• « Clowns », « Khmers verts »... Manuel de décryptage du discours #anti-écolo
    http://www.socialter.fr/fr/module/99999672/924/_clowns___khmers_verts__manuel_de_dcryptage_du_discours_anti_colo

    Grattez le vert et vous aurez donc du brun… ou du rouge. Car l’argument fonctionne aussi avec le #communisme. Ici, ce n’est pas tant la politique de l’URSS en la matière qui est convoquée qu’une resucée du combat très années 1970 des « nouveaux philosophes », emmenés par Bernard-Henri Lévy et André Glucksmann, contre le #totalitarisme rouge – soviétique ou chinois. Dans Le Nouvel Ordre écologique, Luc Ferry affirme que l’« #écologie profonde » d’Arne Næss « plonge certaines de ses racines dans le #nazisme et pousse ses branches jusque dans les sphères les plus extrêmes du gauchisme culturel ». Vingt-sept ans plus tard, l’ancien ministre n’en démord pas. Dans Le Figaro, où il tient un billet hebdomadaire, Luc Ferry s’est déchaîné tout l’été contre les écologistes. En juillet : « Après la chute du communisme, la haine du #libéralisme devait absolument trouver un nouveau cheval. […] Il fallait d’urgence trouver autre chose pour continuer le combat. Miracle ! L’écologisme fit rapidement figure de candidat idéal. » Puis, en août, à propos des théoriciens de l’effondrement : « C’est désormais l’écologisme radical qui, sous les couleurs de “l’effondrisme” (quel mot ridicule !), prend le relais de leur anticapitalisme, c’est lui qui poursuit l’idéal antilibéral du gauchisme et du tiers-mondisme défunts. » C’est ce qu’on appelle être fidèle à ses idées.

    • Mais vous l’aurez compris, avant même de parler de nazisme ou de haine des hommes, le discours anti-écologie se nourrit d’abord d’un inépuisable carburant : la mauvaise foi.

      Et la diffamation aussi, peut-être ...

      On peut ne pas toujours être d’accord avec le discours de Greta Thunberg, les attaques ad personam de Michel Onfray à son encontre sont abjectes. De plus, cette petite crapule autoproclamée philosophe évite bien sûr d’aborder la problématique de fond.

  • Progressive Wirtschaftspolitik für Europa
    https://www.fes.de/progressive-wirtschaftspolitik-fuer-europa

    Dans cette série d’articles le think tank social-démocrate Friedrich-Ebert-Stiftung #FES publiera les idées de son courant politique sur l’avenir économique de l’Europe. On y trouvera des textes d’Andreas Botsch, Ulrike Guérot, Gustav Horn et Norbert Walter-Borjans.

    C’est une bonne occasion de se faire une idée de ce que pensent ces ex-socialistes qui revendiquent toujours le nom du parti fondé par Karl Marx et d’autres révolutionnaires de l’époque.

    Ebenso wie die zurückliegende Finanz-, Wirtschafts- und Eurokrise zeigt die aktuelle Corona-Krise, dass Deutschland und Econtemporainsuropa von einer stabilen und ökonomisch, ökologisch, sozial und fiskalisch nachhaltigen Wirtschaftsentwicklung noch weit entfernt sind. Hinzu kommen die bisher ungelösten Herausforderungen schon länger ablaufender Megatrends wie der Klimawandel, die Digitalisierung, der demografische Wandel, die zunehmende ökonomische und soziale Ungleichheit und die Globalisierung.

    In dieser Blogreihe wollen wir die deutsche EU-Ratspräsidentschaft mit progressiven Ideen und Argumenten zur Wirtschaftspolitik begleiten und aufzeigen, wie eine ökonomisch, ökologisch, sozial und fiskalisch nachhaltigere Wirtschaftsentwicklung in Deutschland und Europa – aus progressiver Sicht – gelingen kann. Denn die Erwartungen an die deutsche EU-Ratspräsidentschaft waren schon zuvor hoch und sind mit der Corona-Krise noch einmal deutlich gestiegen.

    Wir fragen nach Visionen für die Zukunft der EU, dem erhofften Green New Deal sowie der notwendigen sozialen Dimension Europas und nehmen verschiedene Politikfelder in den Blick: von der Fiskal-, Geld- und Steuerpolitik über Sozial- und Klimapolitik sowie Wettbewerbs- und Handelspolitik bis hin zur Industrie-, Technologie- und Innovationspolitik. Welche Fehlentwicklungen gibt es? Wie können diese korrigiert werden? Welche wirtschaftspolitischen Maßnahmen sind geeignet? Was müssen wir aus den Erfahrungen in der Corona-Krise lernen?

    Bei den in diesem Blog veröffentlichten Beiträgen handelt es sich um gekürzte Vorabveröffentlichungen. In voller Länge werden die Beiträge im ersten Quartal 2021 als Buch im Campus Verlag erscheinen.

    Fragen? Dann wenden Sie sich gerne an wirtschaftspolitik(at)fes.de

    #Allemagne #Europe #politique #capitalisme #socialisme #libéralisme

    • On a, somme toute, très envie d’y croire. Et si, grâce au recyclage, notre mode de vie occidental devenait tout à coup soutenable, et surtout généralisable ? Ce scénario optimiste, très largement véhiculé de manière implicite ou explicite, est malheureusement irréaliste et potentiellement néfaste. Il agit comme un écran de fumée, à trois niveaux différents que nous nous proposons de décrire dans cet ouvrage. C’est tout d’abord la communication volontariste sur le geste de tri, qui masque les nombreuses autres limites et difficultés du système de recyclage actuel, liées aux choix d’entreprises productrices de biens et d’emballages qui n’assument pas complètement leur « responsabilité élargie ». C’est ensuite le mythe du recyclage à l’infini, utilisé comme un leurre pour éviter toute remise en question sérieuse d’activités économiques surconsommatrices et surproductrices de déchets. C’est, enfin, l’idée trompeuse que le recyclage nous permettrait de rompre avec l’économie linéaire.

      En réalité, le recyclage se nourrit du jetable et contribue à perpétuer son utilisation.

      Et on en vient à se demander si :
      - le recyclage n’est pas un sous-extractivisme inclus dans l’extractivisme, où la matière première est « déchet » d’un produit manufacturé ayant consommé de la matière extraite en premier lieu pour la fabrication de ce produit marchandise.
      - si le vrai « bilan carbone » (émission de gaz à effet de serre) ne viendra pas s’ajouter aux émissions en première intention pour la fabrication initiale de la marchandise produite et conditionnée industriellement.
      – la valorisation n’est pas, elle aussi soumise aux « lois du marché » quand le coût d’extraction de la matière première utilisée pour « produire » est plus bas que celui d’un éventuel recyclage.

      https://www.latribune.fr/entreprises-finance/industrie/energie-environnement/recycler-pollue-t-il-620477.html
      (vieil article de janvier 2016) :

      L’étude souligne néanmoins que la manière la plus immédiate de rendre visible cet impact serait de donner un vrai prix au carbone qui, prenant en compte les externalités, permettrait de « rééquilibrer les systèmes économiques et écologiques ». Cela permettrait également de redonner un coup de pouce à l’industrie du recyclage qui, malgré sa contribution directe à la création d’emplois non délocalisables (en grande majorité en CDI), traverse en ce moment en France une crise, essentiellement due à la baisse du coût des matières premières vierges et préjudiciable à la transition énergétique.

      D’aucuns diraient que la « nature » se chargera de corriger le problème. C’est rigolo, cette façon de voir la « nature ». Alors que ce sont les oligarchies de nos sociétés productivistes et consuméristes qui, par leurs choix, ont impacté et corrompu notre environnement dit « naturel » mais surtout social.

  • « On ne peut pas vouloir une démocratie directe pour rétablir une société de consommation »
    https://collectiflieuxcommuns.fr/?1022-On-ne-peut-pas-vouloir-une

    ❝Ce texte fait partie de la brochure n°26bis : « #Écologie, #pandémie & #Démocratie_directe » L’écologie #Politique dans la crise mondiale — seconde partie Sommaire : « En prenant des mesures contre le virus on peut être amenés à prendre des décisions qu’on n’osait pas trancher à cause de la bien-pensance » (Émission de radio) « On ne peut pas vouloir une démocratie directe pour rétablir une société de consommation » (Émission de radio) — Ci-dessous... Immigration, écologie et décroissance (Conférence) (...) #Brochures

    / #Lieux_Communs, Politique, #Économie, #Pandémie_2019-2020, #Gauchisme, #Libéralisme, #Entretien, #Démocratie_directe, #Mouvements_sociaux, #Type_anthropologique

  • Esclavagisme, racisme, massacres de masse : l’autre visage du libéralisme | Slate.fr

    http://www.slate.fr/story/97761/esclavagisme-racisme-massacres-autre-visage-liberalisme

    « La race européenne a reçu du ciel ou a acquis par ses efforts une si incontestable supériorité sur toutes les autres races qui composent la grande famille humaine, que l’homme placé chez nous, par ses vices et son ignorance, au dernier échelon de l’échelle sociale est encore le premier chez les sauvages ».

    L’auteur des lignes mises en exergue ci-dessus n’est pas un marginal et sanguinaire partisan de la colonisation occidentale ; c’est le doux et libéral A. de Tocqueville, auteur classique, inscrit aux programmes scolaires de certaines filières au lycée ou à l’université –pour des idées toutes autres que celles étudiées par Domenico Losurdo dans le présent ouvrage.

    #colonialisme #racisme #capitalisme #impérialisme

  • COVID-19 : Un virus dans les « stats » belges Claude Sémal
    https://blogs.mediapart.fr/claude-semal/blog/040520/covid-19-un-virus-dans-les-stats-belges

    Depuis le début de la pandémie du coronavirus, le nombre de morts et de malades est devenu un enjeu politique pour tous les gouvernements. En Belgique, c’est un Institut Scientifique Fédéral, Sciensano, qui collecte ces données et établit les statistiques. 3000 zombies s’y promènent, qui sortent de l’hôpital sans jamais y être entrés.

    Ce lundi 4 mai, après sept semaines d’enfermement et plus de sept mille sept cents morts, la Belgique vient d’entrouvrir la porte de son printanier confinement. Le gouvernement belge sait qu’il risque ainsi de relancer l’épidémie de coronavirus. Mais il estime qu’il n’a pas le choix. Car le patronat belge trépigne, et les commerçants s’impatientent. Le gouvernement pilotera donc le déconfinement annoncé, le regard fixé sur les courbes statistiques, un pied sur l’accélérateur, pour « relancer l’économie », un autre sur le frein, pour « maîtriser la pandémie ». Et en navigant en plein brouillard. Dans un tel contexte, un pilote d’avion a besoin d’un radar, d’un altimètre, et de données fiables pour ne pas se  crasher  au sol. Il a besoin de chiffres.

    Sciensano, « toute une vie en bonne santé »
    En Belgique, c’est l’Institut Scientifique Fédéral Sciensano qui les collecte. C’est lui qui établit les statistiques épidémiologiques. L’Institut dépend politiquement du Ministère Fédéral de la Santé (Maggy De Block) et, plus curieusement, du Ministère de l’Agriculture (car il a aussi un département vétérinaire). 700 personnes y travaillent. Sa devise, qui semble traduite par Google Translate d’un slogan soviétique des années ’50, est « Toute une vie en bonne santé ! ». Joli programme. Sauf peut-être pendant les épidémies.

    Depuis le 14 mars 2020, Sciensano publie un bulletin épidémiologique quotidien dont les chiffres ont été largement repris et commentés par tous les médias belges. Tous ces documents restent accessibles (covid-19.sciensano.be/fr).

