités. C’est le cas du projet « Archive of Absence », qui documente les décès survenus dans le contexte de la violence et du contrôle étatiques et met ainsi en évidence les lacunes de l’analyse menée par l’État. Les proches, les militant·e·x·s, les avocat·e·x·s et les journalistes contribuent à ce que ces décès ne tombent pas dans l’oubli, mais fassent l’objet d’un suivi public et juridique.
    Efforts de réforme actuels à Lausanne et au-delà

    La ville de Lausanne a réagi aux révélations sur les discussions discriminatoires par des rapports externes et des réformes annoncées. Celles-ci sont manifestement le résultat de la pression exercée par l’opinion publique et la société civile. Dans le même temps, on constate une ambivalence politique : alors que la nécessité de réformes est mise en avant, on invoque la confiance dans la « grande majorité » des fonctionnaires de police, et ce processus entamé est présenté comme un changement de culture à long terme qui s’étendra jusqu’en 2030.

    Les mesures prévues, à savoir la définition de lignes directrices, la création de groupes de travail internes et les ajustements dans la direction et le recrutement, restent largement internes à l’organisation. Les rapports identifient certes des lacunes structurelles, notamment dans la reconnaissance et le traitement de la discrimination, mais la réponse en matière de réforme se concentre principalement sur la culture, la direction et les processus internes, et les questions de distance institutionnelle et de contrôle indépendant passent au second plan.

    L’exemple de Zurich montre que les réformes portent souvent sur les obligations de documenter les cas. Depuis 2018, les contrôles d’identité doivent être enregistrés et classés numériquement. Si cette collecte de données permet d’effectuer des analyses statistiques sur l’étendue et la répartition des contrôles, elle ne précise toutefois pas la manière de vérifier si le choix d’effectuer un contrôle est discriminatoire et si les personnes concernées disposent de moyens efficaces pour faire valoir leurs droits devant les tribunaux.

    À Bâle également, un rapport externe a révélé des problèmes structurels au sein de la police, notamment une culture de la peur, des lacunes en matière de gestion et des indices d’incidents sexistes et racistes. La conseillère d’État en charge de la sécurité a pris des mesures en matière de personnel, licencié le commandant de police et lancé un processus de réforme au sein du corps de police.

    Les procédures d’examen pénales des actions policières n’ont toutefois pas changé fondamentalement. Le schéma est récurrent : des réformes organisationnelles et des changements de personnel sont mis en place, tandis que le cadre institutionnel reste largement inchangé. À ce jour, aucune analyse approfondie des causes structurelles n’a été menée. Les cas qui sont rendus publics sont considérés comme des incidents isolés tragiques et les problèmes sont traités de manière plus superficielle que fondamentale. Or, en tant que détentrice du monopole étatique de la violence, la police dispose de pouvoirs étatiques étendus et donc d’un pouvoir considérable : elle peut intercepter, contrôler et fouiller des personnes, recourir à des moyens de contrainte et, dans des cas extrêmes, utiliser des armes à feu. C’est précisément la raison pour laquelle les obligations en matière de droits humains doivent être strictement respectée, et que les allégations de contrainte injustifiée ou de motifs discriminatoires doivent faire l’objet d’enquêtes indépendantes et efficaces.

    Si les procédures judiciaires actuelles ne permettent pas de saisir la question de la discrimination structurelle, désigner cette dernière comme un « problème structurel » n’apporte pas d’effets juridiques concrets.

    https://www.humanrights.ch/fr/nouvelles/lausanne-violences-policieres-discrimination-structurelle-question-dun-e
    #Suisse #profilage_racial #racisme #Nzoy #justice #enquête_judiciaire #indépendance #fardeau_de_la_preuve #procédure_pénale

  • Ancienne d’un groupe violent, anti-IVG, « carnassière »… À Toulon, Laure Lavalette cache son passé | #StreetPress
    https://www.streetpress.com/sujet/1772727736-ancienne-groupe-violent-anti-ivg-carnassiere-toulon-laure-la

    Candidate à la mairie de #Toulon aux municipales, #Laure_Lavalette a lissé pour la campagne son positionnement d’extrême droite et ses propos anti-IVG. Mais aussi son passé au sein de ses franges radicales, à coup de bastons étudiantes, archives à l’appui.

    https://poligraph.fr/politiques/laure-lavalette

    • Municipales. L’offensive de l’extrême-droite
      N° 20 (hiver 2026) de @l_empaille
      https://lempaille.fr/municipales-loffensive-de-lextreme-droite

      Au regard des résultats des dernières législatives, le #RN et ses alliés pourraient réaliser un raz-de-marée en mars, mais leur faible niveau d’implantation les empêche souvent de présenter des listes dans une grande partie de nos territoires. En se concentrant sur des villes gagnables et en envoyant ses député·es ou ses cadres, l’extrême droite risque néanmoins de multiplier le nombre de communes sous sa botte. Voici un tour non exhaustif de quelques départements très exposés à la menace brune et où, comme d’habitude, les candidat·es transpirent l’idéologie néofasciste, dans leur passé, leur entourage, leurs réseaux.

      #municipales_2026

  • Décapitée et ostracisée au Salon de l’agriculture, l’#Agence_bio est au bord de l’explosion | #Mediapart

    https://www.mediapart.fr/journal/france/200226/decapitee-et-ostracisee-au-salon-de-l-agriculture-l-agence-bio-est-au-bord

    La ministre de l’agriculture maintient son plan de démantèlement de l’agence de soutien à la filière bio et a fait en sorte de déclencher une procédure de licenciement de sa directrice Laure Verdeau.

    Karl Laske

    20 février 2026 à 07h57

    Pour la ministre de l’agriculture, #Annie_Genevard, c’est certainement un succès. Mais pour le Salon de l’agriculture et le secteur tout entier, c’est plutôt un échec cuisant et honteux.

    L’Agence bio, chargée de promouvoir l’agriculture biologique en France et d’accompagner 61 000 fermes et 200 000 emplois, n’aura pas de stand au Salon de l’agriculture qui s’ouvre samedi Porte de Versailles. Privée de moyens financiers, l’agence ne sera présente qu’à l’extérieur, reléguée sous les intempéries, dans son bus, le « Bio bus », face à l’entrée du hall 2.2.

    Prête à supprimer l’Agence bio dès le mois de janvier 2025, sur proposition du sénateur #Laurent_Duplomb, la ministre, ancienne maire Les Républicains (LR) de Morteau (2002-2017) et députée du Doubs (2012-2024), lui a retiré 15 millions d’euros de crédits en 2025, et prépare ces derniers jours le licenciement de sa directrice, Laure Verdeau, dont le mandat est arrivé à échéance le 10 janvier. Cette dernière a reçu une lettre d’entretien préalable pour son licenciement, un entretien pour l’heure reporté.

