• La Barbe - La saison théâtrale 2020/2021
    https://labarbelabarbe.org/La-saison-theatrale-2020-2021

    Ils ont compris que le monde d’après sera comme le monde d’avant : masculin.
    Ils dirigent les théâtres, ils créent des spectacles, ils les mettent en scène.
    La Barbe salue bien bas cette comédie héroïque !

    La Barbe se réjouit de découvrir une programmation post confinement à la hauteur de ses espérances, voyez plutôt :

    Théâtre National de la Colline « Hiver » (direction Wajdi Mouawad)
    6 spectacles : 6 Hommes soit 100 % d’Hommes. La perfection !

    Été solidaire du Théâtre de la Ville (direction Emmanuel Demarcy-Mota)
    5 Spectacles : 5 Hommes soit 100 % d’Hommes. Un idéal !

    Les Bouffes du Nord (direction Olivier Mantei et Olivier Poubelle)
    33 spectacles : 10 Hommes, 22 collectif
    Nous déplorons qu’une femme se soit glissée dans la programmation faisant chuter la représentation des Hommes à 97 %.

    Festival d’Avignon « Automne » (direction Olivier Py)
    8 Spectacles : 6 Hommes, 1 collectif soit 87,5% d’Hommes
    Nous alertons sur la pente glissante qu’emprunte Olivier Py en confiant la mise en scène d’un spectacle à une femme. Une femme c’est un homme en moins !

    Festival Paris l’Eté (direction Laurence de Magalhaes et Stéphane Ricordel)
    8 spectacles : 6 Hommes, 1 collectif soit 87,5% d’Hommes
    Non contents d’introduire la louve dans la bergerie (une femme codirige le théâtre), un spectacle a été confié à une femme. Prudence !

    MC93 (direction Hortense Archambault)
    35 spectacles : 25 Hommes et 4 collectifs soit 87 % d’Hommes
    Ils ont confié la direction à une femme, ils n’allaient pas non plus leur confier la mise en scène ! Bravo !

    Le Monfort (direction Laurence de Magalhaes et Stéphane Ricordel)
    32 spectacles : 22 Hommes 5 collectif
    Lorsqu’on ouvre une brèche on doit s’attendre au déferlement : 1 femme codirige et voilà que le Monfort n’accueille plus que 84,5 % d’hommes, faisant figure de mauvais élève de notre classement. Ressaisissez vous que diable !

    Théâtre National de Strasbourg (direction Stanislas Nordey)
    20 spectacles : 16 Hommes soit 80 % d’Hommes. Fabuleux !

    La Villette (président : Didier Fusillier)
    14 spectacles : 10 Hommes, 1 collectif soit 79 % d’Hommes. Mirifique !

    Théâtre National de l’Odéon (direction Stéphane Braunshweig)
    13 spectacles : 10 Hommes soit 77 % d’Hommes. Félicitations !

    Théâtre Nanterre-Amandiers (direction Philippe Quesne)
    22 spectacles : 10 Hommes, 7 collectif soit 77 % d’Hommes. Bravo !

    Théâtre de la Cité de Toulouse (direction Galin Stoev)
    33 spectacles : 20 Hommes, 5 collectifs soit 76 % d’Hommes. Un régal pour les yeux !

    Le Phénix (direction Romaric Daurier)
    11 Spectacles : 8 Hommes soit 73 % d’Hommes. Formidable !
    P.-S.

    #theatre #metootheatre #male_gaze #invisibilisation #femmes #sexisme #discrimination #féminisme

    • A part ca le jury du prix Renaudot 2021 comporte toujours Christian Giudicelli, un proche de Madneff qui raconte les viols de mineurs en Philippine avec son ami pédocriminel.

      Le jury du prix Renaudot 2021 se compose aux dernières nouvelles de Christian Giudicelli, Frédéric Beigbeder, Dominique Bona, Patrick Besson, Georges-Olivier Châteaureynaud, Franz-Olivier Giesbert, Cécile Guilbert, Stéphanie Janicot, J.M.G. Le Clézio et Jean-Noël Pancrazi.

      Et le gouvernement organise un nouvel appel à témoins sur l’inceste comme si les témoignages on en avait pas assez pour décider enfin d’agir.


  • Slimani – Mouawad : le sexisme déconfiné

    https://zone-critique.com/2020/03/25/slimani-mouawad-sexisme-deconfine

    C’est une évidence ; le confinement est propice à l’écriture, activité solitaire par excellence. De plus, les artistes ont un rôle important à jouer dans les situations de crise ; par leur regard, ils offrent une lecture singulière et parfois salutaire sur les évènements qui nous affectent tous. Il n’est donc pas étonnant que récemment, de nombreuses chroniques de confinement aient vu le jour, lancées par de simples anonymes ou par des artistes reconnus. Bien qu’elles soient très diverses, dans le fond comme dans la forme, elles ont pour point commun de se créer dans l’immédiateté, et de s’inventer au fil d’évènements difficiles à prévoir : elles se lancent dans l’inconnu, et sont par là même vouées au tâtonnement. En revanche, la réception de ces journaux de confinement par l’opinion publique est à géométrie variable, comme l’illustre notre rédactrice.

    961280-portrait-culture-litteratureParmi les initiatives les plus visibles, deux ont particulièrement retenu mon attention : le journal de Leïla Slimani, publié dans Le Monde, et celui de Wajdi Mouawad, diffusé sur la plateforme SoundCloud et le site du théâtre de la Colline, qu’il dirige depuis 2016. Leïla Slimani et Wajdi Mouawad parlent à la première personne, en tant qu’écrivains. Ils sont clairement dans une posture artistique et subjective. Le terme « journal » paraît donc adapté, de par sa connotation personnelle, intime. Il s’agit de partager ses pensées, ses émotions, son vécu individuel vis-à-vis d’une expérience partagée. Et en effet, par sa nature même, le confinement nous coupe des autres, nous renvoyant fatalement à nous-même, notre cellule familiale, nos conditions de vies, nos émotions.

    Il y a des échos forts entre les réflexions et les situations des deux artistes. Ils passent tous les deux leur confinement dans une maison, dans des conditions confortables. Wajdi Mouawad réside à Nogent-sur-Marne, une ville, où, dit-il, l’on se confine aisément, avec « un bois magnifique[i] », non loin de là. Leïla Slimani, de son côté, reconnait sa chance : « Je n’ai pas faim, je n’ai pas froid, j’ai une chambre à moi d’où je vous écris ces mots. J’ai le loisir de m’évader, dans des livres, dans des films[ii]. »

    Ils expriment leur sidération, leurs doutes vis-à-vis d’un avenir qui leur parait soudain plus incertain que jamais. Tous deux font appel aux mythes pour tenter de donner du sens présent : Wajdi Mouawad puise dans la mythologie grecque et les récits bibliques, Leïla Slimani parle de la Belle au bois dormant. Ils trouvent du réconfort dans l’observation de la nature : l’autrice évoque « les tilleuls sur les branches desquels apparaissent les premiers bourgeons[iii] », Wajdi Mouawad se perd dans la contemplation de l’érable du Japon qui pousse dans son jardin. Ils sont en famille. En annonçant à son fils qu’il n’y a plus d’école, Wajdi Mouawad constate la « joie de l’enfant devant les catastrophes des adultes[iv] » ; tandis que Leïla Slimani rapporte des paroles semblables : « On l’aime ce virus. C’est quand même grâce à lui qu’on est en vacances[v]. ».

    Une réception aux antipodes

    portrait-wajdi-mouawad_0_1400_1400Or, malgré toutes ces similitudes, il y a une chose qui diffère radicalement entre ces deux projets : la réception qui leur est faite.Le journal de Wajdi Mouawad a été accueilli avec enthousiasme. On peut trouver moult commentaires élogieux et remerciements sur les réseaux sociaux, et Télérama salue « Une introspection intelligente qui sait mettre les bons mots sur les sentiments qui nous traversent tous[vi] ».

    A l’inverse, le premier épisode de celui de Leïla Slimani a essuyé des critiques d’une extrême virulence. Les mêmes reproches reviennent encore et encore sur Twitter et dans les journaux : le texte est « indécent », « égocentré » ou « nombriliste », « vide », le recours au conte « niais » ou « mièvre ». On reproche à Leïla Slimani d’être une Marie-Antoinette du confinement, de n’avoir pas conscience de ses conditions de vie privilégiées. Et ce, bien qu’elle écrive « Nous ne sommes pas à égalité. Les jours qui viennent vont au contraire creuser, avec une cruauté certaine, les inégalités. Ceux qui ont peu, ceux qui n’ont rien, ceux pour qui l’avenir est tous les jours incertain, ceux-là n’ont pas la même chance que moi[vii]. ». Un des articles les plus véhéments va jusqu’à affirmer que Leïla Slimani est représentante d’une « bourgeoisie qui se rêve écrivain[viii] » – pas une véritable écrivaine, donc. La grande majorité des critiques en concluent qu’elle n’a pas la légitimité nécessaire pour relater son expérience, parce que celle-ci n’est pas représentative, et de très nombreux internautes lui ordonnent tout bonnement de se taire.

    Pourquoi des réactions aussi radicalement opposées face à des propositions artistiques aussi proches ?

    Pourquoi des réactions aussi radicalement opposées face à des propositions artistiques aussi proches ? Il y a sans doute plusieurs facteurs d’explications. D’une part, Leïla Slimani est plus visible, donc plus exposée aux critiques. A l’heure où j’écris ces lignes, l’épisode 1 du journal de Wajdi Mouawad compte 69 000 écoutes sur SoundCloud, tandis que le Monde comptabilise 300 000 abonnés. Ensuite, le public touché n’est sans doute pas tout à fait le même. Enfin, il y a des différences bien réelles de ton, et de style, et de propos, entre les deux artistes.

    Cependant, cela ne suffit pas, selon moi, à expliquer un tel écart de traitement. Les reproches adressés à Leïla Slimani pourraient tous s’appliquer à Wajdi Mouawad. Il écrit à la première personne, et s’appesantit en fait plus sur ses angoisses et sa vie privée que ne le fait l’autrice dans le Monde. Lorsqu’il prend le temps d’enterrer des araignées ou de relire l’Ancien Testament, il est très certainement assez déconnecté des préoccupations de la plupart des Français – et, contrairement à Leïla Slimani, il ne reconnait pas explicitement sa situation de privilège. Comment le public aurait-il réagi si l’écrivaine avait suggéré comme lui au lecteur « d’ouvrir ses carreaux et [de] lire un poème à voix haute au voisin d’en face[ix] » ? Elle aurait été, à coup sûr, sujette à encore plus de moqueries.

    Est-ce parce qu’il évoque souvent la guerre du Liban, qu’il a vécu enfant, et qui a forcé sa famille à s’exiler ? Son histoire personnelle lui donne-t-elle pour toujours le droit à exprimer son opinion, en n’importe quelles circonstances ? Cela serait, en soi, placer le problème sur le terrain moral, ce qui en littérature est problématique comme on le verra plus bas.

    On peut de plus remarquer que d’autres personnalités qui n’ont ni le même discours, ni le même passé, semblent tout aussi épargnées par la vindicte publique. Ainsi, l’humoriste Pierre-Emmanuel Barré tient son propre journal de confinement en vidéo, dont le jour 1 compte sur YouTube plus de 200 000 vues. Il vit également dans une grande maison avec jardin. Adepte de l’humour noir, il n’hésite pas à plaisanter, entre autres, sur les risques pour les femmes confinées avec des maris violents[x], ou sur les parisiens cloitrés dans leurs petits appartements[xi] ; une attitude volontairement outrancière et provocatrice qui pourtant, ne semble choquer personne.

    Qu’est-ce qui explique donc, la colère contre Leïla Slimani ?

    À cette figure repoussoir des « indécentes », on oppose celle de la femme honnête, généralement anonyme, voire la sainte des temps modernes : l’infirmière, la caissière, l’étudiante boursière dans son 15m², etc.

    Ce qui m’a frappée tout de suite, c’est la spécificité du vocabulaire employé pour critiquer ou parodier le texte, et par extension, l’écrivaine : elle est frivole, mièvre, égocentrique, hypocrite, légère, elle romantise la situation, sa vision des choses est trop rose… Un ensemble de défauts qui, dans notre imaginaire collectif, sont très fortement associés au féminin, ou à une certaine féminité plus ou moins fantasmée. Ce constat fait, le choix des cibles, ainsi que la nature et la violence des critiques auxquelles elles ont été exposées deviennent beaucoup plus cohérents. Leïla Slimani, mais aussi Marie Darrieussecq et Lou Doillon, également attaquées, ne sont pas considérées comme des artistes, mais comme des précieuses forcément ridicules. À cette figure repoussoir des « indécentes », on oppose celle de la femme honnête, généralement anonyme, voire la sainte des temps modernes : l’infirmière, la caissière, l’étudiante boursière dans son 15m², etc. Une logique vieille comme le patriarcat. Aujourd’hui, la manière la plus simple pour une autrice d’écrire sur le confinement en étant crédible, c’est d’écrire contre les bourgeoises, quitte à insister sur sa propre précarité. L’homme qui parle de lui, quelle que soit sa classe sociale, peut prétendre à l’universalisation de son propos. La femme, si elle fait de même, est dans l’obligation de se justifier.

    On pourrait débattre sur la qualité des textes en question. La prose de Leïla Slimani ne serait pas de l’envergure de celle de Wajdi Mouawad. Ce discours est souvent utilisé face au constat des inégalités persistantes entre les hommes et les femmes dans le secteur culturel. Il y aurait moins de femmes artistes parce qu’elles auraient, tout simplement, moins de talent, ou moins de choses à dire. Cet argument est d’une certaine manière irréfutable ; la notion de « talent » et de « valeur » dans le domaine artistique est par nature subjective et flottante, surtout dans le cas d’artistes contemporains pour lesquels l’histoire n’a pas encore tranché.

    Donner la parole à Leïla Slimani ne signifie pas la confisquer aux autres, et cet acharnement pourrait bien décourager les intellectuelles qui seraient tentées de l’imiter, peu désireuses de devenir à leur tour les boucs émissaires de quiconque possède une connexion internet.

    Pourtant, ce que les chiffres nous disent encore et encore[xii], c’est que les femmes bénéficient dès le début de leur carrière de moins de crédibilité et moins d’opportunités. La plupart des trajectoires artistiques le montrent : pour développer une œuvre puissante et originale, il faut souvent du temps. Les premières productions sont généralement qualifiées de « promesses », qui ne peuvent être tenues que si les créateurs et créatrices sont encouragés. A l’inverse, il est facile de tuer dans l’œuf une vocation, ou un projet littéraire encore fragile, en les traitant avec mépris ou condescendance. Dans le cas de Leïla Slimani, bien qu’elle ne soit pas une autrice débutante, ces méthodes de décrédibilisation se sont avérées redoutablement efficaces. Dès le deuxième épisode de son journal, elle renonce à raconter ce qu’elle vit, et adopte un ton beaucoup moins personnel – on peut supposer qu’elle pratique désormais une forme d’autocensure. Dans le troisième épisode, elle se concentre sur les conditions de vie des prisonniers, tentant ainsi de se conformer à la posture morale qu’on lui réclame. On notera que cela ne semble pas émouvoir ses détracteurs, qui se désintéressent alors pour la plupart de la question. Cela est assez logique, puisqu’elle est attaquée davantage sur ce qu’elle est, ou plutôt ce qu’elle est censée représenter, que sur ce qu’elle dit.

