• Le massacre de tirailleurs par l’armée française, en 1944 au Sénégal, a été « prémédité » et « camouflé », selon un rapport officiel
    ▻https://www.franceinfo.fr/monde/afrique/senegal/le-massacre-de-tirailleurs-par-l-armee-francaise-en-1944-au-senegal-a-ete

    Selon eux, "les rapports contradictoires et manifestement faux parlent de 35 ou 70 morts", alors que "plus de 400 tirailleurs se sont volatilisés comme s’ils n’avaient jamais existé". "Les estimations les plus crédibles avancent les chiffres de 300 à 400" morts, affirment-ils.
    Ces tirailleurs originaires de plusieurs pays ouest-africains (notamment Sénégal, Côte d’Ivoire, Guinée, Haute-Volta – devenue aujourd’hui le Burkina Faso) avaient été rapatriés après avoir combattu pour l’armée française en Europe lors de la Seconde Guerre mondiale, et réclamaient le paiement d’arriérés de soldes avant de rentrer chez eux. Le traumatisme lié à leur massacre est toujours vif au Sénégal et dans de nombreux pays du continent.

    Les chercheurs réclament une « demande de pardon » de la France

    La tuerie "devait convaincre que l’ordre colonial ne pouvait être écorné par les effets émancipateurs de la [Seconde] Guerre" mondiale sur les colonisés, accusent les auteurs de ce Livre blanc. C’est "la raison pour laquelle l’opération a été préméditée, minutieusement programmée et exécutée (...) dans des actions coordonnées". "Il est certain que si les tirailleurs avaient été armés, ils se seraient défendus. Nulle part, le moindre acte de résistance n’a été mentionné", affirment les chercheurs. "La tuerie ne s’est pas limitée au camp de Thiaroye et à ses abords. Certains soldats ont été tués à la gare et des blessés, probablement achevés et fusillés au cimetière et en d’autres endroits, et transférés [au cimetière de Thiaroye] pour leur inhumation", ajoutent-ils.

    Les chercheurs recommandent "une requête au niveau de la Cour européenne des droits de l’homme pour entendre prononcer que le massacre de Thiaroye est une violation massive et caractérisée des droits de l’homme envers les tirailleurs sénégalais". La France est en outre appelée à "exprimer officiellement sa demande de pardon aux familles, aux communautés et aux populations des pays dont sont originaires les tirailleurs". Le Livre blanc recommande aussi "l’introduction de requêtes collectives de révision" des procès des tirailleurs jugés et condamnés pour ce massacre, "en impliquant la société civile africaine et européenne".

    #massacre_de_Thiaroye

    • « Le massacre de Thiaroye, au Sénégal, en 1944, c’est le rétablissement de l’ordre colonial »
      ▻https://www.lemonde.fr/idees/article/2025/10/21/le-massacre-de-thiaroye-au-senegal-en-1944-c-est-le-retablissement-de-l-ordr

      Président du comité chargé d’enquêter sur la mort des #tirailleurs_sénégalais près de Dakar, l’historien Mamadou Diouf replace, dans un entretien au « Monde », cet événement dans la mémoire africaine et déplore la difficulté d’accès aux #archives françaises.

      Dans la matinée du 1er décembre 1944, l’armée française, qui avait mobilisé 1 200 de ses hommes et positionné des chars autour du camp de Thiaroye, près de Dakar, ouvrit le feu sur les tirailleurs sénégalais qui s’y trouvaient. Leur tort ? Demander le même solde que leurs camarades métropolitains aux côtés desquels ils avaient combattu durant la seconde guerre mondiale.

      Le bilan officiel de ce qui fut qualifié de « mutinerie » était de 35 morts. En 2012, face à l’indignation et à la mobilisation africaines, la France, par la voix de son président, François Hollande, requalifia l’événement en « répression sanglante » et, en 2014, réévalua le nombre de morts à 70.