    Le souci c’est que #Laure_Verdeau, 44 ans, venue de la Banque publique d’investissement (Bpifrance), devenue une « VRP infatigable du bio » et une figure de la filière, a incarné pendant cinq ans une politique de consensus attirant les interprofessions les plus réticentes dans les filets de la communication du bio.

    En réaction à cette éviction, Christelle Le Hir, présidente du directoire de la chaîne de magasins La Vie Claire, a annoncé, le 10 février, sa démission de la vice-présidence de l’organisme et le retrait de Synadis Bio, syndicat professionnel des magasins du bio, des instances de l’agence.

    Pointant une « asphyxie budgétaire », Synadis Bio avait approuvé préalablement ces décisions. « 60 % de son budget a été supprimé, soit la coupe la plus drastique de tous les opérateurs de l’État. L’institution que nous défendions n’existe plus », a résumé Synadis Bio, en dénonçant « le projet de licenciement de la directrice ». « La trajectoire est claire : après avoir coupé les moyens puis la tête, on s’oriente vers un démantèlement de l’institution », a fait savoir le syndicat.

    #Licenciement sans motif
    La volonté du gouvernement de ne pas reconduire Laure Verdeau à la tête de l’agence a été annoncée fin novembre par le sous-directeur « compétitivité » du ministère de l’agriculture lors d’un CA de l’organisme, un groupement d’intérêt public où siègent les différentes « familles » professionnelles du secteur – agriculteurs, transformateurs, coopératives et secteur du commerce. 

    « Tout le monde a voulu reconduire Laure Verdeau, qui avait très bien fait son travail, explique à Mediapart Olivier Chaloche, coprésident de la Fédération nationale d’agriculture biologique (#Fnab). C’est le ministère qui n’a pas voulu la reconduire. Il n’y a aucun motif pour la sortir, et elle avait l’aval du bureau. »

    « Elle a mouillé la chemise pour défendre l’agence, mais comme c’est une agence d’État, ça n’a pas été apprécié », relève le dirigeant de la Fnab.

    Bien qu’une motion soutenant son maintien ait été approuvée à l’unanimité des « familles » représentées, le ministère de l’agriculture a fait paraître dès le 7 décembre au Journal officiel un « appel à candidatures » pour la direction de l’Agence française pour le développement et la promotion de l’agriculture biologique – le nom complet de l’agence –, fonction annoncée comme « prochainement vacante ».

    « Le Synadis Bio a été informé d’un appel d’offres en vue du remplacement de la directrice de l’Agence bio et a officiellement exprimé son désaccord à ce sujet, a précisé Christelle Le Hir à Mediapart. Nous saluons par ailleurs son travail et celui de son équipe au sein de cette instance. »

    « Cela fait un an que le conseil d’administration de l’Agence bio n’a pas été reçu par son ministère de tutelle, et ce malgré nos demandes répétées, a-t-elle ajouté. Le Synadis Bio a fait savoir son retrait de l’Agence bio en envoyant une lettre au ministère, et près de deux semaines après son envoi, nous sommes toujours sans réponse et sans réaction. »

    Arrivé à la présidence de l’agence (une présidence tournante), le 25 novembre dernier, Bruno Martel, un éleveur laitier en bio, représentant des coopératives agricoles, a finalement accepté courant janvier d’engager la procédure de licenciement de la directrice. « On n’a pas remis en cause son travail et ses actions, explique-t-il à Mediapart, mais on est malgré tout soumis à notre tutelle. Le ministère de l’agriculture va proposer de potentiels candidats pour diriger l’agence. » L’adjointe de Laure Verdeau, Laurence Foret-Hohn, assure pour l’instant la direction de l’agence par intérim.

    Lors d’une réunion exceptionnelle du bureau de l’agence tenue le 11 février, Bruno Martel a aussi pris acte de la décision de démission de Christelle Le Hir. Le ministère de l’agriculture n’a pas répondu aux questions de Mediapart.

    Entendue en mai 2025 par la commission d’enquête sénatoriale sur les agences, opérateurs et organismes consultatifs de l’État, Laure Verdeau avait défendu les missions de l’agence, en rappelant que le bio était « un moyen de limiter l’imprégnation de notre environnement par les pesticides synthétiques », et elle avait dénoncé la crise provoquée par le retrait des crédits de l’État.

    Ainsi, relevait-elle, le « Fonds Avenir bio », pourtant signé par le ministère dans le cadre d’un contrat d’objectifs et de performance, se trouvait amputé de 5 millions d’euros, privant l’agence de la possibilité de financer plusieurs projets d’infrastructures liées au bio.

    Or c’est l’une des missions clés de l’organisme de gérer ce fonds pour le compte de l’État, comme de centraliser les données du secteur via l’Observatoire national de l’agriculture bio, et d’assurer la promotion de la marque « AB », et ce, avec un budget de fonctionnement, déjà modeste, de 2,5 millions d’euros, pour une vingtaine d’équivalents temps plein.

    « Nous ne consacrons que 6 % de nos courses au bio, contre 12 % chez beaucoup de nos voisins européens, ce qui est aussi l’objectif inscrit dans la Stratégie nationale pour l’alimentation, la nutrition et le climat (Snanc), avait-elle aussi pointé. C’est pourquoi nous avons calibré une campagne de communication sur trois ans, pour 15 millions d’euros. Mais voici qu’elle s’arrête au milieu du gué, ou plutôt au tiers du gué, puisqu’elle n’aura duré qu’un an. »

    L’annonce du retrait de ces financements en communication – à hauteur de 10 million – est arrivée quelques jours avant les 40 ans du label bio (AB). Cet anniversaire fêté le 22 mai 2025 dans l’amphithéâtre du journal Le Monde, en même temps que le lancement officiel du clip de la campagne de communication « C’est BIO la France ! #AyonsleBioRéflexe », a été ostensiblement boudé par Annie Genevard.

    « #Couscousgate »
    Il est vrai qu’un mois plus tôt, Libération révélait que le cabinet de la ministre avait transmis par mail ses préconisations sur les visuels de cette campagne, recommandant de « choisir un profil caucasien » dans une première scène montrant un jeune préparant une mayonnaise, ou encore de « remplacer le couscous par du cassoulet au canard » dans une scène du repas de famille. Des recommandations assumées par la ministre.

    Le coup porté au budget de l’agence par le ministère de l’agriculture faisait suite à une tentative de suppression pure et simple de l’agence, en janvier 2025.

