• À l’Ehpad de #combourg, en #ille-et-vilaine, de nouvelles accusations de « négligences » et de « maltraitances »
    https://splann.org/ehpad-combourg-negligences-maltraitances

    Une #plainte pour « mise en danger de la vie d’autrui » et « non-assistance à personne en péril » a été déposée en février 2026 par la famille d’une ex-résidente de l’Ehpad de Combourg (35). Une affaire qui entache un peu plus la réputation de cet établissement, déjà épinglé par l’agence régionale de santé en 2023. L’article À l’Ehpad de Combourg, en Ille-et-Vilaine, de nouvelles accusations de « négligences » et de « maltraitances » est apparu en premier sur Splann ! | Premier média d’enquête indépendant en Bretagne.

    #Santé_publique #agence_régionale_de_santé #ars_bretagne #association_clinique_Saint-Joseph #ehpad #jean-pierre_rossé #Joël_Le_Besco #maison_de_retraite #maltraitance #médico-social #personnes_âgées #social

  • En s’appuyant sur une grande cohorte d’adolescents suivis et évalués de 14 à 18 ans, des chercheurs montrent que les jeunes enfants maltraités présentent des différences persistantes à l’adolescence dans certaines régions du cerveau impliquées dans les émotions et la mémoire. Ces résultats suggèrent que la maltraitance infantile est associée à des altérations durables du développement cérébral qui pourraient contribuer à accroître la vulnérabilité à certains troubles psychiques.

    https://www.santementale.fr/2026/07/les-effets-durables-de-la-maltraitance-infantile-sur-le-developpement-c

  • Lettre d’une mère frustrée au gouvernement
    https://frustrationmagazine.fr/lettre-mere

    Lorsque j’ai vu que, pour relancer la natalité, vous avez décidé d’envoyer une lettre à tous les Français âgés de 29 ans pour les inciter à faire des enfants, je n’en ai pas fermé l’œil de la nuit. Quel mépris. Je n’ai pas les mots pour exprimer ce que vous m’inspirez, car les mots à ma disposition ne me semblent pas suffisants pour décrire votre comportement. Celui auquel j’ai pensé est « mépris », mais j’ai aussi pensé à « dégoût » ou à « indécence ».

    J’ai accouché d’un petit garçon il y a deux ans. Un accouchement classique : pas de césarienne, pas de péridurale. Bien sûr, j’ai quand même ressenti une fatigue physique et psychique : 48 heures de contractions, les douleurs mammaires, l’énorme responsabilité (synonyme d’angoisse pour beaucoup d’entre nous, les nouveaux parents) d’avoir à veiller sur un petit être nuit et jour pour la première fois ; ça fatigue un petit peu quand même.
    Ça semble évident, mais je le dis quand même : l’arrivée d’un enfant, même dans de bonnes conditions, c’est-à-dire après un accouchement sans complication, est un bouleversement physique et psychique pour les parents, et surtout pour la maman.

    • Malgré mon état d’épuisement général, je réponds que je mets au défi n’importe qui d’aller bien en se réveillant dix fois par nuit, de continuer à performer au travail, de tirer son lait dans les toilettes, d’être constamment seule, sans aucun relais autre que le papa qui rentre à 19 heures.
      Dans ma journée, au-delà de ne pas pouvoir dormir, le corps médical me conseille de faire du sport et de la méditation pour être moins déprimée. Sérieusement ?

      #maltraitance_médicale #médecine_de_classe

  • Mourir mal - AOC media
    https://aoc.media/opinion/2026/05/10/mourir-mal

    « Quand le tour de ma mère est venu, je ne me suis pas méfié. Personne évidemment ne m’a prévenu que ses deux derniers mois allaient mal se passer, que ma mère ne se trouverait jamais au bon endroit, que j’aurais à affronter une absence absolue de compassion. L’hôpital ne m’a pas dit : attention, je suis au bout du rouleau et contrairement à ce qu’indique mon nom, je vais être inhospitalier, voire hostile. »

    • avertissement : barbarie.

      Deux semaines après sa mort, ma mère reçoit un mail de SFR : « B***, Vous souhaitez donner une seconde vie à votre matériel non utilisé. » L’objet indique : « Le service client toujours à vos côtés. » C’est moi qui reçois ce mail, bien sûr, puisque je gère son compte.

      J’ai pourtant joint le certificat de décès à ma demande de résiliation. Qu’on adresse les mots « seconde vie » à une défunte ne m’étonne pas outre mesure, puisqu’au décès de mon frère, le syndic de copropriété avait mandaté un huissier pour trois mois d’impayés – après les avoir informés de la disparition de celui-ci, et leur avoir fourni les coordonnées du notaire en charge de la succession. L’huissier s’était présenté chez le mort et avait facturé son déplacement.

      Le mail de SFR me semble une bonne conclusion aux deux mois durant lesquels j’ai accompagné ma mère dans son agonie, d’abord à l’hôpital puis en Soins de Suite et Réadaptation (SSR). Il porte à un point d’indécence instructif le déni que j’ai eu à affronter tout du long, et qui s’énonce ainsi : en France, la mort n’existe pas. On pourra toujours débattre sur la « fin de vie » : tant qu’on n’aura pas admis que la mort fait absolument partie de celle-ci, rien ne changera. Ni la loi sur « l’aide à mourir », ni le manque de lits, ni le sort des agonisants qui n’ont plus de #consentement_éclairé.

      Ma mère n’était apparemment pas assez vive et pas assez mourante à la fois, elle ne correspondait à rien de prévu par les institutions : elle est rapidement devenue une patate chaude pour l’hôpital public. Sa « fin de vie » s’est transformée en long cauchemar filandreux, prise entre la gloriole des chirurgiens et le manque de temps et de compassion des #soignants, le tout aggravé par le manque d’argent.

      J’avais lu le témoignage d’une journaliste sur la fin de vie de sa propre mère, et comment il lui avait été impossible de trouver une équipe de #soins_palliatifs à domicile. J’avais lu des articles sur le naufrage de la #gériatrie, de l’hôpital, mais je ne l’avais pas expérimenté. Mon frère était mort d’un cancer dans un endroit laid avec un médecin désagréable mais, du moins, il avait eu droit à la sédation profonde et continue prévue par la loi Claeys-Leonetti.

      Quand le tour de ma mère est venu, il y a deux ans, je ne me suis en quelque sorte pas méfié. Personne évidemment ne m’a prévenu que ses deux derniers mois allaient mal se passer, que ma mère ne se trouverait jamais au bon endroit, que j’aurais par conséquent à affronter une absence absolue de compassion. L’hôpital ne m’a pas dit : attention, je suis au bout du rouleau et contrairement à ce qu’indique mon nom, je vais être inhospitalier, voire hostile.

      Je n’avais pas lu Ann d’Angleterre de Julia Deck (Seuil, 2024) qui n’était pas encore sorti, et je n’aurais sans doute pas cru alors ce qu’elle raconte sur la façon dont l’hôpital a traité sa mère, puisque je ne l’avais pas vécu. Ce livre m’a beaucoup fait rire, j’en ai gardé plusieurs passages en mémoire, dont celui-ci : « Je nous imagine propulsées dans un film apocalyptique où une administration bananière prononcerait de beaux discours pendant qu’elle achèverait ses vieux dans des zones de non-droit. Ce n’est pas une hallucination, c’est une tactique. »

      Le cas de ma mère n’est pas unique. Je pense au contraire qu’il est très banal et que c’est pour cela qu’il faut raconter, encore et encore. Parce que beaucoup d’entre nous vont être confronté·es à cette réalité désormais : il n’y a pas de place pour les #mourants. J’ai bien conscience évidemment que ce n’est qu’un sous-cas de la faillite généralisée du service public : France Travail ne peut pas vous indemniser parce qu’il n’a aucune case pour votre précarité, l’hôpital psychiatrique ne peut soigner les schizophrènes armés qui se croient musulmans et vous ne pouvez pas mourir en paix parce qu’on a ôté de sous votre corps les lits et les structures, fussent-elles privées, adaptées à votre état.

      Pour ma mère, cela commence comme ça : un samedi matin, son infirmier m’appelle, elle est encore tombée. Il l’a retrouvée au matin chez elle, mais que je ne m’inquiète pas : les pompiers l’ont emmenée aux urgences de l’hôpital de M., « et elle peut remuer ses orteils ». L’infirmier a donné mes coordonnées aux pompiers, transmis les ordonnances. Puis il a appelé l’hôpital. Ils vont sans doute l’opérer, me dit-il, pour consolider sa colonne vertébrale, une cimentoplastie : une sorte d’injection de colle, trois fois rien, ce sera idéal pour son cas. Ma mère a 90 ans, donc je m’inquiète quand même. Je vis à 800 km, je ne peux pas me rendre sur place en un clin d’œil. Et à quoi servirai-je si on est en train de l’opérer ? Mais je suis aussi son dernier proche : tout le reste de la famille est mort, ses amies sont séniles, son armée d’#aides_à_domicile est, par définition, cantonnée au domicile. Ses capacités cognitives sont en outre diminuées depuis quelques mois et le transport dans un lieu étranger ne va rien arranger, je le sais d’expérience : je dois y aller, je ne peux pas la laisser seule dans cet endroit – je serai son point de repère.

      Aussitôt raccroché avec l’infirmier, j’appelle l’hôpital. Un automate propose d’énoncer le nom de la patiente : « Je n’ai pas compris votre demande. » Au bout de plusieurs heures, l’accueil répond enfin. On ne peut pas me passer le service, c’est le week-end. Ma mère doit être opérée, je dis que je vais laisser mes coordonnées pour qu’on me rappelle, mais mon interlocutrice refuse. Aimable jusque-là, je me raidis : je vais laisser mes coordonnées, insistai-je, car je suis non seulement son fils mais son tuteur légal, « et si elle meurt sur la table d’opération, cela vous évitera de prévenir la police pour retrouver ma trace ». Sensible à cet argument, la réceptionniste me passe le service. Au bout du fil, une femme semble soulagée de mon appel : ils ne savaient pas comment me joindre ni quel était son traitement médical. Je ne fais pas remarquer que l’infirmer a communiqué tout cela aux pompiers. Je transmets la dernière ordonnance que j’ai en ma possession par email. La femme ne sait pas comment va ma mère, sauf qu’elle ne peut pas répondre au téléphone, et l’opération ne se fera pas ce week-end. Il faudra attendre lundi pour parler au médecin.

      Autre récurrence médicale : mieux vaut agir que d’accepter que le réel résiste.
      (Voilà une constante remarquable de ces huit semaines qui s’ouvrent : les infirmières ne savent pas comment vont les malades, elles ne sont pas habilitées à le savoir. Les infirmières du soir ne savent pas quels sont les traitements du matin, elles n’étaient pas là, elles se contentent de donner ceux du soir, même si la malade, quand elle ne pourra presque plus déglutir, les rend, s’étouffe avec – ou les deux à la fois. Autre constante : le matin, on ne peut pas visiter les malades. En réalité, on peut par dérogation, si votre proche est gravement atteint, ce qui va se révéler le cas, mais en pratique on peut difficilement puisque, quand vous vous présentez, on vous intime de déguerpir par égard pour les autres malades, auxquels on prodigue des #soins toutes portes ouvertes. La double injonction contradictoire règne. L’une vous dit d’un air de reproche : « Les médecins étaient étonnés de ne pas vous voir ce matin. » À quelle heure passent-ils ? Vers 10 heures. Le lendemain à 9h30, on commence par vous demander de sortir : les visites, c’est à partir de midi. On vous explique la pudeur comme si vous aviez cinq ans. Vous justifiez votre cas. Vous avez tort quand même : les médecins passent à 9 heures, ne le savez-vous donc pas ?)

      Le lundi, le médecin m’appelle. La cimentoplastie ne suffira pas mais il a une solution pour ma mère. L’arthrodèse. Une opération complexe, il la décrit. Car c’est plus grave qu’on ne pensait. « À la radio, y a plus de colonne vertébrale… Avec son ostéoporose, la pauvre, j’ai jamais vu ça, je vous montrerai si vous voulez. » Je le crois sur parole, pas besoin de me montrer, et je ne sais pas lire les radios. Il ajoute qu’elle est « hyperalgique » (traduction : elle souffre atrocement), et donc intransportable. Mais elle a trouvé une position supportable, me dit-il, elle est immobile. « Bon, l’arthrodèse, je vous cache pas qu’à son âge, 90 ans, c’est une opération hyper lourde, on fixe des plaques. Je vais essayer mais c’est pas sûr que les vis tiennent, et alors là, après, on pourra pas réopérer et alors sa qualité de vie… » Les anesthésistes n’étaient pas chauds, ajoute-t-il, mais il a bon espoir de pouvoir opérer quand même, il attend un second avis collégial.

      Ce type doit être fou. Je résume dans ma tête : elle risque au pire de mourir durant l’opération ou au moins d’avoir des suites post-opératoires affreuses pour un retour à la case départ, c’est-à-dire en l’occurrence la case fin. « Si l’opération rate, est-ce qu’elle souffrira davantage après ? » Il n’en sait rien. Je suppose surtout que ça ne l’intéresse pas de savoir, puisqu’il devrait pour cela envisager le ratage.

      (Autre récurrence médicale : mieux vaut agir que d’accepter que le réel résiste. Dix-sept ans plus tôt, quand le cancer de mon père était en phase terminale, irrécupérable, l’oncologue m’a expliqué qu’on allait commencer une chimiothérapie plus agressive. J’ai fait remarquer que cela allait le tuer plus vite. « C’est sûr, mais si on ne l’avait pas transfusé hier, il serait déjà mort. » Je sais surtout que cela va le faire souffrir davantage, mais par une politesse imbécile, je ne dis rien. C’est le protocole, argumente le médecin, et il y a une chance infinitésimale, miraculeuse, pour que ce traitement ait un effet. Dix jours après sa chimio, mon père meurt en effet, son état s’étant, comme prévu, brusquement dégradé.)

      Le second avis des anesthésistes arrive le lendemain. Une femme me téléphone : elle et ses collègues refusent l’opération, trop longue et trop lourde vu l’état de la patiente. Ce sera la seule personne, en deux mois, à m’avouer que, oui, ma mère est condamnée à brève échéance par grabatisation puisqu’elle ne peut plus bouger. Les fonctions vitales vont se détraquer jusqu’à ce que mort s’en suive. Je parle de « soins palliatifs », elle renchérit, promet qu’elle fera tout ce qu’elle peut pour la soulager, je suis légèrement rassuré. Mais je ne reverrai ni n’entendrai plus jamais cette médecin. La même semaine, au détour d’un couloir, une infirmière désignera ma mère comme « la petite mamie en fin de vie ». Malgré cela, je n’aurai désormais plus qu’une seule réponse, extravagante, de personnes s’occupant de mourants : « Nous, vous savez, on s’occupe de la vie. » On traitera toujours ma mère comme une malade appelée à guérir – et moi comme un importun.

      Je débarque à l’hôpital le mardi. Trois heures de TGV, quarante-cinq minutes d’attente avant une heure de bus intercités, puis encore vingt minutes de bus. Je me présente dans le service. Une infirmière m’engueule en guise de bienvenue : où sont les serviettes de toilettes de ma mère ? Le gel douche ? Le shampoing ? Je vois qu’il n’y a qu’un gobelet en carton pour boire et que, ne pouvant bouger, elle se renverse systématiquement le liquide sur elle. Plus tard, en SSR, une aide-soignante me dira : « Ah bon, ils vous ont demandé des serviettes de toilette à l’hôpital ? Ils sont gonflés, ils en ont. »

      Ma mère demande en me voyant « Mais qui es-tu ? » d’un air presque joyeux. Je le lui explique, elle a l’air satisfaite. Cette désorientation ne va pas s’améliorer dans les deux mois qui viennent. Elle ne parle presque plus, se contente de répondre par « oui » ou par « non » à des questions de bien-être (froid, chaud, mal, faim, etc.). Elle se plaint de l’eau : « C’est pas bon ». Sans doute un symptôme de délitement physiologique. Aucune boisson ne sera plus jamais bonne. Parfois des phrases sortent toutes armées de la confusion générale : « Remets ton col, il est de travers » (et c’est vrai).

      Ce premier jour, je vais donc acheter les serviettes de toilette dans un hypermarché de ZAC, à vingt minutes à pied de l’hôpital. Je prends les produits d’hygiène dans une pharmacie. On n’y vend pas de « verre anti-fausse route » (un gobelet plastique avec une anse et une paille intégrée dans le couvercle). J’irai dans un magasin spécialisé en matériel médical le lendemain. Le gobelet fait merveille, ma mère peut enfin boire. Mais il disparaîtra quand on la transférera un mois plus tard de l’hôpital aux Soins de Suite et de Réadaptation. J’en rachèterai un autre. Hélas, chaque fois qu’un soin de nursing est prodigué à ma mère, sa tablette est écartée du lit et jamais remise en place, son verre systématiquement hors de portée. Je suis là tous les après-midi, j’ai loué une chambre en ville, je remets le verre près de sa main dès que je reviens dans sa chambre.

