• Monde académique 1/5 - Le privé fait la leçon

    Les #coupes_budgétaires sont drastiques depuis des années dans les universités suisses. En 2027, 2,4 milliards de francs devront être coupés. Or qui dit moins de #soutien_public, dit augmentation des #taxes_d'études et augmentation des #financements_privés. Quels risques pour la #liberté_académique ? Alors que l’Université de Fribourg inaugure un centre financé par la Mobilière, une manifestation a lieu, à Genève, contre l’#austérité qui vise le monde académique.

    https://www.rts.ch/audio-podcast/2026/audio/monde-academique-1-5-le-prive-fait-la-lecon-29250571.html
    #ESR #université #privatisation #Suisse #facs
    #audio #podcast

  • L’Université et les libertés académiques menacées : anatomie d’une offensive
    https://lvsl.fr/luniversite-et-les-libertes-academiques-menacees-anatomie-dune-offensive

    Alors qu’un rapport publié fin 2025 par France #universités alertait sur les menaces pesant sur les libertés académiques, le nouveau budget ne répond pas à la crise que traverse l’enseignement supérieur. 100 % des 75 universités françaises ont voté un budget initial de 2026 en déficit ; en 2022, elles n’étaient que vingt dans cette situation. Dans ce contexte, une proposition de loi visant à mieux garantir les libertés académiques — notamment par la création d’une instance chargée de les surveiller — est actuellement à l’étude au Parlement, tandis que certains plaident pour leur inscription dans la Constitution. Une dynamique qui témoigne d’une prise de conscience, mais dont la portée pourrait rester largement symbolique face à l’ampleur des difficultés. Car ces propositions (…)

    #Société #budget_université #liberté_académique #mobilisation_universitaire #université_française

  • Comment faire #bifurquer la #recherche_scientifique ?
    https://www.terrestres.org/2026/01/20/comment-faire-bifurquer-la-recherche-scientifique

    Comment faire bifurquer la recherche scientifique ?
    La recherche scientifique joue un rôle central pour documenter l’étendue et la gravité de la catastrophe écologique. Mais la science n’est-elle pas aussi un moteur de cette crise ? Dans son livre “#Décroiscience”, #Nicolas_Chevassus-au-Louis revient sur l’époque charnière des années 1970, où s’est développé un double mouvement d’#autocritique de la science et de l’économie.

    Le titre accrocheur, Décroiscience (néologisme introduit par Jaques Testart1), est source de malentendu. Car le champion incontesté de la décroiscience en 2025 est Donald Trump. Depuis le début de son deuxième mandat à la Maison Blanche il met tout en œuvre pour porter un coup d’arrêt au régime normal de la recherche scientifique. Réduction des crédits aux agences de recherche, censure de programmes, atteintes à la #liberté_académique, refus de coopérations internationales… Ces mesures affecteront la dynamique de croissance des connaissances sur plusieurs générations. Assurément, ce n’est pas le genre de décroiscience que propose ce livre. Il reste que l’analogie suggérée par le titre entre décroissance économique et décroissance de la production scientifique est discutable. Les limites auxquelles se heurte l’augmentation du savoir scientifique ne sont pas de même nature que les limites planétaires de la croissance économique. Par-delà le coût environnemental des activités de recherche et d’innovation, ce sont surtout des choix politiques qui sont à questionner. Or la politique de Trump vise moins à étouffer la recherche scientifique qu’à la mettre au pas, au service de ses intérêts et de ses idées. Il finance les recherches compatibles avec ses objectifs. Michael Kraitsos, conseiller scientifique du président, se présente en restaurateur de « la Gold Standard Science » rappelant les principes de l’intégrité scientifique. La brutalité de ces mesures révèle en fait la vulnérabilité des communautés scientifiques, entièrement dépendantes des politiques pour leur fonctionnement et leurs orientations de recherche. La situation de subordination de la science aux impératifs politiques n’est pas vraiment diagnostiquée dans le livre, bien qu’elle soit au cœur de la question de la contribution de la science à la crise planétaire actuelle.

    ...

    #Bernadette_Bensaude-Vincent
    20 janvier 2026

  • «  La #tribune_dimanche  » et le ministre de l’enseignement supérieur  : un pur moment de #propagande

    L’hebdomadaire dominical du milliardaire #Rodolphe_Saadé a publié un entretien avec le ministre de l’Enseignement supérieur #Philippe_Baptiste, qui a profité de l’occasion pour se poser, sans être contredit, en champion de «  la #liberté_académique  ». Problème  : dans le monde réel, ce ministre engagé est, comme ses prédécesseurs macronistes, un assaillant de cette liberté.

    Dans son édition datée du 30 novembre 2025, l’hebdomadaire dominical La Tribune dimanche (groupe #CMA_Média) a publié, sur deux pages, un article trompetant, comme un cocorico, que la France allait prochainement accueillir 33 «  scientifiques américains de renommée internationale dont la liberté académique est menacée aux États-Unis  » - où le président Donald J. Trump est, comme on sait, parti en guerre contre les universités, accusées, en substance, d’être des repaires de gauchistes pro-palestiniens.

    Ce long article est complété — deux attentions valent mieux qu’une — par un entretien avec le ministre macroniste de l’Enseignement supérieur, Philippe Baptiste, à qui La Tribune dimanche pose la question suivante : «  Qu’est-ce qui empêcherait la #science française de subir le même sort que la science américaine en cas de bouleversement politique dans le pays  ?  »

    C’est-à-dire : dans le cas où l’extrême droite prendrait aussi le pouvoir de ce côté-ci de l’Atlantique.

    Le ministre fait cette réponse bouleversante : «  La question de la liberté académique est centrale. (…) Ce que montre l’exemple américain, c’est que la première garantie de la liberté académique, c’est un #financement suffisant pour la recherche de base  ! Partager collectivement, au sein du pays, un attachement viscéral à la #science et à la recherche libres, c’est la première étape pour protéger les #libertés_académiques.  »

    Ces propos sont si beaux, que l’intervieweur du ministre, probablement subjugué par tant d’attachement au libre exercice de la recherche et de «  la science  », en oublie de confronter Philippe Baptiste à la réalité de ses pratiques ministérielles — et de celles de ses prédécesseurs macronistes.

    Discours admirable, méthodes détestables

    Et c’est un peu dommage, car ce journaliste découvrirait, s’il poussait plus avant sa curiosité, un conséquent décalage entre un discours officiel tout à fait admirable, et des méthodes qui le sont beaucoup — beaucoup - moins.

    Car, premièrement  : loin d’assurer à «  la #recherche_de_base  » le «  financement suffisant  » qui serait selon le ministre «  la première garantie de la liberté académique  », l’État macroniste, en les sous-finançant, entretient au contraire un #déficit chronique des universités, qui sont invitées, sous le sceau de leur #autonomisation, à gérer elles-mêmes les difficultés financières croissantes auxquelles elles se trouvent ainsi confrontées - faute d’une aide publique suffisante.

    Et bien sûr : cette pénurie organisée, où chaque président d’université se trouve contraint de courir après des subsides étatiques en constante diminution, favorise une #compétition entre établissements qui détériore grandement les conditions de la #recherche et de l’enseignement.

    Insistons-y  : pendant que Philippe Baptiste déclame que le «  financement suffisant  » de «  la recherche de base  » est la «  première garantie de la liberté académique  », son gouvernement entretient dans l’université française une #précarité qui a pour effet de fragiliser cette recherche, en la soumettant à des logiques de compétitivité qui empêchent évidemment son libre exercice.

    Mais surtout, et au-delà de cette logique mortifère  : Philippe Baptiste s’implique personnellement dans de préoccupantes limitations de «  la liberté académique  » dont il prétend très sérieusement se faire le champion – mais pourquoi se gênerait-il, puisque d’agréables intervieweurs oublient très gentiment de le confronter à cette #hypocrisie.

    Il est vrai qu’ici le ministre n’innove guère, et qu’il s’inscrit au contraire dans une tradition déjà ancienne - puisque le #macronisme gouvernemental oeuvre depuis de longues années à la #disqualification des enseignants et chercheurs dont les travaux sont jugés trop déviants.

    En 2020, quelques jours après l’assassinat du professeur Samuel Paty par un djihadiste, le ministre de l’Éducation nationale de l’époque – le très droitier Jean-Michel Blanquer (qui s’est depuis reconverti dans la chanson artificielle) - avait ainsi déclaré que «  l’#islamo-gauchisme  » (1) faisait «  des ravages à l’université  », et favorisait «  une idéologie  » qui «  men(ait) au pire  ».

    C’est-à-dire : au terrorisme.

    Il avait ensuite précisé, quelques jours plus tard  : «  Il y a un combat à mener contre une matrice intellectuelle venue des universités américaines et des thèses qui veulent essentialiser les identités et les communautés, aux antipodes de notre modèle républicain. Cette réalité a gangrené notamment une partie des sciences sociales françaises, je défie quiconque de me dire le contraire.  »

    Relevant ce crâne défi, la Conférence des présidents d’université (CPU, devenue France universités en 2022) avait alors publié un communiqué au vitriol invitant le ministre à «  éviter amalgames et raccourcis inutiles  », et rappelant ces quelques sobres évidences  : «  Non, les universités ne sont pas des lieux où se construirait une “idéologie qui mène au pire“. Non, les universités ne sont pas des lieux d’expression ou d’encouragement du fanatisme. Non, les universités ne sauraient être tenues pour complices du terrorisme.  »

    L’année d’après — en 2021, donc —  #Frédérique_Vidal, alors ministre de l’Enseignement supérieur, de la Recherche et de l’Innovation, manifestement désireuse de ne pas se laisser distancer par Blanquer sur le terrain de l’extravagance, avait quant à elle annoncé qu’elle avait demandé au CNRS «  une enquête sur l’islamo-gauchisme  » qui selon elle «  gangrenait  » l’université.

    Là encore  : la CPU avait vivement réagi — pour suggérer à la ministre de ne pas «  raconter n’importe quoi  » —, et plusieurs centaines d’enseignants et de chercheurs ulcérés par cette nouvelle attaque avaient demandé — en vain —, dans une tribune publiée par le journal Le Monde, la «  démission  » de Frédérique Vidal.

    Et finalement, en 2023  : ce même journal avait révélé qu’en réalité, l’intéressée n’avait jamais demandé d’enquête sur l’islamo-gauchisme à l’université, et qu’elle avait donc menti en annonçant deux ans plus tôt le lancement d’une telle investigation - un peu comme si son intention avait effectivement été de «  raconter n’importe quoi  » pour jeter l’opprobre sur le monde universitaire.

    Colloque interdit

    Deux ans plus tard : c’est Philippe Baptiste, qui, pleinement investi dans la perpétuation de ces pratiques, entretient à son tour le soupçon que certains enseignants et chercheurs seraient travaillés par de torves intentions.

    Les 14 et 15 novembre dernier, par exemple, et comme l’a déjà raconté Blast  : un très sérieux #colloque sur la #Palestine devait se tenir au #Collège_de_France.

    Mais il a été annulé, sous la pression, notamment, d’une petite clique d’universitaires qui œuvre dans l’ombre, et sous le couvert d’un obscur Réseau de recherche sur l’antisémitisme et le racisme (RRA), au dénigrement de collègues dénoncés comme trop hétérodoxes — ou trop sensibles au sort des victimes palestiniennes des crimes perpétrés par l’armée israélienne —, et qui s’est mobilisée, avec une association d’avocats et à l’unisson de quelques organisations adeptes du bâillonnement des voix dissidentes, contre la tenue de ce symposium scientifique.

    Non sans succès, puisqu’il a effectivement été annulé.

    Quelle a été, dans cette affaire, la position de Philippe Baptiste  ? Parfaitement informé de la manœuvre du RRA, qui l’avait directement sollicité, ce ministre, loin de dénoncer pour ce qu’elle était cette atteinte caractérisée à la liberté académique — et cette mobilisation pour l’interdiction d’un colloque scientifique —, s’est au contraire associé à cette funeste entreprise, en adressant à l’administrateur du Collège de France un courrier dans lequel il écrivait qu’«  au vu  » du «  programme  » de ce symposium, il «  doutait  » que cette vénérable institution pluriséculaire soit «  en mesure de garantir un débat où le pluralisme des idées puisse pleinement s’exprimer  », et exprimait par surcroît — deux intimidations valent mieux qu’une — son «  profond désaccord  » personnel «  avec l’angle retenu  » par les organisateurs de la conférence.

    Là encore, insistons, et répétons : au lieu de de défendre la liberté académique, Philippe Baptiste, lorsqu’il a été sollicité au début du mois de novembre par des universitaires militants qui protestaient contre l’organisation d’un colloque scientifique, a fait savoir qu’il était, lui aussi, opposé à la tenue de cet événement.

    Et c’était déjà beaucoup, mais cet étonnant ministre ne s’est pas arrêté en si bon chemin.

    L’#antisémitisme à l’université

    Quelques jours après la censure du colloque du Collège de France, en effet  : les présidents des universités françaises ont eu la surprise de recevoir ce qui leur a très officiellement été présenté comme un très sérieux sondage, concocté par des collaborateurs du Centre de recherches politiques de Sciences Po (Cevipof), sur «  l’antisémitisme à l’université  » - intitulé qui, par lui-même, suggérait, on l’aura compris, que cette haine raciste infectait le même monde académique qui avait déjà été accusé quelques années plus tôt d’être gangrené par «  l’islamo-gauchisme  ».

    Immédiatement, le collectif d’enseignants et de chercheurs RogueESR, dénonçant ce qu’il a fort justement appelé une «  trumpisation de l’université française  » et un «  fichage politique  » a publié, sur son site, le 22 novembre, un billet constatant que cet «  envoi d’un questionnaire politique et religieux à des agents du service public viol(ait) le principe de neutralité institutionnelle  » en «  demandant explicitement  » à des «  agents publics, par voie hiérarchique, de répondre à un questionnaire dont plusieurs questions amènent à la collecte de données sensibles portant sur les opinions politiques et les croyances religieuses des personnels  » universitaires.

    Selon RogueESR, «  ce sondage pseudo-scientifique  », qui «  essentialis(ait) des catégories racistes  », était «  totalement illégal  ».

    Et quelques jours plus tard, le 28 novembre : c’est le rabbin Émile Ackermann qui a relevé, dans une tribune accablante publiée par le journal Libération, que le questionnaire adressé aux présidents d’université, pourtant «  présenté  » par le ministère de l’Enseignement supérieur «  comme un outil de mesure de l’antisémitisme  », ne «  cartographi(ait) pas les préjugés  » antijuifs, mais qu’il «  les remet(tait) en circulation  » - excusez du peu.

    Face à ce tollé : cette enquête qui avait été présentée comme très sérieuse a finalement été, comme l’a relevé Le Monde le 1er décembre, «  discrètement interrompue  » par le ministère, qui n’a pas daigné expliquer ce qui avait motivé ce revirement.

    Le ministre fait partie du problème

    En résumé  : en l’espace d’une quinzaine de jours seulement, le ministre de l’Enseignement supérieur a successivement légitimé une campagne dont l’objectif était d’interdire un colloque scientifique au Collège de France, puis une enquête permettant, pour reprendre les termes employés par le collectif RogueESR, de collecter des «  données sensibles portant sur les opinions politiques et les croyances religieuses  » des universitaires - et dont Philippe Baptiste a lui-même a implicitement reconnu, en mettant fin prématurément à cette stupéfiante expérience, qu’elle était, pour le dire très pondérément, problématique.

    La conclusion, qui a semble-t-il complètement échappé à La Tribune dimanche, est relativement simple à formuler : dans un moment où les libertés académiques font l’objet, aux États-Unis comme en France, d’attaques ciblées et concertées, Philippe Baptiste fait partie du problème – pas de la solution.

    (1) Ce néologisme forgé au début des années 2000, très en vogue au sein des droites françaises, est une espèce de lointaine déclinaison du non moins fantasmatique «  judéo-bolchevisme  » contre lequel ces mêmes droites concentraient leur colère au début du siècle dernier – avec les effets et suites que l’on sait.

    https://www.blast-info.fr/articles/2025/la-tribune-dimanche-et-le-ministre-de-lenseignement-superieur-un-pur-mome
    #ESR #recherche #université #islamogauchisme

  • Nicolas Cadène - Une enquête sur l’antisémitisme dans l’enseignement supérieur | Facebook
    https://www.facebook.com/nicolas.cadene/posts/pfbid077wyw3SNouvJ8wJFET8VPadMKGkYh7hrmUHDaoZCwAZzuHnmdfuS4V79BCybCUxkl

    Une enquête sur l’antisémitisme dans l’enseignement supérieur est non seulement possible, mais nécessaire. Elle est indispensable pour comprendre, prévenir et protéger. MAIS l’enquête diffusée cette semaine par le ministère n’est pas acceptable. Pourquoi ?

    👉 Parce qu’elle interroge les personnels sur leurs opinions politiques, géopolitiques ou idéologiques : sympathie pour la Palestine, Israël, jugements sur les partis politiques, etc.
    Un employeur public n’a pas le droit de sonder les opinions de ses agents, même anonymement (d’autant, qu’en l’espèce, l’anonymat n’est pas total). C’est un principe fondamental de neutralité et de liberté d’opinion.

    👉 Parce qu’elle mélange tout : actes antisémites, opinions sur Israël, représentations des Juifs, positionnement politique et même soutien à la cause palestinienne (le soutien à la cause palestinienne n’est absolument pas constitutif d’antisémitisme)…
    Scientifiquement, cela brouille complètement l’objet de l’étude et entretient des confusions graves.

    👉 Parce qu’elle associe, dans les mêmes tableaux, le soutien à la cause palestinienne et l’antisémitisme.
    C’est une confusion conceptuelle majeure, qui risque de délégitimer des opinions politiques parfaitement légales et même légitimes.

    👉 Parce qu’elle est diffusée par voie hiérarchique, ce qui place les personnels dans une position ambiguë : répondre à des questions sensibles sous l’autorité de leur employeur.

    👉 Parce qu’elle transite par un lien Google, entreprise américaine, alors que l’on traite de données sensibles, au mépris de la souveraineté numérique et des bonnes pratiques RGPD.

    👉 Parce que ce n’est pas une enquête institutionnelle neutre, mais un sondage d’opinion classique plaqué sur un objectif ministériel, avec un risque évident de lectures politiques.

    👉 Enfin, parce que ce type de questionnaire risque d’alimenter des clivages, au lieu de renforcer la protection nécessaire des étudiants et personnels juifs, qui doit être l’enjeu central.

    Enquêter sur l’antisémitisme ? Oui, absolument.

    Mais à condition de respecter :
    – la neutralité de l’État,
    – la liberté d’opinion des agents,
    – une méthodologie rigoureuse,
    – une protection stricte des données,
    – et une focalisation claire sur les actes, faits, expériences et mécanismes réels.
    Ce n’est pas le cas ici (ce qu’ont relevé plusieurs universitaires).
    Et c’est précisément pour cela qu’il faut le dire.
    Enquête accessible ici, pour vous faire votre propre avis... :
    https://drive.google.com/file/d/1Mp_2qJ9dl4ZyveKH62LkFk6491EkYq2I/view

    • REFUSONS LE PROJET D’ENQUÊTE NATIONALE SUR L’ANTISÉMITISME DANS L’ENSEIGNEMENT SUPÉRIEUR ET LA RECHERCHE
      https://www.ldh-france.org/le-projet-denquete-nationale-sur-lantisemitisme-dans-lenseignement-super

      (...) L’examen, tant de la méthodologie d’enquête que du questionnaire prévu, semble comporter de graves dangers.

      Utiliser un recensement (tous les personnels sollicités par leur hiérarchie pour répondre à un questionnaire, ainsi que toutes les étudiantes et tous les étudiants par leurs établissements) n’est pas une opération courante et ne semble pas avoir fait l’objet des déclarations nécessaire auprès de la Commission nationale de l’informatique et des libertés (Cnil) ou d’une étude d’impact relative à la protection des données (article 35 du règlement général de protection des données – RGPD).

      Le processus d’enquête retenu semble loin de garantir l’anonymisation et donc la protection des personnes répondantes. Il contient au contraire des questions dont le rapprochement est propre à permettre l’identification de chaque répondante et répondant.

      Le recours à un lien de redirection Google, une entreprise soumise à la juridiction américaine, interroge sur sa compatibilité aux règles fixées par le RGPD.

      La transmission du questionnaire par la voie hiérarchique place les personnels dans une situation ambiguë au regard de leur lien de subordination. Il ne peut y avoir de consentement libre et éclairé à répondre à des questions aussi sensibles dans un tel cadre.

      Des questions dites sensibles vont être posées. Or, il n’appartient pas à l’Etat de collecter des données sur les opinions religieuses ou politiques des agents publics. La liberté d’opinion est un principe constitutionnel garanti. Le ministère ne peut, sans enfreindre les dispositions de la loi de 1983 sur le statut des fonctionnaires, ni solliciter, ni traiter de telles données, même sous couvert d’anonymat. Le détail des informations collectées (par université, par UFR, etc.) inquiète sur l’usage qui pourrait en être fait.

      #enquête_politique #fichage

    • Antisémitisme : les présidents d’université s’opposent à la diffusion d’un sondage commandé par le ministère de l’enseignement supérieur
      https://www.lemonde.fr/campus/article/2025/11/25/antisemitisme-les-presidents-d-universite-s-opposent-a-la-diffusion-d-un-son

      Quelle sera la portée d’une enquête sur l’antisémitisme dans l’enseignement supérieur si les présidents d’université se refusent à la relayer ? Selon les informations du Monde, l’association France Universités a informé le #ministère_de_l’enseignement_supérieur, dans un courrier lundi 24 novembre, qu’au vu d’« un certain nombre de problèmes dans sa conception et les questions posées », elle ne cautionnerait pas le sondage de 44 pages établi par l’IFOP censé permettre de « quantifier le phénomène ».

      Certaines questions ont suscité l’émoi dans la communauté universitaire, « y compris auprès des responsables administratifs et juridiques des établissements [quant au] respect du RGPD [le règlement général sur la protection des données, et à la] neutralité de l’Etat », relève France Universités. Depuis le 18 novembre, les enseignants-chercheurs et personnels administratifs de l’enseignement supérieur sont invités par le ministère à répondre à ce sondage qui les conduit à se prononcer notamment sur le conflit israélo-palestinien, mais aussi à indiquer leur appartenance ou leur proximité avec un parti politique ainsi que leur religion éventuelle.

      « Cette enquête repose sur une méthodologie scientifique et des questions élaborées par les chercheurs du #Cevipof », le centre de recherches politiques de #Sciences_Po, a répondu le ministère dans un communiqué lundi, soir. « La participation est facultative et le choix de la diffuser et d’y répondre est naturellement laissé à l’entière discrétion des établissements et de leurs personnels », poursuit-il, tout en précisant que « le Cevipof garantit la confidentialité absolue de l’ensemble des données recueillies qui seront hébergées sur des serveurs hautement sécurisés ».

      « Aucune crédibilité »

      L’enquête, pour l’heure hébergée sur le cloud de Google, comprend deux volets, l’un à destination des #étudiants et l’autre du personnel. Les résultats seront exploités par deux chercheurs, experts en statistiques et analyses de données et des attitudes et comportements politiques au Cevipof dans le cadre d’un programme de recherche qu’avait annoncé le ministre Philippe Baptiste, le 29 avril.

      Après des questions sur l’antisémitisme à l’#université et en général, on interroge l’opinion des sondés sur l’image d’Israël et les responsabilités du conflit israélo-palestinien : « Selon vous, qui porte la plus grande responsabilité dans la poursuite du conflit israélo-palestinien : Avant tout les Israéliens ? Avant tout les Palestiniens ? Autant les uns que les autres ? », ou encore « Quand vous pensez à la situation d’Israël, de laquelle des deux opinions suivantes êtes-vous le plus proche : “Israël est un pays puissant qui mène une politique agressive vis-à-vis de ses voisins” ou “Israël est un petit pays qui se défend contre des pays voisins, dont certains souhaitent le détruire” ? »

      En fin de questionnaire, chaque répondant doit compléter son âge, son genre, sa fonction professionnelle, le type d’établissement et l’académie où il exerce, le plus haut diplôme détenu, le code postal de son lieu de résidence, mais aussi son appartenance ou sa proximité avec un parti politique ainsi que sa religion éventuelle.

      Largement diffusé sur les réseaux sociaux depuis le 22 novembre, ce questionnaire peut en conséquence être complété par quiconque a connaissance de son lien, qu’il appartienne ou non à l’enseignement supérieur.

