• La France crée une « zone blanche » sans sangliers pour éviter l’arrivée de la peste porcine
    https://www.lemonde.fr/planete/article/2019/01/15/la-france-cree-une-zone-blanche-pour-eviter-l-arrivee-de-la-peste-porcine_54

    Après la détection de deux nouveaux cas de peste porcine africaine en Belgique, la France renforce son dispositif de protection à la frontière pour éviter son arrivée dans l’Hexagone. Si la maladie se déclare en France, les producteurs français ne pourront plus exporter de porcs, ce qui risque d’être fatal à bon nombre des quatorze mille élevages porcins français, déjà fragilisés.

    Le ministère de l’agriculture français a ainsi annoncé, lundi 14 janvier, la création d’une « zone blanche » vide de sangliers à la frontière franco-belge pour empêcher toute introduction de la maladie sur le territoire national. Il a également annoncé la création d’une cellule de crise, présidée par Loïc Gouello, inspecteur général de la santé publique vétérinaire, qui se réunira dès cette semaine avec les acteurs nationaux.

    « Une “zone blanche”, à très haut risque, est mise en place dans un rayon de quelques kilomètres autour des cas belges, au sein de laquelle tous les sangliers devront être abattus dans les prochaines semaines », fait ainsi savoir le ministère dans un communiqué.

    Et voilà ! #élevage #nos_amies_les_bêtes #abattage


  • Les vertus de l’inexplicable – à propos des « gilets jaunes » | AOC media - Analyse Opinion Critique
    https://aoc.media/opinion/2019/01/08/vertus-de-linexplicable-a-propos-gilets-jaunes

    par Jacques Rancière

    Les révoltes n’ont pas de raisons. En revanche, elles ont une logique. Et celle-ci consiste précisément à briser les cadres au sein desquels sont normalement perçues les raisons de l’ordre et du désordre et les personnes aptes à en juger. Ces cadres, ce sont d’abord des usages de l’espace et du temps. Significativement ces « apolitiques » dont on a souligné l’extrême diversité idéologique ont repris la forme d’action des jeunesses indignées du mouvement des places, une forme que les étudiants en révolte avaient eux-mêmes empruntée aux ouvriers en grève : l’occupation.

    l y a là assurément bien des raisons de souffrir. Mais souffrir est une chose, ne plus souffrir en est une tout autre. C’est même le contraire. Or les motifs de souffrance que l’on énumère pour expliquer la révolte sont exactement semblables à ceux par lesquels on expliquerait son absence : des individus soumis à de telles conditions d’existence n’ont en effet normalement pas le temps ni l’énergie pour se révolter.

    Il faudrait parfois prendre les choses à l’envers : partir précisément du fait que ceux qui se révoltent n’ont pas plus raisons de le faire que de ne pas le faire – et souvent même un peu moins. Et à partir de là, s’interroger non sur les raisons qui permettent de mettre de l’ordre dans ce désordre mais plutôt sur ce que ce désordre nous dit sur l’ordre dominant des choses et sur l’ordre des explications qui normalement l’accompagne.

    Plus que tous ceux des années récentes, le mouvement des gilets jaunes est le fait de gens qui normalement ne bougent pas : pas des représentants de classes sociales définies ou de catégories connues pour leurs traditions de lutte. Des hommes et femmes d’âge moyen, semblables à ceux que nous croisons tous les jours dans les rues ou sur les routes, sur les chantiers et les parkings, portant pour seul signe distinctif un accessoire que tout automobiliste est tenu de posséder. Ils se sont mis en marche pour la plus terre-à-terre des préoccupations, le prix de l’essence : symbole de cette masse vouée à la consommation qui soulève le cœur des intellectuels distingués ; symbole aussi de cette normalité sur laquelle repose le sommeil tranquille de nos gouvernants : cette majorité silencieuse, faite de purs individus éparpillés, sans forme d’expression collective, sans autre « voix » que celle que comptent périodiquement les sondages d’opinion et les résultats électoraux.

    Occuper, c’est aussi créer un temps spécifique : un temps ralenti au regard de l’activité habituelle, et donc un temps de mise à distance de l’ordre habituel des choses ; un temps accéléré, au contraire, par la dynamique d’une activité qui oblige à répondre sans cesse à des échéances pour lesquelles on n’est pas préparé. Cette double altération du temps change les vitesses normales de la pensée et de l’action. Elle transforme en même temps la visibilité des choses et le sens du possible. Ce qui était objet de souffrance prend une autre visibilité, celle de l’injustice.

    Il est vrai que cette « volonté » peut prendre elle-même la forme d’une revendication : le fameux référendum d’initiative citoyenne. Mais la formule de la revendication raisonnable cache en fait l’opposition radicale entre deux idées de la démocratie : d’un côté la conception oligarchique régnante : le décompte des voix pour et des voix contre en réponse à une question posée. De l’autre, sa conception démocratique : l’action collective qui déclare et vérifie la capacité de n’importe qui à formuler les questions elles-mêmes. Car la démocratie n’est pas le choix majoritaire des individus. C’est l’action qui met en œuvre la capacité de n’importe qui, la capacité de ceux qui n’ont aucune « compétence » pour légiférer et gouverner.

    #Gilets_jaunes #Démocratie

    • Expliquer les « gilets jaunes » ? Qu’entend-on par expliquer ? Donner les raisons pour lesquelles advient ce qu’on n’attendait pas ? Celles-ci, de fait, manquent rarement. Et pour expliquer le mouvement des « gilets jaunes », elles viennent à foison : la vie dans des zones périphériques abandonnées par les transports et les services publics comme par les commerces de proximité, la fatigue de longs trajets quotidiens, la précarité de l’emploi, les salaires insuffisants ou les pensions indécentes, l’existence à crédit, les fins de mois difficiles…

      Il y a là assurément bien des raisons de souffrir. Mais souffrir est une chose, ne plus souffrir en est une tout autre. C’est même le contraire. Or les motifs de souffrance que l’on énumère pour expliquer la révolte sont exactement semblables à ceux par lesquels on expliquerait son absence : des #individus soumis à de telles conditions d’existence n’ont en effet normalement pas le temps ni l’énergie pour se révolter.

      L’explication des raisons pour lesquelles les gens bougent est identique à celle des raisons pour lesquelles ils ne bougent pas. Ce n’est pas une simple inconséquence. C’est la logique même de la #raison_explicatrice. Son rôle est de prouver qu’un mouvement qui a surpris toutes les attentes n’a pas d’autres raisons que celles qui nourrissent l’ordre normal des choses, qu’il s’explique par les raisons mêmes de l’immobilité. Elle est de prouver qu’il ne s’est rien passé qui ne soit déjà connu, d’où l’on tire, si l’on a le cœur à droite, la conclusion que ce mouvement n’avait pas de raison d’être, ou, si l’on a le cœur à gauche, qu’il est tout à fait justifié mais que, malheureusement, il a été mené au mauvais moment et de la mauvaise façon par des gens qui n’étaient pas les bons. L’essentiel est que le monde reste divisé en deux : il y a les gens qui ne savent pas pourquoi ils bougent et les gens qui le savent pour eux.
      Il faudrait parfois prendre les choses à l’envers : partir précisément du fait que ceux qui se révoltent n’ont pas plus raisons de le faire que de ne pas le faire – et souvent même un peu moins. Et à partir de là, s’interroger non sur les raisons qui permettent de mettre de l’ordre dans ce désordre mais plutôt sur ce que ce désordre nous dit sur l’ordre dominant des choses et sur l’ordre des explications qui normalement l’accompagne.
      Plus que tous ceux des années récentes, le mouvement des gilets jaunes est le fait de gens qui normalement ne bougent pas : pas des représentants de classes sociales définies ou de catégories connues pour leurs traditions de lutte. Des hommes et femmes d’âge moyen, semblables à ceux que nous croisons tous les jours dans les rues ou sur les routes, sur les chantiers et les parkings, portant pour seul signe distinctif un accessoire que tout automobiliste est tenu de posséder. Ils se sont mis en marche pour la plus terre-à-terre des préoccupations, le prix de l’essence : symbole de cette masse vouée à la consommation qui soulève le cœur des intellectuels distingués ; symbole aussi de cette normalité sur laquelle repose le sommeil tranquille de nos gouvernants : cette majorité silencieuse, faite de purs individus éparpillés, sans forme d’expression collective, sans autre « voix » que celle que comptent périodiquement les sondages d’opinion et les résultats électoraux.

