• #Intersectionnalité : une #introduction (par #Eric_Fassin)

    Aujourd’hui, dans l’espace médiatico-politique, on attaque beaucoup l’intersectionnalité. Une fiche de poste a même été dépubliée sur le site du Ministère pour purger toute référence intersectionnelle. Dans le Manuel Indocile de Sciences Sociales (Copernic / La Découverte, 2019), avec Mara Viveros, nous avons publié une introduction à ce champ d’études. Pour ne pas laisser raconter n’importe quoi.

    « Les féministes intersectionnelles, en rupture avec l’universalisme, revendiquent de ne pas se limiter à la lutte contre le sexisme. »

    Marianne, « L’offensive des obsédés de la race, du sexe, du genre, de l’identité », 12 au 18 avril 2019

    Une médiatisation ambiguë

    En France, l’intersectionnalité vient d’entrer dans les magazines. Dans Le Point, L’Obs ou Marianne, on rencontre non seulement l’idée, mais aussi le mot, et même des références savantes. Les lesbiennes noires auraient-elles pris le pouvoir, jusque dans les rédactions ? En réalité si les médias en parlent, c’est surtout pour dénoncer la montée en puissance, dans l’université et plus largement dans la société, d’un féminisme dit « intersectionnel », accusé d’importer le « communautarisme à l’américaine ». On assiste en effet au recyclage des articles du début des années 1990 contre le « politiquement correct » : « On ne peut plus rien dire ! » C’est le monde à l’envers, paraît-il : l’homme blanc hétérosexuel subirait désormais la « tyrannie des minorités ».

    Faut-il le préciser ? Ce fantasme victimaire est démenti par l’expérience quotidienne. Pour se « rassurer », il n’y a qu’à regarder qui détient le pouvoir dans les médias et l’université, mais aussi dans l’économie ou la politique : les dominants d’hier ne sont pas les dominés d’aujourd’hui, et l’ordre ancien a encore de beaux jours devant lui. On fera plutôt l’hypothèse que cette réaction parfois virulente est le symptôme d’une inquiétude après la prise de conscience féministe de #MeToo, et les révélations sur le harcèlement sexiste, homophobe et raciste de la « Ligue du Lol » dans le petit monde des médias, et alors que les minorités raciales commencent (enfin) à se faire entendre dans l’espace public.

    Il en va des attaques actuelles contre l’intersectionnalité comme des campagnes contre la (supposée) « théorie du genre » au début des années 2010. La médiatisation assure une forme de publicité à un lexique qui, dès lors, n’est plus confiné à l’univers de la recherche. La polémique a ainsi fait entrevoir les analyses intersectionnelles à un public plus large, qu’articles et émissions se bousculent désormais pour informer… ou le plus souvent mettre en garde. Il n’empêche : même les tribunes indignées qui livrent des noms ou les dossiers scandalisés qui dressent des listes contribuent, à rebours de leurs intentions, à établir des bibliographies et à populariser des programmes universitaires. En retour, le milieu des sciences sociales lui-même, en France après beaucoup d’autres pays, a fini par s’intéresser à l’intersectionnalité – et pas seulement pour s’en inquiéter : ce concept voyageur est une invitation à reconnaître, avec la pluralité des logiques de domination, la complexité du monde social.

    Circulations internationales

    On parle d’intersectionnalité un peu partout dans le monde – non seulement en Amérique du Nord et en Europe, mais aussi en Amérique latine, en Afrique du Sud ou en Inde. Il est vrai que le mot vient des États-Unis : c’est #Kimberlé_Crenshaw qui l’utilise d’abord dans deux articles publiés dans des revues de droit au tournant des années 1990. Toutefois, la chose, c’est-à-dire la prise en compte des dominations multiples, n’a pas attendu le mot. Et il est vrai aussi que cette juriste afro-américaine s’inscrit dans la lignée d’un « #féminisme_noir » états-unien, qui dans les années 1980 met l’accent sur les aveuglements croisés du mouvement des droits civiques (au #genre) et du mouvement des femmes (à la #race).

    Cependant, ces questions sont parallèlement soulevées, à la frontière entre l’anglais et l’espagnol, par des féministes « #chicanas » (comme #Cherríe_Moraga et #Gloria_Anzaldúa), dans une subculture que nourrit l’immigration mexicaine aux États-Unis ou même, dès les années 1960, au Brésil, au sein du Parti communiste ; des féministes brésiliennes (telles #Thereza_Santos, #Lélia_Gonzalez et #Sueli_Carneiro) développent aussi leurs analyses sur la triade « race-classe-genre ». Bref, la démarche intersectionnelle n’a pas attendu le mot intersectionnalité ; elle n’a pas une origine exclusivement états-unienne ; et nulle n’en a le monopole : ce n’est pas une « marque déposée ». Il faut donc toujours comprendre l’intersectionnalité en fonction des lieux et des moments où elle résonne.

    En #France, c’est au milieu des années 2000 qu’on commence à parler d’intersectionnalité ; et c’est d’abord au sein des #études_de_genre. Pourquoi ? Un premier contexte, c’est la visibilité nouvelle de la « #question_raciale » au sein même de la « #question_sociale », avec les émeutes ou révoltes urbaines de 2005 : l’analyse en termes de classe n’était manifestement plus suffisante ; on commence alors à le comprendre, pour les sciences sociales, se vouloir aveugle à la couleur dans une société qu’elle obsède revient à s’aveugler au #racisme. Un second contexte a joué un rôle plus immédiat encore : 2004, c’est la loi sur les signes religieux à l’école. La question du « #voile_islamique » divise les féministes : la frontière entre « eux » et « nous » passe désormais, en priorité, par « elles ». Autrement dit, la différence de culture (en l’occurrence religieuse) devient une question de genre. L’intersectionnalité permet de parler de ces logiques multiples. Importer le concept revient à le traduire dans un contexte différent : en France, ce n’est plus, comme aux États-Unis, l’invisibilité des #femmes_noires à l’intersection entre féminisme et droits civiques ; c’est plutôt l’hypervisibilité des #femmes_voilées, au croisement entre #antisexisme et #antiracisme.

    Circulations interdisciplinaires

    La traduction d’une langue à une autre, et d’un contexte états-unien au français, fait apparaître une deuxième différence. Kimberlé Crenshaw est juriste ; sa réflexion porte sur les outils du #droit qu’elle utilise pour lutter contre la #discrimination. Or aux États-Unis, le droit identifie des catégories « suspectes » : le sexe et la race. Dans les pratiques sociales, leur utilisation, implicite ou explicite, est soumise à un examen « strict » pour lutter contre la discrimination. Cependant, on passe inévitablement de la catégorie conceptuelle au groupe social. En effet, l’intersectionnalité s’emploie à montrer que, non seulement une femme peut être discriminée en tant que femme, et un Noir en tant que Noir, mais aussi une femme noire en tant que telle. C’est donc seulement pour autant qu’elle est supposée relever d’un groupe sexuel ou racial que le droit peut reconnaître une personne victime d’un traitement discriminatoire en raison de son sexe ou de sa race. Toutefois, dans son principe, cette démarche juridique n’a rien d’identitaire : comme toujours pour les discriminations, le point de départ, c’est le traitement subi. Il serait donc absurde de reprendre ici les clichés français sur le « communautarisme américain » : l’intersectionnalité vise au contraire à lutter contre l’#assignation discriminatoire à un groupe (femmes, Noirs, ou autre).

    En France, la logique est toute différente, dès lors que l’intersectionnalité est d’abord arrivée, via les études de genre, dans le champ des sciences sociales. La conséquence de cette translation disciplinaire, c’est qu’on n’a généralement pas affaire à des groupes. La sociologie s’intéresse davantage à des propriétés, qui peuvent fonctionner comme des variables. Bien sûr, on n’oublie pas la logique antidiscriminatoire pour autant : toutes choses égales par ailleurs (en l’occurrence dans une même classe sociale), on n’a pas le même salaire selon qu’on est blanc ou pas, ou la même retraite si l’on est homme ou femme. Il n’est donc pas ou plus possible de renvoyer toutes les explications à une détermination en dernière instance : toutes les #inégalités ne sont pas solubles dans la classe. C’est évident pour les femmes, qui appartiennent à toutes les classes ; mais on l’oublie parfois pour les personnes dites « non blanches », tant elles sont surreprésentées dans les classes populaires – mais n’est-ce pas justement, pour une part, l’effet de leur origine supposée ? Bien entendu, cela ne veut pas dire, à l’inverse, que la classe serait soluble dans une autre forme de #domination. En réalité, cela signifie simplement que les logiques peuvent se combiner.

    L’intérêt scientifique (et politique) pour l’intersectionnalité est donc le signe d’une exigence de #complexité : il ne suffit pas d’analyser la classe pour en avoir fini avec les logiques de domination. C’est bien pourquoi les féministes n’ont pas attendu le concept d’intersectionnalité, ni sa traduction française, pour critiquer les explications monocausales. En France, par exemple, face au #marxisme, le #féminisme_matérialiste rejette de longue date cette logique, plus politique que scientifique, de l’« ennemi principal » (de classe), qui amène à occulter les autres formes de domination. En 1978, #Danièle_Kergoat interrogeait ainsi la neutralisation qui, effaçant l’inégalité entre les sexes, pose implicitement un signe d’égalité entre « ouvrières » et « ouvriers » : « La #sociologie_du_travail parle toujours des “#ouvriers” ou de la “#classe_ouvrière” sans faire aucune référence au #sexe des acteurs sociaux. Tout se passe comme si la place dans la production était un élément unificateur tel que faire partie de la classe ouvrière renvoyait à une série de comportements et d’attitudes relativement univoques (et cela, il faut le noter, est tout aussi vrai pour les sociologues se réclamant du #marxisme que pour les autres. »

    Or, ce n’est évidemment pas le cas. Contre cette simplification, qui a pour effet d’invisibiliser les ouvrières, la sociologue féministe ne se contente pas d’ajouter une propriété sociale, le sexe, à la classe ; elle montre plus profondément ce qu’elle appelle leur #consubstantialité. On n’est pas d’un côté « ouvrier » et de l’autre « femme » ; être une #ouvrière, ce n’est pas la même chose qu’ouvrier – et c’est aussi différent d’être une bourgeoise. On pourrait dire de même : être une femme blanche ou noire, un garçon arabe ou pas, mais encore un gay de banlieue ou de centre-ville, ce n’est vraiment pas pareil !

    Classe et race

    Dans un essai sur le poids de l’#assignation_raciale dans l’expérience sociale, le philosophe #Cornel_West a raconté combien les taxis à New York refusaient de s’arrêter pour lui : il est noir. Son costume trois-pièces n’y fait rien (ni la couleur du chauffeur, d’ailleurs) : la classe n’efface pas la race – ou pour le dire plus précisément, le #privilège_de_classe ne suffit pas à abolir le stigmate de race. Au Brésil, comme l’a montré #Lélia_Gonzalez, pour une femme noire de classe moyenne, il ne suffit pas d’être « bien habillée » et « bien élevée » : les concierges continuent de leur imposer l’entrée de service, conformément aux consignes de patrons blancs, qui n’ont d’yeux que pour elles lors du carnaval… En France, un documentaire intitulé #Trop_noire_pour_être_française part d’une même prise de conscience : la réalisatrice #Isabelle_Boni-Claverie appartient à la grande bourgeoisie ; pourtant, exposée aux discriminations, elle aussi a fini par être rattrapée par sa couleur.

    C’est tout l’intérêt d’étudier les classes moyennes (ou supérieures) de couleur. Premièrement, on voit mieux la logique propre de #racialisation, sans la rabattre aussitôt sur la classe. C’est justement parce que l’expérience de la bourgeoisie ne renvoie pas aux clichés habituels qui dissolvent les minorités dans les classes populaires. Deuxièmement, on est ainsi amené à repenser la classe : trop souvent, on réduit en effet ce concept à la réalité empirique des classes populaires – alors qu’il s’agit d’une logique théorique de #classement qui opère à tous les niveaux de la société. Troisièmement, ce sont souvent ces couches éduquées qui jouent un rôle important dans la constitution d’identités politiques minoritaires : les porte-parole ne proviennent que rarement des classes populaires, ou du moins sont plus favorisés culturellement.

    L’articulation entre classe et race se joue par exemple autour du concept de #blanchité. Le terme est récent en français : c’est la traduction de l’anglais #whiteness, soit un champ d’études constitué non pas tant autour d’un groupe social empirique (les Blancs) que d’un questionnement théorique sur une #identification (la blanchité). Il ne s’agit donc pas de réifier les catégories majoritaires (non plus, évidemment, que minoritaires) ; au contraire, les études sur la blanchité montrent bien, pour reprendre un titre célèbre, « comment les Irlandais sont devenus blancs » : c’est le rappel que la « race » ne doit rien à la #biologie, mais tout aux #rapports_de_pouvoir qu’elle cristallise dans des contextes historiques. À nouveau se pose toutefois la question : la blanchité est-elle réservée aux Blancs pauvres, condamnés à s’identifier en tant que tels faute d’autres ressources ? On parle ainsi de « #salaire_de_la_blanchité » : le #privilège de ceux qui n’en ont pas… Ou bien ne convient-il pas de l’appréhender, non seulement comme une compensation, mais aussi et surtout comme un langage de pouvoir – y compris, bien sûr, chez les dominants ?

    En particulier, si le regard « orientaliste » exotise l’autre et l’érotise en même temps, la #sexualisation n’est pas réservée aux populations noires ou arabes (en France), ou afro-américaines et hispaniques (comme aux États-Unis), bref racisées. En miroir, la #blanchité_sexuelle est une manière, pour les classes moyennes ou supérieures blanches, de s’affirmer « normales », donc de fixer la #norme, en particulier dans les projets d’#identité_nationale. Certes, depuis le monde colonial au moins, les minorités raciales sont toujours (indifféremment ou alternativement) hypo- – ou hyper- –sexualisées : pas assez ou bien trop, mais jamais comme il faut. Mais qu’en est-il des majoritaires ? Ils se contentent d’incarner la norme – soit d’ériger leurs pratiques et leurs représentations en normes ou pratiques légitimes. C’est bien pourquoi la blanchité peut être mobilisée dans des discours politiques, par exemple des chefs d’État (de la Colombie d’Álvaro Uribe aux États-Unis de Donald Trump), le plus souvent pour rappeler à l’ordre les minorités indociles. La « question sociale » n’a donc pas cédé la place à la « question raciale » ; mais la première ne peut plus servir à masquer la seconde. Au contraire, une « question » aide à repenser l’autre.