    Le premier souci des autorités belges a d’abord été d’éviter la saturation des services hospitaliers et l’afflux de malades en insuffisance respiratoire. Souvenez-vous : à l’Hôpital Erasme, à Bruxelles, on avait même bricolé, en urgence, des respirateurs avec les masques et les tubas de Décathlon ! (RTBF, 20/3/2020) Sciensano s’est donc prioritairement concentré sur quatre données statistiques : « les admissions COVID-19 à l’hôpital », les « lits occupés », les « décès » et les « sorties d’hôpital ». Logiquement, ces « entrées » devraient toujours correspondre à la somme des trois autres catégories.

    Il s’agit là de « stats » élémentaires, celles que mon fils de 12 ans a apprises cette année à l’école. On définit une « population », à l’intérieur de laquelle on établit des « catégories », dont la somme doit toujours faire 100%. Par exemple, cinq entrées « COVID-19 » peuvent correspondre à « trois lits occupés », un décès et une guérison. Ou à « deux lits occupés », « un décès » et « deux guérisons ». Cinq égale cinq. Ni quatre, ni six. Et encore moins sept. Or dès le premier bulletin hebdomadaire, qui compile et complète les données statistiques de la semaine, les chiffres de Sciensano semblent avoir été curieusement incohérents.

    Ainsi, le 26 mars, Sciensano relève « 2844 admissions à l’hôpital », et, en regard, « 2652 lits occupés » (1), « 220 décès » (2) et « 675 sorties ». Soit 703 personnes de plus que les 2844 « entrées COVID » annoncées. De quel nuage ou de quel plafond sont-elles tombées ? Et comment pourraient-elles « sortir » d’un service où elles ne sont statistiquement jamais « entrées » ? 

    Ce n’est pas une question théorique, ni un petit jeu pour fans de Sudoku. Car si le gouvernement pilote notre déconfinement en se basant sur de faux chiffres, c’est notre santé à tous qui sera mise en danger. Une erreur à l’allumage ? On pourrait le penser. Après tout, ce protocole chiffré a été conçu dans l’urgence et la précipitation. Mais loin de se corriger, ces incohérences statistiques se sont amplifiées au fil des semaines.

    Ma première hypothèse : des « sorties d’hôpital »… les pieds devant
    Le 10 avril, Sciensano signale ainsi dans son bulletin un total de « 10356 admis à l’hôpital », pour « 5610 lits occupés », « 5568 sorties hôpital » et « 3019 décès ». A nouveau, un énorme décalage entre les « entrées COVID » et les trois autres postes mentionnés. On est pourtant « malade », « mort » ou « guéri ». On n’est pas « un peu malade », « à demi mort » ou « à moitié sorti ». Or le total entre les « lits occupés » et les « sorties d’hôpital » est déjà de 11278. Soit un chiffre supérieur aux 10356 entrées annoncées. Et il faut encore y ajouter les décès…

    Une seule explication me saute alors aux yeux : les « sorties hôpital » doivent inclure les morts. Oui, tous ceux qui « sortent de l’hôpital », à la verticale comme à l’horizontale ! Car pour un hôpital, une guérison ou un décès, c’est « un lit qui se libère ». Il y aurait là, au moins, une certaine logique comptable. En suivant cette hypothèse, les chiffres tombent (presque) « justes ». On y retrouve en outre la classification de grands sites épidémiologiques, comme Worldometers, qui distingue « active cases » (les « cas actifs ») et « closed cases » (les « cas clôturés », qui regroupent donc « guérisons » et « décès »).

    Sur les réseaux sociaux, je publie un premier « post » à ce sujet le 12 avril. Un second, plus étoffé, le 22 avril (« Statistiques de merde »). Mais je n’ai toujours pas de « preuve ». Je téléphone aux copains, je fais quelques recherches, et je finis par me procurer les formulaires électroniques « COVID-19 », que tous les hôpitaux belges doivent remplir depuis le 15 mars 2020 (voir les documents joints).

    Ils comprennent deux uniques volets, un volet « admission » et un volet « sortie », qui semblent effectivement correspondre aux « entrées » et « sorties » des statistiques officielles. A la fin du volet de « sortie », l’hôpital doit simplement cocher : « rétabli », « décédé », « inconnu » ou « transfert », pour préciser le sort du malade. Bingo ! Je crois enfin tenir la preuve qui vient confirmer mon hypothèse. Seule objection, mais elle est de taille. Sciensano nie farouchement que ce soit le cas.

    Dans son communiqué du 26 avril, par exemple, l’Institut présente encore très clairement ces 10785 « sorties d’hôpital » comme autant de « guérisons » (voir le second document joint). D’où sortent alors les 3160 fantômes du COVID-19 qui, à la date du 2 mai, errent toujours dans les couloirs des statistiques sans jamais y être officiellement entrés ? Interrogé en conférence de presse, non sur ce total, mais sur le boiteux bilan chiffré du jour, le porte-parole de Sciensano évoque des « transferts internes » entre services. Bon. Puisque ma première hypothèse semble provisoirement déboucher sur une impasse, suivons donc cette piste-là.

    Seconde hypothèse : les hôpitaux, foyers d’infection du COVID-19
    Et cette seconde hypothèse, si elle est se confirme, m’inquiète encore d’avantage que la précédente. Car si 3160 personnes ont bien pu attraper le COVID-19 à l’hôpital, c’est une catastrophe sanitaire, dont personne encore n’a vraiment parlé. Elle signalerait en outre que les précautions prises dans les hôpitaux pour protéger le personnel et les autres malades n’ont malheureusement pas suffi à contenir le virus (3).

    Depuis le début de l’épidémie, les hôpitaux belges sont en effet organisés en deux zones distinctes : le circuit « COVID-19 », destiné aux malades du coronavirus, et le circuit « normal », qui traite toutes les autres maladies. En principe, le personnel soignant ne passe pas d’une zone à l’autre. Les malades non plus… sauf évidemment s’ils développent la maladie dans la zone « normale ». Auquel cas, ils sont transférés dans la zone « COVID ».

    Un tel phénomène peut avoir deux origines. Soit, les malades étaient déjà porteurs du virus (malades asymptomatiques ou en période d’incubation) et ils ont déclaré la maladie alors qu’ils étaient hospitalisés pour un autre motif. Soit, ils ont été hospitalisés en étant « sains », et ils ont contracté le COVID-19 à l’intérieur même de l’hôpital. Dans ce second cas, c’est ce qu’on appelle une « transmission nosocomiale ».

    On en retrouve la trace dans les bulletins hebdomadaires de Sciensano. Parmi les causes possibles de la maladie, le bulletin du 9 avril signale en effet « 10% de suspicion d’infection nosocomiale », et celui du 30 avril, « 14% ». C’est beaucoup, 14%. Pour 15.000 « entrées », cela fait 2100 malades. Avec une courbe à la hausse.

    Or, si le volet « admission » de Sciensano mentionne bien, dans les causes possibles de l’hospitalisation, un « transfert d’hôpital », il n’évoque nulle part un « transfert entre services ». Si ces « transferts internes » ne sont pas repassés par le portail « admissions COVID-19 », nous tenons donc peut-être là nos fameux « fantômes » statistiques. Ce qui ressemble à un « bug » majeur dans la conception de ce programme informatique. Il est incompréhensible qu’il n’ait pas, en sept semaines, été relevé, dénoncé et corrigé, par tous ceux qui avaient l’autorité pour pouvoir le faire. Cette omission peut ainsi, à elle-seule, expliquer les bizarreries statistiques ci-dessus évoquées (4).

    Ma troisième hypothèse : un « bug » du système « à la belge »
    Certains diront peut-être, avec fatalisme, « c’est la Belgique »… Et certes, dans un pays où la gestion des « masques sanitaires » a pu être confiées en six semaines à trois ministres différents, avant d’être finalement administrée par l’armée, tout est toujours possible. Surtout le pire.

    Ma troisième hypothèse n’en est donc pas vraiment une. C’est la molle synthèse entre les deux précédentes. Plus un soupçon de connerie bureaucratique. Plus un doigt d’aveuglement politique. Plus une larme de fatigue quotidienne.

    C’est ce système absurde qui additionne les pires tares du libéralisme aux pires tares de la bureaucratie étatique. Ce sont ces entreprises belges qui vendent des millions de masques à l’étranger, quand des travailleuses pauvres ont été travailler ce lundi matin sans protection. Ce sont 172 milliards d’euros envolés de la Belgique vers les paradis fiscaux, quand on fait appel à  Viva For Life  et à la charité publique pour financer les hôpitaux. C’est  Publifin  à tous les étages, avec ceux qui s’empiffrent et ceux qui souffrent.

    Mais ce sont aussi des solidarités magnifiques, des héroïsmes quotidiens, des professions entières sur le pont. Des associations qui se décarcassent, des citoyens qui s’organisent, des consciences qui s’ouvrent. Il n’est jamais trop tard pour réagir. Mais il est temps. Il est grand temps. Prenez soin de vous (5).

    Claude Semal / le 5 mai 2020 (Bruxelles)

    (1) On pourrait en soustraire les 252 lits occupés par des malades COVID avant le 15/3 (début de l’étude statistique). Mais cela ne fait pas encore le compte.
    (2) A cette date, ce chiffre inclut aussi les décès en Maisons de Repos (70 ?). Même remarque qu’au point précédent. Depuis le 15/4, Sciensano distingue les décès « hôpital » et les décès « maisons de repos ».
    (3) Selon le Dr Marc Moens (« Le Spécialiste.be », 25 mars 2020), 12% du personnel serait infecté en France et 14% en Italie (avec une pointe de 20% en Lombardie).
    (4) Cette morbide comptabilité journalière et ces batailles de chiffres indisposent certain.e.s de mes ami.e.s. Je souffre parfois autant qu’eux de ce sinistre boulier compteur. Mais je constate aussi que le gouvernement et les experts nous balancent ces chiffres à la figure comme autant d’arguments d’autorité, pour nous imposer des mesures qui pèsent et pèseront lourdement sur nos vies et nos métiers. Derrière les chiffres et les discours, il y a toujours une politique (comme les fameux masques, qui étaient inutiles lorsqu’ils étaient manquants, et qui deviendront obligatoires quand ils pourront nous les vendre). Il importe donc d’apprendre à comprendre et maîtriser ces données, parce que ce sera pour nous le seul moyen de garder un peu de contrôle sur nos conditions d’existence.
    (5) Merci à David, Patrick, Jean-Claude, Luke, Pierre, Nicolas et Laurence, pour leurs contributions directes ou indirectes à cette enquête. Ils se reconnaitront. Les éventuelles imprécisions et emphases de ce texte ne sont toutefois imputables qu’à moi-même ;-). 
    (6) Lire aussi, tous les jours sur Facebook, les analyses des statistiques belges du COVID par Jean-Claude Englebert-Cahen.

    #Belgique #Sciensano #Statistiques #comptabilité #Hôpitaux #bureaucratie #libéralisme #pandémie #covid #coronavirus #COVID-19

    • Les #contrôleurs_de_gestion, les #CDG, ont pour habitude d’exiger des tableaux de bord qui font des balances carrées justes (somme des flux).
      Expérience personnelle, je les ai suffisamment subit, ces délinquants.
      Dans cette étrange histoire, ils n’arrivent pas à les avoir.
      Quoi d’étonnant ?

      Tant qu’on est dans les chiffres, comparons le nombre de décès pour 100 000 habitants, entre les pays, ainsi que les méthodes de non comptabilisation officialisées.

  • « Sur l’échelle du pire en Europe, nous, on en est à “garde à vue” pour banderole #macronavirus
    Mais on peut mettre tous nos espoirs dans la loi Avia pour arriver rapidement à rattraper nos amis Hongrois. »
    https://www.youtube.com/watch?v=jgBQ25RjEzg

    https://www.lemonde.fr/international/article/2020/05/15/deux-hongrois-arretes-pour-avoir-critique-viktor-orban-sur-facebook_6039707_

    Les deux hommes ont été interpellés dans le cadre de la loi d’état d’urgence qui attribue des pouvoirs illimités au gouvernement.

