Louvre : entrée interdite Didier Rykner
Nous n’avons cessé, depuis des années, de dénoncer le nombre invraisemblable de salles fermées du Louvre, souvent sous le prétexte de travaux qui n’existent pas, la direction du musée mentant sciemment aux visiteurs. Rappelons par exemple ces deux articles, ici et là, du temps de Jean-Luc Martinez.
En août 2019, nous nous promenions dans un Louvre en grande partie vide, mais inaccessible à la réservation (voir l’article), une situation que nous révélions déjà quelques semaines plus tôt (voir l’article).
À l’arrivée de Laurence des Cars à la tête du Louvre, nous avons attendu de voir quelle serait sa politique, car nous ne faisons jamais de procès d’intention et nous ne travaillons que sur les faits.
C’est pour cette raison qu’un an après sa nomination, alors que quelques décisions prises semblaient aller dans le bon sens, nous avions écrit en août 2022, il y a trois ans, un article se félicitant d’un Louvre désormais plus ouvert. Cela n’a pas duré longtemps. La triste réalité, partagée par les employés du musée avec qui nous pouvons parler, est que sur presque tous les plans, la politique de la nouvelle présidente est encore pire que celle de son prédécesseur. Et cela ne fait pas exception pour les ouvertures de salles et l’impossibilité de visiter le musée. L’embellie n’aura été que très passagère.
La volonté de justifier le projet de « Renaissance » du Louvre explique, sans doute, en grande partie, ce constat. Cela se traduit désormais, non seulement par des fermetures toujours plus importantes des salles sous le prétexte de travaux imaginaires, mais aussi par l’impossibilité d’entrer dans le musée alors que celui-ci est en grande partie vide.
Le système de réservation est d’ailleurs, comme d’habitude, totalement dysfonctionnel. C’est ainsi que le samedi 16 août 2025, à 12 h 11, il était impossible de réserver une entrée au musée jusqu’au vendredi 23 août, comme notre copie d’écran le montre (ill. 1). Cela signifie qu’à moins d’avoir déjà réservé un billet plusieurs jours plus tôt, ou de passer par un site extérieur au musée (ill. 2) et de payer presque deux fois le prix normal (déjà très élevé), les Parisiens, comme les touristes visitant la capitale, ne pouvaient plus entrer dans le musée avant six jours. Or, lundi 18 août matin, il était à nouveau possible d’acheter des billets pour ce jour, ce qui était exclu le vendredi !
Vendredi 16 août, alors qu’aucune place n’était donc plus en vente sur le site du Louvre, nous avons cependant pu y entrer grâce à notre carte d’Amis du Louvre. Et nous avons fait le même constat qu’en 2019 : le visiteur ne pouvait plus acheter de billets alors que le musée était en grande partie vide. C’était le cas notamment dans les salles de peintures françaises et nordiques (ill. 4 à 7), au deuxième étage de la Cour carrée et de l’aile Richelieu, mais aussi dans la majeure partie des salles d’Objets d’Art.
Interdire aux amateurs de visiter le Louvre, voilà la politique de démocratisation culturelle de ce musée, sans que cela semble gêner une seconde un ministère de la Culture totalement absent.
Non seulement les salles sont très largement fermées, mais le Plan d’Ouverture Garanti (nom donné en interne [1]) ou Plan d’ouverture des salles, change sans arrêt, et d’une manière totalement incohérente, ce qui mécontente fortement les visiteurs, pour ne pas parler des agents de surveillance. Un seul exemple, édifiant.
Il y a quelques jours encore, le plan téléchargeable sur le site du musée (comme on peut le voir encore sur Webarchives) était prévu du 12 juillet au 24 août 2025 (ill. 8). Désormais, ce n’est plus que du 12 juillet au 21 août 2025 (ill. 9), ce qui empêche donc toute personne qui voudrait réserver du 22 au 24 août de savoir exactement ce qui sera ouvert ou fermé.
Quant à ceux qui voudraient réserver pour une entrée à 16 h 30 (ou à 19 h 30 les soirs de nocturne), ils ont intérêt à se dépêcher. Car - il est vrai que ce n’est pas nouveau - la fermeture à 18 h ou à 21 h est une pure vue de l’esprit : dès 17 h 30, dans le premier cas, et 20 h 30, dans le second, une annonce est faite par haut parleur indiquant que le musée ferme... dans 15 minutes. Pas 30 minutes donc. Et à 17 h 45 ou 20 h 45, les agents demandent aux visiteurs de sortir. Pour peu qu’un visiteur entre sous la pyramide à 16 h 30 pour se rendre aux peintures françaises du XVIIIe siècle au second étage de la Cour carrée, il lui faut au mieux dix minutes pour y parvenir, et il dispose d’à peine plus de trois-quarts d’heure avant qu’on le prévienne de la fermeture imminente. Une heure au maximum pour voir les œuvres qu’il veut... à condition, bien sûr, qu’elles soient ouvertes ! Et tout cela, au tarif plein.
C’est cela le Louvre, le plus grand musée du monde, comme se plaît à le répéter la ministre de la Culture. Le plus grand, sans doute. Le plus désorganisé, et le moins accueillant, c’est certain.
Notes
[1] Ce nom grotesque (acronyme : POG) devrait être remplacé par PFA, « Plan de Fermeture Assurée » (voir l’article).
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