• Le Conseil d’Etat juge illégal le recours à la « technique des nasses » par les forces de l’ordre lors des manifestations
    https://www.lemonde.fr/police-justice/article/2021/06/10/le-conseil-d-etat-juge-illegal-le-recours-a-la-technique-des-nasses-par-les-

    Le Conseil d’Etat a annulé, jeudi 10 juin, quatre dispositions phares du schéma national de maintien de l’ordre sur lequel il avait été saisi par plusieurs syndicats et associations. Parmi elles, la très sensible « technique des nasses », utilisées pour encercler des groupes de manifestants. —« Si cette technique peut s’avérer nécessaire dans certaines circonstances précises, elle est susceptible d’affecter significativement la liberté de manifester et de porter atteinte à la liberté d’aller et venir »—, note le Conseil d’Etat dans son communiqué. « Le Conseil d’Etat annule ce point car rien ne garantit que son utilisation soit adaptée, nécessaire et proportionnée aux circonstances », est-il précisé dans le communiqué.

    [...]
    S’agissant de la presse, l’instance considère que les journalistes « n’ont pas à quitter les lieux lorsqu’un attroupement est dispersé » et qu’ils n’ont pas « l’obligation d’obéir aux ordres de dispersion » des forces de l’ordre. « Les journalistes doivent pouvoir continuer d’exercer librement leur mission d’information, même lors de la dispersion d’un attroupement. »

    (...) Concernant la technique de la « nasse », dite de « l’encerclement », le ministère a estimé que le Conseil ne l’interdisait pas mais demandait « que les conditions d’emploi soient précisées ». « Le gouvernement va s’y employer », affirme le ministère.

    (...) A Beauvau, on a relevé que la juridiction administrative précisait en outre que les journalistes « ne devaient pas faire obstacle aux forces de l’ordre ».

    #police #maintien_de_l'ordre

    • Maintien de l’ordre : le désaveu politique du Conseil d’Etat
      https://www.lemonde.fr/police-justice/article/2021/06/11/le-conseil-d-etat-annule-quatre-dispositions-du-schema-national-du-maintien-

      Quatre dispositions du schéma national du maintien de l’ordre ont été annulées par la juridiction. Parmi celles-ci, la pratique de la « nasse », qui consiste à encercler les manifestants, a été jugée jeudi illégale car insuffisamment précise.

      C’est un camouflet pour le ministère de l’intérieur. Dans une décision rendue publique, jeudi 10 juin, le Conseil d’Etat a annulé quatre dispositions majeures du schéma national du maintien de l’ordre (SNMO), la « bible » des forces de sécurité en matière de gestion des manifestations. La réflexion autour de cette nouvelle doctrine, lancée en juin 2019 par Christophe Castaner, alors ministre de l’intérieur, avait été parachevée quinze mois plus tard – avec une année de retard sur le calendrier prévu – le 16 septembre 2020, à l’occasion de la publication d’un document de 29 pages.

      Le texte, aux dires des associations, avait été formalisé « sans réelle concertation ni transparence » dans le but de doter police et gendarmerie de règles d’action communes après des mois d’affrontements avec les « gilets jaunes ». Dès sa parution, il avait été critiqué, notamment en raison de la consécration du recours à des services non spécialisés – brigades anticriminalité, brigades de recherche et d’intervention ou de répression de l’action violente – dans les opérations de maintien de l’ordre, ou de la confirmation d’usage des grenades de désencerclement et des lanceurs de balles de défense (LBD) à l’origine de dizaines de mutilations et de blessures graves, essentiellement entre 2018 et 2019.
      Lire aussi Le ministère de l’intérieur dévoile la nouvelle doctrine du maintien de l’ordre

      Défense de la liberté d’informer
      Les plus vives dénonciations, portées par une quarantaine d’associations dont la Ligue des droits de l’homme (LDH), le Syndicat de la magistrature (SM) ou le Syndicat national des journalistes (SNJ), visaient également des pratiques considérées comme gravement attentatoires aux libertés publiques, parmi lesquelles celle de la « nasse », consistant à encercler des protestataires un temps indéfini, et dont l’usage était devenu quasi systématique en cas de manifestation d’ampleur. Si le SNMO validait son recours « utile, sur le temps juste nécessaire (…) aux fins de contrôle, d’interpellation ou de prévention d’une poursuite des troubles », le Conseil d’Etat a purement et simplement annulé cette disposition en considérant qu’elle n’encadrait pas de manière suffisamment précise les cas dans lesquels il était possible de mettre en œuvre cette technique.
      C’est cependant en matière de défense de la liberté d’informer que la juridiction suprême de l’ordre administratif s’est montrée la plus incisive en rappelant son caractère essentiel à la vie démocratique « en ce qu’elle permet de rendre compte des idées et opinions exprimées et du caractère de cette expression collective ainsi que, le cas échéant, de l’intervention des autorités publiques et des forces de l’ordre ». Et en annulant trois mesures emblématiques relatives au travail des journalistes lors des manifestations.

      Le SNMO prévoyait ainsi que le port d’équipements de sécurité par des reporters soit assorti d’éléments d’identification et n’induise aucune « infraction ou provocation ». Cette obligation aux termes « ambigus et imprécis » ne relève pas, a estimé le Conseil d’Etat, de la compétence du ministre de l’intérieur, auquel il n’appartient pas davantage « d’édicter ce type de règles à l’attention des journalistes comme de toute personne participant ou assistant à une manifestation » .

      Idem en matière d’obligation faite aux journalistes de quitter les lieux d’une manifestation après un ordre de dispersion. Balayant cette injonction, le Conseil d’Etat a jugé la mesure entachée d’illégalité. Aussi, pour « rendre compte des événements qui s’y produisent », les journalistes peuvent-ils « continuer d’exercer librement leur mission lors de la dispersion d’un attroupement sans être tenus de quitter les lieux, dès lors qu’ils se placent de telle sorte qu’ils ne puissent être confondus avec les manifestants et ne fassent obstacle à l’action des forces de l’ordre ».

      Enfin, en réservant aux seuls journalistes « accrédités auprès des autorités » un droit d’accès au canal d’informations dédié des forces de l’ordre lors de manifestations, sans autre forme de précision, le SNMO aurait porté « une atteinte disproportionnée à la liberté de la presse et à la liberté de communication ». La disposition a également été annulée.

      Arrêt jugé trop timide

      Pour les associations, une telle décision apparaissait loin d’être acquise. Au cours de la procédure, le rapporteur public, dont les conclusions préfigurent en règle générale la position du Conseil d’Etat, n’avait, en effet, rien trouvé à redire aux dispositions soumises à l’examen du juge administratif suprême, se bornant à requérir l’annulation des conditions imposées au port d’équipements spéciaux par les journalistes. « Le Conseil d’Etat, se félicite Me Patrice Spinosi, qui intervenait au nom du SNJ et la LDH, a clairement mis un coup d’arrêt à la volonté caractérisée du gouvernement de fragiliser l’indépendance de la presse. Un journaliste n’est pas un manifestant, il est là pour informer. Sans lui, il n’y a plus de regard. »

      Plusieurs associations se montrent toutefois déçues par l’arrêt, jugé trop timide. Eric Mirguet, directeur du pôle programme et plaidoyers de l’Action des chrétiens pour l’abolition de la torture, une ONG partie à la procédure, déplore ainsi « une décision a minima » . L’interdiction des nasses, notamment, « est basée sur la seule liberté de manifester alors que c’est aussi une pratique dangereuse qui peut porter atteinte à l’intégrité physique des personnes qui y sont soumises, qui est indiscriminée en ce qu’elle s’applique à des individus ciblés sur leur seule présence dans un lieu donné et non des actes qu’on leur reprocherait ».

      Parmi d’autres, l’association, qui a publié en mars 2020 un volumineux rapport d’observation sur les conditions du maintien de l’ordre, fruit d’une année de travail sur le terrain, estime que le Conseil d’Etat « a fait le choix de taire ces préoccupations » . Jeudi dans la soirée, le ministère de l’intérieur a fait savoir que « des modifications seront apportées pour permettre d’atteindre les objectifs voulus par le texte, tout en respectant les orientations de la décision rendue par le Conseil d’Etat », qui a validé « la très grande majorité du texte ».

  • États-Unis : un an après la mort de George Floyd, la ville d’#Austin « réinvente » sa sécurité publique en réduisant le budget de sa police
    https://www.francetvinfo.fr/monde/usa/etats-unis-un-an-apres-la-mort-de-george-floyd-la-ville-d-austin-reinve

    Enclave progressiste dans un Texas conservateur, Austin a mis de côté un tiers des ressources des forces de l’ordre après la mort de George Floyd à Minneapolis. Un an plus tard, franceinfo se penche sur les premiers enseignements de cette réforme.

    […] Jusqu’à l’an dernier, le financement des forces de l’ordre dans la capitale texane représentait 40% de l’enveloppe budgétaire municipale. Le nouveau budget, voté en août 2020, met sur pause une hausse de 50% de ces dépenses sur sept ans, rapporte le Texas Monthly. Les crédits destinés aux policiers sont ramenés de 434,4 millions de dollars à 292,9 millions par an. Cette réduction entraîne la suppression de 180 postes de policiers – dont 150 vacants – sur un total d’environ 1 800 agents. La formation de quatre nouvelles promotions de policiers est retardée, et le budget dédié aux heures supplémentaires réduit.

    #budget #aide_sociale #social #sans_domicile_fixe #logement #maintien_de_l'ordre #violences_familiales #définancement #services_médicaux_d'urgence #police_scientifique #psychiatrie

    • Le mouvement de « définancement » s’imagine que si l’argent alloué à la #police et les #prisons était dédié à d’autres programmes, il pourrait résoudre les problèmes sociaux sous-jacents que la police est censée gérer ou contenir. Or, c’est ignorer le fait que la police et les prisons sont déjà le programme social le moins cher, l’expression même de l’austérité ; et aideront donc peu à la redistribution des richesses[84]. « Abolir » la police, en pratique, veut souvent dire qu’on la remplace par n’importe quelle autre institution (par exemple, les médiateurs professionnels, les travailleurs sociaux ou la sécurité privée) qui exhibera probablement des pathologies similaires ou en lien avec celles de la police[85]. Pourtant, même les visions les plus radicales de l’abolition tendent à buter contre les problèmes sociaux réels que les États capitalistes assignent à la police. En mettant les victimes en position de contrôle sur la punition et la responsabilité, on pourrait reproduire le biais punitif du régime carcéral actuel[86]. Cependant, même si l’appel à une réduction des dommages et à des réparations est entièrement justifié, il doit être clair que la réalisation de celles-ci dépasserait de loin ce qu’une société capitaliste pourrait permettre (sans même parler de leur coût). En effet, cela impliquerait de reconnaître qu’une remise en état n’est pas la même chose qu’une réparation (annuler ses dettes, c’est sortir des relations sociales en rachetant ses parts) et que le capitalisme fait de nous tou·tes des bâtards (même si personne n’est que ça)[87].

      Il n’est peut-être pas si étonnant que le slogan appelant à « définancer la police » ait pris de l’ampleur dans un pays qui possède non seulement des forces de l’ordre particulièrement meurtrières, mais aussi une tradition de se faire justice soi-même[88]. Le terme « d’abandon organisé » devrait nous rendre attentif·ves au fait que lorsque la politique est réduite à la police, l’absence de la police peut être tout aussi politique que sa présence. On peut trouver plusieurs exemples de ce genre de politique, de la présence d’une absence, non seulement dans l’imaginaire américain du Wild West, mais aussi dans nombre de situations de guerre (à la fois civile et non-civile) ainsi que dans certains quartiers appauvris abandonnés par l’État, tels que les favelas brésiliennes largement administrées par des bandes armées. On peut aussi trouver des exemples moins connus des États américains du Sud à l’époque des lois ségrégationnistes de Jim Crow où la police refusait souvent d’entrer dans des quartiers noirs sauf si des Blancs déclaraient avoir été les victimes de crimes commis par un·e Noir·e[89]. Plus récemment, nous en avons eu un aperçu dans des « zones libres de la police » déclarées dans certaines villes américaines, telles que le CHAZ de Seattle[90], lequel, s’il était considéré comme une nation indépendante (comme certain·es des participant·es ont pu le suggérer), aurait le taux d’homicide le plus élevé du monde[91]. Les quartiers sud de Chicago, dont le taux de meurtre a brièvement atteint les niveaux du Brésil cet été, nous donne une vision plus claire de ce à quoi pourrait ressembler le fait d’abolir la police sans abolir le capitalisme. La « police » privée de l’Université de Chicago dans le Hyde Park, un îlot de richesse dans la pauvreté des quartiers sud, est mieux financée que tous les commissariats locaux de la ville réunis. Après tout, la sécurité privée est une solution nettement plus rentable pour les riches. À quoi bon dépenser ses impôts pour financer la police au service de l’ensemble d’une ville quand tout ce dont on a réellement besoin est de protéger ses propres enclaves ?

      https://agitations.net/2021/05/12/barbares-en-avant-endnotes

  • T’es fatigué ? Prends donc un interne ! – LEXTERNE
    https://lexterne.wordpress.com/2021/05/17/tes-fatigue-prends-donc-un-interne

    Pour porter la lourde tâche de laisser votre cabinet à un interne deux jours par semaine, vous recevez une rémunération de 600 euros par mois. Lorsque l’interne est en stage au cabinet libéral, il est rémunéré par le CHU qui se fait ensuite rembourser par les ARS. Lorsque que l’interne de SASPAS remplace purement et simplement le médecin libéral (ce qui est généralement le cas), nous avons donc, en pratique, un médecin payé par la collectivité (l’interne) pour remplacer un médecin libéral deux jours par semaines, qui, lui, récupère l’argent de ses consultations sans les faire et même un petit bonus de 600 euros.

    • Après en avoir discuté avec un maître de stage universitaire voici quelques éléments contradictoires.

      Il s’agit d’un article très caricatural qui ne représente pas la majorité des maîtres de stage.

      La #Médecine_Générale ne s’apprend pas à l’hôpital mais au contact des patients dans les cabinets médicaux de ville ou de campagne sous la tutelle de maîtres de stage qui supervisent leurs internes.

      Le règlement interdit au #maître_de_stage de se faire remplacer par son interne. La situation décrite est caricaturale car dans la grande majorité des cas les maîtres de stage ont bien un rôle pédagogique et espèrent bien transmettre leur expérience aux #internes.
      Toutes les consultations faites par l’interne dans la journée sont débriefées et leurs actions éventuellement corrigées si nécessaires par le maître de stage.

      Il existe certainement des situations critiquables qui sont bien connues des associations d’internes qui en fin de stage émettent des notes favorables ou défavorables, ce qui permet aux nouveaux internes de bien choisir leurs stages et d’éviter les stages problématiques.

      On peut bien sûr rêver d’un système de santé public qui serait étayé par un réseau de dispensaires de Médecine générale pris en charge par l’état ou les ARS.

      De nombreux médecins seraient certainement volontaires pour travailler 35h/semaine en ayant leurs congés payés et leurs retraites financées au lieu d’être les médecins de premier recours les moins bien rémunérés à l’acte d’Europe, tout en travaillant 50 à 60 heures / semaine sans compter les gardes de nuit et de Week-end pour assurer la permanence des soins.

      Quant à la rémunération de 600 euros elle est normalement partagée par les trois ou quatre maîtres de stage qui reçoivent l’interne dans leur cabinet ou la maison de santé.
      #SASPAS

  • Les ultra-riches au cœur du problème climatique
    https://www.les-crises.fr/les-ultra-riches-au-coeur-du-probleme-climatique

    Source : BBC, Roger Harrabin, 13-04-2021 Traduit par les lecteurs du site Les-Crises

    Selon un rapport, les gens riches de la planète doivent changer radicalement leur mode de vie pour lutter contre le changement climatique. Selon ce rapport, les 1 % des personnes les plus riches du monde produisent deux fois plus d’émissions de carbone que les 50 % les plus pauvres, selon l’ONU. À eux seuls, les 5 % les plus riches – ceux qu’on appelle « les élites pollueurs » – ont contribué pour 37 % de la croissance des émissions entre 1990 et 2015. Les auteurs veulent dissuader les conducteurs de SUV et les habitués des transports aériens – et persuader les gens aisés de bien isoler leurs maisons.Lire la (...)

    • Mais pourquoi free bloque t’il l’envoi de la lettre d’information du PARDEM, Le Parti de la Démondialisation ?

      Depuis le 25 Avril 2021, les adresse free ne la reçoivent plus. La #mondialisation c’est donc obligatoire !
      Il est vrai que le programme de ce petit parti politique peut difficilement être accusé d’extrémisme de droite.