      « Je pensais être dans un établissement d’un ministère laïque où mes opinions personnelles, tant philosophique, politique, religieuse, n’avaient pas lieu d’être, ce à quoi je me suis toujours tenu, commente le professeur émérite à l’Institut national des sciences appliquées de Toulouse Gilles Motet. Je ne comprends pas l’intérêt que peut porter le ministère à mes opinions sur ces sujets, d’autant plus que, sans identification du répondant, pléthore de personnes hors enseignement supérieur vont interférer sur les résultats. Aucune crédibilité ne pourra donc être apportée à l’opinion qui sera dite générale. »

      Le professeur des universités se dit aussi « sidéré » par le fait que certaines questions présupposent « une acceptation de faits comme hypothèse » et que d’autres questions « imposent une réponse dans une liste proposée » en l’absence du choix de réponse « sans opinion ». De plus, au cours du sondage, il est impossible de revenir en arrière et aucune confirmation des réponses n’est demandée en fin de questionnaire.

      « Nous vous demandons de la retirer »

      Interrogé, le Cevipof affirme au Monde que la méthodologie utilisée pour cette enquête est « classique ». « Toutes les garanties ont été mises en place pour préserver l’anonymat des répondants » de sorte que « ni le ministère ni le centre de recherche ne disposeront des données individuelles ainsi recueillies par l’IFOP ». Les répondants sont par ailleurs « volontaires », et le lien de ce questionnaire auto-administré en ligne est « entièrement géré par l’IFOP », ajoute-t-on.
      Pour le collectif d’universitaires RogueESR, « l’envoi d’un questionnaire politique à des agents du service public est une première : il viole le principe de neutralité institutionnelle ». Il souligne le risque de réidentification des répondants par le #croisement_de_variables.

      « Etant donné tous les problèmes que soulève cette enquête, nous vous demandons instamment de la retirer », ont écrit, dans une lettre au ministre, lundi, le Snesup, SUD-Education, la Ligue des droits de l’homme, l’Association pour la #liberté_académique, la Coordination antifasciste pour l’affirmation des libertés académiques et pédagogiques, l’Observatoire des atteintes à la liberté académique et Stand Up For Science. Ils rappellent que la loi du 13 juillet 1990 contre le racisme, l’antisémitisme et la xénophobie prévoit que chaque année, la Commission nationale consultative des droits de l’homme remet un rapport sur la lutte contre le racisme.

      Interrogée, la direction de l’#IFOP n’avait pas encore donné suite lundi soir à la sollicitation du Monde.

  • Billet de RogueESR du 11 novembre

    Retrouvez ce billet, avec les références et liens cliquables, paginé à l’adresse suivante :

    https://rogueesr.fr/liberte-academique-neutralite-loyaute-et-devoir-de-reserve-ii

    Pour mémoire, le prochain séminaire de Politique des Sciences aura lieu le mercredi 12 novembre de 17h00 à 20h30 à l’EHESS :

    https://rogueesr.fr/politique-des-sciences-2025-2026

    Nous nous réjouissons de chaque signe, si ténu soit-il, de vitalité de l’Université contre le rouleau compresseur de l’austérité, de la bureaucratie managériale et de l’insignifiance, en marche depuis plus de deux décennies, déjà. Ainsi, après Saclay l’an dernier, les collègues de Sorbonne Université tentent de reprendre pied face à une bureaucratie aussi autoritaire qu’incompétente, médiocre et dépourvue d’éthique. Les enjeux sont identiques : empêcher l’adoption de statuts conférant les pleins pouvoirs à la bureaucratie par un féodalisme qui dévitalise l’établissement. Hauts les cœurs !

    Le billet qui suit a été écrit avant la censure d’inspiration trumpiste d’un colloque savant au Collège de France. Nous partageons la vive émotion de la communauté scientifique face à cette violation frontale de la liberté académique.

    https://carep-paris.org/annonce/communique-de-presse-le-college-de-france-cede-aux-pressions-et-annule-

    Si vous avez raté le début…

    Dans le premier volet de ce billet, nous avons défini les principes sur lesquels repose la liberté académique :

    https://rogueesr.fr/liberte-academique-principes-et-enjeux-du-debat

    C’est une liberté négative en ceci qu’elle suppose une protection contre toute intrusion de pouvoir qui la menace de l’extérieur (pouvoir politique, pouvoir religieux, pouvoir économique, pouvoir administratif et bureaucratique). Mais il s’agit surtout d’une liberté positive qui suppose la possibilité effective de mener des recherches, de concevoir des enseignements et de décider collégialement des règles, des standards, des procédures et des limites. La liberté académique se conçoit ainsi comme un point d’articulation entre éthique scientifique et principe d’autonomie de l’Université.

    Qui doit bénéficier de la liberté académique ?

    La liberté académique est nécessaire à l’activité scientifique et universitaire, qui repose sur un questionnement endogène et vise à créer des savoirs comme un commun de la connaissance, qu’aucun intérêt particulier ne peut s’approprier. L’Université se fonde sur une interrogation illimitée qui ne prend aucune fin pratique et monnayable comme préalable et dont la méthode est la disputatio entre pairs. Cela exclut évidemment les usurpateurs publicitaires se faisant passer pour essayistes ou chercheurs, les lobbies et think-tanks mais aussi, par exemple, la recherche et développement du secteur privé. Le ministère, les rectorats, l’administration des établissements et leurs bureaucraties sont extérieurs à l’Université. En conséquence, les règles électorales des conseils centraux sont en violation directe du principe de liberté académique. Il en va de même avec toute instance de contrôle ou de pilotage bureaucratique (comme le Hcéres) fondé sur des normes exogènes à l’Université (comme les Contrats d’Objectif, de Moyens et de Performances (COMP) ou les KeyLabs).

    La liberté académique n’est pas une affaire de statut, ni d’établissement de rattachement, mais de fonction : celles et ceux qui publient des travaux scientifiques — des (enseignants-)chercheurs statutaires mais aussi, par exemple, des doctorants, des post-doctorants ou des ingénieurs de recherche — doivent bénéficier de protections, de droits et de devoirs dans ce cadre ; il en va de même pour le fonctionnement des équipes pédagogiques. La liberté académique suppose la plus faible division du travail possible dans les équipes de recherche et d’enseignement. Pour autant, la transmission de gestes, de manières de faire et de discuter, de styles, de mœurs, de standards d’exigence suppose un encadrement des jeunes chercheuses et chercheurs. Si les jeunes chercheurs ne doivent pas être les exécutants d’un P.I. qui ne pratique plus la recherche, la période de formation suppose certaines limites à leur autonomie. Nous reviendrons longuement sur la question des statuts et des garde-fous, ainsi que sur les étudiantes et les étudiants, qui sont partie prenante de l’Université, et disposent de droits et d’obligations spécifiques.

    « Neutralité », « pluralisme », « devoir de réserve », « loyauté »

    Parmi les attaques, désormais permanentes, contre la liberté académique, les plus pernicieuses sont perpétrées au nom d’une conception délibérément dévoyée du concept. Communiqués de presse ministériels, chartes d’inspiration trumpiste imposées aux établissements par les présidences de région, chartes sans la moindre valeur juridique qu’universitaires et chercheurs sont sommés de signer, règlements intérieurs et changement de statuts violant la liberté académique et le droit. Nous entendons clarifier ici quatre concepts qui reviennent de manière répétitive dans ces attaques par décomposition du sens. Disons le tout de go : les universitaires et les chercheurs, quel que soit leur statut, ne sont ni soumis à un quelconque « devoir de réserve » ni à la moindre sorte de « neutralité » et encore moins à une supposée « loyauté » vis-à-vis de leur établissement. L’Université est sous le régime de la liberté académique, tous les devoirs liés à la fonction publique y étant subordonnés. La liberté académique est bordée par l’éthique académique d’un côté et par le droit commun de l‘autre. L’éthique académique ne saurait avoir la « neutralité » pour valeur. La disputatio n’est pas un « pluralisme » d’opinion. Il serait impensable que les faits, les preuves, les analyses critiques soient tus pour ne pas froisser des croyances ou des opinions — à plus forte raison quand ces croyances sont celles de lobbies suprémacistes, intégristes et obscurantistes. S’il existe, de fait, un pluralisme d’écoles de pensée au sein de nombres de disciplines, aucune norme académique ne stipule qu’il faille un équilibre des temps de parole de différents courants dans une même conférence. Si les tentatives périodiques de fondamentalistes du marché d’interdire les travaux des économistes critiques sont problématiques, ce n’est pas au nom d’un nécessaire « pluralisme » mais parce que ces menées obscurantistes violent la liberté académique.

    Loyauté

    Les universitaires (au sens large) ne sont soumis à aucun devoir de loyauté. La loyauté fait référence au principe de subordination hiérarchique dans l’exercice des fonctions. Les professeurs sont nommés par le président de la République ; les maîtres de conférences sont nommés par le ministre. Aucun président d’université, aucun recteur, aucun directeur de laboratoire, aucun directeur d’UFR, aucun responsable administratif n’est le supérieur hiérarchique d’un universitaire. Les universitaires et les chercheurs doivent rester étrangers à toute prétendue loyauté envers l’établissement ou envers la bureaucratie, et plus encore envers une « marque » universitaire. En revanche, ils sont soumis à l’éthique académique. En ce sens, ils doivent faire preuve de loyauté au sens où ils doivent faire preuve d’honneur, de probité, d’intégrité et de déontologie, et respecter les normes et les valeurs du travail savant. Seuls les pairs en sont garants.

    Neutralité institutionnelle

    Le « principe de neutralité », « principe fondamental du service public » selon le Conseil constitutionnel, s’applique à l’« administration » et aux « autorités responsables » des établissements d’enseignement supérieur et de recherche. Les usagers, pour leur part, « disposent de la liberté d’information et d’expression à l’égard des problèmes politiques, économiques, sociaux et culturels. Ils exercent cette liberté à titre individuel et collectif. » Seules la bureaucratie et l’administration de l’enseignement supérieur et la recherche sont donc soumis au principe de neutralité, compris comme l’absence d’expression d’opinions politiques ou religieuses et, a fortiori, d’attache politicienne. L’usage des listes professionnelles par des présidents d’établissements d’enseignement supérieur et de recherche pour appeler à voter pour tel ou tel candidat à la présidence de la République contrevient ainsi au principe de neutralité. L’Udice et France Universités, les deux associations de défense des intérêts de la bureaucratie, contreviennent en permanence au principe de neutralité puisqu’elles défendent des options politiques — comme la volonté d’en finir avec le statut de fonctionnaire dans l’ESR ou d’augmenter les frais d’inscriptions. Le principe de neutralité ne désigne en aucun cas le silence sur les implications politiques et sociales des faits établis dans le cadre d’une recherche scientifiquement adéquate, ni le principe de musèlement de la production savante lorsqu’elle contrevient à des opinions exprimées par des groupes de pression. Le principe millénaire des franchises universitaires est une conséquence de ce principe de mise à l’abri de l’espace de délibération, de critique et de réflexion interne à l’Université. Les deux franchises principales sont la suspension du pouvoir de police et l’existence d’un pouvoir juridictionnel de l’Université, avec ses juridictions et son dispositif de sanctions disciplinaires. Parce que la disputatio entre pairs et l’éthique académique doivent, seuls, régir l’activité académique, les forces de l’ordre ont interdiction d’intervenir dans l’enceinte des campus universitaires — les exceptions sont les flagrants délits, les catastrophes et les interventions sur réquisition du Parquet. Au cours de la dernière décennies, les violations des franchises universitaires se sont multipliées, les présidences cédant aux pressions ministérielles et acceptant sans nécessité les interventions policières dans les établissements sur pression des préfets ou du ministère. Les parlementaires de la droite illibérale tentent régulièrement de mettre fin aux franchises universitaires, qui ont pourtant survécu même à l’Inquisition, en créant un délit d’intrusion dans les campus universitaires.

    Devoir de réserve

    Le devoir de réserve est une notion issue de la jurisprudence et non des textes de loi. Le devoir de réserve est la conséquence de la neutralité institutionnelle pour les personnels de la fonction publique, qui se doivent d’observer une retenue (réserve) dans l’expression de leurs opinions, faute de quoi ils s’exposent à une sanction disciplinaire (et non pénale). Les décisions du conseil constitutionnel de 1984 et 2010 rappellent qu’universitaires et chercheurs ne sont pas soumis au devoir de réserve, puisqu’ils sont sous le régime de la liberté académique. Ils ont un devoir éthique de dire le vrai sur le monde. En revanche, même dans le cadre de prises de paroles dans les médias, les présidences d’établissements de l’ESR ne peuvent faire mention de leurs opinions politiques ou religieuses, même s’ils sont issus du corps professoral : dès lors qu’ils n’exercent plus les fonctions de professeurs et même s’ils en garde le titre, les fonctions administratives leur impose la plus grande retenue.

    Neutralité axiologique

    Le concept de « neutralité axiologique » est périodiquement brandi dans des tribunes néo-maccarthystes de la presse illibérale pour disqualifier la participation des universitaires aux débats politiques et sociaux. L’usage confusionniste du concept date d’un temps où des universitaires conservateurs ont voulu faire de Max Weber un anti-Marx et ont interprété le concept de « neutralité axiologique » comme une incompatibilité de l’activité scientifique avec tout positionnement politique. La neutralité axiologique signifie l’indépendance réciproque entre la quête de vérité et les valeurs éthiques et politiques, tant dans la production que dans la réception des connaissances scientifiques. Autrement dit, ce que je crois devoir être ou ce que je crois être bon ne doit avoir aucune incidence opératoire dans l’établissement des faits, des théories, des modèles, des hypothèses causales. Les questions disputées doivent être tranchées — si cela se peut, et quand cela est possible — sur la seule base de l’appareil de preuves disponible, et selon des normes de corroboration et de véridiction propres aux disciplines. L’activité scientifique n’exige aucune neutralité — au sens d’indifférence — dans le choix et la construction des sujets, en particulier dans un monde comme le nôtre où temps, finances et cognition sont des ressources finies. Les valeurs sont ici inévitables et mêmes bienvenues pour décider collégialement donc délibérativement de l’allocation de ces ressources. A qui voudrait consacrer l’intégralité de la recherche scientifique au dénombrement des poux, nous pouvons raisonnablement rétorquer que ce n’est pas une bonne conception de la science, et qu’il y a bien mieux à faire.

    Si la circonscription exacte du domaine de l’habitus de recherche, de la pratique scientifique et de la structuration des collectifs savants concerné par la neutralité axiologique est elle-même objet de disputatio, reste qu’on peut affirmer qu’il existe des zones de neutralité, et qu’elles ne sauraient recouvrir tout ce qu’on entend par science. Le principe de disputatio et la reconnaissance par les pairs constituent donc le critère par lequel la quête collective de vérité par le monde académique se distingue spécifiquement. Dès lors que la liberté académique est définie comme liberté positive liée à un engagement collectif visant à la « recherche désintéressée de la vérité », la responsabilité des universitaires devant la société apparaît comme une partie intégrante de cette liberté. Subséquemment, le concept de neutralité axiologique affirme le devoir pour les scientifiques d’élucider le sens et la portée des convictions et des prises de position des acteurs sociaux mais aussi bien les présupposés axiologiques (normatifs) qui structurent implicitement le contenu de certains concepts au cœur de l’action sociale.

    La notion de Wertfreiheit i.e. de neutralité axiologique, étant souvent dévoyée, et exigeant prudence et précaution pour prévenir ses usages fautifs, peut-être serait-il préférable de la réserver à de telles discussions académiques et de l’éviter dans les textes prescriptifs.

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    #liberté_académique #Ensignement_supérieur #enseignement #recherche #neutralité_fonctionnaire #neutralité_axiologique #liberté_expression #franchise_universitaire #contre_pouvoir

  • #Palestine au #Collège_de_France : la protestation de #François_Héran

    _Titulaire de la chaire « Migrations et sociétés » au Collège de France, François Héran rend publique la lettre qu’il a adressée à son administrateur, Thomas Römer, à propos de l’#annulation du #colloque sur la Palestine de son collègue #Henry_Laurens._

    Paris, 9 novembre 2025

    Lettre à #Thomas_Römer,
    administrateur du Collège de France

    Cher Thomas,

    Malgré mon nouveau statut de retraité, tu as bien voulu m’inclure parmi les destinataires de ton message sur l’annulation du colloque de notre collègue Henry Laurens. Je t’en remercie.

    En lisant ton message envoyé à la presse, je découvre que, loin d’être l’apanage du #wokisme, la #cancel_culture peut aussi inspirer l’administration du Collège. Il fallait du courage pour donner des leçons d’#objectivité et d’#intégrité_scientifique à Henry Laurens, qui compte seulement à son actif quelques dizaines d’ouvrages sur la question d’Orient et les affaires de Palestine. Notre collègue, à l’évidence, ne maîtrise pas les enjeux du débat dans un domaine aussi brûlant.

    Il était bon de rappeler aussi qu’en la matière, les partis pris d’un hebdomadaire bien connu pour son traitement rigoureux des faits ont plus de #légitimité qu’un professeur occupant sa chaire depuis vingt-deux ans. On se demande comment ce dernier a osé inviter à son colloque un ancien chef de la diplomatie de l’UE ou un ancien premier ministre, aux côtés d’intervenants capables d’exprimer un large éventail de savoirs et d’opinions, alors qu’il était si simple d’inviter uniquement des intervenants validés par la #Licra.

    Ton message me suggère qu’une révision du règlement intérieur du Collège s’impose de toute urgence :

    Les professeurs qui souhaitent traiter de questions d’#actualité dans des colloques, des cours ou des séminaires risquant de donner lieu à #controverses, devront désormais soumettre la liste des participants à l’autorisation de l’administrateur.

    1. Ils devront également s’assurer de l’assentiment du ministre de la Recherche. Si l’on objecte que la détention d’un doctorat d’informatique ne donne aucune légitimité à intervenir dans des questions de science politique ou d’orientalisme (selon le principe de la séparation des ordres posé en d’autres temps par Pascal), on rappellera dûment aux professeur-es qu’il n’y a pas de plus haute autorité qu’un tweet ministériel.
    2. Le recrutement des professeur-es sera désormais soumis au tribunal de l’opinion publique et médiatique, selon une procédure à déterminer.
    3. Le règlement intérieur proclamera dans son préambule que la notion d’« #engagement », jadis inhérente au libre exercice de la recherche, est désormais désuète. Elle sera donc bannie du Collège. Il faudra effacer de la mémoire de notre institution toute référence aux grands intellectuels, littéraires ou scientifiques, qui se sont aventurés à sortir de la « #neutralité » telle qu’elle est strictement définie dans ton message et dans celui du ministre. On veillera aussi à tenir compte de cet impératif dans la préparation du 500e anniversaire de la fondation du Collège.

    Ces modifications du règlement contribueront, je n’en doute pas, à défendre le Collège. La fable se trompe : mieux vaut la prospérité du Chien que l’indépendance du Loup.

    En te renouvelant, cher Thomas, mes meilleures salutations,

    In dubio pro libertate
    François Héran*

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    Post Scriptum : l’argumentaire du colloque

    Ayant choisi de rendre publique ma lettre à l’administrateur du Collège de France, j’ajoute l’argumentaire du colloque, qui a été transmis à l’ensemble des professeurs. Comme à l’accoutumée chez Henry Laurens, c’est de la science historique de haut niveau, précise et rigoureuse. Pas une ligne, pas un mot, qui justifie le soupçon d’antisémitisme.

    Avec l’ouverture de la « question d’Orient » dans le dernier tiers du XVIIIe siècle, la Palestine, qui dispose du statut particulier de Terre sainte, devient le lieu névralgique des relations internationales européennes. Durant les décennies qui précèdent la Grande Guerre, les luttes d’influence entre les puissances européennes se multiplient, chacune se présentant comme la protectrice d’une communauté religieuse. Alors que la France et la Russie étendent respectivement leur influence sur les catholiques et les orthodoxes, les Anglais se présentent comme les protecteurs des juifs en Palestine. C’est dans ce cadre que s’inscrit le mouvement sioniste.

    Si la France se voit reconnaître une primauté d’influence à l’issue des guerres balkaniques, les Britanniques profiteront de l’alliance nouée avec le mouvement sioniste lors de la Première Guerre mondiale pour s’arroger un mandat sur la Palestine. La période du mandat britannique est essentielle pour la mise en place des acteurs contemporains que sont le mouvement national palestinien et le mouvement sioniste. Pris dans une double obligation entre les uns et les autres, les Britanniques sont dans l’incapacité de trouver une solution politique satisfaisante pour les deux parties, que ce soit un État palestinien unitaire, une division en cantons ou un partage territorial. Ils doivent ainsi faire face à une révolte palestinienne, puis à une révolte juive. Non sans arrière-pensées, ils délèguent le dossier à l’ONU qui, avec le vote du plan de partage de novembre 1947, provoque une guerre entre Arabes et sionistes, puis, après le 15 mai 1948, une guerre israélo-arabe.

    Dans ce conflit de longue durée, les Européens s’identifient largement à l’État d’Israël. Dans les années 1950 et 1960, la France et l’Allemagne lui fournissent les armements qu’il demande, mais la priorité pour l’État hébreu est d’obtenir l’aide militaire américaine, qui ne devient substantielle qu’après la guerre de juin 1967.Après cette guerre, les « discussions à quatre » voient un rapprochement des positions de la Grande-Bretagne et de la France sur la nécessité d’un retrait des territoires occupés contre une reconnaissance de l’État d’Israël, mais la question de la prise en compte du facteur palestinien reste ouverte.

    S’ouvre ainsi un dialogue euro-arabe. Ce dernier mènera à la résolution de Strasbourg de 1975, appelant Israël à se retirer des territoires palestiniens occupés et à reconnaître les droits nationaux du peuple palestinien, puis à une nouvelle déclaration en 1977 appelant à la création d’une patrie pour le peuple palestinien, et marquant pour la première fois l’opposition européenne à la construction de colonies israéliennes dans les territoires occupés. L’étape la plus importante demeure la déclaration de Venise du 13 juin 1980, qui parle de solution juste et préconise l’intégration de l’OLP dans les discussions de paix.

    Deux niveaux d’action sont à considérer. Le premier est celui de la politique propre à chaque État, le second est celui de l’action collective de la Communauté, devenue Union européenne, le tout étant pris dans le jeu complexe des relations transatlantiques. De fait, la présence de l’Union est forte dans le domaine économique, aussi bien par le traité d’association UE-Israël, qui fait de l’État hébreu le premier partenaire commercial de l’Union, que par le financement des institutions palestiniennes à partir du processus d’Oslo. Néanmoins, l’Europe n’est que simple observatrice des négociations du processus d’Oslo, et si le « quartet » des années 2000 lui reconnaît un rôle, c’est dans un cadre impuissant à faire accepter une solution politique satisfaisante.

    L’Europe est ainsi prise entre le poids de son héritage colonial et impérial, son identification culturelle avec Israël, la charge représentée par sa culpabilité dans la destruction des juifs d’Europe durant la Seconde Guerre mondiale, l’importance de ses relations économiques, technologiques et scientifiques avec l’État hébreu, la montée de l’indignation d’une partie de son opinion publique, marquée par l’accusation d’apartheid et aujourd’hui de génocide dans la guerre de Gaza.

    La question est de savoir si les États européens vont, dans leur grande majorité, reconnaître l’État palestinien et exercer des pressions envers l’État hébreu, en particulier dans le domaine de l’économie, ou s’il s’agit là plutôt de faux-semblants destinés à masquer une impuissance, voireune adhésion, liées à leurs héritages historiques et à leurs engagements géopolitiques. Il n’en reste pas moins que l’Europe, dans sa globalité, est un des grands théâtres d’affrontements du conflit israélo-palestinien, en particulier dans les opinions publiques. En un sens, c’est une bonne part de l’identité européenne qui est en jeu, aussi bien dans l’interprétation de son passé que dans la définition de son identité à venir.

    ––––

    Adage juridique latin : Dans le doute, pour la liberté
    *
    François Héran explique l’immigration à Bruno Retailleau

    https://blogs.mediapart.fr/francois-heran/blog/101125/palestine-au-college-de-france-la-protestation-de-francois-heran-0

    #censure #France

    • Annulation d’un colloque sur la Palestine : lettre du conseil académique de « #Jewish_Voice_for_Peace »

      Plus de 120 universitaires représentant le Conseil académique de l’organisation américaine Jewish Voice for Peace expriment leur #inquiétude et leur #indignation face à l’#annulation par le Collège de France du colloque « Palestine et Europe ». « Lorsqu’une institution aussi prestigieuse se laisse contraindre à censurer des activités universitaires, elle risque de perdre son #indépendance et son intégrité académiques, mais elle crée également un précédent inquiétant. »

      –-

      À Thomas Römer, administrateur du Collège de France
      et Philippe Baptiste, Ministre de l’Enseignement supérieur
      Le 10 novembre 2025

      Le Conseil académique de Jewish Voice for Peace* écrit pour exprimer son inquiétude et son indignation face à l’annulation par le Collège de France du colloque « Palestine et Europe », sur la base d’#attaques_médiatiques infondées et de #pressions exercées par le ministère français de l’Éducation.

