• Résister pour exister
    Au lendemain du 7 octobre 2023, des Palestiniens en exil fondent Urgence Palestine à Paris. En avril 2025, le gouvernement français menace de dissoudre le collectif alors que l’offensive sur Rafah intensifie le génocide à Gaza. Portrait d’une année de résistance collective.
    Un film documentaire indépendant de Yacine Helali

    https://resisterexister.org

    #palestine #dissolution #resistance #liberté_expression



  • Non à la loi Yadan

    Le projet de loi porté par Caroline Yadan prétend lutter contre de nouvelles formes d’antisémitisme. Cependant, lorsque l’on lit l’exposé des motifs, on constate un amalgame entre antisémitisme et critique d’Israël (antisionisme).

    [...] Cet amalgame opéré par Caroline Yadan n’est pas innocent.

    [...] Cet amalgame est scandaleux [et délétère] pour trois raisons :

    ★ réel danger pour la liberté d’expression
    ★ appuie indirectement la colonisation de la Palestine par Israël (illégale en droit international)
    ★ dessert la lutte contre l’antisémitisme


    Député.e.s, lors de son examen, prévu mi-avril dans l’hémicycle, nous vous appelons à voter contre ce projet de loi liberticide, qui appuie une politique colonialiste et génocidaire à l’encontre des Palestinien.ne.s.


    Publication : 18/02/2026 ✅️
    Admissibilité : 10k en 6 mois ✅️
    Visibilité média : 200k ✅️
    Débat hémicycle : 500k ✅️
    2% du corps électoral : 1 million
    4% du corps électoral : 2 millions
    5% du corps électoral : 2.5 millions
    10% du corps électoral : 5 millions

    Proposition amie : https://politipet.fr/3279 « Gaza a faim. Accès immédiat et sans conditions à l’aide humanitaire ! »


    https://politipet.fr/5158
    https://petitions.assemblee-nationale.fr/initiatives/5158

    #Yadan #Liberté_expression #fascisme

  • Thierry Breton et des personnalités européennes sanctionnés par Washington pour leur rôle dans la régulation de la tech
    https://www.lemonde.fr/pixels/article/2025/12/23/regulation-de-la-tech-washington-cible-thierry-breton-et-des-ong_6659269_440

    C’est quand même fascinant de voir comment la « liberté d’expression », qui était un étendard de la gauche woke est devenue un mot de passe pour dire « extrême droite ». Il est principalement employé par celles et ceux qui veulent censurer les livres, vider les bibliothèques et les musées des œuvres qui ne leur plaisent pas et épurer les sites publics.
    Rappelez-vous, cela avait commencé dès le début des années 2000 quand les éditorialistes de droite en France avaient commencé à émailler leurs discours de « on ne peut plus rien dire », « nous n’avons pas le droit de parler », alors même qu’ils bénéficiaient de la richesse des médias concentrés et de la permissivité du service public

    Paris a dénoncé « avec la plus grande fermeté » la décision américaine visant l’ancien commissaire européen qui évoque, de son côté, une chasse aux sorcières. Le département d’Etat qualifie de « censure » les mesures européennes de contrôle des contenus en ligne et a interdit de séjour aux Etats-Unis les cinq personnes visées.

    Quand à la réflexion de Thierry Breton "on dirait que MacCarthy revient"... comme dire, encore de l’aveuglement sur l’extrême gravité de ce qui se fait et pire de ce qui se prépare. Ce n’est plus une inquisition locale (aux USA) portant sur une frange minoritaire (Hollywood), mais une question mondiale de préparation de la guerre, de mainmise sur les ressources, de confrontation interne avec la moitié de la population qui vote démocrate. Quand on en est à déclarer que les démocrates ne font plus partie du peuple américain, et qu’ils sont la cible... Comment dire, MacCarthy, c’est plutôt petit bras.

    Le Monde avec AFP
    Publié le 23 décembre 2025 à 22h56, modifié hier à 07h50

    Temps de Lecture 3 min. Read in English
    Thierry Breton, ancien commissaire européen au marché intérieur, à Paris, le 13 juin 2025.
    Thierry Breton, ancien commissaire européen au marché intérieur, à Paris, le 13 juin 2025. THOMAS SAMSON/AFP

    L’administration Trump a annoncé, mardi 23 décembre, des sanctions visant cinq personnalités européennes engagées pour une stricte régulation du secteur des nouvelles technologies, dont le Français Thierry Breton, ancien commissaire de l’Union européenne (UE).

    Les agissements de ces personnes, qui se voient interdites de séjour aux Etats-Unis, s’apparentent à de la « censure » au détriment des intérêts américains, a justifié le département d’Etat. « Depuis trop longtemps, les idéologues européens mènent des actions concertées pour contraindre les plateformes américaines à sanctionner les opinions américaines auxquelles ils s’opposent », a écrit le secrétaire d’Etat, Marco Rubio, sur X. « L’administration Trump ne tolérera plus ces actes flagrants de censure extraterritoriale », a-t-il ajouté, dénonçant « un complexe industriel mondial de la censure ».

    « Un vent de maccarthysme souffle-t-il à nouveau ? », s’est interrogé Thierry Breton, dans la nuit de mardi à mercredi sur X, en référence à la politique de persécution, menée par le sénateur américain Joseph McCarthy dans les années 1950, de toute personne soupçonnée de sympathies communistes.

    « Pour rappel : 90 % du Parlement européen – démocratiquement élu – et les 27 Etats membres à l’unanimité ont voté le DSA [Digital Services Act] », la directive européenne sur les services numériques, a-t-il souligné. « A nos amis américains : “La censure n’est pas là où vous le pensez” », a-t-il conclu.
    Lire aussi le décryptage | Article réservé à nos abonnés Face à la Big Tech américaine, l’UE applique ses règles avec parcimonie
    Des représentants d’ONG sanctionnés

    C’est la sous-secrétaire d’Etat pour la diplomatie publique, Sarah Rogers, qui a révélé, sur X, les noms des personnes sanctionnées. A commencer par Thierry Breton, ancien ministre français et artisan du DSA, qui a été commissaire au marché intérieur de 2019 à 2024, avec de larges compétences en particulier sur les dossiers numériques et industriels.
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    Les quatre autres personnes sanctionnées sont des représentants d’organisations non gouvernementales (ONG) luttant contre la désinformation et la haine en ligne au Royaume-Uni et en Allemagne : Imran Ahmed, qui dirige le Center for Countering Digital Hate, Clare Melford, à la tête d’un index de la désinformation (GDI) établi au Royaume-Uni, ainsi qu’Anna-Lena von Hodenberg, fondatrice de HateAid, une ONG allemande, et Josephine Ballon, de la même association.
    Lire aussi | Les Etats-Unis menacent l’Union européenne de représailles face aux régulations numériques jugées « discriminatoires » contre les grands groupes américains

    Tous sont accusés d’avoir joué un rôle déterminant dans des initiatives européennes ou internationales de régulation des contenus en ligne, notamment à travers le DSA, perçu par les autorités américaines comme une menace pour la liberté d’expression. Washington précise qu’aucune des personnes visées n’exerce actuellement de fonctions officielles au sein du gouvernement britannique ou de l’UE, tout en accusant des responsables étrangers de chercher à influencer le débat public américain.

    « La France dénonce avec la plus grande fermeté la restriction de visas prise par les Etats-Unis à l’encontre de Thierry Breton (…) et quatre autres personnalités européennes », a annoncé Jean-Noël Barrot, ministre des affaires étrangères, dans un message publié sur X. « Les peuples de l’Europe sont libres et souverains, et ne sauraient se faire imposer par d’autres les règles s’appliquant à leur espace numérique », a ajouté le chef de la diplomatie française qui a échangé par téléphone avec M. Breton.

    Le DSA « a été démocratiquement adopté en Europe pour que ce qui est illégal hors ligne le soit aussi en ligne », a rappelé M. Barrot. « Il n’a absolument aucune portée extraterritoriale et ne concerne en aucun cas les Etats-Unis », a-t-il ajouté.

    « Notre Etat de droit, notre souveraineté ne peuvent, en aucun cas, être remis en question par des acteurs extérieurs », a souligné le ministre chargé de l’Europe, Benjamin Haddad, qui a apporté, sur X, son « soutien à Thierry Breton et aux quatre personnalités sanctionnées par les Etats-Unis ».
    Arsenal juridique puissant

    Le président américain, Donald Trump, mène une offensive d’envergure contre les règles de l’UE sur la tech qui imposent aux plateformes des obligations, en particulier le signalement de contenus problématiques, ce que les Etats-Unis jugent comme étant des atteintes à la liberté d’expression. L’UE dispose, de fait, de l’arsenal juridique le plus puissant du monde pour réguler le numérique.

    La crise couve depuis des mois. Washington a très mal pris l’amende de 120 millions d’euros infligée par l’UE, au début de décembre, à X, le réseau social du milliardaire Elon Musk. M. Rubio avait alors parlé d’une « attaque contre toutes les plateformes technologiques américaines et le peuple américain par des gouvernements étrangers ».
    Lire le décryptage | Article réservé à nos abonnés L’UE sonnée par l’assaut de Donald Trump contre sa régulation numérique

    Depuis son retour au pouvoir, M. Trump s’en prend régulièrement à l’Europe. Dans sa nouvelle stratégie de sécurité nationale, publiée récemment, qui parle d’un « effacement civilisationnel » de l’Europe, Washington cible pêle-mêle les instances européennes « qui sapent la liberté politique et la souveraineté », les politiques migratoires, « la censure de la liberté d’expression et la répression de l’opposition politique, l’effondrement des taux de natalité et la perte des identités nationales et de la confiance en soi » en Europe.
    Recul de la liberté d’expression, selon Washington

    Dès février, le vice-président américain, J. D. Vance, avait consterné les Allemands et, plus généralement, les Européens, lors d’un discours à Munich dans lequel il avait affirmé que la liberté d’expression « reculait » sur le Vieux Continent. Il avait alors épousé les vues des partis d’extrême droite, comme l’Alternative für Deutschland (AfD).

    En mai, le secrétaire d’Etat américain avait annoncé des restrictions de visas pour les étrangers accusés de « censurer les Américains », affirmant que la liberté d’expression était « essentielle au mode de vie américain ».

    Par ailleurs, un récent mémo du département d’Etat, cité dans la presse américaine, évoque de nouvelles consignes du gouvernement américain visant à restreindre les visas pour des personnes travaillant dans la tech (les H-1B), notamment spécialisées dans la modération de contenu.

    Le Réseau international de vérification des faits (International Fact-Checking Network), établi aux Etats-Unis et qui rassemble plus de 170 entités travaillant sur la vérification des faits et la lutte contre la désinformation, avait exprimé sa « profonde préoccupation » à ce sujet.

    #Politique #Etats-Unis #Censure #Liberte_expression #Thierry_Breton #sanctions

  • Billet de RogueESR du 11 novembre

    Retrouvez ce billet, avec les références et liens cliquables, paginé à l’adresse suivante :

    https://rogueesr.fr/liberte-academique-neutralite-loyaute-et-devoir-de-reserve-ii

    Pour mémoire, le prochain séminaire de Politique des Sciences aura lieu le mercredi 12 novembre de 17h00 à 20h30 à l’EHESS :

    https://rogueesr.fr/politique-des-sciences-2025-2026

    Nous nous réjouissons de chaque signe, si ténu soit-il, de vitalité de l’Université contre le rouleau compresseur de l’austérité, de la bureaucratie managériale et de l’insignifiance, en marche depuis plus de deux décennies, déjà. Ainsi, après Saclay l’an dernier, les collègues de Sorbonne Université tentent de reprendre pied face à une bureaucratie aussi autoritaire qu’incompétente, médiocre et dépourvue d’éthique. Les enjeux sont identiques : empêcher l’adoption de statuts conférant les pleins pouvoirs à la bureaucratie par un féodalisme qui dévitalise l’établissement. Hauts les cœurs !

    Le billet qui suit a été écrit avant la censure d’inspiration trumpiste d’un colloque savant au Collège de France. Nous partageons la vive émotion de la communauté scientifique face à cette violation frontale de la liberté académique.

    https://carep-paris.org/annonce/communique-de-presse-le-college-de-france-cede-aux-pressions-et-annule-

    Si vous avez raté le début…

    Dans le premier volet de ce billet, nous avons défini les principes sur lesquels repose la liberté académique :

    https://rogueesr.fr/liberte-academique-principes-et-enjeux-du-debat

    C’est une liberté négative en ceci qu’elle suppose une protection contre toute intrusion de pouvoir qui la menace de l’extérieur (pouvoir politique, pouvoir religieux, pouvoir économique, pouvoir administratif et bureaucratique). Mais il s’agit surtout d’une liberté positive qui suppose la possibilité effective de mener des recherches, de concevoir des enseignements et de décider collégialement des règles, des standards, des procédures et des limites. La liberté académique se conçoit ainsi comme un point d’articulation entre éthique scientifique et principe d’autonomie de l’Université.

    Qui doit bénéficier de la liberté académique ?

    La liberté académique est nécessaire à l’activité scientifique et universitaire, qui repose sur un questionnement endogène et vise à créer des savoirs comme un commun de la connaissance, qu’aucun intérêt particulier ne peut s’approprier. L’Université se fonde sur une interrogation illimitée qui ne prend aucune fin pratique et monnayable comme préalable et dont la méthode est la disputatio entre pairs. Cela exclut évidemment les usurpateurs publicitaires se faisant passer pour essayistes ou chercheurs, les lobbies et think-tanks mais aussi, par exemple, la recherche et développement du secteur privé. Le ministère, les rectorats, l’administration des établissements et leurs bureaucraties sont extérieurs à l’Université. En conséquence, les règles électorales des conseils centraux sont en violation directe du principe de liberté académique. Il en va de même avec toute instance de contrôle ou de pilotage bureaucratique (comme le Hcéres) fondé sur des normes exogènes à l’Université (comme les Contrats d’Objectif, de Moyens et de Performances (COMP) ou les KeyLabs).