  • Un gouvernement compétent est-il possible ? Et même souhaitable ? A propos du désir d’Etat qui s’exprime de toute part

    « Incompétent, nul, #amateurisme, manquement », les mots ne manquent pas pour qualifier Macron et son gouvernement, tout comme les raisons de le faire. La rage gronde, et avec elle la volonté de leur demander des comptes et de les faire payer. La vengeance est peut-être la moins triste des passions tristes. Tout comme la colère, elle apparait comme le moteur de la révolte des vaincus d’hier. Mais ce gouvernement est-il réellement incompétent ? Plus largement un gouvernement compétent est-il possible ? Voir même souhaitable ? Et si au contraire, c’était de l’extrême compétence des gouvernements dont nous souffrons actuellement.

    « Être gouverné, c’est être gardé à vue, inspecté, espionné, dirigé, légiféré, réglementé, parqué, endoctriné, prêché, contrôlé, estimé, apprécié, censuré, commandé, par des êtres qui n’ont ni titre, ni la science, ni la vertu. Le gouvernement de l’homme par l’homme, sous quelque nom qu’il se déguise, est oppression ».
    Pierre-Joseph Proudhon

    On peut reprocher au gouvernement actuel de mal gérer la crise malgré l’air martial qu’il a voulu se donner. On peut aussi dire que d’autres gouvernements ont fait mieux que le « nôtre » (sic), même si en vrai il faudrait s’entendre sur ce que ça peut bien vouloir dire. Mais à trop le répéter on risque de rater l’essentiel et de tomber dans un piège.

    En l’espèce, lors de cette crise le gouvernement a renforcé sa dimension autoritaire et la tendance à la surveillance technologique au nom de l’état d’urgence sanitaire, il a augmenté le contrôle et la répression des quartiers populaires, et il a bien été obligé de prendre des mesures dangereuses pour l’économie elle-même afin de limiter la casse et aussi pour éviter de perdre toute légitimité aux yeux de ceux qu’il gouverne. Sa tâche est maintenant de la remettre en marche, de nous renvoyer au travail et de nous faire payer les conséquences économiques de la crise qui vient.

    D’autres, à leur place et dans les mêmes circonstances, auraient fait sensiblement la même chose. Il ne s’agit nullement d’exonérer nos gouvernants actuels. Reconnaissons seulement qu’ils obéissent à une logique qui rend nécessaire leurs agissements et qu’il est vain de s’imaginer qu’ils pourraient faire autrement. C’est bien en cela qu’ils sont nos ennemis. Ainsi en est-il de la « casse de l’hôpital public » et de la diminution du nombre de lits (70 000 suppressions en 15 ans) : elle résulte de l’action de tous les gouvernements précédents auquel celui de Macron s’est contenté, en toute logique, de contribuer.

    Il y a donc une confusion entre ceux qui nous gouvernent (Macon et ses ministres) et le principe même du gouvernement. En règle générale les premiers font ce que la fonction exige d’eux : réprimer et mutiler quand il le faut, accompagner les restructurations capitalistes par des lois adaptées et raconter des histoires pour vendre tout ça. En deux mots : servir les puissants dont ils partagent le monde et la vision du monde ; reproduire et reconduire un certain partage et sa cohorte d’inégalités, de massacres et de désastres.

    C’est dire que notre problème réside davantage dans le gouvernement comme principe, et plus largement dans la continuité de l’appareil d’Etat (constitution, lois et institutions), que dans tel gouvernement et ceux qui exercent le pouvoir à un moment donné. Dit autrement, le problème ça n’est pas que ceux qui nous gouvernent sont des salauds ou des incompétents, c’est qu’ils servent une logique économique mortifère qui produit et produira toujours les mêmes effets. Telle est leur compétence première et leur raison d’être ; voilà le savoir-faire qu’ils ont acquis sur les bancs de Sciences Po et de l’ENA : ils sont des agents de pouvoir du capitalisme, du libéralisme ou de la civilisation thermo-industrielle selon la langue, la sensibilité ou l’axe choisi.

    L’exemple le plus marquant reste celui du réchauffement climatique. Jamais aucun gouvernement ne pourra prendre une mesure à la hauteur de la situation car ce serait alors mettre en péril pour de bon la civilisation dont ils sont les garants. « Notre mode de vie n’est pas négociable », avait reconnu en son temps un Bush président, pour une fois honnête. A tout prendre, mieux vaut le cynisme décomplexé de nos ennemis que leurs mensonges répétés, gratinés de bons sentiments.

    Demander aux gouvernements une autre compétence que la leur, c’est un peu comme vouloir que son lave-linge nettoie sa vaisselle, c’est une demande absurde. Et s’il y a bien quelque chose que commande l’époque c’est bien ça : cesser d’adresser à tous les gouvernements du monde des demandes irréalistes.
    Ce n’est pas de leur incompétence qu’il faut se scandaliser. C’est au contraire leur compétence qu’il faut attaquer et défaire.

    Cette demande de gouvernement ou d’Etat compétent relève d’un vieux fantasme républicain largement partagé à gauche, celui de l’intérêt général. Il s’accompagne aussi d’un désir inquiétant : le désir d’être bien gouverné. Et à bien y réfléchir, non seulement c’est impossible comme nous croyons l’avoir établi, mais c’est absolument terrifiant. Il faudrait que l’Etat, entendu comme machine technique, administrative et fiscale flanquée de nombreuses institutions (aujourd’hui l’hôpital mais demain l’armée ou la police), soit efficace au point de régler nos existences de manière suffisamment parfaite pour qu’il nous protège en toutes circonstances. L’Etat, cette forme de pouvoir séparé de la population malgré le mythe démocratique, pourrait non seulement vouloir notre bien à tous, mais en plus serait à même de le réaliser. Il suffirait juste de trouver les bons gouvernants.

    Il s’agit en fait d’une funeste croyance qu’il est préférable d’abandonner à tous ceux qui ont la prétention de nous gouverner. De l’utopie, à la dystopie, il n’y a qu’un pas. Quoi alors, que faire ? Ici commence les difficultés et nous sommes autant perdus que les autres. Les esprits sensés auront compris que c’est du côté des ruptures révolutionnaires qu’il y a à chercher et expérimenter. Soit, mais il est bon alors de rappeler que l’imaginaire révolutionnaire est lui-même largement contaminé par cette idée du bon gouvernement, fût-il un « auto-gouvernement » ou un gouvernement auto-organisé.

    https://rouendanslarue.net/un-gouvernement-competent-est-il-possible-et-meme-souhaitable-a-prop

    #incompétence #France #Macron #covid-19 #coronavirus #colère #comptes_à_rendre #vengeance #révolte #compétence #oppression #Proudhon #autoritarisme #surveillance #surveillance_technologique #état_d'urgence_sanitaire #quartiers_populaires #contrôles #répression #économie #hôpitaux #hôpital_public #services_publics #gouvernement #capitalisme #pouvoir #sciences_po #ENA #libéralisme #changement_climatique #mode_de_vie #cynisme #intérêt_général #mythe_démocratique #démocratie #bon_gouvernement #mauvais_gouvernement #utopie #dystopie

    • Tant de questions décisives aussi vite abordées pourraient contraindre à penser sans et contre ce texte, c’est pas mal d’avoir un exemple si pauvre de ce que de nombreux commentaires d’intellectuels où le biopouvoir (de l’imprévoyance structurelle et de l’absence de souci de détail quant à la gestion de la population ?!), l’état d’exception et l’attente de la fin du capitalisme ou de l’anthropocène se tricotent au coin du confinement, sans éclairer grand chose ; sans pouvoir et/ou vouloir prendre en compte et tenter d’analyser des pratiques (des soignants, des confinés, des travailleurs, etc.), un empêchement redoublé par le confinement qu’il n’est pas évident de dépasser ou contourner qui fait des penseurs plus en roue libre que jamais.
      Un texte laid. Il règle leur compte de manière expéditive à une série d’expériences qui, de la Commune de Paris à la Révolution russe, du Chiapas à la ZAD de NNDL, pour ne citer qu’une partie des plus identifiées (...), se sont coltiné la nécessité de rompre l’ordre du monde et de faire horizon.

      #État #désir_d'État #souverain #pouvoir_d'État #sécuritaire #paradigme_sécuritaire #capitaliste_collectif #gestion #police (#politique résorbée dans la) #imaginaire #imaginaire_révolutionnaire #insurrectionnalisme #idéologie

  • Premières remarques sur la crise ouverte par la pandémie IV
    https://collectiflieuxcommuns.fr/?1011-Premieres-remarques-sur-la-crise

    Voir la partie précédente : Les mesures oligarchiques (…/…) 4 – La réorganisation économique et #Géopolitique La troisième et dernière strate d’analyse englobe la situation économique mondiale et géopolitique. Naturellement, elle dépend fortement des précédentes, c’est-à-dire non seulement des diverses réactions oligarchiques et de l’échelle de leurs éventuelles coordinations mais surtout de l’attitude des populations face aux bouleversements en cours, qui restent, qu’elles le sachent ou non, le facteur (...) #Comptes-rendus_d'interventions

    / #Lieux_Communs, Géopolitique, #Économie, #Pandémie_2019-2020, #Libéralisme, #Keynésianisme, #Article, #Empire, (...)

    #Guerre

  • Une critique lucide de l’économie de marché, datant de 1950 : Karl William Kapp, Social Costs of Private Enterprise.
    L’économiste d’origine allemande dénonce avant l’heure la dérive libérale de l’économie de marché qui privatise les profits et mutualise les coûts et ne peut se maintenir qu’au prix de coûts sociaux et environnementaux (encore) invisibles.

    J’y pense à cause de la crise sanitaire actuelle provoquée par la gestion des risques au niveau national selon les principes de l’idéologie néo-libérale.

    Ici, une recension de 1987 de Wolfgang Krüger, de l’ouvrage paru en 1976 en allemand (Soziale Kosten der Marktwirtschaft) :

    Le marché et ses péchés. Prémonitions d’un économiste politique oublié : la destruction de l’environnement remet en cause les fondements théoriques de notre système économique

    [...]
    Im Mittelpunkt des Buches steht die Marktwirtschaft. Kapp hält ihren theoretischen Ansatz für verfehlt und ihre praktischen Auswirkungen, die von ihr verursachten „Sozialkosten“, für katastrophal.

    Auch wer dieser gnadenlosen Abkanzelung der Marktwirtschaft in ihrer Härte zu folgen nicht bereit ist, wird dieses Buch zumindest nicht ohne erneutes Nachdenken über Segen und Unsegen der Marktwirtschaft aus der Hand legen. Kapps kritische Auseinandersetzung mit den Problemen einer vornehmlich durch den Markt gesteuerten Wirtschaft ist auch noch heute, wo der Modeschrei nach mehr Markt als Ausweg aus allen möglichen ökonomischen Kalamitäten die Bedenken gemäßigter Wirtschaftswissenschaftler so laut übertönt, von höchster Aktualität.

    Nicht minder aktuell ist allerdings auch die bei der Lektüre dieses Bandes wieder sichtbar werdende Schwierigkeit, dem Markt eine praktikable Alternative entgegenzustellen. Bei Kapp jedenfalls ist eine solche Alternative allenfalls in nebulösen Konturen erkennbar. Und auch die heutige Opposition in der Ökonomie hat es ja bisher nicht geschafft, einen überzeugenden Neuansatz zu entwickeln.

    Die Grenzen der Marktwirtschaft sieht Kapp darin, daß nach diesem Konzept die Ökonomie als ein in sich geschlossener Bereich behandelt wird, der nach dem Gesetz von Angebot und Nachfrage zum Gleichgewicht findet. Denn „ökonomische Prozesse“, so Kapp, „finden nicht in geschlossenen, sondern in grundsätzlich offenen Systemen statt“. Sie sind „Teil eines sehr viel umfassenderen politischen und institutionellen Systems, aus dem sie wichtige Impulse beziehen und das sie auf vielfältige Weise beeinflussen“.