      Nous comprenons que l’annulation du symposium, prévu depuis plusieurs mois, n’est intervenue qu’après la publication d’un article dans l’hebdomadaire conservateur français #Le_Point, le 7 novembre, qualifiant à tort le symposium de promoteur de l’#antisémitisme, ce qui a incité le ministre de l’Enseignement supérieur, #Philippe_Baptiste, à l’annuler, ce qu’il a fait. De plus, la justification fournie pour cette décision recherchait le recours à l’excuse fallacieuse de « garantir la rigueur scientifique », bien qu’aucune preuve n’ait été fournie à l’appui de cette affirmation. En effet, comme cela s’est déjà produit auparavant, cette justification s’avère être un bouclier pour commettre une #injustice, en censurant de manière injuste la #recherche_scientifique légitime et les conférences consacrées à sa diffusion.

      En tant que plus de 120 universitaires issus de diverses disciplines représentant le Conseil académique de Jewish Voice for Peace*, nous représentons un large éventail de domaines académiques liés aux études juives et l’histoire de l’antisémitisme, y compris les études sur le génocide. Nous nous opposons à toute forme d’antisémitisme, comme nous nous opposons à toutes les formes de racisme. Nous rejetons également tous les efforts visant à utiliser l’ accusation d’antisémitisme à des fins de censure ou pour supprimer des points de vue sur Israël et la Palestine qui devraient être entendus et discutés. L’accusation d’antisémitisme doit être réservée à toutes les occasions où elle est véritablement méritée. Mais l’utilisation fallacieuse et spécieuse de cette accusation pour mettre fin à des travaux universitaires légitimes et à un débat ouvert non seulement sape sa force morale, mais sert les objectifs de la censure. Au contraire, nous vous exhortons à défendre les principes largement partagés de la #liberté:universitaire : la publication et la diffusion des travaux universitaires, la libre recherche dans les #universités et le #débat_public dans les sociétés démocratiques.

      Nous connaissons bien les travaux universitaires des participants cités dans le projet de symposium et attestons de la grande qualité de leurs recherches universitaires et de leurs présentations publiques : leurs publications répondent aux normes les plus élevées en matière de #rigueur_académique, d’ #impartialité et d’#érudition. Il n’y a aucune preuve d’antisémitisme dans le programme qui a été publié, et toute allégation contraire repose sur une fausse représentation de ces universitaires et de leurs travaux. Les participants sont issus de certaines des plus prestigieuses universités d’Europe, où leurs travaux universitaires ont été entièrement examinés et approuvés. Le programme du symposium reflète à juste titre l’état actuel des discussions universitaires et des débats publics sur #Gaza et #Israël/#Palestine de manière plus générale. Nous vous exhortons à ne pas supprimer les discussions universitaires sur des questions d’#intérêt_public, même lorsque les passions s’exacerbent. Seul un engagement en faveur d’une vie intellectuelle ouverte et fondée sur des preuves peut permettre de replacer ces questions dans leur juste perspective et servir à la fois les objectifs universitaires et un débat public éclairé.

      Nous attirons votre attention sur les calomnies proférées par la LICRA, la Ligue internationale contre le racisme et l’antisémitisme. Non seulement cette organisation mène une campagne diffamatoire contre le symposium , mais elle est depuis longtemps considérée comme un groupe dont la crédibilité scientifique est très limitée, concentrant ses efforts sur des campagnes visant à attiser les peurs et à enflammer la haine anti-arabe/musulmane/palestinienne. Le ministère de l’Enseignement supérieur et le Collège de France ne devraient pas se laisser influencer par un groupe dont les références scientifiques sont manifestement faibles et dont les objectifs sont polémiques, diffamatoires et incendiaires, sapant ainsi les critères mêmes des normes intellectuelles appliquées dans les universités françaises les plus prestigieuses. De plus, les établissements d’enseignement ont l’obligation, en période de tensions politiques exacerbées, d’acquérir et de diffuser des connaissances, de prendre en considération un large éventail de points de vue et de créer les conditions propices à un débat et à un jugement publics éclairés. Le #colloque que vous avez annulé proposait précisément cela.

      Lorsqu’une institution aussi prestigieuse que le Collège de France se laisse contraindre à censurer des activités universitaires, elle risque non seulement de perdre son #indépendance et son intégrité académiques, mais elle crée également un précédent inquiétant pour les universités qui luttent pour maintenir leurs normes internes et leurs procédures d’autogestion en ces temps de plus en plus autoritaires.

      Soyons clairs : la décision d’annuler cet événement important est un acte de censure, qui permet aux propos arbitraires et incendiaires circulant dans les médias de servir de base à une décision qui aurait dû être, et qui devrait être aujourd’hui, selon toute norme raisonnable, de soutenir le symposium et ses objectifs. Lorsque des sujets « sensibles » sont ouvertement abordés et débattus par le public, les points de vue scientifiques peuvent être affinés et diverses perspectives peuvent être ouvertement discutées et débattues. La communauté universitaire internationale s’est traditionnellement appuyée sur le Collège de France pour maintenir ces normes, malgré les demandes croissantes des groupes politiques et des responsables gouvernementaux. C’est ni plus ni moins que son #autonomie très admirée qui est en jeu, une autonomie qui a inspiré les collèges et les universités du monde entier. Nous appelons donc le Collège de France à maintenir ses principes les plus élevés et à revenir sur sa décision, afin de permettre au symposium de se dérouler avec son programme publié et important.

      Nous demandons également au ministère français de l’Enseignement supérieur de revoir le processus qui a conduit à une décision aussi malavisée, privilégiant une opinion publique incendiaire et mensongère au détriment de critères scientifiques. Cette décision aurait dû refléter l’autonomie de l’université. Le refus de modifier le jugement scientifique ou professionnel en réponse à une intervention extérieure aurait défendu cette autonomie et reflété à la fois les normes scientifiques du Collège et son attachement à la liberté académique et à la liberté de recherche.

      –-

      *Le Conseil académique de Jewish Voice for Peace est un réseau de chercheurs qui se consacrent à la promotion de la vision et des valeurs de JVP https://www.jewishvoiceforpeace.org. Forts de notre engagement commun en faveur des valeurs juives progressistes et de la libération de la Palestine, nous organisons des actions de solidarité avec la lutte pour la liberté du peuple palestinien dans les milieux éducatifs et universitaires. Nous mettons à profit nos compétences en tant que chercheurs, éducateurs et écrivains pour développer une analyse critique de la censure contemporaine sur la Palestine. Nous nous opposons à l’utilisation de l’accusation d’antisémitisme pour censurer ou criminaliser les discours critiques à l’égard du traitement réservé aux Palestiniens par l’État d’Israël. Nous défendons les droits du travail, la liberté académique et les droits d’association dans l’enseignement supérieur et confirmons les valeurs fondamentales de Jewish Voice for Peace.

      https://blogs.mediapart.fr/jewish-voice-peace-conseil-academique/blog/111125/annulation-dun-colloque-sur-la-palestine-lettre-du-conseil-academiqu
      #ESR #recherche #science #enseignement_supérieur

    • Comment le Collège de France en est venu à annuler un colloque scientifique sur la Palestine

      La décision de suspendre l’événement, prise le 9 novembre par l’administrateur de l’établissement, crée un précédent. Des universitaires dénoncent le rôle joué par le ministre de l’enseignement supérieur et de la recherche, qui aurait contribué à faire du colloque un « #événement_politique ».

      Pourquoi un colloque universitaire consacré à la Palestine a-t-il été annulé au Collège de France ? La question est posée après la décision prise par l’administrateur de l’établissement de déprogrammer un événement intitulé « La Palestine et l’Europe : poids du passé et dynamiques contemporaines », qui devait se tenir les 13 et 14 novembre, coorganisé par l’historien Henry Laurens et le Centre arabe de recherches et d’études politiques de Paris (Carep Paris).

      Les motivations ayant conduit à cette décision radicale – du jamais-vu depuis le Second Empire, quand le cours d’Ernest Renan fut « suspendu jusqu’à nouvel ordre » par l’empereur Napoléon III, le 26 février 1862 – interpellent dans leur enchaînement. A en croire Thomas Römer, l’administrateur du Collège de France, elle s’est imposée « en réaction à la polémique entourant la tenue » de l’événement.

      La « polémique » a démarré avec un article du Point, publié le 7 novembre. Sous le titre « Un colloque propalestinien à haut risque », le média formule l’hypothèse de « deux journées à tendance pro-Hamas ». La liste des intervenants « ne laiss[ant] aucune place au doute », « le colloque sera propalestinien, antisioniste et décolonial », décrète l’hebdomadaire. La Ligue internationale contre le racisme et l’antisémitisme (Licra), interrogée, y voit même un cas d’« entrisme pur et simple ».

      « Foire antisioniste »

      Dès sa parution, l’article est posté sur X par la Licra, qui annonce « saisir » le ministre de l’enseignement supérieur et de la recherche, car il s’agit d’un « colloque antisioniste » et d’un « dévoiement » du Collège de France. Le 8 novembre, sur Europe 1, la vice-présidente de la ligue, l’avocate Galina Elbaz, décrit les intervenants comme des « personnalités très sulfureuses qui ont toutes eu des prises de position qui flirtaient avec l’#apologie_du_terrorisme ». Une « #foire_antisioniste » où se seraient retrouvés « défenseurs du #Hamas, militants de #BDS [Boycott Désinvestissement Sanctions], éditorialistes d’#Al-Jazira », insiste la Licra.

      Ces accusations, qui insistent sur le financement du #Carep par des fonds qataris et l’accusent d’œuvrer en sous-main pour les #Frères_musulmans, indignent Salam Kawakibi, le directeur exécutif du centre de recherche. « Nous ne sommes ni des agents du Qatar ni des Frères musulmans, déclare-t-il. Nous sommes financés par un fonds privé, et nous dépendons de l’#Arab_Center_for_Policy_Studies, le plus prestigieux think tank arabe basé à Doha et qui compte des antennes à Washington, Beyrouth, Amman, Tunis, Madrid et Paris. » Le fondateur du centre, Azmi Bishara, vient plutôt de la gauche laïque. Le conseil d’orientation du Carep Paris est dirigé par Denis Bauchard, un diplomate respecté à la retraite, ayant été ambassadeur, notamment en Jordanie et au Canada.

      Le Carep a également été accusé par Le JDD d’avoir choisi à dessein le 13 novembre, qui coïncide avec le 10e anniversaire des attentats du Bataclan et des terrasses, à Paris, et du Stade de France, à Saint-Denis (Seine-saint-Denis). La date a en réalité été proposée par l’administration du Collège de France.

      Dans un communiqué annonçant l’annulation de l’événement, dimanche 9 novembre, Thomas Römer a tenu à rappeler la « stricte neutralité de l’établissement au regard des questions de nature politique ou idéologique ». En tant que « responsable de la sécurité des biens et des personnes, ainsi que de la sérénité des événements », il explique par ailleurs n’avoir d’autre choix que de renoncer « face à la polémique, mais aussi aux risques qui se manifestent autour de ce colloque ».

      Le Collège de France a indiqué au Monde, mardi 11 novembre, que le colloque « ne contrevenait pas aux règles générales en matière de #liberté_académique », mais a souligné que « la question de la pluralité des analyses a été publiquement mise en cause par différents acteurs », ce qui aurait suffi à compromettre la tenue de l’événement. « La violence des mises en cause sur les réseaux sociaux nous a fait craindre des risques liés à d’éventuels débordements aux abords et au sein de l’amphithéâtre », ajoute-t-on.

      Henry Laurens, coorganisateur du colloque au titre du Collège de France, est l’historien français le plus reconnu sur le Proche-Orient. Contacté par Le Monde, il a souhaité s’en tenir à son « devoir de réserve et aux strictes règles de la collégialité ». Des proches le disent très affecté par les accusations d’antisémitisme portées par plusieurs polémistes. Une source interne au Collège de France estime que « l’annulation du colloque est désastreuse : elle a causé plus de bruit et de dommages que n’en aurait causé sa tenue ».
      « Tout cela est assez emblématique de ce qui se passe dans le monde académique avec des approches très orientées, un regard très militant sur la question du Proche-Orient », juge, à l’inverse, Yonathan Arfi, le président du Conseil représentatif des juifs de France, qui se félicite que le ministre de l’enseignement supérieur et de la recherche se soit « largement fait écho du fait que cela dépassait le cadre usuel pour la #recherche_publique ». Dès l’annonce de l’#annulation du colloque, dans un tweet, le ministre, Philippe Baptiste, a en effet salué une « décision responsable d’une institution qui doit symboliser l’excellence du savoir (…) et, pour cela, être le lieu du débat dans toute sa #pluralité, ouvert à tous les courants de pensée ».

      « Je doute que vous soyez en mesure de garantir un débat »

      M. Baptiste n’a pas été un simple spectateur dans cette affaire. Au lendemain de la publication de l’article du Point, il a adressé une lettre à l’administrateur du Collège de France, que Le Monde s’est procurée. Dès les premières lignes, M. Baptiste considère que ce colloque fait l’objet d’une « vive #polémique ». « Sans préjuger des propos qui seront effectivement tenus, je ne peux que constater, à la lecture du programme, un parti pris sur un sujet délicat et fortement polémique », acte-t-il. Avant de mettre en garde M. Römer : « Au vu de ce programme, je doute que vous soyez en mesure de garantir un débat où le pluralisme des idées puisse pleinement s’exprimer. »
      Conscient que son statut de ministre « dans un Etat de droit » lui interdit d’empêcher la tenue d’une manifestation scientifique, Philippe Baptiste poursuit d’une phrase sibylline : « C’est mon rôle de le faire respecter [le code de l’éducation et le principe de liberté académique], et ce y compris dans le contexte de ce colloque, bien que je sois personnellement en profond désaccord avec l’angle retenu par celui-ci. »

      L’entourage du ministre assure au Monde que « c’est la décision exclusive du Collège de France que de choisir d’annuler le colloque » et qu’il n’y a eu « aucune pression » exercée par M. Baptiste. « Un événement comme celui-ci, avec la visibilité qu’il avait acquise au fil des jours, était porteur de risques de troubles à l’ordre public », justifie-t-on sans préciser sous quelle forme auraient pu avoir lieu ces troubles. C’est par « un écosystème de chercheurs, dont certains se sont émus du programme », ajoute-t-on, que le ministre a été informé, le 6 novembre, de la tenue de ce colloque.

      Selon nos informations, un groupe d’universitaires appelé « réseau de recherche sur le racisme et l’antisémitisme », structure fédérative associant huit universités et des associations dont la Licra, a produit de nombreux échanges entre les 8 et 10 novembre. Dans cette boucle qui compte des dizaines de membres de sensibilité plutôt pro-israélienne, on affirme que « certains collègues ont lâché la rampe et ne font plus aucune distinction entre leur expertise scientifique et leur #militantisme », qu’ils ont « pris l’habitude de se servir de leurs diplômes et de l’autorité morale qui en émane pour faire passer ce qui est tout bonnement de l’ordre de la #propagande [propalestinienne] ».

      On y évoque aussi la nécessité de prendre des « mesures coercitives pour les faire rentrer dans le cadre ». Enfin, on y raille le débat de clôture du colloque du Carep, qui prévoyait des prises de parole de l’ancien chef de la diplomatie française Dominique de Villepin, de la rapporteuse spéciale des Nations unies sur les territoires palestiniens occupés, Francesca Albanese, et de l’ex-haut représentant de l’Union européenne pour les affaires étrangères, Josep Borrell.

      « Accablant »

      Historienne et politiste, directrice de recherche au CNRS, Stéphanie Latte Abdallah devait intervenir au cours de l’une des tables rondes sur « Le sionisme comme projet européen d’expansion coloniale ». Elle confie être « choquée » par cette annulation et balaie tout caractère univoque dans les exposés prévus. « Il s’agit d’un colloque qui a un sujet scientifique, la Palestine et l’Europe, et des intervenants qui sont les meilleurs spécialistes de cette question, explique-t-elle. Les choix scientifiques relèvent des libertés académiques et non de la décision d’un ministre. En revanche, quand un colloque clairement politique est organisé au Sénat, le 10 novembre, par l’organisation israélienne #Elnet, financée par le gouvernement de Nétanyahou, cela ne semble poser de problème à personne. » Un autre intervenant, qui préfère garder l’anonymat, ironise : « Faudra-t-il aussi, à chaque colloque sur Israël, inviter un chercheur présentant le point de vue palestinien ? »

      Quant au panel de clôture, « il était bien séparé de la dimension purement scientifique », précise Mme Latte Abdallah. « Faire intervenir Dominique de Villepin, Josep Borrell et Francesca Albanese était un acte conclusif politico-diplomatique, centré sur des questions de #droit_international par des figures qui le portent, en plein génocide, dans un contexte où il nous oblige plus encore », décrit-elle en soulignant que « tout se passe comme si, au lieu de faire respecter le droit international, il était au contraire devenu une cible et quelque chose de dangereux ».

      Parmi les universitaires, plusieurs dénoncent une censure. D’après le politiste Fabien Jobard, directeur de recherches au CNRS et membre de l’Observatoire des atteintes à la liberté académique, « tout cela est vraiment accablant ». « Le ministre a dérogé au principe de respect de la liberté académique, et il le sait. Dans un même courrier, le ministre dit qu’il est le garant de la liberté académique, mais qu’il se garde d’agir pour la garantir. »

      Alors que le colloque était programmé depuis plusieurs mois, les organisateurs s’étonnent d’un tel revirement. « Sous couvert de garantir la #scientificité, le ministre justifie ainsi une intervention politique dans le champ de la recherche, en contradiction avec sa mission première : protéger la liberté académique », écrivent dans un communiqué, le 10 novembre, les responsables de la chaire d’histoire contemporaine du monde arabe du Collège de France et le Carep.

      Appel à la démission

      Cette annulation va « créer un précédent dangereux : il suffira désormais d’un article polémique ou d’un tweet ministériel pour censurer un colloque jugé “sensible”. Accuser ces chercheurs d’antisémitisme ou de militantisme revient à disqualifier sans fondement leurs travaux, pourtant validés par leurs pairs et publiés dans les revues scientifiques les plus prestigieuses, alertent-ils. La recherche n’a pas vocation à être équilibrée politiquement : elle doit reposer sur la compétence, la méthode et la probité intellectuelle. »

      « C’est le ministre qui a transformé ce colloque en événement politique, et c’est une première, observe l’une des intervenantes, qui souhaite taire son nom. Cela brouille toute possibilité d’une réflexion scientifique, équitable et compréhensive. On voit monter ce côté trumpiste, c’est comme une restriction de notre périmètre de recherche, alors même qu’il y a une énorme incompréhension du conflit et un manque de culture générale et de connaissance de l’histoire. »

      L’association France Universités, qui réunit les chefs d’établissement, indique avoir découvert « avec stupeur » cette annulation. Dans un communiqué daté du 10 novembre, elle exprime son incompréhension et une « vive inquiétude » à l’égard des libertés académiques. Près d’un millier de chercheurs, enseignants, étudiants ont signé une pétition dénonçant « la volonté délibérée d’empêcher la recherche académique sur Israël-Palestine, dès lors qu’elle contrevient aux cadres intellectuels portés par les soutiens à la politique israélienne », qu’ils jugent « extrêmement préoccupante ». Demandant une « réponse à la hauteur des enjeux », ils appellent à la démission de Philippe Baptiste.

      https://www.lemonde.fr/campus/article/2025/11/11/comment-le-college-de-france-en-est-venu-a-annuler-un-colloque-scientifique-

    • Annulation du colloque « La Palestine et l’Europe » au Collège de France : « Cette interdiction ouvre la voie à une ère de censure institutionnelle »

      Dans une tribune au « Monde », un collectif de plus de 300 universitaires, parmi lesquels Jean-François Bayart, Judith Butler et Pierre-Cyrille Hautcœur, s’élève contre l’annulation de l’événement. Ils y voient une « atteinte sans précédent à la liberté académique ».

      N ous, membres de la communauté scientifique, chercheurs, enseignants, étudiants et citoyens attachés à l’indépendance du savoir, exprimons notre profonde inquiétude face à l’annulation du colloque « La Palestine et l’Europe : poids du passé et dynamiques contemporaines », initialement prévu au Collège de France.
      Cette décision, prise à la suite d’un article polémique et de pressions directes exercées par le ministère de l’enseignement supérieur et de la recherche, constitue une atteinte sans précédent à la liberté académique en France. Sous prétexte de garantir l’intégrité scientifique, le ministère a légitimé une intervention politique dans le champ de la recherche, en contradiction avec sa mission première : protéger l’indépendance des universitaires et la pluralité des approches scientifiques.

      Issus d’universités prestigieuses telles que l’Ecole polytechnique fédérale de Lausanne (Suisse), la School of Oriental and African Studies de Londres, l’université d’Amsterdam, l’Ecole des hautes études en sciences sociales (EHESS) et le Centre national de la recherche scientifique, à Paris, ou la Queen Mary University of London, les intervenants ont été injustement discrédités, sur la base d’amalgames et d’accusations infondées. Leur compétence, leur rigueur et la reconnaissance internationale de leurs travaux ne sauraient être effacées par des campagnes de dénigrement.
      Des principes mis en péril
      La recherche n’a pas vocation à plaire ni à se conformer à un « équilibre politique » dicté par le pouvoir. Elle repose sur la méthode, la critique, le débat argumenté, des principes aujourd’hui mis en péril. En confondant évaluation scientifique et contrôle idéologique, cette interdiction ouvre la voie à une ère de censure institutionnelle, où des calomnies médiatiques suffiraient à bâillonner la réflexion universitaire.

      Nous refusons que la France suive cette pente. Nous refusons que le Collège de France devienne le réceptacle d’une telle dérive. Nous affirmons que la mission des universités et des institutions de recherche n’est pas de conforter le pouvoir, mais d’éclairer la société.
      Nous appelons le Collège de France à revenir sur sa décision et à garantir la tenue de ce colloque dans le respect de la liberté intellectuelle. Nous appelons le ministère à honorer son devoir de protection de la recherche, non à en devenir le censeur. Et nous appelons la communauté scientifique tout entière, en France et en Europe, à défendre fermement le principe fondateur de toute science : le droit de penser librement.
      ¶Parmi les signataires : Michel Agier, anthropologue, directeur d’études EHESS ; Bertrand Badie, professeur émérite à Sciences Po ; Frédéric Bauden, professeur à l’université de Liège ; Jean-François Bayart, professeur à l’IHEID (Genève) ; Sophie Bessis, historienne ; Karim Emile Bitar, enseignant à Sciences Po ; Judith Butler, professeure distinguée à l’université de Californie ; Bernard Chazelle, professeur à Princeton ; Delphine Dulong, professeure à l’université Paris-I-Panthéon-Sorbonne ; François Héran, professeur honoraire au Collège de France ; Pierre-Cyrille Hautcœur, directeur d’études à l’EHESS ; Michel Kaplan, président honoraire de l’université Paris-I-Panthéon-Sorbonne ; Catherine Mayeur-Jaouen, professeure d’histoire contemporaine à Sorbonne Université ; Maurice Sartre, professeur honoraire à l’université de Tours. Liste complète des signataires à retrouver ici : https://docs.google.com/document/d/1p3GSo7mWGeE_0kWoqF_PcYMicwkzm9wK/edit

      https://www.lemonde.fr/idees/article/2025/11/11/interdiction-du-colloque-la-palestine-et-l-europe-au-college-de-france-cette

    • Colloque annulé au Collège de France : les manœuvres d’universitaires pro-Israël

      L’interdiction du colloque « Palestine et Europe » qui devait se tenir au Collège de France les 13 et 14 novembre suscite de nombreuses réactions. Entre stupéfaction et dénégation, le temple du savoir vacille. Comment une telle décision, portant une si grave atteinte à la liberté académique et d’enseignement a-t-elle été prise ? Le Collège de France et son administrateur ont fait l’objet de pressions orchestrées notamment par un collectif d’avocats, en coordination avec un réseau de chercheurs, le #RRA (#Réseau_de_recherche_sur_le_racisme_et_l’antisémitisme), qui a largement échangé par courriels pour parvenir à ses fins. Nous avons pu consulter ces échanges, dont la lecture révèle une entreprise coordonnée de délégitimation, de délation et d’influence.

      « Nous avons adressé un courrier à l’administrateur du Collège de France, plus copie au ministre de l’Enseignement, hier par e-mail. J’imagine que notre courrier et toutes les autres initiatives ont permis cette annulation. Bravo à tous. #Déborah_Journo »

      Par ce mail triomphal, l’avocate Déborah Journo s’enorgueillit d’avoir contribué à l’annulation du colloque « La Palestine et l’Europe », coorganisé par l’historien Henry Laurens et le Centre arabe de recherches et d’études de Paris (Carep Paris), qui devait se dérouler au Collège de France les 13 et 14 novembre et qui vient d’être déprogrammé par Thomas Römer - l’administrateur de ce prestigieux établissement.