    Quand bien même cette lecture serait fausse, et les attaques contre elle et ses consœurs n’auraient rien à voir avec leur sexe, les reproches qui leurs sont adressés restent très fragiles ; elles n’auraient pas de légitimité à parler d’elles-mêmes, ou à parler tout court, parce qu’elles sont privilégiées. Si Leïla Slimani est égocentrique lorsqu’elle consacre quelques paragraphes à elle-même, alors que dire de l’œuvre d’un autre prix Goncourt, Proust, bien au chaud dans son confort bourgeois pendant que les poilus mouraient dans les tranchées ? Ou encore de Raymond Radiguet, qui commence Le diable au corps en déclarant : « Que ceux déjà qui m’en veulent se représentent ce que fut la guerre pour tant de très jeunes garçons : quatre ans de grandes vacances ». Ces auteurs ne sont-ils pas indécents ? N’auraient-ils pas dû s’abstenir d’écrire ? La littérature, de par sa nature même, tend à donner de l’importance à des choses tout à fait dérisoires, y compris dans des situations de crises. C’est ainsi qu’elle peut saisir la complexité de l’expérience humaine.

    Comme le dit Wajdi Mouawad, « à cause du geste même de l’écriture, des images surgissent (…) qui donnent de la perspective, une profondeur qui me permet de voir plus loin que le bout de mon nez[xiii]. ». L’entreprise littéraire est en effet à même d’ouvrir un espace de réflexion que l’actualité brûlante ne permet pas. Elle « [défait] le confinement par ce qui nous rend humain : la parole partagée[xiv] ».

    Quoi que l’on pense de la qualité des journaux de confinement qui sont tenus aujourd’hui, il semble essentiel d’encourager, ou tout au moins de laisser être, toute tentative artistique pour continuer à dire et à penser le présent. Donner la parole à Leïla Slimani ne signifie pas la confisquer aux autres, et cet acharnement pourrait bien décourager les intellectuelles qui seraient tentées de l’imiter, peu désireuses de devenir à leur tour les boucs émissaires de quiconque possède une connexion internet. Certains voient, dans cette indignation le témoignage d’une fracture sociale de plus en plus profonde. Elle me paraît davantage être le symptôme d’un sexisme insidieux, mais puissant. Le message, somme toute, est clair : en temps de crise, laissez la parole aux hommes.

    Hélène Pierson

    #sexisme #male_gaze #silenciation #invisibilisation #autrice #discrimination #sexisme #privilège #grand_homme #talent #valeur

  • « Les écarts d’âge homme/femme dans les castings irritent une critique de plus en plus attentive à leur signification sociale … »

    Pourquoi on n’ira pas voir le film Eiffel avec Romain Duris et Emma Mackey
    https://www.numero.com/fr/cinema/eiffel-romain-duris-emma-mackey-sexisme

    En tête du box-office cette semaine, le film français Eiffel a beau être d’une ambition monumentale, il nous donne surtout envie de monter dans les tours. Et ce n’est pas parce qu’il s’agit d’un énième biopic…

    Il faut l’avouer : la bande-annonce d’Eiffel de Martin Bourboulon, avec ses gros plans sur la majestueuse tour parisienne en construction et ses acteurs en costumes presque aussi monumentaux que la Dame de fer, s’avère vertigineuse. Comme ses premières images mirobolantes, le biopic à 23,4 millions d’euros sur l’inventeur Gustave Eiffel a séduit les spectateurs, puisque, d’après Le Film Français, il a attiré la matinée de sa sortie, ce mercredi 13 octobre, plus de 1610 curieux. Une prouesse par temps de pandémie qui place le film en tête du box-office hexagonal, devant Le Dernier duel de Ridley Scott, Julie (en 12 chapitres) et tous les autres long-métrages qui étaient très attendus cette semaine.

    Le problème c’est que si l’on apprécie particulièrement Romain Duris et Emma Mackey, l’héroïne rock de Sex Education, l’idée de les voir réunis à l’écran pour vivre une folle liaison ne nous réjouit pas vraiment. Dans cette histoire romancée de Gustave Eiffel, l’ingénieur centralien français se lance dans un projet pharaonique pour l’Exposition universelle de 1889 qui aura lieu à Paris. Il veut construire une tour « haute de plus de mille pieds » en forme de A (comme amour), symbole phallique et dominant s’il en est, pour impressionner celle qui le passionna dans sa jeunesse et qu’il retrouve enfin. Nous sommes en 1887 et Eiffel, âgé de 55 ans à ce moment-là, est incarné par Romain Duris, qui en a 47. L’objet de son affection est, pour sa part, joué par Emma Mackey qui n’a que 25 printemps. On vous laisse imaginer, s’il s’agit de son amour de jeunesse, l’âge qu’elle avait lors de leur première rencontre, sans doute celui d’une adolescente donc. Dans la vraie vie, l’inventeur de génie à l’égo aussi surdimensionné que sa création et celle qui l’aimantait, Adrienne Bourgès, n’avaient que neuf ans d’écart. Et non pas plus de vingt, comme dans cette version romancée.

    Ce choix de casting agace d’autant plus qu’il est devenu systématique et ce même après #MeToo et les plaintes des actrices de plus 40 ans sur leur manque d’opportunités. On continue de donner des rôles de compagnes d’hommes de 50 ou 60 ans à des comédiennes de 20 ou 30 ans, comme si passé la ménopause, les femmes n’intéressaient plus personne. Si on s’attarde sur les sorties cinématographiques récentes, James Bond (Daniel Craig, 53 ans) craque pour Léa Seydoux (36 ans) dans les dernières aventures de l’agent 007. La même Léa Seydoux sera à l’affiche, le 29 décembre prochain, d’une adaptation de Philip Roth par Arnaud Desplechin, Tromperie. Et, quelle chance, l’actrice y entretiendra une relation avec Denis Podalydès, fringant jeune homme de 58 ans.

    Vous en voulez encore ? On pourra bientôt, en 2023, se délecter d’un nouveau film de Ridley Scott, Kitbag, dans lequel Jodie Comer (Killing Eve) incarnera Joséphine de Beauharnais, la compagne de Napoléon (interprété par Joaquin Phoenix). Historiquement, l’Impératrice avait 6 ans de plus que son illustre époux alors que Jodie Comer a presque 20 ans de moins que le héros du Joker (2019). Les casteurs et les cinéastes n’ont donc absolument aucune justification, autre que leur propres « daddy issues », pour continuer à nous abreuver de leurs remakes à peine déguisés et peu inspirés de Lolita qui n’excitent plus personne à part eux.

  • Le sacre du comédien
    https://laviedesidees.fr/Laurence-Marie-Inventer-l-acteur.html

    À propos de : Laurence Marie, Inventer l’acteur. Émotions et spectacle dans l’Europe des #Lumières, Sorbonne Université Presses. Au XVIIIe, siècle de révolutions, le spectateur naît avec l’avènement de l’acteur, consacré par plusieurs traités du jeu. Mis en lumière, l’acteur rivalise avec l’auteur : une configuration qui donne à la représentation théâtrale une importance qui ne sera guère déniée.

    #Arts #théâtre
    https://laviedesidees.fr/IMG/docx/202109_theatre.docx

    • Désolé mais il y a une couille dans le titre ! C’est « le scrotum du comédien » que vous auriez du titré vu qu’il est question de la vie des idées sexistes sur les comédiens, les auteurs et les acteurs. #metoo #sexisme #invisibilisation #male_gaze

      Ps- Laurence Marie est une femme j’ai été vérifié vu que vos liens ne sont pas valide et le fait qu’elle soit une autrice ne la met pas à l’abris du « Male gaze », mais peut être qu’elle n’est pas l’autrice de cette tournure misogyne de votre texte car j’ai l’impression qu’elle n’est pas francophone.

  • Artiste et compagne de Picasso : Françoise Gilot, de l’inspiration à l’émancipation
    https://www.connaissancedesarts.com/arts-expositions/artiste-et-compagne-de-picasso-francoise-gilot-de-linspiration-

    Pour fêter le centième anniversaire de la naissance de Françoise Gilot, Elisa Farran, la directrice du musée Estrine de Saint-Rémy-de-Provence, a choisi d’insister sur sa carrière de peintre avant son départ pour les États-Unis plutôt que sur sa vie auprès de Picasso. La révélation d’une belle production inspirée par Picasso mais qui s’émancipe peu à peu. À découvrir jusqu’au 23 décembre.
    Auprès de Picasso

    • C’est une bonne chose d’exposé enfin les oeuvres de Françoise Gilot, mais le faire en effaçant les violences que Picasso lui a infligé c’est révoltant. Sur le lien aucune informations sur les exactions que Picasso à commises contre Françoise Gilot ne sont évoquées. J’aurais titré « Artiste et victime des violences de Picasso » afin de montré comment ce #grand_homme a voulu brisé son ex-compagne. C’est comprehensible qu’on ait que les oeuvres de la période française de Françoise Gilot puisque Picasso a veillé à ce qu’elle soit interdite d’exposition sur l’héxagone. Son tortionnaire à réussi son coup. Elle est présenté comme sous l’influence de Picasso alors qu’il est tout aussi possible de présenté cette période en mettant en valeur ce que Picasso à pris chez elle et comment les violences qu’il a commises contre elle se reflètent dans son œuvre.
      #historicisation #révisionnisme #mâle_gaze #violences_masculines #art #femmes

  • « De base » – ou la petite apocalypse antivax | Alain Brossat et Alain Naze
    https://ici-et-ailleurs.org/contributions/actualite/article/de-base-ou-la-petite

    La nullité des gouvernants ne fait pas pour autant de ceux-celles qui proposent dans la rue, samedi après samedi, un cocktail composé de drapeaux tricolores, des pancartes antisémites home made et de slogans revendiquant la « liberté » de pures victimes de l’inconséquence du pouvoir. Source : Ici et ailleurs

    • L’intro me rappel ma grand-mère qui me disait souvent « tu n’as pas de droits, seulement des devoirs ». Elle avait un très grand sens du sacrifice et de l’intérêt du collectif. Elle disait à ma mère lorsqu’elle venait en pleur lui demander secours quand mon père la frappait ; « tu doit tout accepté de ton époux, c’est ton devoir de femme » et de la renvoyer au domicile conjugale faire son devoir de punching-ball. Elle disait « devoirs » comme l’ancienne traduction, mais avec « obligations » je pense que ca fonctionne aussi. Ce souvenir me fait pensé que les obligations vis à vis du collectif ca peu se discuté aussi et c’est très subjectif car de mon coté je croi pas qu’il soit du devoir des femmes de servir de défouloir à leurs époux, mais du point de vue de ma grand-mère c’est le service que les femmes doivent rendre à la société.

      Ca me fait aussi pensé à un film vu en philo au lycée « Ballade sur le mont Narayama », ca se passe au Japon à la fin du XIXeme, dans une zone rurale, montagnarde ou la vie est pas facil et ou l’individu ne compte pas pour grand chose. Dans cette région les vieilles et les vieux étaient jetés du haut de la montagne le jour de leurs 70 ans. C’était leur manière de faire leur devoir pour le bien de la communauté. Je ne me sert pas de cet exemple pour dire qu’on devrait faire ainsi, ni mettre en cause la justesse et l’intérêt du texte écrit par ces Alains c’est juste que c’est un exemple d’obligation pour le collectif auquel la lecture des Alains m’a fait pensé.

      En fait le sens du collectif ca me semble impliqué la notion de sacrifice de soi. Ma grand-mère adorait ca, son petit jesus il s’était sacrifié pour que je puisse me faire chier à la messe tous les dimanches. Sur le mont Narayama les vieilles et les vieux se sacrifiaient pour que les prochaines génération puissent avoir à manger. Simone Weil que je connait malheureusement trop mal me semble etre aussi une figure du sacrifice de soi, jusqu’à la mort par inanition. Tout ca me fait pensé que ces deux boomeurs exigent au fond des sacrifices de leurs imbéciles de fils mal élevés mais j’ai pas compris ce que eux vont sacrifié pour que leurs idiots de fils mal élevés n’aillent pas se suicidé en masse à force d’être privés de sociabilité et de toutes perspectives d’avenir.

    • Il y a cette phrase qui m’a particulièrement frappé :

      Comment en effet pourrais-je me sentir en confiance en tant que membre d’une communauté s’il me fallait présupposer que le calcul égoïste et les passions individualistes y règnent en maître, que la règle d’or y est : mes droits d’abord, en toutes circonstances, l’intérêt commun, la vie des autres ensuite seulement et, en quelque sorte, subsidiairement ?

      Et c’est l’un des points centraux de la déprime engendrée par cette pandémie, les phobies sociales qui me prennent quand je suis confronté à tous ces abrutis avec les masque fièrement sous le pif au supermarché, l’absence totale de masque au cinéma, alors même que je suis vacciné et que, dans ces lieux, je m’équipe d’un masque FFP2.

      Ce n’est pas tant une peur ou une conscience spécifique des risques personnels (je suis plutôt assez peu inquiet pour moi-même) : c’est le constat sans cesse renouvelé depuis 18 mois de vivre dans un monde où une proportion invraisemblable des gens se comportent ouvertement, et même avec une certaine fierté, comme des porcs. Et que ça, ça heurte frontalement mon rapport au monde.

    • Ca me fait cela depuis 45 ans en tant que fille c’est le constat sans cesse renouvelé de vivre dans un monde de merde, où une proportion invraisemblable des gens se comportent ouvertement, et même avec une certaine fierté, comme des porcs. Du coup mon rapport au monde est pas renversé par le covid mais je comprend que ca te déprime et te mette en colère et je dit ca sans ironie ni sarcasme car je connais bien la colère que ca provoque ce sentiment d’injustice. Mais en fait ce sentiment d’injustice c’est un peu ce qui nous caractérise comme espèce. Les animaux non-humains n’ont pas l’air d’avoir encor montré leur capacité à voir et comprendre l’injustice et pour l’instant c’est la seule chose qui nous distinguent vraiment des porcs.
      https://www.youtube.com/watch?v=kfe5mCHepo8


      et
      https://www.youtube.com/watch?v=XIh4CVtfhsA

      et
      https://www.youtube.com/watch?v=XY1PUQ4NOuU

      (je tique sur l’idée d’un instinct paternel qui commanderait de « protéger sa famille » dans cette vidéo)

    • Bref, cette définition de la liberté se présentant comme universelle n’était en fait que la liberté de l’individu dans une société bourgeoise : je suis libre jusqu’en ce point où ma liberté d’action rencontre autrui. Contre cette conception, l’idée d’une liberté collective prend un tout autre sens : quelle pourrait être ma liberté si j’étais seul au monde ? Autrui n’est donc pas une limite à ma liberté, mais bien une de ses conditions.

      Le texte est basé essentiellement sur cette conception bien connue, socialiste, de la liberté VS la conception individualiste (aucun individu n’existe en dehors des relations avec les autres, un individu tout seul, monade, ça n’existe pas).

      L’obligation, le « sacrifice » d’une part de sa liberté individuelle, pour sauver les autres, ça peut être des exemples dans l’autre sens aussi @mad_meg. Un exemple que tu suis déjà : certaines personnes qui se pensent ultra libres, disent aimer se prostituer, et faire ça vraiment de leur plein gré, sans aucune aliénation, et « c’est leur droit » individuel (d’après elles). Mais ce droit individuel à se prostituer n’engage pas qu’elles, cela a des conséquences sur l’ensemble des femmes de la même société, sur le regard qu’on porte sur toutes, sur l’idée que les hommes se font de l’accès à toutes, pas juste à celles qui se prostituent. Et donc il est probable que sacrifier ce droit individuel aide (réellement, pas pour servir de serpillière) plus de personnes que le laisser.