    La liberté académique n’est pas une affaire de statut, ni d’établissement de rattachement, mais de fonction : celles et ceux qui publient des travaux scientifiques — des (enseignants-)chercheurs statutaires mais aussi, par exemple, des doctorants, des post-doctorants ou des ingénieurs de recherche — doivent bénéficier de protections, de droits et de devoirs dans ce cadre ; il en va de même pour le fonctionnement des équipes pédagogiques. La liberté académique suppose la plus faible division du travail possible dans les équipes de recherche et d’enseignement. Pour autant, la transmission de gestes, de manières de faire et de discuter, de styles, de mœurs, de standards d’exigence suppose un encadrement des jeunes chercheuses et chercheurs. Si les jeunes chercheurs ne doivent pas être les exécutants d’un P.I. qui ne pratique plus la recherche, la période de formation suppose certaines limites à leur autonomie. Nous reviendrons longuement sur la question des statuts et des garde-fous, ainsi que sur les étudiantes et les étudiants, qui sont partie prenante de l’Université, et disposent de droits et d’obligations spécifiques.

    « Neutralité », « pluralisme », « devoir de réserve », « loyauté »

    Parmi les attaques, désormais permanentes, contre la liberté académique, les plus pernicieuses sont perpétrées au nom d’une conception délibérément dévoyée du concept. Communiqués de presse ministériels, chartes d’inspiration trumpiste imposées aux établissements par les présidences de région, chartes sans la moindre valeur juridique qu’universitaires et chercheurs sont sommés de signer, règlements intérieurs et changement de statuts violant la liberté académique et le droit. Nous entendons clarifier ici quatre concepts qui reviennent de manière répétitive dans ces attaques par décomposition du sens. Disons le tout de go : les universitaires et les chercheurs, quel que soit leur statut, ne sont ni soumis à un quelconque « devoir de réserve » ni à la moindre sorte de « neutralité » et encore moins à une supposée « loyauté » vis-à-vis de leur établissement. L’Université est sous le régime de la liberté académique, tous les devoirs liés à la fonction publique y étant subordonnés. La liberté académique est bordée par l’éthique académique d’un côté et par le droit commun de l‘autre. L’éthique académique ne saurait avoir la « neutralité » pour valeur. La disputatio n’est pas un « pluralisme » d’opinion. Il serait impensable que les faits, les preuves, les analyses critiques soient tus pour ne pas froisser des croyances ou des opinions — à plus forte raison quand ces croyances sont celles de lobbies suprémacistes, intégristes et obscurantistes. S’il existe, de fait, un pluralisme d’écoles de pensée au sein de nombres de disciplines, aucune norme académique ne stipule qu’il faille un équilibre des temps de parole de différents courants dans une même conférence. Si les tentatives périodiques de fondamentalistes du marché d’interdire les travaux des économistes critiques sont problématiques, ce n’est pas au nom d’un nécessaire « pluralisme » mais parce que ces menées obscurantistes violent la liberté académique.

    Loyauté

    Les universitaires (au sens large) ne sont soumis à aucun devoir de loyauté. La loyauté fait référence au principe de subordination hiérarchique dans l’exercice des fonctions. Les professeurs sont nommés par le président de la République ; les maîtres de conférences sont nommés par le ministre. Aucun président d’université, aucun recteur, aucun directeur de laboratoire, aucun directeur d’UFR, aucun responsable administratif n’est le supérieur hiérarchique d’un universitaire. Les universitaires et les chercheurs doivent rester étrangers à toute prétendue loyauté envers l’établissement ou envers la bureaucratie, et plus encore envers une « marque » universitaire. En revanche, ils sont soumis à l’éthique académique. En ce sens, ils doivent faire preuve de loyauté au sens où ils doivent faire preuve d’honneur, de probité, d’intégrité et de déontologie, et respecter les normes et les valeurs du travail savant. Seuls les pairs en sont garants.

    Neutralité institutionnelle

    Le « principe de neutralité », « principe fondamental du service public » selon le Conseil constitutionnel, s’applique à l’« administration » et aux « autorités responsables » des établissements d’enseignement supérieur et de recherche. Les usagers, pour leur part, « disposent de la liberté d’information et d’expression à l’égard des problèmes politiques, économiques, sociaux et culturels. Ils exercent cette liberté à titre individuel et collectif. » Seules la bureaucratie et l’administration de l’enseignement supérieur et la recherche sont donc soumis au principe de neutralité, compris comme l’absence d’expression d’opinions politiques ou religieuses et, a fortiori, d’attache politicienne. L’usage des listes professionnelles par des présidents d’établissements d’enseignement supérieur et de recherche pour appeler à voter pour tel ou tel candidat à la présidence de la République contrevient ainsi au principe de neutralité. L’Udice et France Universités, les deux associations de défense des intérêts de la bureaucratie, contreviennent en permanence au principe de neutralité puisqu’elles défendent des options politiques — comme la volonté d’en finir avec le statut de fonctionnaire dans l’ESR ou d’augmenter les frais d’inscriptions. Le principe de neutralité ne désigne en aucun cas le silence sur les implications politiques et sociales des faits établis dans le cadre d’une recherche scientifiquement adéquate, ni le principe de musèlement de la production savante lorsqu’elle contrevient à des opinions exprimées par des groupes de pression. Le principe millénaire des franchises universitaires est une conséquence de ce principe de mise à l’abri de l’espace de délibération, de critique et de réflexion interne à l’Université. Les deux franchises principales sont la suspension du pouvoir de police et l’existence d’un pouvoir juridictionnel de l’Université, avec ses juridictions et son dispositif de sanctions disciplinaires. Parce que la disputatio entre pairs et l’éthique académique doivent, seuls, régir l’activité académique, les forces de l’ordre ont interdiction d’intervenir dans l’enceinte des campus universitaires — les exceptions sont les flagrants délits, les catastrophes et les interventions sur réquisition du Parquet. Au cours de la dernière décennies, les violations des franchises universitaires se sont multipliées, les présidences cédant aux pressions ministérielles et acceptant sans nécessité les interventions policières dans les établissements sur pression des préfets ou du ministère. Les parlementaires de la droite illibérale tentent régulièrement de mettre fin aux franchises universitaires, qui ont pourtant survécu même à l’Inquisition, en créant un délit d’intrusion dans les campus universitaires.

    Devoir de réserve

    Le devoir de réserve est une notion issue de la jurisprudence et non des textes de loi. Le devoir de réserve est la conséquence de la neutralité institutionnelle pour les personnels de la fonction publique, qui se doivent d’observer une retenue (réserve) dans l’expression de leurs opinions, faute de quoi ils s’exposent à une sanction disciplinaire (et non pénale). Les décisions du conseil constitutionnel de 1984 et 2010 rappellent qu’universitaires et chercheurs ne sont pas soumis au devoir de réserve, puisqu’ils sont sous le régime de la liberté académique. Ils ont un devoir éthique de dire le vrai sur le monde. En revanche, même dans le cadre de prises de paroles dans les médias, les présidences d’établissements de l’ESR ne peuvent faire mention de leurs opinions politiques ou religieuses, même s’ils sont issus du corps professoral : dès lors qu’ils n’exercent plus les fonctions de professeurs et même s’ils en garde le titre, les fonctions administratives leur impose la plus grande retenue.

    Neutralité axiologique

    Le concept de « neutralité axiologique » est périodiquement brandi dans des tribunes néo-maccarthystes de la presse illibérale pour disqualifier la participation des universitaires aux débats politiques et sociaux. L’usage confusionniste du concept date d’un temps où des universitaires conservateurs ont voulu faire de Max Weber un anti-Marx et ont interprété le concept de « neutralité axiologique » comme une incompatibilité de l’activité scientifique avec tout positionnement politique. La neutralité axiologique signifie l’indépendance réciproque entre la quête de vérité et les valeurs éthiques et politiques, tant dans la production que dans la réception des connaissances scientifiques. Autrement dit, ce que je crois devoir être ou ce que je crois être bon ne doit avoir aucune incidence opératoire dans l’établissement des faits, des théories, des modèles, des hypothèses causales. Les questions disputées doivent être tranchées — si cela se peut, et quand cela est possible — sur la seule base de l’appareil de preuves disponible, et selon des normes de corroboration et de véridiction propres aux disciplines. L’activité scientifique n’exige aucune neutralité — au sens d’indifférence — dans le choix et la construction des sujets, en particulier dans un monde comme le nôtre où temps, finances et cognition sont des ressources finies. Les valeurs sont ici inévitables et mêmes bienvenues pour décider collégialement donc délibérativement de l’allocation de ces ressources. A qui voudrait consacrer l’intégralité de la recherche scientifique au dénombrement des poux, nous pouvons raisonnablement rétorquer que ce n’est pas une bonne conception de la science, et qu’il y a bien mieux à faire.

    Si la circonscription exacte du domaine de l’habitus de recherche, de la pratique scientifique et de la structuration des collectifs savants concerné par la neutralité axiologique est elle-même objet de disputatio, reste qu’on peut affirmer qu’il existe des zones de neutralité, et qu’elles ne sauraient recouvrir tout ce qu’on entend par science. Le principe de disputatio et la reconnaissance par les pairs constituent donc le critère par lequel la quête collective de vérité par le monde académique se distingue spécifiquement. Dès lors que la liberté académique est définie comme liberté positive liée à un engagement collectif visant à la « recherche désintéressée de la vérité », la responsabilité des universitaires devant la société apparaît comme une partie intégrante de cette liberté. Subséquemment, le concept de neutralité axiologique affirme le devoir pour les scientifiques d’élucider le sens et la portée des convictions et des prises de position des acteurs sociaux mais aussi bien les présupposés axiologiques (normatifs) qui structurent implicitement le contenu de certains concepts au cœur de l’action sociale.

    La notion de Wertfreiheit i.e. de neutralité axiologique, étant souvent dévoyée, et exigeant prudence et précaution pour prévenir ses usages fautifs, peut-être serait-il préférable de la réserver à de telles discussions académiques et de l’éviter dans les textes prescriptifs.

    _____________________________________________
    Rogues mailing list
    Rogues@cogitamus.fr
    http://listes.lautre.net/cgi-bin/mailman/listinfo/rogues

    #liberté_académique #Ensignement_supérieur #enseignement #recherche #neutralité_fonctionnaire #neutralité_axiologique #liberté_expression #franchise_universitaire #contre_pouvoir

  • Big Tech Companies in the US Have Been Told Not to Apply the Digital Services Act | WIRED
    https://www.wired.com/story/big-tech-companies-in-the-us-have-been-told-not-to-apply-the-digital-services
    https://media.wired.com/photos/68add5195de41fa2c478515d/191:100/w_1280,c_limit/1293740005

    La « guerre du cyberespace » ne se limite pas à priver l’avion de la présidente de la Commission européenne d’accès au GPS, mais se déroule aussi à fleurets mouchetés...

    FTC chairman Andrew Ferguson wrote a scathing letter to companies including Google, Meta, and Apple, telling them not to apply the DSA if it jeopardizes the freedom of Americans.
    La Statua della libertà emerge da uno smartphone in forma di pixel
    La Statua della libertà emerge da uno smartphone in forma di pixelIllustration: Richard Drury; Getty Images

    Trouble is brewing for the Digital Services Act (DSA), the landmark European law governing big tech platforms. On August 21, the Federal Trade Commission (FTC), sent a scathing letter to a number of tech giants, including Google, Meta, Amazon, Microsoft, and Apple. The letter’s subject: the European Digital Services Act cannot be applied if it jeopardizes freedom of expression and, above all, the safety of US citizens.

    The opening of the letter—signed by FTC chairman Andrew Ferguson—features a prominent reference to the First Amendment of the US Constitution, namely freedom of speech: “Online platforms have become central to public debate, and the pervasive online censorship in recent years has outraged the American people. Not only have Americans been censored and banned from platforms for expressing opinions and beliefs not shared by a small Silicon Valley elite, but the previous administration actively worked to encourage such censorship.”
    The Trump Administration’s Lunge

    The Trump administration intends to reverse course, and it is in this direction that the attack on “foreign powers,” the European Union and in the United Kingdom, and in particular on the Digital Services Act and the Online Safety Act, begins. The letter also indirectly references GDPR, the European regulation on the protection of personal data, whose measures are “aimed at imposing censorship and weakening end-to-end encryption” with the result of a weakening of Americans’ freedoms, according to the letter.
    Privacy and End-to-End Encryption: The Issues on the Table

    In the letter, the US Antitrust Authority specifically asked the 13 companies to report “how they intend to comply with incorrect international regulatory requirements” (the deadline for scheduling a meeting was set for August 28) and recalled their “obligations towards American consumers under Section 5 of the Federal Trade Commission Act, which prohibits unfair or deceptive acts or practices” that could distort the market or compromise safety.

