• Notes anthropologiques (XXIX)

    Georges Lapierre

    https://lavoiedujaguar.net/Notes-anthropologiques-XXIX

    Le capital ou la visibilité de l’Idée (I)
    Première partie, aperçu théorique

    Il convient de prendre le mot « idée » dans le sens originel du terme : l’idée qui se trouve au point de départ de l’activité humaine. C’est dans ce sens originel que j’ai usé jusqu’à présent du concept de pensée : la pensée comme activité pratique de communication. L’idée est ce qui met en branle la pensée comme activité pratique de communication, l’idée se réalisant grâce à la pensée spéculative générant l’activité sociale. Je distingue, sans doute un peu légèrement, l’idée de la pensée en précisant que l’idée active la pensée. Le plus souvent, ces deux termes se confondent dans la mesure même où l’idée anime la pensée. L’idée est contenue dans la pensée, à la fois comme point de départ et comme point d’arrivée. Elle est ce qui met en branle la pensée, qui déclenche son mouvement créateur de réalité, l’étincelle qui met le feu aux poudres, en quelque sorte ; le big-bang à partir duquel se développe tout le procès de création du réel. Elle se trouve aussi à la fin du procès de la pensée comme idée réalisée, comme réalité pleine d’esprit. Cette distinction est seulement hypothétique, une hypothèse théorique qui peut s’avérer intéressante, elle serait plutôt d’ordre épistémologique : faciliter notre compréhension théorique de la réalité — et, en ce qui nous concerne, la compréhension théorique de l’activité marchande et de la marchandise. (...)

    #capital #monnaie #échange #pensée #Marx #Fort_Knox



  • Notes anthropologiques (XXVIII)

    Georges Lapierre

    https://lavoiedujaguar.net/Notes-anthropologiques-XXVIII

    Mexico 2018
    Deuxième partie
    Le mouvement de la pensée et sa critique (II)

    Finalement Hegel ne connaît qu’un seul monde : seul le monde occidental est valide à ses yeux ; la civilisation chrétienne se trouve à la pointe du progrès, elle est à la pointe du mouvement universel de la pensée : la pensée s’objectivant, devenue visible, étant à elle-même son propre objet, c’est le mouvement universel de l’aliénation de la pensée, l’idée se donnant à voir avant de se réaliser. Karl Marx aussi ne connaît qu’un seul monde, le monde capitaliste : le capital s’engendrant lui-même à travers l’activité marchande pour connaître sa propre limite avec le surgissement et l’existence du prolétariat. Hegel et Marx sont tous deux des philosophes chrétiens dans la mesure même où ils restent tous les deux attachés à une certaine idée de « l’homme en devenir », et, à mon sens, cette idée est chrétienne. Hegel et Marx ne connaissent qu’un seul monde, le monde occidental, chrétien et capitaliste. Nous pouvons toujours supposer que les zapatistes connaissent deux mondes, un monde qui n’est ni occidental, ni chrétien, ni capitaliste — c’est le monde indien originel et préhispanique —, et le monde occidental, chrétien et capitaliste. (...)

    #pensée #civilisation #Hegel #Marx #christianisme #capitalisme #zapatistes #État #Grèce_antique #Wittfogel



  • Macron, Hitler, Marx, Staline, Trump, Lincoln, Jean-Baptiste et Le Monde... (quand l’Absente tue le game !)

    Branle bas de combat ! #Le_Monde aurait osé « la #caricature de trop » ! Comme l’explique brillamment #André_Gunthert sur son « carnet de recherches d’image sociale », cette #Une, grandiloquente et #en_même_temps irrévérencieuse, « vient clore l’impressionnante dégringolade du président Macron »
    http://imagesociale.fr/6975
    seenthissé par @colporteur : https://seenthis.net/messages/747820

    Le récit, commencé en fanfare et qui se clôt sur un champ de bataille, est illustré en couverture du magazine par un photomontage du graphiste Jean-Baptiste Talbourdet

    Mais bien qu’elle contienne toutes les références nécessaires, je ne partage pas les conclusions de cette note, qui prête à l’auteur #Jean-Baptiste_Talbourdet une intension volontairement malveillante sans l’avoir questionné.

    Suite, donc, à cette couverture pour le moins « audacieuse », une shitstorm s’est installée, sur les limites de la représentation du #Chef de l’#État, on croirait presque à un blasphème tant la bronca est générale. #Luc_Bronner, directeur de la rédaction du Monde, oppose un petit justificatif, et c’est là, selon moi, que se joue une couardise dommageable pour tou-te-s :
    https://www.lemonde.fr/m-le-mag/article/2018/12/29/a-nos-lecteurs-a-propos-de-la-une-de-m-le-magazine-du-monde_5403549_4500055.
    Il avait tous les éléments pour faire une démonstration historique avec un filage magistral et ... non, il se réfugie derrière une rapide référence de l’Histoire de l’Art, en bon #sachant, et prend pour exemple... d’autres couvertures du Monde ! En bref, il lâche le choix politique pour une excuse graphique, esthétisante... alors qu’elle-même est issue d’une tradition politique !

    #Hubert_de_Jenlis, en bon chevalier de #Macron, pense porter un coup de grâce par la preuve irréfutable d’un #plagiat de #Lincols_Agnew qui portraitise #Hitler :
    https://twitter.com/HubertdeJenlis/status/1079143667724627968

    Hors, cet portrait a servi pour illustrer un essai ô combien intéressant paru dans le Harpers en juillet 2017 : The Reichstag Fire Next Time, The coming crackdown par #Masha_Gessen :
    https://harpers.org/archive/2017/07/the-reichstag-fire-next-time
    Le portrait, donc, est signé #Lincoln_Agnew et fait partie d’un diptyque où on retrouve donc Hitler :

    Illustrations by Lincoln Agnew. Source photographs: Adolf Hitler © Hulton Archive/Getty Images; crowd saluting Hitler © Visual Studies Workshop/Getty Images

    Mais aussi #Trump, #Putin, #Obama, #Bush :

    Source photographs: Donald Trump © JB Lacroix/WireImage; Vladimir Putin © Mikhail Svetlov/Getty Images; Barack Obama © Ron Sachs-Pool/Getty Images; George W. Bush © Luke Frazza/AFP/Getty Images; protest © Creative Touch Imaging Ltd./NurPhoto/Getty Images; drone © Erik Simonsen/Getty Images

    Ce qui semblait de toute évidence être une copie se révèle, si on prend le temps de lire l’article, puis de chercher les sources d’inspiration de Lincoln Agnew, être un hommage, dans le fil d’une tradition de représentation de la #Puissance et du #Pouvoir de figures d’autorité, dans la _#Droite ligne de #Gauche_ de l’#iconographie #Russe.
    Et il se trouve que Agnew lui-même s’inspire de #Gustav_Klutsis qui portraitise #Marx, #Engels, #Lenine et #Staline de la même manière en... 1933 !

    Gustav Klutsis, Raise Higher the Banner of Marx, Engels, Lenin and Stalin ! 1933

    (L’année même de l’incendie du du Reichstag dont il est question plus haut.) Portrait qu’on peut retrouver dans la superbe exposition de nov 2017 à février 2018 au musée #Tate : Red Star Over Russia at Tate Modern
    https://www.tate.org.uk/whats-on/tate-modern/exhibition/red-star-over-russia
    Il est vraiment intéressant de regarder la vidéo faite par le Tate Modern pour l’exposition : https://youtu.be/Kd_GHlMkwpQ

    qui revient sur

    the story behind graphic designer #David_King's collection of 250,000 artworks, photographs and documents from the Soviet Union.

    Et cette histoire, derrière la collection, c’est le point de départ sur une #Disparition, une #Invisibilisation. Celle de Léon #Trotski. C’est donc l’histoire de la construction de l’image de la Puissance, du Pouvoir, et la représentation de l’Homme Fort, et comment celle-ci écrase tout sur son passage. Pas grand chose à voir donc avec un parti politique particulier, mais bien plus avec une #oppression_systémique, la plus rependue au monde...