    • Ce souvenir me fait pensé que les obligations vis à vis du collectif ca peu se discuté aussi

      Oui et heureusement que ça peut se discuter, ça doit se discuter même, c’est l’essence même de l’idée démocrate. A quoi s’oblige t’on en tant qu’individus dans cette société ? Le problème qu’on a aujourd’hui, c’est que les gouvernants qui nous expliquent à quoi on doit s’obliger édictent des règles souvent incohérentes (qu’ils ne respectent même pas, du reste) et de façon autoritaire.
      Il y aurait pu y avoir un espace pour un mouvement politique qui aurait réclamé une démocratisation de la crise sanitaire, en étant clair sur ses intentions (c’est à dire en étant pro-soins et non libertariens/complotistes/je m’en foutiste) mais tout ce que cette pandémie a révélé, c’est la nullité du champ politique. On obtient donc aujourd’hui un agrégat d’individus se croyant « libres » sur lesquels des vautours (principalement d’extrême droite) se jettent pour tenter d’en faire des soldats de la mort. C’est quand même une belle victoire du néo-libéralisme, après 40 ans à matraquer les cerveaux sur la liberté individuelle capitaliste, mais c’est peut-être une de ses dernières victoires (la suite nous dira si c’est une bonne nouvelle ou non).

    • (j’ai ecrit ca avant ton message @alexcorp mais je le pose que ce matin)

      Merci pour le passage que tu souligne @rastapopoulos c’est je croi aussi un passage clé du texte. Ca me fait pensé que Marx ne s’est sacrifié personnellement sur rien et c’est plutot à Engels qu’il a fait faire des sacrifices pour conservé sa vie de bourgeois.

      Pour les exemple de sacrifice en positif, je sais qu’ils existent et celui que tu donne me parle bien en effet en tant qu’abolitionniste. J’ai pensé aussi au libfem et aux transactivistes par rapport à l’hyper-individualisme et « c’est mon choix » ainsi qu’au coté magique de ce mode de pensé (selon l’idée qu’il suffirait que je dise que le Covid est une grippette ou le sexe un simple ressenti pour que par magie cela change la biologie) mais je les ai pas cité car ces exemples vont dans le sens du texte et j’ai choisi des exemples déplaisants (ma grand mère et Narayama) pour contrebalancé le texte qui me semblait oublié ces aspects moins légitime du sacrifice à la collectivité et idéalisait un peu trop le sacrifice des autres.

      J’aime pas trop l’angle générationnel qu’on choisi ces Alains parcequ’en fait c’est pas tellement altruiste de demander à des autres de se sacrifié pour son profit et c’est en creux ce que font ces Alains (cf « Cette propension au nettoyage générationnel rejoint celle de ces médecins hospitaliers qui, d’un cœur lourd ou léger, opéraient, sur critère d’âge, le tri entre ceux qui, dans les services d’urgence, avaient accès aux soins intensifs et ceux qu’on abandonnait à une mort pas si douce que ça. » cela ne transpire pas l’empathie ni pour les jeunes en réanimation, ni pour les médecines et medecins qui se seraient bien passées de faire ces choix qui sont le résultat du vote des boomeurs plutot que celui des jeunes). Pour reprendre l’exemple de Simone Weil, c’est elle qui a choisi de se sacrifié elle même pour des autres. Elle n’a pas exigé que d’autres se sacrifient pour son bénéfice.

    • Je trouve que le texte n’est pas exactement sur ce registre, malgré l’introduction avec la citation de Simone Weil. Je ne le lis pas comme une injonction à « plus » de « devoirs », ça me semble plutôt partir du principe que la plus grande part des gens sont déjà vaccinés ou en cours de vaccination et qu’on est encore dans une société où les gens vivent et acceptent ces « obligations », justement pour faire société ; et l’essentiel du propos est consacré à l’inverse, indiquer que les manifs « Libertay Libertay » n’ont pas grand chose à voir avec le liberté dans une société humaine. C’est plus un texte à charge contre un mouvement qui revendique la « liberté », au sens « moi je veux que », plutôt qu’à un appel à « plus » d’obligations pour tout le monde (parce que tout le monde vit déjà avec/accepte ces obligations/devoirs, justement pour faire société).

      Ce que je veux dire, c’est que le texte n’est pas normatif dans le sens où il expliquerait longuement qu’il faut suivre les devoirs/obligations définies par le gouvernement ou les experts scientifiques (ici la vaccination est donnée rapidement comme une évidence de solidarité sociale, et ce n’est pas le propos de la discussion), il se focalise plutôt sur la question inverse, c’est-à-dire ce mouvement qui au contraire décrète qu’il y aurait une liberté ultra-consumériste et individualiste, et que ce serait ça la valeur suprême de nos sociétés.

      Et de manière aussi intéressante, les auteurs opposent ce mouvement au mouvement des Gilets jaunes.

      Et sinon, à nouveau pas d’accord avec le terme « sacrifice » : c’est un vaccin, pas un sacrifice. Je reste sur l’idée qu’il est essentiel de refuser de dramatiser le fait de se faire vacciner. De même porter un masque et le porter correctement, ce n’est pas un sacrifice ; dans certaines situations c’est un peu chiant, mais je refuse d’aborder le port du masque sous l’angle du drame humain (ce qui est récurrent, c’est même un jeu qu’accepte le gouvernement quant il utilise le non-port du masque comme une carotte pour le passe sanitaire).

    • Je dramatise pas, je suis vaccinée et je ne vais pas dans les cinés, bars, resto ni musées, je boycott le pass et je porte un masque dans les lieux public. Je précise cela pour dire que mes croyances sont plus proche des tiennes que de celle des antivax.
      Pour le sacrifice, la morale est relative aux croyances et informations dont disposent les gens. Les antivax croient que le vaccin est dangereux et donc selon leur croyances il est question de sacrifice. Pour toi le vaccin est une évidence et du coup ca te semble pas un sacrifice.
      Pour les GJ et la masse brune VS le peuple rouge et digne c’est la partie qui me semble la plus bancal car c’est de l’idealisation partisane. Le GJ se sont mobiliser contre une taxe sur les hydrocarbures c’est quand même pas très altruiste comme motivation.

    • Les antivax croient que le vaccin est dangereux et donc selon leur croyances il est question de sacrifice. Pour toi le vaccin est une évidence et du coup ca te semble pas un sacrifice.

      Certes. Mais dans ce cas, il ne s’agit pas d’un sacrifice qu’on imposerait aux autres et pas à soi-même. Il s’agit bien que tout le monde soit vacciné.

      Le GJ se sont mobiliser contre une taxe sur les hydrocarbures c’est quand même pas très altruiste comme motivation.

      Oui, et d’ailleurs initialement grosse méfiance à gauche contre ce mouvement perçu comme consumériste, anti-écolo, etc. La droite avait rapidement embrayé sur le thème de l’« écologie punitive » pour essayer de récupérer le truc. Mais très rapidement ça avait évolué vers des revendications sociales bien plus larges (et solidaires).

      Mais dans la logique du présent texte, justement, même avec la contradiction que tu pointes, on pourrait noter que justement les GJ naissaient d’une décision où les décideurs imposaient un sacrifice aux autres. Alors que le vaccin, c’est bien pour tout le monde – y compris nos enfants. Je veux dire par là que c’est un argument contre l’idée que le textes des Alains ferait partie des discours confortables où l’on imposerait un « sacrifice » aux autres, sans en souffrir soi-même.

    • Certes. Mais dans ce cas, il ne s’agit pas d’un sacrifice qu’on imposerait aux autres et pas à soi-même. Il s’agit bien que tout le monde soit vacciné.

      J’ai entendu des antivax me soutenir que les puissants reçoivent de faux vaccins et c’est le genre de stupidités qui sont encouragé par le comportement de nos gouvernants (c’est un chose très bien montré par les Alains dans leur texte d’ailleur) ;
      https://www.mediapart.fr/journal/france/260821/imbroglio-autour-de-la-vaccination-de-macron?onglet=full
      "Le chef de l’État avait annoncé s’être fait vacciner le 31 mai. Or, d’après les données de l’Assurance-maladie consultées par Mediapart, il aurait été vacciné le 13 juillet, au lendemain de son allocution présidentielle sur le passe sanitaire. L’Élysée évoque une « erreur » dans la transmission des données."

      Pour les GJ la seule revendication audible était le RIC et la lutte contre les violences policière car ils étaient personnellement concernés, avant de s’en prendre plein la gueule ils n’avaient meme pas remarqué le pbl et aimaient bien les poulets. Et je les ai pas trouvé solidaire avec les femmes et les femmes GJ avec qui j’ai discuté étaient très antiféministes, pareil pour les personnes racisées qui se sont greffés par la suite avec le comité Adama. Il y a eu quelques GJ féministes mais c’est plutot la misogynie qui a pris le dessus (il y avait une femme qui avait voulu faire un parti GJ qui s’en est pris plein la gueule, mais pas leur avocat de droite qu’on voyait partout dans les medias). D’ailleurs pour le RIC j’ai entendu des antivax demandé un référendum sur le vaccin et ca me semble dans la logique des GJ. Perso je voie pas de grande solidarité chez les GJ.

      Mais dans la logique du présent texte, justement, même avec la contradiction que tu pointes, on pourrait noter que justement les GJ naissaient d’une décision où les décideurs imposaient un sacrifice aux autres. Alors que le vaccin, c’est bien pour tout le monde – y compris nos enfants.

      Non pas du tout, selon les croyances des opposants au vaccin c’est pas du tout un bien ni pour soi, ni pour les autres, ni pour les enfants. C’est un sacrifice qui ne profiterait qu’aux labos et aux riches qui veulent se garder la planète avec moins de gens dessus. Je dit pas que ca me semble pas completement débile mais pas plus débile que des gens qui croient en dieu.

    • Dans nos collèges, nos nymphettes réclament le droit de porter des crop tops comme une prérogative inaliénable pour la reconnaissance de laquelle elles sont bien décidées à se battre bec et ongles, tout comme en d’autres lieux et circonstances, le droit aux boissons gazeuses est vécu comme premier et inaliénable – vivre sans sa dose de Coca quotidienne, vous n’y pensez pas ! Se constitue ainsi une population capitalo-compatible, mieux, une population posant comme conditions de sa liberté ce qui l’enchaîne le mieux aux normes du consumérisme ambiant.

      Le nihilisme cognitif qui constitue le soubassement de ces rassemblements, allié au j’ai-bien-le-droitisme gâteux qui s’y donne libre cours est avant tout un indice politique : celui de l’apparition d’une sorte de peuple, un peuple bidon mais aux apparences de peuple, dont le propre est de se tromper de résistance.

      Ça me fait penser à « La haine de la démocratie » de Rancière.

      https://fr.wikipedia.org/wiki/La_Haine_de_la_d%C3%A9mocratie

      Durant la Guerre froide, la démocratie est conçue par opposition au régime totalitaire soviétique. Une fois cet antagonisme disparu, le concept consensuel devient sujet à des réflexions plus critiques. Un tournant idéologique concernant la démocratie s’effectue ainsi après l’effondrement de l’empire soviétique, au début des années 1990. Deux grandes critiques s’élèvent : une plutôt issue des hautes sphères intellectuelles et étatiques et une venue des penseurs marxistes.

      Les premiers expliquent que parce que la démocratie enlève toute limite au peuple, le bien commun en est menacé : c’est la montée de l’individualisme anarchique et des revendications excessives. Ils effectuent une distinction entre ceux qui ont le pouvoir de prendre les bonnes décisions, qui ont le savoir, et le reste. Les seconds dénoncent la société démocratique comme étant celle qui promeut les droits des individus égoïstes de la société bourgeoise et détruit les valeurs collectives. L’individu démocratique est un consommateur soucieux de son seul confort.

    • Leur texte a beaucoup de défauts mais ils n’ont certainement pas de sympathie pour matzneff et la pédophilie et leur soutien aux gilets jaunes est contradictoire même si pour les soutenir ils en présentent une version politiquement purifiée.

    • J’ai vu que ce texte est en une sur Rezo, à mon avis il ne le mérite pas. Il est faible sur le plan moral, philosophique et politique et c’est juste le coup de gueule de deux patriarches faussement altruiste. Je dit pas qu’il faut l’enlevé mais je dit ici ma désaprobation parceque ca me fait plaisir de le faire.

      @vuca Je suis certaine qu’ils se défendront de toute sympathie pour Madzneff mais c’est pas pour ca que je vais les croire. Ces Alains ont en commun avec Matzneff de parler des collégiennes comme le font les violeurs d’enfants. Nymphette est un mot qui viens du roman Lolita, un roman écrit du point de vue d’un violeur d’enfant incestueux (Humbert Humbert) qui essaye de se faire passer pour la victime et de faire de l’enfant victime (Dolorès Haze) la véritable agresseuse. Et pour faire ce tour d’inversion de la culpabilité, Humbert Humbert invente le mot « nymphette » et celui de « nympholepte ». Les Alains ont certainement lu Lolita puisqu’ils se flattent l’égo sur les livres (cf - ces jeunes qui n’ouvrent plus un livre contrairement à eux), mais ils ne l’ont pas compris du tout ce roman sinon ils n’utiliseraient jamais ce mot de violeur d’enfant dans le contexte des crop-top de collégiennes. Puisqu’ils ont en plus l’ambition de parlé de « devoirs » et « obligation altruiste » de mon point de vue leur devoirs et obligations altruistes de patriarches c’est de ne pas faire de commentaires sur la tenue des filles et des femmes.

    • De ce que me raconte X cette tension sur les crop-top est très présente, aussi bien en colonie de vacances qu’au collège/lycée.

      Et le sujet n’est absolument pas « ma liberté de mettre un crop-top » ; mais bien « les filles se font sans cesse emmerder par des adultes, profs, commentateurs, autres élèves etc à propos de leurs fringues, et les garçons jamais ». Surtout que ces « adultes » se permettent souvent de les humilier verbalement.

    • Le male gaze auquel sont soumises en permanence les filles/femmes est un outil de domination très efficace qui leur rappelle sans cesse qu’elles n’ont pas de place dans l’espace public, sans l’approbation du regard des hommes, que leur corps n’est pas légitime, qu’elles ne décident même pas de leur propre confort alors que les garçons qui se mettent torse nu à la moindre occasion (foot, travail, etc.) sont très rarement repris, alors même que leurs occupations, elles, occupent généralement tout l’espace public : le foot, la cour de récré ; le chantier/la livraison, toute la rue ; la tondeuse, tout le voisinage ; la moto, toute la ville.

  • Le plus vu sur YouTube : des femmes sous-représentées, sexualisées, malmenées
    https://www.liberation.fr/societe/droits-des-femmes/le-plus-vu-sur-youtube-des-femmes-sous-representees-sexualisees-malmenees
    https://www.liberation.fr/resizer/YfAoX2JRPgn70WN2HkEbESLdyHQ=/800x0/filters:format(jpg):quality(70):focal(1576x1156:1586x1166)/cloudfront-eu-central-1.images.arcpublishing.com/liberation/VFP23XEALZG5NNLKFWRMB5YTXU.jpg

    Dans un rapport rendu public ce jeudi, la Fondation des femmes alerte sur les stéréotypes sexistes encore largement véhiculés dans les contenus les plus visionnés de la plateforme, notamment des clips musicaux.