      Les #révoltes n’ont pas de raisons. En revanche, elles ont une logique. Et celle-ci consiste précisément à briser les cadres au sein desquels sont normalement perçues les raisons de l’ordre et du désordre et les personnes aptes à en juger. Ces cadres, ce sont d’abord des #usages de l’espace et du temps. Significativement ces « apolitiques » dont on a souligné l’extrême diversité idéologique ont repris la forme d’action des jeunesses indignées du mouvement des places, une forme que les étudiants en révolte avaient eux-mêmes empruntée aux ouvriers en grève : l’#occupation.
      Occuper, c’est choisir pour se manifester comme collectivité en lutte un lieu ordinaire dont on détourne l’affectation normale : production, circulation ou autre. Les « gilets jaunes » ont choisi ces #ronds-points, ces non-lieux autour desquels des automobilistes anonymes tournent tous les jours. Ils y ont installé matériel de propagande et baraquements de fortune comme l’avaient fait ces dix dernières années les anonymes rassemblés sur les places occupées.
      Occuper, c’est aussi créer un #temps_spécifique : un temps ralenti au regard de l’activité habituelle, et donc un temps de mise à distance de l’ordre habituel des choses ; un temps accéléré, au contraire, par la dynamique d’une activité qui oblige à répondre sans cesse à des échéances pour lesquelles on n’est pas préparé. Cette double altération du temps change les vitesses normales de la pensée et de l’action. Elle transforme en même temps la visibilité des choses et le sens du possible. Ce qui était objet de souffrance prend une autre visibilité, celle de l’#injustice. Le refus d’une taxe devient le sentiment de l’injustice fiscale puis le sentiment de l’injustice globale d’un ordre du monde. Quand un collectif d’égaux interrompt la marche normale du temps et commence à tirer sur un fil particulier – taxe sur l’essence, aujourd’hui, sélection universitaire, réforme des pensions ou du code du travail, hier – c’est tout le tissu serré des inégalités structurant l’ordre global d’un monde gouverné par la loi du profit qui commence à se dérouler.

      Ce n’est plus alors une demande qui demande satisfaction. Ce sont deux mondes qui s’opposent. Mais cette opposition de mondes creuse l’écart entre ce qui est demandé et la logique même du mouvement. Le négociable devient #non_négociable. Pour négocier on envoie des #représentants. Or les « gilets jaunes », issus de ce pays profond qu’on nous dit volontiers sensible aux sirènes autoritaires du « populisme », ont repris cette revendication d’horizontalité radicale que l’on croit propre aux jeunes anarchistes romantiques des mouvements Occupy ou des ZAD. Entre les égaux assemblés et les gestionnaires du pouvoir oligarchique, il n’y a pas de négociation. Cela veut dire que la #revendication triomphe par la seule peur des seconds mais aussi que sa victoire la montre dérisoire par rapport à ce que la révolte « veut » par son développement immanent : la fin du pouvoir des « représentants », de ceux qui pensent et agissent pour les autres.
      Il est vrai que cette « volonté » peut prendre elle-même la forme d’une revendication : le fameux référendum d’initiative citoyenne. Mais la formule de la revendication raisonnable cache en fait l’opposition radicale entre deux idées de la démocratie : d’un côté la conception oligarchique régnante : le décompte des voix pour et des voix contre en réponse à une question posée. De l’autre, sa conception démocratique : l’#action_collective qui déclare et vérifie la capacité de n’importe qui à formuler les questions elles-mêmes. Car la démocratie n’est pas le choix majoritaire des individus. C’est l’action qui met en œuvre la capacité de n’importe qui, la capacité de ceux qui n’ont aucune « compétence » pour légiférer et gouverner.

      Entre le pouvoir des égaux et celui des gens « compétents » pour gouverner, il peut toujours y avoir des affrontements, des négociations et des compromis. Mais derrière ceux-ci, il reste l’abîme du rapport non négociable entre la #logique_de_l’égalité et celle de l’inégalité. C’est pourquoi les révoltes restent toujours au milieu du chemin, pour le grand déplaisir et la grande satisfaction des savants qui les déclarent vouées à l’échec parce que dépourvues de « stratégie ». Mais une stratégie n’est qu’une manière de régler les coups à l’intérieur d’un monde donné. Aucune n’enseigne à combler le fossé entre deux mondes. « Nous irons jusqu’au bout », dit-on à chaque fois. Mais ce bout du chemin n’est identifiable à aucun but déterminé, surtout depuis que les États dits communistes ont noyé dans le sang et la boue l’espérance révolutionnaire. C’est peut-être ainsi qu’il faut comprendre le slogan de 1968 : « Ce n’est qu’un début, continuons le combat. » Les commencements n’atteignent pas leur fin. Ils restent en chemin. Cela veut dire aussi qu’ils n’en finissent pas de recommencer, quitte à changer d’acteurs. C’est le réalisme – inexplicable – de la révolte, celui qui demande l’impossible. Car le possible lui est déjà pris. C’est la formule même du pouvoir : no alternative .

      #égalité #égaux



  • Magnifique ! Mais en #napolitain.
    Un petit texte d’un certain #Luca_Fiorentino, qui est juste tellement #logique, mais tellement rare dans ces temps dominés par le populisme...

    Une #ode à la #libre_circulation.

    ma fatemi capi na cosa.
    io non ne capisco assai di diritto.

    ma veramente è legittimo che na persona, nata in un preciso metro quadro di terra, poi cresce, e spinta da curiosità o da cazzi suoi, magari si vuole vedere un altro posto, e allo’ si mette in viaggio, cammina, e bell e buono lo possono bloccare e gli possono dire ueue ma arò vai, non vedi il recinto, le ferriate, il muro, qua non ci puoi entrare.

    cioè perché.

    ma scusate, ma sto fatto che la terra se la so’ divisa co righello e squadretta quando io ero ancora nelle palle di mio padre, ma perché io, o chiunque altro, dovremmo automaticamente sottostare alle spartenze di costoro.
    io non l’ho mai accettata, né sottoscritta, ’sta gestione.

    e se mio padre ha firmato qualche carta al comune, io non sono mica mio padre.

    tu puoi dire che ok, vengo da lui.
    e allo’ mio padre viene da suo padre, e suo padre da suo padre, fino ad adamo o chi per lui.
    siamo tutti matriosche del primo spaccimmino, nonché fratelli.

    e quindi, caro fratello briatore, fammi salire sullo yacht e fammi prendere una porchiacca dal tuo frigo, capì.

    e invece a quanto pare ci sarebbero zone della terra dove io posso entrare solo a tempo, o che non posso proprio vedere, a seconda della mia nazionalità.

    la nazionalità.
    sentirsi un’appartenenza forte ad altre persone, alle quali sarei legato da tradizioni storiche, lingua, costumi.

    le tradizioni si trasformano, tra cento anni il mac donald sarà tradizione.
    la lingua, un codice labilissimo che permette di fare inciuci e supercazzole, ma non di capirci.
    i costumi, che poi fossero i mocassini, i pinocchietti e i top fluo, sinceramente non mi appartengono.

