• Garantir une #liberté_académique effective

    Ce billet est consacré à la notion de liberté académique. Auparavant, nous traitons succinctement de trois sujets d’actualité.

    #Maccarthysme — Depuis le 16 février, nous vivons une de ces séquences maccarthystes qui ont fait le quotidien des Bolsonaro, Trump, Johnson et autres Orbán [1], et qui se répètent désormais dans le nôtre. L’attaque de l’exécutif contre les scientifiques a été déclenchée à l’approche des élections régionales par Mme #Vidal, possiblement tête de liste à Nice. Cet épisode politicien consternant ouvre la campagne des présidentielles pour le chef de l’État ainsi que pour les autres ministres chargés de chasser sur les terres lexicales de l’#extrême_droite. La charge consiste à désigner comme non scientifiques certains domaines de la #recherche et à les associer au #terrorisme, par un nom chimérique construit sur le modèle de l’adjectif « #judéo-bolchévique », de sinistre mémoire. La #menace est réelle. Mais elle ne vient pas des travaux insufflés par une libido politique, qui innervent aujourd’hui un grand nombre de disciplines des sciences dures et humaines, elle vient de la #stratégie_politique qui accuse la recherche et l’#Université d’être politisées tout en leur enjoignant ailleurs de légitimer les choix « sociétaux » des politiques [2] ou de répondre dans l’urgence à une crise par des appels à projet [3]. Elle s’entend dans ce lexique confusionniste et moraliste qui prétend dire ce qu’est la #science sans en passer par la #méthode_scientifique. Elle se reconnaît à la fiction du débat qui occupe l’#espace_médiatique par #tribunes de #presse et, bien pire, sur les plateaux des chaînes de #télévision singeant le modèle de Fox News et des médias ultraconservateurs états-uniens.

    La menace nous appelle donc à forger de solides réseaux de #solidarité pour les affronter et à nous réarmer intellectuellement, pour réinstituer l’Université.

    #Zéro_Covid — Nous avons à nouveau demandé au Président de la République, au Premier Ministre et au Ministre de la santé de recevoir une délégation de chercheurs pour proposer une série de mesures de sécurisation sanitaire composant une stratégie globale Zéro Covid (https://rogueesr.fr/zero-covid), conformément à la tribune (https://rogueesr.fr/zero-covid) signée, déjà, par plus de mille chercheuses et chercheurs.

    #Hcéres — Dans ce contexte, il peut être pertinent de revenir sur le fonctionnement du Hcéres, instance symptomatique s’il en est des menaces institutionnelles qui pèsent sur la liberté académique. Le collège du Hcéres réuni le 1er mars a entériné le recrutement de M. #Larrouturou comme directeur du département d’évaluation des organismes nationaux de recherche. M. Larrouturou était, avant sa démission le soir de l’adoption de la LPR, à la tête de la Direction générale de la recherche et de l’innovation (DGRI). À ce titre, il a organisé la nomination de M. #Coulhon à la présidence du collège du Hcéres. À qui en douterait encore, ce renvoi d’ascenseur confirme l’imbrication des différentes bureaucraties de la recherche et leur entre-soi conduisant au #conflit_d’intérêt permanent.

    Certains militants d’une fausse liberté académique, dans une tribune récemment publiée, ont par ailleurs présenté le département d’évaluation de la recherche comme l’instance légitime pour une mission de contrôle politique des facultés. Il est donc intéressant de relever que ce département demeurera dirigé par un conférencier occasionnel de l’#Action_Française, le mouvement de #Charles_Maurras à qui l’on doit le mythe de l’Université inféodée aux quatre États confédérés (Juifs, Protestants, Francs-Maçons, « Métèques ») [4].

    Enfin, trois membres d’instances nationales de La République en Marche apparaissent dorénavant dans l’organigramme du Hcéres, confortant les craintes de constitution d’un ministère Bis en charge de la reprise en main de la recherche.

    Garantir une liberté académique effective — Vous trouverez ici la première partie de notre synthèse : Réinstituer la liberté académique : https://rogueesr.fr/liberte-academique.

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    [1] À ce sujet, on pourra lire l’actualité récente en Angleterre, frappante de similitude :

    - Government to appoint “free-speech champion” for English universities : https://www.theguardian.com/world/2021/feb/14/government-to-appoint-free-speech-champion-for-universities-heritage-hi
    - A political scientist defends white identity policies : https://www.newyorker.com/news/q-and-a/a-political-scientist-defends-white-identity-politics-eric-kaufmann-white
    - Gavin Williamson using “misleading” research to justify campus free-speech law : https://www.theguardian.com/education/2021/feb/27/gavin-williamson-using-misleading-research-to-justify-campus-free-speec

    [2] Le CNRS célèbre ses 80 ans : http://www.cnrs.fr/fr/cnrsinfo/le-cnrs-celebre-ses-80-ans

    [3] Face aux attentats : un an de mobilisation au CNRS : https://www.cnrs.fr/fr/face-aux-attentats-un-de-mobilisation-au-cnrs

    [4] Les convictions politiques de la personne en question n’auraient pas vocation à apparaître sur la place publique s’il n’était pas précisément question de lui confier une mission de contrôle politique des universités. D’autre part, nous nous refusons à mentionner des liens vers des pages pointant vers des sites d’extrême-droite. Les lecteurs soucieux de vérification les trouveront sans peine.

    https://rogueesr.fr/2021/03/03
    #libertés_académiques

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    ajouté au fil de discussion autour des propos tenus par Vidal :
    https://seenthis.net/messages/902062

  • L’« islamogauchisme » n’est pas une réalité scientifique | CNRS
    https://www.cnrs.fr/fr/l-islamogauchisme-nest-pas-une-realite-scientifique

    « L’islamogauchisme », slogan politique utilisé dans le débat public, ne correspond à aucune réalité scientifique. Ce terme aux contours mal définis, fait l’objet de nombreuses prises de positions publiques, tribunes ou pétitions, souvent passionnées. Le CNRS condamne avec fermeté celles et ceux qui tentent d’en profiter pour remettre en cause la liberté académique, indispensable à la démarche scientifique et à l’avancée des connaissances, ou stigmatiser certaines communautés scientifiques. Le CNRS condamne, en particulier, les tentatives de délégitimation de différents champs de la recherche, comme les études postcoloniales, les études intersectionnelles ou les travaux sur le terme de « race », ou tout autre champ de la connaissance.

    Oh le beau #coup_de_pelle !

  • #Frédérique_Vidal annonce vouloir demander une #enquête au #CNRS sur l’#islamogauchisme à l’#université

    Sur le plateau de Jean-Pierre Elkabbach dimanche 14 février, la ministre de la recherche et de l’#enseignement_supérieur, Frédérique Vidal, a fustigé, dans un flou le plus total et pendant 4 minutes 30 secondes, des chercheurs et chercheuses soupçonné·e·s d’islamogauchisme et a annoncé la commande au CNRS d’une enquête « sur l’ensemble des courants de recherche sur ces sujets dans l’université de manière à ce qu’on puisse distinguer de ce qui relève de la #recherche_académique de ce qui relève justement du #militantisme et de l’#opinion. »

    L’entame du sujet annonçait déjà la couleur : « Moi, je pense que l’#islamo-gauchisme gangrène la société dans son ensemble et que l’université n’est pas imperméable et fait partie de la société » affirme Frédérique Vidal.

    Puis la ministre de la recherche continue tout de go, sans s’appuyer sur aucune étude scientifique ni même quoi que ce soit qui pourrait prouver ce qu’elle dit :

    « Ce qu’on observe à l’université, c’est que des gens peuvent utiliser leurs titres et l’aura qu’ils ont. Ils sont minoritaires et certains le font pour porter des #idées_radicales ou des #idées_militantes de l’islamogauchisme en regardant toujours tout par le prisme de leur volonté de #diviser, de #fracturer, de #désigner_l’ennemi, etc… »

    Mélange entre #biologie et #sociologie

    Pour se prévaloir implicitement de son titre d’enseignante-chercheuse, la ministre effectue un mélange erroné entre biologie et sociologie en affirmant :

    « En biologie, on sait depuis bien longtemps qu’il n’y a qu’une espèce humaine et qu’il n’y a pas de #race et vous voyez à quel point je suis tranquille sur ce sujet là. »

    Cette phrase est censée répondre à des chercheur·euse·s en #SHS qui ont fait le constat, non de l’existence de races humaines biologiques, mais de l’existence de #discriminations liées à des races perçues par la société.

    #Confusionnisme sur les #libertés_académiques

    La ministre continue ensuite un discours confusionniste en faisant croire que les chercheur·euse·s revendiquent le droit de chercher contre leurs collègues :

    « Dans les universités, il y a une réaction de tout le milieu académique qui revendique le #droit_de_chercher, d’approfondir les connaissances librement et c’est nécessaire »

    La plupart des chercheur·euse·s qui revendiquent ce droit, le font surtout en s’opposant à la droite sénatoriale qui voulait profiter de la Loi Recherche pour restreindre les libertés académiques (https://www.soundofscience.fr/2517) et à l’alliance LR/LREM lors de la commission paritaire de cette même loi qui a voulu pénaliser les mouvements étudiants (https://www.soundofscience.fr/2529), empêchée, au dernier moment, par le Conseil constitutionnel.

    La ministre Frédérique Vidal semble faire un virage à 180° par rapport à sa position définie dans sa tribune publiée en octobre dernier par l’Opinion et titrée « L’université n’est pas un lieu d’encouragement ou d’expression du #fanatisme » (https://www.lopinion.fr/edition/politique/l-universite-n-est-pas-lieu-d-encouragement-d-expression-fanatisme-227464). Cette #contradiction entre deux positions de la ministre à trois mois et demi d’intervalle explique peut-être le confusionnisme qu’elle instaure dans son discours.

    Alliance entre #Mao_Zedong et l’#Ayatollah_Khomeini

    Mais ce n’est pas fini. #Jean-Pierre_Elkabbach, avec l’aplomb que chacun lui connaît depuis des décennies, affirme tranquillement, toujours sans aucune démarche scientifique :

    « Il y a une sorte d’alliance, si je puis dire, entre #Mao Zedong et l’Ayatollah #Khomeini »

    Loin d’être choquée par une telle comparaison, Frédérique Vidal acquiesce avec un sourire :

    « Mais vous avez raison. Mais c’est bien pour ça qu’à chaque fois qu’un incident se produit, il est sanctionné, à chaque fois que quelque chose est empêché, c’est reprogrammé mais je crois que l’immense majorité des universitaires sont conscients de cela et luttent contre cela. »

    C’est dans ce contexte là, que la ministre déclare :

    « On ne peut pas interdire toute approche critique à l’université. Moi c’est ça que je vais évidemment défendre et c’est pour ça que je vais demander notamment au CNRS de faire une enquête sur l’ensemble des #courants_de_recherche sur ces sujets dans l’université de manière à ce qu’on puisse distinguer de ce qui relève de la #recherche_académique de ce qui relève justement du militantisme et de l’opinion. »

    La suite du passage n’est qu’accusations d’utilisations de titres universitaires non adéquates, ce que la ministre ne s’est pourtant pas privée de faire quelques minutes plus tôt et accusations de tentatives de #censure.

    La ministre finit sa diatribe en appelant à défendre un « #principe_de_la_République » jamais clairement défini et proclame un curieux triptyque « #Danger, #vigilance et #action » qui ne ressemble pas vraiment au Républicain « Liberté, égalité, fraternité ».

    https://www.soundofscience.fr/2648
    #Vidal #ESR #facs #France #séparatisme

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    Métaliste sur ce fameux « séparatisme » :
    https://seenthis.net/messages/884291

    • Comme le faisait justement remarquer un syndicaliste (entendu à la radio) le terme « islamo-gauchisme » est construit sur le même modèle que le « judéo-bolchévisme » de l’entre deux guerre.
      Avec le résultat qu’on connait...

    • Je n’ai plus de ministre
      https://academia.hypotheses.org/31026

      Après le président de la République, après plusieurs autres ministres, c’est notre ministre de tutelle, Frédérique Vidal, qui a repris à son compte la rhétorique de l’« islamo gauchisme » en déclarant notamment « Moi, je pense que l’islamo-gauchisme gangrène la société dans son ensemble et que l’université n’est pas imperméable et fait partie de la société » et en annonçant commissionner une enquête du CNRS sur les pratiques universitaires.

      Ces déclarations sont extrêmement graves et forment une attaque frontale non seulement contre les libertés universitaires qui garantissent l’indépendance de la recherche au pouvoir politique, mais aussi contre toutes celles et ceux qui à l’université et ailleurs mettent leur énergie à rendre la société meilleure : plus juste, plus inclusive, moins discriminante, où tous et toutes ses membres ont place égale. L’« islamo gauchisme » est un mot dont le flou est une fonction. Côté pile, face une demande de définition (dont on notera l’absence chez madame la ministre) on trouvera un contour restreint, qui se veut repoussoir, et dont on aura bien du mal à trouver des signes tangible. Mais côté face, en utilisant le mot on convoque sans avoir besoin de l’expliciter un grand nombre d’idées et d’actions qui se retrouvent stigmatisées. Là où des chercheurs et chercheuses révèlent des discriminations et leur mécanisme de racialisation, c’est-à-dire d’assignation d’autrui à une race qui n’existe que dans l’esprit de ceux qui discriminent ; là où des militantes et militants dénoncent ces discriminations, les documentent, les exposent ; on les désigne comme nouveaux racistes ou « obsédés de la race ».

      Ainsi le gouvernement espère-t-il sans doute protéger son action des critiques virulentes qu’elle appelle. Déclare-t-on ne pas voir le problème si des femmes choisissent de s’habiller d’une façon ou d’une autre pour suivre leurs cours à l’université, y compris la tête couverte d’un foulard ? Islamo gauchisme. Déclare-t-on qu’il faut se préoccuper d’une très faible représentation des femmes et des personnes racisées aux postes titulaires de recherche et d’enseignement, alors que le jury d’admission du CNRS déclasse l’une de ces personnes trois fois en désavouant le jury d’admissibilité ? Islamo gauchisme. Dénonce-t-on la destruction illégale des tentes de migrants par les forces de l’ordre ? Islamo gauchisme.

      Madame la ministre, j’avais beaucoup à critiquer dans vos actions, vos inaction, vos discours et vos non-dits. Vous avez choisi d’achever de démontrer publiquement que vous n’êtes pas là pour servir les universités, leurs étudiantes et étudiants, leur personnel, mais pour servir votre carrière, quitte à l’adosser à un projet politique mortifère. Je ne vous reconnais aujourd’hui plus comme ma ministre, Madame Vidal. Je ne me sens plus lié par vos écrits. Vous avez rompu le lien de confiance qui doit lier une ministre aux agents et usagers de son ministère. Seule votre démission pourrait encore redonner son sens à la fonction que vous occupez sur le papier.

    • « Danger, vigilance et action ». La Ministre demande à l’Alliance Athena d’actionner le tamis

      Grâce à Martin Clavey, The Sound of Science, nous disposons du verbatim de l’ « interview » de Frédérique Vidal par Jean-Pierre Elkabach le 14 février 2021 sur CNews.

      Frédérique Vidal annonce qu’elle va demander « notamment au CNRS » de faire une enquête sur « l’ensemble des courants de recherche sur ces sujets à l’université, de manière à ce qu’on puisse distinguer ce qui relève de la recherche académique et ce qui relève du militantisme et de l’opinion ».Elle précise aujourd’hui à AEF qu’elle en fait la demande officielle à l’Alliance Athena.Dirigée actuellement par Jean-François Balaudé, président de la commission des moyens de la CPU et président du Campus Condorcet ainsi que par Antoine Petit, président-directeur général du CNRS, et vice-président de l’Alliance depuis le 1er novembre 2016, ce consortium va être chargé de distinguer parmi les « opinions ».

      Dans son interview, Frédérique Vidal annonce son intention de demander une enquête sur « l’ensemble des courants de recherche sur ces sujets à l’université, de manière à ce qu’on puisse distinguer ce qui relève de la recherche académique et ce qui relève du militantisme et de l’opinion ».

      « Ce qu’on peut observer, c’est qu’il y a des gens qui peuvent utiliser leurs titres et l’aura qu’ils ont. Ils sont minoritaires et certains le font pour porter des idées radicales ou militantes. En regardant toujours tout par le prisme de leur volonté de diviser, de fracturer, de désigner l’ennemi ».

      « Quand on s’en sert pour exprimer des opinions ou faire valoir des opinions, en niant le travail de recherche, c’est là qu’il faut le condamner.

      « Il faut être extrêmement ferme, il faut systématiquement parler et que l’université se réveille »

      « Disons-le, quand les gens ne font pas de sciences mais du scientisme », poursuit la Ministre qui a couvert au moins une grave affaire de fraude scientifique.


      *

      Alors que certains entendent distinguer les « sciences critiques » et les « sciences militantes » et que la Ministre commande à des anciens universitaires de trier entre le bon grain et l’ivraie, Academia invite donc ses lecteurs et ses lectrices à relire Max Weber1 dans la traduction précise d’Isabelle Kalinowki :

      De nos jours, il est fréquent que l’on parle d’une « sciences sans présupposés, écrit Max Weber. Une telle science existe-t-elle ? Tout dépend ce que l’on entend par là. Tout travail scientifique présuppose la validité des règles de la logique et de la méthode, ces fondements universels de notre orientation dans le monde. Ces présupposés-là sont les moins problématiques du moins pour la question particulière qui nous occupe. Mais on présuppose aussi que le résultat du travail scientifique est important au sens où il mérite d’être connu. Et c’est de là que découlent, à l’évidence, tous nos problèmes. Car ce présupposé, à son tour, ne peut être démontré par les moyens de la science. On ne peut qu’en interpréter le sens ultime, et il faut le refuser ou l’accepter selon les positions ultimes que l’on adopte à l’égard de la vie
      — Weber, 1917 [2005], p. 36

      Academia, pour sa part, a choisi contre une nouvelle forme de police politique, la protection des libertés académiques.

      https://academia.hypotheses.org/30958

    • #Diffamation à l’encontre d’une profession toute entière ? La Ministre doit partir. Communiqué de la LDH EHESS

      Malgré leur habitude des faux-semblants et du peu d’attention portée à leur profession, les enseignants-chercheurs et enseignantes-chercheures sont confronté.es aujourd’hui à une campagne de #dénigrement sans précédent, désignant en particulier par le terme aussi infâmant qu’imprécis « d’islamo-gauchisme » des établissements ou des disciplines dans leur entier.

      Il serait attendu d’une ministre qu’elle prenne quelque hauteur dans ce débat de plus en plus nauséabond, et qu’elle refuse de reprendre à son compte des notions aussi peu scientifiquement fondées. On attendrait que la responsable de l’enseignement supérieur et de la recherche, elle-même issue de ce milieu, relève avec gratitude la façon dont les enseignant.es universitaires ont en première ligne fait face à la détresse étudiante en cette période de pandémie ; ils n’ont pas démérité en tant que pédagogues, allant même au-delà dans leur rôle d’accompagnement d’étudiant.es par ailleurs largement oubliés.

      Mais, plutôt que de s’intéresser à la crise qui les touche, Mme Frédérique Vidal, sur les ondes d’une chaîne télévisuelle dont un des animateurs a été condamné pour injure et provocation à la haine, répond par l’affirmative lorsque M. Elkabbach décrit les universités françaises, dont elle a la charge, comme étant régies par une sorte d’alliance entre Mao Tsé-Toung et l’ayatollah Khomeini.

      Et elle enchaîne le lendemain en demandant à l’Alliance Athena (qui n’est pas une inspection mais une institution qui coordonne les sciences sociales) « d’enquêter » sur l’islamo-gauchisme et ses « courants » dans le milieu académique.

      Une accusation typique de l’extrême-droite est ainsi reprise une nouvelle fois par une ministre de la République, rassemblant dans une formule ignominieuse un groupe fantasmatique et fantasmé de pseudo-adversaires qui ne sont, en réalité jamais nommés, ou au prix d’approximations grossières amalgamant des concepts mal compris et de noms de collègues ne partageant parfois que peu de choses (si ce n’est les menaces parfois graves que ces accusations font tout à coup tomber sur eux).

      Bref, à ces accusations mensongères faisant courir des risques parfois graves à des fonctionnaires, leur ministre ne trouve à répondre que par de vagues admonestations décousues (selon lesquelles, par exemple, en tant que biologiste elle peut dire que « la race » n’existe pas), et par la réitération des accusations portées à leur encontre. Plus encore, elle en appelle à une sorte de police par et dans les institutions d’enseignement et de recherche, rejoignant de la sorte les interdictions de certaines thématiques (les études sur le genre) dans les universités hongroises, brésiliennes ou roumaines

      Elle se fait ainsi complice de faits de diffamation collective à l’encontre d’une profession toute entière, mais aussi d’une dévalorisation accrue des universités. Elle parvient ainsi, au-delà de ces dégâts dans l’opinion qui ne peuvent qu’accroître le désespoir des étudiantes et des étudiants dont les formations sont ainsi décrites, à confirmer sa décrédibilisation personnelle aux yeux des personnels de l’ESR.

      Un appel à la démission de Frédérique Vidal avait été porté en novembre 2020 par la CP-CNU, représentant l’ensemble des disciplines, après le vote de la loi LPR.

      Plus que jamais, au regard de ces nouvelles dérives dans un contexte de difficultés sans précédent pour l’université et la recherche, sa démission s’impose, tout comme l’abandon de cette prétendue « enquête » non seulement nauséabonde mais déshonorante au regard des difficultés sans précédent dans lesquelles se débat l’ESR. Oui, danger, vigilance et action mais à l’encontre de la Ministre.

      Qu’aucun.e collègue, quel que soit son statut, ne prête main forte à cette campagne de dénonciation.

      https://academia.hypotheses.org/31060

    • Vidal au stade critique. Communiqué de Sauvons l’université !, 17 février 2021

      Sauvons l’université ! avait été la première à monter au créneau lorsque Jean-Michel Blanquer, dans les pas d’Emmanuel Macron et de Marion Maréchal-Le Pen, avait tenu des propos diffamatoires devant les sénateurs et sénatrices. Academia reproduit le communiqué que l’association fait paraître ce jour sur leur site.

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      Ainsi, depuis des mois, par petites touches, se met en place un discours officiel anti-universitaire, sans que jamais la ministre de l’Enseignement supérieur qui devrait être le premier rempart des universitaires contre ces attaques n’ait eu un mot pour les défendre » disions-nous dans notre communiqué du 24 octobre pour dénoncer les propos de Jean-Michel Blanquer devant les sénateurs dans lesquels il dénonçait « des courants islamo-gauchistes très puissants dans les secteurs de l’enseignement supérieur qui commettent des dégâts sur les esprits ».

      Dans une tribune à L’Opinion deux jours plus tard la ministre de l’ESR semblait y répondre du bout des lèvres : « L’université n’est pas un lieu d’encouragement ou d’expression du fanatisme ». Bien.

      Mais depuis, la petite musique est devenue fanfare assourdissante : ainsi, deux députés LR, Julien Aubert et Damien Abad demandaient en novembre une mission d’information de l’Assemblée Nationale sur « les dérives idéologiques dans les établissements d’enseignement supérieur » ; ce même Julien Aubert publiait le 26 novembre 2020 les noms et les comptes Twitter de sept enseignants-chercheurs, nommément ciblés et livrés à la vindicte publique ; cette dénonciation calomnieuse s’ajoutait aux propos tenus par la rédaction du journal Valeurs Actuelles à l’encontre du Président nouvellement élu de l’université Sorbonne Paris Nord ; le ministre de l’intérieur Gérald Darmanin (le 1er février 2021 sur France-Inter) parlait d’idéologie racialiste ; la députée LR Annie Genevard dans le débat sur l’interdiction du voile à l’université dans le cadre de la loi sur le séparatisme (le 3 février 2021) synthétisait tout cela en affirmant que « L’université est traversée par des mouvements puissants et destructeurs […] le décolonialisme, le racialisme, l’indigénisme et l’intersectionnalité ».

      Et le 14 février, la ministre Frédérique Vidal, muette sur l’abandon de l’université et de ses étudiants depuis le début de la pandémie, sonne l’hallali sur une chaîne ouvertement d’extrême droite :

      « Ce qu’on observe à l’université, c’est que des gens peuvent utiliser leurs titres et l’aura qu’ils ont. Ils sont minoritaires et certains le font pour porter des idées radicales ou des idées militantes de l’islamo-gauchisme en regardant toujours tout par le prisme de leur volonté de diviser, de fracturer, de désigner l’ennemi, etc… »

      Et de répondre dans un rire à une question toute en nuance de l’interviewer

      « Il y a une sorte d’alliance, si je puis dire, entre Mao Zedong et l’Ayatollah Khomeini ? » : « Mais vous avez raison ! »

      Tant de bêtise pourrait prêter à rire.

      Mais au milieu d’inepties qui ne témoignent que de sa confusion, Frédérique Vidal conclut, sans crainte de se contredire dans une même phrase :

      « On ne peut pas interdire toute approche critique à l’université. Moi c’est ça que je vais évidemment défendre et c’est pour ça que je vais demander notamment au CNRS de faire une enquête sur l’ensemble des courants de recherche sur ces sujets dans l’université de manière à ce qu’on puisse distinguer de ce qui relève de la recherche académique de ce qui relève justement du militantisme et de l’opinion ».

      Voilà le CNRS transformé en IGPN (Inspection Générale de la Pensée Nationaliste).

      La chasse aux sorcières est donc lancée, cette fois en haut lieu. Elle ne peut qu’encourager le harcèlement, déjà intense sur internet, et assorti à l’occasion de menaces de mort, envers des collègues accusés d’être des « islamogauchistes ». Elle s’inscrit dans une course à l’extrême-droite qui n’est pas isolée dans le gouvernement : il s’agit bien d’un choix politique concerté (voire d’une intervention sur commande ?).

      Retenons, cependant, une phrase de la ministre :

      « Il faut que le monde académique se réveille ».

      Oui, il est grand temps de nous réveiller. Toutes les instances, tous les échelons que comptent l’enseignement supérieur et la recherche doivent désormais ouvertement se prononcer et clamer haut et fort : nous ne pouvons plus reconnaître Frédérique Vidal comme notre ministre, nous refuserons de mettre en place des directives contraires aux principes fondamentaux de l’université.

      https://academia.hypotheses.org/31070

    • L’ « islamogauchisme » n’est pas une réalité scientifique. Communiqué du CNRS, 17 février 2021

      « L’islamogauchisme », slogan politique utilisé dans le débat public, ne correspond à aucune réalité scientifique. Ce terme aux contours mal définis, fait l’objet de nombreuses prises de positions publiques, tribunes ou pétitions, souvent passionnées. Le CNRS condamne avec fermeté celles et ceux qui tentent d’en profiter pour remettre en cause la liberté académique, indispensable à la démarche scientifique et à l’avancée des connaissances, ou stigmatiser certaines communautés scientifiques. Le CNRS condamne, en particulier, les tentatives de délégitimation de différents champs de la recherche, comme les études postcoloniales, les études intersectionnelles ou les travaux sur le terme de « race », ou tout autre champ de la connaissance.

      Concernant les questions sociales, le rôle du CNRS, et plus généralement de la recherche publique, est d’apporter un éclairage scientifique, une expertise collective, s’appuyant sur les résultats de recherches fondamentales, pour permettre à chacun et chacune de se faire une opinion ou de prendre une décision. Cet éclairage doit faire état d’éventuelles controverses scientifiques car elles sont utiles et permettent de progresser, lorsqu’elles sont conduites dans un esprit ouvert et respectueux.

      La polémique actuelle autour de l’ « islamogauchisme », et l’exploitation politique qui en est faite, est emblématique d’une regrettable instrumentalisation de la science. Elle n’est ni la première ni la dernière, elle concerne bien des secteurs au-delà des sciences humaines et des sciences sociales. Or, il y a des voies pour avancer autrement, au fil de l’approfondissement des recherches, de l’explicitation des méthodologies et de la mise à disposition des résultats de recherche. C’est là aussi la mission du CNRS.

      C’est dans cet esprit que le CNRS pourra participer à la production de l’étude souhaitée par la Ministre de l’enseignement supérieur, de la recherche et de l’innovation visant à apporter un éclairage scientifique sur les champs de recherche concernés. Ce travail s’inscrirait dans la continuité de travaux d’expertise déjà menés sur le modèle du rapport « Recherches sur les radicalisations, les formes de violence qui en résultent et la manière dont les sociétés les préviennent et s’en protègent » réalisé en 2016 par l’alliance Athena, qui regroupe l’ensemble des forces académiques en sciences humaines et sociales dans les universités, les écoles et les organismes de recherche, ou du rapport « Les sciences humaines et sociales face à la première vague de la pandémie de Covid-19 – Enjeux et formes de la recherche », réalisé par le CNRS en 2020.

      https://academia.hypotheses.org/31086

    • Non à la #chasse_aux_sorcières ! Communiqué de la #CP-CNU, 17 février 2021

      La CP-CNU demandait la #démission de Vidal dès le 6 novembre 2020 en ces termes

      « Madame Frédérique Vidal ne dispose plus de la #légitimité nécessaire pour parler au nom de la communauté universitaire et pour agir en faveur de l’Université.

      C’est pourquoi, Monsieur le Président de la République, nous vous posons la question de la pertinence du maintien en fonctions de Madame la Ministre dans la mesure où toute communication semble rompue entre elle et la communauté des enseignants-chercheurs. Nous vous prions d’agréer, Monsieur le Président de la République, l’expression de notre respectueuse considération. »

      Les choses étant dites, elles n’ont pas été répété dans le communiqué de 17 février 2021

      https://academia.hypotheses.org/31089

    • Sortir toute armée de la cuisse de Jupiter. Communiqué de l’#Alliance_Athéna, 18 février 2021

      L’alliance thématique nationale des sciences humaines et sociales (#Athéna) est un lieu de concertation et de coopération stratégique entre les universités et les organismes de recherche. Elle a pour mission d’organiser le dialogue entre les acteurs majeurs de la recherche en sciences humaines et sociales, sur des questions stratégiques pour leur développement et leurs relations avec les autres grands domaines scientifiques. L’alliance porte les positions partagées qui émergent de ce dialogue auprès des instances de décision et de financement de la recherche, de niveau national et européen notamment. L’alliance Athéna consacre ainsi exclusivement ses réflexions aux questions de recherche avec pour objectif constant de servir le débat scientifique, de préserver les espaces de controverses et de favoriser la diversité des questions et des méthodes. A cet égard, il n’est pas du ressort de l’alliance Athéna de conduire des études qui ne reposeraient pas sur le respect des règles fondatrices de la pratique scientifique, qui conduiraient à remettre en question la pertinence ou la légitimité de certains champs de recherche, ou à mettre en doute l’intégrité scientifique de certains collègues.

      https://academia.hypotheses.org/31107

    • Heating Up Culture Wars, France to Scour Universities for Ideas That ‘Corrupt Society’

      The government announced an investigation into social science research, broadening attacks on what it sees as destabilizing American influences.

      Stepping up its attacks on social science theories that it says threaten France, the French government announced this week that it would launch an investigation into academic research that it says feeds “Islamo-leftist’’ tendencies that “corrupt society.’’

      News of the investigation immediately caused a fierce backlash among university presidents and scholars, deepening fears of a crackdown on academic freedom — especially on studies of race, gender, post-colonial studies and other fields that the French government says have been imported from American universities and contribute to undermining French society.

      While President Emmanuel Macron and some of his top ministers have spoken out forcefully against what they see as a destabilizing influence from American campuses in recent months, the announcement marked the first time that the government has moved to take action.

      It came as France’s lower house of Parliament passed a draft law against Islamism, an ideology it views as encouraging terrorist attacks, and as Mr. Macron tilts further to the right, anticipating nationalist challenges ahead of elections next year.

      Frédérique Vidal, the minister of higher education, said in Parliament on Tuesday that the state-run National Center for Scientific Research would oversee an investigation into the “totality of research underway in our country,’’ singling out post-colonialism.

      In an earlier television interview, Ms. Vidal said the investigation would focus on “Islamo-leftism’’ — a controversial term embraced by some of Mr. Macron’s leading ministers to accuse left-leaning intellectuals of justifying Islamism and even terrorism.

      “Islamo-leftism corrupts all of society and universities are not impervious,’’ Ms. Vidal said, adding that some scholars were advancing “radical” and “activist” ideas. Referring also to scholars of race and gender, Ms. Vidal accused them of “always looking at everything through the prism of their will to divide, to fracture, to pinpoint the enemy.’’

      France has since early last century defined itself as a secular state devoted to the ideal that all of its citizens are the same under the law, to the extent that the government keeps no statistics on ethnicity and religion.

      A newly diversifying society, and the lasting marginalization of immigrants mostly from its former colonies, has tested those precepts. Calls for greater awareness of discrimination have met opposition from a political establishment that often views them as an invitation to American multiculturalism and as a threat to France’s identity and social cohesion.

      In unusually blunt language, the academic world rejected the government’s accusations. The Conference of University Presidents on Tuesday dismissed “Islamo-leftism’’ as a “pseudo notion” popularized by the far right, chiding the government’s discourse as “talking rubbish.’’

      The National Center for Scientific Research, the state organization that the minister ordered to oversee the investigation, suggested on Wednesday that it would comply, but it said it “firmly condemned” attacks on academic freedom.

      The organization said it “especially condemned attempts to delegitimize different fields of research, like post-colonial studies, intersectional studies and research on race.’’

      Opposition by academics hardened on Thursday, when the association that would actually carry out the investigation, Athéna, put out a sharply worded statement saying that it was not its responsibility to conduct the inquiry.

      The seemingly esoteric fight over social science theories — which has made the front page of at least three of France’s major newspapers in recent days — points to a larger culture war in France that has been punctuated in the past year by mass protests over racism and police violence, competing visions of feminism, and explosive debates over Islam and Islamism.

      It also follows years of attacks, large and small, by Islamist terrorists, that have killed more than 250 French, including in recent months three people at a basilica in Nice and a teacher who was beheaded.

      While the culture war is being played out in the media and in politics, it has its roots in France’s universities. In recent years, a new, more diverse generation of social science scholars has embraced studies of race, gender and post-colonialism as tools to understand a nation that has often been averse to reflect on its history or on subjects like race and racism.

      They have clashed with an older generation of intellectuals who regard these social science theories as American imports — though many of the thinkers behind race, gender and post-colonialism are French or of other nationalities.

      Mr. Macron, who had shown little interest in the issues in the past, has won over many conservatives in recent months by coming down hard against what he has called “certain social science theories entirely imported from the United States.’’

      In a major speech on Islamism last fall, Mr. Macron talked of children or grandchildren of Arab and African immigrants “revisiting their identity through a post-colonial or anticolonial discourse’’ — falling into a trap set by people who use this discourse as a form of “self-hatred’’ nurtured against France.

      In recent months, Mr. Macron has moved further to the right as part of a strategy to draw support from his likely main challenger in next year’s presidential election, Marine Le Pen, the far-right leader. Polls show that Mr. Macron’s edge has shrunk over Ms. Le Pen, who was his main rival in the last election.

      Chloé Morin, a public opinion expert at the Fondation Jean-Jaurès, a Paris-based research group, said that Mr. Macron’s political base has completely shifted to the right and that his minister’s use of the expression Islamo-leftism “speaks to the right-wing electorate.”

      “It has perhaps become one of the most effective terms for discrediting an opponent,” Ms. Morin said.

      Last fall, Mr. Macron’s ministers adopted a favorite expression of the far right, “ensauvagement,’’ or “turning savage,’’ to decry supposedly out-of-control crime — even though the government’s own statistics showed that crime was actually flat or declining.

      Marwan Mohammed, a French sociologist and expert on Islamophobia, said that politicians have often used dog-whistle words, like “ensauvagement’’ or “Islamo-leftism,’’ to divide the electorate.

      “I think the government will be offering us these kinds of topics with a regular rhythm until next year’s presidential elections,’’ Mr. Mohammed said, adding that these heated cultural debates distracted attention from the government’s mishandling of the coronavirus epidemic, the economic crisis and even the epidemic-fueled crisis at the nation’s universities.

      The expression “Islamo-leftism” was first coined in the early 2000s by the French historian Pierre-André Taguieff to describe what he saw as a political alliance between far-left militants and Islamist radicals against the United States and Israel.

      More recently, it has been used by conservative and far-right figures — and now by some of Mr. Macron’s ministers — against those they accuse of being soft on Islamism and focusing instead on Islamophobia.

      Experts on Islamophobia examine how hostility toward Islam, rooted in France’s colonial experience, continues to shape the lives of French Muslims. Critics say their focus is a product of American-style, victim-based identity politics.

      Mr. Taguieff, a leading critic of American universities, said in a recent email that Islamophobia, along with the “totally artificial importation’’ in France of the “American-style Black question” sought to create the false narrative of “systemic racism’’ in France.

      Sarah Mazouz, a sociologist at the National Center for Scientific Research, said that the government’s attacks on these social theories “highlight the difficulty of the French state to think of itself as a state within a multicultural society.”

      She said the use of the expression “Islamo-leftism” was aimed at “delegitimizing” these new studies on race, gender and other subjects, “so that the debate does not take place.”

      https://www.nytimes.com/2021/02/18/world/europe/france-universities-culture-wars.html

    • L’ « islamogauchisme » — et le HCERES — au tapis. #Jean_Chambaz et #Pap_Ndiaye — et Thierry Coulhon — sur Radio France

      L’islamogauchisme, concept de Pierre-André Taguieff au début des années 2000 pour signaler des formes de dérives d’une extrême-gauche pro-palistinien tendant à des discours antisémites, se trouve désormais récupéré par l’extrême-droite à des fins d’anathème.Deux interventions matinales très claires de Jean Chamblaz, président de Sorbonne Université, et de Pap Ndiaye, professeur à Sciences po.

      A retrouver sur academia :

      https://academia.hypotheses.org/31126

    • #Pétition : #Vidal_démission !

      Le mardi 16 février, à l’Assemblée nationale, la ministre de l’enseignement supérieur, de la recherche et de l’innovation, Frédérique Vidal confirmait ce qu’elle avait annoncé deux jours plus tôt sur la chaîne Cnews : le lancement d’une « enquête » sur l’ « islamogauchisme » et le postcolonialisme à l’université, enquête qu’elle déclarait vouloir confier au CNRS à travers l’Alliance Athéna. Les raisons invoquées : protéger « des » universitaires se disant « empêchés par d’autres de mener leurs recherches », séparer « ce qui relève de la recherche académique de ce qui relève du militantisme et de l’opinion » ainsi que … « l’apparition au Capitole d’un drapeau confédéré ».

      Si le propos manque de cohérence, l’intention est dévastatrice : il s’agit de diffamer une profession et, au-delà, toute une communauté, à laquelle, en tant qu’universitaire, Frédérique Vidal appartient pourtant et qu’il lui appartient, en tant que ministre, de protéger. L’attaque ne se limite d’ailleurs pas à disqualifier puisqu’elle fait planer la menace d’une répression intellectuelle, et, comme dans la Hongrie d’Orban, le Brésil de Bolsonaro ou la Pologne de Duda, les études postcoloniales et décoloniales, les travaux portant sur les discriminations raciales, les études de genre et l’intersectionnalité sont précisément ciblés.

      Chercheur·es au CNRS, enseignant·es chercheur·es titulaires ou précaires, personnels d’appui et de soutien à la recherche (ITA, BIATSS), docteur·es et doctorant·es des universités, nous ne pouvons que déplorer l’indigence de Frédérique Vidal, ânonnant le répertoire de l’extrêmedroite sur un « islamo-gauchisme » imaginaire, déjà invoqué en octobre 2020 par le ministre de l’Éducation nationale, Jean-Michel Blanquer. Mais, plus encore, nous nous insurgeons contre l’indignité de ce qu’il faut bien qualifier de chasse aux sorcières. La violence du projet redouble la lâcheté d’une ministre restée silencieuse sur la détresse des étudiant·es pendant la pandémie comme elle avait été sourde à nos interpellations sur une LPR massivement rejetée par tout·es celles et ceux qui font la recherche, y contribuent à un titre ou un autre.

      La crise économique et sociale la plus grave depuis 1945 assombrit l’avenir des jeunes adultes, l’anxiété face à la pandémie fissure la solidarité entre les générations, la pauvreté étudiante éclate aux yeux de tous·tes comme une question sociale majeure, les universités – lieux de vie et de savoirs – sont fermées. Mais pour Frédérique Vidal, le problème urgent de l’enseignement supérieur et de la recherche, celui qui nécessite de diligenter une « enquête » et d’inquiéter les chercheur·es, c’est la « gangrène » de l’ « islamo-gauchisme » et du postcolonialisme.

      Amalgamant un slogan politique douteux et un champ de recherche internationalement reconnu, elle regrette l’impossibilité de « débats contradictoires ». Pourtant, et nous espérons que la ministre le sait, nos universités et nos laboratoires déploient de multiples instances collectives de production et de validation de la connaissance : c’est bien dans l’espace international du débat entre pair·es que la science s’élabore, dans les revues scientifiques, dans les colloques et les séminaires ouverts à tous·tes. Et ce sont les échos de ces débats publics qui résonnent dans nos amphithéâtres, comme dans les laboratoires.

      Contrairement à ce qu’affirme Frédérique Vidal, les universitaires, les chercheur·es et les personnels d’appui et de soutien à la recherche n’empêchent pas leurs pair.es de faire leurs recherches. Ce qui entrave notre travail, c’est l’insincérité de la LPR, c’est le sous-financement chronique de nos universités, le manque de recrutements pérennes, la pauvreté endémique de nos laboratoires, le mépris des gouvernements successifs pour nos activités
      d’enseignement, de recherche et d’appui et de soutien à la recherche, leur déconsidération pour des étudiant·es ; c’est l’irresponsabilité de notre ministre. Les conséquences de cet abandon devraient lui faire honte : signe parmi d’autres, mais particulièrement blessant, en janvier dernier, l’Institut Pasteur a dû abandonner son principal projet de vaccin.

      Notre ministre se saisit du thème complotiste « islamo-gauchisme » et nous désigne coupables de pourrir l’université. Elle veut diligenter une enquête, menace de nous diviser et de nous punir, veut faire régner le soupçon et la peur, et bafouer nos libertés académiques. Nous estimons une telle ministre indigne de nous représenter et nous demandons, avec force, sa démission.

      Vous pouvez signer la pétition ici : https://www.wesign.it/fr/justice/nous-universitaires-et-chercheurs-demandons-avec-force-la-demission-de-freder

      https://academia.hypotheses.org/31187

    • Islamo-gauchisme à l’université ? La proposition de Vidal fait bondir ces universitaires

      Sur CNews, la ministre a annoncé vouloir "demander notamment au CNRS" une enquête "sur l’ensemble des courants de recherche sur ces sujets dans l’université."

      “L’islamo-gauchisme gangrène les universités”. C’est ce titre du Figaro que le journaliste Jean-Pierre Elkabbach a présenté à Frédérique Vidal, invitée sur son plateau sur CNews dimanche 14 février, l’invitant à le commenter avec lui. La réponse de la ministre de l’enseignement supérieur et de la recherche a provoqué la colère d’une partie des enseignants-chercheurs.

      “Je pense que l’islamo-gauchisme gangrène la société dans son ensemble, et que l’université n’est pas imperméable, l’université fait partie de la société”, a-t-elle affirmé.

      Et d’ajouter : “Ce que l’on observe, à l’université, c’est que des gens peuvent utiliser leurs titres et l’aura qu’ils ont. Ils sont minoritaires et certains le font pour porter des idées radicales ou des idées militantes de l’islamo-gauchisme en regardant toujours tout par le prisme de leur volonté de diviser, de fracturer, de désigner l’ennemi, etc…”
      “Une sorte d’alliance entre Mao Zedong et l’Ayatollah Khomeini”

      Des idées que semble alors partager Jean-Pierre Elkabbach, qui décrit les universitaires en question comme “une sorte d’alliance, si je puis dire, entre Mao Zedong et l’Ayatollah Khomeini.”

      “Mais vous avez raison, renchérit la ministre. Mais c’est bien pour ça qu’à chaque fois qu’un incident se produit, il est sanctionné, à chaque fois que quelque chose est empêché, c’est reprogrammé, mais je crois que l’immense majorité des universitaires sont conscients de cela et luttent contre cela.”

      À la suite de quoi, la ministre a annoncé sur le plateau de CNews qu’elle allait confier une enquête au CNRS “sur l’ensemble des courants de recherche sur ces sujets dans l’université.”

      Pour Christelle Rabier, maîtresse de conférence à l’EHESS, ce n’est pas un hasard si la ministre tient ces propos maintenant. “La semaine dernière, elle a été mise en cause au Sénat pour répondre face à la détresse étudiante, remarque-t-elle. Il y a 20% des étudiants qui ont recours à l’aide alimentaire, sans parler des suicides et de la détresse psychologique. Elle en est directement responsable.”
      Attaques contre les universitaires

      Les propos de la ministre ont provoqué la colère d’une partie des enseignants-chercheurs, même s’ils ne surprennent pas. “Nous sommes vraiment scandalisés, s’indigne une chercheuse du CNRS, qui préfère rester anonyme. La ministre s’en prend - une fois de plus - à la liberté académique en confondant approches scientifiques critiques et militantisme.”

      Après la Loi de programmation sur la recherche, très mal reçue, c’est pour eux une nouvelle attaque contre les universitaires, dans un contexte aggravé par la crise sanitaire. Le 6 novembre, la Commission permanente du Conseil national des universités (CP-CNU) avait demandé la démission de Frédérique Vidal.

      “On observe plusieurs formes d’attaques contre les universitaires, soutient Christelle Rabier. Les non-renouvellements et les suppressions de postes, des attaques systématiques de collègues sur leurs travaux, en particulier si ce sont des femmes et qu’elles traitent de questions qui pourraient remettre en cause l’ordre dominant.”
      L’utilisation du terme “islamo-gauchisme”

      Pour les enseignants-chercheurs, l’utilisation du terme “islamo-gauchisme” n’est pas anodin. “C’est un mot un peu aimant, qui rassemble toutes les détestations et qui ne veut absolument rien dire, estime Christelle Rabier. Et que cela vienne d’une ministre, qui n’a déjà plus de légitimité depuis plusieurs mois, c’est intolérable.”

      Pour François Burgat, directeur de recherches au CNRS, cette “appellation stigmatisante” a pour objectif de “discréditer les intellectuels (non musulmans) qui se solidarisaient ou qui refusaient de criminaliser les revendications des descendants des populations colonisées.”

      Le terme avait déjà été utilisé par Jean-Michel Blanquer le 22 octobre, qui affirmait :“Ce qu’on appelle l’islamo-gauchisme fait des ravages”, notamment ”à l’université.” Quelques jours plus tard, Frédérique Vidal avait réagi tardivement pour rappeler le principe des libertés académiques.

      “On peut constater depuis hier qu’elle a franchi un cran supplémentaire. C’est juste scandaleux”, s’indigne la chercheuse du CNRS.

      Dans un communiqué, la Conférence des présidents d’université (CPU) a fait part de “sa stupeur face à une nouvelle polémique stérile sur le sujet de l’“islamogauchisme” à l’université”.

      Elle appelle ”à élever le débat”. “Si le gouvernement a besoin d’analyses, de contradictions, de discours scientifiques étayés pour l’aider à sortir des représentations caricaturales et des arguties de café du commerce, les universités se tiennent à sa disposition”, a-t-elle proposé.


      https://twitter.com/CPUniversite/status/1361727549739515908

      “Une réalité hautement contestable”

      L’annonce d’une enquête au CNRS “sur l’ensemble des courants de recherche sur ces sujets dans l’université”, si elle n’est pas en soit répréhensible, pose plusieurs questions.

      “Le ‘cahier des charges’ de la demande qui lui est adressée fait réellement peur, estime François Burgat. La ministre s’abstrait purement et simplement de toute exigence scientifique.” Pour le chercheur, le postulat de la ministre, selon lequel “la société est gangrénée par l’islamo-gauchisme”, dont l’université, et une “réalité hautement contestable” qui ne repose sur “aucun corpus”.

      La chercheuse du CNRS qui préfère garder l’anonymat ajoute : “Si des cas particuliers sont litigieux au regard de la loi, qu’elle les cite et ouvre le débat. Sinon, qu’elle se taise.”

      Et d’ajouter : “Nous sommes des chercheurs, nous essayons de penser et analyser le monde, mobiliser des outils, et débattre de nos méthodes ou concepts d’analyse. Nous ne sommes pas au service d’un ministère et de ses obsessions politiques et calculs électoralistes.”

      https://www.huffingtonpost.fr/entry/la-proposition-de-vidal-sur-lislamo-gauchisme-fait-bondir-ces-univers

    • Frédérique Vidal veut demander au CNRS une enquête sur « l’islamo-gauchisme » à l’université

      La ministre de l’Enseignement supérieur souhaite ainsi faire le distinguo entre « recherche académique » et « militantisme ».

      Mobilisée sur la précarité étudiante liée à la crise sanitaire actuelle ou sur la multiplication des dénonciations d’agressions sexuelles dans les IEP avec le hashtag #SciencesPorc, Frédéric Vidal ouvre un nouveau front. Invitée ce dimanche sur le plateau de Jean-Pierre Elkabbach sur CNews, la ministre de l’Enseignement supérieur a annoncé vouloir « demander notamment au CNRS (Centre national de la recherche scientifique) de faire une enquête sur l’ensemble des courants de recherche sur ces sujets dans l’université. »

      Par « ces sujets », la ministre parle de « l’islamo-gauchisme », qui selon elle « gangrène la société dans son ensemble », et donc l’université également.

      Avec ces travaux, Frédérique Vidal souhaiterait ainsi « distinguer de ce qui relève de la recherche académique de ce qui relève justement du militantisme et de l’opinion », relate le site d’information scientifique Soundofscience, qui se fait l’écho de l’annonce.

      « Alliance » entre Mao et Khomeini

      « Ce qu’on observe à l’université, c’est que des gens peuvent utiliser leurs titres et l’aura qu’ils ont », affirme la ministre, malgré l’émoi provoqué dans le milieu universitaire par ces accusations, régulières ces derniers mois. « Ils sont minoritaires et certains le font pour porter des idées radicales ou des idées militantes de l’islamo-gauchisme en regardant toujours tout par le prisme de leur volonté de diviser, de fracturer, de désigner l’ennemi, etc… »

      En guise de conclusion, la ministre a de nouveau persisté et signé dans son idée, prenant au mot une affirmation de Jean-Pierre Elkabbach selon laquelle la situation à l’université pourrait ressembler à « une sorte d’alliance, si je puis dire, entre Mao Zedong et l’Ayatollah Khomeini. »

      « Mais vous avez raison. Mais c’est bien pour ça qu’à chaque fois qu’un incident se produit, il est sanctionné, à chaque fois que quelque chose est empêché, c’est reprogrammé, mais je crois que l’immense majorité des universitaires sont conscients de cela et luttent contre cela », termine-t-elle.

      Les universités déjà émues par des propos de Blanquer

      Ce n’est pas la première fois qu’un membre du gouvernement utilise ce terme. En octobre dernier, le ministre de l’Éducation nationale Jean-Michel Blanquer avait à son tour dénoncé « l’islamo-gauchisme » qui fait selon lui « des ravages à l’université », prenant notamment pour cibles le syndicat étudiant Unef et La France Insoumise. « Notre société a été beaucoup trop perméable à des courants de pensée », avait-il alors ajouté au micro d’Europe 1.

      Face à cette accusation, la Conférence des présidents d’université (CPU) s’était émue et avait tenu à répondre au ministre.

      « Non, les universités ne sont pas des lieux où se construirait une ’idéologie’ qui mène au pire. Non, les universités ne sont pas des lieux d’expression ou d’encouragement du fanatisme. Non, les universités ne sauraient être tenues pour complices du terrorisme », était-il affirmé dans un communiqué.

      https://www.bfmtv.com/societe/education/frederique-vidal-veut-demander-au-cnrs-une-enquete-sur-l-islamo-gauchisme-a-l

    • Frédérique Vidal tombe dans la fange de l’extrême droite

      Invitée de CNews ce 14 février, Frédérique Vidal a emboité le pas aux dérives de Blanquer et Darmanin en reprenant la petite musique nauséabonde de « l’islamo-gauchisme » qui « gangrène la société dans son ensemble » et l’université en particulier. Un discours qui stigmatise tout ensemble les universitaires et les musulmans.

      Ce dimanche j’échangeais avec un étudiant qui, comme des milliers d’autres, tente de survivre à la désocialisation et aux cours à distance. Il ne va pas bien. Je lui ai proposé une conversation téléphonique. Le confinement, le sens de la vie, les doutes face à un projet professionnel... Mais ce qui le rend le plus anxieux, parmi toutes les difficultés qu’il tente d’affronter, c’est simplement le fait d’être musulman. Il m’a dit : « l’anxiété d’être musulman aujourd’hui ». Tout est là. Et je crois que c’est vraiment le résultat d’une politique. L’exploitation idéologique et sécuritaire du #terrorisme. La loi sur le « séparatisme » qui détricote nos libertés et grave dans le marbre la #stigmatisation des #musulmans. La politique guerrière de Macron au Sahel et le mépris, affiché ce jour, des pays africains. Tout ceci fait système. Et l’étudiant avec lequel je parle l’a très bien compris. L’étudiant musulman qui a eu peur en entendant Vidal, dimanche dernier. Et qui m’en a parlé en premier.

      J’ai donc écouté Frédérique Vidal répondre à Elkabbach, sur la chaîne qui est devenue le caniveau du journalisme d’extrême droite. Zemmour and co. Et une fois de plus j’ai eu #honte en écoutant « ma » ministre. Honte pour l’intelligence critique et les savoirs qu’elle devrait représenter. Honte de voir une « chercheuse », ancienne présidente d’université, asséner des #contre-vérités, insulter les universitaires et la pensée elle-même, se complaire dans la fange de l’extrême droite et rejoindre ainsi Blanquer et Darmanin dans le jeu dangereux de celui qui sera plus radical que Marine le Pen. En novembre 2020 la CP-CNU appelait à la démission de la ministre et écrivait ceci : « Madame Frédérique Vidal ne dispose plus de la légitimité nécessaire pour parler au nom de la communauté universitaire et pour agir en faveur de l’Université. » Aujourd’hui au nom de qui parle cette ministre ? Au nom du gouvernement et de Macron, ou au nom de Marine Le Pen ? De qui ou de quoi fait-elle le jeu ?

      On peut se faire une idée de la partie que Vidal a jouée en écoutant cet extrait mis en ligne par The Sound of Science, une vidéo devenue virale en quelques heures, Vidal devenue virale par sa haine des sciences humaines, de la recherche libre et des universitaires :

      https://twitter.com/SoundofScFr/status/1361390845111451650

      Petit retour en arrière. En octobre 2020 Frédérique Vidal avait été pressée par la CPU de recadrer Blanquer qui s’en était pris violemment aux universitaires, ravagés par « l’islamo-gauchisme », et accusés de « #complicité_intellectuelle avec le terrorisme ». La ministre avait pris position dans un journal à faible visibilité en affirmant dans une tribune, contre son collègue, que « l’université n’est pas un lieu d’expression ou d’encouragement du terrorisme ». La ministre défendait alors « la liberté d’expression et les libertés académiques » qui « sont indissociables ». De deux choses l’une : ou bien Vidal défend les libertés académiques, la liberté de recherche et la liberté d’expression des universitaires qui ont une valeur constitutionnelle, ou bien elle sacrifie ces trois libertés sur l’autel d’une attaque idéologique du libéralisme autoritaire contre l’université et la recherche. Comment comprendre cette contradiction ? Comment comprendre la violente #stigmatisation des islamo-gauchistes sur le plateau de C News quatre mois après la tribune de L’Opinion ? L’art macronien du « en même temps » ? Une immense #hypocrisie dans la tribune du mois d’octobre ? Un voile de fumée jeté sur un bilan désastreux ? La réponse à une commande politique de Macron ? Continuer la petite chanson « le RN est trop mou, LREM fera mieux dans la radicalité » ?

      Rien de tout ceci n’est exclu, mais je pense que la réponse est donnée par Vidal elle-même dans la suite de l’entretien. Très spontanément Vidal, pour remettre à leur place les méchants universitaires qui font des études de genre trop libres ou des études postcoloniales trop engagées, en appelle à l’évaluation-sanction par les pairs et pourquoi pas à la #délation et à la #condamnation : « C’est là qu’il faut être condamné … Allons-y, disons quand les gens ne font pas de #science, mais font du #scientisme » - où Vidal montre, au passage, qu’elle ne maitrise pas le concept de scientisme (à 43:20 ici). Et Vidal de diligenter une enquête du CNRS sur les disciplines suspectes. Comme si le CNRS était une section disciplinaire ou avait des pouvoirs d’enquête. Ce que la CPU elle-même dénonce en remettant vertement en place la ministre dans un communiqué qui appelle à "stopper la confusion et les polémiques stériles" et à cesser de "raconter n’importe quoi" (sic).

      A quoi assiste-on ? A une #dérive_autoritaire qui montre que la LPR et la chasse idéologique aux islamo-gauchistes forment un tout. Evaluer, sanctionner, séparer, diviser les universitaires pour les affaiblir. Les monter les uns contre les autres. Faire en sorte que l’institution soit elle-même l’agent de la chasse aux sorcières. Instiller partout la #concurrence, la #peur, la #suspicion et la #servitude_volontaire. Le premier séparateur des universitaires, c’est la LPR. Dans le viseur de Vidal : la limitation et la surveillance des libertés académiques. Macron, son gouvernement et LREM font le même travail avec toute la société. Dans leur viseur : la limitation et la surveillance des libertés publiques. Monter le plus grand nombre de citoyens contre les musulmans, monter les français contre eux-mêmes. Macron et son système, c’est une guerre sans fin, une guerre contre le peuple. Le #séparatisme permanent. Il est temps de nous unir contre lui. Il est temps de déradicaliser ce gouvernement.

      Contre le séparatisme, nous avons besoin d’une politique qui remettre de la lumière dans les regards tristes de nos amis musulmans. Contre la LPR, nous avons besoin d’une politique qui remettre de la lumière dans les regards tristes des universitaires. Contre la gestion calamiteuse de la crise sanitaire, nous avons besoin d’une politique qui remettre de la lumière dans les regards tristes des étudiants. Vite de la lumière, avant que ne retombe la longue nuit brune de l’histoire !

      #Pascal_Maillard

      https://blogs.mediapart.fr/pascal-maillard/blog/160221/frederique-vidal-tombe-dans-la-fange-de-l-extreme-droite

    • "Islamo-gauchisme" à l’université : 5 questions sur l’enquête demandée par Vidal

      La ministre de l’Enseignement supérieur et de la recherche a annoncé lundi 15 février qu’elle souhaitait enquêter sur « l’islamo-gauchisme » à l’université. Des propos qui ont indigné le monde universitaire.

      « Moi je pense que l’islamo-gauchisme gangrène la société dans son ensemble, et que l’université n’est pas imperméable, l’université fait partie de la société. » D’une phrase prononcée dimanche 14 février, Frédérique Vidal a provoqué une levée de bouclier du monde académique et de la gauche française.

      Invitée de CNews ce jour-là, la ministre de l’Enseignement supérieur et de la Recherche était interrogée par Jean-Pierre Elkabbach sur l’islamo-gauchisme, terme décrit par le journaliste comme désignant « une sorte d’alliance (...) entre Mao Zedong et l’Ayatollah Khomeini ». C’est là que Frédérique Vidal a annoncé « demander notamment au CNRS de faire une enquête sur l’ensemble des courants de recherche sur ces sujets dans l’université ». Une séquence repérée par le site The Sound of Science.

      Le lendemain, la ministre a confirmé sa position devant l’Assemblée nationale. « Je vais demander à ce que l’on fasse un bilan des recherches qui se déroulent dans notre pays que ce soit les recherches sur le postcolonialisme… » a-t-elle répondu à la question de Bénédicte Taurine, députée de la France insoumise, sans finir son énumération. Mais quel est l’objet de cette enquête ?

      1. Qu’est-ce que l’"islamo-gauchisme" ?

      Le terme « islamo-gauchisme » est né sous la plume de l’écrivain #Pierre_André-Taguieff en 2000. Il le définit alors comme une association entre les mouvements de gauche et les mouvements pro-palestiniens. Cependant, comme l’explique le linguiste Albin Wagener à RTL.fr, ce terme a très vite été repris par l’extrême-droite pour désigner « deux ennemis : l’islam et la gauche ».

      Aujourd’hui, son utilisation s’est démocratisée au point de se faire une place dans les éléments de langage du gouvernement et de la gauche elle-même, dans la bouche de #Manuel_Valls. Ainsi, le terme controversé qualifié même de « faux concept » par le chercheur Pascal Boniface, désigne aujourd’hui une supposée collusion entre les mouvements islamistes et certains mouvements de gauche.

      Pour Philippe Marlière, chercheur et auteur d’une tribune publiée dans Mediapart au mois de décembre, la trajectoire de ce terme est inquiétante. ""L’islamo-gauchisme’ est un mot grossièrement codé qui désigne un ennemi (l’islamisme) et ses porteurs de valise (les intellectuels de gauche critiques), explique-t-il. Ce vocabulaire d’#extrême_droite crée et entretient un climat de #guerre_civile. Il ne nourrit pas le débat, il prend les personnes pour #cible."

      Le CNRS, lui, affirme dans un communiqué que le terme ne revêt « aucune réalité scientifique » quand la conférence des présidents d’université (CPU) parle de « pseudo-notion ».

      2. Qu’est-ce que le CNRS ?

      L’acronyme CNRS désigne le Centre national de la recherche scientifique. Placé sous la tutelle du ministère de l’Enseignement supérieur et de la Recherche dirigé par Frédérique Vidal, il est l’organisme de référence de la recherche universitaire française. Plus particulièrement, l’enquête demandée par la ministre s’intéresse aux #sciences_sociales, c’est-à-dire des disciplines comme la sociologie, l’histoire ou la science politique.

      Dans ses propos devant l’Assemblée nationale, Frédérique Vidal cite ainsi l’alliance Athéna présidée par le CNRS en alternance avec la Conférence des Présidents d’Université (CPU). Sur son site, cette institution est décrite comme réunissant « les principaux acteurs de la recherche publique française en #sciences_humaines_et_sociales », plus communément désignées sous le sigle #SHS.

      3. Quel est le type de recherche visé ?

      Dans ses propos tenus sur CNews, Frédérique Vidal a justifié sa décision de mener une enquête sur « l’islamo-gauchisme » au sein de ces champs disciplinaires pour « distinguer de ce qui relève de la #recherche_académique de ce qui relève justement du #militantisme et de l’#opinion ».

      Le CNRS a répondu mercredi soir à la ministre de l’Enseignement supérieur dans un communiqué désapprobateur. « Le CNRS condamne, en particulier, les tentatives de #délégitimation de différents champs de la recherche, comme les études postcoloniales, les études intersectionnelles ou les travaux sur le terme de ’race’, ou tout autre champ de la connaissance », écrit le centre de recherche.

      Une réponse claire et nette aux nombreuses attaques ciblant ces champs disciplinaires qualifiés parfois de « racialistes » par leurs détracteurs qui se multiplient ces derniers mois. En octobre, Jean-Michel Blanquer avait par exemple explicitement cité « les ravages » de l’islamo-gauchisme comme ayant joué un rôle dans l’assassinat de #Samuel_Paty.

      « Il y a un combat à mener contre une matrice intellectuelle venue des universités américaines et des thèses intersectionnelles, qui veulent essentialiser les communautés et les identités, aux antipodes de notre modèle républicain qui, lui, postule l’égalité entre les êtres humains, indépendamment de leurs caractéristiques d’origine, de sexe, de religion, expliquait-il au Journal du Dimanche dans des propos décryptés par L’Obs. C’est le terreau d’une #fragmentation de notre société et d’une vision du monde qui converge avec les intérêts des islamistes. Cette réalité a gangrené notamment une partie non négligeable des sciences sociales françaises. »

      4. #Postcolonialisme, #intersectionnalité... De quoi parle-t-on ?

      Théorisée par la juriste américaine #Kimberlé_Crenshaw à la fin des années 1980, l’intersectionnalité permet d’étudier un phénomène sociologique en appliquant une réflexion multiple, au carrefour de plusieurs parts d’identité comme le genre, la classe et la race (au sens de race sociale perçue par la société, pas de la race biologique qui n’existe pas). Son objectif n’est donc pas d’essentialiser mais de prendre en compte différentes caractéristiques sociologiques pour mieux comprendre les dynamiques à l’œuvre dans les situations de discrimination. Par exemple, une femme noire ne vivra pas seulement d’un côté le sexisme et de l’autre le racisme, mais l’intersection des deux.