    Le diagnostic est peu reluisant : des femmes sous-représentées, et quand elles le sont, à grand renfort de stéréotypes sexistes, d’images dégradantes et autres propos misogynes ou symptomatiques d’une culture du viol solidement ancrée. Dans un rapport aussi fouillé qu’accablant rendu public ce jeudi, la Fondation des femmes alerte sur « le sexisme en liberté » dans les contenus les plus vus sur YouTube. Réalisée en partenariat avec Sciences-Po, cette étude s’appuie sur l’analyse fouillée des 200 contenus les plus vus sur la plateforme de vidéos en ligne au cours des années 2019 et 2020, majoritairement des clips musicaux (dans 73,7% des cas). Pour autant, les auteurs ont choisi de ne pas nommer les auteurs de ces vidéos, pour dénoncer un système plutôt que des individus. Objectif : poursuivre un travail similaire mené par le Conseil supérieur de l’audiovisuel en décembre 2018. « Le diagnostic est tout aussi accablant, voire pire », tranche Sylvie-Pierre Brossolette, ex-présidente du groupe de travail sur les droits des femmes du CSA et membre de la Fondation des femmes, au cours d’une conférence de presse ce jeudi.

    Premier constat : les femmes sont sous-représentées dans ces contenus, observent les auteurs, qui déplorent une présente « écrasante » de premiers rôles masculins. Ainsi, 62,1% des protagonistes sont des hommes, contre seulement 16,2% de femmes (l’écart s’expliquant par le fait que les réponses « mixtes », « autres » ou « non applicables » étaient possibles). Dans les vidéos humoristiques, sur les quatre contenus analysés parmi les plus regardés, c’est encore pire : aucune femme n’occupe le rôle principal. « Les représentations du féminin se pensent donc en majorité à travers le prisme d’un regard masculin », s’indigne l’étude.

    Autre point noir : les stéréotypes de genre. Moins d’un tiers (30,5%) des contenus y échappe. Le « format court » et la « visée commerciale » des clips musicaux les rapprochent de la publicité, « dans leur aptitude à mobiliser des stéréotypes dans un but marketing », observent les auteurs. Les hommes n’échappent pas à ces stéréotypes. Ainsi, plus de la moitié (57%) des vidéos passées au crible portent la trace de clichés traditionnellement associés à la masculinité, l’hypervirilité étant la plus présente (dans 71 vidéos), suivi de l’archétype du protecteur ou encore du sportif. Parfois, ces caractéristiques sont cumulées, l’association la plus courante étant l’hyperviril couplé au macho, parfois même cumulé à un aspect protecteur, « établissant un lien de causalité directe entre virilité et protection matérielle et /ou physique d’un autre personnage, dans la majorité des cas, féminin », relève le rapport.
    Sentimentales, séductrices, vénales…

    Du côté des femmes, des stéréotypes ont – sans surprise – également été relevés, dans 39% des vidéos. Les femmes y sont présentées comme sentimentales (15% des cas), comme des poupées (13%, pour les vidéos représentant des jeunes filles et des ados), des séductrices (12,5%), ou encore comme des personnes vénales (8,5 %)…. Dans la grande majorité des cas (81,7%), ces images se superposent, ce qui fait dire aux auteurs que « c’est tout un imaginaire stéréotypé qui est mobilisé ». En revanche, la maternité, elle, n’est que très rarement associée aux femmes mises en scène (dans 1% des cas). « Si les stéréotypes masculins sont prédominants, nous rappelons qu’ils sont cependant associés à des valeurs positives (la puissance et le courage) contrairement aux stéréotypes féminins, qui sont connotés négativement (la sentimentalité et la vénalité) », poursuit le rapport.

    Sans grande surprise, les corps des femmes sont aussi fréquemment sexualisés. Pas en les filmant partiellement ou complètement nues, mais par « des procédés bien plus insidieux » tels qu’une caméra pointée sur des attributs féminins (souvent les seins, ou les fesses, avec un visage coupé), ou encore de manière à mettre en scène des poses lascives. « Ces procédés suggestifs véhiculent l’idée que les femmes doivent paraître et se comporter d’une certaine manière pour être attrayantes, renforçant ainsi l’image de la femme-objet », analysent les auteurs.
    Insultes sexistes, culture du viol et violences conjugales

    Le rapport s’attelle enfin à tenter de décrypter les rapports entre les sexes. Là aussi, il reste du chemin à parcourir, le lien le plus fréquemment mis en scène étant des rapports de séduction (38,8% des cas), suivi de rapports conjugaux stéréotypés (présents dans 14% des séquences). On y voit par exemple des femmes attendant patiemment leur mari à la maison, tandis que celui-ci vaque tranquillement à des occupations sexuées, illégales ou violentes. Dans 4% des cas, ce sont même des rapports de soumission qui sont pointés du doigt, le plus souvent à travers des situations de « drague » non consentie : « Bien que ceux-ci soient peu nombreux, le peu de séquences illustrant une forme de harcèlement semblaient tout à fait normalisées. »

    Des violences sexistes et sexuelles ont également été relevées, dans pas moins d’un quart des contenus classés dans les catégories musique, humour et divertissement : insultes sexistes (37,5% des cas), propos misogynes (25%), culture du viol (15,6%), harcèlement sexuel (6,3%), et même violences conjugales (3,1%). A titre d’exemple, le rapport pointe du doigt les propos d’un chanteur (sans le nommer), qui clame « je vais te démonter » ou encore « j’te baise », ou encore le cas d’un autre clip, dans lequel le protagoniste menace de s’en prendre à son ex-conjointe dans les paroles de sa chanson, bat à mort l’amant de son ex-compagne, puis chante à côté des cadavres emballés dans des bâches de cet homme et de son ex. La Fondation des femmes déplore ainsi une nette hausse des contenues présentant une image dégradante des femmes. De 15,5% en 2017-2018 selon l’étude du CSA, ils ont bondi en 2019 et 2020 à 34,7%.
    Principe d’éga-conditionnalité

    Parmi les pistes possibles pour tenter d’améliorer cet état des lieux, la force juridique de la Fondation des femmes suggère de modifier la loi de septembre 1986 pour permettre au Conseil supérieur de l’audiovisuel (CSA) de contrôler l’image des femmes véhiculées sur Internet, en y ajoutant que le CSA « s’assure que les programmes mis à la disposition du public […] ne contiennent ni propos et images sexistes ou propos et images manifestant un traitement dégradant à raison du sexe ou de l’identité de genre ». « La haine en ligne et la protection des mineurs sont déjà régulées, mais pas l’image des femmes. Or, ce type d’images dégradantes ou stéréotypées formatent les mentalités et fournissent des rôles sociaux auxquels les jeunes peuvent s’identifier. Tout ceci fait le lit des violences », a rappelé ce jeudi Sylvie-Pierre Brossolette.

    Autre possibilité : la mise en place d’un principe d’éga-conditionnalité pour les œuvres diffusées en ligne, afin de priver de financement tout contenu véhiculant une image dégradante des femmes. « Il ne s’agit pas de censurer la création, mais cela pourrait par exemple passer par des clauses dans les contrats entre les établissements de crédit et les sociétés de production. L’essentiel est de susciter une réflexion sur ces questions », a tenu à préciser Me Caroline Leroy-Blanvillain, avocate membre de la force juridique de la Fondation des femmes. Dernière option : la création d’une charte de bonne conduite établie entre le CSA et les GAFAM, pour permettre la suppression de tout contenu dérogeant à ces engagements.

    #sexisme #misogynie #male_gaze #discrimination #invisibilisation

  • Faut-il jeter tous ses vinyles des Rolling Stones à la poubelle ? | Sylvie Tissot
    https://lmsi.net/Faut-il-jeter-tous-ses-vinyles-des-Rolling-Stones-a-la-poubelle

    Avertissement avant lecture : une fois refermé le livre de Simon Reynolds et Joy Press, vous n’écouterez plus jamais « Satisfaction » des Rolling Stones de la même manière. La lecture de Sex Revolts est dévastatrice mais, comme des enceintes d’un nouveau type qui produiraient un autre son, elle est aussi puissante, et nous la recommandons vivement. Une fois passé 200 pages à déconstruire, minutieusement et sans pitié, les deux matrices – qui semblent parfois n’en faire qu’une – où s’alimente le rock’n’roll : rébellion et misogynie, puis à explorer – avec admiration, mais non sans réserves – « l’autre masculinité » qui s’est construite contre elle dans le sillage du « Summer of Love », du « Flower Power » et des musiques « psychédéliques » ou « planantes », les auteur·e·s nous invitent à parcourir l’envers (...)

  • « Le système de la gymnastique de haut niveau a dressé, tordu, exploité, violé, menacé des centaines d’adolescentes »
    https://www.lemonde.fr/idees/article/2021/08/03/le-systeme-de-la-gymnastique-de-haut-niveau-a-dresse-tordu-exploite-viole-me

    La sociologue Caroline Ibos revient sur le retrait de l’athlète américaine Simone Biles des JO de Tokyo et propose, dans une tribune au « Monde », une analyse sociopolitique de la gymnastique comme système d’exploitation du corps des filles.

    Reine annoncée des Jeux olympiques de Tokyo, la gymnaste états-unienne Simone Biles a abandonné mardi 27 juillet le concours par équipe au milieu de la compétition ; elle avait échoué à réaliser une figure particulièrement difficile au saut de cheval. Le retrait de celle qui domine aujourd’hui son sport plus que toute autre sur terre, a semé la stupeur. Mais ce qui a le plus embarrassé le monde du sport est l’explication qu’elle en a donnée : « Dès que je mets le pied sur le tapis, il n’y a plus que moi et ma tête… Faire face aux démons dans ma tête. Je veux me concentrer sur mon bien-être, il n’y a pas que la gym dans la vie ».

    Depuis, les commentaires honorent ou déboulonnent l’icône : ils saluent le courage de la « plus grande championne de tous les temps » à briser les tabous, ou la dépouillent de ce blason de GOAT (« Greatest of All Times », « meilleure de tous les temps ») et moquent la petite chèvre brodée sur ses maillots. Et les réseaux sociaux déversent sur elle brouettes de fleurs et torrents de boue.

    Des vies contrôlées

    Pourtant, comprendre ce coup de théâtre à partir de la seule personnalité de Simone Biles, à partir de sa supposée surhumanité ou de ses possibles failles, masque ce qu’il exprime et que Simone Biles ne cesse de dénoncer depuis des années : la violence du système de la gymnastique féminine de haut niveau. Une violence dont l’enjeu est d’incarner la gloire nationale dans des corps et des vies contrôlées depuis l’enfance.

    Façonner le corps des filles est l’art d’un sport hanté par Pygmalion. Avant d’être étatsunienne, la gymnastique artistique fut soviétique et c’est dans les régimes communistes qu’a surgi le modèle de l’entraîneur surpuissant, héros du travail et créateur de championnes adolescentes.

    Rappelons-nous [la Russe] Elena Mukhina [1960-2006], championne du monde en 1978. Orpheline, entraînée depuis l’âge de huit ans par l’ancien champion de barre fixe Viktor Klimenko, elle se brise à vingt ans les vertèbres cervicales, quelques jours avant les Jeux de Moscou (1980), et reste entièrement paralysée. Malgré une jambe cassée, Klimenko la forçait à s’entraîner pour être la GOAT de son époque, la première à réaliser une folie de double salto et demi réceptionné sur la nuque.

    Dans ce système d’appropriation des corps, le modelage est redoublé par l’exploitation sexuelle, l’éclat de l’innocence rehaussée par la souillure cachée. Olga Korbut, surnommée le « moineau de Minsk » et gloire soviétique des Jeux olympiques de Munich (1972), accusa à la fin du vingtième siècle son ancien entraîneur, Renald Knysh, de l’avoir violée de multiples fois alors qu’elle avait quinze ans, réduite à l’esclavage sexuel et menacée d’exclusion de l’équipe nationale si elle parlait. En 2017, elle vendait aux enchères ses médailles olympiques, geste qui, dit-elle, lui « sauvait la vie ».

    Un régiment d’enfants jetables

    Ces deux exemples ne sont pas les cas extrêmes d’un monde « totalitaire » révolu : des années 1970 à aujourd’hui, des Pays-Bas à la Grande-Bretagne et de la Russie aux Etats-Unis, le système de la gymnastique de haut niveau a dressé, tordu, insulté, humilié, exploité, violé, menacé des centaines d’adolescentes.
    Simone Biles le sait intimement puisqu’elle fait partie des deux cent soixante-cinq survivantes, mineures abusées sexuellement par Larry Nassar, médecin pédophile de l’équipe nationale étatsunienne. Elle le sait tragiquement puisque John Geddert, l’entraîneur de son ancienne coéquipière Jordyn Wieber, championne olympique aux Jeux de Londres (2012), s’est suicidé il y a quelques mois : il était poursuivi pour de multiples agressions physiques, verbales et sexuelles sur une trentaine de mineures dans son club de Twistars, l’un des plus prestigieux des Etats-Unis.

    Dans le système de la gymnastique, le rapport entre corps et performances est brouillé. Il ne s’agit pas seulement d’ajuster le corps à la performance visée : celle-ci est normée à partir d’un idéal du corps gymnaste.

    En Union soviétique, les corps épurés des adolescentes étaient laxes, plats, légers et longilignes – tout ce que la puberté met en péril – et produisaient une gymnastique de l’apesanteur, fondée sur l’élan, la souplesse, la technique et la perfection chorégraphique. Et si la gymnastique olympique soviétique embarqua un régiment d’enfants jetables dès les premières règles, c’était au service d’une armée blanche : de l’Ukraine au Tadjikistan, les gymnastes, presque toutes slaves, ont aussi incarné la russification de la nation.

    Trophées de la guerre froide

    Dès les premières secousses de la fin de l’empire, les entraîneurs russes et roumains migrent aux Etats-Unis et y fondent les grands gymnases à l’origine de l’actuel business d’un sport spectacle : leur art du modelage des corps enfantins leur a permis de renouveler une gymnastique épousant les valeurs américaines. Des corps musclés, « conditionnés », resplendissants, souriants produisent une gymnastique explosive, fondée sur la détente, le rebond et l’acrobatie.

    Si la gymnastique olympique soviétique embarqua un régiment d’enfants jetables dès les premières règles, c’était au service d’une armée blanche : de l’Ukraine au Tadjikistan, les gymnastes, presque toutes slaves, ont aussi incarné la russification de la nation
    Simone Biles le sait, elle qui a passé tant de camps d’entraînement au ranch du couple Karolyi : les pygmalions de [la Roumaine] Nadia Comaneci, quintuple médaillée à l’âge de quatorze ans aux Jeux de Montréal (1976), ont dirigé d’une main de fer la gymnastique nationale étatsunienne de 1981 à 2016.

