• Depuis 2007, les #facs à la peine

    L’augmentation du nombre d’étudiants et la loi LRU minent les #budgets des établissements.
    #Lille n’est pas la seule université dans la panade financière. De nombreux établissements ne parviennent pas à boucler leurs budgets.

    Combien de facs ont des #difficultés_financières ?

    Situation « très dégradée », avec un « risque d’#insoutenabilité à court ou moyen terme ». Voilà ce qu’écrivait en mai dernier la #Cour_des_comptes au sujet des universités de #Grenoble_Alpes, #Limoges, #Orléans, #Pau, #Toulouse-III, l’université de technologie de #Troyes et l’Ecole centrale de Nantes (ingénieurs). Outre ces six établissements, elle observait aussi des problèmes, bien que moins prononcés pour Paris-I et Rennes-II. « Cette situation n’est plus exceptionnelle, précise Khaled Bouabdallah, vice-président de la Conférence des présidents d’université (CPU). Depuis dix ans, entre 7 et 10 universités se retrouvent confrontées chaque année à de graves #problèmes_financiers. »

    Pourquoi ?

    « La raison est très simple, répond Khaled Bouabdallah. Les universités voient s’accumuler une série de #dépenses obligatoires, de l’ordre de 150 millions d’euros, que l’Etat ne compense pas intégralement. Donc au bout d’un moment, ça coince. » Un exemple : l’évolution de carrière. « Plus les enseignants-chercheurs ont des années d’#ancienneté, plus leur salaire augmente. Mais ce surplus, qui représente 50 millions d’euros par an, n’est pas automatiquement pris en charge par l’Etat. » Mi-décembre, en plein vote des budgets prévisionnels, les présidents d’université ont eu une frayeur. Le ministère de l’Enseignement supérieur leur a adressé un courrier « tellement abscons qu’aucun de nous n’a compris sur quelle somme, en définitive, on pouvait compter. On a voté des budgets à l’aveugle ». La #dotation_de_l’Etat représente entre 80 % et 85 % du #financement des universités.

    L’Etat verse-t-il moins d’argent qu’avant ?

    Le budget de l’Enseignement supérieur n’a jamais été aussi élevé, assure le ministère. « Vrai dans l’absolu, concède Pierre Chantelot, du Snesup-FSU, le principal syndicat des enseignants-chercheurs. Mais le budget par étudiant, lui, il baisse. » La CPU dit la même chose : « La courbe a une pente négative, vu que le nombre d’étudiants ne cesse de progresser. Ils sont 30 000 de plus cette année. » Pour Pierre Chantelot, le baby-boom des années 2000 n’est pas la seule explication. « Le point de rupture, ça a été la loi sur l’autonomie des universités [LRU de 2007, ndlr]. Depuis, les dotations de l’Etat ne sont plus corrélées au nombre d’étudiants. C’est dérégulé. En gros, chaque président d’université négocie sa dotation et donc ça dépend du rapport de force. Les universités parisiennes prestigieuses négocient directement avec la ministre par exemple. Les petites universités n’ont aucune prise. »

    Quelles sont les conséquences ?

    Une fois dans le rouge, les universités sont soumises à un régime drastique… Avec la menace qui plane au-dessus de leur tête de se retrouver sous la tutelle du rectorat. Les plans d’#austérité se ressemblent : « On réduit la #masse_salariale, qui représente environ 80 % du budget d’une université », poursuit la CPU. Comment ? D’abord, en ne mettant pas au concours des emplois laissés vacants par les départs à la retraite. « On a fait les calculs et cela peut paraître difficile à croire mais, vu les effectifs, il devrait y avoir dans les universités françaises quasi deux fois plus d’enseignants-chercheurs ! » assure le Snesup. Conséquences, dénonce le syndicat : des cours de travaux dirigés bondés, des labos de recherche aux budgets insuffisants pour bien tourner… Et un retour massif aux #contractuels. Bouabdallah de la CPU résume : « Un emploi de contractuel coûte en moyenne 30 % moins cher qu’un titulaire. »

    https://www.liberation.fr/france/2019/01/08/depuis-2007-les-facs-a-la-peine_1701734
    #université #crise #histoire #LRU #précarisation

  • Université : les raisons de crises multiples
    https://www.mediapart.fr/journal/france/211116/universite-les-raisons-de-crises-multiples

    François Vatin © DR Le sociologue #François_Vatin dresse un constat sévère de l’université française. Pour lui, rien n’est fait par les pouvoirs publics pour permettre à l’université de remplir sa mission. Elle ne serait qu’une gare de triage accueillant les étudiants dont personne ne veut ailleurs.

    #France #enseignement_supérieur #LRU #réforme_du_master #Université

  • Une expérience de militantisme à l’université.

    Cet article a été écrit en 2007 suite au mouvement étudiant contre la LRU (Loi de Réforme des Universités) aussi appelé Loi Pécresse.

    Troisième et dernière partie :
    On constate en effet que ma demande de conserver une entrée accessible aux personnes en fauteuil durant le blocage a été acceptée trois jours. « Pour des questions de visibilité et de sécurité mettre le piquet de grève devant les marches était plus pratique, mais ne t’inquiète pas, tu demandes et on t’ouvre ».
    D’autre part durant les AG la plupart des votes se font à main levée, c’est un autre confrère handicapé qui me l’a fait remarquer. Je demande, en réunion de comité, qu’une solution soit trouvée pour les étudiants qui ne peuvent pas lever la main, ma demande sera prise en compte pour la dernière AG. Enfin, le vote statuant sur la question du blocage se fait par couloirs : les pour d’un côté, les contre de l’autre. Première AG : il y a des marches devant le couloir « pour », ainsi un étudiant en fauteuil ne peut que voter contre le blocage, ce n’est pas très productif, je gueule. Deuxième AG : c’est l’inverse, les fauteuils ne peuvent voter que « pour », c’est mieux mais bon, je gueule. Troisième AG : les deux couloirs sont accessibles mais un membre de la tribune informe trois fois tous les étudiants que : « les couloirs ont été déplacés pour permettre aux handicapés de voter normalement », était-ce vraiment nécessaire ?

