• Création d’un site autour de l’oeuvre du philosophe Jean-Marie Vincent - Critique de la valeur-dissociation. Repenser une théorie critique du capitalisme
    http://www.palim-psao.fr/2020/06/creation-d-un-site-autour-de-l-oeuvre-du-philosophe-jean-marie-vincent.ht

    On nous signale la création d’un site entièrement dédié à la pensée du philosophe Jean-Marie Vincent (1934-2004), avec quantité d’archives de textes passionnants.

    A plus d’un titre, dans l’espace francophone, Jean-Marie Vincent est le philosophe qui, dans sa lecture de la critique de l’économie politique de Marx, est le plus proche des courants wertkritik/wert-abspaltungskritik sur certains aspects. Son œuvre est évidemment complètement marginalisée en France dans un espace marxiste militant comme universitaire, baigné par le marxisme traditionnel et une lecture « sociologiste-classiste » superficielle de Marx.

    Ce site est une très bonne nouvelle, car il rassemble déjà quantité d’articles très importants de Vincent qui étaient jusque-là disséminés dans des revues, recueils et journaux aujourd’hui difficilement accessibles.

    Le site en question (SPIP au passage) :
    http://jeanmarievincent.free.fr

    #Jean-Marie_Vincent #Marx #marxisme #marxien #théorie_critique #critique_de_la_valeur #capitalisme #philosophie

    • Comment se débarasser du marxisme ?
      http://jeanmarievincent.free.fr/spip.php?article126

      Il ne faut toutefois pas s’y méprendre, s’il faut revenir sur l’œuvre de Marx, ce n’est ni pour qu’elle fournisse des réponses avant qu’on ne lui pose de nouvelles questions, ni pour qu’elle fournisse un cadre de référence invariable et rassurant. L’œuvre de Marx doit être interrogée de façon iconoclaste, irrespectueuse, sans lui accorder de privilèges particuliers. Marx en effet ne peut être complètement innocenté des fourvoiements du marxisme. Il y a chez lui comme le dit Adorno un « positivisme caché » qui se manifeste dans certaines circonstances par une surestimation de la connaissance scientifique et par une tendance à faire du travail une sorte de référent « naturel » de la théorie de la valeur (alors qu’à d’autres moments il l’analyse comme rapport social). A partir de là, il n’était que trop tentant pour les marxistes de bâtir un socialisme scientifique et de faire de la classe ouvrière prestatrice de travail l’agent prédestiné de la transformation de la société contre le parasitisme des capitalistes. A peu de frais, on pouvait opposer une classe exploitée, riche de grandes potentialités (le plein du travail comme activité) à une classe exploiteuse sans perspectives.
      C’est pourquoi il faut au besoin utiliser Marx contre lui-même, c’est à dire utiliser contre le Marx théoricien traditionnel celui qui ne veut pas créer de doctrine, mais entend trouver de nouvelles voies pour faire de la théorie en se lançant dans l’entreprise de la critique de l’économie politique.

      […]

      Sur la critique de l’économie politique qui est bien un travail sociologique/historique/anthropologique et non pas un travail économique/mathématiques/financier :

      Il va de soi que, conçue dans cet esprit, la critique de l’économie politique ne peut être limitée à une critique des théories économiques, en l’occurrence de l’économie politique classique. Elle est au premier chef mise en relief des logiques de représentation présentes dans les activités économiques, c’est à dire mise en relief des relations entre les objets de la production sociale et les représentations que s’en font les agents de cette production. En démontant l’appareil catégoriel de l’économie politique, Marx montre dès Les Grundrisse et La contribution à la critique de l’économie politique que les représentations sont des parties constitutives des objets économiques et qu’elles se déploient socialement dans la mesure où elles ne font pas que produire des connaissances utiles à la production de marchandises et de capitaux, mais contribuent aussi à organiser l’inclusion des agents dans les processus de production et de circulation. En se fixant sur des objets sociaux coupés de leurs présuppositions et sur des activités privatisées (dépense individuelle de la force de travail) elles produisent en même temps de la méconnaissance, de la naturalité artificielle à la place du socialement déterminé. Elles deviennent des « formes de pensée objectives » qui s’animent des mouvements de la marchandise et du capital, c’est à dire de la valorisation. La critique de l’économie politique est par conséquent critique de la positivité du capital et des formes d’activité qui lui sont liées. Ce qui revient à dire qu’elle est fondamentalement critique de la positivité de l’économie et de son autonomisation par rapport aux autres pratiques. Elle n’est pas seulement historicisation des catégories économiques, elle est élucidation de leurs principes et règles de construction à partir de rapports sociaux déterminés au delà de l’analyse des mouvements du capital.

      […]

      La critique de l’économie politique est à mille lieues de « l’économisme », cette conclusion qui s’impose après tout examen tant soit peu sérieux et non prévenu de l’œuvre de Marx infirme toute idée de transformation sociale identifiée seulement à des transformations économiques et à des changements de rapports de propriété.

  • Deleuze, Guattari et le marxisme, Jean-Jacques Lecercle – CONTRETEMPS
    https://www.contretemps.eu/deleuze-guattari-marxisme

    Incipit

    Un marxiste ouvre l’Anti-Œdipe à la première page. Il est immédiatement plongé dans un univers exotique, et qui lui est totalement étranger. Certes, ça fonctionne, mais ça mange, ça chie, ça baise, etc. Ces activités ne sont pas étrangères au marxiste, mais il n’a pas l’habitude de les théoriser. Pourtant, pour peu qu’il persiste dans sa lecture, il trouvera à cet univers des aspects familiers. Ce « ça » qui chie et qui baise, mais qui produit aussi, c’est une machine, un ensemble de machines. Et notre marxiste est passé par au moins deux seuils, le titre de la première partie, « Production désirante », et le titre d’ensemble de l’œuvre, dont l’Anti-Œdipe est le premier volume, « Capitalisme et schizophrénie. » Là gît en effet le problème pour le marxiste qui lit Deleuze et Guattari : une forme de schizophrénie le menace, inscrite dans le « et » du titre. Ce sont des machines (concept qui ne laisse pas le marxiste indifférent), oui, mais désirantes ; une analyse du capitalisme est bien annoncée, mais dans ses rapports avec la schizophrénie. La surprise passée, le marxiste constatera avec intérêt que la pratique est cohérente. Quel que soit le concept, si pittoresque soit son nom (nomadisme, agencement, machine de guerre), et quelle que soit la distance prise par rapport aux concepts familiers, et elle est souvent grande, on a toujours l’impression qu’il y a, dans l’élaboration conceptuelle de Deleuze et Guattari, un rapport au marxisme. Ainsi la célèbre analyse du nomadisme avec sa machine de guerre (qui s’oppose à l’appareil d’État), avec son espace lisse ou strié, a un quelconque rapport, même lointain, avec le concept marxiste de mode de production asiatique. Toute la question est celle de la pertinence de ce rapport, de la longueur du déplacement qu’il implique. Les concepts marxistes sont bien là (pas tous, naturellement), mais le prophète barbu n’y reconnaîtrait pas ses petits.

     

    Proximité

    Il y a à cette proximité des raisons historiques, et des raisons biographiques contingentes. Il est difficile pour un philosophe français formé dans l’immédiat après-guerre de ne pas avoir, ou avoir eu, un rapport au marxisme, même si c’est sous forme de critique. On se souviendra que Michel Foucault éclata en sanglots en apprenant la mort de Staline, ce qui ne l’empêcha pas de déclarer que le marxisme était une tempête dans un verre d’eau. Et si Pierre Bourdieu refusait si vigoureusement de se déclarer marxiste, c’est sans doute pour des raisons de proximité. Le spectre de Marx hante les philosophes français, jusqu’aux plus grands.

    Guattari, donc, fut marxiste. Il fut un temps membre du PCF, plus longtemps lié à des groupes oppositionnels de gauche : il n’a jamais renié cet héritage. Deleuze, lui, ne l’était pas, même s’il lui arriva de le laisser entendre : il était dans sa jeunesse trop occupé pour adhérer au Parti, préférant le travail philosophique aux réunions enfumées. Dans son âge mûr, il acquitta toutes les tâches de ce qu’il appelait le « gauchisme ordinaire », du Groupe d’Information sur les Prisons (GIP) à la candidature Coluche, lieux où, comme il est notoire, il se lia d’amitié avec Foucault. Ce n’est cependant pas là l’essentiel : ce qui nous intéresse, c’est la proximité des concepts, et non les opinions politiques de leurs auteurs.

    Mais pour évaluer cette proximité, ou cette distance, il me faut un étalon, ou des critères. Il me faut dire ce que le marxiste à la recherche de l’âme sœur attend d’un texte, dans une conjoncture où les anciennes certitudes du Diamat (« matérialisme dialectique » dans le jargon de l’orthodoxie soviétique) sont définitivement enterrées, mais où le discours sur la fin des grands récits n’est pas acceptable non plus, du moins pour qui se dit marxiste. Je vais donc prendre des risques, et proposer quatre thèses, ou thèmes, marxistes dans un sens aussi étroit que possible.