    è vero, sono sbucato da una fessa in un posto preciso.
    ma non vedo perché ciò dovrebbe schedarmi.

    cioè che ho fatto io per sbucare da quella fessa, in quel buco di culo.
    a dicere ’a verità, proprio niente.

    e quindi forse sarebbe più giusto applicare il concetto dello zero.
    che tutti dovremmo partire da zero.

    e invece la fessa da cui sei sbucato è importante.
    così come quel metro quadro dove quella fessa ha sgravato.

    solo che lo sai che succede in questo modo.
    mo te lo dico io.
    succede che i tuoi diritti, i tuoi privilegi, o tutti i soprusi e le uallere in testa che subisci quotidianamente, essi dipendono solo da na cosa.
    e quella cosa, ’o ssai che rè.
    chella cosa è ’a fess ’e mammt.
    ciao.

    https://m.facebook.com/story.php?story_fbid=10215981009185452&id=1454544772
    #ouverture_des_frontières #migrations #frontières #liberté_de_mouvement #nationalité #citoyenneté #hasard #traditions #culture #Etat-nation #lieu_de_naissance #injustice

    cc @albertocampiphoto


  • Selon une logique expérimentée quotidiennement depuis 2011 :
    – des tribunes d’intellectuels et de chercheurs vont réclamer et justifier l’armement des « rebelles » palestiniens, qui protègent les manifestations des civils qui se faisaient, jusque là, tirer comme des lapins ;
    – des pays amis de la Palestine vont expédier des tonnes d’armes aux « rebelles » palestiniens ;
    – face à ceux qui s’inquiéteraient de la militarisation des manifestations civiles, on expliquera bruyamment que (a) ça va bien se passer, le régime de Netanyahu va s’effondrer d’ici quelques semaines, (b) de toute façon on est dans notre bon droit, si on en arrive là c’est à cause de la répression ;
    – on passera son temps à réclamer (et à promettre) des zones d’exclusion aériennes en territoire israélien, pour permettre aux civils palestiniens de trouver un refuge…

    Je vais donc me répéter : si l’on pense que la lutte armée n’est pas (n’est plus) une option pour les Palestiniens face à la répression israélienne (en tout cas, pas une option que quiconque oserait défendre publiquement en France), si l’on pense que la lutte armée n’est pas une chose à encourager en Égypte face à la répression par le régime Sissi, pourquoi est-ce qu’on a à ce point agoni d’injures ceux qui pensaient que la militarisation en Syrie serait une catastrophe ?



  • Psychiatrie : des « traitements inhumains » à l’hôpital de Saint-Etienne
    http://www.lemonde.fr/sante/article/2018/03/01/psychiatrie-des-traitements-inhumains-a-l-hopital-de-saint-etienne_5263957_1

    La dernière fois que le Contrôleur général des lieux de privation de liberté avait fait usage de la procédure d’urgence pour alerter publiquement le gouvernement sur une situation qu’il jugeait alarmante, c’était en décembre 2016 au sujet de la prison de Fresnes (Val-de-Marne), notoirement insalubre et occupée à plus de 200 %.

    Les mêmes termes de « traitement inhumain ou dégradant », se retrouvent aujourd’hui sous sa plume au sujet des conditions de vie de certaines personnes hospitalisées au pôle de psychiatrie du centre hospitalier universitaire (CHU) de Saint-Etienne.

    Les constats établis lors d’une visite réalisée du 8 au 15 janvier, résumés dans ses recommandations publiées au Journal officiel (JO) du jeudi 1er mars, sont édifiants. Faute de lits disponibles en psychiatrie, certains patients sont stockés au service des urgences. Au moment du passage du Contrôleur général, cinq patients relevant de la psychiatrie se trouvaient ainsi aux urgences générales du CHU depuis trois ou sept jours. « Ils n’avaient pu ni se laver, ni se changer, ni avoir accès à leur téléphone portable », écrit Adeline Hazan, la contrôleure générale.
    « Pratique générale d’isolement et de contention »

    Au total, les urgences de l’hôpital accueillaient, à la mi-janvier, vingt patients de psychiatrie, dont treize étaient sur des brancards dans les couloirs. Sept personnes « faisaient l’objet de contentions au niveau des pieds et d’une ou des deux mains », qu’elles soient sous le régime de l’hospitalisation sans consentement ou en soins libres.

    Depuis sa nomination en 2014, Adeline Hazan a accentué l’inspection, en plus des établissements pénitentiaires, des lieux de privation de liberté que sont aussi les hôpitaux et les unités psychiatriques. Son objectif est que chaque établissement soit visité au moins une fois d’ici à la fin de son mandat, en 2020. Aucun signalement n’avait attiré son attention sur le CHU de Saint-Etienne avant sa visite de routine.

    Lire aussi : « Troubles psychiques et problèmes de santé mentale ne sont plus seulement des questions de santé »

    Dans le service de psychiatrie (216 lits) de l’établissement de la Loire, la situation ne semble pas plus conforme au droit. « Une patiente non agitée mais souffrant de troubles compulsifs est ainsi placée en isolement dans sa chambre ordinaire depuis plusieurs mois, avec porte des toilettes fermée à clé et quatre sorties d’un quart d’heure autorisées par jour pour fumer », note l’autorité indépendante. En l’absence de « projet médical de pôle », l’hôpital recourt de manière abusive à « une pratique générale d’isolement et de contention ».
    « Le patient, un sujet de droit »

    Selon les règles publiées en mars 2017 par la Haute Autorité de santé, un patient susceptible d’être dangereux pour lui-même ou pour les autres ne devrait pas être enfermé plus de douze heures et attaché plus de six, même si des prolongations limitées sont possibles. Au CHU de Saint-Etienne, l’isolement et la contention sont décidés « de manière fréquente » pour des durées de plusieurs jours.

    « En matière de psychiatrie, le patient ne doit plus être un objet de soins, mais un sujet de droit », a l’habitude de dire la contrôleure générale. Elle dresse une liste de recommandations pour faire cesser « immédiatement », ces violations de la dignité et des droits des patients.

    Le ministère de la santé, qui avait trois semaines pour lui répondre avant publication au JO, ne l’a pas encore fait. En revanche le contrôleur a reçu un courrier du directeur de l’hôpital qui témoigne « d’une réelle volonté de changement ».

    • « Accueil des patients de psychiatrie : au CHU de Saint-Etienne, la parole se libère » tandis que la contention aggrave également la santé des vieux
      http://www.lemonde.fr/sante/article/2018/03/17/accueil-des-patients-de-psychiatrie-au-chu-de-saint-etienne-la-parole-se-lib

      Personnels médicaux et paramédicaux, médecins, cadres, infirmiers, psychologues, assistants sociaux… à l’initiative des syndicats, un collectif a été créé le 27 février, qui s’est déjà réuni deux fois. Il entend faire des propositions à la direction pour pallier les dysfonctionnements pointés par les contrôleurs lors de leur visite du 8 au 15 janvier et réclamer à nouveau l’obtention de moyens supplémentaires à l’Agence régionale de santé. Les syndicats restent cependant circonspects : « On ne parle pas le même langage », notent des représentants CGT et FO. Depuis 2005, une logique financière prime. Priorité a été donnée au retour à l’équilibre budgétaire – en 2016, le CHU a affiché un excédent net consolidé de 7,5 millions d’euros. Les alertes multiples lancées par les syndicats sur la situation du pôle psychiatrie, l’embolie des urgences, les contentions abusives, n’ont guère été prises en considération, avancent-ils.