      Le message de l’avocate est adressé à une centaine d’universitaires, regroupés sous le nom de RRA, Réseau de recherche sur le racisme et l’antisémitisme. Cette structure a été créée en 2019 et a son siège et sa direction à l’université de Picardie. Elle se présente comme un « dispositif contractuel » regroupant « des unités de recherche rattachées à différents partenaires » publics et privés. La plaquette énumère : « Universités, CNRS, associations, institutions publiques ou privées. » Ce RRA se propose de fédérer « les unités de recherche et laboratoires », de renforcer « les synergies » et d’organiser des colloques. Sa direction revendique environ 500 membres, qui communiquent beaucoup entre eux.

      Dans la boucle de mails, des membres du réseau jubilent après l’interdiction du colloque du Collège de France :

      « Je ne boude pas le plaisir de voir ce colloque annulé », lâche une chercheuse (#Danielle_Delmaire, de l’université de Lille).

      « Bravo... j’ose espérer que cela puisse nous servir au sein de nos établissements pour faire jurisprudence. Vaillamment », ajoute une autre, tout aussi satisfaite (#Véronique_Benzaken, Paris-Saclay).

      D’autres encore espèrent que la punition fera office d’avertissement : « L’idée d’inviter des politiques dans un colloque académique – fût-il orienté, malfaisant et non pluraliste – tentera moins de personnes. » (#Paul_Audi, Paris-Descartes).
      Lobby

      Pour bien comprendre ce qui se joue dans ces échanges, il faut remonter au 7 novembre dernier.

      Ce jour-là, l’hebdomadaire Le Point publie un article de son rédacteur en chef #Erwan_Seznec dénonçant la tenue, « au Collège de France », de ce que ce magazine appelle un « colloque propalestinien à haut risque », qui « réunira », selon Seznec, « des personnalités aux positions radicales ».

      L’article provoque une nouvelle panique morale dans le monde politique et médiatique, mais aussi universitaire : au sein du groupe RRA, on perçoit le colloque comme « un autre signe du basculement progressif dans la légitimation et la banalisation des actions antijuives sous couvert d’antiracisme et d’anticolonialisme » - dixit le politologue retraité Pierre-André Taguieff.

      Ce samedi 8 novembre, l’avocate Déborah Journo explique aux universitaires du RRA qu’elle écrit au ministre de l’enseignement pour « dénoncer ce colloque au sein d’un établissement public sous sa tutelle ». Le colloque est annulé et, deux jours plus tard, l’avocate se félicite de l’efficacité de son action.

      Déborah Journo est avocate, elle déclare sur LinkedIn « consacrer l’essentiel de [son] activité à des actions de lobbying auprès du gouvernement, des institutions, des ONG ». Elle est également signataire d’une tribune publiée en août dernier, et sobrement titrée : « Non, il n’y a pas de génocide à Gaza. » Après le 7-Octobre, elle a fondé l’association Actions Avocats, qui mène des actions de lobbying ou des actes juridiques notamment pour défendre « toutes les victimes du racisme, de l’antisémitisme et du terrorisme ».

      Le Collège de France, temple du savoir et de la rigueur scientifique, aurait-il été influencé par l’action de l’avocate lobbyiste ? C’est en tout cas ce dont se targue l’intéressée.

      Rappelons qu’officiellement, c’est au nom de la « sérénité des débats » et du « respect de l’intégrité scientifique » que le colloque qui devait se tenir les 13 et 14 novembre a été annulé par l’administrateur du Collège de France Thomas Römer.

      Pour le chercheur à l’origine du colloque, Henry Laurens, c’est bien « la question de la liberté académique qui est en jeu ». Il exprime des réserves quant à la possibilité de pouvoir encore l’exercer à l’avenir : « Il y a déjà un colloque qui est prévu sur Gaza avec mon collègue Didier Fassin. Au mois de décembre, on verra pour ce colloque-là. »

      #Dénigrement

      Les membres du groupe d’universitaires constitué autour de RRA tiennent des propos dénigrants et calomniateurs à l’égard de leurs collègues investis dans les études autour de la Palestine. Paul Audi écrit par exemple :

      « Personnellement je crois ces gens capables de tout. Il y a un an j’ai fait une émission de radio face à Henry Laurens, et je l’ai vu accumuler des contre-vérités et des mensonges en s’abritant derrière son “autorité”. C’était ahurissant. Ce professeur n’est pas autre chose qu’un militant. »

      Le sérieux méthodologique des enseignants et chercheurs ainsi incriminés est sans cesse remis en cause. Ils sont accusés d’être avant tout des militants, au mieux négligents sur le plan scientifique, au pire antisémites. « De Didier Fassin à Henry Laurens et quelques autres, académo-militants qui occupent le terrain, le Collège de France est en passe de devenir le Collège de la France antijuive », écrit très sérieusement #Pierre-André_Taguieff.

      « Il ne faut pas se tromper de sujet. Il faut avoir balayé le programme de ce colloque […] pour mesurer à quel point il n’a rien à voir avec le périmètre académique et pourquoi il s’agit effectivement d’un meeting », estime quant à lui l’historien Emmanuel Debono.

      Délation, fichage, calomnies : la chasse est ouverte

      Dans ce climat d’insultes et de dénigrement, certains échanges entre universitaires les mieux gradés laissent apparaître une véritable #chasse_aux_sorcières visant les chercheurs travaillant sur les questions palestiniennes, au-delà du seul cas du colloque au Collège de France.

      Le samedi 8 novembre 2025, le directeur de Sciences Po Strasbourg, Emmanuel Droit, s’inquiète de l’invitation, dans son IEP, de la chercheuse Stéphanie Latte Abdallah. Ne pouvant, dit-il, « pas faire grand-chose en interne », il écrit à son réseau afin d’obtenir des informations qui lui serviraient à prévenir la présidence de l’université de Strasbourg contre cette historienne et anthropologue : « Que savez-vous à propos de Stéphanie Latte-Abdallah ? [...] Si jamais vous avez des infos sur cette chercheuse du CNRS me permettant d’alerter la présidence de l’Unistra, je vous en serai reconnaissant. »

      Les réponses aux relents nauséabonds ne tardent pas : « Clairement militante pro-palestinienne étant elle-même d’origine palestinienne Tte sa production universitaire est là-dessus Ses interventions aussi » (#Régine_Waintrater, Paris-Cité).

      La qualité de chercheuse de Stéphanie Latte Abdallah est également attaquée dans ce climat calomniateur qui règne dans le groupe RRA : « Elle fait toutes ces déclarations douteuses dans les médias, clairement pas scientifiques, a-historiques et non vérifiées », écrit #Évelyne_Chayes (CNRS).

      Enfin l’initiateur de cette traque, #Emmanuel_Droit, répond : « Merci oui en faisant des recherches, je viens de voir qu’elle n’a que le mot génocide à la bouche.... »

      Un informateur confie à Blast que ces personnes, importantes au sein de la hiérarchie du monde universitaire, exercent une influence considérable, capable de museler les voix contestataires : « Ils ont beaucoup de pouvoir. Ils ont beaucoup de moyens d’intimider les autres. Donc, il y a beaucoup de gens qui se taisent par #peur. » De plus, « ils ne veulent pas que tout ce qui est relatif à la reconnaissance du génocide puisse être audible », analyse une autre source.

      Un autre encore nous indique que « sous une apparence et des valeurs républicaines et de laïcité, il se joue beaucoup d’ostracisme et un double discours qui s’est envenimé après le 7 octobre en soutenant Israël mais sans jamais le revendiquer vraiment ».

      Dans une autre boucle de mails, un historien propose de constituer, avec l’aide du réseau RRA, des fiches sur les intervenants du colloque annulé sur la Palestine : « Je souhaite constituer un petit groupe de volontaires pour travailler sur l’épluchage des bios de ces intervenants. Il faut du pédigrée et du verbatim, et constituer la revue de presse accablante que cet aréopage mérite. Merci de me contacter si vous souhaitez réfléchir et mettre en œuvre, rapidement, ce travail de salubrité publique. Bien à vous, Emmanuel Debono. »

      Connivences politiques

      Plusieurs membres du RRA se félicitent en outre d’avoir influencé la position de ministres dans une décision aussi sensible que celle de l’annulation du colloque prévu au Collège de France.

      L’une de ces membres, #Déborah_Levy, écrit ainsi le 9 novembre : « Les ministres Aurore Bergé et Philippe Baptiste, prévenus depuis jeudi dernier (les alertes que vous faites remonter ici sont donc précieuses), ont demandé à l’administrateur du Collège de France d’annuler ce colloque, eu égard au risque élevé de trouble à l’ordre public et afin de garantir la sécurité des personnes. »

      À plusieurs reprises, les liens de proximité et de courtoisie entre ces universitaires et l’exécutif apparaissent au fil des échanges. Le 1er novembre, #Isabelle_de_Mecquenem (université de Champagne-Ardenne) évoque ainsi « une invitation à échanger avec le ministre de l’Enseignement supérieur », avant de préciser que la rencontre n’aura finalement pas lieu en raison de « l’instabilité politique ».

      À la lecture des échanges, une inquiétude sourde de voir leur #responsabilité engagée dans la décision d’interdire le colloque apparaît chez certains membres du RRA : « Chers amis, Aucun d’entre nous n’est responsable de l’annulation du colloque. A ma connaissance, en tout cas, nous n’avons pas demandé une telle chose. Comme beaucoup d’autres, nous avons fait état de notre effarement devant la programmation d’un meeting politique au Collège de France, où il ne faisait aucun doute que les échanges “scientifiques“ annoncés étaient de la poudre aux yeux. Albanese ? Villepin ? Peut-être en invitée surprise aurions-nous vu monter à la tribune Rima Hassan… »

      On retiendra de cette histoire qu’un colloque organisé avec et par des personnalités et des scientifiques confirmés et respectés, tels que Salam Kawakibi - directeur du Centre arabe de recherches et d’études politiques de Paris - ou encore Henry Laurens, a pu être interdit entre autres sous la pression d’un #lobbying d’universitaires aux positions ouvertement favorables au gouvernement d’Israël.

      D’autre part, cet événement confirme la volonté d’empêcher la tenue de manifestations scientifiques consacrées à l’histoire de la Palestine, lorsqu’elles ne sont pas agréées par les milieux pro-israéliens. Plus grave encore, les participants font l’objet de manigances et malveillances susceptibles d’affecter leur carrière universitaire.

      La LDH, (Ligue des droits de l’Homme) dans un communiqué publié hier soir, résumait la situation en ces termes : « Cette décision interroge sur l’exercice de la liberté académique et la nécessaire diffusion auprès des citoyens du travail scientifique. (...) Les chercheurs doivent pouvoir librement, indépendamment de toutes pressions directes ou indirectes, organiser des événements scientifiques sur le thème, sous le format et les modalités qui leur paraissent appropriés. »

      Contactée ce mardi 11 novembre au sujet de l’implication du RRA dans l’annulation du colloque, #Céline_Masson, la directrice de la structure universitaire, n’a pas souhaité répondre à nos questions : elle a tenu à préciser que le RRA n’avait aucun lien avec l’annulation du colloque.

      https://www.blast-info.fr/articles/2025/colloque-annule-au-college-de-france-les-manoeuvres-duniversitaires-pro-i

    • Le colloque scientifique sur la Palestine connaît un succès inédit en ligne

      Annulé par le Collège de France, l’événement consacré à la relation entre la Palestine et l’Europe se tient les 13 et 14 novembre dans les locaux du Centre arabe de recherches et d’études politiques de Paris, devant un public très nombreux, mais à distance.

      Entrera ? N’entrera pas ? Sur un trottoir parisien, jeudi 13 novembre à 8 h 15, une cinquantaine de personnes patientent dans une file d’attente devant le Centre arabe de recherches et d’études politiques de Paris (Carep). Les locaux sont exigus, 35 places maximum, et tout le monde ne pourra pas y pénétrer, prévient un agent de sécurité. Par petits groupes, on se questionne, pour savoir qui dispose ou non d’une invitation nominative pour assister au colloque scientifique « La Palestine et l’Europe : poids du passé et dynamiques contemporaines ».

      Les entrées se font au compte-goutte. Arrive Henry Laurens, titulaire de la chaire d’histoire contemporaine du monde arabe au Collège de France, suivi de plusieurs intervenants. A quelques exceptions près, tous sont des chercheurs représentant des institutions universitaires prestigieuses à Londres, Madrid, Amsterdam, Montréal, Rome ou encore Bruxelles.
      L’incompréhension se lit sur les visages, l’inquiétude aussi. Comment le Collège de France a-t-il pu en venir à annuler cette rencontre académique ? Comment ce lieu du savoir ouvert à tous a-t-il pu « se refermer comme une huître sous la pression d’un article du Point puis du ministre de l’enseignement supérieur et de la recherche ? », interroge un couple de retraités, dans la file d’attente.
      « Conditions dégradées »
      L’administrateur de l’établissement, Thomas Römer, avait annoncé l’annulation de l’événement, le 9 novembre, « face à la polémique, mais aussi aux risques qui se manifestent autour » – tels que « d’éventuels débordements aux abords et au sein de l’amphithéâtre », avait-on précisé au Monde. Dans un courrier adressé le 8 novembre à M. Römer, le ministre de l’enseignement supérieur et de la recherche, Philippe Baptiste, avait confié être « personnellement en profond désaccord avec l’angle retenu » par le colloque tout en rappelant l’« entière responsabilité » de l’administrateur s’il décidait de le maintenir.
      L’événement a lieu malgré tout, ces 13 et 14 novembre, mais « dans des conditions très sensiblement dégradées, au regard, notamment, de la taille de la salle, par rapport à celles initialement prévues », a convenu le juge du tribunal administratif de Paris, saisi en référé de cette annulation par plusieurs collectifs de chercheurs et associations, le 12 novembre. Du fait de cette réorganisation dans un autre lieu et de la transmission des échanges en visioconférence, il a estimé que les libertés académique, d’expression et de réunion n’étaient pas atteintes, rejetant ainsi les pourvois formés contre le Collège de France.

      « Bienvenue dans la seule salle parisienne qui a osé accueillir ce colloque », démarre Salam Kawakibi, le directeur exécutif du Carep, co-organisateur de l’événement. Le petit auditoire, qui se tient pour partie debout, est décuplé à distance, plus de 500 personnes suivant les échanges en direct sur YouTube.
      En guise d’introduction, le chercheur en sciences politiques évoque un souvenir remontant à 2002, à Alep, en Syrie : « J’organisais à l’Institut français un colloque scientifique sur la pensée religieuse et la réforme dans le monde musulman. C’était l’époque où le pouvoir autoritaire de Bachar [Al-Assad, l’ex-président syrien] était à son apogée, voulant surveiller les respirations avant même les idées. Pourtant, le colloque a eu lieu. Les agents de sécurité sont venus, ils ont posé des questions, ont pris des notes, fait leur rapport. Mais personne n’a empêché le colloque avant qu’il ne commence. »
      « Droit de penser sans tutelle »
      En France, en 2025, « certains imaginent la recherche comme un débat télévisé », regrette le chercheur : « Ils n’ont pas compris que la science ne cherche pas l’équilibre entre les opinions mais la vérité (…). Nous revendiquons, le droit de penser sans tutelle, de discuter sans permission et de chercher sans peur. On peut interdire les colloques mais on ne peut pas interdire les questions. »
      « Malgré les pressions, les censures, le colloque se tient et nous ne pouvons que nous en féliciter », souligne l’ex-ambassadeur Denis Bauchard, président du conseil d’administration du Carep, avant de lancer les travaux, avec un exposé d’Henry Laurens. « Nous sommes en train de vivre une atteinte en règle contre les libertés académiques et l’indépendance de la recherche, renchérit auprès du Monde Bertrand Badie, professeur émérite à Sciences Po et vice-président du conseil d’administration du Carep. On est dans un moment incroyable, où l’on juge de la recherche à partir de traits qui sont prêtés à certains chercheurs de façon mensongère, au lieu de juger un travail sur la qualité et la rigueur scientifique de ce qui est produit. Aujourd’hui nous n’allons pas parler de “la Palestine”, mais de “la relation entre l’Europe et la Palestine”. Et c’est un vrai sujet de recherche qui a été très peu pratiqué. »
      Josep Borrell, ex-haut représentant de l’Union européenne pour les affaires étrangères, dont l’intervention est prévue en clôture des échanges, confie également sa « surprise » : « En Espagne, on ne peut pas imaginer qu’un ministre dise à une université ce qu’elle doit faire ou pas. »

      https://www.lemonde.fr/campus/article/2025/11/13/annule-le-colloque-scientifique-sur-la-palestine-connait-un-succes-inedit-en

    • La justice valide l’annulation du colloque du Collège de France, et c’est grave

      Le tribunal administratif de Paris a rejeté les recours contre l’annulation du colloque sur la Palestine et l’Europe qui devait se dérouler au sein du prestigieux établissement. Une décision dangereuse, fondée sur des éléments douteux, qui catalyse la mise en danger des libertés académiques.

      MercrediMercredi 12 novembre au soir, le tribunal administratif de Paris a rejeté les recours référés-liberté formés contre l’annulation du colloque intitulé « La Palestine et l’Europe : poids du passé et dynamiques contemporaines », qui devait se tenir au Collège de France jeudi 13 et vendredi 14 novembre.

      Trois jours plus tôt, dimanche 9 novembre, l’administrateur du Collège de France, Thomas Römer, a décidé d’annuler le colloque, dont le programme et les intervenants étaient connus et annoncés depuis des mois, « en réaction à la polémique » initiée par un article du Point publié le 7 novembre.

      Le 8 novembre, le ministre de l’enseignement supérieur et de la recherche, Philippe Baptiste, s’était fendu d’une lettre d’une tartufferie rare adressée à Thomas Römer, prétendant à la fois défendre les libertés académiques comme des « principes fondamentaux de notre État de droit » tout en intervenant contre ces dernières. Il faisait part de son « désaccord avec l’angle retenu » et regrettait « l’impact durable » que l’organisation de ce colloque serait « susceptible d’avoir sur l’image de l’institution ».

      De son côté, le juge des référés a estimé que dans la mesure où les organisateurs de l’événement ont réussi à le maintenir aux mêmes dates dans un nouveau lieu – en l’occurrence les locaux exigus du Centre arabe de recherches et d’études politiques (Carep), co-organisateur de l’événement, à Paris –, « il n’est pas porté une atteinte grave et manifestement illégale à la liberté d’expression, à la liberté de se réunir et à la liberté académique de nature à justifier l’intervention du juge des référés dans un délai de quarante-huit heures ».
      « Un inadmissible coup porté aux libertés académiques »

      Les dizaines d’intervenants venus des quatre coins du monde, qui avaient organisé leur emploi du temps pour être présents à Paris et dont les déplacements et frais de séjour étaient déjà payés pour une somme totale avoisinant les 50 000 euros, n’ont en effet pas été privés de parole.

      « Mais il est inexact de dire que le colloque a pu se tenir, juge l’avocat Raphaël Kempf, qui avait été saisi par des organisateurs et des participants pour déposer un recours contre cette annulation et a décidé de saisir le Conseil d’État. Un colloque comme celui-ci, ce n’est pas seulement des communications, c’est aussi des échanges, des rencontres, des discussions. Par définition, la science naît de ces moments de dialogues et de débats. Or, ceux-ci ne sont pas possibles dans une salle avec une jauge de trente-cinq personnes, réduite encore par la nécessité de mettre des caméras pour diffuser le colloque en direct. »

      Celui-ci aurait dû avoir lieu dans l’amphithéâtre Marguerite-de-Navarre du Collège de France, qui peut accueillir plus de 460 personnes et dispose de dispositifs de traduction simultanée, nécessaires pour un colloque à dimension internationale.

      Pour Raphaël Kempf, « cette décision est une prime à l’ignorance et une incitation à la censure » et « constitue un inadmissible coup porté aux libertés académiques, au débat d’idées et à la possibilité de diffuser les résultats de la recherche académique ».

      Deux éléments interrogent particulièrement la décision du tribunal administratif de valider l’annulation. Le premier est la défense produite par le Collège de France, fondée essentiellement sur des graffitis vus dans la rue quinze jours avant l’ouverture du colloque et sans lien avec ce dernier.

      L’établissement avait alors déposé une plainte, que Mediapart a pu consulter, pour « dégradation ou détérioration légère d’un bien par inscription, signe ou dessins » après avoir découvert, le 3 novembre, « des graffitis mentionnant le conflit entre Israël et la Palestine, mentionnant aussi deux noms de professeurs tel que [Henry] Laurens, titulaire de chaire d’histoire contemporaine du monde arabe, et [Patrick] Boucheron, titulaire de chaire histoire des pouvoirs en Europe occidentale XIIIe et XVIe siècle, évoquant ses thèmes durant leurs cours. On y retrouve aussi des phrases mentionnant “Hamas Tueurs Violeur” [sic] ».

      Le gardien de la paix qui enregistre la plainte précise ensuite : « aucune violence [n’]a été commise envers ces deux professeurs » ; « aucun harcèlement n’a été commis envers ces deux professeurs » ; « aucune autre dégradation n’a été commise ».

      Si l’historien Patrick Boucheron n’avait rien à voir avec le colloque sur la Palestine et l’Europe, Henry Laurens, un des meilleurs historiens du Proche-Orient en France, en était l’organisateur. On se retrouve donc dans la situation ubuesque où des tags visant un professeur au Collège de France aboutissent à l’annulation du colloque que celui-ci devait organiser…

      Rappelons pour mémoire l’indignation inverse qui avait traversé la France lorsque des tags désignant des enseignants accusés d’islamophobie étaient apparus sur les murs de l’université de Grenoble. Ici, non seulement ces attaques sur les murs d’une institution académique n’ont suscité aucune indignation, mais elles ont abouti à la silenciation de celui qui en était victime.

      Le second élément est l’implication dans l’affaire du collectif Actions Avocats, une association fondée « pour lutter contre la recrudescence des actes antisémites en France, lutter contre l’apologie du terrorisme et pour la libération des otages encore entre les mains de l’organisation terroriste Hamas ».

      Ce collectif avait écrit le 8 novembre au ministre de l’enseignement supérieur et de la recherche, Philippe Baptiste, pour lui faire part de « sa vive préoccupation concernant le colloque ».

      Actions Avocats rappelait dans cette lettre le fait que « la France a officiellement adopté la définition de l’antisémitisme de l’IHRA (Alliance internationale pour la mémoire de l’Holocauste) qui précise notamment que la “négation du droit à l’autodétermination du peuple juif” ou “l’application de standards différents à Israël” peuvent constituer des formes contemporaines d’antisémitisme ».

      Rappelons que cette définition est très controversée et que le juriste états-unien Kenneth Stern, qui a pourtant contribué à la forger, juge désormais que « loin de faciliter la lutte simultanée contre l’antisémitisme et contre les préjugés dogmatiques visant Israël, la tentative de censurer toute critique d’Israël la rend plus difficile ».

      Dans une boucle d’e-mails d’un groupe d’universitaires appelé « Réseau de recherche sur le racisme et l’antisémitisme », Déborah Journo, présidente d’Actions Avocats, écrit : « Nous avons adressé un courrier à l’administrateur du Collège de France + copie au ministre de l’enseignement hier par e-mail. J’imagine que notre courrier et toutes les autres initiatives ont permis cette annulation. Bravo à tous. »

      L’administrateur du Collège de France, Thomas Römer, n’ayant pas répondu à nos sollicitations, la chaîne qui a abouti à cette annulation demeure incertaine. Pression médiatique organisée par la Ligue internationale contre le racisme et l’antisémitisme (Licra) et Le Point ? Rôle de ce « Réseau de recherche sur le racisme et l’antisémitisme » outillé juridiquement par l’association Actions Avocats ? Pression liberticide du ministre de l’enseignement supérieur et de la recherche dans sa lettre adressée à Thomas Römer ? Ou initiative personnelle de ce dernier, ainsi qu’il l’a laissé entendre devant les professeurs du Collège de France réunis lundi 10 novembre dans l’urgence ?

      Un autre doute émerge : le Germano-Suisse Thomas Römer, bibliste et grand spécialiste de l’Ancien Testament, a-t-il pu agir par crainte que ses recherches en Israël et en Cisjordanie soient compromises s’il laissait ce colloque se tenir en l’état dans sa prestigieuse institution ?
      « Un précédent d’une extrême gravité »

      Sa décision, lourde de conséquences, a, quoi qu’il en soit, fait réagir non seulement un collectif de prestigieux universitaires, qui estime que « cette interdiction ouvre la voie à une censure institutionnelle », mais aussi une partie des professeur·es du Collège de France, qui juge que cette annulation « crée un précédent d’une extrême gravité ».

      « Bien que conscients des pressions qui pesaient sur sa tenue et des responsabilités administratives qui en découlent, nous regrettons cette décision qui fait prévaloir, de façon disproportionnée, les questions de sécurité sur le respect de la liberté académique, objet de menaces croissantes en de nombreux endroits du monde », écrivent ainsi les quatorze professeur·es.