      Quant aux théories décoloniales et postcoloniales, elles permettent d’étudier la société contemporaine au regard des dynamiques historiques et du racisme qui découle de périodes telles que l’#esclavage et la #colonisation. Ce sont ce type de recherches qui révèlent les #inégalités sous toutes leurs formes (sociologiques, économiques, politiques, historiques...) qui sont visées lorsque les ministres parlent d’"islamo-gauchisme" à l’université.

      5. Comment le monde universitaire réagit-il ?

      Au-delà de condamner les propos de Frédérique Vidal, dans son communiqué, le CNRS regrette une « #instrumentalisation de la science » et rappelle qu’il existe des voies de « l’approfondissement des recherches, de l’explicitation des méthodologies et de la mise à disposition des résultats de recherche ». « C’est dans cet esprit que le CNRS pourra participer à la production de l’étude souhaitée par la ministre de l’Enseignement supérieur, de la recherche et de l’innovation visant à apporter un éclairage scientifique sur les champs de recherche concernés », conclut l’organisme.

      La veille, la conférence des présidents d’université (CPU) publiait elle aussi un communiqué dans lequel elle s’étonnait de « l’instrumentalisation du CNRS dont les missions ne sont en aucun cas de produire des évaluations du travail des enseignants-chercheurs, ou encore d’éclaircir ce qui relève ’du militantisme ou de l’opinion’ ». « La CPU réclame, au minimum, des clarifications urgentes, tant sur les fondements idéologiques d’une telle enquête, que sur la forme, qui oppose CNRS et universités alors que la recherche est menée conjointement sur nos campus par les chercheurs et les enseignants-chercheurs. »

      Contacté par RTL.fr, le ministère de l’Enseignement supérieur, de la recherche et de l’innovation n’a pour l’heure par répondu aux sollicitations.

      https://www.rtl.fr/actu/debats-societe/islamo-gauchisme-a-l-universite-5-questions-sur-l-enquete-demandee-par-frederiqu

    • Les leçons de Vidal

      Avec ses sorties sur « l’islamo-gauchisme » cette semaine, la ministre déléguée à l’Enseignement supérieur fait surtout les affaires de ses collègues de l’Education et de l’Intérieur. Une femme se grille. Des hommes engrangent.

      La chose se répète souvent sous ce quinquennat. Une ministre femme, issue de la société civile (donc non-politique) qui monte en première ligne pour faire les affaires politiciennes de ses collègues ministres hommes (eux devenus professionnels de ce milieu). La sortie de Frédérique Vidal sur « l’islamo-gauchisme » est un nouvel exemple de ce constat. La ministre de l’Enseignement supérieur n’a pas « dérapé » sur CNews, dimanche, face à Jean-Pierre Elkabbach. Elle savait très bien ce qu’elle faisait. Sinon elle n’aurait pas réitéré ses propos au centre de l’hémicycle de l’Assemblée nationale, mardi après-midi, lors de la séance hebdomadaire des questions d’actualité au gouvernement.

      Alors qu’elle avait été muette sur le sujet, en octobre, lorsque deux de ses camarades au gouvernement, Jean-Michel Blanquer et Gérald Darmanin, avaient déjà balancé, en octobre à l’Assemblée, cette formule appartenant au champ lexical de l’extrême droite, la voilà qui les devance. Le ministre de l’Education et celui de l’Intérieur ont pourtant passé deux semaines sur les bancs lors du projet de loi « confortant les principes de la République » sans écart de langage. Ordre du Président de se tenir à carreaux sur ce texte censé réincarner « le rassemblement » de la majorité sur la laïcité. Foutaises. A peine les ministres avaient-ils récupéré leurs bons de sorties pour les médias que Vidal est partie à son tour en croisade contre les affreux « islamo-gauchistes » qui professeraient dans les amphis. Recadrée par le président de la République, éloignée un peu plus du monde universitaire et du monde étudiant… Mauvais résultat pour elle : la voici un peu plus isolée Rue Descartes. A qui profite donc cette séquence ? A Ses collègues Darmanin et Blanquer qui voient un de leurs marqueurs politiques progresser. Vidal, une femme, prend le bouillon médiatique et une humiliation présidentielle. Ses collègues, hommes, avaient été épargnés.

      Vidal n’est pas la première victime de cette stratégie du bélier. On rembobine. Mars 2019, en pleine « concertation » sur la réforme des retraites, la ministre de la Santé et des Solidarités d’alors, Agnès Buzyn, s’autorise une sortie inattendue sur un « allongement de la durée du travail ». « Je suis médecin, je vois que la durée de vie augmente d’année en année, expliquait Buzyn. Est-ce que, alors que le nombre d’actifs diminue, nous allons pouvoir maintenir sur les actifs le poids des retraites qui vont augmenter en nombre et en durée ? Nous savons que cet équilibre-là va être de plus en plus difficile à tenir. » Exactement la ligne portée en coulisses par le Premier ministre de l’époque, Edouard Philippe, et de ses deux camarades de l’ex-UMP installés à Bercy : Bruno Le Maire et (déjà) Gérald Darmanin. Lequel se presse pour saluer le « courage » de Buzyn.

      Comme pour Vidal, les politiques hommes avaient laissé une femme issue de la société civile monter au front médiatique pour pousser leurs propres billes. Obligée de rétropédaler (repousser l’âge de départ n’était pas dans le programme d’Emmanuel Macron et le haut-commissaire d’alors, Jean-Paul Delevoye, menaçait de démissionner), Buzyn s’était abîmée dans cette aventure politicienne. Cette dernière n’est plus au gouvernement. Le Maire et Darmanin plus que jamais.

      https://www.liberation.fr/politique/les-lecons-de-vidal-20210219_BI4BCKNDCNBXBDMT2TRO3BZPB4
      #genre #hommes #femmes #hommes_politiques #femmes_politiques

    • Frédérique Vidal, une ministre bisbilles en tête

      Déjà critiquée, entre autres, pour son management à l’université Sophia-Antipolis, la Niçoise s’est lancée dimanche, sans le soutien de l’Elysée, dans une offensive contre l’« islamo-gauchisme » dans la recherche, se mettant à dos une majorité d’enseignants.

      On ne l’attendait pas vraiment sur ce dossier. Frédérique Vidal, ministre de troisième rang en macronie, a surpris beaucoup de monde en appelant à lancer, dimanche sur CNews, une enquête sur l’« islamo-gauchisme » dans la recherche universitaire.

      Décrédibilisée dans les rangs de la recherche supérieure après avoir maintenu la ligne libérale de la loi de programmation de la recherche (LPR), fragilisée dans les universités après plusieurs cafouillages sur l’organisation en ce temps de crise sanitaire, critiquée pour son manque de réactions face au malaise étudiant qui a poussé certains au suicide, Frédérique Vidal n’a pourtant pas hésité à se mettre à dos une nouvelle fois une bonne partie des professionnels qui dépendent de son ministère.

      Au sein du gouvernement, l’axe Blanquer-Darmanin-Schiappa, porteur de ce débat droitier sur l’islam, a-t-il décidé de se servir d’elle comme bélier, après deux semaines sans grandes controverses sur le projet de loi de lutte contre les « séparatismes » ? Ou bien Vidal a-t-elle choisi ce registre en guise de diversion, alors que les polémiques sur la précarité étudiante ne s’apaisent pas ? En tout cas, on ne la suit pas côté Elysée. Le Président reste attaché à « l’indépendance des enseignants-chercheurs », a bien souligné le porte-parole, Gabriel Attal, mercredi à l’issue du Conseil des ministres. Un désaveu.

      « Elle a toujours eu de l’ambition »

      Dans le casting de début de quinquennat, Vidal faisait pourtant partie de ces ministres de la société civile censés ouvrir le monde politique au monde universitaire. Une présidente d’université pour s’occuper des universités, forcément ça avait du sens dans le « en même temps » macronien. Jusque-là, la Niçoise n’était jamais sortie du couloir qu’on lui avait assigné. A peine s’était-elle aventurée, en 2019 – soit bien avant la crise sanitaire, économique et sociale –, dans une poignée de réunions de ministres souhaitant incarner « l’aile gauche » de l’ex-gouvernement Philippe. L’idée était, à l’époque, de tenter de s’organiser pour peser davantage sur la ligne de l’exécutif, jugée trop… à droite.

      Et avant son arrivée au gouvernement, Frédérique Vidal n’avait aucun engagement politique. L’universitaire est passée des bancs de la fac, où elle étudiait la génétique, à la présidence de cette même université, en 2012. Une évolution fulgurante en moins de vingt-cinq ans. Sabine, aujourd’hui chercheuse syndiquée CGT Ferc Sup, était inscrite dans la même promo, « il y a un peu plus de vingt ans », en maîtrise de biochimie et en DEA de virologie. « C’est quelqu’un qui a toujours eu de l’ambition, dit-elle. Ça a été une bonne enseignante, mais elle a fait peu de recherche sur la durée car elle a très vite rejoint la direction de la formation. Elle est devenue doyenne de la fac de sciences, puis présidente. »

      « Phrases assassines »

      Les techniques managériales de Vidal marquent les esprits à l’université de Sophia-Antipolis. « C’est quelqu’un qui ne tolère pas le débat, ce qui est paradoxal quand on est universitaire, ni la contradiction, ce qui est un problème quand on est scientifique, estime Sabine. Elle a imprimé cette façon de diriger. »

      En novembre, le directeur général de la recherche et de l’innovation, Bernard Larrouturou, qui dépendait de son ministère, a claqué violemment la porte. Dans une lettre qu’avait révélée Libération, il dénonçait la gestion peu humaine du cabinet de Vidal.

      Sandra (1) parle de « tendances managériales à l’américaine » qui l’auraient poussée au burn-out. Cette technicienne audiovisuelle, ancienne déléguée syndicale à l’université, pointe une « infantilisation », avec un renforcement de la hiérarchie, et des « expériences assez douloureuses en conseil d’administration », avec des « phrases assassines » à chaque question ou opposition de sa part. « Mme Vidal est une vraie grande pédagogue, défend le docteur en génétique Erwan Paitel, son ancien bras droit à l’université, qui l’a rejointe au ministère. Elle sait gouverner au sens d’aller au bout de ses idées. »

      Mais, selon différents membres de l’université qui témoignent à Libération, « les sciences de l’éducation ont été mises plus bas que terre », « les sciences humaines étaient méprisées », « ça rigolait » à l’évocation des profs d’histoire. « Quand elle parle d’islamo-gauchisme, c’est juste un moyen de bâillonner le débat d’idées, estime Marc, syndiqué CGT Ferc Sup et travaillant dans un labo de maths à Nice. C’est une insulte pour notre intelligence et pour les victimes. On est à Nice, on a été touché par plusieurs attentats, c’est assez dégueulasse de jouer là-dessus. »

      (1) Cette personne a souhaité rester anonyme pour ne pas nuire à sa carrière.

      https://www.liberation.fr/societe/frederique-vidal-une-ministre-bisbilles-en-tete-20210217_G4WLKNLQGNGTZPOF

    • « Frédérique Vidal risque d’alimenter une #police_de_la_pensée qui serait dramatique »

      Le président de l’université Clermont-Auvergne, Mathias Bernard, revient sur la sortie de sa ministre de tutelle sur « l’islamo-gauchisme », qu’il juge « schématique » et « caricaturale ».

      En s’inquiétant du développement d’« idées militantes de l’islamo-gauchisme » dans les universités françaises au cours d’une interview à CNews dimanche, la ministre Frédérique Vidal a suscité de nombreuses critiques dans le monde de l’enseignement supérieur et de la recherche. Dans un communiqué, la Conférence des présidents d’universités a par exemple dénoncé une « nouvelle polémique stérile » et invité les politiques à ne pas « raconter n’importe quoi ». Président de l’université Clermont-Auvergne, l’historien Mathias Bernard revient sur cette sortie médiatique. Pour lui, les propos caricaturaux de la ministre instrumentalisent politiquement des études nécessaires au débat scientifique.

      Dans un communiqué, les présidents d’universités ont dit leur « stupeur » à la suite des propos de Frédérique Vidal. Pourquoi cette surprise ?

      Parce que cela ne correspond pas aux positions antérieures de la ministre. A l’automne, elle avait tenu des propos bien plus distanciés lorsque son collègue Jean-Michel Blanquer avait parlé d’islamo-gauchisme. A cela, il faut ajouter le contexte sanitaire : la priorité n’est pas de lancer un débat politicien, mais plutôt de répondre à la détresse des étudiants après un an de confinement. C’est un bel exemple du décalage entre les gouvernants et la réalité des opérateurs sur le terrain.

      Qu’est-ce qui invalide cette accusation d’« islamo-gauchisme » ?

      Depuis une quinzaine d’années, ce mot est instrumentalisé politiquement. Il ne sert pas à caractériser un ensemble de positions scientifiques, mais à les discréditer. Cette notion produit aussi un effet de généralisation : l’islamo-gauchisme gangrènerait l’université, comme on l’a vu écrit il y a quelques jours à la une du Figaro. Cette rhétorique de la contamination rappelle les discours antisémites des années 30 sur l’influence juive qui corromprait l’ensemble des corps sociaux. Dans mon université, il n’y a eu par exemple aucun incident, aucune étude ou manifestation scientifique susceptible de s’apparenter à une « menace islamo-gauchiste ». Cette généralisation crée une dramatisation, un climat anxiogène qui ne peut qu’alimenter le rejet.

      Quels sont les faits initiaux à partir desquels s’opère cette généralisation ?

      Il existe un militantisme intolérant qui, en empêchant par exemple la tenue de certaines conférences, pose problème à l’université, car celle-ci est par nature un lieu de dialogue. Mais il faut le distinguer des études en sciences sociales qui s’inscrivent dans l’héritage de la pensée postcoloniale et élaborent une pensée critique qui contribue au débat scientifique. Or, ce sont ces débats qui font progresser la science. Une prise de position rapide, schématique et caricaturale comme celle de Frédérique Vidal risque de jeter l’opprobre sur toute cette réflexion et d’alimenter une forme de police de la pensée qui serait dramatique. Cela donne l’impression que des chercheurs confondraient massivement militantisme et travail universitaire, ce qui n’est pas le cas. Et si des cas se présentaient, il existe des instances pour les traiter. Inutile d’instrumentaliser le CNRS, dont les chercheurs travaillent au quotidien avec les universités.

      Faut-il y voir une volonté de contrôle politique du travail universitaire ?

      Les contraintes inhérentes à une interview télévisée ont sans doute occasionné des maladresses. Mais si on regarde ces propos à l’aune du contexte plus global, marqué à la fois par une séquence très régalienne de la présidence Macron et par les débats sur la loi « séparatisme », il peut y avoir une volonté de distinguer deux types de recherche, l’une bonne et l’autre dangereuse. Un peu comme à l’époque de la guerre froide où l’on se méfiait de l’université marxiste. Cela explique une partie de la défiance actuelle du monde politique vis-à-vis de l’université, qui est constitutionnellement indépendante du point de vue scientifique.

      Le dialogue entre le monde de l’enseignement supérieur et de la recherche et la ministre est-il rompu ?
      En 2020, les débats sur la loi de programmation pluriannuelle de la recherche ont contribué à une rupture assez nette entre la ministre et une partie de la communauté universitaire. Mais il ne faut pas généraliser : les présidents d’université et les établissements continuent à travailler avec le ministère dans cette période difficile. Je suis certes critique sur cette sortie médiatique, je n’en suis pas moins reconnaissant à la ministre d’avoir défendu l’ouverture des universités alors que la situation sanitaire reste tendue.

      https://www.liberation.fr/idees-et-debats/frederique-vidal-risque-dalimenter-une-police-de-la-pensee-qui-serait-dra

    • #Thomas_Piketty : «Frédérique Vidal doit partir»

      Les déclarations sur l’« islamo-gauchisme » de la ministre de l’Enseignement supérieur montrent sa méconnaissance des sciences sociales, estime l’économiste. Elle livre à la vindicte populaire des chercheurs dont les savoirs sont pourtant essentiels.

      Une suspicion généralisée qui amènerait à un dialogue de sourds : l’économiste Thomas Piketty, connu pour ses recherches internationales sur les inégalités, estime que la demande d’enquête sur la présence de courants « islamo-gauchistes » à l’université, faite dimanche par la ministre Frédérique Vidal, est un non-sens.

      Jean-Michel Blanquer en octobre, Frédérique Vidal aujourd’hui. Pourquoi ces attaques contre le monde universitaire, et sur ce thème de l’islamo-gauchisme ?

      L’horreur des attentats de 2015-2016 et de la décapitation de Samuel Paty en 2020 fait que chacun cherche naturellement des explications, des coupables. Chez les plus désespérés, mais aussi parmi les plus cyniques, certains ont eu l’idée géniale de soupçonner de complicité jihadiste n’importe quel chercheur s’intéressant aux questions de discrimination, ou encore n’importe quel croyant musulman achetant du hallal ou portant des leggings sur la plage, un foulard dans la rue ou lors d’une sortie scolaire. Ces soupçons ignobles sont totalement à côté de la plaque, dans un contexte où le pays devrait être rassemblé derrière son système de justice, de police et de renseignement pour lutter contre l’ultraminorité terroriste. Cette logique de la suspicion généralisée ne peut conduire qu’à des raidissements et à des dialogues de sourds. Et pendant ce temps-là, personne ne parle des politiques antidiscriminatoires dont nous aurions tant besoin, et qui demandent des débats approfondis et apaisés, tant les enjeux sont nouveaux et ouverts.

      Pourquoi demandez-vous la démission de la ministre Frédérique Vidal ?

      Avec ses déclarations, Frédérique Vidal a démontré sa totale inculture et sa profonde ignorance de la recherche en sciences sociales. Elle livre à la vindicte populaire les personnes qui produisent et diffusent les savoirs dont nous avons tant besoin dans cette époque hyperviolente. Avec l’extrême droite aux portes du pouvoir dans plusieurs régions et au niveau national, c’est totalement irresponsable. Elle doit partir.

      Vous connaissez bien le monde de la recherche. Quelle est la réalité de ces « chercheurs minoritaires qui porteraient au sein de l’université des idées radicales et militantes de l’islamo-gauchisme » que dénonce la ministre ?

      Je ne connais aucun chercheur que l’on puisse soupçonner de près ou de loin de complaisance avec les jihadistes, ou dont les travaux auraient pu « armer idéologiquement le terrorisme », suivant l’expression désormais routinière au sommet de l’Etat. Et le terrorisme au Nigeria, au Sahel, en Irak, aux Philippines, c’est aussi de la faute des universitaires islamo-gauchistes français ou américains ? C’est ridicule et dangereux. Au lieu de mobiliser l’intelligence collective pour appréhender des processus sociohistoriques inédits et complexes, ce que font précisément les chercheurs en sciences sociales, on sombre dans la logique du bouc émissaire à courte vue.

      Pensez-vous qu’il y a un climat anti-intellectuels en France ?

      Les diatribes anti-intellectuels sous Sarkozy avaient marqué une première étape. Mais l’hystérie actuelle autour de l’accusation d’islamo-gauchisme nous fait franchir un nouveau seuil. Petit à petit, les responsables politiques français, du centre droit à l’extrême droite, se rapprochent sans le savoir de l’attitude des nationalistes hindous du Bharatiya Janata Party (BJP) qui, depuis dix ans, visent à asseoir leur domination politique en stigmatisant toujours davantage la minorité musulmane (14% de la population, soit 150 millions de personnes tout de même) et les intellectuels réputés islamo-gauchistes soupçonnés de les défendre. On l’ignore trop souvent en France, mais cette hargne des nationalistes hindous se nourrit elle aussi des attentats jihadistes commis sur le sol indien, comme ceux de Bombay en 2008 ou les attaques au Cachemire musulman début 2019. Là encore, je peux comprendre que le traumatisme des attentats conduit les uns et les autres à chercher des explications pour cette horreur nihiliste. Mais cela n’a aucun sens de soupçonner de complicité les 150 millions de musulmans indiens qui, comme en France, cherchent simplement à mener une vie ordinaire, à trouver un travail, un revenu, un logement, et ne se demandent pas chaque matin comment ils vont venir en aide à un terroriste. Les soupçons vis-à-vis des universitaires indiens, qui tentent de faire leur travail dans des conditions précaires, sont toutes aussi odieux. En Inde, le gouvernement BJP en est arrivé à fomenter des émeutes antimusulmans, à fermer des centres de recherche et à faire arrêter des intellectuels. On en est évidemment très loin en France, mais il est urgent de se mobiliser avant que les choses ne continuent à dégénérer pour les groupes les plus fragiles. Concrètement, les intellectuels français disposent encore de solides ressources pour se défendre, mais il n’en va pas de même pour les populations issues de l’immigration extra-européenne, qui font face dans notre pays à des discriminations sociales et professionnelles extrêmement lourdes et à une stigmatisation croissante.

      Vous qui travaillez avec des réseaux de recherches dans le monde entier, comment jugez-vous l’université française par rapport aux autres grandes universités internationales ? Y a-t-il une américanisation de la recherche ?

      L’idée d’une contamination des chercheurs français par leurs collègues américains ne correspond à aucune réalité. En pratique, le développement des études coloniales et postcoloniales, par exemple des travaux sur l’histoire des empires coloniaux et de l’esclavage, est une coproduction internationale. Cette évolution implique depuis longtemps des chercheurs basés en Europe, aux Etats-Unis, en Inde, au Brésil, etc. Elle est là pour durer, et c’est tant mieux. Le phénomène colonial s’étale de 1500, avec les débuts de l’expansion européenne, jusqu’aux années 60 avec les indépendances, voire jusqu’aux années 90 si l’on intègre le cas de l’apartheid sud-africain. A l’échelle de la longue durée, cette phase coloniale vient tout juste de se terminer. Ses conséquences sur les structures sociales ne vont pas disparaître en un claquement de doigts. Il a fallu quelques décennies pour que la recherche s’empare pleinement des thèmes coloniaux et postcoloniaux. Ce n’est pas près de changer, et c’est tant mieux.

      https://www.liberation.fr/idees-et-debats/thomas-piketty-frederique-vidal-doit-partir-20210217_22G6RI2Q4ZA6RID5XRX5
      #Piketty

    • «Islamo-gauchisme»: Vidal provoque la #consternation chez les chercheurs

      En annonçant commander au CNRS une enquête sur « l’islamo-gauchisme » à l’université, la ministre a suscité l’ire du monde de la recherche. Les présidents d’université dénoncent « une pseudo-notion qu’il conviendrait de laisser […] à l’extrême droite », le CNRS émet de profondes réserves.

      Particulièrement transparente ces derniers mois malgré la crise grave que connaît l’enseignement supérieur, Frédérique Vidal embrase la communauté universitaire, abasourdie par son intention de commander « une enquête » au CNRS sur « l’islamo-gauchisme » à l’université.

      Tout est parti d’un entretien pour le moins sidérant accordé par la ministre, dimanche 14 février, à CNews, la chaîne préférée de l’extrême droite. Interrogée par Jean-Pierre Elkabbach sur la récente une du Figaro titrée « Comment l’islamo-gauchisme gangrène l’université », la ministre de l’enseignement supérieur et de la recherche a commencé par acquiescer à ce « constat ».

      « Ce qu’on observe à l’université, c’est que des gens peuvent utiliser leurs titres et l’aura qu’ils ont […]. Ils sont minoritaires et certains le font pour porter des idées radicales ou des idées militantes de l’islamo-gauchisme en regardant toujours tout par le prisme de leur volonté de diviser, de fracturer, de désigner l’ennemi », commence-t-elle par affirmer.

      « Vous ajoutez aussi les #indigénistes qui disent la race, le genre, la classe sociale… tout ça, ça forme un tout ? », la relance doctement Jean-Pierre Elkabbach.

      Nullement gênée par l’incroyable confusion de la question, la ministre acquiesce à nouveau. « Absolument. D’ailleurs en biologie cela fait bien longtemps qu’on sait qu’il n’y a qu’une espèce humaine et qu’il n’y a pas de race donc vous voyez à quel point je suis tranquille avec ce sujet-là », répond-elle, montrant combien les récents débats scientifiques sur la notion de « race » dans les sciences sociales lui ont totalement échappé.

      « Oui, vous, vous êtes tranquille, mais il y a des minorités et elles sont agissantes… », relance encore le journaliste en agitant les doigts – une gestuelle censée représenter une forme d’infiltration de ces « minorités » à l’université.

      « Il y a une sorte d’alliance entre Mao Zedong et l’ayatollah Khomeini ? », suggère encore un Jean-Pierre Elkabbach à qui le sujet tient manifestement à cœur.

      « Vous avez raison. Mais c’est pour cela qu’à chaque fois qu’un incident se produit, il est sanctionné, à chaque fois que quelque chose est empêché, c’est reprogrammé, mais je crois que l’immense majorité des universitaires sont conscients de cela et luttent contre cela », avance Frédérique Vidal, sans que le spectateur, à ce stade, sache très bien ce que « cela » désigne, perdu entre les différentes chimères de « l’islamo-maoïsme » et du « féminisme-racialiste »…

      « C’est pour cela que je vais demander, notamment au CNRS, de faire une enquête sur l’ensemble des courants de recherche, sur ces sujets, dans l’université, de manière à ce qu’on puisse distinguer ce qui relève de la recherche académique de ce qui relève du militantisme, de l’opinion », lance alors la ministre.

      Dans la communauté scientifique, l’annonce de la ministre a manifestement pris tout le monde de court. Interrogé mardi sur les contours de cette future mission d’enquête, le CNRS semblait bien en peine de fournir le moindre élément de réponse. « À ce stade, nous en discutons avec le cabinet de Frédérique Vidal pour préciser les attentes de la ministre », nous a-t-on d’abord répondu dans un embarras manifeste.

      Au cabinet de Frédérique Vidal, on semble tout autant dans le brouillard, quant aux « attentes de la ministre ». « Les objectifs de cette étude seront définis dans les prochains jours. Il s’agira de définir ce qui existe comme courants d’études en France, sur différents thèmes », nous répond-on finalement. Difficile de faire plus vague.

      S’agit-il de faire une typologie des « courants » de pensée plus ou moins suspects ainsi que, pourquoi pas, des listes d’enseignants participant à ces courants comme aux grandes heures du maccarthysme ?

      L’enquête, selon le ministère, sera « portée » par l’alliance Athena « qui regroupe les principaux acteurs de la recherche publique française et qui est présidée par #Antoine_Petit », c’est-à-dire le directeur du CNRS. Sauf que l’alliance Athena est encore dirigée pour un mois par #Jean-François_Balaudé, qui, comme l’a révélé Le Monde, n’a même pas été informé de ce projet.

      Traversant aujourd’hui une période particulièrement difficile en raison de la pandémie, avec des étudiants en grande détresse et un corps d’enseignants-chercheurs à bout de souffle, la communauté universitaire s’est littéralement embrasée ces dernières heures.

      Mercredi en fin de journée, le CNRS a finalement publié un communiqué cinglant, expliquant que « l’islamogauchisme » était un « #slogan_politique » qui « ne correspond à aucune réalité scientifique ». « L’#exploitation_politique qui en est faite est emblématique d’une regrettable instrumentalisation de la science ». L’organisme de recherche, qui précise qu’il mènera une enquête « visant à apporter un éclairage scientifique sur les champs de recherche concernés », a pris les devants en affirmant qu’il « condamne en particulier les tentatives de #délégitimation de différents champs de la recherche, comme les études postcoloniales, les études intersectionnelles ou les travaux sur le terme de "race", ou tout autre champ de la connaissance ».

      La conférence des présidents d’université, d’ordinaire très prudente, s’est fendue mardi en fin de journée d’un communiqué assassin faisant part de sa « stupeur » et réclamant des « clarifications urgentes » à leur ministre de tutelle. « L’islamo-gauchisme n’est pas un #concept. C’est une #pseudo-notion dont on chercherait en vain un commencement de définition scientifique, et qu’il conviendrait de laisser sinon aux animateurs de CNews, plus largement à l’extrême droite qui l’a popularisée », écrit ainsi l’organisation qui représente tous les présidents d’université.

      Le but de cette « enquête » confiée au CNRS est-il d’identifier des éléments potentiellement idéologiquement dangereux au sein de la communauté universitaire ? Sur ce point également, la Conférence des présidents d’université (CPU) tient à mettre les choses au point : « La CPU regrette la confusion entre ce qui relève de la liberté académique, la liberté de recherche dont l’évaluation par les pairs est garante, et ce qui relève d’éventuelles fautes et infractions, qui font l’objet si nécessaire d’enquêtes administratives », et qui sont confiées dans ce cas à l’Inspection générale de l’éducation.

      « La CPU s’étonne aussi de l’instrumentalisation du CNRS dont les missions ne sont en aucun cas de produire des évaluations du travail des enseignants-chercheurs, ou encore d’éclaircir ce qui relève “du militantisme ou de l’opinion”, cingle l’organisation. Si le gouvernement a besoin d’analyses, de contradictions, de discours scientifiques étayés pour l’aider à sortir des représentations caricaturales et des arguties de café du commerce, les universités se tiennent à sa disposition. Le débat politique n’est par principe pas un débat scientifique : il ne doit pas pour autant conduire à raconter n’importe quoi. »

      Sauf qu’en matière de « n’importe quoi », la CPU et le monde de la recherche plus généralement n’avaient, sans doute, pas encore tout entendu. Questionnée mardi par la députée Bénédicte Taurine (La France insoumise) sur sa volonté de créer une « police de la pensée », Frédérique Vidal a eu cette réponse étonnante : « Alors, oui, en sociologie on appelle ça mener une enquête. Oui, je vais demander à ce qu’on fasse un bilan de l’ensemble des recherches qui se déroulent actuellement dans notre pays… Sur le postcolonialisme… Mais moi, vous savez, j’ai été extrêmement choquée de voir apparaître au Capitole un drapeau confédéré et je pense qu’il est essentiel que les sciences sociales se penchent sur ces questions qui sont encore aujourd’hui d’actualité. »

      Un rapprochement entre études postcoloniales et drapeau confédéré, emblème aujourd’hui des suprémacistes blancs, que personne n’a compris… Et pourquoi citer désormais les #études_postcoloniales qui sont un domaine de recherche présent dans les universités du monde entier ?

      Beaucoup d’universitaires et de chercheurs indignés ont demandé, à l’instar de l’économiste Thomas Piketty ou de la philosophe #Camille_Froidevaux-Metterie, le départ de la ministre aujourd’hui désavouée par une grande partie de la communauté scientifique. « Avec Frédérique Vidal, le gouvernement Macron-Castex réalise le rêve de Darmanin : contourner Le Pen par sa droite… Cette ministre indigne doit partir », a déclaré Thomas Piketty sur Twitter, où le mot-dièse #VidalDemission a rencontré un grand succès.

      Une « chasse aux sorcières »

      Les chercheurs du CNRS que Mediapart a interrogés ont unanimement rejeté l’idée d’être « instrumentalisés » par l’improbable projet d’enquête de la ministre.

      Pour l’historienne Séverine Awenengo Dalberto, chargée de recherche au CNRS et membre de l’Institut des mondes africains, Frédérique Vidal doit effectivement démissionner. « C’est scandaleux et honteux de vouloir restreindre les libertés académiques, d’instrumentaliser la recherche en histoire et sciences sociales à des fins politiciennes, et surtout, dans le contexte pandémique actuel, de mépriser à ce point les étudiants et étudiantes en portant l’attention médiatique et parlementaire sur cette fausse question de l’islamo-gauchisme plutôt que sur la détresse et la précarité des jeunes », explique-t-elle. Cette historienne, spécialiste des questions coloniales, fustige une démarche visant, selon elle, « à banaliser un discours d’extrême droite et à alimenter les fractures qu’elle feint de dénoncer. Comment peut-elle sérieusement penser que travailler sur des discriminations raciales, sur les mécanismes et les effets des assignations identitaires chromatiques, c’est reconnaître l’existence de races biologiques ? »

      Comme elle, nombre de chercheurs insistent aussi sur l’#absurdité de faire diligenter cette enquête sur l’université par le CNRS, puisque nombre de laboratoires ont une double tutelle CNRS et université.

      Le spécialiste des mobilisations ouvrières Samuel Hayat, chargé de recherche au CNRS, décrit ainsi ses collègues « entre #sidération et #découragement ». « Cela s’inscrit dans la suite logique de la gestion autoritaire de l’enseignement supérieur et de la recherche par Frédérique Vidal », souligne-t-il, en référence à la loi de programmation sur la recherche passée au forceps. « C’est une offensive générale contre, en gros, le #discours_critique et la #pensée_critique », estime-t-il. « Pour Frédérique Vidal, l’université doit être dans “l’#excellence” et la #rentabilité mais l’idée qu’il y ait des pôles de résistances critiques aux politiques est insupportable », assure-t-il. Ce politiste souligne aussi combien cette « chasse aux sorcières » rappelle les politiques menées au Brésil, en Hongrie, aux États-Unis, en Turquie ou au Japon contre les libertés académiques.

      Si dans ces pays la bataille s’est principalement concentrée sur les études de #genre, accusées de détruire les fondements de la société, la lutte contre l’#islamisme offre, en France, l’excuse toute trouvée pour traquer les chercheurs « déviants ». « Comme ils ne vont pas trouver d’islamistes dans les universités, ils s’appuient sur un concept comme “l’islamo-gauchisme” qui ne veut rien dire mais qui permet d’amalgamer les savoirs critiques au terrorisme », affirme Samuel Hayat. « La cerise sur le gâteau est l’instrumentalisation du CNRS, qui est un établissement public de recherche qui détermine évidemment son agenda de recherche. Être traité comme une officine pour cerner un objet qui n’existe pas, c’est particulièrement insultant. Le CNRS doit réaffirmer qu’il n’est pas aux ordres des objectifs politiques du gouvernement. »

      Pour l’historienne Camille Lefebvre, directrice de recherche au CNRS et spécialiste de l’Afrique aux XVIIIe et XIXe siècles, cette annonce de Frédérique Vidal s’inscrit dans « un pur enjeu électoral consistant à placer la question de l’islam au cœur de la prochaine campagne présidentielle. Le problème c’est que c’est un #discours_performatif et qu’ils n’en mesurent pas les conséquences », souligne-t-elle, décrivant des discours stigmatisants « qui blessent une partie de la société française à qui l’on veut faire comprendre qu’elle doit rester à sa place ».

      Pionnier, avec #Marwan_Mohammed, de l’étude de l’islamophobie comme nouvelle forme de racisme, le sociologue #Abdellali_Hajjat (qui a quitté la France pour enseigner en Belgique devant le climat de plus en plus hostile à ces travaux dans l’Hexagone) estime que les déclarations de Frédérique Vidal sont « la énième étape d’un processus de #panique_morale d’une partie des #élites_françaises qui a commencé au moins en 2015-2016. Et cela marque le succès d’un intense #lobbying de la part des “#universalistes_chauvins”, tenants de la fausse opposition entre “universalistes” et “décoloniaux”, estime-t-il. La ministre dit qu’il s’agit de distinguer travail de recherche et militantisme… Il semble qu’il s’agit surtout de cibler les universitaires qui seraient “déviants” d’un point de vue politique et scientifique ».

      Selon lui, malgré l’ineptie du discours d’une ministre qui semble largement dépassée par la situation, et qui pourrait prêter à sourire, la situation est très alarmante. « Cette volonté d’#hégémonie, de #contrôle total sur la recherche rappelle les pratiques des régimes politiques contemporains les plus autoritaires », assène-t-il.

      « Je suis en colère car ce qui est en train de se passer est à la fois honteux et très inquiétant », affirme de son côté Audrey Célestine, maîtresse de conférences en sociologie politique et études américaines à l’Université de Lille et membre du conseil scientifique de la Fondation pour la mémoire de l’esclavage. « Nous sommes dans une forme de #maccarthysme », assure-t-elle jugeant le niveau du débat public « atterrant ». « Lorsqu’on voit quelqu’un comme #Raphaël_Enthoven évoquer “la #peste_intersectionnelle”, on se dit qu’il y a une fierté à étaler dans ces débats son #ignorance crasse. Je suis pour le débat mais avec des gens qui lisent les travaux dont ils parlent », explique-t-elle. Comme pour tous les chercheurs interrogés, Frédérique Vidal a désormais perdu toute #crédibilité et ne peut plus rester ministre de tutelle.

      Après les premières déclarations de Jean-Michel Blanquer, ministre de l’éducation nationale, sur « l’islamo-gauchisme » à l’université, la ministre de l’enseignement supérieur et de la recherche avait semblé vouloir défendre les libertés académiques. « L’université n’est ni la matrice de l’extrémisme ni un lieu où l’on confondrait émancipation et endoctrinement », avait-elle rappelé à son collègue du gouvernement.

      Aujourd’hui, Frédérique Vidal semble appliquer avec zèle une feuille de route écrite par l’exécutif. Interrogé sur France Inter, le 1er février par Léa Salamé, sur la place des « indigénistes » et des « racialistes » à l’université – un questionnement qui en dit long sur la maîtrise du sujet –, Gérald Darmanin, ministre de l’intérieur, a ainsi expliqué que ces idéologies sont peut-être « majoritaires » à l’université : « C’est un drame pour la France et nous devons absolument débattre pied à pied, idée par idée cela », a détaillé ce matin-là – sans souci du mélange des genres – le « premier flic de France ».

      « C’est d’ailleurs ce qu’a souhaité le président de la République dans son discours des Mureaux », rappelait-il alors, en référence au discours du chef de l’État ciblant le « #séparatisme_islamiste ».

      Soutenu par le gouvernement, un amendement glissé au Sénat dans la loi de programmation sur la recherche avait déjà, en octobre dernier, tenté de soumettre les libertés académiques au « cadre des valeurs de la République ». Finalement rejeté, au vu de sa formulation floue, il révélait déjà combien l’exécutif se montrait soupçonneux à l’égard du monde universitaire.

      La tribune des cent universitaires publiée dans le Monde fin octobre, parmi lesquels Marcel Gauchet, Gilles Kepel, Pierre-André Taguieff ou Pierre Nora, dénonçant un « déni » face à l’islamisme et déplorant que « Les idéologies indigéniste, racialiste et « décoloniale » (transférées des campus nord-américains) » aient infiltré l’université « nourrissant une haine des « Blancs » et de la France » a sans doute fait son effet sur l’exécutif. Lequel n’a pas prêté grand crédit aux multiples contre-tribunes, sur le sujet, dont celle de deux mille chercheurs aussi publiée par le Monde, et pourtant signée par des chercheurs encore en prise, eux, avec la production en sciences sociales.

      Le président, passé de la lecture de Paul Ricœur à celle de Pierre-André Taguieff et sa dénonciation des « bonimenteurs du postcolonial », avait déjà affirmé en juin dernier devant des journalistes que « le monde universitaire a été coupable. Il a encouragé l’#ethnicisation de la question sociale en pensant que c’était un bon filon. Or, le débouché ne peut être que sécessionniste. Cela revient à casser la République en deux ».

      Aujourd’hui, sous les coups de boutoir d’un pouvoir obsédé par la mise au pas de la communauté universitaire, ce sont surtout les enseignants, les chercheurs et plus largement les libertés académiques qui sont menacés.

      https://www.mediapart.fr/journal/france/170221/islamo-gauchisme-vidal-provoque-la-consternation-chez-les-chercheurs?ongle

    • Vidal au stade critique - Communiqué de SLU, 17 février 2021

      « Ainsi, depuis des mois, par petites touches, se met en place un discours officiel anti-universitaire, sans que jamais la ministre de l’Enseignement supérieur qui devrait être le premier rempart des universitaires contre ces attaques n’ait eu un mot pour les défendre » disions-nous dans notre communiqué du 24 octobre pour dénoncer les propos de Jean-Michel Blanquer devant les sénateurs dans lesquels il dénonçait « des courants islamo-gauchistes très puissants dans les secteurs de l’enseignement supérieur qui commettent des dégâts sur les esprits ».

      Dans une tribune à L’Opinion deux jours plus tard la ministre de l’ESR semblait y répondre du bout des lèvres : « L’université n’est pas un lieu d’encouragement ou d’expression du fanatisme ». Bien.

      Mais depuis, la petite musique est devenue fanfare assourdissante : ainsi, deux députés LR, Julien Aubert et Damien Abad demandaient en novembre une mission d’information de l’Assemblée Nationale sur « les dérives idéologiques dans les établissements d’enseignement supérieur » ; ce même Julien Aubert publiait le 26 novembre 2020 les noms et les comptes Twitter de sept enseignants-chercheurs, nommément ciblés et livrés à la vindicte publique ; cette dénonciation calomnieuse s’ajoutait aux propos tenus par la rédaction du journal Valeurs Actuelles à l’encontre du Président nouvellement élu de l’université Sorbonne Paris Nord ; le ministre de l’intérieur Gérald Darmanin (le 1er février 2021 sur France-Inter) parlait d’idéologie racialiste ; la députée LR Annie Genevard dans le débat sur l’interdiction du voile à l’université dans le cadre de la loi sur le séparatisme (le 3 février 2021) synthétisait tout cela en affirmant que « L’université est traversée par des mouvements puissants et destructeurs […] le décolonialisme, le racialisme, l’indigénisme et l’intersectionnalité ».

      Et le 14 février, la ministre Frédérique Vidal, muette sur l’abandon de l’université et de ses étudiants depuis le début de la pandémie, sonne l’hallali sur une chaîne ouvertement d’extrême droite :

      « Ce qu’on observe à l’université, c’est que des gens peuvent utiliser leurs titres et l’aura qu’ils ont. Ils sont minoritaires et certains le font pour porter des idées radicales ou des idées militantes de l’islamo-gauchisme en regardant toujours tout par le prisme de leur volonté de diviser, de fracturer, de désigner l’ennemi, etc… »

      Et de répondre dans un rire à une question toute en nuance de l’interviewer « Il y a une sorte d’alliance, si je puis dire, entre Mao Zedong et l’Ayatollah Khomeini ? » : « Mais vous avez raison ! »

      Tant de bêtise pourrait prêter à rire.

      Mais au milieu d’inepties qui ne témoignent que de sa confusion, Frédérique Vidal conclut, sans crainte de se contredire dans une même phrase : « On ne peut pas interdire toute approche critique à l’université. Moi c’est ça que je vais évidemment défendre et c’est pour ça que je vais demander notamment au CNRS de faire une enquête sur l’ensemble des courants de recherche sur ces sujets dans l’université de manière à ce qu’on puisse distinguer de ce qui relève de la recherche académique de ce qui relève justement du militantisme et de l’opinion ».

      Voilà le CNRS transformé en IGPN (Inspection Générale de la Pensée Nationaliste).

      La chasse aux sorcières est donc lancée, cette fois en haut lieu. Elle ne peut qu’encourager le harcèlement, déjà intense sur internet, et assorti à l’occasion de menaces de mort, envers des collègues accusés d’être des « islamogauchistes ». Elle s’inscrit dans une course à l’extrême-droite qui n’est pas isolée dans le gouvernement : il s’agit bien d’un choix politique concerté (voire d’une intervention sur commande ?).

      Retenons, cependant, une phrase de la ministre : « Il faut que le monde académique se réveille ».

      Oui, il est grand temps de nous réveiller. Toutes les instances, tous les échelons que comptent l’enseignement supérieur et la recherche doivent désormais ouvertement se prononcer et clamer haut et fort : nous ne pouvons plus reconnaître Frédérique Vidal comme notre ministre, nous refuserons de mettre en place des directives contraires aux principes fondamentaux de l’université.

      http://www.sauvonsluniversite.com/spip.php?article8893

    • Lettre à Frédérique Vidal

      Depuis vos dernières déclarations sur « l’islamo-gauchisme », je suis dans un cauchemar terrible. Votre discours réveille tout ce que j’ai vécu et tout ce que mes collègues en Turquie sont en train de vivre. Je vous demande de prêter attention à ma parole qui s’est forgée à travers une expérience très dure de la défense de la liberté de la recherche et de l’autonomie de la production scientifique.

      https://blogs.mediapart.fr/pinar-selek/blog/210221/lettre-frederique-vidal

    • Merci @marielle, je mets tout le contenu de la lettre de #Pinar_Selek sur ce fil :

      Lettre à Frédérique Vidal

      Depuis vos dernières déclarations sur « l’islamo-gauchisme », je suis dans un #cauchemar terrible. Votre discours réveille tout ce que j’ai vécu et tout ce que mes collègues en #Turquie sont en train de vivre. Je vous demande de prêter attention à ma parole qui s’est forgée à travers une expérience très dure de la défense de la liberté de la recherche et de l’#autonomie de la production scientifique.

      –—

      Madame Vidal,

      Vous vous souvenez de moi, l’enseignante-chercheure exilée que vous aviez accueillie, dans le cadre du Programme PAUSE, à l’Université Côte d’Azur, quand vous étiez sa présidente. Mais nous nous sommes rencontrées la première fois, le 30 septembre 2019, dans le cadre de la conférence de presse du Programme PAUSE ( Programme national d’Aide à l’Accueil en Urgence des Scientifiques en Exil). En tant que ministre de l’Enseignement supérieur et de la Recherche, vous souteniez ce programme. Je pense que vous le soutenez encore. Tant mieux : vous soutenez les enseignant.es-chercheur.es qui ont fui la répression politique dans leur pays et qui ont besoin d’un espace de liberté pour continuer à poser des questions et à conduire leurs recherches.

      Depuis vos dernières déclarations sur "l’islamo-gauchisme", je suis dans un cauchemar terrible. Votre discours réveille tout ce que j’ai vécu et tout ce que mes collègues en Turquie sont en train de vivre, sous l’islamo-fascisme. Je pense que tout.es les scientifiques exilé.es qui sont aujourd’hui accueilli.es par le Programme PAUSE sont entrés dans le même cauchemar, car elles-ils savent aussi très bien comment les libertés académiques se rétrécissent quand les pouvoirs politiques interviennent dans le champ scientifique avec la justification de la lutte contre le terrorisme. En général, c’est comme ça que ça se passe. En Turquie, en Chine, en Iran. Et aujourd’hui en France.

      J’ai envie de vous dire que si vous ne revenez pas publiquement sur vos propos ou si vous ne démissionnez pas, le cancer se diffusera et des scientifiques français.es prendront le chemin d’exil.

      Ne me dites pas qu’en France ce n’est pas possible. Si, Madame Vidal, si. Vous le savez mieux que moi : le pétainisme n’est pas si vieux que ça. Rappelez-vous dans les années 1940, il y avait beaucoup d’universitaires français exilés, refusant de se soumettre au fascisme.

      Vous vous souvenez peut-être, dans la conférence de presse de PAUSE, j’avais commencé mon intervention en disant ceci : « Pour vous épargner un récit victimisant et pour me distancier d’une vision intégrationniste imprégnée de colonialisme, j’avais pensé d’abord rappeler que chaque pays a besoin de passeurs des théories scientifiques. Surtout la France qui a de grandes difficultés de traduction. Elle a besoin de savant.es qui se sont formés dans d’autres pays. De plus, accueillir les scientifiques qui ne sont pas soumis à l’autorité ne peut être qu’une richesse pour ceux et celles qui les accueillent. » Je vous demande de prêter attention à ma parole qui s’est forgée à travers une expérience très dure de la défense de la liberté de la recherche et de l’autonomie de la production scientifique.

      Madame Vidal, essayez d’écrire des articles scientifiques, avec votre casquette universitaire, pour remettre en question les notions scientifiques et inscrivez-vous dans le débat collectif des chercheur.es, mais surtout cessez d’intervenir en mettant votre casquette politique !

      Sinon vous allez mettre la machine infernale en marche.

      Et la machine du pouvoir peut aller plus loin que vous ne l’imaginez.

      Pinar Selek

      https://blogs.mediapart.fr/pinar-selek/blog/210221/lettre-frederique-vidal

    • "Islamogauchisme" : Le piège de l’#Alt-right se referme sur la Macronie

      Mardi dernier, la Ministre de l’Enseignement supérieur, de la Recherche et de l’Innovation (MESRI) a exprimé son souhait de missionner le CNRS pour une « étude scientifique » sur “l’islamo-gauchisme” qui, d’après ses propos de dimanche (14/02/21) sur une chaîne TV privée, « gangrène la société dans son ensemble ». « L’université n’[y étant] pas imperméable », il s’agirait de définir « ce qui relève de la recherche et du militantisme ». La Conférence des Présidents d’Université a immédiatement exprimé sa stupeur devant de tels propos, tandis que le CNRS indiquait dans un communiqué de presse que « “L’islamogauchisme” , slogan politique utilisé dans le débat public, ne correspond à aucune réalité scientifique ».

      C’est la troisième fois en moins de six mois que l’expression “l’islamo-gauchisme” est employée par un ministre du gouvernement Castex, contribuant à inscrire ce terme comme dénomination légitime d’une catégorie sociale, malgré l’absence de réalité scientifique.

      Au-delà de la menace que fait peser la démarche de la Ministre sur les libertés académiques, qui a suscité de vives polémiques, nous montrons qu’elle s’inscrit dans une tendance d’autant plus inquiétante qu’elle semble relever d’un #aveuglement au niveau de la Présidence et du gouvernement.

      Afin de discerner ce qui relève du #militantisme ou de la #stratégie_politique dans la #popularisation de ce #néologisme, ainsi que l’impact que pourrait avoir sa #légitimation par de hauts responsables de la République, nous présentons ici une étude factuelle sur les contextes de son utilisation dans le paysage politique français sur les 5 dernières années.

      Nous nous appuierons sur le #Politoscope, un instrument du CNRS que nous avons développé à l’Institut des Systèmes Complexes de Paris IdF pour l’étude du #militantisme_politique en ligne. Il nous permet d’analyser à ce jour plus de 290 millions de messages à connotation politique entre plus de 11 millions de comptes #Twitter émis depuis 2016.

      Nous renvoyons le lecteur intéressé par l’origine de l’expression “islamo-gauchisme” à l’historique qui en avait été fait en octobre dernier lors des premières utilisations de ce terme, d’abord par le Ministre de l’Intérieur lors d’un échange à l’Assemblée Nationale, puis par le Ministre de l’Éducation Nationale, de la Jeunesse et des Sports en réaction à l’assassinat de Samuel Paty.

      Le point important pour notre propos est que nous avons affaire à un néologisme relativement ancien (une quinzaine d’années) qui a jusque-là été peu utilisé. Entre le 1er Août 2017 et le 30 décembre 2020, sur 230M de tweets analysés, le terme « islamogauchisme » ou ses variantes ont été promus dans des tweets originaux et relayés via retweets respectivement par 0,019% et 0,26% du total comptes Twitter analysés, au sein de « seulement » 73.806 messages (0,032% du total). Nous sommes donc sur une #terminologie, et a priori une catégorisation des groupes sociaux, très marginales[1].

      Comme le montrent les recherches en sociologie et psychologie sociale[2], ce type de dénomination émergente indique la volonté de créer une nouvelle catégorie dans l’#imaginaire_collectif, passage obligé pour faire accepter de nouveaux #récits_de_référence et pour façonner de manière durable de nouvelles #représentations, #croyances et #valeurs.

      S’agissant de la dénomination d’un #groupe_social, elle est l’instrument d’une démarcation entre le groupe social qui l’emploie et le groupe social réel ou fantasmé qu’elle est censée désigner. Si le CNRS s’est exprimé au plus haut niveau pour indiquer que l’« islamogauchisme » était plus un #fantasme qu’une réalité scientifique, nous posons ici la question de ce que cette expression révèle sur le ou les groupes sociaux qui l’emploient.

      Voici donc ce qui ressort de l’expression « islamogauchisme »[3] lorsque nous la passons au macroscope de nos méthodes d’analyse.

      Quels ont été les contextes d’usage de l’expression « islamo-gauchisme » ces dernières années ?

      Si l’expression« islamo-gauchisme » est très marginale dans la #twittersphère et dans le #langage_politique ordinaire, elle apparaît dans des contextes très précis en tant qu’instrument de #lutte_idéologique.

      Une première évaluation qualitative de ce fait peut être menée à partir des messages mentionnant cette expression. Nous reproduisons ci-dessous les tweets ayant touché le plus de comptes distincts ces cinq dernières années. Ils sont classés par ordre décroissant de leur impact.

      Il apparaît clairement sur cet échantillon, par ailleurs assez représentatif de l’ensemble, que « islamo-gauchisme » est employé dans un contexte d’hostilité entre communautés politiques et non de discours programmatique, prosélyte ou de débat politique. Une analyse plus complète du contenu de ces tweets hostiles montre que les notions les plus associées à « islamo-gauchisme » sont celles de #traître, d’#ennemi_de_la_république, d’#immoralité, de #honte, de #corruption ainsi que de #menace, d’#insécurité, de #danger, d’alliance avec l’ennemi et bien sûr de compromission avec l’#islamisme_radical.

      La principale communauté politique visée par ce terme (et qui s’en défend, d’où sa présence dans ce corpus de tweets) est la #France_Insoumise et la personnalité de #Jean-Luc_Mélenchon, mais occasionnellement, ce terme vise la communauté plus large des personnalités et militants de #gauche, comme le montre le tweet le plus relayé de tout notre corpus et adressé à #Benoît_Hamon.

      Nous sommes donc sur un terme utilisé pour ostraciser et dénigrer un groupe social particulier tout en en donnant pour l’opinion publique une image anxiogène et associée à un #danger_imminent. Son utilisation a pour but de polariser l’opinion publique autour de deux camps déclarés incompatibles entre lesquels il faudrait choisir : d’un côté les défenseurs du droit et des valeurs républicaines, de l’autre les traîtres aux valeurs françaises et alliés d’un ennemi sanguinaire. La construction même du terme reflète cette ambition. Dans un pays encore meurtris par les attentats du Bataclan, le préfixe « islamo- » est au mieux négatif voire désigne des personnes dangereuses pour l’ordre public, quant au suffixe « gauchisme », il est une forme péjorative pour désigner en vrac les #idéologies_de_gauche.

      Qui a fait la promotion de la notion « islamo-gauchisme » ces dernières années ?

      En y regardant de plus près, l’usage de l’expression « islamo-gauchisme » est un marqueur de types de comptes Twitter très précis. Voici les comptes qui ont le plus utilisé cette expression ces cinq dernières années, classés par nombre décroissant d’usages de cette expression :

      Table 1. Liste des comptes ayant le plus relayé le terme « islamo-gauchisme » depuis 2016 dans le Politoscope. La mention ‘suspendu’ indique des comptes suspendus par Twitter pour leur comportement violant ses règles d’utilisation. La mention ‘protégé’ indique des comptes qui ont choisi de rendre leurs messages confidentiels. La mention bot indique des comptes ouvertement pilotés par des robots informatiques.

      On remarque tout d’abord qu’il y a une forte majorité de #comptes_suspendus. D’après Twitter, la plupart des comptes suspendus sont des #spammeurs, ou tout simplement des #faux_comptes qui introduisent des risques de sécurité pour Twitter et ses utilisateurs. Un compte peut également être suspendu si son détenteur adopte un comportement abusif, comme envoyer des menaces à d’autres personnes ou se faire passer pour d’autres comptes, ou si Twitter pense qu’il a été piraté.

      Les cas de suspension de comptes sont très rares. L’une des plus importantes purges de comptes Twitter a visé récemment 70.000 comptes ayant incité à la violence dans les jours précédant le saccage du Capitole aux USA, ce qui ne représente que 0,023% de l’ensemble des comptes actifs. Avoir plus de la moitié de comptes suspendus parmi les plus prolixes sur l’« islamo-gauchisme » est donc une prouesse et un marqueur très significatif de comportements abusifs et malveillants.

      Dans le cas présent, les raisons de la suspension semblent être un comportement verbalement violent et peut-être même plus probablement un comportement de tromperie ou d’astroturfing typique des agissements d’une certaine frange de l’#extrême_droite : une démultiplication démesurée et généralement artificielle de l’activité d’un compte pour faire illusion sur le soutien réel d’une population à une idée. Cette hypothèse est confortée par la présence de deux ‘amplificateurs’ parmi cette short list, c’est à dire des comptes dont le nombre quotidien de tweets (plus de 60 par jour en moyenne) indique qu’ils sont probablement pilotés par des robots ou des salariés.

      La seconde chose que l’on peut remarquer est l’#orientation_politique des quelques comptes présents dans cette liste pour ceux qui sont encore actifs : ils sont tous idéologiquement d’extrême-droite.

      L’analyse de l’ensemble des 83.000 #tweets contenant « islamo-gauchisme » et de leur dynamique permet de préciser ce tableau.

      Les deux communautés politiques historiques qui ont été les plus actives sur ce thème sont le #Rassemblement_National et #Les_Républicains, mais avec des temporalités très différentes. Jusqu’au 1er tour de la présidentielle de 2017, Les Républicains, et principalement les sarkozystes, étaient les plus actifs sur le sujet. Ce point n’est pas une coïncidence puisque, comme nous l’avons démontré[4] la tactique consistant à dénigrer un adversaire en révélant sa soit-disant proximité avec l’islamisme radical avait déjà été utilisée au sein même de LR contre Alain Juppé, une première fois par les sarkozistes pendant la primaire de la droite de 2016 où il était grand favori, puis par les fillionnistes au moment du Peneloppe Gate, alors que la possibilité d’un retour de Juppé était évoquée.

      La tendance s’est inversée très exactement dans l’entre-deux tours et le #RN est alors devenu, et de loin, le courant politique qui a le plus fréquemment fait usage du terme « islamo-gauchisme ». Sur ces quatre dernières années, les militants d’extrême droite ont consacré plus de deux fois plus d’efforts à sa promotion que leurs homologues Républicains (rapporté à leur volume total de tweets).

      Cette inversion s’explique par la reconfiguration des forces politiques à l’issue de la présidentielle. Comme nous l’avons déjà décrit[5], pendant la majeure partie de la campagne présidentielle, Marine Le Pen étant pronostiquée au second tour, les autres candidats se sont affrontés entre-eux pour obtenir la place restante. #Mélenchon était donc l’un des principaux adversaires de Fillon. Mais dès la présidentielle terminée et l’effondrement du PS et de LR qui s’en sont suivis, LFI et le RN sont devenus les principaux partis d’opposition et se sont donc mis à s’affronter pour prendre la place de première force d’opposition. C’est dans ce cadre que le RN a tenté d’imposer sa vision de « islamo-gauchisme » afin de discréditer son principal opposant et servir par la même occasion son agenda politique anti-immigration.

      Le terme « islamo-gauchisme » est donc avant tout une #arme_idéologique utilisée dans un #discours_hostile pour discréditer une communauté politique indépendamment de la réalité qu’il est supposé désigner.

      Une #cartographie de l’ensemble des échanges Twitter avec identification des communautés politiques révèle d’ailleurs très bien cette organisation dichotomique des échanges autour de cette expression. La figure 2 montre deux blocs qui s’affrontent : d’un côté les communautés d’extrême-droite et LR qui utilisent ce terme de manière hostile pour dénigrer ou stigmatiser la communauté LFI, de l’autre LFI qui se défend. On remarquera par ailleurs que l’extrême droite est elle-même divisée en deux sous groupes : le RN et les courants patriotes/identitaires. Enfin, la figure 3 ci-dessous montre bien l’activité ancienne, persistante et massive de l’extrême-droite pointant l’intention de faire accepter une certaine représentation du monde par ce néologisme.


      Figure 2. Cartographie des communautés politiques mentionnant « islamo-gauchisme ». Chaque point est un compte Twitter, sa couleur indique son appartenance à un courant politique. A droite, les communautés d’extrême-droite et LR utilisant ce terme de manière hostile pour dénigrer ou stigmatiser la communauté LFI (à gauche) qui se défend. La taille des nœuds est fonction du nombre de leurs tweets mentionnant « islamo-gauchisme » mise à part celle des nœuds labellisés avec des comptes actifs dont la taille a été augmentée pour des questions de visualisation. Pour ces nœuds là uniquement, la couleur indique le nombre de tweets mentionnant « islamo-gauchisme », par ordre croissant du blanc au violet. On remarquera la présence marquée de comptes très impliqués dans ce type d’échanges et suspendus depuis par Twitter. Image : CNRS, #David_Chavalarias – CC BY-ND 4.0.


      Figure 3. Cartographie des communautés politiques mentionnant « islamo-gauchisme » avec indication de la longévité des comptes. La taille des nœuds est proportionnelle à l’intervalle de temps pendant lequel a été détectée une participation à la polémique « islamo-gauchisme ». Il apparaît clairement qu’il y a une activité ancienne, persistante et massive à l’extrême-droite. Image : CNRS, David Chavalarias – CC BY-ND 4.0.

      Pourquoi l’adoption du #vocabulaire de l’extrême droite est-elle un piège ?

      Si l’on résume les éléments factuels que nous venons de présenter :

      Bien que la science ne reconnaisse pas « islamo-gauchisme » comme une catégorie sociale légitime, plusieurs courants d’extrême-droite en font depuis longtemps la promotion,
      Cette promotion, qui s’inscrit dans des échanges hostiles et dépourvus d’éléments programmatiques, a des objectifs bien précis : 1) discréditer ses opposants de gauche, 2) convaincre l’#opinion_publique de l’existence d’une nouvelle catégorie d’acteurs : des ennemis intérieurs alliés aux forces obscures de l’islamisme radical. Ce faisant, elle crée une #atmosphère_anxiogène propice à l’adhésion à ses idées.

      Si, comme nous avons pu le mesurer, cet effort soutenu n’a pas eu d’effet notable sur l’écosystème politique jusqu’à récemment, les interventions successives de trois ministres de la République ont changé la donne. La dernière intervention de Frédérique Vidal lui a fourni une exposition inespérée.

      L’existence de groupes « islamo-gauchites » vient d’être défendue officiellement au plus haut niveau puisqu’il serait absurde de demander une enquête sur quelque chose à laquelle on apporte peu de crédit. Cette dénomination est donc légitimée par le gouvernement, avec en prime l’idée que de notre jeunesse serait menacée d’#endoctrinement.

      La réaction épidermique du milieu universitaire à ces interventions n’a fait qu’amplifier l’exposition à cette idée, même si c’était pour la démentir, laissant présager d’un #effet_boomerang. Nous voyons ainsi sur le détail de l’évolution de la popularité de ce terme (Figure 4) qu’il a été propulsé au centre des discussions de l’ensemble des communautés politiques à la suite de l’intervention de la ministre et qu’il a même atteint assez profondément “la mer”.

      « La mer » est le nom que nous avons donné à ce large ensemble de comptes qui ne sont pas suffisamment politisés pour être associés à un courant politique particulier mais qui échangent néanmoins des tweets politiques. Toucher “la mer” avec leurs idées est le graal pour les communautés politiques car c’est un réservoir important de nouvelles recrues. Ainsi, “la mer”, concentrant son attention sur ce concept d’« islamo-gauchisme », est amenée à problématiser les enjeux politiques à partir des idées de l’extrême-droite.

      D’après nos mesures, les ministres du gouvernement ont réussi à faire en quatre mois ce que l’extrême-droite a peiné à faire en plus de quatre années : depuis octobre, le nombre de tweets de “la mer” mentionnant « islamo-gauchisme » est supérieur au nombre total de mentions entre 2016 et octobre 2020. On peut parler de #performance.


      Figure 4. Détail de l’évolution du nombre cumulé de tweets émis par les principales communautés politiques avec la mention « islamo-gauchisme » ou ses variantes. Le volume de tweets de “la mer” apparaît en vert et peut être lu sur l’axe des ordonnées à droite. Image : CNRS, David Chavalarias – CC BY-ND 4.0.

      La porte ouverte à l’#alt-right

      Pour bien comprendre la faute politique que constitue la légitimation et l’appropriation d’un concept tel que « islamo-gauchisme » par un gouvernement, il faut se placer dans le contexte mondial de la montée de l’alt-right et des étapes qui permettent à cette idéologie de gangrener le pouvoir.

      Contrairement à “« islamo-gauchisme », l’alt-right est un mouvement idéologique bien réel, scientifiquement documenté[6], et revendiqué publiquement au sein d’espaces d’échanges en ligne tels que #4Chan et #8Chan.

      L’alt-right est l’idéologie dont l’ascension a accompagné la prise du pouvoir de Donald Trump. Ses partisans sont nationalistes et suprématistes, racistes et antisémites, complotistes, intolérants et d’une violence parfois teintée de néonazisme[7]. Ils s’organisent de manière décentralisée via les médias numériques et recrutent “parmi les identitaires blancs, éduqués ou non, qui se présentent comme victimes de la culture dominante” (Port-Levet, 2020). Ils utilisent la #désinformation comme principal moyen pour propager leur idéologie “qui se fonde sur la #confusion_idéologique et dont l’un des principaux objectifs est de troubler l’ordre politique pour accélérer le chaos”[8].