      La situation s’est dégradée depuis la fermeture de l’hôpital psychiatrique de Saint-Jean-Bonnefonds transféré sur le site de l’hôpital Nord du CHU en 2004. La fermeture d’un service à l’hôpital Bellevue en 2017 n’a rien arrangé. La création d’une équipe mobile en soins ambulatoires est certes « louable », disent les infirmiers, mais elle ne dispose pas d’« assez de moyens humains et logistiques ». La vétusté de certains bâtiments, l’institutionnalisation de la contention partielle ou totale, le déficit en médecins, tentés par le privé, toutes ces questions ont été soulevées lors d’une assemblée générale houleuse fin janvier devant le directeur général et le chef du pôle de psychiatrie. La grande majorité des 150 salariés présents a eu l’impression d’être traitée par le mépris. « On nous a dit qu’on était des doctrino-populistes », déplorent les infirmiers.

      Etat de santé dégradé
      Après la parution du rapport, une famille – tous les proches des malades tiennent à rester anonymes – a contacté Le Monde pour témoigner de mauvais traitements constatés ailleurs. Dans un service de l’unité neuro-psycho-gériatrique à l’hôpital de la Charité dans le centre de Saint-Etienne, composante du CHU, elle a trouvé des personnes âgées attachées dans des fauteuils dans la salle à manger ou entravées dans leur lit par des liens de contention pelvienne ou/et au pied, des boîtes de liens au-dessus des armoires ou stockées dans des placards.

      D’autres familles contactées au téléphone font le même constat : l’état de santé de leur proche s’est dégradé après l’admission dans des services de gériatrie. Autonomes physiquement à leur entrée, ils sont vite devenus dépendants.
      « Est-ce que la personne (et sa famille) est respectée dans sa dignité ? Est-ce une atteinte à ses libertés ? N’y a-t-il pas d’autres moyens à trouver plutôt que de choisir l’option contention systématique ? Parce que dans ces conditions, quiconque attaché pendant des heures, de jour comme de nuit, ne pourra que perdre sa dignité humaine », dénonce la parente d’une personne qui a été hospitalisée dans cette unité et qui refuse cette fatalité.
      Interrogée sur ces situations, Floriane Loctin, directrice de cabinet du directeur général du CHU, estime qu’il « ne faut pas tout mélanger. Le rapport du contrôleur général des lieux de privation de liberté porte uniquement sur le pôle de psychiatrie ». Elle indique qu’un groupe travaille depuis plusieurs années sur les questions de la bientraitance et de la maltraitance des personnes âgées, sur la contention, en relation avec des familles. Travaux qui ont donné lieu à des publications.
      Le CHU n’a pas contesté les observations du CGLPL. Mme Loctin explique que « les problèmes soulevés avaient été repérés par l’institution depuis plusieurs années, les mesures prises pour y remédier n’ayant pas suffi dans une période de particulière densité en termes d’activité, comme ce fut le cas du 8 au 15 janvier ». Un plan d’action « énergique » a été mis en œuvre, une « enquête administrative et des audits diligentés ». Une réflexion sur un projet médical pour le pôle psychiatrique recommandée par le CGLPL et réclamée plusieurs fois en vain jusqu’à présent par le CHSCT va notamment être engagée.

      #psychiatrie #logique_comptable #contention


  • Peut-on faire confiance à l’intelligence artificielle ?
    https://lejournal.cnrs.fr/articles/peut-faire-confiance-a-lintelligence-artificielle

    Alors que nous faisons de plus en plus appel à des systèmes d’aide à la décision, s’en remettre à des machines ne nous fait-il pas perdre un peu de notre humanité ? De surcroît, les programmes ont beau disposer d’une logique « froide », ils ne sont pas exempts de préjugés. Les chercheurs planchent pour leur injecter de la « morale ».

    • #intelligence_artificielle #informatique #éthique #responsabilité #asservissement #droit #morale #assurance #véhicule_autonome #probabilités #logique_déontique

      Là est bien le danger. Pas dans les fantasmes made in Hollywood de prise de pouvoir par des machines rebelles et malveillantes. «  Cela correspond à ce qu’on appelle la "singularité", cela n’a aucun fondement scientifique et ce n’est pas près d’arriver, contrairement à ce que prétendent certains cadors de l’industrie numérique et transhumanistes. Le véritable danger, c’est nous  ! Lorsque, par ignorance ou par facilité, nous déléguons les décisions et notre autonomie à la machine, martèle Jean-Gabriel Ganascia. Laisser les algorithmes autonomes ultra–rapides aux commandes de la Bourse a ainsi sans doute conduit à la crise de 2008. Mais il y a une confusion à cause du terme “autonome”  : au sens technique, cela ne veut pas dire qu’une machine définit ses propres objectifs. Cela veut seulement dire qu’elle peut atteindre sans intervention humaine un objectif donné, celui-ci ayant bel et bien été fixé par l’humain-programmeur.  »


  • #BalanceTonHosto sur Twitter
    https://twitter.com/hashtag/balancetonhosto

    Etant infirmière, si je veux respecter ma fiche de poste, j’ai 1h30 le matin et 35 minutes le midi/soir pour vérifier et distribuer les médicaments à 70 résidents. Des erreurs ? Non, jamais...

    Fin de vie difficile à gérer pour l’équipe soignante, la psychologue qui a eu l’idée de lancer un groupe de parole s’est fait engueuler comme une merde par la direction qui n’apprécie pas cette initiative, "les soignants n’ont qu’à s’habituer aux décès"

    Lyon, CHU, la passerelle qui relie le pavillon médical au pavillon chirurgical est trop étroite pour que les lits passent. Ainsi il faut appeler une ambulance privée en brancard pour faire les transports...

    Au CHU, une patiente a été diagnostiquée et traitée pour sevrage alcoolique car elle entendait des bruits d’animaux la nuit.. qq mois plus tard on a capté qu’il y avait un rat dans la ventilation de sa chambre.

    qd la Direction oblige 1 médecin intérimaire qui dit ne pas savoir intuber, à sortir en SMUR car il est seul en poste pour gérer le SAU, l’UHCD et le SMUR et qu’on veut l’accuser de non assistance à personne en danger s’il n’y va pas.

    Qd tu es étudiant infirmier en stage (35h/semaine) et que tu es payé 112€/mois en 1ère année, 152€/mois en 2ème année, 200€/mois en 3ème année & que tu remplaces le personnel manquant au lieu d’apprendre. C quoi deja le minimum legal pour les autres stagiaires ?

    Infirmière en gastro de service du soir : 4 entrées , 5 culots de sang a passer, 2 fin de vie + 15 patients Une entrée en urgence est prévu à 21h..je demande de l’aide à une collègue. Convoquée par la cadre dès le lendemain : " va falloir apprendre à prioriser "

    Et au chu de Montpellier, ils ont "juste" supprimer la pointeuse pour pas avoir d’heures sup à payer.
    "Ou des hres sup ?! Ah non ! On à rien vu 👀"

    au CHGR de #Rennes, certains infirmiers veillent seuls quelques nuits dans leur service de 20 patients car il manque du personnel et que la direction ne veut pas embaucher

    une IDE a fait une crise d’asthme aigue quand l’hélicoptère s’est posé et a balancé tout son kérosène (comme a son habitude) dans les aérations du service de néonatalogie.

