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Pour pénétrer ces territoires, Airbnb a arrosé tout un tas de structures, avec les édiles, notamment ruraux, en ligne de mire. Elle a versé depuis 2022 près de 7 millions d’euros dans son partenariat avec la Fondation du patrimoine pour aider au financement de « 200 projets qui contribuent au développement touristique dans les territoires, en particulier ruraux, et à la revitalisation des villages de France ». Restauration d’une église, d’un vieux château, d’un lavoir… C’est récemment le maire de Plouzané (Finistère) qui a reçu, sous les caméras, un chèque de 400 000 euros grâce à ce partenariat pour restaurer le phare du Petit Minou. Un site retenu par la Mission patrimoine de Stéphane Bern. Une obole à nos territoires pour la firme qui n’a jamais payé ses impôts - ou une infime partie - en France, laquelle représente pourtant son deuxième marché juste après les États-Unis.
Airbnb finance aussi le fonds « Montagnes durables » de l’association Essentiem, dirigée par le responsable des partenariats stratégiques de la région Auvergne-Rhône-Alpes. Là aussi, elle distribue des chèques par projet et annonce offrir, par exemple, 25 000 euros pour des projets de « rénovation énergétique de structures touristiques d’intérêt général ».
Airbnb est aussi devenu partenaire du Tour de France pour « encourager la découverte des richesses de nos régions ». « De nombreux membres de la communauté Airbnb proposeront également des Expériences Airbnb authentiques mettant en avant les spécificités et spécialités régionales », assure la firme dans un communiqué.
Cela tombe bien, Airbnb a commandé avant l’été un sondage à l’Ifop – l’institut de Jérôme Fourquet – qui montre que « la gastronomie des terroirs » est un des facteurs de choix des destinations pour les Français. Dernière démonstration de solidarité à l’égard des maires, après la tempête Nils et les inondations qui ont ravagé la Gironde, Airbnb a signé un partenariat avec les sapeurs-pompiers de France et délivré aux sinistrés des coupons de logement gratuit dans une trentaine de communes.
Au-delà de ces campagnes marketing et de ces petits cadeaux saupoudrés sur les petites communes, Airbnb a mené auprès des maires (dont la majorité sont généralement réélus quand ils et elles se représentent) un patient travail de conviction. Une équipe est spécialement consacrée à ce lobbying discret mais déterminé, comme a pu le constater Mediapart auprès de différentes équipes municipales.
Pour approcher les maires, Airbnb dispose d’un appât de taille : des millions de données qu’elle est la seule à posséder sur ses « hôtes », le détail des biens mis en location, leur localisation fine, le nombre précis de nuitées…
« Nous rencontrons les maires pour les aider à faire du sur-mesure », nous confiait récemment un des responsables « affaires publiques » d’Airbnb en ouvrant son ordinateur sur le système « Panda », pour Portail d’accès national aux données Airbnb.
L’élu peut visualiser, rue par rue, les offres dans sa ville avec des détails très précis sur le nombre de nuits réservées, les prix pratiqués, le profil des hôtes, etc. De quoi l’aider à comprendre l’ampleur du phénomène et le coût politique de sa réglementation. La manne de la taxe de séjour collectée par la plateforme et reversée aux communes fait partie des arguments qui pèsent.
Dans les métropoles gagnées par le #surtourisme, Airbnb a opté pour un lobbying plus fin allant jusqu’à accompagner les maires désireux de réglementer. Ainsi « Airbnb retire les annonces de logements entiers qui ne comportent pas de numéro d’enregistrement », avance l’entreprise quand on l’interroge sur la manière dont elle accepte de participer à la régulation. « Les offres sont souvent très concentrées dans les villes. On leur montre aussi les zones où il n’est pas nécessaire de mettre des quotas », souligne un de leurs lobbyistes, quand la loi permet désormais aux maires de mettre en place dans certains quartiers un nombre maximal d’offres de location à ne pas dépasser.