    Featured Video

    Political Scientist Answers China Questions

    And it is precisely on the security front, and especially on the adoption of end-to-end encryption, that the FTC calls big tech companies to order: “Companies that promise that their service is secure or encrypted, but fail to use end-to-end encryption where appropriate, may deceive consumers who reasonably expect this level of privacy.” Furthermore, “certain circumstances may require the use of end-to-end encryption, and failure to implement such measures may constitute an unfair practice.” The weakening of encryption or other security measures to comply with laws or requests from a foreign government may therefore violate Section 5 of the Federal Trade Commission Act, the document states.
    What Happens in Case of Disputes and Interference

    In a tweet on X, Ferguson wrote flatly that “if companies censor Americans or weaken privacy and communications security at the request of a foreign power, I will not hesitate to enforce the law.”

    “In a global society like the one we live in, overlaps and interferences between different legal systems are natural. Just think of those, in the opposite direction, between European privacy legislation and the famous American Cloud Act,” Guido Scorza, a member of the Italian Data Protection Authority, told WIRED. Scorza believes that in the event of significant discrepancies, “it will be up to the US government and the European Commission to identify corrective measures capable of guaranteeing the sovereignty, including digital, of each country.”

    This article originally appeared on Wired Italy and has been translated from Italian.

    #Liberté_expression #Economie_numérique #Europe_USA

  • Désinformation : la lente et inquiétante dérive de Facebook
    https://www.la-croix.com/societe/desinformation-la-lente-et-inquietante-derive-de-facebook-20250308

    Analyse

    Il y a deux mois, Mark Zuckerberg s’est aligné sur l’idéologie libertaire d’Elon Musk en affaiblissant considérablement la modération sur Facebook et Instagram. À l’heure du rapprochement entre les États-Unis de Donald Trump et la Russie de Vladimir Poutine, les spécialistes de la désinformation redoutent le pire.

    Mélinée Le Priol, le 08/03/2025 à 15:38

    Désinformation : la lente et inquiétante dérive de Facebook
    Facebook, qui compte trois milliards d’utilisateurs actifs mensuels, est en train de prendre une direction similaire à celle du réseau social X. imageBROKER / rafapress/MaxPPP

    Facebook pourrait-il, à terme, connaître une vague de départs semblable à celle de X (ex-Twitter) lors du retour de Donald Trump à la Maison-Blanche en janvier ? Le plus puissant des réseaux sociaux est en tout cas en train de prendre une direction similaire avec la quasi-suppression de la modération des contenus haineux et mensongers. À une différence près : il est dix fois plus gros, avec environ trois milliards d’utilisateurs actifs mensuels contre 335 millions pour X.

    « Facebook est un paquebot lent à manœuvrer : la détérioration de ses contenus va se faire graduellement », prévoit Tristan Mendès France, collaborateur de l’Observatoire du conspirationnisme. « Mais à de telles échelles, l’impact sur la population mondiale pourrait être énorme. »

    « La machine va s’emballer dans des proportions encore difficilement imaginables », confirme Olivier Ertzscheid, enseignant-chercheur en sciences de l’information à l’université de Nantes (1). « Comme personne ne voit jamais la même chose au même moment, sur Facebook, et que les interactions se font surtout dans des groupes privés, il est difficile d’évaluer la diffusion des contenus viraux. En tout cas, sur Instagram, où des études récentes ont pu être faites, la visibilité des contenus politiques est déjà en train d’exploser. »
    Un bonus pour les contenus viraux

    En cause : la volonté du patron de Meta, Mark Zuckerberg, de « restaurer la liberté d’expression sur (ses) plateformes » pour être plus en phase avec le « tournant culturel » que signe selon lui le retour au pouvoir de Donald Trump. Le 7 janvier, à la surprise générale, il annonçait l’abandon de son programme de vérification des faits et de ses systèmes de détection de discours haineux. Selon le Center for Countering Digital Hate (CCDH), cela pourrait se traduire par l’arrêt de 97 % de son travail de modération actuel. Et donc par un « raz-de-marée » de contenus préjudiciables pour les internautes.

    Une mesure plus discrète n’a été relevée que dans un second temps par certains médias américains, comme le site d’investigation ProPublica : Meta relance aussi ces temps-ci un programme de monétisation offrant un bonus aux contenus les plus viraux. S’il n’est encore accessible que sur invitation, il sera ouvert plus largement courant 2025.

    « On le sait, les clés de la viralité sont l’absence de nuance, les raccourcis, les formules choquantes, l’injure : tout ce qui fait surréagir, rappelle Olivier Ertzscheid. Le fait de “récompenser” financièrement ce type de contenus va encore renforcer des comptes déjà très influents, en leur donnant des moyens supplémentaires pour continuer de se professionnaliser. »

    Ces comptes dits « super-spreaders » (dont les publications se répandent plus vite que les autres) bénéficiaient déjà à plein des effets « naturels » de la viralité en ligne. Pendant la pandémie de Covid-19, par exemple, seules douze personnes étaient à l’origine des deux tiers des partages de contenus antivax sur Facebook, selon le CCDH.

    « Opportunité historique »

    « C’est un cauchemar », lâche le journaliste Thomas Huchon. « Tout ce qu’on a réussi collectivement à faire évoluer avec nos révélations, notamment sur Cambridge Analytica, va être remis en place. Tout ce qui faisait que Facebook était encore un peu acceptable va disparaître. »
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    Pour ce spécialiste des fausses nouvelles et des théories conspirationnistes, la dérive est d’autant plus grave que « Facebook est un univers dans lequel beaucoup de gens ne pensent même pas qu’ils vont s’informer », étant plutôt venus pour partager des photos ou garder le lien avec d’anciennes connaissances. Or en 2016, la start-up britannique Cambridge Analytica avait ciblé des millions d’utilisateurs de Facebook selon leurs opinions politiques et ainsi pesé sur deux scrutins majeurs : le Brexit et la première élection de Donald Trump.

    Ces évolutions surviennent à l’heure du rapprochement spectaculaire entre Washington et Moscou. Selon plusieurs médias américains, les agences chargées de la lutte contre la cybercriminalité et les ingérences informationnelles ont récemment reçu l’ordre, aux États-Unis, de ne plus considérer les acteurs russes comme une menace. Tristan Mendès France y voit « une opportunité historique pour les acteurs de la désinformation ».
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    Face à une Union européenne fragilisée et divisée, le président américain a « politisé à l’extrême » la question de la régulation des plateformes sociales. « Pour Trump, quiconque s’en prend à elles attaque les États-Unis, poursuit Tristan Mendès France. Il ne fait guère de doute que Meta va profiter du bouclier que lui offre Trump. »

    (1) Auteur du Monde selon Zuckerberg. Portraits et préjudices, C&F Éditions, 2020, 15 €, 112 p.

    #Facebook #Olivier_Ertzscheid #Liberté_expression

  • Opinion | Mark Zuckerberg’s Macho Posturing Looks a Lot Like Cowardice - The New York Times
    https://www.nytimes.com/2025/01/15/opinion/mark-zuckerberg-donald-trump.html

    Jan. 15, 2025
    A black-and-white profile photo of Mark Zuckerberg wearing a dark shirt and a necklace with a single, square charm.
    Credit...Photo Illustration by The New York Times. Source Photograph: David Zalubowski/Associated Press
    Listen to this article · 7:33 min Learn more

    By Zeynep Tufekci

    Opinion Columnist

    I really, really wanted to like Mark Zuckerberg’s gushing appearance on Joe Rogan’s podcast last Friday. Zuckerberg, the chief executive of Meta, Facebook’s parent company, made some important points about the inadequacies of fact-checking as well as the troubling ways that governments can manipulate private companies.

    Having grown up under an authoritarian regime, I cherish the right to free speech that Zuckerberg kept talking about. But having gone on to study the way that authoritarian regimes work, I know to focus on what people do, not what they say.

    On the podcast, Zuckerberg told Rogan about how society had become too “neutered or emasculated” and gushed about “masculine energy” and his newfound devotion to jujitsu.

    I’m not their target audience but I feel their vibe. A.C.L. tears, which they spent some time commiserating about, are pretty nasty. And I have a soft spot for martial arts content.

    But one of the most recent actions that Zuckerberg’s supposedly emboldened company took was to banish tampons from office men’s rooms. (The products had been provided for transgender or nonbinary employees.) “Masculine energy,” my lady-parts — that is the most snowflake move I’ve heard of in a long time. If the men in your company can’t even handle the sight of a box of tampons, you’ve got bigger problems than an A.C.L. tear.

    It wasn’t the only bizarre contradiction of the week.

    Zuckerberg says that in the name of free speech, the company he founded “to give people a voice” will no longer attempt to moderate hate speech and misinformation. Facebook will now allow users to allege, among other things, “mental illness or abnormality when based on gender or sexual orientation.” And the rule that prohibited users from claiming that people of certain races were responsible for spreading the coronavirus? It’s gone. Slander whoever you like. Knock yourself out.
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    Hate speech in the 21st century is a complicated issue. We can’t just moderate our way out of our very real conflicts over immigration, transgender rights, pandemic response and other issues. Zuckerberg conveniently neglected to mention that Facebook profits off tribalizing, inflammatory, conspiratorial content, which has been shown to keep people scrolling. He is right, however, that fact-checking could never catch more than a tiny portion of those posts. (Though how is that a defense, by the way?) He’s also right that fact-checkers lost a good deal of public trust by overstepping their boundaries. Even if those mistakes were rare, fact-checking is a trust-based mechanism, and that was enough to break it.

    So for better or worse, on a range of charged topics, people can now more or less say whatever they want on the platform.

    Oh, wait:

    This week Meta announced a change to Facebook’s Messenger App. Users who want to customize their wallpaper can still do so, but they will no longer have the option to use themes with colors of the transgender and nonbinary flags.
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    Whatever one’s position on transgender rights, limiting people’s ability to express themselves — in private conversations with their friends — is not a great way to kick off a free-speech crusade.

    It’s a long way from where Zuckerberg was during the Biden or the Obama administration. In those very different political climates, he apologized for Facebook’s role in promoting fake news and hate speech and vowed to take action. The platform even kicked Donald Trump off on Jan. 7, 2021.

    But Trump (and his buddy Elon Musk) doesn’t like restrictions on hate speech, and now neither does Zuckerberg. Transgender rights are a flashpoint for Trump’s base, so tampons and theme colors have got to go. Flattery and obeisance are how powerful people keep themselves in favor with strongman regimes. Cash works, too.

    Look at the Saudis. When Trump came into the office the first time, they had a problem: He had accused them of having links to the Sept. 11 attacks and of wanting “women as slaves and to kill gays.” So in advance of his visit in 2017, the Saudi capital, Riyadh, was dotted with billboards showing his face and his tweets. The Saudis have spent lavish sums at his properties and funded tournaments at his golf courses. Crown Prince Mohammed bin Salman’s wealth fund invested $2 billion in Jared Kushner’s investment fund, even though it reportedly had yet to turn a profit. And just last year, a new Trump Tower in the Saudi city of Jeddah was announced.

    Silicon Valley was slow to learn the lesson — too many years under an imperfect but functioning democracy, I guess — but they’re catching up fast. Today, tech moguls are rushing to donate millions to Trump’s second inauguration. They’re clamoring to dine at Mar-a-Lago. Amazon reportedly paid $40 million for exclusive rights to a new documentary about Melania Trump.

    It’s mortifying, or should be.

    If, however, Zuckerberg is telling us the truth that the Biden administration pressured Facebook employees during the Covid pandemic, trying to get them to take down vaccine-related content — even when it was true and discussed actual side effects, or was humorous or satire — then I share his sense of outrage. During the pandemic, the authorities weren’t always sufficiently transparent about the uncertainties or trade-offs of public health policy. And while anti-vaccine forces did weaponize information in bad faith, the solution was for officials to level with the public, not to strong-arm the platforms.

    Since Zuckerberg and Rogan were talking about the illegitimate use of government power to pressure companies, I eagerly waited for them to talk about how Trump had, just last September, threatened to throw Zuckerberg in jail for life because of some nonpartisan donations he and his wife made to strengthen the election infrastructure when it was creaking under the weight of the pandemic. Trump claimed those donations were a plot against his candidacy.

    I mean, a strongman presidential candidate threatening a powerful chief executive for exercising his rights as a citizen — that’s bad, right? That’s anti-free speech? That’s lawfare?

    But nah. Neither Zuckerberg nor Rogan mentioned it. They just praised Trump.

    Facebook is in a strange spot. Many Democrats don’t like the company because they think it’s gotten too powerful. Lina Khan, the current chair of the Federal Trade Commission, brought an antitrust suit against it. But many Republicans don’t like it either. Vice President-elect JD Vance is a fan of Khan. Several red states, including Texas and Florida, have repeatedly sued or passed laws targeting the company. Many in Trump’s base see Zuckerberg as just another unprincipled, Harvard-trained member of the elite.

    Zuckerberg told Rogan that “one of the things that I’m optimistic about with President Trump is I think he just wants America to win.” And then he got to the heart of the matter: He suggested that Trump use the power of the U.S. government to defend Meta abroad — for instance, from the huge fines that the European Union has imposed on it for violating data privacy and antitrust rules.

    When discussing his love for jujitsu, Zuckerberg told Rogan that the sport let him “just express myself, right?”

    “It’s like when you’re running a company, people typically don’t want to see you being this ruthless person who’s just, like, ‘I’m just going to crush the people I’m competing with,’” he said. But in martial arts, “you’re rewarded” for being ruthless.

    What is the reward for boasting about your own toughness while charting your umpteenth cowardly zigzag in order to please the people in power? I guess we’re about to find out.