    Les #contrôles_au_faciès

    Regardons maintenant les contrôles policiers « au faciès », c’est-à-dire fondés sur l’#apparence. Une enquête quantitative du défenseur des droits, institution républicaine qui est chargée de défendre les citoyens face aux abus de l’État, a récemment démontré qu’il touche inégalement, non seulement selon les quartiers (les classes populaires), mais aussi en fonction de l’âge (les jeunes) et de l’apparence (les Arabes et les Noirs), et enfin du sexe (les garçons plus que les filles). Le résultat, c’est bien ce qu’on peut appeler « intersectionnalité ». Cependant, on voit ici que le croisement des logiques discriminatoires ne se résume pas à un cumul des handicaps : le sexe masculin fonctionne ici comme un #stigmate plutôt qu’un privilège. L’intersectionnalité est bien synonyme de complexité.

    « Les jeunes de dix-huit-vingt-cinq ans déclarent ainsi sept fois plus de contrôles que l’ensemble de la population, et les hommes perçus comme noirs ou arabes apparaissent cinq fois plus concernés par des contrôles fréquents (c’est-à-dire plus de cinq fois dans les cinq dernières années). Si l’on combine ces deux critères, 80 % des personnes correspondant au profil de “jeune homme perçu comme noir ou arabe” déclarent avoir été contrôlées dans les cinq dernières années (contre 16 % pour le reste des enquêté.e.s). Par rapport à l’ensemble de la population, et toutes choses égales par ailleurs, ces profils ont ainsi une probabilité vingt fois plus élevée que les autres d’être contrôlés. »

    Répétons-le : il n’y a rien d’identitaire dans cette démarche. D’ailleurs, la formulation du défenseur des droits dissipe toute ambiguïté : « perçus comme noirs ou arabes ». Autrement dit, c’est l’origine réelle ou supposée qui est en jeu. On peut être victime d’antisémitisme sans être juif – en raison d’un trait physique, d’un patronyme, ou même d’opinions politiques. Pour peu qu’on porte un prénom lié à l’islam, ou même qu’on ait l’air « d’origine maghrébine », musulman ou pas, on risque de subir l’#islamophobie. L’#homophobie frappe surtout les homosexuels, et plus largement les minorités sexuelles ; toutefois, un garçon réputé efféminé pourra y être confronté, quelle que soit sa sexualité.

    Et c’est d’ailleurs selon la même logique qu’en France l’État a pu justifier les contrôles au faciès. Condamné en 2015 pour « faute lourde », il a fait appel ; sans remettre en cause les faits établis, l’État explique que la législation sur les étrangers suppose de contrôler « les personnes d’#apparence_étrangère », voire « la seule population dont il apparaît qu’elle peut être étrangère ». Traiter des individus en raison de leur apparence, supposée renvoyer à une origine, à une nationalité, voire à l’irrégularité du séjour, c’est alimenter la confusion en racialisant la nationalité. On le comprend ainsi : être, c’est être perçu ; l’#identité n’existe pas indépendamment du regard des autres.

    L’exemple des contrôles au faciès est important, non seulement pour celles et ceux qui les subissent, bien sûr, mais aussi pour la société tout entière : ils contribuent à la constitution d’identités fondées sur l’expérience commune de la discrimination. Les personnes racisées sont celles dont la #subjectivité se constitue dans ces incidents à répétition, qui finissent par tracer des frontières entre les #expériences minoritaires et majoritaires. Mais l’enjeu est aussi théorique : on voit ici que l’identité n’est pas première ; elle est la conséquence de #pratiques_sociales de #racialisation – y compris de pratiques d’État. Le racisme ne se réduit pas à l’#intention : le racisme en effet est défini par ses résultats – et d’abord sur les personnes concernées, assignées à la différence par la discrimination.

    Le mot race

    Les logiques de domination sont plurielles : il y a non seulement la classe, mais aussi le sexe et la race, ainsi que l’#âge ou le #handicap. Dans leur enchevêtrement, il est à chaque fois question, non pas seulement d’#inégalités, mais aussi de la #naturalisation de ces hiérarchies marquées dans les corps. Reste que c’est surtout l’articulation du sexe ou de la classe avec la race qui est au cœur des débats actuels sur l’intersectionnalité. Et l’on retrouve ici une singularité nationale : d’après l’ONU, les deux tiers des pays incluent dans leur recensement des questions sur la race, l’#ethnicité ou l’#origine_nationale. En France, il n’en est pas question – ce qui complique l’établissement de #statistiques « ethno-raciales » utilisées dans d’autre pays pour analyser les discriminations.

    Mais il y a plus : c’est seulement en France que, pour lutter contre le racisme, on se mobilise régulièrement en vue de supprimer le mot race de la Constitution ; il n’y apparaît pourtant, depuis son préambule de 1946 rédigé en réaction au nazisme, que pour énoncer un principe antiraciste : « sans distinction de race ». C’est aujourd’hui une bataille qui divise selon qu’on se réclame d’un antiracisme dit « universaliste » ou « politique » : alors que le premier rejette le mot race, jugé indissociable du racisme, le second s’en empare comme d’une arme contre la #racialisation de la société. Ce qui se joue là, c’est la définition du racisme, selon qu’on met l’accent sur sa version idéologique (qui suppose l’intention, et passe par le mot), ou au contraire structurelle (que l’on mesure à ses effets, et qui impose de nommer la chose).

    La bataille n’est pas cantonnée au champ politique ; elle s’étend au champ scientifique. Le racisme savant parlait naguère des races (au pluriel), soit une manière de mettre la science au service d’un #ordre_racial, comme dans le monde colonial. Dans la recherche antiraciste, il est aujourd’hui question de la race (au singulier) : non pas l’inventaire des populations, sur un critère biologique ou même culturel, mais l’analyse critique d’un mécanisme social qui assigne des individus à des groupes, et ces groupes à des positions hiérarchisées en raison de leur origine, de leur apparence, de leur religion, etc. Il n’est donc pas question de revenir aux élucubrations racistes sur les Aryens ou les Sémites ; en revanche, parler de la race, c’est se donner un vocabulaire pour voir ce qu’on ne veut pas voir : la #discrimination_raciste est aussi une #assignation_raciale. S’aveugler à la race ne revient-il pas à s’aveugler au racisme ?

    Il ne faut donc pas s’y tromper : pour les sciences sociales actuelles, la race n’est pas un fait empirique ; c’est un concept qui permet de nommer le traitement inégal réservé à des individus et des groupes ainsi constitués comme différents. La réalité de la race n’est donc ni biologique ni culturelle ; elle est sociale, en ce qu’elle est définie par les effets de ces traitements, soit la racialisation de la société tout entière traversée par la logique raciale. On revient ici aux analyses classiques d’une féministe matérialiste, #Colette_Guillaumin : « C’est très exactement la réalité de la “race”. Cela n’existe pas. Cela pourtant produit des morts. [...] Non, la race n’existe pas. Si, la race existe. Non, certes, elle n’est pas ce qu’on dit qu’elle est, mais elle est néanmoins la plus tangible, réelle, brutale, des réalités. »

    Morale de l’histoire

    A-t-on raison de s’inquiéter d’un recul de l’#universalisme en France ? Les logiques identitaires sont-elles en train de gagner du terrain ? Sans nul doute : c’est bien ce qu’entraîne la racialisation de notre société. Encore ne faut-il pas confondre les causes et les effets, ni d’ailleurs le poison et l’antidote. En premier lieu, c’est l’#extrême_droite qui revendique explicitement le label identitaire : des États-Unis de Donald Trump au Brésil de Jair Bolsonaro, on assiste à la revanche de la #masculinité_blanche contre les #minorités_raciales et sexuelles. Ne nous y trompons pas : celles-ci sont donc les victimes, et non pas les coupables, de ce retour de bâton (ou backlash) qui vise à les remettre à leur place (dominée).

    Deuxièmement, la #ségrégation_raciale que l’on peut aisément constater dans l’espace en prenant les transports en commun entre Paris et ses banlieues n’est pas le résultat d’un #communautarisme minoritaire. Pour le comprendre, il convient au contraire de prendre en compte un double phénomène : d’une part, la logique sociale que décrit l’expression #White_flight (les Blancs qui désertent les quartiers où sont reléguées les minorités raciales, anticipant sur la ségrégation que leurs choix individuels accélèrent…) ; d’autre part, les #politiques_publiques de la ville dont le terme #apartheid résume le résultat. Le #multiculturalisme_d’Etat, en Colombie, dessinerait une tout autre logique : les politiques publiques visent explicitement des identités culturelles au nom de la « #diversité », dont les mouvements sociaux peuvent s’emparer.

    Troisièmement, se battre pour l’#égalité, et donc contre les discriminations, ce n’est pas renoncer à l’universalisme ; bien au contraire, c’est rejeter le #communautarisme_majoritaire. L’intersectionnalité n’est donc pas responsable au premier chef d’une #fragmentation_identitaire – pas davantage qu’une sociologie qui analyse les inégalités socio-économiques n’est la cause première de la lutte des classes. Pour les #sciences_sociales, c’est simplement se donner les outils nécessaires pour comprendre un monde traversé d’#inégalités multiples.

    Quatrièmement, ce sont les #discours_publics qui opposent d’ordinaire la classe à la race (ou les ouvriers, présumés blancs, aux minorités raciales, comme si celles-ci n’appartenaient pas le plus souvent aux classes populaires), ou encore, comme l’avait bien montré #Christine_Delphy, l’#antisexisme à l’antiracisme (comme si les femmes de couleur n’étaient pas concernées par les deux). L’expérience de l’intersectionnalité, c’est au contraire, pour chaque personne, quels que soient son sexe, sa classe et sa couleur de peau, l’imbrication de propriétés qui finissent par définir, en effet, des #identités_complexes (plutôt que fragmentées) ; et c’est cela que les sciences sociales s’emploient aujourd’hui à appréhender.

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    Ce texte écrit avec #Mara_Viveros_Vigoya, et publié en 2019 dans le Manuel indocile de sciences sociales (Fondation Copernic / La Découverte), peut être téléchargé ici : https://static.mediapart.fr/files/2021/03/07/manuel-indocile-intersectionnalite.pdf

    À lire :

    Kimberlé Crenshaw, « Cartographies des marges : intersectionnalité, politique de l’identité et violences contre les femmes de couleur » Cahiers du Genre, n° 39, février 2005, p. 51-82

    Défenseur des droits, Enquête sur l’accès aux droits, Relations police – population : le cas des contrôles d’identité, vol. 1, janvier 2017

    Christine Delphy, « Antisexisme ou antiracisme ? Un faux dilemme », Nouvelles Questions Féministes, vol. 25, janvier 2006, p. 59-83

    Elsa Dorlin, La Matrice de la race. Généalogie sexuelle et coloniale de la nation française, La Découverte, Paris, 2006

    Elsa Dorlin, Sexe, race, classe. Pour une épistémologie de la domination, Presses universitaires de France, Paris, 2009

    Didier Fassin et Éric Fassin (dir.), De la question sociale à la question raciale ? Représenter la société française, La Découverte, Paris, 2009 [première édition : 2006]

    Éric Fassin (dir.), « Les langages de l’intersectionnalité », Raisons politiques, n° 58, mai 2015

    Éric Fassin, « Le mot race – 1. Cela existe. 2. Le mot et la chose », AOC, 10 au 11 avril 2019

    Nacira Guénif-Souilamas et Éric Macé, Les féministes et le garçon arabe, L’Aube, Paris, 2004

    Colette Guillaumin, « “Je sais bien mais quand même” ou les avatars de la notion de race », Le Genre humain, 1981, n° 1, p. 55-64

    Danièle Kergoat, « Ouvriers = ouvrières ? », Se battre, disent-elles…, La Dispute, Paris, 2012, p. 9-62

    Abdellali Hajjat et Silyane Larcher (dir.), « Intersectionnalité », Mouvements, 12 février 2019

    Mara Viveros Vigoya, Les Couleurs de la masculinité. Expériences intersectionnelles et pratiques de pouvoir en Amérique latine, La Découverte, Paris, 2018

    https://blogs.mediapart.fr/eric-fassin/blog/050321/intersectionnalite-une-introduction#at_medium=custom7&at_campaign=10

    #définition #invisibilisation #antiracisme_universaliste #antiracisme_politique #racisme_structurel

    voir aussi ce fil de discussion sur l’intersectionnalité, avec pas mal de #ressources_pédagogiques :
    https://seenthis.net/messages/796554

  • Qu’est-ce que l’État ?

    Ernest London

    https://lavoiedujaguar.net/Qu-est-ce-que-l-Etat

    « Lorsque que s’invente et s’établit une idée comme celle d’État, qui réussit à confondre avec le plus grand succès les notions contraires de “peuple” et de “Gouvernement”, il se constitue ainsi l’arme la plus puissante (qui est, comme on le voit, la plus métaphysique) pour enfermer le peuple dans la confusion et l’identification avec son Gouvernement et pour empêcher n’importe quel sentiment clair d’opposition et n’importe quelle intention d’en secouer le joug. » Agustín García Calvo (1926-2012), philologue et poète espagnol, convoque l’idée « État », « idée mensongère et réelle », pour en explorer les contradictions, les ambiguïtés dissimulées.

    Tandis qu’avec la notion de Patrie « l’amour de la terre se confondait avec le service des Seigneurs », celle d’« État » consolide et masque ce procédé de confusion et d’intégration. « L’État est la culmination logique, historique et naturelle, de l’idée d’État », fusionnant le Pouvoir et le peuple, « faisant du gouvernement et des gouvernés une seule et même chose » : « La Démocratie, que ce soit par la tromperie de la représentation et des élections de la voix du peuple, ou par la dictature des opprimés et dominés, réalise historiquement le mensonge que renferme la construction même de son vocable. »

    « Il n’y a pas de Pouvoir sans nécessité de justification et, donc, comme disent les politiciens, d’idéologie, d’autant plus efficace et puissante qu’elle est plus abstraite et métaphysique, et par conséquent plus difficile à dénoncer et plus facilement dissimulable aux yeux du peuple, jusqu’à atteindre le comble de la réussite, quand il n’est plus nécessaire d’énoncer l’idée puisqu’elle est déjà ce que tout le monde sait. (...)