      On remarquera que l’option permettant de traiter les mails #indésirables a disparu du webmail de free.

      https://www.pardem.org

      I.- Annuler toutes les « réformes » néolibérales prises ces quarantes dernières années.
      II.- Reconquérir la souveraineté de la France dans les domaines politique, militaire et diplomatique, en sortant de l’Union européenne, de l’OTAN, en démondialisant pour bâtir de nouvelles relations internationales fondées sur le co-développement.
      III.- Reconquérir la souveraineté monétaire et financière en sortant de l’euro, en démantelant les marchés financiers en France, en organisant le dépérissement de la Bourse et en faisant défaut sur la dette publique pour pouvoir la restructurer. 
      IV.- Reconquérir la souveraineté économique et industrielle par le retour à la nation des grands groupes industriels, de services et médiatiques, par des mesures protectionnistes dans le cadre rénové de la Charte de La Havane de 1948, pour une mutation écologique, sociale et démocratique des modes de production, de distribution et de consommation.
      V.- Reconquérir la souveraineté fiscale condition nécessaire pour faire basculer le partage de la valeur ajoutée en faveur du travail et construire des politiques d’égalité. 
      VI.- Instaurer le droit opposable à l’emploi effectif permettant l’emploi pour tous, l’État étant l’employeur en dernier ressort.
      VII.- Restaurer, refonder et élargir la Sécurité sociale et tous les services publics pour garantir la justice sociale.
      VIII.- Bien vivre dans une société qui préserve la biodiversité et les ressources fossiles, tout en assurant son autonomie alimentaire par le développement de l’agriculture paysanne, et son autonomie énergétique par une sortie progressive du nucléaire.
      IX.- Refonder l’instruction publique, développer la recherche, promouvoir la langue et la culture françaises.
      X.- Reconstruire l’État républicain pour garantir l’intérêt général et les libertés publiques, la démocratie, la laïcité, et l’indépendance de la justice.

      #free #censure #internet #fait_divers #surveillance #france #médias #mail #messagerie #liberté_d'expression #démocratie #liberté

  • Viol de Tommi* : le commissariat du 19 ème encore une fois épicentre des violences policières racistes
    | Désarmons-les ! : https://desarmons.net/2021/05/02/viol-de-tommi-le-commissariat-du-19-eme-encore-une-fois-epicentre-des-vio

    Ce dont Tommi a besoin, comme toutes les victimes de violences, c’est de rester maître de ses choix, d’être accompagné dans le respect et la prise en compte de ses ressentis. La quête de vérité qui commence pour lui est primordiale pour réparer le mal qui lui a été infligé.

    #ViolencesPolicieres #Maintien-de-l'ordre #journalisme-de-prefecture

  • CGT vs BB vs GJ ? ELI mentèrent, mon cher Watson.

    Balancer de tous côtés des insultes racistes, sexistes, homophobes, etc. c’est bien pourri.

    Faciliter le travail des flics quand ils interviennent en cow-boys pour percer les rangs de la manifs et faire des « prélèvements » , c’est bien pourri.

    Voir des bolosses virils, qu’ils aient des chasubles rouges, des k-ways noirs ou des gilets jaunes, s’engueuler au point de se castagner, c’est bien pourri.

    Balancer la faute sur uniquement une de ces composantes et ne pas admettre qu’un SO qui comporte des fans du maintien de l’ordre (anciens flics, etc.) fait parfois le taf de flics, c’est bien pourri.

    Ne pas reconnaître qu’un courant GJ est totalement en vrille insurectionnelle-conspi et fait nawak depuis longtemps, c’est bien pourri.

    Ne pas reconnaître qu’une fois dans la montée d’adré y’a des adeptes du black-bloc qui savent pas se maitriser, c’est bien pourri.

    Dans une manif mixte, mettre des gens lambda d’une partie du cortège en danger parce qu’on estime qu’il « faut que ça pète » coûte que coûte, c’est bien pourri.

    Ne pas reconnaître que certains mecs du SO de la CGT ne maitrisent rien et aggravent des situations, c’est bien pourri (je me suis bien plus souvent engueulée avec eux face à des attitudes et propos déplacés alors que c’est systématiquement des adeptes black-blocs qui m’ont aidée au milieu des lacrymos...)

    Bref les flics ont foutu des pressions énormes dans plusieurs villes et des mecs vénères se sont fritté suite à ça et c’est doublement lamentable. D’une part parce qu’on n’a vraiment pas besoin de combats de coqs qui envoient encore plus de monde à l’hosto. D’autre part parce que la communication mega orienté par la plus organisée des 3 bandes « rivales » est une aubaine pour la nouvelle stratégie de #maintien_de_l'ordre avec les nouvelles brigades ELI, des flics en civils avec un brassard bleu qui viennent « collaborer » avec les centrales syndicales pour foutre des émeutier-e-s en zonz...

    Groumph.

    Ha, et si vous pensez que je n’ai pas donné de piste de solution, relisez-moi. Quelque chose aurait dû vous sauter aux yeux... La toxicité mascu, on n’en peut plus. Pendant ce temps là, toujours aucun appel à la Greve Générale pour changer réellement les rapports de forces !
    Je me sens obligée de préciser que si je parle de « toxicité mascu », ce n’est pas pour essentialiser une hypothétique « pacification féminise », hein, la plupart de mes copines ont le verbe très haut et des griffes. Juste que si de telles concentrations mascus sont possibles, c’est que politiquement il y a un gros problème de fond.

    Soyez militantes, chacune à votre manière, j’assume la responsabilité de tout ce que vous faites !"
    Emmeline Pankhurst, (Extrait de la BD « Jujitsuffragettes »)

    Quelques sources pour étayer mes propos qui font évidemment suite à beaucoup de visionnages de vidéos et une certaine expérience du terrain...

    – Sur les nouvelles *brigades ELI j’avais déjà tenté une alarme ici : https://seenthis.net/messages/907305
    Et BIM, tansdis que les mainstream sont en boucle sur le sujet, on apprend que le parquet a lancé une enquête et la pref en profite pour placer ses ELI aux côtés de la CGT dans son communiqué...
    Voilà voilà. C’est parti pour une nouvelle confusion entre plein de trucs pour une pseudo quête fabriquée de besoin de sécurité, et donc une dépolitisation du fond...
    https://www.francetvinfo.fr/economie/syndicats/manifestation-du-1er-mai-une-enquete-ouverte-sur-les-violences-contre-l

    On peut voir ici un brassard ELI à Lyon, histoire que vous les repériez bien

    Autres angles de vues,

    celui du chercheur en sciences politiques Samuel Hayat :

    Quelques éléments sociohistoriques pour comprendre les heurts entre autonomes et service d’ordre (SO) de la CGT le 1er mai – heurts qui révèlent une crise profonde et durable de la forme manifestation. #Manif1erMai #GiletsJaunes #manifestation ⬇️⬇️⬇️

    https://twitter.com/SamuelHayat/status/1389151863631749124

    Il y a donc eut des bagarres à Paris, à Lyon et à Nantes :

    Pour Paris :
    – Décryptage complet de Maxime Reynié (refait pour mise à jour ce dimanche) : https://twitter.com/MaximeReynie/status/1388597950008418304 ; Voir en particulier les explications de « Houanui Toanui », Gilet Jaune, ex-militaire videur puis agent de sécu qui explique pourquoi ils se sont confronté au SO en cherchant à retenir les camions
    https://www.facebook.com/manu.evrard.18/videos/2956434057937599
    – un autre décryptage avec plans et aussi des remises en contexte par Le Social Club : https://twitter.com/LeSocialClub/status/1388903706125611009
    + Le suivi de Paris Luttes Infos : https://paris-luttes.info/samedi-1er-mai-deconfinement-et-14971
    + Je ne ferai pas tourner publiquement la video de QG sur les réseaux marchands car ça montre trop de visages mais :
    https://qg.media/emission/1er-mai-la-rage-du-peuple-est-de-retour
    – à 14’20 le chef des flics qui gueule pour que le cortège continue à avancer pour éviter l’infiltration des BB
    – à 17’ des gens engueulent le SO de la CGT qui empêche toujours le cortège d’avancer pendant que devant le BB se fait défoncer...
    –vers 18’ le coffre de Benalla toujours introuvable
    – vers 20’ un autre tronçon de cortège, plus mixte, resiste clairement aux tentatives d’intrusion des flics
    – vers 22’ l’accélération de l’escalade est visiblement liée à l’incursion de la BAC venue « prelever » un « BB » juste pendant le début de l’embrouille... on voit aussi des manifestants tenter de contenir leurs « potes » pour limiter la baston par la suite... bref la pref doit être ravie...
    Désigner un seul groupe coupable serait injuste. C’est avant tout la pref, en changeant au dernier moment le parcours + les attaques contradictoires des flics et les percées des BAC qui ont été les plus gros facteurs de stress et énervements. Et les condamnations des un-e-s et des autres est tout bénéf pour elle.

    Pour Lyon : le collectif @SurveillonsLes a lancé un APPEL pour recouper les témoignages sur comment la police a violemment agressé le cortège. Rdv sur surveillonsles@riseup.net.

    – Un thread sur ce qui s’est passé (et tapé) à Lyon. https://twitter.com/johanjrd_/status/1388936852376276998

    – communiqué de la CGT UberEats/Deliverro Lyon, directement attaquée : https://twitter.com/CGTUberDeli69/status/1388576095293804545

    Pour Nantes :
    – La baston se prolonge sur twitter pour ce qui concerne Nantes : https://twitter.com/Nantes_Revoltee/status/1388770739885592577
    – premier compte-rendu de Nantes Révoltée : https://www.nantes-revoltee.com/un-premier-mai-haut-en-couleur-sous-le-soleil-nantais suivi de plusieurs textes (pas encore lus) : https://www.nantes-revoltee.com/alors-graslin-ca-gaze + https://www.nantes-revoltee.com/1er-mai-dejouer-le-piege-mediatique

    • Ici c’était calme, mais après un bon cortège tout mélangé, à un moment ya eu une pause batucada etc, sur une place où étaient plutôt les GJ à l’époque et là… la CGT et FO qui continuent sans attendre personne le chemin vers la place finale du parcours…

      Du coup cortège coupé en deux, plus que des petits groupes. Après un moment de pause, une partie seulement de celleux resté⋅es en pause a continué le parcours, d’autres ont replié. Et une fois à la fin, sur la place finale CGT et FO étaient déjà parti depuis longtemps… donc tout petit groupe aussi avec celleux qui ont fait la fin.

      Assez nul bizarre à partir du moment où ya eu cette pause et coupure au milieu quoi.

    • Je ferai pas tourner publiquement la video sur les reseaux marchands car ça montre trop de visages mais :
      – à 14’20 le chef des flics qui gueule pour que le cortège continue à avancer pour éviter l’infiltration des BB
      – à 17’ des gens engueulent le SO de la CGT qui empêche toujours le cortège d’avancer pendant que devant le BB se fait défoncer...
      –vers 18’ le coffre de Benalla toujours introuvable
      – vers 20’ un autre tronçon de cortège, plus mixte, resiste clairement aux tentatives d’intrusion des flics
      – vers 22’ l’accélération de l’escalade est visiblement liée à l’incursion de la BAC venue « prelever » un « BB » juste pendant le début de l’embrouille... on voit aussi des manifestants tenter de contenir leurs « potes » pour limiter la baston par la suite... bref la pref doit être ravie...

      https://qg.media/emission/1er-mai-la-rage-du-peuple-est-de-retour
      Désigner un seul groupe coupable serait injuste. C’est avant tout la pref, en changeant au dernier moment le parcours + les attaques contradictoires des flics et les percées des BAC qui ont été les plus gros facteurs de stress et énervements. Et les contaminations des un-e-s et des autres est tout bénéf pour elle.

    • En amont de ces scènes, à République, Saint-Ambroise, Voltaire et ensuite, le carré de tête et le SO CGT ont fait de très longues pauses pendant que la tête de manif où se trouvait aussi de nombreux syndicalistes se faisait tronçonner à répétition par des bonds offensifs et des prélèvement de manifestants aux fins de poursuites. La direction du syndicat a offert à la répression un rassemblement quasi statique encagé par une nasse en U dont partait des vagues d’incursions policières. Si ces cortèges n’en restaient pas à leurs rares slogans habituels, il aurait pas été étonnant d’entendre scander « CGT collabo ! ».

      #Manifestation #maintien_de_l'ordre #police #SO #syndicat

    • Sous le soleil de @rebellyon un œil dans le ciel.
      https://rebellyon.info/7-peches-capitaux-de-la-police-lyonnaise-23089

      #Lyon est la ville de France la plus surveillée par l’hélicoptère, surnommé « BAC hélico » par la police.Il est en effet aux mains de la brigade anti-criminalité (BAC). Ce vendredi, un manifestant saisit le tribunal administratif pour que l’appareil reste au sol : pour l’instant, son utilisation par la police est toujours illégale.

    • Répression du 1er mai : appel à soutien au Tribunal judiciaire
      Paris-luttes.info
      https://paris-luttes.info/repression-du-1er-mai-appel-a-14976


      (superbe photo de Caroline de Benedetti, soit dit en passant)

      Comme d’habitude, la justice prendra le relais de la police pour judiciariser le maintien d’ordre au travers de comparutions immédiates, visant à rapidement infliger une peine à celleux qui auraient manifesté trop bruyamment. Plusieurs personnes ont déjà été déferrées au Tribunal ; et si certaines ont écopé de rappels à la loi, d’autres s’attendent encore à comparaitre devant un juge lundi.
      Face à la répression judiciaire, nous appelons à soutenir les personnes inculpées au Tribunal judiciaire à Porte de Clichy, à 13h30 ce lundi 3 mai dans les salles de la 23e chambre (en général 204 et 205 mais à vérifier au tableau face à l’accueil du tribunal).
      La Legal Team Paris

    • « CGT, COLLABOS »
      https://lundi.am/CGT-collabos

      « Ce que la surexposition médiatique et politique de cette bagarre permet d’occulter, c’est le déroulé réel de ce 1er mai. »

      Premier Mai 2021, on s’ennuie en France. Les infos s’inquiètent de ces « festnozs », « rave party » et « free party » qui se sont tenus ces derniers soirs. Les journalistes sont indignés, les citoyens jouent aux fayots, les préfets tiennent des conseils de crise et les tribunaux sont saisis pour enquêtes pour « mise en danger de la vie d’autrui ». Mais le commentariat est aux aguets : la manifestation du 1er mai à Paris devrait offrir l’occasion de faire chauffer les claviers. Banco : les camions de la CGT se sont fait agresser. Qui, pourquoi ? Les différentes chapelles construisent l’ennemi qui les arrange.

      Depuis quelques années les manifestations du 1er mai sont inévitablement l’occasion d’un flot de commentaires d’après-match : MacDo, Black Bloc, Pitié Salpétrière. Sur les plateaux des chaînes d’info continue, comme sur Twitter, on devait trépigner vers 17h, quand cette édition 2021 ne semblait pas vouloir offrir d’occasion franche de déblatérer sans fin. Heureusement, l’événement est venu : cette fois l’affrontement entre le service d’ordre de la CGT, casqué, armé de gazeuses au poivre et de matraques télescopiquess, et ce qui semblait être une foule. La bagarre tournant au désavantage du SO, celui-ci s’est rapidement posé en victime « d’actes de vandalisations », mais aussi (et on ne l’attendait pas forcément sur ces questions vu le passif des bonhommes) d’« insultes homophobes, sexistes, racistes » commises par des « individus dont certains se revendiquant gilets jaunes ».

      La machine à indignation pouvait s’enclencher.

    • Pour Sohie Béroud, le nervi est probablement de sortie : La CGT prise pour cible le 1er-Mai : « Une attaque ciblée, qui dépasse la seule critique des syndicats »
      https://www.lemonde.fr/societe/article/2021/05/04/la-cgt-prise-pour-cible-le-1er-mai-une-attaque-ciblee-qui-depasse-la-seule-c

      Pour la politiste à l’université Lyon-II Sophie Béroud, « la défiance envers les syndicats existe depuis plusieurs années », mais les violences de ce week-end rappellent les modes opératoires de l’extrême droite.

      [...]

      Mais ce qui s’est passé samedi ressemble à autre chose. Si l’enquête démontre que les auteurs des faits sont bien issus de l’extrême droite, comme l’affirme la CGT, cela fait penser aux années 1970, quand, dans le secteur de l’automobile, mais aussi de l’agroalimentaire, des syndicats « maison » d’extrême droite étaient payés pour réprimer les militants de la CGT. C’est inquiétant sur ce que cela dit de l’influence de l’extrême droite en France plus que sur ce que cela transparaît de la perte de vitesse des syndicats.

    • « Une personne vient nous voir et nous informe qu’elle aurait entendu un flic en civil, dire à un responsable de la CGT, qu’ils allaient procéder à des arrestations dans le bloc. »

      Il semble donc qu’à #Lyon c’est bien la collaboration avec les flics #ELI qui a (re)lancé les hostilités. Quand à l’attaque du SO « protecteur » des sans papiers, sans surprise ce n’est pas l’extrême droite mais bien un combat de coqs...
      https://groupeantifascistelyonenvirons.wordpress.com/2021/05/04/communique-suite-a-la-manif-du-1er-mai

    • L’attaque contre la CGT révèle les tensions au sein du mouvement social | Mediapart 05/05/2021

      https://www.mediapart.fr/journal/france/060521/l-attaque-contre-la-cgt-revele-les-tensions-au-sein-du-mouvement-social?on

      En effet, la CGT communique beaucoup pour rappeler que le temps est loin où ses cortèges étaient encadrés par des gros bras du syndicat du Livre et des cheminots. « Ceux qui participent à la sécurisation des manifestants, ce sont des salariés, des jeunes, des moins jeunes, de diverses professions, détaille Philippe Martinez. Ce sont des militants, des militantes, mais d’abord des salariés du public et du privé, parfois des retraités. Participer à l’encadrement des manifs, ce n’est pas un métier, c’est un acte militant. »

      Le secrétaire général de la CGT insiste sur le rôle qui est fixé au SO : « On n’est pas des auxiliaires de police. Nous, notre responsabilité, c’est que le défilé, qui est bien délimité, se passe dans les meilleures conditions. On s’occupe de ceux qui sont dans le cortège des organisations syndicales. Tout ce qui se passe à l’extérieur de ce cortège, c’est de la responsabilité des forces de l’ordre et du préfet. »

      Le texte signé par Solidaires dit les choses un peu différemment, mais le fond est identique : « Il n’est pas question d’imposer à quiconque sa stratégie mais le respect des stratégies différentes doit être mutuel. La stratégie de Solidaires est de permettre au plus grand nombre de manifester dans les meilleures conditions possibles afin de construire un rapport de force favorable pour gagner sur nos revendications. »

      Un argument qui ne convainc pas forcément les habitués des manifestations, mais en dehors des syndicats. Par exemple Priscillia Ludosky, initiatrice de la pétition sur le prix du carburant qui a fait naître le mouvement des gilets jaunes, et devenue une figure des mobilisations, identifiée comme appartenant à la gauche.

