• En France, les salaires les plus élevés sont au plus haut depuis 50 ans, Romaric Godin
    https://www.mediapart.fr/journal/france/280520/en-france-les-salaires-les-plus-eleves-sont-au-plus-haut-depuis-50-ans

    L’Insee publie une étude sur les plus hauts salaires en 2017. Les 0,1 % les mieux payés captent la plus grande part de la masse salariale depuis un demi-siècle. Ceux qui en profitent sont des hommes, parisiens et âgés.

    Le confinement, on s’en souvient, avait posé avec acuité la question de la valorisation relative des métiers au regard de leur utilité. Ce jeudi 28 mai, l’Insee a publié une étude sur les hauts salaires qui permet de prendre conscience des métiers qui sont le plus récompensés par le marché du travail et de l’évolution relative des salaires.

    Cette étude permet d’abord de quantifier les montants et la population des plus hauts salaires. Les 1 % les mieux payés des salariés du secteur privé touchaient en 2017 une rémunération de plus de 8 680 euros net par mois, soit 4,5 fois le salaire médian et 7,5 fois le salaire minimum.

    Ces 1 % représentent 163 000 salariés et ils sont à 23 % soit des cadres administratifs et commerciaux, soit des ingénieurs et des cadres techniques. Ces 46 % des 1 % ne représentent que 14 % de l’ensemble des salariés du secteur privé. Viennent ensuite les dirigeants salariés des entreprises, comme les présidents, les directeurs généraux ou les gérants (17 % des 1 % les mieux payés, contre 2 % de l’ensemble des salariés) et les cadres financiers (12 % des 1 % les mieux payés, contre 2 % de l’ensemble des salariés du privé).

    Globalement, et sans surprise, on voit donc que ce sont les fonctions permettant l’organisation globale de la production qui sont le mieux valorisées par les salaires. C’est une situation relativement classique. Mais la situation évolue à mesure que l’on monte dans la hiérarchie des salaires. Or, l’Insee développe cette hiérarchie en donnant les chiffres pour les 0,1 % les mieux payés et même pour les 1 000 plus hauts salaires du secteur privé en France. Les premiers sont en moyenne payés plus de 22 860 euros net par mois, les seconds, les 1 000 premiers de la hiérarchie salariale, sont payés plus que 89 530 euros par mois.


    Salaires planchers des hauts salaires en 2017. © Insee

    Or, au fur et à mesure que l’on monte dans cette hiérarchie, la part des cadres « opérationnels » diminue au profit des fonctions administratives et financières. Les dirigeants salariés sont les plus représentés dans les deux catégories, avec 24 % du « top 0,1 % » et 29 % du « top 1 000 ». Les « cadres d’état-major » des grandes entreprises de plus de 500 salariés, autrement dit l’échelon directement inférieur à celui des dirigeants, ne représentent que 9 % de l’ensemble des 1 % les mieux payés, mais 15 % du « top 0,1 % » et 16 % du « top 1 000 ». Leur part dans l’ensemble de la population des salariés du privé est pourtant négligeable.

    Pour l’anecdote, on remarquera également que les sportifs professionnels, qui ne représentent que 1 % des 1 % les mieux payés, représentent en revanche 11 % du « top 1 000 », soit autant que les cadres de la banque et de la finance.

    En termes de secteur, la situation est la même : plus on avance dans la hiérarchie des salaires, plus on quitte l’économie réelle. L’industrie est ainsi le premier secteur d’activité des 1 % les mieux payés, avec 18 %, mais elle ne représente plus que 7 % des personnes présentes dans le « top 1 000 ». En revanche, les activités des sièges sociaux et les activités financières, qui emploient les unes comme les autres 13 % des salariés du « top 1 % », emploient respectivement 29 % et 22 % des 1 000 personnes les plus payées du secteur privé en France. Ensemble, ces deux secteurs regroupent donc plus de la moitié de ce « top 1 000 ».

    Autrement dit, plus on monte dans la hiérarchie des salaires, plus ce sont les fonctions financières et administratives qui sont récompensées. Les très hauts salaires récompensent moins stricto sensu les capacités d’amélioration de la productivité que la valorisation du capital. Cela est finalement assez cohérent avec un système qui fait de cette valorisation sa seule finalité, mais on est également assez loin de l’image classique de la réussite au sein des entreprises où l’on récompenserait « avec justice » les améliorations du système productif. Pour les mieux payés, la production n’est finalement, pour reprendre les mots de Marx, qu’un « mal nécessaire » qu’il ne convient pas de payer à la même hauteur que la valorisation financière ou juridique des profits.

    Part des femmes dans les plus hauts salaires. © Insee

    Structurellement, ce type de choix favorise une population bien précise. Des hommes âgés, résidant dans deux départements, Paris et les Hauts-de-Seine. Là encore, cette tendance s’accentue avec la hiérarchie des salaires. Les hommes sont 82 % de l’ensemble des salariés du « top 1 % » et 91 % du « top 1 000 », alors même que ces derniers ne représentent que 58 % de l’ensemble des salariés du secteur privé. Cette quasi-absence de femmes à ces niveaux de salaire accentue de 4,4 points l’ensemble de l’écart salarial entre les sexes, souligne l’Insee. Hors « top 1 % », cet écart est de 12,4 % ; en incluant ces 1 % les mieux payés, il passe à 16,8 %.

    Sur le plan de l’âge, il peut être logique que les plus âgés soient aussi les mieux payés, mais les chiffres sont là aussi impressionnants. Les plus de 51 ans représentent 25 % des salariés du privé, mais 53 % du « top 1 % » et 60 % du « top 1 000 ». Pas de mise à la retraite anticipée pour les plus riches. Les plus de 60 ans ne représentent que 3 % des salariés du privé, mais 19 % du « top 1 000 ». Autrement dit, les salariés les mieux payés restent plus longtemps en poste…

    Enfin, géographiquement, Paris et les Hauts-de-Seine, qui regroupent 13,1 % des salariés du privé, sont les lieux de travail de 49,8 % du « top 1 % » et de 73,7 % du « top 1 000 ». C’est là encore fort logique, puisque c’est dans ces régions que se regroupent les activités de sièges sociaux et de finance.

    Une évolution favorable des plus hauts salaires

    Comme les mieux payés le sont pour leur capacité de valorisation du capital et se trouvent ainsi fortement liés aux intérêts de ce même capital, leur part dans l’ensemble des salaires n’a pu que progresser fortement au cours des 40 dernières années qui ont fait basculer la balance du pouvoir progressivement vers ces intérêts. C’est ce que confirme l’Insee, qui publie l’évolution de cette part pour chacune des trois catégories depuis 1967, autrement dit au cours des cinq dernières décennies.

    La part réservée aux plus hauts salaires a reculé jusque dans les années 1990, puis elle n’a cessé de remonter. En 2017, la part du « top 1 % » est de 8 % de l’ensemble des salaires versés. Autrement dit, 8 % de la masse salariale du privé est réservée à 1 % des salariés. Ce niveau est du jamais vu depuis 1969 et il est supérieur de 1,2 point au niveau le plus faible de ces 50 dernières années, enregistré en 1996.

    Part des 1 % les plus élevés, des 0,1 % et des 1 % sans les 0,1 % dans la masse salariale totale. © Insee

    Là encore, ce sont les plus riches d’entre les plus riches qui ont davantage tiré leur épingle du jeu. Le « top 0,1 % » capte en 2017 2,3 % de l’ensemble de la masse salariale versée dans le privé, soit 23 fois son poids numérique. Un tel niveau, atteint en 2016, est inédit au cours du précédent demi-siècle, à l’exception de 2007, juste avant la crise financière. En 1967, ils ne captaient que 1,9 % de la masse salariale et ce chiffre est même tombé à 1,3 % en 1980.

    Cette étude est donc intéressante à plus d’un titre. D’abord, elle permet de montrer que le néolibéralisme n’a pas que creusé les écarts entre les salariés et les détenteurs du capital, mais il a aussi creusé l’écart entre les salariés. Au reste, cet écart s’est d’autant plus élargi que les salaires rémunéraient des fonctions « utiles » au capital. D’une certaine façon, cela explique aussi la présence d’un certain nombre de sportifs professionnels dans ce « top 1 000 », dans la mesure où la valeur salariale de ces derniers est directement liée à la valorisation capitalistique des entreprises qui les embauchent puisqu’ils en sont les actifs principaux, non pas tant en tant que joueurs proprement dits qu’en tant que « porteurs d’image ». C’est en effet cette image qui est ensuite à la base de la rentabilité des entreprises qui l’exploitent.

    Dans ce cadre, il convient toujours de relativiser la pression exercée sur les salaires au nom de la « compétitivité ». Comme le montre cette étude, cette pression ne s’exerce que sur la partie basse de la hiérarchie salariale. La partie haute, celle qui rémunère ceux qui sont précisément chargés, directement ou indirectement, d’organiser cette course à la compétitivité-prix, est très largement bénéficiaire de cette politique.

