• Aujourd’hui, acte 17, par André Gunthert

    Dix-sept semaines d’un conflit social qui attend toujours sa résolution. Comment mieux dire, à l’heure où l’on évoque déjà les modalités de restitution du « Grand débat », que de #débat – c’est à dire de rencontre, de dialogue, de construction d’un consensus – il n’y en a pas eu ? Ou plutôt : il n’y en a pas eu avec Eux. Eux : les Gilets jaunes, les contestataires, les abrutis, les violents, les haineux. Les méchants. Ceux dont la #médiatisation a patiemment élaboré l’altérité. Macron, président de la politesse, a dicté la règle. On discute avec ceux qui disent bonjour, qui serrent la main, et qui ne coupent pas la parole au président. Les gentils. Ceux qui suivent les règles. Pas avec les Autres. Ceux qui les refusent. Comment contester cette équation repeinte aux couleurs du formalisme républicain ?

    C’est la magie performative du : « Vous ne m’avez pas serré la main ». Donc je suis légitimé à ne pas vous adresser la parole. Ne pas s’occuper du fond, répliquer sur la forme. Une technique de base du troll moyen. Je ne tiendrai pas compte de ce que vous venez d’énoncer, parce que vous n’avez pas respecté la bienséance. Magie d’une inversion qui glisse sous le tapis la colère. Et qui permet de dire : c’est de votre faute.

    On peut tourner et retourner dans tous les sens cette formule magique du formalisme : elle n’existe que pour faire taire. Débattre avec ceux qui sont déjà d’accord, ce n’est pas débattre. Ne pas écouter ceux qui protestent, et pire : les disqualifier justement parce qu’ils ont choisi de sortir du cadre qui étouffe toute #contestation, ce n’est pas un dialogue, mais un soliloque.

    Acte 17. On attend juste qu’ils s’essouflent. Logiquement, plus on se bouche les oreilles, plus ils se fatigueront. Ils vont bien finir par voir ça ne sert à rien. Cette attitude incarnée jusqu’au sommet de l’Etat n’a qu’un nom : le déni. Des violences policières, des blessés en pagaille, des malheureux fauchés sans la moindre raison ? Il est interdit d’en parler dans un Etat de droit, intime sans sourire le monarque républicain. N’ai-je pas été élu par tous les journaux de France ? Le débat c’est moi.

    Faire taire ceux qui crient et réserver la parole aux plus polis, est-ce encore la République ? Priver de #légitimité une partie du peuple parce qu’on est du bon côté de la caméra ou du fusil, ce n’est pas la démocratie, c’est la loi du plus fort. La démocratie ne résulte pas seulement d’un comptage des voix au moment du scrutin. Elle se construit fondamentalement sur l’élaboration d’une opinion commune, par les instruments du débat public : non pas le soliloque de l’autorité organisé pour annuler toute altérité, mais la libre expression de chacun répondant à chacun, armé de sa raison, et profitant d’un espace public qui est la condition du dialogue.

    La république de la politesse n’a plus de démocratique que le nom. Lorsqu’on refuse d’entendre ceux qui ont à se plaindre, lorsqu’on manipule la #violence tout en élevant un mur de #déni, lorsqu’on nomme débat le théâtre de la leçon magistrale du pouvoir, on se livre à une parodie autoritaire et méprisante. Souhaitons que l’Acte du jour ne soit pas obscurci par la barbarie de ceux qui portent le masque de l’Etat de droit.


  • Welcome to a new kind of war: the rise of endless urban conflict

    The traditional security paradigm in our western-style democracies fails to accommodate a key feature of today’s wars: when our major powers go to war, the enemies they now encounter are irregular combatants. Not troops, organised into armies; but “freedom” fighters, guerrillas, terrorists. Some are as easily grouped by common purpose as they are disbanded. Others engage in wars with no end in sight.

    What such irregular combatants tend to share is that they urbanise war. Cities are the space where they have a fighting chance, and where they can leave a mark likely to be picked up by the global media. This is to the disadvantage of cities – but also to the typical military apparatus of today’s major powers.