    D’un texte ou d’une position marxiste, j’attends :

    1°) une analyse du capitalisme, dans des termes, si remis au goût du jour soient-ils, inspirés des concepts du Capital ;

    2°) un programme politique déduit de cette analyse du capitalisme (il ne suffit pas d’attendre l’avènement de l’événement révolutionnaire comme une divine surprise, il faut s’y préparer) ;

    3°) une conception globale de l’histoire, qui me dise en quoi les germes du futur sont contenus dans le présent et le passé : en tant que marxiste, je me méfie des analyses sectorielles, même si elles sont indispensables, et j’aspire à adopter le point de vue de la totalité, historique autant que sociale, pour parler le langage de Lukacs ; le danger de cette conception de l’histoire est bien sûr la téléologie : les marxistes en ont longtemps souffert, mais pas par la faute de Marx[1] ;

    4°) Une conception de la temporalité, centrée sur les concepts de conjoncture et de moment de la conjoncture, et guidant l’action politique, en distinguant la stratégie de la tactique, l’urgent du plus long terme, l’aspect principal de la contradiction de ses aspects secondaires : c’est là l’apport de Lénine à la théorie marxiste. Ces quatre thèses ou thèmes concernent immédiatement les militants politiques, les économistes, les historiens. On peut cependant être marxiste sans appartenir à ces catégories. On peut s’intéresser, ce qui est mon cas, à la littérature, à la linguistique, à la philosophie du langage. Il me faut donc des thèses plus larges, pour le marxiste qui ne passe pas sa vie professionnelle à analyser directement la situation actuelle du capital. J’en propose donc six, sous la forme de six dichotomies qui forment corrélation, technique philosophique que j’emprunte à Gilles Deleuze, qui en était friand.

    #Gilles_Deleuze #Félix_Guattari #marxisme

  • Karl #Marx et l’exploitation de la #nature, par John Bellamy Foster (Le Monde diplomatique, juin 2018)
    https://www.monde-diplomatique.fr/2018/06/BELLAMY_FOSTER/58734

    « La grande industrie et la grande agriculture exploitée industriellement agissent dans le même sens. Si, à l’origine, elles se distinguent parce que la première ravage et ruine davantage la force de travail, donc la force naturelle de l’homme, l’autre plus directement la force naturelle de la terre, elles finissent, en se développant, par se donner la main : le système industriel à la campagne finissant aussi par débiliter les ouvriers, et l’industrie et le commerce, de leur côté, fournissant à l’agriculture les moyens d’exploiter la terre. »

  • Considérations sur les temps qui courent (IIIc)

    Georges Lapierre

    https://lavoiedujaguar.net/Considerations-sur-les-temps-qui-courent-IIIc

    Dans la première partie de ces considérations, j’ai eu l’occasion d’aborder la question de la monnaie d’un point de vue général en partant de l’idée que tout bien ayant une valeur d’échange peut être utilisé comme monnaie à condition de présenter quelques caractéristiques qui permettent de quantifier sa valeur en l’augmentant ou en la diminuant jusqu’à obtenir une équivalence avec le bien échangé (j’y reviendrai). J’avais surtout noté une idée qui m’apparaissait pleine de promesses théoriques et qui m’apparaît toujours particulièrement intéressante : la monnaie est avant tout une tournure d’esprit. Recourir à une monnaie d’échange n’est pas insignifiant comme nous pourrions le penser, cela signifie que les protagonistes de l’échange ne cherchent pas à s’engager dans un jeu de prestige et à donner à leur échange une quelconque publicité. Il s’agit d’un échange qui se soustrait à une relation intersubjective, la personne s’évapore ; son lien avec les autres, le lignage, le clan ou le village n’existe plus ; le protagoniste ou les protagonistes de l’échange ne se posent plus comme sujets ; ce qui constituait leur humanité s’est dissous ; nous avons affaire à des individus engagés dans un échange privé (sous-entendu de dimension sociale et publique). En général, les peuples ont recours à cette forme d’échange dans un troc avec un partenaire qu’ils ne connaissent pas et avec lequel ils n’ont aucune relation sociale fixée par la coutume, ce partenaire leur est, dans le sens le plus stricte du terme, étranger. (...)

    #échange #monnaie #Malinowski #consommation #Marx #Kant #État #Vaneigem

    • Nous revenons à la grande tromperie que nous avons signalée et qui consiste à prétendre que la valeur est une notion objective. La valeur n’est pas une donnée objective immanente à l’objet créé, au produit, à la marchandise, comme Karl Marx [5] et les marchands voudraient nous faire croire. L’étalon d’or, le poids de l’or est une immense tromperie. Qui trompe qui ? C’est le marché de l’or qui donne l’heure de l’or, sa valeur relative, sa valeur estimée en fonction de l’échange de toutes les marchandises avec toutes les marchandises. La valeur d’une marchandise est estimée et elle varie, tant elle est susceptible, pour un oui et un non. Et tout se joue sur la connaissance et la prévision des aléas du marché. En dernière instance, c’est le marchand et les partenaires de l’échange qui décident de la valeur d’un produit en fonction de l’offre et de la demande, en fonction, donc, du marché et de la connaissance qu’ils en ont.

      À l’origine, c’est le peuple qui estime la valeur d’un bien en fonction de sa place et de son rôle dans les échanges au sein de la société. La valeur d’un objet est arbitraire, même si sa rareté et sa beauté contribuent à la renforcer, toutefois c’est bien la société, elle-même (la collectivité, le peuple) qui reconnaît et attribue sous forme d’un consensus qui n’est pas discuté une valeur d’échange à un objet ; je dirai que la valeur accordée à certains biens fait partie du patrimoine social d’un peuple au même titre que ses usages. Les pierres trouées ont une valeur pour le peuple de l’archipel de Yap, elles n’ont pas de valeur pour les autres peuples, les colliers de porcelaine pour les Algonquins, ou les plaques de cuivre pour les Kwakiutl, ou les colliers kula et les brassards pour les Trobriandais. Enfin la notion de valeur n’est pas attachée uniquement à la monnaie, elle est propre à un bien considéré comme précieux par un peuple et ce bien peut être utilisé comme moyen d’échange, c’est-à-dire comme monnaie, sous certaines conditions (que nous venons de voir et de préciser).

      @ktche est-ce que tu aurais un texte en tête (pas trop immense, pas un livre entier quoi), qui compare/commente/critique ces deux conception opposées de définir « la valeur » ? Entre la conception marxienne du temps de travail social, et la conception relative au marché et aux échangistes.

      #valeur #anthropologie #économie

    • merci ! :)
      bon là c’est plus général, ce texte si je comprends bien serait l’un des arguments (le principal ?) à opposer, qui est de dire qu’ils projettent dans les deux sens, sans voir les spécificités historiques des différentes sociétés/anthropologies. Mais je vois ça plus comme une cause à la racine de pourquoi ça aboutit à un mauvais raisonnement ensuite, mais pas à une argumentation de pourquoi c’est incorrect (tu vois la diff ?).

      Avec mon maigre bagage, j’ai du mal à répondre clairement à : « considérer que la valeur est une notion relative/négociée entre les gens qui échangent est incorrect parce que… ». Juste dire « parce que non c’est intrinsèque à l’objet, à son temps de travail, etc » c’est pas une argumentation, ça c’est l’affirmation de l’autre conception, qu’il faut argumenter aussi. Mais du coup il faut le pourquoi des deux, pourquoi la première serait fausse et pourquoi c’est l’autre qui correspond mieux à la réalité (à la réalité du mode de vie capitaliste évidemment, sans plus être anhistorique).

    • OK. En gros il faudrait un texte pour expliquer en quoi la maxime de Terence ("Rien de ce qui est humain ne m’est étranger") est fondamentalement fausse, ou tout au moins toujours relative.

      Dis encore autrement, il faudrait une argumentation pour poser rationnellement que chaque forme de synthèse sociale produit ses propres "catégories universelles" non transposables hors de ce contexte, car elles sont inscrites dans le mouvement de sa reproduction, tout en étant dépassables.

      Je n’ai pas en tête de texte qui réponde immédiatement à cette question (tout au moins, pas dans une forme "courte") mais cela m’évoque tout de suite ce passage de Postone dans TTDS :

      [...] la théorie marxienne de la constitution des structures sociales et de la dynamique historique de la société moderne par des formes historiquement déterminées de pratique pourra être lue comme une théorie raffinée du type de celle récemment proposée par Pierre Bourdieu – c’est-à-dire comme une théorie de la relation mutuellement constituante qu’entretiennent la structure sociale et les formes quotidiennes de pratique et de pensée.

      Postone fait ici référence à l’ouvrage de Pierre Bourdieu Esquisse d’une théorie de la pratique publié en 1972, et plus particulièrement à la section « Les trois modes de connaissance théorique » (pp. 162-174) et aux deux derniers paragraphes de la section « Structures, habitus et pratiques » (Ibid., pp. 187-189)

      Il faudrait que je remette la main sur le bouquin de Bourdieu pour savoir s’il y a là une bonne piste...

    • Alors oui, c’est aussi intéressant (vraiment), mais j’ai encore une fois l’impression que tu pars immédiatement « haut dans les tours », en terme d’abstraction ou de « cause » en amont.

      Plus prosaïquement, je me pose la question de l’argumentation de la définition de « comment la valeur est attribuée », entre ces deux conceptions vraiment opposées : inhérente à l’objet là-maintenant dans le capitalisme, ou relative/négociée entre les participants.

      Et sachant que là par exemple Georges Lapierre qui penche pour la seconde et critique Marx, est anthropologue, lecteur de Clastres, etc, et donc on ne peut pas dire qu’il n’ait pas un peu en tête que toutes les sociétés ont pas les mêmes conceptions quoi… Mais à chaque fois je vois des textes évoquant la valeur en affirmant « c’est comme ça qu’elle vient », mais sans trouver vraiment, ni dans un sens ni dans l’autre, l’argumentation qui montrerait que c’est l’une ou l’autre (ou l’argumentation de la critique de l’autre, et pas juste l’affirmation qu’elle est fausse). Ça vaut pour l’autre point de vue aussi hein, là par ex Lapierre à chaque fois qu’il critique Marx ou le fait que la valeur serait inhérente, dans différents textes il en fait allusion, il n’explique pas non plus pourquoi.