      Le 2 mai, la militante s’est fendue d’un tweet remarqué où elle commentait l’équipement du SO : « Le service d’ordre de la CGT est devenue une annexe de la BAC : matraque, gaz… » Son message a causé un certain émoi, des responsables de la CGT l’ont appelée pour discuter. Mais sa position n’a pas beaucoup évolué : « Je me pose toujours la question de l’équipement, déclare-t-elle à Mediapart. À quel titre ont-ils le droit d’avoir ce type de matériel, alors que lors du mouvement des gilets jaunes, même les “street medics” se faisaient parfois embarquer leur équipement ? »

      Priscillia Ludosky n’est pas plus convaincue par « la façon dont les gens des syndicats gèrent les manifestations » : « Je comprends bien qu’ils n’avancent pas lorsque des membres du black bloc viennent tout casser, mais le 1er mai, c’était différent. Ils nous ont laissé nous faire gazer dans tous les sens… Ils ne se mélangent pas aux autres, ils n’appliquent pas la convergence des luttes qu’ils disent toujours rechercher. »

      L’incompréhension est valable dans les deux sens. Chez les syndicats, les craintes ne sont pas nées ce 1er-Mai. « Depuis le mouvement sur les retraites, nous avons de plus en plus de difficultés à manifester avec des individus hostiles aux syndicats qui tentent par exemple de s’en prendre à nos camions syndicaux », écrivent les responsables du SO de Solidaires.

      Les attaques ont démarré il y a plusieurs mois

      Les diverses composantes du mouvement social font le compte des incidents. En décembre 2019, au début du mouvement contre la réforme des retraites, un camion de la fédération Sud Santé Sociaux a été attaqué, ses vitres brisées. « Certains individus qui apparaissent parmi les assaillants du 1er mai font partie de ceux qui ont attaqué le camion », assure Solidaires aujourd’hui.

      Une nette montée des tensions a surtout été remarquée à partir du début des contestations de la loi pour une sécurité globale, fin 2020. Lors de la grande manifestation du 28 novembre, le camion des organisateurs avait déjà été la cible d’un caillassage en règle, en plein cortège et alors qu’aucune échauffourée n’était en cours.

      C’est surtout la manifestation suivante, le 5 décembre, qui a marqué les esprits : le carré officiel a été attaqué à deux reprises par des membres du cortège de tête. C’est ce que décrit avec précision ce texte rédigé par des « communistes libertaires syndiqué·e·s à la CGT et à Solidaires », qui parlent carrément de « coups de poignard dans le dos ».

      Ces attaques, et les débats qu’elles ont déclenchés au sein de la coordination contre la loi sécurité globale, expliquent que la coordination n’ait pas appelé officiellement à manifester le 12 décembre, estimant qu’elle n’était pas en mesure de garantir la sécurité des participants – le 12, ce sont finalement les policiers et gendarmes qui ont empêché que le défilé ait réellement lieu. Le 16 janvier, enfin, Philippe Martinez a été copieusement insulté.

      D’autres observateurs font remonter les tensions au « contre-G7 » qui s’est tenu fin août 2019 au Pays basque. Les incompréhensions régnant dans le camp où s’étaient installés les manifestants ont donné lieu à des quasi-affrontements entre associations installées et « autonomes », désireux de s’en prendre aux forces de l’ordre. Ces dernières avaient menacé à plusieurs reprises d’investir le camp.

      Attac, l’une des associations-pivots de l’événement, a écrit en septembre 20019 un long texte, pesé au trébuchet, pour regretter en creux les désaccords : « Nous ne pensons pas que notre camp politique se réduise à celles et ceux qui pratiquent uniquement le même type d’actions que nous. À ce titre, nous n’avons jamais condamné aucune autre action, fût-elle qualifiée de violente par les médias et/ou l’État. […] Dans la même logique, nous avons souhaité que nos propres cadres de mobilisation soient respectés, avec le consensus d’action qui les accompagne. »

      Les militants CGT eux-mêmes divisés

      Difficile de savoir ce que pense de ces évolutions le milieu dit des « autonomes », qui n’ont par définition pas de représentants. Un jeune collectif parisien qui s’était réjoui des actions contre la CGT le 1er-Mai s’est livré le lendemain à une sévère autocritique. Et les médias considérés comme proches de ce courant de pensée ont évité de se mouiller.

      Le site Lundimatin, sans doute le plus connu d’entre eux, n’a ainsi ni approuvé ni condamné l’attaque contre la CGT. « Ce que la surexposition médiatique et politique de cette bagarre permet d’occulter, c’est le déroulé réel de ce 1er-Mai, l’état des forces en présence et leurs stratégies (ou absence de stratégie). Ce que nous avons vu, c’est un cortège syndical affaibli stopper la manifestation pendant quasiment deux heures afin de se distinguer d’un cortège “de tête” massif », écrivent seulement ses animateurs, fidèles à leur ligne – et tant pis si cette fois, le cortège de tête était bien moins « massif » qu’il ne l’a été par le passé.

      Aujourd’hui, le débat a aussi lieu en interne dans les syndicats. Et à la CGT en particulier. Exemple parmi d’autres, dans un groupe de militants habitués à échanger leurs impressions, l’un critique les attaques contre le SO : « Difficile de dire si le but de cette minorité agressive est d’empêcher les citoyens de manifester mais c’est en tout cas le résultat. […] Nul ne souhaite empêcher les plus marginalisés de manifester leur colère dans la rue mais qu’ils s’en prennent aux forces du désordre au lieu de frapper des syndicalistes. »

      Un autre, en revanche, refuse de condamner : « Je me revendique cégétiste, mais aussi Gilet jaune et militant révolutionnaire, et je ne pense pas être raciste ou homophobe, encore moins fasciste ou flic... Cependant les cortèges festifs de la CGT à Paris me lassent. La confédération et les unions départementales confondent, selon moi, les carnavals brésiliens et les mouvements contestataires qui devraient être à la hauteur de la répression et de la dictature qu’on se prend dans la gueule ! »

      Sans doute bien consciente du caractère délicat de la situation, la CGT n’a pas oublié de mettre largement en cause la stratégie de la préfecture de police de Paris et de son chef, Didier Lallement, qu’ils estiment responsables de leur agression : les policiers présents en nombre à Nation n’ont guère bougé pendant l’attaque des camionnettes, et ont refusé d’ouvrir les barrières qui leur bloquaient le passage.

      « Nous étudions les possibilités de dépôt de plainte, y compris vis-à-vis du préfet de police », a déclaré Philippe Martinez lors de sa conférence de presse. Valérie Lesage a pour sa part demandé que le préfet de police soit « révoqué », car « il a failli à de nombreuses reprises à la protection des manifestants et à l’exercice du droit de manifester ». La CGT va en outre « demander l’ouverture d’une enquête parlementaire, afin de faire la clarté sur la gestion du maintien de l’ordre lors de la manifestation de ce 1er-Mai, ainsi que lors des manifestations depuis 2016 », a-t-elle annoncé.

  • A la recherche des électeurs de Guillaume Delbar à Roubaix 30 avril 2021 - mediacité

    De qui le maire de Roubaix est-il l’élu ? C’est la question posée par trois politologues lillois - Rémy Bretton-Wylk, Fabien Desage et Tristan Haute - il y a un peu plus d’une semaine, dans la revue en ligne spécialisée Métropolitiques. Une question fort attrayante pour tous les amoureux de la chose électorale. Mais qui risque d’être un peu déçus par la réponse de nos experts. Bien que riche d’enseignements, en effet, celle-ci n’est que partielle. Nous avons donc tenté d’en savoir plus en interrogeant un des auteurs.


    Guilaume Delbar. Photo Francis Verhelst/Wikipedia.
    Le pitch de départ est connu : Guillaume Delbar https://www.mediacites.fr/portrait/lille/2019/12/06/roubaix-guillaume-delbar-la-revanche-de-loutsider , maire sortant, ex-LR, passé en 2019 dans l’orbite d’Emmanuel Macron, est réélu assez confortablement au deuxième tour des municipales de juin 2020. Il s’impose face au candidat d’union d’une partie de la gauche, Karim Amrouni https://www.mediacites.fr/portrait/lille/2020/06/19/municipales-le-quitte-ou-double-du-docteur-amrouni-a-roubaix , par 56 % des voix contre 44 %. Et ce alors qu’il ne l’avait emporté que de justesse en 2014, à l’issue d’une quadrangulaire très disputée. Un succès incontestable à un petit-gros détail près : l’abstention a été massive.

    Près de 8 électeurs sur 10 ne se sont pas déplacés. Résultat, avec seulement 5776 voix - un millier de moins . . .

    La suite payante : https://www.mediacites.fr/breve/lille/2021/04/30/a-la-recherche-des-electeurs-de-guillaume-delbar-a-roubaix

    #Roubaix #politique #élections #bourgeoisie #élections

    • De qui le maire de Roubaix est-il l’élu ?

      Rémy Bretton-Wilk & Fabien Desage & Tristan Haute - 19 avril 2021

      Analysant les effets croisés de la ségrégation spatiale et de l’abstention sur les résultats électoraux, Rémy Bretton-Wilk, Fabien Desage et Tristan Haute démontrent l’existence d’une « prime au vote bourgeois » dans l’une des villes les plus pauvres de France.

      Souvent présentée comme « la ville la plus pauvre de France », Roubaix, qui avait placé Jean-Luc Mélenchon (LFI) en tête du premier tour de la dernière élection présidentielle avec 36 % des voix, est dirigée depuis 2014 par Guillaume Delbar, un maire Les Républicains (devenu « divers droite » en 2017). Élu de justesse dans une quadrangulaire en 2014 (34,8 % des suffrages exprimés au second tour) malgré l’importance du score LFI en 2017, le maire est parvenu à conserver assez facilement la mairie en 2020 avec 56 % des suffrages exprimés au second tour.

      La déconnexion entre les résultats aux élections nationales et locales à Roubaix ne peut se comprendre qu’en tenant compte d’un différentiel d’abstention important qui, loin de concerner la ville de manière homogène, touche plus fortement ses quartiers populaires. La victoire aisée de la droite lors de la dernière élection municipale s’explique par une mobilisation électorale à la fois faible et socialement différenciée, ainsi que par une impressionnante capacité de la droite à mobiliser la bourgeoisie locale, là où la gauche, divisée, ne parvient plus à attirer les classes populaires pourtant largement majoritaires. Pour le dire autrement, l’abstention massive dans les quartiers populaires donne une véritable « prime » aux votes dans les quartiers bourgeois, dont le poids relatif dans l’élection se trouve accru.

      Une abstention massive et socialement située

      Le cas roubaisien a été peu étudié en sociologie électorale (Etchebarne 1983 ; Lefebvre 2002). À l’image de ce qui a été observé au niveau national (Jaffré 2020), la ville connaît une hausse continue de l’abstention depuis les années 1990, aggravée par le niveau du chômage, la précarité socio-économique et la faiblesse des diplômes au sein de la population locale. Ainsi, l’abstention était majoritaire dès 2001, atteignant 55 % au premier tour des élections municipales contre 33 % au niveau national : dix points de plus qu’en 1995 et vingt de plus qu’en 1989 (Lefebvre 2002). Depuis, elle n’a cessé d’augmenter : 60 % en 2008, 62 % en 2014 et 78 % en 2020, en pleine crise sanitaire. Plus de trois Roubaisiens inscrits sur quatre ne se sont donc pas rendus aux urnes.

      Les maires de Roubaix sont de plus en plus « mal élus », au sens où leur élection repose sur un nombre de suffrages de plus en plus faible. En 2001 et en 2008, René Vandierendonck, tête de liste de la gauche socialiste mais ancien dauphin du maire UDF-CDS André Diligent (1983-1994), était élu avec respectivement 8 787 et 8 907 voix. En 2014, Guillaume Delbar n’était élu qu’avec 6 949 voix. En 2020, sa victoire ne reposait plus que sur 5 776 voix dans une ville qui compte près de 100 000 habitants.

      Pour les candidats, l’enjeu est dès lors moins de conquérir des « parts de marché électoral » que de s’assurer le soutien des groupes les plus mobilisés, dont le poids relatif dans l’élection se trouve accru. Or, à Roubaix comme ailleurs, l’abstention est socialement située (Haute 2020 ; Braconnier et al. 2017). Bien que majoritaire en 2020, l’abstention dans les bureaux « bourgeois » reste quinze points inférieure à celle observée dans le reste de la ville (voir Tableau 1). À cette abstention plus faible s’ajoute également une meilleure inscription sur les listes électorales dans ces quartiers privilégiés (Braconnier et al. 2017).

      Les inégalités sociales de mobilisation électorale tendent ainsi à renforcer le poids électoral des classes supérieures : si les quatre bureaux « bourgeois » ne rassemblent que 6 % de la population roubaisienne âgée de 15 ans et plus, ils agrègent déjà 8 % des inscrits sur les listes électorales et entre 12 % et 13 % des votants (respectivement au 1er et 2e tour des municipales de 2020). Leur poids relatif dans le résultat final s’en trouve très sensiblement accru.

      Ce constat n’est pas spécifique aux scrutins locaux mais, lors de la présidentielle, le poids de ces bureaux était réduit du fait de la plus forte participation dans l’ensemble de la ville : les quatre bureaux bourgeois rassemblent moins de 10 % des votants au premier tour de l’élection présidentielle de 2017, contre plus de 12 % en 2020.

      Tableau 1. Résultats des élections municipales de 2020 et présidentielles de 2017 selon le type de bureau de vote (en % des inscrits)


      Source : Ministère de l’Intérieur, 2020 ; traitements par les auteurs.

      Roubaix, pauvre mais aussi ségréguée _

      À l’image de ce qui a été réalisé dans d’autres villes (Rivière 2014 ; Batardy et al. 2017), détailler l’analyse des données électorales et sociodémographiques, à l’échelle des quarante-six bureaux de vote de la ville permet de mieux saisir l’hétérogénéité sociale et électorale d’un espace urbain.

      En l’occurrence, à Roubaix, l’effet de la différenciation sociale des comportements électoraux est amplifié par la ségrégation de la ville. Véritable « ville usine » du textile (Pétillon 2006), Roubaix est victime de la désindustrialisation dès les années 1960 et connaît vite un chômage de masse. Loin d’enrayer la situation, les politiques urbaines tendent plutôt à accroître les inégalités au sein de la ville (Vulbeau 2018 ; Collectif Degeyter 2017). À Roubaix cohabitent en effet les fractions les plus précaires des classes populaires et une bourgeoisie, au passé industriel mais reconvertie dans d’autres secteurs d’activité (grande distribution, banques…), à laquelle se sont greffés des cadres du privé travaillant dans la métropole lilloise et séduits par un immobilier bon marché. Ces classes supérieures se concentrent dans une toute petite partie de la ville, aux abords du parc Barbieux notamment (figures 2 à 5), à quelques kilomètres mais à « mille lieues » des logements sociaux et de l’habitat privé modeste qui caractérisent les anciens quartiers industriels de la ville, comme Le Pile, Le Cul de Four, l’Alma, ou l’Épeule (figure 1).

      Figure 1. Les quartiers de Roubaix


      Source : Ville de Roubaix, 2017, typologie couleur par les auteurs.

      Figure 2. Avenue Jean-Jaurès (qui longe le parc Barbieux) - Photo : F. Desage.

      Figure 3. Avenue Gustave-Delory (est du parc Barbieux) - Photo : F. Desage.

      Figure 4. Boulevard du Général-de-Gaulle (nord du parc Barbieux) - Photo : F. Desage.

      Figure 5. Rue Colbert (nord-ouest du parc Barbieux) - Photo : F. Desage

      Cette ségrégation socio-spatiale se traduit dans les caractéristiques des bureaux de vote. Le tableau 2 révèle ainsi le profil social très spécifique de quatre d’entre eux, que nous qualifions ici de « bourgeois », marqués par une surreprésentation très nette des diplômés du supérieur, des retraités, des cadres et des propriétaires et par une sous-représentation des immigrés.

      Tableau 2. Caractéristiques sociales des bureaux de vote roubaisiens - Source : INSEE, 2016 ; traitement par les auteurs

      Une bourgeoisie acquise à la droite, une gauche qui ne mobilise pas les quartiers populaires

      En pourcentage des inscrits le résultat de la liste de Guillaume Delbar dans les quatre bureaux bourgeois est près de trois fois supérieur à son résultat dans le reste de la ville, au premier comme au second tour. Les bureaux bourgeois, qui ne pèsent que pour 6 % de la population roubaisienne, fournissent ainsi respectivement 20 % et 18 % des voix de la liste de Guillaume Delbar au premier et au second tour.