    L’affiche de l’expo est peut-être même la première inspiration de la série, et il est troublant de la mettre à côté du portrait de Macron tant les deux visages se répondent ! Elle est datée de 1923 et signée #Strakhov (Braslavsky) Adolf Yosypovych :

    Elle est issue d’une campagne de propagande pour... l’émancipation féminine ! Et ... combien avez-vous vu de #femmes dans cette suite de portraits, jusqu’à présent ? Hein ?!

    Quel dommage ! Quel dommage que les gonades qui s’expriment contre la pseudo-insulte faite au Chef de la France soient quasiment, uniquement, masculines ou assimilées. Quel dommage aussi que pour défendre un choix, d’autres gonades masculines n’osent aller au bout de la filiation. Je n’irait pas jusqu’à dire quel dommage que si peu soient encore #Charlie, mais ceci dit, ça a quand même son sens. L’année 2018 a vu augmenter, terriblement, la pression du #patriarcat, du #masculinisme même, et la #répression, partout : cette fin d’année est maculée de sang sous les coups frénétiques d’un service régalien qui ne fait que protéger un président fantoche dont quasi plus personne ne veut. Et quand, enfin, arrive une occasion de justifier le maintien de leur chef au Pouvoir, la meute de déchaine, écrasant, une fois de plus la continuité des leçons de l’Histoire, de sa contextualisation globale nécessaire, et participe ainsi, encore plus, au #confusionnisme plutôt qu’à l’#éducation_populaire...
    Quelle misère !

    Épilogue : Toute #oppression crée un état de #guerre.
    #Simone_de_Beauvoir, in Le Deuxième #sexe, t.2, L’expérience vécue


  • Notes anthropologiques (XXVII)

    Georges Lapierre

    https://lavoiedujaguar.net/Notes-anthropologiques-XXVII

    Mexico 2018
    Deuxième partie
    Le mouvement de la pensée et sa critique (I)

    S’intéresser au mouvement de la pensée, à la vie et à la mort des civilisations, c’est renouer avec une tradition et une curiosité philosophique très anciennes. Il y a toujours dans ce qui remue d’une manière intestine les civilisations des moments clés qui conduisent les idéologues à se poser la question du devenir de la société : la Révolution française et bourgeoise pour Hegel et, plus généralement, pour les romantiques allemands ; la domestication industrielle pour Marx et, plus généralement, pour les socialistes et les anarchistes européens. Aujourd’hui, nous avons le sentiment de nous confronter à un aboutissement, qui pourrait aussi bien signifier une fin, accompagnée, cette fin, d’un renouveau, d’une nouvelle naissance, de la naissance dans les profondeurs du réel d’un mouvement autre, se construisant et se développant selon les déterminations qui sont les siennes. Ou alors, autre supposition, que nous avons entrevue dans les notes précédentes et dont les zapatistes apportent témoignage : l’ancrage dans la réalité comme pensée non aliénée, le retour de la pluralité, chaque communauté de pensée portant en elle son propre devenir, se créant et se reproduisant sans cesse. (...)

    #Mexique #Hegel #Marx #christianisme #zapatistes #civilisations #aliénation


  • Notes anthropologiques (XXVI)

    Georges Lapierre

    https://lavoiedujaguar.net/Notes-anthropologiques-XXVI

    Mexico 2018
    Première partie
    De l’idéologie et de la réalité (II)

    Dans les notes anthropologiques précédentes, j’ai pu noter que la réalité se présentait comme le Léviathan, un monstre qui s’autocréait et s’inventait sans répit à partir de sa propre pensée. À ce sujet, il me semble assez justifié de parler d’autogenèse. Cette autogenèse du réel s’accompagne d’une réflexion de la part de ceux que l’on appelle les intellectuels ou les idéologues sur sa nature, soit pour la justifier, soit pour la critiquer. Cette réflexion est idéologique et elle n’a qu’un lointain rapport avec la réalité elle-même (qu’un lointain rapport avec la pensée proprement dite). L’idéologie accompagne la réalité et a le plus souvent une fonction de propagande, mais elle n’est pas la réalité et il ne faudrait pas confondre idéologie et réalité (idéologie et pensée). Seule la réalité est en mesure de critiquer la réalité. Seul le Léviathan a été en mesure de critiquer le dragon ailé de la société médiévale. Seule la pensée critique la pensée. D’ailleurs je me rends compte que l’idéologie loin de critiquer le monde que nous connaissons, dominé par l’activité marchande et ce qu’elle implique, l’accompagne dans son développement et son progrès. (...)

    #Mexique #réalité #idéologie #histoire #Léviathan #zapatistes #Notre-Dame-des-Landes #Amérique_latine #Hegel #Marx



  • BALLAST | Marx et l’immigration : mise au point
    https://www.revue-ballast.fr/marx-et-limmigration-mise-au-point

    Socialismes et immigration : les divergences ne sont pas seulement d’actualité. En 1845, Engels avançait que l’immigration irlandaise à contribué, en Angleterre, à « abaisser le salaire et avec lui la classe ouvrière elle-même » ; un demi-siècle plus tard, Jean Jaurès faisait l’éloge du « socialisme douanier » pour mieux « protéger la main d’œuvre française contre la main d’œuvre étrangère » bon marché ; au début des années 1910, Lénine évoquait, pour s’en féliciter cette fois, la « transmigration des peuples » créée par le capitalisme : si le leader communiste convenait volontiers du fait que les capitalistes « exploitent de la façon la plus éhontée les ouvriers émigrés », il estimait que seuls « les réactionnaires » pouvaient s’en offusquer tant celle-ci, brouillant les étroits cadres chauvins, contribuait à rassembler les ouvriers du monde entier dans une perspective, à terme, révolutionnaire. Une analyse de Marx est ainsi fréquemment mobilisée au sein de la gauche anticapitaliste — partagée qu’elle est, pour le dire à grands traits, entre sa volonté d’accueillir inconditionnellement, d’abolir les frontières, d’encadrer, de réguler ou de remettre en cause les mouvements migratoires : « l’armée de réserve » du capitalisme. Un concept tiré du chapitre 25 du Capital. Mais que recouvre-t-il vraiment ? Que devient le « Prolétaires de tous les pays, unissez-vous ! » ? Pour y voir plus clair, nous avons posé la question au philosophe Jacques Bidet, coauteur du Dictionnaire Marx contemporain et exégète marxiste.

    #immigration #marxisme #populisme


  • #Sanaz_Ahmadi : Les prisonnières ont-elles des droits ?
    https://tradfem.wordpress.com/2018/09/25/les-prisonnieres-ont-elles-des-droits

    #Kajsa_Ekis_Ekman a écrit la semaine dernière un article à propos d’un Suédois, Kristoffer Johansson*, qui sera bientôt transféré de la prison pour hommes de classe 1 (sécurité maximum) à la prison de sécurité pour femmes de classe 2. Il n’y a pas de prison pour femmes de classe 1 en Suède. Devinez pourquoi… #peaktrans #féminisme radical #marxisme #swepol

    Nous ne pouvons plus dorloter les émotions des hommes. Kristoffer Johansson a violé une femme, Vatchareeya Bangsuan. Il a étalé son sperme sur sa victime, puis l’a assassinée et débitée en morceaux. Il a ensuite feint de s’inquiéter de sa disparition et s’est joint à l’équipe de recherche de son cadavre. Le massacre de Vatchareeya Bangsuan fait partie de la terreur infligée par les hommes aux femmes.

    Le meurtre de Vatchareeya illustre une terreur avec laquelle les femmes grandissent et qui est normalisée par les institutions sociales. Ce n’est pas un hasard s’il était un homme et qu’elle était une femme. Et le fait que les émotions de Kristoffer aient aujourd’hui priorité sur la vie de femmes est une conséquence naturelle du patriarcat institutionnalisé.