    #Agustín_García_Calvo #recension #État #travail #Capital #Marx #religion #langue #écriture

  • À propos de Stratégies anticapitalistes pour le XXIe siècle, d’Erik Olin Wright. Laurent Jeanpierre : « Former un engrenage socialiste »
    https://www.revue-ballast.fr/laurent-jeanpierre-former-un-engrenage-socialiste

    (...) Laurent Jeanpierre n’est pas le porte-parole de Wright, il s’avance toutefois comme l’un de ses introducteurs dans le champ francophone. Il publie et signe ainsi la postface de Stratégies anticapitalistes pour le XXIe siècle , dans la collection qu’il dirige aux éditions La Découverte. En prolongeant sa pensée, Jeanpierre invite à réinvestir la notion matricielle de « socialisme » en vue d’en finir avec la domination capitaliste. Le socialisme comme lieu de cohabitation, fût-elle houleuse, et de combinaison des trois courants historiques de l’émancipation : le communisme, l’anarchisme et la social-démocratie originelle.

    « Déjà essayé. Déjà échoué. Peu importe. Essaie encore. Échoue encore. Échoue mieux. » Cette célèbre phrase de Samuel Beckett résume, dites-vous, un certain état d’esprit de la gauche radicale. Erik Olin Wright n’y adhérait pas. Qu’est-ce qui l’en distingue ?

    Si j’ai employé cette phrase dans le commentaire que j’ai proposé en postface de son ouvrage, c’est en effet parce que les élaborations de Wright depuis 20 ans tranchent avec une constellation mentale ou affective qui me semble pesante dans la gauche anticapitaliste — et qui s’est, donc, parfois manifestée en empruntant à Cap au Pire de Samuel Beckett. Cette méditation sur l’échec est effectivement apparue ces dernières années sous diverses plumes, pourtant assez éloignées idéologiquement les unes des autres : aussi bien, par exemple, chez Slavoj Žižek qu’autour du Comité invisible. Wright ne part pas de ce fond commun partagé de la « mélancolie de gauche », qui entrave bien souvent, même si elle a aussi sa puissance, la possibilité d’une réflexion stratégique au sujet des conditions actuelles et réelles, et non pas idéales ou passées, d’un dépassement bénéfique du capitalisme.

    • Des utopies possibles aux utopies réelles. Entretien avec Erik Olin Wright
      https://journals.openedition.org/traces/5672

      Erik Olin Wright : Ce projet se situe au croisement de préoccupations intellectuelles anciennes et d’un moment historique bien particulier. Au départ de ma carrière universitaire au début des années 1970, mes recherches se sont focalisées sur la reconstruction du marxisme en tant que tradition théorique solide de recherche en sciences sociales. Au cours des deux premières décennies, je me suis particulièrement concentré sur l’analyse des classes sociales et la critique du capitalisme. Bien que j’aie écrit quelques essais sur le problème du socialisme et des alternatives au capitalisme, ces thématiques n’étaient pas la préoccupation centrale de mon travail. Ensuite, au début des années 1990, l’effondrement des économies autoritaires fondées sur le modèle de la planification semblait valider l’aphorisme de Margaret Thatcher selon lequel « il n’y a pas d’alternative ». Dans ce contexte historique, il m’a semblé impératif de déplacer mes efforts d’une recherche principalement tournée vers le diagnostic et la critique du capitalisme, vers le problème de la transformation et des alternatives. C’est ainsi que le projet Real Utopias est né.

      3Il fut à l’origine de toute une série d’ouvrages construits autour de propositions spécifiques d’alternatives aux institutions et aux structures sociales existantes. Parmi les thèmes qui ont (jusqu’à présent) été abordés, on compte le socialisme par le marché, la démocratie associative, l’allocation universelle, la gouvernance participative et l’égalité entre les genres. Dans chaque cas, l’enjeu est de clarifier les fondements normatifs et les principes centraux des dispositifs institutionnels de mise en œuvre de ces alternatives. Le livre le plus récent de ce projet, Envisioning Real Utopias (2010), tente de créer un cadre général reliant ces différentes propositions entre elles.

      #Erik_Olin_Wright #sociologie #marxisme_analytique

    • Il est aussi un théoricien. Il a une formation de philosophie sociale et politique solide, bien qu’elle soit sans doute assez peu continentale. Certains s’étonneront peut-être, par exemple, que son programme autour des « utopies réelles » — qui a été pour moi le point d’accroche central avec son œuvre — fasse si peu référence au traitement de la question utopique dans la tradition critique européenne, et notamment à l’œuvre de Bloch, mais aussi aux développements de Mannheim, Lukács, Adorno, Horkheimer et de nombreux autres. Mais c’est aussi une force, car Wright s’épargne ainsi toutes les impasses théoricistes de ce que Perry Anderson a appelé le « marxisme occidental ». L’ancrage du sociologue étasunien dans le marxisme est, d’une certaine manière, opposé à cette tradition puisqu’il a pris part à partir des années 1980 au Groupe de Septembre, en quête de « non-bullshit marxism » : il rejetait l’idée de dialectique et est à l’origine de ce que l’on appelle aujourd’hui le « marxisme analytique ». Ce courant1 a été très peu reçu et discuté en France — ce qui a eu des effets sur la réception et la lecture de l’œuvre de Wright lui-même.

      Des courants dont je n’ai jamais entendu parlé effectivement.

      […]

      D’un point de vue politique ou scientifique actuel, il faut certainement poser la question des utopies fascistes et de leur essor. Mais, pour Wright, elles peuvent rester en dehors d’une enquête sur la sortie du capitalisme car il a forgé, pour orienter l’enquête, une définition normative de ce qu’il appelle « socialisme ». Elle renvoie à l’épanouissement de tous, à l’augmentation du bien vivre, aux valeurs d’égalité, d’autonomie et de solidarité. Mais il est vrai qu’une manière de prolonger et peut-être d’enrichir son programme de recherche consisterait à penser les « utopies réelles » en général, et les alternatives anticapitalistes en particulier : elles ne sont pas, il est vrai, sur le terrain de l’Histoire effective, uniquement « socialistes » — même au sens large où il entend ce qualificatif. Penser, aussi, qu’un travail sur ce qu’il identifie comme le mode de transformation « interstitiel » du capitalisme — c’est-à-dire sur ce changement graduel et de petite échelle en direction de certaines valeurs socialistes dans les interstices des institutions dominantes, notamment économiques — doit prendre en compte des utopies qui nous sembleraient indésirables : utopies pour d’autres, mais dystopies pour nous… Si l’on observe, comme je le fais depuis quelque temps, les utopies communautaires écologiques, il n’est pas impossible de « tomber » sur des propositions de type nativiste ou néofasciste. Comment interagissent-elles avec les communautés écologiques plus fidèles aux valeurs socialistes ? Espérons ne pas avoir à nous poser vraiment la question…

      […]

      La catastrophe écologique est déjà là. Les maux du capitalisme s’intensifient et le tournant autoritaire actuel du néolibéralisme, à l’échelle mondiale, ne devrait pas favoriser les résistances futures. Face à ça, l’alternative est peut-être la suivante : ou bien on dit que le temps court relève de la tactique et le temps long, de la stratégie (c’est une réponse classique et, d’une certaine manière, de facilité : les tactiques des socialismes s’élaborent dans l’horizon de l’urgence, mais ça laisse entier la question de leurs effets à plus long terme, dont la connaissance relève de la pensée stratégique) ; ou bien — mais c’est peut-être la même chose — on sépare l’horizon analytique proposé par Wright, qui implique, en effet, un travail de longue haleine et une réflexion difficile, collective, sur l’Histoire passée et présente, et l’horizon de l’engagement politique. Il faut souligner qu’il n’y a aucune prescription militante chez Wright, aucun appel à la conversion, aucune prédilection affichée entre les manières d’être socialiste. C’est comme ça que je le lis. Chacune et chacun de ses lecteurs déjà anticapitalistes peut rester dans son milieu ou sa « famille » politique tout en intégrant les vues que propose l’ouvrage. En définitive, le livre propose d’ajouter à l’expérience militante ou intellectuelle anticapitaliste une exigence supplémentaire de réflexivité et de tolérance vis-à-vis des autres traditions héritées du socialisme. Sans une telle évolution au sein des gauches, le risque de leur décomposition augmentera. Comme c’est le cas aujourd’hui, chacun brandit ses pratiques militantes, ses fétichismes politiques, comme une identité figée, il ou elle y trouve un confort subjectif et finit par faire de la morale plutôt que de la politique. Pour fréquentes qu’elles soient, de telles attitudes définissent ce que nous pourrions appeler un « demi-socialiste ».

      […]

      Mais il en a conclu, après plusieurs décennies d’observation, que la fragmentation des exploités est devenue trop grande pour qu’une telle subjectivation émerge, que les conditions sociales d’un partage de l’expérience vécue au travail ne sont pas ou plus remplies. Dès lors, se demande-t-il, quelles sont les autres conditions éventuelles de formation d’une force sociale anticapitaliste ? Pour lui, et c’est peut-être discutable, c’est dans l’ordre de l’imaginaire et surtout de l’éthique que cette unité peut apparaître. C’est-à-dire autour d’un système de valeurs et de dispositions partagé.

      => rejoint la #common_decency

      La sociologie du socialisme passe donc par une sociologique des dispositions éthiques. Ce serait, en tout cas, une manière de prolonger le programme de Wright en adjoignant à une enquête sur les utopies réelles, une recherche sur l’ethos socialiste.

      #Erik_Olin_Wright #Laurent_Jeanpierre #socialisme #révolution #transition #capitalisme #anti-capitalisme #œcuménisme #œcuménisme_socialiste #sociologie #marxisme #sociologie_marxiste #philosophie_analytique #marxisme_analytique

  • Antiracist History, Crisis Theory, and University Workers’ Struggles. Interview With #Rick_Kuhn

    The struggle against #oppression is an intrinsic feature of #Marx and #Engels’ politics, along with the conviction that the capitalist tiger can’t be skinned claw by claw. The second volume of #Henryk_Grossman’s Works, edited and introduced by Rick Kuhn, was published recently in the Historical Materialism book series. Grossman is best known for his recovery and development of Marx’s theory of capitalist breakdown. But this latest book contains political writings by him that focus on Jewish workers’ organization and mobilization in eastern Europe before the First World War, as well as the revolutionary politics of the early Communist International. Spectre’s Charles Post recently talked with Rick about Grossman’s relevance today, as well as some major, ongoing struggles by university workers in Australia.

    Rick has been a union militant and a member of the largest Marxist organization in Australia, Socialist Alternative (and its predecessors) since 1977. He’s been a campaign and solidarity activist and organizer for even longer than that. His biography Henryk Grossman and the Recovery of Marxism (University of Illinois Press, 2006) won the Deutscher Prize in 2007. He also wrote Labor’s Conflict: Big Business, Workers and the Politics of Class (Cambridge University Press, 2011) with Tom Bramble about the Australian Labor Party, and he edited the collection Class and Class Conflict in Australia (Addison Wesley Longman, 1996).

    Late last year, in the middle of jobs carnage at the Australian National University, management there refused to renew Dr. Kuhn’s (unpaid) status as an honorary associate professor. In solidarity with Rick, the editors of Spectre urge our readers to sign and share the petition calling for his reinstatement.

    What led to you to work on Grossman?

    I became a Marxist and experienced the end of the long, post-World War II boom as a young adult while participating in struggles for a more radical and relevant economics curriculum at Sydney Uni in the mid 1970s. Crisis theory has interested me since then. The origins of my Grossmania lie in a great 1978 essay “An Introduction to the History of Crisis Theories” by Anwar Shaikh. The political current to which I belonged and still belong, like Grossman, identified the tendency for the rate of profit to fall as the most important element in Marx’s theory of economic crises. There was little information available about Grossman or his work at that time. Australia and much of the world went into another recession in 1991.

    Mainly prompted by the fall of the Berlin Wall, I studied German seriously, having heard the language spoken with my grandparents when I was a child and suffered a very poor education in it for 3 years in junior high school. That study equipped me to embark on the biography of Grossman.

    Finding out about Grossman’s dramatic experiences, revolutionary politics, and growing knowledge of his economic ideas maintained commitment to the project. So did a feeling of affinity, not only because we shared a commitment to working class self-emancipation but also because we both became atheistic Jews, and because of my mother’s family’s background in Galicia during the period when Grossman lived there. I only discovered my own connection with Galicia by using skills developed for the Grossman project. That discovery also came as news and even a shock to my Mum. For me, and hopefully readers of the biography, Grossman’s life is a window onto the important radical movements and struggles during the first half of the twentieth century.

    Over a decade ago, after the biography was published, Sebastian Budgen suggested that the next logical step was to work on a collection of his works. It seemed like a good idea at the time. And that venture has helped me deal with having multiple myeloma (a kind of blood cancer). Family, friends, and comrades have been extremely indulgent and supportive of my Grossmania. Socialist Alternative’s perspectives have influenced its specific inflection.
    Why should we pay any attention to the writings of Grossman on politics? He was primarily an economist, wasn’t he? And his account of capitalist crises has long been characterized as a mechanical theory of capitalism’s breakdown.

    Yes, Grossman is best known as an economist. In fact, he was the most important Marxist economist of the twentieth century. But he was also politically engaged and active from an early age and wrote works with important political content. The theory of breakdown is what Grossman is famous for. Of course Rosa Luxemburg also insisted that capitalism’s tendency to breakdown is a core feature of Marxist theory. But her explanation of the tendency was underconsumptionist, focused on the ultimate lack of markets for capitalist commodities.

    Marx located capitalism’s fundamental economic contradiction in the heart of its process of production. The very mechanism that has led to the repeated and dramatic increases in the productivity of human labour under capitalism, through greater application of improved technologies, machinery and equipment than deployment of more workers (that is, an increasing organic composition of capital), gives rise to the tendency for the rate of profit to fall and hence crises. This is at the root of capitalism’s tendency to break down.

    Grossman was the first person to systematically develop Marx’s discussion of both the tendency for the rate of profit to fall and its countertendencies, in his The Law of Accumulation and Breakdown of the Capitalist System, Being also a Theory of Crisis. The first full translation of that book, which Jairus Banaji and I translated, is the third volume of Grossman’s Works and should be published soon. I’m impatiently waiting for the page proofs.

    When it was first published in 1929, The Law of Accumulation attracted more attention than any other work by a member of the Institute for Social Research, which gave rise to the Frankfurt School, until the late 1940s. Most of that attention was hostile. Social democrats, Communists, and some council communists dismissed it as a theory of capitalism’s automatic breakdown, without the need for class struggle.

    Paul Sweezy conveyed this complete distortion to an English reading audience in his judgement that Grossman was guilty of “mechanistic thinking.” Anyone who bothered to read not only that book carefully, but also essays published by Grossman both before and after it appeared, would find that he expressed his view that revolutionary action was necessary to overturn capitalism, with reference to Lenin, quite explicitly.