      Quelques années plus tard, en 2021, Jean-Yves Le Drian, alors ministre des affaires étrangères, reconnut l’existence de trois #fosses_communes, sans pour autant en préciser la localisation. Et le président Emmanuel Macron finit, dans une lettre adressée en 2024 à son homologue sénégalais, Bassirou Diomaye Faye, par reconnaître le « massacre », alors que des travaux d’historiens français, comme ceux d’Armelle Mabon (Le Massacre de Thiaroye, Le Passager clandestin, 2024), évoquaient un « mensonge d’Etat » couvrant la disparition d’environ 300 à 400 tirailleurs.

      Les autorités sénégalaises ont alors missionné le comité de commémoration du 80e anniversaire, présidé par l’historien Mamadou Diouf, enseignant à l’université Columbia, à New York, pour mener l’enquête. Le résultat a été consigné dans un Livre blanc, remis au président sénégalais le 16 octobre. « Contre-récit » africain du massacre, cette vaste étude de plus de 300 pages plonge au cœur des archives françaises et en analyse les anomalies, présentes en si grand nombre qu’elles finissent, selon les auteurs, par constituer une ligne directrice : celle d’une « falsification ».

      Réinscrivant cet événement dans l’histoire de la lutte pour la libération africaine, le Livre blanc montre qu’il ne s’agit pas d’une « mutinerie ». Mais bel et bien d’une opération « préméditée, minutieusement programmée et exécutée » pour maintenir l’#ordre_colonial mis à mal par la seconde guerre mondiale et menacé par les velléités d’émancipation des tirailleurs sénégalais – originaires du Sénégal mais aussi d’autres pays d’Afrique subsaharienne – qui s’étaient engagés pour la liberté, et la réclamaient à leur tour.

      Le Livre blanc révèle également le résultat des premières fouilles archéologiques entreprises dans une partie du cimetière de Thiaroye. Des cadavres pieds entravés, crâne défoncé, balle dans la poitrine ont été retrouvés. Mais le plus troublant est la non-correspondance entre la position des corps et celle des tombes. Ce qui, selon le rapport, laisse penser à une « mise en scène sous-tendue par un souci de faire correspondre leur nombre à celui des victimes officiellement avancé par l’administration coloniale ».

      Les historiens ont, par ailleurs, identifié des dossiers manquants dans les archives et se sont vu refuser l’accès à certaines d’entre elles en France. Ce qui leur laisse supposer que, contrairement à ce qu’avait affirmé le président François Hollande, en 2014, la France n’a pas remis « toutes » les archives à ce sujet.

      Comment expliquez-vous que certaines archives soient toujours manquantes ou non accessibles ?

      Dès le moment où le massacre a été perpétré, il a été accompagné par la nécessité de le dissimuler. Le comité a donc travaillé à identifier les archives, la documentation existante et les dossiers manquants. Jusqu’à aujourd’hui, personne ne peut dire combien de tirailleurs ont embarqué à bord du Circassia, qui les a rapatriés depuis la France, combien ont été cantonnés à Thiaroye, combien ont été blessés et combien tués. Il est difficilement concevable qu’une armée soit incapable de dire qui sont ses soldats. Il y a nécessairement eu des listes. Que sont-elles devenues ? Tant qu’on ne les aura pas, il sera difficile d’identifier précisément les victimes.

      Nous nous sommes demandé pourquoi la France avait donné différents chiffres concernant le nombre de morts et ce qui était véritablement en jeu derrière ces efforts de dissimulation. Dans le Livre blanc, nous expliquons que le massacre de Thiaroye, comme ceux de #Sétif [le 8 mai 1945, en Algérie] ou de #Madagascar [en 1947], est un massacre de la libération alors que l’on célèbre la Libération.

      C’est cela qu’il fallait cacher : la Libération ne devait pas signifier pour autant la libération des peuples colonisés. Le massacre de Thiaroye, c’est le rétablissement de l’ordre colonial alors que les indigènes ne veulent plus être traités comme tels, mais comme des citoyens. Les tirailleurs demandaient à avoir des droits parce qu’ils avaient participé à la guerre. Or, après la guerre, la métropole entendait se reconstruire en utilisant les ressources de l’empire.

      Que vous ont révélé les premières fouilles ?