    Ce projet, inscrit par le sénateur (LR) Laurent Duplomb dans un amendement au projet de loi de finances, visait purement et simplement à « supprimer la subvention pour charge de l’Agence bio », et ainsi « à supprimer cet opérateur ». Et il avait reçu un « avis de sagesse » de la ministre de l’agriculture.

    Au Sénat, Annie Genevard avait estimé que les opérateurs et les agences pouvaient être « soit conservés, soit mutualisés, soit supprimés ». « S’agissant de l’Agence bio, votre idée est pertinente », avait-elle répondu au sénateur Duplomb, en jugeant qu’il fallait d’abord rendre cette proposition « opérationnelle ». L’amendement avait ainsi été adopté, mais finalement bloqué en commission mixte paritaire.

    Cette annonce avait provoqué une levée de boucliers à gauche, qui avait pris à rebrousse-poil le ministère de l’agriculture. Selon des sources internes, le directeur de cabinet d’Annie Genevard, Philippe Gustin, un proche de Sébastien Lecornu, et aujourd’hui son directeur de cabinet à Matignon, avait vivement reproché à l’Agence bio d’être à l’origine de cette mobilisation.

    Passé cette tempête, suivie par une suppression de 64 % des crédits à l’instance, le harcèlement a repris au Sénat. En juillet 2025, la sénatrice (LR) Christine Lavarde a soutenu la nécessité de sa « suppression » dans son rapport d’enquête sur les agences et les opérateurs de l’État. « La coquille de l’Agence bio apporte peu pour poursuivre ses objectifs », a résumé la sénatrice des Hauts-de-Seine. 

    « Il y a une volonté politique de faire tomber cette agence et de la disperser façon puzzle dans d’autres institutions comme France Agrimer [Établissement national des produits de l’agriculture et de la mer – ndlr] et l’Inao [l’Institut national de l’origine et de la qualité – ndlr], commente Olivier Chaloche à Mediapart. Il y a certainement des pressions pour la supprimer comme d’autres agences qui ont des préoccupations environnementales [l’Office français de la biodiversité, par exemple – ndlr]. »

    En janvier 2026, ce projet d’éclater les missions de l’Agence bio a été rappelé par le premier ministre Sébastien Lecornu à Annie Genevard comme l’un de ses objectifs dans la feuille de route sur la simplification de l’action publique. La Maison de la bio, regroupant dix organisations professionnelles, et six Interbio régionales, a dénoncé « un signal extrêmement préoccupant à l’ensemble des acteurs de la filière biologique », dans un courrier à la ministre de l’agriculture, en lui rappelant que l’agence était « un opérateur public central de structuration et de pilotage de l’agriculture biologique », et le seul opérateur dédié à l’agriculture non chimique.

    Joint par Mediapart, Martin Gutton, directeur général de France Agrimer, l’organisme payeur de fonds européens et nationaux à l’agriculture, ne semble pourtant pas encore prêt à reprendre les missions de l’Agence bio, qui a par ailleurs son siège dans le même immeuble que France Agrimer, ainsi que l’Inao, rue Rol-Tanguy, à Montreuil (93).

    « Le premier ministre a évoqué un certain nombre de chantiers sur lesquels il attendait un retour, et un rapprochement possible de l’Agence bio avec France Agrimer ainsi qu’avec l’Inao, commente Martin Gutton. Ce qu’il a demandé, pour l’instant, c’est de réfléchir avec les opérateurs. » « Les acteurs du bio sont attachés à avoir un lieu où ils se retrouvent. Ils sont chez eux quand ils se retrouvent à l’Agence bio », fait encore remarquer le directeur de France Agrimer, ingénieur agronome et ancien directeur de l’agence de l’eau Loire-Bretagne.

    Karl Laske

  • Le Canard Enchaîné confirme notre enquête avec une autre vidéo : les fascistes ont bien organisé un guet-apens armé
    https://contre-attaque.net/2026/02/17/le-canard-enchaine-confirme-notre-enquete-avec-une-autre-video-les-f

    Dans Médiapart, un autre témoignage corrobore aussi ce déroulé : « un étudiant engagé à gauche » qui allait à la conférence de Rima Hassan confirme que son groupe a emprunté le tunnel ferroviaire et serait alors tombé sur les militants identitaires qui leur auraient « sauté dessus ». « Il y avait beaucoup de désordre. Ils nous ont lancé une torche ou un fumigène qui est arrivé directement dans le visage d’un d’entre nous ». Tout se recoupe. Bien plus que les 15 versions contradictoires données par l’extrême droite depuis des jours.

    Il faut souligner une autre erreur : le groupe Némésis répète que Quentin et ses amis avaient été invités pour « protéger » les militantes. Cette version ne tient pas à l’épreuve des faits : pourquoi ce groupe de gros bras serait resté caché derrière un tunnel, à plusieurs centaines de mètres de la conférence et donc de l’action de Némésis ?

    En réalité, le groupe de Quentin n’était pas le « Service d’ordre » de Némésis, mais une bande armée rodant non loin d’un meeting de gauche, à la recherche de potentielles proies. Il se coordonnait peut-être avec Némésis mais n’était pas là pour elles. Le Canard Enchaîné le confirme, décrivant sur ces images « un groupe d’énervés d’extrême droite qui semble attendre les autres à la sortie du pont ferroviaire ». C’est une pratique courante de la part des groupes fascistes, à Lyon comme ailleurs, qui consiste à attaquer par surprise des personnes ou des groupes isolés en marge d’événements militants. Pour quiconque s’intéresse à l’extrême droite et connaît la situation lyonnaise, c’est une évidence. Si la justice n’était pas aux ordres, elle poursuivrait l’entourage de Quentin pour violences en réunion avec armes, voire même tentatives d’homicides.

    #extrême_droite #média #Police #justice #classe_politique

  • Faut-il interdire les réseaux sociaux aux moins de 15 ans ? | France Inter
    https://www.radiofrance.fr/franceinter/podcasts/le-debat-de-la-grande-matinale/le-debat-du-7-10-du-mardi-25-novembre-2025-4515351

    Publié le mardi 25 novembre 2025 à 09:07
    Provenant du podcast
    Le débat de la Grande Matinale

    Avec : Anne Cordier, professeure des universités en sciences de l’information et de la communication, spécialiste des usages numériques des jeunes. Co-auteure de « Faut-interdire les réseaux sociaux aux jeunes » (Robert Laffont) Laure Miller, députée Ensemble pour la République (EPR) de la Marne

    On peut dire que le débat a été chaud...

