• Les Gilets jaunes et la question démocratique | Samuel Hayat - Science politique - Mouvement ouvrier, démocratie, socialisme
    https://samuelhayat.wordpress.com/2018/12/24/les-gilets-jaunes-et-la-question-democratique

    Face à ce mouvement citoyenniste, qui ira défendre la vieille politique, celle des partis et des élu.e.s ? A part ceux qui sont payés pour, gageons qu’il y aura peu de monde. C’est que la #politique_partisane se trouve déjà fortement affaiblie, et ce de longue date. D’abord, le conflit partisan s’est émoussé : vu du dehors du monde des professionnel.le.s, il n’y a plus, depuis longtemps, de différence significative entre la #droite et la #gauche, qu’il s’agisse de l’origine sociale des candidat.e.s ou de la nature des politiques menées. Partout, avec quelques nuances indéchiffrables pour le plus grand nombre, on trouve la même marchandisation des services publics, les mêmes manœuvres de séduction adressées aux capitalistes pour attirer leurs précieux investissements, le même zèle à limiter les #libertés_publiques, surarmer les forces de l’ordre, enfermer les #pauvres et expulser les #étranger.e.s. A cette neutralisation du conflit politique s’ajoute le dépérissement des partis comme moyens d’inclusion de la masse des citoyen.ne.s dans la politique partisane : le nombre d’adhérent.e.s des partis ne cesse de chuter, comme celui des syndicats ou de tous les outils habituels (comme la presse militante) de socialisation à la politique partisane. Dans ces conditions, qu’est-ce qui pourrait s’opposer à la démonétisation de cette conception de la politique ? Les tenants mêmes du pouvoir, les professionnel.le.s de la politique, semblent ne plus croire aux possibilités de l’action politique, et répètent avec diverses modulations qu’il n’y a pas d’alternative au néolibéralisme. Pourquoi alors défendre leur jeu, si de leur propre aveu, il n’a plus d’enjeu ? Cette perte de sens de la politique partisane a permis à un simple conseiller économique, un technicien ignorant des usages de la politique partisane, Emmanuel Macron, de devenir ministre puis président, en répétant à l’envi transcender les clivages et en refusant de s’appuyer sur les partis existants – il préfère en créer un, portant ses initiales, un artifice marketing bouffon qui aurait dû immédiatement lui enlever tout crédit si le système partisan avait gardé un tant soit peu de sens de sa dignité. Comment Emmanuel Macron pourrait-il, lui qui s’enorgueillissait hier d’avoir mis à genoux l’ancien système, le vieux monde, en appeler aujourd’hui à la mobilisation pour sauver ce même système et ses affrontements désormais vides de sens ? D’où son silence, la position impossible dans laquelle il est, et l’usage disproportionné de la répression face à un mouvement qui lui doit tant et qui, par bien des aspects, en est comme le reflet inversé[8].

     

    #Citoyennisme et #néolibéralisme

    Car c’est bien là qu’est le problème : la politique citoyenniste puise sa force dans le mécontentement justifié vis-à-vis de la politique partisane et dans une longue histoire de l’aspiration démocratique, mais aussi dans la montée en puissance des cadres de pensée du #gouvernement_des_expert.e.s, de tous ceux qui veulent remplacer la politique (politics) par une série de mesures techniques (policies), néolibéraux en tête. Le mouvement des #Gilets_jaunes s’oppose aux technocrates, mais il en reprend largement la conception péjorative de la politique partisane et la manière de penser l’action publique. Le #référendum est le pendant démocratique du macronisme qui nous disent tous les deux qu’il faut en finir avec les idéologies : l’un comme l’autre réduisent la politique à une suite de problèmes à résoudre, de questions auxquelles répondre. Certes, il n’est pas équivalent de dire que ces questions doivent être résolues par des experts ou par les citoyens ; le citoyennisme propose bien une démocratisation, mais c’est la démocratisation d’une conception de la politique qu’il partage avec les néolibéraux. Le monde des citoyennistes est un monde homogène, peuplé d’individus qui ressemblent à s’y méprendre à ceux des économistes néoclassiques : on les imagine aller lors des référendums exprimer leurs préférences politiques comme les économistes imaginent les consommateurs aller sur le marché exprimer leurs préférences, sans considération pour les rapports de pouvoir dans lesquels ils sont pris, les antagonismes sociaux qui les façonnent.

     

    Mais comme chez les économistes, cette représentation de la citoyenneté est un mythe – agissant mais trompeur, agissant parce que trompeur. L’image du peuple décidant par référendum ou par le biais de délégué.e.s tiré.e.s au sort vient recouvrir l’aspect irréductiblement conflictuel de la politique, sa possibilité guerrière. Il n’y a rien ici de nouveau : l’historienne Nicole Loraux a déjà montré comment ce type de discours, dans l’Athènes démocratique, glorifiant l’unanimité du peuple et le caractère réglé de ses institutions, venait masquer l’autre aspect de la politique démocratique, le conflit (statis), faisant toujours courir le risque de la guerre civile et devant par là être oublié, refoulé[9]. Loin d’être une anomalie de la #démocratie, le conflit en était une possibilité toujours présente, et s’il apparaissait, il était obligatoire pour les citoyens de choisir un parti – l’abstention, signe de passivité et d’indifférence, valait retrait de ses droits politiques. En voulant se débarrasser des partis, au sens des organisations en compétition pour le pouvoir, le citoyennisme met aussi à mal la possibilité d’expression des divisions au sein de la cité. Or l’antagonisme politique, le conflit, est aussi nécessaire à la démocratie, même authentique et déprofessionnalisée, que ne l’est l’inclusion directe de tou.te.s les citoyen.ne.s.