      Assez vite, une infirmière me demande si je veux donner ses médicaments à ma mère à la fin du dîner, elle les a broyés dans un peu de compote. Je le fais volontiers, puisque le soir je la nourris à la cuiller. Le lendemain, une autre que je ne connais pas pose les médicaments sur le plateau sans rien dire et repart. Je sors de la chambre et demande si je dois les lui administrer. La question étonne : oui bien sûr. Je les broie, je les mets dans la compote. Un jour, le broyeur (un petit pot en plastique) a disparu. Je pars dans les couloirs à la recherche d’un autre broyeur. Soupir, grimace : visiblement, j’agace. Un autre soir encore, j’ose demander pourquoi il y a autant de médicaments et si l’on ne peut pas en supprimer, ma mère n’arrive jamais à tout avaler, elle en laisse ; le Tanganil, par exemple, recommandé lors des crises de vertige. Un infirmier téméraire abonde : « C’est sûr que ça ne va pas lui servir à grand-chose, elle est allongée en permanence. » C’est le seul que j’aurais entendu, durant ce séjour, dire une chose de bon sens. Personne apparemment n’avait remis en question l’ordonnance que j’avais transmise.

      On ne peut pas garder ma mère en chirurgie orthopédique ni même à l’hôpital si on ne lui fait rien. Car elle occupe un lit qui serait plus utile à soigner d’autres vies : personne ne le dit mais c’est une évidence et je suis d’accord. Malheureusement, on ne peut pas la redresser ni l’asseoir, et la transporter est dangereux. Le chirurgien décide donc de faire quelque chose. Il a une idée. On va essayer un corset. Il en profite pour me raconter la technique de l’arthrodèse une deuxième fois. Une orthoprothésiste vient prendre des mesures. Il lui faut aller chercher quelqu’un pour « mobiliser » comme on dit ma mère, sinon elle ne peut pas passer le mètre-ruban. Ma mère souffre, elle crie. Le lendemain, on me dit que la jeune femme a refusé de faire le corset. Je suppose qu’elle n’est pas là pour torturer les gens. Qu’à cela ne tienne, on convoque un deuxième orthoprothésiste, un homme jeune, cette fois-ci. Les mesures sont prises de nouveau dans les cris, le corset fabriqué. Je rentre trois jours à Paris, je dois absolument travailler « en présentiel ».

      Mais maintenant qu’on soigne si bien les gens, les femmes finissent par périr irréparables, avec le squelette en miettes.
      Quand je reviens, c’est le soir, le corset est posé, ma mère implore en continu, de sa voix faible, « Mon Dieu, au secours, arrêtez, au secours ». Elle souffre visiblement. Les soignants et aide-soignants sont gênés de me voir. Je leur montre que ma mère a mal, ils sont obligés d’acquiescer. Je demande qu’on enlève le corset. Les infirmières disent qu’elles vont demander au médecin. Je demande à voir le médecin. Il n’est pas là. Je suis lâche et je n’en peux plus, je dis « Au moins donnez-lui un antalgique » et je m’en vais, il est vingt heures, ce spectacle est insoutenable. Le lendemain matin le chirurgien me reçoit (il me raconte à nouveau l’arthrodèse avec délectation, ça doit être son opération-signature) et me dit qu’il a constaté que le corset ne convenait pas et qu’il a donc préconisé de l’enlever – comme une preuve brillante de sa perspicacité. On finit par mettre ma mère sous morphine. Personne ne m’en informe alors que je viens tous les jours, mais je sais lire les étiquettes et je reconnais les hallucinations : j’ai déjà vu mon père et mon frère avec ce médicament.

      Chaque fois que je la quitte deux ou trois jours, ma mère met du temps à me reconnaître comme « son fils ». Après le « Mais qui es-tu ? » de la première fois, la suivante est pire, elle me vouvoie, me regarde comme un inconnu non invité. « — Tu ne me reconnais pas ? — Non. » Puis les liens rentrent dans l’ordre si je passe tous les après-midis avec elle. Vers le milieu de l’agonie, une soignante confirme : « Elle vous attend. – Je ne sais pas si elle me reconnaît vraiment. – Si, elle a dit que son fils allait venir ». Mais en général elle dort quand j’arrive.

      La dernière fois que je croise le chirurgien orthopédiste, il raisonne : on voit de plus en plus de cas comme ma mère, m’explique-t-il devant ses collègues des « soins palliatifs », deux femmes souriantes et mutiques que je verrai deux fois et qui ne pallient volontairement rien, car l’agonie de ma mère, discrète pendant leurs deux minutes de visite quotidienne, leur convient. Il existe des anxiolytiques pour personnes âgées, mais elles ne jugent pas utile de lui en prescrire, puisque je suis le seul témoin de son angoisse quotidienne. À son âge, il y a quelques années, continue le chirurgien, ma mère serait déjà morte d’autre chose. Mais maintenant qu’on soigne si bien les gens, les femmes finissent par périr irréparables, avec le squelette en miettes. Le roi de l’arthrodèse a cependant un dernier espoir : « que ça se recolle tout seul ». On lui fera une radio dans un mois pour savoir. Un miracle est si vite arrivé.

      En attendant la radio, on va donc envoyer ma mère en soins de suite et de réadaptation à un kilomètre de là. Un jour, il est prévu de la transférer : on l’emmène, mais les SSR se sont trompés, aucune chambre n’est libre. On la ramène, on la remet dans sa chambre d’hôpital. On lui a supprimé la morphine par la même occasion, j’ignore pourquoi, j’assiste en direct à sa descente et à son manque, elle ne comprend pas où elle est, son délire prend, comme souvent dans ce cas, la forme d’une logorrhée. Depuis qu’elle est hospitalisée, nous n’avons jamais autant parlé. Les chambres sont devenues doubles, des saumons japonais remontent des fleuves. Ce n’est pas à la télé qu’elle a vu ça, elle ne l’a pas. Elle me fait signe qu’elle l’a entendu. Mon père avait un dragon sous son lit qui faisait cuire des pommes de terre en crachant le feu. À chacun son animal.

      Là encore, personne ne m’a prévenu de rien, je suis venu à l’hôpital à l’heure dite du transfert pour l’accompagner, et elle était déjà revenue. Sans doute que je me laisse trop faire, sans doute qu’il faudrait gueuler, en imposer, avoir de mauvaises pensées et rudoyer cette humanité amorphe pour ce qu’elle est. Mais ce n’est pas de leur faute, me dis-je, c’est la loi de la jungle : pas d’argent pour l’hôpital, pas de pitié pour les mourants ni les proches. Ce doit donc être ma faute : je ne connais aucun médecin, nous sommes des prolétaires sans relations ni passe-droit, et l’infirmière-cadre m’assure que ce sera pareil dans une clinique privée. Il n’y a que certaines aides-soignantes et les femmes de ménage pour montrer un peu d’humanité.

      Quand je demande un point sur l’état de ma mère, deux fois par semaine, peut-être, pour connaître l’état de ses escarres, de son sommeil, de sa nutrition matinale, au moment d’un « nursing » ou de la prise des médicaments, l’infirmière va chercher son binôme et lui lance bien fort, d’un air narquois : « Y a le fils de Mme Loret qui voudrait des informations », comme elle dirait : « Démerde-toi ma petite. » Cela doit être un jeu entre elles. L’autre souffle ostensiblement, s’acquitte du pensum en résumant que « les constantes » vitales sont constantes. Personne ne veut affronter le fait qu’une patiente ou un patient va mourir, je le comprends bien. C’est l’impensable échec médical. Les gens qui ne peuvent pas guérir les emmerdent, ils en ont peur ou les évitent, et leurs familles avec. Personne ne peut dire « Oui, elle va mourir et nous allons vous accompagner tous les deux ».

      Finalement, au deuxième mois, il y a une place en SSR. Contraste frappant. Les aides-soignantes sont sympathiques, les infirmières toutes très jeunes et souriantes. Y a-t-il une distribution générale de Prozac ici ? Même s’il s’agit d’un service destiné à réadapter les accidentés, leur rendre leur autonomie, il y a d’autres cas désespérés de personnes qu’on ne peut plus « mobiliser ». Je m’attends donc à un peu d’intelligence de la part du gérontologue qui est assigné à ma mère. Hélas, celui-ci non plus n’arrive pas à me regarder dans les yeux. « Ici, on ne garde pas les gens plus de trois semaines », prévient-il. Il n’a pas l’air de croire à la consolidation spontanée qui permettrait d’échapper à la mort par grabatisation. « On va voir à la radio si on peut la mobiliser. — Et si on ne peut pas ? » Mais il faut la mobiliser : c’est la raison d’être des SSR.

      Au bout d’une semaine, un jour que je propose une énième compote à ma mère, elle répond « Je préférerais mourir ». Depuis le début, son visage est sans expression. Puis elle dit « Tu n’en as pas marre de moi ? » Je réponds « Non. Et toi, tu en as marre de moi ? — Non. » Dix jours plus tard, elle arrête définitivement de manger. Encore quinze jours, elle arrêtera de boire. Il n’y a que l’assistante sociale pour parler franchement : « Bon, elle nous fait un syndrome de glissement, on ne va pas se mentir. – Oui, je vois bien. Est-ce qu’on peut la transférer en soins palliatifs ? » Eh bien non, car elle ne souffre pas encore assez.

      C’est vrai qu’on n’est pas là pour achever les gens, suis-je bête : « on s’occupe de la vie », fût-elle invivable. Ce sera donc l’EHPAD. « Elle sera aussi bien soignée qu’ici. — Mais enfin, ça n’a aucun sens, elle va bientôt mourir, elle ne mange plus depuis deux semaines ». Je souhaite ramener ma mère chez elle. L’assistante sociale m’en dissuade. « Vous savez, ça peut durer très longtemps, on a eu une patiente qui est restée deux mois comme ça avant de mourir, vous vous imaginez seul avec elle ? » Car il est impossible de trouver du personnel assurant une garde 24 heures sur 24. Moi-même, je ne suis pas sûr que ma mère reconnaîtra sa maison – un ami me parle de son père hospitalisé à domicile qui disait « C’est bizarre, on dirait chez moi ». J’appelle son médecin traitant, son infirmier, personne ne connaît de service qui pourrait m’aider.

      Puisqu’elle va plutôt mourir que ressusciter, arguai-je auprès du gérontologue, ne peut-on lui procurer des soins palliatifs, puisqu’elle est de toute évidence en détresse ? J’ai apporté ses directives anticipées, rédigées il y a vingt ans : pas de souffrance inutile. Je répète ce qu’elle m’a dit : elle « préférerait mourir ». Évidemment, j’ajoute que j’ai bien conscience qu’elle est mentalement confuse. Peut-être préférait-elle mourir que de manger encore de la compote. « Je n’attends aucun miracle, je demande juste qu’elle ne souffre ni mentalement ni physiquement. » Le médecin fait une réponse minimale : « Donc nous sommes d’accord, si elle fait une crise cardiaque, nous ne la réanimerons pas. »

      L’assistante sociale trouve un EHPAD privé de luxe, me demande d’aller le visiter pour choisir une chambre, elle a transmis le dossier de ma mère. Le médecin de l’EHPAD est d’accord, on me demande un état précis de ses finances : le relevé en ligne de ses comptes ne suffit pas, il faut un papier tamponné par la banquière. À l’EHPAD, l’assistante sociale, qui est aussi apparemment directrice commerciale, me fait l’article : « Ici, quand ils ont un souci, les résidents sonnent et on leur parle via ces terminaux électroniques dernière génération, ça les rassure et ça évite de déranger le personnel pour rien. » Génial, ils ont inventé la téléassistance. « Ça fait longtemps que ma mère ne peut plus appuyer sur une sonnette », cinglai-je. Vont-ils la laisser crever si elle ne peut se manifester ? Je croyais qu’ils avaient lu son dossier. Je ne gifle pas la commerciale sociale : mais être aussi déconnectée du mourir me semble, à ce tarif-là, impardonnable.

      J’ai le choix entre une chambre assez grande, ensoleillée avec balcon, et une autre côté nord, avec vue sur un parking : « Non je ne vais pas prendre celle-ci, lui dis-je, sinon c’est moi qui saute par la fenêtre. »

      Dans un de ses rares moments de lucidité, ma mère me dit que le gérontologue lui a annoncé son transfert dans « une maison ». Elle n’a pas compris le but. Tout ce qu’elle sait, c’est qu’elle ne veut pas être transportée, cela lui fait trop mal, je vois que c’est une angoisse insupportable. Je lui dis qu’elle n’ira pas, je lui dis que je viendrai avec elle, je dis n’importe quoi. C’est un chemin de croix pour elle comme pour moi, il n’y a que du malheur et de la douleur depuis des semaines, on n’en peut plus. J’écris à un ami : « Rester à ses côtés, croire la retenir à bout de souffle et des “à demain” échangés jusqu’à ce qu’il n’y ait plus de demain ou plus d’échange, est épuisant. » Un soir, vers la fin, une aide-soignante ukrainienne me ramasse en pleurs à l’arrêt de bus et me raccompagne en voiture au centre-ville. Elle me conseille de parler à un autre gérontologue du service, selon elle moins borné. Mais je n’aurai pas le temps.

      Parfois, il y a des moments drôles dans l’horreur. Un soir, avant qu’elle cesse de manger, comme je suis épuisé, je décide de m’éclipser, rentrer dans mon Airbnb et laisser l’aide-soignante la nourrir. Je soulève néanmoins la cloche en plastique, ma mère commence à faire le geste de porter une cuiller imaginaire à sa bouche, comme elle le fait depuis un moment. Mais le plat est fumant. Je lui crie : « Ouh là là, c’est très chaud ! Il faut attendre un peu ». J’ajoute : « Bon, je vais y aller, je vais rentrer. D’accord ? Tu me fais un bisou ? » Je lui tends la joue et elle mord dedans à belles dents qu’elle n’a plus, aussi bien que je ne sens rien. « Mais maman, ce n’est pas de la nourriture, c’est ma joue ! – Ah ben c’est malin, ça », me répond une autre région de son cerveau qui fonctionne encore, et qui croit que je lui ai fait une blague. Elle a une sorte de petit rire.

      Dans le même service de Soins de Suite et de Réadaptation, il y a une madame G. qui gueule en permanence, parle mal au personnel et a des exigences. J’apprendrai un peu plus tard qu’elle a été cheffe de quelque chose, habituée à commander. Elle a mordu jusqu’au sang une aide-soignante. Le premier dimanche où je l’entends, elle hurle en continu pendant presque une heure « J’ai mal, ma piqûre ! Viiite ! » Parfois, entre deux redites, elle menace de souiller ses draps, ou elle croit qu’elle l’a fait (une aide lui explique que ce n’est pas possible, vu qu’elle a, comme la plupart des vieillard·es ici, une sonde urinaire et une couche). Au bout d’un moment quelqu’un vient. Peut-être a-t-elle sa piqûre. Elle se tait.

      Trente minutes après, ça recommence, autre disque rayé, une longue plainte : « Je n’ai pas mangé, j’ai faim ! » Ses cris sont insupportables. Cela dure encore un moment et, au bout d’une énième répétition, elle ajoute à son « Je n’ai pas mangé, j’ai faim ! », en guise d’argument supplémentaire, d’un ton presque informatif et quelques décibels plus bas : « Et la dame à côté, elle a mal à la tête. » Je ris nerveusement.

      Le moment de la radio qui doit montrer si la colonne vertébrale s’est réparée approche. On me promet qu’on lui donnera un « bolus » de morphine, un supplément. Le jour J, l’examen est reporté ou annulé, ce n’est pas clair. Je dois repartir une seconde fois à Paris travailler, c’est obligatoire. Je reviendrai pour le jour du transfert à l’EHPAD, le mercredi suivant. Mais le dimanche soir, une infirmière appelle. L’état de ma mère s’est dégradé. « Vous voulez dire que c’est mieux si je viens le plus vite possible ? — Oui. » Et en effet, le lundi, je la retrouve inconsciente, il y a cinq moniteurs et pompes divers accrochés à son corps. « Vous la mettez toujours à l’EHPAD ? » Plus que jamais, apparemment. Le mardi, veille du transfert prévu, on m’informe qu’on va finalement l’emmener en soins palliatifs à 50 km de là, dans une clinique religieuse privée. Je change de ville et d’appartement, je me retrouve à la clinique à dix heures du matin, l’ambulance de ma mère est encore dans la cour.