    For example, check out his essay Fifty Years of Struggle over Marxism, a penetrating history of Marxist ideas from Marx’s death until the early 1930s. It concludes with a summary of Grossman’s recovery of Marx’s breakdown theory. The translation, by Einde O’Callaghan and me, is in the first volume of Grossman’s Works but has also been issued as a short, very cheap ebook that I strongly recommend.
    So his main contribution to Marxist economics was in the area of crisis theory, the tendency for the organic composition of capital rise and the rate of profit to fall?

    Yes, but not only that. In The Law of Accumulation and other publications, which are collected in the first volume of his Works, he made other important contributions too. He identified the logic of the structure of the 3 volumes of Marx’s Capital as a journey from the abstract, the core of the analysis, identified by temporarily setting aside less important aspects of capitalism, to the concrete, as those aspects were successively incorporated into the discussion. So there was no contradiction between the first and third volumes of Capital as various critics argued.

    On this issue and other questions, Grossman demolished Marx’s critics and developed Marx’s analyses which were accurate when Marx wrote, when Grossman wrote, and remain accurate today, contrary to those bourgeois ideologues as well as self-identified Marxists who have distorted or attempted to refute them.

    Some genuinely Marxist critics of the economic ideas of Marx himself or Grossman, notably Rosa Luxemburg but also John Bellamy Foster, have made important contributions to other areas of Marxist theory. Rosa Luxemburg provided us with brilliant accounts, for example, of reformism as an essentially capitalist ideology and the dynamics of working class struggle. But she mistakenly held that Marx’s presentation of the reproduction schemes in volume 2 of Capital was flawed.

    Grossman dispatched that criticism, which underpinned her unsatisfactory theory of breakdown and imperialism. In economics, Foster is an epigone of Sweezy’s underconsumptionism but his (and Paul Burkett’s) recovery of Marx’s ecological thinking is tremendously valuable. His The Return of Nature deservedly won the Deutscher Prize last year.

    In explaining the tendency to break down, Grossman also highlighted that a satisfactory analysis of capitalism has to take into account both the value and use value aspects of production and accumulation. This was one of the foundations of his devastating refutation of marginalist theory which underpins the bourgeois ideology called “economics” taught at universities, sometimes alongside its underconsumptionist half-brother, Keynesianism, which is supposedly and misleadingly regarded as the basis of government policies (as opposed to naked capitalist self-interest).

    In 3 major studies and a shorter article, Grossman traced the historical origins of some of Marx’s key concepts in the work of earlier French, Swiss, and English writers, as well as the way in which Marx transformed these ideas. They’re in Works volume 1. In the area of economic history, Grossman wrote an essay refuting Max Weber’s The Protestant Ethic and the Spirit of Capitalism and undertook a major project on the origins of capitalism in Galicia. They will be published in Works volume 4. Then there are his contributions to the history of the modern scientific worldview that are in The Social and Economic Roots of the Scientific Revolution, edited by Gideon Freudenthal and Peter McLaughlin (Springer, 2009).
    But he also had interesting things to say about the fight against oppression?

    That’s right. The second volume of his Works primarily contains Grossman’s political writings. The hardback is horrendously expensive, but Haymarket has published it in paperback. Since Marx and Engels, Marxists have been fighting racism and the oppression of women, as well as exploitation, although you wouldn’t know it from some discussions among socialists.

    In his early 20s just after the start of the twentieth century, Grossman was a leader of Jewish workers, in Galicia, the Austrian occupied province of partitioned Poland, in their struggles against exploitation and antisemitism. Having helped organize them into socialist unions and associations, he was the founding theoretician and secretary of the Jewish Social Democratic Party of Galicia. At the outset this Party had 2000 members and intervened in Jewish workers’ and wider industrial and political struggles, on the basis of revolutionary Marxist politics.

    Grossman’s first writings, collected at the start of the second volume of his Works, provide the justifications for the JSDP’s existence and outline its activities and perspectives. He argued that Jewish workers themselves were the crucial “subjective” factor in the struggles to achieve equal rights for Jews, in accord with the Marxist principle that “the emancipation of the working class must be the act of the working class itself.” The Bund, the General Union of Jewish Workers of Poland, Lithuania, and Russia was the prime, contemporary, political inspiration for Grossman and his Party. Until 1906, the Bund was the largest Marxist organization in the Russian Empire.
    So he was essentially a Bundist? How is that relevant today?

    He was a Bundist but against some of his inclinations. He was initially a member of the Polish Social Democratic Party of Galicia (PPSD), the main socialist organization in the province. It was also a Polish nationalist party, aligned with the Polish Socialist Party (PPS) on Russian territory, rather than with Rosa Luxemburg’s Social Democracy of the Kingdom of Poland and Lithuania. Grossman helped smuggle material for Luxemburg’s party into the Russian Empire.

    For a while he was also the editor of a journal hostile to the PPS but open to other socialist currents. The PPSD neglected Jewish workers. The immediate trigger for the formation of the JPSD was the PPSD’s decision to abolish the Jewish workers’ unions and associations. Grossman and his comrades were faced with the choice of giving up on the Jewish working class or splitting from the PPSD. The new Party immediately sought affiliation to the general Austrian Social Democratic Party, which was a federation. Its application was turned down.

    Grossman abandoned Bundism under the impact of the Bolshevik revolution, if not before. When he moved to Warsaw, in 1919, he joined the Communist Workers Party of Poland, an illegal organization. As a consequence, he was arrested on several occasions, and he was an organizer of at least 1 of the Party’s above ground fronts. He wrote an introduction, on the earliest reception of Marxism in Poland, to his translation of Marx’s Critique of the Gotha Program and related documents. The introduction drew attention to the continued opportunist current in German social democracy and was issued by a publishing house which was a Communist front.

    So Grossman embraced the revolutionary Marxist perspective of organizing all those committed to the working class’s overthrow of capitalism in a single party because the struggle against all oppressions is in the interests of the working class as a whole and is therefore a responsibility of a revolutionary organization if it is to be effective. The idea, peddled by proponents of identity politics, that the oppressed must always organize separately is an obstacle to successful resistance to capitalism. That idea reinforces oppression because it implicitly or explicitly asserts that oppressed people are politically homogenous.

    The strategies and tactics for the campaigns around the issues that affect oppressed groups are often highly contested within those groups. Revolutionary organizations have to take up and intervene into the struggles of the oppressed, to both enhance their chances of success and so that they contribute to the fight against the capitalist system as a whole.
    Where did Grossman express his revised views about political organization?

    I’m glad you asked, because it was in a peculiar place.

    Grossman’s old friend and boss at the Institute for Social Research in Frankfurt, where he went in qualified exile from Poland, was Carl Grünberg. When a stroke incapacitated Grünberg, Grossman took over his job of updating old and writing new entries on socialists and socialist movements for the fourth edition of Ludwig Elster’s Dictionary of Economics. It was really an encyclopedia, in 3 thick volumes issued between 1931 and 1933. Heavy too, as I experienced in schlepping them around. Some of the entries were just a couple of paragraphs, others were very long. Grossman, for example, wrote over 21,000 words for the entry that was also published separately as Fifty Years of Struggle over Marxism. Apart from that one, all his other entries are translated in the second volume of his Works.

    The most substantial of his biographical entries was on Lenin. It outlined and endorsed Lenin’s role in the Bolshevik Party, Russian Communist Party, and Communist International. It contains much to learn and apply today, concerning questions of organization, orientation, and practical politics. His longer entries on Bolshevism and the Communist International express the same perspective. And that perspective is apparent in his very substantial contributions to the Dictionary on anarchism, Christian socialism, social democratic and Communist parties, and the Second International, as well as various socialists prominent in the history of the movement.
    Sounds like you’re a bit of a Grossman fanboy…

    I am. But not an uncritical one, as anyone who reads my introduction to the Works volumes will see.

    My survey and evaluation of criticisms of The Law of Accumulation, just out in Marxist Left Review, identifies some which are valid, although they do not invalidate his theoretical framework or main conclusions.

    And, whatever the circumstances that explain his Bundist politics, they had their limitations. The notion that the achievement of the Bundist demand for “national cultural autonomy” could itself contain and neutralize national divisions inside the working class is an illusion.

    Of particular significance, he was not immune from Stalinism. Grossman’s assessments of developments in Russia in the late 1920s, notably the first 5 Year Plan, were wrong. Like many members and sympathizers of Communist parties around the world, he did not recognize that by the end of that decade the revolution had been definitively defeated. But the passivity of the KPD in the face of the Nazis’ accession to power, with the support of the bulk of the German bourgeoisie, did shake him up.

    For a while, he had a more critical assessment of the role of the Communist International under Russian leadership. But apparently influenced by Russian support for the Republican side in the Spanish Civil War, he again became sympathetic to the official Communist movement from the mid 1930s.

    That’s clear in his correspondence. But even though The Law of Accumulation attracted the ire of Stalin’s lieutenant in economic matters, Jenö/Eugen Varga, and were criticized in Communist publications, Grossman never repudiated its arguments. And he continued to make them, even as he made further important contributions to Marxist economic theory. That’s why none of his works were ever republished in East Germany, even though he took up a professorial chair and joined the Socialist Unity (that is, Communist) Party there in 1949, the year before he died.

    So there were some slip-ups in his book on capitalist crises and breakdown; there were shortcomings in some of Grossman’s early treatment of the Jewish question; and his assessments of the Soviet Union’s foreign policies after the early 1920s and the 5 Year Plans were profoundly false.

    On the other hand, if you want insights into the situation of Jewish workers in early twentieth century eastern Europe, into capitalism’s economic trajectory that arise from Marx’s theoretical breakthroughs and what those innovations were, into the inadequacies of bourgeois economics, into the role of a revolutionary party, or into the relationship between production and early modern scientific thought, then he’s your guy.
    You’ve recently been putting some of the ideas you write about into practice?

    That’s right. Despite and because of the COVID crisis, there was the biggest ever mobilisation by university unionists in Australia last year. I have been more involved in actual class struggles than for ages. The crisis has seen managements across Australia attacking the pay and conditions of university workers. Unfortunately, the initial response of the leadership of the National Tertiary Education Union, which represents most of the academic and non-academic workforce, was complicity with the attacks. So we have had to campaign against the vice chancellors (university presidents), the federal government, and policies of our union’s leaders.
    But didn’t you retire years ago?

    I did, at the end of 2013, after working at the Australian National University for 27 years. At that point, having been active in the union and its predecessor since my first academic job, I was made a life member. The Australian National University also made me an honorary associate professor. Despite differences with the NTEU’s leadership, my life membership has continued. ANU bosses, on the other hand, decided not to renew my honorary status last November without any official reason explanation. After a petition protesting this started, they did concede me access to the university library for a few more years.
    Can you tell me a bit more about the struggles in the universities?

    First some background. The COVID crisis hit Australian universities particularly hard because they have been very reliant on very high fees from international students. Over 1/5 of all university enrollments were international students in 2019. They have been treated as cash cows by university managements. Meanwhile, both Conservative and Labor federal governments have been underfunding universities for many years.

    The pandemic led to a collapse in revenue from international students. The Conservative government, which provided support for employment in all other industries, refused to do so for universities. Then last October, it cut universities’ per student funding, so that public money will be less than half of their income for the first time.

    University bosses responded to the onset of the crisis by sacking casual workers, some of whom had been working without even fixed term contracts let alone as continuing employees for years. The first response of the NTEU leadership was not to organize resistance, but to offer the vice chancellors reductions in members’ pay (of up to 15 percent!) and in conditions of employment, in return for flimsy undertakings about minimising job cuts. Negotiations over a national deal along these lines went on behind members’ backs.
    How did unionists respond?

    There was outrage. That was promoted and provided with ammunition – in the form of evidence, arguments, advice about how to resist, and effective practical interventions in the most unionized universities in the country – by NTEU Fightback. That is a rank and file organizing center in the union, initiated by Socialist Alternative. I’ve been active in NTEU Fightback from the start. There’s a very good article that goes into more detail.

    One of the first signs of resistance to the NTEU leader’s proposed deal was at Sydney University, the best organised and the most industrially militant campus in the country. A motion to oppose such a deal was carried at a union meeting by 117 to 2. It was moved by Alma Torlakovic, a member of NTEU Fightback and Socialist Alternative.

    We argue that a concessionary approach is disastrous. It not only results in worse wages and conditions; it also undermines members’ self-confidence and weakens the union’s capacity to fight. The alternative is to devote resources to resisting employers’ attacks. Much of the time that may mean using “proper channels” but in ways that mobilize members in collective action, to build solidarity and the union – like organizing protests alongside formal appeals or consultations with management. That’s the path to recruitment and more militant and effective mass action, that is strikes, in the future.
    What’s the explanation for the behavior of your union’s officials?

    Very briefly: union officials are bargaining agents. They are not exploited by bosses. Their job is to do deals over the terms under which their members’ ability to work is sold. They are under pressure from their members below, who want to defend and improve wages and conditions, and from employers and governments above, who want to maximise profits and the economic growth it generates. Their prime interest is in maintaining their role as intermediaries. So union officials are essential for unions, but they don’t have the same interests as workers. I wrote a newspaper article that develops this argument in relation to our union.

    Recognizing the weakness of the NTEU, its leaders decided that it would be easier for them to stay relevant by offering concessions than leading a serious fight. A comrade put it this way: they are desperate to get their shiny black shoes (though, in some cases, it may be their natural leather Birkenstocks) under the bargaining table, even if that means being involved in implementing wage cuts and the erosion of conditions.

    There are a few differences between what university workers and metal workers do on the job. But NTEU Fightback’s perspective is summed up by the stance of the Clyde Workers Committee, which led the struggles of metal workers in Scotland during World War I:

    We will support the officials just so long as they rightly represent the workers, but we will act independently immediately [if] they misrepresent them.

    How did the campaign develop?

    We started a petition against the deal to spread the arguments against it and encourage local organizing. We built an email list of over 1500 university workers, to which we send out bulletins. During the height of the campaigns against the deal and the vice chancellors’ attacks, NTEU Fightback was issuing almost daily emails and Facebook posts. We set up a website, which now includes extensive resources about the situation in the universities and the union, the history of rank and file struggles, and the practicalities of organizing. We provided support for our members and others who were fighting the attacks at their unis. And we also convened public meetings about the current and past rank and file struggles in Australia and abroad. The transformation of the Chicago Teachers Union has been a reference point for us.

    Resistance built, and there were record-breaking union mass meetings at many universities. All this happened in the unfamiliar world of Zoom.