    Pour corriger ces divergences a posteriori , la fiscalité demeure un des moyens les plus efficaces. Si la France a maintenu un niveau d’imposition important sur les hauts revenus, ce dernier est nettement moins progressif que dans les années 1980. À l’époque, le taux marginal d’imposition sur le revenu était de 65 %. Il est aujourd’hui proche, mais en prenant en compte la CSG, qui est un impôt proportionnel payé par l’ensemble des salariés. Autrement dit, l’impôt est bien moins proportionnel aujourd’hui que voilà trente ans. Cela conduit encore une fois à s’interroger sur les choix de l’actuel gouvernement de supprimer l’ISF, un impôt (légèrement) correcteur et sur l’établissement d’une « flat tax » (le PFU) de 30 % sur les revenus du capital, qui constitue un véritable appel d’air pour se faire rémunérer en revenus du capital plutôt qu’en revenus du travail pour les dirigeants, autrement dit pour les plus hauts salaires.

    La hausse des versements de dividendes en 2018 semble confirmer cette situation. Et le choix de baisser l’impôt sur le revenu pour les deux premières tranches apparaît in fine comme une petite compensation de cette opportunité pour les plus riches.

    Mais la question qu’a posée le confinement est bien celle de la correction a priori de ces inégalités. Les données de l’Insee viennent prouver que ce qui est récompensé n’est pas l’utilité sociale des métiers, mais leur utilité pour le capital. Le désarmement de la masse des salariés par les « réformes structurelles », la sous-traitance et le chômage a conduit à réduire la valeur relative de ces salaires et a favorisé celle des cadres les plus importants des entreprises. C’est donc globalement en retrouvant une capacité de peser que ces métiers pourront récupérer la part des salaires qui est allée aux plus hauts revenus. Bref, c’est bien en inversant les politiques en faveur du capital que l’on corrigera cette logique qui favorise une certaine catégorie de citoyens et de métiers au détriment du plus grand nombre et des métiers utiles pour la société.

    #salaire #hauts_salaires #masse_salariale #salariat

  • #Francine_Sporenda interviewe un proféministe québécois
    https://tradfem.wordpress.com/2020/05/26/francine-sporenda-interviewe-un-profeministe-quebecois

    Francine SPORENDA : Vous êtes un des traducteurs de Refusing To Be A Man de John Stoltenberg (« Refuser d’être un homme »), et cette traduction vient de sortir en librairie en France. Pourtant ce livre a été publié aux États-Unis il y a plus de 20 ans. De même, il a fallu attendre plusieurs décennies pour que d’autres ouvrages féministes majeurs, comme ceux d’Andrea Dworkin, soient enfin traduits en Français. Et dans les deux cas, ce sont des Québécois qui ont traduit et publié ces ouvrages.

    Pourquoi cette « hardiesse » des Canadiens francophones vis à vis des grands textes féministes anglophones–et pourquoi cette frilosité française ?

    #Martin_Dufresne : Paradoxalement, nous avons la chance au Québec d’être doublement colonisés, au confluent des influences de l’Europe et des États-Unis, et donc relativement libres de retenir le meilleur de chacune, de ressentir des interférences inouïes chez vous ou en Amérique et un certain irrespect pour la Culture du Père, qu’il siège au Collège de France ou au Pentagone. Les Australiennes me semblent faire preuve de la même liberté face au féminisme britannique, plus assujetti aux codes médiatiques et universitaires. Par exemple, elles ont tout de suite acheté les droits du révolutionnaire essai L’être et la marchandise de la Suédoise Kajsa Ekis Ekman, que boudaient les éditeurs britanniques.

    Il y a pourtant eu en France des percées inouïes des textes fondateurs du féminisme américain. Kathleen Barry me dit que c’est Renée Bridel qui a servi de “passeuse” pour la publication de Shulamith Firestone, Kate Millett et Barry elle-même chez Stock au début des années 1970 – des livres qu’on trouve encore aujourd’hui dans toutes les bibliothèques des femmes d’ici.

    Mais dès la publication de : « Le viol« de Brownmiller et l’apparition des organisations anti-violence sexuelle, la gauche et les libéraux se sont braqués contre un féminisme qui menaçait les privilèges des mecs. Dans le cas d’Andrea Dworkin – et avec elle John Stoltenberg et les nombreuses féministes qui ont déconstruit la crédibilité du porno – en descendant dans les rues – tout l’establishment du livre, du magazine, du cinéma, bref de l’entertainment s’est ligué pour les censurer : ce fut, au milieu des années 80, les fameuses sex wars lancées par les adeptes du sadisme, tendance qui s’éternise aujourd’hui dans l’idéologie queer. Les libertariens sexuels ont dès lors fait aux critiques de la pornographie (et de la prostitution) un faux procès de puritanisme et surtout d’“essentialisme”.

    Version originale : https://www.isabelle-alonso.com/martin-dufresne

    #proféministe #john_stoltenberg #andrea_dworkin #ressac_masculiniste #féminisme_radical

  • « L’élimination des masques réutilisables est un choix historique discutable », Bruno Strasser, propos recueillis par Patricia Jolly, 25 mai 2020
    https://www.lemonde.fr/sciences/article/2020/05/25/l-elimination-des-masques-reutilisables-est-un-choix-historique-discutable_6


    Personnel de la Croix-Rouge réassemblant des masques après stérilisation lors de la pandémie de grippe espagnole, à Boston, en mars 1919. U.S. States National Archives (165-WW-269B-37)

    L’historien des sciences Bruno Strasser a retracé avec son collègue Thomas Schlich l’avènement des masques chirurgicaux jetables dans les années 1960. Un tournant qui lui semble préjudiciable.

    Dans un article coécrit avec le médecin et historien de la chirurgie Thomas Schlich, et paru dans la revue médicale The Lancet le 22 mai, le biologiste et historien des sciences Bruno Strasser retrace l’histoire, l’évolution et l’adaptation des masques médicaux à la culture du « tout-jetable ». Pour le chercheur et son homologue, ils sont devenus, au fil du temps, à la fois le symbole de la fragilité de la médecine moderne et de la santé publique.

    La pandémie de Covid-19 vous a inspiré un travail de recherche sur les masques. Pourquoi ?

    C’est surtout la question de la pénurie de masques qui nous a intrigués, car on sait depuis très longtemps que le masque est indispensable dans la lutte contre les maladies infectieuses, qu’il ne coûte pas cher et est facile à produire. Il est donc étonnant qu’on se soit retrouvé pris au dépourvu quand la pandémie est arrivée, avec des situations dramatiques pour le personnel soignant dans de nombreux hôpitaux.

    Au-delà de la façon dont nous nous sommes préparés et des raisons pour lesquelles on ne disposait pas de stocks plus importants, nous nous sommes demandé pourquoi le masque était devenu un objet de consommation jetable alors qu’il ne l’a pas toujours été.
    Jusque dans les années 1970, c’est-à-dire très récemment, les masques médicaux étaient presque tous réutilisables. Ils faisaient l’objet de recherches poussées, ils étaient évalués scientifiquement, et leur développement a conduit à des modèles dont les performances étaient considérées comme très satisfaisantes, souvent même supérieures à celle des masques jetables. C’est ce paradoxe qui a motivé nos recherches.

    Quelles étapes avez-vous distinguées dans l’histoire du masque de protection faciale ?

    Le masque est apparu sous sa forme moderne dans le contexte de la chirurgie à la fin XIXe siècle, en Pologne actuelle, quand le chirurgien Johann Mikulicz-Radecki a appris d’un collègue bactériologiste que les gouttelettes de salive regorgent de microbes vivants. Il a alors commencé à porter un masque lorsqu’il opérait et a constaté que cela diminuait le nombre d’infections post-opératoires chez ses patients.
    En soi, le masque n’était pas nouveau. Avant les découvertes de Louis Pasteur, au milieu du XIXe siècle, on croyait que la contagion était causée par des « miasmes » présentes dans l’air vicié. C’est pour cela que les médecins de la peste du XVIIe siècle ont porté les fameux masques en forme de bec d’oiseau, contenant des épices et des herbes aromatiques pour neutraliser les miasmes.

    Jusqu’à la toute fin du XIXe siècle, il n’existait pas de distinction ferme entre les masques destinés à éviter les infections et les masques utilisés par les pompiers opérant au milieu de fumées toxiques par exemple. C’est pourquoi on retrouve à ce moment-là, en France, au Royaume-Uni et aux Etats-Unis, une multitude de brevets d’invention de masques à usages multiples utilisés tout à la fois contre les fumées toxiques, les poussières et les infections. Mais c’est la chirurgie qui invente le masque « moderne », destiné exclusivement à empêcher la transmission de microbes du porteur de masque vers le patient.

    Le masque pour se protéger des personnes infectieuses dans un contexte épidémique ou pandémique se généralise ensuite lors de l’épidémie de peste en Mandchourie en 1910, et surtout pendant la grippe dite « espagnole » de 1918-1919. Dans certaines villes aux Etats-Unis, comme San Francisco, chacun était légalement obligé de porter un masque dans l’espace public.

    Vous identifiez ensuite les années 1960 comme le virage technologique à l’origine de la pénurie que nous connaissons aujourd’hui…

    Jusqu’aux années 1960, quasiment tous les masques étaient en tissu. Il y avait de nombreux modèles différents, composés de superpositions de couches et souvent dotés d’une partie métallique qui se fixait sur le nez. Tous étaient stérilisables, ce qui ne posait aucun problème en milieu hospitalier où, comme aujourd’hui, les infrastructures de stérilisation étaient en place et permettaient la réutilisation des masques. Et, pour quasiment tous les brevets de l’époque que j’ai pu voir, les inventeurs mettaient en avant comme un avantage cette possibilité de stérilisation et donc de réutilisation.