    #Meta #Zeynep_Tufekci #Mark_Zuckerberg #Masculinisme #Liberté_expression #Néofascisme_numérique

  • Meta et X instrumentalisent-ils la liberté d’expression à des fins économiques ? | France Culture
    https://www.radiofrance.fr/franceculture/podcasts/entendez-vous-l-eco/entendez-vous-l-eco-emission-du-vendredi-10-janvier-2025-1383616

    Le revirement spectaculaire de Meta quant à la régulation des réseaux sociaux pour s’aligner avec la position réactionnaire d’Elon Musk montre un changement de paradigme majeur dans la gouvernance des réseaux sociaux : quelles conséquences peut avoir ce revirement dans l’économie de l’information ?
    Avec

    Valérie Peugeot Chercheuse au sein du laboratoire de sciences sociales et humaines d’Orange Labs, présidente de l’association Vecam, think-tank citoyen qui déchiffre les enjeux sociétaux liés au numérique et membre du collège des commissaires de la CNIL.
    Anne Bellon Politiste, maîtresse de conférence à l’Université de Technologie de Compiègne, spécialiste des politiques numériques et de la régulation d’Internet.
    Nikos Smyrnaios professeur en sciences sociales à l’Université de Toulouse

    Le revirement de Mark Zuckerberg a lieu quelques jours avant l’investiture de Donald Trump, et pour Anne Bellon, ce revirement est « opportuniste » afin de garantir son poids dans les négociations à venir dans les régulations des grandes plateformes.

    Le chercheur Nikos Smyrnaios est quant à lui « surpris du changement discursif de Mark Zuckerberg qui s’aligne à des positions très réactionnaires » et qui vont à l’encontre des positions officielles de Meta à partir de 2016 et du scandale de Cambridge Analytica et d’ingérence russe lors de l’élection en 2016. Mais selon lui, Mark Zuckerberg n’a pas nécessairement changé d’idées politiques mais « souhaite défendre ses intérêts économiques ce qui est très dangereux ».
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    Valérie Peugeot explique comment ces patrons de géants de la technologie instrumentalises les « utopies fondatrices d’internet où* la liberté d’expression était central avec une répartition du pouvoir ». Alors que cela fait bien longtemps que ces mêmes patrons ont concentré ces pouvoirs. Qu’ils parlent de liberté d’expression, et s’en fassent les hérauts, est « cynique ». « Reconvoquer la liberté d’expression est ancien » pour les Etats-Unis qui essayent de garder un contrôle sur la façon dont la vision américaine des faits se répand. Déréguler ne permet pas à redonner du pouvoir à la communauté des internautes comme au début de l’Internet, selon Valérie Peugeot, c’est plutôt « une instrumentalisation du crowdsourcing, donc de ce que les utilisateurs produisent comme contenus, pour s’autoréguler ».

    Pour le moment, le revirement de Mark Zuckerberg ne concernerait que les Etats-Unis « mais dans sa vidéo il a vertement fustigé l’Union Européenne et ses régulations », qui est un véritable argument économique.

    Mais alors ce revirement aura-t-il des conséquences sur l’économie de l’information ? Selon Valérie Peugeot, il faut relativiser l’importance de ces réseaux sociaux. « Même si cette influence est importante, il a été prouvée que c’est bien la polarisation de médias traditionnels comme Fox News qui ont eu un véritable impact en 2016 ».

    Une des solutions pour lutter contre la puissance des réseaux sociaux selon les mains dans lesquelles ils tombent, serait de « déconcentrer la gouvernance de ces géants de la Tech » et selon Anne Bellon, des enquêtes sont en cours aux Etats-Unis pour réfléchir à démanteler ces géants de l’Internet. Ces efforts risquent d’être remis en cause par l’Administration Trump.

    #Medias_sociaux #Régulation #Podcast #Meta #Liberte_expression

  • Opinion | The Point: Conversations and insights about the moment. - The New York Times
    https://www.nytimes.com/live/2024/10/08/opinion/thepoint#musk-trump-influence

    Par Zeynep Tufekci

    Elon Musk has not been at all subtle in his efforts to help Donald Trump win the presidency. Musk hasn’t just endorsed him or donated tens of millions of dollars to pro-Trump PACs or appeared at Trump rallies to jump up and down with joy. Musk is also using the full power of his ownership of X to portray Kamala Harris as an existential threat to America while spreading many falsehoods.

    The Republicans’ silence about Musk’s blatant politicking via his social media platform demonstrates their party’s deep hypocrisy when it comes to Big Tech’s power over politics.

    A rule to push Musk’s posts to more people was apparently hard-coded into the platform’s software after Musk got upset that President Biden’s posts about the Super Bowl received more views than his. Musk reportedly threatened to fire his own engineers unless they made sure his posts were super amplified. Sure enough, Musk’s posts now get tens of millions of views.

    Musk has posted on X, for example, that “if Trump is NOT elected, this will be the last election” (103 million views). He has described Kamala Harris as “just a puppet” (20 million views) or “the Kamala puppet” (28 million views). He also regularly claims what he describes as the “the Kamala Dem machine” or “the Dems” are out to ensure a “permanent one-party rule in America” (33 million views).

    Musk also routinely makes false claims about mass electoral fraud committed to help Democrats. For example Musk posted that Arizona is “refusing to remove noncitizens from the voter rolls” and shared a post claiming that hundreds of thousands of illegal immigrants had registered to vote there — both of which prompted a correction attempt from the county recorder based in Phoenix, who is a Republican.

    But Musk goes on, undeterred.

    It’s not hard to imagine what many Republicans would be saying if a Silicon Valley C.E.O. had come out as hard for Kamala Harris as Musk has for Trump. Years ago, Republican legislators raised concerns that tech companies were secretly putting their thumbs on the algorithmic scales in favor of the Democrats. In response, Republican lawmakers held hearings in which they claimed that tech platforms were biased against conservatives, which they suggested was antithetical to free speech.

    Where are they now?

    If Republican legislators were actually serious about Big Tech’s influence on politics, they’d be dragging Musk to Congress to hold him accountable for shameless partisan favoritism. Instead, they’re reaping the spoils of Musk’s influence while saying nothing.

    #Elon_Musk #Donald_Trump #X_influence #Algorithme #Liberté_expression

  • « Une atteinte à la liberté d’expression » : le syndicat brestois Olivier Cuzon visé par une plainte de Gérald Darmanin - France Bleu
    https://www.francebleu.fr/infos/faits-divers-justice/une-atteinte-a-la-liberte-d-expression-le-syndicat-brestois-olivier-cuzon

    Le professeur et syndicat brestois Olivier Cuzon est visé par une plainte pour diffamation à l’encontre de la police et la gendarmerie. Plainte déposée par le ministre de l’Intérieur Gérald Darmanin, indique Olivier Cuzon dans un communiqué. L’homme a été entendu ce vendredi 19 avril après-midi au commissariat de Brest.

    "C’est la publication d’un article sur le site de Sud éducation 29, dont je suis le « directeur de publication du journal » qui est à l’origine de cette plainte, lit-on dans le communiqué. Le paragraphe sur lequel est fondé la plainte est le suivant : « Ce questionnement est important quand on connait la culture droitière, misogyne et homophobe sous de trop nombreux képis. Les enquêtes de Médiapart révélant l’existence de groupuscules nazis dans certaines casernes, les groupes de discussions racistes des policiers et gendarmes, ou la participation récente de militaires en civil à la répression des dernières émeutes de banlieues ne plaident pas en faveur du républicanisme des militaires. ».

    Olivier Couzon poursuit : "Il y a dans cette plainte une atteinte intolérable à la liberté d’expression d’un journal syndical, qui par principe a une expression engagée." Et conclut : "Au delà, cette plainte s’inscrit dans un contexte plus global de tentatives de mettre un coup de pression contre des militant.es qui s’expriment librement pour faire connaître leurs analyses des politiques gouvernementales."

    #Police #Liberté_expression #Syndicalisme

  • YouTube : de la libre expression à l’acceptation des fausses informations - AOC media
    https://aoc.media/analyse/2023/06/20/youtube-de-la-libre-expression-a-lacceptation-des-fausses-informations

    Par l’auteur et l’autrice du livre « La Machine YouTube »

    YouTube a récemment modifié ses règles de modération des fausses informations électorales, laissant désormais libre cours aux vidéos qui reprennent des accusations infondées de fraude ou de trucage. Si la plateforme le justifie au nom du Premier amendement, c’est surtout du côté de son modèle économique qu’il faut aller chercher les véritables raisons d’un revirement qui réactive la crise épistémique de l’espace public états-unien.

    Les vidéos remettant en cause les résultats de la dernière élection présidentielle aux États-Unis, bannies de la plateforme depuis la proclamation officielle des chiffres du scrutin en décembre 2020, sont désormais accessibles : « we will stop removing content that advances false claims that widespread fraud, errors, or glitches occurred in the 2020 and other past US Presidential elections »[1]. Ainsi, peu importe que ces vidéos reprennent des accusations infondées de fraude ou de trucage, pour cette élection comme pour les précédentes, il s’agit pour la firme californienne de ne pas restreindre l’expression politique (« curtailing political speech »[2]).

    C’est donc indirectement sous la bannière du Premier Amendement de la Constitution que YouTube se place pour justifier un tel revirement. La plateforme s’inscrit à cet égard dans une tendance observable également chez ses concurrentes au cours de ces derniers mois, comme l’illustre de façon emblématique la réouverture du compte officiel de Donald Trump sur Twitter (novembre 2022), précédant la levée des restrictions sur sa chaîne YouTube (mars 2023).

    « Broadcast yourself », slogan des origines

    La première vidéo postée sur YouTube, en avril 2005, est l’œuvre de l’un des trois fondateurs de l’entreprise. Jawed Karim semble alors mettre lui-même en pratique le slogan « Broadcast Yourself » puisque, en l’occurrence, il rend librement accessibles les images de sa visite d’un zoo. En apparence très banale, cette vidéo inaugure un style de prise de vue et un esthétique amateur qui, adoptés par une myriade de vidéastes plus anonymes, deviendront la marque de fabrique de YouTube.

    Ces vidéos face cam – c’est ainsi que sera qualifié le genre icônique afférent –, ne relèveront toutefois pas de l’auto-diffusion au sens strict du terme. La diffusion (broadcast) n’est pas assurée par soi-même (self) mais par l’entremise de la plateforme. C’est elle qui, hébergeant les productions des vidéastes, les met dans le même temps à disposition des internautes. Le slogan masque donc cette intermédiation de YouTube, qui n’a pourtant rien de neutre. Elle conduit, par la mise au point des algorithmes de classement et de recommandation, à favoriser la « découvrabilité » de certaines vidéos. Plus encore, une telle intermédiation a pour finalité de tirer profit de cette activité.

    Dès lors YouTube réactive la crise épistémique de l’espace public états-unien, dont les racines remontent aux émissions d’ « agitateurs de droite extrême »[17] à la radio (Rush Limbaugh) et à la télévision (Tucker Carlson sur Fox News), mais qui s’est particulièrement manifestée en ligne lors de la présidentielle de 2016 au point d’annihiler les référents communs nécessaires au débat démocratique.

    Parce que les plateformes numériques occupent une place croissante dans l’espace public contemporain, leur capacité à organiser un débat de qualité est essentielle : « Some shared means of defining what facts or beliefs are off the wall and what are plausibly open to reasoned debate is necessary to maintain a democracy. »[18]. La trajectoire de YouTube peut laisser penser qu’une telle préoccupation démocratique passe le plus souvent après des considérations de nature économique, en dehors de circonstances très particulières. Or, un encadrement plus pérenne de ses contenus paraît légitime car la plateforme de vidéos prend une part croissante à la vie publique et procède à une modération de contenus de moins en moins éloignée des choix éditoriaux effectués par les médias traditionnels[19]. De la même manière que l’on exige par exemple, en France et depuis des années, une « maîtrise de leur antenne » par les médias audiovisuels[20], une régulation plus structurelle des plateformes numériques semble primordiale.

    Yvette Assilaméhou-Kunz
    PSYCHOLOGUE SOCIALE, MAÎTRESSE DE CONFÉRENCES EN PSYCHOLOGIE SOCIALE, IRMÉCCEN, UNIVERSITÉ SORBONNE NOUVELLE

    Franck Rebillard
    CHERCHEUR EN SCIENCES DE L’INFORMATION ET DE LA COMMUNICATION, PROFESSEUR EN SCIENCES DE L’INFORMATION ET DE LA COMMUNICATION À L’UNIVERSITÉ SORBONNE NOUVELLE ET CHERCHEUR/CO-FONDATEUR AU SEIN DE L’INSTITUT DE RECHERCHE MÉDIAS, CULTURES, COMMUNICATION ET NUMÉRIQUE (IRMÉCCEN)

    #YouTube #Liberté_expression #Economie_numerique

  • Twitter Suspends Over 25 Accounts That Track Billionaires’ Private Planes - The New York Times
    https://www.nytimes.com/2022/12/14/technology/twitter-private-jet-accounts-suspended.html

    Twitter on Wednesday suspended more than 25 accounts that track the planes of government agencies, billionaires and high-profile individuals — including one that followed the movements of the social media company’s owner, Elon Musk, who has said he was committed to “free speech.”

    Jack Sweeney, a 20-year-old college student and flight tracking enthusiast, said he woke up on Wednesday to find that his automated Twitter account, @ElonJet, had been suspended. In recent months, the account amassed more than 500,000 followers by using public flight information and data to post the whereabouts of Mr. Musk’s private plane. Twitter later reinstated the @ElonJet account before suspending it again.

    Mr. Musk had been aware of @ElonJet for months. After buying Twitter for $44 billion in October, he said that he would allow the account to remain on the platform. “My commitment to free speech extends even to not banning the account following my plane, even though that is a direct personal safety risk,” Mr. Musk tweeted last month.