    Irregular combatants are at their most effective in cities. They cannot easily shoot down planes, nor fight tanks in open fields. Instead, they draw the enemy into cities, and undermine the key advantage of today’s major powers, whose mechanised weapons are of little use in dense and narrow urban spaces.
    Nor do contemporary urban wars even prioritise direct combat. Rather, they produce forced urbanisation and de-urbanisation. In many cases, such as Kosovo, displaced people swell urban populations. In other cases, such as Baghdad, ethnic cleansing expels people – in that case the “voluntary” departures of Sunnis, Christians and other religious groups, all of whom had long co-existed in Iraq’s large cities.

    Indeed, warring forces now often avoid battle. Their main strategy is to gain control over territory, through the expulsion of “the other” – often defined in terms of ethnicity, religion, tribal membership or political affiliation. Their main tactic is the terror of conspicuous atrocities, such as in South Sudan, home to a brutal and bloody war with no end in sight fought between two strongmen (and former collaborators), or the Congo, where irregular armies fighting for control of mining wealth have killed millions.

    The western military is learning. The US now has training camps featuring imitation “Arab” urban districts, and has picked up the Israeli practice of entering a dense neighbourhood not via the street, but by crossing through homes – a parallel pathway to the street, running from one interior room to another by carving holes in contiguous walls, and dealing with the inhabitants as they come across them.

    Global media certainly have an easier time reporting on major cities than on villages and fields. But even when those “remote” deaths are invoked, the shock and the engagement is not as strong as it is with terrorist attacks in cities. This engagement with the urban goes beyond attacks on people: when a major historic building or work of art is destroyed, it can generate huge responses of horror, pain, sadness, sense of loss – but 6 million killed in Congo? Nothing.

    We have gone from wars commanded by hegemonic powers that sought control over sea, air, and land, to wars fought in cities – either inside the war zone, or enacted in cities far away. The space for action can involve “the war”, or simply specific local issues; each attack has its own grievances and aims, seeking global projection or not. Localised actions by local armed groups, mostly acting independently from other such groups, let alone from actors in the war zone – this fragmented isolation has become a new kind of multi-sited war.

    In the old wars, there was the option of calling for an armistice. In today’s wars, there are no dominant powers who can decide to end it. Today’s urban wars, above all, are wars with no end in sight.


    https://www.theguardian.com/cities/2018/jan/30/new-war-rise-endless-urban-conflict-saskia-sassen?CMP=Share_AndroidApp_
    #villes #guerres #conflits #urban_matter #urbanisation_des_conflits #guerres_urbaines #médiatisation #milices #combattants #guérilla #Saskia_Sassen #villes_en_guerre

    cc @albertocampiphoto @reka @isskein @tchaala_la @fil @ville_en


  • Petits arrangements avec la #violence - La Vie des idées
    http://www.laviedesidees.fr/Petits-arrangements-avec-la-violence.html

    Le sous-titre du livre, « Et pourtant tout le monde savait », semble être une formule facile. La question est pourtant au centre du livre. Comme Léonore Le Caisne le démontre, la révélation de l’#inceste par la victime et les médias n’en est pas une pour le village, il n’y avait pas de « loi du #silence  ». La question n’est donc pas de déterminer si les habitants savaient ou pas, mais d’établir les modalités de ce savoir. Il ne faut pas surestimer l’importance de l’affaire au regard des enquêtés. Ceux-ci préfèrent parler à l’ethnographe de choses qui les concernent plus directement : des élections municipales ou du plan d’occupation des sols par exemple. Les positions des enquêtés déterminent leur savoir : ceux qui font partie du voisinage se sentent moins concernés que les autres ; les « anciens » savent plus que les nouveaux. Les jugements moraux prennent ainsi sens dans des partages et des intérêts locaux qu’ils produisent. L’affaire s’insère dans la série des autres histoires qui alimentent les commérages : « le “travesti” qui déboula un jour à la mairie un fusil à l’épaule pour se faire appeler Madame », la mère de famille qui « racolait dans les bois » (p. 86-87).