    Eventually, faced with this unprecedented rank and file revolt, the NTEU’s officials gave up on their proposed national deal. But they still pushed local sellouts along similar lines. NTEU Fightback has backed resistance to accepting these deals. Where they were adopted, none of them prevented widespread job cuts. Rather, they ensured that job cuts were accompanied by cuts in the pay and conditions set out in enterprise agreements (union contracts).
    So what’s next?

    University managements are using the crisis and union officials’ display of weakness, to impose their previous wishlist of increased workloads, increased casualization of work, course and job cuts, restructures, outsourcing, and reducing the research time of academics who are both teachers and researchers. So the struggle goes on, sometimes alongside the officials, sometimes despite them.

    Many contracts expire this year. We are pushing in workplaces and the union’s structures for the NTEU to adopt demands, especially around job security, workloads, and pay, that can inspire members and, crucially, to organize around these towards sustained industrial action. Today, mere threats or Duke of York tactics (marching the troops to the top of the hill and back down again) – that is, token work stoppages – won’t cut it. Determined, disruptive strikes with mass support are currently the only way to effectively defend and improve workers’ lives. That’s what he have to build towards.

    Grossman’s contributions to Marxism are highly relevant here. Because, while building towards that kind of action, as socialists we also point out to militants that the underlying problem is the crisis-prone system of capitalism and that the working class won’t succeed in overturning it in the absence of a revolutionary party which supports all struggles against oppression and exploitation.

    https://spectrejournal.com/antiracist-history-crisis-theory-and-university-workers-struggles

    #marxisme #matérialisme_historique #syndicalisme #histoire

    • Contexte de cet interview:

      Late last year, in the middle of jobs carnage at the Australian National University, management there refused to renew Dr. Kuhn’s (unpaid) status as an honorary associate professor. In solidarity with Rick, the editors of Spectre urge our readers to sign and share the petition (https://www.change.org/p/professor-brian-schmidt-anu-vice-chancellor-and-restoration-of-dr-rick-kuhn-) calling for his reinstatement.

      #université #Australie #censure

      –—

      Restoration of Dr Rick Kuhn’s honorary status at the Australian National University

      Please sign this petition, calling for the restoration of Dr Rick Kuhn’s honorary status at the Australian National University. As a life member of the National Tertiary Education Union, he has, most recently, been outspokenly involved in campaigns against the attacks on university workers’ pay, conditions and job security across the Australian higher education sector.
      We the undersigned call on the Australian National University to restore the honorary status of Dr Rick Kuhn and therefore his full access to the University’s library resources. This will enhance his ability to continue his research and publishing activity, and to contribute to the international scholarly and ANU communities.
      Unique skills and expertise are the basis of Rick’s international reputation. One of the most prominent scholars working on Marxist theory in Australia, he won the international Deutscher Prize in 2007. He is currently the editor and co-translator of the 2,500 page, four volume, project of Henryk Grossman’s works, for each of which he has written substantial introductions. The first two volumes have been written and manuscripts of the last two have been prepared.
      Rick has published extensively on the history, policies and sociology of the Australian Labor Party, ALP governments, the broader Australian labour moment and Australia’s political economy, as well as writing about Marxist theory, German and Austrian politics. Recent articles, entries in reference works and introductions to other books have evaluated aspects of Grossman’s life and work. He has also contributed articles and commentary – on fascism, Israel/Palestine, antisemitism, union issues, the ALP and health policy – to the daily and specialist press and other mass media.
      Over 33 years, the ANU has benefitted from Rick’s paid and, since retirement, unpaid labour in research and publishing, teaching and public commentary. This labour has been sustained despite a period of chemotherapy and during his current condition of partial remission from Multiple Myeloma, which has significantly reduced his life expectancy.
      Rick also has decades of experience as an activist and unpaid organiser in a wide range of social movements and campaigns, including the union movement, campaigns for LGBTIQ and women’s rights, in solidarity with the struggles of Aborigines and the Palestinians, as well as the anti-war and peace movements. This involvement has provided many insights of academic relevance.
      The trivial sum saved by not renewing Dr Kuhn’s honorary status cannot justify the harm it has done to the ANU’s and international scholarly enterprise.

      Shortly after this petition was initiated, ANU management condescended to grant Rick access to the university library for a few years. It still does not acknowledge his continuing scholarly achievement over decades or provided access to other university facilities associated with honorary status, which would aid his research.

      https://www.change.org/p/professor-brian-schmidt-anu-vice-chancellor-and-restoration-of-dr-rick-kuhn-
      #pétition

  • Production

    Jean Robert

    https://lavoiedujaguar.net/Production

    Don Bartolo habite une masure derrière ma maison. Comme beaucoup d’autres personnes déplacées, c’est un intrus, un « envahisseur » ou un « parachutiste », comme on dit au Mexique. Avec du carton, des bouts de plastique et de la tôle ondulée, il a édifié une cabane dans un terrain au propriétaire absent. S’il a de la chance, un jour il construira en dur et couronnera les murs d’un toit d’amiante-ciment ou de tôle. Derrière sa demeure, il y a un terrain vague que son propriétaire lui permet de cultiver. Don Bartolo y a établi une milpa : un champ de maïs ensemencé juste au début de la saison des pluies afin qu’il puisse donner une récolte sans irrigation. Dans la perspective de l’homme moderne, l’action de Bartolo peut paraître profondément anachronique.

    Après la fin de la Seconde Guerre mondiale, le Mexique, comme le reste du « Tiers-Monde », fut envahi par l’idée du développement. La popularité de ce concept doit beaucoup au président Harry Truman, qui en fit l’axe politique de son discours de prise de pouvoir en 1949. Selon Truman, la politique du développement consiste à « appuyer tous les peuples libres dans leurs efforts pour augmenter la production d’aliments, de textiles pour l’habillement et de matériaux de construction de maisons, ainsi que celle de nouvelles forces motrices pour alléger leur effort physique ». Il ajoutait que « la clé du développement est la croissance de la production et la clé de celle-ci, l’application ample et vigoureuse des connaissances scientifiques et techniques ».

    #Jean_Robert #Mexique #milpa #développement #production #Kant #Goethe #Defoe #Adam_Smith #valeur #Ricardo #rareté #Marx #économie #progrès #destructivité #croissance #Keynes #maïs

  • La Première Internationale
    Entretien avec Mathieu Léonard

    https://lavoiedujaguar.net/La-Premiere-Internationale-Entretien-avec-Mathieu-Leonard

    L’Émancipation des travailleurs. Une histoire de la Première Internationale
    Mathieu Léonard (éditions La Fabrique, 2011)

    (...) Seize ans avant la création de l’Internationale, il y a l’échec de 1848. Répression de masse, exil… Il y a dans l’air l’idée d’un crépuscule des révolutions au XIXe siècle, même si la Commune semblera contredire cette impression. Nombreux sont ceux qui en viennent à penser qu’il faut passer par d’autres formes d’actions et d’organisations politiques, d’autant que quelques États européens s’ouvrent peu à peu à un certain pluralisme, qui permet la constitution de partis ou de syndicats. La construction de l’AIT ne se fait pas sur le projet d’une insurrection armée, même si des internationalistes, comme les blanquistes (surtout à partir de la Commune), y sont favorables. Son but est d’y aller piano. C’est le jeu de l’histoire et la lutte des classes qui conduit l’Internationale à la révolution, ce n’est pas une aspiration de sédition qu’elle porte en elle-même. Les patrons et les grandes puissances vont peu à peu la désigner comme une force subversive et la diaboliser. Pourtant, il faut relire la définition de la révolution dans La Révolution politique et sociale, un journal de l’AIT sous la Commune, pour mesurer la prudence des internationaux pris dans le feu de l’histoire : « Nous sommes pour la révolution, c’est-à-dire un état de choses tel que, sans secousse, sans désordre, sans coup d’État, sans émeutes, sans léser aucun intérêt légitime, les réformes politiques et sociales, cessant par la liberté complète de pensée d’être un épouvantail pour les niais et les ignorants, puissent passer aisément du domaine de la théorie sur le terrain de la pratique… » (...)

    #Première_Internationale #essai #histoire #prolétariat #révolutions #Commune #Marx #Bakounine

  • Fondamentalement, qu’est-ce qui se passe ? Dans quel état est ce monde ? Face à la crise du capitalisme, quelles sont les perspectives ?...

    Comme chaque année, les textes du Congrès annuel de Lutte Ouvrière aident à comprendre :

    Au sommaire de la Lutte de Classe n°212 (décembre 2020-janvier 2021) : Le 50e congrès de Lutte ouvrière https://mensuel.lutte-ouvriere.org//2021/01/02/le-50e-congres-de-lutte-ouvriere_153820.html

    L’aggravation de la crise de l’économie capitaliste https://mensuel.lutte-ouvriere.org//2021/01/02/laggravation-de-la-crise-de-leconomie-capitaliste_153821.htm

    La situation internationale https://mensuel.lutte-ouvriere.org//2021/01/02/la-situation-internationale_153822.html

    La situation intérieure https://mensuel.lutte-ouvriere.org//2021/01/02/la-situation-interieure_153823.html

    Aujourd’hui comme hier, socialisme ou barbarie https://mensuel.lutte-ouvriere.org//2020/10/25/aujourdhui-comme-hier-socialisme-ou-barbarie_152433.html

    Motion : « Afin d’assurer la présence du courant communiste révolutionnaire à l’élection présidentielle
    de 2022 et d’y faire entendre le camp des travailleurs, Lutte ouvrière décide de présenter la candidature de Nathalie Arthaud ».

    Discussion sur les textes d’orientation (extraits) https://mensuel.lutte-ouvriere.org//2021/01/02/discussion-sur-les-textes-dorientation-extraits_153825.html

    Interventions de groupes invités (extraits) https://mensuel.lutte-ouvriere.org//2021/01/02/interventions-de-groupes-invites-extraits_153826.html

    Lutte de classe n° 212 / décembre 2020-janvier 2021 | Le mensuel https://mensuel.lutte-ouvriere.org//lutte-de-classe/serie-actuelle-1993/212-decembre-2020-janvier-2021

    Format pdf https://mensuel.lutte-ouvriere.org/sites/default/files/ldc/files/ldc212.pdf
    Format epub https://mensuel.lutte-ouvriere.org/sites/default/files/ldc/files/ldc212.epub
    Format mobi https://mensuel.lutte-ouvriere.org/sites/default/files/ldc/files/ldc212.mobi

    #LO #Lutte_Ouvrière #Congrès #capitalisme #crise #bilan #perspectives #Lutte_de_classe #revue #russie #Moyen-Orient #États-Unis #coronavirus #covid19 #France #Macron #répression #État #étatisme #programme_révolutionnaire #chine #réaction #prolétariat #petite_bourgeoisie #marxisme #financiarisation #crise_de_1929 #fascisme

  • Ein schmerzlich Zerrissener
    https://www.deutschlandfunkkultur.de/ein-schmerzlich-zerrissener.950.de.html?dram:article_id=141251

    Friedrich Engels war ein „Nadelstreifen-Kommunist“, jemand, der als Lebensmotto „take it easy“ und als höchste Glückseeligkeit einen „Chateau Margaux 1848“ nannte. Tristram Hunt hat Engels Facetten von ideologischen Schablonen des Kalten Krieges befreit und bringt sie zum Schillern.

    Titel sind oft Glücksache, und dem Glück soll man nicht blind vertrauen. Tristram Hunts erfrischende Biographie macht auf Deutsch aus Friedrich Engels den „Mann, der den Marxismus erfand“. Das führt ähnlich in die Irre wie der militareske US-Titel „Marx’s General“. Der arme Mann hat weder „den Marxismus“ erfunden noch zu Karl Marx eine Beziehung wie ein Soldatenführer zu seinem obersten Feldherrn haben müssen. In Hunts praller Erzählung von Engels’ Leben, Denken und Schaffen geht es sogar um ziemlich exakt das Gegenteil, weshalb sein Originaltitel ein Glücksgriff ist: „The Frock-Coated Communist“. Hierzulande, wo Geh- und gar Bratenröcke so aus der Mode sind, dass keine Dialektik mehr funkelt, wäre er wohl „Nadelstreifen-Kommunist“. Auch der Untertitel „The Revolutionary Life of Friedrich Engels“ benennt tiefenscharf, was Hunt erzählt: ein Leben für die, in den und gern auch trotz der revolutionären Zeiten des 19. Jahrhunderts.

    Marx wird seit der Finanzkrise 2008 von den erstaunlichsten Leuten wiederbelebt, Engels dagegen dient noch immer als Sündenbock für alle Greuel im Namen des Marxismus von Stalin bis Pol Pot, wenn er nicht komplett „in die grauen Gefilde der Geschichte zurückgesunken“ ist. Er selbst sah sich stets als „zweite Geige“. Hunt will ihm „seine Bescheidenheit nehmen“ und zeichnet detailreich nach, wie groß Engels’ Beitrag zu Klassenkampf und -theorie war, abgesehen vom Durchfüttern der Familie Marx.

    Für Hunt ist der 1820 geborene Sohn eines reichen calvinistischen Barmener Kaufmanns ein „schmerzlich Zerrissener“. Mit 18 bekommt er in einem Bremer Comptoir „einen Crashkurs in internationalem Kapitalismus“ und schreibt gleichzeitig kiebige Feuilletons unter Pseudonym. Den Militärdienst 1841 in Berlin nutzt er dazu, seine ehemaligen geistigen Idole wie Hegel, Schelling, Feuerbach vom Sockel zu kippen. Der frühe „womanizer“ lernt trinken mit der romantisch-libertären Kaffeehaus-Bohème, lässt seinen Hund Adlige anknurren und hört von einem „schwarzen Kerl aus Trier“: Dr. Marx. 1842 trifft er ihn in Köln in der „Rheinischen Zeitung“, bald sind sie „geistige Zwillinge“. Engels hat, was Marx fehlt: Ahnung von Wertschöpfung und Welthandel. Er kennt Fabrikarbeit, Elendsviertel und Straßenschlachten in der damals modernsten Industrienation England, und er wird später 20 Jahre lang ein verhasstes Fabrikbesitzerdasein in Manchester durchhalten, um die neue Bewegung zu finanzieren.

    Ein radikaler Klassenverräter, der ein unkonventionelles Liebesleben und „reizvoll undoktrinäres Denken“ zu praktisch jedem Thema seiner Zeit pflegt und 1848 als seine „idea of happiness“ nur Château Margaux 1848 und als Lebensmotto „take it easy“ nennt. Ein faszinierend facettenreicher Mensch also. Tristram Hunt - der gelernte und lehrende Historiker aus London, Zeitungs- und Radiokolumnist aus altem Labour-Adel und seit 2010 Unterhaus-Abgeordneter für Stoke-on-Trent, das näher an Manchester als an London liegt - hat die Engelsschen Facetten von den ideologischen Schablonen des Kalten Kriegs befreit und zum Schillern gebracht.