    • Je republie ici un commentaire publié sur un fil FB en défense de ce texte et en réponse à une critique (visiblement d’orientation FI) qui y voyait une "cochonnerie" (sic) "social-démocrate".
      ______________

      Si Samuel Hayat ne s’avance sur le terrain de la définition d’un projet politique qu’indirectement (par référence notamment à 1848), c’est (indirectement donc mais sans équivoque) le projet et l’histoire socialistes qui forment l’arrière-plan (et la « culture » ou l’environnement de pensée) de son analyse.

      Sa critique d’une revendication « démocratique » (le #RIC) fondée sur une conception non-conflictuelle ou consensuelle de la « démocratie » est liée à l’idée selon laquelle il faudrait (et il est possible) d’assumer la conflictualité de classes qui existe bel et bien au sein du mouvement des #GiletsJaunes — conflictualité que « Chouard et ses amis », mais aussi une partie de FI, entendent évacuer.

      La position social-démocrate, du moins telle qu’elle se redéfinit après la fin des Trente Glorieuses, est fondée sur l’abandon de la classe ouvrière, qui s’apprête à partir du milieu des années 80 à recevoir de plein fouet le choc de la réorganisation du travail, de la modernisation de l’appareil de production et de la mondialisation des échanges. Cet abandon est aussi celui des générations qui suivront, marquées par le chômage de masse et la relégation urbaine (et, pour les enfants de l’immigration d’après-guerre et les descendants de l’histoire coloniale, par la discrimination et les violences policières). De cet abandon, la montée régulière du FN depuis 1983 est la principale traduction politique. (Du côté social-démocrate, cet abandon prend la forme idéologique de la surenchère droitière sur les questions d’immigration et sur la gestion policière des habitant.e.s de banlieues ; sur le plan économique, par le rôle-clef joué par les formations social-démocrates dans l’application des plans d’austérité.)

      Le type d’alliances de classes promu aujourd’hui sous l’appellation de « populisme » est notamment fondé sur l’alliance entre classes populaires « nationales » (imaginairement intégrées à l’Etat-Nation) et parties de la classe moyenne, de la petite bourgeoisie, de la petite entreprise menacées par la mondialisation, pour des raisons rappelées notamment ici : https://carbureblog.com/2018/12/23/sur-le-fil-le-ric-la-gauche-et-les-gilets-jaunes.

      Les résistances ou propositions alternatives à cette stratégie tiennent notamment au fait que la stratégie populiste repose sur / opère une fracture au sein même des classes populaires (entre blancs et racisés, nationaux et non-nationaux, voire selon des critères religieux : la charge de plus en plus agressive et exclusive de la thématique laïque en France au cours de ces dernières années est indicative de ce processus).

      Tout ce qui s’oppose à la stratégie populiste n’est pas forcément « social-démocrate ». D’autres alliances peuvent être promues et avancées, intégrant ces « segments de classe » qui ne peuvent être représentés par / se reconnaître dans les symboles nationaux, comme l’a prouvé l’initiative du Comité Adama. Cette dimension était aussi présente en Grèce avant 2015 (mais tend depuis, significativement, à céder le pas, ici comme ailleurs, à une logique nationale / nationaliste).

      Contrairement à ce que prétendent certains anarchistes grecs (notamment ici : https://agitationautonome.com/2018/12/15/gilets-jaunes-discussion-entre-la-grece-et-la-france, le mouvement des places en Grèce n’a pas été unifié / hégémonisé par un discours de type national-populiste mais par un discours social, ce qui explique que les discours d’extrême-droite aient été largement battus en brèche (jusqu’à disparaître presque complètement) au moment du référendum sur le « Non » (juillet 2015).

      Si l’auteur ne parle ici qu’indirectement de « socialisme » (comme si ce terme recouvrait plus un héritage et une toile de fond qu’un discours effectivement réactualisable, au moins sous sa forme classique : socialisation des moyens de production, dictature du prolétariat... — quelque chose pourtant qui, ne serait-ce qu’en toile de fond, demeure agissant et a une actualité propre), c’est probablement d’avoir conscience que les alliances de classes qui permettraient de résister au rouleau compresseur néo-libéral ne peuvent avoir un caractère purement ouvrier ou populaire (mais passent par une alliance avec cette classe moyenne menacée, présente dès le départ du mouvement des Gilets Jaunes et qui était aussi présente à Syntagma ; en atteste notamment le fait que des Gilets Jaunes qui appartiennent à cette classe moyenne précarisée et menacée s’expriment parfois comme s’ils étaient déjà passés de l’autre côté, comme s’ils avaient déjà décroché : « On crève »).

      Pour le dire autrement : impossible de faire l’économie d’une critique de l’UE et de contourner comme si de rien n’était la question du « retour » à une forme de redistribution garantie par l’Etat-nation.