    Le fait que la vie de Vatchareeya en tant que femme de couleur ne valait tellement rien que la peine de Kristoffer ait été réduite de moitié et le chef de meurtre réduit à celui d’homicide involontaire n’était pas un crachat suffisamment gros jeté au visage des femmes. Maintenant, des femmes qu’il n’avait pas encore atteintes se feront également cracher dessus.

    Traduction : #Tradfem
    Version originale : https://www.facebook.com/martindufresne/posts/10156357997406418?__tn__=K-R
    #prison #féminicide #meurtre #trans #femme #viol

    • Oh mais non, c’est pas possible ! C’est ce qu’on peut imaginer de pire en matière de compétition entre femmes cis et trans : mettre dans les mêmes prisons des femmes cis qui ont subi des violences sexuelles et de genre et des personnes se qui disent femmes trans et qui ont infligé ces mêmes violences.

      Les femmes incarcérées ont le plus souvent subi des traumatismes sexuels depuis leur enfance. Elles ont été soumises à la pire terreur patriarcale de la part de leurs pères, de leurs frères, puis d’hommes qui prétendaient les aimer.

      L’envoi de Kristoffer dans une prison pour femmes est pour lui l’ultime confirmation psychosexuelle. Pour les détenues, c’est la continuation de la même terreur qu’elles ont endurée toute leur vie. Et maintenant, elles ne peuvent même plus s’enfuir.

      Je n’ai même pas mentionné le fait qu’aucun traitement médical n’est nécessaire pour que Kristoffer change de sexe légal. Il peut le faire parce que la Femme n’est plus une réalité biologique et matérielle. La Femme est maintenant un sentiment qu’éprouve un homme.

      Encore une fois, je ne suis pas d’accord avec cette manière de dire qu’une femme, c’est un utérus. C’est une socialisation, ce sont des rôles sociaux et il est des femmes qui découvrent ces rôles sur le tard, comme Paula qui est devenue mal-comprenante

      https://www.youtube.com/watch?v=lrYx7HaUlMY

      par la magie de se présenter au monde comme une femme. Cela ne fait pas non plus de n’importe quel abuseur ou meurtrier de femmes une femme s’il le souhaite, si dans sa tête il (pardon, elle !) pense ci ou ça et je suis atterrée de voir une telle complaisance sur cette définition individualiste des rapports sociaux de sexe (qui ne sont donc plus des rapports sociaux de sexe).

      La huitième règle de la misogynie se lit comme suit : « Les hommes sont ce que les hommes disent être, et les femmes sont ce que les hommes disent qu’elles sont. »

      Une copine qui a lu mon texte m’a dit à propos du dragueur barbu de femmes battues qui se présentait comme une femme que j’étais tombée par mégarde sur LE exemple unique et horrible. Mais il y a pire ! Et ça ne va pas s’arrêter si on assume qu’est femme n’importe qui se dit telle, par fascination morbide et toxique ou pour des raisons qui me semblent en revanche tout à fait acceptables (comme un refus depuis toujours des rôles sociaux assignés aux hommes - meurtrier de femmes, par exemple !). C’est pas avec la complaisance des camarades qui flippent de se faire traiter de transphobes qu’on va y arriver. Et je ne pense pas non plus que c’est en mettant toutes les personnes trans dans le même panier que des tueurs misogynes.

    • Un autre prédateur sexuel qui peut légitimement (puisque la loi canadienne accepte l’auto-définition) demander à être traité comme une femme. Via Meghan Murphy sur Twitter.

      High-risk sex offender Jeffrey Goddard released, will live in Surrey | The Province
      https://theprovince.com/news/local-news/high-risk-sex-offender-jeffrey-goddard-released-will-live-in-surrey/wcm/bb7955c6-0286-4c10-a6aa-d30d3ffd541d

      Goddard is described as a white man, about 5-foot-9, weighing about 170 pounds with brown hair and green eyes. In the past, he has tried to pass himself off as a woman by wearing wigs and going by the names of Jessica Goddard or Brandy Leanne Goddard.

      The 28-year-old has an extensive criminal history involving sexual assault, invitation to sexual touching and luring under age 16.

      “Goddard has maintained a pattern of sexual-offending against male youth and adults and communicating via computer to lure male and female youth, in both an opportunistic and predatory manner,” reads the public warning issued by B.C. Corrections on Tuesday, the same day Goddard was released.


  • Contre le #chaos de l’impérialisme en putréfaction, le programme de lutte de la classe ouvrière | Le mensuel de #Lutte_Ouvriere
    https://mensuel.lutte-ouvriere.org//2018/09/16/contre-le-chaos-de-limperialisme-en-putrefaction-le-programm

    Il y a un lien profond, organique, entre les différents événements d’une situation mondiale chaotique, aussi bien dans son économie que dans les relations internationales et dans l’évolution politique des puissances impérialistes, et jusque dans l’incapacité de l’humanité à faire face aux conséquences écologiques de sa propre activité, du réchauffement de la planète à la transformation des océans en poubelles.
    La réalité qui s’exprime par tous ces faits et événements multiformes, c’est la présente #crise de l’#économie_capitaliste mondiale. Nous parlons de crise actuelle, car les crises rythment périodiquement l’économie capitaliste depuis ses débuts et constituent en quelque sorte son régulateur normal.

    #Trotsky, parlant des crises «  ordinaires  » du capitalisme, déclarait, en juin 1921, lors du troisième congrès de l’Internationale communiste  : «  Tant que le #capitalisme n’aura pas été brisé par une révolution prolétarienne, il vivra les mêmes périodes de hausse et de baisse, il connaîtra les mêmes cycles. Les crises et les améliorations sont propres au capitalisme dès le jour de sa naissance et l’accompagneront jusqu’à sa tombe.  »

    Mais il constatait également  : «  Pendant les périodes de développement rapide du capitalisme, les crises sont courtes et ont un caractère superficiel (…). Pendant les périodes de décadence, les crises durent longtemps et les relèvements sont momentanés, superficiels et basés sur la spéculation.  »

    L’évolution de fond, le poids déterminant de la finance, la «  transformation des actionnaires en parasites sociaux  » (Trotsky, Le #marxisme et notre époque, 1939), la décomposition de l’économie capitaliste ne datent certes pas d’aujourd’hui. La financiarisation de l’économie non plus, bien que la crise actuelle en souligne les dégâts, avec netteté.

    Ce constat avait amené Lénine, il y a un siècle déjà, à parler de l’#impérialisme comme du «  stade sénile  » du capitalisme, et Trotsky, dans le Programme de transition, à parler de «  l’agonie du capitalisme  ».

    Cette agonie dure bien plus longtemps que Lénine et Trotsky ne l’avaient espéré. Mais...


    • D’où la multiplication de nouvelles catégories sexuelles pour contourner la terreur fondamentale de la reproduction humaine, représentée par les différences entre hommes et femmes. Ces différences doivent être abolies et remplacées par des chimères qui permettent un jeu puérile, les hommes se faisant passer pour des femmes et vice-versa, d’une manière ou d’une autre : LBGTQetc. Être n’importe où, mais surtout pas dans le redoutable purgatoire « cis-hétéro » 2 où les hommes et les femmes agissent comme des hommes et des femmes. L’horreur absolue…

      C’était tellement mieux avant, quand les hommes étaient des hommes et les femmes des femmes.

      Réac de gauche, @ktche ? Tu connais le bonhomme ?

      Sur la Russie, des éléments ?

      Notez tous les discours actuels sur l’ingérence de la Russie dans l’élection à venir de mi-mandat en 2018, une hallucination pathogène à part entière.

      Cette seconde tête fonctionne au moyen d’une dynamique de projection 1. Nous organisons des jeux de guerre à la frontière russe et accusons ceux-ci d’agression. Nous fabriquons et finançons un coup d’État contre le gouvernement élu d’Ukraine et accusons la Russie d’agression. Au Moyen-Orient, nous bousillons une nation après l’autre et nous nous plaignons avec indignation lorsque la Russie s’engage pour empêcher la Syrie de devenir le prochain État failli. Nous perturbons l’économie russe par des sanctions et le système bancaire russe par une interdiction d’accès au système SWIFT de compensation des devises internationales, et les accusons d’agression.