      L’annulation de ce colloque, remplacé par des communications à huis clos au goût d’ersatz, fait aussi rejaillir d’anciennes querelles, notamment celles qui ont opposé les islamologues et « djihadologues » François Burgat et Gilles Kepel, encore vives alors que la France se souvient, ce 13 novembre, des attentats de Paris et de Saint-Denis commis il y a tout juste dix ans.

      L’article du Point a ainsi mis directement en cause François Burgat, sans lien avec le colloque, mais qui fut directeur du Carep. En avril, ce centre de recherche, indépendant mais financé par des fonds publics qataris, avait apporté son soutien à ce directeur de recherche émérite au CNRS, alors que celui-ci était jugé pour apologie du terrorisme à la suite d’un message sur X où il affirmait avoir « infiniment plus de respect et de considération pour les dirigeants du Hamas que pour ceux de l’État d’Israël ». Des faits pour lesquels le tribunal d’Aix-en-Provence l’a relaxé fin mai.

      Quant au « Réseau de recherche sur le racisme et l’antisémitisme », où l’on retrouve les noms de Pierre-André Taguieff, de l’historien Emmanuel Debono ou encore d’Emmanuel Droit, directeur de Sciences Po Strasbourg, il relaye dans ses échanges d’e-mails l’obsession ancienne de Gilles Kepel, relayée par la chercheuse aux thèses complotistes et farfelues Florence Bergeaud-Blackler sur l’entrisme des Frères musulmans en France.

      Le colloque y est présenté comme une offensive frériste destinée à faire vaciller l’université française. « Les Frères et leurs collaborateurs ont un objectif précis : ils veulent administrer le chaos ; […] donc dans l’ordre a. semer la zizanie dans les démocraties occidentales ; b. profiter du chaos pour gagner du terrain en termes de pouvoirs », assure une maître de conférences en psychologie membre de ce réseau.

      Reprenant la rhétorique également présente dans le rapport très controversé commandé par le ministère de l’intérieur sur les Frères musulmans, elle explique encore que l’université est investie « comme terrain fertile principal pour semer la zizanie par exemple entre collègues, entre étudiants, au sein des directions et décanats de facs ».

      Mais outre ces rejeux de querelles plus médiatiques qu’académiques déjà anciennes, l’annulation du colloque s’inscrit évidemment dans les effets de long terme du massacre du 7-Octobre et de l’anéantissement de Gaza.

      L’article du Point a ainsi dénoncé un colloque qui risquait de se muer en « deux journées à tendance pro-Hamas ». Il pointait notamment la présence, parmi les modérateurs, de l’anthropologue Véronique Bontemps, en précisant qu’elle avait fait l’objet d’une procédure disciplinaire pour « apologie du terrorisme ».

      Signalée par des collègues sur la plateforme Pharos pour avoir relayé sur une liste interne un tract de Solidaires étudiant-e-s appelant, le 8 octobre 2023, au « soutien indéfectible à la lutte du peuple palestinien dans toutes ses modalités et formes de lutte », cette chercheuse avait dû effectivement s’en expliquer devant sa hiérarchie.

      Le fait qu’elle ait condamné les massacres de civils dans deux messages suivants et pris ses distances avec le communiqué du syndicat n’avait pas empêché une convocation dénoncée par nombre de chercheurs.

      « Après deux ans de génocide, on a l’impression d’être revenus au point de départ : c’est-à-dire que le simple fait de parler de la Palestine peut vous valoir des accusations d’apologie du terrorisme. À ce sujet, Le Point a écrit que j’avais fait l’objet d’une procédure disciplinaire du CNRS pour “apologie du terrorisme”, sans préciser que j’avais été blanchie de cette accusation », explique-t-elle aujourd’hui à Mediapart.

      L’état des libertés académiques, notamment quand il est question de la Palestine, sera tout bientôt de nouveau à l’ordre du jour puisque, le 16 décembre, doit se tenir, toujours au Collège de France, une journée d’études intitulée « Politics and Poetics on the Ruins of Gaza » (« Politique et poésie sur les ruines de Gaza »), organisée par le professeur Didier Fassin.

      Le titulaire de la chaire « Questions morales et enjeux politiques dans les sociétés contemporaines » assure à Mediapart qu’il a reçu « l’assurance de l’administrateur du Collège de France qu’il ne sera[it] pas annulé » même s’il ne doute pas que son colloque fera « l’objet d’attaques et de pressions ».

      https://www.mediapart.fr/journal/culture-et-idees/131125/la-justice-valide-l-annulation-du-colloque-du-college-de-france-et-c-est-g

  • Le nouveau Règlement Intérieur liberticide de Nantes Université au regard du droit
    https://academia.hypotheses.org/63465

    Communiqué du 3 octobre 2024 Vendredi 19 septembre 2025, Nantes Université (NU) a soumis au Conseil académique (CAC) des propositions de modifications du règlement intérieur de l’Université. Syndicats étudiants et professionnels se sont immédiatement mobilisés pour dénoncer son caractère liberticide. … Continuer la lecture →

    ##ResistESR #Démocratie_universitaire #Gouvernance_de_l'ESR #Libertés_académiques_:_pour_une_université_émancipatrice #liberté_académique #libertés_publiques #Nantes_Université

  • « chasse aux wokes : comment les polémiques de ces dernières années ont épuisé les universitaires »

    « Coupes de subventions, cabales médiatiques… En France aussi, les universitaires sont attaqués par des forces conservatrices. Au point de créer un climat d’usure et d’autocensure dans les campus et les laboratoires. »

    https://www.lemonde.fr/campus/article/2025/09/16/chasse-aux-wokes-comment-les-polemiques-de-ces-dernieres-annees-ont-epuise-l

    #liberté_académique #science #université #woke

  • Academic freedom is widely accepted both as a fundamental value of present-day higher education and as a prerequisite for well-functioning democratic societies. Yet, in recent years, major concerns about the state of academic freedom in Europe have been raised by higher education stakeholders, including policymakers and members of the academic community. .... .... In this article we will discuss these studies and, on the basis of their findings, introduce six categories of threats to academic freedom in Europe. These categories allow for more structured studies on academic freedom in Europe and can contribute to a better understanding of differences and similarities in academic freedom trends among European countries.

    https://www.cambridge.org/core/journals/european-review/article/de-facto-academic-freedom-in-the-european-union-threats-and-trends/05803786E0D65721D83BDA9032C37E05

    #liberté_académique #europe #science #education #contre_pouvoir

  • Pour 2 millions, le Collège de France perd le droit de critiquer Total
    https://revue21.fr/article/college-de-france-total

    Le 13 juin 2025, le #Collège_de_France nous a communiqué ce contrat de 26 pages qui interroge la #liberté_académique dont doit se prévaloir un lieu de savoir. Le texte prévoit que #Total octroie la somme de 2 millions d’euros pour l’animation, de 2021 à 2026, de cette chaire. Chaque année y siège un scientifique qui s’est illustré dans sa discipline, comme l’économiste Christian Gollier ou le professeur d’histoire environnementale Kyle Harper. Une initiative visant à « s’engager et prendre part [au] combat » de la « transition écologique et énergétique » à l’heure de l’« urgence climatique », comme l’indique le site web Avenir Commun Durable.

    En échange de cette donation, le Collège de France a consenti à une clause dite de non-dénigrement, c’est-à-dire qu’il s’engage à s’abstenir de « toute communication directe ou indirecte, écrite ou orale, susceptible de porter atteinte à l’image et à la notoriété » de la multinationale. Laquelle ne voit pas de contradiction à reconnaître, dans le même souffle, que « la réussite, la richesse intellectuelle, l’impact et le rayonnement de l’initiative Avenir Commun Durable reposent sur la réputation d’indépendance […] du Collège de France ».

    https://archive.ph/WMNzR
    #climat #convention #universités

  • La profession d’enseignant-chercheur aux prises avec le #nouveau_management_public

    Ce texte se propose d’analyser différents impacts de la #néolibéralisation de l’enseignement supérieur et de la recherche (ESR) sur le contenu et les #conditions_de_travail des enseignants-chercheurs (EC). L’analyse s’appuie sur les résultats d’une enquête menée entre 2020 et 2022 sur la nature, les causes et les effets des mutations du #travail des EC. Cette recherche visait dans un premier temps à objectiver les évolutions et à saisir les représentations des acteurs à leur sujet. Le second temps entendait analyser les raisons et les vecteurs de ces évolutions. Outre la mobilisation de sources bibliographiques, trois outils ont servi à recueillir des données. Un questionnaire adressé en ligne aux membres des différentes sections du CNU et aux EC en poste dans cinq établissements (aux tailles, localisations et statuts variés), à l’exception de ceux du domaine de la santé [1] a permis de travailler sur 684 réponses complètes reçues. Des entretiens semi-directifs (de 30 à 90 minutes) ont ensuite été menés avec 108 répondants au questionnaire, avec 5 présidents ou vice-présidents d’université (en poste au moment de l’échange) et avec des représentants de 6 syndicats (SNESup, SNESup école émancipée, CFDT, CGT, FO et Sud) [2]. Des résultats provisoires ont enfin été discutés au cours de 7 séminaires réunissant des EC dans le but d’alimenter la réflexion et l’analyse finale. Le livre Enseignants-chercheurs. Un grand corps malade (Bord de l’eau, 2025) rend compte de façon détaillée des résultats de cette recherche.

    On montrera d’abord comment la mise en œuvre des principes du nouveau management public (#NMP) dans l’ESR a entraîné simultanément un alourdissement et un appauvrissement des tâches d’enseignement, de recherche et d’administration incombant aux EC. On abordera ensuite les effets de #surcharge et de #débordements du travail que produisent ces transformations du travail des EC ainsi que les impacts que cela engendre sur leur #moral, leur #engagement et leur #santé.

    Le travail des EC alourdi et appauvri sous l’effet de la #néo-libéralisation et du NMP

    La #néo-managérialisation de l’ESR a démarré dans les années 1990, sans qu’il s’agisse d’une #rupture absolue avec une #université qui aurait jusque-là échappé aux logiques capitalistes dominantes. Parlons plutôt d’une évolution marquée par l’adoption et l’adaptation des principes du néolibéralisme. Promus par la Société du Mont Pèlerin fondée en 1947, puis mis en œuvre à partir des années 1980 (par Thatcher et Reagan), ces principes prônent une réduction des missions et des coûts des services publics s’appuyant sur une gestion comparable à celle des entreprises privées. Il s’agit de rationaliser leur organisation et de réduire leurs budgets, d’instaurer une mise en concurrence interne (entre établissements, départements, équipes et collègues) et externe (avec des organisations privées fournissant des services de même nature), de viser leur rentabilité et de mesurer leur performance. Cela a conduit à favoriser le fonctionnement en mode projet, la diversification des financements en valorisant les #PPP (partenariats public/privé), l’évaluation sur #indicateurs_quantitatifs, les #regroupements… Les objectifs fixés étant l’#efficacité plutôt que l’#équité, l’#efficience plus que l’#utilité_sociale, la #rentabilité avant la qualité de service.

    Ce programme s’applique donc dans l’ESR français à partir des années 1990. En 1998, le #rapport_Attali « Pour un système européen d’enseignement supérieur » répond à une commande de #Claude_Allègre (ministre de l’Éducation nationale, de la Recherche et de la Technologie de 1997 à 2000) qui entend « instiller l’#esprit_d’entreprise dans le système éducatif » (Les Échos, 3 février 1998), une #orientation qui constitue une injonction à visée performative. Dans les établissements, et notamment les #universités_publiques, cette orientation va être conduite par des équipes comptant de plus en plus de technocrates et de managers formés et rompus à l’exercice du NMP qui entendent faire fonctionner une logique inscrite dans la droite ligne du « processus de production, de diffusion et de légitimation des idées néo-managériales en France depuis les années 1970 [3] »

    Le rapport Attali propose un cadre européen inspiré d’orientations de l’OCDE. Lors de la célébration du 800e anniversaire de la Sorbonne, toujours en 1998, les dirigeants français, allemand, britannique et italien lancent un appel pour « un cadre commun de référence visant à améliorer la lisibilité des diplômes, à faciliter la mobilité des étudiants ainsi que leur employabilité ». Dès 1999, 25 autres pays européens signent cet appel et donnent naissance au « #processus_de_Bologne » destiné à créer un Espace européen de l’enseignement supérieur avant 2010. En mars 2000, l’Union européenne rejoint ce projet, qui débouche sur la #stratégie_de_Lisbonne proposant de créer un « #marché_de_la_recherche ». C’est dans ce contexte qu’intervient la #bureaucratisation_néolibérale de l’ESR français qui va transformer la « #gouvernance » de l’ESR, ainsi que le travail et les conditions de travail de ses salariés, dont celles des EC.

    Parallèlement à la dégradation des #taux_d’encadrement (notamment en licence [4], avec des variations entre disciplines et établissements) et aux baisses d’effectifs et de qualification des personnels d’appui, les EC assument des tâches liées à l’enseignement de plus en plus nombreuses, diverses et complexes. Il s’agit notamment d’un travail d’#ingénierie_pédagogique de plus en plus prenant, d’une coordination de plus en plus fréquente d’équipes pédagogiques comprenant des précaires en nombre croissant (dont ils doivent aussi assurer le recrutement et le suivi), de réponses aux injonctions à la « #professionnalisation » (impliquant de faire évoluer les contenus de formation, en réécrivant les maquettes de diplôme en « compétences » [5], en multipliant le nombre de #stages à encadrer et en travaillant sur les #projets_professionnels des étudiants), d’une #complexification de l’#évaluation des étudiants due à la #semestrialisation, à des délais de correction raccourcis, à la « #concurrence » du web et désormais de l’IA et d’une prise en charge d’activités de #marketing et de #communication destinées à vanter, voire à « vendre », les diplômes, les parcours, l’établissement.

    - « On subit une accumulation de #micro-tâches, qui devient chronophage même si c’est souvent des bonnes idées. Par exemple, l’université nous demande de présenter les masters en faisant venir d’anciens étudiants, ce qu’on fait déjà deux fois pour les étudiants de L3 et aux journées portes ouvertes. Ils nous demandent de faire une présentation de plus pour diffuser plus largement sur des plateformes et toucher un public plus large. […] Autre exemple, on nous demande de refaire un point sur les capacités d’accueil de nos masters, et il faut refaire le travail. […] En fait, toute l’année on nous demande des #petits_trucs comme ça. » (PU en sciences de l’éducation et de la formation, en université).

    Une même dynamique opère du côté de la recherche, les activités sont aussi accrues et diversifiées dans un contexte de raréfaction des personnels d’appui, notamment en lien avec la #concurrence aiguisée entre chercheurs, entre labos, entre UFR, entre établissements. Cette évolution c’est aussi la baisse des #budgets_récurrents et la chasse aux #financements, en répondant à des #appels_à_projets émanant de institutions publiques (ANR, ministères, UE) ou d’acteurs privés, la course aux #publications dans les revues classées, en anglais pour certaines disciplines, la multiplication des #évaluations par les établissements, les agences (AÉRES puis #HCÉRES…), les tutelles, le ministère, l’œil rivé sur les classements, notamment celui de Shanghai.

    - « Une partie du temps, on est plus en train de chercher des budgets et de faire du #reporting que de faire la recherche elle-même. Sans compter qu’il faut publier pour être valorisé. Il y a des collègues dont on se demande ce qu’ils publient, parce que leur temps de recherche en fait, c’est du temps d’écriture, mais on ne sait pas sur quoi. » (PU en civilisation américaine en université).
    - « Si on regarde les laboratoires, il y a beaucoup de chercheurs et peu de personnels associés. Nécessairement, les EC doivent faire face à plus de tâches administratives. Et d’autre part, il y a des choses qui ont été formatées, il faut remplir des fichiers, des indicateurs, cela fait beaucoup de tâches administratives à réaliser. » (PU en électronique en IUT).

    À cela s’ajoutent les activités de sélection, de recrutement et de management des étudiants et des doctorants sur des plateformes aux performances discutables (#ParcoursPlus, #Mon_master, Adum), des ATER, des postdocs et des enseignants vacataires et contractuels, ainsi que de titulaires lorsqu’il faut siéger en comité de sélection quand des postes de MCF et PU (Professeur d’Université) sont ouverts. Il faut ici souligner la #surcharge spécifique pesant sur les #femmes, notamment PU, compte tenu des règles de parité (un COS doit compter au moins de 40% de membres de chacun des deux genres) et des inégalités de #genre dans les carrières [ 7].

    Les EC doivent aussi prendre en charge des activités d’information, d’évaluation et de valorisation à destination de divers instances et organismes, dans des délais souvent courts, au moyen d’outils numériques plus ou moins fiables et compatibles. Ces comptes à rendre portent en particulier sur la qualité des cursus, les débouchés professionnels et les taux d’insertion des diplômés, les coûts en heures et en masse salariale des cours, des TD et des TP, les résultats en termes de présence aux examens, de notes, de diplômés, d’abandons en cours de cursus…

    – « Je me sens être très gestionnaire, animatrice, gentille organisatrice une grande partie de mon temps. C’est quelque chose que je n’avais pas du tout anticipé en entrant dans ce métier, parce que je ne pensais pas avoir autant de #charges_administratives. […] Dès la 3è année après mon recrutement, j’étais directrice des études, à faire des emplois du temps, recruter des vacataires, travailler un petit peu le contenu de leurs interventions, mais je devais surtout faire des RH, essayer que ça convienne à chacun, récupérer les papiers qu’on lui demandait pour qu’il soit payé, etc. » (MCF en sociologie en IUT).

    On a ainsi assisté à un double mouvement d’alourdissement er d’appauvrissement du travail des EC sous les effets combinés des injonctions à la professionnalisation (la #loi-LRU de 2007 a ajouté « l’orientation et l’insertion » aux missions de l’ESR) et aux attentes des tutelles en la matière ainsi que des normes budgétaires strictes et des critères « d’#excellence » qui concrétisent l’essor des logiques et des modes de gestion du NMP et la #managérialisation de l’ESR (comparable à ce qu’a connu l’Hôpital,). Il en découle un ressenti fréquent de #perte_de_sens et un #malaise profond.

    – « Il faut se bagarrer pour trouver à garder du #sens au métier. Ça c’est très clair. […] On nous impose les choses, donc effectivement, il y a une perte de sens, enfin je ne sais pas si c’est une perte de sens mais on a une perte de la maîtrise de notre métier. »(MCF HDR en didactique de l’histoire en Inspé).
    - « Quand j’ai démarré au début des années 2000, j’avais l’impression d’être en phase avec mon travail et peut-être plusieurs de mes collègues aussi. J’ai l’impression qu’il y avait une sorte de vision collective partagée. Cette vision collective partagée, je la sens moins parce que je sens des #découragements, je sens des #lassitudes. Le partage de la mission de chercheur, c’est plus compliqué et le partage de la vision de la mission d’enseignement pour moi, elle est galvaudée. » (MCF HDR en chimie en université).

    Le #moral et la santé des EC pâtissent des #surcharges et débordements vécus par les EC.

    La détérioration des situations de travail vécue par les EC produit des effets à la fois sur leur état moral, leur #engagement_professionnel et leur état de santé. Les surcharges combinées au sentiment de ne plus pouvoir faire leur travail correctement sont à l’origine de nombreuses #souffrances. Leur travail a été peu à peu alourdi par une accumulation de tâches dont une partie tient à la #procédurisation qui concrétise « la #bureaucratisation_néolibérale ». Cela nourrit un important « #travail_caché », invisibilisé et non rémunéré, qui conduit à la fois à accroître et à hacher l’activité.

    Il en découle des #surcharges_temporelles (extension de la durée du travail professionnel), des #surcharges_mentales (dues à l’accumulation de sujets et de préoccupations) et des #surcharges_cognitives (liées aux changements récurrents de registres d’activité).

    - « L’université française s’écroulerait si nous ne consentions pas à faire un travail parfois considérable gratuitement ou presque. » (PU en langue et civilisation)

    L’#intensification_du_travail qui passe par un accroissement du travail invisible, ou plus justement invisibilisé, des EC, implique des débordements fréquents de leur vie professionnelle sur leur #vie_personnelle (aussi bien du point de vue du temps que de celui des lieux). Ce phénomène a été aggravé par l’usage d’outils (téléphone mobile, micro-ordinateur, tablette) et de dispositifs techniques (mails, réunions et cours à distance, remontées de datas, recherches sur le web) qui favorise le travail en tout lieu et à tout moment, et donc le brouillage des frontières entre travail et hors-travail.

    - « Je pense que tous les collègues font un peu comme moi, le temps d’écriture des articles est pris surtout sur le samedi et le dimanche, donc sur le temps personnel, en fait. Parfois, les conjoints ont du mal à s’y faire, mais moi non, mon conjoint est un chercheur. Globalement, on travaille tous les jours. Sinon, ça ne passe pas. Ou alors, on ne fait que de l’enseignement et on écrit un article par an. » (PU en histoire du droit en université).

    Le débordement temporel et spatial est un fait massif difficile à mesurer pour les EC car ceux-ci, comme tous les enseignants, ont toujours travaillé à la fois sur leur lieu de travail et à leur domicile ou en vacances (pour préparer des cours, corriger des copies et des mémoires, lire et écrire des travaux scientifiques, tenir des RV et réunions à distance).

    La porosité des frontières entre lieux de travail et de vie, entre temps de travail et hors-travail est ambivalente. D’un côté, elle permet aux EC de choisir où et quand ils travaillent, à l’inverse de la plupart des salariés. Cette souplesse d’organisation procure un sentiment de liberté, et une liberté réelle, qui facilite la conciliation entre obligations professionnelles et activités personnelles, domestiques, familiales. Mais, c’est aussi un piège qui met en péril la vie personnelle et familiale en impliquant une absence de limite aux temps et aux espaces consacrés au travail. Ce risque est d’autant plus grand que ce sont souvent les activités de recherche (à la fois les plus appréciées et les plus empêchées au quotidien) qui trouvent place en dehors des lieux et temps de travail. Beaucoup d’EC en viennent alors à accepter, voire à rechercher, ces débordements du travail pour retrouver le plaisir de faire ce qu’ils aiment dans un contexte plus favorable qu’au bureau (environnement calme et agréable) et à l’abri de sollicitations multiples (passages, appels téléphoniques, mails urgents, etc.). Ne peut-on évoquer ici une forme d’#aliénation, voire de « #servitude_volontaire » ? Cela rappelle ce que différentes enquêtes ont montré chez des cadres du secteur privé qui, en travaillant chez eux, y compris le soir, le week-end ou en congé, retrouvent comme ils le disent une « certaine continuité temporelle » et un « cadre spatial favorable à la #concentration ».

    - « Il faut avoir le #temps de faire sa recherche, on est dans une espèce de course à l’échalote permanente. Moi, j’ai eu beaucoup de chance, je ne veux pas cracher dans la soupe, j’ai pu travailler sur ce que je veux, et après à moi de trouver de l’argent. Mais, c’est un métier où ça peut être très dangereux si on ne trouve pas son équilibre. Moi, ça m’a coûté certaines choses au niveau personnel [un divorce !] parce qu’il est arrivé un moment donné où je ne dormais plus la nuit parce que je voyais tout ce que je n’avais pas eu le temps de faire. J’ai eu besoin de faire un travail sur moi pour me ressaisir et me dire que si je n’avais pas fait ça ou ça, ce n’était pas si grave, personne n’est mort à cause de ça, on se détend. J’ai eu de la chance, j’ai refait ma vie avec quelqu’un qui est professeure des écoles donc avec un rythme peu différent ». (MCF en chimie en université).

    Les inégalités de prise en charge des tâches domestiques, familiales et éducatives entre femmes et hommes, auxquelles n’échappent pas les EC, conduisent à exposer de nombreuses EC à des difficultés spécifiques (contribuant aux inégalités de déroulement de carrière à leur détriment), d’autant que la façon d’exercer le métier, de gérer les relations avec les étudiants et de prendre des responsabilités est aussi marquée par des différences de genre.

    – « Cette intensification du temps de travail s’est encore accrue au moment de mon passage PU, avec certains moments de l’année où pour pouvoir conduire mon activité et honorer mes engagements professionnels, je dois sacrifier tous mes week-ends sur une longue période. […] Il me semble que cette intensification tient aussi à une division sexuée du travail présente dans nos composantes : nombre de mes collègues hommes ayant longtemps refusé de prendre des responsabilités, en tous les cas les responsabilités chronophages et peu qualifiantes dans les CV ». (MCF en communication).
    – « Les femmes sont plus touchées que les hommes car elles assument les responsabilités de care pour les étudiants mais aussi pour leurs proches descendants ou ascendants de manière très déséquilibrée par rapport aux hommes. La charge mentale des femmes EC est très lourde. Concilier maternité et ESR (et donc espérer voir évoluer sa carrière) est mission impossible sauf pour celles qui ont un conjoint ou un réseau personnel sur lesquels s’appuyer. L’explosion des publications émanant d’EC masculins pendant la pandémie en est un bon exemple ». (MCF en anglais).