      Si elles ne font pas basculer l’élection, les 1 045 voix recueillies par G. Delbar au second tour dans les quatre bureaux bourgeois (contre 4 731 dans les 42 autres bureaux de la ville) lui assurent une victoire confortable : sans ces quatre bureaux, l’écart entre le maire élu et son challenger divers gauche, Karim Hamrouni, aurait été de moins de 500 voix.

      Deux anamorphoses permettent de préciser l’analyse. Dans la première (figure 6), l’aire des bureaux de vote est proportionnelle à la population résidente. Dans la seconde (figure 7), l’aire des bureaux de vote est proportionnelle au nombre de voix obtenues par la liste Delbar au 2e tour des municipales de 2020. La comparaison des cartes fait apparaître deux types de déformations. D’un côté, les quartiers de Barbieux et du Nouveau Roubaix occupent une surface bien plus importante dans la figure 7 que dans la figure 6 : quelques quartiers concentrent les votes en faveur de la liste Delbar. D’un autre côté, les quartiers populaires (l’Alma, le Cul de Four, le Pile, l’Épeule) voient leur surface nettement réduite dans la figure 7 par rapport à la figure 6, preuve que, même si la population roubaisienne s’y concentre, ces quartiers contribuent très marginalement à la victoire électorale de la droite.

      Figure 6. Anamorphose : l’aire des bureaux de vote est proportionnelle à leur population résidentielle


      Source : INSEE, 2016 ; Ville de Roubaix, 2017 ; traitement : R. Bretton-Wilk, Qgis 3.14.

      Figure 7. Anamorphose : l’aire des bureaux de vote est proportionnelle au résultat qu’y obtient la liste Delbar au second tour (2020)


      Source : Ministère de l’Intérieur, 2020 ; traitement : Rémy Bretton-Wilk, Qgis 3.14.

      Cette surmobilisation de la bourgeoisie locale en faveur de la droite et la faible capacité de la gauche à mobiliser son camp, en particulier les nouvelles classes populaires racisées et discriminées, ne sont pas nouvelles (Masclet 2003 ; Hadj Belgacem 2016). D’une part, si Roubaix fut un « bastion socialiste », longtemps détenu par la SFIO, la majorité socialiste n’était obtenue, dès 1945, qu’à la faveur d’une alliance de « troisième force » avec les chrétiens-démocrates (Lefebvre 2004). Après la victoire de la droite en 1983, le retour à gauche de la ville, en 2001, s’explique d’ailleurs en grande partie par le ralliement à la gauche du maire centriste sortant, René Vandierendonck (Lefebvre 2002 ; Desage 2006). D’autre part, la géographie électorale roubaisienne apparaît très stable sur le temps long, à l’instar des lignes de clivage socio-spatiales au sein de la ville : les bureaux autour du parc Barbieux étaient déjà, en 1983, les plus favorables au nouveau maire UDF-CDS (Etchebarne 1983) et constituaient, en 2001, la principale zone de force électorale d’une droite divisée et passée dans l’opposition (Lefebvre 2002).

      Ce double effet de polarisation sociale et de surmobilisation de la bourgeoisie locale prend toutefois un aspect décisif, dès lors que la gauche, fortement divisée, ne parvient plus à mobiliser l’électorat populaire. Le faible intérêt pour la politique institutionnelle et la pratique intermittente du vote n’empêchent pas l’existence d’autres formes de mobilisations sociales (Collectif Rosa Bonheur 2019) et politiques (Talpin 2020), mais celles-ci se traduisent difficilement en dynamiques partisanes et électorales.

      Prime au vote bourgeois et orientations de l’action publique

      Si le maire de Roubaix n’est pas le maire des seuls quatre quartiers bourgeois – dont les suffrages n’auraient pas suffi à le faire élire – il leur est néanmoins électoralement redevable.

      Ce soutien électoral des quartiers privilégiés ne résume pas à lui seul l’influence des habitants les plus insérés économiquement et socialement sur la politique du maire : ils disposent d’autres ressources pour se faire entendre. Il serait toutefois naïf de penser que ce soutien électoral ne joue aucun rôle. Les recherches de Max Rousseau (2010) sur les origines des politiques de « gentrification » à Roubaix dans les années 1990 ou de Yoan Miot (2012) sur les politiques de « renouvellement urbain » pointent en effet le rôle décisif des élites économiques locales dans la promotion de politiques publiques favorables aux intérêts des propriétaires et investisseurs : leur poids se retrouve notamment dans l’adoption de mesures valorisant la « bonne image » de la ville, son patrimoine et son « attractivité ».

      Les effets électoraux de cette répartition géographique très inégalitaire de l’électorat étant attestés, il serait utile d’analyser plus en détail ses conséquences tant sur les actions engagées par les municipalités de droite que sur la marginalisation des groupes sociaux les moins audibles.

      Bibliographie *
      • Audemard, J. et Gouard, D. 2016. « Le bureau de vote : objet et terrain d’enquêtes électorales », Pôle Sud, n° 44, p. 5-19.
      • Batardy, C., Bellanger, E., Gilbert, P. et Rivière, J. 2017. « Présidentielle 2017. Les votes des grandes villes au microscope », Métropolitiques [en ligne], 9 mai 2017.
      • Braconnier, C., Coulmont, B. et Dormagen, J.-Y. 2017. « Toujours pas de chrysanthèmes pour les variables lourdes de la participation électorale. Chute de la participation et augmentation des inégalités électorales au printemps 2017 », Revue française de science politique, 2017, n° 67, p. 1023-1040.
      • Collectif Degeyter. 2017. Sociologie de Lille, Paris : La Découverte.
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      • Etchebarne, S. 1983. « L’urne et le xénophobe. À propos des élections municipales à Roubaix en mars 1983 », Espace, populations, sociétés, n° 2, p. 133-138.
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      • Hadj Belgacem, S. 2016. « Reconquérir la jeunesse des cités ? Enjeux et contradictions d’un Conseil Local des Jeunes dans une municipalité communiste », Mouvements, n° 85, p. 95-103.
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      • Talpin, J. 2020. Bâillonner les quartiers. Comment le pouvoir réprime les mobilisations populaires, Lille : Les Étaques.
      • Vulbeau, J. 2018. « La rénovation urbaine à Roubaix : une modernisation sous tension (1957-1972) », Revue du Nord, n° 424, p. 191-219.

      #vote #maires #abstention #quartiers_populaires #ségrégation #bourgeoisie #élections #Nord–Pas-de-Calais #Roubaix #cartes #sociologie #classes_populaires #droite #gauche #géographie_électoral #gentrification #renouvellement_urbain # élites #politiques_publiques #inégalités #électorat_populaire

  • Les restaurants israéliens regorgent de clients mais manquent de personnel Par Shoshanna Solomon - 29 Avril 2021

    Les jeunes travailleurs habituellement employés dans les restaurants et les bars ne sont pas revenus, préférant les allocations chômage aux emplois précaires

    La semaine dernière, dans un Aroma Espresso Bar de Tel Aviv, les clients étaient assis à l’extérieur, sirotant des cappuccinos, grignotant des sandwichs et se délectant du simple plaisir d’être sans masque et entre amis.


    Le marché de Sarona à Tel-Aviv accueille de nouveau des clients, le 21 avril2021. (Crédit : Miriam Alster/FLASH90)

    Même scénario au café-restaurant Matilda, dans le quartier verdoyant de Maoz Aviv, où les clients dégustaient leur repas alors qu’une légère brise venait tempérer la chaleur du soleil et que le virus qui a confiné les gens chez eux pendant des mois semblait, à ce moment-là, n’appartenir qu’à un lointain cauchemar.

    Alors qu’Israël sort de la pandémie de coronavirus grâce à une campagne de vaccination inégalée à travers le monde, l’économie semble se remettre en marche. Les réservations de restaurants sont difficiles à obtenir et les cafés débordent de clients de bonne humeur, déEt pourtant, tout n’est pas revenu à la normale. Au café Aroma, la nourriture était servie dans des assiettes en carton, les salades dans des récipients en plastique, avec des couverts jetables. Au Matilda, une seule serveuse prenait les commandes et distribuait les plats.sireux d’embrasser une réalité post-pandémique.


    Des Israéliens assis aux terrasses des restaurants à Tel Aviv, le 4 avril 2021. (Crédit : Miriam Alster/FLASH90 )

    En effet, ces établissements, qui ont été contraints de fermer ou de passer à la vente à emporter pendant les confinements et qui ont mis leurs employés en congé sans solde ou les ont licenciés, ont maintenant du mal à les récupérer.

    Avant que le coronavirus ne frappe, Matilda employait une équipe de 10 à 12 personnes rémunérées à l’heure, âgées pour la plupart de 18 à 24 ans. Mais aujourd’hui, le personnel n’en compte plus que quatre, a déclaré Alon Kedem, 48 ans, propriétaire de ce restaurant vieux de 22 ans, considéré comme un repère dans le quartier.

    Autrefois ouvert sept jours sur sept, de 7 heures à 23 heures, pour le petit-déjeuner, le déjeuner et le dîner, le restaurant a réduit ses horaires et allégé son menu par manque de main-d’œuvre, a déploré Kedem.


    Alon Kedem, à droite, propriétaire du restaurant Matilda, qui existe depuis 22 ans dans le nord de Tel Aviv (Crédit : Shoshanna Solomon/Times of Israel).

    « Je ne trouve pas de main-d’œuvre », a déclaré Kedem. Lorsque les confinements ont été imposés, il a fermé le restaurant et renvoyé ses employés chez eux, et a commencé à servir du café et des croissants pour le petit-déjeuner dans son stand de pizza à emporter situé à proximité. Aujourd’hui, malgré la réouverture du restaurant, le manque de personnel entrave la croissance de son activité.

    L’un de ses employés, en congé sans solde, a refusé de reprendre le travail. D’autres ont trouvé des emplois, comme la livraison de nourriture, qui paient mieux et offrent des horaires flexibles plutôt que des schifts, a déclaré Kedem.

    La pandémie a causé des ravages dans de nombreux établissements de restauration, a-t-il ajouté. « Je suis ici depuis 22 ans et je n’ai pas l’intention d’abandonner juste à cause d’une année de coronavirus », a-t-il dit. « Mais si je venais de créer mon entreprise, je repenserais certainement à ma façon d’avancer. Il me serait plus facile de lâcher prise et de regarder dans d’autres directions si mon travail n’était pas si étroitement associé à mon foyer dans mon cas. »
    . . . . . .
    Suite : https://fr.timesofisrael.com/les-restaurants-israeliens-regorgent-de-clients-mais-manquent-de-p

    #économie #restauration #travail #restaurant #main_d_oeuvre #personnel #esclavage #covid #coronavirus #restaurant
     

  • #MeToo : le patron d’une maison d’édition mis en cause - Page 1 | Mediapart
    https://www.mediapart.fr/journal/france/210421/metoo-le-patron-d-une-maison-d-edition-mis-en-cause?onglet=full

    Mediapart a recueilli de nombreux documents et les témoignages d’une vingtaine de femmes ayant un jour croisé la route de Stéphane Marsan, patron des éditions Bragelonne, spécialisées dans les littératures de l’imaginaire. Autrices, éditrices, étudiantes, traductrices ou stagiaires… Toutes font part de remarques et de gestes inappropriés, à connotation sexuelle, dans un cadre professionnel.

  • Liaisons dangeureuses
    https://lundi.am/Liaisons-dangeureuses

    Un-e manifestant-e avertit en vaut deux

    Manifs & liaisons dangeureuses
    https://rebellyon.info/e-Liaisons-dangeureuses-23068

    Pour rétablir l’ordre en période de contestation, la police n’est jamais à cour d’idées. Dernière en date : les ELI. Des agents présent pour dialoguer avec les manifestants, expliquer, entamer des « négociations », préciser les zones interdites et les itinéraires de dispersion, désolidariser la foule de l’action des plus déterminés, agir sur les réseaux sociaux... Petit tour d’horizon de ce nouveau dispositif policier.


    #maintien_de_l'ordre #SNMO #acab

  • De qui le maire de #Roubaix est-il l’élu ?
    https://metropolitiques.eu/De-qui-le-maire-de-Roubaix-est-il-l-elu.html

    Analysant les effets croisés de la #ségrégation spatiale et de l’abstention sur les résultats électoraux, Rémy Bretton-Wilk, Fabien Desage et Tristan Haute démontrent l’existence d’une « prime au #vote bourgeois » dans l’une des villes les plus pauvres de France. Souvent présentée comme « la ville la plus pauvre de France », Roubaix, qui avait placé Jean-Luc Mélenchon (LFI) en tête du premier tour de la dernière élection présidentielle avec 36 % des voix, est dirigée depuis 2014 par Guillaume Delbar, un maire #Terrains

    / #Hauts-de-France, #Nord–Pas-de-Calais, vote, #maires, #abstention, #quartiers_populaires, ségrégation, #bourgeoisie, (...)

    https://metropolitiques.eu/IMG/pdf/met_brettondesagehaute.pdf

  • Exiting democracy, entering authoritarianism: state control, policing and surveillance in Greek universities

    A bill regarding the “safety” and policing of Greek universities, among other issues, was voted on the 11th of February 2021, by 166 MPs from New Democracy, the right-wing ruling party, and Greek Solution, a far-right party, despite the unanimous opposition of left-wing parties (132 MPs), the Greek academic and student community and police unions. It came in the context of the COVID-19 pandemic which has arguably been an extremely difficult, painful, insecure, traumatic and challenging situation that has affected everyone’s life, including economic, health and cultural systems around the world. That context is accompanied by an extremely uncertain, obscure and blurry future that heightens insecurity globally and locally. The education system has been particularly affected with universities being closed for over a year; teaching is only taking place virtually (with detrimental effects on the mental health of both teaching staff and students); and where it is extremely difficult due to social distancing regulations for the educational community to come together, discuss and exchange views on pressing matters regarding the future of Higher Education.

    What does the bill entail?

    The bill “Admission into Higher Education, Protection of Academic Freedom, Upgrading of the Academic Environment and further provisions”, which became law (4477/2021) on the 17th of February 2021, requires from all Higher Education institutions the implementation of security systems such as: the surveillance and recording of both image and sound (CCTV cameras, microphones etc) on open and closed University spaces; movement censors and alarm systems; restricted access to university spaces only for university staff and students or even biometric controls at the entrances; electronic detection systems for illegal substances and objects; and Control Centers for Signals and Images to be established within University premises.

    The law also dictates the introduction of both Units and Committees for “Safety and Protection”, as well as Disciplinary Councils for Students together with a list of a variety of disciplinary offences. The former will be responsible for the drafting, implementation, assessment and management of security agendas and requirements for each individual university, while the latter will be conducting “disciplinary interrogations” and fulfill duties such as: autopsy, witness cross-examination, interrogation of the “persecuted” and composing experts’ reports. The Disciplinary Council will have the power to impose fines and even expel students who have committed disciplinary offences. The Units and Committees for Safety and Protection as well as the Disciplinary Councils, will be composed by University teaching and research staff, transforming them thus, from teachers and researchers to cops and security managers.

    Importantly, Article 18 of the law also dictates for the first time in a democratic European country the establishment of a police security force for universities under the name: “Squads for the Protection of Universities”. The Squads will be carrying a truncheon, handcuffs and anaesthetic/pepper spray gases; they will be patrolling campuses and police stations are to be established within University premises without the consent of university authorities. Further, these squads are to be staffed initially with 1030 police officers (Special Guards), a number that is set to increase depending on the “security needs” of each institution. While for the Prime Minister, Kyriakos Mitsotakis, the creation of these Squads and the extensive surveillance of public Universities are “a means of closing the door to violence and opening the way to freedom” and “it is not the police who enter universities, but democracy”; for the majority of the academic community as well as opposition parties, this legislation is an alarming move towards authoritarianism as it opens the doors to the permanent policing and surveillance of universities.

    Abolishing the self-rule of universities and academic freedom through permanent policing, surveillance and disciplining of universities

    To assess those worries we need firstly to set the context. Greek universities (in something that is often uncommon in universities in the Anglo-American part of the world, but very common in Southern Europe, France and Latin America) are very much intertwined with Greek politics and wider social struggles. They constitute an energetic social and political space, which is closely connected to and strengthens wider society’s social struggles against forms of oppression and injustice, rather than simply being sterile spaces of providing information. As such they have historically played a crucial role in Greek politics and constitute “a stronghold of democracy”. Students who occupied the National Technical University of Athens in 1973 against the military junta - an occupation which ended when tanks invaded the gates of the University killing dozens of students and people in the surrounding areas - are considered to be one of the key factors for the overthrown of the junta regime and the transition of Greece to democracy. Since then the academic and student community has been engaging in various forms of protest and solidarity to wider social struggles, while the entrance of police to university premises was banned by law in 1982. The police were only eligible to enter after a University Dean’s request or if a serious crime took place. The “asylum” law as it was called, was abolished in August of 2019, almost as soon as the conservative government of New Democracy came to power.

    Within this context, the fact that the education law (4477/2021) was drafted for the first time in Greek history jointly by both the Ministry of Education and the Ministry of Citizen’s Protection (i.e. Ministry of Policing), shapes as will become clear, the character and goals of the legislation; which are nothing less than the targeting and criminalization of the socio-political character of the Greek University and academic freedom.