      Heureusement que des voies s’élèvent contre les hétérophobes et les poutinophobes !


  • Le CEDETIM salue la mémoire de Samir Amin 

    Samir Amin (1931-2018), d’ascendance égyptienne et française, africain de cœur et de tous les tiers-mondes, militant altermondialiste de tous les combats contre l’impérialisme et les inégalités.
    Il restera évidemment le théoricien du développement inégal. Une explication du monde, de la persistance et du développement des inégalité structurelles dans le système-monde entre le « centre » et les « périphéries », qu’il a développé dans ses ouvrages des années 1970, comme L’accumulation à l’échelle mondiale (1970), Le développement inégal (1973), la crise de l’impérialisme (avec A. Faire, M. Hussein et G. Massiah, en 1975), et surtout L’impérialisme et le développement inégal, (aux éditions de Minuit en 1976). Le « tiers-monde » post-colonial n’est pas sous-développé, il est intégré de force au monde capitaliste , dans un système structurellement inégalitaire de développement du sous-développement. Samir Amin participera au renouvellement du marxisme et explorera des voies qui permettent de comprendre l’évolution du monde et de sa transformation. 

    Comment rompre cet engrenage ? C’est l’objet de La déconnexion : pour sortir du système mondial publié en 1986 à La découverte. Mais la chute du bloc soviétique n’a fait que renforcer ce système qui, pour lui est caractérisé par l’extrême centralisation du pouvoir dans toutes ses dimensions, locales et internationales, économiques, politiques et militaires, sociales et culturelles. Certes certains grands pays « émergent », et les rapports de forces se modifient, mais partout se creusent les inégalités, le processus de prolétarisation généralisée et s’aggravent les risques de la crise économique social et écologique constatait-il, en aout 2017 (Pour une internationale des peuples, 16 aout 2017)

    Il ne faut pas oublier que Samir Amin a aussi beaucoup étudié les sociétés et économies du Maghreb, d’Afrique occidentale, d’Egypte, à partir de son premier livre, L’Egypte nassérienne (publié aux Editions de Minuit en 1964). Il a livré quelques analyses historiques et politiques lumineuses comme, La nation arabe, nationalisme et luttes de classes, aux Editions de Minuit, 1976.

    Militant autant qu’analyste ou théoricien, Samir Amin n’a jamais cessé de proposer, d’enseigner et d’agir. De 1970 à 1980, il dirige l’IDEP (Institut Africain de Développement Economique et de planification) ; il en fait un lieu d’excellence de la recherche africaine en économie politique et un accueil et un refuge pour les intellectuels africains engagés. En 1975 il a été parmi les fondateurs du Forum du Tiers Monde à Dakar.

    Il contribue aux travaux du CETRI (Centre Tricontinental), basé à Louvain-la-Neuve (Belgique) et animé par François Houtart (1925-2017), avec qui en 1996 il fonde le Forum Mondial des Alternatives, basé au Caire. Ce forum sera en 1999 à l’origine d’une initiative Anti-Davos, prélude à ce qui deviendra lors de sa première édition à Porto Alegre en 2001 le Forum social mondial, et bien entendu Samir Amin participera activement aux FSM suivants. Il sera aussi le président du Centre d’Etudes Africaines et Arabes du Caire, correspondant du Forum du tiers Monde de Dakar.

    Il écrit des projets et manifestes, après la chute du bloc soviétique sa Critique de l’air du temps en 1997,(à l’occasion du 150ème anniversaire du manifeste communiste) Pour la Cinquième Internationale, (éditions Le Temps des cerises 2006)., Ses interprétations de la géopolitique, ces propositions font débat dans le monde des militants altermondialistes. 

    Les mouvements de contestation au XXIe siècle et singulièrement ceux du printemps arabe de 2011 l’interpelle ( Monde arabe : le printemps des peuples ? Le Temps des cerises, 2011), L’Implosion du capitalisme contemporain. Automne du capitalisme, printemps des peuples ? Éditions Delga, 2012).

    Jusqu’au bout il participera (en 2018 de Salvador de Bahia à Zagreb) à des débats et initiatives militantes, ne refusant jamais discussion ou polémique, exprimant toujours sa solidarité, tout en poursuivant études et réflexions. Il appelait quelques mois avant de nous quitter à la nécessaire mise en route de la construction d’une nouvelle Internationale des travailleurs et des peuples.

    Samir Amin, notre camarade, a accompagné le CEDETIM depuis sa création, en lien avec un des groupes qui a participé à son lancement, en 1965 à Dakar. Depuis, il a toujours participé aux débats contradictoires qui ont traversé les mouvements porteurs des luttes anti-impérialistes avec le souci constant de l’émancipation, de la libération des peuples et de la solidarité internationaliste. 

    #Marxisme #Samir_Amin #Développement_inégal #Mondialisation


  • Youtube Streik : Wofür Youtuber jetzt kämpfen | WALULYSE - YouTube
    https://www.youtube.com/watch?v=UcBqKDNrMHk

    Les creators de Youtube fondent un syndicat pour défendre leur intérêts contre la corporation géante. Ironie de l’histoire, c’est au pays de Karl Marx que s’organisent les canuts du XXIème siècle.

    S’agit-il encore d’un exemple pour le phénomène que notre Karl à nous commente d’une manière ironique ou assistons-nous à la naissance du mouvement ouvrier du XXIème siècle suivant la déscription de Mathilde Larrère ?
    https://seenthis.net/messages/708076
    https://www.marxists.org/francais/marx/works/1851/12/brum3.htm

    Hegel fait quelque part cette remarque que tous les grands événements et personnages historiques se répètent pour ainsi dire deux fois. Il a oublié d’ajouter : la première fois comme tragédie, la seconde fois comme farce.

    A Viral Slingshot Channel Started a YouTuber’s Union - Motherboard
    https://motherboard.vice.com/en_us/article/pam5mk/youtube-union-slingshot-channel-jorg-sprave

    With almost 10,000 ’members’ behind him, Jörg Sprave wants to show Google that YouTubers have the power to negotiate better working conditions.

    Creators, Users... To Arms ! Join the YouTubers Union. - YouTube
    https://www.youtube.com/watch?v=q7RfYt_p2mk&vl=en

    Youtubers Union | United We Stand
    https://youtubersunion.org

    Welcome to the official homepage of the YouTubers Union!

    We are a community based movement that fights for the rights of YouTube Creators and Users. Our core demands are:

    Monetize everyone - Bring back monetization for smaller channels.
    Disable the bots - At least verified partners have the right to speak to a real person if you plan to remove their channel.
    Transparent content decisions - Open up direct communication between the censors (“content department”) and the Creators.
    Pay for the views - Stop using demonetized channels as “bait” to advertise monetized videos.
    Stop demonetization as a whole - If a video is in line with your rules, allow ads on an even scale.
    Equal treatment for all partners - Stop preferring some creators over others. No more “YouTube Preferred”.
    Pay according to delivered value - Spread out the ad money over all YouTubers based on audience retention, not on ads next to the content.
    Clarify the rules - Bring out clear rules with clear examples about what is OK and what is a No-No.
    Everyone is welcome to join - we need you! No matter if you are PewDiePie or just a user.
    You don’t have to pay any money and you have zero obligations.
    You can join us simply be becoming a member of our Facebook group and/or by joining our forum.

    United We Stand!