      Désolé de mes bêtes questions, mais ça fait partie du jeu, il faut de la critique théorique, abstraite (j’en suis persuadé), et il faut de l’éducation populaire. Et par l’échange, par des questions de gens qui ne comprennent pas, c’est toujours bien comme méthode. :p
      (D’ailleurs sur ce point précis, je suis un peu deg de pas pouvoir être dispo la semaine du camp d’été…)

    • Plus prosaïquement, je me pose la question de l’argumentation de la définition de « comment la valeur est attribuée », entre ces deux conceptions vraiment opposées : inhérente à l’objet là-maintenant dans le capitalisme, ou relative/négociée entre les participants.

      En fait, les deux conceptions ne sont pas opposées. Elles se situent juste dans des plans différents. La « valeur » qui se négocie entre deux (ou plus) participants n’est pas la « valeur » comme noyau de la forme de synthèse sociale sous le capitalisme. La première est saisie dans une approche que l’on qualifie d’individualisme méthodologique : on prend un cas isolé dont on fait la matrice d’une totalité par la mise en série. On en tire des « lois » économiques que certains critiquent parce que fondées sur un arbitraire ou des visions détestables de ce qu’est un sujet humain. La seconde pose l’existence de la valeur comme un a priori des sujets de la société de production marchande. Une forme totale non pas par juxtaposition des comportements individuels mais comme contrainte objective reproduite par (et attachée à) l’activité des producteurs de marchandises eux-mêmes et à leurs produits. Cette contrainte est la part déterminante pour expliquer l’engagement des producteurs et la dynamique globale qui leur fait face, elle ne vient pas post festum parasiter leurs activités par ailleurs indéterminées.

      A ce titre, selon l’analyse des catégories du capital (valeur, marchandise, travail...) par la wertkritik, il n’y a pas de « valeur » attribuée (objectivement ou subjectivement) à une marchandise individuelle ou à une activité isolée, mais uniquement une masse de valeur globale que la société marchande arrive de moins en moins à reproduire du fait même de la dynamique contradictoire qui anime cette reproduction.

  • Marges de #Marx
    https://laviedesidees.fr/Marges-de-Marx.html

    À propos de : Kolja Lindner et les Éditions de l’Asymétrie, Le dernier Marx, Toulouse, Éditions de l’Asymétrie. Dans ses derniers textes, Marx rompt avec la #Philosophie de l’histoire, et s’intéresse de près à d’autres formes d’exploitation : la domination coloniale, mais aussi l’émancipation des femmes ou la préservation de la nature.

    #colonialisme #environnement
    https://laviedesidees.fr/IMG/pdf/20200610_marx.pdf
    https://laviedesidees.fr/IMG/docx/20200610_marx.docx

    • Au-delà du marxisme

      Le résultat le plus éclatant de ces recherches, c’est la rupture qu’y opère Marx avec la philosophie de l’histoire progressiste et eurocentrée qui se dégage encore d’un texte tel que la « Préface » à la Contribution à la critique de l’économie politique. Ce texte projette en effet sur toutes les sociétés un modèle de développement occidental dans lequel les modes de production (« asiatique, antique, féodal, bourgeois ») s’enchaînent en même temps que s’accroissent les forces productives et se succèdent comme autant d’étapes nécessaires vers le communisme. Par contraste, les notes sur Morgan ou Kovaleski, dans lesquelles Marx souligne la vitalité des « sociétés gentilices » (organisées en clans), témoignent d’une nette reconnaissance de la pluralité historique, c’est-à-dire de l’existence de trajectoires de développement hétérogènes quant à leurs rythmes et à leurs directions. Mais c’est surtout le cas de la commune russe qui pousse Marx sur la voie d’une nouvelle conception de l’histoire, indissociablement multilinéaire et connectée.

      Au principe de cette percée théorique, on trouve le problème politique suivant : la commune rurale peut-elle servir de point d’appui à un développement spécifiquement russe vers le communisme, comme le pensent les populistes, ou est-elle amenée à disparaître face à l’expansion du capitalisme, comme le soutiennent les marxistes ? Dans sa réponse à Zassoulitch, Marx se range du côté des populistes, mais attire leur attention sur le « dualisme inhérent à la ‘‘commune agricole’’ ». D’un côté, elle se caractérise par la permanence de formes d’appropriation collective de la terre. De l’autre elle est travaillée par l’émergence de la propriété privée. Or, l’issue du conflit qui oppose ces deux tendances ne saurait être déduite, ni d’une loi historique générale, ni d’une causalité économique unilinéaire. Elle dépend à la fois de l’énergie politique que parviendra à déployer la paysannerie et du « milieu historique » dans lequel la commune est plongée, c’est-à-dire de sa contemporanéité avec le capitalisme occidental et le mouvement ouvrier. Ainsi, s’il y a bien pour le dernier Marx une tendance dominante dans l’histoire, celle qu’incarne l’expansion mondiale du capital, celui-ci ne s’impose pas de manière uniforme et implacable à l’ensemble de la planète. Les formations sociales qu’il rencontre sur sa route lui résistent et se réinventent à son contact, de sorte que le changement historique répond à ce que Lindner appelle une « contingence structurée ».

      De la prise en compte de ces rencontres entre différentes trajectoires historiques, il résulte une transformation de la critique marxienne. Cette critique ne porte en effet plus seulement sur l’exploitation salariale, mais aussi sur la domination coloniale. Or, dans la mesure où le colonialisme tend à dissoudre les rapports égalitaires qui règnent selon Marx dans les sociétés non-capitalistes, il n’est pas étonnant de le voir souligner la position relativement privilégiée qu’occuperaient les femmes dans ces sociétés, ce qui le mène à s’exprimer en faveur de l’abolition de la famille moderne. Et cet élargissement de la critique à la domination coloniale et masculine entraîne à son tour une transformation de la méthode de la critique. À lire conjointement l’introduction générale de Kolja Lindner et l’essai d’Urs Lindner sur les échos de la Commune de Paris dans la pensée de Marx, il semble en effet que celui-ci se soit réconcilié à la fin de sa vie avec la réflexion normative. Comme si, conscient de l’intersection des formes de domination et de la pluralisation des acteurs.trices historiques qu’elle entraîne (le prolétariat, mais aussi la paysannerie, les femmes et les colonisé.es), il se risquait enfin à dire ce que le communisme doit être : une société décentralisée et profondément égalitaire, non seulement du point de vue de l’accès aux moyens de production et aux produits du travail, mais aussi au niveau des processus collectifs de décision. Sur le plan de la philosophie politique, Marx s’affirmerait donc comme un théoricien de la « démocratie radicale ». Une démocratie qu’il ne se contente cependant pas de défendre sur le plan des principes, mais dont il relève la diffusion dans l’espace et la permanence dans le temps : des villages Iroquois aux faubourgs parisiens, de l’Inde précoloniale aux communautés formées par les paysan.es russes. D’où la conclusion saisissante des brouillons de la « Lettre à Zassoulitch », où le communisme apparaît comme « un retour des sociétés modernes au type archaïque de la propriété commune ».

      #propriété_privée #propriété_commune #commune #communisme

    • Marx et les marges du monde, Alain Greshhttps://blog.mondediplo.net/2011-08-08-Marx-et-les-marges-du-monde

      Certainement, Marx n’était pas un philosophe de la différence au sens post-moderne du terme, car la critique d’une entité supérieure, le capital, était au centre de son entreprise intellectuelle. Mais cette centralité ne signifiait pas l’exclusivité. La théorie sociale du Marx de la maturité tournait autour du concept de “totalité” qui n’offrait pas seulement l’avantage de laisser une grande place aux particularités et aux différences, mais aussi, dans certains cas, faisait de ces particularités – race, ethnie, ou nationalité – des éléments déterminants de la totalité. Kevin B. Anderson.

      #Différence #Totalité

  • Michel Barrillon, Les marxistes, Marx et la question naturelle, 2013

    Résumé

    Nombre d’auteurs marxistes ou néomarxistes contemporains admettent « l’immense retard théorique » du marxisme dans l’appréhension de la question naturelle. Ils le déplorent d’autant plus que le paradigme marxien leur paraît parfaitement en mesure d’intégrer la dimension socio-écologique dans la critique ordinaire du mode de production #capitaliste. En marxistes conséquents, ils s’interrogent sur les raisons historiques de ce « rendez-vous manqué » avec l’écologie politique. Certains poussent l’analyse jusqu’à revenir aux écrits fondateurs de Marx et Engels. J. B. Foster a ainsi défendu la thèse d’un « Marx écologiste »… Cette thèse ne résiste pas à l’épreuve d’un examen critique du mode de traitement de la nature chez Marx. Rétrospectivement, Marx et la plupart de ses épigones apparaissent comme des théoriciens demeurés fidèles au projet baconien et cartésien inscrit dans l’imaginaire de la modernité ; prisonniers d’une vision progressiste de l’histoire, ils n’ont pu, en fait de critique radicale du capitalisme, que « le reproduire comme modèle ».

    https://sniadecki.wordpress.com/2020/06/04/barrillon-marxistes

    #Marx, #marxistes, #écologie, #critique_techno, #modernité, etc.

    En définitive, pour avoir voulu mener un combat scientifique sur le terrain de l’#économie_politique, le terrain même de ses ennemis désignés, Marx s’est pris au piège de la #théorisation froide et a fini par reproduire le capitalisme comme modèle, au lieu de dénoncer fermement ses crimes écologiques et humains sans lui faire de concession au nom d’une arbitraire nécessité historique. Paradoxalement, il a consacré ce qu’il croyait critiquer à la racine, vraisemblablement par désir de #scientificité, mais aussi parce qu’il demeurait convaincu que le capitalisme est un mal historique nécessaire, investi, malgré lui, d’une mission « civilisatrice ». En reconnaissant au capitalisme l’immense mérite d’avoir rendu la nature exploitable sans limites, il n’a pas simplement conforté le #productivisme capitaliste, il a aussi pleinement souscrit au projet baconien et cartésien puisque c’est dans le cadre de l’imaginaire de la modernité qu’il conçoit le passage au communisme. Si, aujourd’hui, le retour aux œuvres de Marx doit être une source d’enseignements, c’est bien pour nous éviter de répéter ses erreurs.