    C’est alors que s’est produit une révolution technologique avec l’arrivée sur le marché des textiles en fibres synthétiques non tissées. Ces nouvelles matières permettent de produire des masques, notamment les respirateurs FFP2/FFP3 et N95 comme on les appelle aujourd’hui, dont les pores sont beaucoup plus petits et devraient donc mieux filtrer les bactéries et les virus. Ces nouveaux masques s‘imposent en l’espace d’une décennie et remplacent alors intégralement les masques réutilisables. Nous avons cherché à comprendre les raisons de cette transition.

    Confinés chez nous, sans accès aux bibliothèques scientifiques, nous avons pu néanmoins étudier, grâce au récent travail de numérisation, de nombreuses revues médicales – y compris leurs publicités. Nous avons constaté que ce n’est pas l’argument de l’hygiène, comme on aurait pu s’y attendre, qui a été déterminant, puisque nous n’avons retrouvé dans la littérature médicale aucune étude qui rapporte des problèmes de stérilité liés aux masques réutilisables.

    En revanche, nous nous sommes aperçus que les journaux médicaux et infirmiers étaient inondés de pleines pages de publicité, notamment de la société 3M, qui fait figure de mastodonte dans ce domaine et qui pousse puissamment à la consommation de ces nouveaux masques jetables grâce à des campagnes de marketing très agressives. Cette entreprise impose également les masques jetables en réalisant des études « comparatives » qui désignent, sans surprise, les nouveaux masques comme « supérieurs » aux anciens.

    Le passage au masque jetable n’est donc aucunement lié à un défaut de qualité et d’efficacité des masques industriels en tissus ?

    Apparemment pas ou alors de manière secondaire. La transition est évidemment liée au fait que les matières premières synthétiques sont peu chères et qu’il est plus pratique d’avoir du jetable que du réutilisable, qui exige du personnel à la laverie et au réassemblage, puisqu’il faut réinsérer la pièce métallique nasale dans le tissu.

    Mais, c’est plus fondamentalement la logique de la gestion des stocks qui a permis au masque jetable de s’imposer. Il apparaît largement dans la littérature que les administrateurs d’hôpitaux trouvent beaucoup plus simple de gérer des stocks de jetables. Cela facilite grandement la circulation des matériels dans l’institution hospitalière.

    Quelle leçon tirer de ce constat pour la crise du masque qui nous touche aujourd’hui ?

    Après la pandémie de Covid-19 et dans l’optique d’autres pandémies à venir, nous devons nous garder de considérer qu’il faut stocker toujours plus de masques jetables, même si l’industrie nous pousse à le faire, sans oublier d’ajouter qu’il y a des dates de péremption et qu’il faut donc régulièrement renouveler les stocks.

    Stocker n’est pas une solution envisageable à l’échelle d’une pandémie quand on considère qu’aux Etats-Unis, selon la réserve stratégique de matériels médicaux, il faudrait 500 millions de masques par mois juste pour les hôpitaux du pays et que cette réserve n’en contenait que 30 millions en janvier 2020. Il faut cesser de créer notre propre vulnérabilité en stockant des millions de masques jetables et périssables.

    Une solution serait donc de renouer avec la fabrication de masques réutilisables de qualité industrielle ?

    Oui. Notre article n’a rien d’un brûlot contre l’industrie, au contraire. Elle possède un savoir-faire énorme, l’évidente capacité de produire des millions de masques réutilisables tout en garantissant un contrôle-qualité élevé. Il faut solliciter les partenaires industriels tout en leur signifiant qu’on veut surtout des masques réutilisables. Et qu’on veut soutenir, dans ce domaine, la recherche qui a été interrompue dans les années 1960, créant ainsi une ignorance sur la façon de produire des masques réutilisables efficaces.

    De cette façon, nous disposerons toujours de la quantité de masques indispensable plutôt que de devoir les bricoler soi-même sur un coin de table, dans l’urgence d’une pandémie, à partir de tutoriels souvent très approximatifs.

    C’est aussi une petite pique pour le mouvement DIY (« do it yourself ») : produire des masques artisanaux à domicile est évidemment utile et sympathique, mais c’est un emplâtre sur une jambe de bois quand on est confronté à l’ampleur d’une pandémie.
    Les masques jetables auront toujours un rôle à jouer dans certaines situations hospitalières, car ils possèdent des propriétés spécifiques, mais leur généralisation et l’élimination complète des masques réutilisables est un choix historique discutable dont nous payons le prix aujourd’hui.

    Les Etats ont donc un rôle prépondérant à jouer dans ce changement d’orientation…

    Oui, car l’Etat est un client-consommateur qui achète en énormes quantités, à la fois pour ses réserves stratégiques et pour ses hôpitaux. Il est bien placé pour comprendre le risque de la culture du jetable, puisqu’il a réfléchi depuis longtemps aux situations de guerre dont certains aspects ressemblent aux situations de pandémie, avec des interruptions du commerce international et donc à la notion d’autonomie en ce qui concerne les matériaux stratégiques. Les pharmacies de guerre, par exemple, ont parfois encore des seringues stérilisables dans l’optique où, en situation de conflit, il serait impossible de les fabriquer à cause de pénuries de matériaux.

    L’Etat doit poursuivre aujourd’hui cette même réflexion, mais en prévision d’un contexte de crise environnementale ou sanitaire. Cette proposition n’a rien de radicale, elle n’est ni de droite ni de gauche, mais il est urgent de s’y employer. La perspective de guerre s’estompe heureusement depuis un moment en Europe, mais les menaces de crise environnementale et sanitaire ne sont que trop présentes.

    Un article éclairant, malgré le parti pris étatiste qui plombe ici encore la politique du soin en refusant de concéder quelque intérêt que ce soit aux pratiques sociales, comme si la réduction des risques ne pouvait que dépendre d’opérateurs centraux chargés de civiliser et guider un troupeau de bipèdes incapables d’inventer et de s’approprier des techniques pas si compliquées (déterminer les meilleurs matériaux, procédés, ergonomie, etc pour produire autre chose que les ersatz de protection). Dénier cette capacité collective, en faire une propriété des professionnels de la profession, c’est laisser le champs libre à la privatisation de ces enjeux, État ou pas. Relever le rôle joué par 3M, l’inscrire partiellement dans son contexte (fordiste : production de masse et gestion de flux), ok. Mais sans sortir du tête à tête État garant de l’intérêt général et industrie comme pourvoyeuse de la seule possible, c’est plus que court. La "neutralité axiologique" à bon dos, c’est une prise de parti.

    #Histoire_des_sciences #masques #masques_réutilisables #crise_sanitaire #écologie

  • Crise du coronavirus : « La surveillance généralisée fait partie d’une logique de fabrication de vérité »
    https://www.marianne.net/societe/crise-du-coronavirus-la-surveillance-generalisee-fait-partie-d-une-logique

    Professeur de philosophie politique à l’université de Columbia, spécialiste de renom du philosophe Michel Foucault et auteur de « La Société d’exposition » (Le Seuil, 2020), Bernard E. Harcourt défend la pertinence des grilles d’analyse foucauldiennes pour décrypter la crise sanitaire. Marianne : L’œuvre de Michel Foucault comporte plusieurs concepts qui trouvent un remarquable écho dans la crise actuelle et la manière dont elle est gérée : on pense à la « biopolitique », à l’enfermement, à la discipline, (...)

    #algorithme #smartphone #biopolitique #contactTracing #manipulation #technologisme #consentement #COVID-19 #GAFAM #panopticon #santé (...)

    ##santé ##surveillance

  • Seine-Saint-Denis : après des échauffourées, un policier retrouve une balle dans son gilet de protection - Le Parisien
    http://www.leparisien.fr/seine-saint-denis-93/noisy-le-sec-apres-des-echauffourees-un-policier-retrouve-une-balle-dans-

    De sérieuses échauffourées ont éclaté mercredi soir à Noisy-le-Sec. Dans le quartier de Béthisy, « l’un des plus durs de la ville » selon le maire (UDI) Laurent Rivoire, une cinquantaine de personnes se sont attaquées à la police municipale, qui était venue pour faire cesser des jets de pétards et disperser les trop nombreux habitants présents sur les lieux.

    La tension est montée crescendo. Les effectifs municipaux débordés ont dû faire appel à des renforts de la police nationale. Une trentaine de fonctionnaires étaient sur place au plus fort des violences. Les policiers ont continué à essuyer des jets de projectiles et des tirs de mortiers. Ils ont riposté par les tirs de grenades lacrymogènes.

    Quatre gardes à vue

    Puis tous se sont repliés et quatre suspects ont été interpellés et placés en garde à vue. Lors des arrestations, un policier municipal âgé d’une trentaine d’années a chuté et s’est légèrement blessé à la jambe.

    Avant de prendre le chemin de l’hôpital Jean-Verdier, à Bondy, il a fait un détour par le poste de police pour retirer son gilet pare-balles. C’est alors qu’il s’est aperçu qu’un projectile s’était fiché dans la partie ventrale de son équipement.