      La situation actuelle en France montre bien que c’est d’une certaine façon dans le cadre même du processus populiste que nous sommes amené.e.s à redéfinir et à avancer des stratégies de résistance et d’alliances (et pas en extériorité à ce mouvement, comme a tenté de le faire la #CGT). Il ne s’agit pas de faire comme si la gauche n’avait pas perdu l’initiative.

      De ce point de vue, on peut peut-être dire que le moment, oui, est qu’on le veuille ou non « populiste », indéniablement marqué notamment par l’opposition « peuple » / « élites », mais que ça n’interdit pas (au contraire) de faire usage de la critique et d’ouvrir des pistes : orienter le mouvement dans un sens qui « nous » permette de « nous » y intégrer (« nous » minoritaire, notamment sur les orientations sexuelles ou religieuses, racisé, non-national) ; retraduire l’ensemble du processus en termes d’alliances de classe (contre la "simplification" de l’opposition des "99%" contre les "1%").

      La dualité des modes d’action qui caractérisent le mouvement des Gilets Jaunes (occupation des ronds-points en semaine, séquence émeutière le samedi) correspond peu ou prou (j’ai bien conscience de simplifier, mais il me semble qu’il y a quand même là "une part de vérité") à cette composition de classes et à cette alliance effective (entre prolétariat et "classe moyenne" précarisée ou en passe de l’être).

      On voit bien que l’impossibilité de contourner la question de l’Etat-Nation, par les traductions idéologiques quelle induit, se dresse aujourd’hui en face de ce « nous » comme un roc contre lequel « nous » risquons de nous fracasser. C’est pour cette raison que je parlais dans le texte que j’ai publié ces jours-ci (https://oulaviesauvage.blog/2018/12/23/on-vous-attend-notes-sur-les-gilets-jaunes) de « position défensive ». Cette position défensive n’induit pas nécessairement une position de repli (CGT) : elle peut trouver à s’exprimer politiquement par une sorte de contre-offensive au nom d’intérêts de classe communs (position du #Comité_Adama et de la Plateforme d’enquêtes militantes, parmi d’autres).


  • Tous fichés ? Comment Twitter permet le fichage politique de la population 9.août.2018 /- Les Crises
    https://www.les-crises.fr/tous-fiches-comment-twitter-permet-le-fichage-politique-de-la-population

    Nous avons largement démonté hier l’étude préliminaire, puis aujourd’hui l’étude finale comportant d’énormes failles méthodologiques du EU DisinfoLab sur l’affaire Benalla.

    Beaucoup de personnes ont parlé de cette étude depuis plusieurs jours, discutant son bien-fondé ou non, mais bien peu se sont arrêtés sur un fait extrêmement problématique pour les libertés publiques.

    En effet, l’EU DisinfoLab a, par le biais de Nicolas Vanderbiest, réalisé une étude sur les tweets liés à l’affaire Benalla. Nous laisserons aujourd’hui les conclusions de côté pour nous intéresser à la question des outils utilisés.
    I. Visibrain, ou Big Brother à la maison
    II. Que prévoient les conditions d’utilisation Twitter ?
    III. Quand EU DisinfoLab joue avec Big Brother
    IV. “Et c’est le drame…” : la diffusion des données personnelles
    V. Le fichage politique (mais pas que) par EU DisinfoLab
    VI. Communication de EU DisinfoLab
    VII. Position de EU DisinfoLab quant aux données sensibles
    VIII. Le CNRS aurait aussi fiché les opinions politiques de près de 200 000 personnes !
    IX. Réglementation et Discussion
    X. Plainte

    I. Visibrain, ou Big Brother à la maison
    Comme on l’a vu, dès le 23 juillet, Nicolas Vanderbiest a sorti une première analyse sur son blog – plutôt orientée communication : Affaire Benalla sur les réseaux sociaux : où la résurrection des partis de l’opposition (archive). On y voit quelques chiffres, qui rejoignent ses tweets :


    . . . . . . .

    #Libertés_publiques #Propagande #Visibrain #Big_Brother #Twitter #benalla
    #EU_DisinfoLab #ong Nicolas_Vanderbiest


  • La brigade des incivilités de Toulouse, qui patrouille en civil, est-elle illégale ? - 03/07/2018 - ladepeche.fr
    https://www.ladepeche.fr/article/2018/07/03/2829695-brigade-incivilites-toulouse-patrouille-civil-est-illegale.html

    Depuis le début du mois de mars, dans les rues de Toulouse, une discrète brigade en civil contre les incivilités dresse des contraventions contre les jeteurs de mégots ou de papiers. Avec un œil tout aussi acéré sur les cracheurs de chewing-gum ou l’indélicatesse de certains promeneurs qui laissent derrière eux les déjections de leur toutou.

    Discrète cette brigade ? Trop pour la Ligue des Droits de l’Homme (LDH) qui vient de saisir le tribunal administratif au motif que la loi obligerait de tels agents à porter un uniforme pour être clairement identifiés par la population. L’association et son président d’honneur Pascal Nakache ont déposé fin juin un recours devant le Tribunal administratif de Toulouse, plus précisément ne « requête en annulation » de la création de cette brigade.