    Quelques chose me dit que la #WertKritik pourrait en prendre de la graine...

    • La wertkritik ne pense absolument pas que le capitalisme est une étape nécessaire à quoi que ce soit. :p
      Elle ne prend de Marx que telle ou telle partie qu’elle considère la plus importante de son travail, sur la critique du cœur de comment fonctionne le capitalisme. Et justement rejette ou tout du moins ne garde pas, la plupart des idées politiques de Marx, qui étaient propres à son temps.

  • Considérations sur les temps qui courent (IIIb)

    Georges Lapierre

    https://lavoiedujaguar.net/Considerations-sur-les-temps-qui-courent-IIIb

    Le fil qui, de nos jours, lie la production à l’échange est perdu chez ceux qui travaillent à la production d’un bien à échanger. Ce fil n’est pas perdu pour tout le monde, il n’est pas perdu pour les banquiers et ceux que l’on dit capitalistes qui ont investi de l’argent dans la production d’une marchandise et qui comptent bien le récupérer avec intérêt quand la marchandise entrera dans le vaste circuit des échanges. Les ouvriers, eux, vont travailler pour un salaire, pour un moment de l’argent, pour un moment dans le mouvement de la pensée, pour un moment éphémère englouti dans le mouvement général de l’argent ; le mouvement lui-même et son universalité leur échappe et il ne les concerne pas, ils n’ont que le particulier de l’argent, l’argent pauvre.

    La production intensive, la création des usines, la révolution industrielle, ce que l’on nomme encore avec plus de justesse la domestication industrielle, aura marqué les esprits, celui de Karl Marx ou celui de Karl Polanyi et celui de bien d’autres théoriciens du marché, comme si l’activité marchande et ce qu’ils appellent le capitalisme devaient commencer à cette époque. (...)

    #anthropologie #Malinowski #Marx #Polanyi #échange #marchandises #salaire #domestication #capitalisme #argent #Gustav_Landauer #Pierre_Clastres #pensée_magique #esprit #aliénation #État

  • Gustav Landauer
    Appel au socialisme

    Renaud Garcia

    https://lavoiedujaguar.net/Gustav-Landauer-Appel-au-socialisme

    Il est peu de textes alliant au même degré profondeur philosophique, acuité politique et beauté stylistique. Joyau de la littérature socialiste, l’Appel au socialisme de Gustav Landauer est de ceux-là. Né en 1870 à Karlsruhe, en Allemagne, Landauer fut un révolutionnaire sa vie durant, toujours à contretemps des tendances idéologiques de son époque. Lecteur de Spinoza, Schopenhauer et Nietzsche, il est exclu de l’université à vingt-trois ans et considéré par les services de l’empire comme l’« agitateur le plus important du mouvement révolutionnaire radical ». Il collabore à plusieurs journaux, participe à la fondation de théâtres populaires, essuie des peines de prison au tournant du siècle pour incitation à l’action révolutionnaire — temps pendant lequel il se livre notamment à la traduction des écrits du mystique médiéval Maître Eckhart. Par la suite, il se fera passeur décisif en langue allemande de textes de Proudhon, Kropotkine, Mirbeau, La Boétie, avant d’être à l’origine de multiples expérimentations (notamment le journal Der Sozialist) et groupements socialistes, dont le plus connu fut l’Alliance socialiste (qui aurait compté à son apogée une quinzaine de groupes de dix à vingt membres chacun). Commissaire à l’Instruction publique et à la Culture fortement impliqué dans la république des conseils de Bavière, Landauer meurt lynché par un groupement de corps francs en mai 1919. (...)

    #Gustav_Landauer #Renaud_Garcia #socialisme #anarchisme #Allemagne #Maître_Eckhart #révolution #communauté #marxisme #décroissance #Jacques_Ellul #consommation #coopératives #Moyen_Âge #Anthropocène

  • S’il n’y avait qu’un seul article à lire pour apercevoir le monde qui vient et s’y préparer...

    Du Covid-19 à la crise de 2020 https://mensuel.lutte-ouvriere.org//2020/05/17/du-covid-19-la-crise-de-2020_147702.html

    Ce texte est daté du 8 mai 2020, mais seules les citations choisies dans la presse auraient pu être actualisées, pas le fond du constat. La crise sanitaire est loin d’être terminée, et l’économie et la société s’enfoncent de plus en plus dans la crise du capitalisme, avec toutes ses conséquences pour les classes laborieuses. L’humanité a largement les moyens scientifiques et techniques de maîtriser la pandémie, même si ceux qui font autorité en matière scientifique répètent qu’il faut du temps pour cela et qu’il faut « apprendre à vivre avec le coronavirus ». Mais la société est enfermée dans le carcan de l’organisation capitaliste, avec la propriété privée des moyens de production et des États nationaux rivaux, et dont les dégâts directs ou indirects sont incommensurablement plus grands que ceux dus au coronavirus...

    Lutte de Classe n°208 - juin 2020 :
    #pdf https://mensuel.lutte-ouvriere.org/sites/default/files/ldc/files/ldc208_0.pdf
    #epub https://mensuel.lutte-ouvriere.org/sites/default/files/ldc/files/ldc208_0.epub
    #mobi https://mensuel.lutte-ouvriere.org/sites/default/files/ldc/files/ldc208_0.mobi

    #capitalisme #crise #pandémie #coronavirus #covid_19 #impérialisme #crise_économique #étatisme #union_européenne #nationalisme #souverainisme #internationalisme #lutte_de_classe #réformisme #CFDT #CGT #révolution_sociale #dette #PCF #gafam #medef #bce #Deuxième_Guerre_mondiale #Etats_unis #chine #concurrence #concentration_du_capital #profit #loi_du_marché #allemagne #dépression #prolétariat #classe_ouvrière #afrique #famine #CNR #Conseil_national_de_la_résistance #Marx #Lénine #Trotsky

  • La collapsologie. Une pseudo-théorie de la crise pour une non-action #politique.
    https://www.autonomiedeclasse.org/ecologie/la-collapsologie-une-pseudo-theorie

    Face aux crises écologiques sans précédents qu’engendre le capitalisme, et face à leurs conséquences désastreuses pour les sociétés humaines, il est urgent de se battre pour une alternative écosocialiste. C’est la voie de la lutte qui a été ouverte par une jeunesse manifestant dans le monde entier et par l’émergence d’un activisme de masse pour changer le système et pas le climat. Mais loin de croire à la possibilité d’un changement radical de la société, la collapsologie - ou #théorie de l’effondrement - nous invite à accepter l’inéluctabilité de son effondrement en nous condamnant ainsi à la résignation. — <a href="https://my.framasoft.org/u/rouge-glace/?hSBFjA&quot ; (...)

    #analyse #anticapitalisme #critique #marxisme #matérialisme #partage_collegues

  • Notes anthropologiques (LII)

    Georges Lapierre

    https://lavoiedujaguar.net/Notes-anthropologiques-LII

    Traité sur l’apparence (VII)
    Notes sur l’irréalité

    Notre époque se caractérise par un fait remarquable qui n’a pas encore attiré toute notre attention : la marchandise se dématérialise de plus en plus, elle perd de la lourdeur, qui était la sienne jusqu’à présent ; elle devient éthérée, ce qui est le propre de l’apparence. La marchandise qui nous attire et fascine désormais est la marchandise qui a trait à la communication. Il s’agit de communiquer, de communiquer toujours plus. La teneur de la communication n’a pas d’importance, elle peut consister dans la photo attendrissante de chatons sur la couette comme dans l’envoi de quelques lignes de réflexion concernant notre réalité.

    Ce qui compte et ce qui a de l’importance, ce n’est pas l’objet de la communication, c’est la communication elle-même. Le sujet de la communication ne fait pas sens ou il n’a le sens que du prétexte, c’est la communication qui fait sens. Cette communication n’est plus celle de l’échange cérémoniel de dons dans lequel des collectivités se trouvent impliquées et engagées, c’est une communication entre individus grâce à tout un attirail de marchandises perfectionnées la permettant. (...)

    #apparence #irréalité #communication #marchandise #représentation #disparition #Hegel #Marx #idéologie #monothéisme

  • L’Autre Marx. Pourquoi le Manifeste du parti communiste est obsolète, par Norbert Trenkle
    http://www.palim-psao.fr/2020/03/l-autre-marx.pourquoi-le-manifeste-du-parti-communiste-est-obsolete-par-n

    Au moins depuis la crise financière de 2008, Karl Marx a de nouveau été considéré, à juste titre, comme très pertinent. Ses nouveaux et anciens partisans, se sont cependant concentrés sur cette partie de sa théorie qui était obsolète depuis longtemps : la théorie de la lutte de classe entre la bourgeoisie et le prolétariat. En revanche, l’« Autre Marx », celui qui a critiqué le capitalisme en tant que société fondée sur la production marchande générale, le travail abstrait et l’accumulation de valeur, n’a guère retenu l’attention. Mais c’est précisément cette partie de la théorie de Marx qui nous permet d’analyser convenablement la situation actuelle du système capitaliste mondial et son processus de crise. La théorie de la lutte des classes, en revanche, ne contribue absolument en rien à notre compréhension de ce qui se passe actuellement, et n’est pas non plus en mesure de formuler une nouvelle perspective d’émancipation sociale. Pour cette raison, nous devons affirmer que le Manifeste du Parti communiste est aujourd’hui obsolète et n’a plus qu’une valeur historique.