    Le fétichisme du fait violent permet finalement aux habitants de s’extraire de l’événement, soit en notant qu’ils ne connaissaient pas tout, et par exemple par les tortures ; soit en mettant en doute ce dont ils n’ont pas été les témoins : « c’est des on-dit, parce que j’y étais pas ! » (p. 96). Après la #médiatisation, c’est tout le village se retrouve coupable de n’avoir pas dénoncé. Les jeux du discrédit ne s’arrête pas là : l’indemnisation de Nelly font porter le soupçon sur ses intentions et sur celles de Sébastien. Pour certaines associations de lutte contre l’inceste, mettre en avant les conditions de logement, l’absence de nourriture, « ça n’apportait rien » (p. 327), en tous cas pas à la construction d’une cause collective : il ne faut pas seulement être une victime, il faut être une « bonne victime ». Les faits et les individus sont donc pris dans des logiques de qualifications qui aboutissent souvent à dénoncer la dénonciation de Nelly.


  • L’obsession Donald Trump
    http://www.lapresse.ca/international/etats-unis/201507/29/01-4888918-lobsession-donald-trump.php

    Si vous regardez CNN ou Fox News ces jours-ci, il y a de fortes chances que vous tombiez sur la tignasse rousse de Donald Trump. Les médias américains semblent obsédés par le candidat à l’investiture républicaine. De nombreux sondages le donnent en avance, mais The Donald a-t-il vraiment une chance de remporter la course ? Ou s’agit-il d’une bulle médiatique à la veille d’éclater ?

    #Donald_Trump #Médiatisation_(média) #Parti_républicain_(États-Unis) #Élection_présidentielle_américaine_de_2016 #États-Unis


  • « #envoyé_spécial », les #assises_du_journalisme et la responsabilité professionnelle : cherchez l’erreur…
    http://terrainsdeluttes.ouvaton.org/?p=4459

    Les rétrospectives médiatiques de l’année 2014 oublieront à coup sûr un événement pourtant inédit qui a eu lieu en mai : pour la première fois, des habitants d’un quartier populaire ont osé poursuivre au tribunal une chaîne de télévision nationale parce qu’ils se sont estimés « diffamés » par la représentation qu’elle avait …

    #Nos_enquêtes #Racisme_-_immigration #france_2 #journalisme #journaliste #la_villeneuve #médiatisation #stigmatisation


  • La Genèse de la Papa Grue Show
    Analyse de la couverture médiatique des perchés Nantais
    http://www.mascuwatch.org/infowar/la-genese-de-la-papa-grue-show

    Ce « dossier de presse critique » n’est ni exhaustif, ni objectif. De très nombreux articles ont été écrits durant le mois de février 2013, suite aux actions de Serge Charnay et Nicolas Moreno. L’exhaustivité aurait été quasi-impossible à atteindre, et de toutes manières peu intéressante. Nous nous sommes finalement basés sur une centaine d’articles de presse pour réaliser ce dossier.

    Durant les premiers jours d’occupation des grues, la presse a, de manière générale, été très complaisante vis-à-vis des « perchés nantais ». Ce n’est qu’au bout d’un certain temps qu’un ton plus critique a pu être entendu. Ce dossier cherche à mettre en avant ce ton critique.

    Les articles critiques du masculinisme et des masculinistes sont reproduits intégralement. Quelques modifications mineures et des précisions (entre crochets) y ont parfois été apportées, la plupart étant signalées dans les notes de bas de page. Seules certaines images ont été reproduites, de manière à rendre l’impression de ce dossier moins lourde. Le document est organisé de manière à éviter au maximum les redites. Certains faits nous semblant importants, et qui ne seraient pas mentionnés dans ces articles, sont mis en avant comme compléments d’informations à la fin du premier article de Guillaume Leroy, « Une opération médiatique du lobby masculiniste : ‘le show des grues’ », le plus précis des articles (du point de vue factuel) réunis dans ce dossier.

    Une rubrique Articles complaisants liste quelques articles s’étant distingués par leur approche pro-masculiniste. Quelques courtes remarques critiques, qui ne sauraient se substituer à un examen plus approfondi des thèses et des stratégies des masculinistes français, accompagnent cette courte recension.

    On trouvera à la fin du dossier une rubrique Ressources dans laquelle sont mentionnées quelques références de base permettant d’approfondir la question du masculinisme et des masculinistes.

    Ce travail concerne le mois de février 2013.

    #masculinisme #mediatisation