    Therefore the first thing to consider that substantiates the worries of the academic community is that the 1030 police officers (Special Guards) who will form the “Squads for the Protection of Universities” will not have graduated from the 3-year Police Academy degree, which was the principle requirement so far in police hiring procedures. Rather Special Guards are trained through speedy processes and are staffed through rapid hiring procedures of candidates that have declared an interest in becoming police officers, hold simply a high school degree and have completed their military service (compulsory for men in Greece) – preferably from the special forces, reserve military forces, Presidential Guard or from 5-year forces of military volunteers or from bodies of professional soldiers. In the summer of 2019 when the right-wing government of New Democracy was elected, 1,500 Special Guards were recruited to staff riot police and motorbike police (DIAS squads) and now 1030 more will staff University Police. As the Reader of Criminology at Teesside University, George Papanikolaou, argues, we are witnessing a restructuring of the Greek police, whereby male personnel shaped through military type of training and culture will be incorporated in frontline squads to deal with citizens.

    It is no wonder then, given the historical tensions in Greece between student movements and the police, that the academic and student community fear a regression to an authoritarian state, where they will be dealt with as “internal enemies” and handled accordingly. These fears become more and more real as both before and after the bill was passed, the police have engaged in widespread blind violence and authoritarian practices: driving motorbikes at students peacefully protesting against the bill; breaking the teeth and jaw with a fire extinguisher of a peaceful student protestor; torturing in public sight a student that was member of the student group, which as a form of protesting against the educational law had peacefully occupied the administration building of the Aristotelian University of Thessaloniki; and even kidnapping students from their own houses in the city of Chania, Crete.

    It should also be noted that the lack of training of the Special Guards has also raised serious concerns and objections within police unions, who unilaterally oppose the staffing of the university squads in such a way. Despite the lack however of proper training, these squads will have the authority to patrol, arrest, conduct preliminary interrogations, prevent and address any “deviant” or criminal behaviour within University spaces (Article 18); and are to staff the Control Centers for Signals and Images together with university personnel. The fact that the law (Article 19) clearly states that Special Guards can perform all police duties except for preliminary interrogation, a function that they are set to perform in universities, creates serious questions for the academic and student community. It is also not clarified by the law what is meant by “deviant” behavior or the ways in which these squads are going to “prevent” it (i.e. will they stop and search students and staff and conduct inspections in teaching rooms)? Further, university authorities are to facilitate the new patrolling “Special Forces” in “all possible ways” to implement their duties. Again, it remains unclear by the law what this facilitation will entail and whether Deans and university Senates will have the right to object or even to reject such facilitation.

    This last point leads us to the most important issue about this legislation. The educational law (Article 18 para.5) dictates that these police squads will not answer to university authorities, as required so far by the constitutional autonomous character of universities. Instead, they will directly fall under the mandate of the Ministry of Citizen’s Protection and the Greek police. All these aspects are very distant from the protection of academic freedom that the legislation alleges to support. Academic freedom entails freedom of scientific research and teaching, freedom of circulation of ideas as well as, the constitutional prerequisite of the fully autonomous nature of universities. Therefore, the fact that these squads will act and be managed and supervised by the Greek police renders this law unconstitutional regarding the principle of university self-rule. The legislation hinders academic freedom and arguably transforms Greek Universities into fortresses of control, surveillance, repression and policing. The fact that the undersecretary of education justified the establishment of police squads and stations within universities on the grounds that it was also a practice during the military junta, attests further to the worries of the academic community regarding academic freedom and university’s self-rule.

    Further, while for universities in the Anglo-American world widespread surveillance is a common and more often than not, unchallenged practice; most probably these universities were not blackmailed (although some recent developments regarding freedom of speech in British Universities might prove otherwise) by their country’s government through legislation (in the Greek case Parts C(d) and D (b) of the law) that their funding would be cut if they did not implement the surveillance and disciplinary prerequisites of the law. A factor that again verifies the abolition of University’s self-rule. Regarding the 24/7 surveillance data of the Centers for Signals and Images it is not clear concerning privacy and data protection, how long the data will be stored, what will be the purpose of processing it and, most importantly, what safety valves are there in order to prevent misuse of the data. So far practices in Greece show that the EU General Data Protection Regulation (GDPR) is not being upheld. As the expert on Data Protection and Privacy law, Prof. Mitrou, has argued “The Greek law has not respected the GDPR as standard borderline and has (mis)used ‘opening clauses’ and Member State discretion not to enhance but to reduce the level of data protection”.

    Making the situation worse, the fact that University’s teaching and research personnel, who are to staff these Centres along with the police are largely unfamiliar with security planning and surveillance systems, makes more probable for the University police squads to oversee handling of the data. Creating hence serious concerns over who will supervise these squads against violating EU laws regarding data processing and misuse. Similar questions are being posed for the staffing of Units and Committees for Safety and Protection. Moreover, it is not clarified whether the University police squads will also be equipped with devices allowing for live facial recognition and fingerprint identification that Greek police is to receive by summer 2021. An issue that creates even more intense unease regarding the legitimacy and protection of handling of also biometric data of students and staff.

    In essence, the fact that there have been various cases in the Anglo-American world where privacy and data protection safeguards have been breached: administrators of surveillance systems and university administrators monitor emails and social media of staff and students; their on- and sometimes off-campus movements; and have used this monitoring to let go of academic personnel and suppress any type of protest or diffusion of information that while abiding by university’s code of ethics is not approved by university administration; attests to the worries of the Greek academic and student community regarding academic freedom. This is affirmed by the Foundation for Individual Rights in Education (FIRE)- which has already found that such monitoring practices are open to misuse and hence can turn to not only illiberal but unconstitutional tools. These alarming developments should perhaps make us all reflect on whether we are trading away too much of our liberty in the name of “safety” and whether we want universities to become authoritarian institutions. But how did we come to this?

    Deliberate efforts at defamation of the Greek public university

    During the previous months, the government of New Democracy together with pro-government media engaged in a malicious campaign aiming to defame public universities and represent them to Greek citizens as “sites of lawlessness”, disorder and delinquency. There are definitely problems in Greek universities (mainly caused by the severe underfunding over the past decade), but they are not as depicted by the mass media as centres of crime and havoc. Sofia Vidali, a professor of criminology, eloquently deconstructs such representations in her article “Criminality and Policing in Greek Higher Education: ‘truths’ and ‘lies’”, by showing that instances of delinquency and petty criminality relate to wider socio-economic and spatial characteristics of the area in which each University is placed. Moreover, offences within and in the surrounding areas (both are counted as one in official police statistics) of University premises constitute a very minor subtotal (2,053 offences out of approximately 1,835,792) of the country’s crimes for the periods 2007-2018.

    Arguably, one of the key stereotypes that has been employed by the Minister of Education, Niki Kerameus, and pro-government media propaganda, was that academics are afraid of being hostage to students (particularly students with leftist leanings). They constructed a “moral panic” (see Coehn, S. 1972/2002) around two incidents. The one was the symbolic building in 2006 of the Dean’s office of Democritus University of Thrace by students in protest at the scandalous mismanagement of their alimentation. While the Dean’s office was empty when the building occurred, the stereotype purposefully constructed was that the students had trapped the Dean inside his office, with Mrs. Kerameus stating on 8/02/2021 that “we need to convince young people that it is not normal to build professors within their offices”. The second case was an unfortunate and atypical incident at the Economic University of Athens in October 2020, where young people from the anti-authoritarian political realm forced the Dean to wear a label saying that he supported squatted buildings. While unanimously the academic community had condemned the event and, despite it being an exception rather the rule, the incident has been represented as the common feature of university life. These representations were widely used to justify and legitimize to the wider public the necessity for disciplining, surveillance and establishment of a police force within universities.

    As part of these representations was also an orchestrated defamation of University professors who challenged such depictions. A typical example was that the Greek government has attempted to justify its law through false pretenses of “best practice” stemming from examples in the Western World and particularly Oxford University; saying that there is a police force established for the security of the latter. When a Greek professor at the University of Oxford, Antonios Tzanakopoulos, denied the presence of such police force, Greek pro-government media and Ministers, following largely Trump’s techniques of communication, attempted to distort and slander his statements by saying that he is a liar and a defrauder who spreads fake news. It should be noted that the Oxford UCU has openly taken a stance against the law, while denying the existence of a university police force in its premises. These processes of disinformation, censoring and silencing of any voice that runs counter to the government’s agenda has been a common practice throughout the past year, rendering Greece 4th before last within the EU regarding press freedom and a flawed democracy. It should be emphasised that no police force is established in any European University. Rather, as is the current case in Greece, security personnel and porters (which can be both private and public servants) under a university’s authority are responsible for security issues.

    Importantly, these deliberate practices of defamation of Universities, their academic staff and students come after almost a decade of severe underfunding of the Greek university. During the acute economic crisis (2010-2018), university funding was cut from 75% to even 120% in some Universities, placing Greece in the last positions in Europe in terms of university funding and infrastructures (including the firing of the porters and security personnel). Hence it comes as a great disappointment for university personnel to see that the government is willing to provide 50 million euros (20 million annually for the salaries of the 1030 university police squads and 30 million for the implementation of security systems), when 91 million is the entire budget for universities, who still suffer from underfunding. This money could arguably be used to hire more teaching, research and administrative personnel, porters and the development of infrastructures (i.e. teaching spaces and lab equipment). Arguably the problems that Greek Universities face due to chronic underfunding will not be solved by policing and surveillance.

    It should also be highlighted that the defamatory representations purposefully tend to omit that Greek universities, despite their underfunding and global inequalities in terms of knowledge production, where if you don’t publish in English you literally don’t exist, achieve really good positions in Global University Rankings (ranked among the top 1000 Universities in the world). Crucially these slandering representations come after another legislation (4653/2020) of the Ministry of Education, which equated the degrees of private colleges with those of public universities that significantly “upgraded” the degrees of the former and “downgraded” the degrees of the latter. Private colleges in Greece do not produce research and the knowledge that they provide does not go through the same quality assessments as that of public universities. This “upgrade” of private colleges is combined with another controversial aspect of the law (4477/2021) under discussion, which reduces the numbers of students’ induction to public universities by 20%-30%, channeling arguably the “left-out” students to private colleges. An aspect that not only reduces further the funding of public universities but will also afflict the most vulnerable social strata of Greek society by hindering their educational and social mobility. In other words, the representations of criminality and “lawlessness” and the wider defamation and degrading of the public university, propagated by the mass media and the right-wing government, facilitates the latter in legitimizing the domination of the “law and order” dogma while at the same time fulfilling its neoliberal agenda of privatization of higher education.

    Conclusive remarks: What university do we want?

    As Prof. Costas Douzinas, at Birkbeck University, has argued, what is missing from all contemporary discussions about higher education in Greece and abroad is the core question of what universities do we want? The university at its core aims towards the complete freedom of thinking, critiquing, challenging, researching and circulating of ideas in a constant search for the “truth”. It aims to deepen democracy, including cognitive democracy by providing a pluriversality of knowledges, pedagogies and methodologies to understand the world around us. As such university education has a value in and of itself, which cannot be reduced simply to a tool(vocational) value. Indeed the knowledge provided by universities is about the blossoming of the human soul and mind by constantly shaping an understanding about the human condition, of our individual selves, the world and our societies, which is an “absolute human value” in and of itself (Carr 2009:14). In this way students will later be able to contribute not only to the economy but also to democracy.

    When the University simply becomes a vocational school – a trend that we largely see growing globally and is arguably also the aim of the Greek education law by attempting to downgrade public universities and criminalise socio-political action - then it stops cultivating knowledge and becomes instead simply a depository of information; a commodity that if invested in, will provide the necessary skills for the production of a “disciplined” learner/ consumer/worker to only serve the needs of each nation’s economic growth (Drummond, 2003). As such the University loses its liberatory and democratic essence and its interconnection to social struggles. Professor Boaventura de Sousa Santos powerfully demonstrates what is at stake globally if we continue to follow this trend: “Wherever you are, there are always people struggling against oppression, and you should really try to work with them if you are at the university. Otherwise, the university will be soon a capitalist enterprise like any other, whose market value is defined by rankings, students will be consumers and teachers, workers or, more nicely, collaborators. If we fail our social responsibility, the university as we know it will have no future”. This article is a call against such a dark future that will affect us all globally and locally and may jeopardise the future of democracy and academic freedom as we know it.

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    https://www.crimetalk.org.uk/index.php/library/section-list/1012-exiting-democracy-entering-authoritarianism

    #Grèce #université #surveillance #police

    ping @isskein @karine4

    • Traduction :

      Exit la démocratie, bienvenue dans l’autoritarisme : contrôle de l’État, maintien de l’ordre et surveillance dans les universités grecques

      Un projet de loi concernant la « #sécurité » et le #maintien_de_l’ordre dans les universités grecques, entre autres, a été voté le 11 février 2021, par 166 députés de Nouvelle Démocratie, le parti de droite au pouvoir, et de Solution grecque, parti d’extrême droite, malgré l’opposition unanime des partis de gauche (132 députés), de la communauté universitaire et étudiante grecque et des syndicats de police. Cette décision est intervenue dans le contexte de la pandémie de COVID-19, qui a sans doute été une situation extrêmement difficile, douloureuse, insécurisante, traumatisante et éprouvante, qui a affecté la vie de chacun et de chacune, y compris les systèmes économiques, sanitaires et culturels du monde entier. Ce contexte s’accompagne d’un avenir extrêmement incertain, obscur et flou qui accentue l’insécurité au niveau mondial et local. Le système éducatif a été particulièrement touché : les universités sont fermées depuis plus d’un an, l’enseignement ne se tient qu’à distance —avec des effets néfastes sur la santé mentale du personnel enseignant et des étudiant·es — et, en raison des règles de distanciation sociale, il est extrêmement difficile pour la communauté éducative de se réunir, de discuter et d’échanger des points de vue sur des questions urgentes concernant l’avenir de l’enseignement supérieur.
      Quel est le contenu de la loi ?

      Le projet de loi « Admission dans l’enseignement supérieur, protection de la #liberté_académique, amélioration de l’environnement académique et autres dispositions », qui est devenu une loi (4477/2021) le 17 février 2021, exige de tous les établissements d’enseignement supérieur la mise en œuvre de systèmes de sécurité tels que : la surveillance et l’enregistrement d’images et de sons (#vidéosurveillance, #microphones, etc.) dans les espaces ouverts et fermés de l’université ; la contrôle inquisitorial des mouvements et les systèmes d’alarme ; la restriction de l’accès aux espaces universitaires aux seuls personnels et aux étudiants de l’université, voire des contrôles biométriques aux entrées ; des systèmes de #détection_électronique de substances et d’objets illégaux ; et la mise en place de centres de contrôle des signaux et des images dans les locaux universitaires.

      La #loi prévoit également la création d’unités et de comités pour la « sécurité et la protection », ainsi que de #conseils_de_discipline pour les étudiant·es, avec une liste de diverses infractions disciplinaires. Les premiers sont désormais responsables de l’élaboration, de la mise en œuvre, de l’évaluation et de la gestion des programmes et des exigences en matière de sécurité pour chaque université, tandis que les seconds vont mener des « #interrogatoires_disciplinaires » et rempliront des fonctions telles que l’autopsie 1, contre-interrogatoire des témoins, interrogatoire des « persécutés » et rédaction de rapports d’expertise. Le #Conseil_de_discipline aura le pouvoir d’imposer des amendes et même d’expulser les étudiant·es qui ont commis des #infractions_disciplinaires. Les unités et les comités de sécurité et de protection, ainsi que les conseils de discipline, seront composés de membres du personnel d’enseignement et de recherche de l’université, passant ainsi d’enseignants et de chercheurs à des flics et des gestionnaires de sécurité.
      Il est important de noter que l’article 18 de la loi impose également, pour la première fois dans un pays européen démocratique, la création d’une force de #sécurité_policière pour les universités sous le nom de « #Brigades_pour_la_protection_des_universités ». Ces #brigades seront munies d’une #matraque, de #menottes et de gaz anesthésiants et gaz-poivres ; elles doivent patrouiller dans les campus et des postes de police doivent être installés dans les locaux des universités sans nécessiter le consentement des autorités universitaires. En outre, ces brigades doivent être dotées initialement de 1030 policiers (gardes spéciaux), mais leur nombre est appelé à augmenter en fonction des « besoins de sécurité » de chaque institution. Alors que pour le Premier ministre, Kyriakos Mitsotakis, la création de ces brigades et la surveillance étendue des universités publiques sont « un moyen de fermer la porte à la violence et d’ouvrir la voie à la liberté » et que « ce n’est pas la police qui entre dans les universités, mais la démocratie« , pour la majorité de la communauté universitaire ainsi que pour les partis d’opposition, cette législation est un pas alarmant vers l’autoritarisme car elle ouvre les portes au contrôle et à la surveillance permanentes des universités.
      La fin de l’autonomie des universités et des libertés académiques par l’exercice d’une surveillance et une discipline permanentes au sein des universités

      Pour analyser les causes de l’inquiétude, commençons par expliquer dans quel contexte elles prennent place. Les universités grecques — ce qui est souvent rare dans les universités de la partie anglo-américaine du monde, mais très courant en Europe du Sud, en France et en Amérique latine — sont très étroitement liées à la politique grecque et aux luttes sociales plus largement. Elles constituent un espace social et politique vigoureux, étroitement impliqué dans les luttes sociales contre les formes d’oppression et d’injustice ; elles contribuent à les amplifier, plutôt que d’être de simples espaces d’information aseptisés. En tant que telles, elles ont historiquement joué un rôle crucial dans la politique grecque et constituent « un bastion de la démocratie ». Les étudiant∙es qui ont occupé l’Université technique nationale d’Athènes en 1973 contre la junte militaire — occupation qui s’est terminée lorsque des chars ont envahi les portes de l’université, tuant des dizaines d’étudiants et de personnes dans les environs — sont considéré∙es comme l’un des facteurs-clés du renversement du régime de la junte et de la transition de la Grèce vers la démocratie. Depuis lors, la communauté universitaire et étudiante s’est engagée dans diverses formes de protestation et de solidarité avec des luttes sociales plus larges, tandis que l’accès de la police dans les locaux universitaires a été interdit par la loi en 1982. La police n’était autorisée à entrer qu’à la demande du doyen de l’université ou en cas de crime grave. La loi « asile », comme on l’appelait, a été abolie en août 2019, presque aussitôt après l’arrivée au pouvoir du gouvernement conservateur de Nouvelle Démocratie.