    My commitment to free speech extends even to not banning the account following my plane, even though that is a direct personal safety risk
    — Elon Musk (@elonmusk) November 7, 2022

    Mr. Sweeney’s personal Twitter account was also suspended on Wednesday, along with the other accounts that he runs that track the planes of tech billionaires such as Mark Zuckerberg, Jeff Bezos and Bill Gates. Mr. Sweeney shared a message that he had received from Twitter, which said his account had been suspended for violating rules “against platform manipulations and spam.”

    `#Twitter #Elon_Musk #Liberté_expression

  • Elon Musk and the Tech Bro Obsession With ’Free Speech’ | Time
    https://time.com/6171183/elon-musk-free-speech-tech-bro

    “Freedom of speech” has become a paramount concern of the techno-moral universe. The issue has anchored nearly every digital media debate for the last two years, from the dustup over Joe Rogan at Spotify to vaccine misinformation on Facebook. Meta founder Mark Zuckerberg gave a major speech at Georgetown in 2019 about the importance of “free expression” and has consistently relied on the theme when explaining why Facebook has struggled to curb disinformation on the platform.

    “It does seem to be a dominant obsession with the most elite, the most driven Elon Musks of the world,” says Fred Turner, professor of communication at Stanford University and author of several books about Silicon Valley culture, who argues that “free speech seems to be much more of an obsession among men.” Turner says the drive to harness and define the culture around online speech is related to “the entrepreneurial push: I did it in business, I did it in space, and now I’m going to do it in the world.”

    But “free speech” in the 21st century means something very different than it did in the 18th, when the Founders enshrined it in the Constitution. The right to say what you want without being imprisoned is not the same as the right to broadcast disinformation to millions of people on a corporate platform. This nuance seems to be lost on some techno-wizards who see any restriction as the enemy of innovation.

    In a culture that places a premium on achieving the impossible, some tech titans may also see the liberal consensus on acceptable speech as yet another boundary to break. In Silicon Valley, bucking the liberal conventions about harmful speech can seem like the maverick move.

    Jason Goldman, who was on the founding team at Twitter and served on the company’s board from 2007 to 2010 before joining the Obama Administration, says the tech rhetoric around free speech has become an obsession of the mostly white, male members of the tech elite, who made their billions in the decades before a rapidly diversifying workforce changed the culture at many of the biggest companies in Silicon Valley.

    They “would rather go back to the way things were,” Goldman says, “and are couching that in terms of ‘free speech’ or ‘we’re not going to allow politics to be part of the conversation.’”

    Goldman says it’s “naive” to believe that Musk can throw out Twitter’s guardrails without degrading the platform. “To say you’re just going to allow for any type of abuse or harassment,” he says, “is an inherently anti-speech position, because you’re going to drive out a set of users who would use your product but no longer feel safe.”

    Tech titans often have a different understanding of speech than the rest of the world because most trained as engineers, not as writers or readers, and a lack of a humanities education might make them less attuned to the social and political nuances of speech.

    “Tech culture is grounded in engineering culture, which imagines itself as apolitical,” says Turner. Engineers, he adds, often see the world in terms of problems and solutions, and in that context, speech becomes a series of data points that get circulated through a data system, rather than expressions of social or political ideas.

    #Elon_Musk #Fred_Turner #Liberté_expression

  • Rachat de Twitter par Elon Musk : pourquoi la « liberté d’expression » défendue par le milliardaire inquiète
    https://www.lemonde.fr/pixels/article/2022/04/26/rachat-de-twitter-par-elon-musk-pourquoi-la-liberte-d-expression-defendue-pa

    Entre déclarations à l’emporte-pièce, critiques mal digérées et relations tendues avec les médias, le patron de Tesla a démontré à plusieurs reprises sa conception toute personnelle du principe qu’il entend défendre avec le rachat de la plate-forme.

    Sans surprise, l’annonce ravit la droite conservatrice américaine, qui reproche régulièrement aux entreprises de la Silicon Valley de favoriser les démocrates. Le sénateur républicain Jim Jordan, par exemple, a salué « le retour de la liberté d’expression » sur la plate-forme, tandis que la sénatrice du Tennessee, Marsha Blackburn, connue pour ses positions conservatrices, a déclaré qu’il s’agissait d’un « grand jour pour être conservateur sur Twitter » et qu’il était « temps que Twitter devienne ce qu’il est censé être : une plate-forme numérique ouverte à toutes les opinions ».

    En France aussi, certains se réjouissent de l’événement, particulièrement à l’extrême droite. « Le rachat de Twitter par Elon Musk : une très bonne nouvelle pour la liberté d’expression ! Stop censure, on suffoque ! Vive la liberté ! », a par exemple écrit Florian Philippot, président des Patriotes et ancien bras droit de Marine Le Pen.

    A l’opposé du spectre politique, pourtant, on s’inquiète de ce culte d’une liberté d’expression absolue défendue par le nouveau patron de Twitter, à rebours des efforts menés depuis plusieurs années par la plate-forme pour améliorer la modération des contenus haineux. La sénatrice démocrate Elizabeth Warren a immédiatement mis en garde contre un « accord dangereux pour notre démocratie ». Dans l’Union européenne, le commissaire responsable du marché intérieur, Thierry Breton, a prévenu que le réseau social « devrait s’adapter totalement aux règles européennes », tandis que le secrétaire d’Etat chargé de la transition numérique en France, Cédric O, a tenu à rappeler que « le Digital Services Act – et donc l’obligation de lutter contre la désinformation, la haine en ligne, etc. – s’applique[rait] quelle que soit l’idéologie » du propriétaire de Twitter.

    Censure à géométrie variable

    Elon Musk a aussi nourri une relation plus que houleuse avec les médias dont la couverture de son entreprise automobile lui déplaisait. Sur son compte Twitter, en 2018, il n’a pas hésité à multiplier les messages très hostiles à l’encontre d’une journaliste de Business Insider, qui avait enquêté sur Tesla, tandis que des médias comme Reuters ou CNBC ont fait l’objet de sa colère publique. Toujours sur son compte Twitter, M. Musk a longuement détaillé sa défiance et sa réprobation vis-à-vis des médias traditionnels, caressant même l’idée de créer un service de notation des médias et des journalistes. Le plan initial était d’appeler cette structure « Pravda », du nom du journal officiel du Parti communiste sous l’Union soviétique. Elon Musk étant extrêmement suivi par une foule de fans en adoration, chacune de ses critiques était amplifiée et démultipliée, occasionnant d’importantes vagues de harcèlement visant spécifiquement les femmes journalistes, nombreuses à désormais s’autocensurer lorsqu’il s’agit de couvrir Tesla ou Elon Musk.

    La culture de la liberté d’expression façon Musk semble par ailleurs savoir cohabiter avec une certaine dose de la censure qu’elle prétend pourtant combattre, dès lors qu’elle sert les intérêts de ses entreprises. En 2021, selon l’agence de presse Bloomberg, sa société Tesla n’a ainsi pas hésité à se rapprocher des autorités chinoises afin de se plaindre des attaques à ses yeux injustifiées dont elle faisait l’objet sur les réseaux sociaux du pays, demandant que Pékin intercède en sa faveur et bloque certains de ces messages. La Chine représente en effet le deuxième marché, après les Etats-Unis, pour le constructeur d’automobiles électriques.

    #Twitter #Elon_Musk #Liberté_expression

  • A 23-Year-Old Coder Kept QAnon and the Far Right Online When No One Else Would - Bloomberg
    https://www.bloomberg.com/news/features/2021-04-14/qanon-daily-stormer-far-right-have-been-kept-online-by-nick-lim-s-vanwate

    Trop facile l’argument de la liberté d’expression pour favoriser les néo-nazis.

    Two and a half months before extremists invaded the U.S. Capitol, the far-right wing of the internet suffered a brief collapse. All at once, in the final weeks of the country’s presidential campaign, a handful of prominent sites catering to White supremacists and adherents of the QAnon conspiracy movement stopped functioning. To many of the forums’ most devoted participants, the outage seemed to prove the American political struggle was approaching its apocalyptic endgame. “Dems are making a concerted move across all platforms,” read one characteristic tweet. “The burning of the land foreshadows a massive imperial strike back in the next few days.”

    In fact, there’d been no conspiracy to take down the sites; they’d crashed because of a technical glitch with VanwaTech, a tiny company in Vancouver, Wash., that they rely on for various kinds of network infrastructure. They went back online with a simple server reset about an hour later, after the proprietor, 23-year-old Nick Lim, woke up from a nap at his mom’s condo.

    Lim founded VanwaTech in late 2019. He hosts some websites directly and provides others with technical services including protection against certain cyberattacks; his annual revenue, he says, is in the hundreds of thousands of dollars. Although small, the operation serves clients including the Daily Stormer, one of America’s most notorious online destinations for overt neo-Nazis, and 8kun, the message board at the center of the QAnon movement, whose adherents were heavily involved in the violence at the Capitol on Jan. 6.

    Lim exists in a singularly odd corner of the business world. He says he’s not an extremist, just an entrepreneur with a maximalist view of free speech. “There needs to be a me, right?” he says, while eating pho at a Vietnamese restaurant near his headquarters. “Once you get to the point where you look at whether content is safe or unsafe, as soon as you do that, you’ve opened a can of worms.” At best, his apolitical framing comes across as naive; at worst, as preposterous gaslighting. In interviews with Bloomberg Businessweek early in 2020, Lim said he didn’t really know what QAnon was and had no opinion about Donald Trump.

    #Extrême_droite #Premier_amendement #Liberté_expression #Fachosphère

    • Je sais bien, mais en même temps, l’article pourrait (devrait ?) se résumer à ceci :

      “There’s already a good recipe that was used for ISIS. Why don’t you use it on the far right?”

      It’s tougher to keep a site such as the Daily Stormer offline as long as somebody like Lim is willing to support it. U.S. laws governing domestic extremism are less expansive than those focused on international terrorism, partly to protect the rights of U.S. citizens with unpopular political views.

      Le type fait dans la cradingue, c’est indéniable, mais apparemment pas dans l’illégal. Ce sont les États-Unis, où il y a désormais une communication publique massive (notamment suite à la catastrophe Trump, QAnon, White supremacist…) pour avoir une maîtrise collective de l’expression publique (« on » décide que certaines expressions n’ont pas leur place dans la sphère publique, et notamment sur le Web), mais dans le même temps on refuse complètement d’y donner une forme juridique (because Premier amendement).

      Donc on mène de grandes campagnes d’indignation collective, et on fait pression sur les plateformes pour faire supprimer certains contenus (il y a d’ailleurs deux activistes qui le disent tout à fait explicitement dans l’article), tout en se rendant bien compte que ces expressions ne sont par ailleurs pas illégales (le gars de l’article ne dit absolument pas qu’il maintiendrait des contenus illégaux aux États-Unis, jihadistes ou pédophiles par exemple). Et qu’en même temps on semble prendre bien soin à ne pas ouvrir ce débat pour que les limites de l’expression publique soient mieux encadrées par des tribunaux, plutôt que laissées à la discrétion des plateformes (qui en profitent pour virer plein d’autres choses discrètement par ailleurs).

    • Oui, ça je suis bien d’accord. Mais les motivations du gars, est-ce qu’on ne s’en fout pas un peu ? Des fachos qui hébergent des fachos, on s’en cogne un peu de leurs alibis, la question elle est vite répondue.

      Ce qui me chagrine, c’est qu’on a un article extrêmement long, qui aborde la question de l’illégalité (ou plutôt de l’absence d’illégalité) dans une unique phrase, et qui au contraire se focalise sur les mouvements de pression organisés pour que les grandes plateformes dégagent certains contenus, plutôt que d’avoir une régulation encadrée par la loi. Et qui, dès le début, titre sur la notion de « When No One Else Would ».

      Et je trouve ça extrêmement inquiétant : parce qu’on trouvera toujours un facho pour héberger des fachos, surtout tant que le fait d’héberger des sites fachos n’est pas illégal.

      Ce qui me semble la pente dangereuse de ce genre de considération, c’est qu’on considère fondamentalement dangereux et illégitime qu’on puisse s’héberger (et s’exprimer) en dehors des grandes plateformes. C’est le sens du titre et des activistes de l’article : s’il suffit de faire pression sur les grandes plateformes pour se débarrasser des fachos, nickel ; mais s’il est encore possible de trouver un hébergeur qui le fera « When No One Else Would », on atteint les limites de cette forme de « régulation » de l’expression publique.

      Alors même que si ces formes d’expression étaient interdites par la loi, comme Daesh et la pédophilie, ce ne serait pas du tout la même question – puisque l’hébergeur facho ne revendique à aucun moment de contrevenir à la loi et d’héberger des contenus illégaux.

      La conclusion inévitable de cette façon de voir, c’est qu’il ne faudrait pas laisser aux gens la possibilité de s’exprimer ou accéder à des contenus en dehors des grandes plateformes. Parce que, à nouveau, tant que c’est légal, en l’état actuel des interwebz et tant qu’il n’y a aura pas une interdiction légale de le faire, on trouvera toujours des fachos pour héberger des fachos.

      (Accessoirement, ça aurait tendance à me renvoyer à une autre préoccupation pénible que j’ai depuis quasiment 20 ans : le volontarisme des fachos à se déployer et s’organiser sur les interwebz, à réellement « faire du réseau », et au contraire une immense passivité/méfiance des progressistes qui pour une large part ont décidé que monter une page Facebook c’était bien suffisant, et qui se retrouvent à poil une fois qu’ils se font éjecter des grands réseaux sociaux. Et ensuite on va chouiner contre les méchants GAFA.)