    Au vu de la #militarisation du #maintien_de_l'ordre, ce qui surprend chaque jour c’est que si peu de tirs de riposte aient lieu (autres que de mortiers d’artifice, etc les cocktails moltotov ne vont le plus souvent pas assez loin pour atteindre des policiers surarmés).

    Hier, un jeune fuyant la police est mort écrasé par un train à Montigny les Cormeilles.
    Pendant ce temps une vidéo circulait une vidéo de l’arrestation d’un Noir à Neuilly sur Marne, frappé après arrestation et menottage, avec la bande son qui va bien ("sale nègre").

    #cités #police

    • Montigny-lès-Cormeilles : un jeune à mini-moto meurt percuté par un train, heurts avec la police

      L’accident s’est produit sur un passage piéton dont les riverains demandent la fermeture depuis plusieurs années. Des rassemblements hostiles à la police se sont formés dans la nuit.

      Un jeune circulant sur une mini-moto est mort percuté par un train, mercredi, entre 18 heures et 19 heures, à Montigny-lès-Cormeilles. Il franchissait un petit passage piéton sur les voies, chemin des Hautes-Bornes, à la limite en Franconville et Montigny-lès-Cormeilles, quand un train de la ligne H circulant dans le sens Paris-Pontoise l’a heurté violemment. Le corps a été projeté sur le côté, tandis que la mini-moto est restée bloquée sous la rame, qui s’est immobilisée quelques mètres plus loin.

      La circulation des trains interrompue plusieurs heures

      « On était tous derrière, indique Antoine*, un riverain. On a entendu un coup de klaxon et un boum. Le sol a tremblé. » « Sur le coup, on a cru qu’un train avait déraillé », ajoute Nicole, une voisine. Les habitants de la rue sont allés voir au passage piéton. « Quand on a vu le téléphone, les chaussures et la doudoune, on a compris. La queue du train était arrêtée à dix mètres du passage. On n’est pas allé voir plus loin », ajoute-t-elle. La circulation des trains a été interrompue sur la ligne jusqu’aux alentours de minuit.

      La victime serait un jeune de 18 ans, habitant Montigny-lès-Cormeilles. Peu après le drame, des proches sont venus sur les lieux. « Des jeunes sont venus au contact en accusant la police d’avoir provoqué l’accident », a indiqué le directeur départemental adjoint de la sécurité publique du Val-d’Oise. Au nombre d’une trentaine, ils auraient accusé la police d’avoir poursuivi le jeune homme, ce que dément le responsable adjoint de la police dans le département. « On était là après pour faire les constatations et interdire l’accès, mais pas avant », ajoute-t-il.

      J’en étais resté à l’interprétation des faits adoptée par des jeunes du quartier qui a circulé cette nuit.

      @sandburg, le peuple pas agressif ? C’est régler bien vite il me semble l’interrogation sur ce qui fait que de tels tirs contre la police n’ont pas lieu, sont très rares, se font à coups de cartouches plutôt qu’à balles, etc.. La capacité à s’empêcher, à ne pas surenchérir sur la surenchère policière par exemple, il y a plein de pistes pour essayer de la comprendre : connaissance de l’efficacité policière (exécution possible lors d’une « arrestation », justice, prison), se régler sur le pas du collectif pour exprimer l’hostilité, ne pas être à l’origine d’un quadrillage au carré du quartier, ... (tout monde sait plus ou moins comment ça se passe à Beaumont sur Oise, par exemple, et même sans cela il y a un savoir, une expertise de ce qu’est la liberté de la police). Mais les supputations et hypothèses demanderaient enquête. Une enquête que le réel viendra nourrir ? Pour ma part, je vois pas ce que les premiers concernés vont bien pouvoir inventer aujourd’hui comme modalités d’auto-défense collective... Tout pousse à établir un minimum de réciprocité....

  • Facebook expose ses utilisateurs à des opinions de plus en plus extrêmes et Mark Zuckerberg refuse d’y remédier
    https://www.businessinsider.fr/facebook-expose-ses-utilisateurs-a-des-opinions-de-plus-en-plus-extr

    Facebook sait depuis longtemps que sa plateforme encourage les contenus extrémistes et polarisants, et l’entreprise ne montre aucune envie d’apporter des changements pour résoudre ce problème. Son PDG Mark Zuckerberg lui-même ne semble pas s’y intéresser, comme le rapporte le Wall Street Journal. Le Wall Street Journal a révélé que des recherches menées en interne par Facebook en 2016 et 2018 ont prouvé que l’algorithme de la plateforme contribuait à la prolifération de contenus polarisants. Lorsque (...)

    #Facebook #algorithme #manipulation #modération #violence

  • Coronavirus : plus de 400 personnes placées en quarantaine se font la belle au Malawi
    https://www.lemonde.fr/afrique/article/2020/05/28/coronavirus-plus-de-400-personnes-placees-en-quarantaine-se-font-la-belle-au

    Plus de 400 citoyens du Malawi de retour d’Afrique du Sud, dont une quinzaine porteurs du nouveau coronavirus, se sont échappés de deux centres où ils avaient été placés à l’isolement ou en quarantaine, a-t-on appris mercredi 27 mai de source sanitaire. Un scénario qui s’est déjà produit à plusieurs reprises dans d’autres pays du continent et montre la difficulté de ce type de mise à l’écart pour prévenir l’expansion du Covid-19. Ces 441 ressortissants sont arrivés lundi soir à bord de bus à la frontière de leur pays, où 16 d’entre eux ont été rapidement testés positifs au Covid-19, a expliqué à l’AFP un responsable des services de santé pour le district de Blantyre, la capitale économique du pays. Les porteurs du virus ont été isolés, pendant que le reste des rapatriés était placé en quarantaine dans un stade de Blantyre, dans l’attente des résultats de leurs tests de dépistage, a ajouté Gift Kawaladzira. Mais « ils sont tous rentrés chez eux par leurs propres moyens », a-t-il regretté. « Les services sanitaires ont leurs coordonnées et vont commencer à les rechercher, a-t-il ajouté. Le danger, c’est qu’ils vont désormais se cacher des autorités. Si la plupart d’entre eux ont le Covid-19, alors nous avons un grave problème. »

    #Covid-19#migrant#migration#Malawi#AfriqueduSud#rapatriement#quarantaine#isolement#dépistage#porteurs-virus#santé#frontières

  • Russell Kane : The funny thing about bigorexia - BBC Ideas
    https://www.bbc.co.uk/ideas/videos/the-funny-thing-about-bigorexia/p06x6tt9?playlist=the-funny-thing-about

    Bigorexia - like anorexia - is a big problem. Never heard of it? Comedian Russell Kane injects a bit of humour as he sheds light on it.

    Une chronique #vidéo sur les #corps masculins, les nouveaux complexes et la #musculation.
    #masculinité

  • 9000 Km (2X4500) pour coudre les masques québécois
    90 000 masques destinés au Québec disparaissent à l’aéroport de Toronto
    https://ici.radio-canada.ca/nouvelle/1706829/disparition-masque-aeroport-toronto-chu-quebec-i3biomedical-covid

    En 32 ans de métier comme fabricant de matériel médical, Pierre Jean Messier n’a jamais vu une situation pareille au Canada. Une demi-tonne de masques médicaux destinée aux hôpitaux du Québec a disparu d’une zone sécurisée de l’aéroport international de Toronto.
    . . . . . .
    Le président et fondateur de I3 Biomédical hésite à parler carrément d’un vol, mais il admet que “c’est l’hypothèse la plus probante en ce moment”.

    Un courriel qu’il a reçu du transporteur aérien - courriel que nous avons pu consulter - confirme que les 90 000 masques en provenance du Mexique ont bel et bien passé les douanes à Toronto le 12 mai pour un transfert vers Montréal.
    . . . . . .
    Fabriqués au Québec, assemblés au Mexique
    Pierre Jean Messier précise que les masques chirurgicaux qu’il fabrique sont entièrement conçus au Québec, mais que le dernier assemblage se fait au Mexique, pour des raisons de coûts.

    Selon lui, il serait très facile de faire l’ensemble de la production au Québec, à condition que les gouvernements renoncent à “acheter des produits qui sont trois cents plus bas”.

    #Masques #voyage #mondialisation #bêtise #Quebec #Mexique #Industrie_textile

  • Au Portugal, le récit des « grandes découvertes » remis en cause

    Un #mémorial aux victimes de la #traite_négrière en chantier, un projet avorté de « Musée des #grandes_découvertes »… Des activistes tentent de fissurer le grand récit portugais, qui atténue la nature violente de l’expansion portugaise depuis des siècles.
    Lisbonne, de notre envoyé spécial. – Le mémorial sera construit sur le Campo das cebolas (« champ d’oignons » en français), l’une des places du bas de Lisbonne, à deux pas des quais où les navires d’esclaves débarquaient autrefois le long du Tage. « Beaucoup de villes en Europe ont des mémoriaux liés à l’esclavage, mais il n’y en a pas encore un seul au Portugal », assure Evalina Gomes Dias, à la tête de Djass, une association d’Afro-descendants portugais.