    Jörg Sprave

    #disruption #internet #WWW #vidéo #médias #syndicalisme #grève #théorie_de_la_valeur #marxisme #BIG5



  • Black marxism : pour une politique de l’inimaginable – Période
    http://revueperiode.net/black-marxism-pour-une-politique-de-linimaginable

    En conclusion de ses deux œuvres majeures, Frantz Fanon suggère une sorte d’ouverture. «  Le véritable saut  », nous dit-il à la fin de Peau noire, masques blancs, «  consiste à introduire l’invention dans l’existence  ». Fanon revient sur cette question de l’invention dans Les Damnés de la terre, où il déclare, une fois de plus en conclusion, que pour faire progresser l’humanité, «  il faut inventer, il faut découvrir (…) il faut (…) développer une pensée neuve, tenter de mettre sur pieds un homme neuf  ». Fanon s’intéresse à l’émergence d’un homme nouveau qui existerait dans un monde nouveau, mais comme processus de transformation toujours à l’œuvre plutôt que comme moment constituant. Toujours dans Peau noire, masques blancs, il nous avise du fait que «  dans le monde où je m’achemine, je me crée interminablement  ». «  Se créer interminablement  » signifie moins se créer dans un but donné (la forme définitive de l’homme nouveau, la démocratie de masse) que dans le sens d’une orientation expérimentale tournée vers le social. Fanon n’insinue pas qu’il s’agît d’un saut qui relèverait de la foi, même s’il s’agit bien d’un saut dans l’inconnu.

    #marxisme (par delà le) #colonialité (briser les liens de la) #imaginaire (en politique) #CLR_James #Amilcar_Cabral


  • Travailler, plutôt crever !
    Entretien avec un membre de Crise et Critique

    https://lavoiedujaguar.net/Travailler-plutot-crever-Entretien-avec-un-membre-de-Crise-et-Critiq

    Rencontre avec Johannes Vogele à Reillanne (Alpes-de-Haute-Provence), où il vit. Il fait partie avec quelques ami·e·s des proches des revues allemandes Krisis et Exit !, qui proposent de renouveler la critique radicale de l’économie politique à partir d’une relecture de Marx.

    La Canarde sauvage : Comment définir le travail et la place occupée par ce concept dans nos sociétés. Est-ce que le « travail » a toujours existé ?

    Aussi surprenant que cela puisse nous paraître aujourd’hui, le « travail » n’est ni éternel, ni naturel, ni même une condition nécessaire de l’existence humaine… Sa fonction essentielle et unique au sein du capitalisme est de permettre l’augmentation infinie de la valeur (la fameuse croissance). Même si dans toutes les sociétés humaines, il existe des activités de production, c’est seulement au sein du capitalisme que l’activité productive s’est séparée du reste de la vie. (...)

    #critique_de_la_valeur #travail #aliénation #Krisis #Marx #capitalisme #émancipation


  • L’expropriation de la parole
    https://collectiflieuxcommuns.fr/922-l-expropriation-de-la-parole

    Chapitre IV du livre de Jaques Dewitte « Le pouvoir de la langue et la liberté de l’esprit. Essai sur la résistance au langage totalitaire », Michalon, 2007, pp. 199-235. Ce livre comporte une disproportion flagrante entre la langue brune (nazie) et la langue de bois (communiste) [1], même si le prototype du newspeak imaginé par Orwell correspond assez largement à cette dernière. D’où ce chapitre sur un penseur que je n’avais pas retenu dans mon projet initial de « tryptique » du langage totalitaire : (...)

    Marxisme-léninisme

    / Dewitte J. , Linguistique , Politique , Totalitarisme , Livre , Anéantissement / Génocide , (...)

    #Marxisme-léninisme
    #Dewitte_J.
    #Linguistique
    #Politique
    #Totalitarisme
    #Livre
    #Anéantissement_/_Génocide
    #Insignifiance


  • L’appel de Jean Ziegler à « l’insurrection des consciences »
    https://www.latribune.fr/opinions/tribunes/l-appel-de-jean-ziegler-a-l-insurrection-des-consciences-780464.html

    Jean Jaurès dit : « La route est bordée de cadavres, mais elle mène à la justice. » Incontestablement, l’humanisation de l’homme progresse. Voilà ce que mon expérience, mes observations indiquent. Mais elles enseignent aussi une autre réalité. En effet, comme l’étayaient les marxistes allemands composant l’École de Francfort dans les années cinquante, la justice fait l’objet d’une double histoire ; la première convoque une justice effectivement vécue, empiriquement vécue, la seconde recourt à l’eschatologie - l’étude de ce que la conscience revendique comme juste. Au premier niveau, celui de la justice effectivement vécue, la situation est terrible. Outre la famine, que faut-il penser de l’humanisation de l’homme lorsqu’un milliard d’êtres humains n’ont pas accès à une eau non toxique ? Lorsque la capacité des conglomérats pharmaceutiques de soigner voire d’éradiquer des maladies s’autolimite pour de basses raisons mercantiles, laissant alors les épidémies ravager les populations les plus vulnérables ? Pour les peuples du tiers-monde, la troisième guerre mondiale a bel et bien commencé. La consolidation du nombre de victimes identifiées par chacune des 23 institutions membres des Nations unies s’est élevée en 2016 à 54 millions de morts. Soit l’équivalent du nombre total des victimes militaires et civiles recensées pendant la Seconde Guerre mondiale. En d’autres termes, l’humanité du tiers-monde perd chaque année dans le silence ce que cette boucherie effroyable a infligé à l’humanité entière pendant six ans.


  • Anselm Jappe, Capitalisme, 2018

    http://sniadecki.wordpress.com/2018/06/02/jappe-esprit

    Le capitalisme a toujours aimé se présenter comme une forme d’ « ouverture ». Son discours regorge de métaphores sur l’ouvert. [...] Au début et à la fin du procès productif, se retrouve toujours la même chose : la valeur sous forme d’argent, et les différences ne sont que quantitatives. On peut qualifier ce procès de « tautologique ».
    Rien de nouveau n’arrivera, seulement davantage du même (et pas toujours). L’ouverture dont se revendique le capitalisme retombe alors dans le clos, le cercle vicieux, la répétition : une fois de plus, la vieille dialectique a montré son utilité.

    La chute de cet article est vraiment remarquable. On y voit le théoricien de la critique de la valeur (WertKritik) tellement fasciné par sa propre théorie abstraite qu’il en vient à la prendre pour la seule réalité tangible et sensible. Il en vient ainsi à retomber dans le marxisme le plus vulgaire pour qui le seul problème que pose le capitalisme est qu’il fasse du profit sur le dos des travailleurs. ...

    #Anselm_Jappe, #WertKritik, #marxisme, #idéologie.

    @rastapopoulos


  • « Théorie de Marx, crise et dépassement du capitalisme. A propos de la situation de la critique sociale radicale », par Robert Kurz
    http://www.palim-psao.fr/article-theorie-de-marx-crise-et-depassement-du-capitalisme-a-propos-de-l

    Déjà lié, mais un seen dédié pour cette interview de Robert Kurz de mai 2010, il y a 8 ans déjà, et où il explique assez clairement sa théorie de la crise, et la théorie de l’effondrement issue de Marx.

    Le capitalisme n’est pas l’éternel retour cyclique du même, mais un processus historique dynamique. Chaque grande crise se produit à un niveau d’accumulation et de productivité supérieur à celui du passé. C’est pourquoi la question de savoir si la crise peut être maîtrisée ou non se pose chaque fois d’une manière nouvelle. Certains mécanismes de solution antérieurs perdent leur validité.