    #milice #moudenc


  • Quels enseignements tirer de la chasse aux sorcières au Moyen Âge ? Le Devoir - 10 février 2018 - Jean-François Nadeau
    http://www.ledevoir.com/auteur/jean-francois-nadeau

    La meurtrière chasse aux sorcières du Moyen Âge active des procédés juridiques semblables à ceux qui se mettent en place après les attentats du 11 septembre 2001. À certains égards, à tout le moins. La chasse aux sorcières, une entité difficile à cerner, a entraîné un abandon du droit qui n’est pas sans rapport avec l’état d’exception que nous avons accepté depuis 2001. C’est notamment ce que sont venus soutenir cette semaine à Montréal, à l’invitation de l’UQAM et de l’Université Laval, les historiens Pau Castell, de l’Université libre de Barcelone, et Martine Ostorero, de l’Université de Lausanne, tous deux spécialistes de la démonologie et de la sorcellerie.
     
    Pour se livrer plus facilement à la chasse aux sorcières à compter du XVe siècle, l’état d’exception juridique devient courant, explique Pau Castell au Devoir. « Dans les Pyrénées, au XVe et au XVIe siècle, un comté, un duché, des seigneurs renoncent volontiers à toute liberté pour faciliter l’action de la justice, puisque l’on considère qu’il est très difficile de traquer la sorcellerie et qu’il faut donc donner toute la liberté possible aux inquisiteurs. »
     
    C’est un peu la même chose qui se produit en Occident depuis 2001, observe-t-il. « Devant une menace que l’on juge énorme, que l’on gonfle soi-même par la peur, le droit recule », dit l’historien venu de la Catalogne. « C’est la même chose en France, renchérit sa collègue Martine Ostorero. L’exception est acceptée. Elle devient peu à peu la règle. On construit une figure du mal qui conduit à l’exception, puis qui devient permanente. »
     
    Étudier les crimes imaginaires de la sorcellerie et la place qu’occupent les procès qui les concernent dans l’histoire, « cela peut nous aider à repenser le poids des tribunaux dans notre actualité », dit Martine Ostorero.
     
    Fascination
    L’histoire de la sorcellerie diabolique a des accointances à plus d’un titre avec le présent. Pas étonnant qu’un cours en ligne sur le sujet, offert en anglais par l’Université de Barcelone, attire désormais plus de 27 000 étudiants de partout dans le monde.
     
    « Cet intérêt pour l’univers de la sorcellerie et de la magie au Moyen Âge tient à beaucoup de choses, notamment à l’influence d’Harry Porter et de cette idée que la sorcellerie, bien qu’on n’y croie pas, comporte quelque chose de réel. Les gens se demandent si la sorcellerie comporte des recettes, des grimoires… Il y a sur ces sujets un brouillage des frontières, au nom d’un prétendu savoir secret et défendu. »
     
    Or pas plus les sorciers que les sorcières n’existent, sinon par la définition que va en donner un système judiciaire qui s’autorise, au nom de la puissance du pouvoir, à arrêter, à torturer, à tuer.
     
    Qui est sorcier ?
    À la fin du XVe siècle, on se fait croire que des gens se rendent dans des lieux pour adorer le diable, afin de nuire aux récoltes, d’empêcher la reproduction, de tuer des enfants pour les manger ou encore pour provoquer des tempêtes, l’infertilité, les nuées de grenouilles, n’importe quoi. « On les soupçonne aussi de se livrer à des actes sexuels avec les démons, puis de vols nocturnes où ils chevauchent des balais ou des bâtons », dit Martine Ostorero.
     
    L’image du diable et des démons est très antérieure à la chasse menée contre la supposée sorcellerie. Mais l’imaginaire du sabbat diabolique va les incorporer dans la réalité des chrétiens en leur donnant soudain des corps. Les inculpés sont en effet contraints, en devenant en quelque sorte des marionnettes désarticulées par la torture, à relater des expériences sensorielles de la présence diabolique. La scène judiciaire se transforme ainsi en un laboratoire expérimental qui apporte non seulement la preuve de la culpabilité des individus, mais aussi, pour les théologiens, des preuves irréfutables de l’existence d’un monde démoniaque. « En Catalogne, des milliers de femmes seront brûlées », note Pau Castell.
     
    Émergence d’une croyance
    Des documents de différentes natures témoignent de l’émergence de cette croyance dans la chrétienté. Entre le XVe et le XVIIe siècle, des textes qui établissent la nature de la sorcellerie sont répandus en Europe occidentale. Ils vont s’incruster durablement dans les consciences de lieux variés. La superstition se diffuse comme un poison.
     
    « En 1428, on découvrit dans les pays du Valais la méchanceté, les meurtres et l’hérésie des sorcières et des sorciers, hommes et femmes », qui se réunissent, croit-on, dans des écoles clandestines. Le diable les obligerait, dit-on, à embrasser son postérieur. Le but de cette supposée secte ? Renverser le pouvoir et élire son roi. Une chasse aux sorcières va en découler. « Alors qu’il s’agit de crimes totalement imaginaires, la répression terrible est, elle, tout à fait réelle », dit Martine Ostorero.
     
    « Ce que pouvaient faire vraiment ces gens accusés, nous n’en avons pas idée », poursuit-elle. La sorcellerie n’existe au fond que par les procès qu’on fait subir à ceux que l’on accuse, selon des récits déjà constitués dans les mentalités. « On criminalise sous l’angle de la démonologie chrétienne. »
     
    Cette chasse n’est pas inventée à partir de rien. Elle reprend des discours déjà présents, les réinvestit dans un nouvel imaginaire qui se mâtine de traditions locales. Elle met à jour des politiques d’exclusion dont avaient déjà souffert les Juifs, les hérétiques, les apostats et d’autres groupes. La nouveauté est que la sorcellerie ne décrit pas un groupe. « N’importe qui peut soudain en être accusé », explique Pau Castell.
     