    Besprochen von Pieke Biermann

    Tristram Hunt: „Friedrich Engels - Der Mann, der den Marxismus erfand“
    Aus dem Englischen von Klaus-Dieter Schmidt
    Propyläen Verlag, Berlin 2012
    576 Seiten, 24,90 EUR

    #marxisme #biographies

  • Le degré de stupidité à gauche. La stupidité est le meilleur allié de l’opportunisme de gauche, la crise actuelle le montre une fois de plus, par Tomasz Konicz
    http://www.palim-psao.fr/2020/12/le-degre-de-stupidite-a-gauche.la-stupidite-est-le-meilleur-allie-de-l-op

    L’élan interne à la gauche à vouloir revenir aux « racines », à se concentrer à nouveau sur la lutte pour la répartition au sein du capital, est après tout une réaction à la diarrhée de la nouvelle droite. On veut contrecarrer les simples mensonges fascistes avec des vérités simples sur les capitalistes tout puissants ‒ et on interprète, par exemple, la crise de suraccumulation résultant de la crise systémique comme une simple question de répartition, qui sera résolue par l’expropriation (chez les léninistes) ou par les impôts (chez les socialistes). Les luttes de classes croissantes auxquelles ces courants se réfèrent ne sont cependant que l’expression des luttes de répartition en développement induites par la crise, au cours de laquelle non pas une nouvelle classe prolétarienne émerge, mais la production d’une humanité économiquement superflue, déjà presque achevée à la périphérie du système mondial, et qui progresse également dans les centres. La misère croissante du capitalisme tardif ne fait que refléter les conditions historiques du capitalisme originel.

    #crise #théorie_de_la_crise #wertkritik #critique_de_la_valeur #capitalisme #répartition #gauche #Tomasz_Konicz

    • https://www.exit-online.org/link.php?tabelle=aktuelles&posnr=749

      article intéressant qui reprend les arguments évoqués dans Pandemie des Hungers https://www.heise.de/tp/features/Pandemie-des-Hungers-4995797.html

      Je ne comprend pas pourquoi TK fait tant d’effort afin de critiquer le léninisme dont on sait qu’il est mort et ne joue plus aucun rôle sauf pour quelques intellectuels qui vivent encore dans l’ère avant l’internet. Peut-être c’est son dada qu’il cultive dans des discussions interminables autour d’un bon verre devant la cheminée de la villa d’un copain ;-)

      Ses remarques sur les opportunistes et le carrièristes de gauche par contre correspondent précisément à ce que je rencontre quand j’essaye de faire comprendre aux politiciennes et politiciens de la gauche officielle quels sont les problèmes élémentaires qui se posent au commun des mortels.

      Voilà l’antagonisme (ah, comme j’aime ce Fremdwort , c’est classe !) qui habite bien des auteurs de la gauche radicale. Il ne travaillent pas au quotidien avec les plus défavorisé qu’ils aimeraient pourtant bien convaincre de l’action révolutionnaire incontournable. Pris dans ce piège il ne leur reste qu’à critiquer les autres courants de la gauche pour leur inaction.

      Pas grave, TK est une voix intéressante qui sort de la couche de résidus qui restent de l’ancienne nouvelle gauche allemande. C’est toujours un plaisir de lire ses textes.

      https://fr.wikipedia.org/wiki/Nouvelle_gauche

      #auf_deutsch #histoire #marxisme

  • Hold-up sur l’anticapitalisme - La Hutte des Classes
    http://cdarmangeat.blogspot.com/2020/11/hold-up-sur-lanticapitalisme.html

    Ce texte a été rédigé collectivement par des signataires se réclamant des idées du mouvement ouvrier révolutionnaire afin de fournir des arguments pour contrer la vague de complotisme qui monte progressivement dans bien des milieux, et qui affecte aussi malheureusement le nôtre.
    Il couvre un vaste ensemble de thèmes afin de fournir une vue d’ensemble et une logique à opposer aux complotistes et à leurs raisonnements, et ne peut donc pas entrer dans les détails de tout ce qui est évoqué.

    Deux symptômes majeurs d’une situation dégradée
    #Didier_Raoult et le populisme scientifique
    – Le film Hold Up

    Le #complotisme, un type de théorie toujours réactionnaire
    – Les germes de la situation actuelle dans nos milieux :
    – La dérive emblématique d’une sociologue
    – Science et lobbys
    – La critique des médias
    – En guise de conclusion

    #marxisme #Monique_Pinçon-Charlot

  • La puissance normative de la raison
    https://laviedesidees.fr/La-puissance-normative-de-la-raison.html

    À propos de : Jean-François Kervégan, Explorations allemandes, CNRS Éditions. Que nous reste-t-il de la #Philosophie allemande ? Pour J.-F. Kervégan, son héritage est encore vivant, et les débats qui l’ont animée au XIXe siècle, après la #révolution française, sont toujours riches d’enseignement.

    #reconnaissance #idéalisme #Marx
    https://laviedesidees.fr/IMG/pdf/20201111_kervegan.pdf
    https://laviedesidees.fr/IMG/docx/20201111_kervegan.docx

  • Was bleibt von Marx?
    https://www.heise.de/tp/features/Was-bleibt-von-Marx-4844224.html

    19. Juli 2020 von Brend Tragen - Die BLM-Bewegung in den USA reißt Statuen von Sklavenhaltern, Rassisten und Kriegshetzern nieder. In Deutschland wird dieser Sturm der Entrüstung von rechts willkommen geheißen, dankbar aufgegriffen und prompt konstruktiv gegen links gewendet. Nun soll es auch den Marx-Statuen an den Kragen gehen

    Was haben politische und wissenschaftliche Ausnahmefiguren wie Winston Churchill, Anführer eines Frontstaates gegen den Nationalsozialismus, Immanuel Kant, Urheber einer noch heute von allen braven Bürgern respektierten Moralphilosophie, und der dicke Karl Marx, Begründer der wissenschaftlichen Kapitalismuskritik, neuerdings alle miteinander gemeinsam? Ihnen allen wird in je unterschiedlichem Schweregrad der Vorwurf des Rassismus gemacht. Letzterem ausgerechnet von rechts. „Aus den Schriften von Marx wird eklatant deutlich, dass er ein Menschenverachter war“, so Wolfram Weimer, ehemaliger Chefredakteur von Welt, Focus und Cicero, im Interview mit MDR.1

    Belegt wird dies mit allerhand Zitaten, in denen er z.B. über den „jüdischen Nigger Lassalle“ wettert oder den Juden einen Trieb zum Schacher unterstellt. Das geht so nicht! Konsequenz: Nieder mit seinen Statuen! Umbenennung der nach ihm benannten Straßen und Plätze! Damnatio memoriae! Cancel Culture! Zur Verbrennung seiner Bücher wurde zwar noch nicht aufgerufen, aber distanzieren soll man sich vorsichtshalber schon mal von diesem Menschenfeind, am besten noch vor aller Kenntnisnahme seiner Theorien und all der Inhalte, für die er mit seinem Namen einsteht. Mit Schmuddelkindern spielt man nicht, so die einfache Botschaft.

    Diejenigen, die in Marxens Namen Kriege kämpften, hat das Schicksal der Gedächtnisstrafe schon früher ereilt. Als Wortführer und Feldherren einer gegen harten Widerstand erbittert geführten Revolution, die nicht nur gegen die verschiedenen inländischen Fraktionen des Bürgerkriegs (Weiße & Grüne Armee, Kosaken- und Bauernarmeen, Sozialrevolutionäre und Anarchisten, finnische, ukrainische, bessarabische, baltische, krimtatarische und transkaukasische Sezessionsarmeen, tschechoslowakische Legion, etc.) ausgefochten, sondern gleichzeitig auch gegen die Armeen des übermächtigen, imperialistische Auslands behauptet werden musste (z.B. Deutschland, Großbritannien, Frankreich, Japan, Polen, Türkei, Rumänien, USA, sogar Griechenland), hatten Lenin, Stalin und Co bei Strafe des eigenen Untergangs notwendig Blut an den Händen.

    #marxisme #révisionnisme

  • Was spricht für den Kapitalismus? Artikelserie auf Telepolis


    1. Der Kapitalismus schafft nützliche Güter
    https://www.heise.de/tp/features/Der-Kapitalismus-schafft-nuetzliche-Gueter-4873238.html

    24. August 2020 von Brend Tragen - Die kapitalistische Produktionsweise stellt eine unermessliche Gütervielfalt her. Beweis: Sieht man doch! Was ist von dieser Behauptung zu halten?

    2. Der Kapitalismus schafft Reichtum
    https://www.heise.de/tp/features/Der-Kapitalismus-schafft-Reichtum-4873240.html

    Der Kapitalismus schafft immensen Wohlstand. Inwiefern stimmt das und wie stellt er das an?

    3. Der Kapitalismus stiftet Freiheit und Gerechtigkeit
    https://www.heise.de/tp/features/Der-Kapitalismus-stiftet-Freiheit-und-Gerechtigkeit-4873242.html

    Der Kapitalismus auf seinen Begriff gebracht, erfordert vertragsrechtliche Strukturen. Man könnte dieser Produktionsweise doch wenigstens zugute halten, dass sie, um bestehen zu können, einen Rechtsstaat um sich herum etabliert hat. Wir werden sehen.

    4. Im Kapitalismus wird wenigstens niemand ausgebeutet
    https://www.heise.de/tp/features/Im-Kapitalismus-wird-wenigstens-niemand-ausgebeutet-4873244.html

    Die Reihenfolge der hier präsentierten Argumente aus dem Buch „Das Kapital“ (Band 1) von Karl Marx folgen einem logischen Aufbau. Deshalb bitte ich den Leser, sofern nicht geschehen, vor dem Lesen des 4. Teils zunächst die Teile 1 bis 3 zu konsultieren.

    Zum Glück haben wir die Sklaverei und die feudale Leibeigenschaft überwunden. Das Arbeitsrecht verhindert Ausbeutung. Doch tut es das wirklich? Ist nicht viel mehr umgekehrt der Fall, dass es der Ausbeutung eine dauerhafte Verlaufsform gibt?

    5. Rationalisierung (wird noch später Thema sein)
    –---

    Diskussion der Einwände

    Marx ist Murks
    https://www.heise.de/tp/features/Marx-ist-Murks-Teil-1-4881920.html

    Antworten auf die Einwürfe der Forenten zur Artikelserie "Was spricht für den Kapitalismus?
    Teil 1

    Der Mehrwert ist überhaupt kein Rätsel
    https://www.heise.de/tp/features/Der-Mehrwert-ist-ueberhaupt-kein-Raetsel-4892885.html

    Marx ist Murks. Die Diskussion mit den Foristen geht in die nächste Runde
    Teil 2

    Der Mehrwert ist überhaupt kein Rätsel
    https://www.heise.de/tp/features/Der-Mehrwert-ist-ueberhaupt-kein-Raetsel-4916051.html

    Marx ist Murks - Eine weitere Replik auf die Einwürfe der Foristen
    Teil 3a
    Vorab: Es handelt sich in den folgenden Ausführungen um die Besprechung der Lesereinwürfe zu der Artikelserie „Was spricht für den Kapitalismus?“. Berücksichtigt werden Einträge, nur sofern sie zu Redaktionsschluss (24.09.2020) für die Foren von Teil 1, Teil 2, Teil 3 oder den bisherigen Repliken I und II vorlagen.

    Kapitalismus schafft Freiheit, Gerechtigkeit und Frieden
    https://www.heise.de/tp/features/Kapitalismus-schafft-Freiheit-Gerechtigkeit-und-Frieden-4928760.html

    Marx ist Murks - Replik auf die Einwürfe der Foristen
    Teil 3b
    Fortsetzung der 3. Replik „Der Kehrwert ist überhaupt kein Rätsel“ auf die Kommentare der Artikelserie "Was für den Kapitalismus spricht

    #marxisme #économie_politique

  • La Grande Transformation (V)

    Georges Lapierre

    https://lavoiedujaguar.net/La-Grande-Transformation-V

    Aperçus critiques sur le livre de Karl Polanyi
    La Grande Transformation
    (à suivre)

    « Désormais, les hommes d’affaires s’imaginent savoir quelle forme doit prendre leur activité, il est rare qu’ils s’informent sur la nature de l’argent avant de fonder une banque. Dorénavant c’est seulement parmi les originaux et les imposteurs qu’on trouve le plus souvent les ingénieurs sociaux, et encore, ils sont souvent derrière les barreaux », note Karl Polanyi dans son livre La Grande Transformation. Le plus souvent les « ingénieurs sociaux » perçoivent bien l’existence d’un lien logique entre l’activité marchande des capitalistes d’aujourd’hui et les travailleurs, entre les riches en argent et les pauvres en argent. Vont-ils jusqu’à percevoir le lien logique entre l’argent et la société ? Comment cerner et définir cette logique qui met aux prises employeurs et employés ?

    Aujourd’hui, elle se cache, elle se fait peu visible, elle se drape d’un voile, elle s’obscurcit. Autrefois le lien qui unissait le riche marchand d’étoffes, l’éleveur de moutons du Yorkshire et le tisserand flamand était sans mystère, chaque partie de cette mise en relation savait parfaitement à quoi s’en tenir : le marchand tenait l’éleveur de moutons et le tisserand par les couilles. Si l’éleveur comme le tisserand pouvaient se sentir dupés, personne n’était dupe. Le marchand tenait l’un et l’autre par la dette. L’éleveur comme le tisserand étaient endettés vis-à-vis du marchand. C’est par la dette que le marchand possédait virtuellement le métier à tisser et le travail du tisserand (ou les moutons et le travail du berger). Le marchand fournissait la matière première (la laine) et récupérait le produit fini (le tissu), comptant pour rien, ou pour moins que rien, le travail du tisserand. Le tisserand travaillait pour payer une dette qu’il n’arriverait jamais à combler. La dette représente la pensée du marchand matérialisée ; et le marchand supprime en pensée le travail de l’artisan en vue de l’échange à réaliser, c’est la dette. Le tisserand était redevable de son travail au marchand. La dette est seulement la suppression en pensée du temps de travail que consacre le tisserand à la fabrication de la pièce de tissu. Le travail est ce qui disparaît dans l’objet fini et l’on pourrait ajouter qu’une partie de la dette, de la pensée en mouvement du marchand, disparaît dans l’objet fini, en l’occurrence dans le drap. (...)