    Les crises du XIXème siècle ont pu être surmontées parce que le capitalisme ne s’était pas encore emparé de toute la reproduction sociale. Un espace intérieur restait disponible pour le développement industriel. La crise économique mondiale des années 1930 fut une rupture structurelle à un niveau d’industrialisation beaucoup plus élevé. Elle put être surmontée grâce aux nouvelles industries fordistes et à la régulation keynésienne dont les économies de guerre de la Deuxième Guerre mondiale ont été le prototype. Quand, dans les années 1970, l’accumulation fordiste a atteint ses limites, le keynésianisme a débouché sur une politique inflationniste fondée sur le crédit d’Etat. Mais ce que l’on a appelé la « révolution néolibérale » a simplement déplacé le problème du crédit d’Etat vers les marchés financiers. Tout cela s’est produit sur fond d’une nouvelle rupture structurelle dans le développement capitaliste, marquée par la troisième révolution industrielle (la microélectronique). A ce niveau de productivité qualitativement nouveau, il était devenu impossible de créer l’espace nécessaire à une accumulation réelle. Pendant plus de vingt ans, il s’est donc développé, sur la base de l’endettement et de bulles financières sans substance, une conjoncture globale de déficit qui ne pouvait être viable à long terme. Toute l’ère néolibérale de la dérégulation s’est accompagnée d’une succession inédite de crises financières et d’endettement. Tant que ces crises sont restées limitées à certaines régions du monde ou à des secteurs particuliers, il fut possible de les endiguer grâce à un flot de liquidités émis par les banques centrales. Mais ainsi, on a seulement créé les bases de la culmination du processus de crise. Depuis l’automne 2008, la crise engendrée par la troisième révolution industrielle a pris une dimension globale. L’éclatement des bulles financières a fait apparaître au grand jour le manque d’accumulation réelle. Le nouveau keynésianisme de crise ne fait que redéplacer le problème des marchés financiers vers le crédit d’Etat, mais à un niveau beaucoup plus élevé qu’au cours des années 1970. Pas plus qu’alors, l’Etat n’est en mesure de subventionner durablement le manque d’accumulation réelle. La crise des crédits d’Etat remplace la crise financière – la Grèce n’étant que la partie émergée de l’iceberg. Le redéplacement du problème vers l’Etat (une solution nécessairement sans imagination) montre qu’il n’existe aujourd’hui aucun nouveau mécanisme permettant de résoudre la crise au niveau de productivité atteint.

    […]

    Le capital individuel accroît sa propre productivité d’abord de façon isolée et acquiert un avantage dans la concurrence. Il offre la marchandise individuelle à un meilleur prix, ce qui lui permet de vendre plus de marchandises et de réaliser pour lui-même une partie plus grande de la masse sociale de valeur. Mais ce qui, en termes d’économie d’entreprise, apparaît comme plus de profit et, par-là, comme une « création de valeur » croissante contribue, au niveau social, à une diminution de la valeur, et ce aux dépens des autres capitaux individuels. Dès lors que la productivité augmentée se généralise, le capital individuel innovateur perd son avantage. Mais il ne s’agit pas là d’un retour à un point zéro ou à un point de départ antérieur ?

    Au contraire, la productivité augmentée se transforme en nouveau standard général. L’heure de travail, comme unité de base du travail abstrait, est toujours la même ; elle ne peut avoir, en tant que telle, des niveaux « différents ». Mais le nouveau standard de productivité impose que moins de ces heures de travail abstraites, toujours identiques, soient requises pour une masse croissante de produits. Lorsque, dans la crise, du capital est dévalué ou détruit, le standard de productivité atteint reste le même, car il est inscrit dans l’agrégat que constituent connaissance et savoir-faire. (Pour le dire simplement : le capitalisme ne peut retourner du standard de la microélectronique à celui de la machine à vapeur.) Un nouvel accroissement de la valeur devient de plus en plus difficile, dès lors qu’il doit avoir lieu à un niveau toujours plus élevé de productivité et, par-là, à un niveau de substance diminuée de travail abstrait. Dans le passé, cette diminution constante de la valeur était seulement relative. Certes, avec un standard de productivité toujours plus élevé, le produit individuel pouvait représenter toujours moins de travail abstrait et donc moins de valeur. Mais par la réduction de prix correspondante, de plus en plus d’anciennes marchandises de luxe sont entrées dans la consommation de masse – la production et les marchés se sont élargis.

    #critique_de_la_valeur #wertkritik #Robert_Kurz #Marx #théorie_de_la_crise #effondrement #capitalisme #Histoire #économie


  • 200 ans de Karl Marx : « un changement de paradigme vers une société sans exploitation » 5 Mai 2018 - Peter Mertens

    Un chat a paraît-il neuf vies, alors qu’un être humain n’en a qu’une. On ne vit qu’une fois. Et on ne meurt qu’une fois. Karl Marx n’est certes pas un chat, mais aucun être humain n’a été déclaré « mort » autant de fois que lui – de préférence en fanfare et roulements de tambours. Et qui, ensuite, est immanquablement ressuscité, dans tous les coins de la planète. Aujourd’hui pour la deux centième fois. Marx est mort, longue vie à Marx !

    Lors de la journée de la lutte du mouvement ouvrier, le 1er Mai donc, c’est un certain Geert Noels qui a rejoint le long cortège international des fossoyeurs qui sont passés dans l’histoire pour enterrer Marx et dont les noms sont depuis longtemps oubliés. Le gestionnaire de fortune Geert Noels a lancé quelques idées-clés en guise de message du 1er mai 2018. Il a ainsi décrété que « l’opposition entre travail et capital appartient au passé ». Schluss damit, terminé. Il n’existe pas d’opposition. Dixit le gestionnaire de fortune, par ailleurs également gestionnaire des idées des possesseurs des grosses fortunes. Et, après avoir déclaré ce conflit éliminé, le gestionnaire de fortune estime qu’il est enfin temps que nous réalisions que ce sont les entrepreneurs qui apportent « la prospérité pour tous ». Voilà, l’opposition est balayée, Marx est enterré, et le capital prend soin de nous tous.


    « Sans les travailleurs, pas de richesse ». Cette question, d’où provient aujourd’hui la richesse, est une question cruciale dans l’histoire.
    Alors que Geert Noels twittait tout cela depuis sa zone de confort, les travailleuses et travailleurs de Lidl entamaient leur sixième journée de grève. Une grève qui a tout à voir avec la thèse de Noels, et donc aussi avec celle de Marx. D’après Noels, c’est Dieter Schwarz, le grand CEO de Lidl, qui apporte la prospérité à tous. Un peu comme ce patron anglais qui, dans le beau film Le Jeune Karl Marx, lance à Karl Marx : « Sans moi, pas de profit, et pas d’entreprise ». Ce à quoi Marx rétorque judicieusement : « Sans les travailleurs, pas de richesse ». Cette question, d’où provient aujourd’hui la richesse, est une question cruciale dans l’histoire.

    La richesse provient du travail. Marx montre comment le travail apporte de la plus-value, et par quels mécanismes un petit groupe s’approprie cette plus-value. Aux dépens de la collectivité. C’est évidemment on ne peut plus actuel. Dieter Schwarz n’a pas amassé sa fortune de 37 milliards d’euros par son propre travail. Mais bien par le travail de plus de 300 000 travailleuses et travailleurs de Lidl dans 25 pays. C’est par leur labeur que la famille Schwarz est devenue toujours plus riche. Sa fortune est passée de 10 milliards d’euros en 2010 à 37 milliards d’euros aujourd’hui. 27 milliards d’euros supplémentaires en à peine huit années. Cela représente 85 000 euros en plus par membre du personnel, en huit ans de temps. Et ça ne se passe pas comme par magie. Tout est fait pour ça. Car entre-temps, chaque geste du personnel est chronométré. La technologie la plus moderne est mise en œuvre pour éviter le moindre « temps mort » – comprenez : le moindre moment de répit. Le temps de travail est intensifié, jusqu’à l’extrême. Jusqu’à rendre les gens à moitié fous : il faut décharger des palettes, remplir les rayons, cuire les pains, maintenir le magasin et le parking propres, être à la caisse, et avec le sourire s’il-vous-plaît. Trimer pour les uns, 27 milliards d’euros pour quelques autres. Telle est l’opposition entre travail et capital aujourd’hui, et il faut vivre seulement sur la planète Twitter pour ne pas le voir.
    Dieter Schwarz n’a pas amassé sa fortune de 37 milliards d’euros par son propre travail. Mais bien par le travail de plus de 300 000 travailleuses et travailleurs de Lidl dans 25 pays.