  • François Le Ménahèze, écrivain et formateur en pédagogie : « La liberté d’expression des enseignants n’existe plus » (ladepeche.fr)
    https://www.ladepeche.fr/2020/10/23/francois-le-menaheze-ecrivain-et-formateur-en-pedagogie-la-liberte-dexpres

    En tant que journaliste, on se rend compte que, si on sort des représentants syndicaux, il est de plus en difficile de trouver des enseignants qui acceptent de nous répondre à visage découvert, même parfois sur des sujets qui n’appellent pas la polémique. On doit souvent faire avec des témoignages anonymes. Est-ce qu’il y a une règle qui leur interdit de s’exprimer ?

    #éducation #enseignant·es #liberté_expression

  • Comment la Chine impose sa propagande sur les réseaux sociaux en France
    https://www.lemonde.fr/pixels/article/2020/07/28/la-propagande-chinoise-s-invite-sur-les-reseaux-sociaux-en-france_6047454_44

    « Taux d’engagement faible »

    « Notre analyse montre que les pages de médias d’Etat chinois connaissent une forte croissance, mais un taux d’engagement beaucoup plus faible que les médias américains, explique Vanessa Molter, chercheuse à Stanford et coautrice avec la spécialiste de la désinformation Renee DiResta d’une étude sur l’usage des réseaux sociaux par les médias chinois anglophones, publiée le 8 juin. Cette différence peut s’expliquer par des contenus qui suscitent moins de réactions, par une audience qui est moins active sur Facebook, ou être le signe d’une activité anormale de ces pages. Si ces “like” sont effectivement des faux, leur avantage serait que la plupart des gens considèrent qu’une audience importante est liée à un média légitime. Pour un utilisateur peu averti, plusieurs millions de “like” peuvent donner l’impression qu’une page est particulièrement fiable. »

    Dès 2007, les dirigeants du Parti communiste avaient officialisé leur campagne de promotion d’un soft power à la chinoise. Le groupe de télévision étatique national, China Central Television (CCTV), se voit à cette époque doté de moyens colossaux pour développer ses chaînes, préexistantes ou fraîchement lancées, en anglais, français, espagnol, russe ou arabe. Mais ces tentatives peinent à convaincre à l’étranger.

    Alors que la Russie théorise en 2013 sa « guerre hybride », qui se joue sur le théâtre conventionnel, mais aussi dans le cyberespace et l’opinion publique du pays ciblé, sur les questions de nature à déstabiliser de l’intérieur les pouvoirs en place, le régime chinois poursuit dans un premier temps un objectif bien plus nombriliste. Il s’agit de promouvoir la culture de l’empire du Milieu, mais surtout de tenter de faire accepter comme légitimes son modèle de parti unique et ses politiques.
    Projection de puissance

    Mais l’objectif évolue, aux mains d’un secrétaire du Parti communiste chinois (PCC), Xi Jinping, arrivé au pouvoir en 2012 et qui porte une politique bien plus assumée de projection de puissance. En chemin, le modèle ennemi, la démocratie américaine, perd de son ascendant moral sous l’exercice du mandat de Donald Trump.

    C’est alors que survient la crise du Covid-19. Oubliant au passage sa lenteur à donner l’alerte – du fait de la peur qui règne dans les échelons hiérarchiques locaux vis-à-vis de la direction du PCC –, la Chine voit une opportunité de valorisation de son modèle politique, dont sa capacité à contrôler strictement la population et son confinement, en miroir des errements constatés en Europe et, surtout, dans les Etats-Unis de Trump.

    En juin, un rapport de la Commission européenne blâmait pour la première fois la Chine, au côté de la Russie, pour une « déferlante » de « fake news » qui s’est abattue durant la crise sanitaire. Bruxelles faisait le constat d’un « effort coordonné » des sources d’information officielles chinoises pour rejeter toute responsabilité dans la pandémie et promouvoir sa réponse. Le 4 juin, Facebook a commencé à afficher un avertissement permanent sur les comptes de médias dont « la ligne éditoriale est contrôlée par un Etat » ; une mention en ce sens s’affiche désormais sur les pages de CGTN dans toutes les langues.

    Face à ces vecteurs de propagande, la tentation est forte de répliquer. Le régulateur de l’audiovisuel du Royaume-Uni étudie actuellement l’opportunité de bloquer la diffusion de la chaîne CGTN en anglais, pour avoir diffusé des aveux forcés de prisonniers politiques aux mains de la police chinoise contraires à la charte éthique de l’audiovisuel britannique. En février, l’administration Trump a enregistré les bureaux des médias officiels chinois sous le statut de missions diplomatiques. Mais le jeu est dangereux pour la liberté d’informer : Pékin renchérit et a expulsé le mois suivant tous les journalistes américains du New York Times, du Washington Post et du Wall Street Journal installés sur son territoire – réduisant encore les sources d’information sur la Chine.

    #Chine #Facebook #Télévision #Propagande #Liberté_expression

  • Laure Murat : « La “cancel culture”, c’est d’abord un immense ras-le-bol d’une justice à deux vitesses »
    https://www.lemonde.fr/idees/article/2020/08/01/la-cancel-culture-c-est-d-abord-un-immense-ras-le-bol-d-une-justice-a-deux-v

    Tribune. C’est une guerre culturelle. Elle est à la fois plus ancienne qu’on le croit et plus inédite qu’on le pense. Dans la cacophonie des passions et des controverses qu’elle suscite et dont la presse se fait désormais quotidiennement l’écho, elle vaut surtout pour les questions qu’elle pose. De quoi s’agit-il ? De la « cancel culture », soit littéralement la culture de l’annulation, qui consiste à pointer du doigt une personnalité ou une entreprise dont un propos, ou une action, a été considéré comme répréhensible ou « offensant » et à lui retirer son soutien via les réseaux sociaux.
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    Cette définition, assez large pour faire consensus, désigne avant tout un mode d’expression composé de discours – de la critique à l’insulte – et d’actions – du sit-in au déboulonnage de statues. Elle recouvre une multitude de pratiques, du boycott – droit politique – au cyberharcèlement – délit moderne.
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    Autant dire d’emblée que la « cancel culture », dont le terme remonterait à 2015, fait du neuf avec du vieux. Elle est l’outil le plus récent d’une contestation politique de plus en plus intense, issue des minorités et de la gauche radicale américaine, s’inscrivant dans le combat des droits civiques et du féminisme, excédées par l’impunité du pouvoir et la passivité des institutions face au racisme, à l’injustice sociale, au sexisme, à l’homophobie, à la transphobie, entre autres.

    Black Lives Matter et #metoo sont parmi les mouvements qui empruntent à la « cancel culture » pour dénoncer des situations iniques, exiger des institutions qu’elles prennent leurs responsabilités en cessant d’honorer des personnalités accusées d’agressions sexuelles ou d’œuvres racistes.
    « Tyrannie des minorités »

    C’est ainsi qu’on a vu nombre de journalistes harceleurs quitter leur poste, ou le Parlement américain accepter, sous la pression, de retirer du Capitole les statues des confédérés. La mort de George Floyd a imprimé une impulsion nouvelle à cette vague qui gagne l’Europe, où l’on a vu à Bristol [Royaume-Uni] la statue d’un marchand d’esclaves être jetée à l’eau par la foule, ou [l’ancien roi des Belges] Léopold II être emporté par une grue à Anvers. L’activité sur Twitter a explosé, les exigences se sont démultipliées. La machine s’emballe.
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    Dernier recours d’une population exaspérée, marginalisée et sans autre voix ni pouvoir que l’Internet, la « cancel culture » est devenue l’arme à double tranchant de « clicktivistes » sans frein qui, à force d’oukases et de menaces tous azimuts, s’attirent aujourd’hui de plus en plus de critiques. « Tyrannie des minorités », « appel à la censure », « intolérance et ostracisme », la « cancel culture » annoncerait la fin de la liberté d’expression, selon une tribune publiée dans Harper’s Magazine et dans Le Monde, et signée par 150 personnalités, plutôt classées à gauche.

    Ce délire de pureté, de transparence et d’une cohérence forcenée fait craindre,
    en France, et au prix d’un anachronisme classique, l’avènement d’une nouvelle Terreur

    Un récent sondage (Politico, 17-19 juillet) montre que 44 % de l’électorat américain désapprouvent ces pratiques, 32 % y sont favorables et 24 % se déclarent sans opinion, cependant que 55 % des 18-34 ans reconnaissent y avoir déjà pris part. Plus important, une majorité des sondés (53 %) estiment que ceux qui tiennent des propos offensants en public doivent s’attendre à des conséquences sociales. Si bien que l’on parle plus volontiers aujourd’hui d’« accountability culture » ou culture de la responsabilité. En clair : assumez vos actes et vos propos.
    Dérives inquiétantes

    Ce principe qui n’a rien d’exorbitant s’accompagne néanmoins de dérives inquiétantes et d’amalgames qui laissent perplexes. Le patron d’une chaîne alimentaire dans le Minnesota a manqué de fermer son entreprise à cause d’un tweet raciste de son adolescente de fille, qui a déchaîné une campagne sans précédent sur les réseaux sociaux.

    Sur Twitter, l’effet de concaténation des offenses confine au vertige. Si j’« annule » X et que Y le soutient, Y sera « annulé » à son tour, et s’il s’enferre, tous ses « followers » avec lui. Certains se voient reprocher des propos tenus il y a vingt ans ou des amitiés anciennes avec untel qui aurait fait une blague sexiste. Des vies sont détruites, au terme de campagnes d’exclusion dignes des plus cruels bizutages.

    Ni prescription ni seconde chance ne sont au programme dans ces mises au pilori et ces excommunications. Les êtres seraient des blocs, sommés de justifier tout acte et toute parole. Ce délire de pureté, de transparence et d’une cohérence forcenée fait craindre, en France, et au prix d’un anachronisme classique, l’avènement d’une nouvelle Terreur et d’un conformisme moral proprement frénétique.
    Nouvelle dictature de l’opinion ?

    La « cancel culture », nouvelle dictature de l’opinion ? Ce raccourci, Donald Trump, son ennemi juré, est le premier à le faire. Le 3 juillet, n’accusait-il pas ce « fascisme d’extrême gauche » d’être la « définition même du totalitarisme » ? Etrange saillie venant d’un homme qui passe son temps à humilier publiquement jusqu’à ses plus proches collaborateurs, ne supporte aucune contradiction, appelle au renvoi de certaines personnalités (notamment des journalistes) et a gagné en célébrité par une émission de télé-réalité, The Apprentice, consistant à éliminer (à « annuler » ?) les candidats à coups de : « You are fired ! » (« Vous êtes viré ! »). Etrange image en miroir aussi que ce face-à-face entre une foule en colère et un président écumant toujours de rage, dans un monde de plus en plus polarisé, clivé, qui a perdu le sens du dialogue – sans même parler de celui de la dialectique.
    La querelle de la « cancel culture » oppose de nombreux intellectuels aux Etats-Unis

    Aux Etats-Unis, la nouvelle gauche, née des mouvements #metoo et Black Lives Matter, serait à l’origine d’un phénomène qui inquiète de nombreux intellectuels américains, la « cancel culture », autrement dit une tendance à vouloir faire taire des voix jugées dissonantes, dangereuses ou haineuses. Né sur les réseaux sociaux, ce phénomène se traduit par des mobilisations qui ont fini par provoquer des démissions, renvois, annulations de conférence, etc. Cinq des auteurs de la tribune que nous publions (Mark Lilla, Thomas Chatterton Williams, George Packer, David Greenberg et Robert Worth) sont des intellectuels engagés dans la défense de la liberté d’expression. Avec les 150 personnalités qui se sont jointes à leur appel, ils estiment qu’une frange de la gauche radicale américaine pratiquerait ainsi une forme de censure. Publié sur le site du mensuel américain Harper’s, ce texte devrait l’être également en Allemagne, en Espagne et au Japon.

    Plusieurs événements récents témoignent de ces nouvelles tensions. Début juin, le directeur des pages « Opinion » du New York Times, James Bennet, a été licencié après la parution d’une tribune signée par un sénateur républicain appelant à l’envoi de l’armée contre les manifestations violentes. Tant au sein de la rédaction du quotidien new-yorkais que sur les réseaux sociaux, ce texte a suscité une vive émotion, certains estimant qu’il pouvait porter atteinte à la sécurité des personnes noires. Sans soutenir le contenu de cet article, d’autres personnalités ont estimé que James Bennet avait été limogé avec un empressement douteux, comme s’il fallait au plus vite donner satisfaction aux internautes en colère. Parmi les signataires de la présente tribune se trouvent d’ailleurs plusieurs grandes signatures du New York Times.

    Autre renvoi ayant suscité l’indignation, celui de David Shor, un analyste de données qui a été licencié début juin par son employeur, Civis Analytics, une société de conseil politique proche des démocrates. Il était reproché à M. Shor d’avoir retweeté l’étude d’un chercheur, de l’université de Princeton (New Jersey), qui tendait à démontrer que les manifestations violentes, comme il a pu y en avoir récemment aux Etats-Unis pour dénoncer les violences policières, ont un impact positif sur le vote républicain. Cette attention portée aux conséquences néfastes des manifestations violentes avait été considérée, par certains militants, comme une manière de faire taire la colère des populations noires aux Etats-Unis.