    Die klassischen Ökonomen, Adam Smith und seine Nachfolger, schreibt Kapp, „konnten noch mit einiger Berechtigung behaupten, daß ökonomische Prozesse als eine mehr oder weniger autonome Veranstaltung verstanden werden können, waren doch zu ihrer Zeit Luft, Wasser, Boden und andere Ressourcen gewissermaßen freie Güter. Dies erlaubte ihnen, fälschlicherweise davon überzeugt zu sein, daß individuelles rationales Handeln bei freier Konkurrenz nur positive gesellschaftliche Auswirkungen hat. Dieser Glaube hat sich als eine Illusion erwiesen ... Wir benötigen einen neuen Ansatz, der es uns ermöglicht, die dynamischen Wechselbeziehungen zwischen der Wirtschaft und dem globalen Netz der sie umgebenden sozialen und natürlichen Systeme zu erfassen“.

    Diese von Kapp in immer wieder anderen Formulierungen entwickelte These von der unauflöslichen „Interdependenz ökonomischer, sozialer und natürlicher Systeme“ ist das Fundament, auf dem er seine Kritik der Marktwirtschaft aufbaut. Da die Marktwirtschaft – nach dem Gesetz, nach dem sie angetreten ist – diese Interdependenz weitmöglichst ignoriere, hätten sich seit ihrer Praktizierung zwischen diesen Bereichen „gravierende Unvereinbarkeiten entwickelt, die nicht nur den ökonomischen Prozeß selbst, sondern auch seine gesellschaftliche Reproduktion und das menschliche Wohlbefinden und Überleben bedrohen“.

    Kapps Abqualifizierung der Marktwirtschaft läßt sich so zusammenfassen: Die privatwirtschaftlich sanktionierte Maximierung des Einkommens im freien Spiel der Kräfte begünstigt diejenigen, die ohne Rücksicht auf die Folgen nur den eigenen ökonomischen Erfolg erstreben und geht zu Lasten anderer Marktteilnehmer, insbesondere der Masseneinkommen. Sie schädigt die Gesellschaft und ist – das ist Kapps Hauptvorwurf an die Adresse der Marktwirtschaft – die gewichtigste Ursache für die Zerstörung der Umwelt.

    [...]

    https://www.zeit.de/1987/48/der-markt-und-seine-suenden

    #économie_de_marché #libéralisme_économique #coûts_sociaux #externalités #économie_éco-sociale #alternatives_écomiques #écologie #Karl_William_Kapp

  • A propos du projet de loi ASAP :
    Mathilde Dupré, "La déréglementation en France et dans l’UE"

    Depuis plusieurs années, des initiatives pour une “meilleure réglementation” se sont multipliées au niveau européen et dans divers États membres. En France, cela a notamment pris la forme de chantiers de “simplification” ou de lutte contre la surtransposition des règles européennes. Si leurs objectifs semblent louables, ces initiatives tendent pourtant à éroder la capacité des États de mettre en œuvre une véritable transition écologique et sociale, à commencer par le Green Deal. Les instruments européens mis en place dans le cadre du programme “better regulation” ont par exemple été utilisés pour réduire la portée des réglementations envisagées sur les pesticides dangereux, comme la dévoile une étude de l’ONG Corporate Europe Observatory. Alors que la nouvelle Commission européenne propose de se doter d’un nouvel objectif de compensation réglementaire et que le Gouvernement français présente un nouveau projet de loi d’accélération et de simplification de l’action publique (ASAP), la New Economics Foundation, France Nature Environnement et l’Institut Veblen dresse un état des lieux de ces initiatives en France et en Europe et de leurs effets.

    En partant du principe qu’une réglementation est nécessairement une contrainte pour les entreprises et l’économie, les initiatives pour une “meilleure réglementation” visent à limiter, voire à réduire le niveau de protection de l’environnement, des salariés et des consommateurs.

    En France, plusieurs instruments ont été progressivement développés pour encadrer explicitement ou implicitement l’activité législative et réglementaire :

    Les études d’impacts requises pour l’évaluation des projets de loi tendent - telles qu’elles sont actuellement menées - à surévaluer le coût économique de mise en oeuvre des réglementations par rapport aux bénéfices qu’elles peuvent engendrer pour la société dans son ensemble.
    Une règle de double compensation réglementaire (one in, two out) impose aux autorités de ne pas introduire de nouvelle réglementation sans suppression d’autres réglementations dont le coût pour les entreprises serait équivalent à deux fois celui de la nouvelle mesure envisagée.
    La prévention de la surtransposition des directives européennes dans la loi nationale prive la France de la capacité d’aller plus loin que le socle minimal de mesures sur lesquelles se sont accordés les Etats membres de l’UE.

    En pratique, ces règles risquent de conduire à un affaiblissement du niveau de protection de l’environnement et des citoyens ou faire obstacle à l’introduction de nouvelles règles pourtant nécessaires pour la transition écologique et sociale. Elles ont déjà été utilisées dans des domaines très divers pour limiter les recours contre les permis de construire, proposer l’extension des dates limites de la chasse aux oiseaux migrateurs, la suppression des consultations annuelles des actionnaires sur les rémunérations dans le secteur financier ou encore refuser la transparence fiscale des entreprises du secteur extractif.

    [...]

    https://www.veblen-institute.org/La-dereglementation-en-France-et-dans-l-UE.html
    https://www.vie-publique.fr/loi/273138-projet-de-loi-acceleration-et-simplification-de-laction-publique

    #déréglementation #libéralisme

  • À bas l’éducation
    http://www.laviedesidees.fr/A-bas-l-education.html

    À propos de : Bryan Caplan (2018), The Case Against Education. Why the Education System is a Waste of Time and Money, Princeton. L’éducation – telle qu’elle est conçue et pratiquée – ne sert à rien, est vite oubliée, coûte cher, n’est pas rentable, et devrait être supprimée. Telle est la thèse provocante du professeur d’économie américain Bryan Caplan.

    #Économie #libéralisme #éducation #argent
    https://laviedesidees.fr/IMG/docx/202003_education.docx
    https://laviedesidees.fr/IMG/pdf/20200330_education.pdf

  • Premières remarques sur la crise ouverte par la pandémie
    https://collectiflieuxcommuns.fr/?1008-Premieres-remarques-sur-la-crise

    La pandémie actuelle du Covid-19 ouvre une crise totale, au sens où elle bouscule la totalité de l’organisation de nos sociétés, de ses aspects les plus intimes jusqu’à l’ordre #Géopolitique mondial. Il faudrait parvenir, ambition impossible, à en saisir toutes les facettes, comprendre ce qui se joue, formuler les grandes orientations envisageables et, éventuellement, le rôle que nous pouvons y jouer. Ces quelques remarques, et celles qui suivront peu à peu, ne cherchent pas à établir des vérités (...) #Analyses

    / #Lieux_Communs, #Médecine, #Prospective, Géopolitique, #Pandémie_2019-2020, #Progressisme, #Technoscience, #Article, #Empire, (...)

    #Libéralisme

  • Que va-t-il advenir des personnes sans-abri durant l’épidémie ? - Libération
    https://www.liberation.fr/checknews/2020/03/18/que-va-t-il-advenir-des-personnes-sans-abri-durant-l-epidemie_1782022

    Pour le directeur de la fédération des acteurs de la solidarité Florent Gueguen, outre les personnels et les places, ce sont aussi les matériels qui font défaut. Et notamment les masques de protection, pour les malades comme pour les personnels – « difficile d’inciter les gens à aider quand on ne peut pas les protéger », remarque-t-il. Même commentaire chez Emmaüs Solidarités.

    Marché 2h tôt ce matin, vu plusieurs tentes de sans abris, deviné des gens dormant sur les bancs dans des sacs de couchage, certains dans des immondices et des squats crasseux. Toutes les personnes que je croise sur la grande digue de la Garonne qui mène à Blagnac et qui font du sport tiennent leurs distances, évitent mon regard, l’angoisse est là. Alors tu peux imaginer qu’aucun·e ne peut s’arrêter pour aider, pensera à offrir un café, une soupe si on ne leur donne pas les moyens de se protéger. C’est déjà super dur en temps normal, là, ça fait pleurer de savoir que les maraudes se sont arrêtées faute de masques.

    #sdf #sans #abandon

  • https://lundi.am/Le-coronavirus-et-l-etat-d-exception-en-chacun

    Rappel pour les élèves du premier rang : le contrat social qui a inspiré et inspire le plus le réseau de pouvoir n’est pas celui de Jean-Jacques Rousseau mais bien celui de Thomas Hobbes - « Le Léviathan » - ayant engendré entre autres le courant utilitariste dont le panoptique de Jeremy Bentham. Ce brillant ouvrage d’urbanisme (Le Panoptique !) à l’usage de nos gouvernants a enfanté l’architecture de la plupart de nos prisons mais aussi de nos écoles. Peu intéressés par la science-politique et l’urbanisme carcéral, vous vous demandez quel est le rapport entre ce contrat social et le caractère terrorisant de cette grippe ?

    #coercition #terreur_d'état #gestionnaires_du_cheptel_humain

  • Raymond #Aron, libéral malgré lui
    http://www.laviedesidees.fr/Iain-Stewart-Raymond-Aron-Liberal-Thought-Twentieth-Century.html

    À propos de : Iain Stewart, Raymond Aron and Liberal Thought in the Twentieth Century, Cambridge,. Lecteur tardif de Montesquieu et de Tocqueville, contempteur de Mai 68 et laissant derrière lui un héritage éclaté, Raymond Aron entretient avec la tradition libérale une relation complexe, suggère I. Stewart. Mais le #libéralisme est-il l’angle le plus fécond pour appréhender sa pensée ?

    #Philosophie
    https://laviedesidees.fr/IMG/docx/20200224_aron.docx
    https://laviedesidees.fr/IMG/pdf/20200224_aron.pdf

  • #Achille_Mbembe dénonce le « #brutalisme » du #libéralisme
    https://www.lemonde.fr/afrique/article/2020/02/09/achille-mbembe-denonce-le-brutalisme-du-liberalisme_6028977_3212.html

    A Ceuta et Melilla, à Lampedusa ou à Lesbos, mais aussi en Hongrie, à Terespol en Pologne, aux Etats-Unis, en Israël, en Cisjordanie, et encore en Arabie saoudite, en Iran, en Inde, en Corée du Nord… Partout, de plus en plus, des #murs, des barbelés, des barrières militarisées, des caméras, de nouvelles ou de séculaires peurs instrumentalisées ; et ce sur quelque 40 000 kilomètres, l’équivalent de la circonférence de la Terre. Auxquels s’ajoutent les mers et les déserts transformés en cimetières.

    Partout les #frontières se ferment toujours un peu plus et on voit apparaître de nouveaux camps où sont emprisonnés des femmes et des hommes, mais aussi des enfants, entravés dans leur liberté de mouvement. Ces « corps-frontières » analyse Achille Mbembe dans Brutalisme (éd. La Découverte) sont ceux d’« hommes-déchets » qui n’ont pas de valeur ajoutée pour le capitalisme.