      Dans ce contexte, le fait que la loi sur l’éducation (4477/2021) ait été rédigée pour la première fois dans l’histoire de la Grèce conjointement par le ministère de l’Éducation et le ministère de la Protection du citoyen (c’est-à-dire le ministère de la Police), façonne, comme nous allons le voir, le caractère et les objectifs de la législation, soit rien de moins que le ciblage et la criminalisation du caractère sociopolitique de l’université grecque et de ses libertés académiques.

      Ce qui nourrit les inquiétudes de la communauté universitaire, pour commencer, tient à ce que les 1030 officiers de police (gardes spéciaux) qui forment les « brigades de protection des universités » n’auront pas obtenu le diplôme de l’Académie de police à l’issue de trois ans d’études, diplôme qui était jusqu’à présent la principale exigence dans les procédures de recrutement de la police. Les gardes spéciaux auront une formation accélérée et seront recrutés par des procédures d’embauche expéditives parmi les candidats ayant déclaré leur intérêt pour le métier d’officier de police ; ils seront simplement titulaires d’un diplôme d’études secondaires et auront effectué leur service militaire (obligatoire pour les hommes en Grèce) de préférence dans les forces spéciales, les forces militaires de réserve, la garde présidentielle ou les forces de 5 ans des volontaires militaires ou des corps de soldats professionnels. À l’été 2019, lorsque le gouvernement de droite de la Nouvelle Démocratie a été élu, 1 500 gardes spéciaux ont été recrutés pour la police anti-émeute et la police à moto (brigade DIAS) et maintenant 1030 de plus seront employés à la police universitaire. Comme le soutient George Papanikolaou, maître de conférences en criminologie à l’université de Teesside, nous assistons à une restructuration de la police grecque, dans laquelle les agents masculins dotés d’une formation et une culture de type militaire se trouveront incorporés dans des brigades de première ligne pour traiter avec les citoyens.

      Il n’est donc pas étonnant, étant donné les tensions historiques en Grèce entre les mouvements étudiants et la police, que la communauté universitaire et étudiante craigne une régression vers un État autoritaire, où ses membres seront traité·es comme des « ennemis de l’intérieur » et traités en conséquence. Ces craintes deviennent de plus en plus réelles car, avant et après l’adoption de la loi, la police s’est livrée à une violence aveugle généralisée et à des pratiques autoritaires : conduire des motos sur des étudiants qui manifestaient pacifiquement contre la loi ; casser, avec un extincteur, les dents et la mâchoire d’un étudiant manifestant pacifiquement ; torturer en public un étudiant membre d’un groupe d’étudiant∙es qui, pour protester contre la loi sur l’éducation, avait occupé pacifiquement le bâtiment administratif de l’Université Aristote de Thessalonique ; et même enlever des étudiant∙es dans leur propre maison dans la ville de Chania, en Crète2.

      Il convient également de noter que le manque de formation des gardes spéciaux a également soulevé de sérieuses préoccupations et objections au sein des syndicats de police, qui s’opposent unilatéralement à la dotation en personnel des escouades universitaires de cette manière. Malgré l’absence de formation adéquate, ces brigades auront le pouvoir de patrouiller, d’arrêter, de conduire des interrogatoires préliminaires, de prévenir et de traiter tout comportement « déviant » ou criminel dans les espaces universitaires (article 18) ; et elles devront doter les centres de contrôle des signaux et des images d’un personnel universitaire. Le fait que la loi (article 19) stipule clairement que les gardes spéciaux peuvent exercer toutes les fonctions de police, à l’exception des interrogatoires préliminaires, fonction qu’ils sont censés exercer dans les universités, soulève de sérieuses questions pour la communauté universitaire et étudiante. La loi ne précise pas non plus ce que l’on entend par comportement « déviant » ni la manière dont ces brigades vont le « prévenir » — faut-il entendre qu’elles vont arrêter et fouiller les étudiants et le personnel et effectuer des inspections dans les salles de cours ? En outre, les autorités universitaires doivent faciliter les nouvelles patrouilles des « forces spéciales » par « tous les moyens possibles » pour accomplir leurs tâches. Là encore, la loi ne précise pas clairement ce que cette facilitation implique et si les doyens et les sénats des universités auront le droit de s’y opposer ou même de la rejeter.

      Ce dernier point nous amène à la question la plus importante concernant cette législation. La loi sur l’éducation (article 18, paragraphe 5) stipule que ces escadrons de police ne relèvent pas des autorités universitaires, comme l’exigeait jusqu’à présent la dimension constitutionnelle de l’autonomie des universités (franchises universitaires). Au lieu de cela, elles relèvent directement du mandat du ministère de la Protection du citoyen et de la police grecque. Tous ces aspects sont très éloignés de la protection des libertés académiques que la législation prétend assurer. Les libertés académiques impliquent la liberté de la recherche scientifique et de l’enseignement, la liberté de circulation des idées ainsi que le prérequis constitutionnel de la nature totalement autonome des universités. Par conséquent, le fait que ces brigades soient placées sous la gestion et la supervision de la police grecque rend cette loi inconstitutionnelle au regard du principe d’autonomie des universités. La législation porte une entrave manifeste aux libertés académiques et transforme sans doute les universités grecques en forteresses de la police qui les contrôlent, les surveillent et participent à leur répression. Le fait que le sous-secrétaire à l’éducation ait justifié la mise en place de brigades et de postes de police au sein des universités au motif qu’il s’agissait d’une pratique courante sous la junte militaire, renforce les craintes de la communauté universitaire concernant les libertés académiques et l’autonomie des universités.

      Si la surveillance généralisée est une pratique courante et généralement incontestée dans les universités du monde anglo-américain, il y a fort à parier que ces universités n’ont pas fait l’objet d’un chantage — bien que certains développements récents concernant la liberté d’expression dans les universités britanniques puissent laisser penser le contraire — de la part du gouvernement de leur pays par le biais d’une législation — dans le cas de la Grèce, les parties C (d) et D (b) de la loi. La loi précise en effet que leur financement serait réduit si elles n’appliquaient pas les conditions de surveillance et de discipline prévues, ce qui confirme à nouveau l’atteinte à l’autonomie des universités. En ce qui concerne les données de surveillance 24/7 des Centres pour les Signaux et les Images, pour ce qui concerne la protection de la vie privée et des données, beaucoup de doutes subsistent : combien de temps les données seront stockées, quel sera le but de leur traitement et, plus important encore, quelles sont les soupapes de sécurité prévues pour empêcher l’utilisation abusive des données. Jusqu’à présent, les pratiques en Grèce montrent que le règlement général de l’UE sur la protection des données (RGPD) n’est pas respecté. Comme le professeur Mitrou, expert en protection des données et en droit de la vie privée, l’a souligné :

      « La législation grecque n’a pas respecté le RGPD comme limite normale et a (mal) utilisé les « clauses d’ouverture » comme le pouvoir discrétionnaire des États membres, non pas pour améliorer mais pour réduire le niveau de protection des données ».

      Pour ne rien arranger, le fait que le personnel d’enseignement et de recherche de l’université, devant travailler dans ces centres avec la police, ne maîtrise guère les systèmes de planification et de brigades de la sécurité, rend plus vraisemblable que les brigades de police de l’université superviseront le traitement des données. On peut donc se demander qui contrôlera ces brigades pour éviter qu’elles ne violent la législation européenne relative au traitement et à l’utilisation abusive des données. Des questions similaires se posent pour la dotation des unités et des comités de sécurité et de protection en personnel. Il n’existe, qui plus est, aucune précision pour savoir si les brigades de la police universitaire seront également équipées des dispositifs permettant la reconnaissance faciale instantanée et l’identification des empreintes digitales, éléments dont la police grecque doit disposer d’ici l’été 2021. Une question qui crée un malaise encore plus grand concernant la légitimité et la protection du traitement des données biométriques mêmes des étudiants et du personnel.

      En pratique, nous avons connaissance de plusieurs cas dans le monde anglo-américain où les garanties de protection de la vie privée et des données ont été violées : les administrateurs de systèmes de surveillance et les administrateurs d’université surveillent les courriels et les médias sociaux du personnel et des étudiants, leurs mouvements sur le campus et parfois hors du campus, et ont utilisé ces moyens de surveillance pour avoir prise sur le personnel universitaire et étouffer tout type de protestation ou de diffusion d’informations qui, bien que respectant la charte éthique de l’université, ne soient pas approuvées par l’administration de l’université. Cela avive les inquiétudes de la communauté universitaire et étudiante grecque concernant les libertés académiques. C’est ce que confirme la Fondation pour les droits individuels dans l’éducation (FIRE), qui a déjà constaté que de telles pratiques de surveillance sont susceptibles d’être utilisées à mauvais escient et peuvent donc se transformer en outils non seulement contraires aux libertés publiques mais aussi anti-constitutionnels. Ces évolutions alarmantes devraient peut-être nous amener à nous demander si nous n’abandonnons pas une trop grande partie de notre liberté au nom de la « sécurité » et si nous voulons voir les universités devenir des institutions autoritaires. Mais comment en sommes-nous arrivé·es là ?
      Des tentatives délibérées de diffamer l’université publique grecque

      Au cours des mois précédents, le gouvernement de la Nouvelle Démocratie et les médias pro-gouvernementaux se sont engagés dans une campagne malveillante visant à diffamer les universités publiques et à les présenter aux citoyens grecs comme des « sites d’anarchie », de désordre et de délinquance. Les universités grecques connaissent incontestablement des problèmes — principalement dus au grave sous-financement de ces dix dernières années — mais on peut les considérer comme des lieux de criminalité et de désordre. Sofia Vidali, professeur de criminologie, déconstruit avec éloquence ces représentations dans son article intitulé « Criminalité et maintien de l’ordre dans l’enseignement supérieur grec : ‘vérités’ et ‘mensonges’« , en montrant que les cas de délinquance et de petite criminalité sont liés aux caractéristiques socio-économiques et spatiales plus larges de la région dans laquelle se trouve chaque université. En outre, les infractions commises à l’intérieur et à l’extérieur des locaux universitaires — qui sont comptabilisées comme une seule et même zone dans les statistiques officielles de la police— ne représentent qu’une infime partie (2 053 infractions sur environ 1 835 792) des crimes commis dans le pays entre 2007 et 2018.

      Parmi les exemples majeurs utilisés par la ministre de l’Éducation, Niki Kerameus, et par la propagande médiatique pro-gouvernementale, on trouve la peur qu’auraient eu les universitaires de devenir otages de leurs étudiant∙es — en particulier des étudiants de gauche. Les médias ont construit une « panique morale » (voir Coehn, S. 1972/2002) autour de deux incidents. Le premier fut de murer symboliquement, en 2006, le bureau du doyen de l’université Démocrite de Thrace par les étudiants en signe de protestation contre la gestion scandaleuse de la restauration étudiante. Alors que le bureau du doyen était vide au moment de l’installation, les étudiants auraient piégé le doyen dans son bureau : Madame Kerameus déclarant le 8/02/2021 que « nous devons convaincre les jeunes qu’il n’est pas normal de construire des installations dans le bureau des professeurs« . La seconde affaire est un incident malheureux et atypique survenu à l’Université économique d’Athènes en octobre 2020, où des jeunes issus du milieu politique anti-autoritaire ont forcé le doyen à porter un panneau indiquant son soutien à l’occupation des bâtiments. Alors que la communauté universitaire avait unanimement condamné l’événement et, bien qu’il s’agisse d’une exception plutôt que de la règle, l’incident a été représenté comme le quotidien de la vie universitaire. Ces représentations ont été largement utilisées pour justifier et légitimer auprès du grand public la nécessité de discipliner, de surveiller et d’établir une force de police au sein des universités.

      Dans ce contexte médiatique, il y a également eu une diffamation orchestrée des professeurs d’université qui ont contesté les interprétations de la Ministre. Un exemple typique est que le gouvernement grec a tenté de justifier sa loi par de prétextes mensongers de « meilleures pratiques » qui auraient cours dans le monde occidental et en particulier à l’Université d’Oxford ; affirmant qu’il existe une force de police établie pour la sécurité de cette dernière. Lorsqu’un professeur grec de l’Université d’Oxford, Antonios Tzanakopoulos, a nié la présence d’une telle force de police, les médias et ministres pro-gouvernementaux grecs, suivant largement les techniques de communication de Trump, ont tenté de déformer et de calomnier ses déclarations en disant qu’il est un menteur et un falsificateur à l’origine de la diffusion des fake news. Il faut noter que l’UCU d’Oxford a ouvertement pris position contre la loi, tout en niant l’existence d’une police universitaire sur son campus. Ces processus de désinformation, de censure et de réduction au silence de toute intervention qui irait à l’encontre des buts poursuivis par le gouvernement ont eu cours tout au long de l’année dernière, faisant de la Grèce l’avant-dernier pays de l’UE en matière de liberté de la presse et un exemple de démocratie faussée3. De fait, aucune force de police n’est établie dans une université européenne. Au contraire, comme c’est encore le cas actuellement en Grèce, les agent∙es de sécurité et les gardien∙nes — qui peuvent être des fonctionnaires ou des particuliers — placé∙es sous l’autorité de l’université ont la responsabilité des questions de sécurité.

      Ces pratiques délibérées de diffamation des universités, de leur personnel académique et de leurs étudiant∙es surviennent après presque une décennie de grave sous-financement de l’université grecque. Pendant la crise économique aiguë (2010-2018), le financement des universités a été réduit de 75 %, voire de 120 % dans certaines universités4, plaçant la Grèce aux dernières places en Europe en termes de financement et d’infrastructures universitaires — ce qui inclut le licenciement des gardien∙nes et du personnel de sécurité. C’est donc une grande déception pour le personnel universitaire de voir que le gouvernement est prêt à fournir 50 millions d’euros — 20 millions par an pour les salaires des 1030 brigades de police universitaires et 30 millions pour la mise en place de systèmes de sécurité — alors que la totalité du budget [NDLR de sécurité] des universités, qui souffrent toujours de sous-financement, se monte à 91 millions d’euros5. Cet argent pourrait sans doute être utilisé pour embaucher davantage de personnel d’enseignement, de recherche et d’administration, des agents de gardiennage et l’investissement dans les infrastructures — c’est-à-dire des espaces d’enseignement et des équipements de laboratoire. Le maintien de l’ordre et la surveillance ne résoudront aucun des problèmes auxquels les universités grecques se trouvent confrontées en raison de leur sous-financement chronique.

      La diffamation médiatique que subissent les universités grecques fait passer soigneusement sous silence qu’en dépit de leur sous-financement et leur handicap en termes de production de connaissances à l’échelle mondiale — si on ne publie pas en anglais, on n’existe littéralement pas — conservent de très bonnes places dans les classements mondiaux des universités (classées parmi les 1000 premières universités du monde). Il est important de noter que ces représentations calomnieuses font suite à une autre législation (4653/2020) du ministère de l’éducation, qui mettait sur un pied d’égalité les diplômes des collèges privés et ceux des universités publiques, « améliorant » considérablement les diplômes des premiers et « dévalorisant » les diplômes des secondes. En Grèce, les collèges privés ne produisent pas de recherche et les connaissances qu’ils dispensent ne sont pas soumises aux mêmes évaluations de qualité que celles des universités publiques. Cette « revalorisation » des collèges privés est associée à un autre aspect controversé de la loi (4477/2021) en cours de discussion, qui réduit de 20 à 30 % le nombre d’étudiant∙es admis∙es dans les universités publiques, en canalisant les étudiant∙es « exclu∙es » vers les collèges privés. Un aspect qui non seulement réduit davantage le financement des universités publiques, mais qui touche également les couches sociales les plus vulnérables de la société grecque en entravant leur mobilité éducative et sociale. En d’autres termes, les représentations de la criminalité et de l’ »anarchie » et, plus généralement, la diffamation et la dégradation de l’université publique, propagées par les médias et le gouvernement de droite, aident ce dernier à légitimer la domination du dogme de la « loi et de l’ordre » tout en parachevant la réalisation de son programme néolibéral de privatisation de l’enseignement supérieur.
      Remarques conclusives : Quelle université voulons-nous ?

      Comme l’a fait valoir le professeur Costas Douzinas, de Birkbeck University, ce qui fait défaut dans toutes les discussions contemporaines sur l’enseignement supérieur en Grèce et à l’étranger, c’est la question fondamentale de savoir quelles universités nous voulons.