    #Karl_Polanyi #dette #échange #Marx

    • poulala, on dirait pas mal de confusion (autant de la part de Polanyi que de Lapierre) par rapport à ce que Marx distingue pourtant, entre « valeur-tout-court » / « valeur d’échange »… de même que « L’erreur de Marx a consisté à quantifier cette idée » alors que c’est pas sa lubie, il ne fait que décrire le capitalisme (et que ça, pas « l’échange en général à tout époque » !) qui lui quantifie et justement il reproche à Ricardo (j’ai la citation sous la yeux, citée dans Les aventures de la marchandise) de ne s’occuper que de l’aspect quantitatif sans s’occuper du qualitatif : de pourquoi ça se passe comme ça dans cette société. (c’est Marx qui souligne)

      Cette métamorphose en travail social égal des travaux des individus privés, contenus dans les marchandises, donc transformation en travail pouvant se représenter dans toutes les valeurs d’usage, et pouvant être échangé contre toutes ces dernières, ce côté qualitatif de la question qui est impliqué dans la représentation de la valeur d’échange en tant qu’argent n’est pas expliqué chez Ricardo. Cette circonstance - la nécessité de représenter le travail contenu dans les marchandises comme travail égal social, c’est-à-dire comme argent - Ricardo l’escamote.

      Et cela sans invariant anthropologique qui vaudrait de tout temps, en parlant précisément du système capitaliste.

      Bref, ça parait un peu du bazar toutes ces incompréhensions sur la valeur chez Marx et son pseudo-économisme…

  • Je ne comprends pas la « critique de la valeur »
    Retour sur la critique du travail

    Louis de Colmar

    https://lavoiedujaguar.net/Je-ne-comprends-pas-la-critique-de-la-valeur-Retour-sur-la-critique-

    Le mouvement de la critique de la valeur, à partir d’une perception qui me semble pertinente et stimulante de la réalité immédiate (le travail et le capital ne peuvent pas être dissociés dans la définition historique du capitalisme, et sa critique doit englober au même titre le travail et le capital), comporte cependant, à mon avis, un biais de perspective : il postule une définition ontologique du capitalisme, en passe d’être entièrement réalisée sous nos yeux, et dont les prémices auraient dès le départ été présentes. L’essentiel de ses travaux peut ainsi se lire comme une tentative de reconstruire à travers une « archéologie régressive » la mise au jour de cette ontologie : c’est tout le sens de l’exhumation d’un Marx « ésotérique » dans l’œuvre « exotérique » de Marx. C’est la même tentative que l’on retrouve dans le livre de Jappe (La Société autophage) ou dans celui de Hemmens (Ne travaillez jamais).

    Dans le cas de Hemmens, on se trouve face à une tentative de comprendre les critiques du travail formulées par Fourier, Lafargue, les surréalistes ou les situationnistes, à travers les limites spécifiques dans leurs approches face à cette ontologie originelle du capitalisme, qu’ils n’étaient pas en mesure de percevoir « correctement ». Dans le cas de Jappe, son travail était plus ambitieux, puisqu’il souhaitait fonder cette ontologie dans une confrontation critique avec les philosophes de la modernité, mais avec la même optique inversée.

    Or, ce qu’il s’agit à mon sens de mettre en avant, ce ne sont pas des insuffisances voire des erreurs de ces critiques ou philosophes par rapport à un référentiel présent, mais se servir de ce décalage perceptible entre ces auteurs d’hier et la réalité actuelle pour comprendre la transformation « qualitative » qui a eu lieu (« qualitative » au sens de non linéaire, non cumulative). La compréhension du présent devient ainsi un moment de la compréhension et de l’intelligibilité éventuelle de ce décalage (« éventuelle » car elle n’est pas aboutie, ni définitive). (...)

    #critique_du_travail #Anselm_Jappe #capitalisme #Marx #communs

  • Die #Philosophie Hegels war in der Geschichte der Entwicklung mensc...
    https://diasp.eu/p/11135873

    Die #Philosophie Hegels war in der Geschichte der Entwicklung menschlichen Denkens in der Tat ein bedeutendes #Ereignis. Sie war das letzte und abschließende Wort jener pantheistischen und abstrakt-humanitären Bewegung des deutschen Geistes, die mit den Werken Lessings begonnen und ihre allseitige Entfaltung in den Werken Goethes erreicht hatte; einer Bewegung, die eine unendlich weite, reiche, hohe und gleichsam völlig rationale #Welt geschaffen hat, welche dabei aber der Erde, dem Leben und der #Wirklichkeit ebenso fremd war wie dem christlich-theologischen Himmel. Folglich verwandelte diese Welt als Fata Morgana, die den #Himmel nicht erreichte und auch die Erde nicht berührte, sondern zwischen Himmel und Erde hing, das #Leben ihrer Anhänger, ihrer reflektierenden und poetisierenden (...)

    • (...) ihrer reflektierenden und poetisierenden Bewohner, in eine ununterbrochene Kette von somnambulen Vorstellungen und Erkenntnissen, machte sie überall für das Leben untauglich oder, was noch schlimmer ist, verdammte sie dazu, in der wirklichen Welt völlig dem zuwiderhandeln, was sie im poetischen oder metaphysischen Ideal vergötterten.
      So erklärt sich erstaunliche Umstand, der uns in #Deutschland immer wieder verblüfft hat, dass sich nämlich die glühenden Verehrer Lessings, Schillers, Goethes, Kants, Fichtes und Hegels noch heute so häufig zu ergebenen und sogar freiwilligen Vollstreckern von Maßnahmen machen lassen, die alles andere als human und liberal sind, die ihnen aber von der Regierung vorgeschrieben werden. Man kann sogar verallgemeinernd sagen, dass das Leben des Deutschen und Handeln in der lebendigen Wirklichen um so abstoßender und gemeiner ist, je erhabener seine ideale Welt ist.

      Letzte Vollendung dieser erhaben-idealen Welt war die Philosophie Hegels. Mit ihren metaphysischen Konstruktionen und Kategorien brachte sie sie voll zum Ausdruck und erklärte sie, zerstörte sie aber auch eben dadurch, indem sie (die Philosophie Hegels) mit eiserner #Logik zur endgültigen Erkenntnis dieser idealen Welt und ihres eigenen unendlichen Ungenügens, ihrer Wirkungslosigkeit und schlicht gesagt, ihrer Leere gelangte.
      Die #Schule Hegels teilte sich bekanntlich in zwei einander entgegengesetzte Richtungen, wobei sich natürlichen noch eine dritte, mittlere Partei dazwischen herausbildete, von der es hier übrigens nichts zu sagen gibt. Die eine, nämlich die konservative Richtung, fand in der neuen Philosophie Rechtfertigung und Legitimation alles Seienden, wobei sie sich an den bekannten Ausspruch Hegels hielt: „Alles Wirkliche ist vernünftig“. Sie schuf die sogenannte offizielle Philosophie der preußischen Monarchie, die schon von Hegel selbst als Ideal einer politischen #Ordnung hingestellt worden war.
      Aber die andere Partei der sogenannten revolutionären Hegelianer erwies sich als konsequenter und ungleich kühner als #Hegel selbst; sie riss seiner Lehre die konservative Maske ab und stellte sie damit in ihrer erbarmungslosen #Negation bloß, die ihr wahres Wesen ausmacht. An die Spitze dieser Richtung stellte sich der berühmte Feuerbach, der die logische Konsequenz nicht nur bis zur völligen Negation jeder göttlichen Welt, sondern sogar der Metaphysik selbst trieb. Weiter konnte er nicht gehen. Obwohl selbst Metaphysiker, musste er seinen rechtmäßigen Erben, den Vertretern der materialistischen oder realistischen Schule Platz machen, von denen sich übrigens ein großer Teil, wie z.B. Büchner, #Marx und andere, auch noch nicht vom Vorherrschen metaphysisch-abstrakten Denkens freimachen kann.
      In den dreißiger und vierziger Jahren herrschte die Meinung, dass eine #Revolution, die der Verbreitung des Hegelianismus folgt, der doch im Sinne völliger Negation entwickelt ist, ungleich radikaler, tiefer, unerbittlicher und weitrechender in ihren Zerstörungen sein wird als die Revolution von 1793. so dachte man deshalb, weil das von Hegel erarbeitete und von seinen Schülern ins Extrem weiter entwickelte philosophische #Denken wirklich abgerundeter, vielseitiger und tiefer war als das Denken Voltaires und Rousseaus, die bekanntlich einen sehr direkten und längst nicht immer nützlichen Einfluss auf die Entwicklung und vor allem den Ausgang der ersten französischen Revolution hatten. So besteht z.B. kein Zweifel, dass Staatsmänner vom Schlage eines Mirabeau Bewunderer Voltaires waren, der instinktiv die Volksmassen, die dumme Menge, verachtete, und dass der fanatische Anhänger Jean Jaques Rousseaus, Maximilien Robespierre, der Erneuerer der göttlichen und reaktionär-bürgerlichen Ordnung in #Frankreich war.
      In den dreißiger und vierziger Jahren nahm man an, dass, wenn wieder die Zeit für revolutionäres Handeln anbricht, die Doktoren der Philosophie aus der Schule Hegels die mutigsten Persönlichkeiten der neunziger Jahre weit hinter sich zurücklassen und die Welt durch ihren streng logischen, unerbittlichen Revolutionsgeist in Erstaunen versetzen werden. Zu diesem Thema schrieb der Dichter #Heine viele schöne Worte, so sagte er zu den Franzosen: „All Eure Revolutionen sind nichts vor unserer künftigen deutschen Revolution. Wir, die wir den Mut hatten, systematisch, wissenschaftlich die ganze göttliche Welt zu vernichten, wir werden auch auch nicht vor irgendwelchen Götzenbildern auf der Erde zurückschrecken, noch ruhen, ehe wir nicht auf den Trümmern von Privilegien und Macht vollkommene #Gleichheit und #Freiheit für die ganze Welt erobert haben“. Mit fast den gleichen Worten verhieß Heine den Franzosen die zukünftigen Wunder einer deutschen Revolution. Und viele glaubten ihm. Aber o weh! 1848 und 1849 konnte man genügend Erfahrungen sammeln, die diesen Glauben zunichte machten. Es war nicht nur so, dass die deutschen Revolutionäre keineswegs die Helden der ersten französischen Revolution übertrafen, sie konnten sich noch nicht einmal mit den französischen Revolutionären der dreißiger Jahre messen.
      Was ist wohl die Ursache für dieses bedauernswerte Ungenügen? Es erklärt sich natürlich vor allem aus dem besonderen geschichtlichen Charakter der Deutschen, der sie sehr viel eher zum treu-ergebenen Gehorsam bestimmt, als zur #Rebellion, erklärt sich aber auch aus der abstrakten Methode, mit der man die Revolution anging. Entsprechend also dieser Natur, ging man nicht vom Leben zum Denken, sondern vom Denken zum Leben. Wer aber vom abstrakten Denken ausgeht, der wird niemals das Leben einholen, denn von der #Metaphysik zum Leben führt kein Weg. Sie sind durch einen Abgrund getrennt. Und diesen Abgrund zu überwinden, muss man einen Salto mortale vollführen, oder das, was Hegel selbst einen qualitativen Sprung aus der Welt der Logik in die Welt der #Natur, der lebendigen Wirklichkeit nennt, und das ist bisher noch niemandem gelungen und wird wohl auch niemals gelingen. Wer mit Abstraktionen operiert, der wird in ihnen zugrunde gehen.

      Michail #Bakunin (30.5.1814 – 1.7.1976), „Staatlichkeit und #Anarchie“, 1873

      #Hegel #idéalisme_allemand

  • Michel Barrillon, Révolution : le mot et la chose, 2019

    Résumé

    La « révolution » au sens de « commencement de quelque chose de nouveau » (Arendt), relève-t-elle de la nécessité historique (Marx, 1859) ? Ou de l’imagination sociale radicale des hommes (Castoriadis) ? D’une loi objective, immanente, indépendante de leur volonté ? Ou au contraire, de l’action collective volontaire de femmes et d’hommes animés par un idéal (Landauer, Arendt) ? Faut-il croire, avec #Hannah_Arendt, que, dès l’instant où la « question sociale » s’immisce dans un processus révolutionnaire, celui-ci est « dévoyé » et s’achève inévitablement en « régime de terreur » ?… Au-delà des débats théoriques, la question n’est pas tant de savoir ce que désigne le « concept » de révolution, que de s’interroger sur ce qu’il conviendrait de faire pour en finir avec l’ordre social existant et édifier une société « saine » (Fromm). À l’évidence, on ne saurait espérer un « dépassement progressiste » du #capitalisme : contrairement à ce que prédisait #Marx (1848, 1859, 1867), l’histoire a montré que le #Progrès sans fin assure la perpétuation du système et non sa disparition. Il semble plus réaliste de rompre radicalement et globalement avec une civilisation industrielle mortifère qui s’évertue à dévaster la planète et à rendre l’humanité obsolète.

    http://sniadecki.wordpress.com/2020/07/12/barrillon-revolution

    #révolution, #critique_techno, #technocritique, etc.

  • #coronavirus : Pour une Anthropologie Anarchiste" de David Graeber

    https://d3ctxlq1ktw2nl.cloudfront.net/production/2020-3-9/63024987-44100-2-7f884f184abae.mp3

    L’anarchisme, en tant que philosophie politique, est en plein essor.
    De fondement de l’organisation dans le mouvement altermondialiste qu’ils étaient, les principes anarchistes traditionnels — autonomie, association volontaire, autogestion, entraide, démocratie directe — en sont venus à jouer ce rôle dans des mouvements radicaux de toutes sortes dans le monde entier.
    Et pourtant, cela n’a eu presque aucun écho dans le milieu universitaire.
    Les anarchistes interrogent souvent les anthropologues sur leurs idées quant aux diverses façons d’organiser la société sur des bases plus égalitaires, moins aliénantes.
    Les anthropologues, terrifiés à l’idée de se voir accusés de romantisme, n’ont pour seule réponse que leur silence.
    Et s’il en était autrement ? « On peut penser, à tout le moins, qu’être un professeur ouvertement anarchiste signifierait, remettre en question la façon dont les universités sont gérées — cela non pas en demandant un département d’études anarchistes —, ce qui, bien sûr, lui attirerait beaucoup plus d’ennuis que tout ce qu’il pourrait écrire par ailleurs. »

    Source : https://podmust.com/episode?podcast=bigbooks

    #audio #radio #podcast #anarchisme #histoire #politique #anarchie #communisme #féminisme #capitalisme #livres #livre #socialisme #marxisme

    • Décolonisons réellement notre quotidien !