    #Nobert_Trenkle #Marx #classe #sujet_révolutionnaire #critique_de_la_valeur #wertkritik #capitalisme #travail

    • #Überbau Les positions de Krisis sont le résultat d’un élognement des théoriciens du terrain des luttes de classe et d’une erreur dans leur interprétation de la valeur du travail En plus ce qu’ils reprochent à la gauche marxiste traditionelle est simplement faux.
      A mon avis on doit qualifier la production intellectuelle de cette tendance comme du #mindfuck ou, pardon, onanisme intellectuel.

    • argument irrecevable qui ne sert que pour ceux avec qui on n’est pas d’accord tout en mettant régulièrement en avant des gens parfaitement « théoriciens » quand eux vont dans notre sens… + le fait qu’une partie de Krisis/Exit a toujours refusé de parvenir et d’être théoricien d’université, et a gardé un boulot de prolo, en faisant le boulot théorique de manière totalement indépendante…

      la critique de la valeur et du travail est clairement celle qui explique le mieux l’état actuel du capitalisme, en laissant les éléments qui étaient propres à une époque (et parfaitement valables à cette époque) et en ne gardant que ce qui continue d’être valable quelques soient les différentes transformations du capitalisme « avec Marx, au-delà de Marx »

    • La supposée « critique de la valeur » est tout à fait en deçà de Marx, comme l’ont été et le sont, de très nombreux marxistes.

      Pour le « au delà de Marx », on a des exemples, des bricolages, des tentatives, bien moins fermées que ces justifications qui se justifient (la « critique de la valeur est lourdement pédago, voilà qui la fait ressembler aux marxistes) j’en signalais une hier
      https://seenthis.net/messages/848423

      il y en a d’autres ici, dont #Mario_Tronti
      https://seenthis.net/messages/476291
      dont Bernard Aspe
      https://seenthis.net/messages/640521

      Et, quand même ! rendons à Toni Negri, ce qui lui revient, puisque l’on parle d’un Marx au-delà de Marx (même si la note de lettre est pas sensass du tout)
      https://www.monde-diplomatique.fr/1980/09/GAUDEMAR/35726

      lui qui après d’autres prenait Marx par le milieu (les Grundrisses ), avant l’acmé du biais scientiste, plutôt que de faire de l’économicisme à partir de lectures du Capital (comme les patrons), ou de la philo en piochant dans les Manuscrits de 1844 (ce qui est la tradition française qui se veut de gauche c’est à dire non stalinienne, anti léniniste : Rubel, etc.
      Pas besoin d’être en chaire pour céder à la pensée spéculative (comme il faut bien qu’il se passe quelque chose on présente une une bataille entre concepts, plutôt que les phénomènes de conflictualité, de refus, et de fuite depuis lesquelles forger des concepts...) sans aucun niveau d’#enquête, de confrontation avec des choses, les rapport sociaux, etc.

      Bien sûr que le Manifeste est » obsolète " (surtout pour les mangeurs de mac do qui sont foutus deux minutes après leur sortie de cuisine. Tellement daté même qu’il précède le passage de la survaleur absolue à la plus value relative. C’est un texte d’intervention politique, un genre que la critique de la valeur ne peut que rabaisser pour mieux se pousser du col de « la théorie » ! Mais si nos théoriciens s’y penchait un peu, ils y liraient que le capitalisme est contraint de se révolutionner, est révolutionnaire. Ce qui devrait nous intéresser nous qui vivons sou une révolution capitaliste permanente.

    • la théorie comme repoussoir à bon compte… comme si juste décrire le monde et les luttes sectorielles d’un instant donné suffisant à comprendre ce qui s’est passé et ce qui se passe… alors aussi que les soi-disant descriptions « prolétaires » sont tout à fait issues de théories aussi, souvent de théories simplifiés, réappropriés, ou d’autres fois inversement de tentatives théories à partir d’un réel donné, mais qui finalement n’est que propre à une époque précise… bref partout il y a de la théorie, ça n’a aucun sens tout ça… Mais en parallèle on doit utiliser telle théorie en la confrontant à un constat du monde d’une époque donnée, et voir si elle colle, si elle explique des choses. Beaucoup de théories donnaient l’impression d’expliquer les choses à une époque, et justement parce que le capitalisme se révolutionne, en fait on s’aperçoit que cette théorie ne colle plus du tout à l’époque suivante… tandis que d’autres théories durent plus longtemps et continuent d’expliquer des phénomènes à plusieurs moments différents du capitalisme. La critique de la valeur n’a jamais fait que de la théorie, à chaque décennies il y eu à chaque fois en parallèle des textes d’application à des événements du moment, pour les regarder au prisme de leurs théories… et ça colle bien plus souvent à la réalité que du Negri…

      il y a à être pédago tout simplement parce que le capitalisme n’est absolument pas une chose simple, avec des gentils et des méchants, que c’est une manière de vivre extrêmement complexe, qui inclus désormais à peu près tout le monde, y compris celleux qui en crèvent. Ce n’est pas non plus que de l’économie à comprendre, c’est un fait social total, une manière complète de vivre justement, et la critique de la valeur a bien bien plus à voir avec l’anthropologie et la philosophie politique qu’avec un économisme (vu que justement c’est une critique de l’économie et non pas une utilisation de l’économie pour comprendre le monde)

      l’opéraisme au delà de Marx oui, tellement au delà que plus du tout « avec », un paléo-léninisme comme disait Jappe et Kurz dans « Les habits neufs de l’Empire » :D

  • On Social Reproduction and the Covid-19 Pandemic

    Thesis 1
    Capitalism prioritizes profit-making over life-making: We want to reverse it

    This pandemic, and the ruling class response to it, offers a clear and tragic illustration of the idea at the heart of Social Reproduction Theory: that life-making bows to the requirements of profit-making.

    Capitalism’s ability to produce its own life blood—profit—utterly depends upon the daily “production” of workers. That means it depends upon life-making processes that it does not fully and immediately control or dominate. At the same time, the logic of accumulation requires that it keeps as low as possible the wages and taxes that support the production and maintenance of life. This is the major contradiction at the heart of capitalism. It degrades and undervalues precisely those who make real social wealth: nurses and other workers in hospitals and healthcare, agricultural laborers, workers in food factories, supermarket employees and delivery drivers, waste collectors, teachers, child carers, elderly carers. These are the racialized, feminized workers that capitalism humiliates and stigmatizes with low wages and often dangerous working conditions. Yet the current pandemic makes clear that our society simply cannot survive without them. Society also cannot survive with pharmaceutical companies competing for profits and exploiting our right to stay alive. And it is apparent that the ‘invisible hand of the market’ will not make and run a planet-wide health infrastructure which, as the current pandemic is showing, humanity needs.

    The health crisis is thus forcing capital to focus on life and life-making work such as healthcare, social care, food production and distribution. We demand that this focus remains even when the pandemic has passed so that health, education and other life-making activities are decommodified and made accessible to all.

    Thesis 2
    Social reproduction workers are essential workers: We demand they be recognized as such in perpetuity

    While most commodity-producing companies lacking workers have seen their profits and stock values drop precipitously, they find themselves beholden to the people-making organizations, communities, households and individuals. But, given capitalism’s need to prioritize profit-making over life-making, such organizations, communities, households and individuals are barely equipped to meet the challenge. It is not just that Covid-19 has taken a toll on healthcare, public transit and grocery store workers, various community volunteers and others. Years and years of dismantling essential social services in the name of austerity means that social reproductive workforces are smaller than they used to be, and community organizations fewer and less well resourced.

    To compensate for decades of neglect in a crisis, many capitalist states and corporations are shifting their priorities, but only partially and temporarily. They are sending cheques to households, extending unemployment insurance to precarious workers, ordering automakers to switch from producing cars to producing masks and ventilators. In Spain, the state temporarily took over for-profit hospitals; in the US, insurance companies are forfeiting co-payments for Covid-19 testing. Among other things, this shows just how readily available and plentiful are the resources to actually meet people’s needs when there is political will.

    We demand that workers in social reproduction sectors—nurses, hospital cleaners, teachers, garbage removal staff, food makers and supermarket employees—be permanently recognized for the essential service they perform, and their wages, benefit and social standing be improved to reflect their importance in maintaining society as a whole.

    Thesis 3
    Bail out people not banks

    Our rulers are devoting far more resources to bailing out businesses, in the hope of staving off an utter collapse of capitalist value. The very profits produced, we remind you, by the labor power that social reproductive labor supplies. CEOs of hotel and restaurant chains, tech and airline companies, and more are throwing millions of workers off their payroll, while largely preserving their own hyper-inflated salaries and benefits. This is because the capitalist system requires that the contradiction between life and wage labour always be resolved to the benefit of capital rather than people’s lives.

    We demand that all financial resources and stimulus packages be invested in life-making work, and not in keeping capitalist companies running.

    Thesis 4
    Open borders, close prisons

    This pandemic is hitting immigrants and detainees very hard: those who are stuck in prisons or detention centers with indecent hygienic conditions and no health resources, those who are undocumented and suffer in silence for fear of seeking help and getting deported, those who work in life-making activities (health and social care, agriculture, etc.) and are more at risk of being infected because they have no choice but go to work (lacking adequate or any protective gear), those who are in transit between countries trying to reach their families, and those who cannot leave their countries because of travel bans and sanctions.

    Pandemic or not, Trump will retain the sanctions against Iran (where infection rates and deaths are skyrocketing). And neither Trump nor the European Union will pressure Israel to lift sanctions that rob the 2 million people imprisoned in Gaza of much needed medical supplies. This differentiated response to the pandemic draws upon and reinforces the racist and colonialist oppression that is capitalism’s underbelly.