    Quelques perspectives en guise de conclusion.
    D’abord, bien sûr, poser la nécessité absolue de voir les étudiants handicapés, non pas seulement consultés mais bien maîtres des décisions qui les concernent. Il ne faut pas se faire avoir au piège d’exiger des « handicapés pour s’occuper des handicapés ». Le problème ne vient pas de l’ignorance des professionnels ou de leur manque de bonne volonté, mais bien d’une volonté politique. En ça, le combat nécessaire des étudiants handicapés est le même que celui des étudiants. Les spécificités matérielles, techniques, voire, éventuellement, médicales n’obligent, pour aucune d’elles, la délégation des décisions les concernant à une institution extérieure aux étudiants et à l’université. Il est urgent d’arrêter de considérer les problèmes liés au handicap comme des problèmes extérieurs, consensuels, apolitiques et du même coup les étudiants handicapés comme des objets ou des enjeux. Le soi-disant « problème du regard des gens » n’est que le symptôme du désengagement complet des collectivités au profit d’une individualisation des responsabilités et d’une dépolitisation des enjeux. On se souviendra que de nombreuses situations étaient, naguère, prises pour apolitiques, avant d’être socialisées à l’après-guerre, et, prises en charge (au moins en partie) en tant que problèmes politiques (la vieillesse avec le versement des retraites, la maladie avec la sécu, la pauvreté (notamment étudiante) avec le versement du chômage, du RMI, de bourses pour les étudiants). Le slogan d’Act-Up qui affirmait que le Sida était une maladie politique paraît, en ça, visionnaire.
    Ensuite, un travail syndical paraît nécessaire et urgent pour permettre la conscientisation des étudiants concernés. Mais il faut d’abord s’interroger sur les conditions sociales qui aboutissent à rendre les étudiants handicapés encore plus réactionnaires que la moyenne des étudiants. Il est donc tout aussi urgent de créer les espaces de débat et de solidarité qui permettraient la réflexion et la conscience des étudiants concernés de leur propre condition, alors que les institutions ou service accueillant les élèves et lycéens handicapés ne laissent aucune place à cette forme d’engagement social. On pourrait alors enfin envisager de vraies perspectives de lutte.
    Mais l’un des seuls aspects qui paraît alors spécifique est celui de la compensation de l’impossibilité de militer « comme les autres ». Là où les conditions pour permettre la bonne scolarité des étudiants handicapés ne sont pas réunies, elles paraissent encore plus difficiles à réunir pour le domaine très spécifique du militantisme. Est-ce alors aux syndicats ou aux comités de mobilisation de prévoir, même pendant une situation de crise (blocage, occupation, réunion organisée dans l’urgence…) les conditions d’accueil d’acteurs handicapés ? Comment, d’autre part, sensibiliser les étudiants handicapés aux luttes qui les concernent lorsque les militants sont des étudiants valides ?
    De manière réciproque, il faut, sans doute, faire un vrai travail de formation auprès des militantes et des militants et sortir du réflexe corporatiste pour faire intégrer, une bonne fois pour toutes, les problématiques liées au handicap à l’ensemble du terrain de lutte sociale.

  • Une expérience de militantisme à l’université.

    Cet article a été écrit en 2007 suite au mouvement étudiant contre la LRU (Loi de Réforme des Universités) aussi appelé Loi Pécresse.

    #militantisme #handicap #mouvement_étudiant #Bordeaux #2007 #LRU #compensation #fac

    Deuxième partie :

    Etudiant depuis sept ans, j’ai connu deux universités différentes de Bordeaux et ce parcours m’a donné l’occasion de rencontrer pas mal d’étudiants concernés par l’accueil lamentable des administrations et des relais handicap. La stratégie adoptée par les universités face à un étudiant qui revendique de meilleures conditions d’études, qui se plaint trop souvent de devoir faire le tour d’un bâtiment pour accéder à un amphi ou qui refuse de demander à un collègue de lui photocopier ses cours est toujours la même. « C’est un râleur, il n’est jamais content alors que tout le monde est tellement gentil avec lui. D’ailleurs, la preuve, les autres étudiants ne se sont jamais plaints ».
    Ce qui est faux : certains se plaignent, mais de manière individuelle et encore faut t-il savoir écouter. A de rares occasions nous avons tout de même pu nous regrouper, à trois ou quatre, sur des problématiques précises suffisamment visibles pour la télé. En mai 2005 nous avons ainsi pu alerter France 3 et avoir droit à trois minutes du flash local. Au prix d’images ridicules où trois handicapés franchissaient vaillamment les portes de l’Université un temps plein fut libéré trois mois plus tard par l’administration.
    Mais cette expérience reste unique. Les contraintes organisationnelles empêchent, pour une part, les étudiants concernés de se réunir, d’échanger leurs expériences et de revendiquer ensemble. Mais la raison la plus importante est le manque de conscience des étudiants de leur propre condition d’oppression.
    En octobre 2007 commence le mouvement étudiant contre la loi LRU. Le blocage de l’université Bordeaux 3 est voté en Assemblée Générale. Je souhaite alors prendre part au maximum au mouvement dans cette université ainsi réinvestie. Le rythme imposé aux militants est largement insoutenable pour moi, on s’absente quelques heures, on loupe une réunion et on ne comprend plus rien. C’est pourquoi je décide de m’investir sur les problématiques que je maîtrise à savoir celles du handicap. J’inscris bien sûr ma démarche dans celle, plus globale, d’opposition à une loi qui remet en cause le service public. Il y a tout à faire, profitons-en.

    Suite à la seconde assemblée générale, les étudiants handicapés ont le plaisir de recevoir un mail du relais handicap les informant que le blocage est maintenu. L’expéditrice du mail (E.) déplore ainsi cette « mauvaise nouvelle » et nous demande de :

    « ne pas perdre de temps, ces journées sans cours ne sont pas des vacances, continuez si vous le pouvez à travailler chez vous ou en petits groupes. »

    Très en colère je réponds donc ceci :

    « E. ,
    merci beaucoup de relayer des infos liées au blocage. Je te demande cela dit de te contenter de mails strictement informatifs. Même handicapé, notre esprit critique est suffisamment aiguisé, je crois, pour nous laisser seuls juges de la portée d’un événement. 

    Je n’en profiterais pas pour faire état des conséquences que peut avoir la LRU sur les conditions d’accueils des étudiants handicapés (ni sur ton propre poste).

    Les étudiants de Bordeaux III sont tous tenus d’avoir obtenu un bac (ou équivalent), cela est largement suffisant pour décider nous même de nos activités durant le blocage.