      L’université vise essentiellement à assurer la liberté totale de penser, de critiquer, de contester, de rechercher et de faire circuler les idées dans une recherche constante de la « vérité ». Elle vise à approfondir la démocratie, y compris la démocratie cognitive, en fournissant une pluralité de savoirs, de pédagogies et de méthodologies pour comprendre le monde qui nous entoure. En tant que tel, l’enseignement universitaire a une valeur en soi, qui ne peut être instrumentalisée à une simple finalité professionnelle. En effet, le savoir dispensé par les universités vise à l’épanouissement de l’âme et de l’esprit humains en façonnant constamment une compréhension de la condition humaine, de notre moi individuel, du monde et de nos sociétés, ce qui constitue une « valeur humaine absolue » en soi (Carr 2009:14). De cette façon, les étudiant∙es seront plus tard en mesure de contribuer non seulement à l’économie mais aussi à la démocratie.

      Lorsque l’université devient simplement une institution de formation professionnelle — tendance que nous voyons prospérer dans le monde et qui est sans doute aussi l’objectif de la loi grecque sur l’éducation qui entend dévaloriser les universités publiques et criminaliser l’action sociopolitique — elle cesse alors d’être un lieu de culture de la connaissance, mais une simple banque d’informations ; une marchandise qui, si l’on y investit, fournira les compétences nécessaires à la production d’un apprenant/ consommateur/travailleur « discipliné » pour servir uniquement les besoins de la croissance économique de chaque nation (Drummond, 2003). L’université perd ainsi son essence émancipatrice et démocratique et le lien organique qu’elle noue avec les luttes sociales. Le professeur Boaventura de Sousa Santos démontre avec force ce qui est en jeu au niveau mondial si nous continuons à suivre cette tendance :

      « Où que vous soyez, il y a toujours des gens qui luttent contre l’oppression, et vous devriez vraiment essayer de travailler avec eux si vous êtes à l’université. Sinon, l’université sera bientôt une entreprise capitaliste comme une autre, dont la valeur marchande est définie par les classements, les étudiant∙es seront des consommateur∙trices et les enseignant∙es, des travailleursou des travailleuses ou, pour mieux dire, des collaborateurs ou collaboratrices. Si nous abandonnons notre responsabilité sociale, l’université telle que nous la connaissons n’aura pas d’avenir ».

      Cet article est un appel contre un tel avenir sombre qui nous affectera tous globalement et localement et qui pourrait mettre en péril l’avenir de la démocratie et de la liberté académique telles que nous les connaissons.

      https://academia.hypotheses.org/31734

      ping @etraces

  • Manifestations : des policiers « Liaison et information » pour désamorcer les tensions
    https://www.sudouest.fr/politique/manifestations-bientot-des-policiers-liaison-et-information-pour-desamorcer

    Lors de la marche pour le Climat à Nantes ce jour, les participant-e-s ont eut la surprise de voir 3 policier avec des brassards bleus. Ils sont intervenus plusieurs fois en début de manif pour demander de démonter le mat du bateau (raisons de sécurité avec les câbles de tram) et pour descendre les plots qui barrent les routes du parcours pour les camions (selon une des orgas) et pour « faire la leçon comme quoi la manif aurait du être déclarée et organisée avec eux » https://twitter.com/OsmiXR/status/1373016994203766790 mais selon les autres orgas il n’y aurait pas eut de tractation préalables.
    Ces nouvelles "équipes de liaison et d’information" (ELI) avaient été annoncées il y a plusieurs mois. La nouveauté est relative puisqu’il y a toujours eut des agents du maintient de l’ordre qui ont parlé avec les orgas, mais le besoin de « communiquer » et de "pacifier se fait sans doute trop pressant en haut lieux...

    Concrètement, des équipes de deux ou trois policiers, identifiés par un brassard bleu ciel, auront pour mission exclusive de rester en contact permanent avec les organisateurs des manifestations, rencontrés en amont lors de réunions préparatoires.
    /.../
    L’objectif est d’utiliser ces « points de contact » pour informer le reste du cortège des actions de la police, comme l’imminence d’une charge, en lien avec le directeur des opérations du maintien de l’ordre.Inversement, les policiers devront faire remonter les informations recueillies auprès de leurs interlocuteurs sur le terrain, comme la modification d’un itinéraire, l’arrêt du cortège pour des prises de parole publiques ou la présence de fauteurs de troubles.
    /.../
    Les policiers de ces unités pourront conserver leur arme de service, un gilet pare-balles, leur bâton télescopique et des bombes lacrymogènes, mais seront en civil et non en tenue de maintien de l’ordre. Seul leur brassard les distinguera des policiers infiltrés dans la foule, chargés d’identifier et d’interpeller les casseurs.

    #police #maintien_de_l'ordre

  • Contrôle des ventes d’armes : quel rôle pour les parlementaires ?
    http://obsarm.org/spip.php?article353

    À l’occasion de la sortie du communiqué du Sipri sur les exportations d’armement ce 15 mars, nous publions en partenariat avec la fondation Rosa Luxemburg une nouvelle étude comparative sur le contrôle parlementaire des exportations d’armes en Europe qui tente de répondre à cette question : instaurer davantage de transparence et de démocratie dans le domaine du #Contrôle_des_exportations d’armes a-t-il un impact sur les décisions de ventes d’armes ? À télécharger gratuitement ci-dessous. Selon le (...) #Transferts_d'armes

    / Contrôle des exportations, Transferts / exportations, #Maîtrise_des_armements

    #Transferts_/_exportations
    http://obsarm.org/IMG/pdf/contro_le_export_armes_rls-obsarm_03.21.pdf

  • France 2 — Infrarouge — L’ordre à tout prix
    https://www.france.tv/france-2/infrarouge

    Le #maintien_de_l’ordre est une spécialité bien française. Ce que les citoyens n’arrivent pas à obtenir de l’État dans l’hémicycle, à eux de le gagner dans la rue. Quand la France gronde, la stratégie et la maîtrise de l’#ordre_public deviennent un enjeu politique crucial. Entre la protection des institutions et la garantie du droit de manifester : le juste équilibre est subtil.

    Décembre 2018. Au début du mouvement des Gilets jaunes, les principes du maintien de l’ordre « à la française » volent en éclat. Le saccage de l’Arc de Triomphe, les centaines de blessés parmi les manifestants et les forces de l’ordre… la #violence inouïe de ces images et leur puissance symbolique marquent profondément les esprits. La République s’est sentie menacée. Le gouvernement entérine une nouvelle ligne, plus dure, qui va ébranler les fondamentaux de l’ordre public. En retour, la défiance d’une partie de la population envers l’ordre et le pouvoir, déjà bien installée dans la rue depuis une dizaine d’années, se renforce au point que certains craignent de voir le droit de manifester remis en cause. Comment en est on arrivé-là ? Pour comprendre, le film prend le parti d’interroger les détenteurs de la force dite « légitime » et de les confronter aux images de ces affrontements.

    Ils sont #CRS, #gendarmes_mobiles, membre des #BRAV (Brigades de Répression de l’Action Violente) : en première ligne lors des manifestations, ils nous racontent la réalité de leur métier, la nécessité de la formation, l’évolution de leur rapport aux citoyens, leur perception des choix politiques… En regard, la hiérarchie, Laurent Nuñez, secrétaire d’État auprès du ministre de l’Intérieur, les préfets de police, Michel Delpuech et Didier Lallement, expliquent, justifient leurs choix tactiques. Et politiques.

    Si la multiplication des images amplifie la perception de la violence policière comme celle des manifestants, la situation est-elle réellement inédite ? La rue est-elle plus violente qu’hier ? Le maintien de l’ordre légitime-t-il certaines violences ? La protection des biens est-elle en concurrence avec celle des libertés fondamentales ? L’enjeu est de taille : comment concilier exigences politiques et gestion des nouvelles formes de contestation, tout en garantissant la possibilité de s’exprimer, socle de notre société démocratique ? Comment ne pas se laisser enfermer dans une logique de camp contre camp ? Alors que le climat social promet de nouvelles secousses à l’issue d’une crise sanitaire devenue économique et sociale, ce documentaire nous dévoile les dessous d’un art, celui qui consiste à protéger et contrôler les foules en colère.

    #formation #rgpd

    • https://www.lemonde.fr/culture/article/2021/03/09/l-ordre-a-tout-prix-sur-france-2-comment-l-interieur-a-change-de-strategie-f

      Samedi 1er décembre 2018, acte III des manifestations des « gilets jaunes ». Autour de l’Arc de triomphe, à Paris, des forces de l’ordre débordées essuient les assauts de manifestants déterminés.

      Les pavés volent, un policier manque d’être lynché. Les images tournent en boucle sur les chaînes d’information en continu et décident le pouvoir politique à modifier de fond en comble, en moins d’une semaine, une tradition solidement ancrée du maintien de l’ordre à la française, qui avait fait ses preuves depuis plus d’un demi-siècle.

      Au triptyque « emploi de forces spécialisées-gradation de la riposte-maintien à distance » est désormais opposé l’ordre d’aller systématiquement « au contact » pour interpeller les manifestants les plus remuants, une tâche confiée à des effectifs novices en matière de maintien de l’ordre, comme les BAC (brigades anticriminalité). Promoteur de cette nouvelle stratégie, le ministre de l’intérieur de l’époque, Christophe Castaner, s’autocongratule sur les ondes de France Inter : « Entre le 1er et le 8 décembre, déclare-t-il, j’ai décidé de changer en profondeur notre doctrine d’emploi. »

  • #Au_Poste #3, avec Arié Alimi, avocat au barreau de Paris
    http://www.davduf.net/au-poste-3-avec-arie-alimi-avocat-au-barreau-de

    Causerie avec #Arié_Alimi, auteur de « Le Coup d’État d’urgence : Surveillance, répression et libertés », à l’occasion de la sortie en DVD et VOD de Un pays qui se tient sage. Au Poste : libertés publiques, libertés fondamentales, #Police, sousveillance & contre-filatures. Causeries hebdomadaires proposées par le réalisateur David Dufresne (« Un pays qui se tient sage »). Chaque lundi. Et parfois plus sur Twitch et sur Blast. Ce soir, il a été question de #Loi_sécurité_globale bientôt au Sénat, de la (...) Au Poste

    / Une, Arié Alimi, Beauvau de la Sécurité, Loi sécurité globale, #Maintien_de_l'ordre, Police

    #Beauvau_de_la_Sécurité
    https://twitter.com/AA_Avocats
    https://www.senat.fr/espace_presse/actualites/202012/securite_globale.html#c659909
    https://fr.wikipedia.org/wiki/Indice_de_d%C3%A9mocratie
    https://www.franceculture.fr/philosophie/la-violence-legitime-de-letat-de-max-weber
    https://lafabrique.fr/ennemis-detat
    https://fr.wikipedia.org/wiki/Maurice_Rajsfus

  • Tous chasseurs cueilleurs !
    https://www.franceinter.fr/emissions/comme-un-bruit-qui-court/comme-un-bruit-qui-court-08-juin-2019

    Quand la civilisation menace l’#environnement... retour à la chasse et la cueillette. Entretien avec James C. Scott autour de son livre "#HomoDomesticus, une histoire profonde des premiers Etats".

    On a tous en tête des souvenirs d’école sur les débuts de l’Histoire avec un grand H. Quelque part entre le Tigre et l’Euphrate il y a 10 000 ans, des chasseurs-cueilleurs se sont peu à peu sédentarisés en domestiquant les plantes et les animaux, inventant dans la foulée l’#agriculture, l’écriture et les premiers Etats. C’était l’aube de la #civilisation et le début de la marche forcée vers le #progrès.

    Cette histoire, #JamesScott, anthropologue anarchiste et professeur de sciences politiques, l’a enseignée pendant des années à ses élèves de l’Université de Yale. Mais les découvertes archéologiques dans l’actuel Irak des dernières années l’ont amené à réviser complètement ce « storytelling » du commencement des sociétés humaines, et par là même remettre en question notre rapport au monde dans son dernier livre : Homo Domesticus, une histoire profonde des premiers Etats (Ed. La Découverte).

    Alors même que climat et biodiversité sont aujourd’hui plus que jamais menacés par les activités humaines, James C. Scott propose de réévaluer l’intérêt des sociétés d’avant l’Etat et l’agriculture. Car ces chasseurs-cueilleurs semi-nomades ont longtemps résisté face aux civilisations agraires, basées sur les céréales et qui, en domestiquant le monde, se sont domestiqués eux-mêmes, en appauvrissant leur connaissance du monde.

    Un reportage de Giv Anquetil.
    Les liens

    James C. Scott : « Le monde des chasseurs-cueilleurs était un monde enchanté » (Le grand entretien) par Jean-Christophe Cavallin, Diakritik

    Plutôt couler en beauté que flotter sans grâce, Réflexions sur l’effondrement, Corinne Morel Darleux, Editions Libertalia

    "Amador Rojas invite Karime Amaya" Chapiteau du Cirque Romanès - Paris 16, Paris. Prochaine séance le vendredi 14 juin à 20h.

    Homo Domesticus, une histoire profonde des premiers Etats, James C. Scott (Editions La Découverte)

    Eloge des chasseurs-cueilleurs, revue Books (mai 2019).

    HOMO DOMESTICUS - JAMES C. SCOTT Une Histoire profonde des premiers États [Fiche de lecture], Lundi matin

    Bibliographie de l’association Deep Green Resistance
    Programmation musicale

    "Mesopotamia"- B52’s

    "Cholera" - El Rego et ses commandos

    #podcast @cdb_77

    • Homo Domesticus. Une histoire profonde des premiers États

      Aucun ouvrage n’avait jusqu’à présent réussi à restituer toute la profondeur et l’extension universelle des dynamiques indissociablement écologiques et anthropologiques qui se sont déployées au cours des dix millénaires ayant précédé notre ère, de l’émergence de l’agriculture à la formation des premiers centres urbains, puis des premiers États.
      C’est ce tour de force que réalise avec un brio extraordinaire #Homo_domesticus. Servi par une érudition étourdissante, une plume agile et un sens aigu de la formule, ce livre démonte implacablement le grand récit de la naissance de l’#État antique comme étape cruciale de la « #civilisation » humaine.
      Ce faisant, il nous offre une véritable #écologie_politique des formes primitives d’#aménagement_du_territoire, de l’« #autodomestication » paradoxale de l’animal humain, des dynamiques démographiques et épidémiologiques de la #sédentarisation et des logiques de la #servitude et de la #guerre dans le monde antique.
      Cette fresque omnivore et iconoclaste révolutionne nos connaissances sur l’évolution de l’humanité et sur ce que Rousseau appelait « l’origine et les fondements de l’inégalité parmi les hommes ».


      https://www.editionsladecouverte.fr/homo_domesticus-9782707199232

      #James_Scott #livre #démographie #épidémiologie #évolution #humanité #histoire #inégalité #inégalités #Etat #écologie #anthropologie #ressources_pédagogiques #auto-domestication

    • Fiche de lecture: Homo Domesticus - James C. Scott

      Un fidèle lecteur de lundimatin nous a transmis cette fiche de lecture du dernier ouvrage de James C. Scott, (on peut la retrouver sur le blog de la bibliothèque fahrenheit) qui peut s’avérer utile au moment l’institution étatique semble si forte et fragile à la fois.
      « L’État est à l’origine un racket de protection mis en œuvre par une bande de voleurs qui l’a emporté sur les autres »
      À la recherche de l’origine des États antiques, James C. Scott, professeur de science politique et d’anthropologie, bouleverse les grands #récits_civilisationnels. Contrairement à bien des idées reçues, la #domestication des plantes et des animaux n’a pas entraîné la fin du #nomadisme ni engendré l’#agriculture_sédentaire. Et jusqu’il y a environ quatre siècles un tiers du globe était occupé par des #chasseurs-cueilleurs tandis que la majorité de la population mondiale vivait « hors d’atteinte des entités étatiques et de leur appareil fiscal ».
      Dans la continuité de #Pierre_Clastres et de #David_Graeber, James C. Scott contribue à mettre à mal les récits civilisationnels dominants. Avec cette étude, il démontre que l’apparition de l’État est une anomalie et une contrainte, présentant plus d’inconvénients que d’avantages, raison pour laquelle ses sujets le fuyait. Comprendre la véritable origine de l’État c’est découvrir qu’une toute autre voie était possible et sans doute encore aujourd’hui.