    #Anne_Cordier #Laure_Miller #Jeunes #Médias_sociaux

  • Le cri de colère de Fleur Breteau face à la loi Duplomb
    https://jhm.fr/le-cri-de-colere-de-fleur-breteau-face-a-la-loi-duplomb


    Ce mercredi 11 février, l’Assemblée nationale examine une nouvelle proposition de loi, portée par le sénateur Laurent Duplomb. Pour Fleur Breteau, porte-parole du collectif Cancer Colère et autrice d’un ouvrage paru il y a quelques jours, la réautorisation de certains pesticides néonicotinoïdes soulèverait de graves inquiétudes en matière de santé publique.

    Pour Fleur Breteau, cette initiative pose également la question du respect des mobilisations citoyennes et des avis scientifiques exprimés ces dernières années. « Personne n’acceptera de tomber malade pour sauver une filière agricole » , affirme-t-elle.

  • «Abbiamo manifestato per i nostri diritti e siamo stati arrestati»
    https://www.meltingpot.org/2026/01/abbiamo-manifestato-per-i-nostri-diritti-e-siamo-stati-arrestati

    Circa cinque mesi fa, la polizia nigerina ha fatto irruzione nel “Centro Umanitario” di Agadez in Niger , gestito dall’UNHCR e finanziato dall’UE e dal governo italiano, per arrestare sei rifugiati che avevano guidato la protesta. Poco dopo, hanno iniziato a circolare voci secondo cui i sei attivisti sarebbero stati deportati illegalmente in Ciad. Di recente sono stata contattata da uno di loro. È sudanese e attualmente si trova bloccato in Libia. Dopo tutto ciò che ha vissuto, chiede che la sua esperienza venga riconosciuta: una storia di ingiustizie e gravi violazioni dei diritti umani, anche da parte di (...)

    #Notizie #Laura_Morreale

  • Chasse aux « #wokes » : comment les polémiques de ces dernières années ont épuisé les universitaires

    Coupes de subventions, cabales médiatiques… En France aussi, les universitaires sont attaqués par des forces conservatrices. Au point de créer un climat d’usure et d’autocensure dans les campus et les laboratoires.

    « Un moment de folie. » C’est ainsi que Gilles Bastin, directeur adjoint de l’Institut d’études politiques (IEP) de Grenoble, qualifie l’affaire qui a secoué l’école il y a quatre ans. Nous sommes alors le 4 mars 2021 : à l’IEP, des affiches accusent deux enseignants d’être islamophobes. L’action est aussitôt condamnée par l’établissement. Mais l’un des professeurs, Klaus Kinzler, se rend dans plusieurs médias, dont CNews. Il critique l’IEP, un « institut de rééducation politique » où des enseignants « endoctrineraient » les étudiants avec des théories « woke ». L’événement, qui aurait dû relever d’une enquête voire de sanctions gérées par l’école et la justice, prend alors des proportions inédites.
    La fachosphère s’en empare. Sur les réseaux sociaux, la situation devient hors de contrôle. « A l’université, on a l’habitude des débats contradictoires, mais là, c’était très différent. On s’est retrouvés au centre d’une arène, visés par des centaines de messages menaçants », témoigne M. Bastin. En décembre 2021, le pouvoir politique embraye : fustigeant ce qu’il présente comme une « longue dérive idéologique et communautariste » de l’établissement, Laurent Wauquiez, alors président Les Républicains (LR) de la région Auvergne-Rhône-Alpes, annonce couper tous les financements à l’IEP – 400 000 euros, destinés à la mobilité internationale des étudiants.
    Si, du côté de la justice, la polémique désenfle – les étudiants mis en cause seront relaxés –, l’IEP doit consentir à signer en 2023 un « contrat d’engagement républicain » pour recouvrer sa dotation régionale. « Comme si nous n’étions pas, nous aussi, la République ! », commente M. Bastin, amer. En interne, la fatigue engendrée par cet emballement a laissé des traces. « Nous nous efforçons aujourd’hui de rétablir un climat de confiance. »
    Depuis, plusieurs établissements du supérieur et enseignants-chercheurs se sont retrouvés embarqués dans une lessiveuse médiatique, marquée par des vagues de harcèlement, de menaces et de pressions politiques. En toile de fond, cet épouvantail agité par une galaxie de forces conservatrices : les universités françaises seraient gangrenées par une pensée « wokiste » et « islamo-gauchiste » – termes suffisamment flous pour jeter l’opprobre sur ces institutions sans avoir à étayer précisément le stigmate.

    Ces attaques, fondées sur des caricatures, sont de plus en plus fréquentes. Elles ont pour objectif de fragiliser l’institution universitaire », s’inquiète Lamri Adoui, à la tête de l’association qui regroupe les présidents d’université, France Universités. Depuis le printemps, le contexte international accroît la vigilance du monde académique, tout en galvanisant ses détracteurs : Donald Trump a donné le « la » en s’en prenant frontalement aux grandes universités des Etats-Unis et au savoir scientifique.
    « Reconnaissance médiatique »
    L’Hexagone est loin de connaître des assauts d’une même ampleur. « Toutefois, si, en quelques semaines, Trump a pu s’attaquer à des décennies d’une culture américaine très empreinte de liberté académique, c’est parce que le terrain était préparé, alerte M. Adoui. Quand vous déniez le rôle de la science, que vous propagez de la désinformation à l’encontre des universités, vous en minez la légitimité. Et au moindre basculement politique, le champ est libre pour décréter de mettre au pas la communauté scientifique. »
    En France, la charge est alimentée par un nouveau marché de l’édition. Dernier éclat en date : la publication par les Presses universitaires de France (PUF), en avril, de Face à l’obscurantisme woke, dirigé par les universitaires Emmanuelle Hénin, Xavier-Laurent Salvador et Pierre Vermeren. Ses auteurs y critiquent une « pseudo-science militante » qui, « née dans les départements de sciences humaines », ferait régner une « terreur idéologique ». En ligne de mire, ce qu’ils décrivent comme une submersion des études liées au genre ou aux questions raciales, et de la « censure » qui en découlerait.
    « On voit bien dans nos mails la multiplication des sujets de thèse et des annonces de colloques consacrés à ces sujets », déclare au Monde Pierre Vermeren, qui évalue leur nombre à « des centaines et des centaines » : « Que de nouveaux sujets émergent, c’est normal. Mais leur nature pose problème. Les biais d’analyse ne sont pas sérieux, voire fantasmagoriques. »
    Dans le cadre d’une étude qu’il conduit sur les attaques aux libertés académiques, Pierre-Nicolas Baudot, maître de conférences en science politique à Rouen, a dénombré plus de 70 livres consacrés à la « menace wokiste », publiés entre 2020 et 2023. « Si tous ne se vendent pas très bien, ils disposent d’une couverture médiatique très importante », soulève-t-il. Et c’est ce que recherchent leurs auteurs, conclut M. Baudot, après avoir analysé leurs profils : « Il s’agit souvent d’universitaires en perte de vitesse, en quête d’une reconnaissance médiatique qu’ils n’ont pas dans le champ académique. » Ce que M. Vermeren balaie d’un revers de main : « Chaque jour, je refuse des propositions pour écrire des livres, participer à des émissions. »
    « Ces ouvrages se réfèrent tous aux mêmes anecdotes, rementionnées à l’envi pour donner l’impression d’un phénomène de masse », observe Thibaud Boncourt, professeur de science politique à Lyon-III, responsable d’un groupe de recherche sur la liberté académique. Ces anecdotes, poursuit-il, sont aussi « ressassées » sur le site de l’Observatoire d’éthique universitaire, dont sont membres les directeurs de l’ouvrage des PUF. Cet observatoire a été soutenu par l’entrepreneur Pierre-Edouard Stérin, qui œuvre à travers son projet Périclès à la victoire électorale de l’extrême droite. « Nous avons bénéficié d’un financement du Fonds du bien commun [créé par M. Stérin en 2021] pendant trois ans, mais les donateurs n’ont eu aucune influence sur notre projet », se défend M. Vermeren, qui affirme aujourd’hui fonctionner sans ces fonds.