    Le collectif avait obtenu une enveloppe de 100 000 euros pour réaliser ce projet, dans le cadre des budgets participatifs de la ville en 2017. Cinq artistes ont alors été sollicités. Dans la foulée, Djass a organisé des réunions de voisins, dans des quartiers populaires de Lisbonne, où la population d’Afro-descendants est nombreuse, pour choisir entre les différents projets.

    Une centaine de personnes ont voté, et retenu l’option d’un artiste angolais. Kiluanji Kia Henda a imaginé une plantation de 540 cannes à sucre réalisées en aluminium, à taille réelle. Si l’épidémie du coronavirus n’a pas tout retardé, l’inauguration du site pourrait avoir lieu dès la fin de l’année.

    C’est à Lagos, un petit port d’Algarve, dans le sud du Portugal, qu’un navire chargé d’esclaves africains, venus de l’actuelle Mauritanie, débarque pour la première fois en Europe, en 1444. Les esclaves sont ensuite acheminés dans de grandes villes du pays. L’événement marque le début de la traite occidentale. On estime que des navires portugais ont transporté plus de cinq millions d’esclaves, d’Afrique vers le Brésil en particulier, de 1519 à 1867.

    À Lagos, un petit musée inauguré en 2016 rappelle l’existence du premier marché d’esclaves d’Europe dans cette ville devenue une tranquille station balnéaire. « Ils avaient trouvé sur le site des squelettes d’anciens esclaves. Mais ils n’ont pas voulu les garder, et préféré les envoyer à l’université de Coimbra [dans le centre du pays – ndlr]. Pour Djass, cette décision était une provocation. Ces corps auraient dû être montrés dans le musée », juge Evalina Gomes Dias, née en 1968 au Sénégal de parents venus de Guinée-Bissau.

    Le mémorial en chantier à Lisbonne marque une rupture. Mais les débats sur le passé esclavagiste du Portugal ne vont sans doute pas s’apaiser pour autant. D’autant que le legs douloureux de ce passé négrier se mêle, de manière complexe, aux mémoires des « grandes découvertes », cette phase d’expansion maritime du Portugal à partir du XVe siècle, comme à celles des colonies, qui ont duré sur le sol africain jusqu’en 1974, un « record » de longévité.

    Evalina Gomes Dias a aussi fait partie, avec sa sœur Beatriz, une députée du Bloc de gauche, des adversaires du projet de l’actuel maire de Lisbonne d’ouvrir un « Musée des grandes découvertes » dans la capitale. La proposition du socialiste Fernando Medina, qui ne faisait qu’actualiser une vieille idée de la classe politique portugaise, avait déclenché en 2018 un tollé.

    Dans une tribune, une centaine d’historiens et activistes s’en prenaient en particulier au choix du mot « découvertes » – un terme « obsolète », une « erreur de perspective », alors qu’il est « important de prendre en compte le point de vue de tous », Européens comme non-Européens. Ces universitaires dénonçaient le recours à « une expression fréquemment utilisée durant l’Estado Novo [la dictature de Salazar, de 1933 à 1974], pour célébrer le passé, et qui n’est pas compatible avec le Portugal démocratique ».

    « Pas en notre nom ! », s’étaient élevés, dans une autre lettre ouverte, des représentants de la communauté afro-portugaise, inquiets de voir minimisée, une fois de plus, l’évocation du passé négrier dans ce futur musée : « Nous n’acceptons pas ce musée qui serait construit sur l’occultation de notre histoire, avec l’argent des impôts des Noires et Noirs de ce pays. » Face à la polémique, et alors que se profilent des municipales en 2021, le maire Medina n’évoque plus ce projet. Joint à plusieurs reprises par Mediapart, il n’a pas donné suite à nos demandes d’entretien.

    Un an plus tôt, c’est la visite du président portugais, Marcelo Rebelo de Sousa, à Gorée, l’île en face de Dakar, symbole de la traite négrière en Afrique, qui a crispé. Il s’était félicité, sur place, que le Portugal eût aboli l’esclavage dès 1761. « Cette décision du pouvoir politique portugais est une reconnaissance de la dignité de l’homme », avait-il lancé.

    Mais cette abolition fut théorique, rappelle l’historien José Pedro Monteiro : « Cette abolition ne concernait que la métropole, alors que l’esclavage a perduré dans le reste de l’empire. Surtout, le travail forcé, rémunéré ou non, s’est poursuivi très tardivement, aboli seulement en 1961, en même temps que le statut de l’indigénat [contre 1946 pour la France – ndlr]. » Pour cet universitaire, la sortie présidentielle entretient encore « le vieux discours d’une exceptionnalité portugaise, d’un humanisme idéalisé » en matière d’empire et de colonies.

    Le Portugal a longtemps nourri l’idée que l’empire qu’il s’était construit au fil des siècles, n’avait rien à voir avec ceux d’autres puissances européennes. Qu’il avait fait preuve de plus d’humanité vis-à-vis des populations sur place. « Contrairement à ses voisins européens qui chercheraient à imposer outre-mer des valeurs spécifiquement européennes, le Portugal se serait efforcé de transmettre des valeurs chrétiennes, de portée universelle et de se mélanger avec les populations indigènes, créant ainsi une véritable civilisation “luso-tropicale”, sorte de paradis terrestre protégé des affres de la modernité », décrit l’historien français Yves Léonard (Sciences-Po Paris).

    Ce « lusotropicalisme » théorisé par le sociologie brésilien controversé Gilberto Freyre (1900-1987) devient l’idéologie d’État durant le salazarisme, après la Seconde Guerre mondiale. Les Portugais se sont mis en scène en « pionniers de la mondialisation ». Alors que les critiques à l’égard de la colonisation se renforçaient partout dans le monde, ce discours a aussi permis à l’Estado Novo de justifier ses colonies. Mais tout cela est un mythe : l’expansion portugaise s’est appuyée sur des fondements aussi racistes que celles d’autres États européens. Ce soi-disant « humanisme » n’avait en fait rien d’exceptionnel.

    La Révolution des œillets de 1974 a mis fin à la présence portugaise en Afrique. Mais ce lusotropicalisme défendu par Salazar, lui, est resté bien ancré dans le débat public. Un signe parmi tant d’autres : en 1989, pour la première participation du Portugal à l’Eurovision, le groupe Da Vinci chantait un « hit » douteux, mais toujours populaire auprès de certaines générations, Conquistador, qui vantait les héros de l’expansion portugaise et de la colonisation.

    Pourquoi la révolution n’a-t-elle pas mis un terme à cette culture politique ? « La gauche portugaise a une part de responsabilité, estime José Pedro Monteiro. Le Parti communiste, par exemple, n’a défendu le droit à l’auto-détermination des peuples colonisés que tardivement, à la fin des années 1950. » Le rôle joué dans la révolution par des militaires qui avaient participé aux guerres coloniales a sans doute aussi pesé.

    Depuis, les polémiques mémorielles se poursuivent, entre universitaires et activistes d’une nouvelle génération, et historiens qui seraient les « gardiens du consensus luso-tropicaliste », prompts à critiquer ce qui ne seraient que des stratégies de victimisation de l’extrême gauche. Certaines controverses se sont radicalisées.

    En 2017, une statue est inaugurée dans le vieux centre de Lisbonne, montrant le père jésuite António Vieira (1608-1697) – dont les positions sur l’esclavage sont ambiguës –, trois enfants indigènes et nus à ses pieds. Lorsqu’un groupe d’activistes s’est mis à lire des poèmes en mémoire des victimes de l’esclavage sur la place, des militants d’extrême droite sont venus « protéger » la statue, contre ces tentatives de « dénigrer l’Église catholique et instiller de la culpabilité chez les Portugais ».

    Le paysage est d’autant plus que sensible que le chantier d’un « musée Salazar », dans la ville natale du dictateur et partisan de l’empire portugais, Santa Comba Dâo (centre du pays), lui, n’a toujours pas été bloqué. Face au malaise suscité par ce projet, les autorités locales parlent désormais d’un « centre interprétatif de l’Estado Novo ». « Cet endroit va forcément devenir un lieu d’hommage, il n’y a pas d’expertise historique sérieuse, cela revient à ouvrir la boîte de Pandore », assure Marília Villaverde Cabral, à la tête de l’Union des résistants antifascistes portugais, une association née sous Salazar pour soutenir les prisonniers politiques.

    Elle a fait parvenir à l’Assemblée une pétition signée par plus de 11 000 personnes pour exhorter les députés à interdire ce projet.

    https://www.mediapart.fr/journal/international/230520/au-portugal-le-recit-des-grandes-decouvertes-remis-en-cause
    #mémoire #traite #Portugal #récit #contre-récit #résistance #expansion_portugaise #histoire #colonisation #colonialisme #décolonial #Lisbonne #esclavage #budget_participatif #art #art_et_politique #plantation #Kiluanji_Kia_Henda #Lagos #marché_d'esclaves #Djass #rupture #passé_esclavagiste #expansion_maritime #découverte #contre-récit #exceptionnalité_portugaise #civilisation_luso-tropicale #lusotropicalisme #Estado_Novo #racisme #Salazar #António_Vieira #statue #culpabilité

    ping @isskein @karine4 @cede @reka @mobileborders

    • #Djass (association d’afro-descendants)

      A Djass – Associação de Afrodescendentes é uma organização sem fins lucrativos, de âmbito nacional, constituída em Lisboa a 25 de maio de 2016, com a missão de defender e promover os direitos das/os negras/os e afrodescendentes em Portugal e de combater o racismo em todas as suas formas e dimensões, reivindicando políticas e práticas de igualdade.