      Les résultats sont provisoires, mais ils nous permettent déjà de comprendre que le cimetière semble être une mise en scène pour produire un récit conforme à ce que les autorités françaises veulent imposer. En surface, le cimetière est extrêmement bien organisé, alors que sous les tombes règne un désordre extraordinaire. L’emplacement et l’orientation à la surface des tombes ne correspondent pas à l’emplacement et à l’orientation des corps en terre. Ce qui laisse penser que l’apposition de pierres tombales est probablement postérieure aux enterrements et que l’on a vraisemblablement mis des tombes sur ce qui était plus ou moins des fosses communes. Cela reste à être vérifié pour l’ensemble du cimetière.

      On a également retrouvé un cadavre bouche ouverte, ce qui laisse supposer que la victime a été enterrée vivante. Et des signaux indiquent que certaines des victimes ont été achevées sur place. Toutes n’ont probablement pas été tuées dans le camp. On sait, par ailleurs, que l’une d’entre elles a été tuée à la gare de Thiaroye.

      Que représente aujourd’hui ce massacre dans les imaginaires sénégalais et ouest-africains ?

      Il occupe une place importante. Dès 1944, des artistes, des écrivains et des intellectuels comme Léopold Sédar Senghor, Keïta Fodéba, Frantz Fanon puis Boubacar Boris Diop se sont emparés de ce drame. C’est que l’on comprend tout de suite que le massacre annonce la libération de la domination coloniale. C’est une tragédie certes, mais c’est une tragédie de l’espoir, provoquée par des revendications d’émancipation.

      La mémoire de Thiaroye a contribué à une prise de conscience et à une mobilisation patriotiques et culturelles dans les années 1970, notamment du côté des groupes marxistes, d’extrême gauche. Cela a abouti à un mouvement populaire, qui a fondé l’association Groupe Thiaroye 44, qui organise un festival dont le slogan est « Pour la mémoire, contre l’oubli, pour l’avenir ». Ousmane Sembène réalise, en 1988, un film, Camp de Thiaroye, censuré par la France pendant plus de dix ans. De nombreux chanteurs, Baaba Maal, Ismaël Lô, Touré Kunda, Youssou N’Dour, Omar Pène et bien d’autres, ont écrit des chansons sur le massacre.

      Face au mensonge et à la dissimulation de la France, il y a un travail systématique de la construction d’un récit africain politique et populaire. Il y a eu de nombreuses productions artistiques et esthétiques sur ce sujet qui ont participé à forger une conscience panafricaine au service de la souveraineté et de la construction de sociétés libres, démocratiques et développées.

      Est-ce pour cette raison que le Livre blanc mentionne une dimension panafricaine de la mémoire de ce massacre ?

      Parler de Thiaroye aujourd’hui peut être perçu, du côté de l’ancienne métropole, comme une manifestation antifrançaise. Mais il ne s’agit pas du tout de cela. Nous n’avons pas travaillé contre la France, mais pour produire un #récit_africain d’un événement auquel a participé la France. Or, actuellement, les récits dominants sur cette question sont ceux de l’ancienne métropole. Produire un récit africain, c’est, par exemple, rappeler que, lors de la seconde guerre mondiale, les tirailleurs sénégalais ont commencé à se forger une conscience politique panafricaine, au-delà des entités territoriales coloniales, et que ce massacre est lié à leur bataille pour leurs droits. Commémorer le massacre de Thiaroye, c’est porter une revendication souverainiste. Les autorités sénégalaises sont plongées dans ce travail pour créer une dynamique de célébration panafricaine qui s’ouvre à l’ensemble des Etats qui ont contribué à fournir des tirailleurs à l’armée française.

      Ce Livre blanc demande que justice soit faite. Comment ?

      La sous-commission juridique a commencé un travail important qui va se poursuivre probablement dans une action commune à l’ensemble des pays en relation avec les descendants des victimes. Il s’agit de qualifier juridiquement ce massacre. Peut-on le considérer comme un crime contre l’humanité ? Il faudra déterminer ensuite s’il faut demander des réparations, sous quelle forme, matérielle ou symbolique, et pour qui.