    Si la dénonciation d’une supposée « submersion woke » a pris de l’ampleur, c’est aussi parce qu’elle a été confortée par des déclarations politiques au plus haut niveau de l’Etat. En octobre 2020, Jean-Michel Blanquer, alors ministre de l’éducation nationale, accusait « l’islamo-gauchisme » de faire « des ravages » à l’université. M. Vermeren rappelle d’ailleurs le soutien de la première heure du ministre : « Pour notre premier colloque à la Sorbonne, il nous a ouvert les portes de l’université. »
    En février 2021, Frédérique Vidal, alors ministre de l’enseignement supérieur et de la recherche, avait annoncé diligenter une enquête sur « l’ensemble des courants de recherche » en lien avec « l’islamo-gauchisme ». Deux ans plus tard, le ministère révélait qu’aucune demande en ce sens n’avait, en réalité, été formulée.
    Et pour cause : il n’existe pas d’obsession « wokiste » dans les sciences sociales en France. C’est ce que démontre, en 2025, une équipe dirigée par le sociologue Etienne Ollion, professeur à Polytechnique. D’après son enquête, la place tenue par la question du genre dans les publications scientifiques est passée de 9 %, en 2001, à 11,4 % du total en 2022. Quant au chiffre avancé par l’Observatoire d’éthique universitaire dans son rapport 2023 – 234 colloques, articles ou thèses pouvant être rangés, selon ses auteurs, dans le camp des sujets « woke » –, il est dérisoire quand on sait que l’université compte chaque année, en sciences humaines et sociales, plus de 30 000 doctorants.
    Instrumentalisation
    Mais peu importe les faits : montrer du doigt les universitaires a, historiquement, toujours constitué une tactique politique efficace, rappelle le chercheur franco-canadien Francis Dupuis-Déri, auteur de Panique à l’université (Lux, 2022). « Depuis des siècles, les campus sont accusés d’être des repaires d’insurgés. S’en prendre à ces espaces d’élite est un moyen facile de gagner des points auprès des opinions publiques, pointe-t-il. Les effets recherchés sont plutôt situés à l’extérieur des universités : c’est de l’agitation politique, adressée à un électorat. »
    Plus seulement de la part de l’extrême droite, « mais aussi désormais de la droite voire du centre », dont l’instrumentalisation des subventions est « devenue une pratique normalisée », observe Alex Mahoudeau, autrice de La Panique woke (Textuel, 2022). L’exemple de l’Ecole Kourtrajmé, à Marseille, qui forme des jeunes défavorisés aux métiers du cinéma, a marqué les esprits : en avril, la région Provence-Alpes-Côte d’Azur, présidée par Renaud Muselier (Renaissance), annonçait lui retirer une subvention de 75 000 euros pour usage de l’écriture inclusive, reprenant une revendication récurrente des élus Rassemblement national de cette région.
    Aujourd’hui, c’est l’université Lyon-II qui fait sa rentrée avec une épée de Damoclès au-dessus de la tête. Au printemps, un groupe d’individus perturbe le cours de Fabrice Balanche, l’accusant de racisme et de sionisme. L’enseignant entame une tournée médiatique où il dépeint une université gangrenée par « l’entrisme islamiste ». La présidente de l’établissement, Isabelle von Bueltzingsloewen, qui avait saisi le parquet après l’interruption « intolérable » de ce cours, fustige les « paroles complotistes » de l’enseignant. Elle est alors l’objet de menaces de mort, qui poussent le parquet à ouvrir une deuxième enquête, et à la placer sous protection. Protection renforcée quand la machine s’emballe à nouveau, après qu’a été déterré un post Facebook d’un des vice-présidents de l’université, Willy Beauvallet-Haddad, accusé d’y rendre hommage à l’ex-chef du Hezbollah Hassan Nasrallah – il présente sa démission en mai.
    Au même moment, Laurent Wauquiez, alors candidat à la présidence des Républicains, déclare suspendre les subventions régionales à l’établissement – près de 19 millions d’euros –, pour cause de « dérive islamo-gauchiste ». Coup d’éclat dans une campagne où il dispute à Bruno Retailleau le terrain conservateur, la menace n’a pas encore été appliquée, mais elle renforce le sentiment d’usure qui touche la communauté académique.
    « On part d’un exemple et on le monte en épingle pour dire que l’islam radical imprègne toute l’université. Les enseignants se retrouvent alors à devoir s’en défendre constamment : même au Canada, en colloque, on m’a interrogé sur cela », se désespère M. Baudot, qui donnait des cours à Lyon-II en 2024. « On ne parle plus de Lyon-II que par le prisme de ces micro-aspects qui ne correspondent en rien au travail effectué par l’ensemble des collègues au quotidien », abonde Hervé Goldfarb, chef du département de science des données et membre du syndicat Snesup-FSU. La présidente de l’université a décliné nos demandes d’entretien, par « prudence », en attente des réponses de financement.
    Comme d’autres de ses collègues, Françoise Orazi, professeure de civilisation britannique, doyenne de la faculté des langues, est « démoralisée ». « On est attaqués de l’intérieur, on subit les pénuries de financement, et, en plus de ça, on vient nous dire qu’on est islamo-wokistes !, s’exclame-t-elle. La nuit, je repense à ce que je croyais être mon métier et ce qu’il est devenu. A refaire, je choisirais une autre profession. » Pour Thibaud Boncourt, l’objectif de ces « cabales » est de « dilapider les énergies » : « C’est un travail de sape. »
    S’exiler pour mener ses recherches
    Des noms d’universitaires dits « woke » sont régulièrement jetés en pâture dans les médias, parfois épinglés avec leur photographie. « Créer des listes et mettre des cibles dans le dos, ce sont initialement des méthodes de l’ultradroite », s’alarme la professeure Vanessa Codaccioni, coprésidente de l’Observatoire des atteintes à la liberté académique. Entre 2023 et 2024, les demandes de protection fonctionnelle ont d’ailleurs bondi de 52 % chez les enseignants, chercheurs et agents non titulaires, selon le ministère de l’enseignement supérieur et de la recherche.
    « Dans nos laboratoires, on nous propose des formations de défense au niveau juridique, ou pour éviter de se retrouver exposés sur les réseaux sociaux », raconte Françoise Orazi. Elle regrette de devoir parfois verser dans une forme d’autocensure : « Je n’ai pas envie de me retrouver à la place de ma présidente et de recevoir des menaces de mort. S’il ne faut plus parler de certains sujets, liés au genre par exemple, je le fais. »
    Le chercheur Mehdi Derfoufi, un des responsables pédagogiques du master d’études de genre de Paris-VIII, remarque que les revues de recherche se montrent plus frileuses à monter des dossiers autour des questions raciales ou de genre. « Plus encore quand ces travaux proviennent de chercheurs et chercheuses minorisés », dénonce-t-il. Des colloques sont parfois aussi annulés au dernier moment, ajoute-t-il, « en raison de menaces directes de groupuscules d’extrême droite ».
    Face à ce climat, certains décident de s’exiler pour mener leurs recherches. « On voit arriver des doctorants et doctorantes français au Québec, ou encore en Belgique ou en Suisse, parce que l’ambiance ne leur semblait pas propice », observe Francis Dupuis-Déri. Mais c’est aussi le cas d’enseignants-chercheurs installés, qui avaient accédé au « graal » du poste fixe, soulève M. Baudot. Une fuite des cerveaux qui entraîne, déplore-t-il, « un gâchis de talents irréparable ».