      On ne s’étonnera pas que l’alt-right conçoive l’Université comme un repère de gauchistes et que certains de ses partisans en aient fait leur principal champ de bataille[9].

      L’idéologie alt-right a déjà quelques belles victoires à son palmarès, dont les mandatures de Donald Trump aux États-Unis et de Bolsonaro au Brésil, pays dont on relèvera qu’il dispose du même mode de scrutin présidentiel que la France.

      Comme nous l’avons documenté[10], ses partisans sont convaincus que #Marine_Le_Pen est de leur côté (cf. Figure 5), ils l’ont d’ailleurs activement soutenu en 2017 en espérant lui donner le coup de pouce décisif qui la mènerait à la victoire. L’un de leurs forums post-premier tour, intitulé “#Final_Push_Edition”, commençait le 25 avril 2017 par la formule “Alright everyone, our golden queen has won the first round and must now face her final opponent Macron Antoinette.”[11]. S’en suivait une série d’échanges et de conseils sur la meilleure manière de manier la désinformation pour réorienter une partie de l’opinion française vers un vote Le Pen ou l’abstention.


      Figure 5. Meme propagé en 2017 par les partisans de l’alt-right montrant Marine Le Pen faisant le symbole « O-KKK » (en référence au Ku Klux Klan) qui signifie “White Power”, signe de ralliement des suprémacistes blancs. Ce signe peut être vu également sur de multiples photos de la prise du Capitole. La grenouille, “Pepe the frog”, est la mascotte du mouvement. Ce photo-montage est un message entre partisans de l’alt-right pour indiquer que Marine Le Pen défend leurs valeurs. Image : 4Chan – Meme Internet – auteur anonyme.

      Depuis, ce courant n’a cessé de se renforcer à travers le monde, bénéficiant de la bouffée d’oxygène apportée par la mandature #Trump. Avec la victoire de Biden, ils n’auront rien de mieux à faire ces prochains mois que de s’occuper à nouveau des élections présidentielles en Europe.

      Pour propager leur idéologie à grande échelle, les activistes de l’alt-right se doivent de conquérir l’#imaginaire_collectif avec leurs représentations du monde. Comme une araignée, ils nécrosent progressivement la #morale_collective et la confiance que les citoyens ont dans leurs institutions démocratiques jusqu’à leur faire perdre tout repère. L’espoir de ces activistes est qu’alors un coup de force coordonné, jouant sur les #émotions_négatives, leur permettra de faire basculer une élection.

      Le chemin de cette nécrose est connu et documenté par la recherche en psychologie sociale, sociologie et sciences politiques. Il a été emprunté par les partisans de #Donald_Trump et a mené à l’insurrection du Capitole. En avoir connaissance nous permet de constater que nous l’empruntons déjà et que la Ministre de l’Enseignement supérieur, de la Recherche et de l’Innovation vient, probablement à son insu, d’y jouer un rôle d’agent de la circulation très efficace.

      Il y a en effet un parallèle quasi parfait entre la stratégie de l’alt-right américaine et celle qui sous-tend la promotion de la notion d’« islamo-gauchisme ». Citons pour nous en convaincre quelques passages d’une excellente recherche sur ce mouvement aux États Unis. Elle se fonde sur une analyse qualitative du discours alt-right sur le forum “r/The_Donald” au sein de Reddit (McLamore and Uluğ, 2020) :

      […] La théorie des représentations sociales met en évidence la pensée dualiste et dichotomique qui distingue les catégories, c’est-à-dire les “bonnes personnes/mauvaises personnes”, les “amis/ennemis”, les “élites/nonelites”, la “majorité/minorité” (Markova, 2006 ; Staerklé, 2009 ; Staerklé, Clemence, & Spini, 2011) – et l’appartenance à ces #catégories_antagonistes est attribuée en fonction de la concordance ou de la discordance avec des #symboles, #valeurs ou caractéristiques qui sont socialement représentés (Staerklé, Clemence, & Spini, 2011)

      Les résultats indiquent que les billets[12] qui contiennent des représentations sociales ou des éléments narratifs sur r/The_Donald se concentrent largement sur les caractéristiques des libéraux/gauchistes/démocrates, y compris leurs idéologies, leurs motivations et leurs objectifs perçus, et représentent les partisans de Donald Trump et des conservateurs plus généralement par opposition à ces groupes.

      Dans les trois catégories principales les plus courantes, les billets ont pour fonction de rejeter les positions libérales et de délégitimer les opposants politiques au populisme d’extrême droite (par exemple, les libéraux, les gauchistes, les marxistes, les militants des minorités, les militants de l’immigration, les féministes, les militants queer, etc.) […]

      Ces représentations des libéraux interprètent les positions libérales comme peu sincères et/ou invalides, représentant l’opposition au #populisme d’extrême droite comme le produit d’un lavage de cerveau, et représentant les opposants au populisme d’extrême droite comme illégitimes dans leurs croyances. Ce faisant, ces représentations des libéraux fonctionnent non seulement pour rejeter les idées libérales, mais aussi pour positionner les partisans de Donald Trump et les libéraux comme des parties opposées au sein d’un récit. L’émergence de tels récits, qui représentent des groupes en tant que forces opposées ayant des buts et des objectifs incompatibles, tout en délégitimant ou en rejetant simultanément les buts et les objectifs du parti rival, est un élément essentiel de l’infrastructure sociopsychologique des conflits entre groupes (Bar-Tal, 2007 ; Bekerman & Zembylas, 2009 ; Salomon, 2004).

      Comme les représentations sociales fonctionnent comme les éléments constitutifs des récits (Liu & Hilton, 2005 ; Moscovici, 1968/2008), ces représentations des libéraux et du libéralisme contribuent à établir les bases d’une infrastructure sociopsychologique des conflits entre groupes. […]

      La #délégitimisation des musulmans et des immigrants renforce mutuellement la délégitimisation des libéraux sur r/The_Donald. En tant que tels, les libéraux ne sont pas seulement présentés comme une #menace_interne, intragroupe, par leur élitisme et leur censure perçus de la culture américaine traditionnelle, mais aussi comme facilitant ou permettant une #menace_externe, intergroupe, par leur association avec les immigrants et les musulmans, qui sont représentés sur r/The_Donald comme intrinsèquement dangereux. Ces deux processus pourraient faciliter le soutien à l’#escalade_de_la_violence, car des travaux antérieurs en psychologie sociale établissent un lien entre la menace perçue et le soutien à l’escalade du conflit et à la #violence future dans les conflits violents (Hirschberger, Pyszczynski, & Ein-Dor, 2015). Au sein de r/The_Donald, nos résultats qualitatifs suggèrent donc que les libéraux représentent à la fois une menace culturelle par leurs attaques (perçues) contre les valeurs traditionnelles de ces Redditeurs, mais aussi une menace physique tangible par leurs liens avec des groupes extérieurs qui sont représentés comme violents et dangereux. Ces perceptions de la menace, qui se chevauchent mais sont distinctes, suggèrent que, dans ces représentations, les libéraux peuvent représenter des menaces à la fois symboliques et réelles (voir Stephan & Stephan, 2000).

      Pris dans leur ensemble, les billets des principales catégories [de r/The_Donald] représentent les libéraux comme étant à la fois oppresseurs des Blancs américains et des traditions américaines, mais impuissants, s’appuyant sur la #conspiration et le #lavage_de_cerveau pour conserver leur position d’élite. […]

      Ces représentations pourraient, en théorie, évoquer une #mentalité_de_siège typique des victimes dans un conflit où elles perçoivent tout comme étant contre elles (voir Bar-Tal & Antebi, 1992). Avec cette mentalité, les personnes partageant les représentations sociales qui prévalent sur r/The_Donald peuvent se comporter comme si elles étaient assiégés parce qu’ils se perçoivent et se représentent comme tels.

      Dans sa prise de parole sur l’« islamo-gauchisme » à l’assemblée, la Ministre a justifié sa démarche en se disant “extrêmement choquée de voir au Capitole apparaître un drapeau confédéré et [qu’elle pensait] qu’il est essentiel que les sciences humaines et sociales se penchent sur ces questions qui sont encore d’actualité”. Aussitôt dit aussitôt fait, dirions-nous. Les sciences humaines et sociales se sont déjà penchées sur les dérives qui ont mené au Capitole et elles n’ont rien à voir avec l’« islamo-gauchisme ». Au contraire, comme le démontrent les extraits précédents, les événements du Capitole sont directement liés à la légitimation de termes tels que « islamo-gauchisme ».

      En résumé, la première étape pour ancrer l’#idéologie_alt-right et arriver à saboter une démocratie est de concrétiser dans l’imaginaire collectif la représentation d’un #ennemi_de_l’intérieur qui pilote nos élites et fait alliance avec des ennemis de l’extérieur (non-blancs). La notion d’« islamo-gauchisme » est en cela une #trouvaille_géniale qui véhicule en quelques lettres cette idée maîtresse. En France, l’alt-right n’aurait pu rêver mieux que l’intervention récente de la Ministre : l’« islamo-gauchisme » pourrait être en train de corrompre les têtes pensantes de nos Universités ; propos amplifié par le Ministre de l’Éducation Nationale qui le voit “« comme un #fait_social indubitable »[13]. La polémique nationale que cela a suscité est un service rendu inestimable.

      Le billard du chaos

      Le recours du gouvernement à la rhétorique de « islamo-gauchisme » révèle une perte inquiétante de repères. Après trois reprises par trois ministres différents et importants, la dernière étant assumée deux jours plus tard par une intervention à l’Assemblée Nationale puis une autre au JDD, une #stratégie_gouvernementale affleure qui révèle une certaine nervosité. Et si LREM n’était pas au deuxième tour de la présidentielle en 2022 ?

      Les mouvements sociaux de 2018, les gilets jaunes éborgnés, la pandémie qui n’en finit pas de finir, la crise économique sans précédent qui s’annonce, tout cela fait #désordre et n’a pas permis à Emmanuel Macron de développer pleinement son programme. Il y a de quoi s’inquiéter. Comme en 2017, les partis politiques semblent se résoudre à avoir Marine Le Pen au second tour, jeu dangereux étant donné les failles de notre système de vote[14]. Pour passer les deux tours, LREM devra donc éliminer LFI au premier tour, actuellement son opposant le plus structuré hormis le RN, puis battre le RN au deuxième tour. Accréditer l’existence d’un “islamo-gauchisme”, c’est à la fois affaiblir LFI en emboîtant le pas de l’extrême droite et montrer aux électeurs qui seraient tentés par le RN que, dans le domaine de la lutte contre l’islamisme radical, LREM peut tout à fait faire aussi bien, voire mieux, qu’une Marine Le Pen qualifiée de “molle” par Gérald Darmanin[15].

      Ce billard à trois bandes qui relève du “en même temps” est cependant extrêmement dangereux et a toutes les chances de devenir incontrôlable.

      Il n’y a pas de “en même temps” dans le monde manichéen de l’alt-right qui s’attaque aux personnalités avant de s’attaquer aux idées. Une fois les représentations ad-hoc adoptées, l’électeur préférera toujours l’original à la copie et l’anti-système au système. Le vainqueur de 2022 sera celui qui arrivera à contrôler le cadre dans lequel s’effectueront les raisonnements des électeurs, et si ce cadre contient en son centre le terme “islamo-gauchisme”, il est fort à parier que Macron pourra faire ses valises. Pour ne pas perdre en terrain ennemi, la meilleure stratégie est de ne pas s’y aventurer.

      Epilogue

      Pour revenir sur la question de l’indépendance des universitaires et des chercheurs qui a donné à cette polémique une couverture nationale, on remarquera qu’il y a là un exemple assez pur du mode opératoire de l’alt-right, que la Ministre, a priori à son insu, a accompagné. Comme le montre Simon Ridley (2020), l’alt-right n’est plus un activisme marginal, exercé sous couvert de la « liberté d’expression », mais un engagement dans des actions criminelles destinées à créer du #chaos et à renverser la réalité[16]. Un mode opératoire récurrent des partisans de l’alt-right est de créer un #ennemi_imaginaire contre lequel ils se positionnent en rempart, espérant ainsi créer la réaction hostile à leur encontre qui justifiera leurs actions, souvent violentes.

      L’alt-right cible de manière privilégiée la #jeunesse et les universités. L’idée qu’il puisse y avoir au sein de l’université des groupes tels que des “islamo-gauchistes” sert précisément à légitimer leur intervention dans ce milieu. On a donc ici un parfait renversement de valeurs : un groupe qui promeut des méthodes malhonnêtes et violentes essaie de faire croire à l’existence d’un pseudo-groupe pour apparaître comme un rempart salutaire.

      https://politoscope.org/2021/02/le-piege-de-lalt-right-se-referme-sur-la-macronie

    • #Blanquer voit l’"islamo-gauchisme" comme «un fait social indubitable»


      https://twitter.com/BFMTV/status/1363103524020760578

      Blanquer, je transcris ici ses propos:

      « Ce serait absurde de ne pas vouloir étudier un #fait_social. Il faut bien étudier dans ce cas là... si c’est une #illusion... il faut étudier l’illusion, et regarder si ça n’est une. Pour ma part je le vois comme un fait social indubitable, ça se voit par exemple dans les déclarations de certains politiques politiques. Quand vous avez Monsieur Mélanchon qui participe à une manifestation du CCIF où il y avait clairement des islamistes radicaux, Monsieur Mélanchon quand il fait cela tombe dans l’islamogauchisme sans aucun doute. Je veux bien après que des spécialistes de sciences politiques examinent ça, trouvent d’autres mots pour décrire le phénomène, chacun doit voir cela avec sérénité et objectivité »

    • Au soldat du déni Frédérique Vidal, la patrie résistante

      « Une diversion et un ballon d’essai » : c’est ce que j’ai répondu quand on m’a demandé mon avis sur le commentaire de Frédérique Vidal sur CNews. Mon métier d’historienne des sciences étant d’analyser des controverses, prenons le temps d’y réfléchir à l’aune des persistances dans l’attaque des libertés académiques. Le déni doit cesser, à nous de choisir si nous, service public de la République, résisterons.

      « Une diversion et un ballon d’essai » : c’est ce que j’ai répondu à la journaliste du Monde quand elle m’a demandé, mardi 16 février 2021, mon avis sur le commentaire de Frédérique Vidal sur CNews, repéré par Martin Clavey (The Sound of Science). J’ai aussi précisé que je n’avais pas écouté son discours. Que je ne pouvais plus lire, ni écouter Frédérique Vidal, ma ministre de tutelle depuis plus de trois mois — car il en allait de ma santé mentale.

      Mais il en va désormais de la sécurité de toute une profession.

      Mon métier d’historienne des sciences étant d’analyser des controverses, prenons le temps d’y réfléchir, à l’aune d’une connaissance approfondie acquise par la chronique quotidienne d’une grève universitaire sur academia.hypotheses.org et commençons par rappeler que l’Assemblée nationale vient d’adopter, en première lecture, un des projets de loi les plus racistes portés par un gouvernement depuis Vichy ; et un autre projet de loi « Sécurité globale » qui constitue, par ses termes, une atteinte majeure aux libertés publiques.
      Faire diversion

      Une diversion d’abord, bien réussie. Quelques jours plus tôt, Frédérique Vidal avait fait l’objet d’une sévère mise en cause publique au Sénat, à l’occasion d’un débat « Le fonctionnement des universités en temps de COVID et le malaise étudiant » à l’initiative de Monique de Marco groupe Écologiste – Solidarité et Territoires, vice-présidente de la Commission Culture.

      Le réquisitoire était implacable : ces derniers mois, 20% des jeunes ont eu recours à l’aide alimentaire ; la moitié des étudiant·es disent avoir des difficultés à payer leurs repas et leur loyer, qui représente 70% de leur budget. Dans une enquête portant sur 70 000 étudiant·es, 43% déclaraient des troubles de santé mentale, comme de l’anxiété ou de la dépression.

      Face à cela, les mesures prises par le MESRI sont insuffisantes ou plutôt dérisoires, inégalitaires ; les services universitaires complètement débordés. Pierre Ouzoulias, à cette occasion, a d’ailleurs clairement établi l’importance du définancement du budget « Vie étudiante » : 35 millions d’euros de crédits du programme « Vie étudiante » supprimés en novembre 2019 ; 100 millions d’euros de crédits votés en 2018 et 2019, finalement non affectés.

      Les longues files devant les distributions alimentaires trouvent dans cette politique budgétaire continue leur origine : le gouvernement ; qui a préparé la catastrophe sociale, n’a pas cherché depuis le confinement à la contrecarrer.

      Sans budget supplémentaire, Frédérique Vidal réussit également à contrecarrer toute réflexion collective sur l’aménagement des examens et des concours, jusqu’à intervenir dans une procédure judiciaire au nom de la « qualité des diplômes ».

      Ces réflexions, que nous menons tous et toutes dans des collectifs restreints, sont indispensables pourtant pour limiter les inégalités, réduire le stress qui ont conduit des étudiant∙es à se suicider et surtout mieux concentrer nos efforts sur les contenus de formation, autrement plus indispensables pour la « génération sacrifiée » ; au-delà des inégalités, nous voyons se profiler déjà de graves conséquences psychopathologiques du confinement.

      Mais les étudiant∙es ne sont pas les seul∙es à faire les frais de cette politique dont la Ministre est la première VRP, sans les responsabilités qui vont avec : siège vacant depuis le début de son mandat au Comité d’hygiène, de sécurité et des conditions de travail de son propre ministère ; des circulaires sans fondements, tendant uniquement à éloigner la communauté universitaire des campus.

      Pour couronner le tout, elle fait voter une loi de programmation de la recherche (LPR) —censée être une loi de finances,mais sans postes ni crédits supplémentaires — en pleine épidémie, qui s’emploie méthodiquement à attaquer l’indépendance de l’université et, en poursuivant l’expérience Parcoursup, à limiter sinon anéantir la formation universitaire supérieure publique.

      Une diversion donc, mais aussi un ballon d’essai.

      Il faut sans doute avoir suivi un an de préparation et de vote de la LPR, dans toutes ses étapes comme l’a fait le blog de veille Academia.hypotheses.org, pour comprendre que les récents propos de la Ministre sont l’exacte réplique de la demande faite par Julien Aubert et Damien Abad le 25 novembre dernier demandant la création d’une « mission d’information parlementaire sur les dérives idéologiques intellectuelles dans les milieux universitaires », où l’on repérait déjà l’anathème attrape-tout islamogauchistes.

      Pour ces compagnons de la première heure de Gérald Darmanin, il s’agissait tout à la fois de sauver le soldat Blanquer de la mission d’enquête parlementaire « Avenir lycéen » (diversion) et de préparer le terrain pour leur camarade Ministre, qui mitonnait déjà sa loi « Principes républicain » (ballon d’essai).

      Au lieu d’une agitation, il s’agissait ainsi d’une étape dans une séquence commencée avec les voeux de Marion Maréchal-Le Pen, dont les idées sont reprises par Emmanuel Macron le 10 juin, accusant des universitaires de « casser la République en deux » et continuée avec Jean-Michel Blanquer qui, le 28 octobre, met en cause les universitaires devant le Sénat, à qui la frange « Printemps républicain » des Républicains, emboîte le pas. À l’appui de leur démarche, une tribune d’universitaires est opportunément parue un mois plus tôt, invitant le pouvoir à organiser une police politique des universités.
      Le soldat du déni

      Quel ballon d’essai lance donc Frédérique Vidal qui persiste encore ce dimanche dans ce que les organismes scientifiques jugent au mieux absurde ?

      Pour le comprendre, il faut mettre en résonance deux choses : sa pratique législative, d’une part, dans son lien étroit avec l’Élysée ; les objectifs qu’elle s’était donnée avec la précédente loi, d’autre part.

      Du côté de la pratique législative, nous pouvons résumer son action comme mue par un « déni de démocratie permanent ».

      Avec Academia, à l’occasion d’une table-ronde qui s’est tenue entre les votes Assemblée et Sénat de la LPR, nous avons pu mesurer combien la ministre avait fait fi de toutes les avis et recommandations des instances consultatives, depuis la consultation des agents de l’ESR, des organismes, des organisations syndicales représentatives.

      Le plus flagrant est la mise sous le tapis de l’avis du Conseil Économique, Social et Environnemental, pourtant voté à l’unanimité, par la CGT et le Medef. La 3e Assemblée de la République avait en effet établi un constat initial assez proche du Ministère, mais en tirait des conclusions bien différentes : pour le CESE, il faut des milliards d’euros, tout de suite, des recrutements là encore massifs.

      Pour comprendre les vues diamétralement opposées, il suffit de comprendre qu’outre les avis obligatoires des instances, le gouvernement s’est dispensé d’une étude d’impact en bonne et due forme. Le projet politique n’a jamais été « analysons correctement les données du problème posé par l’ESR et tirons-en des conclusions », mais « mettons en œuvre notre plan, et établissons une stratégie et une communication pour la mener à bien ».

      Quelle était la stratégie ?

      Zéro budget, zéro création de postes, voire passe-passe budgétaire divers avant la fin du quinquennat. La stratégie de communication, digne d’un Ministère de la Vérité, a consisté à marteler « 25 milliards » sur tous les plateaux de télévision avant la fin du quinquennat Macron ; ou à parler de création de postes, quand il y multiplication de statuts précaires, mais pas de budget pour les financer non plus.

      La tactique consiste elle à opérer par coups de force à la fin du processus législatif, par le biais d’amendements votés par une « nuit noire » d’octobre : suppression de la qualification, en affaiblissant ainsi le Conseil national des universités, organe représentatif des universitaires ; création d’un délit pénal, aggravé en commission mixte paritaire en « délit d’atteinte à la tranquillité et au bon ordre des établissements », puni de 3 ans de prison et de 45 000€ d’amendes.

      Et pour parachever le dispositif, sans considération pour conflit d’intérêt, faire nommer le Conseiller présidentiel à la tête de ce qui doit devenir l’instrument de l’achèvement de la mise au pas des universités : le Haut Conseil à l’Évaluation de la Recherche et de l’Enseignement Supérieur.

      En un mot, faire croire à une politique budgétaire favorable pour les universités alors qu’il s’agit de fragiliser encore leur capacité d’action, leur autonomie et leur rayonnement à l’international. Frédérique Vidal, en bon petit soldat de la macronie, fait un sans faute. Sur tout, sauf sur un point de détail, censuré par le Conseil constitutionnel comme « cavalier législatif » : le délit pénal.
      Abattre la résistance

      Pourquoi Frédérique Vidal sort-elle tout cela de son chapeau maintenant ?

      Que cherche-t-elle, à vouloir distinguer des déviances au sein de l’université ?

      Y a-t-il une volonté, sous prétexte de séparer le « savoir » des « opinions » de venir contrôler ce qui s’y dit et s’y fait ?

      Sur ce sujet, l’introduction d’un délit pénal d’un type nouveau représente un vrai danger, sous forme de première étape. Avec le projet de loi « Principes républicains », il s’agit donc d’ajouter un volet « universités » et de donner les moyens judiciaires à l’État macronien de faire plier ce qui représente un lieu historique de la formation critique des citoyens et des enseignant∙es des premiers cycles.

      Avec le délit pénal, c’est la fin des franchises académiques arrachées à l’exécutif au Moyen-Âge, et protégeant les campus universitaires des incursions non-autorisées du pouvoir exécutif.

      Déjà, on voit bien comment la fermeture des établissements d’enseignement supérieur depuis près d’un an semble moins résulter d’une gestion de l’épidémie que de buts politiques moins glorieux, comme celui de briser toute contestation. Les forces de police s’invitent désormais dans des espaces qui leur étaient interdits sans autorisation, comme jeudi dernier à Nanterre, lors d’un hommage à un étudiant qui s’était suicidé.

      Les agents publics de l’ESR, victimes d’injure, de diffamation, voire de menaces de mort, n’ont pas le soutien de leur hiérarchie dont bénéficient les agents de police, même en cas de fautes lourdes. La protection fonctionnelle, outil important des libertés académiques, ne constitue plus un bouclier pour préserver l’indépendance des agents publics.

      Il ne reste donc plus qu’une chose à faire pour compléter l’arsenal répressif, après avoir rogné les franchises universitaires et limité l’usage de la protection fonctionnelle : remettre le délit pénal « pour atteinte à la tranquillité et au bon ordre des établissements » — qualification tellement vague qu’un courriel professionnel pourrait suffire à faire entrer l’universitaire ou l’étudiante un peu critique dans le radar des délits.

      Pour cela, Frédérique Vidal peut compter sur les mêmes sénateurs qui l’ont aidée en octobre : le président de la commission culture, et le rapporteur pour avis du projet de loi « Principes républicains ». Ces parlementaires et ceux qui ont déjà voté leurs amendements l’ont déjà prouvé : ils haïssent l’université, n’envisagent pas une seconde que l’émancipation de son milieu social et la formation à l’esprit critique relèvent des missions de l’université.

      Pour ces esprits chagrins, il faut empêcher de nuire les étudiant∙es et ceux — ou plutôt celles — qui ne partagent pas leurs idées. Pour cela, tous les moyens seront bons : même un vote à 1h du matin, entre une poignée de sénateurs. Frédérique Vidal le sait. Mardi, devant l’Assemblée nationale, c’est un signal déjà envoyé aux sénateurs et aux sénatrices par Blanquer, agissant pour le compte du président de la République : les universitaires sont complices ; elles sont donc coupables. Empêchez-les de nuire, en les arrêtant et en les emprisonnant si besoin.

      De toute cette séquence commencée il y a un an, ce que je retiens, c’est que les institutions universitaires, qui ont jusqu’à présent fait confiance à leur tutelle ― de façon mesurée mais réelle ― doivent saisir que le danger est réel ; que le déni doit cesser.

      La Ministre encore en poste, pilotée de toutes les façons au plus haut sommet de l’État par l’Elysée et le HCERES n’a plus rien à perdre. Le président de feue la République entend assouvir son désir de faire taire toute opposition, surtout si elle émane des puissants mouvements civiques en branle depuis l’an passé qui exigent une société plus juste pour tous et toutes.

      Le déni doit cesser.

      Depuis la présidence Sarkozy et le vote de la loi dite « Libertés et responsabilités des universités », les gouvernements successifs s’en prennent frontalement aux universitaires et aux étudiant⋅es en sous-finançant délibérément le service public de l’enseignement supérieur et la recherche, en en limitant l’accès, en nous imposant ainsi des conditions de travail indignes, des rémunérations horaires inférieures au SMIC et désormais en affamant les étudiant∙es — conduisant l’ensemble de la communauté universitaire dans une situation de mépris et de souffrance intolérable.

      À la souffrance s’ajoute désormais une certaine folie induite par le double-discours gouvernemental, privilégiant la diversion à la saisie du problème de la pauvreté étudiante. Radicaliser le débat public en désignant un bouc émissaire pour engendrer une peur panique participe de la fabrication du déni des réalités sociales et politiques quotidiennes de nos concitoyennes et de nos concitoyens, des jeunes particulièrement et donne une réelle assise à un pouvoir autoritaire.

      Mais un autre déni doit cesser, si on entend encore appliquer les principes constitutionnels de la République : la réactivation d’un ordre colonial et patriarcal.

      À force de nier quotidiennement les droits humains élémentaires des réfugiés, d’organiser des contrôles au faciès dès l’adolescence, en stigmatisant au sein de l’institution scolaire les enfants et les mères, de ne pas sanctionner les comportements et des crimes racistes au sein des forces de police — capables, rappelons-le, de mettre à genoux des lycéens pendant de longues heures, rejouant ainsi une scène de guerre coloniale — l’État français entend reconstituer sur son sol même une classe de sous-citoyens et de sous-citoyennes, privées des droits communs.

      La dissolution d’une association de lutte contre les discriminations, au prétexte de « complicité » de faits non avérés, se comprend ainsi : il faut désormais abattre toutes les tentatives de résistance antiraciste, féministe et de défense des libertés publiques non comme des facteurs d’émancipation mais une opposition néfaste.

      Désormais, à lire la séquence qui a commencé sur CNews et qui a « persisté » dans le Journal du dimanche hier, c’est l’université dans son ensemble qui représente une telle force de résistance. À nous de choisir si nous, service public de la République, résisterons.

      Christelle Rabier, maîtresse de conférences, EHESS (Marseille)

      1- Voir par exemple : « Le Roy le veult ! » — Circulaire d’Anne-Sophie Barthez du 22 janvier 2021

      2- Expression reprise à Anthony Cortès (Marianne) https://www.marianne.net/societe/education/frederique-vidal-la-ministre-de-lenseignement-superieur-maitre-dans-lart-d

      3- Pour lire une analyse sur l’avis cf. https://academia.hypotheses.org/25936

      4- Seuls 500 millions sont mis sur la table– soit 10 fois poins que ce que le CESE jugeait urgent de budgeter. Pour information, le Crédit impôt recherche, important dispositif d’ “optimisation fiscale”ou refus d’impôt, représente plus de deux fois le budget annuel du CNRS, masse salariale incluse.

      5- Sur le traitement différentiel des agents entre fonctions publiques et l’usage de la protection fonctionnelle comme protection politique des affidés, voir les deux billets Protection fonctionnelle : cas d’école et Courrier à la ministre : Mesure de protection de la santé et de la sécurité d’une enseignante-chercheuse.

      6- Sur le déni du sexisme universitaire, à commencer par ’invisibilisation active du travail des femmes universitaires, conceptualisé en 1993 par Margaret W. Rossiter, comme “Effet Matilda” : Margaret W. Rossiter, « L’effet Matthieu Mathilda en sciences », Les cahiers du CEDREF [En ligne], 11 | 2003, mis en ligne le 16 février 2010, consulté le 22 février 2021. URL : http://journals.openedition.org/cedref/503 ; DOI : https://doi.org/10.4000/cedref.503. Voire également Cardi Coline, Naudier Delphine, Pruvost Geneviève, « Les rapports sociaux de sexe à l’université : au cœur d’une triple dénégation », L’Homme & la Société, 2005/4 (n° 158), p. 49-73. DOI : 10.3917/lhs.158.0049. URL : https://www.cairn.info/revue-l-homme-et-la-societe-2005-4-page-49.htm - à l’origine de la naissance du collectif Clashes contre les violences sexistes et sexuelles à l’université.

      7- Sur ce sujet douloureux, voir Fassin Didier, 2011, La force de l’ordre : une anthropologie de la police des quartiers, Paris, Editions du Seuil ; Brahim Rachida, 2021, La race tue deux fois : une histoire des crimes racistes en France (1970-2000), Paris, Éditions Syllepse, ainsi que le documentaire de David Dufresne, Un Pays qui se tient sage, 2020.

      https://blogs.mediapart.fr/chrabier/blog/230221/au-soldat-du-deni-frederique-vidal-la-patrie-resistante

      #Christelle_Rabier

    • Note de solidarité à l’intention des chercheuses et chercheurs en poste en France

      Nous, chercheurs et chercheuses en poste en Allemagne, suivons avec inquiétude les derniers développements de la polémique en France autour du prétendu « islamo-gauchisme » dans les universités françaises ainsi que les attaques répétées faites aux recherches intersectionnelles et postcoloniales. Nous y voyons un effort ciblé pour réduire au silence certains champs de recherche qui, par leurs résultats scientifiques, remettent en question des privilèges et inégalités structurellement ancrés.

      Ce débat a des effets dévastateurs sur nos collègues dont on essaie de délégitimer le travail. Nous rejetons résolument les insinuations destinées à semer le doute sur leur intégrité scientifique. Nous voyons dans ces reproches un empiètement inacceptable sur la liberté de recherche et de l’enseignement académique. L’évaluation de la qualité académique d’une approche scientifique n’incombe pas aux ministres ou aux parlementaires, c’est une compétence primordiale de la communauté scientifique. Or, tout comme chercheuses et chercheurs font valoir les fruits de leurs recherches sur la scène publique sous forme d’un transfert des connaissances, leur travail régulier consiste également en l’évaluation des travaux de leurs pairs.

      Nous déplorons que cette polémique ait vu certains membres du gouvernement et de la majorité présidentielle apporter leur soutien à des positions et des stratégies rhétoriques jusqu’ici réservées à l’extrême droite. Nous constatons avec inquiétude ces évolutions, qui ouvrent la voie à une profonde remise en question des principes qui sous-tendent jusqu’à présent l’enseignement supérieur et la recherche.

      Le débat dépasse le seul cadre de la sphère académique française : il a une dimension européenne et mondiale. Il touche également aux valeurs communes de la coopération scientifique franco-allemande et internationale. Afin de pouvoir continuer notre travail au-delà des frontières tant disciplinaires que nationales, il est essentiel que nos collègues en France puissent poursuivre leurs recherches sans aucune intervention politique dans le choix de leurs approches théoriques, méthodologiques et empiriques. Notre échange d’idées ne saurait se faire si nos travaux étaient soumis à une conditionnalité politique.

      C’est pourquoi nous exprimons notre solidarité et notre soutien à nos collègues de toutes les disciplines qui refusent de telles tentatives d’intimidation. Nous lançons un appel solennel à Madame la ministre de l’Enseignement supérieur, de la Recherche et de l’Innovation et à toutes les personnalités de l’échiquier politique qui alimentent cette polémique : nous vous demandons instamment de cesser les attaques et de revenir immédiatement à une situation de respect absolu de la liberté académique en France.

      [Nous suivons de très près les développements actuels de ce débat en France. La collecte des signatures est ouverte jusqu’au 25 février inclus. Si nous arrivons à atteindre un nombre significatif de signatures, nous transmettrons cette note aux médias français et allemands le 26 février.]
      * Solidaritätserklärung mit Forschenden in Frankreich *
      Wir, in Deutschland beschäftigte Forschende, verfolgen mit Sorge die andauernde Debatte in Frankreich um angebliche „islamisch-linke“ Strömungen an den französischen Universitäten und die wiederholten Angriffe auf intersektionale und postkoloniale Forschungsrichtungen. Wir sehen darin einen gezielten Versuch, bestimmte Forschungsfelder zum Verstummen zu bringen, welche auf Basis ihrer wissenschaftlichen Erkenntnisse zahlreiche lange bestehende Privilegien und strukturelle Ungleichheiten offenlegen.

      Diese Debatte hat eine verheerende Wirkung auf unsere Kolleg_innen, deren Arbeit man zu delegitimieren versucht. Wir weisen entschieden die Andeutungen zurück, mit denen die wissenschaftliche Integrität unserer Kolleg_innen in Zweifel gezogen werden soll. Die Bewertung der wissenschaftlichen Qualität eines Forschungsansatzes obliegt nicht den Ministerien oder Abgeordneten ; dies ist zuallererst die ureigene Kompetenz der wissenschaftlichen Community. Wenn Forschende die Ergebnisse ihrer Arbeit als Wissenstransfer in die Öffentlichkeit tragen, so ist auch dies ein integraler Bestandteil ihrer üblichen Tätigkeit.

      Wir missbilligen die Art und Weise, wie sich einige Mitglieder der Regierung und der parlamentarischen Regierungsmehrheit in der Debatte an Konzepte und rhetorische Strategien anlehnen, die bisher vor allem der extremen Rechten vorbehalten waren. Diese Entwicklung beunruhigt uns sehr, denn sie bereitet einer Entwicklung den Weg, welche letztendlich die Grundprinzipien unseres Wissenschafts- und Bildungssystem in Frage stellt.

      Die Debatte geht über das akademische Umfeld Frankreichs hinaus, sie hat eine europäische und weltweite Tragweite. Sie berührt auch die gemeinsamen Werte der deutsch-französischen und internationalen wissenschaftlichen Zusammenarbeit. Um unsere Arbeit über nationale wie fachliche Grenzen hinaus fortsetzen zu können, ist es unabdingbar, dass unsere Kolleg_innen in Frankreich ohne jede Einmischung der Politik in die Wahl ihrer theoretischen, methodischen oder empirischen Zugänge forschen können. Unser Ideenaustausch wäre erheblich gestört, wenn ihre Arbeit künftig einem politischen Vorbehalt unterläge.

      Unsere Solidarität und Unterstützung gilt deshalb allen Kolleg_innen in den Geistes-, Sozial- und Naturwissenschaften, welche derartige Einschüchterungsversuche ablehnen. Wir richten uns daher an die französische Wissenschaftsministerin sowie an alle anderen Personen des politischen Lebens, die sich hieran beteiligen : Wir fordern Sie mit Nachdruck dazu auf, diese Angriffe zu unterlassen und fortan die akademische Freiheit in Frankreich wieder vollumfänglich zu gewährleisten und zu respektieren.

      [Eine Zusammenfassung der Hintergründe zu dieser Thematik auf Deutsch finden Sie hier : https://www.sueddeutsche.de/meinung/frankreich-islamismus-hochschulen-1.5214459

      Wir verfolgen weiterhin aufmerksam den Fortgang der Debatte in Frankreich. Die Liste zur Mitunterzeichnung ist offen bis zum 25. Februar. Kommt eine signifikante Anzahl von Unterschriften zustande, übermitteln wir die Erklärung am 26. Februar den französischen und deutschen Medien zur Veröffentlichung.]
      * Appel initié par / Initiiert von *
      Dr. Philipp Krämer, Europa-Universität Viadrina, Frankfurt (Oder)
      Dr. Naomi Truan, Universität Leipzig
      * Signataires / Unterzeichnende *
      Merci d’indiquer votre nom complet, votre institution, et, si vous souhaitez être tenu·e informé·e, votre adresse email institutionnelle. Si vous avez des changements urgents à proposer, merci de nous les communiquer par e-mail jusqu’au 25 février au plus tard (voir adresses ci-dessus).

      Bitte vollständigen Namen und Institution angeben, sowie Ihre Mailadresse, falls Sie über den Stand der Dinge informiert werden möchten. Bei dringenden Formulierungsvorschlägen bitten wir bis spätestens 25. Februar um eine persönliche Nachricht per E-Mail (s. oben).

      Dipl. Frank.-Wiss. Magdalena von Sicard, Universität zu Köln
      Dr. Vladimir Bogoeski, University of Amsterdam / Centre Marc Bloch
      Dennis Dressel, M.A., Albert-Ludwigs-Universität Freiburg
      Dr. Aleksandra Salamurovic, Friedrich-Schiller-Universität Jena
      Ignacio Satti, M.A., Albert-Ludwigs-Universität Freiburg
      Dr. Florian Busch, Martin-Luther-Universität Halle-Wittenberg
      Dr. Benjamin Krämer, Ludwig-Maximilians-Universität München
      Edgar Baumgärtner, M.A., Europa-Universität Viadrina, Frankfurt (Oder)
      Oliver Niels Völkel, M.A., Freie Universität Berlin
      Dr. Dorothea Horst, Europa-Universität Viadrina, Frankfurt (Oder)
      Katharina Jobst, M.A., Paris Sorbonne Université
      Dr. Marie-Therese Mäder, Universität Bremen
      Lisa Brunke, M.A., Martin-Luther Universität Halle-Wittenberg
      Prof. Dr. Theresa Heyd, Universität Greifswald
      Elena Tüting, M.A., Universität Bremen
      Christoph T. Burmeister, M.A., Humboldt-Universität zu Berlin
      Dr. Marie Leroy, Goethe Universität Frankfurt
      Dr. Silva Ladewig, Europa-Universität Viadrina, Frankfurt (Oder)
      Hagen Steinhauer, M.A., Universität Bremen
      Prof. Dr. Jürgen Erfurt, Goethe-Universität Frankfurt am Main
      Prof. Dr. Britta Schneider, Europa-Universität Viadrina, Frankfurt (Oder)
      Dr. Andreas Frings, Johannes Gutenberg-Universität Mainz
      Anka Steffen, M.A., Europa-Universität Viadrina, Frankfurt (Oder)
      Prof. Dr. Sylvie Roelly, Universität Potsdam
      Kira van Bentum, M.A., Freie Universität Berlin
      Dr. Baptiste Gault, Max-Planck Institut für Eisenforschung, Düsseldorf
      PD Dr. Benoit Merle, Friedrich-Alexander Universität Erlangen-Nürnberg
      Lucie Lamy, M.A., Centre Marc Bloch / Université de Paris
      Annette Hilscher, M.A., Goethe-Universität Frankfurt am Main
      Dr. Giulio Mattioli, Technische Universität Dortmund
      Yasmin Afshar Fernandes Abdollahyan, M.A., Humboldt-Universität zu Berlin / Centre Marc Bloch
      Martin Konvička, M.A., Freie Universität Berlin
      Laura Bonn, M.A., Friedrich-Alexander-Universität Erlangen-Nürnberg
      Dr. habil. Béatrice von Hirschhausen, ULR Géographie-cités / Centre Marc Bloch
      Dr. Eva Schöck-Quinteros, Universität Bremen
      Mariia Mykhalonok, M.A., Europa-Universität Viadrina Frankfurt (Oder)
      Christopher Smith Ochoa, M.A., Universität Duisburg-Essen
      Dr. Zoé Kergomard, Deutsches Historisches Institut Paris
      Dr. habil. Nikola Tietze, WiKu Hamburg / Centre Marc Bloch
      PD Dr. Silke Horstkotte, Universität Leipzig
      Dr. Thomas Stockinger, G. W. Leibniz Bibliothek Hannover / Leibniz-Archiv
      Dr. Felix Hoffmann, TU Chemnitz
      Maximilian Frankowsky, M.A., Universität Leipzig
      Enora Palaric, M.A., Hertie School
      Amelie Harbisch, M.A, Freie Universität Berlin
      Dr. Johara Berriane, Centre Marc Bloch Berlin
      Prof. Dr. Andrea Geier, Universität Trier
      Dr. Andreas Bischof, TU Chemnitz
      Prof. Dr. Sabine Broeck, Universität Bremen
      Cristina Samper, M.A., Hertie School
      Patrick Bormann, M.A., Universität Bonn

      https://academia.hypotheses.org/31322
      #solidarité #solidarité_internationale

    • Frédérique Vidal. Frankreichs Ministerin für Hochschule und Forschung stürzt sich in ideologische Grabenkämpfe.

      „Islamo-Gauchisme“, Islamo-Linke - wer diesen Begriff verwendet, kann sich sicher sein, in Frankreich viel Aufmerksamkeit zu bekommen. Und so geht es nun auch der Ministerin für Hochschule und Forschung, Frédérique Vidal. Vergangene Woche sprach sie zunächst in einem Fernsehinterview davon, dass der „Islamo-Gauchisme“ die „Gesellschaft vergifte“ und damit auch die Universitäten. Vor der Nationalversammlung legte die Ministerin dann nach: Sie forderte eine Untersuchung, um zu klären, inwieweit der „Islamo-Gauchisme“ dazu führe, dass bestimmte Recherchen verhindert würden. Zudem solle untersucht werden, wo an den Universitäten „Meinungen und Aktivismus“ statt Wissenschaft gepflegt würden. Sie nannte auch direkt ein Forschungsfeld, dass ihr besonders untersuchungswürdig erschien - postkoloniale Studien.

      Mit ihrem Vorschlag hat Vidal nun große Teile derjenigen gegen sich aufgebracht, die sie als Hochschulministerin vertritt. 600 Forscher und Professoren, darunter auch der Ökonom Thomas Piketty, veröffentlichten am Freitag einen offenen Brief, in dem sie Vidals Rücktritt fordern. Vidal handele so wie „das Ungarn Orbáns, das Brasilien Bolsonaros oder das Polen Dudas“, also wie eine nationalistische Populistin. Sie greife diejenigen Institute an, in denen zu rassistischer Diskriminierung, zu Gender und zu den Folgen des Kolonialismus geforscht werde. Kritik an Vidal kam dabei nicht nur von Linken. Auch die französische Hochschulrektorenkonferenz sagte, sie sei „verblüfft“ über Vidals Idee. Das nationale Forschungsinstitut CNRS stellte klar, dass „Islamo-Gauchisme“ kein wissenschaftlicher Begriff sei und warnte davor, die Freiheit der Wissenschaft einzuschränken.

      Tatsächlich distanziert sich auch der Schöpfer des Begriffes, der Soziologe Pierre-André Taguieff, von seiner eigenen Wortfindung. Er habe 2002 mit „Islamo-Gauchisme“ eine Allianz zwischen einigen Linksextremen und muslimischen Fundamentalisten beschreiben wollen, durch die ein neuer Antisemitismus entstand. Seitdem hat sich das Wort zum Lieblingskampfbegriff der Rechten entwickelt, die Linken vorwirft, sich nur für die Diskriminierung von Muslimen zu interessieren, nicht jedoch für islamistischen Terror.

      Sonderlich präzise ist der Begriff des „Islamo-Gauchisme“ dabei nicht. Allein schon, weil er keine klare Grenze zwischen Muslimen und Islamisten zieht. In die Rhetorik der Regierung hat er dennoch Einzug gehalten. Vor Vidal verwendeten ihn bereits der Bildungs- und auch der Innenminister. Gerade Innenminister Gérald Darmanin gibt in Emmanuel Macrons Regierung die rechtskonservative Gallionsfigur. Die Angst vorm links-islamistischen Schulterschluss treibt vor allen Dingen konservative und rechte Wähler um. Laut einer aktuellen Ifop-Umfrage halten mehr als 70 Prozent der Le-Pen-Sympathisanten den „Islamo-Gauchisme“ für eine in Frankreich weit verbreitete Denkrichtung.

      Vidal reagiert auf die Kritik an ihren Äußerungen gelassen. In Interviews am Sonntag und Montag betonte sie jeweils zum einen, dass die „aktuelle Polemik“ den Blick auf die wirklichen Probleme, also auf die Not der Studenten in Corona-Zeiten, versperre. Zum anderen hielt sie daran fest, dass eine „Bestandsaufnahme“ zu linkem Aktivismus an den Universitäten nötig sei. Die 56-Jährige sieht sich dabei als Wissenschaftlerin, die „Rationalität zurückbringt“. Bevor Macron sie 2017 zur Wissenschaftsministerin machte, war die Biochemikerin Vidal Präsidentin der Universität von Nizza.

      Auch jenseits ideologischer Kämpfe stecken Frankreichs Universitäten in der Sinnkrise. Das Geburtsland des Impfpioniers Louis Pasteur hat bislang keinen Corona-Impfstoff entwickeln können. Wissenschaftler machen dafür auch die schlechte finanzielle Ausstattung der Labore verantwortlich. Diese Arbeitsbedingungen kennt Vidal gut. Vor ihrer Doktorarbeit forschte sie am Institut Pasteur.

      https://www.sueddeutsche.de/meinung/frankreich-islamismus-hochschulen-1.5214459

    • La ministre, la science et l’idéologie

      En demandant au CNRS une enquête sur l’« islamo-gauchisme » à l’université, ce sont les sciences sociales que vise Frédérique Vidal, sous prétexte qu’elles seraient gangrénées par des idéologies. Mais faut-il rappeler qu’il y a des sciences sociales parce qu’il y a des idéologies ? Et que, si les sciences sociales ne se réduisent pas à un écho des idéologies, elles n’auraient à vrai dire aucun sens si elle ne se rapportaient pas à elles. En effet, il y a des sciences sociales parce qu’il y a des problèmes sociaux, et que ceux-ci sont traversés par des positionnements idéologiques.

      https://aoc.media/analyse/2021/02/23/la-ministre-la-science-et-lideologie

      #paywall

    • « Islamo-gauchisme, le jeu dangereux de la macronie ». #André_Gunthert, sur Le Média, 23 février 2021

      Ça y est. La Macronie s’en va-t-en-guerre. Elle a décidé de lancer la bataille contre un concept à la fois fumeux et ambigu, l’islamogauchisme. Une bataille qui se mène sur un front particulier : nos universités publiques, qui seraient (et je caricature à peine) des foyers de sédition voués aux idées de Mao Tsé Toung et de l’ayatollah Khomeini. Mais au fait, c’est quoi ce mot, “islamogauchisme” ? D’où provient-il ? Pourquoi Frédérique Vidal, la ministre de l’Enseignement supérieur, prend le risque d’une confrontation avec le monde universitaire en le dégainant, et en annonçant une sorte d’audit idéologique des amphithéâtres ?

      Pour répondre à ces questions, j’ai invité André Gunthert, historien des cultures visuelles, enseignant-chercheur à l’Ecole des hautes études en sciences sociales. André Gunthert a publié il y a peu sur son site imagesociale.fr, un article très instructif dont le titre est “Islamogauchisme : un épouvantail en retard d’une crise”.

      https://www.youtube.com/watch?v=kqakmGVZEFM&feature=emb_logo

      https://academia.hypotheses.org/31324

    • Macron et la bête immonde

      Le #macronisme porte en lui la #guerre. Après la guerre aux Gilets jaunes réprimés dans une violence inouïe, après celle conduite contre nos libertés fondamentales avec la loi « sécurité globale », après la loi « séparatisme » qui légalise la guerre contre les musulmans et les minorités, Macron entend conduire à son terme la guerre contre l’Université et la chimère de l’islamo-gauchisme.

      "Existe-t-il une possibilité de diriger le développement psychique de l’homme de manière à le rendre mieux armé contre les psychoses de haine et de destruction ?"

      "Pourquoi la guerre ?" Lettre d’Albert Einstein à Sigmund Freud, le 30 juillet 1932

      L’entretien donné par Frédérique Vidal ce 20 février au Journal du Dimanche aura eu au moins deux vertus. En persistant dans sa #stigmatisation des universitaires et en maintenant sa demande d’enquête sur « l’islamo-gauchisme », la ministre aura élevé au carré l’indignation des chercheurs et renforcé leur unité : en trois jours à peine, la tribune du Monde demandant sa démission a recueilli 18 000 signatures (https://www.wesign.it/fr/science/nous-universitaires-et-chercheurs-demandons-avec-force-la-demission-de-freder) de personnels de l’université et de la recherche. Voir ici (https://universiteouverte.org/2021/02/22/la-ministre-vidal-doit-demissionner-plus-de-13-000-universitaires) le communiqué d’Université Ouverte et là (https://www.snesup.fr/article/frederique-vidal-doit-etre-remplacee-lenseignement-superieur-et-la-recherche-) la demande de démission d’un syndicat, parmi bien d’autres. Il est exceptionnel qu’une pétition dans le secteur de l’enseignement supérieur atteigne autant de signatures – 18 000 signatures correspond à 20 % des enseignants du supérieur. À titre de comparaison le « Manifeste des cent » réactionnaires et laïcistes de la gauche égarée qui soutenaient Blanquer à l’automne dernier, apparait, avec ses 258 signataires, tout aussi inconsistant et marginal que le phénomène incriminé par Vidal, à savoir « l’islamo-gauchisme » à l’université. Dans son entretien au JDD, Vidal, après l’avoir fait descendre très bas, souhaite qu’on « relève le débat ». Elle voulait probablement dire « élever le débat ». Ce sont les universitaires qui souhaitent aujourd’hui que l’on « relève » la ministre de ses fonctions.

      La seconde vertu de l’entretien au JDD est d’asseoir une lecture politique de la séquence qui laisse peu de place à l’hypothèse de la #maladresse d’une ministre fatiguée et très impopulaire, qui ne saurait plus quoi faire pour masquer son #incurie et son #incompétence dans la gestion de la crise sanitaire à l’université. Il apparaît en effet que nous avons affaire à la construction délibérée d’une #séquence_politique dans laquelle Vidal est une pièce maîtresse dans un dispositif étroitement associé à la construction de la loi sur « les séparatismes » et à la loi « sécurité globale » (voir ici la très bonne analyse de Christelle Rabier : https://blogs.mediapart.fr/chrabier/blog/230221/au-soldat-du-deni-frederique-vidal-la-patrie-resistante). Il convient de raisonner en terme de #cohérence systémique et idéologique, et non selon le registre de la #pulsion ou de l’#improvisation. La séquence commence le 22 octobre avec la sortie de #Blanquer contre les universitaires islamo-gauchistes accusés de « #complicité_intellectuelle avec le #terrorisme » (ici chaque mot compte), accusation à laquelle Vidal répondra très mollement dans L’Opinion le 26 octobre (https://www.lopinion.fr/edition/politique/l-universite-n-est-pas-lieu-d-encouragement-d-expression-fanatisme-227464). La séquence se poursuit le 1er novembre avec le #Manifeste_des_100, co-produit par le cercle de « #Vigilance_Universités » (https://www.lemonde.fr/idees/article/2020/10/31/une-centaine-d-universitaires-alertent-sur-l-islamisme-ce-qui-nous-menace-c-) dont la majorité des publications est également accueillie dans le journal libéral et pro-business de L’Opinion. Et nous assistons aujourd’hui au troisième acte avec l’attaque de Vidal contre l’institution qu’elle est censée représenter. Le quatrième acte sera probablement l’appui des réactionnaires/laïcistes à la demande d’enquête de Vidal. Et le cinquième la réalisation de l’enquête en question, même si on ne connaît pas encore l’instance qui trouvera les quelques volontaires pour la conduire.

      Les avantages de la séquence ont été soulignés à mainte reprises : le coup de politique politicienne vise à racoler toujours plus loin sur les terres du RN, à attaquer la gauche et à la diviser davantage – il n’est pas anodin que Vidal s’en soit prise nommément à Mélenchon – et à faire oublier l’état calamiteux dans lequel Vidal a mis l’université et la recherche, les personnels et les étudiant.es. Les conséquences, calamiteuses au plan éthique et politique, sont principalement les suivantes : la création d’une #polémique qui cherche à faire oublier que des étudiant.es se suicident ou meurent de faim ; la #validation, la #banalisation et le renforcement des thèses du RN ; la #légitimation du concept d’islamo-gauchisme auprès de l’opinion publique alors qu’il est une construction de l’extrême droite ; la porte ouverte à l’alt-right, dont l’un des schèmes de la pensée est que l’université serait un ramassis de gauchistes, ainsi que le rappelle justement David Chavalarias dans son étude (https://politoscope.org/2021/02/islamogauchisme-le-piege-de-lalt-right-se-referme-sur-la-macronie). Tout ceci est entendu, mais nous ne pouvons en rester à cette seule analyse. Car les armes utilisées par les néolibéraux pour faire la guerre aux biens communs, aux services publics, aux libertés fondamentales et à toutes les minorités, ces armes sont celles-là mêmes que les régimes les plus autoritaires utilisent systématiquement. On peut au moins commencer à le montrer.

      *

      Reprenons ! Le passage de la ministre sur CNews, le choix de cette chaine ainsi que l’adéquation des propos de Vidal à sa ligne éditoriale et idéologique qui est celle de l’extrême droite raciste et nationaliste, renforcent la lecture d’une #stratégie_politique élaborée en amont, nécessairement en lien avec le sommet de l’Etat, avec l’accord de #Macron et #Castex. Dès lors, la critique de Macron rapportée par Gabriel Attal doit être comprise comme une nouvelle tartuferie d’un pouvoir qui nous a habitués à toutes les comédies du « #en_même_temps », avec son lot de #mensonges, son #hypocrisie permanente et son #cynisme consommé. On trouvera une preuve évidente de la tartuferie de Macron dans le fait que dès le 2 octobre 2020, soit 20 jours avant la sortie de Blanquer, le président, lors de son discours des Mureaux sur le « #séparatisme_islamiste », a porté la charge contre les #intellectuels qui « sont hors de la République », contre certaines « #traditions_universitaires » et des « théories en sciences sociales totalement importées des États-Unis d’Amérique ». Des théories que Vidal, dans un #confusionnisme digne des complotistes les plus dérangés, n’hésitera pas à mettre en rapport avec la prise du Capitole et le drapeau des Confédérés… En d’autres temps, la séquence aurait pu provoquer le rire, tant la farce politique semble énorme, tant la bêtise est confondante. Mais, de la bêtise à la bête, il n’y a souvent qu’un pas. Car, si une analogie pouvait avoir du sens, il me semble que nous assistons à la pièce que #Brecht écrivit en 1941, La résistible Ascension d’Arturo Ui, dont l’épilogue est bien connu : « Le ventre est encore fécond, d’où a surgi la #bête_immonde ». Je laisse chacune et chacun imaginer ce à quoi pourrait bien correspondre, aujourd’hui, le trust des choux-fleurs. Et retrouver qui fit l’éloge de Pétain en 2018. Sans mémoire et sans éthique, un homme politique porte en lui un #monstre.

      « La bête immonde » est donc à l’œuvre. Elle use de trois moyens, parmi bien d’autres : elle fait exister une chose qui n’a aucune réalité, elle crée des #boucs_émissaires et elle programme de les éradiquer de la société. Les deux premières étapes ont été méthodiquement appliquées. Si nous n’y prenons garde, la troisième pourrait être mise en œuvre rapidement. Elle a peut-être déjà commencé.

      Il en va du « séparatisme » comme de « l’islamo-gauchisme » : l’incrimination de « séparatisme » crée le « séparatisme », l’incrimination d’« islamo-gauchisme » crée « l’islamo-gauchisme » . En effet, il arrive que dans certains états autoritaires les lois fassent exister des choses qui n’existent pas, simplement en les nommant. En #Turquie on accuse des chercheur.e.s de terrorisme pour la conduite d’une enquête sociologique. C’est ce qui est arrivé à Pinar Selek. En France les propos et la communication de Blanquer, Vidal, Darmanin et Macron font exister l’islamo-gauchisme par le simple fait d’utiliser, de propager et de banaliser le concept : le donner en pâture aux médias qui s’en repaissent et à une opinion publique fragilisée en temps de pandémie, suffit à faire exister une chose qui n’a pourtant aucune réalité effective. C’est une #politique_du_performatif : je fais exister la chose en la nommant. La vérité et la force du concept seront proportionnels à sa #viduité, c’est-à-dire à son aptitude à être rempli par de l’impensé, du fantasmatique et de l’idéologie. Vidal elle-même concède dans le JDD que le concept n’a aucun fondement scientifique et correspond à « un #ressenti de nos concitoyens ». Une enquête sur un ressenti : Vidal ou l’art du #vide. Mais une stratégie qui marche à plein.

      Car l’invention du concept est pleine de sens. L’idéologie qui la sous-tend est toute entière dans la relation entre les deux concepts : elle est dans le tiret entre #islamisme et #gauchisme, l’association de la #gauche à l’#islam_politique et, par glissement, de la gauche au #terrorisme_islamiste. Et encore, pour finir, elle produit cette double équation : gauche = islamisme = terrorisme. Le #monstre_idéologique créé par Macron, Vidal and Co est le suivant : les universitaires sont des gauchistes, des islamistes et des terroristes. L’opinion a désormais ses boucs émissaires, désignés, dénoncés et bientôt nommés : les musulmans, les gauchistes et les universitaires. L’association des universitaires aux seconds et premiers construit un #schème_imaginaire de la #radicalisation et du danger. Ce n’est plus seulement de l’#anti-intellectualisme primaire, ce qui devrait en soi faire honte à une ministre le l’enseignement supérieur, mais une véritable #incitation_à_la_haine.

      Il sera donc non seulement légitime, mais urgent – troisième étape - de couper le membre gangréné que les « islamo-gauchistes » constituent au sein de l’université et qui risque de pourrir, tout comme l’islam menace de gangréner la totalité du corps social. Ce schème est au-delà de la droite extrême : il est proprement fasciste. Macron, qui souhaite "décapiter" Al-Qaïda au Sahel, met dans son langage la pratique des terroristes. On a souligné que l’incrimination d’islamo-gauchiste fonctionnait sur le modèle sémantique et historique de l’incrimination de #judéo-bolchévique. L’« islamo-gauchiste » ne devient-il pas le juif de l’université, le juif des années 30 ?

      Une dernière question : quel sens y a-t-il à ce que les musulmans et les universitaires « gauchistes » soient si étroitement associés ? Question sans réponse. Mais question essentielle. Il nous faudra y répondre avant que ce pouvoir sans nom ne passe vraiment à la troisième étape. Nous n’en sommes pas loin, si l’on veut bien considérer tout l’arsenal législatif que Macron et sa majorité mettent au service de la bête immonde, de "la bête qui monte, qui monte", et de la bête qui est déjà là, en eux.

      Un épilogue, en manière d’hommage à celles et ceux qui se sont battus et se battent encore, et se battront demain, sans fin. Les Gilets jaunes ont parfaitement saisi la nature du pouvoir politique auquel ils se confrontaient : la dimension militaire de la répression policière leur a permis de comprendre dans leur chair ce qu’il en était de la #violence pure de ce pouvoir. Ils l’ont exprimé dans une chanson qui a la force des chants populaires et révolutionnaires : « Macron nous fait la guerre, et sa police aussi ». Les universitaires sont en train de comprendre la vraie nature du pouvoir qui les opprime, qui tente de les diviser, et qui les affaiblit un peu plus chaque jour en détruisant leur outil de travail, leurs libertés et leur dignité. Macron devrait y prendre garde : quand on touche à la #dignité et à la #liberté d’une communauté, elle résiste. La #résistance est en route.

      #Pascal_Maillard

      L’expression « Nous sommes la bête qui monte, qui monte… » est de Jean-Marie Le Pen, le 3 mars 1984, à quelques mois des élections européennes.

      https://blogs.mediapart.fr/pascal-maillard/blog/230221/macron-et-la-bete-immonde
      #fascisme

    • TEMOS et les libertés académiques
      Texte approuvé par l’assemblée générale des membres de l’UMR réunie le 23 février 2021

      TEMOS UMR CNRS 9016 – 23 février 2021
      Réponse à Mme Vidal, pour la défense des libertés académiques à l’Université

      Les propos de Mme Vidal, ministre de l’ESR, tenus le 14 février 2021 et réitérés le 21 février, mettent en cause « l’islamo-gauchisme » qui, selon elle, « gangrène » l’université. La ministre entend diligenter une enquête sur cette question, qui serait conduite par le CNRS, chargé de produire un « bilan » des recherches menées dans les universités afin d’établir « ce qui relève de la recherche académique et ce qui relève du militantisme et de l’opinion ». Pour rappel, ces déclarations font suite à des propos similaires de M. Blanquer, ministre de l’EN, le 25 octobre 2020, qui, à la suite de l’assassinat du professeur Samuel Paty, dénonçait les « complicités intellectuelles » de certain·es chercheur·es universitaires qu’il désignait comme des « islamo-gauchistes ».
      Des déclarations qui vont à l’encontre de la méthode scientifique

      Il convient tout d’abord d’affirmer que, comme le souligne le CNRS dans un communiqué daté du 17 février 2021, le terme d’islamo-gauchisme « ne correspond à aucune réalité scientifique », mais relève d’une instrumentalisation politique. Il ne renvoie à aucun groupe précisément identifié qui le revendique, à aucune forme d’action collective en son nom, à aucun corps de doctrine clairement formulé comme tel qui pourraient être observés et analysés par les scientifiques. Aucune enquête sociologique, aucune observation empiriquement fondée ne permet de prétendre qu’il existe à l’Université un tel courant de pensée, à supposer que ce courant puisse être défini précisément. Le terme, mot-valise aux contours volontairement flous, n’a pour fonction que de fédérer ceux qui l’utilisent, en particulier dans les rangs de l’extrême droite. Y sont amalgamées pêle-mêle, les études postcoloniales, intersectionnelles, sur le genre et jusqu’à l’écriture inclusive… Ainsi, les prémices de la pensée de Mme Vidal relèvent tout simplement d’une contre-vérité, notamment mobilisée par des mouvements se donnant pour mission de répertorier et combattre les champs d’études précités.
      Des actes qui remettent en cause les libertés académiques

      Derrière les mots, Mme Vidal entend poser un certain nombre d’actes, dont la conduite d’une enquête sur ce supposé phénomène, présenté comme une menace pour la liberté des chercheur·es. Cette enquête aurait pour objectif d’ausculter les recherches universitaires, principalement en sciences sociales, selon leur accointance présumée avec les mouvements islamistes. Au-delà du caractère ubuesque d’une telle recherche voulue « rationnelle et scientifique » par la ministre bien que portant sur un objet dont elle reconnaît elle-même qu’il « n’a pas de définition scientifique », il apparaît, en première analyse, que ces investigations commanditées par le gouvernement remettent en cause le principe d’indépendance de la science et les libertés académiques, institutionnalisées par le Conseil constitutionnel dans sa décision du 20 janvier 1984 (décision n°83-165 DC). À cet égard, la CPU a condamné dans un communiqué du 16 février 2021 une « instrumentalisation du CNRS », dont la vocation n’est pas d’enquêter sur l’université, et encore moins « d’éclaircir ce qui relève ‘du militantisme ou de l’opinion’ ». En prétendant, habilement, garantir les libertés académiques, Mme Vidal les bafoue, au mépris de la loi constitutionnelle, et laisse présager des représailles contre une partie de la communauté scientifique (à quoi bon enquêter sur ce fléau, sinon ?).
      Une récupération politique contre un projet émancipateur

      En dehors de l’effet d’aubaine politique attribuable à l’actuel gouvernement qui voit venir de nouvelles échéances électorales, ces attaques s’inscrivent dans une généalogie des ingérences politiques à l’égard de l’Université en général et des sciences sociales en particulier. Ces propos relèvent d’une forme de panique morale, argutie contrefactuelle livrant à la vindicte de l’opinion publique des universitaires diabolisé·es, dans un contexte d’angoisse au sujet de la cohésion nationale. Elle est le fait d’entrepreneurs de morale dont le dessein politique discerne un danger dans le projet émancipateur des sciences sociales. En effet, ces dernières, à travers l’épistémologie « intersectionnelle » notamment, cherchent à agencer les concepts de classe, de genre et de race dans l’étude des fondements des inégalités. Leur ambition politique, en tant que savoirs situés, est de contribuer à la réduction des inégalités et des injustices qui traversent nos sociétés. Là où leurs pourfendeurs les accusent de faire le lit des « séparatismes », les sciences sociales entendent justement réfléchir à la construction des hiérarchies sociales qui justifient les discriminations, conduisant précisément à la mise à l’écart de certain·es citoyen·nes hors de la communauté politique.
      C’est en pratiquant une histoire sociale qui cherche à définir les inégalités que des membres de l’UMR TEMOS se sont trouvé·es confronté·es à des attaques, stigmatisé·es pour leurs recherches et ce qu’ils/elles sont. En novembre 2020, un colloque en ligne sur les 50 ans du Mouvement de Libération des Femmes a été piraté et interrompu par des cyberharceleurs néo-nazis. En février 2021, une enseignante-chercheuse, #Nahema_Hanafi, a été accusée par « l’Observatoire du décolonialisme et des idéologies identitaires » de faire « l’éloge de la cybercriminalité » pour avoir analysé les motivations énoncées par les cyber-escrocs ivoiriens, puis nommément exposée sur des sites d’extrême-droite. Les entraves, intimidations et instrumentalisations de ce type se sont multipliées ces dernières années. Les auteur·es de ces attaques sont justement ceux/celles qui se plaignent d’être soi-disant empêché·es dans leurs recherches par une prétendue mainmise des « islamo-gauchistes » sur l’Université. Mme Vidal, dont la fonction est précisément de protéger la communauté universitaire de ces ingérences extrémistes, prend le parti des agresseurs.