    Pour résoudre le problème d’absentéisme la clinique va diminuer les effectifs soignants. Pour responsabiliser. Pas de possibilité de remplacements donc on se mettra pas en arrêt, logique non ? Pourquoi on est en arrêt au fait ??

    quand tu es obligée de rouler des serviettes de toilette pour les mettre dans une taie car tu n’as plus d’oreiller dans ton service depuis des mois....

    Quand dans ton service depuis pls mois vous n’avez qu’un tensiomètre fonctionnel pour 3 infirmiers ..

    Quand tu dois faire appel à une équipe du SMUR (camion, etc.) pour effectuer un transfert d’un patient d’un service à un autre, dans le même hopital, car les deux bâtiments ne sont pas reliés alors qu’ils sont à 20 mètres l’un de l’autre

    Hopital Saint Martin à @Villedepessac 33,pour passer un scanner sur le même site de l’hopital,il faut appeler un ambulancier privé pour faire 25 metres.Cout par transport 59€ aller et retour et cela dure depuis des années.

    Au CHU en qq années ils ont fermé genre 500 lits pour économies..et en décembre ils écrivent des mails aux médecins « l’hôpital est surchargé, les patients attendent sur des brancards aux urgences, faites sortir vos patients rapidement »

    CHU de Rennes. Les génies qui ont conçu le nouveau bâtiment des urgences ont fait le déchoc complètement isolé des salles de soins. Résultat : quand le chef y est il ne peut rien faire d’autre (comme valider les sorties des patients vus par les internes)

    88 personnes alzheimer.
    2 soignants la nuit.
    1300 euros de salaires pour les soignants.
    2900 euros de loyer par mois pour les patients .

    Mixer les raviolis pour la soupe du lendemain.
    Une douche toute les 4 semaines. (Et encore).
    2900 euros par mois pour y finir sa vie.

    Impossible de faire chevaucher nos horaires de 15 minutes pour les transmissions et ainsi assurer la continuité des soins , la direction refuse de nous les compter en heures sup’ ! Nous offrons chacun 36h/an au CH !

    Cadre à ma collègue : "bravo, tu a réussi à faire 15 pansements en 1h, c’est bien !"
    1 pansement toutes les 4 minutes.

    Quand 3 jours après tu apprends que le patient est en isolement gouttelettes pour la tuberculose/bmr et j’en passe

    @APHP faute de lit les patients agés des urgences sont transférés dans les cliniques privées..puis ensuite orientés vers des etablissements privés lucratifs pour personnes agés...idem pour les gestes operatoires..le liberal prend la main.

    Et en psychiatrie, faute de place, on admet un patient dépressif ou une personne âgée dans la chambre d’isolement. Bienvenue à l’hôpital, on s’occupe de votre moral !!!! Et on nous bassine avec la BIENTRAITANCE !!!! QUE D’HYPOCRISIE !!!

    Dans mon petit hopital on remplace le départ d’un cadre sup par 3 autres, et on embauche deux nouveaux directeurs pour allonger l’organigramme de direction. Par contre on a pas de budget pour compléter les arrêts maladie dans l’effectif soignant.

    Un stage à l’hôpital et on a déjà un aperçu de nos futures conditions de travail. Dans le service où j’étais en stage, certains jours 2 infirmières pour 26 patients et 4 étudiants à encadrer. Et une seule pendant 3h avant l’arrivée de l’équipe de nuit.

    Quand tes patients se lavent sous la douche avec la salmonelle dans les canalisations mais que tu ne dois rien dire

    Quand on demande plus de papier essuie mains, car il en manque tous les mois. Hygiène de base.
    Direction des services économiques : "selon une étude statistique, votre service utilise 233 feuilles de papier par jour. La dotation ne peut être augmentée."

    Quand tu vois que ton salaire d’infirmière est 200€moins élevé que quand t ‘étais cariste chez IKEA

    je veux gagner plus que 1,07 euros de l’heure quand je fais des nuits. Merci

    Un jour il faudra qu’on fasse vraiment grève, mais genre vraiment, qu’on fasse un service minimum en hôpital, et qu’on aille dans la rue ! C’est bien de se plaindre, mais on change pas le monde en faisant des threads sur Twitter

    Un aperçu du déferlement de faits et témoignages en cours.
    S’agirait de soigner l’hôpital et le « système de santé », mais c’est le cadet des soucis de l’antiproduction capitaliste....

    « Il faut relativiser », estime #Agnès_Buzyn. La ministre des Solidarités et de la Santé estime que les dénonciations des absurdités de l’hôpital par les soignants est « un éclairage sur les dysfonctionnements ».
    http://www.rtl.fr/actu/politique/agnes-buzyn-sur-rtl-il-faut-relativiser-le-balancetonhosto-7791974832

    #santé #austérité #logique_comptable #bureaucratie #hôpital #ephad #clinique #travail #conditions_de_travail #maltraitance
    la #grève qui vient


  • La grande misère des hôpitaux psychiatriques - Le Point
    http://www.lepoint.fr/sante/la-grande-misere-des-hopitaux-psychiatriques-05-01-2018-2184213_40.php

    10 à 20 % des Français sont concernés, mais la psychiatrie publique est le parent pauvre de la médecine. À Rennes, les soignants sont en grève.

    « Le patient est devenu un objet. Je dis aux jeunes de fuir », se désole Michel Roy, infirmier à l’hôpital psychiatrique de Rennes, en grève depuis deux mois. La psychiatrie publique, parent pauvre de la médecine, traverse un malaise profond : soignants, patients et familles réclament un plan ambitieux. À l’entrée principale de l’établissement Guillaume-Régnier, dans la capitale bretonne, le ton est donné : « hôpital sans lits », « redonnons du sens à notre travail », « souffrance au travail » figurent parmi les nombreuses banderoles accrochées aux grilles.

    Les pathologies relevant de la psychiatrie sont en France au troisième rang des maladies les plus fréquentes, après le cancer et les maladies cardiovasculaires. Entre un dixième et un cinquième de la population risque d’être atteint par un trouble mental à un moment quelconque de la vie, selon le rapport de la Cour des comptes de 2011. Pour la ministre de Santé Agnès Buzyn, « la santé mentale est un enjeu important des besoins de santé des Français ». « Cette discipline a été un peu trop délaissée ou mise à l’écart ces dernières années », a-t-elle affirmé jeudi à l’AFP. Malgré un constat unanime, les acteurs du secteur se sentent abandonnés par l’État.

    « On n’en peut plus », déplore Jean-Pierre Salvarelli, membre du bureau national du Syndicat des psychiatres des hôpitaux (SPH) et chef de pôle au CH du Vinatier, près de Lyon. Il est l’un des signataires de l’appel des psychiatres et médecins pour dénoncer une dégradation de la prise en charge des patients et la « tyrannie des économies comptables », en février 2017.

    Soit on supprime des postes, soit on supprime des lits.
    Des praticiens du CH de Montfavet, près d’Avignon, se sont associés en avril à leurs collègues lyonnais et plusieurs mouvements de grève ont émergé ces derniers mois, notamment à Rennes, Allonnes (Sarthe), Amiens (Somme), Bourges (Cher) et Cadillac (Gironde). « On est sans cesse en train de se restructurer. Aujourd’hui, notre idée est d’entrer en résistance et d’interpeller les pouvoirs publics. Les impacts budgétaires, c’est soit on supprime des postes, soit on supprime des lits », expose le Dr Salvarelli, psychiatre depuis vingt-cinq ans au Vinatier, structure de 750 lits, 2 500 membres du personnel hospitalier et 22 500 patients suivis chaque année.