    Trophées de la guerre froide, les Karolyi ont généré cette gymnastique nationale étatsunienne qui règne aujourd’hui sur le monde : d’abord Belà, « affectueusement » surnommé l’ « ogre des Carpates », puis Marta, coach nationale lors des jeux de Rio (2016) où Simone Biles remporta cinq médailles. Tant de gymnastes passées entre les mains des Karolyi ont dénoncé leurs maltraitances, coups, insultes, humiliations, abus psychologiques à l’origine, selon elles, de détresse, addictions, désordres alimentaires, dépressions.
    D’autres, comme Nadia Comaneci, ont pesé de tout leur poids médiatique pour justifier des violences supposées nécessaires pour gagner des médailles. Ces médailles olympiques, signes de la puissance nationale que les corps des athlètes incarnent. En 1976, le corps de Nadia Comaneci révélait au monde à la fois la gymnastique et l’existence d’une Roumanie contestant la tutelle de Moscou : sa photographie posant en costume national avec le couple Ceaucescu, ses cinq médailles olympiques autour du coup, fit le tour du monde. Quelques années après, fuyant son pays, elle affirmait avoir été violée et battue par le fils du dictateur [Ceaucescu].

    Enorme capital symbolique

    Quarante ans plus tard, en 2016, Simone Biles est reçue à la Maison-Blanche par le couple Obama : à dix-neuf ans, quelques mois avant l’élection de Donald Trump, la gymnaste africaine américaine incarne le « smart power » d’une super puissance encore charismatique.

    Athlète engagée, Simone Biles ne s’est pas seulement battue sur les tapis des gymnases. Elle a dû affronter le racisme structurel d’une gymnastique blanche, comme le jour où une concurrente italienne déclara que, dorénavant, pour gagner des médailles, il suffisait de se peindre le corps (propos que la fédération italienne n’a jamais condamnés). Elle a dû se justifier de prendre des traitements pour pallier un trouble de déficit de l’attention, secret médical révélé au monde par des hackers russes.

    Elle a porté plainte contre Larry Nassar et a mobilisé son énorme capital symbolique pour interpeller à ce sujet la fédération étatsunienne de gymnastique. Depuis quelques semaines, sur les réseaux sociaux, elle se focalise sur la santé mentale des athlètes, revendiquant se soucier d’elle-même et consulter un psychologue.
    Lors de la finale par équipe, au moment d’offrir un titre olympique à sa patrie, des démons ont envahi la tête de Simone Biles : certains d’entre eux ressemblaient peut-être à Viktor Klimenko, Renald Knysh, Larry Nassar, John Geddert, Bela et Marta Karolyi, Nicu Ceaucescu ainsi qu’à tous ces gens sans visage qui font des jeunes gymnastes la chair de la gloire nationale.

  • LE MYTHE DE LA LIBIDO FEMININE FAIBLE

    Récapitulons : les femmes sont génitalement mutilées, lapidées, fémicidées, individuellement et collectivement violées, stigmatisées, slut shamed si elles prétendent prendre le contrôle de leur sexualité. Elles sont utilisées comme instrument masturbatoire disposable, soumises dans les rapports sexuels à des pratiques pornographiques dégradantes et dangereuses (étranglement, tirage de cheveux, etc.), privées de toute possibilité d’expérimenter une sexualité gratifiante par leur réduction au rôle de simples auxiliaires de la jouissance des dominants. Et vivent sous la menace toujours présente de leur violence. A cela s’ajoute la fatigue de la double journée, l’exaspération et le ressentiment envers un conjoint qui vous laisse assumer 80% des tâches domestiques et familiales, la charge mentale, les tue-le-désir des chaussettes sales qui traînent et autres promiscuités quotidiennes qui désérotisent le partenaire. Et on s’étonne—si même elles ne simulent pas un orgasme pour ménager l’ego masculin—qu’elles ne manifestent pas un enthousiasme démesuré pour les rapports sexuels standard ? Attribuer aux femmes des pulsions sexuelles faibles, c’est un peu comme de remplir la gamelle de son chat de navets, lui envoyer une décharge électrique à chaque fois qu’il s’en approche et en déduire qu’il n’a pas faim.

    Toutes les sociétés patriarcales sont obsédées par le contrôle de la sexualité des femmes, et toute manifestation d’autonomie sexuelle de leur part y est vécue comme menaçant leur existence même. Cette sexualité a donc toujours été férocement réprimée depuis des millénaires dans la quasi-totalité des cultures–ce qui fait d’elle une terra incognita.

    On ne peut donc pas avoir la moindre idée de ce que serait une sexualité féminine absolument libre—parce que, au moins dans les temps historiques, elle ne l’a jamais été. Nonobstant les slogans des 70s, la libération de la sexualité féminine—celle où les femmes feraient exactement ce qu’elles veulent sexuellement et surtout ne feraient pas ce qu’elles ne veulent pas–n’a toujours pas eu lieu : avec l’omniprésence du porno, on a de nouveau changé de norme, les femmes sont désormais tenues de « s’éclater » sexuellement mais le projet patriarcal qui sous-tend ces injonctions contradictoires est toujours le même : l’image de la « chaudasse » pornifiée et celle de la bonne mère asexuée ne sont que les deux faces d’une même entreprise immémoriale de répression de toute forme autonome de sexualité féminine.

    #féminisme #hétérosexualité #mâle-alphisme #viol #culture_du_viol #male_gaze #parasitisme #excision #slut_shaming #harem #éthologie #libido #harcelement

  • Beach handball : Les Norvégiennes sanctionnées pour avoir porté un short jugé trop long - L’Équipe
    https://www.lequipe.fr/Handball/Actualites/Beach-handball-les-norvegiennes-sanctionnees-pour-avoir-porte-un-short-juge-trop-long/1271738

    Quatrièmes de l’Euro de beach handball qui s’est achevé ce week-end, les Norvégiennes étaient à la lutte avec l’Espagne pour une place sur le podium de la compétition. Durant ce match pour la médaille de bronze, elles ont arboré un short au lieu du bikini réglementaire, ce qui a valu à l’équipe une amende de 1 500 € (150 € par joueuse).

    La Fédération européenne de handball (EHF) a expliqué sa décision par un cas de « vêtement non conforme », ajoutant que les shorts n’étaient pas « en accord avec les termes définis par le règlement de beach handball ». Une décision jugée « complètement ridicule » par le ministre des sports norvégien, Abid Raja.

    La Fédération norvégienne s’est dite fière de ses joueuses. « Ensemble, nous allons continuer le combat pour faire changer les règles concernant les vêtements. Ainsi, les joueuses pourront être compétitives dans des vêtements dans lesquels elles se sentent à l’aise. »

    Le règlement du beach handball, lui, précise que les femmes doivent porter un bikini et les hommes un short, arguant que « les vêtements des athlètes contribuent à les aider à être encore plus performants, tout en restant cohérents avec l’image attractive que doit avoir le sport ».

  • Le foot comme outil de banalisation de la violences masculine

    De passage à Nancy j’ai appris que les supporter de foot en joie suite à une victoire de leur équipe, avaient causé pour 50.000€ de dégâts matériels. La presse qualifie ca de « débordements » ce qui renvoie plus à un phénomène naturel qu’à un comportement humain.
    https://france3-regions.francetvinfo.fr/grand-est/meurthe-et-moselle/nancy/nancy-apres-les-degradations-place-stanislas-arrestatio
    Là il ne s’agit que de dégâts matériels, ceux là sont pris légèrement au sérieux par les habitants et par la presse car ils sont visibles et on en parle dans le journal. Les destructions causées par les supporteurs en joie sont désignés comme une fatalité naturelle et il y a ici une question autour de la #virilité de sa naturalisation et de l’expression des privilèges qu’elle procure.

    Puis il y a cette étude de 2013 qui porte sur un petit échantillon de footeux de Lancaster que j’avais deja posté sur seenthis et qui rend compte d’une augmentation des violences sur conjointes les soirs de match, avec une net augmentation encore de ces violences en cas de défaites.
    cf https://www.huffingtonpost.fr/2018/07/04/coupe-du-monde-2018-une-campagne-de-prevention-contre-les-violences-c

    L’étude parle seulement des violences sur les conjoints mais les violences sur les enfants sont probablement corrélés.

    Et la France à perdu la coupe d’Europe du dopage et de la corruption ce qui implique que beaucoup de femmes et d’enfants ont été battus ces derniers jours sous prétexte de frustration d’hommes. Ca me saute aux yeux à cause d’une séquence vu dans le zapping d’aujourd’hui qui me semble être un exemple typique de la normalisation des violences masculines.

    Ca commence à 0:11 seconde - le journaliste dit que

    Certains français ont du mal à digéré la défaite. Alors certains imaginent se défoulés dans les vestiaires. D’autres préfèrent blablabla...

    A l’image on voit un vestiaire avec une équipe d’ados masculine assises et l’entraineur leur donner à chacun leur tour une grande gifle très violente.

    https://www.youtube.com/watch?v=CUhjZ-ELZn4

    C’est sensé être une séquence humoristique, sois disant « certains imaginent » mention qui est sensé atténué la violence des images, mais on a le droit à une séquence qui ne laisse aucune place à l’imagination. Après tout l’entraineur aurais pu se mettre des gifles à lui même pour se calmé ou demandé à etre giflé car il a mal entrainé son équipe. Mais les hiérarchies sont bien respectés dans cette scène. Ces gifles violentes sont bel et bien infligées à des enfants qui servent de défouloir-substitut à l’équipe de France. Le point de vue adopté est celui de l’entraineur, c’est lui qui incarne ces « certains français qui ont mal digéré la défaite ». Et c’est cela qui est sensé être drôle, ou plutot jouissif du point de vue du narateur.

    Les gifles ont l’air vrai, mais même si c’etait un effet spécial de gifle et pas une véritable scène de violences le message reste identique, il n’y a pas de prise de distance ni de critique ni de renversement du pouvoir établie.
    La séquence valide le fait que les supporter de l’équipe masculine de France ont de bonnes raison d’être en colère.
    La séquence montre que la colère peu se déchargé sur autrui.
    La séquence indique que les supporter de l’équipe masculine de France peuvent se servir de personnes substitut parmi les dominés (ici des ados face à l’entraineur, mais on sais très bien que ca marche aussi avec les compagnes, voisines, les enfants ou les mecs pas assez viriles) pour déchargé leur frustration de ne pas avoir pu humilié et dominé l’équipe masculine du pays concurrent.
    La séquence ajoute en plus qu’il faut trouvé cela super marrant, normal et naturel que les dominants frappent les dominés pour se défoulés. La domination c’est cool et c’est fun.

    Je trouve cet extrait très interessante car on est face à un exemple d’éducation des hommes à la violence. Quand on parle d’éducation la plus part de gens pensent à la mère, car pour la plus part des gens ce sont les mères qui éduquent les enfants, mais les hommes et les garçons s’éduquent énormément entre eux, via ce genre de petits messages faussement humoristique. Ici c’est pas les mères qui font regarder à leurs fils ces biteries de vestiaires et de défouloir sur plus petit que soi. Ce sont les hommes qui s’apprennent entre eux comment dominer à travers leurs éléments de culture masculine.

    #éducation #foot #virilité #zapping #boysclub #domination #male_gaze #violence_masculine #nationalisme #fraternité #male_alphisme #gifle

  • Philosophie de (comptoir) ... pardon, « terrasses »

    Terrassés ou terrassiers
    https://lundi.am/Terrasses-ou-terrassiers

    « Nous ne faisons que fermer sur nous-mêmes d’embarrassantes parenthèses » dit Raoul Vaneigem en parlant de ces doigts à la terrasse d’un café qui « repoussent la monnaie du pourboire et les doigts du garçon qui l’agrippent, tandis que les visages des deux hommes en présence, comme soucieux du masque de l’infamie consentie, revêt les marques de la plus parfaite indifférence » (Traité de savoir-vivre à l’usage des jeunes générations, Raoul Vaneigem)

    Si la terrasse se développe si bien dans la société du spectacle c’est qu’on se retrouve pris dans une zone tampon entre le monde actif de la rue et l’arrêt, entre le mouvement vers la vie et l’inertie de la mort. Entre l’authenticité du vécu et l’aliénation de la marchandise, maintenu vivant dans la tension du spectacle.

    • Je le trouve sacrément faible, ce texte. Grosso modo il y a les terrasses où les gens s’assoient pour boire un café en contemplant la rue, et ce sont des terrasses bourgeoises. Et il y a les terrasses où l’auteur s’assoit pour boire un café en contemplant la rue, et ce ne sont pas des terrasses bourgeoises.

      Et sinon, oui, le fait que le bar-pas-bobo, habituellement, c’est un lieu de sociabilité presque exclusivement masculin, c’est un problème. (Les bars associatifs et militants, c’est sans doute très bien, mais c’est pas les plus fréquents parmi les bars-pas-bourgeois, et je ne sais pas si c’est là que les éboueurs vont se faire expliquer l’anticolonialisme par le propriétaire.)

    • en exergue d’un article bien plus écrit et plus craignoss, lui aussi avec #terrasses... et rafale :

      NOUS SOMMES FAROUCHEMENT RELIGIEUX et, dans la mesure où notre existence est la condamnation de tout ce qui est reconnu aujourd’hui, une exigence intérieure veut que nous soyons également impérieux.
      Ce que nous entreprenons est une guerre.

      Georges Bataille, « La conjuration sacrée », Acéphale n°1_

      https://lundi.am/La-guerre-veritable

      On nous propose des variations sur l’#ennui (cet "opium du peuple", G.B., 1935) aujourd’hui au coeur de la "convivialité" forcée (tout aura été renversé par la contre révolution), cet ennui accepté qui fait les esclaves (vieille image aristocratique), bourgeois inclus.

      #bourgeoisie #avant-garde #littérature

    • C’est que je devais avoir en souvenir ces bars étudiants ou prolos (les deux catégories se mélangeaient encore à l’époque) dans les années 70. Le Bar de l’U à Besançon était un de ces repaires où on tapait la discut’ des heures durant à tenter de refaire le monde sans problème de coexistence entre genres ... Bref, depuis le temps a passé et je n’ai plus trop retrouvé cette ambiance. C’est peut-être aussi pour ça que je ne fréquente plus les bars.

    • Assis à une terrasse de café on regarde le monde depuis sa table, et le monde nous regarde. De nombreuses règles tacites régissent cette pratique sociale et trahissent la théâtralité du pouvoir.

      J’observe les passants et les passants m’observent. D’un seul regard j’appelle le serveur. Une seule posture et un seul objet (la table) me sépare du SDF assis sur une chaise devant le métro. Pas de trêve entre agresseurs et agressés. La trivialité quotidienne de l’humiliation dénonce l’organisation économique où la production et la consommation de l’offense s’équilibrent.

  • Après l’annonce du divorce de Bill Gates, les révélations se multiplient sur le créateur de Microsoft

    Procédure de séparation lancée il y a deux ans, proximité avec Jeffrey Epstein, liaison avec une salariée du géant informatique et tentatives avec d’autres… La presse américaine a lancé un grand déballage sur le milliardaire et philanthrope.

    https://ghostbin.co/paste/hc7a38

    https://www.lemonde.fr/international/article/2021/05/18/bill-gates-apres-l-annonce-de-son-divorce-les-revelations-sur-le-createur-de

    #grands_hommes

    • L’article référencé est intéressant en ce qu’il montre comment les différents cercles de très riches et super riches hommes surtout mais femmes aussi se cotoient au point d’être intimement liés et interconnectés.

      Vu que l’ancien couple Gates est aux rênes de l’organisation la plus puissante du monde dans le domaine de la gestion de l’intervention dans la recherche médicale, je propose de jeter un regard sur le comportement des institutions culturelles, politiques et médicales des États Unis pour découvrir leur éthique et comportement pratique par rapports aux éthnies considérées ouvertement comme inférieures par les puissants du monde dans le passé récent.