    https://www.lemonde.fr/campus/article/2025/09/16/chasse-aux-wokes-comment-les-polemiques-de-ces-dernieres-annees-ont-epuise-l
    #ESR #université #wokisme #chasse_aux_sorcières #France #attaques #autocensure #censure #fachosphère #recherche #ensignement_supérieur #Laurent_Wauquiez #harcèlement #menaces #pression #islamo-gauchisme

  • #Suisse #Lausanne : émeutes suite à la mort d’un jeune fuyant les flics
    https://www.24heures.ch/lausanne-tensions-dans-le-quartier-de-prelaz-apres-la-mort-dun-jeune-en-sco

    La police lausannoise a confirmé dans un communiqué publié dans la soirée qu’« une centaine de jeunes, cagoulés, se sont rassemblés dans le quartier de Prélaz dès 21h30, probablement après avoir pris connaissance du décès du jeune mineur au guidon d’un scooter, survenu dimanche matin vers 04h00 ».

    Elle indique que plusieurs containers ont été incendiés, qu’un bus des TL a été endommagé et que des engins pyrotechniques de type mortier ont été tirés en direction des policiers.

    Le lien entre ces incidents et l’accident de scooter qui a coûté la vie à un adolescent de 17 ans dans la nuit de samedi à dimanche semble désormais établi. Dans les commentaires du live TikTok, de nombreux internautes faisaient eux aussi référence à ce drame.

  • Atouts & Handicap

    Bienvenue sur Atouts & Handicap, le podcast qui donne de la hauteur à votre politique handicap !

    #Laurène_Majada, consultante formatrice chez Atouts & Handicap, a toujours rêvé d’enregistrer un podcast.

    Dès son arrivée au sein d’Atouts & Handicap, elle commence à enregistrer la première saison du podcast Atouts & Handicap.

    Dans ses podcasts, Atouts & Handicap souhaite donner la parole à des personnes qui se disent « bien dans leurs baskets professionnelles » :

    - Quels sont leurs parcours ?
    - Comment le regard sur leur handicap a-t-il évolué ces dernières années ?
    - Quels outils ont-ils mis en place pour s’épanouir professionnellement ?

    Dans la Saison 1 du podcast d’Atouts & Handicap, Laurène explore le sujet des troubles Dys au travail à travers des interviews ou en solo pour approfondir certaines thématiques.

    Dans la saison 2 elle explore l’autisme au travail : comprendre les réalités de ce trouble, identifier les freins, mais surtout mettre en lumière les compétences et la richesse de ces profils atypiques.

    https://webapp.audiomeans.fr/e/podcast-mania/atouts-and-handicap-82f6aabd
    #podcast #audio
    #autisme #travail

  • I rifugiati di Agadez lanciano una petizione urgente dopo oltre 300 giorni di protesta
    https://www.meltingpot.org/2025/07/i-rifugiati-di-agadez-lanciano-una-petizione-urgente-dopo-oltre-300-gior

    Mentre il governo del Niger intensifica la repressione e viola i diritti dei rifugiati, stare al loro fianco è più importante che mai. Firma e condividi ora . Da oltre 300 giorni, i rifugiati del Centro “Umanitario” di Agadez, in Niger, continuano la loro protesta pacifica, denunciando condizioni sempre più dure, negligenza amministrativa e intimidazioni da parte delle autorità nazionali. Dall’inizio di luglio, la maggior parte delle persone ospitate nel centro ha smesso di ricevere l’assistenza alimentare. Secondo l’UNHCR, l’aiuto continuerebbe a essere garantito alle cosiddette “categorie vulnerabili”, come vedove, minori non accompagnati e persone con disabilità o patologie (...)

    #Interviste #Confini_e_frontiere #Laura_Morreale #Notizie

  • #Canonical is Removing Bazaar Support from #launchpad
    https://www.omgubuntu.co.uk/2025/06/launchpad-bazaar-support-being-removed

    To old-timers like me Launchpad, the Canonical-run development hub, is synonymous with Bazaar (bzr), the open-source distribution version control system (VCS) Canonical helped develop. Like GitHub, Launchpad lets anyone sign up and create a repo, then connect from the command-line to push code to it, handle merges, branch, fork, etc. Using ‘recipes’, code in #bzr repos can be turned into DEBs, PPAs and Snaps. But the future of Bazaar on Launchpad (Breezy is a Bazaar fork, for those interested) is at dead-end. Why is Launchpad Dropping Bzr? Canonical sunsetting Bazaar may seem abrupt given it’s the code versioning system it […] You’re reading Canonical is Removing Bazaar Support from Launchpad, a blog post from OMG! Ubuntu. Do not reproduce elsewhere without (...)