      Là, un médecin en soutane m’apprend qu’on l’a transportée d’abord à l’hôpital de T. pour la radio promise : les vertèbres se sont bien ressoudées, mais avec des atteintes neurologiques définitives. Je la vois, on l’a débranchée, elle est consciente et ne peut presque plus articuler, on dirait un cadavre. Ici, ils ont une autre approche du traitement de la douleur, explique le médecin. Mais la comédie de la résurrection continue : on me demande d’aller acheter gel douche et shampoing (les SSR les ont gardés), du dentifrice et une toute petite brosse à dents chirurgicale pour masser ses chicots. Si je peux apporter des vêtements aussi. « Vous allez l’habiller ? — Oui bien sûr, on habille les patients ici, c’est une question de dignité. » Un infirmier me montre comment hydrater sa bouche avec un écouvillon à bout de mousse, puisque la déglutition ne fonctionne plus. Elle suce l’eau bicarbonatée et manque de s’étouffer.

      Il y a une psychologue aussi, qui est très présente. Trois fois, elle essaie de faire prononcer à ma mère les prénoms de ses fils. Une bouillie incompréhensible sort. Elle me dit : « Rentrez, vous êtes épuisé, c’est vous qui allez mourir si vous continuez. » Elle articule très fort à ma mère : « Votre fils est fatigué, il va rentrer. Vous aussi, vous êtes très fatiguée, je le vois, vous allez dormir. » Et à moi : « Reposez-vous, et demain revenez le plus tard possible, vous en avez assez fait. » Voilà qui me semble raisonnable. Je retourne à ma location.

      À zéro heure dix, la clinique m’appelle pour me dire que ma mère est décédée. Depuis sa chute deux mois plus tôt, elle aura passé moins de vingt-quatre heures dans un service adapté.

      #Hôpital #médecins #directives_anticipées #maltraitance #violence_médicale #mourir #mort #Éric_Loret #récit

  • Côtes-d’Armor. Il voulait la « faire hospitaliser en psychiatrie » : un maire écroué après le décès d’une sexagénaire
    https://www.ledauphine.com/faits-divers-justice/2026/04/16/il-voulait-la-faire-hospitaliser-en-psychiatrie-un-maire-ecroue-apres-le

    Le maire de Plouasne, dans les Côtes-d’Armor, a été mis en examen mercredi soir et écroué notamment pour des violences volontaires ayant entraîné la mort d’une sexagénaire lors d’une intervention le 7 avril. L’édile de cette commune d’environ 1 800 habitants est aussi mis en examen pour arrestation arbitraire suivie de mort, tout comme un conseiller municipal.

    Ce jour-là, le maire et ce conseiller municipal ont tenté d’empêcher Catherine Josselin, une femme de 66 ans à la santé mentale fragile, de regagner son domicile. Ils souhaitaient la « faire hospitaliser en psychiatrie », à la suite notamment « de troubles qu’elle aurait occasionnés à son voisinage », de regagner son domicile, selon le procureur de Saint-Malo, Fabrice Tremel.

    Les jambes attachées « à l’aide d’une sangle et d’une corde »

    L’exploitation de plusieurs vidéos remises par un témoin a mis en évidence que « pendant 15 minutes, quatre personnes étaient intervenues physiquement, avec des degrés d’implication différents, pour contenir fermement la victime au sol en exerçant sur elle une pression », selon le procureur. La sexagénaire a eu également les jambes attachées « à l’aide d’une sangle et d’une corde apportées par deux d’entre eux ».

    Les gardes à vue des deux personnes qui avaient apporté la corde et la sangle ont été quant à elles levées. L’autopsie de la victime a conclu que les hypothèses « les plus susceptibles d’expliquer le décès » de cette femme retenaient « l’existence d’un lien » avec les faits subis par la victime. « Aucun arrêté municipal d’hospitalisation sous contrainte » n’a été pris à l’encontre de la sexagénaire et le certificat médical exigé pour établir un tel arrêté n’a « pas été préalablement délivré », a relevé Fabrice Tremel.

    Maire depuis 2008, Michel Daugan avait été réélu en mars au second tour avec une égalité parfaite des voix. Sa liste avait été déclarée victorieuse en vertu de la moyenne d’âge la plus élevée, comme le prévoit le code électoral.

  • « Notre système éducatif met de côté les enfants touchés par la grande pauvreté »
    https://www.lemonde.fr/societe/article/2026/02/10/notre-systeme-educatif-met-de-cote-les-enfants-touches-par-la-grande-pauvret

    Pendant six ans, l’association ATD Quart Monde, associée à des syndicats, des mouvements pédagogiques et des fédérations de parents d’élèves, a mené avec 12 classes d’écoles primaires une recherche participative baptisée « Cipes » pour « choisir l’inclusion pour éviter la ségrégation ». L’idée était de croiser les regards de chercheurs, d’enseignants et de militants ayant l’expérience de la grande pauvreté pour étudier l’accumulation des mécanismes d’exclusion scolaire. Marie-Aleth Grard, présidente d’ATD Quart Monde, en tire des préconisations pour mieux prendre en compte la grande pauvreté à l’école et souhaite diffuser cette recherche dans d’autres établissements, afin de lutter contre l’orientation « ordinaire » dans les filières hors cursus scolaire des enfants issus de familles pauvres.

    Environ 72 % des élèves de section d’enseignement général et professionnel adapté (Segpa) et 80 % des élèves en unités locales d’inclusion scolaire (ULIS) sont issus de milieux défavorisés. (...)

    (...) il y a globalement dans le système éducatif une méconnaissance totale de ce qu’est la grande pauvreté, de ces familles qui vivent dans une grande précarité et subissent une forte maltraitance institutionnelle dans tous les pans de leur vie : logement, santé, emploi…

    https://archive.ph/DW9bF

    #école #pauvres #maltraitance_institutionnelle

  • Tomblaine. Olivier Morzelle (ATD Quart Monde) « Aujourd’hui, le taux de non-recours au RSA est estimé à 34 % et celui du non-recours au minimum vieillesse à 50 % ! »
    https://www.estrepublicain.fr/societe/2025/11/09/atd-quart-monde-dit-stop-a-la-maltraitance-institutionnelle

    « Aujourd’hui, le taux de #non-recours au RSA est estimé à 34 % et celui du non-recours au minimum vieillesse à 50 % ! Et l’une des causes du non-accès aux droits est justement ce que l’on appelle la maltraitance institutionnelle qui a pour conséquences de renforcer la pauvreté et l’isolement. »

    Comment lutter contre les maltraitances institutionnelles ?

    « Avec ATD Quart Monde, nous avons mené des travaux de recherche avec l’Université d’Oxford pour comprendre les mécanismes de la grande pauvreté. Dans ces travaux, la maltraitance institutionnelle est apparue comme une dimension à part entière qui caractérise ce que c’est de vivre en situation de grande pauvreté. Aujourd’hui, à Tomblaine, nous présentons un plaidoyer pour de dire stop à la maltraitance institutionnelle qui est aussi une invitation à se mobiliser tous ensemble et à interpeller les institutions, responsables politiques, afin qu’ils fassent évoluer les lois et les pratiques. L’une des propositions est de remettre de l’humain dans les services publics »

    #accès_aux_droits #maltraitance_institutionnelle #ASPA #minimum_vieillesse #pauvreté

  • Travailleurs étrangers : Amnesty International dénonce des lenteurs et des erreurs de l’administration française, qui entraînent précarité et exploitation
    https://www.lemonde.fr/economie/article/2025/11/05/travailleurs-etrangers-amnesty-international-denonce-des-lenteurs-et-des-err

    Travailleurs étrangers : Amnesty International dénonce des lenteurs et des erreurs de l’administration française, qui entraînent précarité et exploitation
    Propos recueillis par Aline Leclerc
    Dans son petit appartement meublé chichement d’objets de récupération disparates, Nadia, 45 ans, pile de courriers à la préfecture du Val-de-Marne devant elle, dresse un bilan douloureux de ces dernières années. « Moi, j’ai toujours suivi mon chemin, c’est l’Etat qui m’a fait dérailler », résume-t-elle. Son parcours est symbolique de ceux qu’a compilés Amnesty International dans un rapport publié mercredi 5 novembre. Il démontre comment la brièveté des titres de séjour, mais aussi la montagne de difficultés pour les faire renouveler en préfecture, « fabrique la précarité » de travailleurs étrangers légaux, y compris dans les métiers en tension.
    Titulaire, depuis 2015, d’un diplôme d’auxiliaire de vie – un secteur confronté à une forte pénurie de main-d’œuvre – et mère d’une fille de 11 ans qu’elle élève seule, Nadia (tous les prénoms ont été modifiés à la demande des intéressés) a longtemps travaillé pour un centre communal d’action sociale. Ivoirienne, elle a eu plusieurs cartes de séjour d’un an, puis de deux, puis de trois. En 2020, comme tous les travailleurs « essentiels », elle est restée à son poste pendant les confinements.
    Au printemps 2022, six mois avant l’expiration de son titre, elle dépose en ligne sa demande de renouvellement. Puis plus de nouvelles. A l’automne, inquiète, elle tente de contacter la préfecture. « Par téléphone, on tombe sur un message qui donne des renseignements pour faire les cartes grises, mais pas pour renouveler les titres de séjour, explique-t-elle. Je me suis présentée sur place, mais aujourd’hui tu ne peux plus rentrer, tout se fait en ligne. » Elle se met alors à envoyer mails et courriers frénétiquement, pour avoir des nouvelles de son titre ou au moins obtenir un récépissé pour continuer à travailler – c’est la pile devant elle. En vain.
    Début 2023, son titre arrive à échéance. La voilà en situation irrégulière, et son employeur met fin à leur collaboration. « Plus de papiers, plus de travail ; plus de travail, plus de ressources », résume-t-elle. Ses économies lui permettent un temps de continuer à payer son loyer, puis les dettes s’accumulent. « Nous allions aux Restos du cœur, au Secours populaire. Même payer l’assurance scolaire j’avais du mal. C’était vraiment très difficile, se souvient-elle. Mais tu ne peux pas te dire : “Cela ne marche pas, je vais voir ailleurs.” Car en face de toi, c’est l’Etat ! » Aidée par la Cimade, elle finit par attaquer l’Etat devant le tribunal administratif pour obtenir gain de cause. Elle a fini par recevoir, en avril, un titre de deux ans. Depuis, elle a retrouvé des heures de travail, mais doit encore rembourser de colossaux arriérés de loyer.
    « L’Etat fabrique de l’irrégularité ! Une rupture de droits comme celle-ci, c’est une attaque directe des droits économiques, sociaux et culturels, qui sont des droits fondamentaux, s’indigne Diane Fogelman, chargée de plaidoyer migrations à Amnesty International. Ces dysfonctionnements ont déjà été largement dénoncés, mais rien ne change. L’Etat n’assume pas ses responsabilités, alors que la situation devient humainement intenable. » Ces dysfonctionnements « systémiques » de l’administration chargée de la délivrance des cartes de séjour, constatés dans l’ensemble des préfectures, et leur impact disproportionné sur les droits des étrangers en France ont en effet été soulevés par la Défenseure des droits dans une dizaine de rapports et avis au Parlement depuis 2016, mais aussi par la Cour des comptes dans trois rapports depuis 2020 et par le Conseil d’Etat en 2018 et 2024 dans ses avis sur deux projets de loi relatifs à l’immigration. Dix organisations ont même attaqué l’Etat en avril pour « carence fautive ». Sur les 871 020 cartes de séjour renouvelées en 2024, 22 % l’ont été pour motif économique (37 % pour motif familial). Et 49 093 des 343 024 premières cartes de séjour qui ont été délivrées sont des titres « salarié », « travailleur temporaire » ou « travailleur saisonnier ».
    L’organisation non gouvernementale met en outre en évidence la façon dont cette « précarité » administrative ouvre la voie à des abus, en rendant ces travailleurs étrangers « corvéables à merci ». C’est ainsi parce qu’elle a peur de « perdre tous [s]es droits » que Célia, Colombienne de 41 ans, en France depuis 2016, n’ose pas quitter l’entreprise d’aide à domicile qui l’emploie. « On me demande de faire des tâches que je ne devrais pas faire, je me suis blessée en donnant une douche à une personne très lourde, raconte-t-elle. Et on me confie les cas les plus difficiles, des personnes qui vivent dans des conditions déplorables. » Elle constate aussi que certaines heures ne sont pas payées au bon taux horaire. « Mais si je me plains, l’employeur me dit : “N’oubliez pas que vous avez besoin de travailler pour renouveler vos papiers”, continue-t-elle, au bord des larmes. Je me sens prise au piège. » « Ces abus sont certes commis directement par des employeurs (…). Mais in fine, la responsabilité de l’Etat français est particulièrement mise en cause », insiste le rapport, qui évoque, entre autres, des vols de salaire, des tâches sans rapport avec le contrat de travail, des conditions de travail dangereuses et des cas de violences et de harcèlement.
    Mais il y a aussi la complexité des procédures. Chaque nouvel employeur d’un salarié étranger doit notamment faire une demande d’autorisation de travail auprès de l’administration. En France depuis 2018, Jean-Louis, Sénégalais de 34 ans qui a, lui aussi, vu sa carte de séjour se périmer alors qu’il attendait une réponse de la préfecture, a fini par recevoir, après deux ans de galère, une carte de séjour d’un an. « Mais avec ça, tu ne peux rien faire !, estime-t-il. Dans les entretiens, dès que j’évoquais la demande d’autorisation de travail, les employeurs changeaient de tête. Ils me disaient : “C’est trop de paperasse pour quelqu’un dont le titre va expirer dans quelques mois, j’ai une boîte à faire tourner.” » Or, cette multiplication de cartes de séjour courtes participe justement à l’engorgement de l’administration chargée du renouvellement, souligne Amnesty.
    Alors qu’il est diplômé d’un master 2 en gestion des territoires et développement local, Jean-Louis a, pour le moment, renoncé à chercher un emploi en lien avec ses compétences. « Quand tu disposes de si peu de temps, tu trouves plus facilement en tant qu’agent de sécurité », explique-t-il. C’est comme ça qu’il a pu renouveler son titre en septembre, recevant cette fois une carte de séjour de quatre ans. Il vient d’être embauché en CDI comme agent d’exploitation d’un parking. « Je suis un genre de gardien, je renseigne les clients. Mais si des sans-abri ont fait leurs besoins dans un coin, je nettoie, j’ai pas le choix. C’est pas le paradis, mais on respecte mes horaires et le salaire tombe à l’heure. J’ai connu tellement pire que, pour moi, c’est le Saint Graal », lance-t-il en souriant. « Ces situations sont absurdes, insiste Diane Fogelman. Cela montre bien que le système est dysfonctionnel à tout point de vue. Simplifier les procédures et permettre une stabilité de ces salariés serait bénéfique pour tout le monde : ces travailleurs, leurs employeurs et l’administration. »

    #Covid-19#migrant#migration#france#droit#sante#immigration#economie#precarite#travailleuretranger

  • « En assassinant la fille, il s’assure que la mère ne s’en remettra jamais » : les violences vicariantes, ou quand la violence conjugale s’exerce « par procuration »
    https://www.lemonde.fr/societe/article/2025/10/18/en-assassinant-la-fille-il-s-assure-que-la-mere-ne-s-en-remettra-jamais-les-


    Au pied de l’immeuble où vivait Chloé, tuée par son père à l’âge de 5 ans, à Courbevoie, le 13 mai 2023. OLIVIER BUREAU/« LE PARISIEN »/MAXPPP

    Les violences vicariantes désignent une forme particulière d’agression. Il s’agit d’une violence exercée, quasi exclusivement contre une femme, par un partenaire ou un ex-partenaire, à travers un tiers, généralement des enfants, avec pour objectif de faire souffrir l’autre, comme le définit Sonia Vaccaro, la psychologue argentine à l’origine de l’expression. En France, le terme de violence vicariante reste largement méconnu, avec une existence médiatique quasi nulle et aucune existence juridique.

    En Espagne, en revanche, cette notion a été intégrée au Pacte d’Etat contre la violence de genre en 2017, un accord approuvé par l’ensemble des groupes politiques désignant les violences vicariantes comme une partie intégrante des violences conjugales. Le gouvernement espagnol a par ailleurs approuvé un avant-projet de loi spécifique aux violences vicariantes le 30 septembre dernier qui en ferait, s’il était adopté, un délit à part et impliquerait, en principe, une peine allant de six mois à trois ans de prison. Depuis 2013, 65 enfants ont été assassinés en Espagne dans un contexte susceptible de désigner une violence vicariante, a récemment rappelé la ministre Ana Redondo, chargée de l’égalité.