      Bombing Of Osage, Special | 57m 26s
      https://seenthis.net/messages/915966

      Quand les États Unis récupèrent les dechets des victimes de l’expérimentation humaine conduite par les Mengele japonais
      https://seenthis.net/messages/915980

      A mon avis on peut dessiner une ligne ligne directe entre les exactions étatsuniennes historiques et les interventions actuelles de la Bill & Melinda Gates Foundation . Ceci n’est pas le résultat du mauvais caractère des personnes responsables mais une conséquence incontournable de l’optimisation capitaliste et médicale mis en oeuvre par les acteurs historiques et présents.

  • Manon Garcia : « La philosophie a implicitement écarté la moitié de l’humanité de sa réflexion »

    https://www.liberation.fr/idees-et-debats/manon-garcia-la-philosophie-a-implicitement-ecarte-la-moitie-de-lhumanite

    La philosophe Manon Garcia s’en est récemment agacée dans un tweet. « C’est pénible les classements de la Bibliothèque nationale de France : je découvre que mon livre et mon recueil de philosophie féministe sont classés en féminisme et non en philosophie. Le Deuxième Sexe de Simone de Beauvoir est en littérature et en féminisme, pas en philo. La philosophie féministe n’est pas de la philosophie ? » L’anecdote illustre parfaitement ce que démontre le recueil Philosophie féministe (patriarcat, savoirs, justice), que l’autrice d’On ne naît pas soumise, on le devient (Flammarion, 2018) fait paraître chez Vrin. Alors que dans les pays anglo-saxons la philosophie féministe est valorisée comme un champ à part entière de la discipline, la France considère encore bien souvent que philosophie et féminisme ne peuvent aller de pair. Les dix textes majeurs ici rassemblés et présentés par cette spécialiste de Simone de Beauvoir, professeure à l’université de Yale à partir …

    #philosophie #phallosophie #sexisme #misogynie #féminisme #male_gaze #invisibilisation #femmes #paywall

    • très drôle la sculpture !

      Ça me donne l’occasion de poster ici sur le nommage des rues des philosophes féministes. Je crache pas dans la soupe, c’est bien qu’il y ait des noms de rues portées par des femmes et il n’y en aura jamais assez.
      Mais là à Cugnaux, banlieue de Toulouse, dans un quartier sorti de terre il y a moins de 50 ans (à vue d’œil), ça m’a fait doucement marrer que le #pâté_de_rues aux noms de femmes soit jouxté par l’avenue pompidou (quand même plus large une avenue, allez hop, un président couillu), à égalité avec le pâté de rues aux noms de fleurs, ou celui des rues aux noms de régions. Je me demande comme ce n’est pas loin du grand supermarché si il ne vont donner des noms de produits « rue du boudin blanc », « rue du dentifrice à deux couleurs », « rue des promotions », « Allée du moins 30% » pour égayer un peu leur ennui et stimuler leur créativité.

      il y a vraiment un truc à étudier là-dedans sur le mode de fonctionnement des élites.

      Tiens, promène toi par ici, tu vas rire !

      https://www.openstreetmap.org/#map=18/43.53198/1.34732

      #féminisme
      #quota_cantonné
      #Simone_Weill
      #phallocrate
      #la_plus_grosse

    • Yoan Capote
      Cuban, b. 1977•
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      Yoan Capote is a Cuban sculptor of great talent, and one of his country’s most promising contemporary artists. Capote’s work is known to be “solid”, “irreverent”, “provocative”, “non-conformist”, and deals principally with interactions between individuals and their psychological experiences. His pieces often merge human organs with inanimate objects, rearranging the human body and reinventing the purpose of everyday life objects. Yoan Capote held many exhibitions all over the world.
      Yoan Capote
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      Racional, 2006
      Marble and metal
      33 3/10 × 15 1/2 × 10 7/10 in
      84.5 × 39.4 × 27.3 cm

      https://www.artsy.net/artwork/yoan-capote-racional-1

    • Les dix textes majeurs ici rassemblés et présentés par cette spécialiste de Simone de Beauvoir, professeure à l’université de Yale à partir de juillet 2021, prouvent exactement le contraire. Michèle Le Dœuff, Nancy Bauer, Sandra Harding, Geneviève Fraisse ou Christine Delphy expliquent pourquoi les femmes ont été si rares dans la discipline, se demandent si la philosophie est une science sexiste et ce que peut apporter le féminisme à la pensée (et pas seulement aux femmes). Certains textes s’opposent aussi, lorsqu’il s’agit par exemple de savoir si « le multiculturalisme nuit aux femmes ». Preuve que la philosophie féministe n’est pas un courant de pensée monolithe.

      On voit la philosophie comme une discipline objective et abstraite alors que le féminisme est du côté de l’engagement politique. Une philosophie féministe, est-ce que ça existe ? Comment la définir ?

      Il n’y a pas de contradiction entre philosophie et féminisme. Comme l’ont montré entre autres les philosophes féministes, c’est une illusion que de croire que la philosophie telle qu’elle a été pratiquée pendant près de deux millénaires était apolitique et objective. La position sociale dans laquelle on se trouve se reflète dans les questions que l’on se pose et l’histoire de la philosophie reflète les préoccupations de ceux qui s’y attellent. Par exemple, de Sénèque à Machiavel, certains philosophes ont été conseillers politiques, il est évident que cette position sociale a un effet sur la façon dont ils pensent le pouvoir. Et qu’ils vont nécessairement le penser différemment qu’une femme qui n’a pas le droit de participer à la vie de la cité parce qu’elle est femme. On peut dire que la philosophie féministe est une branche de la philosophie qui est informée par des considérations féministes et qui contribue aux combats féministes. C’est une certaine façon d’interroger le monde – comment est-ce que les rapports de genre structurent notre pensée, nos sociétés ? – qui conduit la philosophie à s’attaquer à de nouveaux objets ou à considérer ses objets traditionnels de façon nouvelle. Un exemple très simple : l’histoire de la philosophie a été marquée par une pensée binaire entre le soi et l’autre, mon corps et le monde extérieur. Une fois que l’on réfléchit à l’expérience de la grossesse, ces questions se posent différemment puisque mon corps peut alors inclure un corps étranger qui est à la fois moi et non-moi. Le fait que cette expérience ne soit pas entrée en ligne de compte dans la philosophie traditionnelle du corps, invite à se demander que faire du principe de non-contradiction ou des catégories binaires dont je parlais, mais ça peut aussi conduire à des questionnements philosophiques sur la façon dont le savoir est produit.

      Rousseau, Hegel ou Comte… leurs écrits ne sont pas tendres avec les femmes (1). La philosophie est-elle sexiste ?

      L’histoire de la philosophie est sexiste, oui, mais sans doute en grande partie parce que la philosophie est fille de son temps. Dans l’ensemble, la culture, la pensée, l’art ont été sexistes – mais aussi racistes, classistes – jusque très récemment. Pour autant, cela ne veut pas dire qu’il ne faille pas lire ces philosophes ou que la philosophie soit bonne à jeter à la poubelle. En revanche, il me semble important d’une part de les recontextualiser, c’est-à-dire de se demander ce que cela voulait dire de tenir de tels propos à cette époque. Par exemple, quand on pense au fait que Comte est contemporain de Mill [dans De l’assujettissement des femmes (1869), John Stuart Mill défend le droit de vote des femmes, ndlr] son sexisme est plus difficile à comprendre que lorsqu’on lit Rousseau à l’aune des théories du XVIIIe siècle sur les femmes. D’autre part, il faut se demander quelle place joue le sexisme dans leur système de pensée. C’est ce que montre la philosophe américaine Nancy Bauer dans un texte reproduit dans le recueil (2) : le problème, c’est de savoir si le sexisme est nécessaire à la pensée du philosophe en question. Le sexisme d’Aristote, par exemple, paraît moins indissociable de sa pensée que celui de Schopenhauer ou de Nietzsche de la leur.

      Pourtant des femmes philosophes ont existé : la penseuse cynique grecque Hipparchia (IVe siècle avant notre ère), la théologienne anglaise Mary Astell qui publie ses Réflexions sur le mariage en 1730… Pourquoi sont-elles si méconnues ?

      D’abord, la réalité est que les femmes n’étaient généralement pas considérées comme des êtres humains à part entière et donc dans leur immense majorité elles n’avaient pas accès à l’éducation, elles devaient se consacrer au travail manuel et au travail domestique ou, chez les plus favorisées, à l’organisation de la vie sociale. En tout cas, il était hors de question qu’elles soient des penseuses. Il y a par conséquent fort peu de femmes philosophes. Et dans les rares cas où des femmes ont pu accéder à la pensée, cela a très souvent été, comme l’a montré Michèle Le Dœuff, dans le cadre d’une relation amoureuse ou au moins amicale avec un penseur : Hipparchia, Héloïse, Elisabeth de Bohème, Harriet Taylor et d’une certaine manière Beauvoir. Elles sont ainsi passées à la postérité comme des compagnes. Et puis, prosaïquement, ces femmes ont souffert de tous les clichés sur les femmes savantes, leurs travaux ont été considérés comme mineurs si jamais ils portaient sur des sujets peu sérieux comme… les femmes. C’est un cercle vicieux !

      Quel est l’apport majeur de la philosophie féministe ?

      Son premier apport est sans doute de rendre visible le fait que la philosophie n’avait jusque-là pas pensé la féminité – ni la masculinité d’ailleurs. Quand Beauvoir ouvre Le Deuxième Sexe avec la question « qu’est-ce qu’une femme ? », ce qui saute aux yeux, c’est que cette question n’avait jusque-là jamais été sérieusement posée par la philosophie. Ça veut tout de même dire que la philosophie, avec son ambition universaliste, avait implicitement écarté la moitié de l’humanité de sa réflexion, ce n’est pas rien ! Plus généralement, on peut dire que la philosophie féministe est faite de trois grandes contributions : une critique du canon philosophique ; l’introduction de nouveaux objets pour l’analyse philosophique (le genre, mais aussi la vulnérabilité, les violences domestiques par exemple) ; le développement de nouvelles façons de penser des questions traditionnelles de la philosophie, comme je le montrais à partir de l’exemple de la grossesse qui renouvelle la façon de penser le corps.

      Pourquoi le concept d’« oppression » est-il central dans la philosophie féministe ?

      Le concept d’oppression n’a pas été inventé par les philosophes féministes mais elles l’ont transformé : alors que pendant longtemps, on ne parlait d’oppression que pour désigner les effets du pouvoir des tyrans, les Américaines Marilyn Frye et Iris Young ont montré qu’il y avait oppression dès lors que des phénomènes structurels et systématiques créent des groupes sociaux dont les membres de l’un ont du pouvoir sur les membres de l’autre par le simple fait d’appartenir à ce groupe. Par exemple, les hommes sur les femmes, les riches sur les pauvres, les blancs sur les non-blancs. Parler d’oppression c’est, sur le plan descriptif, montrer que la société est structurée par des contraintes institutionnelles injustes et inégales et, par conséquent, sur le plan normatif, mettre en évidence la nécessité d’un changement social vers une société plus juste.

      En prenant pour objet la sphère domestique, la philosophie féministe a montré que le privé est politique puisque s’y joue une grande partie de la domination sur les femmes.

      La sphère privée est un des sujets centraux de la philosophie féministe. Par exemple, quand on réfléchit au consentement sexuel, on ne fait rien d’autre que d’analyser la façon dont les rapports intimes sont traversés par des rapports de pouvoir. Montrer que le pouvoir ce n’est pas seulement celui d’un gouvernement sur les citoyens mais que la société est un tissu de rapports de pouvoir et de domination qui viennent se déployer y compris dans la famille ou dans le couple est un des apports décisifs de la philosophie féministe.

      Si elle a émergé en France avec Beauvoir, la philosophie féministe s’est développée principalement dans les pays anglo-saxons depuis les années 70, où en est-elle aujourd’hui en France ?

      Elle a continué, bien après Beauvoir, à se construire en France, avec Michèle Le Dœuff, Colette Guillaumin et Sarah Kofman, par exemple. Mais c’est vrai que ces philosophes féministes en France ont été en quelque sorte mises en retrait de la vie universitaire et ont eu du mal à faire des émules. Puis est venue une nouvelle génération, notamment avec Elsa Dorlin et Sandra Laugier, qui a fait revenir la philosophie féministe en France, tant et si bien qu’elle est un des champs les plus dynamiques en ce moment, avec beaucoup de chercheuses comme Camille Froidevaux-Metterie ou Vanina Mozziconacci, mais aussi beaucoup d’étudiant·e·s et de doctorant·e·s qui s’intéressent à ce champ et en développent les possibilités.

      Depuis quelques années, des polémiques virulentes opposent les féministes « universalistes » et « intersectionnelles », ou « deuxième » et « troisième vague »… peut-on réconcilier ces deux camps ?

      Certes, il y a des désaccords parfois très forts parmi les féministes mais ils sont surtout la marque de la vitalité de la pensée féministe. Plus vous avez de gens différents qui luttent ensemble, plus il est probable que ces gens se disputent au sujet de leurs luttes ! C’est salutaire et cela nous permet à toutes d’avancer.

      L’intersectionnalité, en considérant la multiplicité des identités et des facteurs de domination, ne met-elle pas en péril le fait de penser « les femmes » ? Ne met-elle pas ainsi la philosophie féministe dans une impasse ?

      Pourquoi on ne pourrait plus parler « des femmes » ? On peut tout à fait parler d’elles sans postuler qu’elles ont exactement la même expérience du fait d’être des femmes. Je crois qu’il est très important d’arrêter de laisser l’extrême droite dicter nos façons de penser les concepts de la recherche en sciences sociales. Le concept d’intersectionnalité est un concept sérieux et, comme beaucoup de concepts de sciences sociales, tous les chercheurs et chercheuses ne s’accordent pas sur sa définition, sur son emploi. Mais il faut arrêter le fantasme qui consiste à en faire un cheval de bataille d’idéologies séparatistes et dangereuses, ce n’est tout simplement pas le cas ! Il faut lire les philosophes féministes qui travaillent sur ces sujets comme Uma Narayan, Serene Khader ou Soumaya Mestiri. Le discours consistant à dire que l’intersectionnalité interdirait de parler « des femmes » transforme une question réelle et importante – quel est le sujet du féminisme si on ne pense pas que toutes les femmes sont opprimées de la même manière ? – en une affirmation fausse, dont la fonction est simplement de faire peur aux gens en disant « regardez tous ces gens qui luttent contre de multiples oppressions, en fait ils veulent détruire la lutte des femmes ! » C’est du fantasme, et du fantasme raciste.

      (1) Hegel écrivait : « Les femmes peuvent avoir de la culture, des idées, du goût de la finesse, mais elles n’ont pas l’idéal » ; et Auguste Comte : « C’est afin de mieux développer sa supériorité morale que la femme doit accepter avec reconnaissance la juste domination pratique de l’homme… »

      (2) La philosophie féministe est-elle un oxymore ? de Nancy Bauer (2003).