    #News

  • À l’Assemblée, une atmosphère de « #chasse_aux_sorcières » contre les collaborateurs insoumis

    La #commission_d’enquête de #Laurent_Wauquiez sur les « liens » entre La France insoumise et les « réseaux propageant l’idéologie islamiste » a été jugée irrecevable après un vote très serré. Mais les collaborateurs parlementaires ciblés, tous racisés, dénoncent le fantasme d’un « #complot_musulman » dont ils font les frais.

    La commission d’enquête parlementaire contre #La_France_insoumise (#LFI) voulue par Laurent Wauquiez n’aura pas lieu. Le président du groupe Droite républicaine (DR) à l’Assemblée nationale l’avait annoncée en grande pompe à la mi-mai sur Europe 1, radio du groupe Bolloré, suscitant la joie de la fachosphère. Elle ciblait explicitement le mouvement de Jean-Luc Mélenchon et était censée mettre au jour ses « liens » avec « des organisations et réseaux soutenant l’action terroriste ou propageant l’#idéologie_islamiste », selon son intitulé.

    Mais elle a été jugée irrecevable lors d’un vote très serré en commission des lois mardi 3 juin (lire encadré). « C’était le va-tout de Laurent Wauquiez avant le congrès du parti Les Républicains », rappelle la députée communiste Elsa Faucillon, membre de la commission des lois. « Au-delà même du contenu crasse de son exposé des motifs, la forme n’était pas recevable : non seulement les éléments sont très opaques, mais cela revenait à utiliser les moyens de l’Assemblée pour un agenda politique personnel », explique-t-elle.

    La nouvelle a provoqué un « ouf » de soulagement dans les rangs de LFI, où le vote était guetté avec inquiétude. Depuis plusieurs mois, des tentatives de proscription de plus en plus officielles se multiplient et marquent de simples militant·es au fer rouge. « Je suis abasourdie, je me demande si un jour un ministre de l’intérieur ne va pas appeler à notre dissolution, alors que jusqu’à présent cela relevait de la fiction », témoigne Manon Monmirel, collaboratrice parlementaire du député insoumis Éric Coquerel.

    Le texte de Laurent Wauquiez ciblait sans les nommer – mais explicitement – certains collaborateurs et collaboratrices parlementaires du groupe présidé par Mathilde Panot. Sans aller aussi loin que le dossier du magazine d’extrême droite Frontières, qui avait jeté en pâture une dizaine de noms au mois d’avril en leur imputant le plus souvent des informations partielles – voire fausses – ou de simples messages politiques, il reprenait à son compte le même soupçon « d’#entrisme par des organisations ou militants islamistes dans la perspective des futures échéances électorales », notamment les municipales de 2026.

    La difficulté à se défendre

    Celles et ceux dont les noms avaient été diffusés dans le magazine s’attendaient donc à être auditionné·es, avec tout ce que cela comporte de risques en matière d’exposition à la vindicte sur les réseaux sociaux. « C’était à nouveau le risque de subir du cyberharcèlement, d’avoir des problèmes d’employabilité, sans moyen de se défendre juridiquement », commente Louise Brody, membre du bureau de la CGT collaborateurs et collaboratrices parlementaires, invoquant le coût financier des poursuites pour diffamation.

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    La #commission_Wauquiez échoue de peu

    Le coup est passé tout près. À l’issue d’une heure de réunion, la commission des lois a finalement jugé irrecevable la proposition de résolution de Laurent Wauquiez visant à créer une commission d’enquête sur « les représentants de mouvements politiques […] soutenant l’action terroriste ou propageant l’idéologie islamiste ».

    Vingt-trois députés se sont prononcés contre, autant pour, l’égalité étant insuffisante à valider le processus. L’ensemble de la gauche, qui a tout fait pour enterrer cette commission « indigne », a aussi pu compter in extremis sur l’abstention de quelques députés macronistes, à commencer par le président de la commission des lois Florent Boudié.

    Ils ont pourtant été nombreux à défendre l’initiative. Le député Droite républicaine Vincent Jeanbrun, qui prenait la parole pour son chef de groupe – lequel a brillé par son absence –, a ainsi dénoncé, à l’instar de l’extrême droite, les acteurs politiques qui seraient les « relais » de « l’idéologie islamiste qui s’infiltre dans nos institutions ».

    Loin de s’opposer à la criminalisation manifeste d’un adversaire politique, le camp présidentiel – qui a laissé liberté de vote à ses commissaires – est même allé encore un cran au-dessus, Sébastien Huygue s’indignant d’une prétendue « complaisance entre élus et réseaux islamistes, voire terroristes ». Feignant d’imaginer que cette commission d’enquête pourrait être autre chose qu’un « règlement de comptes politiques », le MoDem ne s’est pas opposé non plus. De même que les députés Horizons, le parti d’Édouard Philippe, qui ont voté en faveur de la #recevabilité.

    La gauche s’est finalement retrouvée bien seule à dénoncer un « procès politique », une entaille grave dans la séparation des pouvoirs, et l’« agenda islamophobe » de Laurent Wauquiez. Ancien macroniste, le député Paul Molac, aujourd’hui membre du petit groupe centriste Liberté, indépendants, outre-mer et territoires (Liot), a résumé cette « cabale politicienne » d’une saillie : « Ça me rappelle le maccarthysme ou la révolution culturelle. Je proposerais bien [à Laurent Wauquiez] de se mettre au vert à Saint-Pierre-et-Miquelon. »

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    Après la parution du numéro Frontières sur le « parti de l’étranger » – expression maurrassienne utilisée pour qualifier LFI –, certain·es ont fermé leurs comptes sur les réseaux sociaux et ont pris pour habitude de créer des boucles Telegram pour signaler la présence de ces journalistes qui militent activement pour l’« union des droites ».

    « Certains d’entre nous étaient tétanisés, et on avait tous remarqué que 90 % des collabs cités étaient racisés », se souvient Manon Monmirel. « Dans leur matrice, parce qu’on est arabe ou noir, on a une proximité avec le terrorisme islamiste », résume Aziza Nouioua, collaboratrice parlementaire de Thomas Portes, ciblée par Frontières pour avoir relayé des posts d’Urgence Palestine – que le ministère de l’intérieur veut dissoudre –, de l’Association France Palestine solidarité (AFPS) ou encore de la campagne BDS.