    C’est l’un des trois plus gros hôpitaux de France en psychiatrie avec Sainte-Anne à Paris et Guillaume-Régnier à Rennes. Dans cet établissement breton, « le ras-le-bol et la tentative de suicide d’une collègue » ont décidé les syndicats à lancer un mouvement de grève, explique Goulven Boulliou, de Sud Santé Sociaux.

    Il n’est pas rare de retrouver un collègue seul à 23 heures pour gérer 15 personnes. (...)

    Pour mémoire, c’est la gauche gouvernante des années 80 qui a commencé à supprimer des milliers de lits en psychiatrie. C’est aussi la « gauche plurielle » qui a supprimé la formation d’infirmier psy. La politique sécuritaire est venue s’ajouter au manque de moyens, avec le retour de la #contention.

    #folie (pas de droit à la) #psychiatrie #logique_comptable #sous_effectifs #maltraitance #grève

    • La psychiatrie publique : Guillaume Régnier à Rennes symbole d’un malaise profond
      https://france3-regions.francetvinfo.fr/bretagne/ille-et-vilaine/rennes/psychiatrie-publique-guillaume-regnier-rennes-symbole-m

      Depuis le 7 novembre, les soignants se relaient 24h sur 24 pour assurer le piquet de grève. « On pose des heures, des jours », détaille l’infirmier.
      Devant le bâtiment rennais datant du XVIIe siècle, grévistes, patients et familles se retrouvent sous un barnum autour d’un brasero et d’un thermos de café.

      « Avec cette tente, on a recréé un lien social. C’est un espace de parole qui dans les murs de l’hôpital n’existe pas », explique Myriam, aide-soignante. « Le mardi on propose galette-saucisse », sourit cette mère de trois enfants. Cette journée est surtout celle de l’Assemblée générale où est décidée la poursuite du mouvement, reconduit sans discontinuer à l’exception de la trêve de Noël.

      Au fil des années, un mal-être s’est installé à Guillaume-Régnier. En 2016, l’absentéisme était de 8,5%, une progression de 1,5 points en deux ans, selon Sud Santé et la CGT. Près de 1.400 signalements liés à des dysfonctionnements (violence, manque de lits, sous-effectifs) ont été adressés à la direction, à l’inspection du travail et au préfet. « Il n’est pas rare de retrouver un collègue seul à 23 heures pour gérer 15 personnes », dénonce Goulven Boulliou de Sud Santé.

      « Les collègues ont des idées noires. On a peur que cela se termine en suicide », craint Martine, 58 ans, qui s’occupe des soins paramédicaux. Pour Sud Santé, la dégradation des conditions d’accueil comme « l’admission sur des fauteuils dans l’attente de la libération d’un lit » ou « des chambres dont la température est tellement froide que même quatre couvertures ne suffisent pas à se réchauffer » génère des comportements violents chez certains patients et par effet domino conduit à des comportements maltraitants.

      « Prioriser la psychiatrie »

      Sous couvert d’anonymat, plusieurs soignants à Rennes ont confié avoir recours « à des camisoles chimiques », pas forcément nécessaire pour
      certaines pathologies. « Il y a des années que je n’ai pas pris le temps d’aller au café d’en face avec un patient et discuter », regrette Michel Roy, infirmier à deux ans de la retraite.

      « On est devenu des gestionnaires de lits, le soin a perdu son sens. La première chose que l’on demande lorsqu’on prend le service, c’est si on est en nombre suffisant de personnel et de lits », renchérit son collègue Antoine. Alors que la demande psychiatrique est exponentielle, le secteur se retrouve « en tension », analyse Dr. Salvarelli. « Le soin psychique demande temps, répétition, accompagnement ». « On est plus aujourd’hui dans la prescription, dans l’automatisation, dans la protocolisation », déplore-t-il.

      À Guillaume-Régnier, le directeur, Bernard Garin, doit composer avec un « contexte budgétaire extrêmement serré ». « Notre dotation annuelle de fonctionnement est stable depuis trois-quatre ans alors que les charges de personnel augmentent », indique-t-il.

      #parole


  • Code.org - Cours interactifs pour enseigner la programmation informatique aux élèves du primaire et du secondaire
    http://www.planete-education.com/recit/Code-org-Cours-interactifs-pour-enseigner-la-programmation-inform
    Code.org est une association à but non lucratif, qui propose d’enseigner aux élèves du primaire et du secondaire, les rudiments de la programmation informatique. Le site adopte une méthodologie facile et accessible, le principe est d’assembler des briques programmables comme dans un casse-tête. À l’aide de blocs d’instructions simples, il faut relever les défis proposés. Au début, très facile, le niveau va croissant avec des consignes de plus en plus complexes. Que ce soit avec Minecraft, Léia, Rey et BB-8 (Star Wars), Elsa et Anna (La Reine de Neiges), Disney Infinity, Jeux Blockly, l’oiseau Flappy ou les créatures déjantées du Play Lab, chaque univers propose, une fois les premières étapes franchies, un mode « création libre » pour fabriquer de petits jeux et laisser libre court à l’imagination des élèves. Studio.code.org propose aussi des dizaines d’heures de tutoriels interactifs en ligne pour l’enseignement et l’apprentissage de la programmation informatique en classe. Une section pour les enseignants permet d’inscrire les élèves et de suivre leurs progrès.

    #programmation #logique #informatique #technopédagogie #TICE #enseignement #enfants




    • Pour l’anthropologue, tout part du langage. Il explique que la vision du monde de l’Occident, notre perception même de la réalité, ainsi que l’émergence de la science moderne et de ses découvertes, tout cela est le produit d’une façon de penser bien particulière, forgée par la langue grecque. Selon Paul Jorion, la structure du grec, notamment les relations d’inclusion que cette langue permet entre les mots, rend possible la logique, la pensée scientifique par déduction rationnelle, et donc l’élaboration de modèles théoriques.

      Par comparaison, la structure du Chinois n’a autorisé que le développement de la science par expérimentation qui, si elle a permis d’inventer le papier, la boussole ou le gouvernail d’étambot, « aurait interdit d’envisager l’invention de la bombe atomique », écrit Paul Jorion, tout en soulignant qu’il n’existe aucun mot chinois équivalent à « théorie » ou « réalité ».
      De notre logique découle notre vision de la réalité, perçue à tort comme objective et universelle. Depuis Galilée, cette réalité passe par la modélisations mathématique. La nature peut être réduite à des équations, croient les savants. Et Paul Jorion dénonce cette façon dont les mathématiques, érigées en vérité absolue, ont guidé notre évolution. Son désaccord avec les scientifiques platoniciens, persuadés « qu’une équation permettait de plonger dans l’essence même des choses », vaudrait sans doute à Paul Jorion un beau débat avec son compatriote Luc de Brabandere, qui nous expliquait récemment croire comme Platon que les maths préexistaient à l’homme.