    Une féminisation exagérée
    « La féminisation de la sorcellerie est exagérée », soutient Martine Ostorero au cours du même entretien. On parle facilement de sorcières, mais la réalité des sources historiques montre une réalité beaucoup plus complexe, selon les régions. « En Suisse romande, au XVe siècle, ce sont 70 % d’hommes qui sont incriminés et 30 % de femmes seulement. » En Pologne, observe pour sa part Pau Castell, on trouve aussi une majorité d’hommes. « On a théorisé la sorcière avec l’historien Jules Michelet au XIXe siècle et les théories féministes au XXe siècle, mais cela va trop loin », plaide Martine Ostorero.
     
    La femme n’en est pas moins une cible facile de cette Inquisition. « Les femmes sont plus susceptibles d’être accusées que les hommes, comme elles le sont davantage pour des questions d’adultère », précise Pau Castell. Le crime de sorcellerie est beaucoup utilisé contre les femmes parce qu’on peut accuser un homme de plusieurs autres choses. Mais l’accusation de sorcellerie pour une femme est plutôt commode : on pourra facilement dire d’une femme qu’elle est une sorcière parce qu’elle a un savoir qui tient à son rapport avec les ingrédients des cuisines, les herbes, les marmites ou parce qu’elles sont des sages-femmes.
     
    Une question de pouvoir
    Ce fantasme d’une démonologie tient aussi à une volonté de matérialiser un pouvoir. La sorcellerie illustre une volonté de construction de ce pouvoir. Les recherches des dernières années ont montré que le crime de sorcellerie est beaucoup plus fréquent dès lors qu’on se trouve loin du pouvoir central, dans des territoires ou des principautés en marge, lesquelles sont plus ou moins toujours en quête de leur souveraineté.
    « En revanche, poursuit l’historien de l’Université de Barcelone, ces procès apparaissent nombreux et meurtriers dans les vallées, dans les régions éloignées. »

     
    Quand la justice est livrée loin des sources des accusations, les chances pour les accusés de s’en sortir sont beaucoup plus grandes. Au contraire, « là où le pouvoir n’est pas bien constitué, dans les villes autonomes, en Allemagne par exemple, des milliers de femmes sont condamnées au bûcher ».
     
    Au fond, par l’entremise de ces procès pour sorcellerie qui tournent à la boucherie, ce sont deux souverainetés symboliques qui s’affrontent : celle du roi et des princes chrétiens contre celle du diable. « Là où le roi règne, le diable n’envahit pas la société. Des textes le disent. La majesté royale éloigne le diable », explique Martine Ostorero. Étudier l’histoire de la sorcellerie permet ainsi de révéler l’importance et la place du pouvoir solidement constitué dans une société. Et chaque société bien entendu a ses démons.

    #diabolisation #état_d'urgence #Démocratie #judiciaire #police #état_d_exception #peur #médias #répréssion #crimes_imaginaires #pouvoir #surveillance #libertés_publiques
    #démons #buchers #religion #histoire #chasse_aux_sorcières #femmes #sorcières #inquisiteurs #Pau_Castell #Martine_Ostorero #crimes_imaginaires #Moyen_Âge #hérésie
     


  • Incidents d’Argenteuil : plusieurs plaintes contredisent le récit des policiers
    https://www.mediapart.fr/journal/france/200118/incidents-d-argenteuil-plusieurs-plaintes-contredisent-le-recit-des-polici

    Mediapart a pris connaissance de procès verbaux qui décrivent des violences commises par des policiers d’Argenteuil (Val-d’Oise), lors d’un contrôle d’identité mouvementé puis au commissariat, le 5 janvier dernier. Sept personnes ont porté plainte à l’IGPN contre les policiers dans cette affaire.

    #France #Argenteuil #bavures #comparutions_immédiates #IGPN #Justice #libertés_publiques #Police #Pontoise #violences_policières


  • Bure : « Ils pointaient leurs armes droit sur nous »
    https://www.mediapart.fr/journal/france/200917/bure-ils-pointaient-leurs-armes-droit-sur-nous

    Près de 150 gendarmes ont mené plusieurs perquisitions visant des opposant.es au projet #Cigéo d’enfouissement de déchets nucléaires mercredi 20 septembre. Les militant.es dénoncent une opération disproportionnée et témoignent d’une pression policière constante.

    #France #andra #libertés_publiques #nucléaire #Police


  • #WikiLeaks s’attaque à l’industrie de la #Surveillance russe
    https://www.mediapart.fr/journal/international/190917/wikileaks-s-attaque-l-industrie-de-la-surveillance-russe

    L’organisation commence la publication des « Spy Files Russia », une série de documents détaillant les activités des entreprises russes travaillant dans le domaine de la surveillance. La première livraison concerne Peter-Service, une florissante société de Saint-Pétersbourg qui a proposé au FSB des solutions de surveillance de masse de l’internet.