    Si en France, il n’existe pas de décompte précis, quelques indicateurs nous permettent d’estimer le nombre d’enfants concernés. En 2023, neuf infanticides ont été commis dans un contexte de conflit conjugal, un chiffre qui s’élevait à 25 en 2019, d’après les chiffres du ministère de l’intérieur. Selon le Haut Conseil à l’égalité entre les femmes et les hommes, cette même année ce sont 398 000 enfants au total qui étaient covictimes de violences faites aux femmes.

    Les violences interviennent le plus souvent dans un contexte de séparation réelle ou menace de séparation : l’enfant devient un outil pour perpétuer le cycle des #violences_conjugales, comme le rapporte Andreea Gruev-Vintila, maîtresse de conférences en psychologie à l’université Paris-Nanterre, et autrice du livre Le Contrôle coercitif. Au cœur de la violence conjugale. Des avancées scientifiques aux avancées juridiques (Dunod, 2023). En effet, après la séparation, n’ayant plus accès à sa cible par la proximité, l’agresseur change de registre de contrôle, note la chercheuse.

    https://justpaste.it/a9wku

    #violence_vicariante #enfants #infanticides #femmes

    • Infanticides : « Notre cerveau nous empêche de penser ces violences »
      https://www.lemonde.fr/societe/article/2024/03/14/infanticides-notre-cerveau-nous-empeche-de-penser-ces-violences_6221996_3224

      La lente prise de conscience quant à ce phénomène toujours difficilement quantifiable tient notamment à la sidération qu’il produit, estiment les spécialistes des #maltraitances_infantiles.

      On les retrouve la plupart du temps à la rubrique des faits divers des journaux ou à celle des comptes rendus de procès. Souvent, leur lecture provoque la sidération. Les infanticides, ces meurtres d’enfants qui interviennent le plus souvent dans le cadre familial, sont difficiles à penser, tant ils mettent à mal nos représentations. Et c’est une partie du problème, estiment les spécialistes des maltraitances infantiles, qui plaident pour davantage de prévention.

      Selon un avis récent de la Commission nationale consultative des droits de l’homme (CNCDH) sur les « morts violentes d’enfants dans le cadre familial », ces décès surviennent, le plus souvent, après une succession d’épisodes violents. La « répétition de drames pourtant fréquemment évitables » fut à l’origine de la saisine de l’organisation, à l’initiative de la députée Francesca Pasquini (Hauts-de-Seine, écologiste), membre de la délégation aux droits des enfants de l’Assemblée nationale.
      Une restitution du rapport, en présence de plusieurs acteurs engagés en faveur des #droits_des_enfants, était organisée au Palais-Bourbon le 7 février. La pédiatre Nathalie Vabres, coordinatrice de l’unité d’accueil pédiatrique des enfants en danger (Uaped) au CHU de Nantes, s’est attardée sur la question du « déni » entourant ces situations. Par exemple, « quand on découvre chez un petit des lésions dont les parents n’arrivent pas à justifier les raisons, tous les professionnels de santé cherchent d’abord à écarter toutes les autres pistes, toutes les maladies, avant de se poser la question des maltraitances », a-t-elle avancé. Pour cette experte reconnue, « notre cerveau nous empêche de penser ces violences », et « il ne faut pas minimiser les freins culturels, que même les professionnels aguerris rencontrent ». Pour les éviter, l’une des réponses est de pouvoir réfléchir « collectivement ».

      Syndrome du bébé secoué

      Ce regard pluridisciplinaire manque souvent dans les espaces fréquentés par les enfants, qu’il s’agisse de l’école, des activités périscolaires ou du cabinet du médecin de famille. A l’inverse, il est au cœur des Uaped, dont la mission est d’organiser la prise en charge globale, sur les plans médical et judiciaire, des mineurs victimes. Cheffe de service au centre hospitalier régional d’Orléans, Barbara Tisseron a créé une telle unité il y a quinze ans. Comme Nathalie Vabres, elle est donc en contact, au quotidien, d’enfants violentés. Elle est ainsi amenée à faire les #signalements auprès du procureur de la République, quand existe un soupçon de maltraitance. En tant que médecin légiste, elle réalise en parallèle des expertises judiciaires à la suite d’infanticides.

      Une des violences les plus répandues sur les nourrissons, ici comme au niveau national, se rapporte au syndrome du bébé secoué. Selon la CNCDH, il concerne 400 enfants par an, un chiffre « largement sous-estimé en raison du nombre de cas qui ne seraient pas portés à la connaissance des autorités ou qui seraient classés dans une autre catégorie de décès ». Or, explique Barbara Tisseron, « ce sont des cas d’une violence extrême, et ce qui nous pose difficulté en plus, en ce moment, c’est que les diagnostics sont contestés de façon très virulente par des associations de parents et des avocats ».

      Comment faire pour éviter les morts violentes d’enfants ? Davantage qu’une réponse, Barbara Tisseron ouvre des pistes de réflexion. « Probablement qu’on tolère trop de laisser ces enfants dans leur famille. C’est sur un fil, on les laisse pour que ce lien persiste, et parfois ce fil est trop ténu, réfléchit-elle. Parfois, il y a des situations connues, et on se dit qu’on laisse une énième chance, et c’est celle de trop. » A rebours des discours qui prolifèrent sur les réseaux sociaux sur les placements abusifs, elle observe que « parfois, les situations sont déjà très dégradées lorsque les services sociaux interviennent à domicile, ou le temps qu’ils interviennent, et parfois les violences se sont aggravées, ou un drame est arrivé entre-temps ».

      « Savoir orienter »

      Les failles du repérage, le manque d’accompagnement, aussi, des parents défaillants apparaissent dans plusieurs de ces affaires. L’histoire d’une petite fille de 6 ans, hospitalisée pour des brûlures il y a plusieurs années, l’a profondément marquée. « J’avais été réquisitionnée pour aller l’examiner et dire si ses brûlures étaient d’ordre accidentel ou provoquées. Au cours de l’examen, la petite m’a parlé de coups de bâton et de violences à la maison. J’avais fait un signalement au procureur, et je m’étais opposée à ce qu’elle quitte l’hôpital avant qu’une enquête sociale soit faite. » La petite fille avait finalement regagné son domicile au bout de quelques jours. Deux mois plus tard, Barbara Tisseron apprenait qu’elle était morte chez elle, après une « chute dans les escaliers ». « On a alerté, et malgré ça elle est décédée », souffle la médecin, qui admet avoir mis « un temps fou » à s’en remettre.

      Si certaines situations de maltraitance sont connues, d’autres passent complètement sous les radars. Alors qu’un débat existe sur le fait de renforcer l’obligation de signalement par les médecins des violences, Barbara Tisseron croit plutôt dans l’importance de « savoir orienter ». « Faire un signalement quand on n’en a jamais fait et qu’on a sa salle d’attente remplie à craquer n’est pas chose aisée », estime-t-elle. « Il faudrait que les médecins soient formés à repérer les maltraitances, et puissent orienter vers une structure qui saura faire le signalement, comme l’Uaped. Qu’ils puissent appeler pour dire : “Je vous oriente cet enfant pour un motif banal, mais mon inquiétude derrière, ce sont les maltraitances, donc prévenez-moi si la famille ne vient pas, et là je ferai un signalement.” »

      Martine Brousse, la présidente de l’association La Voix de l’enfant, créée en 1981 avec pour but « l’écoute et la défense de tout enfant en détresse, quel qu’il soit et où qu’il soit », est elle aussi convaincue de la nécessité de « croiser les regards » pour repérer les violences. Or, « sur l’enfance maltraitée, on est toujours en silo », déplore-t-elle. Résultat : « Souvent, on passe à côté de la souffrance de l’enfant. »

      « Chiffre noir » des infanticides

      Le déni puissant qui entoure ces décès se lit dans leur comptabilité approximative, alerte la CNCDH. Après examen des sources existantes disponibles, elle estime qu’ un enfant décède tous les quatre ou cinq jours dans le cadre familial . Mais elle dénonce un « chiffre noir » des infanticides et, plus largement, des maltraitances subies par les enfants. En cause : la collecte des statistiques « peu fiable » et les données « partielles et cloisonnées », ainsi que les « meurtres non révélés de nouveau-nés à la naissance ou encore les homicides d’enfants non repérés ».

      Consciente que cette invisibilisation contribue à l’absence de politique publique spécifique, La Voix de l’enfant a décidé de publier tous les mois, sur ses réseaux sociaux, les morts violentes d’enfants dont elle a connaissance. « En novembre, il y en a eu six, dont cinq étaient dans des familles repérées. En décembre, sept, dont quatre auraient totalement pu être évitées », énumère Martine Brousse. Huit autres ont été comptabilisées depuis par l’association. Comment expliquer que le sujet ne mobilise pas davantage ? Pour Barbara Tisseron, cela renvoie à l’impossibilité de penser la maltraitance commise dans le cadre familial. « Je n’arrive pas à me l’expliquer, outre le fait que ça puisse faire barrage à la pensée », considère-t-elle.
      Lors du colloque organisé à l’Assemblée nationale, la magistrate Magali Lafourcade, secrétaire générale de la CNCDH, rappelait qu’en 2016 l’organisation avait joué un rôle pionnier en publiant un avis sur les féminicides, soulignant le « changement progressif de paradigme » à l’œuvre depuis, concernant les violences envers les femmes. « On a toujours les mêmes statistiques, mais au moins on compte nos mortes. Il faut la même chose pour les enfants, il faut faire la lumière sur les ressorts, systématiser les autopsies… » Passer « du fait divers au fait social », avec l’espoir d’anticiper et d’éviter une partie de ces drames.

      #syndrome_du_bébé_secoué #famille

  • #bell_hooks : Un nom en minuscules pour une vie en majuscules

    De #Gloria_Watkins à bell hooks, itinéraire d’une penseuse étatsunienne qui nous fait reconsidérer nos compromis avec les #dominations de #genre, de #race et de #classe.

    Elle est née Gloria Watkins, mais prend le nom de bell hooks pour signer ses livres et cela nous dit déjà beaucoup d’elle. Ce nom en minuscule, c’est en effet d’abord une volonté de rester au second plan derrière ses textes et ses idées. Une humilité paradoxale, car la méthode de bell hooks, c’est aussi placer ses expériences intimes au cœur de ses développements théoriques. Elle ne s’efface donc pas derrière ses textes, loin de là et nous la découvrons ainsi au détour de nombreux passages de ses ouvrages.

    Ce nom, c’est aussi un hommage à sa mère et à sa grand-mère, deux figures récurrentes auxquelles elle se réfère au fil de son œuvre, sans toutefois toujours les ménager, sa mère notamment. Car c’est ce qui frappe à la lecture de bell hooks, de son œuvre théorique comme autobiographique : une plume et une pensée exigeantes, vibrantes, parfois tranchantes qui nous obligent à considérer avec lucidité nos propres compromis avec les dominations de genre, de race et de classe. Une plume vivante aussi qui explore notre appartenance territoriale (son Kentucky natal), ainsi que notre vie intime, affective et sexuelle – sans fard.

    Mémoires d’une petite fille noire

    Dans Noir d’Os, bell hooks évoque sa découverte de L’Œil le plus bleu de Toni Morrison : une épiphanie littéraire pour l’adolescente qu’elle est alors, qui trouve enfin dans un texte de quoi pallier les « lacunes » d’une littérature au sein de laquelle elle peine à se reconnaître. L’autrice, à son tour, écrit ses mémoires dans Noir d’Os et Rouge Feu pour combler ces absences, d’où l’importance de la lire encore aujourd’hui, explique Axelle Jah Njiké : « On a un déficit en matière de textes illustrant l’intime des personnes noires, et particulièrement des femmes noires, et ô combien des petites filles noires. »

    Dans ces textes, bell hooks raconte notamment le rôle de la #lecture, mais aussi un contexte familial troublé où la #violence et la #maltraitance étaient choses communes.

    Quelle importance aujourd’hui ?

    Malgré la célébrité certaine de bell hooks aux États-Unis, l’autrice ne figure pas parmi les féministes noires que l’on rencontre le plus, raconte la sociologue Fania Noël : « Aux États-Unis, qui souffrent un peu moins de la rareté du marché sur les études noires que la France, bell hooks fait partie d’un panthéon d’autrices, d’intellectuels, d’artistes féministes noires qui sont nombreuses. »

    En France, bell hooks bénéficie d’une relative renommée : on fait d’elle l’une des papesses de la notion d’#intersectionnalité, terme créé par Kimberley Williams Crenshaw pour identifier les populations qui cumulent et subissent plusieurs formes de discriminations. Une popularité qui s’explique notamment par les multiples rééditions de ses ouvrages, bien plus présents sur la scène littéraire que ceux des afroféministes francophones. Y aurait-il une volonté de faire écran à ce qui se joue sur nos territoires ?

    https://www.radiofrance.fr/franceculture/podcasts/avoir-raison-avec/episode-1-une-femme-majuscule-6096120
    #podcast #audio
    ping @reka @isskein @karine4 @_kg_

  • #Payer_la_terre. À la rencontre des premières nations des #Territoires_du_Nord-Ouest_canadien

    En 2015, Joe Sacco s’est rendu par deux fois dans les territoires du Nord-Ouest du Canada, au-dessous de l’Arctique. Il est allé à la rencontre des Denes, un peuple autochtone. L’auteur nous raconte l’histoire de ce peuple, ses traditions, restées intactes pour certaines, les premières rencontres avec les Anglais.
    Pendant longtemps, les peuples indigènes du Grand Nord, vivant sur des terres non propices à la colonisation agricole, restèrent livrés à eux-mêmes, jusqu’à ce que la découverte de pétrole et d’or incite le gouvernement à officialiser son autorité sur eux, comme sur leurs terres. À cette période, les autorités s’appropriaient les territoires, non plus par les massacres, mais cliniquement, méthodiquement, et de façon administrative – grâce à des traités.
    En lisant ceux-ci, on n’échappe pas à l’impression que les « Indiens » ont donné la terre où ils vivaient en échange de la promesse d’une annuité de quelques dollars, de quelques outils et de médailles pour ceux qui se disaient leurs chefs. Aujourd’hui, la fracturation hydraulique ajoute la pollution à la spoliation initiale.

    https://www.futuropolis.fr/9782754818551/payer-la-terre.html
    #BD #livre #bande-dessinée
    #Joe_Sacco #Canada #peuples_autochtones #Dene
    #nature #forêt #nomadisme #environnement #montagne #animaux #humilité #fracturation_hydraulique #fracking #pétrole #Territoires_du_Nord-Ouest #industrie_pétrolière #Compagnie_de_la_Baie_d'Huston #extractivisme #conflits #résistance #travail #alcoolisme #drogue #alcool #argent #éducation #champs_pétroliers #exploitation_minière #développement #gaz_naturel #Sahtu #Mackenzie_Valley_Land_and_Water_Board #missionnaires #Eglise_catholique #religion #spiritualité #communauté #mines #uranium #ski-doo #fourrures #or #Traité_8 #Traité_11 #René_Fumoleau #oralité #tradition_orale #Wunk_Sheek #Fraternité_indienne_des_Territoires_du_Nord-Ouest #Denedeh #affaire_Paulette #François_Paulette #justice #combat_juridique #gazoduc #prise_de_conscience #identité #Fort_Simpson #Nation_dene #diamants #prospection #droits_miniers #accords_territoriaux #quantum #autonomie_gouvernementale #Fraternité_indienne #logement #harcèlement_policier #Hire_North #Accord_tlicho #colonisation #sédentarisation #genre #langue #violence_domestique #maltraitance #abus_sexuels #suicide #scolarisation #évangélisation #pensionnats #assimilation #acculturation #pensionnats_autochtones #christianisation #châtiments_physiques #commission_de_vérité_et_conciliation #viols #travail_salarié #excuses #génocide_culturel #souffrance #traumatisme #dédommagement #inceste #colère #déculturation #parentalité #Trout_lake #aides_sociales #revendication_territoriale #différend_territorial #Colombie-Britannique #Yukon #Fort_Liard #mer_de_Beaufort #Inuvik #racisme #identité #violence_relationnelle #Dene_Nahjo #Idle_No_More #déracinement #capitalisme #genre #dépossession #mine_Giant #complexe_d'infériorité

    • ’My work is not finished’ : #François_Paulette named officer of Order of Canada

      Denesuline elder has long advocated for Indigenous and treaty rights

      Denesuline Elder François Paulette has many accomplishments under his belt. He’s an educator, activist, spiritualist, father, grandfather, former chief, and a traditional knowledge holder.

      Now he can add one more title to his name — officer of the Order of Canada.

      The national order recognizes people who have made extraordinary contributions to the country. Paulette is among 120 people — six from the North — who are being honoured this year. He is being recognized for his longtime contributions to treaty and Indigenous rights and his promotion of circumpolar health research.

      “My biggest job has always been protecting the Earth and the water. And that’s always for the future of the children. And also the rights of Indigenous people, treaty rights,” he said.