  • Le Revenu garanti : une utopie libérale
    http://blog.ecologie-politique.eu/post/Le-Revenu-garanti-une-utopie-liberale

    Au contraire, le « Et vous, vous feriez quoi avec 1 000 € ? » renvoie chacun·e à ses goûts, aspirations ou contraintes, un peu comme dans le grand marché qui fait office de société dans la pensée libérale. J’ai déjà tenté de montrer, dans Égologie et La Conjuration des ego, combien même les critiques du capitalisme, du sexisme ou du productivisme ont bien intégré le fond libéral et individualiste de nos sociétés, au point qu’il leur est difficile de penser dans d’autres termes. (...) Les théories libérales postulent pourtant que chacun·e n’a qu’à s’emparer de son destin, quels que soient les moyens à sa disposition. Mais la liberté est mal partagée et les chances ne sont pas égales. Tout occupé·es par nos libertés individuelles, nous laissons en revanche s’éroder nos libertés collectives, comme la démocratie, l’autonomie collective ou les libertés civiles… Ce biais libéral individualiste contredit souvent nos plus belles aspirations et il faut savoir s’en échapper, remettre en question nos stratégies, nos modes d’action et les objets dans lesquels nous mettons nos espoirs d’un monde meilleur.

    http://www.lemondealenvers.lautre.net/livres/revenu_garanti.html

    Sommaire
    Le revenu garanti : une fausse bonne idée ?
    Une utopie productiviste
    – Faut-il se réjouir des gains de productivité ?
    – Fin du travail pour qui ?
    – C’est mon choix
    Une utopie étatiste
    – État social et auto-organisation populaire
    – Faire circuler les richesses pour créer des communautés politiques
    – De meilleures allocs pour plus d’État ?
    Une utopie antiféministe et chargée de mépris de classe
    – Emploi, inégalités de genre... et revenu garanti ?
    – S’attaquer aux nuisances du travail rémunéré
    – Quand le revenu garanti fait office de salaire maternel
    – Mépris de classe et critique du travail... de l’autre
    – Une institution ambiguë
    Contre le solutionnisme
    – Une critique à sens unique du travail
    – Un solutionnisme écolo-alternatif

    #revenu_garanti #libéralisme #capitalisme #individualisme #travail #Aude_Vidal

  • Contre « la-démocratie », par Frédéric Lordon (Les blogs du Diplo, 20 janvier 2020)
    https://blog.mondediplo.net/contre-la-democratie

    ... les forcenés ne sont pas ceux qui sont managés mais ceux qui managent (lesquels par ailleurs pensent que les « forcenés », les « fous », comme tout le reste, sont à manager). De la politique quasi-anthropologique, où l’on voit, par différence, l’essence des forcenés qui managent et, à leur propos, surgir la question vertigineuse : mais qui sont ces gens ? Qu’est-ce que c’est que cette humanité-là ?

    À Radio France, Sibyle Veil demeure comme un piquet, statufiée. Belloubet, elle, ne connaît qu’un léger décrochage de mâchoire inférieure, et la même inertie. Le directeur du Mobilier national choisit le déni massif de réalité, et continue son discours, comme les directeurs d’hôpitaux. Que se passe-t-il à l’intérieur de ces personnes ? Se passe-t-il seulement quelque chose ? Y a-t-il des pensées ? Si oui lesquelles ? En fait, comment peut-on résister au-dedans de soi à des hontes pareilles ? Que ne faut-il pas dresser comme murailles pour parvenir à se maintenir aussi stupidement face à des désaveux aussi terribles ? Comment ne pas en contracter l’envie immédiate de disparaître ? Comment continuer de prétendre diriger quand les dirigés vous signifient à ce point leur irréparable mépris ? Quel stade de robotisation faut-il avoir atteint pour ne plus être capable de recevoir le moindre signal humain ?

    Et de nouveau : qui sont ces gens ? Qu’est-ce que c’est que cette humanité-là ? À l’évidence, elle est d’une autre sorte. N’importe qui à leur place entendrait, et se retirerait aussitôt, définitivement, le rouge au front. Eux, non. Ils restent, pas la moindre entame. On imagine sans peine alors au sommet — Macron, Philippe : totalement emmurés. Logiquement, comment leur sorte pourrait-elle comprendre quoi que ce soit à la vie de l’autre — puisqu’elles n’ont tendanciellement plus grand chose en commun.

    (...)

    En réalité on sait comment ils le peuvent : comme l’histoire l’a souvent montré, les destructeurs organisent leur tranquillité d’âme en se soustrayant systématiquement au spectacle de leurs destructions — signification historique du tableur Excel qui, à l’époque des connards, organise la cécité, le compartimentage des actes et de leurs conséquences, et joue le rôle du pare-feu de confort en mettant des abstractions chiffrées à la place des vies.

    #management #libéralisme #mépris #pouvoir #luttes #révoltes

  • Snowden, Constant et le sens de la liberté à l’heure du désastre | Terrestres
    https://www.terrestres.org/2019/12/20/snowden-constant-et-le-sens-de-la-liberte-a-lheure-du-desastre

    Aurélien Berlan

    Les géants du numériques ont aboli la « vie privée », face visible de la liberté des Modernes. C’est au contraire à l’autre versant de cette conception de la liberté qu’il faudrait renoncer : être délivrés des nécessités de la vie, rendue possible par l’instauration de dispositifs lointains et aliénants. Il s’agit alors de reconquérir la liberté de subvenir à nos vies.

    A propos d’Edward Snowden, Mémoires vives, Seuil, Paris, 2019.

    Les appels à décréter « l’état d’urgence écologique » qui foisonnent aujourd’hui à l’adresse des Etats sont le dernier avatar d’une idée qui hante une partie du mouvement écologiste depuis longtemps. Compte tenu des liens historiques entre la dynamique des sociétés industrielles et la conception occidentale moderne de la liberté, enrayer l’aggravation des nuisances et la multiplication des catastrophes que ces sociétés provoquent supposerait d’engager une politique étatique volontariste, voire dirigiste, supposant de restreindre les libertés, que ce soit sous la forme d’un renouveau républicain ou d’une dictature verte1. Entre la nature et la liberté, il faudrait choisir – et vu le degré de dégradation environnementale déjà atteint, manifeste dans la brutalité de l’effondrement en cours du vivant, on n’aurait en réalité pas le choix.

    Sur les terrains de lutte ayant une dimension écologiste, là où des gens se mettent en danger pour empêcher tel ou tel projet désastreux de se réaliser, qu’il s’agisse d’un méga-transformateur électrique pour exporter de l’énergie prétendument verte (comme en Aveyron où l’Amassada vient d’être expulsée manu militari), d’une mine de lignite (à Hambach en Allemagne où l’intervention de la police a provoqué un mort) ou d’une poubelle nucléaire (à Bure où les militants font l’objet d’une répression judiciaire acharnée), c’est un autre son de cloche que l’on entend en général. Les militant-es ne se battent pas pour que les prérogatives de l’Etat soient encore renforcées après deux décennies de lois « antiterroristes » (utilisées contre la contestation écologiste lors de la COP 21) et cinquante ans de politiques « sécuritaires », mais pour reconquérir une liberté que le capitalisme industriel, avec la complicité des Etats, nous a selon eux ravie.

    Dans les deux cas, il ne s’agit bien sûr pas de la même liberté – notion dont on sait à quel point elle est polysémique. Dans le premier discours, c’est la conception (néo)libérale de la liberté qui est en ligne de mire, c’est-à-dire la liberté d’échanger et de faire des affaires sans entraves (« laisser faire, laisser passer »), sur les deux plans individuel (« je fais ce que je veux ») et entrepreneurial (« dérégulation des marchés ») – et l’on retombe dans les vieilles ornières du débat opposant les libéraux aux interventionnistes, qu’ils se disent socialistes, républicains ou écologistes. Dans le second discours, c’est une autre idée de la liberté qui est en jeu, que les militant-es désignent en général par la notion d’autonomie en un sens qui ne se réduit pas au fait de « se donner ses propres lois » (l’autonomie politique, au sens étymologique), mais implique aussi de pourvoir à ses propres besoins – c’est de cela dont il est question quand on parle d’autonomie matérielle en général, et en particulier d’autonomie énergétique, alimentaire, médicinale, etc.❞

    • Excellent article !

      Car le désir d’autonomie qui anime une partie du mouvement écologiste, et bien au-delà, invite à lire l’histoire autrement, à penser que si une conception de la liberté a triomphé, c’est l’aspiration à la délivrance – vieux rêve dont le transhumanisme incarne aujourd’hui la radicalisation high-tech : en promettant le dépassement de la mort et en faisant miroiter la colonisation de Mars aux riches qui s’inquiètent tout de même de leurs chances de survie sur la Terre dévastée, cette idéologie réactualise le fantasme d’être délivré des aspects négatifs de la condition terrestre. Or, ce fantasme s’est historiquement imposé contre les aspirations à l’autonomie des classes populaires qui, pendant des siècles, ne se sont pas battues pour être déchargées des nécessités de la vie, mais pour avoir libre accès aux moyens de subsistance, en premier lieu la terre, permettant de prendre en charge ces nécessités.

      […]

      En réalité, les révélations de Snowden n’en étaient que pour celles et ceux qui ne s’étaient jamais interrogés sur les tenants et aboutissants de l’informatisation de leurs activités, ou qui ne le voulaient pas. Pour les autres, elles ne faisaient qu’administrer les preuves irréfutables de ce qu’ils avaient déjà dénoncé, dans l’indifférence générale. Le rappeler, ce n’est pas amoindrir le mérite de Snowden, mais mettre en évidence sa véritable contribution au débat, absolument décisive : avoir permis de démasquer les béni-oui-oui de la High-tech, qui taxent toute critique de « conspirationniste » ou de « technophobe ». Grâce à Snowden, on sait désormais que les discours rassurants sur la révolution numérique sont le fait, au mieux de grands naïfs se voilant la face, au pire de marchands de sable cyniques que l’informatisation du monde renforce et enrichit.

      […]

      Si la sacralisation de la vie privée avait gardé de sa force, on aurait pu s’attendre – c’est ce qu’espérait Snowden – à ce que ses révélations provoquent une levée de boucliers de ce type. Il n’en fut rien. En France, la plupart des gens qui se disaient choqués n’envisageaient pas pour autant de modifier leurs pratiques de communication, comme s’il n’y avait rien d’essentiel à défendre ici, et donc aucune raison de se mobiliser ou de changer ses habitudes électroniques. Ce que l’affaire Snowden a révélé fut pour lui une cruelle désillusion : la liberté pour laquelle il avait pris tant de risques ne faisait plus vibrer grand monde11. Est-ce à dire que la liberté ne nous importe plus ? Ce n’est pas ce que suggère le matraquage idéologique persistant à vendre n’importe quelle réforme et n’importe quelle innovation dans l’emballage de la « liberté ». En réalité, l’indifférence suscitée par Snowden tient au fait que nous nous sentons toujours aussi « libres » qu’avant, comme si la violation de la vie privée n’affectait plus notre liberté. Mais alors, n’est-ce pas le mot liberté qui aurait changé de sens ? Si la véritable révélation de Snowden concerne la dissolution de la liberté des Modernes dans les réseaux de fibre optique, alors nous serions, comme Constant en son temps, à un tournant dans l’histoire du mot liberté, qu’il nous faudrait interroger à nouveau. Où en est-on dans l’histoire du sens de la liberté ?

      […]

      Nous pouvons dès lors reformuler le problème posé par Snowden. Si nous nous sentons toujours libres aujourd’hui, ce n’est peut-être pas que le sens de la liberté aurait fondamentalement changé, mais plus simplement que l’inviolabilité de la sphère privée n’était pas la seule chose qui faisait la valeur de la liberté aux yeux des Modernes, ou la chose principale qui faisait qu’ils se sentaient libres. Mais alors, quelle qualité constituait le cœur de la liberté bourgeoise ?

