• Faut-il en finir avec la civilisation ?
    Primitivisme et effondrement

    Ernest London

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    Et si la parabole du péché originel qui nous chassa du jardin d’abondance, représentait le passage d’une vie nomade de chasse et de cueillette à une économie agricole qui nous contraint, depuis, à « gagner notre pain à la sueur de notre front » ? C’est la thèse que défendent certains primitivistes, accusant la révolution néolithique d’être à l’origine de la crise écologique et de toutes les oppressions. Pierre Madelin, avec son sens aigu de la synthèse, déconstruit ces théories, avec cependant beaucoup de nuance, leur reconnaissant parfois de grandes pertinences anthropologiques et historiques.

    Selon les dernières découvertes archéologique, Homo sapiens quitte l’Afrique il y a cent trente-cinq mille ans et colonise petit à petit l’ensemble de la planète, arrivant en Australie en ─ 65000, en Europe de l’Ouest en ─ 43000 et franchissant le détroit de Béring pour peupler les Amériques en ─ 18000. Cette expansion correspond à l’extinction de la mégafaune du Pléistocène, des animaux de plus de 40 kilos. En Afrique, la plupart d’entre eux y sont encore abondants, ayant coévolué pendant des centaines de milliers d’années avec les hommes, alors que partout ailleurs, ils auraient succombé à une chasse excessive et à un usage inconsidéré du feu, sans avoir eu le temps d’adopter des stratégies d’évitement ou de défense. Les sociétés préhistoriques ne vivaient donc pas toujours « en parfaite harmonie avec leur environnement ». Cependant, ces extinctions n’ont pas été massives et n’ont affecté que quelques centaines d’espèces, tandis qu’à l’heure actuelle plus d’un million, animales et végétales, sont « menacées par la dynamique du capitalisme industriel ». (...)

    #Pierre_Madelin #civilisation #primitivisme #Pléistocène #capitalisme_industriel #Pierre_Clastres #Marshall_Sahlins #James_Scott #Emmanuel_Guy #chasseurs-cueilleurs #Alain_Testart #Paléolithique #Murray_Bookchin #écologie_sociale #parcs_nationaux #wilderness #Thoreau

  • Digression autour de la question hiérarchique

    Louis de Colmar

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    Louis Dumont, dans son livre de 1966 Homo hierarchicus, développe une thèse tout à fait stimulante pour la compréhension de la société de castes telle qu’elle s’est établie en Inde. Il considère que cette société de castes ne peut se comprendre que si l’on rattache centralement la question hiérarchique au domaine religieux, et non au pouvoir. Alors que dans nos sociétés occidentales, la question hiérarchique est rattachée au pouvoir, ce décentrement permet un autre regard sur notre propre structure sociétale, en particulier invite à repenser l’articulation du religieux et du pouvoir dans le contexte de l’État moderne.

    L’articulation de la hiérarchie et du pouvoir en Inde peut certes être abordée comme une particularité locale, il est également possible d’envisager la question sous un autre angle : ce pourrait aussi être la confusion de la hiérarchie et du pouvoir en Occident qui pourrait se révéler une particularité et une exception historique, confusion qui pourrait être une clé pour expliquer le fait que la modernité ne réussit décidément pas à se dépêtrer de la question religieuse…

    La critique de la modernité s’attache depuis longtemps à tirer des enseignements des modalités de fonctionnement des sociétés non étatiques, dans le sillage des travaux ethnologiques et d’anthropologie sociale, en particulier dans le sillage des travaux de Pierre Clastres ou de Marshall Sahlins. (...)

    #Louis_Dumont #hiérarchie #religion #État #critique #modernité #égalité #Pierre_Clastres #Marshall_Sahlins #Mauss #Landauer #anarchisme #individualisme #islam #communauté

  • Notes anthropologiques (XLVII)

    Georges Lapierre

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    Traité sur l’apparence (III)
    Cosmovision et réalité

    Percevoir le monde comme purement naturel et dire que la nature est toute la réalité, que celle-ci n’a rien d’humain, qu’elle est constituée de phénomènes physiques, qu’elle n’est qu’une pure apparence dont le fondement ne nous est pas accessible, ou alors qu’il fuit toujours devant nous, devant tous les instruments de la science qui le poursuivent et le traquent sans relâche, qui poursuivent et traquent la matière, telle serait notre façon de voir les choses. Et cette façon de concevoir le réel, nous est propre, elle est propre à notre civilisation, elle a émergé peu à peu au cours des temps, elle est un aboutissement et elle n’est partagée que par l’avant-garde de notre civilisation, par son élite, par tous ceux qui travaillent d’arrache-pied à son accomplissement. C’est à la fois une idéologie et une cosmovision. C’est une vue de la réalité qui a pu apparaître chez quelques penseurs grecs, il y a très, très longtemps sur la côte égéenne de l’Asie mineure. Elle est apparue, d’une manière encore bien floue, chez ces penseurs grecs alors que leur société était devenue (ou était en train de devenir) une société fondamentalement esclavagiste, mais cette vision du monde n’était partagée ni par la population grecque dans son ensemble ni même par les esclaves. Ce n’est que tout dernièrement qu’elle a fini par s’imposer au plus grand nombre, en opposition auxdites « superstitions » qui ont toujours cours dans certaines couches de plus en plus marginalisées de la société. Que signifie, ou que peut bien signifier, cette adhésion pour ainsi dire unanime de la société à une telle cosmovision ? (...)

    #apparence #réalité #cosmovision #genre #être #société #loup-garou #jaguar #alchimie #Marshall_Sahlins #La_Ciotat

  • Recension : M. Sahlins, Critique de la sociobiologie, 1976
    https://sniadecki.wordpress.com/2018/01/07/descola-sahlins

    En revanche, sa critique du réductionnisme biologique met à jour le substrat idéologique de l’entreprise sociobiologique et c’est cette épistémologie critique, principalement développée dans la deuxième partie de l’ouvrage, qui retient le plus l’attention.

    L’auteur s’attache en effet à montrer les mutations idéologiques du concept de sélection naturelle, c’est-à-dire le passage d’une représentation de l’aptitude adaptative comme un avantage relatif et génétiquement induit, permettant d’accroître la capacité reproductive d’un individu, à une conception volontariste selon laquelle l’organisme exerce une activité consciente visant à une valorisation génétique de ses biens, c’est-à-dire à l’obtention de l’avantage reproductif net maximal en fonction d’un investissement parental donné. Le processus de la sélection de parenté apparaît dès lors gouverné par les mêmes principes que la prise de décision économique dans un marché concurrentiel. Cette homologie est très significative, car la sociobiologie « scientifique » se révèle ainsi pour ce qu’elle est réellement : non pas une discipline « rectrice » pour les sciences humaines mais, bien au contraire, un avatar biologisant de la théorie économique marginaliste.

    #sociobiologie #ethnologie #anthropologie #Marshall_Sahlins #Philippe_Descola