      En cela, il nous apparaît non seulement nécessaire de défendre le principe épistémologique d’indépendance de la science à l’égard des pouvoirs politiques, économiques ou religieux, condition d’une pratique scientifique objective, mais aussi de justifier le rôle politique de la science de participer à l’avènement d’un monde à la fois plus lucide et, de ce fait, plus juste.

      https://temos.cnrs.fr/actualite/temos-et-les-libertes-academiques

    • Islamo-gauchisme : une étude du CNRS pointe un « piège » pour le gouvernement

      Après les déclarations de Frédérique Vidal, une enquête du CNRS montre comment l’exécutif a offert une “exposition inespérée” à un néologisme promu par l’extrême droite.

      Aussi préoccupée par cette question que demandeuse d’une enquête en la matière, la ministre de l’Enseignement supérieur Frédérique Vidal devrait lire avec attention cette étude produite par le Centre national de la recherche scientifique (CNRS) sur l’emploi de l’expression “islamo-gauchisme”. Elle y constaterait, éléments objectifs à l’appui, qu’en réclamant un “bilan” sur “l’islamo-gauchisme” à l’université, elle a surtout contribué à populariser un néologisme, surtout utilisé sur Internet comme un “instrument de lutte idéologique” par l’extrême droite.

      Côté méthode, cette étude menée par le Politoscope du CNRS et rendue publique ce dimanche 21 février, a utilisé un outil permettant d’analyser “plus de 290 millions de messages à connotation politique émis depuis 2016 entre plus de 11 millions de comptes Twitter”. Un système permettant de cartographier avec précision les tweets mentionnant cette expression et d’étudier les communautés militantes qui l’utilisent, et de quelle façon.
      Surreprésentation de l’extrême droite

      “Le premier constat que l’on peut faire est que les comptes qui se sont le plus impliqués dans la promotion d’‘islamo-gauchisme’ depuis 2016 sont tous idéologiquement d’extrême droite. Le second constat est qu’il y a une forte majorité de comptes suspendus”, note David Chavalarias, directeur de recherche au CNRS et auteur de l’étude. Autre point soulevé par l’article, le caractère marginal de cette expression qui, entre le 1er août 2017 et le 30 décembre 2020, n’a concerné que 0,26% du total des comptes Twitter analysés.

      Au-delà des débats sur l’origine du terme et sur sa réalité scientifique, l’étude démontre que l’expression “islamo-gauchiste” est essentiellement utilisée pour dénigrer et/ou disqualifier un adversaire. Le néologisme est ainsi “employé dans un contexte d’hostilité entre communautés politiques et non de discours programmatique, prosélyte ou de débat politique. Une analyse plus complète du contenu de ces tweets hostiles montre que les notions les plus associées à ‘islamo-gauchisme’ sont celles de traître, d’ennemi de la République, d’immoralité, de honte, de corruption ainsi que de menace, d’insécurité, de danger, d’alliance avec l’ennemi et bien sûr de compromission avec l’islamisme radical”, énumère David Chavalarias.

      Un phénomène que l’on peut mettre en parallèle avec d’autres méthodes de disqualification prisées sur Twitter, comme celles d’affubler son adversaire politique d’un patronyme oriental pour souligner sa compromission avec l’islamisme.

      “Nous sommes donc sur un terme utilisé pour ostraciser et dénigrer un groupe social particulier tout en en donnant pour l’opinion publique une image anxiogène et associée à un danger imminent. Son utilisation a pour but de polariser l’opinion publique autour de deux camps déclarés incompatibles entre lesquels il faudrait choisir : d’un côté les défenseurs du droit et des valeurs républicaines, de l’autre les traîtres aux valeurs françaises et alliés d’un ennemi sanguinaire”, poursuit le chercheur, soulignant que la communauté politique la plus ciblée à travers ce terme est la France insoumise ainsi que celle de Benoît Hamon et de ses sympathisants.
      Une “exposition inespérée”

      L’étude souligne également que la multiplication des mentions du terme “islamo-gauchisme” sur le réseau social est fortement liée à une pratique bien connue de ceux qui suivent le militantisme en ligne : l’astroturfing. Une méthode prisée par l’extrême droite consistant à multiplier les comptes bidon dans le but d’accroître la visibilité d’une thématique ou d’une fake news.

      “Avoir plus de la moitié de comptes suspendus parmi les plus prolixes sur ‘l’islamo-gauchisme’ est donc une prouesse et un marqueur très significatif de comportements abusifs et malveillants”, souligne l’étude.

      Pour résumer, nous avons affaire à un terme qui est massivement utilisé comme un outil de dénigrement, dont la visibilité a été artificiellement augmentée sur Twitter et qui était jusqu’il y a peu un anathème marginal prisé par l’extrême droite. Or, cela n’a pas empêché le néologisme de se retrouver cité à trois reprises en moins de six mois par un ministre du gouvernement Castex.

      Et c’est en s’appropriant ce vocabulaire que le gouvernement est tombé dans un piège, selon l’étude. Car en l’adoptant et en focalisant l’attention sur le danger “islamo-gauchiste” qui guetterait les universités, le gouvernement a offert à ce terme polarisateur une “exposition inespérée”.

      Pour schématiser l’effet des polémiques sur la masse des messages étudiés, les chercheurs utilisent l’image de “la mer”, décrit comme un “ensemble de comptes qui ne sont pas suffisamment politisés pour être associés à un courant politique particulier mais qui échangent néanmoins des tweets politiques”. Résultat : “les ministres du gouvernement ont réussi à faire en quatre mois ce que l’extrême droite a peiné à faire en plus de quatre années : depuis octobre, le nombre de tweets de “la mer” mentionnant ‘islamo-gauchisme’ est supérieur au nombre total de mentions entre 2016 et octobre 2020”.

      Cette explosion de la visibilité de ce néologisme s’apparente à un jeu “extrêmement dangereux” pour le chercheur, dans la mesure où cette “mer” de comptes s’intéressant au débat public est dorénavant “amenée à problématiser les enjeux politiques à partir des idées de l’extrême droite”. D’autant que la France n’est pas un cas isolé concernant l’entrisme des concepts extrêmes dans le corps social, à l’image du travail de longue haleine abattue par l’alt-right américaine et dont la réalisation la plus emblématique à ce jour s’est concrétisée par l’invasion du Capitole.

      “Il n’y a pas de ‘en même temps’ dans le monde manichéen de l’alt-right qui s’attaque aux personnalités avant de s’attaquer aux idées”, conclut l’étude. Avant de prévenir un gouvernement qui se perçoit comme un rempart contre l’extrême droite : “pour ne pas perdre en terrain ennemi, la meilleure stratégie est de ne pas s’y aventurer”.

      https://www.huffingtonpost.fr/entry/une-etude-du-cnrs-sur-lexpression-islamo-gauchisme-pointe-le-piege-qu

    • Derrière « l’islamo-gauchisme » : les semaines à venir sont celles de tous les dangers

      Don’t feed the troll. Depuis des mois, des collègues bien intentionné·es et un brin condescendant·es soutiennent qu’il ne faut pas faire de publicité aux attaques en « islamo-gauchisme », en « militantisme » et autres « dérives idéologiques » qui fleurissent de toutes parts. « Ne tombez pas dans le piège de députés en mal de notoriété », « ne venez pas perturber avec vos histoires la sérénité de l’examen par le Conseil constitutionnel de la loi de programmation de la recherche », « ne déposez pas de plainte en diffamation », « ne jouez pas à vous faire peur » : il faudrait que, du côté de la rédaction d’Academia, l’on recense tous les bons conseils qu’ont bien voulu prodiguer des collègues, des chef·fes d’établissement et des parlementaires.

      Jusqu’il y a peu, certain·es semblaient même croire que cette stratégie de l’autruche pouvait être tenable. Ils et elles y croient peut-être encore, d’ailleurs, quand on voit à quel point, depuis quelques jours, la ministre Vidal sert de paratonnerre facile à la CPU et au CNRS, alors même que c’est le président de la République, ses principaux ministres, la quasi-intégralité de la droite parlementaire et une bonne partie des député·es de la majorité qui sont désormais convaincu·es que des militant·es grimé·es en scientifiques dévoient le service public de l’enseignement supérieur et de la recherche en « cassant la République en deux ». Nous sommes malheureusement déjà entré·es dans l’étape d’après, désormais, celle dont nous décrivions le processus il y a trois mois à partir de l’expérience de la dissolution du CCIF : ce qui est en jeu ces jours-ci, en effet, ce n’est plus le fait de savoir si des « dérives idéologiques » traversent l’ESR car cela, les principaux titulaires du pouvoir exécutif et du pouvoir législatif en sont désormais convaincus. La seule chose sur laquelle on hésite encore au sommet de l’État, c’est sur la manière de mettre en forme, sur le plan juridique et administratif, les conséquences à tirer de cette nouvelle conviction partagée.

      Formaliser la défense de « l’université républicaine »

      Dans les couloirs du parlement et dans certains cabinets ministériels, en effet, d’âpres discussions sont en cours pour trouver les « bons » moyens de sauver « l’#universalisme_républicain » dans les universités. C’est à cet aune qu’il faut comprendre les dernières sorties de la ministre : ce qui est notable dans l’intervention de Frédérique Vidal sur CNews, ce n’est pas tant le fait qu’elle légitime de manière abjecte les attaques en « islamogauchisme » que le fait qu’elle ressente le besoin de défendre publiquement un traitement des « dérives idéologiques » dans l’ESR qui soit interne, c’est-à-dire qui se fasse par les instances de l’ESR elles-mêmes. Dans son passage sur CNews, autrement dit, Vidal ne s’adresse pas aux Français·es, ni à la communauté universitaire ; elle sait mieux que quiconque quelles sont les discussions en cours et cherche à peser sur les parlementaires et sur le gouvernement, pour imposer ce qui lui semble être le meilleur compromis entre la prétendue nécessité de sauver l’université des communautarismes et des militantismes qui l’assailliraient, d’une part, et l’obligation de respecter les libertés académiques, d’autre part.

      C’est pour cette raison que nous sommes déjà « à l’étape d’après » : les débats en cours, au sein des pouvoirs exécutif et législatif, ne sont plus désormais que des débats d’ingénierie juridique et administrative. Des débats de forme, autrement dit, car sur le fond, il existe, d’ores et déjà, un accord général sur le fait qu’il faut agir. Il faut agir, pensent-ils ou pensent-elles, car il faut apporter une réponse à « la question urgente des nouvelles formes de censure et d’intolérance qui se sont manifestées ces dernières années, ainsi que, plus largement, des rapports entre valeurs morales, engagement politique et activité scientifique », pour reprendre la formule employée dans un récent communiqué de l’association Qualité de la science française (QSF) qui est particulièrement représentatif de ce qui est devenu, au sein des cercles du pouvoir en France, la représentation très majoritaire des deux plaies qui submergeraient l’ESR, à savoir la censure et, « plus largement », le militantisme.

      Or, si la ministre a jugé utile de défendre publiquement, ces jours-ci, « sa » solution contre les « dérives idéologiques » dans l’ESR, c’est parce qu’elle sait que les discussions à ce propos sont en train de s’emballer. Le moment est charnière, en effet : nous sommes au tout début de l’examen, par le Sénat, du projet de loi confortant le respect des principes de la République – actuellement en commission, puis, à partir de la fin mars, en hémicycle – et la droite, qui y est majoritaire, est tentée d’introduire dans ce texte des dispositions sur l’ESR, comme elle a tenté de le faire à l’Assemblée. Non pas les dispositions grossières qu’ont pu proposer les député·es LR il y a quelques semaines1, mais des dispositions qui s’attaqueraient à ce qu’ils et elles conçoivent comme étant le fond du problème, à savoir – on ne se lasse pas de la formule de QSF – « la question urgente des nouvelles formes de censure et d’intolérance qui se sont manifestées ces dernières années, ainsi que, plus largement, des rapports entre valeurs morales, engagement politique et activité scientifique ».

      Les scenarii possibles

      Ce qui est presque amusant, c’est que pour répondre à une telle « question urgente », tout ce beau monde tâtonne. Juridiquement parlant, en effet, lutter contre les « dérives idéologiques » dans l’ESR est particulièrement complexe à mettre en forme, du fait de la protection constitutionnelle des libertés académiques. Academia a appris, par exemple, que le cabinet de Marlène Schiappa (en novembre dernier), puis les rapporteurs du projet de loi confortant le respect des principes de la République (ces dernières semaines), avaient sollicité Vigilance Universités à propos des mesures à prendre concernant l’ESR, mais que les membres de ce collectif – aujourd’hui débordé·es sur leur droite par l’Observatoire du décolonialisme – ont été incapables de se mettre d’accord sur la moindre proposition légistique concrète.

      Alors, comment va se mettre en forme, sur le plan juridique et administratif, la lutte contre les « dérives idéologiques » à l’université ? Il est peu probable que l’on pénalise certaines recherches et mette en prison les enseignant·es et chercheur·ses qui ne se conformeraient pas à ces interdictions. Il n’y a guère que Xavier-Laurent Salvador pour oser le proposer, il y a quelques jours sur Public Sénat, lorsqu’il comparait les études décoloniales avec le négationnisme pénalement réprimé :

      Les libertés académiques, « ce n’est pas un droit opposable à la loi. Lorsque Faurisson se lançait dans un enseignement négationniste, personne ne s’est posé la question de savoir si, oui ou non, cela relevait de sa liberté académique ».

      Non, les choses se passeront d’une manière un peu plus subtile, si l’on peut dire, et le scénario le plus probable qui se dessine désormais est le suivant, en deux pans : l’organisation d’un déni de la scientificité de certaines recherches et de certains enseignements, pour contrer le « militantisme » ; la mise en place d’un délit pénal spécial, pour contrer les « censures ».

      1) S’agissant du premier pan, la solution qui se prépare consiste non pas à pénaliser des recherches et des enseignements, mais à chercher à les exclure du champ académique, et donc du champ des libertés académiques. Un précédent papier d’Academia décrivait déjà cette dynamique, qui passe par une négation de scientificité, au travers du renvoi de certaines recherches et de certains enseignements au statut d’« opinions » ou d’« idéologies ». C’est très exactement ce que soutient la tribune d’un collectif de 130 universitaires parue dans Le Monde du 22 février :

      « Il y a bel et bien un problème dans l’enceinte universitaire, mais ce n’est pas tant celui de l’« islamo-gauchisme » que celui, plus généralement, du dévoiement militant de l’enseignement et de la recherche », qui produirait une « pseudo-science ».

      Sur ce point, on observe qu’un accord assez large est en train de se forger autour de cette option, qui présente le double avantage de préserver une régulation interne au champ académique – en conformité apparente avec les libertés académiques – tout en donnant un outil pour lutter contre la prétendue « expansion des militantismes dans l’université ». C’est cette stratégie que poursuivait Frédérique Vidal lorsqu’elle a annoncé une « enquête » du CNRS ou de l’Alliance Athena. C’est cette même stratégie que défendent les 130 universitaires de la tribune précitée, lorsqu’ils et elles en appellent au Hcéres pour lutter contre « la contamination du savoir par le militantisme ».

      L’idée de recourir au Hcéres est la plus inquiétante, car elle vient vérifier toutes les craintes que l’on pouvait avoir concernant l’usage politique croissant qui risque d’être fait de cette autorité, dont la majorité des membres, rappelons-le, est nommée par le pouvoir exécutif hors de toute proposition émanant des organismes de l’ESR (12 membres sur 23, auxquel·les il faut ajouter les deux représentants parlementaires). Il aura donc suffi de quelques mois après la nomination du conseiller d’Emmanuel Macron à la tête de cette autorité pour que nous arrivions déjà à une croisée de chemins : dès lors que les libertés académiques offrent aux enseignant·es et aux chercheur·ses une protection constitutionnelle – aussi imparfaite soit-elle – contre les immixtions extérieures, le HCERES se trouve structurellement condamné à être le réceptacle de toutes les pressions politiques sur les recherches et les enseignements menés. C’est la raison pour laquelle, rappelons-le aussi, la nomination de Thierry Coulhon représentait – et représente encore – la mère de toutes les batailles, justifiant le dépôt, début janvier, d’un recours en annulation devant le Conseil d’État, à propos duquel Academia fera prochainement un point d’étape.

      2) Ceci dit, à côté de cette instrumentalisation administrative des critères de la scientificité, il existe encore et toujours une vraie tentation d’investir le terrain pénal. À partir du moment où les titulaires des pouvoirs exécutif et législatif sont persuadés que l’ESR produit de la « censure », à partir du moment où une député de la majorité peut raconter en hémicycle, sans être démentie par quiconque, que « les partisans des thèses indigénistes, sur l’intersectionnalité » (?) « excluent tout autre débat » et que « c’est leur intolérance et une forme de totalitarisme intellectuel qu’il nous faut combattre » (Anne-Christine Lang, 3 février 2021), alors il est inévitable qu’un équivalent de l’amendement Lafon ou de l’amendement Benassaya soit de nouveau mis sur le tapis un de ces prochains jours.

      Car qui peut être pour les entraves aux débats universitaires ? Qui pourrait s’opposer à la pénalisation des entraves à l’exercice des missions de services public de l’enseignement supérieur ? On a déjà répondu plusieurs fois à ces questions sur Academia, encore récemment, si bien qu’on ne reviendra pas ici, une fois encore, sur les dangers immenses qui accompagnent les tentatives de ce type. Rappelons simplement, à titre général, que les deux tentatives ces quatre derniers mois d’introduire un délit nouveau en ce sens sont caractéristiques d’une véritable surenchère sécuritaire en cours, telle qu’on l’a connue dans d’autres domaines, mais qui, appliquée à l’université, se retournera contre les étudiantes et les étudiants en premier lieu, mais aussi contre l’université en général et contre les libertés académiques. C’est bien simple : le débat universitaire n’a en réalité pas besoin d’être protégé par un durcissement de l’arsenal répressif qui prétend faussement venir à son soutien, car les risques qui y sont associés sont bien supérieurs aux dangers auxquels il prétend répondre.

      De ce point de vue, d’ailleurs, il faut être bien aveugle à tout ce qui se joue aujourd’hui sur les terrains juridique et administratif, pour juger qu’il est opportun de comparer les atteintes aux libertés académiques actuellement en préparation, d’une part, avec la polémique qui a accompagné, sur les réseaux sociaux, la parution de l’essai Race et sciences sociales de Stéphane Beaud et Gérard Noiriel, d’autre part. Soutenir, comme le font d’excellent·es collègues dans une tribune publiée hier, que « beaucoup de chercheurs, a fortiori lorsqu’ils sont précaires, ont désormais peur de s’exprimer dans un débat où l’intensité de l’engagement se mesure à la véhémence de la critique et où l’attaque ad hominem tient lieu d’argument », et qualifier cette polémique de « menaces » pour les libertés académiques au même titre que toutes celles qui sont vraiment en cours, c’est alimenter directement le sentiment irrationnel d’insécurité concernant les débats dans l’ESR aujourd’hui. Et le faire dans le contexte législatif actuel, à quelques jours des débats sur le projet de loi confortant le respect des principes républicains, c’est proprement irresponsable : certain·s, au gouvernement et au parlement, n’attendent que cela pour en tirer des conséquences juridiques.

      https://academia.hypotheses.org/31344

    • Démission de Frédérique Vidal : la pression monte !
      https://universiteouverte.org/2021/02/24/demission-de-frederique-vidal-la-pression-monte

      "Nous en sommes là !!

      Libé met en Une la tribune de « Vigilance Université », collectif réactionnaire ami de « l’observatoire du décolonialisme », qui prétend que nous refuserions le « débat scientifique contradictoire » ! 1/10..."
      https://twitter.com/UnivOuverte/status/1364890298694983681

      " L’air de rien, les universalistes ont mis de l’eau dans leur vin, donnant raison à leurs critiques. Plus d’accusations sordides d’islamogauchisme, retour à la dénonciation d’une « cancel culture » fantasmée, qui permet de poser à la défense des libertés académiques …"

    • Une vague de pyromanie

      Une nouvelle polémique vient de naître chez nos voisins français, lancée dimanche sur CNews, la Foxnews hexagonale. L’islamo-gauchisme gangrène-t-il les universités ? Oui, estime la ministre de l’Enseignement supérieur et de la recherche qui entend confier au CNRS (!) une enquête sur la question. Mardi, à l’Assemblée, elle pointait aussi du doigt les études postcoloniales.

      La réponse a été cinglante : les présidents des universités réunis ont appelé la ministre à laisser l’islamo-gauchisme, cette « pseudo-notion », « aux animateurs de CNews » ou « à l’extrême droite qui l’a popularisée », tandis que le CNRS dénonçait « les tentatives de #délégitimation de différents champs de la recherche, comme les études intersectionnelles ou les travaux sur le terme de ‘race’ ».

      Tentative de #diversion d’une ministre peu présente sur les difficultés du corps enseignant en temps de pandémie ou celles des étudiant·e·s faisant entendre leur précarité fin janvier à Paris ? Forme de chasse aux sorcières, plutôt, nourrie à la fois par le contexte d’adoption de la loi sur le séparatisme et une présidentielle approchant à grands pas. On sait combien les chercheurs sur l’islam sont observés à la loupe, en particulier quand ils ne sont pas Gilles Kepel mais Olivier Roy ou François Burgat. Combien l’islamo-gauchisme est devenu soupçonnable – de collusion avec l’ennemi, l’islamisme radical – au point qu’un sociologue dénonce un « #néo-maccarthysme ».

      Citoyen·nes, député·es, associations : jusqu’ici, cette production sémantique aléatoire a servi à disqualifier (la gauche de) la gauche préoccupée de discriminations. Avec l’intervention de la ministre, elle étend son territoire à la recherche, qui régulièrement produit des analyses (sur les rapports sociaux de pouvoir, l’égalité des chances, la mémoire historique) contrant les puissantes manœuvres néolibérales destinées à défaire les fondements humanistes de notre démocratie. Et, à l’ère des fake news triomphantes, qui fournit des moyens de #résistance_intellectuelle. La suspicion exprimée par sa propre ministre de tutelle est de taille à ébranler profondément ceux-ci.

      Lors de leur récent face-à-face, Gérald Darmanin qualifiait Marine Le Pen de « molle » face au « péril islamique ». L’enjeu n’est donc pas seulement culturel, il est aussi politique : le « ni de droite ni de gauche » macronien de 2017 a vécu, et c’est la carte identitaire qui sera brandie pour la présidentielle de 2022. Quitte à prendre cinq millions de musulmans en tenailles d’une rhétorique boute-feu.

      https://lecourrier.ch/2021/02/18/une-vague-de-pyromanie

    • If You Thought the Culture War in the US and UK Was Dumb, Check Out France’s

      French politicians are proudly using a new term – originally coined by the far-right – to paint left-wing academics as sympathetic to Islamist terrorists.

      On the 17th of October, the day after French school teacher Samuel Paty was beheaded outside his school, threats from France’s far-right began to rain down on liberal academics across the country.

      Éric Fassin — a professor of sociology at the University of Paris 8 who had written a blog arguing the reaction to terror attacks “must at all costs avoid falling into their trap” of becoming a “conflict of civilisations” — became a lightning rod for their anger.

      “Traitor” wrote one far-right supporter on Twitter; “collaborator” added another. But one individual known in the neo-Nazi scene struck a more chilling tone with an overt death threat: “I’ve put you on my list of assholes to decapitate when it begins”.

      Fassin is among a group of French academics that supposedly embody the concept of “Islamo-gauchisme” (Islamo-leftism), a term suggesting an alliance between extremist Islamists and left-wing academics that had until recently only been used in neo-Nazi circles. The insult is levelled at those whose so-called “woke” theories point out the discrimination suffered by Muslims in France, where deep-set discrimination touches hiring, housing, policing and beyond — paralleling culture wars currently raging in the US and the UK.

      The term has found its way into the lexicon of prominent members of the French government. “Islamo-gauchisme is an ideology which, from time to time, leads to the worst,” Education Minister Jean-Michel Blanquer told French radio station Europe 1. Then Gérarld Darmanin, France’s right-leaning Minister of the Interior, used the term in the National Assembly, referring to “intellectual accomplices” in terrorist acts.

      On Sunday, events took a dramatic turn. Frédérique Vidal, the University Minister, went on TV channel CNews and denounced how Islamo-gauchisme “plagues society as a whole” and pledged to launch an investigation into academic research considered in breach, particularly postcolonial studies.

      “They are in the minority and some do it to carry radical ideas or militant ideas … always looking at everything through the prism of their desire to divide, to fracture,” she said, likening it to an alliance between Mao Zedong and Ayatollah Khomeini.

      The comments have sparked outrage. On Tuesday, France’s Conference of University Presidents called for the debate “to be elevated” and that the government should not talk “nonsense.” On Wednesday, the French National Centre for Scientific Research, who Vidal said should carry out the investigation, criticised the “political exploitation that is... emblematic of a regrettable instrumentalisation of science.” On Thursday, daily newspaper Libération dedicated its front page to the debacle, quipping that Vidal had “lost her faculties”.

      However, for Fassin, and numerous other academics across France, the efforts to target them are cause for serious concern and could pose a very real danger. “This is very worrying,” he told VICE World News. “This is a political attempt to control knowledge. One imagines that it will not succeed, but the effect sought is intimidation. Above all, it helps to justify repression.”

      Frédéric Sawicki, professor of political science at Paris 1 University Panthéon-Sorbonne, said he felt “targeted” by the move. “If you declare yourself hostile to the ban on the wearing of the veil or to the organisation of a mandatory minute of silence in schools after a terrorist attack,” he said. “You are therefore an accomplice and as a consequence, you become an ‘Islamo-left-winger’!”

      “I am outraged,” he added. “The French Republic, except during the period of the Vichy regime, has always protected academic freedom. The Minister should protect this freedom at the foundation of any democracy.”

      Eyebrows have also been raised at the timing of the move by Vidal, with protests in response to the widespread problem of sexual assault on campus and huge numbers of students forced into financial uncertainty during the pandemic – leading to snaking queues for the subsidised university canteens.

      “The minister’s words are just a political diversion to make us forget her catastrophic management of higher education and research,” said Léon Thébault, a student at SciencesPo University Paris. “If Frédérique Vidal put as much energy into fighting these problems as she does into the media show, we wouldn’t have any more students living in precarity. She is out of touch with universities and students.”

      Michel Deneken, president of the University of Strasbourg, said the underlying motives behind Vidal’s announcement are purely political. “The regional and presidential elections are on the horizon,” he said. “The government is using this as a way to capture the support of the right. [Right-wing daily newspaper] Le Figaro writes every day about Islamo-gauchisme every day now.”

      French Muslim campaign groups express little doubt that it is an attempt to flirt with the far-right. “One has the impression that every week they want to find a new reason to talk about Islam,” said Sefen Guez Guez, a lawyer for the Collective Against Islamophobia in France (CCIF).

      But the French government’s crackdown on campuses also extends to legislation to limit research that is deemed unacceptable. The Senate last month adopted a bill setting the research budget for French universities, and while it is yet to pass through the National Assembly, critics say will curtail student protests and put freedom of research at stake by requiring it to “align with the values of the republic.”

      Rim-Sarah Alouane, a French legal academic and PhD candidate in comparative law at the University Toulouse Capitole, said “the vast majority of people working in academia are shocked and terrified for the future of research in this country”. She added that French academia has been “falling apart” due to budget cuts and lack of recruitment.

      For Alouane, it’s the latest in a long line of tightening of civil freedoms, including the controversial separatism law – aimed at tackling the Islamist terrorism that has grown since 2015 but labelled Islamophobic by rights groups – that was passed by the National Assembly, and the Global Security law, which at the end of last year proposed banning the filming of police, despite several high-profile cases of police violence.

      “You need to integrate this kind of announcement into a broader scope which is the hyper securitisation of our society, that is processed by limiting civil liberties on the ground of national security and public order,” she said.

      It comes as part of a wider reckoning in France, with “woke” leftist theories on race, gender and post-colonialism said to be imported from the US and the UK the target of the government’s ire. “There’s a battle to wage against an intellectual matrix from American universities,’’ Blanquer said in October.

      Philippe Marlière, professor of French and European Politics at University College London, says that those Anglophone countries are themselves facing battles over freedom of speech, “wokeness” and so-called “cancel culture” at universities.

      “I think that there’s a bit of a deja-vu with what’s happening in the UK,” he said. “But the French situation is far worse. In the UK, the attacks remain quite implicit, but in France the government is trying to taint the personalities and reputations of academics. These are highly dangerous means that is the usual approach of the far right.”

      Marlière, who has himself been the target of far-right attacks – including in a recent article claiming he “has not ceased to work to promote racialist ideology” – warns there could be serious repercussions for this approach.

      “France is in complete denial when it comes to race,” he said. “Islamo-gauchisme is of course an insult. It’s almost a physical aggression because you put people at risk. What is remarkable is that it’s becoming more mainstream.”

      The Ministry of Higher Education, Research and Innovation did not respond to a request for comment. But government spokesman Gabriel Attal said on Wednesday that French President Emmanuel Macron has “an absolute attachment to the independence of teacher-researchers.”

      https://www.vice.com/en/article/jgq9m4/if-you-thought-the-culture-war-in-the-us-and-uk-was-dumb-check-out-frances

    • Aux sources de l’« islamo-gauchisme »

      Le philosophe #Pierre-André_Taguieff revient sur les origines d’un concept qu’il a contribué à forger. Selon lui, les usages polémiques discutables du terme ne doivent pas empêcher de reconnaître qu’il désigne un véritable problème : la #collusion entre des groupes d’extrême gauche et des #mouvances_islamistes de diverses orientations.

      En France, à entendre les clameurs qui montent de l’arène politico-médiatique, le nouveau grand clivage serait celui qui oppose les « islamo-gauchistes » aux « islamophobes ». Cependant, rares sont ceux qui s’assument soit en tant qu’« islamo-gauchistes », soit en tant qu’« islamophobes », sauf par provocation. L’« islamophobe » ou l’« islamo-gauchiste », c’est toujours l’autre. Ces termes d’usage polémique sont des hétéro-désignations. Mais il serait naïf de reprocher à des termes politiques d’être polémiques. En les employant, on vise à stigmatiser un individu ou un groupe, pour de bonnes ou de mauvaises raisons.

      Face aux « islamophobes » se tiendraient donc les « islamo-gauchistes », censés être islamophiles. Mais l’opposition est faussement claire. Il y a en effet de très nombreux citoyens français, de droite et de gauche, qui considèrent que l’islamisme, sous toutes ses formes, constitue une grave menace pour la cohésion nationale et l’exercice de nos libertés. Peuvent-ils être déclarés « islamophobes » ? C’est là, à l’évidence, un abus de langage et une confusion entretenue stratégiquement par les islamistes eux-mêmes. Ils sont en vérité « islamismophobes », et ils ont d’excellentes raisons de l’être, au vu des massacres commis par les jihadistes, du séparatisme prôné par les salafistes et des stratégies de conquête des Frères musulmans. Mais ils n’ont rien contre l’islam en tant que religion, susceptible d’être critiquée au même titre que toute religion. Quant aux « islamismophiles » d’extrême gauche, ils sont de deux types : il y a d’abord ceux qui, sur les réseaux sociaux, applaudissent les attaques jihadistes, ensuite ceux qui, intellectuels ou acteurs politiques, s’efforcent de justifier le comportement des islamistes en arguant que ces derniers ne font que réagir aux discriminations dont sont victimes les musulmans.

      À lire aussiEn finir avec l’« islamo-gauchisme » ?

      Il est de bonne méthode de revenir au moment de la formation de l’expression « islamo-gauchisme » en langue française. Il se trouve que, sur la question, j’ai joué un rôle, ce qui me permet d’intervenir en tant que témoin direct. C’est à partir de mes enquêtes, au début des années 2000 alors que débutait la seconde Intifada, sur des manifestations dites propalestiniennes où des activistes du Hamas, du Jihad islamique et du Hezbollah côtoyaient des militants gauchistes, notamment ceux de la LCR (devenue en 2009 le NPA), que j’ai commencé à employer l’expression « islamo-gauchisme », forgée par mes soins. Au cours de ces mobilisations, les « Allahou akbar » qui fusaient ne gênaient nullement les militants gauchistes présents, pas plus que les appels à la destruction d’Israël sur l’air de « sionistes = nazis ».
      Valeur descriptive

      L’expression « islamo-gauchisme » avait sous ma plume une valeur strictement descriptive, désignant une alliance militante de fait entre des milieux islamistes et des milieux d’extrême gauche, au nom de la cause palestinienne, érigée en nouvelle cause universelle. Elle intervenait dans ce qu’on appelle des « énoncés protocolaires » en logique. J’ai utilisé l’expression dans diverses conférences prononcées en 2002, ainsi que dans des articles portant sur ce que j’ai appelé la « nouvelle judéophobie », fondée sur un antisionisme radical dont l’objectif est l’élimination de l’Etat juif. Pour ne prendre qu’un exemple, dans mon article synthétique intitulé « L’émergence d’une judéophobie planétaire : islamisme, anti-impérialisme, antisionisme », publié dans la revue Outre-Terre, j’évoque la « mouvance islamo-gauchiste » en cours de formation.

      Il faut par ailleurs être d’une insigne mauvaise foi pour laisser entendre, comme le font certains aujourd’hui sur les réseaux sociaux, que je voulais par là assimiler insidieusement islam et islamisme, alors que tous mes écrits sur la question témoignent du contraire. Je n’allais pas forger, pour éviter de donner prise aux lectures malveillantes, une expression juste mais un peu lourde du type « islamismo-gauchisme », qui n’aurait d’ailleurs pas empêché des gens de mauvaise foi de s’indigner.
      « Judéo-bolchevisme »

      Que, mise à toutes les sauces, l’expression ait eu par la suite la fortune que l’on sait, je n’en suis pas responsable. Mais ses usages polémiques discutables ne doivent pas empêcher de reconnaître qu’elle désigne un véritable problème, qu’on peut ainsi formuler : comment expliquer et comprendre le dynamisme, depuis une trentaine d’années, des différentes formes prises par l’alliance ou la collusion entre des groupes d’extrême gauche se réclamant du marxisme (ou plutôt d’un marxisme) et des mouvances islamistes de diverses orientations (Frères musulmans, salafistes, jihadistes) ? Pourquoi cette imprégnation islamiste des mobilisations « révolutionnaires » ?

      Ecartons pour finir un argument fallacieux, souvent repris sur les réseaux sociaux, qui consiste à rapprocher, pour la disqualifier, l’expression « islamo-gauchisme » de l’expression « judéo-bolchevisme ». Lorsqu’elle s’est diffusée, au début des années 20, dans certains milieux anticommunistes et antisémites, l’expression « judéo-bolchevisme » signifiait que le bolchevisme était un phénomène juif et que les bolcheviks étaient en fait des Juifs (ou des « enjuivés »). Il n’en va pas du tout de même avec l’expression « islamo-gauchisme », qui ne signifie pas que le gauchisme est un phénomène musulman ni que les gauchistes sont en fait des islamistes. L’expression ne fait qu’enregistrer un ensemble de phénomènes observables, qui autorisent à rapprocher gauchistes et islamistes : des alliances stratégiques, des convergences idéologiques, des ennemis communs, des visées révolutionnaires partagées, etc.

      C’est ainsi qu’on observe, d’une part, que des militants marxistes-léninistes passés au terrorisme, tel Carlos, se sont rapprochés des milieux islamistes, jusqu’à se convertir à l’islam en version Al-Qaïda et à prôner un front islamo-révolutionnaire « contre les Juifs et les croisés ». Et que, d’autre part, des islamistes se sont ralliés au drapeau du tiers-mondisme, puis à celui de l’altermondialisme (tel Tariq Ramadan), avant de donner dans le postcolonialisme et le décolonialisme pour accuser les sociétés démocratiques occidentales de « racisme systémique ». C’est ainsi qu’un pseudo-antiracisme importé des campus étatsuniens, représentant une nouvelle forme de racialisme militant désignant « les blancs » comme les seuls racistes, est devenu à la fois un moyen d’intimidation et un puissant instrument de mobilisation, principalement d’une partie de la jeunesse.

      Les querelles de mots ne doivent pas nous empêcher de voir la dure réalité, surtout lorsqu’elle contredit nos attentes ou heurte nos partis pris.

      https://www.liberation.fr/debats/2020/10/26/aux-sources-de-l-islamo-gauchisme_1803530

    • Une quatrième raison de la nécessaire démission de Frédérique Vidal

      Dans la course à l’échalote identitaire qui met désormais en compétition le Rassemblement national, Les Républicains et La République en marche l’extrême-droite ne pouvait pas rester à la traîne. Sur l’un de ses sites un individu livre donc à la vindicte publique « 600 gauchistes complices de l’islam radicale qui pourrissent l’Université et la France ».

      Aux trois raisons qui d’emblée rendaient nécessaire la démission de Frédérique Vidal, ministre de l’Enseignement supérieur et de la recherche, à la suite de ses déclarations sur CNews et dans le Journal du Dimanche et de sa décision de demander au CNRS d’enquêter sur la présence de l’ « islamo-gauchisme » au sein de l’Université, s’en ajoute maintenant une quatrième.

      Comme il fallait s’y attendre de premières listes de dénonciation circulent. Julien Aubert, député LR du Vaucluse, en avait pris l’initiative dès l’automne en stigmatisant nominativement des universitaires.

      Dans la course à l’échalote identitaire qui met désormais en compétition le Rassemblement national, Les Républicains et La République en marche l’extrême-droite ne pouvait pas rester à la traîne. Sur l’un de ses sites un individu livre donc à la vindicte publique « 600 gauchistes complices de l’islam radicale (sic) qui pourrissent l’Université et la France ».

      Il ne s’agit de nuls autres que les signataires de la pétition publiée par Le Monde et demandant la démission de la ministre. Tant qu’à faire il eût été plus honnête de parler des 17 000 « gauchistes complices de l’islam radicale, etc. » puisque la pétition a aujourd’hui recueilli ce nombre de signataires – et ceux-ci continuent d’affluer.

      La lecture de cette liste de « gauchistes complices de l’islam radicale, etc. » est en elle-même assez comique. S’y retrouvent pêle-mêle des universitaires dont la plupart n’ont jamais écrit une ligne sur l’islam, la décolonialité, les genres ou je ne sais quelle autre phobie du bloc identitaire dont se réclame désormais sans fard la macronie, mais protestent tout simplement contre l’atteinte ministérielle à la liberté académique. Il y a en elle un côté inventaire à la Prévert désopilant quand on connaît les personnes mises en cause.

      Une fois de plus il se vérifie que les obsédés de l’ « islamo-gauchisme » et autres fadaises identitaristes parlent de choses qu’ils ne connaissent précisément pas ni ne comprennent.

      C’est par exemple ce qui les a amenés à auditionner à l’Assemblée nationale, le 1er mars, Bernard Lugan, enseignant à l’Université nationale du Rwanda de 1972 à 1983, puis à l’Université Lyon-III de 1984 à 2009, négationniste du caractère prémédité du génocide des Tutsi en 1994, polygraphe apprécié de Saint-Cyr et des nostalgiques de l’apartheid pour son insistance sur l’explication ethniciste du politique en Afrique à défaut de l’être par la corporation des historiens africanistes patentés, pour qu’il livre son expertise sur… l’opération Barkhane, en dépit de son ignorance complète du Sahel.

      Alors que l’Université et le CNRS abritent, à défaut d’ « islamo-gauchistes », nombre d’excellents spécialistes de la région, toutes disciplines, toutes générations et, horresco referens, tous genres confondus, dont le député France insoumise Bastien Lachaud s’est fait un malin plaisir de rappeler quelques noms à la présidente de la commission de la Défense nationale et des forces armées.

      Nous en sommes là.

      L’#idéologisation du savoir vient bel et bien du gouvernement, à l’initiative du président de la République lui-même, dans le cadre de la stratégie de sa réélection en 2022, comme le soulignent un nombre croissant d’observateurs de la vie politique française. J’avais moi-même parlé de maccarthysme après les déclarations de Jean-Michel Blanquer, dans ma tribune du Monde du 31 octobre.

      Au train où nous allons il faudra bientôt parler de lyssenkisme.

      Quoi qu’il en soit, Frédérique Vidal, déjà désavouée par la Conférence des présidents d’Université, l’alliance Athéna et la direction du CNRS à la suite de ses déclarations délibérées et destinées à complaire à son maître présidentiel, va devoir désormais exercer sa tutelle ubuesque sur des institutions qui vont accorder (on ne peut imaginer qu’elles se dérobent) leur protection fonctionnelle à une partie de leur personnel livrée à la haine en ligne, au harcèlement moral, voire – qu’à Dieu ne plaise – à des agressions physiques commises par quelque tête brûlée, à la suite des déclarations irresponsables qu’elle a elle-même faites et réitérées.

      Choisira-t-elle d’attendre qu’un quelconque groupe Charles Martel casse la gueule de Christelle Rabier, Sophie Wanich, Eric Fassin, Samuel Hayat et autres « islamo-gauchistes » pour qu’elle tire les conséquences de son cynisme électoral ?

      Ce gouvernement commence à sérieusement puer les années trente…

      https://blogs.mediapart.fr/jean-francois-bayart/blog/030321/une-quatrieme-raison-de-la-necessaire-demission-de-frederique-vidal

    • Islamo-gauchisme : « Nous ne pouvons manquer de souligner la résonance avec les plus sombres moments de l’histoire française »

      Près de 200 universitaires du monde anglophone, parmi lesquels #Arjun_Appadurai, #Judith_Butler, #Frederick_Cooper et #Ann_Stoler, et plusieurs organisations universitaires dénoncent la « chasse aux sorcières » menée par la ministre Frédérique Vidal.

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      Nous écrivons pour exprimer notre profonde consternation devant la récente requête de la ministre de l’enseignement supérieur et de la recherche, Frédérique Vidal, demandant au Centre national de la recherche scientifique (CNRS) de diligenter une enquête sur les agissements « islamo-gauchistes » dans les universités françaises.

      Nous regrettons qu’après le passage par le gouvernement français d’une loi sur le « séparatisme » ayant déjà accentué la stigmatisation de musulmans en France, ce soit désormais aux universitaires d’être accusés de polariser les débats publics. L’idée que l’on puisse surveiller des enseignants-chercheurs sous prétexte du « dévoiement militant de la recherche » est dans les faits une menace directe de censure qui nous inquiète à plus d’un titre.

      Tout d’abord, l’Etat n’a ni le droit ni la compétence pour censurer les travaux d’universitaires qui s’appuient sur leur expertise pour contribuer à l’avancée du savoir dans nos sociétés. C’est un précédent dangereux qui ne saurait être toléré dans une société démocratique.
      Fanon, Sartre, Bourdieu…

      L’argument selon lequel des universitaires, soi-disant « islamo-gauchistes », risquent de diviser la société est dans les faits un effort visant à diffamer nos collègues. Cette #attaque est de surcroît justifiée au nom de la protection de la République face à l’alliance supposée entre une partie de la gauche et un groupe religieux.

      Nous ne pouvons manquer de souligner la résonance avec les plus sombres moments de l’histoire française, et notamment avec un discours attaquant les « judéo-bolcheviques » qui déjà servait à créer l’#amalgame entre engagements politiques et religieux.

      Par ailleurs, les approches actuellement sous le feu de la critique ont été directement inspirées par quelques-unes des plus brillantes figures de la tradition philosophique, littéraire et sociologique française. En tant que chercheurs travaillant aux États-Unis et ailleurs, nous sommes redevables intellectuellement envers la France pour avoir contribué par ses universités à l’émergence de penseurs tels que #Frantz_Fanon, #Albert_Memmi, #Hélène_Cixous, #Aimé_Césaire, #Paulette_Nardal, #Jean-Paul_Sartre, #Pierre_Bourdieu, #Louis_Althusser, #Jacques_Derrida et #Michel_Foucault.

      La plupart de ces figures n’étaient pas seulement des penseurs, mais aussi des individus impliqués dans des #luttes_politiques prolongées pour rendre nos sociétés meilleures. Ces #intellectuels_engagés sont devenus les piliers des diverses approches qui sont désormais attaquées sous le nom de « #post-colonialisme. »

      Censure

      Qu’un pays qui a tant contribué à faire avancer la #pensée_critique tourne ainsi le dos à son #patrimoine_national n’est pas seulement alarmant, c’est aussi dénué de vision à long terme. Nous ne demandons pas que tout le monde embrasse ces approches et reconnaisse leurs mérites, mais simplement que les universitaires français puissent en débattre et les partager avec leurs étudiants, si tel est leur bon vouloir.

      Enfin, ceux qui gouvernent l’enseignement supérieur feraient mieux de chercher des solutions concrètes au problème de la #discrimination_raciale en France, plutôt que de se lancer dans une chasse aux sorcières contre des chercheurs. Las, plutôt que de soutenir des universitaires afin de faire avancer la lutte commune pour l’égalité, la ministre de l’enseignement supérieur et de la recherche les menace de censure.

      Plutôt que de répondre à la souffrance des étudiants dans un contexte de pandémie globale, ou aux problèmes économiques auxquels est confrontée l’éducation publique, Frédérique Vidal et ses collègues désignent des enseignants comme la principale #menace pesant sur les universités françaises.

      De nombreux signataires de la présente tribune ont bénéficié de leurs échanges prolongés avec des universités françaises, que ce soit avec des individus ou au niveau institutionnel. Nous souhaitons que cette collaboration avec nos collègues français se poursuive dans un esprit de débat ouvert et libre. C’est pourquoi nous attirons à nouveau votre attention sur les graves #dangers que ces menaces de censure font peser sur la #liberté_académique.

      https://www.lemonde.fr/idees/article/2021/03/04/islamo-gauchisme-nous-ne-pouvons-manquer-de-souligner-la-resonance-avec-les-

      –—

      Liste des signataires :
      https://docs.google.com/document/d/1sAvvdgTRQgx-L5XaiX2e8g76Y1hjJkxDeBRudgq3Lrg/edit

    • L’université menacée par « l’islamo-gauchisme » ? Une cabale médiatique bien rodée

      Problème public numéro un à l’université ? Depuis les déclarations de la ministre Frédérique Vidal face à Jean-Pierre Elkabbach autour des « universités en proie à "l’islamo-gauchisme" » (un des thèmes de « l’interview-tribune » de CNews), et ses velléités de commander une enquête sur le prétendu phénomène dans les facultés françaises, le sujet est traité partout dans les grands médias. Enième illustration de la capacité de ces derniers à co-construire un problème public en grossissant et déformant les faits convoqués en plus de balayer les positions du CNRS d’un revers de main, l’épisode nous invite à nous repencher sur une précédente séquence, ayant largement labouré le terrain de la cabale politico-médiatique actuelle : le « Manifeste des 100 » publié dans Le Monde en octobre 2020, et pour ce qui concerne Acrimed, ses dites « preuves à l’appui », composées majoritairement d’articles de presse.

      « Comment l’islamo-gauchisme gangrène les universités » (Une du Figaro, 12/02), « alliance entre Mao Tsé-Toung et l’ayatollah Khomeini » (Jean-Pierre Elkabbach, CNews, 14/02), « peste intersectionnelle qui ronge les facs » (Raphaël Enthoven, Twitter, 16/02), « Nos facs sont-elles gangrénées par l’islamo-gauchisme ? » (« Grandes gueules, RMC, 17/02), « Islamisme à l’université : faut-il confier l’enquête au principal suspect ? » (Le Point, 17/02), « "Islamo-gauchisme" à l’université : comment Frédérique Vidal s’est piégée » (L’Express, 19/02), « Islamo-gauchisme : la ministre persiste » (en Une du JDD, 21/02), « Islamo-gauchisme dans les universités : "Il n’y a pas lieu de faire de polémique", selon Vidal » (en interview chez RTL, 22/02), « Islamo-gauchisme : il faut sauver la soldate Vidal » proclame Franz-Olivier Giesbert qui parle lui de « totalitarisme » (Le Point, 25/02), « Universités : les nouveaux fanatiques » (LCI, 27/02)… Une nouvelle séquence de chasse aux sorcières médiatique, coproduite avec une partie de la classe politique et du gouvernement (ministre de l’Enseignement supérieur en tête), s’est déroulée en ce mois de février 2021 sur les plateaux des chaînes d’info, dans les pages de certains quotidiens nationaux et d’une grande partie de la presse magazine, en passant par les comptes Twitter des éditocrates, gagnant une nouvelle fois l’ensemble du paysage médiatique.

      Si tous les médias ne versent pas dans le même degré d’outrances, et si certains (rares) ont même (enfin) l’idée d’inviter des chercheurs jusqu’alors inaudibles dans l’espace du débat autorisé, le sujet de « l’islamo-gauchisme » – et de sa prétendue omniprésence dans les universités françaises – occupe bel et bien le haut de l’agenda. La mécanique est alimentée par d’innombrables dépêches AFP, occupées à titrer sur la moindre « petite phrase » de responsable politique, par d’intarissables « débats » et par de multiples interviews, conduites par d’infatigables journalistes tribuns… sans compter les tribunes et pseudo « enquêtes », en passant par les instituts de sondage, qui ne résistent pas à entretenir la machine médiatique (savamment sollicités par les médias eux-mêmes) en fabriquant l’opinion qu’ils prétendent sonder [1].

      Les émissions de service public n’y coupent pas non plus : « Islamo-gauchisme : entre opportunisme politique et débat scientifique » titre la matinale de France Culture (23/02), « Enquête ouverte sur "l’islamo-gauchisme" à la fac » annonce « C à vous » (France 5, 17/02) dans une discussion avec… Gérald Darmanin ; « Islamo-gauchisme : fantasme ou réelle menace politique ? » demande encore « C ce soir » (France 5, 17/02) ; « Islamo-gauchisme : la polémique » titre à son tour « C l’hebdo » (20/02), « Islamo-gauchisme à l’université : fantasme ou réalité ? » radotent « Les Informés » (France Info, 18/02), « Islamo-gauchisme : Frédérique Vidal s’invite au cœur du débat politique » ose le 20h de France 2 (21/02). Revenant sur les propos de la ministre, France Inter en fait même son « mot de la semaine » (21/02), dont le « décryptage » est confié au fin analyste et expert Renaud Dély, éditorialiste sur France Info et Arte [2]. Et le 26 février, à peine deux minutes avant la fin de l’interview matinale, Nicolas Demorand (France Inter) demande à Gabriel Attal, porte-parole de LREM, s’il « estime que "l’islamo-gauchisme" gangrène l’université […], oui, non ? »

      Pendant ce temps, les problèmes structurels qui frappent de plein fouet l’université (manque de moyens et des postes pérennes, précarité voire détresse économique et morale des étudiants, etc.) sont relégués au second plan dans les grands médias, les angles morts révélés par ce genre d’obsessions éditoriales se multipliant. La loi de programmation pluriannuelle de la recherche (LPPR) par exemple, menée par le gouvernement actuel et encore combattue par « 114 universités et écoles, 330 labos, 30 collectifs de précaires, 157 revues, 16 sociétés savantes, 47 séminaires, 39 sections CNU et 11 sections CoNRS, 54 évaluateur·trices de l’HCERES… » [3], reste ainsi plus que jamais « d’actualité » dans les faits, quoique négligée et traitée de manière superficielle par une grande partie des médias dominants. Car rien n’y fait : déformant ou hypertrophiant certains "faits" d’actualité encore plus que d’ordinaire, la focale médiatique construit « l’islamo-gauchisme à l’université » et les théories intersectionnelles ou décoloniales comme un problème public de premier plan. Ainsi Le Figaro peut-il se fendre de trois Unes sur le sujet entre le 12 et le 26 février, et Le Point y consacrer pas moins de trois éditoriaux dans son numéro du 25 février, dont celui de BHL qui a tranché du haut de sa superbe : « Un spectre hante les universités et que ce soit celui de l’islamo-gauchisme n’est pas douteux. Que les universités […] ne puissent elles-mêmes s’y dérober et devenir je ne sais quels territoires perdus de la pensée critique me semble également l’évidence. »

      Un terrain médiatique labouré de longue date : le cas du « Manifeste des 100 »

      Il faut dire que ce discours contre l’université française (et les études post-coloniales en particulier) a gagné en amplitude depuis l’assassinat de Samuel Paty. En octobre 2020 s’étaient en effet déjà multipliés les tribunes alarmistes, les éditos survoltés et les Unes tapageuses. Et depuis, les stars de l’info n’ont de cesse d’entretenir le même climat anxiogène à coups de questions désinformées, comme ce 1er février où Léa Salamé interrogeait Gérald Darmanin :

      Si on parle de ce qui se passe dans nos universités françaises, ces idées racialistes, indigénistes, qui viennent des campus américains, cette idéologie... idée différentialiste, aujourd’hui, elle n’a pas gagné selon vous dans les universités françaises ? Vous n’avez pas l’impression qu’elle gagne du terrain chaque jour ?

      Les « polémiques » et « controverses » actuelles ne sauraient donc être abordées sans rappeler combien le terrain médiatique est labouré de longue date par des « entrepreneurs de cause », reçus à colonnes ouvertes et micros branchés.

      Revenons ainsi sur un cas emblématique. Le 31 octobre 2020, une centaine d’universitaires (auxquels se sont ajoutés cent-cinquante-huit nouveaux signataires) publiaient dans Le Monde une tribune en soutien à Jean-Michel Blanquer, lequel dénonçait au micro d’Europe 1 un « islamo-gauchisme » qui « fait des ravages à l’université » [4]. Les signataires reprenaient alors à leur compte ces graves accusations. Ils s’alarmaient en outre d’un « militantisme parfois violent » et d’un « déni » des universitaires (en général), et d’une « liberté de parole tend[ant] à [se] restreindre de manière drastique » à l’université. Que pointaient-ils du doigt ? « L’islamisme », et plus diversement « les idéologies indigéniste, racialiste et "décoloniale" (transférées des campus nord-américains) » qui nourriraient une « haine des "blancs" et de la France ». Des « idéologies » dont les signataires s’attachaient à montrer la matérialisation en-dehors de l’université, en pointant notamment « le port du voile […] qui se multiplie ces dernières années ». En conclusion, ils demandaient à la ministre Frédérique Vidal « de mettre en place des mesures de détection des dérives islamistes [à l’université], de prendre clairement position contre les idéologies qui les sous-tendent, et d’engager nos universités dans ce combat pour la laïcité et la République ».

      Des « preuves à l’appui » médiatiques

      L’histoire aurait pu en rester là : une prise de position dans les pages « idées » d’un grand quotidien, comme il y en a des dizaines chaque semaine. Mais les signataires du « Manifeste » sont allés plus loin, en créant un site internet sur lequel ils revendiquent — entre autres — de mobiliser des « preuves » à l’appui de leur propos. Ce qui était « opinion » deviendrait ainsi « faits », comme on peut le lire sur la page d’accueil du site : « […] Tous les éléments rassemblés sur ce site depuis la publication du Manifeste en témoignent : articles de presse, livres, témoignages, mais aussi exemples de connivences entre des islamistes patentés et certains universitaires et chercheurs militants. […] Parlons moins mais parlons vrai. Parlons des faits. »

      Or il s’avère que le corpus des « preuves » en question est presque exclusivement constitué d’articles et d’émissions publiés et diffusées majoritairement dans les grands médias : 47 articles, cinq livres, trois émissions de radio et un documentaire [5]. Ce qui ne pouvait manquer d’interpeller un observatoire des médias comme Acrimed [6]. « Parlons des faits. » Dont acte. Nous nous sommes donc attelés à analyser et objectiver le corpus fourni : les articles/émissions cités s’appuient-ils sur des données scientifiques, statistiques et sur un ensemble d’éléments à même d’étayer les accusations contre l’université française dans son ensemble ? Quel statut ont ces articles ? Sont-ce des enquêtes, des reportages ou des tribunes et des commentaires ? Quel est le statut de leurs auteurs ? Comment présentent-ils les travaux en sciences sociales incriminés ? Les relayent-ils seulement ? Etc.

      Le nombre important d’articles laissait penser que les universitaires s’étaient donné la peine de bien faire leur travail ; qu’ils avaient puisé dans un corpus hétérogène (où le commentaire se nourrit de l’enquête et des statistiques) et pluraliste (où les journaux d’opinion côtoient les journaux d’information et d’investigation). Et pourtant…

      Vous avez dit « preuves » ?

      Sauf erreur de notre part, il n’y a tout simplement aucune statistique ou étude empirique approfondie sur l’invasion des théories dites « indigénistes » ou « racialistes », encore moins sur les prétendues « connivences entre des islamistes patentés et certains universitaires et chercheurs militants », pas plus que sur la restriction « drastique » de « la liberté de parole » à l’université. Ces questions sont pourtant au centre du propos du « Manifeste ». Vous avez dit « preuves » ?

      Une absence d’autant plus problématique que les différents articles du corpus usent (et abusent) de qualificatifs soulignant la progression, en nombre et en intensité, de ce qui est présenté comme une « menace » ou un « danger ». Entre autres : « montée croissante des pensées racialiste, décolonialiste et indigéniste » qui « inquiète de nombreux étudiants et parlementaires » (Le Figaro, 10 janvier 2021) ; « le politiquement correct et l’affirmation du droit des minorités se sont largement répandus dans les facultés » (L’Opinion, 30 octobre 2019) ; « l’emprise croissante d’un dogme qui […] ignore la primauté du vécu personnel et dénie la spécificité de l’humain » (Le Monde, 25 septembre 2019) ; « En quelques années, les théories intersectionnelles se sont imposées dans les amphis des sciences sociales » (Marianne, 12 avril 2019) ; « l’influence grandissante de l’islamo-gauchisme sur la faculté » (Causeur, 20 novembre 2017)…

      Une menace grandissante sans statistique ? Et pour cause [7]…

      Mais cette absence de données chiffrées ne suffit évidemment pas à rejeter en bloc les « preuves à l’appui » du Manifeste. Une autre interrogation peut alors porter sur le nombre d’enquêtes et de reportages dans le corpus. Et force est de constater que le journalisme d’investigation n’y a pas bonne presse…

      Les tribunes ou formats apparentés (communiqués, éditos…) arrivent largement en tête : près de la moitié des articles (21 sur 47), auxquels il faut ajouter les interviews (8). Ils sont suivis des chroniques (ou d’articles non basés sur un reportage) signées de journalistes « maison » (13). En résumé, seuls cinq articles se basent sur une enquête. Et encore reste-t-il à souligner la déontologie pour le moins approximative qui les caractérise, notamment en termes de pratique du contradictoire et de pluralité des sources (voir en annexe 1, une courte analyse de l’une des enquêtes). Ces enquêtes se résument bien souvent à l’interview de quelques enseignants, étudiants et militants (dont on ne sait pas comment ils sont sélectionnés, ni à quel point ils sont représentatifs ou illustratifs de l’objet de l’article) et/ou à la retranscription de propos entendus durant un évènement. Le tout est rarement contextualisé et circonstancié. Quel statut accorder en effet à une invective lancée par un étudiant à un enseignant durant un cours ou un séminaire, ou à des tensions et conflits entre militants lors d’une réunion ? Dans quelle mesure peut-on parler d’une tendance régulière ou croissante à l’université, et si c’est bien le cas, dans quelles proportions ?

      Plus généralement, il est pour le moins significatif qu’aucun article scientifique publié dans une revue à comité de lecture (faisant appel à des pairs et à des relecteurs extérieurs pour évaluer l’article) ne vienne « appuyer » une tribune d’universitaires. Pour gage de sérieux scientifique, peut-être ses auteurs se contentent-ils des cinq livres référencés sur leur site, qui font la part belle à l’essai et qui ne s’éloignent guère de leur espace intellectuel de prédilection. L’un d’eux est ainsi écrit par un des premiers signataires du « Manifeste » (Pierre-André Taguieff, à l’origine du « concept » d’« islamo-gauchisme »), qui occupe également une bonne place dans les articles de presse « à l’appui » : une fois comme auteur, deux fois dans des entretiens donnés au Figaro et une fois avec un extrait de l’un de ses essais. Un deuxième ouvrage « preuve » (constitué, en guise d’enquête, de « témoignages et verbatim […] recueillis lors de colloques, de sessions universitaires ou de rassemblements associatifs ») est rédigé par Anne-Sophie Nogaret et Sami Biasoni. Tous deux écrivent pour Causeur. La première apparaît à plusieurs reprises dans les articles de presse du corpus. Et le second est, en plus de ses fonctions universitaires (chargé de cours à l’Essec, doctorant en philosophie à l’ENS), banquier d’investissement et conseiller politique LR… Les autres livres sont : un essai de Pascal Bruckner, que l’on ne présente plus (et qui a préfacé l’ouvrage d’Anne-Sophie Nogaret et Sami Biasoni…) ; un essai de Fatiha Boudjahlat, habituée des colonnes de Causeur et Valeurs actuelles ; un ouvrage du sociologue Manuel Boucher, dont une tribune publiée dans Marianne figure également dans le corpus, dans laquelle il s’en prend à Clémentine Autain (députée du groupe La France insoumise) qui serait dans « une logique munichoise servant les intérêts des extrémistes nationalistes ». Sic.

      Vase clos : des médias d’opinion (de droite) massivement mobilisés

      L’impression de vase clos se poursuit lorsque l’on regarde d’un peu plus près les médias mobilisés, ainsi que la circulation entre ses signataires et les intervenants des articles de presse. Sur les 50 auteurs des 47 articles, on dénombre 26 auteurs universitaires [8], parmi lesquels… 22 sont logiquement signataires du « Manifeste des 100 ». Ainsi, on ne s’étonne guère que plus de la moitié des articles (28) comporte au moins une référence à un signataire de la tribune, ou que leur auteur se retrouve dans une autre « preuve à l’appui ».

      Ensuite, il est à noter que près de la moitié des articles (20) proviennent de médias d’opinion, marqués à droite voire à l’extrême droite : Figarovox (5), Le Point (7), L’Opinion (3), Causeur (2), Atlantico (2), Le Figaro (1).

      En deuxième position du corpus figurent une diversité de sources intermédiaires (12 au total), que l’on ne peut soupçonner d’être en opposition à ce peloton de tête. On y trouve d’abord cinq articles de médias dédiés à l’information ou à la discussion « intellectuelle » : le « portail des livres et des idées » Nonfiction livre quatre contributions (en réalité une contribution en quatre parties, du même auteur : un sémanticien… François Rastier), la cinquième venant d’une revue électronique de philosophie « dévolue à la présentation et l’analyse des nouveautés éditoriales publiées en langue française » (Actu Philosophia). Quatre autres articles de cette deuxième catégorie viennent ensuite de médias qui se destinent à la réponse à l’actualité, à l’opinion ou à la demande politique : une plateforme se définissant comme un « organisateur de débats pressants » (Persuasion), une « agence intellectuelle » se disant « d’inspiration réformiste » (Telos), un observatoire du « conspirationnisme » (Conspiracy Watch) et un blog (Mezetulle). Les trois derniers sont signés du journal satirique Charlie Hebdo, par deux fois, et d’une association, la Ligue contre le racisme et l’antisémitisme (Licra).