    Cordialement,

    R. »

    Le mail de E. préjuge ainsi de la situation de victime des personnes handicapées.Ils seraient d’abord passifs devant ce mouvement social et surtout évidemment hostiles.
    Par un excès d’enthousiasme je commets l’erreur d’envoyer ma réponse à l’ensemble des étudiants handicapés. Je reçois dans les jours suivants plusieurs messages de reproches plus ou moins violents concernant la réponse faite à E. .
    Beaucoup de messages témoignent d’abord de la mauvaise compréhension de mes reproches faits au Relais handicap. Ainsi je n’apprécie pas l’aide apportée au quotidien par E. et V., mon mail était agressif (« rabaisser un professionnel du handicap est inacceptable. »). Mes critiques faites sur les stéréotypes systématiquement renvoyés aux étudiants passent complètement à la trappe :

    « Ca ne se fait pas…car elle a écrit ce message dans de bonnes intentions »

    C’est en fait bien plus qui m’est reproché. En évoquant les difficultés rencontrées à l’université, en refusant d’être absolument remerciant des services apportés par le Relais handicap et en me permettant de faire des reproches à son personnel j’ai remis en cause une autorité intouchable. La fonction professionnelle donne ainsi une légitimité que je ne dois pas remettre en cause : « laisse les gens compétents faire leur travail ». Une étudiante prie même E. de m’excuser en lui expliquant que tout le monde ne pense pas comme moi.
    C’est enfin le principe même de revendication qui est contesté :

    « on n’a pas le droit de profiter de notre situation d’handicapé pour tout le temps se plaindre »

    Une étudiante me dit même que contrairement à moi elle ne « porte pas son handicap en bannière » et me conseille : « occupe toi de ton handicap tu as l’air de mal le vivre ».
    Ces phrases ne témoignent pas seulement d’une méconnaissance de la notion de droit à compensation et d’un contresens fait sur la notion d’autonomie qui reviennent au final à un déni manifeste de la situation de handicap, elles sont le témoin criant d’une situation de grande oppression sociale. D’après mon propre vécu il me semble que, pour beaucoup d’étudiants concernés, l’accès à l’université représente une victoire exceptionnelle (on ne s’en étonne pas si on regarde la proportion d’étudiants chez les personnes handicapées, 0,24 % en 2005), une extraction de la condition de personne handicapée. Il paraît donc inconcevable de revendiquer sur des questions spécifiques liées au handicap et encore plus inconcevable de s’organiser à plusieurs. D’autre part, pour beaucoup cette « ascension sociale » est accompagnée d’injonctions de l’environnement (familial et professionnel) à « ne pas se plaindre ». « On te permet d’être étudiant, d’être parmi les autres, c’est exceptionnel, regarde comme tu as de la chance, et en plus tout le monde est tellement bon avec toi alors qu’ils n’y sont pas obligés ». On retrouve le statut exceptionnel de la personne handicapée tout juste tolérée. Invoquer les théories concernant la culpabilité renvoyée, explicitement ou insidieusement, aux personnes handicapées demanderait un développement beaucoup plus long. Pour résumer, si je proteste et que je n’ai pas de raisons de me plaindre c’est bien que je suis aigri et très malheureux de mal vivre mon handicap.
    Toujours est-il que cette anecdote témoigne de la grande misère sociale et politique des étudiants handicapés dont beaucoup ont intégré les représentations de leur propre oppression. Ils en sont donc moteurs. Alors que le rôle du Relais handicap serait non seulement de travailler à l’amélioration des conditions d’accueil mais aussi de faire prendre conscience aux intéressés de leurs droits d’étudiants, celui-ci entretient en fait une infantilisation qui passe notamment par un tutoiement systématique.
    Dans l’une des réponses des étudiants à mon mail une phrase retient mon attention : « Soyez conscients que pour certains le blocage représente un vrai cauchemar. »

    To be continued …

  • Une expérience de militantisme à l’université.

    Cet article a été écrit en 2007 suite au mouvement étudiant contre la LRU (Loi de Réforme des Universités) aussi appelé Loi Pécresse.
    #militantisme #handicap #mouvement_étudiant #Bordeaux #2007 #LRU #compensation #fac

    Première partie :