    We demand that healthcare needs take precedence over any immigration regulations, that those imprisoned for most crimes be released immediately and alternative compassionate sanctions are found for those who are sick, that detention centers and other carceral institutions aimed at disciplining rather than nourishing life be closed.

    Thesis 5
    Solidarity is our weapon: Let’s use it against capital

    The pandemic has revealed to the world how working people in a crisis always get by through a wide and creative array of survival strategies. For most, that has meant relying on immediate friends and family. Some, however, are managing through mutual aid initiatives. For the homeless and those capitalist society has rejected as a burden, support has come from heroic initiatives of social reproduction volunteers who are offering to others nothing less than the right to life. Neighborhoods across the UK are creating Whatsapp groups to stay in touch with the most vulnerable and help them obtain food and medication. Schools are sending food vouchers to poor families with children eligible for free meals. Food banks and charities are seeing the number of volunteers rising. Social reproduction commons are arising as an urgent necessity. But we have also learned the lessons of the past: we will not allow capitalist governments to use social reproduction commons as an excuse for the state’s withdrawal from responsibility.

    As socialist feminists, we need to push this further, to work together to call for public provision of all that is necessary for human life to thrive. This means building solidarity across the different communities that are unequally affected and resourced. This means supporting the most marginalized and arguing for those with any social resources—trade unions, NGOs, community organizations—to share and support those without. This means demanding that the state recognize social reproduction work as the cornerstone of social existence.

    We demand that governments learn from the people and replicate in policy terms what ordinary people are doing to help and support each other.

    Thesis 6
    Feminist Solidarity against Domestic Violence

    The lockdown measures adopted by most countries to contain the spread of Covid-19, while absolutely necessary, have severe consequences for millions of people who live in abusive relationships. Reports of domestic violence against women and LGBTQ folk have multiplied during the pandemic as victims are forced to stay indoors with violent partners or family members. Stay-at-home campaigns that do not take into account the specific plight of domestic abuse are particularly worrisome in a context in which years of rampant neoliberalism have meant that funds have been withdrawn from anti-violence shelters and services

    We demand that governments immediately reverse years of defunding of anti-violence services, and provide the resources agencies need to operate and widely publicize their helplines.

    Thesis 7
    Social reproduction workers have social power: We can use it to reorganize society

    This pandemic can, and should, be a moment when the left puts forward a concrete agenda for how to support life over profit in a way that will help us move beyond capitalism. This pandemic has already shown us how much capitalism needs social reproductive workers—waged and unwaged, in hospitals and infrastructure work, in households, in communities. Let’s keep reminding ourselves of that, and of the social power that such workers hold. This is the moment when we, as social reproduction workers, must develop the consciousness of the social power we hold, in our national contexts, at the borders that divide us, and across the globe.

    If we stop, the world stops. That insight can be the basis of policies that respect our work, it can also be the basis of political action that builds the infrastructure for a renewed anti-capitalist agenda in which it is not profit-making but life-making that drives our societies.

    https://spectrejournal.com/seven-theses-on-social-reproduction-and-the-covid-19-pandemic

    #propositions #thèses #féminisme #reproduction_sociale #le_monde_d'après #marxisme #capitalisme #profit #travail #frontières #ouverture_des_frontières #prisons #solidarité #violence_domestique #solidarité_féminine #pouvoir #pouvoir_social #féminisme_marxiste

    Traduction en français :
    Sept thèses féministes sur le #covid-19 et la reproduction sociale

    Alors que la pandémie de Covid-19 continue de sévir dans le monde entier, il apparaît de plus en plus clairement que les intérêts de l’#économie mondiale sont en contradiction avec la #préservation_de_la_vie. Ainsi a été rendue visible aux yeux de tou·te·s l’importance fondamentale de celles et ceux qu’on trouve en première ligne – les infirmier·e·s et les autres personnels de santé, les ouvrier·e·s agricoles, les ouvrier·e·s des usines alimentaires, les employé·e·s des supermarchés etc. –, celles et ceux dont l’emploi permet la reproduction de la vie même. A travers ces sept thèses que nous traduisons aujourd’hui, le collectif féministe marxiste montre combien la théorie de la reproduction sociale peut nous aider à penser l’épidémie, mais aussi à dresser des pistes pour abolir le monde qui l’a produite.

    https://acta.zone/sept-theses-feministes-sur-le-covid-19-et-la-reproduction-sociale

    via @isskein
    ping @karine4

  • Déconfinement sélectif et expérimentations sanitaires : la colère et le dégoût – carbure
    https://carbureblog.com/2020/04/16/deconfinement-selectif-et-experimentations-sanitaires-la-colere-et-le-d

    La décision présidentielle de rouvrir les écoles, collèges et lycées le 11 mai n’a dupé personne, que ce soit parmi les professeurs ou ailleurs : ce dont il s’agit, ce n’est pas de pallier les inég… — <a href="https://my.framasoft.org/u/rouge-glace/?4DojDA&quot ; title="Permalink">Permalink</a>

    #analyse #confinement #corona #coronavirus #luttedesclasses #luttes #marxisme #pandémie #partage_collegues #santé #travail

    • C’est pour cela qu’on peut se demander si le gouvernement ne serait pas en train de mener sur ces territoires (en gros, sur les banlieues) une #expérimentation_socio-sanitaire in vivo, c’est-à-dire à tenter d’obtenir une #immunité_de_masse, ou en tout cas de voir si cette immunité est possible, dans quelles conditions et à quel coût sanitaire, et ce sur les dos des plus #pauvres. On voit ici que cette expérimentation est rendue à la fois possible par les seuils de contamination induits par la pauvreté dans ces zones, et nécessaire par la demande pressante de reprendre la production, et donc de libérer de la main-d’œuvre.

      C’est la doctrine du stop and go, alternative au pur et simple laisser-faire cher aux libéraux qui est ici testée sur les habitants des #quartiers_populaires : une fois passé le premier pic épidémique et les capacités de soin désengorgées, on fait redémarrer l’activité, en sachant que des recontaminations vont avoir lieu, et qu’un nouveau pic épidémique va se produire, et on renouvelle l’opération jusqu’à absorption du virus par la population. Il faut simplement souligner que cette méthode est uniquement théorique, et qu’elle repose sur l’hypothèse que ce virus réagisse comme ceux sur lesquels on l’a bâtie. Et que donc, on ne sait pas si cela va fonctionner, d’où le caractère expérimental de la chose.

      Par ailleurs, avant même d’avoir des réponses sur la possibilité d’obtenir une immunité de masse à un coût sanitaire acceptable, la réouverture des écoles en milieu rural revient à ouvrir la vanne du virus sur des régions qui ont été jusqu’ici peu touchées, en espérant que la protection par masques et gel et le fait de maintenir les plus fragiles en confinement (personnes âgées et personnes souffrant de pathologies entraînant une surmortalité) suffira à limiter la casse.

      On assiste donc ici à un zonage socio-sanitaire de l’extension du virus. Ce zonage suit une logique à la fois sanitaire, politique et économique. On voit ici à quel point la logique sanitaire ne recouvre pas celle de la santé des individus, ni même une logique scientifique relevant d’une gestion épidémiologique de cette crise. La logique ici à l’œuvre est celle de la gestion de la population par l’Etat, et si on voit à quel point cette gestion convient aux impératifs économiques dont l’Etat est le garant, il faut aussi comprendre les a priori sociaux qui se cachent derrière cette gestion. Il apparaît ici qu’en cas d’un deuxième pic épidémique, l’Etat a choisi de placer en « première ligne » des populations qu’on peut qualifier de son point de vue d’expendable, et vis à vis desquelles au cas où le déconfinement donnerait lieu à des mouvements de protestation comme c’est déjà le cas un peu partout, une réponse autoritaire serait facile à justifier et à mettre en œuvre, puisqu’on la mène déjà au quotidien. Le caractère expérimental de ce déconfinement sélectif intègre la possibilités des révoltes comme une variable supplémentaire.

      On ne détaillera pas ici à quel point ce sont les plus « fragiles socialement » qui ont été le plus touchés par les conséquences de l’épidémie de Covid-19, avec quelle perversion logique le désastre s’articule chez les plus pauvres pour devenir plus désastreux encore, ni à quel point les conséquences se sont pour eux fait sentir à tous niveaux : pour les femmes, par l’accroissement des violences conjugales et la responsabilité accrue de la reproduction familiale occasionnée à l’échelle mondiale par le chômage, le manque de ressources, la maladie, pour les racisés (on connaît l’effrayante disproportion raciale des décès liés au Covid-19 aux Etats-Unis), pour les prisonniers et les réfugiés, pour les travailleurs les plus précaires, etc. Il faudra y revenir par ailleurs. Il nous fallait dire ici, contre ceux qui veulent « sauver le système de santé », que la sollicitude sanitaire de l’Etat est aussi terrible pour les prolétaires que ses défaillances, et que cette fameuse économie censée être source de tous les maux.

  • Crise et Reprise – Le #coronavirus et l’économie aux Etats-Unis – Agitations
    https://agitationautonome.com/2020/04/07/crise-et-reprise-le-coronavirus-et-leconomie

    Dans ce récent article dont nous proposons la traduction, l’historien Aaron Benanav, membre du collectif Endnotes, propose un rapide panorama de la situation économique des Etats-Unis et du profond impact qu’aura et qu’a déjà la crise provoquée par la pandémie sur les travailleur·ses étasunien·nes, à travers une analyse de l’évolution des salaires et du taux de chômage. Son ouvrage sur l’histoire mondiale du chômage depuis l’après-guerre sera bientôt publiée aux éditions Verso. — <a href="https://my.framasoft.org/u/rouge-glace/?YFwCtQ&quot ; title="Permalink">Permalink</a>

    #corona #marxisme #matérialisme #partage_collegues #politique #USA #économie

  • Sept thèses féministes sur le Covid-19 et la reproduction sociale – ACTA
    https://acta.zone/sept-theses-feministes-sur-le-covid-19-et-la-reproduction-sociale

    Cette pandémie, et la réponse qu’y donne la classe dirigeante, illustre de manière claire et tragique l’idée qui est au cœur de la théorie de la reproduction sociale : la production de la vie se plie aux exigences du profit.