      Enfin, une troisième et dernière catégorie est composée de médias classés « au centre » ou « à gauche » (15 au total) : Le Monde (5), Marianne (5), Libération (3), Télérama (1) et L’Obs (1).

      À propos de ce panorama, on remarquera que les médias les plus représentés contribuent activement depuis au moins une décennie à construire le « problème » de l’islam et de l’immigration dans le débat public, et à fustiger sans discontinuer les « obsédés de la race, du sexe, du genre, de l’identité », pour reprendre la formule placardée en Une de Marianne (avril 2019) : trois thématiques dont ces médias font régulièrement leurs choux gras, quand elles ne sont pas érigées en obsessions éditoriales [9]… En témoignait (encore) dernièrement la Une du Point [10] (14 janvier 2021), agitant comme des épouvantails les « déboulonneurs », « indigénistes », la « gauche racialiste » mais également « l’écriture inclusive ».

      Si d’autres médias et acteurs politiques (du côté de la gauche républicaine notamment) se sont appropriés ce sujet, une récente étude statistique de l’Ina [11] corrobore d’ailleurs le rôle joué par cette (petite) poignée d’entrepreneurs médiatiques – chroniqueurs ou titres de presse – dans la légitimation et la promulgation du pseudo « concept » d’« islamo-gauchisme » et partant, dans la banalisation de son usage dans le débat public :

      À compter de cet événement [l’attentat contre Charlie Hebdo], le terme [« islamo-gauchisme »] trouve ses entrepreneurs de cause : un petit nombre de journalistes le convoqueront désormais à l’envi, contribuant à en ritualiser l’usage. Ivan Rioufol, Gilles-William Goldnadel, surtout, mais aussi Éric Zemmour, Alexandre Devecchio, Étienne Gernelle et Michel Onfray à la fin de l’année 2015, forment ce personnel médiatique rassemblé autour d’un petit nombre de titres — Le Figaro, Le Point, Marianne.

      Autant dire qu’au total, ce corpus est l’incarnation d’une information et d’idées qui circulent en vase clos [12] : forte homogénéité des médias mobilisés qui répond à l’homogénéité toute aussi importante des auteurs des articles. En résumé, les opinions de ces universitaires (notamment les plus médiatiques d’entre eux) ne pouvaient que rencontrer celles des médias qui en assurent déjà la visibilité et la promotion…

      Un corpus qui révèle davantage les biais ordinaires du journalisme dominant que des « preuves » factuelles

      Sans même mentionner la part non négligeable de productions du corpus dans lesquelles on peine à trouver le moindre lien avec la problématique initiale (l’université) [13], il faut enfin souligner combien les différents articles de presse et émissions mis en avant sont avant tout des « preuves à l’appui » des travers ordinaires du journalisme dominant. Un journalisme notamment marqué par l’affranchissement quasi systématique du contradictoire, entre autres règles professionnelles de base : ainsi les termes du débat ne sont-ils quasiment jamais interrogés, les travaux universitaires incriminés rarement cités, et le pluralisme… piétiné (dans le cas des cinq enquêtes figurant dans le corpus).

      Et quand il ne s’agit pas de tribune (un format qui ne permet pas la contradiction), il n’est pas rare que les interviews soient d’une complaisance à l’égard des intervenants (voir deux exemples en annexe 2), n’ayant d’égal que la disqualification violente et arbitraire des chercheurs, étudiants et universitaires taxés contre leur gré [14] d’« indigénistes » ou d’ « identitaires ». Souvent en leur absence, et plus encore en leur présence : car lorsque ces derniers ont la rare occasion de présenter leur point de vue, on peut apprécier les conditions dans lesquelles ils sont reçus…

      Reportons-nous pour cela à l’une des trois émissions de France Culture citées « à l’appui » du Manifeste : « Signes des temps » (25 octobre 2020), consacrée à « la crise dans l’enseignement et crise de la gauche après l’assassinat de Samuel Paty ». Une émission bien connue d’Acrimed puisque nous l’épinglions déjà dans notre article consacré à la traque médiatique des « islamo-gauchistes », comme une illustration exemplaire d’ « interrogatoires journalistico-policiers en règle », durant laquelle Marc Weitzmann [15] est rapidement sorti de son rôle de présentateur pour endosser celui de procureur contre Mélanie Luce, présidente du syndicat étudiant Unef. En effet, si les trois autres intervenants avaient eu droit à des questions ouvertes les invitant à rebondir sur les termes de leurs propres écrits, Mélanie Luce s’est vue sommée de répondre à une série d’accusations. Le tout enrobé de sous-entendus, amalgames et suspicions à son encontre (voir en annexe 3).

      Ainsi la question du pluralisme dans les différentes productions médiatiques « à l’appui » se joue-t-elle autant dans l’absence – ou la disqualification immédiate – de contradicteurs que dans les cadrages à sens unique du débat. L’escroquerie des « preuves à l’appui » est de taille lorsque l’on constate que France Culture (dont trois émissions sont citées dans le corpus, et dans lesquelles on peut aisément repérer des nuances et contre-arguments au propos du « Manifeste »), a pourtant beaucoup produit sur la question. Notamment, une série documentaire de l’émission « LSD » en quatre épisodes (« Les débats de société à l’assaut de l’université », quatre heures au total), n’apparaît pas dans les « preuves à l’appui », alors qu’elle donne à voir ce que la pratique d’un (vrai) pluralisme, incluant donc les chercheurs concernés, apporte à la salubrité du débat public.

      *

      Ainsi les amalgames et les analyses fourre-tout (« islamisme », travaux « décoloniaux/racialistes », port du voile, etc.) cachent-ils donc très mal le caractère hautement politique du « Manifeste », appuyé par et sur une série d’articles loin d’être « factuels » ou « neutres ». Tous répondent en réalité d’un raisonnement circulaire, qui pourrait se résumer comme suit : « Il existe un danger "islamiste" et "racialiste" à l’université. La preuve ? Nous le dénonçons. »

      Le problème n’est pas tant que ce monde d’entre-soi puisse se satisfaire d’une circulation intellectuelle et médiatique en circuit fermé : ils ont évidemment le droit de penser ce qu’ils veulent, et de le dire publiquement ! C’est finalement le pluralisme des idées et des opinions dans les médias dominants qui est en jeu, et son déséquilibre structurel flagrant. De même que l’appauvrissement en continu du débat public. Il est ainsi pour le moins surprenant, de la part d’universitaires et chercheurs censés être au fait des courants de pensée et des discussions et controverses académiques nécessaires à la progression de la connaissance, de les voir rabattre un ensemble de recherches en sciences humaines et sociales à une « haine des "blancs" » ou à des traces suspectes d’« islamo-gauchisme »… Encore plus surprenant d’accuser des adversaires de faire œuvre d’idéologie et non de science, de sacrifier les idéaux de la recherche pure sur l’autel de leur militantisme – une conception en outre épistémologiquement douteuse de la « neutralité » absolue du savant – tout en déroulant d’un autre côté une litanie de jugements éminemment marqués idéologiquement, sans avoir recours au moindre travail scientifique rigoureux — ou en ignorant superbement les travaux existants. Le tout en recevant les soutiens d’Emmanuel Macron, en mobilisant les analyses d’une conseillère régionale du Val-d’Oise, ou encore en étant signataires de l’appel des 80 intellectuels contre le « décolonialisme » aux côtés d’Alain Finkielkraut et… Bernard de la Villardière.

      De tels discours bifaces et autres pétitions de convictions pourraient ainsi faire sourire s’ils ne s’inscrivaient pas dans une offensive politico-médiatique d’ampleur. Et dont les conséquences dépassent en réalité de loin le bavardage hors sol : ainsi des attaques concrètes contre la recherche, son autonomie et les libertés académiques voient-elles le jour, depuis la mission d’information sur les « dérives idéologiques à l’Université » réclamée par deux députés LR, jusqu’à l’enquête souhaitée au plus haut sommet de l’État par la ministre Frédérique Vidal [16]. Une croisade médiatico-politique, décuplée depuis les attentats de 2015, qui montre plus que jamais les dangers d’un fonctionnement médiatique donnant, à travers un ensemble de mécanismes, le primat à « l’opinion » sur l’information et la connaissance scientifique.

      https://www.acrimed.org/L-universite-menacee-par-l-islamo-gauchisme-Une

  • Communiqué de presse :

    Avec @damienabad, nous demandons au président de l’Assemblée nationale de créer une mission d’information sur les dérives intellectuelles idéologiques dans les milieux universitaires.

    https://twitter.com/JulienAubert84/status/1331588699264479233

    #Julien_Aubert #Damien_Abad

    #cancel_culture #dérives_intellectuelles_idéologiques #mission_d'information #culture_de_l'annulation #ostracisation

    –-> on y parle aussi #toponymie_politique...

    –—

    Ajouté à cette métaliste dédiée :
    https://seenthis.net/messages/884291

    • "Islamo-gauchisme" : les députés LR Damien Abad et Julien Aubert demandent une mission d’information

      Le président du groupe LR Damien Abad (Ain) et le VP Julien Aubert (Vaucluse) demandent l’ouverture d’une mission d’information sur « les dérives idéologiques dans les milieux universitaires », mercredi 25 novembre 2020, dans une lettre au président de l’Assemblée nationale Richard Ferrand. Citant une tribune parue dans Marianne le 24 août 2020, les députés fustigent « l’importation depuis les États-Unis » d’une « cancel culture » qui, selon eux « désigne la volonté de réduire au silence dans l’espace public tous ceux qui portent des paroles ou un comportement jugés ’offensants’ ». Ils dénoncent aussi les « courants islamo-gauchistes puissants dans l’enseignement supérieur » (lire ici) tels que pointés par le ministre de l’Éducation nationale Jean-Michel Blanquer (lire ici). Ces phénomènes s’illustreraient par « l’impossibilité de faire des conférences dans les IEP ou les universités ».

      https://www.aefinfo.fr/depeche/640570-islamo-gauchisme-les-deputes-lr-damien-abad-et-julien-aubert-demanden

    • « Nous appelons à la résistance contre une culture de la déconstruction identitaire. » La tribune de Julien Aubert et Robin Reda

      Les députés LR dénoncent « les menaces de procès, insultes et harcèlements » qui ont suivi la proposition de création, à l’Assemblée nationale, d’une mission d’information sur les dérives idéologiques à l’université.

      La République Française ne connaît que des citoyens français. Elle ne les définit ni par leur ethnie, genre, ou religion et n’aborde ces sujets que lorsqu’il est nécessaire de combattre des discriminations qui ne sauraient exister. Elle ne reconnaît aucune tribu, clan ou regroupement particulier. Il ne peut y avoir en République qu’une communauté : la Nation.

      Cette conception sage et héritée de deux siècles de démocratie se heurte aujourd’hui à une obsession pour les questions identitaires, importée de l’étranger. Les Etats-Unis, traumatisés par la question raciale, se sont construits en société du melting-pot, qui a abouti à des revendications minoritaires, puis à la discrimination positive fondée sur la différence et la singularité.

      Ce différentialisme a contaminé une extrême gauche désorientée par l’échec du communisme, qui s’est trouvé un nouveau destin dans la rancœur à l’encontre de la République. Elle a fait sienne une grille de l’Histoire forgée dans la repentance, la culpabilité coloniale et un antiracisme dévoyé comme nouveau ciment idéologique. Elle a ainsi réintroduit dans le débat public une obsession pour la race, tout à sa volonté de faire corps avec un nouveau corps social « régénéré » par l’immigration et le métissage, une société de communautés juxtaposées. Sa recherche des victimes du système l’a poussé à faire du peuple une addition de minorités par définition persécutées - LGBT, femmes, immigrés, musulmans... - et à réussir une OPA intellectuelle sur une partie de la gauche modérée

      Il en résulte que se développent aujourd’hui dans les médias, sur les réseaux sociaux, dans les tribunaux mais aussi les lieux de savoir, une culture de la déconstruction identitaire particulièrement belliqueuse et sectaire. De manière plus inquiétante, les relais de ce qu’il faut bien appeler une idéologie se sentent suffisamment forts pour tenter de museler les parlementaires qui souhaitent s’informer et prendre la mesure du phénomène.

      Dérives. C’est ici des menaces de procès, insultes et harcèlements à l’attention de deux députés proposant une mission d’information sur les dérives idéologiques à l’université. A rebours des témoignages multiples d’étudiants, personnalités politiques et intellectuels pointant le développement d’une culture d’ostracisation à l’université, à l’égard de ceux qui ne partagent pas les thèses décoloniales, genrées ou communautaristes d’une certaine extrême gauche, ce tir de barrage n’avait qu’une vocation : intimider et enterrer l’affaire. Leur fureur redoubla lorsqu’au lieu de s’aplatir, l’un des deux auteurs de la proposition de mission aggrava son cas en résistant et pointant publiquement les professeurs et présidents d’université prompts à agiter complaisamment l’épouvantail du fascisme ou du maccarthysme. Eux qui adorent promouvoir le name and shame à l’américaine n’ont pas apprécié qu’on leur applique leurs méthodes.

      C’est ailleurs, une association, le GISTI (Groupe d’Informations et de soutien aux Immigrés) qui s’autorise à dénoncer auprès de Richard Ferrand, le président de l’Assemblée nationale, un député, président de mission d’information sur l’émergence et l’évolution des différentes formes de racisme, parce qu’il a osé contredire cette association en cours d’audition et récuser l’affirmation selon laquelle la France serait un Etat raciste aux lois discriminatoires et illégitimes. Il faut dire qu’il avait sans doute aggravé son cas en rappelant la proximité du GISTI avec d’autres associations comme le FASTI qui avait ouvertement imputé les attentats islamistes perpétrés contre la France à « la politique néocoloniale discriminante, xénophobe et raciste de la France ».

      Il ne s’agit pas d’incidents isolés.

      Ces idéologues ont en commun de partager des thèses anti-républicaines d’une nouvelle extrême gauche imprégnée d’une culture de la pénitence occidentale et d’une détestation de tout ce que la France représente. Celle-ci fait du Français « non-genré et non-racisé » le grand satan de l’Histoire, quand l’étranger ou le minoritaire demeure le réprouvé de l’Histoire.

      Complaisance. Ces nouveaux fascistes adeptes du racisme à l’envers n’aiment la liberté d’expression que pour eux-mêmes. Ils se servent de chaque remise en cause des dérives identitaires pour générer de la vexation et in fine de la sécession. Leur lecture de l’Histoire, à la seule chandelle de la couleur de l’identité singulière, n’est pas compatible avec le récit de ceux restés fidèles à l’universalisme et à une politique aveugle aux origines, guidée par l’intérêt général.

      Ces doctrinaires en sont conduits à une coupable complaisance envers les fondamentalistes conservateurs islamistes, qu’ils voient comme le nouveau lumpenprolétariat, une classe populaire de substitution capable de les conduire au pouvoir. Les plus naïfs ne comprennent pas qu’ils en sont les idiots utiles.

      Nous souhaitons par cette tribune alerter la majorité silencieuse. Il ne peut pas y avoir de concession, de dialogue ou de complaisance à l’égard d’un courant politique qui en réalité s’en prend à la République. Nous en appelons à la Résistance.

      https://www.lopinion.fr/edition/politique/nous-appelons-a-resistance-contre-culture-deconstruction-identitaire-231157

    • Mission « #racisme » de l’Assemblée nationale : les dérapages d’un président

      Invité par la Mission d’information de l’Assemblée nationale « sur l’émergence et l’évolution des différentes formes de racisme et les réponses à y apporter », le Gisti a été auditionné le 24 septembre dernier, après un certain nombre d’autres associations et d’expert.es.

      Les conditions dans lesquelles s’est déroulée l’audition de Danièle Lochak, qui représentait le Gisti, devant les quelques rares membres présent.es de cette Mission, nous ont amenés à saisir l’ensemble des parlementaires membres de cette Mission, ainsi que le président de l’Assemblée nationale, pour leur faire part de notre stupéfaction face à la partialité et l’agressivité du président de la Mission, M. Robin Reda, et aux erreurs grossières qu’il a proférées, dénaturant l’audition qu’il a utilisée comme une tribune pour afficher ses positions partisanes.

      La vidéo de l’audition est accessible sur le site de l’Assemblée nationale (http://videos.assemblee-nationale.fr/video.9535885_5f6c41b26de5a), ainsi que son compte-rendu écrit (http://videos.assemblee-nationale.fr/video.9535885_5f6c41b26de5a).

      Ci-dessous le courrier adressé par le #Gisti aux membres de la Mission et au président de l’Assemblée nationale.

      Paris, le 12 octobre 2020

      À Monsieur le Président de l’Assemblée Nationale,

      À Mesdames et Messieurs les députés,
      membres de la Mission d’information sur l’émergence
      et l’évolution des différentes formes de racisme
      et les réponses à y apporter

      Nous souhaitons appeler votre attention sur les conditions dans lesquelles s’est déroulée l’audition de Mme Danièle Lochak le 24 septembre dernier.

      Madame Lochak a été entendue en sa double qualité de Professeure émérite de droit public à l’Université de Paris Nanterre et Présidente honoraire du Gisti par les membres de la mission d’information sur l’émergence et l’évolution des différentes formes de racisme.

      Elle a présenté un exposé liminaire, dans lequel elle a procédé à une analyse de la législation relative aux étrangers et des pratiques constatées de la part des autorités publiques, pour démontrer en quoi de nombreuses inégalités de traitement fondées sur la nationalité constituent en réalité des discriminations fondées sur les origines, voire des discriminations raciales et comportent de ce fait un effet stigmatisant.

      Reprenant immédiatement la parole à l’issue de la présentation de cet exposé introductif, le président de la mission, Monsieur Robin Reda, a adopté un comportement insolite en ce genre de circonstances. Il s’est exprimé en ces termes : « Un peu plus, un peu moins, de toutes manières, ce qui nous intéresse, c’est le fond du propos, dont je dois dire, Madame, qu’il m’a énormément choqué mais je ne suis pas surpris au regard des prises de positions du Gisti et moi qui me croyais d’une droite relativement modérée, je me découvre totalement fasciste au regard de ce que vous dites, avec lesquels je suis en désaccord sur tous les points. Mais on est là pour en débattre et la démocratie a ceci de beau que nous invitons aussi des organisations qui appellent ouvertement à enfreindre la loi, je pense notamment à la Marche des sans-papiers organisée le 17 octobre, à laquelle le Gisti est associé. Si on est sans-papiers et que l’on défile ouvertement sans se faire arrêter, on viole la loi et non seulement on viole la loi mais en plus, l’État est trop faible pour vous interpeller ».

      Madame Lochak a rappelé qu’il n’y avait là aucune violation de la loi puisque la liberté de manifester ne prévoit pas d’exceptions pour les personnes sans papiers. Elle a fait remarquer qu’il arrivait souvent, au demeurant, que des personnes sans papiers soient régularisées, ce qui atteste que leur revendication peut être entendue par l’administration. Monsieur Reda a alors ajouté qu’à cette Marche du 17 octobre, le Gisti défilait avec des mouvements indigénistes – comme si le fait d’apparaître comme signataire d’un appel parmi plus d’une centaine d’organisations impliquait l’adhésion aux positions de la totalité des signataires, et alors même que plusieurs des associations déjà auditionnées par la mission sont également signataires de cet appel à la Marche du 17 octobre, sans que Monsieur Reda s’en soit ému.

      Monsieur Reda a ensuite demandé « si la France serait toujours coloniale et s’il faudrait lui imposer une forme de démarche vengeresse qui mettrait en cause la République-même », avant de s’interroger lui-même, de façon particulièrement insultante pour l’organisation représentée par Madame Lochak et pour elle-même, sur la question de savoir si la mission qu’il préside « ne devrait pas s’intituler : Émergence d’une forme d’antiracisme dangereux en ce qu’il menace l’ordre républicain », suggérant explicitement que le Gisti serait le vecteur de cet « antiracisme dangereux ».

      Le monologue agressif du président de la Mission d’information s’est poursuivi pendant la majeure partie de l’audition, alors qu’il avait lui-même rappelé que celle-ci devait pouvoir se dérouler « en toute tranquillité ». Ce n’est que dans les dix dernières minutes que la rapporteure a donné l’occasion à Madame Lochak de développer ses arguments.

      Par son comportement, le président a clairement outrepassé ses prérogatives, dévoyé sa fonction et dénaturé cette audition en principe destinée à recueillir les connaissances d’experts, à poser des questions utiles et à enrichir les travaux de la Mission. Il l’a utilisée en effet comme une tribune pour afficher des positions partisanes, en agressant la personne auditionnée, non sans proférer une série d’erreurs grossières et de contre-vérités.

      Ces manquements aux obligations inhérentes à ses fonctions et la violence des attaques portées par Monsieur Reda contre Madame Lochak, et à travers elle contre le Gisti, nous paraissent d’autant plus préoccupants que la Mission mise en place par la Conférence des Présidents traite d’un sujet « sensible » et que, pour cette raison précisément, son déroulement exige, a fortiori de la part de son président, une parfaite neutralité.

      Compte tenu de l’importance de l’enjeu de la Mission, nous demandons que ce courrier soit annexé à son futur rapport.

      Pour la même raison, vous comprendrez que ce courrier soit rendu public.

      Veuillez croire, Mesdames, Messieurs, à l’assurance de nos salutations.
      Vanina Rochiccioli
      Présidente du Gisti

      https://www.gisti.org/spip.php?article6492=

    • La #cancelculture pour les nuls

      Faire taire : tel est l’objectif que se donnent celles et ceux qui pratiqueraient — consciemment ou non — la cancel culture. Depuis quelques mois, on assiste à une recrudescence de commentaires sur l’existence d’une #cancelculture à la française, qui consisterait à déboulonner les statues, à « couper la République en deux » (Emmanuel Macron), ou plus pratiquement, à entraver la tenue de « débats »1 ou à censurer des oeuvres2.

      Il est pourtant une #cancelculture bien française, qui se reconnaît difficilement comme telle, et qui se pratique dans l’espace de communication feutrée des universités : le harcèlement sur les listes professionnelles, à l’endroit des jeunes chercheurs et, plus souvent encore, des jeunes chercheuses.

      Pour ce billet, nous nous appuyons sur les archives de la liste Theuth, spécialisée en épistémologie et histoire des sciences. Nous ne souhaitons pas particulièrement stigmatiser une liste de diffusion qui a été, par le passé, un beau lieu de débat professionnel et scientifique. Cette liste en effet n’est pas modérée a priori3, ce qui favorise les débats ou les échanges. Elle diffère ainsi grandement des listes où les modérateurices, en autonomie ou soumis·es à un protocole complexe de censure, comme H-France, Histoire eco, la liste de diffusion de l’Association française d’histoire économique4, ou encore geotamtam, qui regroupe des centaines de géographes ; ces listes sont modérées a priori ; les lecteurices n’ont pas accès aux épiques échanges invisibles ont lieu avant la publication ou la censure — ni même idée de leur existence, puisqu’aucune justification publique et régulière de l’activité de modération n’est jamais publiée sur lesdites listes. Parmi les sujets les plus censurés sur ces dernières listes citées, on trouve ainsi toutes les considérations touchant aux conditions de travail et d’emploi dans l’enseignement supérieur et la recherche, jugées « non scientifiques », ou sans rapport avec l’objet de la liste de diffusion, et plus récemment, les informations touchant aux attaques contre les « libertés académiques ». C’est ainsi que, pendant des années, l’emploi dans l’ESR et ses conditions n’ont fait l’objet d’aucune discussion au sein de certaines sociétés savantes, les privant de facto d’un levier sur une évolution dégradant considérablement les conditions d’exercice et la science telle qu’elle se fait. En ce sens, Theuth n’est pas représentative de nombre de listes de diffusion universitaire et reste un espace professionnel bien vivant.

      La conjonction entre un échange récent sur Theuth, à propos de l’Observatoire du décolonisme, et le fait que plusieurs membres, également membres de Vigilances Universités, y pratiquent de façon régulière le harcèlement sexiste et dominant à l’endroit de jeunes chercheuses et de jeunes chercheurs — visant in fine à les faire taire — nous conduit aujourd’hui à resaisir le pseudo-débat autour du décolonialisme à l’université au prisme du harcèlement des subalternes de l’ESR5. Ce harcèlement prend plusieurs formes : en général, des interpellations à n’en plus finir sur l’usage « scandaleux » (sic) de l’écriture inclusive ou de la langue anglaise ; moins fréquemment, l’attaque ad hominem et l’injure publique6. Ces comportements, qui s’apparentent à du harcèlement avec ciblage spécifique des femmes et des jeunes chercheurs et chercheuses ne font pas l’objet d’une modération a posteriori effective7.

      Le harcèlement professionnel ne laisse pas indemnes les membres d’une communauté scientifique. Plusieurs collègues ont d’ailleurs quitté Theuth, fatiguées des remarques sexistes continuelles. Dans le contexte récent de mise en lumière de l’association Vigilance Universités, à la manœuvre dans l’élaboration et la publication de plusieurs tribunes cette année8, la rédaction d’Academia a découvert avec stupéfaction que ceux-là mêmes qui prônaient le maccarthysme universitaire, pratiquaient quotidiennement le harcèlement sur une liste professionnelle bien familière. Attaques publiques et dévalorisation publiques apparaissent, sous ce nouveau jour, comme les deux mamelles de la domination professionnelle de ceux qui sont habituellement prompts à se poser comme victimes de la supposée #cancelculture des militant·es gauchistes9. Ce faisant, et sans modération de la part de leurs collègues titulaires, ce sont bien les « dominé·es » de l’ESR, les non-titulaires, les femmes et les personnes racisées, qui se trouvent privées d’un espace de travail serein. Il est ainsi plus simple de cancel celles et ceux à qui ces personnes malveillantes dénient toute légitimité ou qui, en raison d’une politique plus que malthusienne de l’emploi universitaire, ont intérêt à se taire, à oublier même certains sujets ou certaines pratiques de la recherche, s’iels veulent être un jour recruté·es.

      Nous choisissons de reproduire trois réponses de la liste, sélectionnées au sein de son archive publique, avec l’accord de leurs autrices et de leur auteur, afin de donner à d’autres les moyens de se défendre contre la mâle #cancelculture à la française.

      - Observatoire du décolonialisme, Vigilance universités et domination (janvier 2021)
      - « Les convulsions qui indiquent la fin prochaine » : point médian, écriture inclusive et réactions d’arrière-garde (novembre 2020)
      - Au revoir TheuthienNEs : quitter la liste pour en refuser le sexisme (décembre 2018)

      https://academia.hypotheses.org/30581

    • Accusation d’"#islamo-gauchisme" à l’université : des députés réclament une mission d’information

      Deux députés Les Républicains demandent la création d’une mission d’information parlementaire sur les « dérives intellectuelles idéologiques dans les milieux universitaires ». La Conférence des présidents d’université affirme qu’elle « partage l’indignation de toute la communauté universitaire ».

      La polémique n’en finit pas… Deux députés Les Républicains, Julien Aubert et Damien Abad, ont adressé un courrier au président de l’Assemblée nationale dans lequel ils dénoncent « les dérives intellectuelles idéologiques qui se manifestent dans les milieux universitaires », indique l’Assemblée dans un communiqué.

      Les deux députés réclament la création d’une mission d’information parlementaire. Si l’Assemblée nationale accepte la création de cette mission d’information, une délégation de la commission sera alors chargée d’étudier cette question et de publier un rapport.

      « Islamo-gauchisme »

      Les parlementaires pointent deux faits dans leur courrier. L’importation, selon eux, de la « cancel culture » américaine « qui désigne la volonté de réduire au silence dans l’espace public tous ceux qui portent des paroles ou un comportement jugés offensants ». Mais aussi l’existence de supposés "courants « islamo-gauchistes » puissants dans l’enseignement supérieur".

      Ces députés font écho aux propos du ministre de l’Education nationale, Jean-Michel Blanquer, qui pointait « l’islamo-gauchisme qui fait des ravages à l’université », six jours après l’assassinat de Samuel Paty. La Conférence des présidents d’université (CPU) s’était alors indignée de ces mots. D’autant que le terme « islamo-gauchisme », qui a été inventé par des intellectuels réactionnaires dans les années 2000, a en effet longtemps été l’apanage des penseurs d’extrême-droite. De plus en plus répandu, il désigne « l’alliance ou la collusion entre des groupes d’extrême gauche et des mouvances islamistes », explique un de ces créateurs, le politologue Pierre-André Taguieff, dans une tribune publiée dans Libération.

      « Odieuses calomnies »

      Pour la CPU, cette demande de mission d’information « reflète la totale méconnaissance du fonctionnement de l’institution universitaire, de la recherche et de la formation » de ces parlementaires. « Elle signale surtout, au nom de l’opportunisme populiste, l’irrespect et la remise en cause des libertés académiques, principe fondamental de valeur constitutionnelle et présent dans toute démocratie ».

      Elle s’indigne par ailleurs d’un post Twitter de Julien Aubert, qui désigne sept présidents d’universités comme « coupables » de la « censure » qu’il entend dénoncer dans les universités. Cette publication, avec des photos des profils des présidents, est un « mépris des droits les plus élémentaires de la personne humaine », condamne la CPU dans un communiqué publié ce lundi 30 novembre.

      La CPU tient « à apporter son soutien aux universitaires qui subissent, ces derniers jours, d’odieuses calomnies », a-t-elle réagi. En attendant la décision de l’Assemblée, elle affirme qu’elle est « solidaire de ses collègues et partage l’indignation de toute la communauté universitaire ».

      https://www.letudiant.fr/educpros/actualite/accusation-d-islamogauchisme-a-l-universite-deux-parlementaires-demandent-

    • "Islamo-Gauchisme" : #Christelle_Rabier porte #plainte contre Julien Aubert - Info HuffPost

      La chercheuse Christelle Rabier, maîtresse de conférence à l’EHESS, vient de porter plainte contre Julien Aubert, député Les Républicains, pour "injure publique".

      Le terme “islamo-gauchiste” sera-t-il considéré bientôt comme une injure ? Christelle Rabier, historienne des sciences et de la médecine, maîtresse de conférence à l’École des Hautes Études en sciences sociales (EHESS) à Marseille, a porté plainte mardi 23 février contre le député Julien Aubert (LR) pour un tweet où elle est désignée comme “islamo-gauchiste” aux côtés de sept autres chercheurs.

      Dans le tweet en question, qui date du 26 novembre 2020, le député du Vaucluse écrit : “Universités : les coupables s’autodésignent. Alors que la privation du débat, l’ostracisation et la censure est constatée par nombre de professeurs, étudiants ou intellectuels, certains se drapent dans des accusations de fascisme et de #maccarthysme.”

      Sous ce texte, un montage photo affiche les comptes Twitter de sept universitaires, dont un président d’université. La plainte, qui a été déposée le 23 février et consultée par Le HuffPost, fait état d’un délit d’“injure publique envers un fonctionnaire public”.

      “Jeter le #discrédit sur les universitaires”

      “Pour que ce soit de la diffamation, il faut que ce soit quelque chose de précis, justifie au HuffPost son avocat au Barreau de Paris, Maître Raphaël Kempf. Si nous attaquions pour diffamation, cela voudrait dire que l’on considère que le terme ‘islamo-gauchisme’ correspondrait à une certaine réalité.”

      Si le terme “islamo-gauchisme” n’apparaît pas dans le tweet dont il est l’objet, c’est bien de cela qu’il s’agit, ainsi que de “dérives idéologiques”, et de “cancel culture”, dont les universitaires seraient “coupables”.

      “Pour comprendre le tweet, il faut lire son tweet précédent, explique l’avocat. Les ‘Coupables’ de quoi ? D’“islamo-gauchisme’, de ‘cancel culture’, de ‘censure’... Le but est de jeter le discrédit et l’anathème sur les universitaires. Il faut lire ça comme un tout.” De mémoire d’avocat, ce serait la première fois que ces termes sont présentés comme des injures.
      “Cancel culture” et “islamo-gauchisme”

      Pour pleinement comprendre ce tweet, il faut en effet revenir un peu en arrière. La veille, le 25 novembre, Julien Aubert et le président du groupe Les Républicains, Damien Abad, ont demandé à l’Assemblée nationale la création d’une mission d’information “sur les dérives idéologiques dans les milieux universitaires”.

      Dans leur communiqué de presse, il est question de lutter à la fois contre la “cancel culture” et “les courants islamo-gauchistes puissants dans l’enseignement supérieur” (voir le tweet ci-dessous). Une annonce qui provoque la polémique. Des professeurs d’université et des chercheurs s’érigent contre une “chasse aux sorcières” et accusent les députés de “maccarthysme”.

      Les protestations du monde universitaire ne freinent pas la volonté du député LR. Le lendemain, il publie le tweet en question, et affiche les comptes de ceux qui sont, pour lui, des preuves vivantes de la nécessité de cette mission d’information parlementaire.

      À l’époque, les réactions ont été vives. La Conférence des présidents d’université (CPU) parle d’une “#faute_grave” du député. L’Alliance des universités appelle à “de la dignité et de la retenue dans les propos”. L’Université de Rennes 2 considère que “c’est une dérive grave”.

      “Une telle désignation, de la part d’un représentant de la Nation, constitue une faute grave”, écrit la CPU dans son communiqué datant du 30 novembre, avant de fustiger la mission d’information qui “signale, au nom de l’opportunisme populiste, l’irrespect et la remise en cause des libertés académiques, principe fondamental de valeur constitutionnelle et présent dans toute démocratie.”

      https://twitter.com/CPUniversite/status/1333342242195578880

      “Une #attaque brutale et inouïe”

      Pour Christelle Rabier, qui fait partie des universitaires ainsi désignés, c’est “un choc”. “Je ne suis pas la seule à avoir été très affectée par cette attaque brutale et inouïe, de la part d’un député, en dehors de l’hémicycle”, témoigne-t-elle dans la vidéo en tête d’article.

      “C’est méconnaître nos métiers, l’engagement qu’on a au quotidien auprès de nos étudiants et de nos collègues, tempête-t-elle. Les mots me manquent.”

      Pour elle, la meilleure façon de répondre est de porter plainte, “pour que les députés sachent qu’il n’est pas possible de s’en prendre impunément à des universitaires au titre de leur fonction, d’enseignant et de chercheur.”

      Une décision qui “n’a pas été prise simplement” et qu’elle porte finalement seule. “Certains des mis en cause jugeaient que c’était vraiment du buzz électoraliste et qu’il fallait juste faire taire”, raconte la chercheuse. La réaction collective se borne à demander à ce que le tweet, qui n’a pas été supprimé par Twitter, n’apparaisse dans aucune publication médiatique sur le sujet.

      Elle décidera de se lancer en solo dans la bataille judiciaire. Elle espère que cette plainte, si son issue lui est favorable, pourra faire jurisprudence et précisera “dans quelle mesure un député peut utiliser sa parole sur un réseau social pour s’en prendre à un ou plusieurs agents de la fonction publique.”

      Une décision renforcée par les déclarations de sa ministre de tutelle, Frédérique Vidal, sur “l’islamo-gauchisme” qui “gangrène l’université”. “Ces affirmations sont gravissimes, estime-t-elle. Pour moi qui suis historienne, ‘islamo-gauchisme’, c’est comme ‘judéo-bolchevique’.”
      Pas de protection fonctionnelle

      Si elle ne porte plainte que trois mois plus tard, c’est parce qu’elle espérait disposer d’une “protection fonctionnelle” de la part de l’établissement où elle travaille, l’EHESS, liée à son statut de fonctionnaire et qui permet notamment de bénéficier d’une assistance juridique.

      Une aide juridique et financière qui avait notamment été accordée par exemple aux quatre policiers mis en examen après le passage à tabac de Michel Zecler en décembre dernier.

      En novembre, le président de son université aurait envoyé un signalement au Procureur de la République, indiquant qu’elle a fait l’objet d’un tweet diffamatoire. Mais sa demande de protection fonctionnelle sera finalement refusée.

      “Elle lui a été refusée en pratique, précise son avocat Me Kempf. Dans les discours, ils lui ont accordée, mais de fait ils l’ont refusée. Ils considèrent qu’intenter une procédure contre Julien Aubert serait contribuer à une publicité tapageuse. Mais ce n’est absolument pas à l’université de décider à la place de la victime d’un délit de la meilleure procédure à mettre en place.”

      C’est donc à ses propres frais que la chercheuse s’est lancée dans cette procédure. “Cela a choqué beaucoup de collègues, au sein de mon établissement et à l’extérieur, estime-t-elle. Quand ils ont découvert que pour une affaire aussi grave, je ne bénéficie pas du soutien de mon institution.” Christelle Rabier a déposé un recours contre cette décision et son avocat attaqué l’EHESS devant le tribunal administratif.

      Contacté par Le HuffPost, le député Julien Aubert n’a pas souhaité apporter de commentaire.

      https://www.huffingtonpost.fr/entry/islamo-gauchisme-christelle-rabier-porte-plainte-contre-julien-aubert

  • La sécurité intérieure a refusé l’entrée aux Etats-Unis du directeur de Forensic Architecture
    Hakim Bishara, Hyperallergic, le 19 février 2020
    https://agencemediapalestine.fr/blog/2020/02/23/19784

    Organisée par Sophie Landres, l’exposition actuelle au MOAD met en lumière plus d’une douzaine d’enquêtes percutantes de Forensic Architecture. Elles incluent une enquête sur une frappe de drone par la CIA au Pakistan ; une analyse de l’assassinat d’un barbier par la police de Chicago qui a conduit à une investigation par le maire et le département de police de la ville ; une enquête sur l’utilisation d’armes chimiques par le régime syrien ; et une enquête sur le bombardement israélien de la ville palestinienne de Rafah qui a forgé la décision récente de la Cour pénale internationale d’ouvrir une investigation sur la possibilité de crimes de guerre israéliens.

    Le groupe a fait du bruit à la Biennale Whitney en 2019 avec une vidéo — Triple-Chaser (2019) — qui reliait le groupe Safariland, une compagnie dirigée par l’ancien vice-président du musée Whitney Warren Kanders, à des crimes de guerre à Gaza. La vidéo a provoqué une action juridique contre Safariland par le Centre européen pour les droits constitutionnels et humains. Le groupe a plus tard demandé que son travail soit retiré de l’exposition, peu avant que Kanders n’annonce sa démission.

    En conjonction avec l’exposition du MOAD, Forensic Architecture lance une enquête jointe avec des groupes locaux sur les violations des droits humains dans le centre de détention de Homestead en Floride, où les enfants migrants auraient été detenus dans des conditions inhumaines. True to Scale ouvre au public demain, le 20 février.

    Les Etats-Unis bloquent l’entrée d’un chercheur qui expose les violations israéliennes des droits humains
    Maureen Clare Murphy, Electronic Intifada, le 21 février 2020
    https://agencemediapalestine.fr/blog/2020/02/23/les-etats-unis-bloquent-lentree-dun-chercheur-qui-expose-les-vi

    Quand Weizman s’est rendu à l’ambassade américaine à Londres pour réitérer sa demande de visa, un employé lui a demandé de fournir des informations détaillées sur ses voyages des quinze dernières années. Il lui a aussi demandé de nommer tous ses contacts qui auraient pu déclencher l’algorithme, a dit Weizman aux médias..

    Weizman a dit qu’il avait refusé de fournir des informations supplémentaires à l’ambassade parce que le faire « aurait pu faire courir des risques aux personnes dont il aurait donné les noms » .

    L’année dernière, les Etats-Unis ont interdit l’entrée du pays à Omar Barghouti, un militant palestinien des droits humains, co-fondateur du mouvement de boycott, désinvestissement et sanctions.

    L’administration de Trump a aussi révoqué le visa de la procureure générale de la Cour pénale internationale à cause de ses efforts d’ailleurs frustrés pour poursuivre des investigations sur des crimes de guerre qui auraient été perpétués par les forces américaines en Afghanistan.

    Les fonctionnaires américains ont aussi menacé d’imposer des sanctions ou de chercher à poursuivre pénalement des responsables de la Cour pénale internationale s’ils poursuivaient leurs investigations dans des crimes de guerre qui auraient été commis par Israël.

    Voir aussi ici :
    https://seenthis.net/messages/826651

    Et sur ce sujet, une liste d’expulsions aux frontières israéliennes ici :
    https://seenthis.net/messages/364741

    #Palestine #USA #Eyal_Weizman #Forensic_Architecture #censure #criminalisation_des_militants #criminalisation_des_universitaires #criminalisation_des_artistes #maccarthysme #Expulsion #Frontière

  • Eyal Weizman barred from U.S. ahead of #Forensic_Architecture retrospective - Archpaper.com

    https://archpaper.com/2020/02/eyal-weizman-barred-from-us

    Cette histoire est proprement invraisemblable, mais authentique. C’est un authentique cauchemar.

    #Eyal_Weizman was preparing to fly to Miami from his home of London for the opening, he received an email from the U.S. Embassy informing him that his visa had been revoked and he would not be allowed to travel to the United States.
    When Weizman went to apply for another visa, an interviewer at the Embassy told him that an “algorithm” had identified him as a security threat due to people he had interacted with, places he had traveled recently, or an unidentified combination of the two. When given the opportunity to “speed up the process” by giving names he felt might have been the cause for setting off alarms, Weizman refused.

  • I’m a Stanford professor accused of being part of a ’terrorist group’. McCarthyism is back | David Palumbo-Liu | Opinion | The Guardian
    https://www.theguardian.com/commentisfree/2018/feb/08/stanford-professor-mccarthyism-antifa

    As a scholar-activist working on issues such as sexual assault, Palestine, and anti-fascism, I am used to receiving abusive messages and being publicly maligned. Now, however, attacks on me have reached troubling new heights.

    Last month, the Stanford Review, a rightwing publication co-founded by Peter Thiel and based on my university campus, wrote that I have helped set up an “organization [that is] undeniably a chapter of a terrorist group” and demanded my resignation. Their article was picked up by groups like JihadWatch, Campus Fix, Campus Reform, Fox & Friends, and other rightwing media outlets.

    The organization I belong to is called the Campus Antifascist Network. We advocate for organized resistance to fascist violence on campus, and for educating our communities and others as to the nature of fascism today. We claim solidarity with a proud tradition of anti-fascism dating back to the early 20th century.

    Today, we are seeing the resurgence of a wretched phenomenon we thought we had put behind us – McCarthyism, which involves “the use of tactics involving personal attacks on individuals by means of widely publicized indiscriminate allegations especially on the basis of unsubstantiated charges”.

    Professors are more than hesitant about fighting back against accusations that emanate from organizations supported by the likes of Peter Thiel or Charlie Kirk, who founded Turning Point USA.

    I don’t have the resources to bring a libel suit – I cannot out-lawyer a newspaper that has an ally in its founder and major contributor to the university, Peter Thiel.

    The troubling question is: who does?

    #MacCarthysme #Politique_USA #Peter_Thiel

  • An einem einsamen Ort: Der American Dream zwischen Humphrey Bogart und Donald Trump | Telepolis
    https://www.heise.de/tp/features/An-einem-einsamen-Ort-Der-American-Dream-zwischen-Humphrey-Bogart-und-Donald-T

    03. Juni 2017 Hans Schmid

    Cineastische Reise in vier Etappen

    An einem einsamen Ort, Teil 1

    Statt auf die täglichen Tweets von Donald Trump zu starren wollen wir uns lieber in eine Zeit begeben, als die Vereinigten Staaten von Amerika noch so etwas wie eine Leitkultur zu bieten hatten und von dort mehr kam als Sequels, Prequels und durchnummerierte Superheldenepen. Widmen wir uns also einem Film, der mit mehr Qualität und Tiefgang aufwarten kann als die Washingtoner Bühne, die seit dem 20. Januar zum Schmierentheater geworden ist.

    Der Film heißt In a Lonely Place, entstand zu Beginn des Kalten Krieges und hat letztlich doch wieder mit Trump zu tun, weil er anhand einer ebenso romantischen wie traurigen Liebesgeschichte von einer tief gespaltenen Gesellschaft erzählt und von der männlichen Gewalt den Frauen gegenüber. Amerika den Schlägern und Raufbolden auszuliefern, sagt der Film, kann keine Lösung sein. Darum gibt es auch kein Happy Ending.

    Liebesszene mit Grapefruit

    Beginnen wir mit einer Frage für das Drehbuchseminar. Was macht eine gute Liebesszene aus? Das Paar, sagt Dixon Steele zu Laurel Gray, darf sich nicht andauernd versichern, wie sehr es sich liebt: „Eine gute Liebeszene sollte noch von etwas anderem handeln, außer von der Liebe. So wie bei uns zum Beispiel. Ich bereite die Grapefruit vor, du sitzt da drüben, benebelt und noch nicht ganz wach. Jeder, der uns zuschaut, würde sehen, dass wir verliebt sind.“ Dix Steele muss es wissen. Er ist Drehbuchautor in Hollywood und gilt als verkrachtes Genie.

    Die Szene, der wir da zuschauen, erfüllt genau die von Dix formulierten Anforderungen an eine gute Liebesszene. Die für Dix schlechte Nachricht ist: Wir sehen keine Schnulze, die bei Bedarf mit einer Lüge enden würde, um ihm sein privates Glück zu garantieren. Ein Mann macht Frühstück für die Frau, die er liebt. Doch schon bei den Vorbereitungen zeigt sich, wie ungeeignet er für die alltäglichen Verrichtungen ist, die den Rahmen für Leidenschaft und Romantik abgeben sollen. Das Grapefruitmesser in Laurels Küche biegt er gerade, weil er so ein Ding noch nie gesehen hat. Statt das Fruchtfleisch ohne die bittere Haut herauszulösen verstümmelt er die Grapefruit.

    In a Lonely Place

    Assoziationen an die berühmteste Grapefruit der Filmgeschichte sind durchaus erwünscht. In The Public Enemy sitzt ein schlecht gelaunter James Cagney mit Mae Clarke am Frühstückstisch und drückt ihr die Hälfte der Frucht ins Gesicht, die sie für ihn vorbereitet hat. Die Gewalt, die Männer gegenüber Frauen ausüben, ist auch ein Thema von In a Lonely Place. Das Grapefruitmesser in der Hand von Dix hat etwas Bedrohliches, weil man sich als Zuschauer unwillkürlich fragt (wir sind in der 72. Filmminute), ob er gleich einen seiner Wutanfälle kriegen und auf Laurel einstechen wird.

    In a Lonely Place

    Laurel hat Dix soeben gesagt, wie sehr sie die Liebesszene in seinem neuen Drehbuch mag. Zugleich spürt sie, wie ihre eigene Liebe zu Dix dabei ist zu zerbrechen. Wenn Dix erklärt, was eine gute Liebesszene braucht, steht er am linken Bildrand. Laurel sitzt ganz rechts auf einem Stuhl an der Wand. Die räumliche Entfernung verdeutlicht die emotionale Distanz, die sie inzwischen von dem Mann trennt, den sie liebt. Für den Regisseur Nicholas Ray hatte die Organisation des Raumes immer einen besonderen Stellenwert. Auch durch sie lässt sich eine Geschichte erzählen. Bei Ray ist das oft beredter als ein langer Dialog.

    In a Lonely Place ist ein Film, der ständig auf seine eigene Erzählung reagiert und gefühlsmäßig die ganze Bandbreite der Romanze abdeckt, von Himmelhochjauchzend bis Zutodebetrübt. Eine Mordgeschichte gibt es auch. Jemand hat Mildred Atkinson erwürgt und aus einem fahrenden Auto geworfen. Kurz zuvor war Mildred in Dix’ Wohnung. Für die Polizei ist er der Hauptverdächtige. Laurel kann nur noch mit Tabletten schlafen, seit sie befürchtet, dass er tatsächlich der Mörder ist. Kein Wunder, dass sie so benommen wirkt.

    Als Zuschauer ist man gefordert, weil dieser Film so viele, miteinander korrespondierende Ebenen hat. Er handelt von der romantischen Liebe, von sinnloser Gewalt und von der Verbindung zwischen beiden, vom Zerfall alter Gewissheiten und von der Sehnsucht, den von Hollywood perfektionierten und dabei zu Tode gerittenen Boy-Meets-Girl-Geschichten eine neue Form zu geben. Zur Erneuerung gehört die Bereitschaft, sich - auch wenn es schmerzt - von der in der Traumfabrik produzierten Illusion zu verabschieden, dass Konflikte dadurch zu lösen sind, dass der Held am Schluss die Heldin küsst.

    Was muss gegeben sein, damit aus einem interessanten Film ein richtig guter wird, ein Film für die DVD-Sammlung, den man immer wieder sehen will? Wahrscheinlich muss er den Test der Zeit bestehen, wie man so sagt. Das soll nicht heißen, dass er der Fels in der Brandung sein muss, der Monolith, der dem Lauf der Zeit widersteht. So etwas bringt einen nur ins Museum für einschläfernde Meisterwerke, deren Titel in den Geschichtsbüchern nachzulesen sind. Gemeint ist, dass der Film, statt zeitlose Gewissheiten zu liefern, regelmäßig seine Aktualität auffrischt, zur jeweiligen Gegenwart in ein kritisches Verhältnis tritt, statt dieser Gegenwart enthoben zu sein und in ein Kunst-Elysium zu entschweben.

    Für mich ist In a Lonely Place solch ein Film. Durch ihn erfährt man viel über die Zeit, in der er entstanden ist, und auch über die Zeit, in der man selber lebt. Das oft leere Versprechen der Unterhaltungsindustrie, dass die Leinwand ein Fenster zur Welt sei, löst er ein, indem er es mit Bedeutung füllt. Das Fenster öffnet sich zur Gegenwart, zur Vergangenheit und vielleicht sogar zur Zukunft, weil man besser erahnen kann, was sich dort zusammenbraut, wenn man weiß, woher es kommt. Es gibt keine Politiker und keine populistischen Nationalisten, für das Zwitschern waren noch die Vögel zuständig und Donald Trump war drei Jahre alt, als In a Lonely Place gedreht wurde. Trotzdem ist das ein Film, der einem beim Verständnis des gegenwärtigen Schlamassels auf die Sprünge hilft.

    Trumps Aufstieg zum durch die Medien irrlichternden Promi-Unternehmer, zur Ikone des Trash-TV und von da zum US-Präsidenten begann 1973. Damit das gelingen konnte bedurfte es einer Vorgeschichte, die uns zurück in die Nachkriegszeit führt. Trump ist deren Kind. Zu erkennen ist das schon daran, dass er in einem der Protagonisten des diese Jahre prägenden McCarthyismus einen Ziehvater fand, der ihm zeigte, wie man zu einer für seine Berühmtheit berühmten Medienfigur wird und ihm so das nötige Rüstzeug für den Weg ins Weiße Haus mitgab. Aber der Reihe nach.

    Bogart, Bogey und Dixon Steele

    Für Bogart-Fans ist In a Lonely Place unverzichtbar, weil der Star in diesem Film eine seiner eindrucksvollsten Leistungen bietet und als Dixon Steele eine Rolle verkörpert, die seiner wahren Persönlichkeit näher kam als irgendeine andere. Jedenfalls fand das Louise Brooks, die ihm einen ihrer scharfsinnigen Texte über die Filmindustrie gewidmet hat ("Humphrey and Bogey", enthalten in dem schönen Buch Lulu in Hollywood). Brooks lernte Bogart 1924 kennen, als er noch ein eher konventioneller Theaterschauspieler war und nicht „Bogey“, die dem Unbehagen an der Welt mit cooler Abgeklärtheit begegnende Kunstfigur.

    Lulu in Hollywood / Louise Books

    Bogey ist eine Kreation, die Humphrey Bogart so gut gelang, weil er die Unterstützung von drei Regisseuren hatte, die ein feines Gespür dafür besaßen, nach welchem Heldentypus die Zeit verlangte: Raoul Walsh (High Sierra), John Huston (The Maltese Falcon) und Howard Hawks (To Have and Have Not, The Big Sleep). 1949, als In a Lonely Place entstand, war Bogart der Hollywoodstar mit den höchsten Gagen. Das verdankte er Bogey und dessen Image als rebellischer Einzelgänger, der seine eigenen Entscheidungen trifft und nach eigenen Regeln lebt wie Rick in Casablanca.

    Filmplakat: In A Lonely Place



    Auf den privaten Humphrey Bogart traf das nur bedingt zu, meint Brooks. Anstelle des glorifizierten Einzelgängertums der Star-Persona sieht sie die fundamentale Einsamkeit eines Menschen, dessen Situation mit dem Titel In a Lonely Place perfekt beschrieben sei. Die Rolle als Dixon Steele habe er mit faszinierender Komplexität spielen können, „weil der Stolz des Charakters auf seine Kunst, sein Egoismus, seine Trunkenheit, sein Mangel an Energie, durchstochen mit blitzschlagartigen Gewaltausbrüchen, vom echten Bogart geteilt wurden.“

    Filmplakat: In A Lonely Place Italienisch: Il diritto di uccidere / Paura senza perché

    Wir müssen demnach mit einem Film rechnen, in dem die Fiktion nicht immer klar von der Wirklichkeit zu trennen ist. Wäre es nach Bogart gegangen würde jetzt Betty Joan Perske mit ihm und dem Grapefruitmesser in dieser Küche sitzen, seine Partnerin im echten Leben. Betty hieß in ihrer Filmstarexistenz Lauren Bacall. In a Lonely Place ist der dritte Film der Santana Pictures, einer Firma, die Bogart 1948 mit Robert Lord gründete, früher Produzent bei den Warner Bros. Benannt war die Firma nach Bogarts Segelyacht, die er sehr liebte (mehr als Betty Bacall, sagen manche, die ihn gut kannten).

    Segelyacht Santana

    Das Erfolgsmodell des „klassischen Hollywood“, also der US-Filmindustrie vom Ende der 1910er bis in die späten 1950er Jahre, beruhte darauf, dass die fünf großen Studios Filme nicht nur produzierten, sondern auch über eigene Verleihfirmen und Kinoketten verfügten. 1948 urteilte der Supreme Court, dass die „vertikale Integration“ (Produktion, Verleih und Abspielstätten in einer Hand) ein Verstoß gegen die Regeln des freien Wettbewerbs und gesetzwidrig sei. Die Studios wurden gezwungen, sich von ihren Kinoketten zu trennen. Dadurch verschoben sich die Machtverhältnisse.

    Im alten System konnten die Studios auch unabhängige Kinobetreiber zwingen, Pakete mit bis zu drei Dutzend Filmen zu buchen, von denen oft nur der Titel bekannt war. Nach dem Verlust dieser Absatzgarantie änderten sie ihre Geschäftspraxis. Die bisher fließbandähnliche Massenproduktion wurde zurückgefahren, das Personal reduziert. Die nun nicht mehr ausgelasteten Ateliers wurden an Unabhängige vermietet. Bogart war einer von den Stars, die damals eine eigene Firma gründeten. Davon versprachen sie sich mehr künstlerische Freiheit - und die Möglichkeit, von Steuersparmodellen zu profitieren, die ihnen als Angestellte eines Studios verschlossen gewesen waren.

    Auch in einer Zeit des Personalabbaus hätten die Studios ihre Kassenmagneten sehr gern behalten. Über Bogarts Entschluss, sich mit der Santana selbständig zu machen, sollen sich die Chefs der Warner Bros. so geärgert haben, dass sie sich kategorisch weigerten, die vertraglich an sie gebundene Lauren Bacall freizugeben. Das war nicht nur ein Grund zum Traurigsein. Rays Art des Filmemachens war nicht ohne Risiken und Nebenwirkungen. Für die Beteiligten konnte das auf ihr Privatleben übergreifende Konsequenzen haben. Sehr aufschlussreich sind die Bilder von den Dreharbeiten, auf denen Ray zu sehen ist.

    Bilder von den Dreharbeiten, auf denen Ray zu sehen ist

    Kontrollfetischisten wie Lang oder Hitchcock sitzen in solchen Pressephotos meistens bei der Kamera. Ray dagegen sucht die Intimität mit seinen Darstellern. Oft ist er nur wenige Zentimeter von ihnen entfernt. Diese Nähe hatte ihren Preis. Ray besaß die mitunter unheimliche Fähigkeit, Schauspieler dazu zu bringen, vor der Kamera ihre Schwächen und wunden Stellen preiszugeben. Glück gehabt, Bogey und Betty, möchte man da sagen. Die Sturheit der Warner-Bosse bewahrte das Traumpaar Hollywoods davor, dass Ray die Haarrisse in ihrer scheinbar so perfekten Beziehung unter die Lupe nahm.

    Zwei Hochzeiten, mehrere Scheidungen und eine Schwangerschaft

    Ray behauptete später, dass ursprünglich Ginger Rogers für die weibliche Hauptrolle vorgesehen gewesen sei. Das habe er verhindert und dann, als Lauren Bacall nicht zur Verfügung stand, Gloria Grahame vorgeschlagen, die wie er selbst einen Vertrag mit der RKO hatte (die Santana lieh ihn für In a Lonely Place nur aus, wie zuvor schon für Knock on Any Door, ihre erste Produktion). Mehrheitseigner der RKO war seit 1948 Howard Hughes, der erratische, Exzentrik mit Paranoia kombinierende Multimillionär. Die Santana wiederum kooperierte mit dem Autokraten Harry Cohn, Boss der Columbia, deren Ateliers und Verleihorganisation sie nutzte.

    Überliefert sind mehrere Versionen der von Ray erzählten Anekdote, in der sich Cohn um Mitternacht konspirativ mit Hughes an einer Tankstelle treffen muss, dann von Überwachungsängsten überschattete Verhandlungen führt und schließlich Hughes’ Einverständnis erhält, Gloria Grahame zu besetzen. Belege für die Geschichte gibt es nicht. Vielleicht ist sie nur gut erfunden. Wie dem auch sei: Gloria Grahame machte die Rolle so sehr zu der ihren, dass man sich den Film ohne sie nicht mehr vorstellen kann. Die Idee, dass Ginger Rogers Laurel Gray hätte spielen können, wirkt absurd.

    Als In a Lonely Place gedreht wurde steckte Gloria Grahame in einer Ehekrise, von der die Öffentlichkeit nichts merken sollte. Ihr Gatte hieß Nicholas Ray. Die beiden waren sich bei der RKO-Produktion A Woman’s Secret begegnet, die Ray Anfang 1948 eher uninspiriert in Szene setzte und danach der Gruppe jener Filme zuordnete, die nur entstehen, weil irgendetwas hergestellt werden muss, um der Buchhaltung gegenüber die Ausgaben für das beim Studio unter Vertrag stehende Personal zu rechtfertigen. Jay C. Flippen ermittelt als Polizist, wie es dazu kam, dass Maureen O’Hara auf Gloria Grahame schoss. Weder die Kritiker noch das Publikum riss das vom Hocker.

    A Woman’s Secret

    Spannender gestaltete sich das Privatleben von Nick und Gloria, die nach den Dreharbeiten zu A Woman’s Secret schwanger war. Mitte April flog sie zur Überraschung der Klatschreporter plötzlich nach Las Vegas. Das ist auch das Ziel von Dix Steele, der Laurel Gray am Vormittag einen Antrag macht und schnellstens nach Nevada will, um sie möglichst noch in der Nacht zu heiraten. Gloria hatte das 1948 schon einmal durchgespielt, wobei sie Scheidung und Hochzeit kombinierte, in dieser Reihenfolge.

    Suicide Blonde / The Life Of Gloria Grahame, Vicent Curcio

    Im April 1948 war sie mit Stanley Clements verheiratet, mit dem sie eine „atavistische“ Beziehung verband, wie ihr Biograph Vincent Curcio in Suicide Blonde schreibt. In Las Vegas lässt sich so etwas ohne größere Formalitäten beenden, sofern sich die Partner einig sind, einer von ihnen seit mindestens sechs Wochen in Nevada seinen Wohnsitz hat und außerdem versichert, hinterher dort bleiben zu wollen. Nach Ablauf der sechs Wochen, am 1. Juni mittags um halb zwei, wurde Gloria von Stanley geschieden. Abends um halb acht heiratete sie Nick Ray.

    Damit das wie geplant über die Bühne gehen konnte musste Jay C. Flippen, der nun nicht mehr als Inspektor, sondern als Trauzeuge agierte, den Bräutigam aus dem Casino holen. Ray hatte den Nachmittag im „El Rancho“ verbracht, wo er sich betrank und sein Geld verspielte. Als Dummkopf aus dem Mittleren Westen, erklärte er Jahre danach, habe er sich verpflichtet gefühlt, ein gegebenes Eheversprechen einzulösen, vorher aber noch dafür gesorgt, dass er völlig abgebrannt war, weil das berechnende Frauenzimmer, das er nur heiratete, weil sie schwanger war, nichts von ihm kriegen sollte.

    Nicholas Ray wäre nicht Nicholas Ray gewesen, wenn es ihm nicht gelungen wäre, diese Mischung aus Selbsthass und Rachsucht mit einem Schuss Romantik anzureichern. Mit Gloria, erzählte er, wollte er ein völlig neues Leben beginnen. In dieser Version von der Geschichte sorgt Rays Spielsucht für den (finanziellen) Nullpunkt, der dafür erforderlich war. In der weniger romantischen Variante zahlte Gloria regelmäßig Nicks Spielschulden ab, vor und nach der Eheschließung. Mit dem Nullpunkt war das ohnehin so eine Sache. Die Presseabteilung der RKO hatte nach der Hochzeit viel zu tun.

    Das Studio behauptete, dass Gloria Nick erst nach ihrer Trennung von Stanley Clements kennengelernt habe und dass es für Nick die erste Ehe sei, obwohl er bereits einmal geschieden war und von seiner ersten Frau einen 1937 geborenen Sohn hatte, Tony. Als Gloria im September 1948 in Mutterschaftsurlaub ging ließ sich das von ihrem Arbeitgeber leicht vertuschen. Schwieriger wurde es, als sie am 12. November ein Kind zur Welt brachte. Da es meistens nicht bei einer Lüge bleibt musste die RKO nun verbreiten, dass es sich bei Baby Timothy um eine Frühgeburt handele (geboren fast vier Monate vor einer angeblich zu erwartenden Entbindung im März 1949, neun Monate nach der Hochzeit).

    Prügel von Nick und Sex mit Tony

    Man muss nur wenig vom Leben des Nick Ray wissen um zu ahnen, dass sich in der Figur des Dix Steele der Regisseur und sein Hauptdarsteller begegneten. Beide, Ray und Bogart, hatten einen Hang zu Gewalt und Destruktivität, der sich entweder gegen sie selbst oder gegen andere richtete. Küchenpsychologen werden sagen, dass das Selbstzerstörerische und die andere Leute in Mitleidenschaft ziehenden Wutausbrüche der Ausdruck schwer zu unterdrückender Frustrationen war, und wahrscheinlich ist das nicht einmal so falsch. Bei der Hochzeit in Las Vegas schadete Ray sowohl sich selbst wie seiner Braut, die er nach dem Ja-Wort gleich wieder verließ, um im Casino noch mehr Geld zu verlieren und noch mehr Whisky zu trinken.

    Nicholas Ray und Gloria Grahame

    Romantiker dürfen die Frustration durch den Weltschmerz ersetzen, das Leiden an der eigenen Person und an der Gesellschaft. Es war wohl so, dass sich Gloria wegen seiner künstlerischen (Hyper-)Sensibilität genauso zu Nick hingezogen fühlte wie wegen seiner Neigung zu extremem Verhalten, im Guten wie im Bösen. Bei Laurel und Dix ist das nicht viel anders. Wie sich die Beziehung zwischen den Filmfiguren entwickelt werden wir noch sehen. Die von Gloria und Nick war von dauernden Zerwürfnissen und Versöhnungen geprägt und unwiderruflich vorbei, als Nick - Vincent Curcio zufolge - entdeckte, dass Gloria mit Tony schlief, seinem damals 13-jährigen Sohn aus erster Ehe.

    In a Lonely Place

    Am 15. August 1952 wurden Gloria Grahame und Nicholas Ray geschieden. Gloria brauchte zwei Sätze, um vor dem Richter zu begründen, warum sie nicht länger Nicks Frau sein konnte. „Mein Gatte hat mich zweimal geschlagen“, gab sie zu Protokoll. „Einmal bei einer Party ohne Provokation, einmal bei uns zu Hause, als ich meine Schlafzimmertür absperrte.“ Nick sagte später, das Ganze sei „eine sehr teure Erfahrung“ für ihn gewesen. Das wurde so interpretiert, dass er von Gloria ausgenommen wurde, weil es so schön ins Klischee passte. Tatsächlich wurden ihr monatlich 300 Dollar Unterhalt für den gemeinsamen Sohn zugesprochen. Für sich selbst hatte sie nichts verlangt.