    D’autres intellectuels ne partagent pas cette vision du débat sur la « cancel culture ». Ils estiment au contraire qu’il va permettre de donner davantage la parole aux minorités généralement moins ou peu entendues. D’autres encore jugent que les dénonciateurs de la « cancel culture » font fausse route : selon eux, les menaces sur la liberté d’expression viendraient bien davantage de l’extrême droite que de la gauche radicale. Ils ajoutent que le recours à l’intimidation et à la violence pour faire taire ses opposants serait d’abord et avant tout, aux Etats-Unis, le fait des suprémacistes blancs. Ils rappellent également que Donald Trump a, lui aussi, durement attaqué la « cancel culture » le 4 juillet.

    Posons cette hypothèse. Et si la « cancel culture » n’était que l’avatar logique, inévitable, d’une démocratie à bout de souffle, dite désormais « illibérale », et de l’ère de la post-vérité ? L’enfant illégitime de la pensée occidentale et du capitalisme débridé, dans une société supposément universaliste, aveugle à ses impensés et incapable de reconnaître les crimes et les conséquences sans nombre de l’esclavage et de la colonisation ?

    Enfant illégitime, c’est-à-dire hors institution, qu’une de ces drôleries pas si paradoxales de la langue française appelle aussi : enfant naturel. N’allez pas chercher la violence de la « cancel culture » ailleurs que dans la brutalité du pouvoir. Là se loge le danger, et là l’impasse. Car, comme le rappelle la poétesse Audre Lorde, « The master’s tools will never dismantle the master’s house » (« Les outils du maître ne démantèleront jamais la maison du maître »).
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    Le problème de la « cancel culture » est celui de la riposte, d’une réponse politique adéquate à l’impunité. Car qui annule qui ? Du jour où le footballeur Colin Kaepernick s’est agenouillé en 2016 pendant l’hymne américain pour protester contre les violences policières envers les minorités, il n’a plus été admis à jouer dans aucune équipe de la NFL (National Football League). Et que dire de ces femmes innombrables, violées, harcelées ou qui ont été renvoyées pour avoir refusé une faveur sexuelle à leur employeur ? Annulées, elles aussi, en silence, sans autre pouvoir que de dire, un jour, sur les réseaux sociaux : Moi aussi… Celles qui sont mortes sous les coups de leur compagnon n’auront pas eu cette opportunité.
    Le racisme et le sexisme honorés

    Pendant ce temps-là, alors qu’on reproche aux féministes leur « maccarthysme », Roman Polanski est honoré par toute une profession qui se pique de distinguer l’homme de l’artiste et Gérald Darmanin, sous le coup d’une accusation de viol, décroche le portefeuille de l’intérieur dans un gouvernement qui a juré de faire de l’égalité homme-femme une priorité. Cet exquis sens de la nuance et du paradoxe qui caractérise le patriarcat finit par lasser.

    Car la « cancel culture », c’est aussi et peut-être d’abord cela : un immense ras-le-bol d’une justice à deux vitesses, une immense fatigue de voir le racisme et le sexisme honorés quand les Noirs se font tuer par la police et les statistiques de viols et de féminicides ne cessent d’augmenter. Le lien établi entre l’actualité et l’histoire, les drames du quotidien et les grands récits officiels a souvent fait polémique.

    « On ne réécrit pas l’Histoire », dit-on. Or rien n’est plus faux : on passe son temps à réviser nos jugements, à découvrir de nouveaux éléments, à fournir des interprétations inédites. La « cancel culture », à qui il est reproché de sortir les choses de leur contexte et d’imposer un regard manichéen sur le passé, braque le projecteur sur des aspects le plus souvent liés à l’histoire coloniale, dans le but de rééquilibrer un récit jugé mythique, partial, incomplet, pour mieux s’en émanciper.

    Churchill a régulièrement fait des déclarations sur l’inégalité des races, Victor Schœlcher n’a, certes, pas été le seul à abolir l’esclavage. Fallait-il pour autant tagger d’un « racist » la statue du premier à Londres et renverser celle du second en Martinique, au motif qu’il faudrait honorer en lieu et place l’esclave Romain, dont l’arrestation en 1848 pour avoir joué du tambour avait déclenché le soulèvement libérateur ? Non.

    Il est urgent en revanche d’entendre un cri d’alarme qui partout se répand et d’en comprendre les vrais enjeux, afin que la catharsis, la punition et les exactions en tout genre ne deviennent le seul mode de (non) communication entre le pouvoir et le peuple, dans un monde verrouillé par une spéculaire et mortifère logique de flics.

    Laure Murat est historienne et essayiste, professeure de littérature à l’Université de Californie, à Los Angeles.

    #Cancel_culture #Minorités #Liberté_expression #Histoire

  • Mark Lilla, Margaret Atwood, Wynton Marsalis… : « Notre résistance à Donald Trump ne doit pas conduire au dogmatisme ou à la coercition »
    https://www.lemonde.fr/idees/article/2020/07/08/mark-lilla-margaret-atwood-wynton-marsalis-notre-resistance-a-donald-trump-n

    Un tel débat est intéressant, même si on peut toujours douter de l’emphase mise sur quelques cas pour les confondre avec une atmosphère de censure, ou plutôt de "gorkisme", qui n’est pas encore si prégnante que veut le dire le texte (mais le danger existe, notamment dans des cercles fermés, j’en ai fait l’expérience amère dans les groupes "soit-disant gauchistes" des années 1970). La liberté d’expression a elle-même des limites, notamment le discours de haine, la diffamation,... Mais la définition même ce ces limites est un enjeu politique. Certes, ce sont la droite et l’extrême-droite, notamment en ce qu’ils tiennent les cordons de la bourse des médias, qui sont les acteurs majeurs en ce domaine, et les revendications des minorités de vouloir "faire fermer leur g..." aux haineux sont totalement compréhensibles. Mais là encore, l’expérience du XXe siècle (réalisme socialiste, Djanov, Lin Piao, Yao Wen Yang,...) montre que sous des couleurs de "défense des opprimés" peut se mettre en place un système de censure d’autant plus sauvage qu’il fait appel aux "tribunaux populaires" et se réalise en "lynchages médiatiques". Pour autant, les signataires ne sont pas blanc bleu, car souvent ils négligent la colère des minoritaires et opprimés devant l’immobilisme de la "classe créative" face aux injustices intersectionnelles (classe, race, genre, culture,...). Un débat complexe, où tous les points de vue ont une part de justice et de réalisme. Il ne faudrait pas que cela devienne un chiffon rouge pour diviser les mouvements... ce qui est parfois présent dans des tournures "imprécises" du texte (qui a dit quoi et qui interdit quoi et quand et dans quelles circonstances,...). Comment inventer un art libre et une pensée ouverte sans sombrer dans le relativisme et ignorer les grands déséquilibres et inégalités qui percluent notre monde.

    Tribune. Nos institutions culturelles sont aujourd’hui à l’épreuve. Les puissantes manifestations en faveur de la justice raciale et sociale revendiquent une réforme de la police trop longtemps différée et font plus largement entendre des appels pour davantage d’égalité et d’inclusion dans notre société, notamment dans l’enseignement supérieur, le journalisme, la philanthropie et les arts.

    Mais cette nécessaire prise en compte a aussi renforcé tout un ensemble de postures morales et d’engagements politiques qui risquent d’affaiblir les règles du débat public et l’acceptation des différences au profit d’un conformisme idéologique. Autant nous avons salué la première phase de ce mouvement, autant nous voulons nous élever contre la seconde.

    Les forces illibérales gagnent du terrain partout dans le monde et trouvent un puissant allié en Donald Trump, qui représente une réelle menace contre la démocratie. Notre résistance ne devrait pas conduire au dogmatisme ou à la coercition. L’inclusion démocratique que nous appelons de nos vœux ne peut advenir que si nous refusons le climat d’intolérance général qui s’est installé de part et d’autre.
    Crainte des représailles

    L’échange libre des informations et des idées, qui est le moteur même des sociétés libérales, devient chaque jour plus limité. La censure, que l’on s’attendait plutôt à voir surgir du côté de la droite radicale, se répand largement aussi dans notre culture : intolérance à l’égard des opinions divergentes, goût pour l’humiliation publique et l’ostracisme, tendance à dissoudre des questions politiques complexes dans une certitude morale aveuglante. Nous défendons le principe d’un contre-discours solide et même caustique de toutes parts.
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    Or, les appels à sanctionner rapidement et sévèrement tout ce qui est perçu comme une transgression langagière et idéologique sont devenus monnaie courante. Plus inquiétant encore, des dirigeants institutionnels, ne sachant plus où donner de la tête pour limiter les dégâts, optent pour des sanctions hâtives et disproportionnées plutôt que pour des réformes réfléchies.

    « La censure, que l’on s’attendait plutôt à voir surgir du côté de la droite radicale, se répand largement aussi dans notre culture »

    On renvoie des rédacteurs en chef pour avoir publié des articles controversés ; on retire des livres sous le prétexte d’un manque d’authenticité ; on empêche des journalistes d’écrire sur certains sujets ; on enquête sur des professeurs à cause des œuvres littéraires qu’ils citent en classe ; un chercheur est renvoyé pour avoir fait circuler un article scientifique dûment examiné par des pairs ; et on limoge des dirigeants d’organisation pour des erreurs qui ne sont parfois que des maladresses.

    Quelles que soient les raisons invoquées, la conséquence en est qu’il est de plus en plus difficile de prendre la parole sans craindre des représailles. Nous en faisons déjà les frais, à en juger par l’aversion au risque qui se développe parmi les écrivains, les artistes et les journalistes, inhibés par la peur de perdre leur gagne-pain s’ils s’écartent du consensus ou même s’ils ne font pas preuve du zèle attendu pour se conformer.
    La justice n’existe pas sans la liberté

    Cette atmosphère étouffante va finir par nuire aux causes les plus vitales de notre époque. Restreindre le débat, que ce soit le fait d’un gouvernement répressif ou d’une société intolérante, nuit immanquablement à ceux qui ne détiennent pas le pouvoir et nous rend tous moins aptes à participer à la vie démocratique.

    Pour vaincre de mauvaises idées, il faut les exposer, argumenter et convaincre, et non pas essayer de les taire ou espérer qu’elles disparaissent.
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    Nous rejetons les faux choix qu’on nous présente entre la justice et la liberté : l’une n’existe pas sans l’autre. En tant qu’écrivains, notre métier repose sur la marge que la société nous accorde pour l’expérimentation, la prise de risque et même l’erreur. Nous avons besoin de préserver la possibilité d’un désaccord de bonne foi sans conséquences professionnelles désastreuses. Si nous ne défendons pas ce qui est la condition même de notre travail, nous ne pouvons pas nous attendre à ce que le public ou l’Etat le fasse pour nous. (Traduit de l’anglais par Pauline Colonna d’Istria)
    La querelle de la « cancel culture » oppose de nombreux intellectuels aux Etats-Unis

    Aux Etats-Unis, la nouvelle gauche, née des mouvements #metoo et Black Lives Matter, serait à l’origine d’un phénomène qui inquiète de nombreux intellectuels américains, la « cancel culture », autrement dit une tendance à vouloir faire taire des voix jugées dissonantes, dangereuses ou haineuses. Né sur les réseaux sociaux, ce phénomène se traduit par des mobilisations qui ont fini par provoquer des démissions, renvois, annulations de conférence, etc. Cinq des auteurs de la tribune que nous publions (Mark Lilla, Thomas Chatterton Williams, George Packer, David Greenberg et Robert Worth) sont des intellectuels engagés dans la défense de la liberté d’expression. Avec les 150 personnalités qui se sont jointes à leur appel, ils estiment qu’une frange de la gauche radicale américaine pratiquerait ainsi une forme de censure. Publié sur le site du mensuel américain Harper’s, ce texte devrait l’être également en Allemagne, en Espagne et au Japon.

    Plusieurs événements récents témoignent de ces nouvelles tensions. Début juin, le directeur des pages « Opinion » du New York Times, James Bennet, a été licencié après la parution d’une tribune signée par un sénateur républicain appelant à l’envoi de l’armée contre les manifestations violentes. Tant au sein de la rédaction du quotidien new-yorkais que sur les réseaux sociaux, ce texte a suscité une vive émotion, certains estimant qu’il pouvait porter atteinte à la sécurité des personnes noires. Sans soutenir le contenu de cet article, d’autres personnalités ont estimé que James Bennet avait été limogé avec un empressement douteux, comme s’il fallait au plus vite donner satisfaction aux internautes en colère. Parmi les signataires de la présente tribune se trouvent d’ailleurs plusieurs grandes signatures du New York Times.

    Autre renvoi ayant suscité l’indignation, celui de David Shor, un analyste de données qui a été licencié début juin par son employeur, Civis Analytics, une société de conseil politique proche des démocrates. Il était reproché à M. Shor d’avoir retweeté l’étude d’un chercheur, de l’université de Princeton (New Jersey), qui tendait à démontrer que les manifestations violentes, comme il a pu y en avoir récemment aux Etats-Unis pour dénoncer les violences policières, ont un impact positif sur le vote républicain. Cette attention portée aux conséquences néfastes des manifestations violentes avait été considérée, par certains militants, comme une manière de faire taire la colère des populations noires aux Etats-Unis.

    D’autres intellectuels ne partagent pas cette vision du débat sur la « cancel culture ». Ils estiment au contraire qu’il va permettre de donner davantage la parole aux minorités généralement moins ou peu entendues. D’autres encore jugent que les dénonciateurs de la « cancel culture » font fausse route : selon eux, les menaces sur la liberté d’expression viendraient bien davantage de l’extrême droite que de la gauche radicale. Ils ajoutent que le recours à l’intimidation et à la violence pour faire taire ses opposants serait d’abord et avant tout, aux Etats-Unis, le fait des suprémacistes blancs. Ils rappellent également que Donald Trump a, lui aussi, durement attaqué la « cancel culture » le 4 juillet.