    #International #libertés_publiques #Russie #SORM #vie_privée


  • #François_Sureau : « Nous nourrissons et cajolons la bête immonde »
    https://www.mediapart.fr/journal/france/160917/francois-sureau-nous-nourrissons-et-cajolons-la-bete-immonde

    L’avocat François Sureau publie un recueil de ses trois plaidoiries devant le Conseil constitutionnel ayant débouché à trois censures de textes sécuritaires. Pour Mediapart, il revient sur l’érosion continue des #libertés_publiques en #France, sur la faiblesse des débats parlementaires et sur les dangers portés par la nouvelle #loi_antiterroriste en cours d’adoption à l’Assemblée.

    #état_d'urgence #La_France_sous_état_d'urgence


  • L’état d’urgence permanent arrive à l’Assemblée
    https://www.mediapart.fr/journal/france/110917/l-etat-d-urgence-permanent-arrive-l-assemblee

    Les députés se penchent ce mardi sur le projet de loi antiterroriste visant à transposer dans le droit commun les principales mesures d’exception permises par l’état d’urgence. #Gérard_Collomb a déjà annoncé son intention de revenir à cette occasion sur les quelques assouplissements apportés au texte en première lecture par les sénateurs.

    #France #antiterrorisme #assignations_à_résidence #état_d'urgence #libertés_publiques #perquisitions_administratives


  • L’état d’urgence permanent arrive à l’Assemblée
    https://www.mediapart.fr/journal/culture-idees/110917/l-etat-d-urgence-permanent-arrive-l-assemblee

    Les députés se penchent ce mardi sur le projet de loi antiterroriste visant à transposer dans le droit commun les principales mesures d’exception permises par l’état d’urgence. #Gérard_Collomb a déjà annoncé son intention de revenir à cette occasion sur les quelques assouplissements apportés au texte en première lecture par les sénateurs.

    #Culture-Idées #antiterrorisme #assignations_à_résidence #état_d'urgence #libertés_publiques #perquisitions_administratives


  • L’état d’urgence permanent arrive à l’Assemblée
    https://www.mediapart.fr/journal/france/110917/letat-durgence-permanent-arrive-lassemblee

    Les députés se penchent ce mardi sur le projet de loi antiterroriste visant à transposer dans le droit commun les principales mesures d’exception permises par l’état d’urgence. #Gérard_Collomb a déjà annoncé son intention de revenir à cette occasion sur les quelques assouplissements apportés au texte en première lecture par les sénateurs.

    #France #antiterrorisme #assignations_à_résidence #état_d'urgence #libertés_publiques #perquisitions_administratives


  • L’état d’urgence permanent revient à l’Assemblée
    https://www.mediapart.fr/journal/france/110917/letat-durgence-permanent-revient-lassemblee

    Les députés se penchent ce mardi sur la deuxième lecture du projet de loi antiterroriste visant à transposer dans le droit commun les principales mesures d’exception permises par l’état d’urgence. #Gérard_Collomb a déjà annoncé son intention de revenir à cette occasion sur les quelques assouplissements apportés au texte en première lecture par les sénateurs.

    #France #antiterrorisme #assignations_à_résidence #état_d'urgence #libertés_publiques #perquisitions_administratives


  • #Bure : « Juste avant que mon pied saute, j’ai vu une grenade exploser à hauteur de tête »
    https://www.mediapart.fr/journal/france/170817/bure-juste-avant-que-mon-pied-saute-j-ai-vu-une-grenade-exploser-hauteur-d

    Restes de la grenade GLI F4 qui a blessé Robin, recueilli par des manifestants. Un jeune homme a été grièvement blessé à Bure par une grenade lancée par les gendarmes, le 15 août. Il risque de perdre son pied. Les manifestants décrivent des scènes d’une extrême violence, mais la préfecture de la Meuse réfute ces accusations. De simples « informations circulant sur les réseaux sociaux », selon elle.

    #France #Cigéo #Ecologie #libertés_publiques #Sivens


  • Etat d’urgence : le gouvernement veut faire de l’exception, la règle
    https://www.mediapart.fr/journal/france/070617/etat-durgence-le-gouvernement-veut-faire-de-l-exception-la-regle

    Le Monde a publié, ce mercredi 7 juin, une version du futur projet de loi contre le #terrorisme, lequel apparaîtrait ultra sécuritaire. Sans pour autant le désavouer complètement, le gouvernement le juge inabouti. La plupart des syndicats judiciaires et associations de défense des droits de l’homme sont déjà en alerte.

    #France #état_d'urgence #libertés_publiques


  • Debian - Statement concerning the arrest of Dmitry Bogatov
    https://www.debian.org/News/2017/20170417

    The Debian Project is concerned to hear that one of our members, Dmitry Bogatov, has been arrested by Russian authorities.

    Dmitry is a mathematics teacher, and an active Debian contributor. As a Debian Maintainer, he worked in the Debian Haskell group and currently maintains several packages for command line and system tools.

    We await further details of the case against him, but hope that he receives fair treatment and due process.

    In the meantime, the Debian Project has taken measures to secure its systems by removing Dmitry’s keys in the case that they are compromised.

    The Debian Project honours his good work and strong dedication to Debian and Free Software, and we hope he is back as soon as possible to his endeavours.

    We send our full support to him and his family.

    Arrestation en Russie d’un membre du projet Debian, professeur de math. La communauté a révoqué ses clefs afin d’éviter d’éventuelles compromissions de paquets.