      […]

      Ce que signe l’affaire Snowden n’est donc pas tant la fin de la liberté des Modernes que celle de l’interprétation libérale qui la définissait par l’inviolabilité de la vie privée. En réalité, ce critère constitutionnel, effectivement bafoué aujourd’hui, masque le fait que les Modernes aspirent d’abord à autre chose, à la délivrance à l’égard des nécessités politiques et matérielles de la vie sur terre. C’est justement ce que suggère l’indifférence suscitée par les révélations de Snowden. C’est aussi ce que confirme une lecture attentive de Constant. Et c’est également ce qu’une histoire de la liberté moderne montrerait. Car face à la conception libérale de la liberté comme délivrance à l’égard des soucis matériels et politiques, le socialisme a souvent, dans ses tendances marxistes dominantes, surenchérit sur ce désir de délivrance en rêvant de surmonter le « règne de la nécessité » par le productivisme industriel et de dépasser la conflictualité sociale dans « l’administration des choses25 ».

      #Aurélien_Berlan #philosophie #liberté #libéralisme #démocratie #politique #capitalisme #anti-industriel #subsistance #autonomie #Edward_Snowden #Benjamin_Constant #vie_privée #privacy #Modernité #transhumanisme @antonin1

    • C’est un très beau texte, et bien écrit. Berlan reprend l’alternative de Constant sur les deux libertés, montre que la liberté individuelle ne peut exister sans liberté politique, collective, et qu’on nous vend la première, censée compenser la perte de la seconde, dans un contexte où celle-ci ne peut pas s’exercer. Et il étend la notion classique de liberté politique en liberté d’assurer et de contrôler ses conditions de vie matérielle, sa subsistance. Au final, c’est comme ça que je l’entends, nous avons accepté le « ou bien oui bien » de cette fausse alternative en prenant la seconde, dénuée de son sens et protégée par de bien maigres garde-fous et déclarations d’intention, parce qu’elle nous libère des nécessités de la vie en nous fourguant des biens et services bien « pratiques » (bagnole, télécom, bouffe produite par des spécialistes, objets à deux balles mais en nombre, la #poubelle_industrielle avec ses nuisances écologiques qu’on feindra de déplorer).

      Ce faisant, on comprendra pourquoi nous nous sentons toujours aussi « libres », en dépit des révélations de Snowden : parce que le système étatico-industriel, si liberticide soit-il, nous délivre toujours plus des limites et des contraintes liées à la vie humaine sur terre.

      Mais depuis, il est devenu clair que la liberté effective ne dépend pas seulement des droits fondamentaux et de l’agencement des institutions, mais aussi de conditions sociales et matérielles. Si l’on dépend d’une instance supérieure pour assurer ses besoins, on se retrouve « à sa merci » et donc potentiellement en situation d’impuissance et d’oppression

      Et si la quête de délivrance à l’égard des nécessités de la vie sur terre, le désir d’un allègement de nos conditions de vie jusqu’à l’apesanteur, jusqu’à l’idée de quitter la terre pour mener une vie extra-terrestre, a fait le lit du capitalisme industriel et du saccage de la planète, il faut rompre avec cet imaginaire et revaloriser l’autonomie comme une manière de revenir sur terre, de revenir à une vision terrestre de la liberté, compatible avec la préservation de nos conditions de vie sur notre planète fragile. En tout cas, c’est une perspective plus enthousiasmante que celle d’un état d’urgence écologique qui conduirait à une restriction draconienne du peu de libertés qui nous reste.

      Merci @rastapopoulos pour l’appel !

    • Une brève histoire des hurluberlus Paul Laity
      http://www.entelekheia.fr/2016/11/20/une-breve-histoire-des-hurluberlus

      Paul Laity revisite sur le ton de l’humour la gauche britannique de l’époque de George Orwell et les rapports de ce dernier avec ceux qu’il avait appelé « les hurluberlus de la gauche ». Inutile de dire que nous avions exactement les mêmes en France.

      Pour reprendre le terme d’Orwell, les racines du #gauchisme « hurluberlu » sont similaires de chaque côté de la Manche, nommément l’Owenisme en Grande-Bretagne et en France, le socialisme utopique et ses dérivés. Différence culturelle oblige, les nôtres étaient moins épris de vélocipède, de végétarisme, de laine brute et de grand air que les Britanniques ; la version hexagonale les voulait laïcards, républicains, scientistes, athées et bouffeurs de curés, avec malgré tout parfois, comme chez leurs congénères anglo-saxons, des penchants mystiques qui les conduisaient volontiers au spiritisme. #Victor_Hugo est le chef de file des aînés de ce type « d’hurluberlus », mais d’autres noms connus du XIXe siècle l’ont rejoint au panthéon des exaltés du guéridon, par exemple #Camille_Flammarion, #Victorien_Sardou, #Delphine_de_Girardin, #Henri_Bergson qui s’adonnait à des recherches psychiques (hypnose, lucidité somnambulique, médiumnité) ou encore #Jules_Verne, etc. Cette tendance se perpétuera chez les #surréalistes, en particulier avec l’écriture automatique d’André Breton et au-delà, dans l’art moderne et contemporain, dans le « psychologisme » qui imprègne toute la gauche ainsi que dans le #pédagogisme actuel – Ainsi, malgré ce qu’écrit l’auteur dans sa conclusion, la question de l’héritage idéologique du socialisme utopique et de la gauche « hurluberlue » historique déborde très largement des seuls écologistes pour embrasser toute la gauche libérale moderne.

      « Le socialisme », a écrit #George_Orwell dans son célèbre Quai de Wigan (1936), attire à lui « avec une force magnétique tous les buveurs de jus de fruit, les nudistes, les porteurs de sandales, les obsédés sexuels, les quakers, les charlatans naturopathes, les pacifistes et les féministes d’Angleterre ». De façon mémorable, sa tirade contre ces « hurluberlus » s’étend dans d’autres passages du livre aux « végétariens à barbes flétries », aux « Jésus de banlieue » uniquement préoccupés de leurs exercices de yoga, et à « cette tribu lamentable de femmes de haute vertu, de porteurs de sandales, de buveurs de jus de fruits qui affluent vers l’odeur du ‘progrès’ comme des mouches à viande vers un chat mort. »


      Andrew Muir, architecte consultant de la ville-jardin de Letchworth, portant ce qui s’appelait à l’époque un « costume rationnel » et des sandales. Crédit photo, First Garden City Heritage Museum du Letchworth Garden City Heritage

      Les #stéréotypes et caricatures des hurluberlus de la #classe_moyenne s’inscrivent profondément dans la culture nationale anglaise. Pendant tout le XIXe siècle, Punch Magazine a brocardé les obsessionnels de la santé qui recherchaient une vie plus pure dans le chou bouilli et l’antialcoolisme. Une histoire d’Aldous Huxley, The Claxtons, qui anticipait la philippique d’Orwell, dresse le tableau d’une famille bourgeoise puritaine, radicale et aveuglée sur elle-même : « Dans leur petite maison sur le terrain communal, comme les Claxton vivaient une belle, une spirituelle vie ! Même le chat était végétarien » . Et plus tôt cette année, le Daily Mail, tabloïd de droite, a tourné le Guardian en dérision (pour la énième fois, sans aucun doute) en l’accusant d’être dirigé par, et pour, des « porteurs de sandales ». C’est une pique encore censée suggérer la même chose qu’à l’époque d’Orwell : une naïveté fumeuse, une pseudo-supériorité morale et une vie de bohème méritoire – certainement un monde bien éloigné des valeurs de pragmatisme et de décence de l’Angleterre censément « véritable ».

      La férocité des caricatures « d’hurluberlus » d’Orwell trahissent une certaine anxiété sur la liberté sexuelle, mais vise en général directement leur travers le plus évident – leur sérieux. Les hurluberlus veulent que le monde devienne un endroit moins cruel, moins bassement commercial, plus beau. Leurs plaisirs sont sains, « naturels » et énergiques. (Quand j’étais enfant, mes parents dépeignaient certaines personnes comme très « riz complet et bicyclettes »). La mentalité de ces progressistes contre-culturels veut à tout prix que tout soit sain et aide à s’améliorer. L’un des objets de raillerie d’Orwell est donc une « gueule de bois de la période de #William_Morris » [1] qui propose de « niveler le prolétariat ‘par le haut’ (jusqu’à son niveau à lui) par la méthode de l’hygiène, des jus de fruit, du contrôle des naissances, de la poésie, etc. » Dans son roman Un peu d’air frais (1939), nous rencontrons « le professeur Woad, un chercheur psychique » : « Je connaissais le genre. Végétarisme, vie simple, poésie, culte de la nature, se roulant dans la rosée avant le petit-déjeuner… ce sont tous soit des maniaques de l’alimentation naturelle, ou alors ils ont quelque chose à voir avec les boy-scouts – dans les deux cas, ils sont toujours partants pour la Nature et le Grand air. »

      La satire d’Orwell dans le Quai de Wigan s’inscrivait dans le cadre d’une cause particulière et urgente : la formation d’une #politique radicale, populaire (non-hurluberlue) et réaliste pour faire front à la menace montante du fascisme. (Peu après avoir remis le manuscrit de son livre à son éditeur, Victor Gollancz, il entamait son voyage à Barcelone pour y rejoindre le camp républicain de la guerre civile d’Espagne). A ses yeux, les hurluberlus – avec les « marxistes chevelus mâchouillant des polysyllabes » – donnaient mauvaise allure au socialisme. Il impliquait aussi qu’ils étaient superficiellement dévoués à la cause socialiste mais au bout du compte, bien plus préoccupés par leur propre pureté morale que par l’exploitation de la classe ouvrière. Mais à qui exactement Orwell pensait-il quand il a lancé ses invectives ? Qui étaient les hurluberlus ?

      Il avait fait le choix de ne jamais mentionner par écrit qu’il s’était lui-même commis avec beaucoup de personnages de la #contre-culture, à commencer par sa tante, Nellie Limouzin, une bohème dont le mari, socialiste, soutenait fidèlement le mouvement espérantiste, et les Westrope, qui possédaient la librairie de Hampstead où il travaillait au milieu des années 30. Francis Westrope avait été objecteur de conscience pendant la guerre et adhérait au Parti travailliste indépendant ; son épouse, Myfanwy, militait pour les droits des femmes – et les deux étaient des espérantistes passionnés. Sa grande admiratrice et conseillère Mabel Fierz [2] également, vivait dans une grande maison de Hampstead Garden et penchait pour un socialisme mystique et spirituel.

      Les amis et membres de sa famille ont sans nul doute influencé les portraits d’Orwell dans une certaine mesure, mais il avait toute une tradition politico-culturelle en ligne de mire. Elle s’étendait aux sectes millénaristes socialistes des années 1830 et 1840 inspirées par le réformateur #Robert_Owen et son journal, le New Moral World (le Nouveau monde moral). Les « hurluberlus » étaient sur-représentés dans ces communautés modèles – Catherine et Goodwyn Barmby, par exemple, qui s’agacèrent du ton insuffisamment puriste du mouvement Owenite et formèrent l’Église Communiste (ses organisations-sœurs comprenaient les #White_Quakers de Dublin et le #Ham_Common_Concordium de Richmond.) [3] Ils prêchaient diverses prophéties #New_Age, ainsi que le végétarisme, l’#hydrothérapie, les cheveux longs et le port de sandales. Au fil des années, #Goodwyn_Barmby se mua en figure christique, avec de longs cheveux blonds flottant sur les épaules ; ensemble, le jeune couple arpentait les rues de Londres avec un chariot où il puisait des tracts qu’il distribuait en haranguant les passants.