    Une lutte pour le temps et pour le salaire
    La lutte pour le temps et la lutte pour le salaire, c’est une lutte entre des intérêts divergents dans la société, c’est une lutte entre des classes différents, explique Marx. Ce n’est pas un point de vue idéologique, ce n’est pas une question de bonne ou de mauvaise volonté, c’est un mécanisme du capital lui-même. « Le capital usurpe le temps qu’exigent la croissance, le développement et l’entretien du corps en bonne santé. Le capital vole le temps qui devrait être employé à respirer à l’air libre et à jouir de la lumière du soleil. Le capital lésine sur le temps des repas (...), sur le temps du sommeil (...). Le capital ne s’inquiète pas de la durée de la force de travail. Ce qui l’intéresse uniquement, c’est le maximum qui peut en être dépensé dans une journée », écrit Marx dans Le Capital.

    « Le travailleur isolé succombe sans résistance possible », constatait Marx. Les travailleurs doivent s’organiser, mettre fin à la concurrence entre eux et se battre. C’est ce qui s’est passé lorsque, quelque part chez Lidl, une travailleuse a dit « non » à la pression de plus en plus forte, et que ses collègues se sont jointes à elle, et les syndicats, et tout le magasin, et ensuite les autres magasins. Les travailleuses de Lidl se sont organisées en tant que classe, et elles ont gagné leur lutte. Une lutte pour le temps. Un engagement d’un temps plein par magasin, 305 emplois supplémentaires au total. Cela coûte 9 millions d’euros à la famille Schwarz et aux autres grands actionnaires de Lidl. Neuf millions d’euros, arrachés par la lutte sociale et les nouveaux rapports de force. Marx résumait ainsi le conflit : « Le capitaliste essaie continuellement d’abaisser les salaires à leur minimum physiologique et la journée de travail à son maximum physiologique, tandis que l’ouvrier exerce constamment une pression dans le sens opposé. La chose se réduit à la question des rapports de force des combattants. »

    Cette lutte, nous la voyons aujourd’hui partout. Elle encaisse des coups, elle est écrasée, elle sombre, mais elle revient toujours, immanquablement. Toujours, comme Marx lui-même. En petit et en grand. Chez Carrefour, où les gens exigent 5 minutes de pause supplémentaires. Chez Volvo, où un ouvrier a exactement 71 secondes pour faire sa tâche avant que la voiture suivante arrive, et où les travailleurs demandent quelques secondes supplémentaires. Un peu de répit. Une lutte pour le temps.

    Séparés, les doigts de la main sont fragiles. Ensemble, ils forment un poing
    S’il y a un documentaire sur l’histoire sociale belge qu’il faut avoir vu, c’est bien Misère au Borinage d’ #Henri_Storck et #Joris_Ivens. Celui-ci montre le sort des mineurs après la crise de #1929. Des mineurs extraient le meilleur charbon aux dépens de leurs santé, mais ils ne gagnent même pas assez pour acheter du bon charbon afin de chauffer leur logement. Des mineurs sont expulsés de chez eux à cause de leur participation à la grève générale de 1932. Le documentaire est muet, ce qui le rend encore plus fort. Il se termine sur un grand cortège de mineurs. Dans ce cortège, il n’y a ni drapeau ni calicot, seulement un grand cadre, une peinture : un portrait de Karl Marx. Il symbolise la force du mouvement ouvrier, et la lutte pour une société sans exploitation de l’homme par l’homme.

    Depuis, la situation a changé, direz-vous. Bien sûr. Mais avant tout parce que le mouvement ouvrier s’est organisé, parce qu’il a conscientisé et lutté et qu’il a construit des rapports de force. Le droit de s’organiser, le droit de grève, le droit de vote, les congés payés, la journée des huit heures et la semaine de quarante heures, la sécurité sociale… Rien n’a été obtenu gratuitement. Tout a été arraché d’en bas, dans des conflits souvent très durs. Et, dans le capitalisme, ces acquis sociaux et démocratiques sont en permanence mis sous pression. Les crises de 1973 et de 2008 ont été utilisées par le capital pour lancer une contre-offensive mondiale. Geler les salaires, flexibiliser le travail, contraindre les chômeurs à accepter n’importe quel travail à n’importe quel salaire, faire travailler les gens de plus en plus longtemps. On peut ainsi encore augmenter la pression sur les conditions de salaire et de travail. Cela aussi, Marx l’avait déjà expliqué.

    « Marx est mort, les oppositions de classe n’existent plus, le capital prend soin de nous tous », écrivent les hérauts du libre-marché. Entre-temps, ils ne savent plus quoi faire des gains phénoménaux engrangés par les toutes grosses entreprises et ils planquent vingt-cinq mille milliards d’euros dans les #paradis_fiscaux. Le capitalisme prend soin de nous tous ? Rien que ces constructions fiscales coûtent chaque année aux trésors publics des États européens 1.000 milliards d’euros en rentrées fiscales, un montant qui est ensuite économisé dans les transports publics, dans l’enseignement, dans le secteur public des soins de santé ou dans la recherche publique.

    Ryanair, Deliveroo, Lidl... La leçon est et reste celle de Marx : c’est seulement en s’organisant que la concurrence au sein de la classe des travailleurs peut être arrêtée. 

     « Il n’existe plus d’opposition entre travail et capital », clament ces hérauts de la classe dominante. Mais, comme ils ne sont pas très sûrs de leur affaire, ils veulent s’assurer que la classe des travailleurs ne puisse pas s’organiser dans des organisations de lutte. D’où la multiplication des attaques sur les droits syndicaux et sur le droit de grève. Si on peut briser la colonne vertébrale de la classe ouvrière, on a alors le champ entièrement libre. Bien évidemment que c’est actuel. Cela se joue sous notre nez. Chez #Ryanair où le personnel se bat pour arracher ses droits syndicaux à des capitalistes comme Michael O’Leary. Chez #Deliveroo où les jeunes découvrent leur force collective et s’organisent. Chez #Lidl, bien sûr. Et la leçon est et reste celle de Marx : c’est seulement en s’organisant que la concurrence au sein de la classe des travailleurs peut être arrêtée. Séparés, les doigts de la main sont fragiles. Ensemble, ils forment un poing.

    Internationalisme
    « Un spectre hante l’Europe, le spectre du communisme. Toutes les puissances de la vieille Europe se sont unies en une #Sainte-Alliance pour traquer ce spectre : le pape et le tsar, Metternich et Guizot, les radicaux de France et les policiers d’Allemagne », écrivent Karl Marx et Friedrich Engels au numéro 50 de la rue Jean d’Ardenne à Ixelles. Ce sont les mots d’ouverture du Manifeste du Parti communiste.

    Le spectre du communisme rôdait à Bruxelles. Le parcours de Marx est étroitement lié à Bruxelles. De Cologne à Paris, de Paris à #Bruxelles, où il était le bienvenu à la condition de ne rien publier de politique. Ce qui n’a pas été le cas. À Bruxelles, Marx fonde la première Ligue des communistes, et, avec Friedrich Engels, il écrit Le Manifeste du Parti communiste. Quand, en février 1848, la révolution éclate en France, le gouvernement belge en a des sueurs froides et décide d’expulser Marx.

    Marx a été arrêté à cause de sa phrase « Prolétaires de tous les pays, unissez-vous ». Cette anecdote en dit long. Marx et Engels étaient des internationalistes.

    Un jour avant l’expulsion, la police bruxelloise débarque au deuxième étage de la pension « Bois sauvage », à la place Sainte-Gudule, où loge la famille Marx. Karl Marx veut montrer l’exploit d’huissier lui enjoignant de quitter notre pays le lendemain. Mais, distrait, il se trompe de document et montre le tract de la Ligue communiste sur lequel figure en grand : « Prolétaires de tous les pays, unissez-vous ! ». Suite à quoi il est arrêté et emmené à l’Amigo, le cachot derrière l’hôtel de ville de Bruxelles.