      Une commission vérité et réconciliation nous permettrait de dire ce que nous savons, ce que nous voulons savoir, et ce que nous demandons pour le savoir. Le travail historique et le travail mémorial visent tous deux la vérité. Or, ce travail de vérité peut aider à promouvoir une politique de réconciliation, en identifiant le rôle joué par chacun des protagonistes, car n’oublions pas que cette histoire continue d’exercer une grande influence sur les relations de nos pays.

      Qu’attendez-vous du Sénégal ?

      Nous préconisons que les commémorations à venir ne soient pas uniquement sénégalaises et que tous les acteurs de ce drame y participent, y compris la France. Par ailleurs, il importe que, conformément à ce qu’a annoncé le président du Sénégal, soit créé un centre de documentation et de recherche pour poursuivre le #travail_historique sur ce massacre et sur les tirailleurs en produisant des manuels et des ouvrages de recherche. Enfin, il faut que les #recherches_archéologiques se poursuivent.

      Et de la France ?

      La France a été l’actrice dominante de la période de l’empire. Mais l’empire est mort. Les privilèges que l’empire a accordés à la métropole, aujourd’hui, la France ne peut plus les revendiquer. Elle peut revendiquer une chose : sa place dans cette nouvelle conversation avec ses anciennes possessions devenues souveraines. Aussi, nous attendons de la France qu’elle participe à la vérité.

      Séverine Kodjo-Grandvaux

      #Histoire #Massacres_de_la_Libération #falsification (en 1945 et aujourd’hui) #conscience_panafricaine

    • Mon père vouait une reconnaissance et une admiration sans borne aux tirailleurs avec qui il s’était battu pendant la guerre . Il en avait les larmes aux yeux. Il m’a légué en héritage cette reconnaissance. Merci pour le lien

  • Sénégal : les premiers squelettes de tirailleurs africains exhumés à Thiaroye, criblés de balles — RT en français
    ▻https://francais.rt.com/afrique/121600-senegal-premiers-squelettes-thiaroye-tirailleurs-africain-guerre

    Pourquoi ils nous haïssent ?

    À la veille du 80e anniversaire de la tuerie, commémoré par les autorités sénégalaises, la France a reconnu le massacre. Ces recherches visent à élucider les zones d’ombre ayant entouré cet événement tragique, au cours duquel plusieurs centaines de soldats africains ont trouvé la mort sur ordre d’officiers de l’armée française.

    La version officielle de la France coloniale faisait état de 35 morts, tandis que les historiens avancent un bilan bien plus lourd, pouvant atteindre jusqu’à 400 victimes.

    Selon une source proche du dossier : « Des squelettes humains ont été découverts avec des balles dans le corps, au niveau de la poitrine pour certains. Les balles sont de calibres différents. Pour le moment, c’est une petite section du cimetière qui a été fouillée ».
    Des expertises balistiques et ADN

    Ces squelettes devront faire l’objet d’expertises balistiques afin de déterminer la nature des projectiles et des armes avec lesquelles les tirailleurs ont été exécutés. D’autres expertises ADN aideront à les identifier.

    Ces recherches ont été rendues possibles grâce à la décision du gouvernement sénégalais, prise le 19 février dernier, qui autorise les fouilles au cimetière de Thiaroye ainsi qu’au camp militaire voisin où étaient logés les tirailleurs avant d’être massacrés par l’armée coloniale française.

    Le Sénégal a reproché à la France d’avoir dissimulé des faits sur ce massacre, notamment en refusant l’accès aux archives nécessaires pour établir le nombre exact de victimes.

    Les victimes n’étaient pas uniquement sénégalaises, mais aussi originaires d’autres pays de la région ouest-africaine. En décembre 1944, elles réclamaient le paiement d’arriérés de solde, ce qui leur valut les balles de l’armée de la France — la même France pour laquelle elles avaient combattu durant la seconde guerre mondiale.