      But Paulette, who is a member of the Smith’s Landing First Nation, said he’s not one for medals and awards. When he learned he was an Order of Canada recipient, he said he had to think about whether or not to accept the honour. He ultimately decided to do it for his 10 grandchildren.

      “It’s not in my blood to get recognition, at least from the Canadian government or the Crown for the work I’ve done, because my work is all about protecting Mother Earth and working on rights of Indigenous people,” he said.

      For Paulette, one of his proudest accomplishments is moving back to his home community where he and his wife built a log home and raised their children in a contemporary-traditional lifestyle.

      “It was a sense of renewal for me,” he said.

      Paulette was born in April 1949, near Fort Fitzgerald, Alta, and lived there until his community was relocated to Fort Smith, N.W.T., by the federal government beginning in 1959.

      Paulette said he’s also proud of his work negotiating outstanding Crown treaty obligations.

      In 1969, Paulette was one of the founding members of the Indian Brotherhood of the Northwest Territories — renamed the Dene Nation in 1978 — which was formed in opposition to The White Paper. That federal document proposed terminating existing treaties and assimilating Indigenous people in Canada.

      A turning point for the Dene

      In 1971, Paulette became the youngest chief in the territory at that time. The following year, he was part of the Paulette Case, something he said was a “turning point for the Dene.”

      In that case, Paulette and 16 other chiefs from the Mackenzie Valley, challenged the Canadian government to recognize Indigenous title to over 1,165,494 square kilometres of land in the N.W.T. They filed a caveat arguing the Dene didn’t surrender their rights or land when they signed Treaty 8 and Treaty 11 and sought to prevent construction of the proposed Mackenzie Valley Gas Pipeline.

      In 1973, Supreme Court Justice William Morrow ruled that the chiefs had established a case for claiming rights to the land. While the ability to register the caveat was overturned by the Supreme Court of Canada, Morrow’s findings regarding Indigenous rights were upheld. The case also helped prompt the Berger Inquiry, which led to a moratorium on the proposed gas pipeline.

      “I think that turned the page of how the Dene were to begin to negotiate … Canada’s outstanding obligation to the First Nations,” Paulette said.

      Paulette said he is also proud to have been one of the delegates that travelled to Geneva, Switzerland, in 1977, to begin talks that led to the United Nations Declaration on the Rights of Indigenous Peoples.

      “That was nice to see that eventually unfold and be recognized by the world.”

      Since then, Paulette has been involved with the Institute for Circumpolar Health Research and is now an adjunct professor at the University of Alberta’s School of Public Health. He has also travelled around the globe speaking to people about Indigenous and treaty rights, spiritualism, healing and environmental protection.

      “If this little token of, this Order of Canada can elevate my profile, I will continue,” he said. “My life in that way is not going to change, my work is not finished.”

      Paulette will be honoured by the Order of Canada at a ceremony in Ottawa later this year.

      https://www.cbc.ca/news/canada/north/francois-paulette-order-of-canada-1.5413265

  • Qui était Jean Pormanove, l’influenceur décédé en live ?
    https://www.charentelibre.fr/france/qui-etait-jean-pormanove-l-influenceur-decede-en-live-25595669.php

    La Charente se sait libre de dire n’importe quoi, sans évoquer les causes de sa mort :

    « Bataille de Cotoreps » : sur la plateforme Kick, des humiliations et violences en direct pour des cartons d’audience, 15 décembre 2024
    https://www.mediapart.fr/journal/france/151224/bataille-de-cotoreps-sur-la-plateforme-kick-des-humiliations-et-violences-

    Sur la plateforme Kick, des #streameurs français multiplient les humiliations physiques et psychologiques en direct tous les soirs, pour obtenir les dons des spectateurs. Un business de la maltraitance avec pignon sur rue, dont les premières victimes sont des personnes vulnérables.

    « Des chiffres et des Illettrés », « Question pour un Golmon »… Ces concepts sont ceux d’influenceurs niçois qui ont développé depuis plusieurs mois des vidéos visant à se moquer des capacités mentales de leurs participants.
    Ils diffusent leurs contenus sur la plateforme Kick, méconnue en France, car elle leur offre un meilleur pourcentage de rémunération que d’autres services de streaming, et qu’elle revendique une modération plus légère qu’ailleurs. Avec 160 000 abonné·es et plus de 15 000 spectateurs et spectatrices en direct chaque soir, ils sont à la tête de la première chaîne française sur Kick France.

    Les quatre personnes qui apparaissent le plus souvent s’appellent Naruto, Safine, JP et Coudoux. Les deux premiers ciblent volontairement les deux autres. JP, un ancien militaire, subit de nombreuses violences – strangulations, jets d’eau et de peinture. Coudoux, un homme handicapé sous curatelle (une protection juridique qui oblige certaines personnes à être accompagnées dans des démarches administratives, comme signer des contrats), est également régulièrement frappé. 

    Derrière leur écran, les spectateurs semblent raffoler de cette mécanique de violence, en redemandent dans le chat, et multiplient les insultes validistes (« les coto » en référence à l’acronyme « Cotorep », « le golmon », « le beluga »).
     
    « Même si la personne consent à recevoir des coups, cela peut constituer une infraction, que la personne soit porteuse d’un handicap ou non », analyse Sophie Prétot, professeure des universités en droit privé et sciences criminelles. Un·e juge « pourrait prendre une mesure dans un délai très rapide pour prévenir ce trouble manifestement illicite », au regard de la commission de l’infraction pénale ou de « l’atteinte à la dignité humaine », estime-t-elle.

    Le streameur Naruto, qui gère la chaîne Jeanpormanove, a répondu en détail à Mediapart, défendant ses « concepts » et le ciblage de deux personnes en particulier : « Les gens sont là pour voir les réactions de JP et Coudoux, leurs réactions sont beaucoup plus atypiques [...]. On sait ce qui fait rire et ne pas rire les gens », a-t-il affirmé.

    #victimes #cassos #torture

    • Victime de maltraitance en ligne depuis des mois, le streamer « Jean Pormanove » décède en direct
      https://www.mediapart.fr/journal/france/180825/victime-de-maltraitance-en-ligne-depuis-des-mois-le-streamer-jean-pormanov

      « Star » d’une chaîne de streaming sur la plateforme Kick, Raphaël Graven, connu sous le pseudo « Jean Pormanove », est décédé dans son sommeil, lors d’un tournage diffusé en direct. Il était la cible d’humiliations et de sévices de la part de ses partenaires streamers, avait révélé Mediapart l’an dernier. Une enquête est en cours, selon le parquet.

      #whatawonderfulword

    • Le Corpus « Vers un capitalisme de plateforme ? » situe d’emblée les transformations radicales qu’introduisent les plateformes numériques dans le capitalisme contemporain ; en plusieurs endroits on pourrait d’ailleurs parler de rupture tant ces plateformes transforment le travail en lui-même, ses conditions d’exercice et surtout l’emploi. Ce Corpus présente les résultats des premières enquêtes réalisées dans divers domaines de l’économie de plateforme, enquêtes largement centrées sur les transformations induites par cette dernière. Derrière ce modèle économique jugé innovant, une particularité fondamentale caractérise ce nouveau type de transaction économique : les offreurs de travail sur les plateformes numériques sont bien souvent des particuliers, c’est-à-dire qu’ils ne sont pas salariés, ni même nécessairement des professionnels. Ce sont eux qui possèdent l’outil de production et la force de travail qu’ils vendent en qualité d’indépendants, soit directement aux consommateurs, soit à un intermédiaire. Les travailleurs de ces plateformes assument les risques liés à l’activité (investissement, clientèle, risque physique) tout en étant peu autonomes dans l’organisation de l’activité (processus calibrés, prix fixés par la plateforme, contrôles par cette dernière et par les consommateurs).

      https://journals.openedition.org/nrt/3734

    • Merci d’en parler. Le sadisme monétise sur le dos des faibles jusqu’au spectacle de leur mort dans l’arène de l’ignoble tandis que la justice continue à lambiner sur le consentement des victimes sous emprise.

    • ‪@turcanmarie.bsky.social‬
      https://bsky.app/profile/turcanmarie.bsky.social/post/3lwrrdibhi22z

      En décembre 24, Mediapart interrogeait la ministre du numérique.
      En janvier 25 une enquête préliminaire était ouverte.
      En février 25, la Ligue des droits de l’homme saisissait l’Arcom.
      Pourtant tout a continué.

      Affaire « Jean Pormanove » : ceux qui n’ont rien fait
      https://www.mediapart.fr/journal/france/190825/affaire-jean-pormanove-ceux-qui-n-ont-rien-fait

    • La mort en direct du streameur Jean Pormanove, humilié et maltraité pendant des mois
      https://www.lemonde.fr/societe/article/2025/08/19/la-mort-en-direct-du-streameur-jean-pormanove-humilie-et-maltraite-pendant-d

      L’histoire rappelle certains des épisodes les plus glaçants de la série britannique de dystopie technologique Black Mirror. Un influenceur français de 46 ans, Raphaël Graven, connu sous le nom de Jean Pormanove pour ses vidéos diffusées en direct, est mort le 18 août dans les Alpes-Maritimes au cours d’un livestream sur la plateforme Kick, qui durait depuis plus de deux cent quatre-vingt-dix-huit heures. Selon des images circulant sur les réseaux sociaux, les autres participants à l’événement auraient constaté le décès de « JP », alors qu’ils étaient couchés, et coupé la retransmission à ce moment-là.
      Le parquet de Nice a ouvert une enquête en recherche des causes de la mort, confiée à la police judiciaire locale. Il a demandé la réalisation d’une autopsie. A ce stade, les raisons précises du décès ne sont pas connues.

      [...]

      En dépit de leur violence difficilement supportable, ces contenus sont présentés par leurs auteurs comme des vidéos à caractère humoristique.

      [...]

      Dans une autre vidéo, plus ancienne, qui a resurgi après le décès du streameur, on entend Owen Cenazandotti et Safine Hamadi envisager explicitement la mort de Raphaël Graven en direct et lui enjoindre de dire « face caméra, là, maintenant, que, si demain il meurt en plein live, c’est dû à son état de santé de merde et pas à [eux] ». « Les gens, ils vont s’en prendre à nous, alors que c’est dû à tes quarante-six ans de vie minable », ajoute Owen Cenazandotti. « S’il m’arrive quelque chose en live, c’est mon entière responsabilité », finit par déclarer Raphaël Graven, après avoir d’abord refusé de le faire.

      une occasion de découvrir l’existence d’une Clara Chappaz, ministre déléguée chargée de l’intelligence artificielle et du numérique. Vautrin ne s’est pas saisi des 298 heures de taf et d’astreinte en continu qui on l’avantage de préfigurer la suppression de tous les jours chômés, fériés ou pas.
      https://archive.ph/NRpKl

    • Mort de Jean Pormanove : « Dans le monde numérique, l’humiliation d’une personne, loin de faire baisser les yeux, captive les regards », Julie Alev Dilmaç, sociologue
      https://www.lemonde.fr/idees/article/2025/08/24/mort-de-jean-pormanove-dans-le-monde-numerique-l-humiliation-d-une-personne-

      Le 18 août, la mort de Raphaël Graven, plus connu sous le pseudonyme de Jean Pormanove, créateur de contenu sur la plateforme Kick, était rendue publique au terme d’un #streaming ininterrompu de douze jours. Décédé dans son sommeil, il s’était fait connaître pour avoir subi, plusieurs années durant, les brimades répétées que lui infligeaient deux comparses, mises en scène sous forme de défis.
      Lors de ces « lives », le protagoniste – tout comme un certain « Coudoux », jeune homme en situation de handicap – pouvait être insulté, étranglé, moqué, giflé, menacé ou encore privé de soins, le tout sur fond de validisme. Ces violences physiques et verbales insoutenables et ces humiliations euphémisées par les streameurs sous l’appellation de « concepts » étaient suivies par des milliers d’internautes.

      Cet épisode invite à interroger notre rapport contemporain à l’humiliation et les significations plurielles qu’elle revêt. Les humiliations prennent des formes de plus en plus insidieuses – mépris des responsables politiques, mise au silence de certaines populations, #mobbing [phénomène de harcèlement moral collectif] au travail, traitements dégradants imposés par certaines entreprises, discriminations –, mais elles sont désormais dénoncées avec vigueur à travers des mobilisations internationales comme #MeToo ou Black Lives Matter, des campagnes de sensibilisation contre le harcèlement ou des mouvements sociaux revendiquant dignité et reconnaissance comme les « gilets jaunes ».

      L’humiliation en ligne existe

      A l’heure où le dénigrement social apparaît à la fois plus prégnant et plus inacceptable, comment expliquer le paradoxe qui consiste, pour certains, à chercher à se faire un nom, à parfaire leur e-réputation et à obtenir une reconnaissance sociale, en exposant une image dévalorisée d’eux-mêmes, voire d’autrui ?

      A l’issue du drame, le cas « Pormanove » a suscité de vifs débats, et sur les forums, on s’interroge sur les responsables : faut-il incriminer les « agresseurs », qui jouent de la surenchère et repoussent toujours plus loin les limites de la violence sur autrui ? La « victime », qui bâtit sa notoriété en s’exposant volontairement à l’humiliation ? Ou encore les internautes, qui, par leurs clics et leurs contributions, assurent la survie de la chaîne ? Plus récemment, les regards se sont tournés vers les autorités : la régulation des plateformes, voire la légalité même de telles pratiques, sont désormais mises en cause.

      L’opinion publique semble (re)découvrir ce que l’on sait pourtant depuis longtemps : l’humiliation en ligne existe, la banalisation des #cyberviolences est réelle, et certaines plateformes laissent faire. Internet regorge de contenus insoutenables – automutilations, suicides diffusés en temps réel, tortures d’animaux… Ni le discrédit numérique, ni l’exposition de la souffrance, ni même la diffusion de la mort en direct ne sont des phénomènes nouveaux.

      La question qui se pose est de savoir en quoi cet épisode tragique et les actes horrifiques qui l’ont accompagné diffèrent des multiples formes d’humiliations déjà documentées telles que le cyberharcèlement, le lynchage ou le dénigrement numérique (bashing) vécus par d’autres ? En quoi les claques infligées à « JP » par ses acolytes, sous prétexte de l’humilier tout en divertissant le public, se distinguent des gifles assénées « pour rire » (acte désigné par le terme « happy slapping ») par des adolescents à un tiers, filmées et relayées de téléphone en téléphone ?

      La souffrance devient spectacle

      Si les modalités de ces agressions semblent similaires, une différence majeure se dessine : le consentement. Dans le cyberharcèlement « classique », l’humiliation est subie et gratuite : la victime est happée dans un engrenage de violences collectives qu’elle ne peut enrayer. Des images intimes volées ou des montages fabriqués sont diffusés à son insu sans possibilité d’effacement. Dans ce cas, la souillure se propage, condamnant la victime à une forme de mort sociale. Parfois, l’issue se révèle plus brutale encore : l’opprobre ne se limite pas à une mort numérique, il peut également conduire au suicide.

      Dans l’affaire Jean Pormanove, l’humiliation est en revanche assumée par l’ensemble des protagonistes : elle est acceptée en grande partie par celui qui l’endure, endossée par ceux qui l’infligent, applaudie par le public qui y assiste. La souffrance devient spectacle et matière à divertissement : elle sert à alimenter les contenus de la chaîne. Les maltraitances sont présentées comme un jeu convenu entre « amis », une mise en scène consentie en apparence, alors même qu’un déséquilibre flagrant s’impose : deux contre un. L’humiliation infligée n’a plus rien d’un pacte : elle a tout d’une domination.

      Ce qui suscite également l’indignation aujourd’hui, c’est que l’humiliation d’autrui devrait, en principe, nous être insupportable. Or, que dire de la participation du public, des « abonnés » qui, non seulement attendaient la notification annonçant le début du direct des #maltraitances, mais qui, pire encore, encourageaient « JP » à endurer toujours davantage ? Quid de ces défis qui l’obligeaient à porter un collier de chien, à subir des électrocutions et à voir ses demandes de soins ignorées ?
      Dans le monde numérique, l’humiliation d’une personne, l’exposition de corps suppliciés, voire la mort en direct, loin de faire baisser les yeux, captivent les regards. Elles servent non seulement de leviers à engranger des « vues » mais aussi de collecte de « dons » qui assurent la survie des chaînes. L’humiliation fait vivre les plateformes au prix de vies fracassées. Aux dernières nouvelles, l’un des streameurs impliqués dans l’affaire aurait demandé aux internautes de ne pas relayer les images du dernier souffle de « JP », pourtant diffusé en direct sur la chaîne — sans doute au nom d’un ultime respect pour sa dignité. [nawak, ils ont plutôt senti le vent du boulet]

      La sociologie est un meuble de salon.