      #intersectionnalité

  • Faut-il donner une voix à Lolita, l’héroïne silencieuse de Nabokov ? - Les Inrocks
    https://www.lesinrocks.com/livres/la-lolita-de-nabokov-au-coeur-de-deux-ouvrages-176619-09-08-2019

    (...) le livre-enquête de l’Américaine Sarah Weinman, Lolita, la véritable histoire, paraîtra le 25 septembre (on y reviendra). L’auteure y met en parallèle l’écriture de Lolita en 1948 avec un fait divers advenu au même moment : le kidnapping de la jeune Sally Horner, 11 ans, par le pédophile Frank La Salle.

    Elle démontre comment celui-ci aurait inspiré Nabokov. Mieux, comment il aurait été le déclic lui permettant de donner forme à un roman autour duquel il tournait depuis des années. Pendant deux ans, La Salle et la petite Sally voyagèrent à travers les Etats-Unis en voiture, et l’homme l’inscrira même un temps à l’école, bref, comme Humbert H et Lolita.

    • En période MeToo, le geste de Christophe Tison a tout l’air d’un sauvetage : donner enfin une voix à la victime, faire entendre les mots d’une femme abusée. Sauf qu’il y a dans ce geste quelque chose de dérangeant : comme si Lolita avait été une victime réelle. Pire : comme si, victime de Vladimir Nabokov lui-même, qui a choisi de ne pas lui donner de voix, il fallait réparer ce “dommage” qu’un écrivain fait subir à son personnage.

      Christophe Tison tente de donner une voix à Lolita…

      Or il n’y a pas d’ambiguïté dans le roman de Nabokov : Lolita est bien la victime d’hommes pervers, malades. Elle est le symbole de la capacité des hommes à la violence sexuelle, au mal (l’affaire se répétera avec Clare Quilty, un autre pédophile croisé sur sa route).

      Par ailleurs, on doute fort qu’une gamine de 12 ou 13 ans s’exprime ainsi : “Moi, petite fille recluse dans les terres stériles et les jardins mesquins de Ramsdale, ses petites barrières blanches (…).” Son langage semble à nouveau confisqué, au profit de celui de l’auteur. Qui par ailleurs la maltraite encore davantage en lui faisant accepter la proposition de Quilty de tourner dans des pornos alors que dans Lolita, elle refuse.

      #Lolita

    • Si Weinman ne condamne évidemment jamais Nabokov, affirmant qu’il est un génie, l’enjeu de son livre est pourtant ambigu. En voulant montrer, dit-elle, le vrai visage de l’horreur qu’a subie dans la vraie vie une petite fille réelle, elle veut aussi restituer l’horreur qu’a subie le personnage de Lolita derrière l’écran des mots poétiques, désirants du narrateur Humbert H. Comme si, là encore, il fallait sauver Lolita… de la littérature ?

    • Ca a l’air pas terrible le bouquin de Christophe Tison, rien que le titre est pourris puisque si c’est le journal intime de la fillette alors ca aurait du etre le Journal de D. Dolorès déteste que Hum l’appelle Lolita et n’aurais pas écrit le journal de L pour elle. Ensuite le fait que Christophe Tison ecrive comme un sous nabokov qui se tripote et prête se style prétentieux très masculin à Dolorès et lui fasse tourné un porno alors qu’elle le fait pas dans le bouquin, me donne plutot de haut le coeur. #male_gaze #silenciation #lolita

  • STRATEGIES PATRIARCALES: PICASSO OU COMMENT SABOTER UNE FEMME | Irrédentiste !
    https://sporenda.wordpress.com/2021/04/19/strtegies-patriarcales-picasso-ou-comment-saboter-une-femme

    Car c’est ça que recherchait Picasso dans ses liaisons : prendre une femme belle, jeune, apparemment forte, souvent artiste, fière, indépendante, débordante de vie et de créativité, et se nourrir de sa vitalité, de sa jeunesse et de ses idées. Et une fois qu’il l’avait cannibalisée, pressée comme un citron, transformée en loque humaine à force de maltraitances, la quitter (sans cesser de la tourmenter) et passer à une autre pour recommencer le cycle : de muse à proie consommée et sadisée, pour finir en kleenex usagé. « Il y a deux sortes de femmes–disait-il–les déesses et les tapis-brosse ». Et ce dont ce magicien noir dérivait une jouissance perverse, c’était de transformer une déesse en tapis-brosse. Et après de la mépriser pour s’être laissé faire.

  • Stéphanie #Roza : « La focalisation sur la race et le genre fait aujourd’hui écran aux questions sociales » | Histoire et société

    https://histoireetsociete.com/2021/04/23/stephanie-roza-la-focalisation-sur-la-race-et-le-genre-fait-aujou

    Philosophe spécialiste des #Lumières et des précurseurs du #socialisme, Stéphanie Roza vient de publier « La gauche contre les Lumières ? » (Fayard, 2020) dans lequel elle revient sur l’émergence, au sein de la gauche intellectuelle, d’une critique radicale contre les principes fondateurs des Lumières, au risque de jeter le bébé avec l’eau du bain. À l’heure où le rapport à l’#universalisme, à la #science ou au #progrès sont au cœur du débat public, nous avons souhaité nous entretenir avec elle.

    • La gauche contre les Lumières ? | 40 Min., 17.07.2020

      https://www.youtube.com/watch?v=3og-y4cOD98

      Depuis plusieurs années déjà s’élèvent des critiques d’une radicalité inouïe contre le cœur même de l’héritage des Lumières : le rationalisme, le progressisme, l’universalisme. Ces critiques se revendiquent de l’émancipation des dominés, marqueur traditionnel des différents courants de gauche.
      Mais s’inscrivent-elles dans le prolongement de celles qui, depuis l’émergence des mouvements #socialiste, #communiste ou #anarchiste, avaient pour horizon un prolongement et un élargissement des combats des Lumières « bourgeoises » ? Il est malheureusement à craindre que non.

      Une partie de la gauche est-elle dès lors en train de se renier elle-même ? À l’occasion de la publication de son ouvrage "La gauche contre les Lumières ?" (coll. « raison de plus » dirigée par Najat Vallaud Belkacem, Éditions Fayard, 2020), Stéphanie Roza, chargée de recherches au CNRS et spécialiste des Lumières et de la #Révolution_française, en débat avec Frédéric Worms, professeur de philosophie à l’ENS. Des Lumières aux critiques radicales récentes, en évoquant le passé comme le présent avec les mouvements #MeToo​ et #Black_Lives_Mater, ils nous livrent leur définition de la gauche émancipatrice pour les années à venir.

      –----

      Entre autres, Frédéric Worms tente d’argumenter sur l’insuffisance de l’universalisme, surtout à min. 25.

      #antisémitisme #démocratie_formelle vs. #démocratie_concrète #fracturation

    • En Allemand, j’ai du mal à suivre. Mais, fondamentalement, l’idée qui s’est imposée, c’est qu’il faut cesser de lutter pour le socialisme et le communisme et lutter pour un capitalisme « juste ». C’est cela l’idéologie des droits de l’homme qui a constitué le pendant du néo-libéralisme depuis 40 ans : « Le capitalisme des droits de l’homme est meilleur que le socialisme qui est au mieux une utopie dangereuse, au pire un crime ». La classe ouvrière et le prolétariat ont été effacés de la scène politique. Les classes moyennes versatiles, trouillardes et influençables ont été érigées en idéal sociétal. Au nom de la liberté, on a effacé l’émancipation, puis, au nom de la sécurité, on a effacé la liberté.
      Le seul problème, c’est qu’on finit pas comprendre que tout cela n’est qu’un vaste mensonge. La classe ouvrière n’a pas disparu, elle a été délocalisée. Elle a été renvoyée vers des pays dont on pensait qu’ils ne comptaient pas et qu’ils ne compteraient jamais, des pays qu’on a longtemps qualifié de Tiers-monde, mais qui sont devenus, après la fin de l’URSS, des pays du non-monde. Dans l’idéologie dominante, ces pays ne comptent absolument pas. Ils peuvent voter à 95 % à l’AG de l’ONU pour la reconnaissance de la Palestine ou à 99% contre l’embargo américain sur Cuba, cela ne compte pas. On nous parle toujours de la communauté internationale" comme étant alignées sur l’expression des classes dominantes d’Europe et des USA.
      Pourtant, la classe ouvrière et le prolétariat ont augmenté pendant ses 40 ans dans des proportions considérables et représentent aujourd’hui plus de 4 milliards de personnes, la majorité de l’humanité. Et les pays qui ne comptent pas, finissent pas compter et certains d’entre eux commencent à demander des comptes. L’Alliance Atlantique reste accrochée à sa domination et la défend avec rage, mais celle-ci s’effrite. En particulier, elle use jusqu’à la corde et jusqu’à l’odieux la stratégie de la division, de la peur de l’autre. Peur de l’africain, peur du chinois, peur du russe, oppositions entre hommes et femmes, ...
      Alors, il est temps de penser différemment, et de se réapproprier notre histoire collective de l’émancipation, de la fraternité pour construire un autre avenir pour le monde. Et cet avenir ne peut être que communiste, porté par le prolétariat mondial dans toutes ses couleurs et toute sa diversité. Il nous faut retrouver notre drapeau rouge.

    • Mmmh non ce n’est pas l’objet de son dernier livre du tout. Elle ne parle à peu près pas des idées de droite comme quoi la classe ouvrière aurait disparu, etc, mais bien une critique des idées de plusieurs courants de gauche (d’ailleurs très différents entre eux ! théorie critique, études post-coloniales, queer, etc) qui critiquent l’universalisme abstrait et le rationalisme dérivant vers le scientisme, en disant finalement peu ou prou que tous ces courants vont à l’encontre des Lumières et sont au final réactionnaires (je fais très très rapide huhu), et aboutissent à des… séparatismes. C’est bien son discours stalinien est raccord avec le gouvernement finalement. :)

    • Alors, il est temps de penser différemment, et de se réapproprier notre histoire collective de l’émancipation, de la fraternité pour construire un autre avenir pour le monde.

      Fraternité c’est typiquement un mot du vieux monde misogyne, le contraire de l’émancipation, rien de « pensé different là dedans ». La fraternité c’est l’alliance des frères , et uniquement des frères et si les frères s’allient c’est toujours contre les sœurs. Rien à voire avec un autre monde, bien au contraire c’est un mot de l’effacement et de l’exploitation des femmes tout à fait ancien et typique du masculinisme ordinaire. Dans la devise nationale française, fraternité ca correspond aussi bien historiquement que philosophiquement à la privation du droit de vote pour les femmes. Bref la fraternité c’est moche, c’est reac, et c’est pour les faschos du zob qui peuvent pas supporter les femmes comme leurs égales. #fraternité #male_gaze #sororité #solidarité

  • La loi de l’inceste
    Les couilles sur la table

    https://www.youtube.com/watch?v=43PMwj5NQLA

    Nous avons toutes et tous grandi dans une culture de l’inceste qui impose qu’on y soit aveugle et qu’on n’en parle pas. Alors que les victimes - et donc leurs agresseurs - sont banalement répandu·es, l’inceste est considéré comme le plus grand interdit voire le plus grand tabou de notre société. Selon l’anthropologue Dorothée Dussy, cette idée reçue entraîne un déni de la réalité de ce phénomène. Plus encore, cette vision désincarnée de l’inceste manque de prendre en compte le point de vue des femmes et des enfants, et participe à la constitution de l’inceste comme « structurant de l’ordre social ».

    En quoi les sphères intellectuelles, législatives et judiciaires véhiculent une perspective patriarcale et masculiniste de l’inceste, et plus largement du viol ? Comment l’inceste est représenté dans les œuvres d’art ?

    Dans cette deuxième partie de leur entretien, Victoire Tuaillon et Dorothée Dussy analysent ce qu’est la culture de l’inceste. Selon la directrice de recherche du CNRS, l’inceste est à la base des rapports d’oppression, d’où titre de son ouvrage majeur sur la question : « Le Berceau des dominations » (éd. Pocket, 2020 ; initialement publié en 2013 aux éditions La Discussion).

    #inceste #viol #culture_du_viol #masculinité

  • Sebastian Roché : « Les gens croient en l’efficacité de la police lorsqu’ils ne la voient pas agir »
    https://www.lemonde.fr/societe/article/2021/04/16/sebastian-roche-les-gens-croient-en-l-efficacite-de-la-police-lorsqu-ils-ne-

    Avec deux autres universitaires, le sociologue, spécialiste des questions de police et de sécurité, a déchiffré près de dix années d’enquêtes de victimation, un indicateur jugé fiable de l’état de l’opinion à l’égard de la police.

    Le sociologue Sebastian Roché, directeur de recherche au CNRS et professeur à Sciences Po Grenoble, s’est penché sur les enquêtes de victimation, menées auprès de la population, pour connaître l’état de l’opinion à l’égard de la police. A rebours des idées reçues, il démontre que c’est l’absence de contact avec les forces de l’ordre qui garantit, aux yeux des Français, son efficacité.

    La police est-elle, comme le soulignent de fréquents sondages, une institution très majoritairement appréciée ?
    Les instituts de sondage continuent de fonctionner avec une approche trop simplificatrice. En se contentant de demander « Avez-vous confiance en la police ? », on n’obtient pas de réponse sur la légitimité de la police mais sur l’utilité de l’existence d’une telle organisation. Or, très peu de gens rejettent radicalement le fait qu’il puisse y avoir une police. Une telle question ne dit rien de la confiance dans ses pratiques. Pour donner une image fidèle de la situation, la confiance doit être mesurée à trois niveaux : le caractère juste de son action, le fait qu’elle ne cause pas de dommages, et des modes d’action efficaces. Il faut mieux évaluer ces modes d’action, les replacer dans des contextes précis.

    Quelles sont les raisons habituelles de la confiance dans la police ?
    Les gens croient dans son efficacité lorsqu’ils ne la voient pas agir, n’ont pas de contact avec elle, et n’ont pas besoin d’elle parce qu’ils ne sont pas exposés à des troubles. Les responsables politiques et policiers affirment que leur mandat consiste à lutter contre la délinquance. Les victimes de cette délinquance et des incivilités imputent donc la responsabilité de ce qui leur arrive à ceux qui se disent responsables. Sans prévention des troubles, la confiance chute dans tous les types de contextes ou de populations.

    La visibilité de l’action policière n’entraîne-t-elle pas une hausse de la confiance dans son efficacité ?
    C’est exactement l’inverse qui se produit : plus les Français voient la police conduire des interventions autour de chez eux, moins ils la trouvent efficace. Et, ce n’est pas parce qu’on est victime ou à cause des incivilités dans le quartier : ces paramètres sont déjà pris en compte.

    Comment expliquer une conclusion aussi contre-intuitive ?
    Les résultats nous poussent à penser qu’une faible confiance provient des modes d’action, des façons de faire la police. En France, le ministère de l’intérieur privilégie une stratégie agressive : des interventions très visibles, qui mobilisent des effectifs nombreux, souvent lourdement équipés. La littérature internationale indique que ce mode d’action érode souvent la légitimité.

    N’est-ce pas au contraire la preuve que, dans certains quartiers, le travail de la police gêne ?
    Non, hélas. Il existe en fait une demande de police dans les quartiers défavorisés, qui sont très loin de la rejeter par principe. Ce travail suggère que ce qui n’est pas admis, en revanche, c’est la « mauvaise police » : les démonstrations de force, les raids, l’usage détourné des contrôles d’identité. Le contraire de la police de proximité.