Pour les communes rurales, Airbnb passe par leurs relais institutionnels habituels. L’entreprise a ainsi lancé différents partenariats avec l’Association des #maires_ruraux de France (AMRF, concerne les communes de moins de 3 500 habitant·es), et verse 100 euros à l’association pour toute nouvelle annonce dans leurs communes. L’entreprise a aussi encouragé une offre locative tournée vers le télétravail dans des petites communes rurales. « Nombreuses sont les communes rurales qui sont désormais équipées de la fibre et ont investi dans des infrastructures de qualité, comme des espaces de coworking, pour accueillir famille et jeunes actifs sur des périodes plus longues. Il faut les faire connaître ! », se réjouissait récemment Cédric Szabo, président de l’AMRF (mis en congé depuis le 8 février) dans un communiqué.
L’équipe « affaires publiques », qui compte une dizaine de personnes, s’est renforcée à l’approche des élections municipales et s’est réparti le territoire en quelques grandes zones. « Chaque membre de cette équipe est responsable de territoires spécifiques, ce qui lui permet d’acquérir une connaissance approfondie des réalités locales, notamment des dynamiques touristiques et des enjeux propres à chaque territoire », nous confirme la firme états-unienne.
Ces lobbyistes d’Airbnb issus de la macronie
Mathieu di Christo
Cet ancien du cabinet d’Éric Dupond-Moretti, où il était en charge des programmes immobiliers – les prisons en l’occurrence –, fait partie des équipes qui sillonnent le territoire pour rencontrer les maires et les convaincre de ne pas adopter des règlementations trop restrictives.
Myassa Djebara
De juillet 2022 à octobre 2023, elle était conseillère du porte-parole du gouvernement Olivier Véran. C’est aussi une figure clé du parti En marche (devenu Renaissance) depuis sa création.
Auxence Moulin
Lui aussi membre de l’équipe affaires publiques, il était en charge des relations avec les #élu·es au sein d’En marche, un carnet d’adresses qui compte à l’approche des élections municipales.
Les élus clés ont aussi été identifiés. Quand Christian Estrosi, à Nice (Alpes-Maritimes), où Airbnb est la plus présente après Paris, lance l’idée d’un encadrement plus strict de la plateforme dans sa ville où la crise du logement fait rage, les équipes d’Airbnb le rencontrent pour le convaincre, datas à l’appui, de faire du « sur-mesure » et de ne limiter la plateforme que dans quelques quartiers. À Paris et Marseille, où les municipalités ont des réglementations très strictes, les équipes d’Airbnb ne perdent plus trop leur temps. « J’avais des échanges réguliers avec eux. Quand ils ont compris qu’on allait réduire à quatre-vingt-dix jours l’autorisation de louer dans les résidences principales, je n’ai plus eu de nouvelles », sourit l’adjoint au logement de Marseille Patrick Amico.
À l’inverse, le maire d’Enghien-les-Bains (Val-d’Oise) a été lui particulièrement choyé et a pu bénéficier des données du système Panda pour mieux comprendre les besoins touristiques dans sa ville. Il faut dire que Philippe Sueur est aussi le président de l’Association nationale des #élus_des_territoires_touristiques (Anett).
En novembre 2025, l’Anett a publié un baromètre – largement diffusé dans les médias – montrant que 82 % des maires des communes concernées jugent que les meublés du type Airbnb ont « un impact positif sur l’économie locale ». Deux tiers d’entre eux constatent par ailleurs que réguler à outrance la location de meublés touristiques a peu d’effet sur la création de logements permanents. Une présentation des chiffres ultra favorable à la firme qui omettait de mettre en avant que 60 % des maires de ces communes ne veulent pas plus de touristes. L’enquête a été réalisée par le cabinet Protourisme et l’UNPLV… dont Airbnb est un des principaux membres. Ce qui, là encore, n’est jamais mentionné dans les reprises de la presse.
Une communication parfaitement maîtrisée pour Airbnb, qui a toujours refusé de communiquer ses données aux chercheurs indépendants. Parce qu’après tout, on n’est jamais si bien servi que par soi-même.