    #Russie #Debian #libertés_publiques #tor


  • Un préfet veut expulser un rappeur tunisien invité par la #France
    https://www.mediapart.fr/journal/france/080217/un-prefet-veut-expulser-un-rappeur-tunisien-invite-par-la-france

    Condamné dans son pays pour une chanson dénonçant une police corrompue, le rappeur tunisien Weld el 15 a été accueilli en France en mars 2015 grâce à un visa « compétences et talents ». Malgré deux décisions de justice lui donnant tort, la préfecture d’Ille-et-Vilaine refuse d’honorer ce visa et veut expulser ce jeune homme de 28 ans. Elle l’accuse de « sympathie » pour l’État islamique, arguant de son amitié avec un autre rappeur tunisien, mort au djihad.

    #Culture-Idées #état_d'urgence #expulsion #immigration #libertés_publiques #Tunisie


  • #WikiLeaks : les républicains s’indignent de la grâce de #Chelsea_Manning
    https://www.mediapart.fr/journal/international/180117/wikileaks-les-republicains-sindignent-de-la-grace-de-chelsea-manning

    © Reuters Trois jours avant de quitter la Maison Blanche, Barack Obama a décidé de commuer la peine de celle qui, en 2013, a été condamnée à 35 ans de prison pour avoir fourni à WikiLeaks 700 000 documents sur les exactions de l’armée américaine en Irak et en Afghanistan. Chelsea Manning devrait sortir de prison le 17 mai. WikiLeaks et Snowden se félicitent tandis que le camp de Trump proteste.

    #International #Barak_Obama #Edward_Snowden #Julian_Assage #libertés_publiques


  • Les dérives sécuritaires gangrènent les démocraties européennes
    https://www.mediapart.fr/journal/international/170117/les-derives-securitaires-gangrenent-les-democraties-europeennes

    Amnesty #International publie une étude des législations de 14 États membres de l’UE ayant adopté des mesures d’exception ou des lois sécuritaires. Sous couvert de lutte contre le terrorisme, ces réformes sont « dangereusement disproportionnées » et remettent en cause les libertés. La France apparaît comme le moteur de cette escalade sécuritaire.

    #Amnesty_international #antiterrorisme #état_d'urgence #libertés_individuelles #libertés_publiques #union_européenne


  • Etat d’urgence : péril sur la démocratie
    https://www.mediapart.fr/journal/france/161216/etat-d-urgence-peril-sur-la-democratie

    Le Parlement a adopté la prolongation de l’état d’urgence. Il durera, au minimum, jusqu’au 15 juillet 2017. Cela fait déjà un an et un mois que la #France vit sous un état d’exception justifié par un « péril imminent » mais utilisé pour limiter nos libertés fondamentales.

    #assignations_à_résidence #état_d'urgence #libertés_publiques #perquisitions_administratives


  • A la #frontière italienne, les sales méthodes pour refouler les migrants
    https://www.mediapart.fr/journal/france/141216/la-frontiere-italienne-les-sales-methodes-pour-refouler-les-migrants

    À la #frontière_franco-italienne, se joue depuis juin 2015 une guerre d’usure entre migrants et forces de l’ordre françaises qui, selon les récits recueillis, usent de méthodes proches de l’illégalité : refoulement de mineurs non accompagnés, familles séparées, contrôles au faciès, chaussures lacérées, etc.

    #France #Fil_d'actualités #immigration #libertés_publiques #Police #Vintimille


  • Le Conseil du numérique maintient sa demande de suspension du #fichier_TES
    https://www.mediapart.fr/journal/france/131216/le-conseil-du-numerique-maintient-sa-demande-de-suspension-du-fichier-tes

    Peu après la publication du décret autorisant la création de ce fichier des données biométriques des 60 millions de détenteurs de carte d’identité, le Conseil national du numérique avait demandé sa suspension le temps de mener une consultation. L’avis rendu lundi confirme les principales inquiétudes et demande le remplacement du fichier par un autre système, plus respectueux de la vie privée.

    #France #Bernard_Cazeneuve #Cnil #CNNum #fichage #libertés_publiques


  • Les parlementaires dénoncent un « usage détourné » de l’état d’urgence
    https://www.mediapart.fr/journal/france/101216/les-parlementaires-denoncent-un-usage-detourne-de-letat-durgence

    Alors qu’un projet de loi de prolongation de l’état d’urgence a été présenté, la commission de suivi parlementaire publie un rapport qui fait le bilan d’un an d’application : l’état d’exception s’éternise et ses mesures sont détournées pour des missions ordinaires de maintien de l’ordre.

    #France #assignations_à_résidence #état_d'urgence #libertés_publiques #perquisitions_administratives


  • Les parlementaires dénoncent l’« usage détourné » de l’état d’urgence
    https://www.mediapart.fr/journal/france/101216/les-parlementaires-denoncent-l-usage-detourne-de-letat-durgence

    Alors qu’un projet de loi de prolongation de l’état d’urgence visant à couvrir jusqu’aux législatives a été présenté en conseil des ministres, la commission de suivi parlementaire publie un rapport faisant le bilan d’un an d’application : l’état d’exception s’éternise et ses mesures sont détournées pour des missions ordinaires de maintien de l’ordre.