    Les universités françaises doivent donner à tous les étudiants qui les fréquentent les mêmes moyens d’étudier. Qu’en est-il pour les étudiants handicapés ? De moins en moins enfermés dans des foyers, ayant de plus en plus de moyens pour vivre à peu près « normalement », les personnes handicapées comptent de plus en plus d’écoliers, de lycéens, d’étudiants, de travailleurs, de citoyens impliqués dans la vie sociale.
    Au fil des années, les étudiants handicapés ont donc été de plus en plus nombreux. Les handicaps peuvent être de plusieurs types (sensoriel, mental, moteur…) chacun d’eux entraîne des besoins spécifiques qui doivent (et qui peuvent aujourd’hui) être compensés par des aides techniques ou humaines. Par exemple, un fauteuil électrique permet de compenser une incapacité à marcher. On peut estimer qu’un fauteuil électrique est un bon moyen de compensation tant qu’il permet d’accéder aux mêmes fonctions de déplacement que la marche à pied. Un escalier rend évidemment un fauteuil inefficace, un ascenseur permet alors de compenser l’impossibilité de déplacement causée par l’escalier.
    Bref, pour faire face aux diverses difficultés et questions posées par l’accueil des étudiants handicapés, chaque université dispose d’un chargé de mission. C’est en fait un membre du corps enseignant ou du personnel administratif qui est particulièrement chargé de cette mission.
    Celui-ci n’est pas particulièrement formé, il dispose de peu de moyens alloués spécifiques et assure sa mission en plus de sa première fonction (d’enseignant ou d’administratif). Son rôle se limite donc la plupart du temps à accueillir les étudiants handicapés en début d’année et à organiser des conditions particulières d’examen.
    A Bordeaux quelques temps-pleins spécifiquement dédiés à l’accueil des personnes handicapés ont pu être débloqués, à vrai dire un par université. Ainsi depuis quelques années existe à Bordeaux III un relais handicap, le même type de bureau est ouvert à Bordeaux I et Bordeaux II depuis moins de deux ans. Les personnes employées dans ces relais handicaps n’ont toujours pas de formation spécifique mais ont en revanche une bonne volonté exemplaire qu’elles ne manquent pas de faire valoir comme principale preuve de leur légitimité.
    Pourtant, cela ne suffit largement pas. Les besoins spécifiques des personnes lourdement handicapées motrices (par exemple) ne s’expriment évidemment pas dans la seule période des examens, mais bien durant toute l’année universitaire. Et ils ne s’expriment pas seulement à propos des problèmes d’accessibilité des bâtiments.
    Les problèmes d’infrastructures sont loin d’être les seuls à gêner la bonne scolarisation des étudiants. Ils sont bien souvent l’arbre médiatisé qui cache la forêt. Un mec en fauteuil coincé devant un escalier c’est très photogénique. Cela permet en plus, non seulement de dresser le constat que personne n’y peut rien dans l’instant (« ça a mal été conçu au départ ») mais aussi de montrer le personnel de l’administration « tout faire » pour rendre, malgré tout, les conditions d’accueil les meilleures possibles. En effet, il y aurait beaucoup à faire, car en dehors des difficultés d’accès, les problèmes sont multiples.
    Un étudiant lourdement handicapé moteur qui ne peut pas écrire lui-même, qui a besoin d’aide pour appeler un ascenseur, pour aller aux toilettes, pour manger, pour enfiler et enlever son manteau ou encore pour éteindre son téléphone en début de cours, passe à peu près tout son temps universitaire à galérer. En cours, celui-ci a intérêt à être attentif car il ne peut pas prendre de notes, il devra donc trouver, à la fin du cours, un « gentil-camarade » qui accepte de l’accompagner et de photocopier ses notes. Tant pis si le « gentil-camarade » écrit mal, s’il ne prend pas bien les notes, s’il ne vient pas à tous les cours, s’il écrit en rose fluo, s’il a autre chose à faire. Pour l’ensemble des prestations toilette-repas, notre ami handicapé a le choix entre se retenir et ne pas manger, demander à un « gentil-camarade » ou s’organiser à faire venir, à l’université, des auxiliaires de vie qui interviennent habituellement à son domicile et à d’autres horaires. Cette dernière possibilité présente pour notre ami un coût en énergie et en organisation difficilement imaginable. Il doit prévoir plusieurs jours à l’avance l’heure à laquelle il souhaitera aller aux toilettes par exemple.
    Dernier problème pour notre ami : le travail personnel. Dans son ambition d’autonomisation de l’étudiant, l’université prévoit un minimum de cours pour un maximum de travail personnel (recherches, dossiers à rendre, etc.). L’étudiant doit alors travailler chez lui ou en bibliothèque et ce travail ne peut se faire sans aide (secrétariat, prise de notes sous la dictée, aide à la recherche dans des grosses encyclopédies). Encore une fois l’université ne prévoit pas d’aide spécifique, enfin presque pas, pas pour tout le monde, et pas en début d’année.
    Pour ce problème particulier, on pourrait facilement imaginer que l’université, via les relais-handicap, trouve des étudiants intéressés pour ce genre d’emplois, précaires mais sympathiques. Les étudiants handicapés auraient ainsi à leur disposition un certain nombre d’étudiants sous contrat avec la fac liés par un cadre professionnel et évacuant du même coup les problèmes d’organisation et de demande.
    Car aujourd’hui, c’est cette fameuse demande à des collègues que l’université envisage comme évidente sans voir les aspects néfastes. En étant toujours dans une relation de demande à ses collègues étudiants, la personne handicapée est placée en position de complète dépendance, et sacrifie en fait son intégration sociale aux nécessités matérielles. L’université ne veut pas entendre qu’en étant obligée de demander de l’aide à un camarade, et ce dès la première heure du premier cours, une personne handicapée propose son handicap comme premier et seul élément de relation sociale. Il ne s’agit pas, bien sûr, de nier auprès des autres étudiants le handicap et ses conséquences. Mais en le considérant à sa juste valeur, en donnant à la personne les moyens de compensation dont elle a besoin, le handicap est socialement et littéralement effacé. Libre à elle, après coup, d’en faire part, dans le cadre de sa relation sociale comme aspect plus ou moins important de sa vie.
    En s’appuyant sur la bienveillance individuelle des étudiants, sur le soi-disant devoir d’aider son prochain, l’université transforme bien la solidarité collective en charité individuelle. Et ce n’est pas seulement un problème de principe. En appliquant cette politique irresponsable, l’université met l’étudiant dans des situations aux conséquences relationnelles et sociales dramatiques (en étant, par exemple, obligé de demander de l’aide à des amis pour aller aux toilettes). Outre l’état de misère sociale et relationnelle dans lequel sont souvent tenues les personnes handicapées, outre aussi les conséquences désastreuses sur le taux de réussite à l’université, cette politique est le symptôme du désengagement progressif de l’université dans sa mission de service public.
    Etre seul prestataire d’enseignement, en offrant un service aux conditions normées et en déléguant toutes les tâches spécialisées à des prestataires de services extérieurs (ménage, entretien, traduction en langue des signes, auxiliaires de vie, secrétariat…), voilà ce à quoi aspirent les administrations de l’université.
    En 2005 a été créée la MDPH (maison départementale des personnes handicapées), cette institution regroupe l’ancienne COTOREP augmentée de tous les dispositifs de financement pour permettre la compensation humaine ou technique du handicap. Et en effet tous les dispositifs de compensation sont relativement simplifiés pour les personnes handicapées. Cela présente en revanche le danger d’un service tout dédié au handicap vers lequel est systématiquement renvoyé l’usager de n’importe quelle institution dès lors qu’il est atteint d’un handicap. « Votre emploi du temps ne vous convient pas car certaines salles de cours ne sont pas accessibles ? Adressez-vous à la MDPH pour les besoins particuliers entraînés par votre handicap. » ; « Vous avez envie de pisser entre deux cours ? Nous avons à votre disposition des toilettes accessibles. Un accompagnement ? Une aide humaine ? Cela relève du soin, pas de l’université, adressez-vous à la MDPH. ». Ces deux exemples sont très différents mais relèvent de la même logique : considérer le handicap comme un cas à part, un élément malheureux qui relève de l’exceptionnel et qui, sous prétexte de besoins spécifiques, nécessite l’intervention d’une institution spécifique et autrement spécialisée.
    Si l’université ne veut même pas discuter, sous couvert de l’évidence, de sa responsabilité dans l’accompagnement aux toilettes, elle est davantage mise en porte-à-faux pour ce qui concerne ces fameux besoins d’accompagnements « pédagogiques ». C’est que la MDPH, pour le moment, n’est pas claire : les allocations individuelles couvrent les besoins « vitaux » pas les besoins « pédagogiques ». L’université a donc davantage de difficultés à se justifier dans son refus de financement et d’organisation de l’aide pédagogique.
    Depuis deux ans l’université accepte donc de donner, au cas par cas, une enveloppe, censée couvrir les dépenses liées à l’embauche de secrétaires. Elle en profite aussi pour exprimer son grand regret de ne pas voir la MDPH prendre en charge ce surcoût. Elle incite enfin les étudiants concernés à poursuivre les demandes auprès de la MDPH tout en rendant cette enveloppe de plus en plus exceptionnelle et de plus en plus difficile à obtenir.
    To be continued …

    • Je ne suis plus, ni étudiant ni Bordelais mais je ne suis pas vraiment sûr malgré l’amélioration progressive des conditions d’étude des étudiants et étudiantes handicapés que des moyens de compensation précis est été d’avantage mis en place depuis. J’attend que des étudiants et des étudiantes d’aujourd’hui me disent si un accompagnement total est aujourd’hui pensable ...