    In a Lonely Place

    Nick und Gloria ließen vieles weg, was sie auch noch über das Scheitern ihrer Ehe hätten vortragen können. Andererseits hat niemand je behauptet, dass Gloria vor Gericht die Unwahrheit sagte. Varianten der von ihr erwähnten Szenen männlicher Gewalt, mit abgesperrter Schlafzimmertür und Würgen statt Prügeln, finden sich in In a Lonely Place. Gloria erzählte vor Gericht nicht etwa frei erfundene Filmszenen nach, weil ohne Angabe von Gründen keine Scheidung stattfinden konnte. Der Film In a Lonely Place rekapitulierte - dramatisch verdichtet - die Wirklichkeit.

    In a Lonely Place

    Durch ein Scheidungsverfahren wie das von Ray und Grahame, begleitet von auf Schadensminimierung bedachten PR-Beratern, erfährt man eine Menge über die amerikanische Gesellschaft der Nachkriegsjahre. Vertuscht werden musste nicht nur der Sex mit dem 13-jährigen Stiefsohn. Auch Untreue unter Erwachsenen, Geschlechtsverkehr vor der Hochzeit und die außereheliche Zeugung eines Kindes hätten die weitere Karriere der Protagonisten massiv gefährdet. Ein Mann hingegen, der seine Frau schlägt, war zwar nicht das, was man sich wünschte, aber doch etwas, das für den Täter ohne größere Konsequenzen blieb.

    Wäre dem nicht so gewesen, hätten sich die hinter den Kulissen tätigen Vertreter des Paares auf einen anderen Scheidungsgrund verständigt. Häusliche Gewalt war offenbar okay, solange sie im gesellschaftlich akzeptierten Rahmen blieb und nicht außer Kontrolle geriet wie im Film. Die üblichen Rechtfertigungen sind bekannt und weit verbreitet - besonders dann, wenn es um vermeintlich außergewöhnliche Persönlichkeiten geht, um große Männer, die Großes leisten und denen man es deshalb nachsehen muss, wenn sie mal über die Stränge schlagen, weil das zu ihrem Charakter gehört und Teil des Gesamtpakets ist, wie man heute sagt.

    An der roten Ampel

    In der ersten Einstellung sehen wir Dix’ nervöse Augen im Rückspiegel seines Wagens, begleitet von der raffinierten, auf eine trügerische Weise schmalzigen Musik des Avantgarde-Komponisten George Antheil. Eine fragmentierte, in der Luft hängende Augenpartie, überblendet auf eine nächtliche Straße, dazu die Namen der beiden Hauptdarsteller, Humphrey Bogart und Gloria Grahame, dazwischen der Titel des Films, In a Lonely Place, und immer mitgedacht wir als Zuschauer, deren Blick durch die gespiegelten Augen zurückgeworfen wird. Man darf diesen Anfang wohl verstörend nennen.

    In a Lonely Place

    In Einstellung 2 scheinen wir auf der Rückbank des Autos von Dixon Steele/Humphrey Bogart zu sitzen, der durch das nächtliche Los Angeles fährt oder wenigstens so tut als ob, während er (oder sein body double), im Columbia-Atelier, in einem Cabrio-Imitat vor einer Rückprojektion sitzt und uns womöglich im Spiegel mustert, obwohl es die stillschweigende Übereinkunft gibt, dass wir das unsichtbare Publikum sind und die Stars auf der Leinwand die Objekte unserer Blicke. So erklären sich die unsteten Augen der ersten Einstellung. Man weiß nie, ob man gerade beobachtet wird, wenn ja von wem und mit welcher Absicht.

    Sehen und gesehen werden sind genauso wichtig in diesem Film wie die Kraft der Phantasie. Der hypersensible Dix fragt sich andauernd, welches Bild er in den Augen anderer Leute abgibt, beantwortet die Frage selbst und reagiert auf diese Antwort. Dadurch entsteht eine Atmosphäre der latenten Bedrohung, unterstützt durch Rays Inszenierung und die Montage. Der Film wurde gedreht, als die von den McCarthyisten betriebene Hexenjagd auf linke oder als links wahrgenommene Künstler Fahrt aufnahm. Obwohl nie direkt thematisiert, spielt das immer mit.

    In a Lonely Place

    Bei einer roten Ampel hält ein Auto mit einem etwas ungleichen Paar neben Dix. Die Frau auf dem Beifahrersitz spricht ihn an. Sie hat in einem seiner Filme mitgewirkt. Dix erklärt, die Frau nicht zu kennen und sich nie einen Film anzusehen, für den er das Drehbuch geschrieben hat. Der Fahrer des anderen Autos interpretiert die Situation ganz falsch und fordert Dix auf, seine Frau nicht zu belästigen. Dix wird beleidigend. „Das hättest du nicht tun sollen, Süße“, sagt er, „ganz egal, wie viel Geld das Schwein da hat.“ Der Mann scheint einem Wortgefecht nicht abgeneigt, fährt aber schnell weg, als er merkt, dass Dix sich mit ihm prügeln will.

    Mir fällt dazu Gloria Grahame ein, die vor dem Scheidungsrichter sagte, dass Nick sie ohne Provokation geschlagen habe. Auch bei Dix braucht es nicht viel, damit er auf andere Leute einprügelt. Bei der nächsten nächtlichen Autofahrt werden wir diese Aggressivität in ihrer ganzen Brutalität und Hässlichkeit erleben. Sollten wir geneigt sein, die Gewalttätigkeit zu romantisieren, wird das gründlich unterlaufen. Es ehrt den Regisseur, dass er nichts beschönigt. Ray hat auch einen Film über die eigene Angst davor gedreht, dass seine Ausraster nicht wieder gutzumachende Konsequenzen haben könnten.

    Just another movie

    Die ersten zehn Minuten sind Exposition, stellen uns Dixon Steele vor und den Ort, an dem er lebt. Skizziert wird eine Welt, in der die Oberflächlichkeit regiert, der schlechte Geschmack und das Geld. Dix ist auf dem Weg zum „Paul’s“, einem Szenelokal in Beverly Hills, wo er mit seinem Agenten Mel Lippman und dem Regisseur Lloyd Barnes verabredet ist. Vor der Tür des Lokals muss er an Kindern vorbei, die da als präpotente Autogrammjäger postiert sind und dann an zwei Filmfans in Gestalt feister Damen, die Souvenirs wollen und keine Filmkunst.

    In a Lonely Place

    An der Bar sitzt schon sein Freund Charlie Waterman, ein Leinwandidol der Stummfilmära, aus dem eine Shakespeare zitierende Witzfigur mit einem Alkoholproblem geworden ist. Das Vorbild für Charlie ist leicht auszumachen: John Barrymore, der einst als größter Hamlet-Darsteller seiner Generation galt, sein Talent vergeudete und am Ende seiner Laufbahn nur noch Parodien seiner selbst spielte. Wer sich in Hollywood zu lange aufhält hat entweder eine kaputte Leber oder kann nur noch Milch trinken wie Mel, der Agent mit dem multiplen Magengeschwür.

    Härter im Nehmen ist Lloyd Barnes. Als seine hervorstechende Eigenschaft wird angegeben, dass er vor Jahren ein Vermögen verdient hat und jetzt stinkreich ist, weil es damals noch keine Einkommenssteuer gab. Barnes soll für den Produzenten Bert Brodie den Bestseller Althea Bruce verfilmen, Dix das Drehbuch schreiben. Eine begeisterte Leserin des Romans ist Mildred Atkinson, Pauls Garderobiere. Für Mildred hat der Wälzer das Zeug zum Leinwandepos. „Sie wissen schon“, sagt sie zu Dix, „ein Film, der richtig lang ist und in dem eine Menge Sachen passieren.“

    In a Lonely Place

    Barnes ist es ganz egal, wo er Regie führt, wenn nur die Gage stimmt. Sein Motto lautet: „It’s just another movie!“. Dix bringt das auf die Palme. Er wirft Barnes vor, ein Popcornverkäufer zu sein, der seit 20 Jahren Remakes des immer gleichen Films dreht. Stimmt, sagt Barnes. Was uns beide unterscheidet ist nur, dass ich nicht dagegen ankämpfe. Mel versucht, die Wogen zu glätten und Dix zu überreden, den Auftrag anzunehmen, um nach mehreren Kassenflops in die Erfolgsspur zurückzukehren. Ohne Erfolg ist man in Hollywood ein Niemand.

    In a Lonely Place

    Ray zeigt uns dazu die Gäste an den Tischen im Lokal. Sie sind offenbar nur gekommen, um zu beobachten, was vor sich geht und auch, um selbst gesehen zu werden. Im „Paul’s“ sitzt man auf dem Präsentierteller. Ray führt uns dort in eine zynische Celebrity-Kultur ein, in der ein Mensch danach taxiert wird, was sein Autogramm auf der Sammlerbörse einbringt. Das lernen schon die Kinder. Die Klatschpresse lesen sie scheinbar nicht, weshalb sie Dixon Steele nicht kennen. Dix hat seit seiner Glanzzeit vor dem Krieg kein gutes Drehbuch mehr geschrieben, war aber bis vor kurzem mit einer Filmschauspielerin liiert und macht durch seine Ausraster auf sich aufmerksam. Sein Promi-Status ist dadurch gesichert.

    Bald werden wir erfahren, dass er in einem Apartmentkomplex wohnt, dessen Verwalterin stolz darauf ist, jemanden wie ihn als Mieter zu haben, weil er ein Prominenter ist. Das hilft dabei, die anderen Wohnungen zu vermieten, und vermutlich nimmt die Dame von den anderen im Haus mehr Geld, weil sie die Nachbarn des berühmten Dixon Steele sein dürfen. Donald Trump ist das Endprodukt (hofft man wenigstens) dieser Kultur der Oberfläche. Er hat demonstriert, wie man es als Held trashiger TV-Formate mit Sozialdarwinismus-Appeal, in denen Schwächere vorgeführt und erniedrigt werden, zum Twitter-Präsidenten bringt.

    Die Szenen im „Paul’s“ könnten der Anfang einer galligen Satire über eine von Geldzählern dominierte Unterhaltungsindustrie sein, mit Promikult und schönem Schein, der davon ablenkt, was für Schrott diese Industrie gebiert. In a Lonely Place ist aber viel mehr als das. Dem Zynismus steht die Hoffnung gegenüber, an diesem Ort Filme machen zu können, ohne dafür die eigene künstlerische Integrität verkaufen zu müssen. Nicholas Ray gab diese Hoffnung niemals auf, so wenig wie Dix Steele. In a Lonely Place selbst ist der beste Beweis dafür, dass sie sich erfüllen konnte.

    Werktreue in Hollywood

    Weniger die Kunst als den Kommerz und reibungslose Abläufe im Produktionsprozess hat Mel Lippman im Auge, wenn er Dix gut zuredet: „Alles, was du tun musst, ist dich an das Buch halten.“ Das verlange der Produzent. Dix, um das vorwegzunehmen, wird Althea Bruce nie lesen. Als Ausgangspunkt für sein Drehbuch genügt ihm eine ungefähre Vorstellung vom Plot des Romans. Mehr braucht er nicht. Brodie ist begeistert. Dana Polan, der für das BFI ein Büchlein über den Film geschrieben und den Audiokommentar zur bei Criterion erschienenen DVD gesprochen hat, ist deshalb perplex.

    Polan treibt in Wort wie Schrift die Frage um, wie es sein kann, dass der Produzent begeistert ist, wenn er doch eine originalgetreue Adaption in Auftrag gab? Die Antwort ist ganz einfach. Auch Brodie hat Althea Bruce nie gelesen (so wie wir diesen Produzenten nie sehen werden). Ihm reicht es völlig aus, wenn der Titel und ein paar Figurennamen erhalten bleiben, was die Käufer des Romans dazu bringen wird, eine Kinokarte zu erwerben. Das ist das übliche Kalkül in diesem Gewerbe und eine der selbstironischen Wendungen, mit denen der Film das eigene Verfahren kommentiert.

    Der Roman, aus dem schließlich die Santana-Produktion In a Lonely Place wurde, stammt von der famosen Dorothy B. Hughes, die sehr zu Unrecht in Vergessenheit geraten ist. Der Grund dafür dürfte sein, dass sie als Frau, die in den 1940ern Hardboiled-Krimis schrieb, in eine damals noch den männlichen Autoren vorbehaltene Domäne eindrang, wofür sie durchaus Lob erhielt, aber auch als seltsames Unikum behandelt wurde. Wer in keine Schublade passt wird leicht übersehen, wenn der erste Erfolg vorbei ist.

    Buchcover: In A Lonely Place, Dorothy B. Hughes

    Zwei von Hughes’ Krimis, The Fallen Sparrow und Ride the Pink Horse, waren bereits verfilmt worden, als Bogart und sein Partner Robert Lord die Rechte an In a Lonely Place kauften. Der Dixon Steele des sehr beunruhigenden Romans ist ein Frauen mordender Soziopath, der nach Los Angeles übersiedelt und sich dort als Drehbuchautor ausgibt, obwohl er eigentlich nur eine Schreibmaschine besitzt (Serienkiller ist keine gesellschaftlich akzeptierte Berufsbezeichnung). Edmund H. North, dem jetzt im Vorspann die Adaption von Hughes’ „Story“ zugeschlagen wird, sollte daraus ein Drehbuch machen.

    Der Dix Steele des Romans ist deutlich jünger als der des Films. Ursprünglich war die Rolle John Derek zugedacht, den Lord als Star aufbauen wollte. In Knock on Any Door hatte Derek den jugendlichen Straftäter Nick Romano gespielt, an der Seite von Humphrey Bogart (er ist sein Verteidiger), und einen Dialogsatz gesprochen, der zum tausendfach wiederholten Motto der rebellischen Jugend wurde: „Live fast, die young, and have a good-looking corpse.“ Eines von Rays Meisterwerken ist das sozial engagierte und ziemlich dröge Drama aber eher nicht.

    North hatte soeben das Drehbuch für Raoul Walshs Colorado Territory geschrieben, ein Remake des Kriminalfilms High Sierra als Western (mit Joel McCrea in der Bogart-Rolle). Etwas in der Art hätte sich auch aus In a Lonely Place machen lassen, ohne allzu sehr von der Romanhandlung abweichen zu müssen. Dann entschloss sich Bogart, die Rolle des Dixon Steele selbst zu spielen. John Derek war damit außen vor, und der Plot des Romans ebenso. Den größten Star von Hollywood als Serienmörder auftreten zu lassen war undenkbar. Die Production Code Administration, die Selbstzensureinrichtung der Filmindustrie, hätte das niemals erlaubt.

    Andrew Solt erhielt nun den Auftrag, das Drehbuch für Humphrey Bogart umzuschreiben. Von der Romanvorlage und der North-Fassung war danach nicht mehr viel übrig, jedenfalls nicht auf den ersten Blick. Geblieben sind der Titel, der Schauplatz, die Namen einiger Charaktere und ein paar Handlungselemente. Dem Krimi von Dorothy B. Hughes scheint es ergangen zu sein wie Althea Bruce, dem fiktiven Bestseller im Film. Hellhörig wird man, wenn man Dread Journey gelesen hat, einen Hughes-Roman von 1945. Althea heißt da die tote Frau eines über Leichen gehenden Hollywoodmoguls.

    Buchcover: Dread Journey, Dorothy B. Hughes

    Das ist der Hinweis darauf, dass sich der Film zwar vom Plot des Romans entfernt, nicht aber von dessen Themen, die er auf eine subtile Weise mit dem Milieu von Dread Journey kombiniert. Die Produzenten, Schauspieler und Drehbuchautoren, die Hughes da in einen von Los Angeles nach New York fahrenden Zug setzt, holt der Film In a Lonely Place zurück nach Hollywood, während das Filmmilieu im gleichnamigen Roman keine Rolle spielt. Das Gefühl von Paranoia, das Ray auf die Leinwand bringt, die Gewalt, die Männer gegenüber Frauen ausüben, das Entwerfen einer sich über die Wirklichkeit legenden Scheinwelt findet man so auch bei Dorothy B. Hughes.

    Mörder und Produzenten

    Als Solt mit dem Drehbuch fertig war traf er sich mit Ray, Lord und Bogart in dessen Haus. Anwesend war auch Lauren Bacall. Mag sein, dass Bogart damals noch hoffte, sie bei den Warner Bros. loseisen zu können. Solt las sein Manuskript vor. „This is it“, sagte Bogart. Das Drehbuch gefiel ihm so gut, dass er Anweisung gab, nichts mehr daran zu ändern. Zumindest hat Solt es später so erzählt. Ray habe dann nur noch einige Vorschläge gemacht und das Manuskript genau so verfilmt, wie er, Solt, es sich vorgestellt hatte. Das war derselbe Nick Ray, der ständig in Streit mit Produzenten geriet, weil er gern improvisierte und Drehbücher so änderte, wie er es für richtig hielt.

    Andrew Solt

    Bogart wusste genau, wie Ray tickte, seit sie zusammen Knock on Any Door gemacht hatten. Weil er ihn schätzte lieh er ihn auch für In a Lonely Place von der RKO aus, statt einen pflegeleichteren Regisseur zu engagieren. Rays Biograph Bernard Eisenschitz hat das am 18. Oktober 1949 fertiggestellte Buch mit dem Film verglichen. Am 25. Oktober war Drehbeginn. Von 140 Seiten blieben vier unverändert. Die Revisionen, meint Eisenschitz, waren das Resultat der engen Zusammenarbeit Rays mit seinen Hauptdarstellern. Solt durfte das Atelier nicht mehr betreten, weil Bogart sich über ihn geärgert hatte.

    In a Lonely Place

    Was macht man als Drehbuchautor, wenn man erleben muss, wie das eigene Werk von Regisseuren, Produzenten und Schauspielern umgeschrieben wird? Solt flüchtete sich in „alternative Fakten“ und erzählte die Geschichte so, wie er sie gern gehabt hätte. Dix Steele zieht es vor, sich die Filme gar nicht erst anzuschauen, für die er das Drehbuch verfasst hat. Dem Frustabbau dient das erkennbar nicht. Dix ist angewidert von sich selbst und trägt das nach außen, wenn er in der ersten Szene der Schauspielerin vorwirft, sie habe sich an den Mann neben ihr verkauft - so wie er sich und seine Kunst an den Kommerz.

    Bert Brodie, der Produzent von Althea Bruce, bleibt uns erspart. Er scheint ein so übler Typ zu sein, dass die Filmemacher ein Leinwandverbot über ihn verhängt haben. Ihre Meinung über den Berufsstand tun sie dadurch kund, dass der Mörder denselben Namen trägt wie der Mann, der bei In a Lonely Place als ausführender Produzent tätig war. Wikipedia (https://de.wikipedia.org/wiki/In_a_Lonely_Place) geht einen Schritt weiter und gibt an, dass der Produzent den Mörder spielt. Die Schwarmintelligenz folgt der vom Film vorgegebenen Stoßrichtung, hat das Detail aber falsch abgeschrieben. Den Mörder und Namensvetter des Produzenten spielt der meistens als Regieassistent tätige Jack Reynolds, der Gatte von Marjorie (die Flüchtlingshelferin in Fritz Langs Ministry of Fear).

    Schwiegersohnunwesen

    Als Ersatz für Brodie stürmt Junior ins „Paul’s“, um lautstark den Erfolg „seines“ neuen Films zu verkünden. Charlie hat Juniors Schwiegervater einst Millionen eingebracht, als er noch ein Leinwandidol war. Junior will ihm nicht einmal die Hand geben, weil er ein Star von gestern ist. Wer keinen Erfolg mehr hat in Hollywood wird behandelt, als habe er eine ansteckende Krankheit. Junior trompetet seine Geringschätzung durch das Lokal, als müsse er sich öffentlich von den Erfolglosen distanzieren. Die Situation ist so demütigend, dass es schmerzt, das mitzuerleben.

    In a Lonely Place

    Charlie hat die richtige Antwort parat. „Du hast das Schwiegersohnwesen um 50 Jahre zurückgeworfen“, sagt er. Das hätte einen Applaus verdient, geht aber leider unter, weil sein Freund nicht so souverän ist wie der vom Alkohol umnebelte Charlie. Dix kriegt einen seiner Wutanfälle, schlägt Junior und löst einen Tumult aus. Dabei könnte man fast übersehen, dass der Produzent zuvor seine Zigarrenasche in Charlies Cognacglas getippt hat, als Zeichen der Verachtung. Dix’ Wutausbrüche sind schlimm, sagt Ray durch die Inszenierung. Doch es gibt auch andere Formen der Gewaltausübung. Sie fallen nur nicht so auf.

    In a Lonely Place

    Junior ist eine Karikatur von David O. Selznick, der sich 1948 von der Tochter des MGM-Moguls Louis B. Mayer hatte scheiden lassen (um Jennifer Jones zu heiraten). Selznick nervte sein Umfeld mit wie unter einer Zwangsstörung verfassten Memos und war der immer wieder gern genommene Kandidat für solche Fälle, seit er sich durch sein autokratisches Gehabe bei Gone With the Wind als Prototyp des „kreativen Produzenten“ etabliert hatte, der davon überzeugt ist, selbst alles am besten zu können, aber keine Zeit hat, sich um jede Einzelheit zu kümmern und deshalb Aufgaben an mindere Geister delegieren muss, die Regie zum Beispiel.

    Beide Auseinandersetzungen der ersten Viertelstunde, das Wortgefecht mit dem Mann der Schauspielerin im Auto an der Kreuzung und die Prügelei mit Junior, fügte Nicholas Ray in das Drehbuch ein. Die Gewalt wird dadurch mit Hollywood verbunden, und mit den Frustrationen, die Dix Steele dort erfährt. Andrew Solt hätte solche Szenen nie geschrieben, oder höchstens auf Anweisung der Produzenten. Seine Stärke war mehr das Affirmative als das kritisch Hinterfragende.

    Solt stammte aus Budapest und kam vor dem Krieg nach Hollywood, nachdem er die Rechte an einem Theaterstück an eines der Studios verkauft hatte. Dort erlag er dem Zauber der Traumfabrik. Ray stand Hollywood viel distanzierter gegenüber als der Autor des Drehbuchs, das er zu verfilmen hatte. Die Spannung, die sich daraus ergab, trug zur Qualität von In a Lonely Place bei. Solt hätte sich einen anderen, weniger untergründigen Film gewünscht. Andererseits wäre In a Lonely Place ohne sein Drehbuch, an dem sich der Regisseur reiben konnte, nicht so geworden, wie er jetzt ist.

    Mekka von Hollywood

    Das Autobiographische, das der Film in Fiktion übersetzt, lauert an jeder Ecke. Bogart ist als Dix Steele so überzeugend, weil dessen Wut die seine war. Er haderte jahrelang mit den oft stereotypen, alte Erfolge kopierenden Rollen, die er spielen musste. Zwischendurch verschaffte er sich durch Rüpeleien Luft, die selten in der Presse auftauchten, weil die Warner Bros. eine sehr professionelle Imagepflege betrieben. Ein paar Wochen vor Drehbeginn zu In a Lonely Place erklärte der New Yorker Nachtclub „El Morocco“ Bogart, der nun sein eigener Chef war, zur unerwünschten Person. Nach einem seiner Wutanfälle hatte das Management genug von ihm.

    Heute würde man vermuten, dass so etwas inszeniert ist, um den neuen Film des Stars zu bewerben. In den 1950ern war es noch schädlich. Eine kurze Notiz über den Vorfall erschien im Branchenblatt Variety (28.9.1949). Bogart hatte sich über ein aufdringliches Model geärgert, die junge Frau zu Boden gestoßen und offenbar verletzt. Er hatte auch schon Hausverbot im „Stork Club“ (beide Etablissements werden im Dialog des Films erwähnt). Paul, sein Personal und die anderen Gäste reagieren so routiniert auf die Rauferei mit Junior, weil sie darin bereits Übung haben. Steeles erster Ausraster ist das nicht, auch nicht sein letzter.

    Romanoff’s

    Vorbild für das „Paul’s“ war das „Romanoff’s“ am Rodeo Drive in Beverly Hills, damals das angesagteste Lokal der Stadt. Der Besitzer, als Hochstapler und Trickbetrüger aktenkundig, stammte aus Litauen und kam nach New York, als er noch Hershel Geguzin hieß. Als britischer Adeliger nannte er sich William Gladstone oder auch mal William Wellington. In Los Angeles verwandelte er sich in den Fürsten Michael Dimitri Alexandrovich Obolensky-Romanoff. Er war nun ein Neffe des letzten russischen Zaren. Als solcher wurde er von den Studios als technischer Berater engagiert, wenn ein Russlandfilm zu drehen war.

    Den falschen Oxford-Akzent, den er sich zugelegt hatte, als er noch der Sohn des britischen Premierministers oder ein Verwandter des Herzogs von Wellington war, behielt er bei. Als russischer Großfürst überzeugte er nicht wirklich, doch in Hollywood musste das kein Nachteil sein. Romanoff war nicht der einzige, der sich neu erfunden hatte. Den besten Kommentar dazu gibt Hellzapoppin’ (1941), das verrückteste aller Musicals. Mischa Auer spielt einen echten russischen Prinzen, der so tut, als wäre er ein Hochstapler, weil die reichen Amis, von denen er lebt, sonst das Interesse an ihm verlieren würden. Ein falscher Fürst ist origineller als ein echter.

    Das Restaurant, das Geguzin alias Romanoff 1941 eröffnete, wurde zum Treffpunkt der Stars. Dort ging man hin, um gesehen zu werden und zu dokumentieren, dass man dazugehörte. Bogart war Stammgast. Wenn er nicht gerade drehte kam er beinahe jeden Tag und bestellte sein Lieblingsgericht, Ham and Eggs (so wie Dix nach der Prügelei mit Junior). Sein Stammplatz war die zweite Nische links vom Eingang. Das hatte etwas von Hybris. Wenn Bogart sich belästigt fühlte fielen harte Worte und er wurde auch mal handgreiflich. Gleichzeitig sorgte er dafür, dass man ihn nicht lange suchen musste.

    In a Lonely Place

    Andrew Solt war enttäuscht, als er sah, was im Film aus dem Szenelokal geworden war. Der Glamour, der ihn so faszinierte, war nicht mehr da: „Das ‚Romanoff’s’ war das Mekka von Hollywood, aber hier spürte man, dass alles billig war, die Kulissen waren billig, es gab nicht genug elegante Leute da drin.“ Nicht anders hätte Ray es haben wollen. Ins „Paul’s“ geht man, um in billigen Kulissen alte Liebschaften aufzuwärmen, andere mit Gift zu bespritzen, Geschäfte anzubahnen oder wenigstens ein Streichholzbriefchen mit dem Schriftzug des Besitzers zu ergattern, wenn man zu den Fans gehört, die ihre Stars nur ansehen und nicht berühren dürfen. Ein Hauch von Prostitution liegt in der Luft.

    Lesen oder Vorlesen?

    Der Abend im „Paul’s“ endet mit einem zweideutigen Angebot. Erst setzt sich Fran zu Dix an seinen Tisch. Der Autor und die Schauspielerin hatten früher ein Verhältnis, das Fran gern auffrischen würde. Dix lehnt mit der Begründung ab, dass er ein Buch lesen muss. „Weißt du noch, wie ich dir vorgelesen habe?“, fragt Fran. „Ja doch“, antwortet Dix. „Seit damals habe ich gelernt, wie man selber liest.“ Fran hat verstanden und geht weg. Das ist ein typischer Dialog aus dem Hollywood des von reaktionären Katholiken verfassten und vom noch reaktionäreren Joe Breen durchgesetzten Production Code.

    In a Lonely Place

    Der Moralkodex war mindestens so päpstlich wie der Papst. Sexuelle Betätigungen ohne Trauschein und Zeugungsabsicht waren verboten. Ein Verbot hat aber noch nie etwas aus der Welt geschafft. In Hollywood erfand man unermüdlich Dialoge, mit deren Hilfe die Charaktere über Dinge sprechen konnten, die nicht gesagt werden durften. Beim Vorlesen würde es nicht bleiben, wenn Dix Fran in ihre Wohnung begleiten würde, um von dem Tonic Water zu kosten, das sie anzubieten hat (bestimmt mit viel prickelnder Kohlensäure). Dix aber will selber lesen.

    „Siehst du auf alle Frauen herab“, fragt Fran beim Gehen, „oder nur auf diejenigen, die du kennst?“ Weil Ray solche Szenen gern ironisch umdreht steht sie dabei und blickt auf Dix herab, der an seinem Tisch sitzt und erwidert: „Ich war doch ziemlich nett zu dir.“ "Nein, nicht zu mir", antwortet Fran. „Aber du warst ziemlich nett. Ich ruf dich an.“ Sie ist erkennbar verletzt durch das, was Dix gesagt hat. Darum schlägt sie jetzt zurück. Solche vom Production Code erzwungenen Sex-Umgehungsdialoge können von einer schockierenden Brutalität sein.

    In a Lonely Place

    Der vom Jesuitenpater Daniel A. Lord erstellte Moralkodex ist längst Geschichte, hat aber von den frühen 1930ern bis zu den 1960ern alles verformt, was von der amerikanischen Filmindustrie produziert wurde. Als heutiger Zuschauer versteht man oft nur noch bedingt, was unter der katholisch aufpolierten Oberfläche vor sich geht. Warum ist Fran so verletzt? Warum ist es ein Ausdruck von Verachtung, wenn Dix sich nicht vorlesen lassen will? Antwort: Weil er Fran gesagt hat, dass er lieber masturbiert (selber liest), als mit ihr zu schlafen oder sich - pardon - einen blasen zu lassen. Nett ist das nicht, und „nett“ ist auch nicht gemeint, wenn Dix und Fran das Wort (nice im Original) benutzen.

    Genauso vitriolhaltig ist Frans Schlussbemerkung, die ich so übersetzen würde: Gefühle waren von deiner Seite aus nicht dabei, sagt sie, als wir unsere Affäre hatten. Für dich sind Frauen nur Objekte. Beim Sex allerdings bin ich auf meine Kosten gekommen, da warst du gar nicht schlecht. Ich melde mich, wenn ich so etwas wieder haben will. Damit lässt sie ihn sitzen. Das ist hohe Dialogkunst in einem in der Endfassung exzellenten Drehbuch und nicht mit dem pubertären Sexualhumor verklemmter Seelen zu verwechseln, die nur kichernd und hinter vorgehaltener Hand über etwas reden können, das tabuisiert und irgendwie peinlich ist.

    Mit einigen wenigen Sätzen wird nicht nur gesagt, was eigentlich nicht gesagt werden darf, weil Sex Sünde ist. Es wird auch ein Verhältnis zwischen Männern und Frauen skizziert, das so zerrüttet ist, dass die Parteien mit scharfen Waffen kämpfen, um möglichst viel Schaden anzurichten. Das ist mehr als nur privat. Der Schauplatz des Wortgefechts, an dem sich alles trifft, was in der fiktionalen Welt Rang und Namen hat (das „Paul’s“ als ein seiner glitzernden Fassade beraubtes „Romanoff’s“), steckt den gesellschaftlichen Rahmen ab, auf den die Ereignisse zu beziehen sind. Fürwahr ein einsamer Ort, dieses Hollywood des Geldes und der Prominenz als Selbstzweck.

    Nach der ernüchternden Exposition wird sich der Rest des Films, um bei der Lese-Metapher zu bleiben, der Frage widmen, ob das Masturbieren nicht wirklich die bessere Lösung wäre. Das klingt prosaisch und nach Fleischbeschau, hat jedoch nicht das Geringste mit Pornographie zu tun. Es geht um all die Dinge, denen Hollywood in seiner Glanzzeit immer wieder nachspürte, und dabei nicht zuletzt um die Sehnsucht nach Liebe und Geborgenheit, gepaart mit künstlerischer Erfüllung. Ray folgt da einer zutiefst romantischen Konzeption, die meilenweit von jener Gebrauchsromantik entfernt ist, mit der die Werbung ihr Produkt verkauft und die Schnulzensänger in der Samstagabendshow aus Liedern Plastik machen.

    In a Lonely Place

    Das Lesen/Sex-Thema wird wieder aufgenommen, wenn Dix Pauls Garderobiere bittet, ihn nach Hause zu begleiten. Mildred denkt zuerst das Offensichtliche und ist außerdem mit ihrem Freund verabredet, dann aber Feuer und Flamme, als sie hört, dass sie den Inhalt von Althea Bruce nacherzählen soll, weil Dix zum Lesen zu müde ist. Alle moralischen Bedenken sind sofort vergessen. Für Mildred ist es ihr Teil vom Ruhm, wenn sie später einmal sagen kann, dass sie dem Drehbuchautor von „Alethea Bruce“ den Inhalt des Romans erzählt hat. Ihr Freund ist da nicht mehr so wichtig.

    Begegnung im Patio

    Alles, was wirklich zählt, sagt man, fängt klein an. Bei einer großen Liebe ist das nicht anders. Ray hat Gloria Grahame, mit der er damals noch verheiratet und inzwischen heillos zerstritten war, einen famosen ersten Auftritt spendiert. Dix’ Zuhause sind die „Beverly Patio Apartments“, ein um einen Innenhof gruppierter Wohnkomplex in Beverly Hills. Der Hof, der dem Gebäude den Namen gegeben hat, ist der Schauplatz, an dem Gloria alias Laurel Gray den Film betritt. Ray führt sie als Frau mit Geheimnis ein, was sie sofort viel faszinierender macht als Mildred Atkinson, bei der alles an der Oberfläche liegt.

    In a Lonely Place

    „Was für ein hübscher Ort“, sagt Mildred und bleibt vor einer nackten Frauenskulptur stehen, um den Patio zu bewundern. Plötzlich taucht Gloria Grahame auf. Sie trägt einen eleganten hellen Mantel und schwarze Handschuhe, entworfen vom vielfach für den Oscar nominierten Designer Jean Louis, von dem auch die Kleider von Rita Hayworth in Gilda sind. Mit der Andeutung eines Lächelns und einem sinnlich hingehauchten „Excuse me“ bahnt sie sich einen Weg zwischen Dix und Mildred, sie und Dix schauen sich kurz in die Augen. Das ist Rays Version von der Liebe auf den ersten Blick. Dix und Mildred sehen Laurel hinterher, wie sie eine Treppe hochgeht und verschwindet.

    In a Lonely Place

    Das Ganze dauert 15 Sekunden. Von da an ist Laurel Gray das erotisch-romantische Zentrum des Films. Nick erarbeitete die Laurel-Szenen gemeinsam mit Gloria, verwandte besonders viel Mühe auf sie. Bei dieser notierte er in seinem Exemplar des Drehbuchs: „Eindeutiges Interesse - nicht das erste Mal, dass sie ihn gesehen hat - schaut interessant aus - mochte sein Gesicht.“ Dix sieht die mysteriöse Frau zum ersten Mal. Der Rest von Rays Notiz gilt umgekehrt auch für ihn. Er interessiert sich nun für Laurel und nicht für Mildred, die er eilig zu seiner Wohnung führt, als wäre das zur lästigen Pflicht geworden.

    In a Lonely Place

    An der Wohnungstür blickt Dix sich noch einmal um, dorthin, wo die Frau im hellen Mantel verschwunden ist. Sie beansprucht jetzt den Platz in seinen Gedanken. „Keiner“, notierte Ray an einer anderen Stelle des Drehbuchs, „sagt, was er denkt.“ Das ist auch nicht nötig. Der Film zeigt es uns. Und er bereitet uns subtil auf Dinge vor, die noch kommen werden. Bei der ersten Begegnung trägt Laurel einen dunklen Schal. Er harmoniert mit den schwarzen Handschuhen, verleiht dem Ensemble eine erotische Komponente und betont die Halspartie. Mildred wird bald tot im Straßengraben liegen. Erwürgt.

    Villa Primavera

    „Der Innenhof des von Humphrey Bogart in In a Lonely Place bewohnten Hollywood-Gebäudes ist eine der phantasieanregendsten Räumlichkeiten, die ich je in einem Film gesehen habe“, schreibt Roger Ebert in einer Kritik. „Der Reihe nach sind kleine Wohnungen angeordnet, rund um einen Hof im spanischen Stil und mit einem Springbrunnen. Jedes Apartment wird von einer einzelnen Person bewohnt. Wenn man durch sein Fenster über den Hof schaut kann man in das Leben seines Nachbarn sehen.“ Ob klein oder groß ist Ansichtssache. Die Atmosphäre hat Ebert sehr gut getroffen.

    Als „Beverly Patio Apartments“ ließ Ray im Columbia-Atelier die Villa Primavera nachbauen, in der er selbst seine erste Wohnung bezogen hatte, als er in den 1940ern nach Los Angeles gekommen war. Wir haben es da mit einem der vielen autobiographischen Elemente zu tun, aber nicht nur das. Die Villa Primavera (1300-1308 North Harper Avenue, West Hollywood) ist das erste einer Reihe von teilweise denkmalgeschützten Gebäuden, die das legendäre Architektenpaar Nina und Arthur Zwebell in den 1920ern im Spanish-Revival-Stil entwarf.

    Der Spanish-Revival-Style war von den spanischen Missionsstationen in Kalifornien inspiriert. Für eine Wohnanlage wie die Villa Primavera hieß das: dicke Adobe-Wände; ornamentale Steinfliesen; Balkone und Aufgänge mit schmiedeeisernen Gittern; zwei bis maximal drei Stockwerke; Fenster und Türen, die sich zum begrünten Innenhof hin öffnen; in der Mitte ein mit Mosaiken verzierter Brunnen. Viele dieser Apartmentkomplexe wurden in den 1920ern und 1930ern in der Nähe der Filmateliers gebaut und boten damals günstigen Wohnraum für die Studioangestellten.

    „So etwas ähnliches wie eine Hacienda, oder?“, fragt Mildred Atkinson bewundernd. Nicht nur für sie ist das ein Platz, der sie der Traumfabrik ein Stück näher bringt. Filme wie In a Lonely Place oder später David Lynchs Mulholland Drive haben dazu beigetragen, dass man heute den von den Zwebells populär gemachten Stil mehr als irgendeinen anderen mit Hollywood assoziiert. Die nachgebaute Villa Primavera ist weniger eine Kulisse als ein eigener Charakter, der die Handlung in entscheidenden Momenten prägt, sie vorantreibt und ihr eine Richtung gibt.

    Die meisten dieser nach außen gut abgeschirmten, einen Hof umrahmenden Apartmentgebäude sind inzwischen der Stadtentwicklung und der Spekulation zum Opfer gefallen. Sie wurden abgerissen oder in Eigentumswohnungen umgewandelt. Mit den „Courts“ ging ein identitätsstiftender Teil der Architektur- und Sozialgeschichte von Los Angeles verloren. Die Villa Primavera steht noch, ist jetzt aber mit einem Tor gesichert und nicht mehr frei zugänglich wie früher.

    Curtis Hanson in der Villa Primavera auf der DVD-Doku zu In a Lonely Place

    Notdürftig behelfen kann man sich mit der 20-minütigen Doku auf der alten Columbia-DVD (Region 1, auch im Bonusmaterial der Criterion-DVD enthalten). Der im letzten Jahr verstorbene Curtis Hanson nimmt uns mit in den Innenhof, um dort von In a Lonely Place zu erzählen, der für ihn eine wichtige Inspirationsquelle war, als er L.A. Confidential drehte. Leider gibt es viele Filmausschnitte und wenig Villa Primavera, weil die Macher der Doku offenbar kein Interesse daran hatten, die Atmosphäre einzufangen, ohne die In a Lonely Place ein ganz anderer Film geworden wäre.

    Leute, die in einem der noch erhaltenen Courts wohnen, preisen das familiäre Gefühl, das dort herrscht, ohne dass man zur regelmäßigen Interaktion mit den Nachbarn gezwungen wäre. Der Kontakt stellt sich ein wie von selbst. Bei sich zum Innenhof öffnenden Türen und Fenstern kriegt man mit, was passiert, wer kommt und wer geht, ohne viel reden zu müssen. Natürlich hat dieses beinahe spirituelle Gemeinschaftsgefühl seine Schattenseiten. Paranoia und Überwachung sind nicht weit. Der Schauplatz, den er aus eigener Erfahrung bestens kannte, war für Ray und seine Anliegen ideal. Der Zeithintergrund - der McCarthyismus und die Gesinnungsschnüffelei - ist immer mit dabei, ohne direkt angesprochen zu werden.

    Apolo schaut in die Mikroben

    Inhaltlich gehört In a Lonely Place zu einem kleinen Zyklus amerikanischer Nachkriegskrimis, in denen die Heldin nicht die vom Film noir gewohnte, für Männer brandgefährliche Femme fatale ist, sondern ihrerseits an einen Helden gerät, der ein irrer Killer sein könnte. Die Vermutung liegt nahe, dass da sehr reale, gesellschaftlich tabuisierte Ängste reflektiert wurden. Viele Frauen hatten in einem Überschwang romantischer Gefühle geheiratet, um dann festzustellen, dass ein Mann aus dem Krieg zurückkehrte, der ihnen fremd (oder fremd geworden) und nicht selten traumatisiert war.

    Der Prototyp für diese Art von Film entstand vor dem Eintritt der USA in den Zweiten Weltkrieg: Hitchcocks Rebecca, nach dem Roman von Daphne du Maurier. Fritz Lang drehte 1947 mit dem unterschätzten Secret Beyond the Door eine eigenwillige, die Verbindung zu Blaubart herstellende Variation der Geschichte. In a Lonely Place erkennt das Vorbild an, indem er Mildred Atkinson die Handlung von Althea Bruce nacherzählen lässt. Die fiktive Autorin des ebenso fiktiven Romans hat Elemente aus Rebecca verquirlt und an den Hauptfiguren eine Geschlechtsumwandlung vorgenommen.

    Aus dem Witwer Maxim de Winter, der sich in eine deutlich jüngere Frau verliebt, ist eine Witwe geworden, die sich in einen deutlich jüngeren Mann verliebt. Bei beiden steht der Verdacht im Raum, dass sie Mörder sind. Die erste Mrs. de Winter ist mit ihrem Segelboot untergegangen. Altheas Gatte ist aus der Segelyacht gefallen und ertrunken (ob die Yacht wohl Santana heißt wie die von Humphrey Bogart und seine nach ihr benannte Produktionsfirma?). Die Polizei ermittelt, während sich die Witwe von wechselnden Galanen in Nobelclubs wie das „El Morocco“ ausführen lässt (wo Bogart seit einem seiner Wutanfälle als Gast nicht mehr erwünscht war).

    Manderley, das Herrenhaus in Rebecca, steht in Cornwall (jetzt okkupiert vom ZDF und seinen Rosamunde-Pilcher-Filmen). Althea Bruce verpflanzt es nach Long Island. Dort schaut die schöne Witwe eines Tages aus dem Fenster, sieht den Rettungsschwimmer Channing und verliebt sich. Althea will, dass Channing ihr Luxusleben teilt. Channing aber möchte Bakteriologe werden und sein Studium an der Columbia University beenden (wo sonst, in einem in den Columbia-Ateliers gedrehten Film?). Am Schluss schwimmt Althea hinaus aufs Meer und findet ein nasses Grab an der Seite ihres Gatten, weil Channing ihre Hilfeschreie zu spät hört, um sie noch retten zu können.

    In a Lonely Place

    Mildred erzählt das mit zunehmender Begeisterung und in der Sprache der Ungebildeten. Ein „bachelortorologist“ (Bakteriologe) ist für sie einer, der in die Mikroben ("into the microbes") schaut statt in sein Mikroskop. Channing sieht aus wie ein „bronze Apolo“ (ein bronzener Apollo). Althea wird bei Mildred zu „Alethea“. Vielleicht denkt sie dabei an Aleta, Queen of the Misty Isles in den sonntäglich erscheinenden Prinz-Eisenherz-Comics von Hal Foster. Als Drehbuchautor nimmt Dixon Steele sicher gern zur Kenntnis, was Mildred gelernt hat, seit sie im „Paul’s“ Garderobiere ist: Filmstars erfinden ihre Dialoge gar nicht selbst! Sie werden extra für sie geschrieben.

    Man muss schon eine unbedarfte und kulturferne Person wie diese Mildred sein, sagt der Film, um einen Schmachtfetzen wie Althea Bruce gut zu finden. Das klingt denunziatorischer als es ist. Ray mildert die Publikumsbeschimpfung ab, indem er Martha Stewart Gelegenheit gibt, ihr komisches Talent voll auszuspielen. Unterstützt wird sie durch Humphrey Bogart, der ihr die Bühne überlässt und die Rolle des halb amüsierten, halb entsetzten Zuhörers übernimmt. Diese angenehme, der Partnerin und dem Film zugute kommende Fähigkeit zur Zurückhaltung war nicht jedem Star gegeben.

    Grab her by the pussy

    Nach der Ankunft in der Wohnung verschwindet Steele im Schlafzimmer, als wäre es eine Selbstverständlichkeit. Er zieht Schuhe und Jackett aus und kommt im Bademantel wieder. Das mache er beim Arbeiten immer so, behauptet er, weil er dann besser denken könne. Eben. Was sollte er sonst im Sinn haben, wenn er sich so weit auszieht, wie vom Production Code erlaubt? Dix lässt die Schlafzimmertür offen, sein Bett werden wir noch mehrfach sehen. In a Lonely Place war der fünfte Film, bei dem Nicholas Ray Regie führte. Er hatte längst gelernt, wie der Moralkodex durch die Kraft der Assoziation zu überwinden war.

    Die Komik der Situation ergibt sich daraus, dass Dix die junge Frau mitgenommen hat, um sie in sein Bett zu kriegen (nackt wie die Statue im Innenhof, weil man hier so kultiviert ist wie im Roman mit dem bronzenen Apollo). Jetzt muss er sich aber ein Kitschepos anhören, das auf ihn wirkt wie ein Anti-Aphrodisiakum. Mildred identifiziert sich so sehr mit der schmalzigen Romanhandlung, dass der Film und sein Held nur noch auf Distanz gehen wollen.

    Ray lässt Martha Stewart direkt in die Kamera sprechen, was gegen die Konventionen des kommerziellen Erzählkinos verstößt und als „unrealistisch“ gilt, weil der Blick des als unsichtbarer Beobachter im Vorführsaal sitzenden Zuschauers reflektiert wird (wie bei der einleitenden Autofahrt durch Beverly Hills). Die Kamera weicht erschrocken zurück wie vor dem Monster im Horrorfilm. Mildred folgt ihr, kommt immer näher. Auch als Zuschauer ist man da unangenehm berührt.

    In a Lonely Place

    Ray hat eine an sich konventionelle und doch freche Schuss-Gegenschuss-Konstruktion gewählt, schneidet zwischen Mildred und Dix hin und her. Im Rahmen der von Hollywood vorgegebenen Montageregeln müsste Dix im Gegenschuss in die Kamera schauen wie Mildred, weil das die Illusion erzeugen würde, dass er sie ansieht wie sie (vermutlich) ihn. Dix blickt aber an der Kamera (und Mildred) vorbei. Das ist desorientierend, weil es unsere Sehgewohnheiten unterläuft. Cutter der alten Schule hätten gegen solche Schnittfolgen revoltiert. Für sie war so etwas schlechtes Handwerk und deshalb schädlich für ihren Ruf.

    Für den Schnitt von In a Lonely Place zeichnet Viola Lawrence verantwortlich, nach heutigem Wissensstand die zweite Frau überhaupt, die in Hollywood als Cutterin arbeitete. Für die Freunde von Orson Welles ist ihr Name ein rotes Tuch. Lawrence soll den Columbia-Boss Harry Cohn gewarnt haben, dass das von Welles gedrehte Material für The Lady from Shanghai ein fürchterliches Durcheinander sei, worauf Welles gezwungen wurde, neue Einstellungen zu drehen. Später kürzte sie auf Cohns Anweisung den Film und schnitt ihn um, um ihn hollywoodkompatibel zu machen. Damit, so die Version der Wellesianer, verstümmelte sie ein Meisterwerk.

    Mag sein, dass Viola Lawrence durch die Erfahrung mit Welles ihren Horizont erweiterte; sie wäre nicht die einzige gewesen, die durch ihn dazulernte. Vielleicht fand Ray beim Produzenten Humphrey Bogart die Unterstützung, die Welles gefehlt hatte. Eisenschitz meint, dass Ray wegen der Kürze der zur Verfügung stehenden Zeit tun konnte, was er wollte. Am 25. Oktober wurde in den Columbia-Ateliers die erste Einstellung gedreht. Ende November gab es einen Tag für Außenaufnahmen. Dann war Ray schon wieder weg. Ändern konnte er nichts mehr, weil er bei der RKO Anfang Dezember den nächsten Film beginnen musste (On Dangerous Ground, eine weitere Studie über Männer und ihr Verhältnis zur Gewalt).

    In seinen unorthodoxen Momenten (davon gibt es einige) sieht In a Lonely Place jedenfalls nicht so aus, als sei er von einer Dogmatikerin der reinen Hollywood-Lehre geschnitten worden. Der doppelte Regelverstoß (Blick in die Kamera, „falscher“ Anschluss beim Gegenschuss) zeugt auch nicht von handwerklichem Unvermögen sondern ist eine bewusste ästhetische Entscheidung. Während Mildred mit viel Herzblut die Schmonzette nacherzählt, als wäre sie die Wirklichkeit, reißt uns die nicht regelkonforme Schuss-Gegenschuss-Konstruktion aus der Fiktion heraus, stellt also abrupt die Distanz wieder her, die Mildred abhanden gekommen ist. Der Film will ein kritisches, kein naives Publikum.

    Fenster zum Hof

    Wenn Steele auf ein sexuelles Abenteuer aus war, als er die junge Garderobiere mit nach Hause nahm, hat er sie nach der Schuss-Gegenschuss-Montage da, wo er sie haben wollte. Mildred sitzt vor dem Sofa (seiner privaten Besetzungscouch?), auf dem er es sich bequem gemacht hat. Nichts an ihrem bisherigen Verhalten lässt vermuten, dass sie ihm widerstehen könnte (man beachte im Hintergrund die Skulptur einer nackten Frau und die beiden Photos von Fran, Dix’ Ex-Geliebter, die ihm früher „vorgelesen“ hat). Jetzt noch die Andeutung, dass Mildred eine Rolle in der Verfilmung von Althea Bruce spielen könnte, und es wäre um sie geschehen.

    In a Lonely Place

    Ironischerweise führt aber das Nacherzählen der Romanhandlung nicht zum Geschlechtsverkehr, sondern wird zum Schutzschild für die in sexuelle Gefahr geratene Jungfrau. Althea Bruce schlägt den Ladykiller in die Flucht. Statt Mildred an sich zu ziehen steht Dix plötzlich auf und rettet sich ins Schlafzimmer. Dieses Buch, sagt er, werde er nicht lesen (in des Wortes doppelter Bedeutung). Das ist zunächst einmal sehr komisch. Mildred läuft Dix nicht hinterher, doch ihre lauter werdende Stimme folgt ihm und kommt nun zu der Stelle in der Handlung, wo „Alethea“ und ihr Rettungsschwimmer traumhafte Wochen des Glücks genießen.

    In a Lonely Place

    Dix ringt die Hände und fasst sich an die Stirn, während die Beziehung der Liebenden im Roman in die unvermeidliche Krise gerät. Channing will nicht das Luxusleben der Witwe teilen, sondern sein Studium fortsetzen und sich weiter mit Bakterien beschäftigen. Althea weiß, dass Channing sie durch ein Fenster mit seinem Fernglas beobachten kann. An diesem Fenster fällt sie einem Rechtsanwalt in die Arme, um den Rettungsschwimmer eifersüchtig zu machen. Dix hat inzwischen die Läden des Schlafzimmerfensters geöffnet und schaut hinüber zu Laurel Gray, die im Neglige auf den Balkon ihrer Wohnung tritt.

    Die Wirklichkeit (der Kinofiktion) korrespondiert hier mit der Romanhandlung. Channing kann durch ein Fenster in das Haus von Althea sehen wie Laurel in das Apartment von Dix Steele. Einen Moment lang treffen sich die Blicke der beiden Nachbarn, und zwei Arten von Geschichten: das Kitschepos mit schöner Witwe aus dem amerikanischen Geldadel, Rettungsschwimmer und Herrenhaus auf Long Island (aus dem Off hören wir weiter die Stimme von Mildred Atkinson, die von Althea Bruce berichtet) und die auf schmerzliche Weise dem echten Leben nachempfundene Liebesgeschichte zwischen Dix Steele und Laurel Gray, die der Film uns jetzt erzählen wird.

    In a Lonely Place

    Blicke etablieren in Rays Filmen Loyalitäten. Erst schaut Dix an Mildred vorbei, dann sehen er und Laurel sich über den Innenhof hinweg direkt an (interessant wäre ein Vergleich mit Rear Window, wo Hitchcock den Hof nach New York verlegt hat und ebenfalls der McCarthyismus reflektiert wird). Von da an will Dix Mildred, die prospektive Bettgefährtin, nur noch loswerden und auch von Schnulzen wie Althea Bruce nichts mehr wissen. Das Buch wirft er achtlos in die Ecke. Damit Mildred nicht genauso behandelt wird wie der Roman wendet Ray die Szene wieder ins Komische, indem er die traditionellen Rollen vertauscht.

    In a Lonely Place

    Dix setzt eine Leidensmiene auf und fasst sich an den Kopf. Wahrscheinlich hat er jetzt Migräne. Das bewahrt ihn nicht vor der Information, dass Mildred einen langweiligen, sehr durchschnittlichen Verlobten hat, den sie nicht liebt. Einer Beziehung mit einem berühmten Drehbuchautor, das zeigen Dialog und Körpersprache, wäre sie nicht abgeneigt. Was mit Dix als Verführer begann endet mit einem Mann in Bedrängnis. Schließlich fällt ihm ein, dass es schon spät ist und er am nächsten Morgen sehr früh raus muss. Statt Mildred nach Hause zu fahren gibt er ihr Geld fürs Taxi - so wie er einer Prostituierten Geld für geleistete Dienste geben würde.

    Am Ende des Mildred-Teils sind wir wieder auf der schäbigen Ebene angelangt, auf der er begonnen hat. Ein alternder, seit längerer Zeit erfolgloser Drehbuchautor hat sich von seiner Geliebten getrennt und lockt die junge und naive Garderobiere seines Stammlokals unter einem Vorwand zu sich nach Hause, weil er mit ihr schlafen will. Dann verliert er das Interesse, steckt ihr ein paar Dollarscheine zu und schickt sie weg. Wie man von da zu Donald Trump kommt klären wir im nächsten Teil:

    Freies Unternehmertum, zwei Frauenleichen und ein Blumenträger
    https://www.heise.de/tp/features/Freies-Unternehmertum-zwei-Frauenleichen-und-ein-Blumentraeger-3739005.html
    18. Juni 2017 Hans Schmid

    An einem einsamen Ort, Teil 2

    Teil 1: Der American Dream zwischen Humphrey Bogart und Donald Trump

    Heute auf dem Programm: Gloria Grahame wird ihre eigene Schwiegertochter - Mildred Atkinson und die „Schwarze Dahlie“ - Captain Lochner moralisiert - Dixon Steele schaut sich Leichenphotos an - Joseph McCarthy entlarvt 205 Subversive - Mr. Baker baut Laurel Gray einen Swimmingpool und Nicholas Ray hängt ihr einen Rivera an die Wand - Henry Fonda spielt Kontrabass - Donald Trump findet einen Mentor - Audrey Hepburn erkennt ihr New York nicht wieder.

    Böser Zauber

    In a Lonely Place macht ernst mit der alten Weisheit, dass die Komödie die Schwester der Tragödie ist. Der Drehbuchautor Dixon Steele lockt die Garderobiere Mildred Atkinson unter dem Vorwand, dass sie ihm den Inhalt des Romans Althea Bruce erzählen soll, in seine Wohnung, um sie in sein Bett zu kriegen. Die Situation nimmt eine komische Wendung, als der Verführer durch Mildreds Naivität selbst in Bedrängnis gerät und sie lieber wegschickt, als noch mehr Details aus dem Buch hören zu müssen.

    In a Lonely Place

    Beschwingt und begleitet von heiterer Musik durchquert Mildred den Innenhof der Wohnanlage und geht hinaus in die Nacht, wo der Tod auf sie wartet. Einmal werden wir sie noch sehen, als Leiche auf den Tatortphotos der Polizei. Ray hatte einen mitunter sardonischen Humor. Mit Mildred wird die einzige Figur im Film umgebracht, die Althea Bruce gelesen hat und davon begeistert war. Das ist eine radikale Absage an die Verlogenheit der Schmonzetten, mit denen die Unterhaltungsproduzenten das Eskapismusbedürfnis des Publikums bedienen.

    In a Lonely Place

    Für Nicholas Ray war die Kamera ein Instrument der Wahrheitsfindung, nicht der Verschleierung. Einer der großen Romantiker Hollywoods war er auch. Bei ihm war die Romantik Teil seiner Kunst und der Hoffnung geschuldet, nicht dem Zynismus der Herz-Schmerz-Industrie. Von den schlechten Geschichten, die diese Industrie bevorzugt, kann ein Fluch ausgehen, sagt sein Film. Mel Lippman, Dix’ Agent, gibt sein Exemplar von Althea Bruce an Mildred weiter. Ihr Schicksal ist damit besiegelt wie im Märchen oder im Horrorfilm, wo einen der Teufel holt, wenn man ein verhextes Stück Papier annimmt.

    Bevor wir etwas über den Inhalt des Romans erfahren erhalten wir die Information, dass Mildred den Schluss zuerst gelesen hat. Da stirbt Althea Bruce, als Folge eines Eifersuchtsdramas und einer Liebe, die den Partner ganz besitzen will. Für den weiteren Verlauf des Films ist das ein schlechtes Omen. Für Mildred bedeutet es den Tod. Ein paar Stunden, nachdem sie Steeles Wohnung verlassen hat, um fünf Uhr morgens, klingelt Brub Nicolai an der Tür. Dix wird aus dem Schlaf gerissen und gerät trotzdem in einen Albtraum. Er und Brub sind Kriegskameraden, aber ein Freundschaftsbesuch ist das nicht. Brub ist bei der Mordkommission und soll Dix aufs Revier bringen.

    In a Lonely Place

    Jemand hat Mildred Atkinson erwürgt. Sie ist so tot wie die Heldin des Romans, den Dix seinem alten Freund beim Anziehen zuwirft. „Kürzlich ein gutes Buch gelesen?“, fragt er spöttisch. Dabei wäre das gar nicht so dumm. Brub und sein Vorgesetzter, Captain Lochner, sollten Althea Bruce lesen, weil sie dann das Mordmotiv kennen würden (Eifersucht und die Liebe in ihrer besitzergreifenden Variante) und wüssten, wer der Täter ist. Dix ahnt gleich, dass Henry Kesler, Mildreds Verlobter, der Mörder ist und macht sich über die Polizisten lustig, die nicht genug Filme gesehen haben und darum den Fall nicht lösen können.

    Kubus der Umstände

    Wer sich jetzt ärgert, weil ich verraten habe, wer Mildred Atkinson getötet hat, darf sich beruhigen. Nicholas Ray interessiert sich so wenig für die Suche nach dem Mörder wie sein Held, der Drehbuchautor Dixon Steele, weil keiner von den beiden die übliche, sich auf ausgetretenen Pfaden bewegende Geschichte erzählen will. Das bedeutet nicht, dass die Charaktere des Films und die des darin nacherzählten Schundromans in gänzlich voneinander getrennten Welten agieren würden, wie schon das Ende von Mildred zeigt. Wer aber denkt, dass die Wirklichkeit eine Schmonzette ist, den bestraft das Leben.

    Ray hat einen Film gedreht, der den Bereich zwischen Fiktion und Realität erforscht. Dix scheint sich ironischerweise nicht bewusst zu sein, dass sich Handlungselemente des Romans, über den er verächtlich die Nase rümpft, in der Liebesgeschichte spiegeln, die er selbst mit Laurel Gray erlebt, so wie sich Autobiographisches aus dem Leben der Beteiligten in der Filmhandlung widerspiegelt, von Humphrey Bogarts alias Dix Steeles Neigung zu Wutanfällen in Prominentenlokalen bis zum Scheitern von Rays Ehe mit Gloria Grahame, die ihr Echo im Scheitern der Liebesbeziehung zwischen Dix und Laurel fand.

    So ist denn auch nicht immer klar, wo die Wirklichkeit aufhört und wo die Fiktion beginnt. Ray wollte einen Film über eine Beziehung machen, die unter äußeren und inneren Zwängen zerbricht. Parallel dazu erreichte die Ehe mit Gloria einen Tiefpunkt. Ray verließ das gemeinsame Haus in Malibu und übernachtete während der Dreharbeiten in einer Garderobe auf dem Columbia-Gelände. Weil niemand von der Ehekrise wissen sollte behauptete er, Probleme mit dem dritten Akt des Films zu haben und lieber im Studio an einer Lösung arbeiten zu wollen als jeden Abend nach Malibu zu fahren.

    Die Geschichte ist in verschiedenen Versionen überliefert. Mir persönlich gefällt die am besten, in der Ray in den Kulissen übernachtet, im Schlafzimmer von Dixon Steele. Leider ist das Unsinn (und das Zimmer eine Illusion aus Studiowänden und Montage). Viele Freunde hat die Variante, in der Nick Gloria mit Tony, seinem damals 13-jährigen Sohn aus erster Ehe, im Bett erwischt und daraufhin wieder in sein altes Apartment in der Villa Primavera zieht, das man offenbar in den vergangenen Jahren für ihn freigehalten hatte. Knapp vorbei ist auch daneben. Ray kehrte nicht zurück in die Villa Primavera, sondern ließ sie in den Columbia-Studios nachbauen, damit die Filmfigur Dixon Steele und die von seiner Noch-Ehefrau Gloria Grahame gespielte Laurel Gray dort wohnen konnten.

    Tony Ray in John Cassavetes’ Film Shadows (1959)

    1960 sorgte Gloria für einen Skandal, als sie einen erfolglosen Schauspieler namens Tony Ray heiratete, ihren ehemaligen Stiefsohn. Von Nick war sie seit 1952 geschieden. Er war jetzt ihr Ex-Gatte und außerdem ihr Schwiegervater, bis sie sich auch von Tony scheiden ließ. Zwischen den Ehen mit Vater und Sohn Ray war sie drei Jahre mit dem Drehbuchautor und Regisseur Cy Howard verheiratet. Howard hatte eine Tochter (Paulette) mit Gloria und verwickelte seine Ex-Frau 1964 in einen Sorgerechtsstreit, den die Presse genüsslich ausschlachtete, mit komplizierten Familienverhältnissen in all ihren Verästelungen.

    Gloria Grahame und Cy Howard

    Howards Anwalt trug vor, dass Paulette in der Schule schlechte Betragensnoten habe, von ihrer Mutter nicht religiös erzogen werde und unter einer „ungesunden häuslichen Atmosphäre“ leide, die ein Ergebnis der „ungewöhnlichen und höchst peinlichen ehelichen Beziehung der Beklagten“ sei: „Die Beklagte hat wieder geheiratet und lebt derzeit mit ihrem vierten Ehemann, der 15 Jahre jünger ist als sie. Ihr vierter Ehemann ist der Sohn ihres zweiten Ehemanns aus einer anderen Ehe. Ihr vierter Ehemann ist auch der Halbbruder und zudem der Stiefvater eines Jungen, der das Kind aus der Ehe der Beklagten mit ihrem zweiten Gatten ist.“

    „Wenn Gloria sich nicht von mir hätte scheiden lassen“, ergänzte Howard, „wäre sie vielleicht nie ihre eigene Schwiegertochter geworden.“ Tony verfasste später einen Schlüsselroman, in dem er sich offenbar mit Ödipus verglich, und Gloria mit Phädra und mit Hippolyte, der Königin der Amazonen. Glorias Biograph Vincent Curcio zitiert aus einem Brief, in dem Tony schreibt, die wahre Geschichte hinter dem von den Medien ausgeschlachteten Skandal sei die „von zwei jungen Leuten gewesen, die sich verliebten, während sie in einem ungewöhnlich konstruierten Kubus der Umstände gefangen waren“. Das klingt nach Althea Bruce. Vielleicht ganz gut, dass der Roman nie veröffentlicht wurde.