      #scientisme #mathématiques #logique (mortifère) #anthropologie



  • Lorsqu’il n’y a pas de possibilité d’ajuster les contraires, une chose terrifiante se produit : ceux qui incarnaient l’attachement inconditionnel à l’immuable, qui proclamaient la nécessaire permanence de leurs valeurs traditionnelles face à ce qui est autre qu’eux, qui les mets en question, qui les oblige à porter sur eux-mêmes un regard différent, ce sont ceux-là mêmes, les identitaires, les citoyens grecs sûrs de leur supériorité, qui basculent dans l’altérité absolue, dans l’horreur, et le monstrueux. Quant aux femmes thébaines, irréprochables dans leur comportement, modèles de réserve et de modestie dans leur vie domestique, toutes, Agavé en tête, la reine mère qui tue son fils, le dépèce, brandit sa tête comme un trophée, toutes, d’un coup, prennent la figure de Gorgone Méduse : elles portent la mort dans leurs yeux. Penthée, lui, périt d’une manière effroyable, déchiré vivant comme un animal sauvage, lui le civilisé, le Grec toujours maître de soi, qui a cédé à la fascination de ce qu’il pensait être l’autre et qu’il condamnait. L’horreur vient se projeter sur la face du même qui n’a pas su faire sa place à l’autre.

    Après ses événements, Agavé s’exile, Cadmos également, et Dyonisos poursuit ses voyages à la surface de la terre, son statut au ciel assuré. Il va avoir à Thèbes même un culte, il a conquis la ville, non pas pour en chasser les autres dieux, non pas pour imposer sa religion contre les autres, mais pour qu’au centre de Thèbes, au cœur de la cité, soient représentés, par son temple, ses fêtes, son culte, le marginal, le vagabond, l’étranger, l’anomique. Comme si, dans la mesure où un groupe humain refuse de reconnaître l’autre, de lui faire sa part, c’est ce groupe lui-même qui devenait monstrueusement autre.

    J.P Vernant in L’univers, les Dieux, les Hommes
    #logique_de_l_ambiguité #logique_de_la_contradiction #Dionysos #autre #étranger



  • How to Solve the World’s Hardest Logic Puzzle - Facts So Romantic
    http://nautil.us/blog/how-to-solve-the-worlds-hardest-logic-puzzle

    While a doctoral student at Princeton University in 1957, studying under a founder of theoretical computer science, Raymond Smullyan would occasionally visit New York City. On one of these visits, he met a “very charming lady musician” and, on their first date, Smullyan, an incorrigible flirt, proceeded very logically—and sneakily. “Would you please do me a favor?” he asked her. “I am to make a statement. If the statement is true, would you give me your autograph?” Content to play along, she replied, “I don’t see why not.” “If the statement is false,” he went on, “you don’t give me your autograph.” “Alright …” His statement was: “You’ll give me neither your autograph nor a kiss.” It takes a moment, but the cleverness of Smullyan’s ploy eventually becomes clear. A truthful statement gets him her (...)


  • Le fact-checking en 140 caractères : que signifie « Assad combat partiellement ISIS » ?

    AP Politics sur Twitter :
    https://twitter.com/ap_politics/status/785443978820849664

    AP deleted a tweet saying Trump was wrong that Syria’s Assad is fighting ISIS. His remark is only partially true. A new tweet is upcoming.

    suivi donc par :
    https://twitter.com/ap_politics/status/785444327568904192

    #APFactCheck: Trump’s remark that Syria’s Assad is fighting Islamic State militants is only partially true. #debate http://apne.ws/2dFFNN8

    • C’est sans aucun doute parce que les troupes d’ISIS ne tuent les soldats syriens qu’à moitié.
      #plus_c_est_gros...

      TRUMP: “I don’t like Assad at all. But Assad is killing ISIS. Russia is killing ISIS.”

      THE FACTS: Only partially true. Syria’s President Bashar Assad considers the Islamic State group to be among numerous “terrorist” groups that threaten his government. His overstretched military is mainly focused on combating Syrian opposition groups, some of which are supported by the United States. Assad does use air power against IS-held areas and his ground forces are engaged in fighting with the extremists in Deir el-Zour in the east.


  • #Anticosti aussi ou le fétichisme de l’énergie
    http://alternatives-projetsminiers.org/anticosti-aussi-ou-le-fetichisme-de-lenergie

    “Signes persistant des temps de crise… va-t-il falloir nous y faire ? Désormais ce n’est plus par de grandes affiches ou de somptueux prospectus publicitaires touristiques que nous découvrons des iles de rêve et les sites paradisiaques de la planète, mais, de plus en plus et presque exclusivement, par des crimes d’écocide liés à des projets miniers ou pétroliers.
    Avec la crise de #croissance du « Système technicien » et la résurrection #high-tech de l’extractivisme, notre découverte des merveilles du monde s’apparente de plus en plus à une descente aux enfers…
    On se trouve en présence d’une #logique_totalitaire arrivée au stade terminal de son développement… Le #Système_technicien, autonomisé et toujours plus obsédé par sa volonté de puissance, continue sa croissance perpétuelle pourrait nous dire #Jacques_Ellul. De fait, la frénésie extractive possède désormais les moyens technologiques et son vaste #complexe_industriel pour satisfaire encore sans entrave politique sa volonté d’expansion permanente. Le Système technicien apparaît aujourd’hui comme une véritable #superpuissance_transnationale_autonomisée. Avec, exacerbé en première ligne, la technique de #fracturation_hydraulique, ivre de sa perfection, cette méga-machine impose partout une ruée vers la #roche_mère et son cortège de sacrifices environnementaux…
    Comment expliquer la possibilité de permis gazier sur l’île d’Anticosti, lorsqu’on a appris où se situe ce petit paradis ?”

    http://alternatives-projetsminiers.org/wp-content/uploads/docs/contribution/AnticostiFetichismeL2.pdf

    Une politique de basse consommation d’énergie permet une grande variété de modes de vie et de cultures (...) Si, au contraire, une société se prononce pour une forte consommation d’énergie, alors elle sera obligatoirement dominée dans sa structure par la #technocratie et, [quelque soit son décorum idéologique], cela deviendra pareillement intolérable.


  • Des avions de chasse pilotés par une IA seraient déjà supérieurs aux humains
    http://www.numerama.com/sciences/178259-des-avions-de-chasse-pilotes-par-une-ia-seraient-deja-superieurs-au

    L’armée de l’air américaine a mis au point avec Psibernetix une intelligence artificielle capable de battre les meilleurs pilotes humains lors de combats aériens. Le métier de pilote d’avion de chasse est en voie de disparition.

    L’armée de l’air américaine et Psibernetix ont aussi demandé à un pilote vétéran, Gene Lee, qui forme lui-même les pilotes à la tactique de combat, d’affronter l’IA. C’est ce qu’il fait déjà depuis une vingtaine d’années, dans les différents simulateurs mis au point par l’US Air Force. Mais cette fois-ci, il n’a pas remporté une seule bataille contre les avions adverses pilotés par ALPHA.

    Pour y parvenir, Psibernetix explique qu’elle utilise une technique dérivée des algorithmes de logique floue, qui permettent à l’IA de se concentrer sur l’essentiel et de décomposer ses décisions en étapes à résoudre pour parvenir à un objectif. La méthode employée permet d’aller très vite, pour acquérir la réactivité nécessaire dans un combat aérien.