  • De l’autonomie à la mise sous tutelle ? Contraintes budgétaires et stratégies gestionnaires des #universités
    http://terrainsdeluttes.ouvaton.org/?p=4040

     La revue Savoir / Agir consacre son numéro 29 aux réformes universitaires. Nous en publions ici un article portant sur les conséquences de la loi d’autonomie sur le fonctionnement quotidien des universités. Odile Henry et Jérémy Sinigaglia reviennent ici notamment sur les conséquences du nouveau système d’allocations des moyens, le …

    #Nos_enquêtes #fioraso #LRU #pécresse #SYMPA

  • Les contractuels des universités ne veulent plus être des variables d’ajustement budgétaire
    http://larotative.info/les-contractuels-des-universites.html

    Poussée par le management libéral, la précarisation des salariés des universités va croissant. Des luttes locales émergent, portées par les contractuels d’enseignement et de recherche, et des liens entre sites voient le jour. On fait le point avec les contractuels de Tours, qui ont organisé deux premières AG, et ceux de Caen avec qui on a discuté lutte locale et générale.

    Tours : Comment s’est passée votre occupation du comité technique ?

    Caen : Ce sont deux copains qui ont été appelés à venir et on a décidé de s’y incruster pour montrer qu’on est ensemble et qu’il n’y a pas de représentants. Donc on est arrivés là-bas, les revendications ont été lâchées à l’emporte-pièce, en mode perturbation. On a posé les problèmes de fond qui touchent l’université, notamment la question des recompositions des UFR, mais en appuyant sur le fait qu’on avait travaillé et que donc on devait être payés. Ils s’attendaient pas à ce qu’on débarque à une vingtaine. On leur en a mis plein la gueule chacun notre tour, en expliquant notre vie quotidienne, en expliquant que l’université ne peut pas tourner sans nous, qu’il y a pas mal de choses illégales et qu’on pourrait mettre en place des recours juridiques.

    #université #LRU

  • Contre la précarisation des personnels de l’Université
    http://larotative.info/contre-la-precarisation-des.html

    Le rouleau-compresseur libéral continue son travail de sape au sein des universités françaises. Dernier opus d’une série de lois qui érige la précarisation des personnels en mode gestion : la loi Sauvadet. Les contractuels de l’Université de Tours tirent le signal d’alarme.

    Les difficultés que rencontrent nombre d’universités françaises interrogent. Les déficits, voire faillites, rencontrés ne sont-ils vraiment qu’un effet non voulu de la mise en application de la LRU ? Ne s’agit-il pas plutôt d’une conséquence recherchée, fruit de l’application au champ universitaire des principes « universels » du marché et de la concurrence ? La mise en concurrence des universités, dans l’objectif d’en faire émerger certaines capables de rivaliser sur le marché mondial de l’enseignement supérieur, conduiraient alors inévitablement à l’élimination des plus « faibles ».

    #université #recherche #LRU

  • Histoires d’universités » Blog Archive » Attaques ad hominem
    http://blog.educpros.fr/pierredubois/2014/03/01/attaques-ad-hominem
    Le bloggueur Pierre Dubois, aux analyses très critiques sur la politique de l’enseignement supérieur, reçoit un rappel à l’ordre du driecteur de la plateforme EducPro (l’Etudiant) puis son blog a été "dissocié" de cette plateforme.

    Emmanuel Davidenkoff, directeur de la rédaction : le recours à des images d’un goût parfois plus que douteux ne correspond ni à notre charte ni aux valeurs journalistiques d’Educpros… Croyez-vous pouvoir renouer avec la vivacité critique qui est la vôtre sans recourir à ces méthodes ? Il est important qu’Educpros, blogs compris, reste un lieu de débat, pas de campagne d’opposants, a fortiori avec des attaques ad hominem.
    Je n’avais pas publié de chronique depuis ce rappel à l’ordre, daté du mercredi 19 février 2014.

    Ce billet renvoie vers les chroniques incriminées et les commentaires très nombreux contiennent d’une part des éclaircissements sur ce qu’Emmanuel Davidenkoff reproche à Pierre Dubois, et d’autre part de très nombreuses marques de soutien à ce dernier.
    Au delà, l’enjeu est celui de la politique de réforme suivie par le gouvernement socialiste, en totale continuité avec les gouvernements de droite précédents.
    J’apprécie depuis longtemps l’espace de discussion qu’est le blog de Pierre Dubois et je lui apporte mon entier soutien à cette occasion
    Plusieurs bloggueurs universitaires lui apportent leur soutien :
    http://blogs.mediapart.fr/blog/pascal-maillard/020314/en-defense-de-la-liberte-des-blogueurs-une-action-de-soutien-pierre-
    http://blogs.mediapart.fr/blog/olchantraine/020314/le-monologue-des-reformateurs-de-luniversite

    #université #recherche #LRU

  • Pour ceux qui, comme moi, auraient naivement cru qu’un « projet socialiste » commencerait par amender la LRU... Le regroupement des universités est bien à l’image du reste des services publics : une faillite programmée.

    Comment l’Etat saigne les universités françaises

    http://blogs.mediapart.fr/blog/pascal-maillard/190913/comment-l-etat-saigne-les-universites-francaises

    La gravité et la sincérité de cette lettre envoyée ce 17 septembre à tous les personnels et étudiants de l’une des plus grandes universités de Lettres et Sciences humaines en disent bien plus sur les causes et la nature réelles de la crise financière des établissements que les déclarations d’une ministre enfermée dans ses dénégations. Car ce sont aujourd’hui presque toutes les universités qui sont contraintes de geler ou supprimer des postes et d’amputer une partie de leur potentiel de formation et de recherche pour équilibrer leurs budgets ou faire face à des déficits structurels.

    Que veut donc ce gouvernement ? Ainsi que l’ont fait les précédents, se servir de l’austérité comme d’un levier pour forcer les universités et la recherche à des restructurations massives et à un dégraissage de leur masse salariale ? Certains commencent à le craindre. Le gouvernement serait mieux inspiré de redéployer en urgence vers les universités et les organismes de recherche les milliards scandaleusement gaspillés en Crédit impôt recherche. La gabegie du CIR dénoncée par la Cour des Comptes n’a que trop duré ! L’argent est là : qu’il soit mis enfin au service de nos étudiants, de la recherche et de la société de demain !

    (...)

    Pour redresser les comptes et supprimer le déficit structurel causé par le désengagement de l’État (3 M€ pour 2014), le conseil d’administration a donc demandé à la présidente de préparer un budget 2014 en intégrant les mesures d’économie suivantes :

    – Fermeture complète du site universitaire Du Guesclin à Béziers à la rentrée prochaine (septembre 2014). Les étudiants seront invités à poursuivre leur formation sur le site de Montpellier
    – Limitation des inscriptions 2014 en première année de licence dans les filières Arts du spectacle, Arts plastiques, Information - Communication, Psychologie, Administration Économique et Sociale, voire d’autres filières sur leur demande. Les étudiants seront inscrits, selon la loi pour les formations à capacité d’accueil par tirage au sort dans la limite des places disponible
    – Réduction des volumes d’enseignement dans les filières à petits effectifs, masters notamment.
    – Diminution progressive du financement de la formation continue par l’université
    – Diminution progressive du financement de la formation au français pour les étudiants étrangers par l’université
    – Diminution des crédits pour l’accueil des professeurs et scientifiques étrangers
    – Arrêt du financement par l’université des contrats doctoraux
    – Gel total ou partiel pour la campagne d’emplois 2014

    C’est avec beaucoup d’amertume que le conseil d’administration a été contraint d’envisager ces mesures qui vont à l’encontre de tout le travail accompli depuis des années et des missions de service public que l’université se doit de remplir.