    La capacité du capitalisme à produire son propre flux vital – le profit – dépend de la « production » quotidienne de travailleurs. Autrement dit, elle dépend du processus de création de la vie qu’il ne contrôle ou ne domine pas entièrement ni directement. Dans le même temps, la logique de l’accumulation exige de maintenir au plus bas tant les salaires que les impôts qui soutiennent la production et la préservation de la vie. Il s’agit là de la contradiction majeure qui est au cœur du capitalisme : il dénigre et sous-évalue précisément celles et ceux qui produisent la vraie richesse sociale : les infirmier·e·s et les autres personnels de santé, les ouvrier·e·s agricoles, les ouvrier·e·s des usines alimentaires, les employé·e·s des supermarchés et les livreur·se·s, les collecteur·trice·s de déchets, les enseignants·e·, celles et ceux qui s’occupent des enfants ou des personnes âgées. Ce sont les travailleuses1 racialisées, féminisées, que le capitalisme humilie et stigmatise en leur imposant des salaires bas et des conditions de travail souvent dangereuses. Pourtant, la pandémie actuelle montre clairement que notre société ne peut tout simplement pas survivre sans elles. La société ne peut pas non plus survivre avec des sociétés pharmaceutiques qui se font concurrence pour les profits et qui exploitent notre droit à rester en vie. Et il est évident que la « main invisible du marché » ne pourra pas créer et gérer l’infrastructure sanitaire planétaire dont la pandémie actuelle montre bien que l’humanité a besoin.

    #reproduction_sociale #féminisme #marxisme #féminisme_marxiste #Bhattacharya #Bromberg #Dimitrakaki #Farris #Ferguson #HM #covid_19

  • La classe, mot plastique, par Ernst Lohoff
    http://www.palim-psao.fr/2020/04/la-classe-mot-plastique-par-ernst-lohoff-5.html

    Compte tenu de la misère du prolétariat au XIXe siècle, ce point de vue pouvait sembler plausible. Ironiquement, cependant, c’est sous la bannière du marxisme, que naquit le mouvement ouvrier de tous les peuples, qui réalisa exactement ce qui était supposé être impossible. Dans des luttes difficiles qui ont duré plusieurs décennies, les vendeurs de force de travail ont réussi à se faire reconnaître comme des sujets d’intérêt libres et égaux et à obtenir une part du gâteau capitaliste. De cette façon, l’intérêt de classe a été réduit à ce qu’il a toujours été dans la perspective de la critique de l’économie politique : un intérêt monétaire banal qui ne dépasse en rien la société capitaliste. Le concept emphatique de classe chez Marx, en revanche, s’est avéré une construction purement spéculative, historico-philosophique.

    […]

    Cette identité de classe positive du travailleur blanc, fondée sur la religion du travail, n’a non seulement rien à voir avec « l’émancipation universelle » (Marx), mais elle est pleinement compatible avec la domination raciste et sexiste.

    […]

    La question se pose alors de savoir à quoi pourrait ressembler un processus de resolidarisation sociale avec des objectifs émancipateurs. Face à ce défi, l’invocation d’un point de vue de classe devient un substitut. Le mot classe crée une unité imaginaire de courants d’émancipation, alors qu’il s’agit de formuler une véritable perspective anticapitaliste. La référence à la critique de l’économie politique est essentielle pour cela, non pas pour en tirer un point de vue de classe positif, mais pour une négation déterminée du mode de production et de vie capitaliste qui pose les bases d’une reformulation d’un mouvement d’émancipation sociale diversifié, au-delà des fixations identitaires.

    #Ernst_Lohoff #classe_sociale #Marx

  • Notes anthropologiques (L)

    Georges Lapierre

    https://lavoiedujaguar.net/Notes-anthropologiques-L

    Traité sur l’apparence (V)
    La science comme idéologie : le naturalisme

    Je constate qu’il existe deux sortes d’idéologie, une idéologie tapageuse et qui attire l’attention et une idéologie bien plus insidieuse, moins visible et dont le domaine et la sphère d’influence échappent le plus souvent à la conscience. Je pourrai presque dire qu’il s’agit d’une idéologie subliminale. Alors que la première idéologie ou propagande se trouve directement liée au politique et, dans une large mesure, à l’État, la seconde idéologie suinte du mode de vie que nous connaissons et de l’importance qu’il est en passe d’acquérir. La première idéologie ne conduit pas à une cosmovision, la seconde par contre, qui épouse et travaille l’être en profondeur, finit par déboucher sur l’évidence d’une cosmovision. L’idéologie est trompeuse, comme un train peut en cacher un autre, l’idéologie sous son aspect fracassant et tambourinant en cache une autre plus insidieuse.

    L’idéologie bourgeoise faisant l’éloge de l’activité capitaliste et marchande cache une idéologie plus sournoise, celle de la nature opposée à la culture, faisant l’éloge de la pensée dite objective opposée à l’émotion ou pensée subjective. (...)

    #anthropologie #naturalisme #apparence #idéologie #cosmovision #religion #magie #Asie_Mineure #Mexique #zapatistes #marxisme

  • Günther Anders
    Entretien avec Fritz J. Raddatz (1985)

    https://lavoiedujaguar.net/Gunther-Anders-Entretien-avec-Fritz-J-Raddatz-1985

    F.J. Raddatz : Je vois dans l’ensemble de votre travail une contradiction très complexe ; cette contradiction se présente à moi en trois éléments, à vrai dire difficilement conciliables. D’une part vous dites : « Quoi que nous fassions, c’est toujours plus ou moins en vain. » D’autre part l’ensemble de vos travaux ne fait que présenter le contraire, qui est de lutter contre ce « en vain », changer tout de même quelque chose, créer une conscience, au moins combattre l’analphabétisme mental, moral aussi. Mais, j’en viens au troisième point, vous dites quelque part que l’être humain est, c’est votre expression, « contingent ». Comment prétendez-vous relier ces trois éléments très contradictoires ?

    G. Anders : Non, je ne dirais pas qu’il y a là des contradictions ; ce sont tout au plus des contradictions apparentes. S’il m’arrive très souvent d’affirmer, de façon exagérée, que rien ne sert à rien, c’est en fait pour des raisons tactiques, à savoir pour m’opposer à ces hommes politiques et à ces journalistes du happy end, qui ne craignent pas de faire dans l’optimisme. Le mot « espérance », à travers Ernst Bloch, a malheureusement pris un caractère de solennité — pour tout le monde, même pour le plus réactionnaire des hommes politiques. Naturellement, de cet épais volume du Principe Espérance, ils n’ont lu que le titre. Au demeurant, l’espérance n’est absolument pas un principe, mais une émotion justifiée. Si je suis — pour utiliser cette expression triviale — très « pessimiste », c’est pour lutter contre cet optimisme rayonnant, que l’on rencontre même chez ceux qui sont au courant de la situation nucléaire. Au fond, ce que je prêche — mais je sais que par là j’en demande beaucoup à la moyenne des gens, peut-être beaucoup trop — c’est, dans la pratique, de faire des efforts comme s’ils ne savaient pas combien nos chances sont minimes. (...)

    #Anders #philosophie #espérance #Ernst_Bloch #culpabilité #morale #Husserl #Heidegger #Adorno #Horkheimer #Walter_Benjamin #Marcuse #Brecht #Marx #décalage #machine #engagement #Auschwitz #Hiroshima #Beckett

  • #confinement
    #super bouquin
    #cérales ont #domestiqué l’#humain

    https://www.contretemps.eu/homo-domesticus-scott
    #homo_domesticus
    #james_c_scott
    #livre

    Ce livre à l’air super, ca fait longtemps que je me dis que j’ai envie
    de le lire,

    comme l’auteur est #anarchiste (et donc anti #copyright ?!) et que le
    premier ministre n’a pas mis en oeuvre sa promesse, un peu ambitieuse,
    d’ouverture des librairies
    (https://france3-regions.francetvinfo.fr/nouvelle-aquitaine/coronavirus-librairies-sont-fermees-restent-fermes-1805),

    je me permet de partager le #fichier #epub :

    https://1fichier.com/?7185q5xlhckovhje1lzg

    et une interview de l’auteur :

    https://www.liberation.fr/debats/2019/06/21/james-c-scott-on-ne-se-debarrassera-pas-de-l-etat-notre-seul-espoir-c-est

    et pour ceux qui s’ennuient encore, un super #docu sur les #blobs, les
    plantes et l’#intelligence chez les #organismes ("Le blob, un génie sans
    cerveau (Documentaire complet) | Le Vortex & ARTE") :
    https://www.youtube.com/watch?v=B1DCzlWB1lM&t=663s

    • interview libé, james C schott

      Des petits pas insuffisants : n’atteint-on pas les limites de l’infrapolitique ?