    Ces débordements s’inscrivant dans un contexte de dégradation de la qualité du travail et des conditions de sa réalisation contribuent à nourrir un sentiment d’#insatisfaction. C’est aussi de la #désillusion et diverses #souffrances_morales mais aussi physiques qui découlent de cette combinaison mortifère entre surcharges, débordements et insatisfaction.

    - « Moi, j’ai beaucoup de désillusions sur mon métier. Beaucoup d’#amertume, en fait. […] Quand on est enseignant-chercheur, on démarre, on est à fond, on en veut, etc. On a plein d’envies, on a plein d’ambition, puis on arrive dans la réalité et on prend un gros coup dans la figure et ça t’arrête net. Parce qu’on te colle tout de suite une responsabilité. […] Et tout ça pour un salaire de m… ! […] Moi je trouve que former des gens comme on les forme pour faire ça, c’est du gâchis franchement. » (Vice-présidente d’une université en poste).

    Ce qui mine et fait mal, comme l’évoquent de nombreux EC quand ils décrivent l’évolution de leur métier, c’est en particulier l’impression de devoir travailler toujours plus avec toujours moins de moyens disponibles, et donc pour un résultat dégradé ; ils ont le sentiment d’un « #travail_empêché » (comme le nomme Yves Clot) parce qu’ils se sentent empêchés de faire un travail de qualité comme ils savent et voudraient le faire ; ils ont des doutes sur la réalité de ce qu’ils font par rapport à ce qu’ils attendent de leur travail et ce qu’ils pensent que doit être le #service_public.

    Beaucoup des EC interrogés durant l’enquête se demandent ce qu’est devenu leur travail, quel sens ils peuvent encore lui donner et quel avenir attend l’université (et plus largement l’ESR). Si la plupart acceptent que le cœur de leur métier dépasse largement les seules activités de base d’enseignement et de recherche, ils doutent de plus en plus de pouvoir faire ce métier, auquel ils sont attachés, dans les règles de l’art telles qu’ils les conçoivent, et en particulier avec l’attention requise et les résultats voulus.

    - « Je pense que le métier d’enseignant-chercheur au-delà des 35 heures, ce n’est pas trop quelque chose de nouveau. Un chercheur, je pense qu’il a toujours beaucoup travaillé le soir. Mais peut-être que maintenant, on n’arrive plus à trouver le temps de tout faire ce qu’on nous demande. Et peut-être que ça, c’est nouveau ». (PU en biologie en IUT).
    – « J’ai vraiment du mal à croire qu’on puisse faire les trois choses ensemble. C’est-à-dire à la fois avoir une activité de recherche de haut niveau, avoir un investissement dans l’enseignement qui permet, enfin selon le critère qui est le mien, de renouveler ses cours extrêmement régulièrement pour ne pas se répéter, et en plus avoir des fonctions administratives ». (MCF en histoire en université).

    Cela fait émerger des questions majeures : à quoi et à qui sert aujourd’hui le travail des EC ? Sont-ils en mesure de réaliser des enseignements et des recherches de qualité ? Que devient le service public de l’ESR ? Ces questionnements rejoignent les trois dimensions majeures du sens du travail énoncées : son utilité vis-à-vis de ses destinataires, le respect de leurs valeurs éthiques et professionnelles, et le développement de leurs capacités.

    – « Il faut se bagarrer pour trouver à garder du sens au métier. Ça c’est très clair. […] On nous impose les choses, donc effectivement, il y a une perte de sens, enfin je ne sais pas si c’est une perte de sens mais on a une perte de la maîtrise de notre métier. » (MCF HDR en didactique de l’histoire en Inspé).

    Les différentes évolutions que nous venons de décrire peuvent s’interpréter comme les signes d’un risque de #déprofessionnalisation, un processus à la fois lent et peu visible prenant la forme d’une remise en cause ce qui fonde leurs « gestes professionnels » et de leur #identité_professionnelle ». Ce dont on parle ici ne concerne pas seulement tel ou tel individu, mais le groupe professionnel des EC à travers trois aspects.

    Le premier élément est une déqualification liée au fait que les EC sont de plus en plus souvent chargés de tâches ne correspondant ni au contenu, ni au niveau de leurs savoirs et de leurs objectifs. La deuxième dimension concerne la perte d’#autonomie à rebours de la #liberté_académique et de l’autonomie affirmées dans les textes. Le troisième aspect est le sentiment massivement exprimé durant l’enquête de l’#inutilité d’une part croissante du travail réalisé par rapport à ce que les EC voudraient apporter à leurs étudiants, et plus largement à la société qui finance leurs salaires, ce qui touche au cœur de l’identité fondant leur profession.

    La managérialisation de l’ESR alimente ce risque de déprofessionnalisation en enrôlant les EC dans les évolutions de leur travail et de leurs conditions de travail qui leur déplaisent, en les conduisant à faire - et pour ceux qui ont des responsabilités à faire faire à leurs collègues - ce qui les fait souffrir et que, pour partie, ils désapprouvent. C’est sans doute une des réussites du NMP que d’obtenir cette mobilisation subjective, comme la nomme la sociologue Danièle Linhart.

    La question de la déprofessionnalisation des EC mérite sans aucun doute d’être approfondie en termes de causes, de manifestations et d’effets. En l’état actuel de l’analyse, c’est une hypothèse à creuser dans le cadre d’un questionnement sur les impacts - et l’efficience - des modes de gestion impulsés par le nouveau management public et la bureaucratisation néolibérale.

    Si cette enquête ne suffit évidemment pas à établir un diagnostic global sur la santé des EC, elle permet néanmoins de mettre à jour des réalités peu connues et alarmantes. Ainsi, le terme épuisement est souvent revenu : il est employé spontanément par 45 répondants au questionnaire (dont 31 femmes). Il est évoqué 10 fois en réponse à la question : « Rencontrez-vous ou avez-vous rencontré des difficultés pour concilier vos différents activités professionnelles (enseignement, recherche, tâches administratives) ? Si oui, lesquelles ? ». Le stress, lui, est explicitement abordé dans 35 réponses (29 femmes) sans compter celles qui parlent du stress des étudiants et des Biatss. 17 répondants (dont 13 femmes) parlent de burn-out. Dans 7 de ces 17 cas, les répondants témoignent de burn-out subi par eux-mêmes ou par un membre de leur équipe au cours des dernières années. Les autres évoquent le risque ou la peur d’en arriver là. Les deux verbatims suivants illustrent l’importance de cette question.

    – « Il y a 20 ans, les réunions pouvaient durer 1 heure, 1 heure et demie. Aujourd’hui, il n’y a pas une réunion du CHSCT qui dure moins de 3 ou 4 heures. Parce qu’il y a un nombre incroyable de remontées au niveau des enseignants-chercheurs. […] Dans notre département, il y a eu pas moins de trois burn-out cette année, avec des arrêts maladie, des demandes de collègues de se mettre à mi-temps. » (PU, élu CGT).
    – « Je pense qu’il faut faire très, très attention. On est sur un fil raide. Ça peut basculer d’un côté comme de l’autre. Et je pense qu’on doit arrêter un peu le rythme, les gens sont fatigués, épuisés, donc il faut qu’on trouve un moyen de minimiser un peu les appels à projets. C’est sur ça qu’on se bat. Les garder, mais en faire moins. […] Bien sûr qu’on manque de moyens et bien sûr qu’il faut qu’on fasse comprendre à notre fichu pays que l’enseignement supérieur et la recherche, c’est un investissement. Je crois à ça profondément. » (Présidente d’une université en poste au moment de l’entretien).

    Pour conclure

    La profession des EC ressent assez largement un #malaise mettant en cause leur activité, voire leur carrière. Face à cela, la plupart des réponses sont aujourd’hui individuelles, elles passent pour certains par différentes formes de #surengagement (débouchant parfois sur du #stress, des #dépressions ou du #burn-out), pour d’autres (et parfois les mêmes à d’autres moments de leur carrière) à des variantes de désengagement (vis-à-vis de certaines tâches) pouvant aller jusqu’à diverses voies d’Exit (mises en disponibilité, départs en retraite avant l’âge limite, démissions très difficiles à quantifier). Les solutions collectives ont été assez décrédibilisées, notamment après l’échec du mouvement anti-LRU. De nouvelles pistes restent à imaginer et à construire pour ne pas continuer à subir les méfaits de la néo-libéralisation de l’ESR et trouver des alternatives aux dégradations en cours.

    [1] La situation des MCF-PH et des PU-PH à la fois EC à l’université et praticiens en milieu hospitalier étant très particulière.

    [2] Les verbatims présentés dans cette communication sont extraits des réponses au questionnaire ou des entretiens.

    [3] Bezès P. (2012). « État, experts et savoirs néo-managériaux, les producteurs et diffuseur du New Public Management en France depuis les années 1970 », Actes de la recherche en Sciences Sociales, n° 3, p. 18.

    [4] La massification de l’accès au bac s’est traduite par une très forte hausse du nombre d’élèves et étudiants inscrits dans l’ESR. Sur les 4 dernière décennies, ce nombre a plus que doublé en passant d’un peu moins de 1,2 million (à la rentrée 1980) à près de 2,8 millions (à la rentrée 2020). Le nombre d’EC n’a pas suivi !

    [5] Les diplômes universitaires doivent désormais figurer dans le Répertoire national des certifications professionnelles (le RNCP) conçu dans la logique des compétences.

    [6] Bibliothécaires, ingénieurs, administratifs, techniciens, personnels sociaux et de santé de l’enseignement supérieur.

    [7] En dépit des principes d’égalité professionnelle, les femmes sont infériorisées dans l’ESR. Parmi les MCF, seul le domaine droit, science politique, économie et gestion (DSPEG) est à parité avec 51% de femmes et 49% d’hommes. Les femmes sont sur-représentées (58%) en Lettres, Langues et Sciences humaines (LLSH) et sous-représentées (34%) en Sciences et Techniques (ST). Du côté des PU, les femmes sont 29% (contre 45% parmi les MCF) même si ce pourcentage a augmenté ces dernières années. Les femmes sont minoritaires parmi les PU dans les trois domaines, y compris là où elles sont majoritaires parmi les MCF : elles sont 36% en DSPEG, 45% en LLSH et 21% en ST. Et les écarts de statut ne sont pas les seules inégalités de genre entre EC.

    https://blogs.alternatives-economiques.fr/les-economistes-atterres/2025/06/17/crise-de-l-esr-contribution-2-la-profession-d-enseign
    #ESR #enseignement #recherche #new_public_management

  • Academic Freedom Index
    https://academic-freedom-index.net

    The Academic Freedom Index (AFI) assesses de facto levels of academic freedom across the world based on five indicators: freedom to research and teach; freedom of academic exchange and dissemination; institutional autonomy; campus integrity; and freedom of academic and cultural expression. The AFI currently covers 179 countries and territories, and provides the most comprehensive dataset on the subject of academic freedom.

    The AFI rests on assessments by 2,363 country experts worldwide, standardized questionnaires, and a well-established statistical model, implemented and adapted by the V-Dem project. The V-Dem project is known for generating sound data on various dimensions of democracy. The Academic Freedom Index uses a Bayesian measurement model method for data aggregation: it not only provides so-called point estimates, but also transparently reports measurement uncertainty in the global assessment of academic freedom. We strongly recommend that users take this uncertainty into account when comparing scores between countries and over time. You can learn more about our research and the index on our website. In addition, this introductory article explains the index design in more detail.

    Katrin Kinzelbach, chercheuse : « La vitesse et le nombre d’attaques contre les universités américaines sont à couper le souffle »
    https://www.lemonde.fr/sciences/article/2025/03/13/katrin-kinzelbach-chercheuse-la-vitesse-et-le-nombre-d-attaques-contre-les-u

    #université #recherche #liberté_académique

  • Tribune – La #liberté_académique : pilier de la démocratie – ALIA
    https://liberte-academique.fr/tribune-la-liberte-academique-pilier-de-la-democratie

    Mais si la fabrique de l’ignorance prospère, c’est d’abord parce qu’elle sert les intérêts de groupes économiques, financiers et politiques très puissants, à l’image de l’empire d’Elon Musk, qui ont bien compris l’avantage stratégique d’accaparer la connaissance, de la contrôler et de la falsifier. Aujourd’hui, ces stratégies délétères constituent une menace directe pour la démocratie, dont l’exercice effectif suppose un espace public de pensée, de critique réciproque et de délibération. Sans savoir partagé et sans langage commun, aucun dialogue constructif n’est possible.

    Pour faire reculer cette menace, l’#Université, comme institution en charge de produire, critiquer, transmettre et conserver les savoirs, doit pouvoir exercer ses activités en toute indépendance vis-à-vis de toutes les formes de pouvoir. Car l’Université et la Recherche sont fondées sur une interrogation illimitée sur le monde, qui ne s’arrête devant rien, qui se propose de fournir et de partager des clés de compréhension, sans finalité pratique et monnayable, et qui se remet elle-même constamment en cause. Cette extraordinaire capacité à se renouveler et à réinventer notre vision du monde garantit la production et le partage d’un savoir fiable, conscient de ses acquis mais aussi de ses limites, seul à même d’alimenter de manière constructive et saine le débat démocratique. Mais cette capacité ne peut s’exercer que grâce à la liberté accordée aux universitaires de choisir collectivement, en conjuguant connaissances et intuition, les objets de travail les plus fructueux ainsi que les méthodologies les plus heuristiques, et de diffuser sans limite les résultats de leurs recherches, y compris, en particulier, si ceux-ci bousculent opinions et croyances.

  • Sur le #positionnement_politique des universités

    Les manifestations étudiantes en faveur de la Palestine ont soulevé la question épineuse de la #neutralité politique des universités, en Amérique du Nord comme en Europe. Bien compris, le devoir de « #réserve_institutionnelle » limite l’expression des universités, mais non la libre expression dans les universités. Rediffusion d’un article du 23 octobre 2024

    Tout au long de l’année universitaire 2023-2024, des manifestations contre l’offensive israélienne à Gaza ont éclaté sur les campus d’Amérique du Nord et d’Europe. Certains étudiants ont appelé les universités à se solidariser avec la Palestine et à condamner Israël. Ces manifestations ont suscité l’inquiétude de nombre d’observateurs, consternés par certains incidents antisémites. La critique des manifestations étudiantes a alimenté la polémique récurrente contre les universités dites « #woke ».

    De Sciences Po à Paris à Columbia à New York, politiciens et administrateurs ont entrepris la mise au pas d’universités jugées par trop politisées. Nombre d’universités ont été amenées à adopter une position de « #neutralité_institutionnelle » – le principe selon lequel les universités devraient s’abstenir de prendre position sur les enjeux politiques et internationaux du jour. Les principales universités de la Ivy League, telles que Harvard et Chicago, ont publiquement souscrit à la neutralité institutionnelle et certaines universités britanniques et françaises en discutent actuellement[1].

    Malheureusement, ce que recouvre exactement la neutralité institutionnelle n’est pas évident. De fait, elle est souvent mal comprise, tant par la droite que par la gauche. Depuis une dizaine d’années, des commentateurs plutôt associés à la droite se sont fait les porte-drapeau de la liberté d’expression dans les universités, critiquant le « politiquement correct » ou la « cancel culture » qui y prévaudraient et le manque de diversité des points de vue qui en découlerait. Les mêmes affirment aujourd’hui que le devoir de neutralité politique des universités les oblige à limiter la liberté d’expression – celle des manifestants propalestiniens – sur les campus. Aux États-Unis, des think tanks conservateurs ont invoqué la neutralité institutionnelle pour exhorter les universités à renoncer à leur engagement partisan en faveur de programmes progressistes tels que la diversification des programmes et les initiatives en faveur de l’égalité, de la diversité et de l’inclusion.

    La gauche, à l’inverse, a tendance à être sceptique à l’égard de la neutralité institutionnelle, et ce pour deux raisons. Tout d’abord, en raison de ce qu’elle considère comme son déploiement cynique et idéologique au service de la répression musclée de manifestations et de protestations pacifiques.

    Ensuite, en raison d’objections familières au concept de neutralité lui-même. Les universités sont des acteurs sociaux et politiques qui s’inscrivent dans des réseaux locaux, nationaux et mondiaux et qui agissent inévitablement sur la base de valeurs et de principes qui leur sont propres. La neutralité n’est pas une option pour elles. Dans des domaines contestés tels que les contenus d’enseignement et de recherche, les politiques de diversité, la civilité sur les campus et le financement de l’enseignement supérieur, une position prétendument neutre ne ferait que perpétuer la position dominante d’orateurs traditionnellement privilégiés, tout en permettant aux universités d’entretenir un silence, certes plus commode du point de vue financier et des relations publiques[2].

    Malgré leurs divergences idéologiques, la droite et la gauche commettent la même erreur à propos de la neutralité institutionnelle. Elles supposent toutes deux que la neutralité institutionnelle sert à limiter l’expression politique dans les universités. Or il n’en est rien. Je propose ici l’idée que la neutralité institutionnelle, bien comprise, limite l’expression des universités, mais non la libre expression dans les universités. C’est là une distinction fondamentale, souvent ignorée dans les polémiques récentes.

    Pour éviter les ambiguïtés inhérentes au concept de neutralité, je plaide pour ce qu’on peut appeler (suivant une suggestion de Robert Post et Christopher Eisgruber) la réserve institutionnelle. La réserve institutionnelle signale non pas un détachement des universités vis-à-vis des questions sociales et politiques, mais plutôt une présomption d’abstention et de retenue – qui consiste à éviter de prendre position sur des questions qui ne sont pas liées à leur mission propre. La réserve institutionnelle des universités se justifie de deux manières. Elle est à la fois une condition de la liberté académique et de la liberté d’expression et – plus important encore – une garantie prudentielle contre l’emprise politique et le détournement de la mission distinctive des universités qui en découle.
    Réserve institutionnelle, liberté académique et liberté d’expression

    L’idée de la neutralité institutionnelle des universités est historiquement récente. Pendant près de mille ans, les Églises et les États ont contrôlé, dominé et financé les universités européennes, les utilisant comme propagandistes de leurs dogmes et de leurs valeurs. Ce n’est qu’au XIXe siècle que l’on trouve des suggestions de désaveu de la subordination des universités au politique, chez Humboldt par exemple. Et ce n’est qu’au XXe siècle que la neutralité institutionnelle est formulée comme un principe de bonne conduite universitaire[3].

    Outre le livre de Karl Jaspers sur L’Idée de l’université (1923), un texte clé est le mémoire sur la liberté académique rédigé par le philosophe américain Arthur Lovejoy au nom de l’organisation qu’il avait contribué à fonder (avec John Dewey), l’Association américaine des professeurs d’université (American Association of University Professors). La neutralité institutionnelle y est intimement liée au respect de la liberté académique – la liberté des universitaires de rechercher la vérité selon leurs propres normes et procédures[4].

    Plus récemment, un document influent aux États-Unis est le rapport Kalven, rédigé à l’université de Chicago en 1967, à une époque où les étudiants exigeaient que l’université se désengage de l’Afrique du Sud et dénonce la guerre impopulaire au Vietnam. La fonction première de l’université, affirme le rapport, est de faciliter « la découverte, l’amélioration et la diffusion des connaissances ». À cette fin, elle doit simplement être « le foyer et le protecteur des critiques ; elle n’est pas elle-même le critique ». Si l’université adopte des positions collectives, affirme le rapport, elle le fait au prix de la censure de toute minorité qui n’est pas d’accord avec le point de vue adopté. Ainsi, la neutralité de l’université en tant qu’institution favorise en fin de compte « le respect de la libre investigation et l’obligation de chérir la diversité des points de vue ».

    Des versions des recommandations du rapport Kalven ont récemment été adoptées par certaines universités américaines désireuses d’annoncer à la fois leur neutralité politique et leur engagement en faveur de la liberté d’expression et de la libre investigation sur le campus.

    La neutralité de l’université en tant qu’institution n’est donc pas le fruit d’un manque de courage, ni d’une indifférence ou d’une insensibilité. Il s’agit d’un engagement positif, dérivé des principes qui sous-tendent la mission de l’université : faciliter le plus grand nombre possible de débats et de discussions à partir d’une variété de perspectives contradictoires. La neutralité institutionnelle sert donc à protéger à la fois la liberté académique et la liberté d’expression. Une université attachée à une orthodoxie politique particulière porterait atteinte au droit des professeurs à enseigner et faire de la recherche comme ils l’entendent, poursuivre de nouvelles lignes d’investigation, poser de nouvelles questions.

    La #liberté_académique est garantie par une #double_indépendance. Les universités doivent être autonomes par rapport aux institutions politiques telles que les exécutifs, les législatifs et les tribunaux ainsi que par rapport aux pouvoirs économiques tels que les grandes entreprises et lobbies. Et les universitaires doivent être isolés des administrateurs de leur université – qui ne peuvent pas influencer le contenu de leurs recherches ni la manière dont ils enseignent[5].

    Outre la liberté académique, la #neutralité_politique des universités facilite également la #liberté_d’expression de tous leurs membres, y compris les étudiants. Dès lors qu’une université (ou, plus précisément, ses hauts responsables) prend publiquement position sur une question controversée, elle risque d’entraver l’échange libre d’idées en son sein. La neutralité institutionnelle protège le droit des étudiants et des enseignants à participer en tant qu’individus à l’action politique et à la contestation sociale, à la fois sur le campus et dans les espaces extra-muros, sans avoir à craindre la censure politique ou les sanctions disciplinaires. L’expression libre au sein des universités peut et doit être dérangeante – leur vocation est de rendre possible la remise en question, et potentiellement la subversion, de toutes les idées. La liberté académique et la liberté d’expression en général semblent incompatibles avec l’imposition d’une orthodoxie institutionnelle.

    Tant la droite que la gauche ont donc commis une erreur en louant ou en décriant la neutralité institutionnelle au motif qu’elle pourrait justifier la restriction de la liberté d’expression au sein des universités. Nous l’avons montré, la retenue des universités va de pair avec la liberté dans les universités. C’est, par exemple, parce que les universités ont refusé (ou auraient dû refuser) de s’incliner devant les pressions politiques qu’elles peuvent défendre des universitaires controversés[6], du propalestinien Edward Saïd à Columbia au philosophe utilitariste radical Peter Singer à Princeton, jusqu’à (plus récemment) la féministe critique du genre Selina Todd à Oxford ou l’eugéniste « réaliste de la race » Nathan Cofnas à Cambridge.

    C’est parce que les universités doivent respecter les libertés académiques des chercheurs qu’elles devraient s’abstenir d’influencer le contenu des programmes, même lorsque les sujets enseignés sont politiquement controversés.

    C’est parce que les universités ne doivent pas prendre parti sur les mérites de telle ou telle cause qu’elles ne doivent pas réprimer des manifestations simplement parce qu’elles réprouvent les opinions des manifestants.

    Quelles que soient les bonnes raisons de limiter la liberté d’expression à l’université, elles ne sont pas imposées par la neutralité institutionnelle, ou n’en découlent pas. Certes, l’expression au sein des universités peut être limitée lorsqu’elle enfreint la loi ou lorsqu’elle est incompatible avec la mission des universités. Mais c’est une erreur de penser qu’elle peut être limitée au nom de la neutralité politique.

    La neutralité institutionnelle offre au contraire une protection pour la liberté académique et de la liberté d’expression. Mais en est-elle pour autant une condition sine qua non ? Après tout, il n’est pas évident que seules les universités qui respectent la neutralité institutionnelle soient capables de protéger efficacement la liberté académique et la liberté d’expression. Une distinction cruciale s’impose entre l’expression soutenue par des moyens coercitifs et l’expression non soutenue par des moyens coercitifs. Il est évident qu’aucune université ne devrait imposer des opinions partisanes à ses membres de manière coercitive. Les universitaires doivent être protégés contre les actions coercitives telles que les renvois, les licenciements, les refus de titularisation ou l’intimidation pour des raisons politiques. De même, les étudiants ne devraient pas faire l’objet de mesures disciplinaires simplement parce que l’université réprouve leurs opinions politiques.

    Toutefois l’expression officielle de l’université peut également être non coercitive – et dans ce cas, ses effets sur la liberté sont plus diffus, voire inexistants. Si une université adopte une position politique publique sans pour autant contraindre ou réduire au silence ses membres adoptant un point de vue dissident, il n’est pas certain que cela nuise automatiquement à son fonctionnement intellectuel normal. La question essentielle est de savoir comment les universités traitent les dissidents et non ce qu’elles disent. Fait révélateur, certaines universités ayant une éthique religieuse – de Notre Dame dans l’Indiana à l’université catholique de Louvain – ne protègent pas moins la liberté d’expression de leurs membres que les universités laïques. Les universités qui affirmeraient leur solidarité avec telle ou telle cause internationale pourraient de même tout à fait respecter l’expression d’opinions contraires en leur sein.