      La première domestication, celle du #feu, est responsable de la première #concentration_de_population. La construction de niche de #biodiversité par le biais d’une #horticulture assistée par le feu a permis de relocaliser la faune et la flore désirable à l’intérieur d’un cercle restreint autour des #campements. La #cuisson des aliments a externalisé une partie du processus de #digestion. Entre 8000 et 6000 avant notre ère, Homo sapiens a commencé à planter toute la gamme des #céréales et des #légumineuses, à domestiquer des #chèvres, des #moutons, des #porcs, des #bovins, c’est-à-dire bien avant l’émergence de sociétés étatiques de type agraire. Les premiers grands établissements sédentaires sont apparus en #zones_humides et non en milieu aride comme l’affirment les récits traditionnels, dans des plaines alluviales à la lisière de plusieurs écosystèmes (#Mésopotamie, #vallée_du_Nil, #fleuve_Indus, #baie_de_Hangzhou, #lac_Titicata, site de #Teotihuacan) reposant sur des modes de subsistance hautement diversifiés (sauvages, semi-apprivoisés et entièrement domestiqués) défiant toute forme de comptabilité centralisée. Des sous-groupes pouvaient se consacrer plus spécifiquement à une stratégie au sein d’un économie unifiée et des variations climatiques entraînaient mobilité et adaptation « technologique ». La #sécurité_alimentaire était donc incompatible avec une #spécialisation étroite sur une seule forme de #culture ou d’#élevage, requérant qui plus est un travail intensif. L’#agriculture_de_décrue fut la première à apparaître, n’impliquant que peu d’efforts humains.
      Les #plantes complètement domestiquées sont des « anomalies hyperspécialisées » puisque le cultivateur doit contre-sélectionner les traits sélectionnés à l’état sauvage (petite taille des graines, nombreux appendices, etc). De même les #animaux_domestiqués échappent à de nombreuses pressions sélectives (prédation, rivalité alimentaire ou sexuelle) tout en étant soumis à de nouvelles contraintes, par exemple leur moins grande réactivité aux stimuli externes va entraîner une évolution comportementale et provoquer la #sélection des plus dociles. On peut dire que l’espèce humaine elle-même a été domestiquée, enchaînée à un ensemble de routines. Les chasseurs-cueilleurs maîtrisaient une immense variété de techniques, basées sur une connaissance encyclopédique conservée dans la mémoire collective et transmise par #tradition_orale. « Une fois qu’#Homo_sapiens a franchi le Rubicon de l’agriculture, notre espèce s’est retrouvée prisonnière d’une austère discipline monacale rythmée essentiellement par le tic-tac contraignant de l’horloge génétique d’une poignée d’espèces cultivées. » James C. Scott considère la #révolution_néolithique récente comme « un cas de #déqualification massive », suscitant un #appauvrissement du #régime_alimentaire, une contraction de l’espace vital.
      Les humains se sont abstenus le plus longtemps possible de faire de l’agriculture et de l’élevage les pratiques de subsistance dominantes en raison des efforts qu’elles exigeaient. Ils ont peut-être été contraints d’essayer d’extraire plus de #ressources de leur environnement, au prix d’efforts plus intenses, à cause d’une pénurie de #gros_gibier.
      La population mondiale en 10 000 avant notre ère était sans doute de quatre millions de personnes. En 5 000, elle avait augmenté de cinq millions. Au cours des cinq mille ans qui suivront, elle sera multipliée par vingt pour atteindre cent millions. La stagnation démographique du #néolithique, contrastant avec le progrès apparent des #techniques_de_subsistance, permet de supposer que cette période fut la plus meurtrière de l’histoire de l’humanité sur le plan épidémiologique. La sédentarisation créa des conditions de #concentration_démographique agissant comme de véritables « parcs d’engraissement » d’#agents_pathogènes affectant aussi bien les animaux, les plantes que les humains. Nombre de #maladies_infectieuses constituent un « #effet_civilisationnel » et un premier franchissement massif de la barrière des espèces par un groupe pathogènes.
      Le #régime_alimentaire_céréalier, déficient en #acides_gras essentiels, inhibe l’assimilation du #fer et affecte en premier lieu les #femmes. Malgré une #santé fragile, une #mortalité infantile et maternelle élevée par rapport aux chasseurs-cueilleurs, les agriculteurs sédentaires connaissaient des #taux_de_reproduction sans précédent, du fait de la combinaison d’une activité physique intense avec un régime riche en #glucides, provoquant une #puberté plus précoce, une #ovulation plus régulière et une #ménopause plus tardive.

      Les populations sédentaires cultivant des #céréales domestiquées, pratiquant le commerce par voie fluviale ou maritime, organisées en « #complexe_proto-urbain », étaient en place au néolithique, deux millénaires avant l’apparition des premiers États. Cette « plateforme » pouvait alors être « capturée », « parasitée » pour constituer une solide base de #pouvoir et de #privilèges politiques. Un #impôt sur les céréales, sans doute pas inférieur au cinquième de la récolte, fournissait une rente aux élites. « L’État archaïque était comme les aléas climatiques : une menace supplémentaire plus qu’un bienfaiteur. » Seules les céréales peuvent servir de base à l’impôt, de part leur visibilité, leur divisibilité, leur « évaluabilité », leur « stockabilité », leur transportabilité et leur « rationabilité ». Au détour d’un note James C. Scott réfute l’hypothèse selon laquelle des élites bienveillantes ont créé l’État essentiellement pour défendre les #stocks_de_céréales et affirme au contraire que « l’État est à l’origine un racket de protection mis en œuvre par une bande de voleurs qui l’a emporté sur les autres ». La majeure partie du monde et de sa population a longtemps existé en dehors du périmètre des premiers États céréaliers qui n’occupaient que des niches écologiques étroites favorisant l’#agriculture_intensive, les #plaines_alluviales. Les populations non-céréalières n’étaient pas isolées et autarciques mais s’adonnaient à l’#échange et au #commerce entre elles.
      Nombre de #villes de #Basse_Mésopotamie du milieu du troisième millénaire avant notre ère, étaient entourées de murailles, indicateurs infaillibles de la présence d’une agriculture sédentaire et de stocks d’aliments. De même que les grandes #murailles en Chine, ces #murs d’enceinte étaient érigés autant dans un but défensif que dans le but de confiner les paysans contribuables et de les empêcher de se soustraire.
      L’apparition des premiers systèmes scripturaux coïncide avec l’émergence des premiers États. Comme l’expliquait #Proudhon, « être gouverné, c’est être, à chaque opération, à chaque transaction, à chaque mouvement, noté, enregistré, recensé, tarifé, timbré, toisé, coté, cotisé, patenté, licencié, autorisé, apostillé, admonesté, empêché, réformé, redressé, corrigé ». L’#administration_étatique s’occupait de l’#inventaire des ressources disponibles, de #statistiques et de l’#uniformisation des #monnaies et des #unités_de_poids, de distance et de volume. En Mésopotamie l’#écriture a été utilisée à des fins de #comptabilité pendant cinq siècle avant de commencer à refléter les gloires civilisationnelles. Ces efforts de façonnage radical de la société ont entraîné la perte des États les plus ambitieux : la Troisième Dynastie d’#Ur (vers 2100 avant J.-C.) ne dura qu’à peine un siècle et la fameuse dynastie #Qin (221-206 avant J.-C.) seulement quinze ans. Les populations de la périphérie auraient rejeté l’usage de l’écriture, associée à l’État et à l’#impôt.

      La #paysannerie ne produisait pas automatiquement un excédent susceptible d’être approprié par les élites non productrices et devait être contrainte par le biais de #travail_forcé (#corvées, réquisitions de céréales, #servitude pour dettes, #servage, #asservissement_collectif ou paiement d’un tribu, #esclavage). L’État devait respecter un équilibre entre maximisation de l’excédent et risque de provoquer un exode massif. Les premiers codes juridiques témoignent des efforts en vue de décourager et punir l’#immigration même si l’État archaïque n’avait pas les moyens d’empêcher un certain degré de déperdition démographique. Comme pour la sédentarité et la domestication des céréales, il n’a cependant fait que développer et consolider l’esclavage, pratiqué antérieurement par les peuples sans État. Égypte, Mésopotamie, Grèce, Sparte, Rome impériale, Chine, « sans esclavage, pas d’État. » L’asservissement des #prisonniers_de_guerre constituait un prélèvement sauvage de main d’œuvre immédiatement productive et compétente. Disposer d’un #prolétariat corvéable épargnait aux sujets les travaux les plus dégradants et prévenait les tensions insurrectionnelles tout en satisfaisant les ambitions militaires et monumentales.

      La disparition périodique de la plupart de ces entités politiques était « surdéterminée » en raison de leur dépendance à une seule récolte annuelle d’une ou deux céréales de base, de la concentration démographique qui rendait la population et le bétail vulnérables aux maladies infectieuses. La vaste expansion de la sphère commerciale eut pour effet d’étendre le domaine des maladies transmissibles. L’appétit dévorant de #bois des États archaïques pour le #chauffage, la cuisson et la #construction, est responsable de la #déforestation et de la #salinisation_des_sols. Des #conflits incessants et la rivalité autour du contrôle de la #main-d’œuvre locale ont également contribué à la fragilité des premiers États. Ce que l’histoire interprète comme un « effondrement » pouvait aussi être provoqué par une fuite des sujets de la région centrale et vécu comme une #émancipation. James C. Scott conteste le #préjugé selon lequel « la concentration de la population au cœur des centres étatiques constituerait une grande conquête de la civilisation, tandis que la décentralisation à travers des unités politiques de taille inférieure traduirait une rupture ou un échec de l’ordre politique ». De même, les « âges sombres » qui suivaient, peuvent être interprétés comme des moments de résistance, de retours à des #économies_mixtes, plus à même de composer avec son environnement, préservé des effets négatifs de la concentration et des fardeaux imposés par l’État.

      Jusqu’en 1600 de notre ère, en dehors de quelques centres étatiques, la population mondiale occupait en majorité des territoires non gouvernés, constituant soit des « #barbares », c’est-à-dire des « populations pastorales hostiles qui constituaient une menace militaire » pour l’État, soit des « #sauvages », impropres à servir de matière première à la #civilisation. La menace des barbares limitait la croissance des États et ceux-ci constituaient des cibles de pillages et de prélèvement de tribut. James C. Scott considère la période qui s’étend entre l’émergence initiale de l’État jusqu’à sa conquête de l’hégémonie sur les peuples sans État, comme une sorte d’ « âge d’or des barbares ». Les notions de #tribu ou de peuple sont des « #fictions_administratives » inventées en tant qu’instrument de #domination, pour désigner des #réfugiés politiques ou économiques ayant fuit vers la périphérie. « Avec le recul, on peut percevoir les relations entre les barbares et l’État comme une compétition pour le droit de s’approprier l’excédent du module sédentaire « céréales/main-d’œuvre ». » Si les chasseurs-cueilleurs itinérants grappillaient quelques miettes de la richesse étatique, de grandes confédérations politiques, notamment les peuples équestres, véritables « proto-États » ou « Empires fantômes » comme l’État itinérant de #Gengis_Kahn ou l’#Empire_Comanche, constituaient des concurrents redoutables. Les milices barbares, en reconstituant les réserves de main d’œuvre de l’État et en mettant leur savoir faire militaire au service de sa protection et de son expansion, ont creusé leur propre tombe.

      Dans la continuité de Pierre Clastres et de David Graeber, James C. Scott contribue à mettre à mal les récits civilisationnels dominants. Avec cette étude, il démontre que l’apparition de l’État est une #anomalie et une #contrainte, présentant plus d’inconvénients que d’avantages, raison pour laquelle ses sujets le fuyait. Comprendre la véritable origine de l’État c’est découvrir qu’une toute autre voie était possible et sans doute encore aujourd’hui.

      https://lundi.am/HOMO-DOMESTICUS-Une-Histoire-profonde-des-premiers-Etats
      #historicisation

  • Soupe aux trois sœurs
    https://www.cuisine-libre.org/soupe-aux-trois-soeurs

    Savourez cette soupe consistante préparée à partir des trois légumes typiques des #Amériques : #Maïs, haricot et courge. Couper la courge, la peler et la débiter en gros dès. Dans une marmite, attendrir l’oignon dans l’huile à feu moyen-doux pendant 5 min. Ajouter la citrouille, les haricots égouttés et le maïs égrainé en les tournant dans les oignons. Laisser cuire 10 min. Ajouter le bouillon et porter à ébullition. Faire cuire la soupe à feu doux, pendant 10 min, jusqu’à ce que les légumes se défassent à la…

    #Haricot_rouge, Maïs, #Courges_musquées, #Minestrones_et hariras, Amériques / #Sans œuf, #Sans gluten, #Sans lactose, #Sans viande, (...)
    #Bouilli

  • De la #paperasse à la #numérasse

    Chronique d’une ex-signeuse de documents en milieu universitaire, en commentaire de l’intervention de Gilles Babinet sur #PerriScope, la quotidienne @LCI sur l’actualité économique & sociale

    Le #numérique permet de libérer du temps en évitant la paperasse… il y a beaucoup à dire là-dessus. Je vais parler uniquement de ce que je connais très bien, de l’intérieur : l’administration universitaire. En 20 ans de responsabilités diverses qui impliquent des tâches d’administration, j’ai effectivement vu disparaître une grande quantité de « paperasse ». Mais uniquement au sens propre du terme : le #papier. Il y a d’ailleurs encore de la marge avant d’avoir éliminé le papier complètement. Mais la disparition de cette paperasse s’est accompagnée de l’apparition d’une non moins grande quantité de ce qu’on pourrait appeler « numérasse » (ou « #digitalasse » pour ceux qui persistent à dire « digital » au lieu de « numérique »). La numérasse peut prendre des formes diverses. La forme #excel + #mail est la plus virulente, mais la forme « #application dédiée, vous allez voir c’est pratique il y a juste à cliquer » fait également partie du paysage.

    Documents papier, #documents_numériques

    Prenons l’exemple d’une directrice de structure universitaire impliquant d’avoir à signer un certain nombre de documents, la plupart du temps par délégation de signature des tutelles de la dite structure.

    La paperasse, c’est prendre 10 minutes dans la journée pour aller physiquement au secrétariat signer des choses variées préparées soigneusement par des personnels dont c’est le métier, rassemblées dans un parapheur, avec de petites notes en post-it là où il y a quelque chose d’important à regarder avant de signer. On profite du voyage pour dire bonjour, parler du temps qu’il fait ou des projets du prochain week-end, et régler en deux mots des questions importantes pour la structure, qui autrement auraient nécessité un coup de téléphone ou un mail. Ensuite on peut se consacrer au reste de ses activités, enseignement ou recherche, l’esprit libre, sans se soucier d’avoir oublié de valider quelque chose d’important ou urgent, grâce à la confiance qu’on a dans les personnels compétents.

    La numérasse, c’est jongler entre des clics réguliers dans les bonnes applications, des mails asynchrones de demande de validation dans d’autres applications, des cases à cocher dans des fichiers excel reçus par mail et à renvoyer, etc. Il faut une discipline de fer pour ne pas se disperser complètement en essayant de suivre le rythme, tout en ne risquant pas d’oublier un clic important. Les applications dédiées ont des interfaces toutes plus imaginatives les unes que les autres, on s’y connecte avec ses identifiant/mot de passe de l’université X, ou de l’université Y, ou du CNRS, ou avec un compte dédié de l’application. Il peut s’agir d’ordres de mission, de validation des plannings de congés, d’avis sur des demandes de formation, de validation de devis avant commandes, de feuilles de temps des projets européens (une application par tutelle), de contrats de travail, d’avis sur des dépôts de projet ou des cumuls d’activités, de conventions de stages, de certification des commandes, … Parfois, même avec de l’habitude, on doit demander à une personne compétente ce que signifie la chose à valider (coucou l’interface Geslab pour la certification des commandes). Quand on a bien cliqué dans toutes ces applications au doux nom poétique de Hamac, Safia, Tempo, Agate, Sirhus, SAM, Sinchro, Geslab, etc., on peut parcourir ses mails pour ne pas oublier un fichier excel à renvoyer d’urgence en ayant rempli une ligne. Le pompon revient au #fichier_excel utilisé comme #formulaire, avec des cases fusionnées à remplir par un paragraphe de texte un peu long.

    Il est utopique de penser que tout cela puisse faire gagner du temps à la personne qui signe en bout de chaîne. Dans le contexte que je décris ici, cela a simplement servi à embaucher moins de personnels administratifs, en faisant faire une partie de leur travail, beaucoup moins bien, par les chercheurs et enseignants-chercheurs. Alors j’espère vraiment que quelqu’un, quelque part, a effectivement gagné du temps. Parce que moi non.

    Interdire Excel

    Ce qui ferait vraiment gagner du temps à tout le monde, c’est l’interdiction d’excel. Et ce n’est pas une boutade. Cet outil est un accélérateur phénoménal de questionnaire bureaucratique inexploitable car préformaté, et donc rempli, n’importe comment. Toute personne ayant vu de près les fichiers excel HCERES à 6 ou 7 onglets saura de quoi je parle. Le délire de la mise en chiffres couplé à la méconnaissance des fonctionnalités d’excel produit ce qu’on pourrait presque considérer comme des performances artistiques.

    Je veux bien croire que dans d’autres domaines de l’administration (que je ne connais pas de l’intérieur) le numérique soit tout rose et fasse gagner un temps précieux à au moins une personne. Mais il subsiste un doute. La #bureaucratie ne disparaît pas miraculeusement par l’intervention divine du numérique. Tout au contraire, tout se passe comme si la fluidité tant vantée du numérique supprimait tout frein naturel à la croissance incontrôlée de la bureaucratie.

    Et pour finir j’espère ne pas avoir donné à quelqu’un l’idée d’une startup pour développer un outil à base d’IA qui rassemblerait toutes les applications et les mails, pour finalement remplacer le parapheur. Le #parapheur est une très belle invention d’interface humain/humain, tout à fait lowtech, qu’il serait désolant d’abandonner.

    https://academia.hypotheses.org/31293
    #administration #administration_universitaire #université #facs #France

  • WePresent | Photographer Maïmouna Guerresi visualizes spirituality
    http://wepresent.wetransfer.com/story/maimouna-guerresi/?flush
    https://images.ctfassets.net/5jh3ceokw2vz/3iNmw6PauHANGKgw8HzTXH/d7355477a019555203eeda38590b1b9d/17_Red_Balance__Mai__mouna_Guerresi_.jpg?w=800

    Maïmouna Guerresi Humanity and nature are interconnected

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    Ever since converting to Sufi Islam at the age of 40, photographer Maïmouna Guerresi has been on a very personal spiritual journey. In her work, characters float above the ground or merge together with nature, and every photo contains some sense of balance or peace. She tells Alex Kahl about her long search to find ways to visualize the abstract concept of spirituality.

    All images ©Maïmouna Guerresi, and courtesy of Mariane Ibrahim Gallery.

    #photos #faire_monde #spiritualité