      Je suis d’accord, et la question est donc de savoir comment mener des actions d’ampleur. L’hypothèse la plus probable est sans doute que quelque chose se produise, qui rendrait impossible de poursuivre avec nos modèles politiques habituels. Une catastrophe majeure, par exemple. On pourrait ainsi considérer qu’il suffit d’attendre cet événement, mais ce serait une faillite de notre sens du devoir. Ce n’est pas ce que ferait le médecin de la #Peste. (cf. post précédent)

    • Dans ce cas, faut-il revenir à #Marx plutôt qu’à #Lénine ?
      Dans la mesure où nos problèmes actuels ne relèvent pas uniquement de l’exploitation des classes, mais aussi de la destruction du monde naturel, ce n’est pas nécessaire. Je choisirais plutôt Karl Polanyi et son idée de grande transformation. Il a expliqué ce que recouvrent en réalité les trois facteurs de production que sont le capital, la terre et le travail : l’exploitation capitaliste de la « terre » et du « travail » est en fait, plus largement, une forme de prédation sur la « nature » et les « vies humaines » tout entières. Si vous saisissez cela, alors vous comprenez les logiques de la marchandisation, la déviation centrale du capitalisme moderne.

  • Notes anthropologiques (XLVIII)

    Georges Lapierre

    https://lavoiedujaguar.net/Notes-anthropologiques-XLVIII

    Traité sur l’apparence (IV)
    Cosmovision et activité marchande

    Dans un livre consacré à la « naissance de la Grèce », les auteurs font état de la découverte de petits objets provenant de Tirynthe et d’autres sites égéens qui se sont révélés être des poids, « réglés par un système proche-oriental ». Voici donc la notion de mesure qui s’infiltre dans les échanges entre les humains au troisième millénaire avant J.-C. « Les poids les plus anciens du monde égéen datent du bronze ancien et indiquent des liens étroits avec l’aire levantine et le Proche-Orient en général. » Et Julien Zurbach de préciser : « Les poids et mesures, éléments fondamentaux de toute société, sont un indice extrêmement fin et précis des relations d’échange… » Considérer que les poids et mesures sont des éléments fondamentaux de toute société et qu’ils sont un indice précis des relations d’échange a de quoi nous surprendre. Une telle vue met à la trappe sans autre forme de procès tous les échanges qui reposent sur le don, et où il n’est question ni de poids ni de mesures. Une telle idée qui consiste à ne prendre en considération que les échanges marchands peut bien paraître saugrenue. Cependant je pourrais me trouver en accord avec les historiens qui s’intéressent par vocation à ce qu’ils nomment civilisation et il est fort possible que ce qu’ils conçoivent comme étant « la » civilisation commence par l’échange marchand. (...)

    #anthropologie #échanges #don #mesures #valeur #civilisation #société #marchandises #obligation #Jean-Paul_Demoule #cauris #État #nature #culture #Hegel #inégalité #Marx

    • @ktche pas la première fois mais dans ce texte Georges Lapierre s’inscrit en faux contre une des bases de Marx qu’utilise la critique de la valeur (c’est répété dans de nombreux textes) comme quoi celle-ci est calculée (par les capitalistes) sur le temps social nécessaire pour la fabriquer (modulo l’état technologique du moment).

      Un exemple dans une note là

      Les économistes, qui sont seulement les thuriféraires des marchands, entrent dans leur jeu pour présenter le monde de l’activité marchande comme un monde objectif pour ainsi dire naturel et qui ne peut en aucune manière être critiqué. Ils se sont cassé la tête pour déterminer objectivement la valeur d’échange d’une marchandise, faire en sorte qu’elle ne soit plus rattachée à la subjectivité des uns et des autres, en l’occurrence à celle des marchands ; Karl Marx, par exemple, la rattache au temps de travail social nécessaire pour produire une marchandise, ce qui ne voulait rien dire du temps de Karl Marx quand le prix d’une paire de godillots changeait d’un pays à l’autre et qui, de nos jours, ne veut toujours rien dire quand le prix d’une même paire de baskets varie, elle aussi, considérablement d’un pays à l’autre alors que cette paire est produite dans le même pays du tiers monde . En fait, c’est seulement le marchand, et lui seul, qui décide de la valeur d’une paire de godillots ou de baskets en fonction de critères qui lui sont propres et dont l’origine remonte aux spéculations boursières.

      Bon j’ai l’impression qu’il y a une confusion entre « comment Marx la définit » et « comment Marx dit que les capitalistes la définissent », mais reste cette critique sur la subjectivité, aussi bien avant que les capitalistes de maintenant, sur la valorisation d’une marchandise.

      Est-ce qu’il y a des textes expliquant les différentes approches ou critiquant cette approche subjective ?
      Sur certains points j’ai l’impression que les explications de Lapierre sont proches de la wertkritik et parfois je vois bien qu’il tient à se distinguer clairement des conceptions de Marx. Et je n’arrive pas à synthétiser clairement les convergences et divergences.

    • De l’extrait que tu cites ci-dessus, je mettrais rapidement en avant deux divergences avec l’approche de la critique de la valeur

      1) L’équivalence entre prix et valeur : le prix est l’expression phénoménale, dans la sphère de la circulation, de la valeur qui est entièrement déterminée dans la sphère de la production. La distinction opérée entre les deux par Marx est celle entre une catégorie substantielle et un phénomène, certes dérivé, mais dont les multiples autres déterminations contradictoires ne permettent pas de poser une équivalence valeur = prix. Cette équivalence est plutôt celle que font les économistes néo-classiques dits marginalistes, parce qu’ils réduisent la notion de survaleur à celle de profit, selon l’approche subjective qu’en a justement le marchand.

      2) L’analyse en terme de marchandise individuelle : si chaque marchandise « porte » les déterminations qui sont celles de la production marchande, il n’est pas possible d’en faire l’analyse à partir d’une simple partie. La production marchande est une totalité dans le sens où elle imprime sa marque (l’abstraction, l’indifférence au contenu) sur chaque marchandise, pas dans le sens où elle serait la somme des marchandises prises séparément. Encore une fois, c’est justement la vision subjective du marchand qui voit le tout comme la somme des parties qui médiatisent son rapport aux autres sujets de la production marchande, et non pas comme une propriété commune qui échappe à son appréhension.

  • Une théorie du mouvement révolutionnaire
    https://lundi.am/Une-theorie-du-mouvement-revolutionnaire

    En 1963, Socialisme ou Barbarie (SouB), se scinde en deux. Né au sein de la IVe Internationale, il avait rompu avec celle-ci en 1949, sur base d’un désaccord centré sur la nature du stalinisme et de l’URSS. Lors de la scission de 1963, une partie des membres, regroupés au sein de la Tendance, font leurs le renouvellement théorique avancé par Cornélius Castoriadis (1922-1997), l’un des fondateurs de SouB. Ils gardent le nom de la revue et poursuivent sa publication jusqu’en 1965. Deux ans plus tard, le groupe s’auto-dissout. Les membres qui, eux, refusent cette orientation, l’Anti-tendance, et dont la plupart sont en charge de la publication du bulletin mensuel de SouB, Pouvoir Ouvrier (PO), adopte le nom du bulletin, qu’ils continueront à publier jusqu’en octobre 1969.
    ...

    La question des antagonismes sociaux

    Un demi-siècle après la scission de SouB, la figure du prolétariat comme agent de la révolution a pratiquement disparue. Mais, c’est peut-être moins à sa disparition à laquelle nous assistons qu’à son reclassement implicite dans d’autres figures (femmes, immigrés, etc.). Quoi qu’il en soit, la haine de classes – principalement celle de l’élite pour le « peuple » –, elle, est loin d’avoir été soldée. Demeure également le questionnement sur la représentativité du conflit.
    ...
    Mort et dépassement de la politique

    La mort diagnostiquée de la politique et de ses institutions, ainsi que des formes traditionnelles du mouvement ouvrier, n’empêche pas celles-ci d’opérer et d’avoir des effets. Et de ne plus en finir de mourir. L’enjeu est dès lors d’inventer de nouvelles formes et organisations de faire la politique, qui soient réellement révolutionnaires. À l’encontre de Véga affirmant que « l’organisation d’avant-garde ne peut pas être une préfiguration de la société socialiste », Castoriadis écrivait déjà dans Le mouvement révolutionnaire sous le capitalisme moderne : « Le mouvement révolutionnaire doit donc cesser d’être une organisation de spécialistes. Il doit devenir le lieu – le seul dans la société actuelle, en dehors de l’entreprise – où un nombre croissant d’individus réapprennent la vraie vie collective, gèrent leurs propres affaires, se réalisent et se développent en travaillant pour un projet commun dans la reconnaissance réciproque ».
    ...
    Les relations en sont sein étaient prises, selon Debord, dans un « rapport enseignants-élèves », marqué par quelques vedettes et les entraves implicites à la participation de tous. Bref, la volonté de non-spécialisation, d’exercer une activité totale, venait buter sur le manque de mise en œuvre de la critique de la vie quotidienne. Or, sans celle-ci, « l’organisation révolutionnaire est un milieu séparé » . Toujours est-il que l’IS ne fut pas plus capable que SouB de développer (dans la durée) des relations libres et égalitaires, qui préfigurent la société émancipée. L’objectif reste cependant toujours aussi pertinent.
    ...
    Plus près de nous, si l’incapacité (jusqu’à présent) des « gilets jaunes » à se définir autrement que négativement, a souvent été présentée avantageusement comme un « refus d’étiquettes », elle témoigne surtout d’un défaut de positionnement autonome .

    Enfin, les conséquences et leçons tirées de la prétendue mort de la politique interrogent.
    ...
    Conclusions
    ...
    L’élaboration théorique de SouB demeure une source importante et stratégique pour penser les luttes ici et maintenant. Ce qui s’y est joué soulève une série de problèmes, sur lesquels continuent de buter les groupes, qui n’ont pas renoncé à poser la question de la vie quotidienne dans cette société : comment, justement, faire groupe, créer des formes de luttes renouvelées, doublement fixées sur l’autonomie et sur les luttes, lier théorie et pratique, etc. ?

    #gauche #théorie_politique #trotzkisme #marxisme #occupy #socialisme_ou_barbarie #révolution #histoire #mouvements_sociaux #internationale_situationniste