    Bilderschauen

    Die dominante geometrische Figur in In a Lonely Place ist das Rechteck (weil auch die Leinwand, auf der wir die Einfluss auf unser Leben nehmenden Fiktionen sehen, rechteckig ist). Am auffälligsten ist das im Büro von Captain Lochner. Der Chef der Mordkommission sitzt vor einer mit Tatortphotos dekorierten Wand, angeordnet in Rasterform. Das ist der Ausdruck seiner Art von Kreativität. Der Mann pflegt das Denken in Kästchen. Durch die Kästchen sieht er die Welt - in Ausschnitten, die in einen vorgegebenen Rahmen eingefügt werden.

    In a Lonely Place

    Neben dem Fenster hängt eine gerahmte Kriminalstatistik. Wenn ich die ansteigenden Kurven und die Kästchen richtig interpretiere wird alles immer schlimmer. Während der Vernehmung bringt Brub die frisch entwickelten Bilder von der toten Mildred Atkinson herein. In diesem Film gibt es Tatortphotos, aber keinen Tatort. Es gibt auch keine Szene mit Lochner außerhalb des Polizeireviers, wo der Ermittler gezwungen wäre, die Statistik und sein gerahmtes Bild von der Welt mit der Realität abzugleichen. Sein einziger Ausflug in die Wirklichkeit führt ihn in den fensterlosen Korridor eines Hospitals.

    In a Lonely Place

    „Wollen Sie ein paar Bilder sehen?“, fragt Lochner und gibt sie an Dix weiter. Ray positioniert die Kamera dabei so, dass wir von oben auf die Photos von der toten Frau blicken können. Der Mörder hat die Tote aus einem fahrenden Auto geworfen. So etwas hatte man bis dahin in einem amerikanischen Film so gut wie nicht gesehen, und schon gar nicht in dieser Länge. Ray lässt uns eine halbe Minute Zeit, um zusammen mit Dix die Bilder zu betrachten. Die tote Frau am Straßenrand erinnert an eine der berühmtesten Leichen der amerikanischen Kriminalgeschichte, an das Opfer im bis heute nicht aufgeklärten Black-Dahlia-Fall.

    Elizabeth Short

    Im Januar 1947 wurde auf einem unbebauten Grundstück in Los Angeles der nackte, an der Hüfte durchtrennte und verstümmelte Körper von Elizabeth Short entdeckt. Das löste ein enormes Medienspektakel aus, mit ständig neuen Verdächtigen, halbwahren oder frei erfundenen Enthüllungen über das Privatleben des 22-jährigen Opfers und Photos, deren Veröffentlichung kurz zuvor noch schwer vorstellbar gewesen wäre, obwohl zumeist retouchierte, von Polizisten an die Presse weitergegebene Tatortphotos keine Seltenheit mehr waren.

    Ein Pionier dieser ganz speziellen Form von Öffentlichkeitsarbeit war J. Edgar Hoover, der Chef des FBI, der William Randolph Hearst seit den frühen 1930ern mit Material für seine Revolverblätter versorgte und sich dadurch eine überaus positive Darstellung seiner Tätigkeit sicherte. Je wüster die Verbrechen, und umso alarmierter die Öffentlichkeit, desto leichter war es, mehr Geld und Kompetenzen für die Polizei- und Überwachungsbehörden zu erhalten. Die im harten Wettbewerb stehenden Zeitungen und Radiosender hatten ihre eigenen Interessen, die Steigerung der Auflage und der Hörerzahlen.

    Aus der dunkelhaarigen Elizabeth Short, die ein ziemlich armseliges, unglamouröses Leben geführt hatte, wurde die „Schwarze Dahlie“. Der von den Medien erfundene Name geht auf den Film The Blue Dahlia zurück, wo die ehebrecherische Gattin eines Kriegsveteranen ermordet wird und Alan Ladd auf die geheimnisvolle Veronica Lake trifft. Das Kostüm, das Elizabeth Short vor ihrem Verschwinden getragen hatte, verwandelte sich in einen hautengen Rock. Auf den Titelseiten mancher Zeitungen waren Photos von der Leiche abgedruckt, die nach der Bearbeitung durch die Bildredaktion unter einer Decke lag - mit dem Versprechen auf mehr im Inneren.

    Sehr hilfreich war eine uralte, bei der Black Dahlia besonders skrupellos eingesetzte Taktik: Man kleidete das Sensationelle in das Mäntelchen der Moral. Die tragische Geschichte der Elizabeth Short wurde zum warnenden Beispiel für alle jungen Frauen umfunktioniert, die, von einer Filmkarriere träumend, nach Los Angeles kamen und sich dort in Gefahr begaben. Das wiederum rechtfertigte eine drastische Berichterstattung, der abschreckenden Wirkung wegen. Für die PR-Abteilungen der Filmstudios war das ein noch größerer Albtraum als die Ermordung Mildred Atkinsons für Dixon Steele.

    Die bessere Geschichte

    Nachrichten hatten damals eine viel längere Halbwertzeit als heute. 1950, als In a Lonely Place in die Kinos kam, waren der Mord an Elizabeth Short und die sensationellen Begleitumstände noch immer für Schlagzeilen und Sondersendungen im Radio gut. Ray durfte also mit einem Publikum rechnen, bei dem die Bilder von der toten, wie Abfall an den Straßenrand geworfenen Mildred Assoziationen an die „Schwarze Dahlie“ wecken würden. Durch diesen Kriminalfall war ins öffentliche Bewusstsein gerückt worden, dass Hollywood nicht nur ein einsamer Ort sein konnte (für die Erfolglosen), sondern auch einer der Gewalt gegen Frauen.

    Ray geht es nicht um die Befriedigung voyeuristischer Bedürfnisse, wenn er uns eine halbe Minute lang die tote Mildred Atkinson zeigt. Diese Bilder verknüpfen vielmehr mehrere Themenstränge des Films. Ray war darin ein Meister. Die Photos von der zerteilten Elizabeth Short wurden zum Gegenstand einer makabren Mutprobe. Man bewies die eigene Tapferkeit, indem man sich anschaute, was der Mörder mit dem Frauenkörper gemacht hatte, ohne den Blick abzuwenden. Ray holt das zurück auf das Feld der Kriminalgeschichte, wo der Verdächtige traditionell mit den Folgen der Tat konfrontiert wird.

    Üblicherweise dienen solche Konfrontationen dazu, dass der Polizist aus der Reaktion des Verdächtigen Rückschlüsse auf dessen Schuld oder Unschuld ziehen kann. Hier erfährt man über beide etwas, über Lochner wie über Dix Steele. Carl Benton Reid, der Darsteller des Polizisten, war auf Schurken, Patriarchen und Vertreter der Staatsmacht spezialisiert, weil er etwas Strenges und Unnachgiebiges ausstrahlte. Als Captain Lochner kombiniert er dieses Auftreten mit einer moralisierenden Haltung. Die provozierende Arroganz, hinter der Dix Steele seine Verletzlichkeit verbirgt, wirkt wie ein rotes Tuch auf diesen Polizisten.

    In a Lonely Place

    Lochner hält Steele eine Standpauke, weil dieser auf die Nachricht von Mildreds Ermordung nicht mit „Erschrecken, Entsetzen, Mitleid“ reagiere, sondern mit „Gereiztheit wegen der Vernehmung und ein paar blöden Witzen“. „Zugegeben, die Witze hätten besser sein können“, antwortet Dix und gießt damit Öl ins Feuer, „aber ich verstehe nicht, warum Ihnen der Rest Sorgen machen sollte.“ Dabei sollte er selbst es sein, der sich Sorgen macht. Das Gefühl der intellektuellen Überlegenheit hindert ihn daran zu verstehen, dass er und Lochner in verschiedenen Szenarien unterwegs sind, mit für ihn dramatischen Konsequenzen.

    Die Szene in Lochners Büro verbindet die polizeiliche Vernehmung mit dem Kerngeschäft von Hollywood, dem Erzählen von Geschichten in Bildern und Dialogen. Dix erklärt, er habe Mildred mit nach Hause genommen, um sich von ihr den Inhalt des Romans erzählen zu lassen, aus dem er ein Drehbuch machen soll. Lochner glaubt das nicht und hegt den - nicht ganz abwegigen - Verdacht, dass Steele nur mit Mildred schlafen wollte. Nachdem der Film (siehe Teil 1) das Vorlesen von Büchern als Umschreibung für sexuelle Aktivitäten eingeführt hat wendet der Polizist dasselbe Prinzip an und unterstellt, dass auch mit dem Nacherzählen von Buchinhalten der Geschlechtsverkehr gemeint ist.

    Ironischerweise reagiert Lochner damit wie ein Kinozuschauer, der sich daran gewöhnt hat, dass der Production Code den Sex verbietet und daher mit einer zweiten Bedeutungsebene zu rechnen ist, die Filmemacher einziehen, um den Moralkodex und seine Regeln zu umgehen. Wenn es mehrere Möglichkeiten gibt wird die Frage wichtig, für welche man sich entscheidet und welche Version die Oberhand gewinnt. Seit dem Aufstieg der Populisten und ihrer extremen Vereinfachung komplexer Zusammenhänge ist das ein großes Thema.

    Die Talkshows des Fernsehens holen sich jetzt Expertendarsteller ins Studio, die von der Entdeckung des „Narrativs“ berichten, als handele es sich um eine Frucht, die gerade erst vom Baum der Erkenntnis gefallen ist. Für einen wie Dix Steele, der mit so etwas sein Geld verdient, ist das ein alter Hut. Er drückt es nur weniger geschwollen aus. Lochner, sagt er später zu seinem Agenten Mel Lippman, musste ihn gehen lassen, weil er die bessere Geschichte erzählen konnte (eine, in der er nicht der Mörder von Mildred Atkinson ist). Allerdings unterschätzt der Autor, der davon träumt, ein vielschichtiges, der Komplexität des Lebens und der Liebe gerecht werdendes Drehbuch zu schreiben, die Beharrungskräfte des Trivialen.

    Melodramatische Ermittlungen

    Lochners Wahrnehmung der Welt und des menschlichen Verhaltens ist oberflächlich und melodramatisch, als wäre er durch eine mit Stereotypen arbeitende Unterhaltungsindustrie konditioniert. Wie, fragt er Brub Nicolai, reagieren unschuldige Leute, die man um fünf Uhr morgens aus dem Bett holt, zum Revier bringt und denen man eröffnet, dass die Frau ermordet wurde, mit der sie den Abend verbracht haben? Antwort: Sie sind schockiert und außer sich. Lochner tippt auf Dix als Täter, weil er sich cool und abgeklärt gibt, statt sich als Nervenbündel die Haare zu raufen.

    Drehbuch und Regie erteilen Captain Lochner eine Lektion, wenn ausgerechnet der wahre Täter als Verdächtiger ausscheidet, weil er sich an die Hollywoodkonventionen hält und das Verhalten an den Tag legt, das für den Polizisten gleichbedeutend mit Unschuld ist. Harry Kesler, Mildreds Verlobter, hat im Gegensatz zu Dix geregelte Arbeitszeiten, nimmt keine Frauen für sexuelle Abenteuer mit nach Hause, weil er noch bei seinen Eltern wohnt und ist den Tränen nahe, wenn er aufs Revier kommt, um sich nach Mildred zu erkundigen, deren Verbleib ihm angeblich ein Rätsel ist (nachdem er sie getötet und aus dem Auto geworfen hat).

    Keslers Auftritt als trauernder Verlobter, den Lochner so überzeugend findet, weil der Mann vor Betroffenheit aus allen Nähten zu gehen scheint, kriegen wir so wenig zu sehen wie den Produzenten Burt Brodie, der Schmonzetten dieser Machart fordert. Ray will so etwas in seinem Film nicht haben. Die melodramatische Darbietung wird im Dialog kurz nacherzählt wie der Inhalt von Althea Bruce, dem Dix ein paar brauchbare Teile entnimmt, als Gerüst für ein Drehbuch, das mit der Vorlage, einem typischen Stoff für die Traumfabrik, nur noch bedingt zu tun hat.

    Lochners von Vorurteilen und melodramatischen Erwartungen gelenkte Ermittlungen kommentiert der Film mit Understatement, als Gegenentwurf zum ortsüblichen Pathos der falschen Gefühle, die nur eine Lüge sind. Wer sich nicht zu sehr durch die Photos von der Leiche und Lochners Polizeifragen ablenken lässt hört zwischen dem genretypischen Gerede über Zeugen und Alibis ein leises „Poor kid“, mit dem Dix auf den Anblick der Bilder reagiert. Das ist die Emotion, die Lochner bei seinem Verdächtigen vermisst. Allerdings ist sie privat und nicht für das Protokoll bestimmt.

    In a Lonely Place

    In a Lonely Place belohnt das genaue Hinschauen (und Hinhören). Man erfährt dann mehr über die Charaktere als das, wofür sich die Polizei interessiert. Nach der Vernehmung geht Dix zu Fuß nach Hause. Ein Blumenladen hat so früh schon geöffnet. Vor der Tür spritzt ein Angestellter den Gehsteig ab. Dix zeigt wieder Gefühl und lässt zwei Dutzend weiße Rosen an die Adresse von Mildred Atkinson schicken - ohne Karte und Absender, weil es die Geste eines sehr auf den Schutz seiner Privatsphäre bedachten Mannes ist, die keinen etwas angeht. Zu dem Bild vom emotionslosen Mörder, das sich Lochner von ihm macht, passt das gar nicht.

    Andererseits hat Dix eine Mitschuld an Mildreds Tod. Er hat sie mitten in der Nacht mit dem Geld fürs Taxi aus der Wohnung komplimentiert, statt sie wie versprochen nach Hause zu fahren oder wenigstens zum Taxistand zu begleiten. Auf dem Heimweg wurde sie ermordet. Das könnte jetzt der Versuch sein, sich mit zwei Dutzend Rosen von dieser Schuld freizukaufen. In a Lonely Place ist ein Film der Ambivalenz. Ständig werden Fragen aufgeworfen, die der Fortgang der Handlung beantwortet oder nicht. Wer sich von diesem Film die ordentlich gerahmte Schwarzweißwelt eines Captain Lochner erwartet, mit klarer Trennung zwischen Gut und Böse, Schuld und Unschuld, liegt ganz falsch.

    Luft und Liebe

    Der Angestellte des Blumenladens ist Afroamerikaner. Ray hat immer wieder schwarze Schauspieler beschäftigt. Aus heutiger Sicht kann man einwenden, dass das nur eine winzige Nebenrolle ist, in einer untergeordneten Position. Für das US-Kino der Nachkriegszeit waren solche Besetzungen ungewöhnlich, weil da eine möglichst weiße Gesellschaft gezeigt wurde. Ein schwarzer Darsteller als Blumenverkäufer auf einer Straße in Los Angeles und also als Teil des öffentlichen Lebens (nicht als Butler im Herrenhaus) war vor diesem Hintergrund sehr auffallend. Der Blumenverkäufer ist außerdem auf eine subtile Weise in den Film und seine Themen integriert, wie wir noch sehen werden.

    Lochner könnte durch das Beobachten dieser Szene eine Menge lernen, unterhält sich aber lieber mit Brub Nicolai über Schuld oder Unschuld des Verdächtigen (Schuld durch nicht normgerechtes Verhalten), während Dix die Rosen kauft. Freudianer seien auf die am Tatort gefundene Handtasche hingewiesen, die Brub während des Gesprächs mit allerlei Gegenständen füllt. In Freuds Traumdeutung ist die Tasche ein Vaginalsymbol. Am Schluss stopft Brub die beiden 10-Dollar-Scheine hinein, die Dix Mildred für das Taxi gegeben hat und von denen Lochner denkt, dass sie die Bezahlung für sexuelle Dienste waren. So wird das Mordopfer posthum vergewaltigt, durch das Versagen der Polizei.

    In a Lonely Place

    Bleiben wir noch einen Moment bei der halbminütigen Einstellung mit den Photos von der toten Mildred. In ihr treffen sich alle Themenstränge des Films. Sie ist die Schnittstelle zwischen Gewalt und Polizei, Männern und Frauen, Politik und Gesellschaft, Privatsphäre und Schnüffelei. Im Off sagt Lochner sattsam bekannte Polizistendialoge auf: Wann hat Mildred Steeles Wohnung verlassen? Kann jemand bezeugen, dass er nicht mit ihr weggegangen ist? Beim Betrachten der Bilder fällt Dix die neue Nachbarin ein. Ray überblendet von den Photos mit der Leiche auf eine Einstellung, in der einer von Lochners Männern, Ted Barton, Laurel Gray ins Revier bringt.

    In a Lonely Place

    Laurel ist Dix’ Alibizeugin und zugleich die Frau, in die er sich verliebt. Wenig später sind sie ein Paar, und Dix fasst die bisherigen Ereignisse so zusammen: „Ich habe seit langem nach jemandem gesucht. Ich wusste weder ihren Namen noch wo sie wohnt. Ich hatte sie nie zuvor gesehen. Dann wurde ein Mädchen getötet, und deshalb fand ich, was ich suchte.“ Das ist einer dieser hemmungslos romantischen Dialoge, die für die Filme von Nicholas Ray charakteristisch sind und die plötzlich, von einem Satz zum anderen, von der Licht- auf die Schattenseite kippen können, weil Ray eigentlich immer Liebesfilme gedreht hat, ganz egal in welchem Genre, aber nie eine Schnulze mit Gefühlskitsch und Realitätsverweigerung.

    In a Lonely Place

    Der Tod von Mildred Atkinson, das Ende ihres Lebens, ist der Anfang der Liebesgeschichte zwischen Dix und Laurel. Dix küsst Laurel beim zitierten Dialog das erste Mal. Dabei legt er ihr die Hand an den Hals. Wahrscheinlich würde das auch dann bedrohlich wirken, wenn wir es nicht in einem Film sehen würden, in dem der von der Polizei gesuchte Täter weniger als 24 Stunden davor eine junge Frau erwürgt hat. Dix wird Laurel nicht die Luft abwürgen, weil das kein Film über einen Mörder ist, aber dieser erst durch ein Ende möglich gewordene Anfang signalisiert bereits, was kommen wird. Wir werden miterleben, wie eine große Liebe unter äußeren und inneren Zwängen zerbricht.

    In a Lonely Place

    Blumenträger

    Im Hintergrund - wir sind in Laurels Apartment - hängt ein berühmtes Bild an der Wand: Der Blumenträger von Diego Rivera (dem Mann von Frida Kahlo). Der Bürgerschreck Rivera war ein enfant terrible der Kunstszene und ein unorthodoxer, von der KP seines Heimatlandes Mexiko schließlich von der Mitgliederliste gestrichener Kommunist. In den USA wurde er durch seine monumentalen Wandgemälde bekannt. 1933 löste er einen der größten Kunstskandale der US-Geschichte aus, weil er sein für die Lobby des Rockefeller Center geschaffenes (und 1934 von den Auftraggebern zerstörtes) Mural nicht nur für eine marxistische Kritik am Kapitalismus nutzte, sondern auch noch Lenin als den Repräsentanten einer neuen, besseren Gesellschaft in das Bild malte.

    In a Lonely Place

    Rivera war ein Held der Linken und auch der Gegner der Zensur (er weigerte sich, Lenin wie gefordert zu übertünchen und bezahlte dafür mit dem Wegfallen der Aufträge amerikanischer Konzerne, die sich bis dahin gern mit ihm geschmückt und so ihre - begrenzte - Toleranz zur Schau gestellt hatten). Für die Patrioten von Rechtsaußen war er der Antichrist. Sein Einfluss blieb beträchtlich. Man kann das an den Wandmalereien erkennen, die im Rahmen der von Roosevelts Works Progress Administration finanzierten Kunstprojekte entstanden. Ray hatte seine künstlerischen Wurzeln im Federal Theater, dem Theaterprojekt der WPA, zitiert mit dem Blumenträger also seine eigene Vergangenheit an.

    Frida Kahlo und Diego Rivera (1932)

    Eine gängige Interpretation zu Riveras Cargador de Flores ist die, dass in dem Bild ein Mann dargestellt ist, der unter der Last zusammenbricht, die ein Arbeiter im Kapitalismus zu tragen hat. Die Blumen in Korb sieht er aus seiner Stellung als Träger nicht. Sie symbolisieren das Schöne, das der ausgebeutete Landarbeiter zu den Reichen schleppt, die sich die farbigen Blüten leisten können, während er selbst kaum das Geld für sein Essen hat. Man könnte in Dixon Steele also einen Kulturarbeiter sehen, der uns das Schöne bringt, an seiner Aufgabe als Drehbuchautor im gewinnorientierten Hollywood aber schwer zu tragen hat.

    Im Rahmen dieser Deutung käme Laurel die Rolle der Frau zu, die dem Blumenträger hilft, sich aufzurichten. Tatsächlich ist sie nicht nur Dix’ Muse, sondern auch die Geliebte, die für ihn sein Manuskript abtippt, während er sich von den Mühen der Kreativität erholt. Die Vorstellung von der Frau als dem Manne untergeordnetes Hausmütterchen und als Sekretärin ist da nicht weit. Für einen so vielschichtigen Film wie diesen wäre das aber zu simpel. Auf die Beziehung von Dix und Laurel werden wir noch zurückkommen müssen.

    In a Lonely Place

    Hier sei einstweilen an den schwarzen Blumenverkäufer erinnert, der für Dix zwei Dutzend weiße Rosen an die Adresse der toten Mildred schickt. Ray hat einiges unternommen, um eine assoziative Verbindung zwischen Verkäufer und Träger zu schaffen. Das merkt man, wenn man den Weg nachzeichnet, den Dix einmal zurücklegen muss, um zu Laurel zu kommen. Als Bindeglieder sehen wir zuerst einen Mr. Swan (Schwan), der Laurels Kleider aus der Reinigung bringt und dann Effie, die Laurels Wohnung putzt. Dazu passend spritzt der Verkäufer mit einem Gartenschlauch den Dreck der vergangenen Nacht vom Gehsteig, wenn Dix ihm vor dem Laden begegnet.

    Der Blumenverkäufer, Mr. Swan und Effie die Putzfrau sind drei Glieder in einer Kette von Leuten, die dafür sorgen, dass die Privilegierten ein sauberes Trottoir benutzen, frisch gereinigte Klamotten tragen, ein geputztes Apartment bewohnen und am Schluss, wenn alles vorbei ist, in einem mit Blumen geschmückten Grab liegen können. Das gilt dann sogar für Mildred Atkinson, die den Gästen im Promilokal die Hüte reicht und dabei von einem besseren Leben träumt, wie es die Produkte der Unterhaltungsindustrie versprechen, als Kaufanreiz.

    Kommunistische Unterwanderung

    Ray hat da eine elegante Möglichkeit gefunden, eine beim bekennenden Kommunisten Diego Rivera andockende Gesellschaftskritik zu üben. Er war immer dann am besten, wenn er seine Botschaft nicht in klassenkämpferische Dialoge verpackte oder sie mit großen Gesten transportierte, sondern aus subtilen Hinweisen zusammensetzte. Man muss nur genau hinschauen, um sie zu erkennen. Viel mehr wäre 1949 kaum möglich gewesen.

    Wir reden hier von einem durch den Production Code reglementierten Film, der zwei Jahre nach der ersten großen Anhörungsrunde des Repräsentantenhauses zur kommunistischen Infiltration in Hollywood entstand. Nach Ansicht mancher Ausschussmitglieder war man als Filmkünstler bereits ein Subversiver, wenn man „verfrüht“ gegen Hitler und Franco gewesen war (ein ganz schlimmer „premature anti-Fascist“ war Orson Welles) oder ein Anhänger des New Deal, mit dem Roosevelt die Finanzmärkte reguliert, eine moderate Umverteilungspolitik von oben nach unten auf den Weg gebracht und das Fundament für einen (sehr bescheidenen) Sozialstaat gelegt hatte, an dessen Abwicklung der rechte bzw. marktradikale Flügel der Republikanischen Partei seither arbeitet.

    Durch das Mittel der Assoziation holt Ray Menschen und Ideen in das Apartment von Laurel Gray, die dort nach landläufiger Meinung nichts zu suchen hatten, weil so etwas in einer von Paranoia und rechtem Populismus geprägten Phase der amerikanischen Geschichte im Ruch der kommunistischen, von Moskau aus gesteuerten Unterwanderung stand. Die Assoziationskette beginnt mit dem schwarzen Blumenverkäufer auf einer Straße in Beverly Hills und endet mit dem mexikanischen Landarbeiter in den im Spanish-Revival-Stil gebauten „Beverly Patio Apartments“, im Gemälde von Rivera. Dieser Film hat nicht die Absicht, eine Mauer zu bauen.

    Wenn Ray Laurel Gray ein Bild von Diego Rivera in die Wohnung hängt ist das also ein politisches, je nach Zuschauer mehr oder weniger kodiertes Statement, das man im Hollywood der McCarthy-Ära nicht direkt abgeben konnte. Ray propagiert da nicht die kommunistische Weltrevolution, er zeigt sich solidarisch mit den Opfern des Rufmords und der Gesinnungsschnüffelei. Der Blumenträger ist auch in The Prowler zu sehen, einem Anti-McCarthy-Film von Joseph Losey. Sogar in I Married a Communist (1949) taucht er auf, einem berüchtigten antikommunistischen Propagandafilm der RKO.

    The Prowler

    Das Bild hängt in der Wohnung einer kommunistischen Agentin, aber die Umstände sind verdächtig. Die Historiker, rechten Blogger und republikanischen Politiker aus dem Umfeld der Tea- Party-Bewegung, die seit Jahren an der Rehabilitierung von Joseph McCarthy arbeiten, sollten sich diesen Film genauer anschauen. Wer hat den Blumenträger eingeschmuggelt? Was für ein Abgrund an Landesverrat sich da auftut kann man erst ermessen wenn man weiß, dass I Married a Communist (auch als The Woman on Pier 13 verliehen) der Lackmustest von RKO-Boss Howard Hughes für die rechte Gesinnung seiner Angestellten war.

    I Married a Communist

    Kampf gegen den New Deal

    Loseys Erinnerung nach war er der erste von 13 Regisseuren, denen Hughes den Film zur Inszenierung anbot, um ihren Patriotismus zu prüfen. Kandidat Nr. 14, Robert Stevenson, nahm das Angebot schließlich an. Ray war einer von den 13 Verweigerern. Er drehte lieber On Dangerous Ground. Robert Ryan, in I Married a Communist von den Roten zur Mitarbeit in einer subversiven kommunistischen Zelle erpresst, spielt da einen brutalen Polizisten, der seine Aggressivität nicht mehr kontrollieren kann und beinahe einen Mann totschlagen würde.

    High Sierra

    Das war hart an der Grenze zur kommunistischen Propaganda, fanden die McCarthyisten und deren Spitzel. Eine kritische Haltung gegenüber den Polizeiorganen war genauso ein Verdachtsmoment wie die Sympathie für Kriminelle. John Huston wurde als potentieller Staatsfeind denunziert, weil er das Drehbuch zu High Sierra geschrieben hatte (mit einem Gangster als tragischer Figur) und der Regisseur von The Maltese Falcon war (der Privatdetektiv Sam Spade liebt Brigid O’Shaughnessy, obwohl sie seinen Partner erschossen hat).

    The Maltese Falcon

    Beide Charaktere, den Gangster mit der komplexen Persönlichkeitsstruktur und den innerlich zerrissenen Privatdetektiv, spielte Humphrey Bogart. Das war 1941. Als bekannter Liberaler hatte er bereits 1940 vor dem Ausschuss zur Untersuchung unamerikanischer Aktivitäten erscheinen und versichern müssen, weder selbst ein Kommunist noch mit Kommunisten befreundet zu sein. Das House Un-American Activities Committee (HUAC) leitete damals noch Martin Dies, ein erklärter Gegner der Politik seines Parteifreundes Franklin D. Roosevelt. Es war also ein Demokrat und kein Republikaner, der diesen Ausschuss als erster zum Kampfmittel gegen den New Deal machte (und zum Vehikel für die Förderung seiner persönlichen Karriere).

    HUAC 1940 und Martin Dies

    Nach dem Kriegseintritt der USA, mit der Sowjetunion als Bündnispartnerin im Kampf gegen Hitler-Deutschland, dümpelte der Ausschuss vor sich hin, bis 1947 der Republikaner J. Parnell Thomas den Vorsitz übernahm. Für Thomas, von Beruf Börsenmakler, war der New Deal (Börsenregulierung, höhere Steuern für Reiche, Stärkung der Arbeitnehmerrechte, Abbau der Privilegien von Großunternehmen) nichts weiter als eine kommunistisch orientierte Sabotage am kapitalistischen System, die es mit aller Härte zu bekämpfen galt. Das bekam dann auch Hollywood zu spüren, weil man da Filmstars vorladen konnte. Das war viel medienwirksamer als das Aufdecken einer Verschwörung im Kaninchenzüchterverein.

    J. Parnell Thomas

    Wahrscheinlich landete Nicholas Ray nur deshalb nicht auf der Schwarzen Liste, weil er Vertragsregisseur der RKO war. Howard Hughes verstand sich als Feind des „Kommunismus“, was damals ein genauso dehnbarer Begriff war wie heute der gern mit dem Islam verwechselte „Islamismus“, als dessen Agent sogar Barack Obama von den rechten Verschwörungstheoretikern geführt wird. Noch weniger aber mochte er es, wenn sich Dritte in seine Angelegenheiten einmischten. Dadurch, dass er sich den Ruf eines Kommunistenfressers erworben hatte, konnte er jemanden wie Ray, als Künstler mit WPA-Vergangenheit ohnehin als Sicherheitsrisiko gehandelt, besser schützen. Die Wirklichkeit ist kompliziert und paradox.

    In a Lonely Place

    Paradox ist auch, dass die der Villa Primavera nachgebaute Wohnanlage einerseits ein Gefühl der Paranoia erzeugt und Dix andererseits davor bewahrt, von Captain Lochner, dem Vertreter des Überwachungsstaats, in Gewahrsam genommen zu werden. Einmal beklagt sich Dix darüber, dass Laurel von ihrem Apartment aus in seines blicken könne und er nicht in ihres (wer den Blick kontrolliert hat im Film die Macht). Weil das aber so ist, weil sich in den Beverly Patio Apartments alle Fenster und Türen zum gemeinsamen Innenhof öffnen, kann ihm Laurel das benötigte Alibi liefern und bezeugen, dass sie gesehen hat, wie Mildred Atkinson den Apartmentkomplex gesund und munter verließ, ohne Dix.

    Unamerikanische Aktivitäten

    Im Drehbuch von Andrew Solt sitzt eine Stenotypistin im Büro von Captain Lochner und schreibt alles mit. Ray strich die Rolle und ersetzte sie durch einen Dialog, in dem Dix Brub und Lochner fragt, wie sie das Gespräch aufzeichnen: „Tonband oder Kabel?“ "Tonband", antwortet Brub. Lochner zeigt das bisher nicht sichtbare Mikrophon vor wie ein Folterinstrument. Dix, der Lochner nur provozieren und den mit allen Wassern gewaschenen tough guy spielen wollte, wirkt perplex. Das ist ein gruseliger Moment. Oft wird das damit abgetan, dass Ray ein Paranoiker gewesen sei, der sich immer und überall überwacht fühlte.

    In a Lonely Place

    Paranoia schützt aber bekanntlich nicht davor, verfolgt zu werden. 1946 kursierten in Hollywood erste Listen mit den Namen von Filmkünstlern, die angeblich Mitglied der Kommunistischen Partei waren und den Umsturz des bestehenden Systems betrieben. Diese Listen beruhten auf Klatsch und unbewiesenen Gerüchten, auf Schnüffelei oder auch nur auf der Charakterlosigkeit der Informanten, die durch Denunziation alte Rechnungen begleichen wollten. Als das HUAC 1947 mit seinen Anhörungen begann, ging es mit strategischem Geschick zu Werke. Parnell Thomas hatte dabei stets die mediale Wirkung im Blick.

    Zuerst vorgeladen wurden Leute, die bestätigten, dass es die kommunistische Gefahr tatsächlich gab. Walt Disney fühlte sich von roten Agitatoren umzingelt, seit ein Streik sein autokratisch geführtes Studio lahmgelegt hatte. Ronald Reagan, damals Präsident der Schauspielergewerkschaft, berichtete von kommunismusähnlichen Methoden einer in der Screen Actors Guild tätigen Gruppe, konnte aber nicht mit Bestimmtheit sagen, ob es sich um Kommunisten handelte oder nicht. Dann folgten die Beschuldigten. In einer ersten Runde wurden 79 Personen vorgeladen, denen man subversive Aktivitäten vorwarf.

    Zehn der Vorgeladenen, bekannt geworden als die Hollywood Ten, beriefen sich auf den 1. Zusatzartikel zur amerikanischen Verfassung, der die Meinungs- und Versammlungsfreiheit garantiert, verweigerten die Aussage und wurden wegen Missachtung des Kongresses strafrechtlich belangt. Als Gegenreaktion formierte sich in Hollywood das überwiegend von Liberalen und Roosevelt-Anhängern gegründete Committee for the First Amendment, dessen Mitglieder nach Washington flogen, um gegen den Kongressausschuss zu protestieren. Zum Komitee gehörten Humphrey Bogart und seine Ehefrau, Lauren Bacall.

    Mann des Volkes

    Aufmerksame Leser dürften sich inzwischen fragen, wo eigentlich Joseph McCarthy bleibt, nach dem dieses dunkle Kapitel der amerikanischen Geschichte benannt ist? Den McCarthyismus gab es schon, bevor der Namensgeber zum gefürchtetsten Politiker der USA wurde, und er ist auch nicht mit ihm gestorben. Obwohl oft das Gegenteil zu lesen ist war es nicht Joe McCarthy, der Hollywood ins Visier nahm. Das HUAC (H für House) war ein Ausschuss des Repräsentantenhauses. Als Senator von Wisconsin saß McCarthy in der zweiten Kammer des Kongresses, dem Senat.

    Joseph McCarthy

    Seine Kollegen im Repräsentantenhaus hatten längst die Arbeit aufgenommen, als er seinen Feldzug gegen den Kommunismus startete. In der Vorgehensweise unterschieden sich die Hexenjäger in beiden Kammern des Kongresses jedoch kaum. McCarthy war ein weitgehend unbekannter, um seine Wiederwahl fürchtender Hinterbänkler, als er nach Wheeling in West Virginia flog, um am 9. Februar 1950 beim alljährlichen Dinner des Republikanischen Frauenvereins zum Lincoln Day eine Rede zu halten. Die Damen erwarteten, dass er etwas Erbauliches über Abraham Lincoln sagen würde.

    Stattdessen hielt er ein paar Blätter Papier hoch, auf denen angeblich die Namen von 205 Mitgliedern der Kommunistischen Partei standen, die im State Department beschäftigt und dort subversiv tätig waren. Beweise blieb er schuldig, und sein Gedächtnis war scheinbar auch nicht das beste, weil er schon bei seinem nächsten Auftritt, in Salt Lake City, von 57 KP-Mitgliedern sprach. Die Behauptung schlug jedenfalls ein wie eine Bombe. Als McCarthy wieder in Washington landete war er berühmt. Am 20. Februar hielt er im Senat eine Rede, in der aus bisher 205 oder 57 Subversiven mit Mitgliedsausweis der KP 81 geworden waren.

    Die Zahlen variierten. Konstant blieb der Vorwurf, dass man im Außenministerium von den Kommunisten wusste, dass sie die dort betriebene Politik beeinflussten und dass der Außenminister nichts dagegen unternahm. McCarthy zeichnete ein Bild von Washington als einem Sumpf, der trockengelegt werden müsse, als einem Saustall, den es auszumisten gelte. Sich selbst inszenierte er als den Mann, der das erledigen werde. Auf den Stufen zum Kapitol ließ er sich mit einem großen Besen photographieren. Die Medien waren fasziniert von ihm, weil einer wie er im Politikbetrieb der Hauptstadt eine ungewöhnliche Erscheinung war.

    Das half ihm selbst dann, wenn ihn die Journalisten nicht leiden konnten. Auch durch negative Berichterstattung stieg sein Bekanntheitsgrad und wurden seine unbewiesenen Behauptungen verbreitet. Je krasser, desto besser. McCarthys Aufstieg wurde dadurch begünstigt, dass das Establishment in Washington nicht wusste, wie es mit ihm umgehen sollte. Der Senat war eine Ansammlung von würdigen älteren Herren, die sehr auf Etikette hielten. McCarthy spielte den unverdorbenen, den herumlavierenden Politsprech durch klare Ansagen ersetzenden Außenseiter, den Mann des Volkes. Sein rüpelhaftes Verhalten machte die Honoratioren sprachlos und wurde so zu einer großen Stärke, auch wenn die Wohlerzogenen die Nase rümpften.

    Das Wort eines Senators hatte Gewicht und konkrete Auswirkungen auf das Leben anderer Menschen. Viele der Etablierten konnten schlicht nicht glauben, dass ein in ein hohes Amt gewählter Politiker alle Spielregeln ignorieren und unbeschwert drauflos lügen würde, obwohl die Lüge offensichtlich war. Solche Bedenken hatte Joe McCarthy nicht. Er war einer jener Populisten, die eigentlich Opportunisten sind, von sich glauben, für die Macht bestimmt zu sein und bereit sind, alles zu sagen, was ihnen beim Erreichen ihrer Ziele nützlich sein könnte. Der Zweck heiligt die Mittel.

    Amerikanische Helden

    McCarthy perfektionierte seine Methoden mit Hilfe von Roy Cohn, den er auf Empfehlung von FBI-Chef J. Edgar Hoover als Chefberater in den Senat holte. Cohn (nicht verwandt mit Harry Cohn, in dessen Columbia-Ateliers In a Lonely Place gedreht wurde) war eine Figur wie aus einem schlechten Film, ein antisemitischer Jude und ein homophober Schwuler, ein brillanter Anwalt frei von Skrupeln und moralischen Bedenken. Von Cohn konnte man lernen, wie man am effektivsten üble Nachrede betreibt und aus Halbwahrheiten und frei Erfundenem (heute nennt man das „alternative Fakten“) eine Diffamierungskeule macht.

    Roy Cohn mit Joseph McCarthy und einzeln

    Wenn sich die Angegriffenen zur Wehr setzen, lehrte Cohn, musste man sofort und mit mehr Wucht zurückschlagen. Durch Gepolter und das Ausstoßen von Drohungen ließen sich nicht nur andere Leute einschüchtern, man konnte das ungehobelte Auftreten zu seinem Markenzeichen machen. Wurde man bei einer Lüge ertappt gab man prinzipiell nichts zu, vielmehr schob man eine noch größere Lüge hinterher. Lautstärke war Trumpf. Falsche Behauptungen, laut und frech genug wiederholt, wurden irgendwann zur Wahrheit. Und, für Politiker ganz wichtig: Eine Gefahr für das Gemeinwesen, in grellen Farben an die Wand gemalt, ließ sich in einen persönlichen Vorteil verwandeln, wenn man unverfroren genug war.

    Falls das jemandem bekannt vorkommt: Kein Wunder. Statt gleich das Offensichtliche zu bemühen sei zunächst auf Ted Cruz verwiesen, der 2013, unterstützt von der Tea Party, für Texas in den Senat einzog. Die Art und Weise, wie er sein neues Amt wahrnahm, weckte bei Beobachtern ungute Erinnerungen an Joe McCarthy. Verteidigt wurde er von Steve Bannon, inzwischen Chefstratege im Weißen Haus. Interessant daran ist, wie Bannon das anstellte.

    Ted Cruz (Foto: U.S. Congress) und Steve Bannon (Foto: Gage Skidmore. Lizenz: CC BY-SA 3.0

    Statt Cruz gegen den Vorwurf in Schutz zu nehmen, der neue McCarthy zu sein, redete Bannon in einer Radiosendung von Breitbart News lieber darüber, dass das Original, der Senator aus Wisconsin, heute nur deshalb der Schurke sei, weil die „moderne Populärkultur“ aus Weiß Schwarz und aus Schwarz Weiß gemacht habe. Als Intellektueller und Vertreter der Hochkultur, schließe ich daraus, weiß man es besser. McCarthy ist ein amerikanischer Held.

    Buchcover: American Betrayal, Diana West

    Mit Widerspruch war nicht zu rechnen, weil sich Bannon mit Diana West über ihr Buch American Betrayal: The Secret Assault on Our Nation’s Character unterhielt. Da erfährt man, dass Roosevelt die USA in ein sozialistisches Land verwandeln wollte (mit einer bezahlbaren Krankenversicherung auch für die Armen und Sozialstaatsduselei zur Erstickung der Eigeninitiative) und die jungen Leute jetzt nicht mehr zwischen Gut und Böse unterscheiden können, weil die Kommunisten nach dem Zweiten Weltkrieg alle Bereiche des gesellschaftlichen Lebens infiltriert haben, die schönen Künste genauso wie die Universitäten und Hollywood, um den Glauben an die amerikanische Großartigkeit zu zersetzen.

    Kommunisten, Islamisten, Populisten

    Vom Standpunkt rechter Ideologen aus durfte Ted Cruz also mit vom Stolz geschwellter Brust in das Rennen um die Präsidentschaftskandidatur der Republikaner gehen, nachdem ihn die Lügenpresse (https://www.forbes.com/sites/rickungar/2013/02/18/ted-cruz-the-reincarnation-of-joe-mccarthy/#25527d4c7edb) zur Reinkarnation von Joe McCarthy erklärt hatte. Cruz wurden gute Chancen eingeräumt, ehe er in den Vorwahlen seinen Meister fand, Donald Trump. Alles, was Cruz bisher aufgeführt hatte, um sich in Szene zu setzen - die Mitbewerber verächtlich machen, falsche Behauptungen in Andeutungen kleiden, durch Assoziation Schuld zuweisen, Verschwörungen aufdecken oder über sie raunen -, konnte Trump viel besser.

    Cruz machte auch dumme Fehler. Womöglich glaubte er, man könne den McCarthyismus des Kalten Krieges 1:1 auf die Gegenwart übertragen. Bei einer Veranstaltung zum amerikanischen Unabhängigkeitstag mit dem Titel „Defending the American Dream“ hielt er eine Rede, in der er sich über die Harvard Law School ausließ, die er ein paar Jahre vor Barack Obama besucht hatte. Obama, sagte er, sei der radikalste US-Präsident der Geschichte (auf rechten Websites kann man nachlesen, dass Obama mit seiner Gesundheitspolitik nicht nur eine ruinöse Steuerverschwendung betrieb, sondern einen totalitären Staat errichten wollte).

    Als Universitätspräsident hingegen, so Cruz, sei Obama bestens geeignet. Als er, Cruz, in Harvard studiert habe sei in der juristischen Fakultät nur ein einziger Republikaner zu finden gewesen, wohl aber zwölf Marxisten, die einen kommunistischen Umsturz befürworteten. Zwölf Marxisten! Aus dem Lehrbuch des Roy Cohn: Frei Erfundenes sollte man mit präzisen Angaben untermauern, weil das ein (nicht vorhandenes) Wissen suggeriert. McCarthy wirkte glaubwürdig, weil er nicht von „ungefähr 200“ Kommunisten im Außenministerium fabulierte, sondern von 205, wahlweise auch von 57 oder 81. Dass die Zahlen variierten war da nicht mehr so wichtig.

    Cruz sprach bei einer Veranstaltung der von den milliardenschweren Koch-Brüdern gegründeten Organisation Americans for Prosperity (https://americansforprosperity.org). Ein Obama-Bashing kommt da immer gut an. Der Redner hatte aber offenbar nicht bedacht, dass sich die Warnung vor der kommunistischen Gefahr doch etwas abgenutzt hatte und es die Sowjetunion, die der selige Ronald Reagan einst durch einen Rüstungswettlauf in die Pleite getrieben hatte, nicht mehr gab. Donald Trump war da viel klüger. Seine Kommunisten sind die Muslime. Obama ist ihr Agent.

    Le Club

    Ist Trump demnach ein Naturtalent, das mit der Muttermilch einsaugte, was Cruz erst mühsam lernen musste und nur halb verstanden hatte? Nicht wirklich. 1948, als Trump geboren wurde, gab es in Manhattan zwei besonders angesagte Clubs, in denen man Gast sein musste, um zur High Society zu gehören: das „El Morocco“ und den „Stork Club“. Das sind die beiden Etablissements, von denen Humphrey Bogart, seines unbeherrschten Verhaltens wegen, zur unerwünschten Person erklärt wurde, was dann als autobiographisches Element in den Film In a Lonely Place einging.

    The Wrong Man

    In den frühen 1970ern hatte der „Stork Club“ dicht gemacht, was einen nicht weiter wundert, wenn man Hitchcocks The Wrong Man gesehen hat. Henry Fonda als Manny Balestrero spielt in der Kapelle des „Stork Club“ den Kontrabass und ist in einer musikalischen Endlosschleife gefangen, was Hitchcock Gelegenheit gibt, die Hölle als die Wiederkehr des ewig Gleichen zu inszenieren. Einen öderen Arbeitsplatz als diesen hat man selten in einem Film gesehen. Man kann sich gut vorstellen, dass die Kapelle so lange dasselbe Lied spielt, bis alle tot vom Hocker fallen.

    In den frühen 1970ern war der Rivale des „El Morocco“ ein Laden mit dem todschicken Namen „Le Club“. Der junge Donald Trump entschied sich für den „Club“, der - verglichen mit dem „Morocco“ - etwas leicht Verruchtes hatte. „Zu den Mitgliedern gehörten einige der erfolgreichsten Männer und schönsten Frauen der Welt“, lässt er in The Art of the Deal schreiben. „Es war einer von diesen Orten, wo es nicht unwahrscheinlich war, einen reichen 75-jährigen Typen zu sehen, der mit drei Blondinen aus Schweden hereinkam.“ In dem Buch berichtet er von mehreren Anläufen, die erforderlich waren, um dort auch Mitglied zu werden.

    Trump wollte man im „Le Club“ nicht haben, weil er aus Queens stammte und damit aus einem Stadtteil, der damals das Gegenteil von hipp war und für den die Reichen und die Schönen von Manhattan nur Spott übrig hatten. Donald schaffte es schließlich, in die exklusive Mitgliedsliste aufgenommen zu werden. Das ist die Trump-Version der „Vom Tellerwäscher zum Millionär“-Geschichte. Darin liegt die Anziehungskraft begründet, die er auf die gesellschaftlich Benachteiligten ausübt, seine treuesten Fans. Trump fing als Millionärssohn an, aber eine Aufstiegsgeschichte ist es trotzdem. Darum lässt sich die Hoffnung damit verbinden, dass der amerikanische Traum doch nicht geplatzt ist.

    Wie angesagt „Le Club“ war ist daran zu erkennen, dass sich Jackie Kennedy entschied, ihn zum Schauplatz für eines der Society-Highlights der 1970er zu machen, die gemeinsame Geburtstagsparty für ihre Kinder John Jr. und Caroline. Am Eingang des Clubs kam es zu einer Prügelei zwischen Gästen und Paparazzi. Das sorgte für einen kleinen Skandal und für große Schlagzeilen, weil einer von den Photographen ein ehemaliger Marine war, der tapfer sein Land verteidigt hatte. Die prominenten Schläger waren dabei interessanter als der Geschlagene. Wie hieß nochmal der im Irakkrieg gefallene US-Soldat, dessen Eltern Trump beleidigte?

    Freies Unternehmertum

    Die Episode mit dem Kleberfabrikanten Heinrich Haffenloher in Helmut Dietls Kir Royal heißt „Wer reinkommt, ist drin“. Diese Erfahrung durfte auch Trump machen. Im „Le Club“ lernte er 1973 einen hervorragend vernetzten Anwalt kennen, der dort ebenso Stammgast war wie viele seiner illustren Mandanten: Roy Cohn, früher Einflüsterer von Joseph McCarthy und jetzt Helfer von Donald Trump. Donalds Vater hatte in Brooklyn und Queens ein Wohnungsimperium aufgebaut. Als Donald Roy traf hatte die Trump Management Corporation eine Klage des Justizministeriums am Hals.

    Kir Royal

    Die Abteilung für Bürgerrechte warf den Trumps vor, nicht an Angehörige von Minderheiten zu vermieten und Bewerber mit dunkler Hautfarbe zu belügen ("Leider nichts frei.") oder mit Ausreden abzuwimmeln. Das verstieß gegen das Gesetz, den Fair Housing Act von 1968. Die Firmenanwälte rieten zur außergerichtlichen Einigung. Roy empfahl Donald, dem Ministerium den Krieg zu erklären und dieses seinerseits vor Gericht zu zerren. Also wurde eine Gegenklage wegen Rufschädigung eingereicht. Streitsumme: 100 Millionen Dollar. Die Klage wurde bald abgewiesen, erzielte aber die gewünschte Wirkung.

    Am Ende stand eine Einigung, nun jedoch zu günstigeren Konditionen für das Unternehmen. Die Schlagzeilen über die 100-Millionen-Dollar-Klage gegen die Regierung überlagerten die Nachricht, dass sich die Trumps bereit erklärten, zukünftig auch an Angehörige von Minderheiten zu vermieten. Donald gab nie zu, etwas falsch gemacht zu haben. Einen Fehler zugeben war Schwäche. So hatte Trump es von seinem Mentor Roy Cohn gelernt. Roy brachte Donald zudem bei, dass jede Art von Publicity gute Publicity ist. Wenn Roys Name gerade nicht in der Zeitung stand versorgte er die Presse mit süffigen Geschichten, um Abhilfe zu schaffen. Donald tat es ihm nach.

    Die Klage des Ministeriums war übrigens das Resultat einer ganzen Reihe von Anti-Diskriminierungsgesetzen, die der in seiner Bedeutung sehr unterschätzte Lyndon B. Johnson, der Nachfolger von John F. Kennedy, mit viel Geschick und trotz enormer Widerstände durch den Kongress gebracht hatte. Johnsons Gesetze zur Stärkung der Bürgerrechte waren für konservative Weiße - und insbesondere für solche, die von den rassistischen Strukturen in der US-Gesellschaft profitierten - ein unzulässiger Eingriff des Staates in die Entscheidungsfreiheit eines Amerikaners.

    Johnsons Partei zahlte dafür einen hohen Preis. Die Bundesstaaten im Süden des Landes, bis dahin eine solide Machtbasis der Demokraten, wurden zu Hochburgen der Republikaner. Für einen Unternehmer wie Donald Trump eröffnete sich die Möglichkeit, sich in einer Verbindung von Geschäftsinteressen und Ideologie als Kämpfer für die amerikanischen Werte zu präsentieren. Wer Trumps Weg ins Weiße Haus nachzeichnen will sollte mit dem Jahr 1973 beginnen, in dem er in einem New Yorker Promilokal Roy Cohn kennenlernte und auf dessen Anraten den Pioniergeist der Gründungsväter und das freie Unternehmertum gegen eine diktatorische Regierung verteidigte.

    Kulturfrevel in der Fifth Avenue

    Die Schlacht gegen das Justizministerium war der Beginn einer wunderbaren Freundschaft. Roy beriet Donald fortan bei größeren Geschäften und in rechtlichen Angelegenheiten, ließ seine Verbindungen in die höheren Ränge der Macht für ihn spielen. Auch diese Geschichte könnte man durch Filme erzählen, mit Breakfast at Tiffany’s von Blake Edwards beispielsweise. Der Anfang genügt. Audrey Hepburn fährt im Taxi beim Juweliergeschäft vor. Dabei kann man einen Blick auf das Bonwit-Teller-Kaufhaus erhaschen (erste Einstellung, linker Bildrand), ein architektonisches Juwel im Art-déco-Stil und seit seiner Errichtung im Jahre 1929 ein heimliches Wahrzeichen von New York.

    Breakfast at Tiffany’s

    Als Breakfast at Tiffany’s in den frühen 1960ern in den Kinos lief hielten viele Filmfreunde danach Ausschau, weil Audrey Hepburn während der Dreharbeiten dort eingekauft hatte. Dabei entstanden Pressephotos, die dann in der Werbekampagne Verwendung fanden. Das war nicht nur eine gute Reklame für Bonwit Teller, sondern förderte auch das Bewusstsein dafür, welches Juwel da neben Tiffany & Co. stand. 1979 kam Donald Trump, kaufte das Gebäude und ließ es abreißen. Heute ist nichts mehr davon übrig. An sein Versprechen, Teile der Fassade zu retten und dem Metropolitan Museum of Art zu übergeben fühlte sich der Investor nicht gebunden. Leider zu teuer.

    Jetzt steht da anstelle eines Art-déco-Juwels ein auf Dominanz ausgerichteter Protzbau, der Trump Tower. Größer wurde New York dadurch nicht. Nur höher. Statt kunstgeschichtlich bedeutsame Skulpturen zu erhalten und damit, wie es der damalige Bürgermeister Ed Koch ausdrückte, einer moralischen Verpflichtung gegenüber den Bürgern von New York nachzukommen, zog Trump vor Gericht, um - beraten von Roy Cohn - steuerliche Vergünstigungen einzuklagen. Der Investor fühlte sich diskriminiert. Attacke war die erste Unternehmerpflicht.

    Wenn man sich an gelungener Architektur erfreut und glaubt, dass Bauten etwas mit Kultur und Identität zu tun haben, ist der Anfang von Blake Edwards’ Film - von heute aus betrachtet - mit schmerzlicher Nostalgie erfüllt. Könnte man Audrey Hepburn per Zeitmaschine in die Gegenwart transportieren und noch einmal frühmorgens in der Fifth Avenue vorfahren lassen, sie würde gar nicht erst aus dem Taxi steigen oder, wenn doch, vor Schreck den Kaffeebecher fallen lassen und schreiend zu Mr. Yunioshi laufen.

    Einen Bauunternehmer gibt es auch in Rays In a Lonely Place. Er ist einer von zwei mächtigen Männern, die eine unheimliche Präsenz entfalten, indem sie Einfluss auf die Handlung nehmen, obwohl wir sie nie zu sehen kriegen. Der eine, der Produzent Bert Brodie, will einen Bestseller über die Luxusprobleme des Geldadels von Long Island verfilmen lassen, weil das ordentlich Kohle bringt. Der andere heißt Baker und verdient sein Geld mit Immobilien. Seinen Namen kennen alle. Menschen scheint er genauso als sein Eigentum zu betrachten wie seine Häuser.

    Laurel Gray war mit dem Mann liiert und kurz davor, ihn zu heiraten. Mr. Baker hat ihr sogar einen Swimmingpool gebaut - nicht so sehr, um ihr eine Freude zu machen als vielmehr, um den Wert der Immobilie zu steigern. Laurel hat Baker schließlich verlassen, weil sie sein besitzergreifendes Wesen nicht mehr ertragen konnte. Ray wird gern unterstellt, er habe mit den Beverly Patio Apartments aus Selbstverliebtheit die Villa Primavera nachbauen lassen, weil er früher dort gewohnt hatte. Falls dem so gewesen sein sollte ändert es nichts daran, dass die Wohnanlage im Film mehrere narrative Funktionen erfüllt, ohne dass ein einziger Dialogsatz dafür erforderlich wäre.

    Der Film vertraut so sehr auf Ausstattung, Kulissen, Inszenierung, das nuancierte Spiel der Darsteller (und auch auf George Antheils Musik), dass es fast schon exzessiv wirkt, wenn sich Dix Steele beklagt, dass Laurel - die Überwachungsthematik - von ihrem Balkon in sein Fenster sehen kann. Wenn Laurel vor dem durch Stadtentwicklung reich gewordenen Immobilientycoon in die Villa Primavera flieht, einem jener für Hollywood identitätsstiftenden Gebäude im Spanish-Revival-Stil, von denen bis heute ein seltsamer Zauber ausgeht, darf man das als Kommentar zu Bakers Bautätigkeit verstehen, als Abkehr von den Sachen, die der Baulöwe in die Landschaft stellt.

    Way of Life

    Es hat eine gewisse Konsequenz, wenn Roy Cohn erst einen in Washington groß auftrumpfenden Senator aus der Provinz beriet und dann einen Unternehmer, der - nachdem ihm Cohn den Weg von Queens nach Manhattan geebnet hatte - mit dem auf dem Immobilienmarkt eingeübten Methoden das Weiße Haus übernahm. Von Cohn lernen heißt: In Kategorien von Sieg und Niederlage denken, den Gegner niemals schonen, sich selbst als Kämpfer gegen die Verschwörungen finsterer Mächte stilisieren, vom Kommunismus in den McCarthy-Jahren über den Wohlfahrtsstaat und die National Football League (die Roy für Donald verklagte) bis zum Islam.

    Ein echter Roy Cohn war Trumps Reaktion auf sich häufende Berichte über Kontakte seines Wahlkampfteams zur russischen Regierung und über routinemäßige Überwachungsmaßnahmen der Geheimdienste gegen russische Funktionäre, bei denen deren Gespräche mit Leuten aus Trumps Umfeld abgehört worden sein könnten. Am Morgen des 4. März ging Trump zum Gegenangriff über und inszenierte zugleich ein Ablenkungsmanöver, als er die Welt per Twitter darüber informierte, dass der Trump Tower im Wahlkampf von Obama abgehört worden sei.

    Interessanterweise fühlte er sich in seinem ersten Tweet an den McCarthyismus erinnert. Dann verging eine Weile, bis ihm der eigentlich viel näher liegende Vergleich mit Nixon und der Watergate-Affäre einfiel. Sollte es eine direkte Verbindung zwischen Trumps Hirn (oder auch seinem Unbewussten) und seinem Twitter-Finger geben wäre das verräterisch. Könnte es sein, dass der Präsident zuerst an Cohn und dessen Methoden dachte und nicht an das ihm angeblich zugefügte Unrecht, als er seine Nebelkerzen zündete?

    McCarthy und Roy Cohn machten weniger durch einen Abhörskandal von sich reden als vielmehr durch das Diffamieren anderer Leute, durch Lügen und Krawall als Mittel der Politik, durch ihre aufwieglerische Dreistigkeit und durch das Erfinden von durch das Washingtoner Establishment gedeckten Verschwörungen - alles Dinge, die auch Donald Trump nicht ganz fremd sind. Das damals versprühte Gift wirkt bis heute nach.

    Die von Joseph McCarthy nicht ausgelöste, aber mit neuem Elan versehene Hexenjagd zerstörte das Leben von Tausenden amerikanischer Bürger. Vor einem der Untersuchungsausschüsse des Kongresses, die nach McCarthys Rede in West Virginia gebildet wurden, sagte FBI-Chef Hoover, dass der Kommunismus „a way of life“ sei, eine Lebens- und Daseinsform. Dadurch wurde der Verbindung von Normabweichung und Politik Tür und Tor geöffnet. Die Frage, mit wem man Sex hatte, half bei der Bestimmung der politischen Identität.

    Schwule und Lesben führten notwendigerweise ein Leben im Geheimen, weil ein Outing für viele von ihnen gravierende Folgen gehabt hätte. Das ließ sich gegen sie verwenden. Die infame Logik ging in etwa so: Weil Homosexuelle eine Neigung zur Heimlichtuerei hatten waren sie besonders anfällig für Anwerbungsversuche durch die - auch im Geheimen operierenden - Kommunisten. Erpressbar waren sie sowieso. Folglich wurden Schwule und Lesben als Sicherheitsrisiko eingestuft und aus den Washingtoner Ministerien entfernt. Auch wenn sich keiner fand, der sie als KP-Mitglieder denunziert hätte, waren sie doch irgendwie gefühlte Kommunisten.

    Spermaflecken und Fundamentalisten

    Die McCarthyisten verbanden ihnen verhasste politische Ausrichtungen mit Sex und Verbrechen und verrührten das Ganze zu einem Zerrbild vom „Unamerikanischen“. Dieses Verfahren zur Kriminalisierung des politischen Gegners verlor nie seine Anziehungskraft. Das zeigte sich in den beiden Amtszeiten von Bill Clinton, als der radikale Flügel der Republikanischen Partei versuchte, den Präsidenten nicht etwa durch Wahlen und das bessere Politikangebot aus dem Weißen Haus zu befördern, sondern durch eine Verschwörungstheorie, die eine Immobilienaffäre mit einem angeblichen Auftragsmord und Bills intimen Beziehungen zu Paula Jones und Monica Lewinsky kombinierte.

    Treibende Kraft hinter dem Bill Clintons Präsidentschaft überschattenden Rufmord an ihm und seiner Frau und an dem gegen ihn angestrengten Amtsenthebungsverfahren, in dem es vor allem um Falschaussagen und den Spermafleck auf dem Kleid von Monica Lewinsky ging, nachdem sich die restlichen Anschuldigungen als haltlos erwiesen hatten, war Newt Gingrich, der Sprecher des Repräsentantenhauses, der schließlich über eigene Verstöße gegen die Ethikregeln des Kongresses stürzte. Gingrich muss hier erwähnt werden, weil Donald Trump im Wahlkampf gegen Hillary Clinton die alten Mordvorwürfe wieder aufwärmte.

    Das war im Mai 2016. Im Juni, nach dem Massaker von Orlando, forderte Trump Obama zum Rücktritt auf, weil er entweder nicht wisse, was im Lande vor sich gehe oder aber viel zu genau darüber informiert sei. Auf diese Weise insinuierte er, dass Obama mit islamistischen Terroristen unter einer Decke stecke. Das harmonierte gut mit seiner jahrelang vorgetragenen Behauptung, dass Obama in Kenia geboren und daher kein legitimer Präsident sei.

    Eine vielsagende Andeutung, wusste schon Roy Cohn, ist erst dann richtig gut, wenn es mindestens eine zweite gibt, auf die man sich notfalls zurückziehen kann. Was also, wenn Obama doch in Hawaii geboren wäre und nicht in Kenia, wo seine Großmutter lebte? Dann war eben etwas anderes faul mit der Geburtsurkunde. Jemand habe ihm erzählt, so Trump in einer Talkshow, dass es mit Obamas Religionszugehörigkeit zu tun haben könnte. Stand womöglich in der Urkunde, dass er Muslim ist? „Und wenn man ein Muslim ist, dann ändert man nicht seine Religion, nebenbei bemerkt.“

    Das kennt man von McCarthy, der darüber fabulierte, dass das Außenministerium und sogar die Armee mit den Kommunisten gemeinsame Sache mache (und vom Retro-McCarthyisten Ted Cruz, in dessen Verschwörungstheorie Obama noch mit den zwölf Marxisten in der juristischen Fakultät von Harvard konspirierte, als Trump längst ein Zerrbild vom Islam für seine Zwecke nutzbar machte). Das Verächtlichmachen von den Staat tragenden Institutionen und Personen gehört zum Instrumentarium des McCarthyismus. So erzeugt man Verunsicherung und schafft ein Vakuum, das sich zum eigenen Vorteil verwenden lässt.

    Newt Gingrich wusste nach dem Massaker von Orlando gleich, woher der Wind wehte und sah eine Gelegenheit, sein politisches Comeback einzuleiten. Nach Trumps Geraune über Obamas Komplizenschaft mit dem Attentäter schlug er vor, den Ausschuss zur Untersuchung unamerikanischer Aktivitäten wiederzubeleben, um einer weiteren Unterwanderung des Staates durch - dieses Mal - den Islam vorzubeugen. Das wurde allgemein als sein Versuch gewertet, sich als Trumps künftiger Vizepräsident ins Gespräch zu bringen. Der Posten ging dann an Mike Pence, weil Pence viel geeigneter war als Gingrich, Trump die Stimmen der Evangelikalen zuzuführen.

    Ohne Sex geht es scheinbar nach wie vor nicht. Hillary war Leidtragende von Bills Affären, und niemand hat je behauptet, dass sie Orgien im Weißen Haus organisierte. Also musste etwas erfunden werden, das sich mit ihrem Image als habgierige und geldgeile Person kombinieren ließ. Das Resultat war die Pizzagate-Verschwörung. Rechte Websites verbreiteten das Gerücht, dass Hillary Clinton und ihr Wahlkampfchef von der Pizzeria „Comet Ping Pong“ aus einen Kinderpornoring betrieben. Das hätte beinahe Menschenleben gekostet, als ein Mann mit Sturmgewehr dort auftauchte, um die Kinder zu befreien.

    Rotkäppchen und der böse Wolf

    In den Nachkriegsjahren gab es nicht die Echokammern des Internets, wohl aber die Skandalpresse, der sich James Ellroy in L.A. Confidential widmet (verfilmt von Curtis Hanson, einem großen Fan von In a Lonely Place). Wer sich seine Meinung durch die Lektüre der einschlägigen Blätter bildete (oder bestätigen ließ) musste den Eindruck gewinnen, dass zwischen einer liberalen Gesinnung, Sex und Mord ein Zusammenhang bestand. Die Szene, in der Dix Steele im Büro von Captain Lochner sitzt und sich die Tatortphotos mit der toten Mildred Atkinson ansieht, könnte aus den Klatschspalten oder von den Detektivmagazinen der Zeit übernommen sein.