    • Hé ben, parler pour ne rien dire, l’habitude au monde. Pas un mot sur les pourritures mascus qui ont annoncé payer l’enterrement, actionnaires réhabiliteurs de Kick.

    • Mort du streameur Jean Pormanove : « Il aura fallu un drame et une tempête médiatique pour contraindre les autorités politiques à l’action », Nathalie Tehio préside la Ligue des droits de l’homme
      https://www.lemonde.fr/idees/article/2025/08/25/mort-du-streameur-jean-pormanove-il-aura-fallu-un-drame-et-une-tempete-media

      Le traitement de la plateforme australienne Kick met en lumière les obstacles auxquels l’Arcom est confrontée. Alertée dès février par la LDH, mais ne disposant que de 23 salariés pour le contrôle des plateformes, elle n’a pas pu entamer un dialogue efficace avec Kick du fait de l’absence de désignation par celle-ci d’un représentant légal sur le sol européen, et alors même que le règlement sur les services numériques l’y contraignait. Or seule la volonté politique de faire pression sur cette plateforme a permis d’aboutir à une telle désignation, à Malte. Il aura fallu un drame et une tempête médiatique pour contraindre les autorités politiques à l’action.

      Ce défaut d’impulsion et de soutien à l’Arcom est rendu d’autant plus inquiétant au regard du caractère transfrontalier des problématiques du numérique. Et ce, d’autant plus que l’UE n’a pas voulu encourager le développement d’un secteur du numérique européen. En 2018, la LDH avait pourtant plaidé, en vain, pour une souveraineté numérique de l’Europe, qui serait d’ailleurs utile pour lutter contre les attaques et ingérences numériques, et la manipulation des algorithmes qui favorisent des contenus nocifs (comme sur X, ex-Twitter).

      Ces manques profitent largement à une extrême droite qui, ayant compris que la violence, l’invective et la haine favorisent la viralité, utilise ces plateformes peu ou pas modérées pour promouvoir des idées nationalistes, racistes, xénophobes ou antiféministes qui rassemblent les utilisateurs partageant ces idées, renforçant ainsi son influence dans le débat public.

      https://archive.ph/pKFwB

      C’est trois jours après un édito du Monde
      Décès du streamer Jean Pormanove : la mort en direct, un scandale lucratif
      https://www.lemonde.fr/idees/article/2025/08/22/deces-du-streamer-jean-pormanove-la-mort-en-direct-un-scandale-lucratif_6633

    • Le cercle de la merde
      https://lundi.am/Le-cercle-de-la-merde

      La mort en ligne de JP n’arrive pas « par hasard ». Elle s’inscrit dans cette atmosphère affective où la valeur d’un être ne se mesure plus qu’à l’aune de ce qu’il peut endurer publiquement. JP, clown triste sur Kick ou Twitch, a été englouti par la même logique que les chroniqueurs de C8 : offrir sa gêne, son ridicule, ses plaies comme un gage d’appartenance. Autrement formulé il ne s’agit pas ici d’une pathologie individuelle mais bien d’une pathologie sociale. Le sadisme qui circule sur les plateaux télé ou certains chats n’est pas né du néant. Il naît du vide. Du vide existentiel, de la pauvreté en monde. Là où il n’y a plus de vocation, plus de passion, plus de sens, reste le plaisir bas de voir autrui réduit, humilié, abaissé. Et le plus insupportable, c’est qu’on a fabriqué un voyeurisme qui ne se reconnaît même plus comme tel. L’œil collé à l’écran, l’oreille collée au casque, chacun se dit qu’il « participe », qu’il « fait partie du jeu ». Mais c’est un jeu où il n’y a pas de gagnant. Quand la plupart des êtres se maltraitent les uns les autres à longueur de journée, il est plus que probable que la maltraitance ne soit plus perçue. Il en va de même pour l’exploitation, le voyeurisme, le harcèlement.

  • La pauvreté et les inégalités au plus haut depuis trente ans
    https://www.lemonde.fr/societe/article/2025/07/07/la-pauvrete-et-les-inegalites-au-plus-haut-depuis-trente-ans_6619650_3224.ht


    L’entrée du centre d’accueil de jour et de mise à l’abri du Secours islamique France, à Massy (Essone), le 4 juillet 2025. SAMUEL GRATACAP POUR « LE MONDE »

    L’Insee a publié, lundi 7 juillet, ses données pour l’année 2023 : le taux de pauvreté atteint 15,4 %, son plus haut niveau depuis le début du décompte en 1996. L’écart entre les 20 % plus riches et les 20 % plus pauvres s’est creusé, proche de celui du début des années 1970.

    Six cent cinquante mille personnes ont basculé dans la pauvreté en l’espace d’une année (...)

    Comment expliquer ces constats ? « Le niveau de vie, soutenu par une conjoncture favorable de l’emploi, a augmenté plus vite que l’inflation, sauf pour les plus modestes », résume M. Duée. Le niveau de vie médian a atteint 2 150 euros mensuels pour une personne seule, une hausse plus forte (5,9 %), que l’inflation ( + 4,9 % en moyenne annuelle), soit une augmentation en euros constants de 0,9 %. Mais les évolutions à chaque extrémité du spectre des revenus ont été très différentes : le niveau de vie des 10 % les plus riches a progressé de 2,1 % en euros constants, « porté par les rendements des produits financiers », souligne M. Duée. Tandis que les 30 % d’habitants les plus modestes ont connu une baisse de leur niveau de vie, particulièrement marquée pour les 10 % les plus pauvres (− 0,9 % en euros constants).

    https://archive.ph/AyYnT

    edit Alternatives économiques https://archive.ph/6uMTR

    #pauvreté #taux_de_pauvreté #inflation

  • "#Gardes-frontières, pas tortionnaires" : quand les douaniers dénoncent des ordres dangereux pour les migrants qui traversent la Manche

    Le #syndicat #Solidaires_Douanes a adressé une #lettre_ouverte à son directeur national ce lundi 23 juin, dans laquelle il dénonce certaines #consignes données sur le #littoral du #Pas-de-Calais, pour surveiller des embarcations de personnes migrantes. Des #ordres qui « les détournent de leur #mission initiale » et insécurisent les exilés qui prennent la mer.

    C’est une lettre ouverte salée, que le syndicat Solidaires Douanes a fait parvenir aux oreilles du directeur national garde-côtes des douanes, ce lundi 23 juin 2025. « Gardes-frontières, pas tortionnaires », le ton est donné dès les premiers mots.

    Dans ce communiqué, les douaniers s’insurgent contre un évènement survenu dans la matinée du jeudi 19 juin, il y a presque une semaine, au large du #Touquet (Pas-de-Calais). Une embarcation contenant plusieurs personnes migrantes se trouvait alors en difficulté, maintenue sous la surveillance du patrouilleur garde-côtes « #Kermovan ». Les douaniers, chargés d’assurer la sécurité des exilés vers les eaux britanniques ou de les récupérer en cas de sinistre, reçoivent alors une #consigne du #Centre_régional_opérationnel_de_surveillance_et_de_sauvetage (#CROSS) Gris-Nez.

    Le Kermovan reçoit pour ordre « de signaler tout changement de cap indiquant que le pneumatique ferait route vers la plage pour embarquer à son bord des personnes supplémentaires. » En cas d’opération de secours, le CROSS, qui coordonne les opérations, peut être amené à donner des consignes aux #garde-côtes. Mais dans l’ordre donné ce 19 juin, quelque chose fait tiquer les douanes. Rémi Vandeplanque, représentant Solidaires Douanes, soupçonne qu’il « s’agissait de faciliter l’intervention des forces de l’ordre pour faire obstacle à l’embarquement de personnes supplémentaires. »

    Selon Rémi Vandeplanque, l’embarcation que les douaniers sécurisaient s’est finalement échouée sur la plage de Sainte-Cécile vers 10 heures « de mémoire », visiblement après avoir crevé en heurtant un bouchot, « apparu à la faveur de la marée descendante ».

    Les garde-côtes, détournés de leur mission ?

    Solidaires Douanes dénonce un détournement de la mission initiale des agents, et une consigne dangereuse pour les personnes migrantes, des civils en situation précaire, sur une embarcation de fortune au beau milieu du détroit du Pas-de-Calais. Celle-ci « ne relève pas de la fonction du patrouilleur Kermovan » et « a pour objectif de permettre une intervention de police en mer (de facto dangereuse). » Car, rappelons que les forces de l’ordre n’ont plus le droit d’interpeller les personnes migrantes lorsqu’elles se trouvent déjà dans leur embarcation, posée sur l’eau. Ils doivent donc attendre leur retour sur la terre ferme pour procéder à des #interpellations.

    Le syndicat dénonce justement « un contexte de #maltraitance_institutionnelle croissante, à l’encontre des personnes en exil », lors des tentatives de traversée notamment, et « de mise sous pression de la France par le Royaume-Uni qui attend que toutes les mesures possibles soient prises par le ministère de l’Intérieur afin d’empêcher les traversées de la Manche ».

    Au moment où cet article est publié, la Préfecture maritime de la Manche et de la mer du Nord (Prémar) n’a pas donné suite à nos sollicitations.

    https://france3-regions.franceinfo.fr/hauts-de-france/pas-calais/touquet/gardes-frontieres-pas-tortionnaires-quand-les-douaniers-d
    #migrations #réfugiés #frontières #France #GB #Angleterre #résistance

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    voir aussi :
    Récit « Je n’avais jamais vu ça de la part de la police » : près de #Dunkerque, des migrants interceptés dans l’eau à coups de #bombes_lacrymogènes
    https://seenthis.net/messages/1121815

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    ajouté à la métaliste, mais pour l’instant tout à fait incomplète, de #témoignages de #forces_de_l'ordre, #CRS, #gardes-frontière, qui témoignent de leur métier. Pour dénoncer ce qu’ils/elles font et leurs collègues font, ou pas :
    https://seenthis.net/messages/723573

  • « Comme un esclave » : L’industrie du #Champagne jugée pour #traite_des_êtres_humains

    Une affaire de traite des êtres humains, survenue lors des #vendanges de 2023, a été jugée jeudi 19 juin à Châlons-en-Champagne. Elle met au jour un système de #sous-traitance qui a conduit à une #maltraitance des travailleurs banalisée. Reportage.

    Devant le tribunal judiciaire de Châlons-en-Champagne, plusieurs dizaines de personnes, travailleurs immigrés et syndicalistes de la CGT, profitent des quelques coins d’ombre alors que l’audience du jour, ce jeudi 19 juin, est suspendue pour la pause de midi. « C’est une victoire que l’on soit tous là, que nos voix passent partout, à la radio, à la télévision », lance un travailleur au micro.

    Celui-ci fait partie des 47 travailleurs immigrés reconnus victimes potentielles d’une affaire de traite des êtres humains qui secoue l’image de luxe entretenu par l’industrie du Champagne. La moitié de la salle d’audience est remplie de ces travailleurs, concentrés dans leur écoute, venus massivement demander #justice.

    « Je salue le courage de ces vendangeurs des raisins de la misère. Ce procès doit marquer un tournant, introduit Maxime Cessieux, l’avocat de la CGT de la Marne et de la fédération agro-alimentaire et forestière. Si en septembre 2025 des récoltes se passent de la même façon, alors on aura échoué à attirer l’attention du monde entier sur ce qu’il se passe réellement en Champagne ».

    Ce dossier de traite des êtres humains incarne en effet l’envers du décor du travail saisonnier en Champagne. L’histoire commence dans une maison au cœur du petit village de #Nesle-le-Repons. 130 âmes, au milieu des splendides coteaux du vignoble champenois. Le 14 septembre 2023, trois inspecteurs du travail accompagnés de deux policiers y ont découvert des dizaines et des dizaines de #travailleurs_saisonniers, immigrés d’Afrique de l’Ouest (Mali, Mauritanie, Côte d’Ivoire, Sénégal…), entassés là, disposant de moins d’un mètre carré d’espace chacun. Dans ce #taudis, les matelas alignés à même le sol sont sales. L’électricité n’est pas aux normes. Il n’y a pas d’eau chaude tandis que les trois toilettes existantes sont vétustes et bouchées. Des conditions assimilables à un « #bidonville », résume le rapport de l’inspection du travail au cœur du dossier.

    « J’ai cru que l’on était dans une morgue »

    « Quand on est entrés dans cette maison, à 21h, j’ai vu les pieds des travailleurs, tous alignés en rang, dépasser d’un demi-plafond. J’ai cru que l’on était dans une morgue », glisse, assise sur les bancs du tribunal, Marilyne Breton, l’une des inspectrices du travail qui a découvert la situation. « Beaucoup d’entre nous étaient malades, fatigués, à cause de ces conditions insalubres. Personnellement, j’avais de la toux à cause de ça. Tout ça m’a énormément marqué, traumatisé », confie même devant les juges l’une des victimes présumées, M. Doumbia.

    À l’instar d’autres travailleurs qui l’écoutent derrière lui, et le soutiennent du regard, M. Doumbia a été recruté via les réseaux sociaux. D’autres l’ont été par des boucles Whatsapp ou par du bouche-à-oreille. Tous ont été ainsi ramenés de région parisienne vers la Marne, à bord d’un bus, où chacun a dû payer 10 euros sa place. Les deux recruteurs, Témuri Muradian et Abdoulaye Camara, leur ont fait miroiter 80 euros par jour travaillé, et un hébergement hôtelier. Aucune promesse n’a été tenue.

    Les deux hommes ont été engagés par une société de prestation, #Anavim, dirigée par une femme, #Svetlana_Goumina, de nationalité kirghize. Ce type de sociétés de prestataires de service s’est démultiplié ces dernières années, et fournit une large partie des 120 000 travailleurs qui viennent pour les vendanges chaque année. De la main d’œuvre à bas coût, basée sur une concurrence organisée entre travailleurs d’Afrique de l’Ouest et d’Europe de l’Est, tandis que les locaux délaissent ce travail difficile devenu trop mal rémunéré.

    En lieu et place de contrats, les rares qui ont signé un document, ont signé seulement une déclaration préalable à l’embauche – plusieurs d’entre eux ne savaient ni lire ni écrire. Les conditions de travail imposées dans ces #vignes étaient terribles, selon les témoignages recueillis. « Je n’ai jamais travaillé dur comme ça. On nous a aussi fait travailler sous la pluie. J’ai été traité comme un âne, comme un esclave », raconte M. Camara devant les juges.

    Un lever vers 5 h, un départ entre 6 et 7 h pour les vignes, entassés à l’arrière de fourgonnettes sans sièges et sans fenêtres, pour démarrer le travail à 8 h. Une fin de journée vers 18h30, avec une pause d’une demie-heure grand maximum le midi. Un retour à la maison vers 20h, parfois 21h. En somme : des amplitudes horaires à disposition de l’employeur qui explosent tous les compteurs du code du travail. Le tout, accompagnés d’une pression constante pour accélérer la cadence, de violences verbales et de menaces à l’arme blanche, racontent plusieurs victimes.

    Cinq kilos de riz pour une cinquantaine de personnes

    Malgré la dureté de la tâche, les travailleurs étaient sous-nourris. Un café le matin, un sandwich parfois « pourri », « encore congelé » le midi. Le soir, du riz avec parfois du poulet, mais en quantité très insuffisante. Cinq kilos de riz pour une cinquantaine de personnes, précisent les témoins. « J’étais mal. Je n’ai pas mangé pendant deux jours, j’ai eu des maux de tête », se souvient un autre travailleur, M. Camara, devant les juges. « Mais on est resté, on avait pas le choix. On se disait qu’on allait travailler et être payés. » Sans moyen de transport, #sans-papiers pour la plupart, les travailleurs ne savaient pas non plus comment se rendre à la gare la plus proche, à près de 2 heures 30 de marche.

    La traite des êtres humains est caractérisée par la #soumission de plusieurs personnes vulnérables ou dépendantes à des #conditions_d’hébergement indignes ou encore à une #rétribution insuffisante ou inexistante. On leur avait promis une paie à 80 euros par jour : la grande majorité n’a pas touché un centime. Sur les 57 personnes recensées par les gendarmes, 47 sont reconnues potentielles victimes de traite.

    Devant les caméras et les micros tendus vers Svetlana Goumina au début de l’audience, la responsable de la société de prestation donne à voir un air abattu, se laisse réconforter par sa fille. Face aux juges, elle nie en bloc le fait d’avoir acheté et aménagé cette maison pour y loger des vendangeurs. Elle dit ne pas les connaître. Assure qu’ils ont « squatté ». Que tout est la faute de ses deux hommes de main. Le procureur de la République, à sa gauche, lève les sourcils et souffle. C’est que le dossier d’instruction ne trompe pas : toutes les auditions et les perquisitions (achats de matelas en nombre, rétention de documents d’identité de travailleurs…) viennent contredire sa défense du jour – durant laquelle elle-même se contredit sans cesse.