    En voyant les longues files d’étudiants hors délai qui cherchent à s’inscrire aujourd’hui à l’université, en pensant à tous les jeunes encore plus nombreux qui l’année prochaine seront tirés au sort pour entrer dans nos formations ou qui ne pourront pas faire d’études supérieures à cause de la fermeture de notre site de Béziers, nous posons une question à l’Etat : est-ce vraiment ce que vous voulez pour l’université française vous qui vous vantez de faire de la Jeunesse une priorité ?

    #Anne_Fraisse #Genevieve_Fioraso #LRU #CIR #Universités #LLASHS

  • Université : après rétropédalage sur la suppression du #CNU, débat sur le recrutement à l’université
    Isabelle Attard : « D’autres points du texte et d’autres points de la réalité quotidienne mériteraient eux aussi des milliers de signatures de pétition. » - Sauvons l’Université !
    http://www.sauvonsluniversite.com/spip.php?article6173

    Maintenant que l’on sait que EELV oeuvrera pour que la Commission Mixte paritaire retire l’amendement qui acte la suppression de la qualification, Isabelle Attard, députée Vert, propose d’ouvrir un débat de fond sur ce point et recentre l’inquiétude sur le reste de la loi

    #LRU

  • L’efficacité limitée du financement public de la recherche
    http://abonnes.lemonde.fr/societe/article/2013/06/10/l-efficacite-limitee-du-financement-public-de-la-recherche_3427151_3

    Et si on s’était fourré le doigt dans l’oeil depuis 2005 avec cette superniche fiscale pour les entreprises

    Les magistrats notent aussi une inconnue de taille : l’effet du crédit impôt recherche (CIR), une dépense fiscale consistant à rembourser aux entreprises une partie de leurs dépenses de R & D. Sur les 25 milliards d’euros supplémentaires injectés par l’Etat, 11,2 milliards correspondent au CIR, soit 45 % de l’effort. Or, la Cour renvoie à un prochain rapport pour connaître enfin l’effet véritable de cette niche fiscale dont plusieurs rapports antérieurs ont déjà pointé certains défauts. La Cour s’inquiète aussi de la montée en puissance du CIR : « Il sera difficile de concilier la croissance attendue de la dépense fiscale et le maintien d’une priorité en matière de crédits budgétaires alloués à la recherche. »

    On apprend aussi que la France exporte plus qu’elle n’importe de propriété intellectuelle, avec une balance positive de 4,4 milliards d’euros. Une satisfaction a priori mais qui s’accompagne d’un manque de développement d’activités économiques sur le territoire.

    Des entreprises qui ne sont pas à la hauteur ou qui préfère elle-même externaliser leur effort de recherche...
    #LRU
    #université
    #recherche

  • Financer les meilleures formations par le redoublement des étudiants des filières moins performantes ?
    Histoires d’universités » Blog Archive » Paris 1 informe mal les bacheliers
    http://blog.educpros.fr/pierredubois/2013/06/02/paris-1-informe-mal-les-bacheliers
    Chronique de Pierre Dubois, en réaction à un de mes commentaires...

    L’effet pervers de la dotation à l’activité (au nombre d’étudiants inscrits ou au nombre d’étudiants inscrits aux examens) est bien connu : pour être mieux dotées, les universités ont un intérêt financier à faire échouer leurs étudiants, à les faire redoubler. L’université de Paris 1 développe peut-être un modèle (une stratégie ?) de financement de la réussite dans les cursus bi-disciplinaires par des ressources procurées par les redoublements dans les licences générales. Il s’agit d‘une hypothèse à creuser : l’université, faute de données, ne peut présentement dire si cette hypothèse est vraie ou fausse.

    #université
    #licence
    #LRU
    #Fioraso

  • « En France, la pression à la hausse des frais d’inscription est terrible »
    http://abonnes.lemonde.fr/economie/article/2013/05/15/en-france-la-pression-a-la-hausse-des-frais-d-inscription-est-terrib
    Un entretien avec François Delapierre

    La loi LRU transforme l’université en un marché où s’affrontent des établissements autonomes, l’autonomie étant le nom politiquement correct de la concurrence. Les étudiants doivent devenir des consommateurs de formation ou plus exactement des capitalistes d’eux-mêmes. A eux de faire les bons investissements qui leur permettront de faire fructifier leur capital humain.

    Au lieu de contracter une dette envers la société qui leur fournirait une éducation gratuite, ils sont poussés à contracter une dette envers leur banquier. Ce basculement culturel décisif est une prise de pouvoir de la finance.

    #LRU
    #Université

  • La continuité gouvernementale ne cesse de se confirmer :

    http://www.mediapart.fr/journal/france/300812/universites-la-remise-en-ordre-pas-la-revolution

    Comment sortir les universités de l’ornière ? On sait que le contexte budgétaire n’est pas très favorable.

    Plutôt que de les mettre sous tutelle comme l’avait décidé le précédent gouvernement – ce qui est une drôle de vision de l’ #autonomie –, nous avons décidé de les accompagner. Nous avons mis en place des indicateurs d’alarme qui permettent d’anticiper les ennuis à venir pour éviter que leurs situations ne dégénèrent. Par ailleurs, nous allons nous doter des vrais outils de management que sont les #contrats. Il y a toujours eu des contrats avec les universités, mais il s’agissait pratiquement de coquilles vides. Il faut remettre de l’exigence et faire de ces contrats un outil de pilotage et un outil de confiance entre les universités et l’État.

    Cette contractualisation se fera sur nos priorités : la réussite des étudiants en premier cycle, une meilleure visibilité de notre recherche avec une organisation plus efficace, et enfin une #gouvernance des universités qui soit à la fois efficace, là aussi, et collégiale – ce n’est pas antinomique. Nous regarderons sur tous ces points les actions réellement engagées.

    Mettre des indicateurs d’alerte sur les finances des universités, c’est une chose, mais s’il n’y a pas d’argent supplémentaire, tous les indicateurs vont rester au rouge, non ?