    Il en ressort que si le discours coercitif de l’université constitue une atteinte réelle pour la liberté de ses membres, la relation entre expression non coercitive et menace sur la liberté n’est pas évidente et dépendra de circonstances contingentes. Qu’advient-il dès lors de notre argument conceptuel en faveur de la neutralité institutionnelle ? Il semble que l’argument de la liberté ne soit pas aussi convaincant que nous l’espérions. Pour être pleinement justifiée, la neutralité institutionnelle doit être défendue sur une autre base.
    Réserve institutionnelle, captation politique et mission de l’université

    Proposons l’argument prudentiel suivant. Une université qui s’engage à faire preuve de réserve institutionnelle sera mieux à même de repousser les tentatives de captation et de contrôle dans un contexte où la poursuite de sa mission est de plus en plus contestée par les politiciens, administrateurs, bailleurs de fonds et médias. Les universités se devraient de maintenir une position de réserve institutionnelle afin de se concentrer sur la poursuite de leur mission propre : la recherche de la vérité au sein d’environnements éducatifs inclusifs.

    Plusieurs points méritent d’emblée d’être soulignés à propos de cette conception de la réserve institutionnelle. Elle reconnaît que les universités ne sont pas des institutions sans valeurs, mais qu’elles poursuivent au contraire des missions distinctement non neutres (d’où ma préférence pour le terme réserve plutôt que pour celui de neutralité). D’autre part, la présomption de silence des universités est strictement spécifique à un domaine : elle ne s’applique qu’aux questions qui ne sont pas liées à leur mission. Cela signifie que les universités peuvent légitimement prendre position sur des questions politiques et sociales externes qui ont un impact sur leur mission. Cela signifie également que, dans la poursuite de leur mission en interne, les universités ne sont pas tenues à un devoir de réserve institutionnelle – en particulier, leur mission spécifique peut les autoriser à réguler l’expression de leurs membres.

    D’évidence, l’argument en faveur de la réserve institutionnelle n’est absolument pas que les universités seraient des institutions apolitiques. C’est précisément parce que la poursuite par les universités de leur mission propre est politiquement saillante et contestée qu’il n’est pas dans leur intérêt d’être distraites par des questions qui ne sont pas essentielles à leur mission.

    Le principe de réserve institutionnelle stipule que les universités ne doivent pas prendre position sur les questions sociales et politiques du jour sauf si elles affectent la poursuite de leur mission. Par exemple, les universités doivent s’abstenir (en général) de faire des déclarations officielles sur les décisions de justice, les élections, les guerres, la législation ou les mouvements sociaux du moment. Elles ne devraient pas se prononcer (en général) sur la politique pénale ou fiscale, la légalité de l’avortement ou de l’euthanasie, la guerre russe en Ukraine ou le conflit israélo-palestinien. Si les universités doivent être des lieux où ces questions sont vigoureusement débattues, elles ne doivent pas chercher à élaborer une position collective à leur sujet.

    La prise de position politique par les universités présente en effet trois risques distincts. Le premier est celui de l’arbitraire. Contrairement aux gouvernements, les positions politiques des universités sont surérogatoires (non obligatoires) et discrétionnaires (non liées à des critères et des normes préalables). La sélection de leurs causes favorites sera forcément arbitraire. Pourquoi la solidarité avec l’Ukraine mais pas avec Gaza ? Pourquoi la solidarité avec Gaza mais pas avec les Ouïgours ? etc. Bien entendu, les accusations d’incohérence ou d’hypocrisie en matière de politique étrangère sont régulièrement portées à l’encontre des gouvernements. Il reste que ces derniers sont politiquement responsables, ce qui n’est pas le cas des universités.

    Le deuxième risque pour les universités est celui de la captation. Une fois que les universités commencent à prendre des positions publiques, elles risquent de voir leur prestige accaparé par les plus offrants ou les plus bruyants, et leurs dirigeants devront faire face à une pression incessante de leurs membres, autorités de tutelle ou bailleurs de fond. Au lieu de défendre la vérité face aux pouvoirs de toute sorte – une tâche que les universités sont particulièrement bien placées pour accomplir –, les institutions académiques pourraient finir par consacrer trop de temps et d’efforts à être les meilleures amies du pouvoir[7].

    Le troisième risque pour les universités est celui de la distraction. Les universités qui dépenseraient temps, ressources et énergie dans des activités qui ne sont pas directement liées à leur mission feraient face à des coûts d’opportunité importants. Elles s’engageraient dans des négociations interminables pour rédiger des communiqués officiels, compromis inefficaces de généralités et de platitudes – au détriment du travail intellectuel rigoureux qui est la raison d’être des universités.

    Les risques d’arbitraire, de captation et de distraction se cristallisent dans un danger plus large, celui de la décrédibilisation des universités à mesure qu’elles perdent la bonne volonté et la confiance qui sont essentielles à leur autonomie institutionnelle. Les universités militantes risquent d’être soumises à des niveaux croissants de contrôle externe si les politiciens, les administrateurs et les médias s’en prennent à leur politisation apparente ou réelle. Ce danger de décrédibilisation est d’autant plus pressant que les universités sont actuellement le point focal de « guerres culturelles », où est critiqué leur parti pris supposément de gauche.

    Si les universités souhaitent continuer à poursuivre leur mission avec l’indépendance et la sérénité dont elles ont besoin, il est dans leur intérêt de se concentrer sur la poursuite de leurs objectifs épistémiques et éducatifs spécifiques. Ceux-ci ne sont pas neutres, au sens ordinaire du terme : ils impliquent des pratiques contestées, telles que la discrimination entre les bons et les mauvais arguments, la défense de lignes de recherche impopulaires, et des efforts positifs pour corriger les inégalités d’accès et de participation à l’enseignement supérieur. Dans un contexte de campagne idéologique concertée contre la poursuite de ces objectifs par les universités (sous la bannière douteuse de l’« antiwokisme »), la priorité des universités devrait être de défendre leur mission, et non de fournir des munitions à l’ire des critiques. Tel est, en substance, le cœur de l’argument prudentiel en faveur de la réserve institutionnelle – un argument susceptible de convaincre même les sceptiques de gauche.

    Dans la poursuite de leur mission, l’expression des universités n’est pas neutre, mais n’enfreint pas pour autant l’obligation de réserve institutionnelle. Distinguons trois domaines où l’université peut, et parfois doit, prendre position et où l’injonction selon laquelle elle devrait être « institutionnellement neutre » est inopérante. Premièrement, les universités peuvent prendre position sur les questions sociales et politiques externes qui affectent la poursuite de leur mission. Cette exception au principe de neutralité institutionnelle a également été relevée par le rapport Kalven.

    Quelques exemples. Dans les contextes de conflits et de crises à l’étranger, les universités apporteront naturellement leur soutien à leurs étudiants, enseignants et personnel directement touchés par les guerres – ou autres catastrophes. Les universités peuvent également prendre légitimement position sur les politiques de l’enseignement supérieur (tel le soutien gouvernemental à la recherche) ou sur les politiques d’immigration lorsqu’elles affectent leur recrutement (comme les restrictions en matière de visas pour les étudiants étrangers). Elles peuvent également faire preuve de solidarité avec les universitaires du monde entier dans le cadre de leur engagement général en faveur de la défense de l’enseignement supérieur.

    Des questions peuvent également être légitimement posées sur les politiques d’investissement des universités : dans les domaines où l’université doit agir en tant qu’entreprise sur le marché – lorsqu’elle possède des biens ou reçoit des fonds –, elle ne peut éviter de discuter de la légitimité éthique de ses engagements financiers.

    Enfin, les universités peuvent exprimer leur soutien à des causes sociétales importantes dans la mesure où ceci les aide à corriger des défauts structurels dans la poursuite de leur mission elle-même. Ce fut le cas, par exemple, des mouvements LGBTQ+, Black Lives Matter et #MeToo, qui ont amené les universités à reconsidérer douloureusement leur capacité à fournir un environnement éducatif inclusif dans un contexte d’injustices structurelles persistantes.

    Le deuxième domaine dans lequel l’expression universitaire n’est pas neutre, dans le sens où elle favorise naturellement certains points de vue par rapport à d’autres, est la priorité qu’elle accorde à la liberté académique par rapport à la liberté d’expression. Alors que la liberté d’expression protège le droit égal de chacun d’exprimer ses convictions dans les échanges privés et sur la place publique, une des caractéristiques de la liberté académique est qu’elle protège le droit plus spécifique d’experts accrédités de discriminer entre bonnes et mauvaises idées sur la base de leur expertise disciplinaire.

    Dans des pratiques telles que l’enseignement, la recherche, l’évaluation des étudiants et des pairs, la délivrance de diplômes, les universitaires dévaluent régulièrement les points de vue qui ne répondent pas aux normes académiques attendues. Comme le dit bien Michele Moody-Adams, la non-neutralité est à la fois un droit et un devoir de la liberté académique[8]. Les universitaires ne sont pas tenus de rechercher un « équilibre des points de vue » dans leur enseignement ou leur recherche : la seule norme pertinente est la rigueur scientifique. Sur la réalité de l’Holocauste, le changement climatique ou l’efficacité des vaccins, il n’y pas de place (à l’université) pour ceux qui rejettent les fondements épistémiques des disciplines académiques – même quand ils bénéficient par ailleurs de la pleine liberté d’expression dans la sphère publique au sens large.

    Le troisième domaine dans lequel l’expression officielle des universités n’est pas neutre est quand elle vise à créer un environnement éducatif inclusif. D’évidence, les universités doivent censurer les discours interdits par la loi : ceux qui harcèlent, incitent à la violence, menacent ou discriminent, en particulier sur la base de caractéristiques protégées telles que la race, le sexe, la religion ou la sexualité.

    Certes, il existe des différences nationales significatives dans ce domaine : les pays européens répriment et les États-Unis protègent les discours de haine. Mais la question se pose de savoir si les universités devraient simplement appliquer le droit existant ou bien s’efforcer, au travers de leurs règlements et codes internes, de créer des environnements éducatifs inclusifs, dans lesquels les groupes défavorisés – les groupes structurellement désavantagés dans leur accès et leur participation à l’enseignement supérieur – ne seraient pas systématiquement intimidés, mis à l’écart et réduits au silence. Ces codes sont souvent perçus comme symptomatiques du développement d’une « cancel culture » qui porterait atteinte à la liberté d’expression en imposant une idéologie du politiquement correct conformiste et anti-intellectuel.

    Sur ce vaste et épineux sujet, je me contenterai de faire trois remarques. D’une part, l’annonce de la mort de la liberté d’expression sur les campus a été largement exagérée. La montée en épingle de divers incidents a contribué à alimenter une panique morale sur l’état des universités, diagnostic qui reflète imparfaitement l’expérience de ceux et celles qui y travaillent ou étudient[9].

    D’autre part, on ne peut nier la tendance, chez de nouvelles générations d’étudiants, à exiger que les universités soient des « espaces sûrs » (safe spaces) les protégeant de l’exposition à des idées dérangeantes ou offensantes. Or les universités ne sont pas là pour rendre les idées inoffensives pour les étudiants, mais bien pour permettre aux étudiants d’affronter les idées – elles devraient être des brave spaces, non des safe spaces. On frémit à l’idée que les administrateurs d’universités – souvent terrifiés par les pressions médiatiques ou les réflexes consuméristes des étudiants – aient le pouvoir de réprimer les discours qu’ils jugent offensants, stigmatisants ou victimisants ou les discours qui (à l’inverse) réduiraient au silence les critiques du « politiquement correct ».

    La limitation coercitive de la liberté d’expression doit être réservée aux cas flagrants de discours qui, en niant l’humanité de l’autre, empêchent les personnes visées de participer au débat en tant que membres à part entière de la communauté éducative[10]. C’est sur cette base que l’expression des suprémacistes blancs, antisémites notoires et misogynes extrémistes peut légitimement être interdite sur les campus universitaires étatsuniens, dans la mesure où elle réduit effectivement au silence les Noirs, les juifs ou les femmes. Le préjudice objectif que représente le fait d’être réduit au silence est très différent du simple désagrément que constitue le fait d’être soumis à des idées déstabilisantes ou dérangeantes.

    Pour le reste, à l’université, la meilleure réponse au mauvais discours sera le plus souvent plus de discours plutôt que moins de discours. Les enseignants ont à leur disposition toute une palette de pratiques non-coercitives visant à l’inclusivité. Ils ne devraient pas utiliser le concept de safe space pour censurer l’expression d’idées jugées offensantes pour les étudiants, mais ils peuvent créer des safe spaces dans le cadre de l’enseignement, qui garantissent que tous les étudiants se sentent libres d’exprimer le plus large éventail d’opinions sans être punis, harcelés ou condamnés. Les campus peuvent sensibiliser les étudiants et les enseignants aux préjugés inconscients et à l’impact que peuvent avoir certains mots, tels les épithètes sexistes ou racistes, sans avoir à contrôler les « micro-agressions ». Bref, il existe une différence essentielle entre la promotion de normes de civilité dans l’expression et l’imposition de normes par la censure ou la punition.

    Les universités elles-mêmes peuvent déployer un contre-discours pour condamner les discours de haine les plus flagrants en leur sein. Même si cela réduit certaines voix au silence – la frontière entre expression et coercition est ténue –, il peut s’agir d’une réduction au silence légitime dès lors qu’elle sert la mission éducative de l’université[11].

    Ces remarques rapides ont eu pour but d’illustrer le point suivant. Dans les cas (étroitement spécifiés) où l’expression des enseignants et des étudiants peut être légitimement limitée, ce n’est pas en vertu de la « neutralité institutionnelle » des universités, et encore moins en vertu de leur engagement en faveur d’un « équilibre des points de vue » entre les différentes opinions idéologiques.

    Les universités ne devraient pas invoquer la neutralité pour réprimer les manifestations étudiantes – un exercice légitime de la liberté d’expression – tant que ces dernières sont pacifiques, exemptes de discours de haine et ne bloquent pas l’accès aux cours. Elles ne peuvent pas non plus invoquer la neutralité pour contester la censure d’orateurs incompétents sur le plan scientifique – les universités peuvent se livrer à une discrimination des discours, compte tenu de leur mission spécifique. Enfin, la neutralité ne peut pas être opposée aux initiatives d’éducation inclusive – les universités ne sont pas neutres quant à leur engagement substantiel en faveur d’environnements éducatifs inclusifs. Les pratiques des universités peuvent certes être critiquées dans tous ces domaines. Mais elles doivent l’être sur la base d’arguments de fond, non par appel à une neutralité inopérante.

    La réserve institutionnelle limite l’expression des universités, mais non la libre expression dans les universités. Si les universités sont en droit de limiter certaines formes d’expression en leur sein, ce n’est pas du fait de leur obligation de réserve. Les universités ne sont pas tenues à la réserve lorsqu’il s’agit de poursuivre leurs missions propres telles que la défense de la liberté académique et la promotion d’environnements éducatifs inclusifs. Les universités devraient être plus modestes dans leurs prises de position politiques externes, mais aussi plus fermes dans la défense de l’intégrité de leur mission éducative et de recherche.

    https://aoc.media/analyse/2024/12/30/sur-le-positionnement-politique-des-universites-2
    #université #recherche #ESR #devoir_de_réserve

  • The Professors Are the Enemy. Right-wing attacks on academic freedom have real repercussions

    “The professors are the enemy.” So said J.D. Vance, a candidate for the U.S. Senate in Ohio, quoting #Richard_Nixon at last month’s National Conservatism Conference. The irony of this statement, coming from someone who has boasted of his position as scholar in residence at Ohio State University, is indisputable. But it is important to ask why it is that #Vance, and others of his political ilk, appear so viscerally hostile to higher ed. One piece of the explanation comes from another Republican, George W. Bush, who, speaking of a quite different enemy, famously declared, “They hate our freedoms.”

    (#pawall)

    https://www.chronicle.com/article/the-professors-are-the-enemy

    #ESR #attaque #enseignement_supérieur #université #extrême_droite #liberté_académique #USA #Etats-Unis #ennemis #George_Bush #hostilité

  • L’Université doit respecter la liberté de conscience, d’expression et de manifestation des étudiants | Le Club
    https://blogs.mediapart.fr/jean-francois-bayart/blog/201124/l-universite-doit-respecter-la-liberte-de-conscience-d-expression-et

    Défendre le droit à la parole des étudiants, c’est défendre notre droit à la recherche. C’est défendre la liberté scientifique, philosophique et même religieuse, en récusant toute assignation identitaire sur la base de ses origines et convictions. En bref, c’est défendre la démocratie et la République – celles-là mêmes qu’on leur reproche de mettre en danger.

    #liberté_académique #démocratie #répression #Palestine

  • Les milliardaires financent une nouvelle #université « #anti-woke »

    Au #Texas, une université « anti-woke » ouvre ses portes. L’alma mater a récolté 200 millions de dollars de dons, notamment après les événements du 7 octobre. L’Université se veut apolitique, mais le bord politique de ses importants donateurs interrogent.

    Mécontent du système académique, certains ont trouvé la parade parfaite en ouvrant leur propre université au Texas. Jusqu’ici rien de très surprenant. La particularité de cette école ? C’est une université « anti-woke ».

    Il semble que cette idée séduit puisque près de 200 millions de dollars ont déjà été récoltés, souligne le « Wall Street Journal » dimanche 13 octobre. Parmi les généreux donateurs, figurent plusieurs grosses fortunes américaines. L’argent a notamment afflué depuis les événements du 7 octobre 2023 en Israël.
    Une mission ambitieuse

    La mission de l’Université d’Austin (UATX), qui se dit apolitique, est audacieuse : elle veut favoriser le débat ouvert, la liberté académique et une « quête intrépide de la vérité », tout en mettant l’accent sur l’entrepreneuriat. En effet, de nombreux donateurs fortunés estiment que les universités sont trop progressistes. Ils se disent attirés par l’idée d’une école alternative qui encouragerait la réussite méritocratique et une multitude de points de vue.

    Harlan crow, promoteur immobilier miliardaire et contributeur de l’UATX explique : « Aujourd’hui, une grande partie de l’enseignement supérieur semble vouloir rejeter les réalisations occidentales et les réalisations des civilisations occidentales dans leur intégralité. »

    De cette volonté est donc née l’UATX qui a accueilli sa première volée de 95 élèves en septembre dernier. Les étudiants ont reçu un exemplaire de l’Odysée d’Homer lors de leur inscription.
    Le 7 octobre comme moteur

    Une vidéo publiée sur le compte Youtube de l’école met en contraste les scènes de manifestations pro-palestiniennes sur les campus américains avec un séminaire de l’UATX. La vidéo se termine avec le message : « Ils brûlent, nous construisons. »

    Il faut dire que les événements du 7 octobre ont fait les affaires de l’uni « anti-woke ». A partir de cette date, la collecte de fonds s’est emballée. Le « Wall Street Journal » explique que les donateurs estiment que la liberté d’expression s’applique de manière sélective sur les campus.

    #Niall_Ferguson, historien et co-fondateur de l’institution détaille : « Il a fallu ce qui s’est passé au lendemain du 7 octobre sur les principaux campus pour convaincre Wall Street et les gens de la Silicon Valley, qu’il y avait vraiment un problème. »

    Une collaboration avec #Elon_Musk

    Les dirigeants de #SpaceX et #Boring_Company, la société d’Elon Musk, contribuent à l’élaboration du programme d’études en ingénierie de l’école. Le patron de Tesla n’est pas le seul à être attiré par le projet. Le co-fondateur de #Paypal, #Peter_Thiel, a aussi tenu à apporter sa pierre à l’édifice.

    Si l’école se revendique apolitique, la provenance de ses gros donateurs questionne. En effet, les plus importants sont acquis à la cause républicaine et finance les campagnes des candidats du parti à l’éléphant.

    Pour l’heure, l’UATX n’est pas encore accréditée. Elle ne pourra l’être qu’après la promotion de sa première volée. Les élèves ont reçu une bourse de 130’000 dollars afin de compenser les risques pris. Plus de 40% des étudiants inscrits viennent du Texas et un tiers sont des femmes. A voir, si les étudiants seront aussi enthousiastes que les donateurs.

    https://www.blick.ch/fr/news/monde/plusieurs-millions-recoltes-les-milliardaires-financent-une-nouvelle-universit
    #USA #Etats-Unis #facs #woke #vérité #liberté_académique #Université_d'Austin (#UATX) #entrepreneuriat #progressisme #méritocratie #Harlan_Crow #ESR #enseignement_supérieur

  • Israel’s Universities: The Crackdown
    Neve Gordon and Penny Green
    June 5, 2024
    New York Review of Books
    https://www.nybooks.com/online/2024/06/05/israel-universities-the-crackdown

    Last October, Palestinian students and academic staff in Israel faced unprecedented penalties for their speech. Now the repression persists.

    On April 18 Israeli police arrested the scholar Nadera Shalhoub-Kevorkian at her home in the Armenian Quarter of Jerusalem. Now sixty-three, she has researched the state repression of Palestinian children in East Jerusalem for decades, but the police’s arrival at her door was still a shock. They confiscated her cell phone, her computer, posters made by the nonprofit Defense for Children International, and multiple books by Mahmoud Darwish, and charged her with suspicion “of severe incitement against the State of Israel for statements made against Zionism and claims that Israel is currently committing genocide in Gaza.”

    Shalhoub-Kevorkian, a Palestinian citizen of Israel, is the Lawrence D. Biele Chair in Law at the Hebrew University of Jerusalem. (She is also a colleague of ours at Queen Mary University of London.) For six hours the police interrogated her about her academic articles and public statements she had made since October 7. They then shackled her wrists and ankles and took her to the Russian Compound, a detention center located near the Jerusalem city hall. She told Haaretz that a policewoman strip-searched her, cursed her, accused her of being part of Hamas, and told her to “burn” and “die.”

    A second officer took her to a cell, threw a mattress on the floor, and locked her in. “I was shivering with cold,” she remembered.

    I asked for a blanket, and they brought me one that smelled of garbage and urine and was also wet. I sat on the bed until morning, my ears and nose started to bleed, I threw up, washed my face, and went back to bed. I don’t know how something like this happens to someone my age. The light was very strong and there was noise. The cold was terrible, my teeth were chattering, even though the blanket smelled and was wet, in the end I covered myself with it because I couldn’t stand the cold.

    At a hearing the following morning, the state prosecutor asked the Jerusalem Magistrates Court to extend Shalhoub-Kevorkian’s detention. The judge, lacking evidence that she posed any danger, dismissed the request; she was released on bail. Since then, she told us in a recent conversation, she has been summoned for three further interrogations.

    Shalhoub-Kevorkian’s scholarship casts light on Israel’s degrading and inhumane treatment of Palestinian children and youth: according to Defense for Children International, in the decade leading up to the current Gaza war, close to a thousand children were killed and thousands incarcerated by Israeli soldiers and settlers; in 2019 alone, the UN reported, nearly 1,500 were maimed by Israeli forces. She calls such practices “unchilding,” a process of harsh subjugation. “Although I research these things,” she told Haaretz, “I never felt them on my flesh.”

    On October 26—by which point Israel had killed over seven thousand Palestinians in Gaza, of whom nearly three thousand were children—Shalhoub-Kevorkian signed and circulated a petition titled “Childhood Researchers and Students Calling for Immediate Ceasefire in Gaza.” The petition, which has now gathered 2,492 signatures from scholars around the world, demanded an immediate ceasefire and an end to “Western-backed Israeli genocide” and the “egregious violation of Palestinian children’s rights.”

    Three days later Hebrew University’s president, Asher Cohen, and its rector, Tamir Sheafer, sent Shalhoub-Kevorkian a letter. They were, they wrote, “astonished, disgusted and deeply disappointed” by her decision to sign the document—an act “not very far from crimes of incitement and sedition.” Israel’s actions in Gaza, they insisted, did “not come close to the definition of genocide.” Hamas’s massacre of October 7, on the other hand, met it “completely.” “We are sorry and ashamed that the Hebrew University includes a faculty member like you,” they concluded. “In light of your feelings, we believe that it is appropriate for you to consider leaving your position.”

    Members of the university community went on to disseminate the letter on social media, where Shalhoub-Kevorkian met with a barrage of hateful messages and violent threats. But everything she had said and done was within the law, and her tenure protected her from dismissal. In effect, the university’s leaders had resorted to bullying her into leaving.

    Shalhoub-Kevorkian decided to stay. The following March she was interviewed on the podcast Makdisi Street and made comments for which she was further targeted. She referred to Israel’s policy of withholding the corpses of Palestinians whom it had killed in military operations or who had died in custody—a practice widely documented by rights groups like B’Tselem and Human Rights Watch as well as in a series of Supreme Court cases since at least 1981. Later the conversation turned to the perception that Israel was using allegations of sexual violence committed by Hamas militants on October 7 to justify violence in Gaza. She denounced sexual abuse in no uncertain terms. “I will never approve it, not to Israelis nor to Palestinians and not in my name…. If a woman says she is raped I will believe her,” she said. “The issue is, is Israel allowing proper collection of evidence?…We don’t see women coming out and saying what happened, so women’s bodies are being used as political weapons.”