      O QUE PRETENDEMOS

      • Combater e denunciar todas as formas de racismo, invisibilização e discriminação contra negras/os e afrodescendentes em Portugal.

      • Promover uma reflexão crítica e abrangente sobre as relações interétnicas em Portugal, de forma a contribuir para a transformação social e para a afirmação positiva das/os negras/os e afrodescendentes enquanto membros de pleno direito da sociedade portuguesa.

      • Combater a visão eurocêntrica da História, reivindicando o contributo das africanas/os na construção do conhecimento, da cultura e da História.

      • Incentivar e promover a participação das/os negras/os e afrodescendentes nos processos de tomada de decisão política.

      O QUE FAZEMOS/FAREMOS

      • Organização de sessões de debate, reflexão, informação e formação sobre temas associados ao racismo, colonialismo, identidades e relações interétnicas.

      • Defesa da inclusão precisa da história e contribuição dos povos Africanos nos currículos e manuais escolares em Portugal.

      • Desenvolvimento e apoio a atividades de investigação e investigação-ação sobre temáticas relacionadas com as/os negras/os e afrodescendentes em Portugal.

      • Implementação de projetos de intervenção social e educativa, em particular com pessoas e comunidades afrodescendentes.

      • Colaboração com organizações congéneres em Portugal e no estrangeiro, através da troca de experiências, organização de iniciativas comuns e do trabalho em rede.

      • Organização de iniciativas de divulgação e valorização das identidades e culturas negras e africanas.

      JUNTEM-SE A NÓS!

      Contamos com a colaboração de todas/os as/os negras/os e afrodescendentes residentes em Portugal e de todas/os aquelas/es que pretendem dar o seu contributo para uma sociedade mais justa, informada e livre de discriminação.

      https://fr-fr.facebook.com/associacao.djass

    • Et une #chanson controversée citée dans l’article

      Eurovision Portugal 1989 - #Da_Vinci - #Conquistador

      “Conquistador” (Conqueror) was the Portuguese entry in the Eurovision Song Contest 1989, performed in Portuguese by Da Vinci.

      The song reminisces about the former Portuguese colonial possessions worldwide. Lead singer Tei Or takes the role of the Portuguese state and sings that she has been to Brazil, Praia, Bissau, Angola, Mozambique, Goa, Macau and “Timor” (the last a reference to East Timor).

      The song was performed ninth on the night, following Norway’s Britt Synnøve with “Venners nærhet” and preceding Sweden’s Tommy Nilsson with “En dag”. At the close of voting, it had received 39 points, placing 16th in a field of 22.

      https://www.youtube.com/watch?v=1tjdDgJgLko

      ping @sinehebdo

  • Exclusive: big pharma rejected EU plan to fast-track vaccines in 2017 | World news | The Guardian
    https://www.theguardian.com/world/2020/may/25/exclusive-big-pharma-rejected-eu-plan-to-fast-track-vaccines-in-2017
    https://i.guim.co.uk/img/media/6230b4de41f5442c335f7a07c3904e7d718a1bfe/0_182_5454_3272/master/5454.jpg?width=1200&height=630&quality=85&auto=format&fit=crop&overlay-ali

    The world’s largest pharmaceutical companies rejected an EU proposal three years ago to work on fast-tracking vaccines for pathogens like coronavirus to allow them to be developed before an outbreak, the Guardian can reveal.

    The plan to speed up the development and approval of vaccines was put forward by European commission representatives sitting on the Innovative Medicines Initiative (IMI) – a public-private partnership whose function is to back cutting-edge research in Europe – but it was rejected by industry partners on the body.

    The commission’s argument had been that the research could “facilitate the development and regulatory approval of vaccines against priority pathogens, to the extent possible before an actual outbreak occurs”. The pharmaceutical companies on the IMI, however, did not take up the idea.

    The revelation is contained in a report published by the Corporate Europe Observatory (CEO), a Brussels-based research centre, examining decisions made by the IMI, which has a budget of €5bn (£4.5bn), made up of EU funding and in-kind contributions from private and other bodies.

    The IMI’s governing board is made up of commission officials and representatives of the European Federation of Pharmaceutical Industries (EFPIA), whose members include some of the biggest names in the sector, among them GlaxoSmithKline, Novartis, Pfizer, Lilly and Johnson & Johnson.

    A global lack of preparedness for the coronavirus pandemic has already led to accusations in recent weeks that the pharmaceutical industry has failed to prioritise treatments for infectious diseases because they are less profitable than chronic medical conditions.

    The world’s 20 largest pharmaceutical companies undertook around 400 new research projects in the past year, according to Bloomberg Intelligence. Around half were focused on treating cancer, compared with 65 on infectious diseases.

    There are eight potential vaccines for coronavirus in clinical trials, but there is no guarantee of success. One of the most promising, being developed at Oxford University, is said to have only a 50% chance of being approved for use.

    The CEO report says that rather than “compensating for market failures” by speeding up the development of innovative medicines, as per its remit, the IMI has been “more about business-as-usual market priorities”.

    The report’s authors cite a comment posted on the EFPIA’s website, since removed, selling the advantages of the initiative to big pharma as offering “tremendous cost savings, as the IMI projects replicate work that individual companies would have had to do anyway”.

    The European commission’s “biopreparedness” funding proposal in 2017 would have involved refining computer simulations, known as in silico modelling, and improved analysis of animal testing models to give regulators greater confidence in approving vaccines.
    The hunt for a coronavirus vaccine

    Minutes of a meeting of the IMI’s governing board in 2018 reveal that the proposal was not accepted. The IMI also decided against funding projects with the Coalition for Epidemic Preparedness Innovations, a foundation seeking to tackle so-called blueprint priority diseases such as Mers and Sars, both of them coronaviruses.

    “While the scope of a regulatory topic as proposed by the commission was not supported by EFPIA industries, the theme of regulatory modernisation is considered very important by industries, and will be further discussed,” the minutes record. “Interaction with the Coalition for Epidemic Preparedness Innovations (CEPI) continues but no immediate co-investment is expected.”

    In response to the report, a spokeswoman for the IMI said infectious diseases and vaccines had been a priority from the outset. She highlighted a €20m project known as Zapi launched in 2015 following the Ebola pandemic and which focuses on biopreparedness.

    The IMI launched funding for “innovations to accelerate vaccine development and manufacture” in January.

    The spokeswoman said the topic had been competing with other priorities at the time of the 2017 proposal, including research into tuberculosis, auto-immune diseases and digital health.

    “The report seems to suggest the IMI has failed in its mission to protect the European citizen by letting pass an opportunity to prepare society for the current Covid pandemic,” she said.

    “This is misleading in two ways: the research proposed by the EC in the biopreparedness topic was small in scope, and focused on revisiting animal models and developing in silico models to better define/anticipate the type and level of immune response elicited in animals and humans in order to increase regulators’ confidence in the evidence base for alternative licensing procedures.

    “IMI’s projects have contributed, directly or indirectly, to better prepare the research community for the current crisis, eg the Ebola+ programme or the Zapi project.”

    The CEO report says the directing influence of big pharma on the IMI’s research agenda has led it to becoming dominated by industry priorities, and sidelining poverty-related and neglected diseases, including coronaviruses.

    The thinktank points to official evaluations that found the IMI had enabled competing global companies to work together with small and medium-sized businesses and academia, but that it was difficult to identify positive socioeconomic outcomes.

    The most recent evaluation in 2017 questioned whether the European pharmaceutical industry should continue to be the “main driver” on the future of medicine.

    The CEO also says that as a result of the industry’s domination of the IMI, there are significant gaps in funding for diseases pinpointed by the World Health Organization (WHO) Report on Priority Medicines for Europe and the World as of public health importance, for which pharmaceutical treatments either do not exist or are inadequate.

    Seven of the 25 priority areas the WHO identified have no IMI projects, including neonatal conditions and postpartum haemorrhage, according to the report.

    Seventeen IMI projects relate to Alzheimer’s disease, 12 to diabetes and 10 to cancer. As important as these diseases are, there is no lack of wider interest in providing treatments, leading the report to question whether EU money has been appropriately spent.

    “Clearly, these disease areas are not suffering from a market failure, as the global pharmaceutical industry is investing heavily in them already, which is not surprising, given the large market potential for new treatments,” the CEO writes.

    An IMI spokeswoman said that about a third of the IMI budget was spent on infectious diseases, including antimicrobial resistance, vaccines, Ebola and tuberculosis, and that other funds went on cross-cutting issues in drug development.