      Le renouveau #socialiste de la fin du XIXe siècle était lourdement investi de croyances « hurluberlues ». Comme l’a écrit Michael Holroyd, c’était largement a partir « d’ #agnostiques, #anarchistes et #athées ; de #réformistes du costume [4] et du régime alimentaire ; d’#économistes, de #féministes, de #philanthropes, de #rationalistes et de #spirites tentant tous de détruire ou de remplacer le #christianisme » que le renouveau s’est opéré. L’activiste #Henry_Hyndman, un disciple d’Engels et le fondateur de la Social Democratic Federation (SDF, fédération socialiste démocratique) en 1881, désespérait comme Orwell de ce type de tocades morales. « Je ne veux pas que le mouvement » , martelait-il, « soit un dépotoir de vieux hurluberlus, d’humanitaires, de #végétariens, d’anti-vivisectionnistes, d’anti-vaccinationnistes, d’artistes du dimanche et toute cette espèce. »  Sans surprise, William Morris et ses amis au sein de la SDF décidèrent de s’en séparer et fondèrent leur propre groupe en 1884, la plus anarchique (et sexuellement radicale) Ligue socialiste. La #Fabian_Society , [5] qui débutait au même moment, était un groupe dissident de la #Fellowship_of_the_New_Life (Compagnons de la nouvelle vie), une communauté éthico-spirituelle (et végétarienne).

      C’était également l’époque de la #Vegetarian_Cycling_Society (Société des Cyclistes Végétariens) et des clubs nés autour de l’hebdomadaire socialiste #The_Clarion, qui visait à #« amener le citadin à entrer plus fréquemment en contact avec la beauté de la nature, et faire progresser l’idéal d’une vie plus simple, d’un mode de vie modéré et d’une élévation de la pensée. » #George_Bernard_Shaw qui, en tant que végétarien porteur de laine brute, naturelle et tricotée à la main, entretenait une relation de proximité avec les hurluberlus, a résumé les deux impulsions différentes du socialisme du temps : l’une tenait à « organiser les docks » , l’autre à « s’asseoir au milieu des pissenlits ».

      Le saint patron des pique-niqueurs au milieu des pissenlits était #Edward Carpenter, et Orwell l’avait clairement à l’esprit. Ancien vicaire anglican qui avait été l’invité de Thoreau, auteur d’un long poème whitmanesque, ‘Vers La Démocratie’ , Carpenter prônait un socialisme spirituel et le retour à la nature. A la suite d’une vision, il avait acheté une petite exploitation rurale à Millthorpe, près de Sheffield, où il faisait pousser ses propres légumes. Il était végétarien et prêchait le contrôle des naissances ainsi que le mysticisme oriental ; il avait écrit The Intermediate Sex (Le Sexe intermédiaire) , le premier livre qui présentait l’homosexualité sous un jour positif à être largement diffusé en Angleterre. Il avait pour habitude de se baigner nu à l’aube en compagnie de son domestique et amant, et sa vie était dénoncée comme scandaleuse et immorale.


      Edward Carpenter devant son cottage de Millthorpe, dans le Derbyshire, 1905. Il porte une paire des célèbres sandales de style indien qu’il fabriquait lui-même et une veste, un bermuda, une cravate et une large ceinture de sa propre conception. Crédits Sheffield Archives, Carpenter Collection, Box 8/31 a.

      Plus que n’importe qui d’autre, Carpenter a été responsable de l’introduction des sandales dans la vie britannique. Quand son ami Harold Cox partit pour l’Inde, Carpenter le chargea d’envoyer une paire de sandales du Cachemire à Millthorpe. La paire en question comprenait une lanière qui remontait de la semelle, passait par-dessus les orteils et s’accrochait à la cheville. « J’ai rapidement éprouvé une joie à les porter », écrivit Carpenter. « Et au bout de quelque temps, j’ai décidé d’en fabriquer. » Les chaussures, décida-t-il, étaient « des étouffoirs en cuir » . Il prit des leçons auprès d’un bottier de Sheffield et arriva « vite à fabriquer beaucoup de paires pour moi-même et plusieurs amis. » (Il en offrit une paire à Shaw, mais elles lui sciaient les pieds et il renonça à les porter en jurant de ne jamais y revenir.) Plusieurs disciples firent le pèlerinage à Millthorpe, y compris, dans les souvenirs de Carpenter, une réformiste du costume – « Son nom était Swanhilda quelque chose » , qui avait marché des kilomètres, sous une pluie battante, seulement vêtue d’une robe de serge bleue grossièrement coupée et de sandales qui s’enfonçaient dans la boue presque à chaque pas. Un des domestiques de Carpenter à Millthorpe, George Adams, entreprit aussi de fabriquer des sandales. Quand il se brouilla avec son maître, il déménagea dans la toute nouvelle ville-jardin de Letchworth, dans le Hertfordshire, et y ouvrit un petit commerce de sandales.

      Letchworth occupe une place spéciale dans l’histoire des hurluberlus. « Un jour cet été » , écrivait Orwell dans le Quai de Wigan, « je traversais Letchworth quand le bus s’est arrêté pour laisser monter deux hommes âgés d’allure affreuse. Tous deux très petits, roses, joufflus et tous deux tête nue, ils devaient avoir dans les soixante ans. Ils étaient habillés de chemises couleur pistache et de shorts kakis dans lesquels leurs énormes arrière-trains étaient si boudinés que vous auriez pu en étudier chaque fossette. Leur arrivée fit courir un léger frisson d’horreur sur l’impériale du bus. L’homme assis à côté de moi… murmura ‘des socialistes’. Il avait probablement raison », continue le passage. « Le Parti travailliste indépendant tenait son université d’été dans la ville. » (Orwell néglige de mentionner qu’il y assistait lui-même).

      La ville-jardin de #Letchworth, une expérience en urbanisme inaugurée en 1904 – une utopie d’air frais et de vie rationnelle – devint instantanément une Mecque pour les amoureux de la vie simple et acquit une réputation nationale de ville « hurluberlue » : sandales et scandales à foison. Un de ses deux architectes originels, Raymond Unwin, avait été l’un des associés de Carpenter au sein du socialisme de Sheffield (et un végétarien). Un ancien résident a offert une description du « citoyen typique de la ville-jardin » : il portait des sandales, ne mangeait pas de viande, lisait William Morris et Tolstoï, et possédait deux tortues « qu’il cirait périodiquement avec la meilleure des huiles de moteur Lucas. » Les végétariens de la ville ouvrirent le Simple Life Hotel (l’hôtel ‘Vie Simple’), qui comprenait un magasin de produits alimentaires naturels et un restaurant réformiste alimentaire. Un membre de la famille quaker Cadbury ouvrit un pub sans alcool, la Skittles Inn (l’Auberge des Quilles), où il faisait un fructueux commerce de chocolat chaud et de Cydrax, un vin de pomme sans alcool. (Ce qui inspira un commentaire sur une vie « toute en quilles et sans bière » [6] à G.K Chesterton, et plus tard une raillerie à John Betjeman dans son poème Huxley Hall, « Ni mon dîner végétarien, ni mon jus de citron sans gin/ ne peuvent noyer mon hésitante conviction selon laquelle nous pourrions bien être nés dans le péché ».)

      Les dimanches, les Londoniens faisaient des excursions en train pour étudier l’étrange collection d’espérantistes vêtus de blouses et de théosophistes de Letchworth ; une bande dessinée d’un journal local dressait même le tableau comique de visiteurs d’un zoo d’humains. « Papa, je veux voir comment on les nourrit ! » , y réclame un enfant. Les panneaux indicateurs pour les visiteurs y signalaient : « Direction Les Lutins Raisineux Porteurs de Sandales À Pointes Longues », « Par Ici Pour Le Pub Non-toxique » et « Direction Les Mangeurs de Bananes Hirsutes » . Annie Besant, une théosophiste militante du contrôle des naissances, y ouvrit l’école St. Christopher – où le Parti travailliste indépendant tenait sa réunion d’été – et qui aujourd’hui encore offre exclusivement de la nourriture végétarienne (ses élèves admettent se rabattre sur McDonald’s).


      Dessin de Louis Weirter, publié dans le journal local The Citizen, 1909. Crédits image, First Garden City Heritage Museum de la Letchworth Garden City Heritage Foundation

      Les années 1920 et 1930 offraient nombre de tendances contre-culturelles propres à faire frémir Orwell. Un pacifisme de type jusqu’au-boutiste s’était davantage généralisé au milieu des années 30 qu’à n’importe quelle autre époque de l’histoire britannique. Il y avait aussi une manie du grand air (associée à un développement des loisirs) et d’un mode de vie hygiénique et non raffiné. Les adhésions au club cycliste du Clarion atteignirent leur apogée au milieu des années 30, et un nombre sans précédent de citadins en bermudas et chemises à col ouvert s’entichèrent d’hôtels de jeunesse et de randonnées pédestres. « Le droit de vagabonder » à travers vallons, coteaux et landes devint une cause de gauche et la randonnée de masse, un acte politique parfois nuancé de mysticisme de la nature. En 1932, l’écrivain S. P. B. Mais conduisit seize mille personnes dans le parc naturel des South Downs pour y admirer le lever du soleil sur Chanctonbury Ring (malheureusement, le ciel était nuageux ce matin-là). Le mouvement de retour à la nature prenait d’autres formes aussi. À Marylebone en 1928, la Nature Cure Clinic (clinique de cure naturelle) ouvrait ses portes, avec des idées homéopathiques venues de l’Est via l’Allemagne. Les fruits crus et les jus de légumes y étaient considérés nécessaires à l’élimination des toxines. Et dans les mêmes années 30, le Dr Edward Bach vantait les vertus curatives des essences de fleurs qu’il avait découvertes en recueillant des gouttes de rosée sur des plantes, à l’aube.

      Le #nudisme organisé fit son apparition en Grande-Bretagne à la fin des années 1920. L’un de ses premiers centres à s’ouvrir a été Sun Lodge, à Upper Norwood au sud-est de Londres. A partir de 1928, les membres de la #Sun_Bathing_Society (société des bains de soleil) se retrouvaient les week-ends pour s’imprégner des rayons salutaires et revigorants et pour d’autres activités comme la « danse rythmique. » Les habitants locaux s’agglutinaient autour de la clôture pour tenter d’entrapercevoir les baigneurs en puris naturalibus. En 1929, la police dut intervenir au Welsh Harp Reservoir, à côté de Wembley, pour protéger les naturistes contre des émeutiers. En dépit de la controverse qu’il suscitait, le mouvement #nudiste prit de l’ampleur. En 1932, une lettre au Times en appela à la reconnaissance des bénéfices du culte du soleil - « en moins qu’un costume de bain. » - Ses signataires comprenaient George Bernard Shaw et C. E. M. Joad, philosophe populaire, socialiste, pacifiste, enthousiaste de la campagne (et peut-être le modèle du “Professeur Woad » d’Orwell). Joad était convaincu des vertus des siestes « nu au soleil », même seulement sur des criques désertes. Le ridicule n’était jamais loin. Dans le film I See Ice (1938), George Formby chantait - « Une photo d’un camp nudiste/ Dans mon petit album d’instantanés/ Très jovial mais un peu humide/ Dans mon petit album d’instantanés. » -

      #Leslie_Paul, fondateur des Woodcraft Folk, une alternative antimilitariste aux scouts ouverte aux garçons comme aux filles, se décrivait comme un « socialiste du style d’Edward Carpenter, épris d’une vision mystique de l’Angleterre. » En 1933, cinq cent jeunes membres des Woodcraft Folk campèrent autour d’une pierre levée de l’âge du bronze, dans le Herefordshire, pour y écouter un exposé sur les alignements de sites. [7] Deux garçons étaient accroupis dans une cage d’osier au sommet du monument. (Aujourd’hui, le propriétaire de la terre sur laquelle se dresse la Queen Stone préfère ne pas donner sa localisation exacte pour ne pas encourager la tenue de séances.) Paul, qui était écrivain et journaliste, passait le plus clair de son temps dans un cottage de la campagne du Devonshire. Un ami local, Joe, avec des poils sur la poitrine « épais et bouclés » comme un « matelas de fils de fer » aimait à s’allonger nu au soleil, à déclarer sa passion pour Tolstoï et à dénigrer les chaussures de cuir. « Le végétarisme était dans l’air du temps progressiste », écrivit plus tard Paul. « De nouveaux magasins de nourriture offraient de quoi satisfaire de fantastiques nouveaux goûts. … j’ai bu un mélange de lait malté, d’eau chaude et d’huile d’olive qui passait pour avoir les plus heureux effets sur le colon et les nerfs. » C’était un admirateur de l’Union Soviétique, un socialiste et un pacifiste. « Le #pacifisme avait une extraordinaire affinité avec le végétarisme », se souvenait-il, « de sorte que nous vivions d’énormes saladiers de bois emplis de salade aromatisée à l’ail, de lentilles et de pignons de pin garnis de poireaux. Nous respirions la santé. »