    Rejet des responsabilités

    D’un bout à l’autre de la chaîne, tout le monde se défausse sur le maillon d’en-dessous, ou celui d’au-dessus. Le premier homme de main, #Témuri_Muradian, indique avoir « fait de son mieux » et répète qu’il avait « peur » de Svetlana Goumina et de son mari. Décrit par plusieurs victimes comme l’un des encadrants les plus violents, il nie en bloc et, habillé tout de blanc, jure en levant la main : « Je suis croyant, j’ai une famille. J’ai été piégé. Moi aussi, j’ai connu la galère ».

    Le recruteur lui-même a vécu en situation irrégulière pendant douze ans et a été amené à travailler comme saisonnier dans les vendanges, il y a près de quinze ans. Lui qui connaît le système, nie avoir compris qu’il recrutait des personnes sans-papiers : « On ne pouvait pas vérifier, on est pas des experts ». #Abdoulaye_Camara, le second recruteur, tient la même défense en disant que c’est Svetlana Goumina les a « mis dans la merde ».

    Le vigneron indépendant #Olivier_Orban, dont la SARL #Cerseuillat_de_la_Gravelle est poursuivie pour recours au #travail_dissimulé et à des étrangers en situation irrégulière, se défausse lui aussi sur la prestataire. Dans un secteur où la main d’œuvre se fait rare, « quand quelqu’un s’occupe de vous trouver du monde, vous savez, on est contents », balaie-t-il, derrière ses lunettes rouges et sa chemisette.

    Des travailleurs sont venus le voir pour se plaindre ? « C’est pas à moi de gérer ça, rétorque-t-il. Je pense même être un bon citoyen, je leur ai amené de l’eau ». Quand on lui demande s’il ne s’est tout de même pas dit qu’il y avait un problème en voyant les travailleurs, il ose même interpeller le président du tribunal : « Moi je ne peux pas vérifier si vous êtes en règle, c’est le ministère qui vous emploie ».

    Y compris lorsqu’on lui demande où part le raisin recueilli, le vigneron demeure vague. Il dit : « Je n’ai pas tous les gens en tête. On livre, après ce n’est plus de mon ressort. » Le dossier d’instruction ne suit pas la trace du raisin. Sauf que ce jour-là, les juges, insistent. Olivier Orban finit par lâcher un nom : #Moët_&_Chandon, propriété de #Bernard_Arnault via son groupe #LVMH. « Tous les prestataires, on travaille plus ou moins pour eux », ajoute le vigneron.

    Au vu des montages en sous-traitance, cette difficulté de responsabiliser les maisons de champagne se pose à chaque enquête ouverte. Ceci étant, en 2022, la justice avait identifié 200 victimes d’une traite des êtres humains survenue lors des vendanges 2018, dans laquelle il était avéré que les deux prestataires livraient pour #Veuve_Clicquot. Bien qu’un cadre de la maison ait été entendu au procès, l’entreprise n’a pas été jugée responsable. « Tant que les donneurs d’ordre ne seront pas sanctionnés, il ne se passera pas grand chose », estime José Blanco, secrétaire général de la CGT Champagne.

    « Chaîne de travail dissimulé »

    « C’est un système en bande organisée, caractérisé par l’#opacité : chacun dissimulant, chacun n’étant pas regardant, chacun refilant la responsabilité à l’autre… Tout cela aboutit à un #dumping_social, à traiter des gens pire que des animaux dans notre société actuelle », accuse l’avocat de la CGT Champagne, active depuis des années sur ces questions. Un système qui a des effets, bien au-delà des seules victimes de ce jour, sur tous les salariés du Champagne, estime l’avocat : « On déstabilise toute une économie. De vrais #emplois sont cassés par ça. »

    « C’est un scandale humain, organisé, et surtout banalisé par leurs auteurs. Qui sape les fondements même de notre cohésion sociale, introduit le procureur de la République dans ses réquisitions. On ne peut pas accepter que derrière n’importe quelle bouteille de champagne puisse se cacher une chaîne de travail dissimulé. Et la chaîne de sous-traitance ne saurait être un écran de fumée derrière lequel on dissimule l’#indignité ». Le procureur demande aux juges de reconnaître tous les prévenus coupables de l’ensemble des chefs de prévention.

    Il requiert quatre ans de prison dont deux avec sursis à l’égard de Svetlana Goumina, et trois ans de prison dont deux avec sursis pour les deux hommes de main. Enfin, 200 000 euros d’amende sont requis contre la société du vigneron. « Ce procès est l’occasion d’envoyer un message fort à tous les prestataires de service, appuie-t-il. La décision aura des retentissements, en espérant qu’elle sonne la fin d’un amateurisme professionnel. »

    En attendant, ces procès de l’indignité ne sont pas près de s’arrêter. Deux autres affaires sont en cours d’instruction par la procureure de Châlons-en-Champagne concernant de l’habitat indigne durant les vendanges 2024, nous indique la présidence du tribunal.

    Pourtant, ces vendanges 2024 avaient été particulièrement mises sous surveillance des autorités après les « vendanges de la honte » de 2023. Tandis qu’une autre affaire de traite des êtres humains pendant les vendanges 2023, concernant cette fois-ci des Ukrainiens, sera jugée en novembre dans ce même tribunal. Le délibéré de l’affaire de Nesle-le-Repons sera rendu courant juillet.

    https://basta.media/Comme-un-esclave-industrie-Champagne-jugee-pour-traite-des-etres-humains
    #traite_d'êtres_humains #néo-esclavage #agriculture #France #vin #travail #conditions_de_travail #exploitation #logement #migrations

    ping @karine4

  • En Europe, les migrants premières victimes de l’intelligence artificielle

    Alors que se tient à Paris cette semaine le Sommet pour l’action sur l’intelligence artificielle (IA), chefs d’État, chefs d’entreprise, chercheurs et société civile sont appelés à se prononcer sur les #risques et les #limites de ses usages. Des #biais_discriminatoires et des #pratiques_abusives ont déjà été observés, en particulier dans la gestion européenne de l’immigration.

    Un #détecteur_d’émotions pour identifier les #mensonges dans un #récit, un #détecteur_d’accent pour trouver la provenance d’un ressortissant étranger, une analyse des #messages, des #photos, des #géolocalisations d’un #smartphone pour vérifier une #identité… voici quelques exemples de systèmes intelligents expérimentés dans l’Union européenne pour contrôler les corps et les mouvements.

    « Ici, les migrations sont un #laboratoire_humain d’#expérimentation_technologique grandeur nature », résume Chloé Berthélémy, conseillère politique à l’EDRi (European Digital Rights), un réseau d’une cinquantaine d’ONG et d’experts sur les droits et libertés numériques. « Les gouvernements et les entreprises utilisent les environnements migratoires comme une phase de #test pour leurs produits, pour leurs nouveaux systèmes de contrôle. »

    Des détecteurs de mensonges à la frontière

    L’un des plus marquants a été le projet #iBorderCtrl. Financé partiellement par des fonds européens, le dispositif prévoyait le déploiement de détecteurs de mensonges, basés sur l’analyse des #émotions d’un individu qui entrerait sur le sol européen. « Les #visages des personnes, en particulier des demandeurs d’asile, étaient analysés pour détecter si, oui ou non, ils mentaient. Si le système considérait que la personne était un peu suspecte, les questions devenaient de plus en plus compliquées. Puis, éventuellement, on arrivait à un contrôle plus approfondi par un agent humain », explique-t-elle.

    Expérimenté dans les #aéroports de Grèce, de Hongrie et de Lettonie, il ne serait officiellement plus utilisé, mais l’EDRi émet quelques doutes. « Dans ce milieu-là, on est souvent face à une #opacité complète et il est très dur d’obtenir des informations. Difficile de dire à l’heure actuelle si cette technologie est encore utilisée, mais dans tous les cas, c’est une volonté européenne que d’avoir ce genre de systèmes aux frontières. »

    Drones de surveillance, caméras thermiques, capteurs divers, les technologies de surveillance sont la partie émergée de l’iceberg, la face visible de l’intelligence artificielle. Pour que ces systèmes puissent fonctionner, il leur faut un carburant : les #données.

    Les bases de données se multiplient

    L’Europe en a plusieurs en matière d’immigration. La plus connue, #Eurodac – le fichier des #empreintes_digitales – vise à ficher les demandeurs et demandeuses d’asile appréhendés lors d’un passage de frontière de manière irrégulière. Créée en 2002, la nouvelle réforme européenne sur l’asile étend considérablement son pouvoir. En plus des empreintes, on y trouve aujourd’hui des photos pour alimenter les systèmes de #reconnaissance_faciale. Les conditions d’accès à Eurodac pour les autorités policières ont également été assouplies. « Elles pourront le consulter pour des objectifs d’enquêtes criminelles, on retrouve donc cette idée que de facto, on traite les demandeurs d’asile, les réfugiés, avec une présomption d’illégalité », conclut Chloé Berthélémy.

    Or, ces collectes d’informations mettent de côté un principe clef : celui du #consentement, condition sine qua non dans l’UE du traitement des données personnelles, et clairement encadré par le Règlement général de protection des données (#RGPD). Les politiques migratoires et de contrôles aux frontières semblent donc faire figures d’#exception. Lorsqu’une personne pose le pied sur le sol européen, ses empreintes seront collectées, qu’il soit d’accord ou non. Selon l’EDRi, « l’Union européenne est en train de construire deux standards différents. Un pour ceux qui ont les bons papiers, le bon statut migratoire, et un autre pour ceux qui ne les ont pas ».

    Un nouveau cadre juridique qui a d’ailleurs été attaqué en justice. En 2021, en Allemagne, la GFF, la Société des droits civils (qui fait partie du réseau de l’EDRi) triomphe de l’Office allemand de l’immigration, condamné pour pratiques disproportionnées. Textos, données de géolocalisation, contacts, historique des appels et autres #fichiers_personnels étaient extraits des #smartphones des demandeurs d’asile à la recherche de preuve d’identité.

    Automatisation des décisions

    Une fois les frontières passées, l’intelligence artificielle continue à prendre pour cible des étrangers, à travers sa manifestation la plus concrète : les #algorithmes. Examiner les demandes de #visa ou de #naturalisation, attribuer un #hébergement, faciliter l’organisation des #expulsions, prédire les flux migratoires… la multiplication des usages fait craindre aux chercheurs une administration sans guichet, sans visage humain, entièrement automatisée. Problème : ces systèmes intelligents commettent encore beaucoup trop d’#erreurs, et leur prise de décisions est loin d’être objective.

    En 2023, l’association La Quadrature du Net révèle que le code source de la Caisse nationale d’allocations familiales (Cnaf) attribue un « score de risque » à chaque allocataire. La valeur de ce score est ensuite utilisée pour sélectionner ceux qui feront l’objet d’un contrôle. Parmi les critères de calcul : avoir de faibles revenus, être au chômage, ou encore être né en dehors de l’Union européenne. « En assimilant la précarité et le soupçon de fraude, l’algorithme participe à une politique de #stigmatisation et de #maltraitance institutionnelle des plus défavorisés », estime Anna Sibley, chargée d’étude au Gisti. Quinze ONG ont d’ailleurs attaqué cet algorithme devant le Conseil d’État en octobre 2024 au nom du droit à la protection des données personnelles et du principe de non-discrimination.

    Autre exemple : l’IA a déjà été utilisée par le passé pour soutenir une prise de décision administrative. En 2023, le ministère de l’Intérieur a « appelé à la rescousse » le logiciel #Google_Bard, un outil d’aide à la prise de décision, pour traiter la demande d’asile d’une jeune Afghane. « Ce n’est pas tant le fait que l’intelligence artificielle ait donné une réponse négative qui est choquant. C’est plutôt le fait qu’un employé du ministère de l’Intérieur appuie sa réponse sur celle de l’IA, comme si cette dernière était un argument valable dans le cadre d’une décision de justice », analyse la chercheuse.

    #Dématérialisation à marche forcée

    En 2024, un rapport du Défenseur des droits pointait du doigt les atteintes massives aux droits des usagers de l’ANEF, l’administration numérique des étrangers en France. Conçue pour simplifier les démarches, l’interface permet le dépôt des demandes de titres de séjour en ligne.

    Pourtant, les #dysfonctionnements sont criants et rendent la vie impossible à des milliers de ressortissants étrangers. Leurs réclamations auprès du Défenseur des droits ont augmenté de 400% en quatre ans. Des #plaintes allant du simple problème de connexion aux erreurs de décisions de la plateforme. Un casse-tête numérique contre lequel il est difficile de se prémunir. « Les services d’accompagnement déployés sont trop limités », constate Gabrielle de Boucher, chargée de mission numérique droits et libertés auprès du Défenseur des droits. Selon elle, il est important que la France reconnaisse aux étrangers le droit de réaliser toute démarche par un canal humain, non dématérialisé, un accueil physique.

    Le biais discriminatoire

    Autre écueil de la dématérialisation croissante des administrations : le biais discriminatoire. Puisque les systèmes intelligents sont entraînés par des êtres humains, ces derniers reproduisent leurs biais et les transmettent involontairement à l’IA. Illustration la plus concrète : les erreurs d’#identification.

    En 2023, un homme a été arrêté aux États-Unis après que les logiciels de reconnaissance faciale l’ont désigné par erreur comme l’auteur de vols. « On peut légitimement avoir des craintes sur le respect des droits, puisqu’on sait, par exemple, que le taux d’erreur est plus élevé pour les personnes non blanches », s’inquiète Gabrielle du Boucher. Comme elles sont sous représentées dans les #bases_de_données qui nourrissent l’apprentissage de l’IA, celle-ci sera moins fiable que lorsqu’elle devra, par exemple, se concentrer sur les personnes blanches.

    https://www.infomigrants.net/fr/post/62762/en-europe-les-migrants-premieres-victimes-de-lintelligence-artificiell
    #IA #AI #intelligence_artificielle #migrations #réfugiés #victimes #frontières #technologie #contrôle #surveillance #accent #langue #discrimination

  • Maltraitée dans son enfance, elle refusait de payer l’Ehpad de son père, la justice lui donne raison
    https://france3-regions.francetvinfo.fr/pays-de-la-loire/maine-et-loire/angers/maltraitee-dans-son-enfance-elle-refusait-de-payer-l-eh

    (...) Le père maltraitant n’a jamais été traduit en justice. Et selon la loi, les enfants sont tenus d’une obligation alimentaire lorsque les parents ne peuvent subvenir à leurs besoins.

    Le département du Maine-et-Loire avait donc ordonné de payer près de 900 euros pour l’hébergement de ce « géniteur ». Une injonction que Pascale et sa fratrie ont contestée en justice. Et la juge aux affaires familiales vient de leur donner raison. La collectivité devra donc financer le reste à charge.
    « Indignité du créancier »

    Dans son rendu, la magistrate « constate l’indignité du créancier » et « rejette la demande du Conseil départemental. »

    « Les déclarations précises, concordantes et circonstanciées des défendeurs sur leur enfance et les comportements de leur père, les écrits remis par eux et rédigés par leur père ainsi que les propos tenus par ce dernier à l’égard des enfants au cours de la procédure pénale caractérisent des manquements graves à ses obligations », note la juge aux affaires familiales.

    Compte tenu du comportement adopté comme des souffrances persistantes causées à ses enfants, l’exception d’indignité sera retenue. En conséquence, la demande du conseil départemental sera rejetée
    Juge aux Affaires familiales

    Décision du 6 mars 2024 (...)

  • La maltraitance, un enjeu sanitaire : les enfants victimes de violences perdent vingt ans d’espérance de vie par rapport à la population générale
    https://www.lemonde.fr/societe/article/2025/02/20/l-enfance-maltraitee-un-enjeu-sanitaire-on-doit-pouvoir-la-traiter-comme-une

    L’évaluation médico-sociale de tout jeune intégrant un dispositif de #protection_de_l’enfance (ils sont un peu moins de 400 000 mineurs ou majeurs de moins de 21 ans) est entrée dans la loi en 2016. Pourtant, dans les faits, seuls 28 % des conseils départementaux auraient rendu ce bilan systématique, selon des statistiques reprises par la Haute Autorité de santé. Moins du tiers des #enfants « à protéger » bénéficieraient des bilans adéquats dès leur admission et, parmi eux, seul 1 sur 10 bénéficie du suivi adapté par la suite.

    Un autre chiffre, emprunté à une étude européenne, et relayé par le Conseil économique, social et environnemental dans un avis diffusé à l’automne 2024, symbolise ce que les soignants résument sous la formule « pertes de chances » : les victimes de #maltraitances dans l’enfance ont, en moyenne, une espérance de vie inférieure de vingt ans à celle de la population générale.