    #Big_pharma #Recherche #Europe #Financement #Collaboration #Maladies_négligées

  • Papiers logements CRA : le 30 mai dans les rues de #Rennes !
    https://expansive.info/Papiers-logements-CRA-le-30-mai-dans-les-rues-de-Rennes-2270

    Sur la base de l’appel « Foyers, Centres de Rétention, Sans-Papiers : des mesures immédiates contre la bombe sanitaire ! » soutenu à ce jour par 180 collectifs et organisations sur tout le territoire, le collectif inter-organisation de soutien aux personnes exilées de Rennes appelle à une manifestation le samedi 30 mai à 15h dans les rues de Rennes ! #Infos_locales

    / #Manchette, #Migrations_-_Luttes_contre_les_frontières, Rennes, #Migrant·es, #NousToutes35

  • Touristes bloqués à cause du coronavirus : Paris augmente vols et liaisons maritimes vers le Maghreb
    https://www.lemonde.fr/afrique/article/2020/05/27/touristes-bloques-a-cause-du-coronavirus-paris-augmente-vols-et-liaisons-mar

    La France va multiplier les liaisons aériennes et maritimes vers l’Algérie, le Maroc et la Tunisie afin de pouvoir rapatrier quelque 15 000 ressortissants supplémentaires bloqués en raison de la pandémie de Covid-19 dans les « quinze jours à venir », a annoncé mardi 26 mai le ministère français des affaires étrangères. Ces trois pays, destination prisée des touristes français et de nombreux binationaux, ont fermé leur espace aérien depuis la mi-mars. De nombreux ressortissants français y sont encore bloqués en dépit des quelque 350 vols spéciaux déjà affrétés qui ont permis le retour de 56 000 d’entre eux.

    #Covid-19#migrant#migration#France#Algérie#Maroc#Tunisie#Espagne#rapatriement#mesures-sanitaires#santé#frontières

  • Suits: Articles of Interest - 99% Invisible
    https://99percentinvisible.org/episode/suits-articles-of-interest-10

    Menswear can seem boring. If you look at any award show, most of the men are dressed in black pants and black jackets. This uniform design can be traced back to American Revolution, classical statuary, and one particular bloke bopping around downtown London way back in the 1770s.

    #vêtement #mode #masculinité #dandy #costume #costard #Beau_Brummell

  • #Actu_Coronavirus – 26 mai
    https://www.les-crises.fr/actu-coronavirus-26-mai

    Ce fil d’actualités comprend des informations provenant de trois sources : Les Lives #Covid-19 du Figaro, de 20 minutes et le compte Twitter @Conflits_FR. 26 mai 17h30 Nous allons inciter les groupes automobiles à relocaliser en #France, a affirmé Emmanuel #Macron. (Prise de parole à #Étaples) #Voiture Le gouvernement va consacrer près de 8 millards d’euros pour le plan de soutien à l’industrie l’automobile, a annoncé le Président de la République Emmanuel #Macron. (Prise de parole à #Étaples) #VoitureLire la suite

    #Revue_de_Presse #SRAS-2 #Revue_de_Presse,_Actu_Coronavirus,_Covid-19,_SRAS-2

  • Le prolongement de la CRDS, premier « impôt coronavirus »
    http://www.francesoir.fr/societe-economie/le-prolongement-de-la-crds-premier-impot-coronavirus

    La Contribution au remboursement de la dette sociale (CRDS) sera prolongée jusqu’en 2033, alors qu’elle devait s’éteindre en 2024.  
    Le projet de loi est dans les tuyaux du gouvernement, selon le quotidien Les Echos. La CRDS a été créé en 1996 pour aider au remboursement des dettes de la sécurité sociale, et alimenter la Cades, la caisse d’amortissement de la dette sociale. Cet impôt initialement prévu pour durer 13 ans a déjà été prolongé à deux reprises, et les espoirs de le voir disparaître dans deux ans sont donc en train de s’effondrer. 
     

    0,5 % sur tous les revenus  
    Si le taux de prélèvement de la CRDS, de 0,5%, n’a pas évolué depuis sa création, cette contribution a la particularité de concerner tous les revenus : activité, patrimoine, capital, retraite, mais aussi allocations chômage, prestations familiales, aides au logement, ou encore vente de métaux précieux et d’objets d’art. Elle n’est en outre pas déductible de l’impôt sur le revenu. 
     
    La CRDS rapporte 6,8 milliards d’euros par an (chiffre de 2016) pour éponger le fameux trou de la sécurité sociale. Le déficit de la « sécu » a été lourdement creusé par la crise du coronavirus. 
     
    « Du jamais vu », avait estimé dès la fin du mois d’avril Gérald Darmanin devant le Sénat. Le ministre de l’Action et des comptes publics évoquait alors un déficit à 41 milliards d’euros en 2020, contre une prévision initiale de 5,4 milliards d’euros. En 2019, le régime général et le fonds de solidarité vieillesse totalisaient un déficit de « seulement » 1,9 milliard d’euros.

    #CRDS #guerre_aux_pauvres #impôts #fiscalité #coronavirus #covid #dette #argent #économie #france #capitalisme #finance #santé #corruption #crise #réformes_antisociales #emmanuel_macron #macron #darmanin #gerald_darmanin Compenser les #cadeaux_fiscaux pour quelques unes ou quelques uns.

  • Isolement, précarité, perte de repères : comment le confinement a fait basculer psychologiquement certains étudiants
    https://www.lemonde.fr/campus/article/2020/05/26/isolement-precarite-perte-de-reperes-comment-le-confinement-a-fait-basculer-

    De jeunes adultes ont été particulièrement fragilisés par la disparition de leur vie d’avant. Les professionnels redoutent une vague de maladies psychiatriques.

    Pour Edmond, 27 ans, le confinement a été « la goutte d’eau qui a fait déborder le vase ». « Sans préavis, on m’a coupé de tous mes liens sociaux. On m’a plongé dans un isolement physique mais aussi émotionnel, faisant remonter toutes mes difficultés passées », raconte cet étudiant gabonais en master d’économie à l’université de Bordeaux. « Abandonné » très tôt par ses parents à Libreville (Gabon), puis par son meilleur ami, décédé en 2013, il a vécu l’annonce du gouvernement comme un « nouvel abandon ». Du jour au lendemain, il a dû faire une croix sur sa paie de commis dans un restaurant asiatique, et s’en remettre aux banques alimentaires déployées dans sa cité universitaire.

    Attaques de panique, altération du sommeil, ruminations anxieuses, idées noires… Après une dizaine de jours d’enfermement dans sa chambre du Crous de 13 m2, Edmond craque et avale un cocktail dangereux de médicaments. « J’étais prêt à dire oui à la mort si elle venait », assume-t-il. Le 30 mars, il est admis dans l’un des services psychiatriques du centre hospitalier Charles-Perrens à Bordeaux, pour entamer ce qu’il nomme aujourd’hui son « retour d’outre-tombe ».
    Si la tentative de suicide constitue l’un des pires scénarios, les professionnels de santé mentale font valoir leur inquiétude quant à l’impact du confinement sur le bien-être de milliers d’autres étudiants. Isolement, précarité financière, perte de repères : cumulée à de multiples facteurs d’anxiété et de stress, la crise liée à l’épidémie due au coronavirus a déstabilisé une population déjà psychiquement vulnérable.

    Les étudiants davantage touchés

    Pendant le confinement, la Nightline – un service nocturne d’écoute géré par des étudiants, pour des étudiants – est arrivée à saturation des demandes de soutien par tchat. « On a retrouvé les thématiques habituelles : exacerbation du sentiment de solitude, angoisse de l’avenir, difficulté à trouver un espace intime rassurant, pensées suicidaires… Mais ces difficultés semblent clairement aggravées par la crise », constate le président de l’association, Florian Tirana.

    Plusieurs enquêtes en cours devraient permettre de mesurer l’ampleur du phénomène et d’anticiper une possible vague de maladies psychiatriques, redoutée par les professionnels. « Il va falloir être très vigilant. Selon nos premiers chiffres, la catégorie des 16-29 ans est celle pour qui le score de bien-être a le plus nettement baissé pendant le confinement, avance Nicolas Franck, professeur de psychiatrie à l’université Lyon-I et chef de pôle au centre hospitalier Le Vinatier, coauteur d’une étude en ligne sur l’impact du confinement sur la santé mentale des Français. Leur confiance en eux et leur sentiment d’utilité ont été fragilisés. »

    Plus ancrés dans la durée, les résultats préliminaires de l’enquête « Confins » sont également éloquents. « Sur la santé psychique, les étudiants ont systématiquement des scores plus inquiétants que les non-étudiants », analyse le médecin neurologue Christophe Tzourio, professeur d’épidémiologie à l’université de Bordeaux. Les premiers chiffres varient souvent du simple au double : 27 % des étudiants se déclarent tristes, déprimés ou désespérés « plus de la moitié du temps voire tous les jours », contre 16 % chez les non-étudiants ; 40 % se sentent fatigués ou sans énergie, contre 21 % chez les non-étudiants ; 30 % se voient comme des « perdants », contre 15 % chez les non-étudiants ; 27 % se déclarent « en permanence inquiets, de façon excessive », contre 16 % pour les non-étudiants…

    « Une année universitaire hors-norme »

    Reste à comprendre pourquoi les étudiants présentent une plus grande fragilité que le reste de la population. « Il faut commencer par mettre en perspective cette année universitaire hors-norme. Les grèves de l’hiver avaient déjà perturbé le premier semestre et miné certains jeunes, qui sont finalement très peu allés en cours, rappelle Christophe Ferveur, psychologue de la Fondation santé des étudiants de France et président du Réseau de soins psychiatriques et psychologiques pour les étudiants (Resppet). Mis bout à bout, les différents éléments de la chaîne peuvent faire entrer le jeune adulte dans une clinique du découragement, du laisser-tomber, voire du désespoir. »