    Sont notamment signataires de cette tribune : Martin Amis, écrivain britannique ; Anne Applebaum, historienne américaine ; Marie Arana, essayiste et éditrice américaine ; Margaret Atwood, romancière canadienne ; John Banville, romancier irlandais ; Jennifer Finney Boylan, auteure, professeure à l’université Columbia (New York) ; David Brooks, chroniqueur américain ; Ian Buruma, journaliste et essayiste néerlandais ; Noam Chomsky, professeur émérite de linguistique, Massachusetts Institute of Technology ; Roger Cohen, chroniqueur américain ; Kamel Daoud, écrivain algérien ; Gerald Early, professeur de lettres modernes, d’anglais, d’études africaines et d’études afro-américaines, université Washington de Saint-Louis (Missouri) ; Jeffrey Eugenides, romancier américain ; Richard T. Ford, professeur de droit à l’université de Stanford (Californie) et spécialiste des discriminations ; Francis Fukuyama, politiste américain ; David Greenberg, professeur d’histoire, université Rutgers (New Jersey) ; Bill T. Jones, danseur et chorégraphe américain ; Joy Ladin, poète américaine ; Mark Lilla, essayiste et professeur de sciences humaines à l’université de Columbia (New York) ; Greil Marcus, essayiste et critique musical américain ; Wynton Marsalis, musicien américain ; Mark Oppenheimer, essayiste américain ; George Packer, journaliste et essayiste américain ; Nell Irvin Painter, historienne, spécialiste de l’histoire du sud des Etats-Unis et des Afro-Américains au XIXe siècle ; Steven Pinker, professeur de psychologie cognitive, université Harvard (Massachusetts) ; J.K. Rowling, romancière britannique ; Salman Rushdie, écrivain britannique ; Gloria Steinem, essayiste et militante féministe américaine ; Michael Walzer, professeur émérite de science sociale à Princeton (New Jersey) ; Thomas Chatterton Williams, essayiste et journaliste américain ; Robert F. Worth, journaliste américain ; Fareed Zakaria, journaliste américain, spécialiste des relations internationales. La liste complète des signataires :

    Liste Signataires Tribune Cancel Culture by Le Monde on Scribd

    #Liberté_expression

  • Steven Levy Mark Zuckerberg has long said he doesn’t want to be the arbiter of truth.
    https://link.wired.com/view/5cec29ba24c17c4c6465ed0bc85rb.28hc/698b9ee1

    par Steven Levy

    But despite all his protestations, Zuckerberg is not only the arbiter in chief of the world’s dominant social media platform, he’s an active one. That was never more clear than in the nearly two-hour remote session he had with thousands of concerned employees on Tuesday, when he defended his decision not to take down, mitigate, or fact-check several posts by Donald Trump that seemed, in the eyes of employees, to violate Facebook’s policies. In a transcript of the session—the leak of an internal meeting was once an unthinkable act of disloyalty at Facebook, but now it’s an inevitability—Zuckerberg talks in detail about how he consulted with key aides and painstakingly analyzed his community standards, all to make the final call himself. In this case, he decided that Trump’s use of the phrase “When the looting starts, the shooting starts” was not a call to violence or a racist “dog whistle,” despite arguments to the contrary.

    The drama was heightened by two factors. First, the internal opposition to Zuckerberg’s choices was unprecedented, as employees publicly tweeted their displeasure and staged a “virtual walkout” on Monday. Some even quit the company. Also, a group of the company’s earliest employees published a letter lamenting Facebook’s departure from its original ideals. As I wrote earlier this week, what bothered them was not just the two tweets Trump had cross-posted to Facebook. The frustration came from the fact that, for years now, the “free expression” Zuckerberg celebrates has meant hosting misinformation, hate, and divisiveness.

    The second factor is an external threat: a movement to tamper with or repeal legislation that gives Zuckerberg the power to make those decisions without taking legal responsibility for everything that his almost 3 billion users post. That law is known as section 230(c) of the 1996 Telecommunications Act. It frees platforms like Facebook and Twitter of liability for what people share, distinguishing them from publishers like The New York Times or WIRED. But it also gives platforms the editorial discretion to police the content to make their platforms safe and civil. In reaction to the power of big tech companies, some politicians are arguing that platforms should be treated more like publications than, say, phone lines. One is Donald Trump, who last week issued an executive order dictating that the government should strip platforms of that sanctuary status if they’re deemed politically biased. Another declared foe of Section 230 is Joe Biden, though he hasn’t called for a government truth squad like Trump has.

    Zuckerberg’s decision on the president’s posts wasn’t affected by Trump’s threatened executive order, but it certainly favored Trump and the conservative cause. More significantly, it was well in keeping with Facebook’s tendency to allow and even promote content that divides and inflames. Zuckerberg tried to contextualize this for his employees, saying that while his free-expression tilt might allow toxic content to thrive, it also gives voice to the powerless, allowing them to post things like video evidence of police brutality. “I would urge people not to look at the moral impact of what we do just through the lens of harm and mitigation,” he told employees.

    At Twitter, though, CEO Jack Dorsey did look at Donald Trump’s tweets through that lens. After too long a period of keeping his hands off of Trump’s discordant content, he ordered that Twitter tag two disputed tweets. And Snap’s CEO Evan Spiegel went even farther, removing Trump’s posts from the Discover section of the platform, on the grounds that the president’s words are divisive and racist. In a letter to employees Spiegel explained:

    As for Snapchat, we simply cannot promote accounts in America that are linked to people who incite racial violence, whether they do so on or off our platform. Our Discover content platform is a curated platform, where we decide what we promote … This does not mean that we will remove content that people disagree with, or accounts that are insensitive to some people … But there is simply no room for debate in our country about the value of human life and the importance of a constant struggle for freedom, equality, and justice. We are standing with all those who stand for peace, love, and justice and we will use our platform to promote good rather than evil.

    Trump supporters—and certainly Trump himself—might complain about what Twitter and Snap did. But the companies are exercising their rights under 230 exactly in the way that the law permits.

    Zuckerberg should take note. Yes, it’s crazy for one person to have such massive control over what people say online. But like it or not, our system gives leaders of huge corporations massive power. In his total control of Facebook, he must be the arbiter—of harm. We must demand that he perform that role in the best possible way, minimizing the toxic speech posted by his customers, whether they are peons or presidents. His employees are speaking out. His billions of users should let him know as well. And the government should back off.

    #Facebook #Liberte_expression #Division

  • Proceedings Against Almost Half a Million People for Violating Covid-19 Measures - English Bianet
    İsmail Çataklı, the Spokesperson for the Ministry of Interior, has announced that 520 of 1,152 social media users who posted “provocative” coronavirus posts were taken into custody and 11 of them have been arrested.

    #Covid-19#Turquie#Confinement#Répression#Liberté_expression#justice#migrant#migration

    http://bianet.org/english/human-rights/225226-proceedings-against-almost-half-a-million-people-for-violating-covid-

  • 510 People Detained Over Coronavirus Posts in 2 Months - Bianet English
    In a statement released by the Ministry of Interior, it has been announced that 10,111 social media accounts have been probed due to “provocative” and “baseless” coronavirus posts in the last 65 days

    #Covid-19#Turquie#Réseaux_sociaux#Répréssion#Liberté_expression#prison#migrant#migration

    http://bianet.org/english/human-rights/224638-510-people-detained-over-coronavirus-posts-in-2-months

  • Depuis la Palestine, Radio Alhara décloisonne la quarantaine - Middle East Eye
    Née dans les chambres de Palestiniens forcés au confinement en Cisjordanie, élargie à d’autres pays voisins, Radio Alhara propose émissions originales et mix éclectiques qui titillent les oreilles et l’imagination d’auditeurs dans le monde arabe et au-delà.
    #Covid-19#Palestine#Quarantaine#Liberté_Expression#radio#Société_civile#migrant#migration

    https://www.middleeasteye.net/fr/reportages/depuis-la-palestine-radio-alhara-decloisonne-la-quarantaine

  • How a ban on pro-Trump patterns unraveled the online knitting world - MIT Technology Review
    https://www.technologyreview.com/s/615325/ravelry-ban-on-pro-trump-patterns-unraveled-the-online-knitting-world-censorship-free/?truid=a497ecb44646822921c70e7e051f7f1a
    https://cdn.technologyreview.com/i/images/v1-gettyimages-1035407212-web02.jpg?cx=11&cy=202&cw=2989&ch=16

    When knitting site Ravely banned all pro-Trump content it caused a schism in the community—but it also shone a spotlight on how women are using niche sites to politicize.

    But the infighting in one of the internet’s most niche communities is about more than just politics and knitting. It’s a glimpse of how otherwise ignored populations—here, predominantly older women—are using online platforms to organize and make their voices heard. And the Ravelry falling-out highlights questions other platforms, like Facebook and Twitter, have tiptoed around: What constitutes hate speech, and how should censorship work online?

    For some, the politicization of knitting groups started in earnest with the Women’s March in 2017. Thousands of women knitted “pussy hats” to protest the “grab ’em by the pussy” comment the president was revealed to have made in 2005. Nearly 5,000 knitters were active on Ravelry’s dedicated subgroup for the march. Three years later, a majority remained active, says Sandra Markus, a professor at the Fashion Institute of Technology. Together with Ioana Literat, a professor at Columbia University Teachers College, she published a paper last year that chronicles online “craftivism” and how politics has grown with it.

    But with the ban on Trump-related content, many of those voices moved elsewhere. In the eight months since the ban, a slew of right-leaning Ravelry copycats have sprung up. Deplorable Knitter launched her own site, subtitled “The Adventures of a Politically Incorrect Knitter,” where she’s gained a cult following and is currently hosting a knit-along of a hat and cowl emblazoned with “Women for Trump.” There’s the independent 18,000-strong Fiberkind, whose threaded chat layout most resembles Ravelry. And there’s Trump-supporting Freedom Knits, “where artistic freedom is respected.” It has grown to 400 members in the two months since it launched.

    The increased politicization of the online knitting world has come as part of a demographic shift. While the community still skews older and mostly female, it is fast diversifying. Millennials—who are generally more politically active and came of age in the AIM chatroom—are now signing up to Ravelry and its offshoots. “They’ve been awakened in this particular moment to capitalize on their identity,” Literat says.

    Online communities that are hyperspecific to certain hobbies also help engender dialogue across the political divide—a key point in a polarized political environment where people spend much of their time in ideological bubbles, says Literat.

    “You get a much wider spectrum of opinions in these spaces,” she says. “You see people who are already politically engaged, but also people who aren’t coming to these places, at least at first, because of politics.”

    The controversy shines a light on the future of political organizing: ultra-niche, small-but-vocal online communities built around an otherwise nonpolitical hobby or interest. For Literat, Ravelry’s ban presents a litmus test for the future of niche-site censorship and whether it’s best to forge a single, politically homogenous community or to splinter fringe users off.

    It is also giving women a new way to become politicized online. For Amy Singer, the founder of another knitting site, Knitty, that’s good news.

    “The one thing that crafts have always done is bring solace,” she says. “It gives us a way to express what’s upsetting us, hope for change, and bring comfort. Knitting’s not for grannies. We’re not scared any more.”

    #Tricot #Culture_participative #Politisation #Liberté_expression #Culture_numérique

  • A Regulatory Framework for the Internet – Stratechery by Ben Thompson
    https://stratechery.com/2019/a-regulatory-framework-for-the-internet

    The Three Frees
    There are, in Internet parlance, three types of “free”:

    “Free as in speech” means the freedom or right to do something
    “Free as in beer” means that you get something for free without any additional responsibility
    “Free as in puppy” means that you get something for free, but the longterm costs are substantial

    (…)This distinction might square some of the circles I presented at the beginning: how might society regulate content without infringing on rights or destroying competitive threats to the largest incumbents?

    Start with this precept: the Internet ought to be available to anyone without any restriction. This means banning content blocking or throttling at the ISP level with regulation designed for the Internet. It also means that platform providers generally speaking should continue to not be liable for content posted on their services (platform providers include everything from AWS to Azure to shared hosts, and everything in-between); these platform providers can, though, choose to not host content suppliers they do not want to, whether because of their own corporate values or because they fear boycott from other customers.

    I think, though, that platform providers that primarily monetize through advertising should be in their own category: as I noted above, because these platform providers separate monetization from content supply and consumption, there is no price or payment mechanism to incentivize them to be concerned with problematic content; in fact, the incentives of an advertising business drive them to focus on engagement, i.e. giving users what they want, no matter how noxious.

    This distinct categorization is critical to developing regulation that actually addresses problems without adverse side effects. Australia, for example, has no need to be concerned about shared hosting sites, but rather Facebook and YouTube; similarly, Europe wants to rein in tech giants without — and I will give the E.U. the benefit of the doubt here — burdening small online businesses with massive amounts of red tape. And, from a theoretical perspective, the appropriate place for regulation is where there is market failure; constraining the application to that failure is what is so difficult.

    Proposition selon laquelle les plateformes publicitaires telles que #facebook devraient être réglementées par le gouvernement, alors que les autres plateformes devraient être réglementées par le marché, le tout avec une infra neutre et libre pour tous. L’idée est que le contenu problématique ne soit pas intégré dans le modèle de tarification d’une plateforme publicitaire.

    #Régulation #Plateformes #Plateformes_publicitaires #publicité #Liberté_expression #Monopoles #domination #GAFAM #Super-Aggrégateurs #censure #youtube #Apple #Google #Amazon #Facebook