    Ismaël El Hajri, collaborateur parlementaire de Louis Boyard, a fait l’expérience de cet amalgame raciste avant même la parution de Frontières. Après un portrait dans Le Journal du dimanche (Le JDD) en septembre 2024 signé Alexis Bergeron – un pseudonyme selon toute vraisemblance –, s’appuyant sur un thread du compte X « Les Corsaires » – un collectif « pro-liberté d’expression » marqué à l’extrême droite –, son nom a été mentionné par Le Figaro Magazine dans un article qui posait cette question : « Si LFI profite de la communauté musulmane pour obtenir des votes, ce parti est-il devenu un cheval de Troie pour les islamistes afin d’exercer une influence politique et sociale ? »

    Sans avoir été contacté, il y était décrit comme « proche » de l’imam Iquioussen et « ancien militant engagé pour la défense de Baraka City et du CCIF [Collectif contre l’islamophobie en France – ndlr] ». « Sous mes yeux, un mensonge devient vérité journalistique », écrivait-il alors sur X, ajoutant : « Si l’on m’attaque aujourd’hui, c’est pour ce que je suis : un enfant de l’immigration maghrébine, militant antiraciste qui travaille à l’Assemblée nationale. »

    Le Figaro Magazine n’avait pas publié son droit de réponse mais avait supprimé le passage contesté en ligne, « dans un souci d’apaisement », selon un courrier du directeur général du groupe Marc Feuillée, consulté par Mediapart. « C’est la preuve absolue que c’était répréhensible du point de vue du droit de la presse », affirme Simon Peteytas, avocat d’Ismaël El Hajri. Celui-ci en était resté là, faute de moyens. « La diffamation est une procédure coûteuse, et ce sont des infractions difficiles à caractériser », convient l’avocat.
    Un cas emblématique

    Le mal est en tout cas fait pour le militant de Villeneuve-Saint-George (Val-de-Marne). « Si on tape mon nom sur Google, on tombe sur des dizaines d’articles qui me disent “islamiste” sans aucune preuve factuelle, dit-il. On a essayé d’alerter sur cette dérive : comment un mensonge a pu devenir une vérité dans un magazine mainstream ? Nous sommes victimes des jeux d’influence et de surenchère entre les macronistes, LR et le Rassemblement national. Et cela n’avait jamais pris une forme aussi sérieuse que la possibilité d’une commission d’enquête. »

    Pour le député insoumis Antoine Léaument, membre de la commission des lois, il y a en effet « un franchissement de seuil ». Le cas le plus emblématique de cette dérive est celui de Mohamed Awad, collaborateur parlementaire de Paul Vannier. Quand il a lu l’exposé des motifs de la commission d’enquête, celui-ci s’est immédiatement reconnu – il était lui aussi parmi les personnalités ciblées par Frontières pour avoir été responsable de la section locale des Jeunes musulmans de France à La Courneuve (Seine-Saint-Denis).

    Le trentenaire, petites lunettes sur le nez et crâne déjà dégarni, a été investi par LFI en 2024 dans la quatrième circonscription du département francilien, fief de Marie-George Buffet, pour croiser le fer avec la sortante communiste, Soumya Bourouaha, qui a été élue. Depuis son joli score de 40 % à La Courneuve, son nom circule pour les municipales de 2026. Et cette percée coïncide aussi avec le début d’un harcèlement médiatique intense.

    Deux jours avant le second tour, Le JDD avait lancé les hostilités : « LFI a-t-elle investi un ancien responsable d’une organisation islamique cofondée par Hassan Iquioussen ? » Le magazine de Vincent Bolloré se basait sur les propos du militant d’extrême droite Damien Rieu, qui en voulait pour preuve un journal municipal daté de 2016. Page 11, on aperçoit Mohamed Awad, présenté comme un « président de l’association JMF de La Courneuve ».

    « Jeune Musulman de France » : cette association de quartier, de loi 1901, avait alors pignon sur rue, bénéficiant de plus de 50 000 euros de subventions publiques émanant de l’État, de la région, du département et de la ville. Mohamed Awad, originaire de la commune, l’a rejointe après avoir suivi sa scolarité à Paris, à l’école des enfants du spectacle, où il a été envoyé pour ses talents de pianiste.

    Au programme : soutien scolaire, actions culturelles ou organisation de forums de l’orientation… « C’était un peu l’esprit de la JOC [Jeunesse ouvrière chrétienne – ndlr] par où sont passées Sophie Binet ou Marie-George Buffet. Je m’y suis investi pleinement », raconte celui qui est devenu trésorier de l’association.
    Monde parallèle

    Mais avec les attentats de janvier 2015, les choses changent. Toutes les subventions de l’État sont coupées brutalement, au motif que l’association serait un « terreau de radicalisation ». Le jeune homme de 22 ans obtient alors un rendez-vous avec le préfet de l’égalité des chances de l’époque, Didier Leschi. « Autour de la table, il y avait une personne chargée de la radicalisation : j’ai compris que c’était fini », se rappelle Mohamed Awad, qui dit avoir découvert ce jour-là ce qu’est « l’islamophobie d’État ».

    Diplômé de droit, il s’engage ensuite au sein de LFI dans le XVIIIe arrondissement de Paris, où il milite avec Paul Vannier, qui lui fait rapidement gravir les échelons. En 2020, il est propulsé sur la liste des municipales, puis devient secrétaire général du groupe insoumis à la région Île-de-France. Il est ensuite recruté en janvier 2023 comme assistant parlementaire du député du Val-d’Oise.

    Il déplore aujourd’hui qu’on le ramène « à une appartenance religieuse supposée ». « Je suis tout le contraire : ma vie militante repose sur l’idée de dire que les musulmans sont des citoyens français à part entière. Je sais que je cristallise un truc d’intégration que l’extrême droite déteste. On me refuse le droit d’avoir des aspirations politiques et de les mettre en œuvre », dit-il à Mediapart.

    « Ils veulent qu’on ait peur, qu’on ne puisse plus s’engager. Ils ne supportent pas qu’au cœur d’une institution qui représente le pouvoir, des gens défendent des positions antiracistes et anticolonialistes », abonde Aziza Nouioua.

    Cette ambiance de « chasse aux sorcières » n’étonne guère les Insoumis·es : l’enchaînement du rapport sur l’influence des Frères musulmans en France et de la commission d’enquête demandée par Laurent Wauquiez, ou encore la sortie de Bruno Retailleau sur les « barbares », voilà qui indique, à leurs yeux, le cap bien sombre du moment.

    « Tout cela participe à accréditer l’idée qu’il existe un complot musulman. Une réalité alternative est en train de passer pour une réalité tout court. Et dans ce cadre, LFI, conseillée dans l’ombre par des Noirs et des Arabes, ne peut être que le parti de l’étranger », décrypte Ismaël El Hajri, qui espère, comme ses collègues, sortir bientôt de ce monde parallèle.

    https://www.mediapart.fr/journal/politique/030625/l-assemblee-une-atmosphere-de-chasse-aux-sorcieres-contre-les-collaborateu
    #FI #France_insoumise #islamophobie #racisme #irrecevabilité