    Puisque les trois quarts des premiers épisodes de troubles psychiatriques surgissent avant 24 ans, la période étudiante représente l’âge de tous les dangers, dans un contexte si particulier. « Le confinement aura une fonction traumatique pour l’ensemble de la population, et d’autant plus pour des jeunes encore en construction, alerte Claude Vedeilhie, psychiatre au bureau d’aide psychologique universitaire de Rennes et président de l’Association nationale de prévention en alcoologie et addictologie (Anpaa) Bretagne. Pour certains, c’est un coup d’arrêt à un processus d’autonomisation. »

    Pour Tatiana, étudiante de 22 ans, on peut même parler d’un coup de massue. « Pendant le discours du président, le 16 mars, j’entendais les gens partir à toute vitesse de ma résidence. Ils dévalaient les escaliers, se remémore-t-elle. Mes parents m’ont appelée : ma demi-sœur allait venir me chercher. J’ai eu une heure pour tout préparer, je ne pouvais pas m’arrêter de pleurer. Pleurer pour mes examens, pour mes amis. Pleurer de dépendre encore une fois de ma mère et de son compagnon : il y a toujours eu des tensions, et le seul souvenir de la maison me faisait peur. » Le choc émotionnel est tel que la jeune femme développe, quelques jours après, un douloureux zona sur l’épaule droite. « Ça faisait trois ans qu’on travaillait sur un projet : notre licence. Il a fallu mettre de côté tous nos sacrifices et tenter de réussir à distance. C’était horriblement stressant et frustrant. »
    Un « effet de régression »

    Si l’isolement reste un facteur aggravant, le retour à la vie de famille a pu réveiller des blessures cachées et réactualiser certains conflits. « Le propre de cette période étudiante, c’est de s’éloigner de sa famille pour construire sa vie. Pour une partie des patients, il a été très difficile de revivre l’emprise parentale dont ils essayaient de se départir », note Claude Vedeilhie, qui a par ailleurs remarqué une augmentation des comportements addictifs. Pour beaucoup de jeunes – en formation à la fois psychique et universitaire –, il y a eu un « effet de régression », selon les termes de Christophe Ferveur : « On leur a coupé les ailes en plein envol. »

    De retour dans sa famille, Memet a d’ailleurs craint « de ne pas pouvoir faire face ». Entré cette année en master à Sciences Po Paris après une licence à l’université de Nanterre, ce garçon de 23 ans a ce qu’il appelle lui-même « le syndrome de l’imposteur ». « Malgré la bienveillance de l’administration, je me suis toujours senti étranger à cette institution. En même temps, j’ai toujours vu l’école comme un lieu d’épanouissement et là, on me l’a enlevé, dit-il. Le décalage entre le 27, rue Saint-Guillaume et la banlieue de mes parents, dans l’Essonne, a été très dur à gérer. » D’origine kurde, ses parents ont fui la Turquie. En raison d’un contexte familial parfois éprouvant, il est contraint de retourner dans ses 20 m2 parisiens : « Je suis parti quelques jours en serrant les dents pour terminer un exposé sur la dette publique… J’ai eu très peur de craquer, de tout arrêter. Je sais aujourd’hui que ça va laisser des traces. »

    Happés par leurs cours, révisions et autres petits boulots, certains étudiants ont tendance à enfouir leurs émotions dans une forme d’hyperactivité. « C’est un suivi très particulier, admet la psychiatre Marion Lenoir-Roy, qui donne des consultations à l’espace santé étudiants de l’université de Bordeaux. Ces jeunes n’ont jamais le temps d’aller mal. Le confinement a pu être un déclencheur de troubles anxieux pour ceux qui transportaient déjà de grosses valises. »

    « Un retard potentiel de l’accès aux soins »

    Plus que jamais, psychiatres et psychologues ont dû assurer la continuité des soins tout en répondant à de nouvelles demandes. Téléconsultations, porte-à-porte dans les résidences Crous, ateliers via Skype de méditation, sophrologie ou rigologie (une sorte de yoga par le rire) : « Il a fallu faire preuve d’inventivité ! », admet Christian Régnier, directeur du service universitaire de médecine préventive de Sorbonne-Université, qui compte 75 000 étudiants.

    En temps normal, seul un quart des jeunes présentant les signes d’un épisode dépressif déclarent avoir consulté un professionnel de santé mentale dans l’année. « Une douleur morale n’est peut-être pas la même douleur qu’une rage de dents, mais plus on décale la prise en charge, plus on prend le risque que cela s’aggrave, martèle le psychologue Yannick Morvan, membre de l’Observatoire de la vie étudiante (OVE). Avec la crise sanitaire, on est face à une nouvelle inquiétude quant à un retard potentiel de l’accès aux soins et de ses conséquences éventuelles. »

    Raison de plus pour prendre les devants en termes de prévention et pour tenter de dédramatiser le recours à un professionnel. Très souvent, il y a déni, rejet, voire stigmatisation de l’entourage. « Ceux qui osent demander de l’aide forment la partie émergée de l’iceberg », souligne l’épidémiologiste Christophe Tzourio. « C’est le moment de prendre soin de soi et de développer des compétences en termes de bonne santé mentale. C’est un réflexe à prendre, pour que le mal-être ne s’enkyste pas », suggère Fanny Sauvade, psychologue et codirectrice de l’association Apsytude.

    Mais le déconfinement ne désigne pas non plus le bout du tunnel. Au contraire. La crise sanitaire renforce l’incertitude et l’inquiétude quant à l’avenir. A quoi bon ce diplôme ? A quoi bon ce futur travail ? Les contrecoups seront durables. « On dit aux jeunes que le monde va s’effondrer mais aussi que c’est à eux de bâtir le monde d’après ! Le climat actuel est très anxiogène pour cette génération, déplore Christophe Ferveur. Quand les cours et examens à distance s’arrêteront, il ne faudra surtout pas lâcher les étudiants. Comme la lumière des étoiles, l’étendue des dommages nous arrivera avec un temps de retard. » Après la continuité pédagogique du printemps, il s’agira, cet été, d’assurer une continuité psychologique.

    Pas mal de bêtises (...) mais aussi un contrepoint au constat que les psychiatrisés ont (auraient ?) dans l’ensemble mieux tenus le choc que ... les soignants en psychiatrie (et pas seulement sur le plan épidémiologique).
    Guerre, révolution, pandémie, autant de moments d’un commun qui s’impose et qui tendent à mettre la maladie mentale au second plan. Le vital, la singularité sont (pour partie) ailleurs, déplacés, remaniés. Si ce n’est, peut-être (?), pour certains entrants dans la carrière, si ton en croit cet article.
    Une particularité de la pandémie et des mesures qui l’accompagnent au prétexte de la juguler/diminuer : comment « s’en sortir sans sortir » (de chez soi, avec d’autres) quand ce qui relie est la séparation ?
    J’ai pas vu grand chose chez des praticiens, de la souffrance psychique en première personne ou/et du soin (si ce n’est des intervention salubres sur l’état de la psychiatrie confinée, à la façon, trop rare, de #Mathieu_Bellahsen).

    Par ailleurs, là encore, la #psychiatrie est nodale : c’est avec elle il me semble que la notion de santé a du s’assortir de celle de #maladie_chronique qui la contredit, et que l’on a retrouvé ensuite (?) avec de nombreuses pathologies (asthme, diabète, etc.) comme catégorie médicale.

    #étudiants

  • Comment la parole et le vent diffusent le SARS-CoV-2
    https://www.lemonde.fr/sciences/article/2020/05/26/comment-la-parole-et-le-vent-diffusent-le-sars-cov-2_6040837_1650684.html

    L’éjection de gouttelettes par la parole ou lors d’un éternuement et leur trajectoire à l’air libre ont été étudiés par deux équipes de scientifiques.

    Il apparaît de plus en plus clairement que le simple fait de parler engendre l’émission de gouttelettes susceptibles de propager le virus. Philip Anfinrud et ses collègues des Instituts nationaux de la santé (NIH, Bethesda, Maryland) ont utilisé une illumination laser pour visualiser ces gouttelettes. Ils ont constaté qu’un locuteur pouvait en émettre jusqu’à 10 000 par seconde, et qu’elles pouvaient subsister dans un lieu confiné jusqu’à quatorze minutes (PNAS du 13 mai).

    En extérieur, Talib Dbouk et Dimitris Drikakis, de l’université de Nicosie (Chypre), ont simulé la dispersion d’un nuage de particules engendré par un éternuement (Physics of Fluids du 19 mai). En l’absence de vent, ces gouttelettes se propagent à moins de 2 mètres. Mais, dès qu’une brise se lève, elles peuvent voyager à 6 mètres sans qu’une forte dilution soit intervenue. Selon eux, une distanciation physique de 2 mètres dans ces conditions est insuffisante. Conclusion : en intérieur comme dehors, le port du masque est le meilleur rempart contre le Covid-19.

    #masques #gouttelettes mais pas #aérosol