      Il est un peu facile de s’offusquer maintenant sur une partie de notre histoire alors que la plupart d’entre nous, nous :

      – Participons à l’esclavagisme moderne en achetant H&M, Wish, Shein, Aliexpress, Zara, carrefour, auchan . . . .

      – Participons à la destruction de forêt du Sud en mangeant chaque matin du Nutella,

      – Détruisons les océans en utilisant du plastique pour tout et n’importe quoi ou en nous gavant de sushis au thon et de Fishsticks,

      – Fermons les yeux sur le génocide en Birmanie ou la famine au Yemen,

      – Nous réjouissons de la réouverture des frontières pour passer nos vacances dans un All inclusive de 1200 chambres construit sur une ancienne forêt primaire,

      – Continuons à vouloir notre poulet à 2 euros le kilo au mépris de la souffrance animale,

      – Sommes tout content du pillage des minerais d’Afrique, Amérique du Sud ou d’Asie pour construire notre beau smartphone ou la batterie de notre nouvelle voiture électrique.

      Alors oui, je trouve vraiment hypocrite de critiquer nos ancêtres et de se ruer sur les T-shirt Zeeman à 2.99 euros.
      Regardons d’abord notre impact actuel sur la planète et ses habitants et puis, on pourra se permettre de donner des leçons de morale.
      Car honnêtement, au vue de notre mode vie actuel, ce sont nos effigies que les générations futures (s’il en reste) vont piétiner....

      #esclavage #responsabilité #économie #presse pour les #générations_futures #statues #actualité et #histoire #planète #enfumage

  • Les situationnistes et l’économie cannibale

    François Bott

    https://lavoiedujaguar.net/Les-situationnistes-et-l-economie-cannibale

    Au début de l’année 1968, un critique, traitant de la théorie situationniste, évoquait, en se moquant, une « petite lueur qui se promène vaguement de Copenhague à New York ». Hélas, la petite lueur est devenue, la même année, un incendie, qui a surgi dans toutes les citadelles du vieux monde. À Paris, à Prague, à Rome, à Mexico et ailleurs, la flambée a ressuscité la poésie, la passion de la vie dans un monde de fantômes. Et beaucoup de ceux qui, alors, ont refusé le sort qui leur était fait, la mort sournoise qui leur était infligée tous les matins de la vie, beaucoup de ceux-là — jeunes ouvriers, jeunes délinquants, étudiants, intellectuels — étaient situationnistes sans le savoir ou le sachant à peine.

    Une fois le feu apparemment éteint, les sociologues et autres futurologues d’État se sont efforcés, comme on exorcise une grande peur, de rechercher les origines du printemps 1968. Ils n’ont récolté que des miettes de vérité, autrement dit des parcelles de mensonge. N’importe quel blouson noir rebelle en savait beaucoup plus sur la révolution de mai. Les distingués penseurs n’ont pas songé à se référer aux écrits de l’Internationale situationniste, que ce soit la revue ainsi intitulée — dont le premier numéro date de 1958 — ou les essais de Debord et Vaneigem. (...)

    #situationnistes #économie #Mai68 #Debord #Vaneigem #spectacle #réification #capitalisme #urbanisme #Lautréamont #Fourier #Marx #poésie

  • Création d’un site autour de l’oeuvre du philosophe Jean-Marie Vincent - Critique de la valeur-dissociation. Repenser une théorie critique du capitalisme
    http://www.palim-psao.fr/2020/06/creation-d-un-site-autour-de-l-oeuvre-du-philosophe-jean-marie-vincent.ht

    On nous signale la création d’un site entièrement dédié à la pensée du philosophe Jean-Marie Vincent (1934-2004), avec quantité d’archives de textes passionnants.

    A plus d’un titre, dans l’espace francophone, Jean-Marie Vincent est le philosophe qui, dans sa lecture de la critique de l’économie politique de Marx, est le plus proche des courants wertkritik/wert-abspaltungskritik sur certains aspects. Son œuvre est évidemment complètement marginalisée en France dans un espace marxiste militant comme universitaire, baigné par le marxisme traditionnel et une lecture « sociologiste-classiste » superficielle de Marx.

    Ce site est une très bonne nouvelle, car il rassemble déjà quantité d’articles très importants de Vincent qui étaient jusque-là disséminés dans des revues, recueils et journaux aujourd’hui difficilement accessibles.

    Le site en question (SPIP au passage) :
    http://jeanmarievincent.free.fr

    #Jean-Marie_Vincent #Marx #marxisme #marxien #théorie_critique #critique_de_la_valeur #capitalisme #philosophie

    • Comment se débarasser du marxisme ?
      http://jeanmarievincent.free.fr/spip.php?article126

      Il ne faut toutefois pas s’y méprendre, s’il faut revenir sur l’œuvre de Marx, ce n’est ni pour qu’elle fournisse des réponses avant qu’on ne lui pose de nouvelles questions, ni pour qu’elle fournisse un cadre de référence invariable et rassurant. L’œuvre de Marx doit être interrogée de façon iconoclaste, irrespectueuse, sans lui accorder de privilèges particuliers. Marx en effet ne peut être complètement innocenté des fourvoiements du marxisme. Il y a chez lui comme le dit Adorno un « positivisme caché » qui se manifeste dans certaines circonstances par une surestimation de la connaissance scientifique et par une tendance à faire du travail une sorte de référent « naturel » de la théorie de la valeur (alors qu’à d’autres moments il l’analyse comme rapport social). A partir de là, il n’était que trop tentant pour les marxistes de bâtir un socialisme scientifique et de faire de la classe ouvrière prestatrice de travail l’agent prédestiné de la transformation de la société contre le parasitisme des capitalistes. A peu de frais, on pouvait opposer une classe exploitée, riche de grandes potentialités (le plein du travail comme activité) à une classe exploiteuse sans perspectives.
      C’est pourquoi il faut au besoin utiliser Marx contre lui-même, c’est à dire utiliser contre le Marx théoricien traditionnel celui qui ne veut pas créer de doctrine, mais entend trouver de nouvelles voies pour faire de la théorie en se lançant dans l’entreprise de la critique de l’économie politique.

      […]

      Sur la critique de l’économie politique qui est bien un travail sociologique/historique/anthropologique et non pas un travail économique/mathématiques/financier :

      Il va de soi que, conçue dans cet esprit, la critique de l’économie politique ne peut être limitée à une critique des théories économiques, en l’occurrence de l’économie politique classique. Elle est au premier chef mise en relief des logiques de représentation présentes dans les activités économiques, c’est à dire mise en relief des relations entre les objets de la production sociale et les représentations que s’en font les agents de cette production. En démontant l’appareil catégoriel de l’économie politique, Marx montre dès Les Grundrisse et La contribution à la critique de l’économie politique que les représentations sont des parties constitutives des objets économiques et qu’elles se déploient socialement dans la mesure où elles ne font pas que produire des connaissances utiles à la production de marchandises et de capitaux, mais contribuent aussi à organiser l’inclusion des agents dans les processus de production et de circulation. En se fixant sur des objets sociaux coupés de leurs présuppositions et sur des activités privatisées (dépense individuelle de la force de travail) elles produisent en même temps de la méconnaissance, de la naturalité artificielle à la place du socialement déterminé. Elles deviennent des « formes de pensée objectives » qui s’animent des mouvements de la marchandise et du capital, c’est à dire de la valorisation. La critique de l’économie politique est par conséquent critique de la positivité du capital et des formes d’activité qui lui sont liées. Ce qui revient à dire qu’elle est fondamentalement critique de la positivité de l’économie et de son autonomisation par rapport aux autres pratiques. Elle n’est pas seulement historicisation des catégories économiques, elle est élucidation de leurs principes et règles de construction à partir de rapports sociaux déterminés au delà de l’analyse des mouvements du capital.

      […]

      La critique de l’économie politique est à mille lieues de « l’économisme », cette conclusion qui s’impose après tout examen tant soit peu sérieux et non prévenu de l’œuvre de Marx infirme toute idée de transformation sociale identifiée seulement à des transformations économiques et à des changements de rapports de propriété.

  • Deleuze, Guattari et le marxisme, Jean-Jacques Lecercle – CONTRETEMPS
    https://www.contretemps.eu/deleuze-guattari-marxisme

    Incipit

    Un marxiste ouvre l’Anti-Œdipe à la première page. Il est immédiatement plongé dans un univers exotique, et qui lui est totalement étranger. Certes, ça fonctionne, mais ça mange, ça chie, ça baise, etc. Ces activités ne sont pas étrangères au marxiste, mais il n’a pas l’habitude de les théoriser. Pourtant, pour peu qu’il persiste dans sa lecture, il trouvera à cet univers des aspects familiers. Ce « ça » qui chie et qui baise, mais qui produit aussi, c’est une machine, un ensemble de machines. Et notre marxiste est passé par au moins deux seuils, le titre de la première partie, « Production désirante », et le titre d’ensemble de l’œuvre, dont l’Anti-Œdipe est le premier volume, « Capitalisme et schizophrénie. » Là gît en effet le problème pour le marxiste qui lit Deleuze et Guattari : une forme de schizophrénie le menace, inscrite dans le « et » du titre. Ce sont des machines (concept qui ne laisse pas le marxiste indifférent), oui, mais désirantes ; une analyse du capitalisme est bien annoncée, mais dans ses rapports avec la schizophrénie. La surprise passée, le marxiste constatera avec intérêt que la pratique est cohérente. Quel que soit le concept, si pittoresque soit son nom (nomadisme, agencement, machine de guerre), et quelle que soit la distance prise par rapport aux concepts familiers, et elle est souvent grande, on a toujours l’impression qu’il y a, dans l’élaboration conceptuelle de Deleuze et Guattari, un rapport au marxisme. Ainsi la célèbre analyse du nomadisme avec sa machine de guerre (qui s’oppose à l’appareil d’État), avec son espace lisse ou strié, a un quelconque rapport, même lointain, avec le concept marxiste de mode de production asiatique. Toute la question est celle de la pertinence de ce rapport, de la longueur du déplacement qu’il implique. Les concepts marxistes sont bien là (pas tous, naturellement), mais le prophète barbu n’y reconnaîtrait pas ses petits.

     

    Proximité

    Il y a à cette proximité des raisons historiques, et des raisons biographiques contingentes. Il est difficile pour un philosophe français formé dans l’immédiat après-guerre de ne pas avoir, ou avoir eu, un rapport au marxisme, même si c’est sous forme de critique. On se souviendra que Michel Foucault éclata en sanglots en apprenant la mort de Staline, ce qui ne l’empêcha pas de déclarer que le marxisme était une tempête dans un verre d’eau. Et si Pierre Bourdieu refusait si vigoureusement de se déclarer marxiste, c’est sans doute pour des raisons de proximité. Le spectre de Marx hante les philosophes français, jusqu’aux plus grands.

    Guattari, donc, fut marxiste. Il fut un temps membre du PCF, plus longtemps lié à des groupes oppositionnels de gauche : il n’a jamais renié cet héritage. Deleuze, lui, ne l’était pas, même s’il lui arriva de le laisser entendre : il était dans sa jeunesse trop occupé pour adhérer au Parti, préférant le travail philosophique aux réunions enfumées. Dans son âge mûr, il acquitta toutes les tâches de ce qu’il appelait le « gauchisme ordinaire », du Groupe d’Information sur les Prisons (GIP) à la candidature Coluche, lieux où, comme il est notoire, il se lia d’amitié avec Foucault. Ce n’est cependant pas là l’essentiel : ce qui nous intéresse, c’est la proximité des concepts, et non les opinions politiques de leurs auteurs.

    Mais pour évaluer cette proximité, ou cette distance, il me faut un étalon, ou des critères. Il me faut dire ce que le marxiste à la recherche de l’âme sœur attend d’un texte, dans une conjoncture où les anciennes certitudes du Diamat (« matérialisme dialectique » dans le jargon de l’orthodoxie soviétique) sont définitivement enterrées, mais où le discours sur la fin des grands récits n’est pas acceptable non plus, du moins pour qui se dit marxiste. Je vais donc prendre des risques, et proposer quatre thèses, ou thèmes, marxistes dans un sens aussi étroit que possible.

    D’un texte ou d’une position marxiste, j’attends :

    1°) une analyse du capitalisme, dans des termes, si remis au goût du jour soient-ils, inspirés des concepts du Capital ;

    2°) un programme politique déduit de cette analyse du capitalisme (il ne suffit pas d’attendre l’avènement de l’événement révolutionnaire comme une divine surprise, il faut s’y préparer) ;

    3°) une conception globale de l’histoire, qui me dise en quoi les germes du futur sont contenus dans le présent et le passé : en tant que marxiste, je me méfie des analyses sectorielles, même si elles sont indispensables, et j’aspire à adopter le point de vue de la totalité, historique autant que sociale, pour parler le langage de Lukacs ; le danger de cette conception de l’histoire est bien sûr la téléologie : les marxistes en ont longtemps souffert, mais pas par la faute de Marx[1] ;

    4°) Une conception de la temporalité, centrée sur les concepts de conjoncture et de moment de la conjoncture, et guidant l’action politique, en distinguant la stratégie de la tactique, l’urgent du plus long terme, l’aspect principal de la contradiction de ses aspects secondaires : c’est là l’apport de Lénine à la théorie marxiste. Ces quatre thèses ou thèmes concernent immédiatement les militants politiques, les économistes, les historiens. On peut cependant être marxiste sans appartenir à ces catégories. On peut s’intéresser, ce qui est mon cas, à la littérature, à la linguistique, à la philosophie du langage. Il me faut donc des thèses plus larges, pour le marxiste qui ne passe pas sa vie professionnelle à analyser directement la situation actuelle du capital. J’en propose donc six, sous la forme de six dichotomies qui forment corrélation, technique philosophique que j’emprunte à Gilles Deleuze, qui en était friand.

    #Gilles_Deleuze #Félix_Guattari #marxisme

  • Karl #Marx et l’exploitation de la #nature, par John Bellamy Foster (Le Monde diplomatique, juin 2018)
    https://www.monde-diplomatique.fr/2018/06/BELLAMY_FOSTER/58734

    « La grande industrie et la grande agriculture exploitée industriellement agissent dans le même sens. Si, à l’origine, elles se distinguent parce que la première ravage et ruine davantage la force de travail, donc la force naturelle de l’homme, l’autre plus directement la force naturelle de la terre, elles finissent, en se développant, par se donner la main : le système industriel à la campagne finissant aussi par débiliter les ouvriers, et l’industrie et le commerce, de leur côté, fournissant à l’agriculture les moyens d’exploiter la terre. »