    On ne peut pas dire qu’il n’y a pas d’argent dans l’ #université française. Qu’elles soient en déficit ne veut pas dire qu’il n’y a pas d’argent. Il y a des niches d’efficience : elles peuvent mieux s’organiser, mutualiser des moyens, faire du redéploiement.

    [...]

    Pour financer l’université, certains prônent une hausse des frais d’inscription. Est-ce une piste sur laquelle vous travaillez ?

    Je ne dis pas que Bercy ne m’y a pas poussé cette année. Nous avons quand même les frais d’inscription les moins chers du monde et les boursiers en sont totalement exonérés. Mais je souhaite qu’ils n’augmentent pas de manière significative.

    [...]

    Lors de votre audition à l’Assemblée nationale, vous avez laissé entendre que les universités pourraient aussi trouver des ressources propres ?

    C’est certain. Elles pourraient faire de la formation tout au long de la vie. On peut peut-être aussi les utiliser l’été. Beaucoup d’entre elles ont des écoles d’été.

    [...]

    Même si on sait qu’il existe déjà beaucoup de formes de sélection à l’université, intégrer les classes prépa à l’université, n’est-ce pas remettre en cause la non-sélection à l’entrée de l’université ?

    Non. Je préfère parler d’ #orientation plutôt que de parler de #sélection.

    • Un article de Sauvons La Recherche alertait déjà sur la direction prise :

      Qu’attendre des Assises de l’enseignement supérieur et de la recherche ? Rien, ou pire encore ?
      http://sauvonslarecherche.fr/spip.php?article3741

      Le Bilan

      Ce secteur a été l’objet durant ces cinq années d’une “attention” toute particulière du gouvernement et du législateur et en ressort profondément transformé, voire traumatisé. Il s’est vu imposé un nouveau mode d’organisation dont le maître mot est la concurrence, imposée de manière systématique entre universités, organismes de recherche, laboratoires et même individus. [...] la loi #LRU (Liberté et responsabilité des universités) votée en 2007 a contraint les universités à se plier aux méthodes de management jusque là réservées au secteur marchand, en privant ses structures démocratiques et collégiales de tout véritable rôle dans la stratégie et les décisions. [...] L’ensemble du secteur est désormais jaugé au regard de critères de performance quantitatifs par une agence unique d’évaluation ( #AERES) qui échappe à tout contrôle académique. Véritable monstre bureaucratique censé tout évaluer, contrôler, noter, cette agence est devenue la pierre angulaire de cette entreprise de normalisation, au sens du programme néo-libéral, du secteur universitaire et de recherche. Bien qu’épargnées jusque là par la règle du non-remplacement d’un fonctionnaire sur deux partant à la retraite, les institutions de recherche et d’enseignement supérieur n’en sortent pas moins financièrement exsangues. Ayant vu échapper une large part de leurs financements publiques au profit de l’ #ANR, cette agence de financement sous contrôle direct du ministère, elles n’ont eu qu’à gérer la pénurie [...]

      Le changement

      La loi LRU, pourtant largement contestée en 2009, ne sera pas abrogée . La vague de non-renouvellement de CDD qui traduit la volonté de l’Etat d’échapper aux mesures de CDIsation prévues par la loi Sauvadet, se poursuivra. L’AERES ne sera pas supprimée , même si ces missions pourraient être redéfinies, et L’ANR verra ses moyens administratifs renforcés. Les conventions #IDEX, qui entérinent les rapprochements forcés entre université dans des conditions frôlant parfois l’absurde, ne seront pas remises en cause, quand bien même auraient-elles été signées dans l’urgence à la veille des élections du printemps.

      [...]

      En matière de financement des organismes de recherche et des universités, l’aggravation de la situation est explicitement programmée. Alors que les budgets sont déjà au plus bas - près d’un quart des universités afficheront des comptes en déficit cette année - le ministère de l’enseignement et de la recherche sera soumis, comme les autres, à une baisse de 7% de son budget de fonctionnement en 2013, puis de 4% pour les deux années suivantes, soit une baisse cumulée de plus de 15% qu’il convient de comparer avec la stagnation de ces mêmes budgets durant le quinquennat précédent

      [...]

      La réalité de l’emploi dans son ensemble devrait être bien plus noire, si l’on intègre à cette analyse la baisse brutale de crédits de fonctionnement que les institutions devront absorber dans les années à venir. Pour les universités, déjà financièrement étranglées et devant faire face à de nombreuses dépenses contraintes, il n’y aura pas d’autre solution que de se délester massivement de milliers de précaires, dont le nombre total est estimé selon une étude récente [2] à plus de 40000 pour l’ensemble du secteur. Autre solution à laquelle elles ne pourront sans doute échapper, la transformation de postes de titulaires en crédit de fonctionnement selon le principe de comptabilité publique portant le doux nom de “fongibilité asymétrique” (la conversion inverse étant elle interdite). Les 5000 postes prétendument créés pourraient donc bien se traduire au final pour les postulants par un effondrement sans précédent des possibilités de recrutement.

      [...]

      l’occasion de mener plus loin encore l’agenda des réformes d’inspiration néo-libérale inscrit depuis une quinzaine d’années dans les traités de #Bologne et Lisbonne. Adoptés sous le gouvernement #Jospin, ces traités visent à mettre l’enseignement supérieur et de la recherche au service de la compétitivité et de la croissance économique européenne. N’ayant d’autre modèle que celui du #marché, les rédacteurs de ces traités en appellent à la mise en concurrence des systèmes nationaux,

      [...]

      Ces traités, régulièrement approfondis depuis, ont trouvé leur déclinaison nationale avec la loi pour l’innovation de C. #Allègre (1999), la réforme #LMD (2002), la loi pour la recherche (2006) , la loi LRU (2007), ainsi que les initiatives d’excellence (2010).

      [...]

      Cette forme résiduelle de démocratie universitaire, même très limitée par le mode de scrutin qui l’encadre, entrave la transformation radicale dans les formes de gestion universitaire qu’appellent de leur voeux les “modernisateurs”. Face à cette situation créée par la loi LRU, Mme #Fioraso, dans un habile retournement argumentaire, critique le manque de collégialité et de démocratie dans les prises de décision et l’excessif pouvoir donné au président d’université, pour proposer la création d’un “ #sénat_académique ” afin, dit-elle, “de mieux distinguer ce qui relève de la stratégie scientifique de ce qui relève de la #gestion [3].