    L’union des travailleurs et l’apport d’une perspective socialiste, c’en était trop pour le royaume belge #ultralibéral de l’époque, au capitalisme tout neuf. La liberté d’expression, c’était très bien, mais il ne fallait pas d’idées révolutionnaires dans notre pays. Au Parlement, le Premier ministre libéral Charles Rogier – non, pas Charles Michel – a justifié ainsi l’expulsion de Marx : « Tout étranger qui mène en Belgique une vie paisible, une vie tranquille, qui rend hommage à nos institutions libérales et les respecte, ceux qui ne cherchent pas par leur conduite à semer le trouble et l’émeute, ceux-là continueront à vivre libres et tranquilles comme les Belges eux-mêmes. Mais les étrangers qui viendraient susciter des désordres, des émeutes, qui voudraient entraîner le pays au-delà des limites que le pays s’est lui-même tracées, ces étrangers, nous continuerons à agir à leur égard avec sévérité. Qu’ils aillent dans leur pays chercher le triomphe de leurs théories. ».

    L’expulsion de Marx de Bruxelles a certes débouché sur une bonne chose. C’est suite à cela qu’il a abouti dans le centre du capitalisme mondial à l’époque, Londres. Et c’est là qu’il a écrit Le Capital. Marx a été arrêté à cause de sa phrase « Prolétaires de tous les pays, unissez-vous ». Cette anecdote en dit long. Marx et #Engels étaient des internationalistes. Marx a décrit la manière dont l’extermination et l’oppression de la population autochtone en Amérique latine, le pillage des Indes, la transformation de l’Afrique en territoire de commerce de la population noire ont constitué l’aube de la production mondiale capitaliste. Leur perspective était internationale, et leur réponse était également internationale. Ils se sont consacrés sans relâche à donner forme à un mouvement international des travailleurs et à offrir une perspective de lutte socialiste, avec toutes les langues, lettres, discussions, luttes, débats et voyages que cela nécessitait. Pour forger une classe internationale, qui a conscience d’elle-même et qui se lève contre le capital international organisé. Cent quarante ans plus tard, nous avons besoin de davantage de cette sorte d’internationalisme, et non pas moins.

    Un changement de paradigme vers une société sans exploitation
    Quand Copernic, Kepler, Galilée ont affirmé que la Terre et d’autres planètes tournaient autour du soleil, et donc, que tout ne tournait pas autour de la Terre, ils ont été traités de fous et d’hérétiques. Ils ont produit une révolution dans la pensée, mais leur époque n’était pas mûre pour celle-ci. Ce n’est qu’après plusieurs générations que l’on a admis qu’ils avaient raison. C’est ainsi que la vision qu’avaient les gens à propos de la Terre et de l’univers a été bouleversée. Quand le cadre de pensée dominant est fortement modifié, on parle d’un changement de paradigme. Une rupture avec le cadre de pensée dominant s’opère toujours sur plusieurs générations. 

    Il n’en va pas autrement pour Karl Marx et Friedrich Engels. Ils ont créé un changement de paradigme dans la pensée de l’histoire humaine. Ils ont apporté une réponse à la question sur la manière dont, au cours de l’histoire, on passe d’une forme de société à une autre forme de société. Ils ont observé que les hommes se sont toujours organisés autour de la production : pour vivre, pour manger, pour se loger et pour se développer, les êtres humains devaient produire. Ils ont montré comment le développement de la technique et de la science, de la connaissance de la production et des compétences est une force motrice dans l’histoire humaine. Et ils ont aussi découvert cet autre moteur de la roue de l’histoire humaine : l’action de hommes, les interactions sociales entre les gens et la lutte sociale entre les différents intérêts et classes dans la société.

    Le changement arrive par l’action. « Les philosophes n’ont fait qu’interpréter diversement le monde ; il s’agit maintenant de le transformer », a écrit Marx sur un papier à Bruxelles. Marx et Engels étaient des révolutionnaires. Ils ont placé leur vie sous le signe de l’émancipation de la classe ouvrière et de la lutte pour une société sans exploitation de l’homme par l’homme.

    La société n’est pas faite par des lois de la nature, elle est faite par des êtres humains. 

    Marx et Engels le savaient : la société n’est pas faite par des lois de la nature, elle est faite par des êtres humains. Et elle peut donc aussi être changée par des êtres humains. Les pharaons en Égypte, les aristocrates athéniens, les empereurs chinois, les nobles du Moyen Âge étaient tous persuadés que leur règne serait éternel et qu’il n’y avait pas d’autre société possible. Jusqu’à ce que leur modèle soit menacé : par de nouveaux développements scientifiques et techniques, par de nouvelles possibilités de production et par des nouvelles conceptions. Jusqu’à ce que les tensions sociales deviennent si fortes que la forme de la société doive changer.

    Une nouvelle forme de #société n’arrive pas de manière soudaine. Le capitalisme aussi a eu besoin d’une très longue période pour s’installer. Il y a eu les premières tentatives dans la Gênes et la Venise de la seconde moitié du quatorzième siècle. Il y a eu le développement de relations capitalistes dans la Hollande et l’Angleterre du seizième siècle. Ce n’est qu’après tout un processus de conflits et de compromis avec le féodalisme usé que le capitalisme a pu réellement s’imposer comme système politique, au dix-neuvième siècle. Le capitalisme n’a pas réussi dès ses premières tentatives. Il faudrait donc être étroit d’esprit pour rejeter le socialisme parce qu’il n’a pas réussi lors de ses premières tentatives de construction. C’est un long processus historique, avec des hauts et des bas. Avec de belles réalisations, mais aussi avec de graves erreurs.

    Le changement de paradigme que Copernic, Darwin et Marx ont opéré, chacun sur leur terrain, ne signifie bien sûr pas que plus rien n’a changé depuis. La science évolue continuellement et de nouvelles perspectives apparaissent. Il n’empêche que le changement de paradigme de Marx et Engels reste aujourd’hui inspirant.
    Face à la #pensée_unique étouffante qui domine aujourd’hui la société, nous avons besoin d’un autre horizon. La crise du climat, la volonté de plus en plus grande de mener des guerres, les gens qui fuient leur pays, les tendances croissantes de l’autoritarisme et de la militarisation de la société, les paradis fiscaux et le caractère parasitaire du capital, tout cela demande une réponse globale. Il ne s’agit pas d’un détail ici et là. Il s’agit de l’avenir de l’humanité et de la planète. Nous avons à nouveau besoin d’un changement de paradigme pour y apporter une réponse. Et une autre société, non pas comme une utopie ou un beau rêve romantique, mais comme une réponse nécessaire aux défis d’aujourd’hui. Plus grandes seront les ruines du capitalisme, plus ceux qui défendent les intérêts de celui-ci affirmeront haut et fort que Marx est mort, que le capital va prendre soin de nous tous, et qu’il n’y a pas d’alternative possible. En même temps, de nouvelles générations de jeunes continueront à rechercher une perspective émancipatoire et libératrice pour l’homme et la planète et, à chaque fois, ils redécouvriront Marx. « La vérité est l’enfant du temps, pas de l’autorité », répondait Galilée à ses accusateurs dans une pièce de théâtre de Bertolt Brecht. La société ne doit pas tourner à la mesure du profit, mais à la mesure de l’humain. C’est pourquoi nous sommes marxistes. Des marxistes de notre temps et à notre manière. Marx est mort. Longue vie à Marx !

    Discours de Peter Mertens, président du PTB, prononcé lors de la soirée « Marx 200 » le 5 mai 2018 à Bruxelles.

    http://ptb.be/articles/200-ans-de-karl-marx-un-changement-de-paradigme-vers-une-societe-sans-exploitati
     #marx #capitalisme #histoire #travail #marxisme #philosophie #économie #karl_marx #socialisme #richesse #dieter_schwarz Peter_Mertens #PTB




  • De #Marx au #marxisme
    http://www.laviedesidees.fr/De-Marx-au-marxisme-histoires-d-une-idee.html

    Deux siècles après la naissance de Marx, l’historien du #socialisme Gregory Claeys revient sur la formation intellectuelle du penseur et sur sa postérité multiforme, de la Révolution d’Octobre jusqu’au regain d’intérêt qu’il suscite depuis la crise de 2008.

    #Entretiens

    / #utopie, socialisme, marxisme, Marx