      Orwell a participé à deux universités d’été en 1936 : l’une à Letchworth et l’autre organisée par #The_Adelphi, un magazine pour qui il écrivait, dans une grande maison de Langham, près de Colchester. L’éditeur et fondateur du journal était le critique John Middleton Murry, un pacifiste et socialiste d’un type spirituel et poète qui avait acquis la maison dans l’espoir d’en faire le foyer d’une nouvelle forme de communauté égalitaire. (« Dans cette simple et belle maison, notre socialisme est devenu réalité » , écrivait-il. « Il me semblait que nous avions atteint une nouvelle sorte d’immunité contre l’illusion. ») Tous les invités étaient mis à contribution pour aider à la bonne marche du centre : Orwell était très demandé à la plonge, où il employait des talents cultivés lors de ses jours de pauvreté à Paris. Au cours d’une des discussions, il asséna apparemment à son auditoire, en majorité des gens de la classe moyenne, qu’ils ne « reconnaîtraient même pas un mineur ou un débardeur s’il en entrait un dans la pièce. » Murry finit par penser que le Centre Adelphi tenait trop de l’atelier d’idées : les socialistes qui y résidaient manquaient de la discipline qu’apporte le rude labeur physique.
Son projet suivant fut une ferme pacifiste.

      Il y a cent autres exemples de socialistes épris de ‘vie simple’ qui auraient suscité le mépris d’Orwell. Mais, malgré tous ses efforts, la longue et riche histoire des « hurluberlus » continua au-delà des années 1930 jusqu’aux éléments de la Campagne pour le Désarmement Nucléaire, les #hippies et les #Verts. (Et au-delà de l’Angleterre aussi, bien sûr.) Dans les années 1960, un restaurant végétarien a effacé un siècle de moqueries en adoptant fièrement le nom « Les Hurluberlus ». De bien des façons, la situation s’est retournée contre Orwell. Les personnages comme Edward Carpenter et Leslie Paul peuvent désormais être considérés comme les pionniers de l’anti-capitalisme écologiste moderne. L’environnementalisme est de plus en plus une cause et de moins en moins une distraction d’excentrique.

      Beaucoup de choses qu’Orwell considérait comme hurluberlues sont aujourd’hui à la mode. Il y a trois millions et demi de végétariens en #Grande-Bretagne, le yoga fait de plus en plus partie de la vie quotidienne des classes moyennes, et des pilules homéopathiques sont avalées par millions. (Malgré tout, ces tendances suggèrent, encore plus que du temps d’Orwell, une volonté d’auto-préservation et un style de vie égoïste, le contraire d’une volonté authentique de changer le monde.)

      Inévitablement, alors que des aspects hurluberlus ont été absorbés dans le courant dominant, d’autres pratiques et croyances étranges prennent leur place et sont ridiculisées par la majorité. Dans l’esprit du Quai de Wigan , on pourrait dire de l’anti-capitalisme d’aujourd’hui qu’il attire avec une force magnétique tous les écolos forcenés, les fruitariens organiques, les scooteristes à batterie solaire, les enthousiastes des naissances dans l’eau, les pratiquants de sexe tantrique, les fans de world music, ceux qui vivent dans des tipis, les porteurs de pantalons de chanvre et les accros aux massages ayurvédiques d’Angleterre. Quant aux sandales, les journalistes du Daily Mail _ peuvent bien conserver la mémoire de l’association entre hurluberlus d’antan et pieds quasi-nus, mais les longues queues devant les boutiques Birkenstock devraient les y faire réfléchir à deux fois. La vie simple est peut être aussi illusoire aujourd’hui qu’hier, mais nous sommes tous devenus des porteurs de sandales.

      Paul Laity est rédacteur littéraire au sein de la vénérable London Review of Books. En 2001, il a publié la Left Book Club Anthology (l’Anthologie du club du livre de gauche) , (Weidenfeld & Nicolson)
      Traduction Entelekheia
      [1] William Morris, peintre, dessinateur de papier peint, écrivain et l’une des figures de proue d’un mouvement conjuguant art et artisanat, l’Arts and Crafts.
      [2] La première à avoir reconnu le talent d’Orwell. Elle l’aida à faire publier son premier livre en le portant elle-même à un agent littéraire qui le transmit à un éditeur, Victor Gollancz. Le livre, Down and Out in Paris and London, parut en 1933.
      [3] Une communauté socialiste utopique également connue sous le nom « Alcott House ».
      [4] Les réformistes du costume militaient contre le corset, pour le pantalon féminin, pour que les femmes s’habillent de façon adaptée à la mode des vélocipèdes, pour le port de sous-vêtements hygiéniques en laine, et plus généralement pour le port de vêtements pratiques, dits « rationnels ».
      [5] Club politique de centre-gauche, socialiste et réformiste créé en 1884. Gorge Bernard Shaw et Herbert George Wells en faisaient partie. La Fabian Society , qui se décrit aujourd’hui comme progressiste, existe toujours au sein du Parti travailliste. Elle est aujourd’hui alignée sur le néolibéralisme européiste de Tony Blair.
      [6] Jeu de mots sur un proverbe anglais. Littéralement, « la vie n’est pas toute faite de bière et de quilles », signifiant « la vie n’est pas toujours facile ».
      [7] Théorie loufoque sur des lignes imaginaires (également appelées « ley lines ») censées relier des sites préhistoriques de façon occulte.

      #culpabilisation #Gauche #Histoire_des_idées #Libéralisme #Socialisme_utopique #espéranto #hurluberlu #hurluberlue

      Cet article est paru dans Cabinet Magazine http://www.cabinetmagazine.org/issues/20/laity.php sous le titre ‘A Brief History of Cranks’.

  • [thread libéré] cc @CaptHagon : Bon je vais vous parler un peu du futur Revenu Universel d’Activité (RUA), parce que c’est un gros sujet et un véritable big bang dans les politiques de lutte contre la pauvreté et l’État social. ⬇️⬇️⬇️⬇️⬇️

    Le RUA c’est une marotte gouvernementale : la fusion des aides pour réaliser des économies de gestion sous couvert de simplification. Le gvt en parlait déjà sous Hollande (pour faire croire à un revenu de base).

    Macron l’a annoncé dès 2017 dans le cadre du plan pauvreté.

    À l’heure actuelle le projet RUA (loi en 2020, application en 2021) fusionerait les aides suivantes :
    – Le Revenu de Solidarité Active (ex-RSA socle)
    – La Prime d’Activité (ex-RSA activité)
    – Les Aides au Logement (APL, ALS, ALF)
    – L’Allocation Adultes Handicapés
    – L’Allocation de Solidarité aux Personnes Âgées (ex-minimum vieillesse)

    Ainsi que d’autres aides encore en discussion (ASS notamment).

    Toutes ces aides feront l’objet d’une demande unique avec un « RUA-socle » et des « suppléments » en fonction de la situation.

    Premier problème : les objectifs politiques de ces aides sont très différents, mais le gouvernement veut tout regrouper dans 2 objectifs uniques : la réduction de la pauvreté et le retour à l’emploi (oui, oui).

    Déjà, on sent venir la douille.

    Second problème : ces aides ont des modes de calcul très différents. Mais le gouvernement a fait le choix de tout aligner progressivement.

    Le meilleur exemple c’est les APL la mise en place du calcul sur les ressources contemporaines en cours de mise en place a pour objectif ... d’aligner le mode de calcul des APL sur celui de la Prime d’Activité. Concrètement ça va se traduire par une baisse des aides pour pas mal de monde avec des situations changeantes (en particulier les jeunes).

    Troisième problème : le gouvernement a posé un cadre à budget constant, ce qui veut dire une baisse en réel et un maintien des coups de rabots sur les APL et peu de perspective d’élargissement du RUA-socle à de nouveaux publics (les 18-25 ans exclus du RSA notamment).

    Je le disais, le RUA a pour objectif le retour à l’emploi, et il a été annoncé dès le début que le maintien du RUA-socle pourrait être conditionné à l’acceptation d’un emploi jugé « raisonnable » par Pôle Emploi (système à l’allemande).
    Une belle saloperie pour tailler dans le RSA.

    Se pose alors plusieurs questions : Que vont devenir les personnes radiées du RUA socle ? Quid des autres aides qui n’ont RIEN à voir avec l’emploi (AAH, APL) ? Elles seront conditionnées elles aussi au retour à l’emploi ?

    Le gouvernement affirme que non, pour le moment.

    Déformation pro oblige, le cas des APL me paraît très inquiétant : coupes budgétaires multiples depuis 2017, objectifs radicalement différents du RUA, versement en tiers-payant, etc.

    Il y a fort à parier que les APL soient la variable d’ajustement budgétaire du projet.

    APL dans le parc social déjà subventionné leur paraît absurde, leur disparition pour ne laisser que les APL parc privé me paraît hautement probable à moyen terme)

    (Concernant l’AAH je m’y connais très très peu, des twittos en ont pas mal parlé je vous invite à jeter un oeil)

    On est finalement plus très loin du « Universal Credit » britannique (un fiasco qui a fait exploser la pauvreté) ou du système d’allocations des Job Center allemands (centrés uniquement sur le retour à l’emploi).

    On passe du « wellfare » au « workfare » made in néolibéralisme.

    mener à nivellement par le bas doublé d’une usine à gaz colossale en terme de demande et de suivi de dossier.

    Avec en plus la réforme du chômage et celle de la retraite, l’impact social va être massif.

    Alors je sais que les mobilisations sociales en France reposent beaucoup sur les secteurs professionnels, mais il y a une vraie urgence à parler des minimas sociaux, des aides et de la pauvreté dans le mouvement social, parce que tout se détricote très, très, très vite.

    Source : https://twitter.com/CaptHagon/status/1210516805195849728
    Reader : https://threadreaderapp.com/thread/1210516805195849728.html
    Archive : https://web.archive.org/save/https://twitter.com/CaptHagon/status/1210516805195849728

    #casse_sociale #liberalisme #ultra-liberalisme #RSA #RUA #protection_sociale #solidarité

  • Les gilets jaunes face à l’empire (2/2)
    https://collectiflieuxcommuns.fr/?1000-Les-gilets-jaunes-face-a-l-empire

    Voir la première partie

    (.../...)

    Deuxième point la question identitaire, au sens large. Immédiatement les gilets jaunes ont brandi des symboles nationaux – le drapeau, la Marseillaise, le bonnet phrygien – et tenus les propos les accompagnant. Il s’agissait moins d’un nationalisme idéologisé qu’un appel à revenir aux fondements républicains, qu’une réaction en face de l’effacement du cadre national, celui-ci étant vu comme un cadre collectif, issu d’une histoire commune, incarnant une identité partagée, lieu d’exercice de la souveraineté populaire et espace de déploiement d’un projet de société admis et revendiqué auquel sont conviés les nouveaux arrivants, enfants ou immigrés. On peut, ici aussi, être d’accord ou pas, mais inutile de préciser que c’est, là encore, contre toute la mécanique impériale, qui repose sur l’envers exact de tous ces points. (...)

    #Assemblée, #Conférence, #Empire, #Gauchisme, #Gilets jaunes_(2018-2019), #Libéralisme, #Lieux_Communs, #Multiculturalisme, #Politique, #Récupération