      Faute de remettre en cause les pré-supposés de la loi LRU, à savoir que la gestion d’une université, son “ #pilotage ”, ne peut être confiée qu’à des managers professionnels, la ministre ne peut que proposer son approfondissement. Le choix des mots, et de l’expression “sénat académique” en particulier, n’est pas anodin. Il renvoie explicitement au modèle anglo-saxon dans lequel l’essentiel des décisions stratégiques, administratives, financières ou juridiques sont entre les mains d’un conseil d’administration resserré, composé exclusivement des représentants des donneurs d’ordre externes que sont les pouvoirs publics et les financeurs privés. Quant aux universitaires, ils n’interviennent qu’au travers d’un pléthorique sénat académique dont la responsabilité se limite aux affaires d’ordre… académique. Ce mode d’organisation, qui tend à se généraliser, était explicitement préconisé par une large partie de la droite lors du débat parlementaire en 2007 [4]. Par peur d’un rejet de la part des universitaires, le législateur lui avait préféré la solution intermédiaire - certains diront batarde - consistant à donner plus de poids au CA tout en conservant son caractère partiellement démocratique. En 2008, Gilbert Béréziat, ancien président de Paris 6, avait dit de la loi LRU qu’elle était une “loi de transition, non aboutie”. Il est probable que ce soit à la gauche socialiste que l’on doive in fine son aboutissement.

  • Comités de sélection et RCE | Histoires d’universités
    http://blog.educpros.fr/pierredubois/2012/06/05/comites-de-selection-et-rce
    intéressante chronique

    Contradictions et cercle vicieux de la réforme du recrutement. Les comités de sélection ont été créés pour faciliter les recrutements externes. Les responsabilités et compétences élargies rendent fort coûteux ces mêmes recrutements. En conséquence, les universités en difficultés financières n’ont aucun intérêt à recruter à l’extérieur. Ce faisant, l’absence de recours à du “sang neuf” peut les rendre moins performantes et accentuer à terme leurs difficultés financières.

    #LRU
    #recherche
    #université

  • affordance.info : Le chercheur en son labo.
    http://affordance.typepad.com/mon_weblog/2012/05/le-chercheur-en-son-labo.html

    les rancunes scientifico-personnelles sont à la vie universitaire ce que les nuages sont à la pluie : un préalable indispensable. Elles ont pour fondement une animosité personnelle reposant le plus souvent sur un simple délit de sale gueule ou une répulsion physique (51 % des cas), un rateau amoureux ou un refus d’obtempérer à l’exercice du droit de cuissage (26% des cas), une sombre histoire d’argent ou de subvention détournée (19% des cas), ou bien encore de résultats de recherche copiés et autres plagiats (4% des cas). Elles sont le plus souvent déguisées sous le fard de controverses techniquo-scientifiques (du genre « sa définition de l’épistémologie critique des analyses de l’impact social de la téléphonie mobile contredisent tout l’apport de l’école de Stockholm sur l’observation participante en milieu cellulaire humide »). Elles rejaillissent systématiquement sur l’entourage, et surtout sur les doctorants de la personne visée. Elles expliquent à elles seules l’essentiel de la composition des jurys de thèse et des comités de sélection (anciennement commissions de spécialistes), et peuvent à ce titre être considérées comme les principaux régulateurs de l’ensemble de la masse salariale de l’université. Ainsi, un chercheur ne pouvant se prévaloir d’au moins 4 ou 5 rancunes scientifico-personnelles ne deviendra jamais un universitaire digne de ce nom. Il est à noter que les rancunes scientifico-personnelles sont étrangement le plus souvent de nature top-down, un individu ayant déjà acquis puissance et notoriété s’échinant à empêcher sa cible d’en ramasser ne serait-ce que les miettes pour le seul plaisir de ressentir l’étendue de son pouvoir de nuisance.

    #AERES
    #LRU

  • Universités du troisième type at JFM’s blog
    http://jfmela.free.fr/jfmblog/?p=245

    Voilà donc, à la faveur d’un programme d’investissements, une « réforme » assez radicale de l’organisation des universités françaises, ou plutôt de certaines d’entre elles, qui se dessine et qui échapperait au contrôle parlementaire. Toutes les idées avancées ne sont pas à rejeter, mais cette « réforme » concentre des dysfonctions technocratiques évidentes. A la lecture des projets complexes sélectionnés par le « jury international » des IDEX, on a les plus grands doutes sur la capacité d’un tel jury d’une vingtaine de membres, épisodiquement réuni, à en juger. Au-delà de l’appréciation qu’on peut porter sur les qualités scientifiques des ensembles en question, il s’agit de questions de politique universitaire qui dépassent les compétences d’un jury.

    Ces projets visent avant tout à obtenir de l’argent du « Grand Emprunt ». Ils sont rédigés un peu à l’écart des réalités par un petit nombre de gens qui parachutent des solutions techniques détaillées, avec peu de souci du débat public et du jeu de l’autonomie universitaire. Ils apparaîtront certainement comme des provocations à tous ceux qui se sont mobilisés, à tort ou à raison, contre les réformes de 2006-7, ce qui ne nous fera guère progresser.

    Ces projets suivent une logique institutionnelle très liée à la logique des IDEX. A la différence d’autres investissements d’avenir comme les LABEX, il est très difficile de dissocier le financement des IDEX de la mutation institutionnelle qu’ils entendent accompagner dans les universités. Il sera donc très difficile de se contenter de donner l’argent et de passer à la suite.

    #recherche
    #LRU
    #IDEX

  • SUP : engagements de Hollande | Histoires d’universités
    http://blog.educpros.fr/pierredubois/2012/01/27/sup-engagements-de-hollande

    “Je réformerai les premiers cycles universitaires, en décloisonnant les filières à l’université afin d’éviter une spécialisation trop précoce des étudiants, en renforçant les passerelles entre toutes les formations du supérieur, notamment entre universités et grandes écoles”. Il faut effectivement réformer en profondeur et en urgence le 1er cycle de l’enseignement supérieur (Licence, DUT, BTS, CPGE) et pas seulement le premier cycle universitaire. Les décloisonnements entre les formations et les passerelles sont déjà en oeuvre et ne concernent qu’un faible nombre d’étudiants. Passerelles entre #universités et grandes écoles : revoilà le serpent de mer ! Certes, je n’attendais pas que François Hollande reprenne à son compte le projet de création des Instituts d’enseignement supérieur (94 chroniques sur les IES).

    Le premier cycle de l’enseignement supérieur : un débat fondamental à avoir.
    #LRU

  • Acte de décès de la LRU | Histoires d’universités
    http://blog.educpros.fr/pierredubois/2011/11/16/acte-de-deces-de-la-lru

    Novembre 2011, 4 ans et 3 mois après la publication de la loi Libertés et Responsabilités des Universités. Novembre 2011 est une date dont les universités publiques se souviendront. Le mois de la mort de la LRU. Son acte de décès a été signé au niveau international par l’Association Européenne des Universités (EUA), au niveau local par Jacques Fontanille, président de l’université de Limoges, ancien vice-président de la CPU, élève modèle du passage aux responsabilités et compétences élargies (RCE dès 2009).

    #LRU
    #université
    #Pécresse