    Actuellement, l’IA fonctionne avec un seul processeur de 3,2 Ghz, et fonctionne à une fréquence de 154 Hz. Elle capte l’intégralité des données de tous ses capteurs toutes les 6,4 millisecondes, organise les données, et crée une cartographie du scénario, analyse l’état du combat, et modifie ses décisions pour s’adapter aux changements enregistrés. Les ingénieurs précisent qu’il reste encore largement possible d’optimiser les temps de calcul, et qu’à terme l’IA pourrait atteindre une vitesse de 1 100 Hz.

    https://fr.wikipedia.org/wiki/Logique_floue

    #Logique_floue


  • C’est en voyant ses films qu’on prend la température d’une époque


    Célibataire, mode d’emploi, How to be single, Christian Ditter, 2016
    Je l’ai regardé avec Christine et je vous jure que pendant tout le film j’étais certain que la fin coïnciderait avec une morale pro-mariage conservatrice et méga politiquement correct.
    Je crois que j’avais raison pour le « conservatrice » et le « politiquement correct ». Mais pas franchement pour le « pro-mariage ».
    Mais mais mais, c’est très peu de dire ça. En fait le film s’accommode très bien de l’air du temps. Le mariage bien sur, tout le temps et toujours, mais il s’avère quelques fois que cet impératif laisse une priorité au devoir néo-libéral auto-entreprenarial. Allez j’y réfléchis et en attendant je vous mets le dernier monologue : « Quand on est célibataire il faut savoir le savourer parce que, qu’on soit seul.e une semaine, un an ou toute une vie, il se peut très bien qu’en fait il n’y ait qu’un seul instant. Un seul instant où on ne soit pas lié à qui que ce soit d’une manière ou d’une autre, à un parent, un frère, une sœur, un ami, un chat. Un seul instant où l’on est face à soi-même, seul.e, vraiment réellement seul.e. Et en un clin d’œil l’instant est passé ».
    http://www.dailymotion.com/video/x3eeg35

    #critique_a_2_balles #célibataire_mode_d'emploi #How_to_be_alone #Christian_Ditter #2016 #teen_movie #normes #mariage #pas_viol #logique_manageriale #auto_entrepreneur #indépendance #célibataire #même_American_Pie_c'était_mieux


  • The “middle class” myth: Here’s why wages are really so low today
    http://www.salon.com/2013/12/30/the_middle_class_myth_heres_why_wages_are_really_so_low_today

    The argument given against paying a living wage in fast-food restaurants is that workers are paid according to their skills, and if the teenager cleaning the grease trap wants more money, he should get an #education. Like most conservative arguments, it makes sense logically, but has little connection to economic reality. Workers are not simply paid according to their skills, they’re paid according to what they can negotiate with their employers. And in an era when only 6 percent of private-sector workers belong to a union, and when going on strike is almost certain to result in losing your job, low-skill workers have no negotiating power whatsoever.

    [...]

    Slaughterhouses insist they hire immigrants because the work is so unpleasant Americans won’t do it. They hired European immigrants when Upton Sinclair wrote “The Jungle,” and they hire Latin American immigrants today. But it’s a canard that Americans won’t slaughter pigs, sheep and cows. How do we know this? Because immigration to the United States was more or less banned from 1925 to 1965, and millions of pigs, sheep and cows were slaughtered during those years. But they were slaughtered by American-born workers, earning middle-class wages. Mother Jones magazine explains what changed:

    [...]

    #compétences #syndicats #logique_d'apparence



  • Flexibilité des chômeurs, mode d’emploi. Les conseillers à l’emploi à l’épreuve de l’activation, Lynda Lavitry
    http://lectures.revues.org/20620

    La fusion entre l’Agence nationale pour l’emploi (ANPE) et l’Association pour l’emploi dans l’industrie et le commerce (Assedic) opérée en 2008 et effective en 2009 a considérablement occupé la sphère publique et médiatique pendant de nombreux mois, tout particulièrement dans un contexte d’augmentation importante du nombre de demandeurs d’emploi. Allant au-delà des aspects largement publicisés d’une institution en profond changement, la recherche menée par Lynda Lavitry propose de s’intéresser au traitement bureaucratique contemporain des chômeurs et de s’interroger quant au rôle des conseillers de Pôle emploi en tant qu’intermédiaires publics de l’emploi. À travers un dispositif ethnographique ambitieux inspiré de la tradition interactionniste de l’École de Chicago, l’auteur livre ici une étude approfondie des coulisses du « nouveau » service public de l’emploi.

    2Dans un premier chapitre, l’auteure expose clairement sa posture, son terrain multisitué et son approche méthodologique. Faisant de l’entretien entre le conseiller à l’emploi et le chômeur le cœur de son enquête, elle a donc construit son dispositif méthodologique autour de la pratique de l’observation in situ, facilitée par la réalisation de sa thèse via l’obtention d’un contrat de recherche « Convention industrielle de formation par la recherche » (CIFRE) avec l’institution. Ainsi, Lynda Lavitry a pu observer 202 entretiens entre conseillers et demandeurs d’emploi au sein de 9 agences #Pôle_emploi, et mener elle-même 68 entretiens avec des conseillers. Si le dispositif est largement inspiré des méthodes ethnographiques de l’École de Chicago, Lynda Lavitry explicite sa posture, en soulignant comment elle s’inscrit dans le croisement de sociologies sectorielles, entre sociologie pragmatique, sociologie politique et sociologie des organisations.

    2 Comme le souligne l’auteure, il s’agit ici d’analyser, « leurs caractéristiques sociodémographiques (...)
    3 « L’#activation recouvre en tout cas, de manière centrale, une dimension contractuelle, qui vise à i (...)
    3En préalable à l’explicitation des données de l’enquête, l’auteure dresse la morphologie sociale des conseillers à l’emploi, notamment via les aspects de leur identité professionnelle au sens de Hughes2. Elle observe une féminisation importante des conseillers, leur nette surqualification et une certaine valorisation morale du travail. Elle souligne également ce qu’elle nomme des « parcours empêchés », puisque bon nombre de conseillers n’ont pas choisi par vocation leur métier mais plutôt par défaut, suite à des trajectoires professionnelles #précaires ou des échecs à d’autres concours administratifs. Ces conseillers sont soumis à de fortes injonctions paradoxales, liées à la tutelle de l’État, qui non seulement induisent un déficit de légitimité sociale de leur fonction mais les mettent également en tension entre une logique civique, « plutôt orientée vers une action contre-sélective en faveur des chômeurs » et une #logique_technico-commerciale, « plutôt orientée vers la satisfaction des offres des entreprises » (p. 50). Si les limites floues et réversibles du métier de conseiller à l’emploi ne vont pas sans difficultés et doutes, son utilité sociale demeure incontestable. Cette morphologie sociale des conseillers à l’emploi est enrichie par une présentation du contexte sociohistorique de l’ANPE, depuis sa création en 1967 jusqu’à sa fusion avec les Assedic pour devenir Pôle Emploi en 2009. Les transformations opérées par l’institution portent la marque des politiques publiques de l’emploi qui se sont succédées en France et mettent en évidence trois étapes : la première de 1970 à1980, principalement axée sur des interventions directes et massives en faveur de l’emploi ; la seconde dans les années 1990, privilégiant le traitement social et économique du chômage ; la troisième de la fin des années 1990 au début des années 2000, qui introduit la notion centrale d’activation et les mesures plus focalisées sur l’individu et son employabilité. Dans ce contexte, l’auteure souligne les formes et les bouleversements organisationnels induits par l’émergence d’une #rationalité_gestionnaire au sein de l’institution : gestionnarisation de l’accompagnement, notamment via le passage d’indicateurs d’activité à des indicateurs d’efficacité pour l’évaluation des conseillers, et un Suivi mensuel personnalisé (SMP) non dénué d’ambivalence, pour le suivi des demandeurs d’emploi ; gestionnarisation du tri des chômeurs, notamment à travers le #profilage, qui illustre comment la notion de parcours est davantage liée aujourd’hui à la #recrutabilitié de l’individu qu’à son employabilité ; gestionnarisation des #sanctions, enfin, à travers leur net renforcement.

    #chômeurs