    Soon after a reporter on Israeli television mentioned these remarks, a member of the Knesset—Israel’s parliament—named Sharren Haskel called on Hebrew University to intervene. In a public statement in response, the president and rector reiterated that they were ashamed that Shalhoub-Kevorkian was on their faculty. Accusing her of “cynically” using free speech and academic freedom to “divide and incite,” they suspended her from all teaching responsibilities. They ended by declaring the institution a Zionist university, implying that it has no place for non-Zionist or anti-Zionist students, faculty, or staff. After a series of letters from faculty members—who argued that the president and rector had overreached their authority—and academics from abroad, the university’s leaders met with Shalhoub-Kevorkian and canceled the suspension on the grounds, Haaretz reported, that she had clarified her position about the rape charges. She was arrested three weeks later.

    What explains the intensity of the attacks against Shalhoub-Kevorkian? Her story underlines how fragile academic freedom can be when it comes under political pressure. It also offers a window into the assault that Palestinian students and staff in Israeli higher education have suffered since October 7. In the three weeks following Hamas’s attack, well over a hundred Palestinian students in Israel, nearly 80 percent of them women, faced disciplinary actions for private social media posts that supported the end of the siege on Gaza, celebrated the bulldozing of the Gaza border fence, expressed empathy with Palestinians in the Strip, or simply included memes about suffering Palestinian children. When word got out of arrests, investigations, suspensions, and expulsions, many Palestinian students and faculty stopped posting or sharing on social media. Shalhoub-Kevorkian’s treatment months later made it clear that this wave of repression had hardly abated.

    With the exception of a handful of mixed primary and secondary schools, which cater to about two thousand of Israel’s more than two million schoolchildren, Israeli universities are the only educational institutions where Palestinian and Jewish students meet. Over the years enrollment has risen among Palestinians, who make up twenty percent of the country’s citizens and currently comprise just over 16 percent of bachelor’s degree students, 11 percent of master’s students, and 8 percent of Ph.D. students. They have long been subject to disproportionate penalties for their speech. In her book Towers of Ivory and Steel, the anthropologist Maya Wind reports that in 2002, at the height of Israel’s military offensives in the West Bank, Palestinian students at the University of Haifa were suspended for peacefully protesting. At the time they comprised a minority of the student body, but between that year and 2010 they made up over 90 percent of the students summoned to disciplinary committees. Between 2010 and 2015 they remained three times as likely to be summoned as their Jewish peers.

    In 2007 the Knesset passed the “Students’ Rights Law,” which specifies that “an institution will establish and publicize, in accordance with the provisions of this law, a behavioral code for the behavior of applicants and students regarding their studies at the institution, including behavior during class and while at the institution’s facilities, as well as in the student dormitories.” Nowhere does the law give higher education institutions the authority to monitor and persecute students for their extramural statements or activities, including posts on private social media accounts. Yet many disciplinary committees have since overreached their authority to do precisely that.

    Even Palestinian students keenly aware of earlier periods of repression could not have anticipated just how widely universities would disregard such protections after Hamas’s attack. The suspensions began within days. By October 9 the human rights organization Adalah, which works with Palestinian citizens of Israel, had received a request to offer legal assistance to seven Palestinian students temporarily suspended from Haifa University. Unlike Shalhoub-Kevorkian, they were punished for posts shared among friends or on private social media accounts. The university’s rector, Gur Alroey, told Haaretz that their posts amounted to expressions of support for the attack. Elsewhere the Israeli media reported that he had sent the students a curt email: “In light of your statement on social media, and your support for the terrorist attack on the settlements surrounding Gaza and the murder of innocents, you are suspended from studying at the university until the matter is investigated.” Adalah, in a legal petition earlier this year, stressed that the students had “repeatedly made clear that they oppose violence against civilians.”

    Normally Adalah deals with a handful of student complaints a year. Now, however, it was inundated with dozens of requests for legal representation. It became clear that right-wing organizations like Im Tirtzu—which monitors faculty members as part of its “Know the Anti-Zionist Israeli Professor” project and according to a Jerusalem District Court ruling has “fascist characteristics” —were mining Palestinian citizens’ posts on social media. Soon Zionist students were assembling portfolios of their Palestinian classmates’ private accounts.

    At the Technion, Israel’s Institute of Technology, students circulated a PowerPoint presentation on WhatsApp and Telegram that included screenshots of social media posts alongside academic information about sixteen Palestinian students and brief explanations of the “offences” they committed. In the document, which was shared with us by Adalah, one student was outed for liking an Instagram image of a bulldozer breaching the fence surrounding Gaza. Zionist students at universities and colleges filed scores of complaints against their Palestinian classmates, who within days were subjected to investigations, disciplinary proceedings, suspensions, and expulsions, often without hearings. A number of institutions evicted accused students from their dormitories.

    On October 12 Israel’s minister of education, Yoav Kish, who chairs the country’s Council for Higher Education, issued a letter directing universities and colleges to “immediately suspend any student or employee who supports the barbaric terrorist acts experienced in the State of Israel, or who supports a terrorist organization, an act of terrorism, an enemy or an enemy state.” All such statements, he wrote, amounted to incitement to terrorism. “In cases where incitement is confirmed,” he went on, universities had to “issue permanent expulsions or terminations.” On October 17 Kish passed a resolution requiring universities to report to the council on how they had dealt with such students who “incite and support Hamas.” University leaders were outraged that the government seemed not to trust them.

    Some universities were flooded with complaints. A few set up screening committees to sift through social media posts and determine which students to suspend while a disciplinary committee deliberated whether the students in question could continue their studies. These committees, wittingly or not, also assisted their institutions in censoring students. Bar Ilan University tweeted that it had established a committee made up of academic, legal, and security experts to examine statements made by members of the university community that identified with terrorism or engaged in incitement or racism. The tweet included the rector’s email address, to which people could send complaints.

    AP Photo/Mahmoud Illean

    Nadera Shalhoub-Kevorkian appearing in court after her arrest on charges of incitement, Jerusalem, April 19, 2024

    “Within two weeks after the attack,” the attorney Adi Mansour, who works for Adalah, told us, “we found ourselves representing seventy-four Palestinian students in twenty-five institutions of higher education, including thirteen from Bezalel Academy of Arts and Design and the seven from the University of Haifa.” Several other students were represented by Academia for Equality or private lawyers. The vast majority were suspended, according to Mansour, for expressing solidarity with Palestinians in Gaza, demonstrating compassion for their suffering, or quoting verses from the Quran. In most cases the institution noted that as part of the procedure it had also sent the details of students under investigation to the police.

    Lubna Tuma, another attorney with Adalah, related to us that several students were arrested, interrogated, and even indicted for posting an image from October 7 of Palestinian children rejoicing on a captured military jeep. The students were stripped, searched, and humiliated. A twenty-three-year old Technion student told The Washington Post that, after posting a cooking video on October 8 with the caption “today we eat victory shakshuka,” she underwent three strip-searches and was woken up for roll call every hour of the night. Some were slapped and pushed; several alleged that the guards had exposed them to the cold, offered them food not “fit for animals,” moved them from facility to facility, and held them in closed-off rooms for hours on end before transferring them to grossly overcrowded cells. The same Technion student told PBS Newshour what had happened to other female students in her cell: “I had my hijab, but the other girls, they seized them from their bedrooms and did not allow them to put veils on their heads. Then they put garbage bags on their heads.”

    In another case, some sixty police officers stormed a student’s family home. At work when he learned about the raid, he went to the police station, where he was interrogated, then taken to Megiddo Prison and held in what lawyers described as “deplorable conditions.” After two weeks, he was released in the middle of the night. No charges were ever filed against him.

    Adalah’s lawyers accompanied university and college students to their disciplinary hearings. Tuma, who has gone to more than seventy disciplinary procedures during the past eight months, described them to us as farcical and draconian. In one case she represented a student who was suspended for sharing the Quranic verse “Their appointed time is the morning. Is not the morning near?” on October 7. In a reversal of the presumption of innocence, Tuma remembered, the judges expected the student to convince them that he did not support terrorism. They asked him why he had not shared posts condemning Hamas or demanding the return of Israeli hostages.

    The crucial offense, in many of the hearings, seemed to Tuma to be “hurting the public’s feelings.” But how, she asked, can you prove that the public’s feelings were hurt, particularly by posts shared only on private accounts with small groups of friends? And who, for that matter, is meant by “the public”? “In the imagination of most of the academic judges sitting on disciplinary panels,” she said, it “seems to denote only Israel’s Jewish citizenry.” Tuma recalled one hearing at Ben-Gurion University in which the disciplinary panel invited a student whose family members were killed on October 7 to prove that the post in question was hurtful.

    In some cases the disciplinary panels gave their verdict, only for right-wing students to take matters into their own hands. At Ben-Gurion, a panel decided not to suspend a Palestinian nursing student who shared a video clip denying some of the violence that took place on October 7. Instead the institution reprimanded her and asked her to volunteer for forty hours of community service. Students in a WhatsApp group responded to the verdict with a threat: “If she stays in this degree, no one will begin the year—the university will be turned upside down.”

    The university announced that it would appeal the panel’s decision, and according to Haaretz, the rector, Chaim Hames, sent the student an email, again using bullying rhetoric: “It seems wrong to me that you should return to school tomorrow as if nothing had happened. I recommend that you do not come to class tomorrow and that for the next few days, study by yourself in the library or anywhere else you see fit.” In the appeal, the student was found guilty and suspended for a term—but since all the courses in the nursing faculty are a year long, she was effectively suspended for twice that time.

    This was not the only or first appeal to popular justice. Already on October 16 the chairperson of the National Union of Israeli Students issued a letter suggesting that Palestinian students who allegedly supported terrorism be removed from universities and colleges. Not two weeks later, a group of Zionist students tried to break into the college dorms in the city of Netanya, shouting “death to Arabs” as police stood by. In January, a video clip circulated on Facebook showing students at Emek Yezreel Academic College draped in Israeli flags, standing on a classroom podium, declaring that they will “not sit in the same class with supporters of terrorism.” By Christmas, Palestinians were asking lawyers whether they could share images of Santa Claus standing amid the rubble in Gaza on social media. Many Palestinian students who could afford it started looking for alternative university options overseas.

    Individual faculty members have contributed to this hostile climate. In October a professor at Hebrew University posted a video, now taken offline, in which he compares Hamas to Nazis and advocates for a “Nakba 2” in Gaza. In an October 27 op-ed for the right-wing newspaper Makor Rishon, also now taken offline, Eviatar Matania, a political scientist at Tel-Aviv University, called for the complete destruction of Gaza City and the establishment of a park in its place. Neither professor was subjected to disciplinary action. But when, on October 14, twenty-five staff members at Haifa University wrote a letter criticizing the suspension of Palestinian students without due process, over 10,000 people signed a petition demanding that the staff be dismissed.

    Palestinian academic faculty are a small minority: they make up just 3.5 percent of the country’s university teaching staff, and they are almost always the only non-Jewish staff member in their academic departments. They too were targeted. On October 29 Arye Rattner, the president of Kaye Academic College of Education, sent a letter notifying the school’s staff that the college administration had received several complaints about social media from students and faculty members. “Management,” he wrote, “decided to act with a heavy hand and zero tolerance towards these cases,” including by expelling a student from her studies and firing an academic staff member. “Publications condemning the activities of IDF soldiers defending the State of Israel,” the president stressed, “will be met with zero tolerance.”

    Jewish faculty members were not entirely immune. On October 25 Yoseph Frost, the president of David Yellin Academic College for Education, summoned Nurit Peled-Elhanan, a renowned scholar who studies the portrayal of Palestinians in children’s Hebrew textbooks, to a disciplinary hearing. She was charged with sending messages on a staff WhatsApp group that criticized the conflation of Nazis with Hamas and invoked Jean-Paul Sartre’s discussion of anticolonial violence. To Frost, these WhatsApp notes evinced “understanding for the horrific act of Hamas” and “justification of their criminal act.”

    The disciplinary committee was satisfied with reprimanding Peled-Elhanan, but she resigned. “The values we used to know have long since been overturned,” she wrote in a Haaretz editorial explaining her decision:

    To say that [Hamas’s] attack and massacre occurred in a context, and that it was not an antisemitic pogrom born out of nowhere, is considered a more terrible crime than murder in this country…. Words have become dangerous and lethal bullets legitimate. People who use words are persecuted while murderers enjoy impunity. A person who burned an entire family to death is considered righteous, while anyone who dares to acknowledge the suffering of the residents of Gaza or the West Bank is denounced as a supporter of terrorism.

    In mid-November Achva Academic College, between Tel-Aviv and Beer-Sheva, fired a lecturer named Uri Horesh for two posts on his personal Facebook page: on October 7, he had changed his cover photo to one that says “Free Ghetto Gaza” in Hebrew; a week later, he posted a call to “end the genocide now” and “let Gaza live.” More recently Im Tirzu has been mining petitions signed by academic staff and sending the names to student groups, which then demand their universities fire the signatories. At Sapir College, located not far from the Gaza Strip, a lecturer named Regev Nathansohn signed a petition calling on the Biden administration to stop transferring arms and related funds to Israel. He was maligned as a supporter of terrorism, and wrote to the rector that he felt unsafe on campus. In response, he told us, the university approved an unpaid leave of absence for six months, though he had requested no such thing.

    *

    On October 24 the Committee of Academic Freedom of the British Society for Middle Eastern Studies—which one of us, Neve Gordon, chairs—sent a letter to the presidents of every Israeli university stressing the importance of defending the rights of individuals to express views that others may find offensive or challenging. It also highlighted the institutional duty to care for Palestinian students under attack. Three college leaders replied by characterizing Israel as an island of civilization in the midst of barbarism. Six days later, BRISMES, as the professional association is known, sent President Frost, of David Yellin Academic College for Education, a letter charging that his interpretation of Peled-Elhanan’s text was prejudicial. Frost responded with a letter that said, among other things, “tread carefully.”

    The crackdown has clearly not subsided. On Monday the Knesset member Ofir Katz, the current coalition’s parliamentary whip, introduced a bill dedicated to “removing terror from academia.” It would, in the words of The Jerusalem Post, “force academic institutions to fire faculty members who make statements that negate Israel’s character as a Jewish and democratic state or support terror activities.” The faculty members in question, it stipulates, would not receive a severance package. Academic institutions that fail to comply would be financially sanctioned.

    The bill has the backing of the National Union of Israeli Students, which on Sunday, in a well-coordinated campaign, hung billboards on Tel Aviv’s Ayalon Highway bearing decontextualized quotes from Shalhoub-Kevorkian and Professor Anat Matar of Tel-Aviv University. Matar was singled out for publicly mourning the Palestinian political prisoner Walid Daqqa, who died in custody this past April after thirty-seven years in prison, despite having been diagnosed with cancer in 2022. His corpse is being withheld by the prison authorities.

    Adalah’s General Director, Hassan Jabareen, represented Shalhoub-Kevorkian this past April in the hearings on her detention. In his closing remarks, he stressed that all her comments, including her criticism of the military, fell under legitimate free expression. Her case, Jabareen noted, was unprecedented in several respects. It was the first time in Israel’s history that Section 144d of the Penal Code—the provision criminalizing public incitement and incitement to racism—had been “brought against an academic to extend her detention”; the first time that “an academic had been investigated by the police over scholarly articles published in English-language international journals”; and the first time that the police arrested someone in part for citing factual accounts of Israel withholding the bodies of dead Palestinians.

    Jabareen also stressed that 150 professors from the Hebrew University had signed an open letter condemning Shalhoub-Kevorkian’s detention. But there is little chance that a small group of dissenting scholars will stem the assault on freedom of speech within Israel’s higher education system. On the contrary, the events of the past seven months suggest just how closely the country’s universities are aligned with the imperatives of the state.

    Neve Gordon
    Neve Gordon is the author of Israel’s Occupation and coauthor, with Nicola Perugini, of Human Shields: A History of People in the Line of Fire, both published by University of California Press. (March 2024)

    Penny Green
    Penny Green is an expert on state crime and genocide. She is Professor of Law and Globalization at Queen Mary University of London and, with Tony Ward, coauthor of State Crime: Governments, Violence and Corruption and State Crime and Civil Activism: On the Dialectics of Repression and Resistance. (June 2024)

    Towers of Ivory and Steel: How Israeli Universities Deny Palestinian Freedom (Verso, 2024).
    #liberté_académique #Israël #répression #censure

  • La #liberté_académique menacée dans le monde : « Les universitaires ont intérêt à s’exprimer ouvertement avant qu’il ne soit trop tard »

    En 2006, un citoyen sur deux vivait dans une zone de liberté académique, cette proportion est désormais d’un sur trois. Budgets universitaires en berne, difficultés pour s’exprimer sur des sujets sensibles… Dans un contexte d’#érosion_démocratique, la tendance est alarmante pour la #connaissance et le #bien_commun. Entretien avec #Katrin_Kinzelbach, spécialiste en politique internationale des droits de l’homme, à l’initiative de l’#indice annuel de liberté académique.

    (#paywall)

    https://www.lemonde.fr/sciences/article/2024/04/01/la-liberte-academique-menacee-dans-le-monde-les-universitaires-ont-interet-a
    #université #monde #facs #recherche #libertés_académiques #statistiques #dégradation #chiffres

    • #Academic_freedom_index

      https://academic-freedom-index.net/_astro/AFI-FAU_VDEM_FINAL_2024_weiss-blau.2c6b4efb_ZX7kT5.jpeg

      Based on assessment of the de facto protection of academic freedom as of December 2023, the Academic Freedom Index Update 2024 provides an overview of the state of academic freedom in 179 countries and territories. In line with previous AFI reports, this year’s data demonstrates that academic freedom is under threat globally. Using the concept of growth and decline episodes at country level, this year’s update shows that 23 countries are in episodes of decline in academic freedom, but academic freedom is increasing in only ten countries. 3.6 billion people now live in countries where academic freedom is completely restricted. Taking a longer time period into account by comparing 2023 data with that of fifty years ago, we note more optimistically that academic freedom expanded in 56 countries.

      https://www.youtube.com/watch?v=gOj_1B2PIlE


      https://academic-freedom-index.net
      #rapport

    • L’état de la liberté académique dans le monde

      Basé sur une évaluation de la protection de facto de la liberté académique en décembre 2023, l’Academic Freedom Index Update 2024 donne un aperçu de l’état de la liberté académique dans 179 pays et territoires

      Conformément aux précédents rapports de l’AFI, les données démontrent que la liberté académique est menacée à l’échelle mondiale. Le rapport 2024 montre que 23 pays connaissent des épisodes de déclin de la liberté académique. Celle-ci n’augmente que dans dix pays. 3,6 milliards de personnes vivent désormais dans des pays où la liberté académique est totalement restreinte. En prenant en compte une période plus longue, en comparant les données de 2023 avec celles d’il y a cinquante ans, on constate malgré tout que la liberté académique s’est étendue dans 56 pays.

      L’Academic Freedom Index (AFI) couvre actuellement 179 pays et territoires et fournit l’ensemble de données le plus complet sur le thème de la liberté académique. L’AFI évalue les niveaux de facto de liberté académique à travers le monde sur la base de cinq indicateurs :

      - liberté de recherche et d’enseignement
      - liberté d’échange et de diffusion académique
      - autonomie institutionnelle
      - intégrité du campus
      - liberté d’expression académique et culturelle

      L’AFI repose sur des évaluations réalisées par 2 329 experts nationaux dans le monde entier, des questionnaires standardisés et un modèle statistique bien établi, mis en œuvre et adapté par le projet V-Dem. Le projet V-Dem est connu pour générer des données solides sur diverses dimensions de la démocratie. L’Academic Freedom Index utilise une méthode de modèle de mesure bayésienne pour l’agrégation des données : il fournit non seulement des estimations ponctuelles, mais rend également compte de manière transparente de l’incertitude de mesure dans l’évaluation globale de la liberté académique. Il est recommandé pour les utilisateurs de prendre en compte cette incertitude lorsqu’ils comparent les scores entre pays et dans le temps. Il est possible d’en savoir davantage sur ces recherches en consultant le site Web. De plus, un article d’introduction explique plus en détail la conception de cet index.

      Les données de l’Indice de liberté académique sont conservées dans l’ensemble de données V-Dem, qui comprend les évaluations de la démocratie les plus complètes et les plus détaillées au monde, ainsi que les données de l’AFI. La dernière version de l’ensemble de données et les documents de référence associés peuvent être téléchargés gratuitement sur le site Internet de V-Dem (pp. 238-243 & 322 Codebook). Mais il faut au préalable s’inscrire sur le site.

      Pour en savoir plus sur l’état actuel de la liberté académique dans le monde, on peut se référer à la mise à jour de l’ Indice de liberté académique et explorer les données sur la carte interactive.

      https://cartonumerique.blogspot.com/2024/04/liberte-academique.html
      #cartographie #visualisation

  • #Scholars_at_risk, un réseau d’institutions universitaires qui défend la #liberté_académique

    Plus de 60’000 ukrainiens et ukrainiennes résident en Suisse aujourd’hui et parmi eux/elles, une poignée de chercheurs/euses, doctorant-es poursuivent leurs recherches dans l’une de nos universités. Tout ceci dans le cadre d’un réseau international baptisé Scholars at risk. L’interview de Marianne Halle, déléguée à l’intégration à l’UNIGE.

    https://www.rts.ch/audio-podcast/2024/audio/forum-des-idees-scholars-at-risk-un-reseau-d-institutions-universitaires-qui-def
    #audio #podcast
    #Université_de_Genève #UNIGE #Suisse #Genève #université #recherche #universités-refuge

    –—

    Ajouté à la métaliste des villes-refuge :
    https://seenthis.net/messages/759145

  • Statement of the Board of the German Association of Social and Cultural Anthropology (GASCA) on Academic Freedom in Germany

    As the Executive Board of the German Society of Social and Cultural Anthropology (GASCA), we would like to voice our grave concern over the fact that researchers working in Germany are finding their fundamental rights to academic freedom and freedom of expression increasingly restricted. Both, research and international academic exchange are at risk of being impaired if renowned researchers who work internationally and who come to Germany with different political commitments and persuasions are told that they cannot freely pursue their work or make public statements in Germany.

    We emphasize the absolute necessity of combating antisemitism, racism and islamophobia in Germany and worldwide. However, this cannot be achieved through the surveillance of academics, their academic work or statements they make as private persons, as has now been brought to our attention in several cases from Germany, Austria and Switzerland. We are concerned to see how academics, in particular those who come to Germany from contexts where political discussions are held differently, and/or those who are precariously employed, have to fear for their reputation or feel restricted in their freedom of expression when they comment on the Israel/Palestine conflict. Disputes over the Israel/Palestine conflict cannot be understood exclusively by means of theories of critiques of antisemitism. It is necessary and legitimate to take into account the historical, political, religious, cultural, economic, ethnic and nationalist dimensions of the conflict. The marginalization of academics who exercise their academic freedom and freedom of opinion as enshrined in German Basic Law must not become the vehicle through which debates are shaped in this country; on the contrary, these acts of marginalization prevent necessary debates.

    The terror, war and destruction in Israel/Palestine and the immeasurable suffering on all sides has provoked an intensification of political positioning and polarized public debate. This is particularly true of debates on social media platforms such as Facebook and X (formerly known as Twitter). These intensifications can become problematic if they reduce complex discussions to a few characters and are instrumentalized for simplistic, often tendentious attacks. We are seeing our public sphere shaped by reductionist judgements of socially complex conflict dynamics and indiscriminate accusations of antisemitism that lead increasingly to the breakdown of conversations. This is why we insist that one of the core tasks of universities, research institutes and cultural institutions must be to maintain spaces for difficult discussions in highly polarized social moments. Linked to these tasks is the responsibility to take a stand against all forms of antisemitism, racism and islamophobia, all of which destroy the foundations of democratic coexistence and cooperation. If universities and research institutions do not succeed in cultivating spaces for discussion, including also discussions where we might disagree with each other, and if they cannot counter hasty condemnations with open debates, they contribute to destroying trust in democratic publics and play right into the hands of extremist populism.

    We are deeply concerned over the attacks that renowned and internationally respected intellectuals such as Masha Gessen and Ghassan Hage are facing in Germany. As social and cultural anthropologists in Germany, we are convinced that debates in academic and civil society circles need to renew their commitment to discussion, dissent, and cooperation across difference in order to enable constant shifts in perspective and to challenge epistemic and political certainties. We urge universities and research institutions to commit themselves to building and maintaining spaces for discussion and encounter, which welcome plurality and contradiction. Only in such spaces can variously positioned, carefully reasoned and empirically founded perspectives be developed and mutually criticised, in order for us to learn from each other.

    https://www.dgska.de/stellungnahme-des-vorstands-zur-wissenschaftsfreiheit-in-deutschland
    #liberté_d'expression #Allemagne #liberté_académique #libertés_académiques #recherche #université #Autriche #Suisse #Israël #Palestine #peur #réputation #marginalisation #réseaux_sociaux #Masha_Gessen #Ghassan_Hage