    Hollywood war schon immer der perfekte Schauplatz für Geschichten gewesen, in denen das Rotkäppchen auf den bösen Wolf trifft. Besonders böse Wölfe waren mit Roosevelts New Deal sympathisierende Filmkünstler wie Orson Welles, dem eine sexuelle Beziehung zu Elisabeth Short und damit eine Verwicklung in den Black-Dahlia-Fall angedichtet wurde. Außer seiner politischen Überzeugung und seinem Ruf als Ladykiller wurde als belastendes Indiz gewertet, dass er bei Veranstaltungen zur Truppenbetreuung mit einer Zaubernummer aufgetreten war, in der er Marlene Dietrich in der Mitte durchgeschnitten hatte (so wie der Mörder den Körper von Elizabeth Short).

    Orson Welles mit Marlene Dietrich

    Welles setzte sich, verfolgt von allerlei Gerüchten, nach Europa ab. John Huston tat es ihm gleich. Als Vizepräsident der Gewerkschaft der Filmregisseure hatte er die Gründung des Committee for the First Amendment initiiert, jener Vereinigung liberaler Filmkünstler (mit Humphrey Bogart und Lauren Bacall als prominenten Mitgliedern), die den vom Kongressausschuss zur Untersuchung unamerikanischer Aktivitäten vorgeladenen Kollegen Beistand leisten wollte. Ob Zufall oder nicht: Bald danach spekulierten einige Revolverblätter darüber, was er mit Elizabeth Short zu tun haben könnte.

    Hustons Name geisterte Jahrzehnte später noch einmal in Verbindung mit der „Schwarzen Dahlie“ durch die Medien, als der Ex-Polizist Steve Hodel in Black Dahlia Avenger seinen eigenen Vater als den mutmaßlichen Mörder von Elizabeth Short identifizierte. Hodel senior, so der Sohn, verband bei seinen Taten die Kunst mit bizarren Sexualpraktiken und heiratete die frühere Frau von John Huston, der von seinen Aktivitäten wusste oder vielleicht auch nicht. Huston sagte, dass man als Regisseur ein Sadist sein müsse und hatte bei einem Autounfall einen Menschen getötet. Was will man mehr?

    Das liberale Hollywood drehte den Spieß um. Das bevorzugte Genre, mit dessen Hilfe man Kritik am McCarthyismus übte, war der Kriminalfilm. Dort konnte man Vertreter einer übergriffigen, das Recht beugenden oder brechenden Staatsmacht auftreten lassen wie den in fremde Wohnungen eindringenden Polizisten in Joseph Loseys The Prowler oder Captain Lochner, den Vorgesetzten von Brub Nicolai. Verglichen mit dem Duo McCarthy/Cohn ist Lochner ein Lehrling. Weniger bedrohlich macht ihn das nicht. Ray hatte ein feines Gespür für gesellschaftliche Entwicklungen. An Lochner zeigt sich, wo die Reise hingehen sollte.

    Der Polizist hat keine Skrupel, Dix Steele durch dessen Freund Brub ausspionieren zu lassen. Pikant ist die Besetzung. Als Brub Nicolai ist Frank Lovejoy zu sehen, der anschließend die Hauptrolle in Cy Endfields Try and Get Me! spielte, einem der besten Anti-McCarthy-Filme, und dann in I Was A Communist for the F.B.I. die KP infiltrierte, um die Kommunisten als Rassisten und willige Werkzeuge einer fremden Macht zu entlarven und vor dem HUAC gegen sie auszusagen.

    In a Lonely Place

    Lovejoys Rolle bei Ray wirkt wie der vorweggenommene Kommentar zu diesen beiden einander diametral entgegengesetzten Filmen, die er nach In a Lonely Place drehte. Brub Nicolai lehnt Lochners Methoden ab und ist von Dix’ Unschuld überzeugt. Mitmachen tut er trotzdem. Alles, was Lochner ihm aufträgt, führt er brav aus. Einmal ruft Brub bei Dix an, um ihn zum Abendessen einzuladen. Er sitzt dabei auf Lochners Stuhl. Dix sagt zu. Brub legt den Hörer auf und Ray schneidet auf seinen Vorgesetzten, den wir bisher nicht gesehen haben. „Gut“, sagt Lochner.

    Brub soll seinen Freund aushorchen und dann Bericht erstatten. Ray demonstriert da, wie man durch unspektakulär inszenierte, scheinbar alltägliche Szenen (ein Mann lädt seinen Freund zum Essen ein) ein unangenehmes Gruseln erzeugen kann. Zum Glück kennt er auch ein Gegenmittel. Was tut man also als Figur in einem Film von Nicholas Ray, um eine virtuelle Firewall gegen Rufmord und Schnüffelei zu errichten? Man lässt Blicke sprechen. Wie das funktioniert erfahren die werten Leser im dritten Teil:

    Unsittliche Verhältnisse, schwarze Nachbarn in der Pianobar und der lange Weg ins Schlafzimmer
    https://www.heise.de/tp/features/Unsittliche-Verhaeltnisse-schwarze-Nachbarn-in-der-Pianobar-und-der-lange-Weg-

    09. Juli 2017 Hans Schmid

    An einem einsamen Ort, Teil 3

    Sehen eines guten Films ist wie Huckleberry Finns Reise auf dem Mississippi im Roman von Mark Twain. Man lässt sich mit der Strömung treiben, bleibt unterwegs auch mal an einem Hindernis hängen oder legt an einer guten Stelle an und lässt sich davon überraschen, was es da zu entdecken gibt. Heute werden wir einem zum Vizepräsidenten aufgestiegenen Radiomoderator begegnen; einem Kinderpsychologen, zu dem Gott gesprochen hat; einem Senator, der Anton Tschechow für Stalins Agenten hält; und einer Hitchcock-Blondine, die keinen BH anhat.

    Weitere Highlights: Laurel Gray macht eine Aussage. Humphrey Bogart ist kein Kommunist und gibt als Dixon Steele Regieanweisungen beim Frauenwürgen. Gloria Grahame unterschreibt einen Knebelvertrag, weil sonst am Ende noch Hillary Clinton bestimmt, mit wem das eigene Kind aufs Klo geht und was es da zu sehen kriegt. Frank Sinatra singt ein zensuriertes Lied dazu und streicht Sammy Davis Jr. von der Gästeliste für John F. Kennedys Inaugurationsfeier, weil sein Freund schon wieder mit der falschen Frau verheiratet ist.

    Auf unserem Floß ist Sammy genauso willkommen wie Hucks Freund Jim und Hadda Brooks, die Königin des Boogie, denn ohne diese drei wäre die amerikanische Kultur- und Seelenlandschaft, durch die uns die Reise führt, viel ärmer.

    Kein Kaffee mehr

    Laurel Gray sitzt in Captain Lochners Büro, um eine Aussage zu machen. Solche Szenen gehören zum Standardrepertoire des Kriminalfilms und sind meistens ziemlich langweilig, weil man sie schon tausendmal gesehen hat. Bei Ray wird daraus ein spannendes Minidrama. Es geht damit los, dass Laurel auf Lochners Schreibtisch einen Kaffeebecher entdeckt, in die Hand nimmt und einen Blick hinein wirft (ein Inszenierungseinfall des Regisseurs). Der Becher ist fast leer. Andrew Solt, der dem Zauber Hollywoods verfallene Drehbuchautor von In a Lonely Place, fand das unmöglich, weil nicht damenhaft: „Das ist falsch. So etwas tut ein richtiges Flittchen, sie aber nicht.“

    In a Lonely Place

    Solt hat schon recht. Damenhafte Zurückhaltung geht anders. Ray war daran auch nicht gelegen. „Je einfacher, direkter, ehrlicher, desto besser für das Erschaffen von Laurel, aus Fleisch und Blut“, notierte er in seinem Drehbuchexemplar. Laurel ist eine Frau, die weiß, was sie will und daraus kein Geheimnis macht. Es ist früher Morgen, sie wurde von der Polizei aus dem Bett geholt, jetzt möchte sie eine Tasse Kaffee. Lochner, der gern moralisiert und bestimmt, was richtiges Benehmen ist, bringt das in die Defensive. Er hat ihr keinen Kaffee angeboten und muss sich nun entschuldigen, weil nichts mehr da ist.

    Das Undamenhafte rückt Laurel näher an Dix Steele heran, der so wenig ein Gentleman ist wie sie eine Lady (oder was man sich in den spießigen 1950ern darunter vorstellte). Zugleich entfernt es sie von Lochner, dem Hüter des Gesetzes und der bürgerlichen Sekundärtugenden. Für Lochner ist Dix der Hauptverdächtige, weil er seine Drehbücher in seiner Wohnung schreibt und nicht in einem Büro, keine geregelten Arbeitszeiten hat, Frauen spätnachts mit nach Hause nimmt und kühl und gefasst auf die Nachricht von Mildreds Ermordung reagiert, statt sich auf eine klischeehafte Weise betroffen zu zeigen.

    Der wahre Täter wirkt auf den Chef der Mordkommission unverdächtig, weil er einer geregelten Arbeit nachgeht, als unverheirateter Mann noch bei seinen Eltern wohnt und den trauernden Hinterbliebenen spielt, wenn seine Verlobte im Straßengraben gefunden wird, wo er sie selbst hingeworfen hat. Im Rahmen von Lochners Welterklärungsmodell ist Dix Steele aufgrund seines unbürgerlichen Lebensstils und seines nonkonformistischen Verhaltens der logische Verdächtige. Ray lässt kein gutes Haar an diesem Polizisten, der sich von Vorurteilen die Sicht verstellen lässt. Die Bösewichte sind nicht immer die Männer mit dem Schaum vorm Mund.

    In a Lonely Place

    „Tut mir leid“, sagt Lochner, „kein Kaffee mehr“. Er und Laurel blicken sich an. Dix sitzt hinter Laurel. Sie beginnt mit ihrer Aussage und erfährt, dass Mildred Atkinson zwischen ein und zwei Uhr nachts ermordet wurde. Dix hat sie als Alibizeugin angegeben und hofft, dass sie gesehen hat, wie Mildred froh und munter sein Apartment verließ. Lochner hofft, dass das Alibi des Verdächtigen seiner Befragung nicht standhalten wird. Er hat verloren, als Laurel sich zu Dix umdreht. Sie mustert Steeles Gesicht, nimmt Blickkontakt zu ihm auf. Das weitere Verhör über wird dieser Kontakt Bestand haben. Blicke etablieren bei Nicholas Ray Loyalitäten.

    In Rays Inszenierung ist Laurel eine Frau, die sich zwischen zwei Männern und ihren Geschichten entscheiden muss. Ist Dix unschuldig oder, wie Lochner denkt, der Mörder? Ray liebte solche Dialogsituationen mit drei oder mehr Personen (Brub sitzt als stummer Beobachter mit dabei). Sie eröffneten ihm die Möglichkeit, die Geschichte in Bildern zu erzählen, während geredet wird. Laurel entscheidet sich für Dix, weil ihr sein Gesicht gefällt. Wenn sie sich zu ihm umdreht befindet sich Lochner in ihrem Rücken. Den Polizisten zwingt das, seinen Platz zu verlassen, um den Schreibtisch herumzugehen und sich in Laurels Blickrichtung zu setzen.

    In a Lonely Place

    Von seinem neuen Platz aus versucht er, das durch Blicke geknüpfte Band der Loyalität zwischen Dix und Laurel zu zerreißen. Das misslingt schon deshalb, weil Ray den Stuhl für Lochner so hingestellt hat, dass der Polizist nun seitlich hinter Dix sitzt. Inszenieren heißt, Schauspieler und Requisiten so zueinander in Bezug zu setzen, dass sich eine sinnvoll in die Handlung integrierte Botschaft daraus ergibt. Ray hat sich für eine Schuss-Gegenschuss-Montage entschieden, in der Dix und Laurel durch das eyeline match (die durch den Schnitt erzeugte Illusion, dass sie sich anschauen) verbunden sind.

    In a Lonely Place

    Lochner sitzt mit dabei, hat die Kontrolle verloren, wird durch die Inszenierung in seinem eigenen Büro zum Außenseiter. Er stellt seine Fragen, ohne etwas ausrichten zu können. Der Blickkontakt zwischen Laurel und Dix hält. Sie gibt Dix das erforderliche Alibi. Laurel hat gesehen, wie Mildred sein Apartment verließ. Lochner muss den Verdächtigen gehen lassen. Für Dix und Laurel ist das der Beginn einer Liebesbeziehung, die hält, solange sich die beiden in die Augen schauen können. Sie zerbricht, wenn sie dazu nicht mehr in der Lage sind. In a Lonely Place ist auch ein Film über die zersetzende Wirkung des Verdachts. Denn Lochner gibt nicht so einfach auf.

    I Hadn’t Anyone Till You

    Ob mit Joe McCarthy und Roy Cohn oder ohne sie: Eine Spezialität der McCarthyisten war es, Elemente aus den Lebenslauf einer Person herauszugreifen und diese so hinzudrehen, dass sie den Verdacht zu bestätigen schienen, sie gehörten zur Fünften Kolonne Moskaus. Im Falle von Dix Steele geht es (vordergründig) nicht um Politik, sondern um einen Hang zur Gewalt, weil ihm nicht kommunistische Subversion vorgeworfen wird, sondern ein Mord. Drei Wochen nach dem Tod von Mildred Atkinson lässt Lochner Laurel zu sich kommen, um ihr das belastende Material zu zeigen, das er gegen Dix gesammelt hat: „Prügeleien, Skandale, Zerstörung. Das alles läuft auf dasselbe hinaus - auf einen unberechenbaren, gewalttätigen Menschen.“

    In a Lonely Place

    Laurel glaubt nicht, dass die Informationen in einer Polizeiakte Dix zum Mörder machen, aber Zweifel an seiner Unschuld sind geweckt. Lochners Insistieren hinterlässt bei Laurel genauso Spuren wie bei Dix. Einmal sitzen die beiden mit anderen Gästen am Flügel einer Pianobar. Der Klavierdeckel dient zum Abstellen der Gläser. Die Jazzpianistin Hadda Brooks (https://www.theguardian.com/news/2003/feb/04/guardianobituaries.artsobituaries), die „Königin des Boogie“, singt einen Blues: I Hadn’t Anyone Till You (https://www.youtube.com/watch?v=xpPoBroNGdM

    ). Ray erlaubt sich eine schöne, für einen 1949 gedrehten Film geradezu revolutionäre Geste, die man erst richtig würdigen kann, wenn man weiß, dass die gewichtigste Währung des Hollywoodkinos die Einstellungsgröße war.

    In a Lonely Place

    Das Grundprinzip ist simpel. Umso größer der Star, desto näher kommt die Kamera und desto länger verweilt sie. Ray spendiert Hadda Brooks drei Nahaufnahmen. Eine davon dauert sehr lange 25 Sekunden. Damit begeht Ray einen doppelten Regelverstoß, weil er durch die Wahl der Einstellungsgröße nicht nur eine Nebendarstellerin in den Kreis der Privilegierten holt, sondern eine Afroamerikanerin. Schwarze wurden damals mit dienenden Rollen abgespeist und hatten keine Einstellung für sich allein zu beanspruchen, mit weißen Statisten im Hintergrund.

    Bei der Kinoauswertung im Jahre 1950 müsste das viel stärker gewirkt haben als heute. Inzwischen haben sich die mit Weltanschauung und Ideologie verbundenen Sehgewohnheiten geändert und die Nahaufnahmen fallen nicht mehr so auf. Wir wollen hoffen, dass es so bleibt. Für die „Let’s Make America White Again“-Anhänger sei angemerkt, dass Hadda Brooks’ Biographie als Beleg für die Legitimität der Präsidentschaft des 1961 in Honolulu geborenen Barack Obama dienen kann. Hadda sang 1959 bei der Feier zur Aufnahme von Hawaii in die Vereinigten Staaten von Amerika. Obama kam doch in den USA zur Welt, auch wenn sein Nachfolger jahrelang etwas anderes insinuierte.

    Paranoia

    An Hadda Brooks’ Klavier sehen wir das Glück eines frisch verliebten Paares. Dix zündet für sich und Laurel eine Zigarette an, die beiden strahlen sich an und flüstern sich ins Ohr. In einer Schuss-Gegenschuss-Montage singt die Pianistin die das Glück des Paares kommentierende Ballade dazu: „I used to lie awake/And wonder/If there could ever be/Someone in this wide, wide world/Just made for me/Now I see/I had to save my love/For you.“ Dann schlägt der Moment der gelassenen Heiterkeit urplötzlich in sein Gegenteil um. Ray hat dafür eine für Hollywood-Verhältnisse bizarre Großaufnahme gewählt.

    In a Lonely Place

    Die Einstellung löst Laurel und Dix aus ihrer Umgebung heraus als gäbe es nur noch diese beiden in der weiten, weiten Welt, die durch ihre Liebe von einem einsamen zu einem heimeligen Ort der Geborgenheit geworden ist. „Fehlt dir etwas zum Glücklichsein?“, fragt Dix. Laurel flüstert ihm ins Ohr: „Ich will keinen außer dir.“ Dann spannt sich ihr Körper an, sie hebt den Kopf und blickt ins Off. „Was macht er hier?“, fragt sie. Dix dreht sich um, sein Blick folgt dem Laurels und er sieht Barton, einen Detektiv aus der Abteilung von Captain Lochner. Der Moment des unbeschwerten Glücks ist vorbei.

    In a Lonely Place

    Bis zu diesem Augenblick gab es ein unsichtbares Band zwischen dem verliebten Paar, der Sängerin und ihrem Lied. Jetzt drückt Dix so heftig seine Zigarette aus, dass die Sängerin erschrickt. Dix und Laurel verlassen das Lokal. Am Eingang müssen sie an Barton vorbei, Dix macht eine sarkastische Bemerkung: „Wir haben Ihnen schon mal zwei Plätze angewärmt. Von hier aus gehen wir ins ‚Paul’s’. Ich tue gern alles, um Ihnen die Arbeit zu erleichtern.“ Das ist wieder eine dieser vielschichtigen Szenen, die den Film so wirkungsvoll machen. „Greifbar gemachter Verdacht“, schrieb Ray in sein Drehbuchexemplar.

    In a Lonely Place

    Einerseits ist Dix paranoid. Barton spioniert ihm nicht nach, er und seine Frau wollten den Abend zufällig in derselben Pianobar verbringen. Andererseits war Laurel in der Szene davor im Büro von Captain Lochner, der versuchte, sie von Dix’ Schuld zu überzeugen. Dix ist noch immer der Hauptverdächtige, die Polizei ermittelt weiter gegen ihn, wovon Dix aber nichts weiß, weil Laurel ihm nichts davon gesagt hat, um ihn nicht aufzuregen. Man könnte sagen, dass sie Dix damit hintergeht, und genau so wird Dix es empfinden, wenn es herauskommt. Einstweilen verlässt er das Lokal als der unbeherrschte Mensch, den Lochner in seinem Szenario braucht.

    Aber ist er deshalb auch der Mörder von Mildred Atkinson? Und welche Rolle spielt die Polizei dabei? Wie verändert sich Dix’ Verhalten unter dem Druck, den Lochner auf ihn und Laurel ausübt? In Hollywood ging jedenfalls die Angst um, als Ray den Film drehte. Man wusste nicht mehr genau, wem man trauen konnte und wem nicht. In den zwei Jahren seit den ersten Anhörungen, schreibt Eisenschitz in seiner Ray-Biographie, „hatte kein anderer Film die Atmosphäre so präzise eingefangen. Vielleicht ist das der Grund dafür, dass In a Lonely Place von Filmemachern wie Abraham Polonsky, Samuel Fuller oder Anthony Mann, für die der [kommerzielle] Erfolg nicht das einzige Kriterium war, so bewundert wurde.“

    Bewusstseinsmassage

    Von der Pianobar, in der Hadda Brooks weiter ihr Lied singt, bringt uns eine Überblendung in Laurels Wohnung. Laurel liegt auf einer Massagebank. Früher, als Starlet, hat sie in ein paar B-Filmen mitgespielt. Jetzt türmt sich der Körper von Martha hinter ihr auf, der massig ist und zugleich zu schweben scheint wie der Geist aus der Flasche. Die Masseuse, heißt es einmal, sei das einzige, was von Laurels Hollywoodkarriere übrig sei. Die aus Untersicht aufgenommene Szene könnte aus einem Horrorfilm sein, oder aus der Waschmittelreklame, wo das gute Lenor-Gewissen zur Hausfrau mit der kratzigen Wäsche spricht.

    In a Lonely Place

    In dieser außergewöhnlichen Szene wird Martha zur Verkörperung von Laurels Unbewusstem, oder zu einer von zwei Seelen in ihrer Brust, die miteinander im Wettstreit liegen. „Du musst an dich selber denken“, sagt Martha. „Ich bin noch nie im Leben glücklicher gewesen“, antwortet Laurel, die früher die Mätresse des Immobilientycoons Baker war. Martha ist anderer Meinung. Laurel hätte bei Mr. Baker bleiben sollen, sagt sie, in seinem Haus mit dem schönen Pool, den er extra für sie gebaut hat. Mr. Baker sei ein guter Geschäftsmann, der sie heiraten wolle und ihr Sicherheit bieten könne.

    In a Lonely Place

    „Und vergiss nicht, mein Engel, am Anfang war das Land [mit dem Mr. Baker seine Millionen macht]“, sagt Martha mit monotoner, das Hohelied auf den Materialismus ableihernder Stimme. „Der Film kam später.“ Am Anfang war das Wort, soviel ich weiß, aber in Marthas Welt, die nach Laurel die Hand ausstreckt, ist auch das zu unkonkret, weil es da weder um Kunst noch um Spiritualität geht, sondern um materielle Werte wie Bakers Grundstücke und Häuser. Im Rahmen dieser Werteordnung lässt sich auch die Tatsache gegen Dix verwenden, dass er zur Miete wohnt.

    Auslöser für das Streitgespräch zwischen Laurel und Martha (in Laurels Unbewusstem) ist der Verdacht, der um sich greift, weil Captain Lochner, als Polizist der natürliche Verbündete der Hausbesitzer, Zweifel an Dix’ Unschuld sät. „Sie wissen immer noch nicht, wer diese Garderobiere getötet hat“, sagt Martha. Inzwischen sehen wir sie und Laurel von der Seite. Die Masseuse wirkt konkreter als in der vorherigen Einstellung, und wie die weibliche Version eines Schlägers, der andere einschüchtert und ihnen droht. Marthas Sicht der Dinge ist dabei, die Oberhand zu gewinnen.

    Früher habe sie sich auch um die Schauspielerin Frances Randolph gekümmert, sagt Martha, die mit Mr. Steele liiert gewesen sei, bis dieser sie verprügelt und ihr die Nase gebrochen habe. Wo der Promiklatsch aufhört und die Wahrheit anfängt bleibt ebenso offen wie die Frage, was mit „kümmern“ genau gemeint ist. Hat Martha Frances’ Körper massiert oder ihr Bewusstsein, und wie ist das mit Laurel? „Eines Tages wirst du noch herausfinden“, sagt Martha, „was dein Freund für einer ist. Ich hoffe nur, dass es dann nicht zu spät ist.“ Die Atmosphäre ist jetzt schon so bedrückend, dass es schlimmer kaum mehr sein kann.

    Wütendes Eichhörnchen

    Die nächste Eskalationsstufe folgt sofort. Nachdem Martha Laurel den Verdacht gegen Dix einmassiert hat treffen sich die beiden mit Brub Nicolai und seiner Frau Sylvia zu einem abendlichen Picknick am Strand. Dix und Laurel genießen wieder ihr - nun schon überschattetes - Glück (man beachte die dunklen Wolken im Hintergrund), bis Sylvia sich verplappert und ausplaudert, dass Brub Laurel noch einmal zu Lochner gebracht hat. Dix wusste davon nichts, fühlt sich von Laurel, die ihn schonen wollte, belogen und verraten. Brub hält er für einen Heuchler, der seinen Freund spielt, um ihm einen Mord anhängen zu können, den er nicht begangen hat.

    In a Lonely Place

    Das Picknick hat sich erledigt. Dix rast wie von Sinnen zurück in die Stadt, mit Laurel auf dem Beifahrersitz. An einer Kreuzung kommt ein Auto. Dix kann den Zusammenstoß gerade noch verhindern. Der andere Fahrer ist vor Wut ganz außer sich, weil der Lack seines Wagens ein paar Kratzer abbekommen hat. Er beschimpft Dix als „blind knuckle-headed squirrrel“, was man mit „blinder Armleuchter und Spinner“ übersetzen könnte (das Wort squirrel/Eichkätzchen kann auch einen Exzentriker bezeichnen).

    In a Lonely Place

    Das ist der Funke, der Dix explodieren lässt. Er prügelt auf den Mann ein, hat keine Kontrolle mehr über sich. Laurel erlebt zum ersten Mal einen seiner Wutausbrüche mit, statt nur davon zu hören. Dix hat schon einen Stein in der Hand, als sie laut schreit, dass er den Mann gleich töten wird. Das bringt ihn zur Besinnung. Die beiden setzen die Fahrt in langsamerem Tempo fort, während sich Dix’ Kontrahent den Kopf reibt. Laurel trägt dieselbe karierte Jacke wie in der Szene im Polizeirevier, in der sich durch Blickkontakt ein starkes Band zwischen ihr und Dix bildete.

    In a Lonely Place

    Solange sie sich in die Augen schauen können ist ihre Beziehung stabil, ihre Liebe intakt. Nach dem Streit am Strand und Dix’ Prügelei mit dem Autofahrer sitzen sie nebeneinander, die Blicke geradeaus gerichtet. Die Beziehung steuert auf eine Krise zu. Laurel hat begonnen, an Dix’ geistiger Gesundheit zu zweifeln und wird von nun an immer häufiger seinem Blick ausweichen. Dix versucht, mit der Situation umzugehen, indem er eine Verbindung zu seinem Metier herstellt, dem Filmemachen. Das tut er dauernd, weil er sich auf diesem Gebiet auskennt und hofft, eine Wirklichkeit, die in eine filmische Form gebracht ist, besser kontrollieren zu können.

    In a Lonely Place

    Dem Verdacht, ein Frauenmörder zu sein, begegnet er mit dem Hinweis, dass er Mildred Atkinson niemals aus einem fahrenden Auto geworfen hätte wie Zigarettenkippen, weil das seinem „künstlerischen Temperament“ widerspreche (eine tote Frau muss eine schöne Leiche abgeben, also ästhetisch ansprechend sein). Die erste Liebeserklärung, die er Laurel macht, ist wie ein Dialog aus einem seiner Drehbücher: „Als Sie auf dem Polizeirevier hereinkamen sagte ich zu mir: ‚Da ist sie. Die eine, die anders ist. Sie ist nicht kokett oder süß oder abgeschmackt. Sie ist ein guter Kumpel. Ich bin froh, dass sie auf meiner Seite ist. Sie sagt, was sie denkt und sie weiß, was sie will.’“

    Mit Ausnahme des guten Kumpels, der sagt, was er denkt, weiß, was er will und dazu noch die Erotik einer Gloria Grahame ausstrahlt, listet Dix die Frauentypen auf, die man aus Filmen zur Genüge kennt. Man könnte sich eine Szene in der Casting-Agentur vorstellen. Ich habe eine Rolle für den eher schüchternen und etwas koketten Typ, sagt der Regisseur. Der Agent schaut in der Kartei nach, wer dafür in Frage kommt. In der Übersetzung gehen die drei „cs“ verloren. „She’s not coy or cute or corny“, sagt Dix im Original und genießt die Alliteration. Ein Dialog soll auch gut klingen.

    Nach ihrem ersten Streit, im Auto, tauschen Laurel und Dix die Plätze. Laurel fährt und Dix zitiert einen Dialog für sein Drehbuch, der ihm durch den Kopf geht und ein Gedicht sein könnte: „I was born when she kissed me/I died when she left me/I lived a few weeks/While she loved me.“ "Ein Abschiedsgruß?", fragt Laurel. „Ich weiß nicht“, antwortet Dix. „Vielleicht. Wiederhol es für mich. Lass mich hören, wie es klingt.“ Ist das eine Art Screentest? Überlegt Dix, ob es im Drehbuch eine Rolle gibt, die ein Neustart für Laurels ins Stocken geratene Karriere sein könnte?

    In a Lonely Place

    Oder will er die Frau an seiner Seite, in die er sich verliebt hat, weil sie ihren eigenen Kopf hat, in eine Filmfigur verwandeln, über die er Macht ausübt, weil er der Autor ist? In dem Film, den Nicholas Ray gedreht hat, ist es immer beides und noch mehr. Dieser Film weiß längst, dass es sich bei dem Vierzeiler um einen Abschiedsgruß handelt. Das gewalttätige Verhalten, das Laurel zum ersten Mal selbst miterlebt hat, wird die Liebe der beiden zerstören. Darum wird jetzt auf die Zeitung des folgenden Tages überblendet. Aufmacher ist ein Vorfall im Straßenverkehr, bei dem ein unbekannter Angreifer John Mason, einem Footballstar der UCLA, ein blaues Auge verpasst hat.

    In a Lonely Place

    Wann schreit eine Frau um Hilfe?

    Man kann Dix nicht vorwerfen, dass er sich nur an Schwächeren abreagiert. Humor hat er auch. Als „Joe Squirrel“ schickt er Mason 300 Dollar (200 für den Kratzer im Lack, 100 für das Veilchen), weil er wieder einmal bereut, was er getan hat. Er macht es nicht unter falschem Namen, weil er Angst vor Strafverfolgung hat, sondern weil das ein Teil seines komplexen Charakters ist. Dix ist ein extrem sensibler Mensch, der in der Öffentlichkeit den tough guy spielt wie Bogart in seinen Gangster- und Detektivfilmen, statt Leute wie den moralisierenden und selbstgerechten Captain Lochner hinter seine Fassade blicken zu lassen.

    In a Lonely Place

    Statt aus Drehbüchern zitiert Lochner aus Polizeiakten: „Nächster Punkt. 22. Juni, 23 Uhr. Frances Randolph schreit um Hilfe. Gibt an, dass Steele sie verprügelt hat. Streitet dann ab, ihn beschuldigt zu haben. Behauptet, gegen eine Tür gelaufen und sich so die Nase gebrochen zu haben.“ Stimmt demnach das von der Masseuse verbreitete Gerücht? Hat Dix seine frühere Freundin verprügelt und ihr ins Gesicht geschlagen? Wahrscheinlich schon. Allerdings ist das nicht nur ein Auszug aus der Wirklichkeit, sondern auch ein melodramatisches Versatzstück, bekannt aus allzu vielen Filmen.

    In a Lonely Place

    Eine Frau ruft um Hilfe. Wenn die Polizei kommt streitet sie ab, Opfer häuslicher Gewalt geworden zu sein - aus Angst vor dem Schläger, oder weil geprügelte Frauen oft in Abhängigkeit von ihren Peinigern geraten. Mag sein, dass Nick Ray seine Noch-Ehefrau Gloria Grahame nicht zuletzt deshalb als Laurel Gray besetzen wollte, weil sie auf die Rolle der auf eine beunruhigende Weise masochistischen, durch die Begegnung mit brutalen Männern angeschlagenen Sexbombe festgelegt war. Das half ihm dabei, eine ungleich subtilere Form der Anziehungskraft freizulegen und sich den Hauptfiguren so sehr zu nähern, dass es schmerzt.

    Andererseits kontrastiert Ray Lochners Polizeiakte mit der Szene, in der Mildred Atkinson, das zukünftige Mordopfer, für Dix den Inhalt von Althea Bruce nacherzählt und laut „Hilfe! Hilfe!“ schreit wie die Heldin im Roman. Dix erschrickt und bittet Mildred, leiser zu sein, der Nachbarn wegen. Denkt er dabei daran, was ihm mit Fran widerfahren ist, der Schauspielerin mit der gebrochenen Nase? Ist das der Versuch des Regisseurs, die männliche Gewalt gegen Frauen, die auch die seine war (in der Ehe mit Gloria), zu relativieren, wird sie so zum Missverständnis erklärt (alles nur gespielt)? Dem Film wird man damit nicht gerecht.

    In a Lonely Place

    Ray will nichts beschönigen. Er warnt vielmehr davor, uns zu sehr an der Oberfläche zu orientieren und an dem, was offensichtlich zu sein scheint, weil es so gut zu einer vorher gefassten Meinung passt. Am Grund für Mildreds „Hilfe! Hilfe!“ gibt es keinen Zweifel. Wir sind dabei, wenn sie sich mit der Romanheldin identifiziert und für sie das Schreien übernimmt. Man braucht aber nicht viel Phantasie, um sich vorzustellen, was Lochner daraus machen würde, gestützt durch seine Akten. Die Hilferufe würden dann zum Beweis für einen Mord, den Dix nicht begangen hat, auch wenn er Fran (vermutlich) die Nase gebrochen hat.

    Schwarze und weiße Hüte

    Vor dem Hintergrund des McCarthyismus hat das eine eminent politische Dimension. In Hollywood erfuhr man damals, wie schnell aus einem Verdacht und ein paar Indizien die Zerstörung der bürgerlichen Existenz werden konnte. Auf der Schwarzen Liste der Hexenjäger landeten Mitglieder der Kommunistischen Partei, Filmkünstler, die es früher mal gewesen waren, Anhänger der Politik von Roosevelt, auch Menschen, deren Lebensstil jemandem nicht gefiel wie der von Dixon Steele dem Chef der Mordkommission. Sogar Opfer einer Namensverwechslung waren dabei. Wehren konnten sie sich meistens nicht, weil die Anschuldigungen im Nebulösen blieben.

    Selbstverständlich gab es in den USA des Kalten Krieges (so wie vorher und auch nachher) Kommunisten, kommunistische Spione und Subversive, die das Land gern in eine englischsprachige Sowjetunion verwandelt hätten. Etwas anderes anzunehmen wäre naiv und weltfremd. Aber das vereinfachende Schwarz-Weiß-Denken der Hexenjäger war seinem Wesen nach populistisch. Nach allem, was man heute weiß (und damals schon wissen konnte), wurde die Wirklichkeit von den Grautönen dominiert, in denen Rays Kameramann Burnett Guffey die Welt von In a Lonely Place einfängt.

    Der Film ist so irritierend, weil er sich nicht an die Regeln hält. In Hollywood mag man klare Verhältnisse. Das Publikum soll nicht überfordert werden und hinterher auch nicht schlecht schlafen, damit es wiederkommt. Wäre In a Lonely Place ein durchschnittliches Produkt der Unterhaltungsindustrie, würde der Film am Schluss eine scharfe Grenze zwischen Gut und Böse ziehen. Dixon Steele wäre schuldig oder unschuldig, ein brutaler Mörder oder nicht. Für einen Anti-McCarthy-Film könnte das nur bedeuten, dass sich am Ende die Unschuld des von der Polizei verfolgten Helden herausstellt.

    Ray war das zu einfach, weil die Wirklichkeit komplizierter war. Den Mord an Mildred begeht ihr spießiger Verlobter, und Dix ist trotzdem nicht die verfolgte Unschuld, weil er andere Leute schlägt. Der wahre Täter hat zwei Kurzauftritte, und dann erfährt man noch, dass er versucht hat, sich umzubringen. Der Film interessiert sich so wenig für die Frage nach dem Mörder, weil es schlicht nicht sein Thema ist. Das hat den - durchaus gewünschten - Nebeneffekt, dass der Ermittler und seine Methoden stärker in den Fokus geraten. Heiligt der Zweck die von Lochner angewendeten Methoden? Auf keinen Fall, sagt der Film.

    Die Resultate sind desaströs. Während die Polizei dem Falschen nachstellt muss der Mörder - ein Drehbucheinfall voll bitterböser Ironie - einen Suizidversuch unternehmen, um darauf hinzuweisen, dass er auch noch da ist. Dix’ Freundschaft mit Brub, der ihn für Lochner ausspioniert hat, ist kaputt. Dix’ Beziehung mit Laurel geht in die Brüche. Daran ist Lochner nicht allein schuld, weil man immer Leute braucht, die mitmachen, doch er trägt sein Teil dazu bei.

    Mich erinnert Lochner an Fred McCarty (der „Tarnung“ wegen ohne h), den falschen Sheriff in Allan Dwans Silver Lode (1954), der in die Stadt geritten kommt und einen von den Bürgern beschuldigt, dass er ein Mörder ist. Den besten Anti-McCarthy-Western drehte Ray 1954 selbst. In Johnny Guitar werden Joan Crawford und Sterling Hayden von einem Lynchmob gejagt, der die eigenen Interessen mit denen des Gemeinwesens verwechselt und ganz in Schwarz durch die Gegend reitet, weil die Jäger eine manichäische Weltsicht pflegen. Das ist Rays ironische Verbeugung vor den Western der Anfangszeit, als die Guten noch weiße und die Bösen schwarze Hüte trugen, damit das Publikum gleich wusste, woran es war.

    Johnny Guitar

    Wie kompliziert die Wirklichkeit mitunter ist erfuhr dagegen Humphrey Bogart. Im Oktober 1947 flogen er, Lauren Bacall, John Huston, Sterling Hayden und andere Mitglieder des Committee for the First Amendment nach Washington, um gegen die Anhörungen des Ausschusses zur Untersuchung unamerikanischer Aktivitäten zu demonstrieren. Die Aktion erwies sich als Schlag ins Wasser, weil herauskam, dass sich unter den vorgeladenen „Hollywood Ten“ nicht nur liberale Roosevelt-Anhänger befanden, sondern auch KP-Mitglieder.

    Committee for the First Amendment

    Sterling Hayden musste zugeben, ebenfalls Mitglied der Kommunistischen Partei gewesen zu sein, nannte schließlich die Namen ehemaliger Parteigenossen, um nicht weiter auf der Schwarzen Liste geführt zu werden und verarbeitete seine Schuldgefühle in einem sehr guten Buch, Wanderer, das nicht nur von seiner Leidenschaft für das Segeln und das Meer erzählt. Die Denunziation gehörte zum Ritual, mit dem ein reuiger Sünder seine Läuterung bewies. Wer keine Namen nennen konnte, dem wurden welche vorgeschlagen. Wichtig war das Bekenntnis, mal öffentlich und mal in geheimer Sitzung abgelegt.

    Diese entwürdigenden Rituale, und die Folgen für die Beteiligten, interessieren heutige Revisionisten sehr viel weniger als die Suche nach Beweisen dafür, dass es doch eine Verschwörung massiven Ausmaßes gab und dass Joseph McCarthy demnach richtig handelte und seinerseits das Opfer einer von Moskau initiierten Rufmordkampagne wurde. Nur die Frage, ob Stalin 205 kommunistische Unterwanderer ins Außenministerium geschleust hatte, 57, 81 oder vielleicht die Quersumme aus allen von McCarthy genannten Zahlen, bleibt trotz neuester Erkenntnisse der Historiker weiter unbeantwortet.

    Roosevelt und andere Subversive

    Bogart teilte nach der Demo in Washington mit, wie sehr er sich darüber ärgere, dass ihn die Kommunisten belogen und zum nützlichen Idioten gemacht hätten. In der Zeitschrift Photoplay erschien ein Artikel, „I’m no Communist“ , den er wohl schrieb, um seine Karriere zu retten, und auch auf Druck der Warner Bros., bei denen er noch unter Vertrag stand und die ihren größten Star nicht verlieren wollten. Man darf es als einen Akt des Widerstands werten, wenn er mit seiner eigenen Firma, der Santana Pictures, In a Lonely Place produzierte, mit Nicholas Ray als Regisseur und mit Art Smith als Darsteller von Mel Lippman, dem Agenten und treuen Freund von Dix Steele.

    In a Lonely Place

    Ray war per se verdächtig, weil er seine Laufbahn bei Kunstprojekten begonnen hatte, die im Rahmen des New Deal vom Staat finanziert wurden, um Arbeitslose in Lohn und Brot zu bringen und mit denen Roosevelt nach republikanischer Lesart den Kommunismus einführen wollte (mit ganz ähnlichen Argumenten bekämpfen die Republikaner jetzt Obamacare). Art Smith war eines der ersten Mitglieder des legendären Group Theatre in New York. Für diese experimentelle Bühne schrieb er in den 1930ern Agitprop-Stücke, einige davon mit Elia Kazan, dem er nach Hollywood folgte, als dieser an die Westküste übersiedelte, um A Tree Grows in Brooklyn (1945) zu drehen.

    Elia Kazan

    Nicht dank eines kommunistischen Netzwerks, sondern seiner schauspielerischen Qualitäten wegen wurde Art Smith einer der meistbeschäftigten Charakterdarsteller Hollywoods. Zusammen mit anderen ehemaligen Ensemblemitgliedern des im Ruch der kommunistischen Unterwanderung stehenden Group Theatre saß er im Führungsgremium des Actors’ Laboratory, einer Organisation, in der sich Schauspieler mit dem Ziel zusammengeschlossen hatten, ihr Wissen an junge Kollegen weiterzugeben und die Schauspielkunst zu fördern.

    Jack B. Tenney

    1947 geriet das Actor’s Lab ins Visier des republikanischen Politikers Jack B. Tenney, der im Senat des Bundesstaats Kalifornien dem dort gebildeten Ausschuss zur Untersuchung unamerikanischer Aktivitäten leitete und eigene Vorladungen an mutmaßliche kommunistische Verschwörer verschickte, weil er nicht zurückstehen wollte, wenn seine Kollegen in Washington für die Rettung der freien westlichen Welt kämpften - und nebenbei auch für die Belange der traditionellen Verbündeten der Republikanischen Partei.

    Den McCarthyismus versteht man besser, wenn man weiß, dass die Republikaner nach dem Schwarzen Freitag von 1929 viele ihrer Wähler verloren, weil sich in der großen Wirtschaftskrise der 1930er nicht mehr verbergen ließ, dass ihre für Großbanken und Konzerne gemachte Wirtschaftspolitik gescheitert war. Davon profitierten die Demokraten und die nicht zu den Besserverdienern gehörenden Amerikaner, weil Roosevelt in Ansätzen einen Sozialstaat einführte. Seitdem polemisieren die Republikaner gegen den künstlich aufgeblähten Staat, der die Freiheit des Individuums (das freie Unternehmertum) bedroht.

    Im Nachhinein wundert man sich darüber, dass Orson Welles, John Huston, Humphrey Bogart, John Garfield und Edward G. Robinson in Verdacht geraten konnten, Mitglieder einer von Moskau gesteuerten Fünften Kolonne zu sein, nachdem sie Wahlkampf für FDR gemacht und sich für die Meinungsfreiheit ausgesprochen hatten (Robinson war mit Roosevelt befreundet, was gegen ihn verwendet wurde). Aus Sicht vieler McCarthyisten war das nur logisch, weil der New Deal für sie eine verkappte Form des Kommunismus war. Vom Roosevelt-Anhänger zum Staatsfeind war es da nicht mehr weit.

    Über die Schädlichkeit des Tabaks

    Von den revisionistischen Historikern und Wahrheitssuchern aus der rechten Ecke hätte ich gern eine Information darüber, wie viele der auf eine Schwarze Liste geratenen Menschen (die Filmkünstler in Hollywood sind ein kleiner Teil davon) jüdischer Abstammung waren. Ich weiß nur, dass es sehr viele sind. Analog zu den Homosexuellen (siehe Teil 2) waren in der Logik des McCarthyismus auch die Juden für den im Verborgenen operierenden Kommunismus prädisponiert, weil sie nicht im Kaftan unterwegs waren und Assimilation eine Form der Heimlichtuerei war. Edward G. Robinson hieß mit bürgerlichem Namen Emanuel Goldenberg, John Garfield Jacob Julius Garfinkle. Schon wieder ein Beweis.

    Wer das für zu blöd hält, um es ernst zu nehmen: Senator Tenney verfasste mehrere Pamphlete über die zionistisch-kommunistische Weltverschwörung. Nicht nur von Leuten wie David Duke, dem früheren Grand Wizard des Ku Klux Klan, erhält er dafür posthumes Lob. Durch seine patriotische Arbeit in den 1940ern, lässt Duke wissen, sei Tenney zu einem der besten Kenner des zionistisch-jüdischen Netzwerks geworden. Leicht hatte es der Experte für die jüdisch-bolschewistische Weltverschwörung freilich nicht.

    Tenneys Versuch, das Actors’ Lab als kommunistische Tarnorganisation zu entlarven, endete eher kläglich, weil sich viele Künstler öffentlich mit den Vorgeladenen solidarisierten und sich der Ausschussvorsitzende durch seine Beweisführung lächerlich machte. Ein wichtiges Glied in Tenneys Indizienkette war die Tatsache, dass die Schauspieler zwei Einakter eines russischen Dramatikers einstudiert hatten. Die Stücke hießen Der Bär und Über die Schädlichkeit des Tabaks. Der Autor war Anton Tschechow.

    Mehrere in Los Angeles erscheinende Zeitungen druckten eine Annonce ab, deren Unterzeichner - 65 Künstler aus der Film- und Theaterszene - daran nichts Verwerfliches finden konnten und dazu aufforderten, Tenneys Treibjagd ein Ende zu machen. Das hatte Konsequenzen. Viele der Unterzeichner wurden von diesem oder jenem Ausschuss vorgeladen und gedrängt, Aussagen gegen einige der anderen 64 zu machen, um sich selbst zu entlasten. Art Smith und seine Mitstreiter waren ohnehin vorgemerkt, seit sie ihre Kollegen in der Filmindustrie um Unterstützung gebeten und vor Zensur gewarnt hatten, statt sich von Tenney einschüchtern zu lassen.

    Clifford Odets

    In a Lonely Place versteht man besser, wenn man weiß, was später dem kleinen Mann mit Hut und Brille widerfuhr, der immer zur Stelle ist, wenn Dix Steele einen Freund braucht. Zweieinhalb Jahre nach den Dreharbeiten wurde Art Smith von zwei früheren Weggefährten als Mitglied einer kommunistischen Zelle innerhalb des Group Theatre genannt - zuerst von Elia Kazan, dann von Clifford Odets. Die Filmkarriere von Art Smith war damit vorbei. Offenbar war er nicht bereit, sich ebenfalls freizukaufen, indem er Namen nannte oder sich entsprechende Vorschläge unterbreiten ließ.

    Das Haus, in dem Sinatra wohnt

    Senator Tenney hatte nicht mit so viel Widerstand gerechnet, als er den gesamten Vorstand des Actors’ Lab vorladen ließ und suchte sich andere Opfer. Auf seiner berüchtigten „pink list“ mit Unterstützern des Kommunismus stand beispielsweise Thomas Mann. Einer von Tenneys Lieblingsfeinden war Frank Sinatra, der regelmäßig vor Jugendlichen auftrat, um für einen Abbau der religiösen und ethnischen Diskriminierung zu werben. 1947 intensivierte der Senator seine Untersuchungen, bei welchen Organisationen Sinatra aufgetreten war und ob es Verbindungen nach Moskau geben könnte.

    Sinatra war verdächtig, seit er - meistens an der Seite von Orson Welles - Wahlkampf für Franklin D. Roosevelt gemacht hatte, der sich 1944 um eine vierte Amtszeit bewarb. Im November 1945 zog sich Sinatra den Zorn rechtschaffener weißer Patrioten zu, als er auf Einladung einer Gruppe engagierter Bürger nach Gary, Indiana reiste. Das fand landesweite Beachtung, weil Sinatra der größte Popstar der USA war. Der Anlass der Reise: Weiße Schüler der Froebel High School weigerten sich, das Gebäude zu betreten, weil nun auch schwarze Kinder am Unterricht teilnehmen durften.

    Für „The Voice“, den Schwarm aller Teenager, machten sie eine Ausnahme. Sinatra erzählte von der Diskriminierung, die er als Kind italienischer Einwanderer erfahren hatte, forderte zu Toleranz auf und sagte den Schülern, dass sie stolz auf ihre Heimatstadt sein dürften, dies jedoch nur, wenn der Schulstreik beendet werde (der Streik ging weiter, wurde aber wenigstens nicht ausgeweitet). Presseberichten zufolge herrschte betretenes Schweigen, als Sinatra The House I Live In sang, das Lied aus dem Kurzfilm mit demselben Titel, der 1945 Furore machte.

    Sinatra spielt sich in dem Film selbst und redet einer Gruppe von Kindern ins Gewissen, die einen kleinen Jungen drangsalieren, weil er Jude ist. Er fragt sie, ob sie Nazis sein oder sich von Demagogen für dumm verkaufen lassen wollen, erklärt die religiöse und ethnische Vielfalt zur besonderen Stärke der USA und singt das Lied über das Haus (Amerika), in dem er leben möchte. Am Ende nehmen die Kinder den jüdischen Jungen in ihren Kreis auf. Das gefiel nicht allen. Die Akte, die Hoovers FBI über Sinatra führte, wurde immer dicker.

    Es gab Spekulationen, ob Sinatras Mutter eine „Halbjüdin“ sein könnte und die für den aufkommenden McCarthyismus typische Kriminalisierungsstrategie. Die Skandalpresse grub eine alte Geschichte von 1938 aus (und das zugehörige Verbrecherphoto), als Sinatra festgenommen worden war, weil ihn eine junge Frau beschuldigt hatte, ihr die Ehe versprochen und sie so verführt zu haben. Unabhängig davon, ob das so gewesen war oder nicht: Den Bewahrern eines weißen und protestantischen Amerika war Sinatra ein Dorn im Auge. Weil Feindbilder austauschbar sind warfen ihm die einen vor, ein Kommunist zu sein; andere warnten davor, wie leicht ein Star wie Sinatra, der Teenager scharenweise zum Kreischen brachte, ein neuer Hitler werden könnte.

    Frank Sinatra

    Der Knick, den Sinatras Karriere in der McCarthy-Ära erlitt, wird meistens mit dem Imageschaden durch seine Mafiakontakte und dem offen zur Schau gestellten Ehebruch mit Ava Gardner erklärt, oder auch damit, dass er die spießigen Popsongs nicht singen wollte, die in einem spießigen Amerika in Mode kamen. Es gab noch andere Gründe. The House I Live In spielte dabei eine gewichtige Rolle. Der 1946 mit einem Ehrenoscar prämierte Film wurde innerhalb weniger Jahre zum kommunistischen Propagandastreifen umgedeutet.

    Das Drehbuch hatte Albert Maltz verfasst, einer der Hollywood Ten. Das von Sinatra gesungene Lied verwandelte sich vom landesweiten Hit in einen „Beweis“ für die Ruchlosigkeit von Stalins Kohorten, die versuchten, Amerikas Jugend zu indoktrinieren. Die Musik hatte Earl Robinson komponiert. Der Folksänger war in den 1930ern wie viele andere Mitglied der KP, schrieb Wahlkampflieder für FDR und wurde 1940 Filmkomponist in Hollywood, wo ihn die McCarthyisten auf die Schwarze Liste setzten, ebenso wie Maltz und Albert Smith.

    Der Text zum Lied war von Abel Meeropol (Künstlername: Lewis Allan), zeitweise KP-Mitglied und ohnehin verdächtig, weil er den durch die Interpretation von Billie Holiday berühmt gewordenen Anti-Lynch-Song Strange Fruit geschrieben hatte. Im paranoiden Klima der McCarthy-Ära reichte das aus, um auch Frank Sinatra zum Kommunisten zu machen. Als ihn ein Reporter nach seiner angeblichen Nähe zu Moskau fragte verprügelte er den Mann, ganz in der Manier des von seinem Freund Humphrey Bogart gespielten Dixon Steele. Später sang Sinatra „The House I Live In“ für Ronald Reagan und für Richard M. Nixon, der als junger Abgeordneter Mitglied im HUAC war und seine Karriere in Schwung brachte, indem er kommunistisch-homosexuelle Umtriebe aufdeckte.

    Schwarze Nachbarn

    Einen Wutanfall hatte auch Abel Meeropol, als er den Film sah und feststellte, dass im Lied einige für ihn unverzichtbare Zeilen fehlten: „The house I live in/My neighbors white and black/The people who just came here/Or from generations back.“ Die erst kürzlich ins Land gekommenen Einwanderer und die schwarzen Nachbarn der weißen Amerikaner waren den Produzenten zu heikel gewesen. In der Version, die Paul Robeson (https://www.youtube.com/watch?v=U3syulBjkng

    ) 1947 aufnahm, sind sie wieder drin. 1961 sang Sinatra das nun erneut zur patriotischen Hymne gewordene Lied bei der von ihm organisierten Feier zur Amtseinführung von John F. Kennedy. Zuvor musste er auf Wunsch des Präsidenten seinen Freund Sammy Davis Jr. wieder ausladen.

    Sammy Davis Jr. beim March on Washington 1963

    Kennedy wollte Sammy Davis nicht dabeihaben, weil der Sänger seit 1960 mit May Britt verheiratet war. Ehen von Partnern mit verschiedener Hautfarbe waren in 31 von 50 Bundesstaaten verboten. Der Oberste Gerichtshof befand erst 1967, dass diese Gesetze verfassungswidrig seien. Es gibt Konservative in den USA, die das gerne rückgängig machen würden. Das Versprechen der Kandidaten, frei werdende Plätze im Supreme Court im Sinne bestimmter Gruppen zu besetzen, wird in amerikanischen Wahlkämpfen immer wichtiger. Es hat sich herumgesprochen, dass man die Gesellschaft von dort aus nachhaltig verändern kann.

    May Britt

    Sammy Davis zog sich schon vor seiner Skandalehe mit der blonden Schwedin den Hass der Rassisten zu. Der Grund war eine Affäre mit Kim Novak, die er 1957 im Haus von Tony Curtis kennenlernte. Novak stand in diesem Herbst für den Film vor der Kamera, den man heute am meisten mit ihr assoziiert: Vertigo, eine Produktion der Paramount. Hitchcock hatte sie von Harry Cohns Columbia ausgeliehen. Für Cohn ging es um viel Geld. Er befürchtete, dass sich die Affäre negativ auf die Zuschauerzahlen bei Filmen mit seinem neuen Star auswirken würde. Also schaltete er einen befreundeten Mafioso ein. Die Mafia überzeugte Sammy, dass es günstiger sei, sich von Kim zu trennen.

    Kim Novak in Vertigo

    Das war noch nicht alles. Die Affäre erregte die Skandalpresse genauso wie die Leitartikler seriöser Blätter. Auch der Pittsburgh Courier, die auflagenstärkste schwarze Wochenzeitung, war wenig angetan und richtete mahnende Worte an den Entertainer. Um die Wogen zu glätten wurde Sammy Davis gezwungen, eine Scheinehe mit Loray White einzugehen, die man vorher als nubische Sklavin in Cecil B. DeMilles The Ten Commandments hatte sehen können. Die Ordnung war damit wiederhergestellt. Evelyn Cunningham, eine Ikone des schwarzen Journalismus, war eine der ersten, die Sammy zu der Ehe mit der Tänzerin gratulierte.

    Sammy Davis Jr. mit Loray White

    Was klingt wie eine Räuberpistole hat sich nach allem, was man heute weiß, so oder so ähnlich tatsächlich zugetragen. Man vergisst leicht, was das für eine Zeit war, in die uns die Rechtspopulisten unserer Tage zurückführen wollen, weil damals alles so viel besser war. Obamas alter Wahlkampfslogan „Yes, We Can“ ist übrigens eine Anleihe bei der 1965 erschienenen Autobiographie von Sammy Davis, die Yes, I Can heißt und ein Bestseller war. Scheitern kann man aber auch, am Rassismus in der amerikanischen Gesellschaft beispielsweise.

    Buchcover: Yes I Can, Sammy Davies Junior

    Im Show Business war die Rassentrennung ein ehernes Gesetz. Auch davon hätte Frank Sinatra ein Lied singen können. Weiße Rassisten verdächtigten ihn der Subversion, weil er darauf bestand, mit Künstlern wie Duke Ellington, Ella Fitzgerald oder Sammy Davis aufzutreten, und mit „integrierten“ Orchestern, also solchen, in denen schwarze und weiße Musiker gemeinsam Musik machten. Das war die Zeit, als integrierte Orchester in den Südstaaten boykottiert wurden, nur durch Tricks eine Übernachtungsmöglichkeit in den örtlichen Hotels fanden und mit der Intervention des Sheriffs rechnen mussten, wenn sie nicht akzeptieren wollten, dass das schwarze und das weiße Publikum in getrennten Bereichen saß.

    Kein Produzent verliert gern einen Markt. Die Boykottgefahr in den südlichen Bundesstaaten hatte darum auch Auswirkungen auf die in Hollywood gedrehten Filme. Hadda Brooks’ Auftritt in In a Lonely Place sieht man anders, wenn man das weiß. Schauen wir uns die Szene also noch einmal an. Durch die Inszenierung wird das Klavier (die Musik) zum Instrument bei der Aufhebung der Rassentrennung. Am einen Ende sitzt die Sängerin, am anderen das verliebte Paar. Die Schuss-Gegenschuss-Montage betont die durch Blickkontakt hergestellte Verbindung zwischen Hadda Brooks auf der einen, Humphrey Bogart und Gloria Grahame auf der anderen Seite.

    In a Lonely Place

    Rund um das Klavier bilden die weißen Zuhörer einen Kreis, zu dem auch die schwarze Sängerin gehört und der ohne sie keinen Sinn ergibt. Wer setzt sich mit seinem Drink an ein verwaistes Piano, auf dem niemand spielt? Dann wird die Harmonie gestört, weil Barton und seine Frau den Raum betreten. Dix ist wütend, fühlt sich überwacht und verlässt mit Laurel das Lokal. Die Bartons nehmen die frei gewordenen Plätze ein, komplettieren den durch den Abgang von Dix und Laurel unterbrochenen Kreis. Dadurch ist der alte Zustand wiederhergestellt und doch eine neue Situation entstanden. Mit Barton sitzt jetzt ein Polizist im Kreis, der scheinbar auch ein Privatleben hat.

    In a Lonely Place

    Doch am Ende der vorherigen Szene haben wir ihn im Büro des reaktionären, mit Schnüffelmethoden arbeitenden Captain Lochner gesehen. Das ist Nicholas Ray, der Meister der Ambivalenz, in Bestform. Die Polizei von Los Angeles war eine jener Behörden, die sich als Frontkämpfer gegen all das stilisierten, was in den Nachkriegsjahren zur Obsession wurde und dem weißen Amerika am meisten Angst machte: Sex, Rasse, Kommunismus, Homosexualität, Mischehen (eine geeignetere Übersetzung als das Naziwort ist mir für miscegenation nicht eingefallen, die Vermischung der Rassen durch Heirat sowie sexuelle und andere, Schranken überwindende Beziehungen).

    Ich übernehme hier die Aufzählung von Sam Kashner, der für Vanity Fair einen lesenswerten Artikel über die Davis-Novak-Affäre geschrieben hat, „The Color of Love“. Die Grenzen zwischen diesen mit Ängsten und Phantasien ausgefüllten Obsessionen waren fließend. Bei der Lektüre von Websites wie Breitbart News vermittelt sich einem der Eindruck, dass das noch immer so ist, oder schon wieder.

    Männer schlagen …

    In seinem Artikel „I’m No Communist“ vergleicht sich Bogart mit einem Mann, der sich gegen den Verdacht wehren muss, dass er seine Frau verprügelt, obwohl er es nicht getan hat. Fast könnte man meinen, dass In a Lonely Place diese Idee aufnimmt, eine Filmhandlung daraus macht und die Gewalt in der Vielzahl ihrer Facetten verhandelt, weil es eine klare Trennung zwischen Gut und Böse so wenig gibt wie die zwischen amerikanischem Patriotismus und unamerikanischen Aktivitäten.

    Nach der Auseinandersetzung mit dem Footballstar behauptet Dix, dass er schon hundert solcher Prügeleien gehabt habe und immer im Recht gewesen sei. Die Zahl ist sicher übertrieben. Über den Rest lässt sich zumindest diskutieren. In alten Polizeiakten, denen des FBI über Sinatra oder Orson Welles beispielsweise, finden sich erstaunlich viele Klatschberichte aus der Zeitung. Wenn ein Artikel über das mutmaßliche Fehlverhalten eines Stars zu polizeilichen Ermittlungen führte wurde das als Bestätigung dafür gewertet, dass etwas dran war an dem Gerücht. Falls trotzdem stimmt, was in Lochners Dossier über Dix Steele steht, dass er nämlich einem Produzenten den Kiefer gebrochen hat, dürfte es sich dabei um künstlerische Differenzen gehandelt haben.

    Ohne der Gewalt das Wort reden zu wollen: Ich würde mildernde Umstände geltend machen. Durch nichts zu rechtfertigen ist hingegen, dass Dix seiner Ex-Freundin Fran (mutmaßlich) die Nase gebrochen hat. Und doch erleben wir Fran in einer Schlüsselszene in Dix’ Stammlokal als eine intrigante Person, die genau weiß, wie man die Giftspritze einsetzen muss, um maximalen Schaden anzurichten. Ihre Nase ist so intakt wie ihre Karriere (der Produzent hat ihr die Hauptrolle in der Verfilmung von Althea Bruce angeboten). Von Dix’ neuem Liebesglück ist nicht mehr viel übrig, wenn Fran abgeht.

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    Es fällt doch auf, dass Ray keine Gelegenheit auslässt, die Frage nach Gewalt und Schuld komplizierter zu machen als sie sein müsste, wenn es nur darum ginge, eine Geschichte mit klarer Rollenverteilung zu erzählen. Natürlich ist es verwerflich, einem Footballstar das Auge blau zu schlagen. Aber das ist auch ein Typ, der sich nach einem Beinahe-Zusammenstoß mehr für den Lack seines Autos interessiert als dafür, ob Menschen zuschaden gekommen sind und der losbrüllt, weil seine Karre einen Kratzer abbekommen hat.

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    Sogar einen präpotenten Produzenten sollte man nicht zu Boden schlagen wie Dix es zu Beginn mit Junior macht, dem arroganten Schwiegersohn. Aber er tut es, nachdem Junior seinen Freund Charlie öffentlich gedemütigt und seine Zigarrenasche in Charlies Glas getippt hat. Das kann man leicht übersehen, und wer achtet schon auf einen alten Säufer, der früher mal ein Star war? Dix registriert genau, wie Junior seine Verachtung einem Erfolglosen gegenüber zeigt, verliert die Beherrschung und schlägt den Angeber nieder. Das ist verwerflich und doch gut nachvollziehbar.

    … und Frauen würgen

    Einmal ist Dix bei Brub Nicolai zum Abendessen eingeladen. Brub und seine Frau Sylvia haben das, wovon Gloria Grahame und Nicholas Ray träumten, als sie heirateten und wofür sie gänzlich ungeeignet waren: ein Häuschen und eine gesicherte bürgerliche Existenz. Dix und Brub, die beiden Kriegskameraden, unterhalten sich über den Mord an Mildred Atkinson. Mit Brub als Täter und Sylvia als Opfer will Dix nachspielen, wie er sich den Mord vorstellt. Im Stile eines Regisseurs, der die Darsteller durch eine Szene führt, gibt er Brub Anweisungen: „Du steuerst das Auto und du würgst sie. Du siehst nicht ihre aus den Höhlen tretenden Augen oder ihre herausquellende Zunge.“

    In a Lonely Place

    Es ist einer der wenigen Momente, in denen Ray und sein Kameramann Burnett Guffey der expressiven, mit harten Kontrasten arbeitenden Bildgestaltung des Film noir den Vorzug gegenüber den sonst dominierenden Grautönen geben. Dix’ Gesicht ist im Halbschatten. Er könnte ein Schurke aus einem expressionistischen Stummfilm sein, oder ein Verwandter von David Corvo, dem Hypnotiseur in Otto Premingers Whirlpool (1949). Die Ausleuchtung hebt Dix’ Augen und den Mund hervor, aus dem seine Anweisungen kommen: „Weiter. Weiter, Brub. Drück stärker zu. … Du drückst stärker zu. Stärker.“

    In a Lonely Place

    „Es ist wunderbar zu spüren, wie ihre Kehle unter deinem Arm eingedrückt wird“, sagt er in unverkennbarer Erregung. Dann hören wir plötzlich ein „Hör auf, Brub!“ von Sylvia, die sich aus Brubs Arm befreit, weil sie keine Luft mehr kriegt. Brub ist erschrocken. Dix wirkt auf eine sinistre Art zufrieden mit sich und seinem Versuch, den Mord nachzustellen. Mit solchen Sachen kenne er sich aus, sagt er: „Ich habe Dutzende von Morden begangen - in Filmen.“ Sylvia dagegen hat im College einen Kurs in abnormer Psychologie belegt. „Er ist krank“, kommentiert sie, nachdem der unheimliche Gast gegangen ist. „Etwas stimmt nicht mit ihm.“

    In a Lonely Place

    Das kann schon sein. Aber was ist dann mit Brub? Hat Sylvia vergessen, dass es ihr Ehemann war, der ihr beinahe die Luftröhre eingedrückt hätte, weil er sich mindestens so sehr in die Szene hineinsteigerte wi