    La prise en charge de la santé des enfants de l’#ASE s’est imposée parmi les principales « défaillances » relevées dans les politiques publiques, passées au crible d’une commission d’enquête parlementaire qui a conclu ses auditions mercredi 19 février. [...]

    A l’appui de sa démonstration, Céline Greco énumère les résultats de différents travaux de recherche : un enfant maltraité présente, à l’âge adulte, deux fois plus de risques de développer des maladies cardio-vasculaires, deux à trois fois plus de risques de maladies respiratoires, deux fois plus de risques de cancers, près de cinq fois plus de risques de dépression, trente-deux fois plus de risques de #troubles_des_apprentissages

    Rien que ne sache pas l’unité spécialisée de Robert-Debré. « Pour ces enfants, dès les premières années de la vie, parfois même dès les premières heures de la vie, le risque appelle le risque, insiste Monika Menant, l’infirmière puéricultrice. Plus tard, à l’adolescence, il faut aussi compter avec des conduites à risque… C’est un cercle vicieux que l’on doit réussir à briser en apportant des soins. » A condition d’être en mesure de repérer les maltraitances.

    Face à l’enjeu, les acteurs de terrain s’accordent sur un point : il faut un « regard pluridisciplinaire ». Pouvoir « croiser les expertises », ce qui manque souvent dans les espaces fréquentés par les enfants, qu’il s’agisse de l’école ou du cabinet du médecin traitant. Une structure comme l’unité d’accueil pédiatrique pour l’enfance en danger, elle, le permet : c’est ce qui fait la spécificité de ces dispositifs aujourd’hui implantés dans une centaine de départements et dans près de 140 #hôpitaux, dont trois à Paris (Robert-Debré, Necker, Armand-Trousseau), pour organiser le repérage et la prise en charge des mineurs victimes.

    Avec un volet médical, donc, mais aussi un volet judiciaire : leurs membres sont amenés à faire des signalements auprès du procureur de la République.

    #santé #pédiatrie

  • Soutien d’Handi-Social à Karine Brailly, poussée à la mort parce que privée d’une vie digne - Handi-Social
    https://www.youtube.com/watch?v=oN7h7f01jPM

    Le 13 janvier 2025, Karine Brailly a confirmé à Jérôme Pélissier, un de ses amis militant d’Handi-Social, sa demande qu’Handi-Social médiatise et organise un rassemblement devant l’hôpital Purpan de Toulouse le 14 janvier à 14h afin de dénoncer les refus du CHU de Toulouse de lui permettre de continuer à vivre chez elle avec l’accompagnement qu’elle avait choisi et de lui refuser l’accès à des traitements thérapeutiques expérimentaux. Refus qui l’ont conduit à au moins accélérer le recours à la mort.

    [...]

    #Hospitalisée_de_force par la HAD Relais Santé en raison d’un manque d’#auxiliaires_de_vie, résultat de politiques nationales et départementales qui organisent la #maltraitance à domicile, Karine a été privée de ses outils de communication adaptés. Alors qu’elle souhaitait légitimement retourner vivre chez elle, accompagnée par un mandataire de son choix qui pouvait lui garantir des assistants-es de vie et une vie autonome, l’hôpital a refusé cette option. Au lieu de cela, l’#hôpital a tenté de l’envoyer dans une institution puis d’imposer à Karine le prestataire Vitalliance, connu pour ses pratiques maltraitantes et son incapacité à respecter les besoins fondamentaux des personnes qu’il accompagne. Une telle décision, contre l’avis de Karine, constitue une violence et violation flagrante de son droit à l’autodétermination et à la dignité.

    Face à cette situation insupportable, et faute de choix, Karine a finalement pris la décision de demander une #sédation_profonde, acceptée par ses médecins, qui lui ont refusé en même temps des conditions de vie digne.

    La sédation profonde fait durer la mise à mort, un alibi pour les médecins.

    #handicap #ségrégation #médecine #fin_de_vie #aide_à_mourir #loi_fin_de_vie

  • Au #procès des folles

    « Les violences sont déplacées dans le champs du #fantasme »

    Victimes de violences physiques et psychologiques de la part de leurs ex conjoints, Anouk et Marie doivent être expertisées par des psychologues et psychiatres suite aux #démarches_juridiques qu’elles entament, au pénal et au civil. Elles racontent leurs expériences traumatisantes face à des expertes qui minimisent les faits, remettent en doute leurs paroles, symétrisent les comportements ou encore les accusent d’être hystériques et masochistes. Ces psys considèrent qu’Anouk et Marie « y sont sans doute pour quelque chose », compte tenu de leurs profils psychologiques.

    De très nombreuses femmes vivent les mêmes expériences, source de nouveaux traumatismes, devant la justice, mais aussi dans les cabinets libéraux. Cet épisode décrypte le processus de #psychologisation de la violence (des victimes, mais aussi des agresseurs) qui permet de mieux l’occulter. Avec les analyses de psychologues et d’avocates qui tentent de faire changer ces pratiques.

    https://www.arteradio.com/son/61684896/au_proces_des_folles
    #justice #violence #procès_pénal #procès #traumatisme #masochisme #hystérie #occultation #invisibilisation #psychologie #anxiété #VSS #violences_sexuelles #expertise #peur #honte #répétition #larmes #humiliation #culturalisation #religion #histoire_familiale #hystérie #suspicion #intimité #expertise_psychologique #enquête_de_crédibilité #crédibilité #toute_puissance #traumatisme #post-traumatisme #consentement #colère #tristesse #témoignage #anxiété_généralisée #traumatisme_de_trahison #troubles_du_stress_post-traumatique (#TSPT) #subjectivité #psychanalyse #névrose #masochisme #analyses_paradoxales #présomption_de_masochisme #présomption #concepts #mise_en_scène #jeu #mensonge #manipulation #exagération #répétition #co-responsabilité #dépsychologisation #féminisme #violences_politiques #vulnérabilité #expertises_abusives #maltraitance_théorique #théorie #rite_de_domination #violences_conjugales #analyse_sociale #psychologisation_de_la_violence #patriarcat #domination #violence_systémique #féminicide #sorcière #pouvoir #relation_de_pouvoir #victimisation #violences_conjugales #crime_passionnel #circonstances_atténuantes #injustice #haine #haine_contre_les_femmes #amour #viol #immaturité #homme-système #empathie #désempathie #masculinité #masculinité_violente #violence_psychologique #humiliations #dérapage #déraillement #emprise_réciproque #reproduction_de_la_violence #émotions #récidive #intention #contexte #figure_paternelle #figure_maternelle #imaginaire #violence_maternelle #materophobie #mère_incenstueuse #parentalité_maternelle #parentalité_paternelle #dénigrement

    #audio #podcast

    ping @_kg_

    • Merci
      Cette émission a fait un écho tremblant aux accusations et dénigrements de psychologues dont j’avais requis les compétences pour m’aider (croyais-je) alors que j’étais en soin pour un cancer du sein métastasé. La première, je n’ai pas ouvert la bouche que déjà elle me dit que je me suis assise de façon présomptueuse et un autre moment elle rit en me disant qu’elle voudrait bien voir mon enfant pour savoir comment il s’en sort d’avoir une mère comme moi. Une autre, à qui j’ai demandé d’agir en relais le temps des soins pour mon enfant qui débute ses études, et qui présente des phases dépressives suite à des maltraitances de son père, lui conseille d’aller vivre chez lui devenu SDF à 600km de là et me donne un rdv où j’apprends qu’il sera présent, refusant de m’entendre alors que c’est moi qui l’ai toujours payé. Tellement choquée que je pars en voir une autre pour lui demander si il est normal d’agir ainsi. Cette fois, en sortant, j’étais responsable du cancer qui m’avait fait perdre mon sein dû à des problèmes psys de maternité non résolu, j’allais détruire mon entourage, mon enfant également et j’avais juste envie de me suicider.
      J’ai quand même repris trois mois plus tard un suivi par une psychologue de la clinique qui m’a cette fois réellement écoutée et aidée. Jamais eu le courage cependant de retourner voir les 3 autres pour dénoncer leur incompétence et leurs humiliations.

      #psychologues #violences_psychologiques #maternophobie #courage_des_femmes

  • Au premier rendez-vous, il y a eu cette réponse un petit peu abrupte "je forme mon personnel comme je l’entends, ça ne vous regarde pas". Il venait de sermonner son assistante en lui expliquant que pour mon opération, il fallait aussi faire tel et tel examen, qu’il lui avait déjà expliqué, et que vraiment, ce n’était pas bien. Ayant entendu cet échange, j’avais demandé s’il allait faire le nécessaire pour que ces examens soient réalisés. Et donc, il m’a expliqué que je me mélais de ce qui ne me regarde pas. Ceci dit, le reste de l’entretien s’était déroulé normalement. Mauvaise journée pour ce monsieur, sans doute, se dit-on, quand on a l’impression de prendre des balles perdues.

    Au second rendez-vous, je lui posais quelques questions sur ma prochaine opération chirurgicale. Pourquoi il avait décidé qu’il ferait une anesthésie générale par exemple, alors qu’au premier rendez-vous, il m’avait indiqué qu’à mon âge, on pouvait se contenter d’une locale. Je lui demandais si c’était courant d’opérer des patients de mon âge pour mon sujet particulier. Pour cette question particulière, il me répond par un sarcasme. Pour la précédente, il me répond que finalement, ça sera mieux, car l’anesthésie locale, c’est pour les patients détendus ; qui ne posent pas de questions. Sarcasme. Je me sens obligé de me justifier, de faire le coussin, afin d’obtenir des réponses à mes questions. Retrospectivement, je dois constater qu’à ce moment précis, tous les détails relatifs à mon opération, je les avais obtenus en lisant Internet, aussi, j’aimerais bien qu’il me les donne, ces détails, de lui-même, ça me rassurerait.

    La date approche. Je dors moins bien. Le quotidien professionnel est déjà bien intense et crée des situations de stress importantes. Je dois admettre que cette prochaine opération me pèse. J’ai encore des questions. Sur un des documents que j’ai signé, il est mentionné "Reportez-vous à la documentation ci-jointe pour avoir les détails de votre implant". Je ne la trouve pas, la documentation. J’appelle mon chirurgien. Je lui demande quel implant il compte utiliser. Dans le désordre, ses réponses :

    – "je ne comprends pas que vous me posiez cette question ; je choisis l’implant le meilleur pour votre besoin"

    – "j’ai déjà passé beaucoup de temps avec vous"

    Finalement, il me crache la référence de l’implant, mais aussi :

    – "je n’ai plus envie de vous opérer"

    En fait, entre chacun de ses coups de canifs, je me justifie, je tâche d’expliquer mes questions, mon envie et mon besoin de savoir, de comprendre. Ce qui me vaut à nouveau :

    – "je n’ai plus envie de vous opérer" (oui, il insiste, une seconde fois)

    Après coup, je me souviens d’autres micro-évènements. La secrétaire qui me dit qu’elle a reçu le résultat d’un de mes examens. Elle me dit qu’elle va me l’envoyer par email. Il n’est jamais arrivé. En fait, la fois d’avant, j’avais reçu un double de la part du labo, et le chirurgien s’était exclamé, quand je lui avais posé une question pour comprendre le document : "mais comment avez-vous eu ce document ? pourquoi me posez-vous cette question ?", l’air de "vous n’avez pas à connaître ces informations". Ce qui explique l’email qui n’arrive jamais, il doit avoir tapé sur les doigts de sa secrétaire.

    L’autre fois, il m’avait expliqué qu’il faisait des centaines d’opérations de ce genre, et qu’il gagnait X milliers d’euros par an, et qu’il n’avait rien à prouver, que ça devrait suffire comme preuve que tout va bien se passer (il ne l’a pas dit comme ça, mais c’est tout comme). Puis, c’est anecdotique, comme tout le reste, la fois où on doit choisir la date d’opération. Je lui dis début octobre. Il me répond que ça ne l’arrange pas. Ca sera mi-septembre. Il ne m’explique pas pourquoi. Ne me propose pas de décaler sur décembre ou janvier. Non, il choisit. Je comprends la fois suivante, on entend des choses en salle d’attente, il réserve des billets d’avion pour début novembre. Apparemment, ses congés imposent de planifier l’opération plus tôt que ce qui m’arrangerait ; mais en même temps, il faut la faire cette opération, je n’avais pas à faire de caprice... mais sans explication de sa part, sans proposition de décaler à plus tard. Sans tentative de sa part de s’intéresser à mes contraintes.

    C’est un homme pressé.

    Je n’ai pas reçu sa lettre d’annulation de l’opération. Je rédige la mienne. J’ajoute la mention suivante en pied de page :

    PS : Article L. 1111- 4 du Code de la Santé Publique : « Aucun acte médical ni aucun traitement ne peut être pratiqué sans le consentement libre et éclairé de la personne et ce consentement peut être retiré à tout moment ».
    Pour que ce consentement soit valide, il doit intervenir suite à la délivrance d’une information médicale loyale, claire et appropriée.

    #maltraitance_médicale

    C’est arrivé à une connaissance. C’est à peine romancé.

    • woo, ça peut-être long d’apprendre à s’éloigner rapidement de ce genre de médecin toxique et malfaisant. Et surtout ne pas renoncer à se soigner pour autant, persévérer dans sa quête de celle ou celui qui saura « prendre soin ».

    • Il maltraite tout le monde ce Kon ! Bravo d’avoir pu lui dire NON. Mériterait presque un signalement. Certes c’est pas facile à faire.

    • l’argument par le chiffre d’affaires, c’est typique, et c’est typiquement ce qui donne des envies de meurtre. et la menace implicite « je vais le faire bien que je n’en ai pas envie » (mais mon chiffre d’affaires...) elle est juste bestiale.
      moi, lecteur, je propose de le parachuter à Gaza et qu’il y bosse supervisé par un toubib et surveillé par 4 gamin.es de 14 ans, avec, ici, un comité de suivi chargé de veiller sur sa famille. les demi-dieux sont mortels.
      #pouvoir_médical #chirurgie #médecine

    • Sans l’intelligence collective de SeenThis, nous n’aurions pas une telle sensibilité sur ces sujets. Merci à tout·e·s, à nouveau, pour vos partages sur ces sujets.

      En rédigeant ce texte, je me demandais s’il suffisait de lire #Winckler, par exemple, pour être fin prêt à réagir au quart de tour face aux soignant·e·s maltraitant·e·s (volontaires ou pas). Et de fait, je crois que ça ne suffit pas, c’est à dire qu’on n’est jamais immunisé·e·s, et qu’à chaque soignant·e, il faut recommencer l’examen, accumuler les indices, puis, de préférence pas trop tard, conclure et réagir.

  • Coups de fouet, colères... Les révélations choc d’Anthony Delon sur son père Alain Delon : Femme Actuelle Le MAG
    https://www.femmeactuelle.fr/actu/news-actu/alain-delon-violent-avec-son-fils-le-livre-choc-danthony-delon-2131045

    « C’est la fourchette qui va à la bouche et pas le contraire », ordonne l’ami de Jean-Paul Belmondo. Mais ce qui devait être une simple leçon d’éducation comme il y en a dans toutes les familles aurait rapidement tourné au cauchemar.

    La discussion père-fils aurait très rapidement dégénéré, pour faire place à une colère incontrôlée d’Alain Delon. « Pris d’une rage subite, il attrapa mon assiette et la projeta par la fenêtre ». Alors que l’adolescent aurait été envoyé dans sa chambre, son père l’aurait rejoint, avant de le frappe avec un fouet en cuir. Mais au delà des coups, ce sont aussi les mots qui ont durement blessés Anthony Delon, puisque son père lui aurait lancé, entre deux coups de fouet : « Même mes chiens, je ne les frappe pas avec ce fouet ».

    #maltraitance #violence_intra-familiale #patriarcat #grand_homme

  • Maltraitance à Pôle emploi, récit de l’intérieur - CQFD, mensuel de critique et d’expérimentation sociales
    https://cqfd-journal.org/Maltraitance-a-Pole-emploi-recit

    À Pôle emploi (ou France Travail, on perd le fil…), Yann Gaudin s’est taillé une petite réputation. La raison ? Il est celui qui a « trop aidé les chômeurs », notamment en leur permettant de récupérer des allocations non versées auxquelles ils avaient droit. « C’est là que vous avez merdé ! » ironisait Guillaume Meurice dans l’une de ses chroniques sur France Inter en 20201 alors qu’il interrogeait Yann sur les motifs de sa convocation à un entretien disciplinaire avec sa hiérarchie. Rire (un peu nerveux) de l’intéressé qui, une semaine après, se faisait carrément virer de l’agence sous prétexte qu’il aurait outrepassé son rôle. Lui reprochait-on d’avoir trop bien fait son job ?