    #France #assignations_à_résidence #état_d'urgence #libertés_publiques #perquisitions_administratives

    • Visiblement, ils ont un statisticien à la #commission_parlementaire_de_suivi de l’état d’urgence…

      Nombre de perquisitions par jour (du 14/11/15 au 14/11/16)

      Heure de début des perquistions réalisées du 13/11/15 au 15/11/16

      Découvertes faites dans le cadre d’une perquisition administrative

      Assignations à résidence mise en œuvre depuis le 14/11/15

      http://www.assemblee-nationale.fr/14/rap-info/i4281.asp

    • B. LES CONTRÔLES D’IDENTITÉ ET LES FOUILLES DE VÉHICULES : UNE MESURE NOUVELLE UTILISÉE MASSIVEMENT PAR QUELQUES DÉPARTEMENTS
      […]
      Il convient de rappeler que le Conseil constitutionnel a encadré le recours à des contrôles d’identité à caractère préventif. Dans sa décision du 5 août 1993, il considère que « la pratique de contrôles d’identité généralisés et discrétionnaires serait incompatible avec le respect de la liberté individuelle » et que « s’il est loisible au législateur de prévoir que le contrôle d’identité d’une personne peut ne pas être lié à son comportement, il demeure que l’autorité concernée doit justifier, dans tous les cas, des circonstances particulières établissant le risque d’atteinte à l’ordre public qui a motivé le contrôle ». En d’autres termes, le préfet doit dûment motiver son arrêté et indiquer pourquoi il a été amené à retenir cette solution.

      2. Une mise en œuvre concentrée dans quelques départements
      L’analyse des quelque 1 650 arrêtés pris depuis le 21 juillet 2016 fait apparaître une grande hétérogénéité des motifs invoqués pour recourir à ce dispositif, les préfets s’en étant emparés très vite avec un objectif principal de sécurisation des personnes. Utilisés à l’occasion de grands rassemblements estivaux comme les fêtes de Bayonne, des festivals ou des grands feux d’artifice, ils ont été aussi mis en place au moment des chassés-croisés routiers ou pour sécuriser des sites touristiques nationaux. À l’occasion des célébrations religieuses du 15 août, plusieurs préfets ont également autorisé les forces de l’ordre à procéder à des contrôles.

      Si cette utilisation de l’article 8-1 de la loi du 3 avril 1955 s’inscrit dans une logique d’ensemble de sécurisation et de prévention de troubles à l’ordre public dans un contexte sécuritaire spécifique, force est de constater néanmoins qu’une très grande majorité d’arrêtés ne vise pas de circonstances particulières. Dans certains départements, le caractère répétitif des arrêtés montre bien qu’ils ne relèvent plus d’une logique d’urgence et d’exception mais, en fait, se substituent aux mesures de droit commun. Dans la zone de la gare de Mâcon-Loché en Saône-et-Loire, les forces de l’ordre sont ainsi autorisées à procéder à des contrôles d’identité, fouilles de bagages et visites de véhicules, tous les jours entre le 28 juillet et le 8 septembre 2016, le préfet reprenant chaque jour un nouvel arrêté, voire élargissant de façon plus ponctuelle les plages horaires de cette autorisation. De même, entre le 21 juillet et le 11 octobre 2016, le préfet du Loiret a prononcé pas moins de 53 arrêtés autorisant les forces de l’ordre à procéder à ces contrôles, en raison de « flux importants de circulation ». En Seine-et-Marne, quelque 111 arrêtés ont été pris pendant la même période pour des zones situées autour des gares SNCF ou RER, sans qu’un événement particulier ne soit organisé. Le préfet de l’Yonne a quant à lui justifié le recours à de tels contrôles par les nombreuses « atteintes à l’ordre public constatées » dans les secteurs visés et le préfet d’énumérer les « 28 vols à la roulotte, 13 vols d’accessoires, 8 cambriolages, 8 vols d’automobile et 19 infractions à la législation sur les stupéfiants ». La préfecture de Seine-et-Marne motive également un de ses arrêtés par la « recrudescence des vols avec effraction ».


  • #Surveillance : une élue des #Pays-Bas engage un bras de fer avec Paris
    https://www.mediapart.fr/journal/international/281116/surveillance-une-elue-des-pays-bas-engage-un-bras-de-fer-avec-paris

    L’eurodéputée libérale Sophie in ’t Veld bataille contre le virage sécuritaire français. Elle a déposé deux recours devant le Conseil d’État, pour contester la loi sur la surveillance internationale adoptée l’an dernier.

    #International #France #démocratie #ecoutes #libertés_publiques #Parlement_européen #renseignement #Sophie_in't_Veld


  • En #Russie, la loi sur les “agents de l’étranger” muselle la société civile
    https://www.mediapart.fr/journal/international/241116/en-russie-la-loi-sur-les-agents-de-letranger-muselle-la-societe-civile

    Quatre ans après l’adoption de la loi sur les “agents de l’étranger”, Amnesty #International dresse le bilan d’une législation aussi ubuesque que surréaliste, mais d’une redoutable efficacité pour faire taire la société civile. 148 #ONG ont été inscrites sur le registre du ministère de la justice russe et leur réputation ruinée ; 27 d’entre elles ont fermé leurs portes.

    #agent_de_l'étranger #Amnesty_international #libertés_publiques