    La confiance dans la police varie-t-elle en fonction des territoires ?
    Une fois pris en compte les effets de la victimation, des incivilités et des modes d’intervention, nous montrons que la confiance est plus faible dans les quartiers qui cumulent les désavantages en matière d’éducation, de transports, de revenus… Cette variable est beaucoup plus importante que l’origine ethnique ou les revenus du ménage. Elle renvoie aux politiques scolaires et économiques. Elle abrite aussi un effet de mémoire collective : les quartiers pauvres ont le plus subi les violences policières et s’en souviennent.

    Point positif, l’accueil en commissariat : deux tiers des Français s’en disent satisfaits…
    Nous pensions que ce contact pouvait améliorer la légitimité de la police chez les victimes. Ce n’est finalement pas le cas. Ici, le traitement de la plainte est probablement en cause : les auteurs ou les biens volés sont rarement retrouvés. Pire, pour les victimes de violences, aller au poste de police entraîne un affaissement supplémentaire de la confiance si elles ont un statut économique modeste.

    Votre étude ne couvre pas les questions liées aux contrôles d’identité et aux violences policières…
    Ces données ne figurent pas dans cette enquête, les ministères en charge ne s’y sont pas intéressés. Mais, on sait que le contrôle d’identité dégrade, et très nettement, la confiance dans la police.

    #police #violence_d'_État #violences_policières

  • Confiance dans la justice : non le #viol n’est pas un crime moins grave que les autres ! - Actu-Juridique
    https://www.actu-juridique.fr/droit-penal/confiance-dans-la-justice-non-le-viol-nest-pas-un-crime-moins-grave-q

    Pour redonner confiance en cette justice tant décriée par l’opinion publique, il a décidé (entre autres mesures) de créer une nouvelle juridiction : la cour criminelle. Une sorte de salade mixte de tribunal correctionnel (qui juge les délits) et de cour d’assises (qui juge les crimes). Cette cour sera composée de cinq magistrats. Et uniquement de cinq magistrats. Adieu jury populaire, tirage au sort, boules en bois et récusation de jurés, si chers à la France depuis la Révolution Française.

    Cette cour criminelle jugera les crimes punis de 15 à 20 ans de prison comme le viol, si le projet de loi présenté mercredi dernier est adopté par les parlementaires.

    Entendons-nous bien : en France, les infractions les plus graves, celles que l’on appelle « crimes », sont jugées par une juridiction un peu particulière, la cour d’assises, qui est composée de trois magistrats, mais aussi et surtout de français comme vous et moi, tirés au sort pour juger ce que l’humanité tient pour le plus grand mal : les violeurs, les assassins, les terroristes, notamment. On estime que chaque année, 40.000 français rendent cette justice aux côtés des magistrats, en condamnant des accusés aux plus lourdes peines de prison prévues par le code pénal : 15 ans, 20 ans, 30 ans voire la perpétuité. Cette justice-là est ainsi non pas rendue « au nom du peuple français », mais par le peuple français lui-même à qui l’on confie l’immense pouvoir de condamner ou d’acquitter.

    Le code pénal ne fait pas de différence entre les crimes, si ce n’est au stade de l’importance de la peine de prison encourue. Tous les crimes sont graves : ce sont les actes les plus terribles qu’un homme puisse commettre. Ces actes méritent donc une justice d’exception. Une justice hors du commun rendue par les français.
    Le viol, cette mort intérieure

    Mais ça, c’était avant que le Garde des Sceaux vienne préciser que sa réforme était justifiée parce qu’il existe des « crimes plus graves », ceux punis par plus de 20 ans de prison.

    Dont le viol ne fait pas partie.

    Le viol serait donc « moins grave » que les autres crimes. L’acte de pénétration, par violence, contrainte, menace ou surprise, prévu par l’article 222-23 du code pénal, serait « moins grave » que le trafic de stupéfiants en bande organisée, ou l’empoisonnement, ou la séquestration d’un mineur de 15 ans. Et ne devrait donc plus être jugé par les français eux-mêmes.

    L’histoire de la criminalisation du viol ne remonte pas au Moyen âge. Elle est si récente, que nombre d’entre nous en ont été les témoins. Celle qui l’incarna, Gisèle Halimi, immense avocate, ne nous a quittés que l’année dernière, après avoir lutté durant toute sa vie pour que les viols, dont les victimes sont majoritairement des femmes, soient considérés comme ce qu’ils sont : une mort intérieure. Une ignominie intime. Un saccage de vie. La victoire fut remportée en 1975, au procès d’Aix en Provence. C’est là que Maître Gisèle Halimi s’est battue et a obtenu que cet acte de pénétration forcée soit traité de la même façon qu’un meurtre et soit jugé par une cour d’assises, composée de français tirés au sort. Cette affaire judiciaire retentissante a donné naissance à la loi du 23 décembre 1980 qui a modifié la définition du viol.

    Serions-nous alors en train de faire un bond en arrière de 40 ans ?

    • réponse de lola lafon sur instagram
      https://www.instagram.com/p/CMJsa_Vg92p/?igshid=1bms22d940jh8

      Quelle sale idée. Celle de publier la lettre d’un violeur en une. Aujourd’hui. Quelle consternante idée de remettre la balle au centre entre une victime et son agresseur : un partout. Une pleine page c’est le pouvoir. Le langage c’est le pouvoir et ça, il maîtrise, le violeur. Il a lu des livres féministes. Il a fait des études. Il sait dire.
      A elle, on laisse le flou du « ressenti ». A lui, l’analyse sociologique, psychologique. Comme c’est original.
      Aux victimes, les collages dans la rue. Ces collages arrachés, discutés, estimés trop ceci et pas assez cela.
      Aux violeurs, les unes officielles.
      Quelle banalité, cette lettre. On est des milliers à l’avoir reçue, cette lettre. Des milliers à avoir dû, après avoir été violées, endosser le rôle de celle qui écoute, qui est sommée de « comprendre » pourquoi le viol a eu lieu. Celle qui doit se partager en deux après avoir été écrasée.
      Lettre qui pleurniche et qui insinue, quand même, qu’il y a des raisons au viol.
      Sache le, @Libé, recevoir une lettre de son violeur, ça brouille tout dans la tête de la victime. Ça, n’importe quel psy, n’importe quel avocat, flic, n’importe qui d’habitué à recevoir les plaintes pour viol conjugal, le confirmera.
      Les lettres rationalisent. Elles expliquent. Subrepticement, elles mettent deux discours à égalité. Sache le, @Libé, cette lettre ressemble en tous points à celle que j’ai reçue après.
      La lettre que j’ai reçue, #Libé, m’a tenue au silence pendant deux ans. J’ai pris cher. Cher à entendre qu’il m’aimait trop, c’était pour ça. Qu’il était malheureux c’était pour ça. Que la société l’avait mal éduqué, c’était pour ça. Que sa vie était détruite.
      Cher à entendre les autres, autour de moi, compter les points :
      peut être que vous devriez discuter
      peut être que c’est un malentendu
      tu ne vas quand même pas l’envoyer en prison ?

      Aujourd’hui, je pense à celles qui ne sont pas sorties du silence et qui viennent de s’y voir renvoyer. Ce choix « courageux » ne l’est pas, pas plus qu’il n’est novateur.
      C’était l’ordre des choses et il est en train de se casser la gueule. Et c’est réjouissant et beau et inéluctable. Aujourd’hui, on est le #8Mars.

    • explication de Valérie rey robert :
      https://threadreaderapp.com/thread/1368863126133878784.html

      Puisque cela n’est pas clair pour tout le monde, essayons d’expliquer pourquoi publier la lettre d’un violeur est une mauvaise idée (thread).
      – Toutes les raisons qui poussent un homme à violer sont développées depuis de nombreuses années par les féministes. Son point de vue situé n’apporte rien.
      – L’auteur ne consacre par une ligne à s’excuser, sa lettre est consacrée à sa défense. C’est une lettre habile, bien foutue, perverse puisqu’il y explique que
      1. c’est la relation (entre lui et la victime qui a causé le viol, quasi inéluctable)
      2. c’est sa socialisation comme homme qui l’a fait violer. c’est le passage le + pervers puisqu’il dit in fin à chaque homme qui lit « allons tu sais que ca pourrait t’arriver.. c’est banal, on fait tous ca... »
      3. c’est le fait qu’il soit lui même une victime de viol.
      Il fait d’une possibilité un déterminisme absolu, définitif.
      Quand on a des regrets (jamais exprimé dans ce texte), on va voir la police, pas un grand quotidien national.
      Pourquoi publier cette lettre ? vous le dites @libe vous vouliez « complexifier » le débat alors que ce type ne fait que reciter son bréviaire féministe mais il semble que la parole d’un violeur soit + complexe que celle d’une féministe.
      Parce que vous vous vautrez vous même dans la culture du viol, en supposant que c’est étonnant qu’un violeur sache bien écrire et formuler sa défense (parce que c’est une lettre pour préparer sa défense ni + ni moins).
      vous avez offert un boulevard à une peine minime pour ce type s’i lest jugé et vous savez quoi ? ca va marcher. la justice prendra en compte ses regrets « si sincères », sa « demarche courageuse » alors qu’on est juste face à un pervers en toute puissance.
      ca m’attriste à un point..
      Peut-on publier des propos de violeurs, de sexistes ? pas sans un contexte, pas sans analyser les dits propos. pas sans offrir au lectorat des pistes de compréhension du texte.
      Pourquoi un violeur veut il être publié dans libé ? Qu’est ce que ca dit de lui ? pourquoi ce besoin ?
      Enfin je rappelle que ce garçon n’est pas jugé (la question serait -peut-être- différente s’il l’était). Là cette lettre va aussi participer à sa défense, elle sera servie à son dossier (sans aucun doute positivement).

    • Secret @jjalmad sur twitter
      https://threadreaderapp.com/thread/1368830181088051205.html

      Je vais revenir sur un autre aspect de la publication de la lettre en Une par @libe.

      Quand on juge un homme pour viol, même s’il reconnaît les faits, c’est toujours extrêmement compliqué d’appréhender sa sincérité, sa « prise de conscience », la réalité de l’empathie pour sa victime.
      Et pourtant au tribunal, on dispose du détail des récits des faits et donc on peut voir si il paraît dire la vérité sur tout, ou minimise etc.

      On dispose aussi de ses auditions à différents moments, d’expertise psychiatrique et psychologique, du récit détaillé de la victime sur son comportement notamment après les faits (a t il nié, s’est il excusé, a t’il continué de paraître dans les lieux qu’elle fréquente, etc etc)

      Et même là c’est compliqué de faire la part entre sincérité, minimisation par calcul ou mécanisme de défense psy (sachant qu’une prise de conscience peut entraîner un effondrement dépressif donc oui il y a des mécanismes de défense), ou carrément stratégie de défense intéressée et froid calcul parce que face à des preuves très solides on a capté que reconnaître est mieux pour escompter une mince peine.

      On peut aussi imaginer qu’un agresseur qui reconnaît et s’excuse auprès de sa victime espère que ça la dissuaderait de déposer plainte.

      Bref. Même en ayant tout le détail de l’affaire, des expertises, du recul sur les faits et l’évolution de l’agresseur c’est archi compliqué de se faire une idée.
      Et il n’est pas rare que nous ayons des appréciations différentes entre collègues et/ou avec les jurés.
      Du coup publier cette lettre, telle que, sans confrontation plus avant à la réalité des faits, de son comportement, sans recul ni vérification, c’est encore une fois partir du principe que dès lors qu’il le dit, c’est que c’est sincère.

      Je ne peux pas m’empêcher de faire le parallèle de la légèreté avec laquelle cette lettre est publiée, et les vérifications et recoupements que ne vont pas manquer de faire des journalistes avant de publier le récit d’une victime.

      J’y vois en plus un biais de classe énorme : il s’exprime bien, a une belle plume, manie tous les codes et discours féministes. Donc ça passe, et c’est réinterprété comme un truc forcément puissant dérangeant, sincère etc.

      J’ajoute que du côté de la victime c’est pareil, les ressentis et attentes évoluent. On peut avoir une victime soulagée de la reconnaissance des faits initialement, qui est très affectée ensuite en se rendant compte que l’auteur minimise ou quoi.

      Donc vraiment ici non seulement la publication de cette lettre n’apporte absolument rien à la compréhension des mécanismes du viol, mais se vautre dans une analyse simpliste à base de « il le dit donc c’est intéressant en soi même sans vérification et mise en perspective critique » et « la victime est ok à l’instant T donc ça me dédouane de toute analyse et précautions vis à vis d’elle ».
      Bah non en fait.

    • La parole des violeurs et ce que la presse en fait

      « Libération » a exprimé « son profond regret » en réaction aux protestations contre la publication d’une tribune d’un jeune homme reconnaissant un viol conjugal. Au-delà de la polémique, ce choix pose une vraie question journalistique sur la couverture médiatique des violences sexuelles.

      https://blogs.mediapart.fr/lenaig-bredoux/blog/090321/la-parole-des-violeurs-et-ce-que-la-presse-en-fait

  • Le témoignage glaçant de Flore Benguigui - C à Vous - 11/12/2020
    https://www.youtube.com/watch?v=6ptFzs8Uino

    #Sexisme et #violences_sexuelles dans la #musique. Flore du groupe L’Impératrice brise une omerta dans un long entretien accordé à Tancrède Bonora pour #CàVous​. #male_gaze

    L’Impératrice — Peur des filles
    https://www.youtube.com/watch?v=VUH-z_SBlj0

    Compile ci-dessous faite par https://twitter.com/attica45/status/1339108908875599877

    • Il y a dix ans, saturée des œuvres mâles je ne veux lire, voir et acheter que des œuvres de femmes. J’entre dans une petite librairie au centre de Toulouse, et comme je m’étonne du choix uniquement masculin (pas mauvais d’ailleurs) dans sa vitrine je finis par me moquer carrément du #sexisme_par_omission du libraire. Le libraire me répond que c’est normal car il n’y a pas de femmes écrivains… En fouillant dans sa boutique, je trouve quand même quelques écrivaines. Ma conclusion est que le libraire un poil cynique certes ne s’était même pas rendu compte de son choix genré, c’est juste normal d’éliminer les femmes. Du coup, je me sens moins seule et ça me fait super plaisir cette vague du #lire_les_femmes !
      #male_gaze
      #female_gaze

    • Merci pour le partage @james Le #female_gaze devrait aussi être une affaire d’homme. En découvrant le #male_gaze et le #female_gaze par conséquent, je me suis rendu compte que mon imaginaire – en tant qu’homme cis hétéro – était façonné en grande majorité par la moitié de l’humanité, et donc par conséquent que cette représentation biaisée du monde avait mis de coté le regard de la seconde moitié. L’image que j’ai eu dans ma tête équivaut à une carte de mmorpg, avec quelques zones d’ombre par ci par là, qu’on viendrai dézoomer d’un coup, pour se rendre compte que la carte à échelle 1:1 est à moitié (si ce n’est plus) sombre et inexplorée. Et donc forcément il y a eu un avant et un après puisque je ne pouvais plus me contenter de cette partie visible et me dire « OK, je vais continuer avec ce que je connais, cet imaginaire me suffit ». Bref, j’ai aussi ressenti que je me devait de

      rééquilibrer mon imaginaire et de récupérer toute ces images manquantes.

      C’est exactement ça. Cette phrase raisonne. Plus que jamais, il faut que des hommes lisent des livres écrites par des femmes et regardent du cinéma réalisés par femme. Et pareil pour la musique, la peinture, le théâtre, les bandes dessinées, etc.