  • Sénégal : il y a 80 ans, l’odieux massacre colonial de Thiaroye
    ▻https://www.frustrationmagazine.fr/senegal

    Le Sénégal commémore les 80 ans du massacre de Thiaroye, un événement traumatique pour les Sénégalais et pourtant fort absent des mémoires françaises. Cette commémoration se déroule dans un contexte particulier puisque le Sénégal a exigé de la France qu’elle retire ses troupes au plus vite. Se souvenir des crimes coloniaux, c’est mieux comprendre le rapport […]

  • Thiaroye, #mémoires d’un massacre

    Le 1er décembre 1944, dans le #camp_militaire de Thiaroye, près de Dakar, l’armée française ouvre le feu sur des tirailleurs sénégalais qui réclament le versement de leurs soldes. Longtemps tu dans l’Hexagone, le massacre est pour partie reconnu par l’État français, mais quantité de parts d’ombre demeurent à l’approche de son 80ᵉ anniversaire.

    En juillet 2024, l’Office national des combattants et des victimes de guerre reconnaissait officiellement six tirailleurs sénégalais comme « morts pour la France »…, quatre-vingts ans après leur décès au cours d’une tuerie perpétrée par l’armée française contre ses propres troupes, le 1er décembre 1944 au camp militaire de Thiaroye, près de Dakar. Cette reconnaissance, partielle et tardive, intervient après plus de trois quarts de siècle de bataille mémorielle entre les autorités militaires françaises et les familles et militants politiques ouest-africains. Le conflit porte autour de la qualification de l’événement. Pour les autorités militaires françaises, il s’agit de la répression d’une rébellion armée ; pour les défenseurs des victimes, d’un massacre colonial perpétré contre d’anciens prisonniers de guerre réclamant le versement de leurs soldes.

    Depuis une vingtaine d’années, deux historiens français – Armelle Mabon et Martin Mourre – travaillent sur cet événement. Auteur d’une thèse sur Thiaroye et chercheur associé à l’Institut des mondes africains1, Martin Mourre revient sur ce « déchaînement de violence à l’encontre de ses propres troupes comme on en a peu vu dans l’histoire coloniale, voire dans l’Histoire tout court ». Les événements du 1er décembre s’inscrivent dans le contexte de la fin de la Seconde Guerre mondiale. À la Libération, après quatre années de captivité dans des Frontstalags2 en France, un premier convoi de tirailleurs sénégalais, faits prisonniers par l’armée allemande en 1940, comme 120 000 autres combattants des colonies françaises, se dirige vers la Bretagne pour y embarquer en direction de Dakar et de l’Afrique-Occidentale française3 (AOF), la plus importante des colonies françaises avec une superficie sept fois plus grande que la métropole. Combien sont-ils ? Les sources divergent : entre 1 200 et 1 300 selon les rapports militaires de l’époque, plus de 1 600 pour plusieurs historiens.
    De Morlaix à Thiaroye : la mécanique d’un massacre

    Quoi qu’il en soit, une archive de la Croix-Rouge française exhumée par Armelle Mabon, maîtresse de conférences retraitée à l’université de Bretagne Sud, signale que 315 tirailleurs refusent, le 4 novembre à Morlaix, d’embarquer à bord du Circassia, le navire anglais chargé de les ramener à Dakar, parce qu’ils n’ont pas reçu le quart du solde qui leur était dû. Livrés à eux-mêmes, logés dans des familles ou couchant dehors, ils restent dans la sous-préfecture du Finistère jusqu’au 11 novembre. Ce jour-là, une violente opération de gendarmerie les déloge et les enferme au camp militaire de Trévé, dans les Côtes-d’Armor, puis à Guingamp, jusqu’en janvier 1945. Armelle Mabon pointe leur amertume d’anciens prisonniers de guerre « de nouveau soumis à un régime disciplinaire assez strict, sous la surveillance de gendarmes et de forces françaises de l’intérieur (FFI) ».

    Leurs camarades qui ont pris place sur le Circassia ont entretemps débarqué à Dakar le 21 novembre, avant de rejoindre Thiaroye, à une quinzaine de kilomètres de la capitale de l’AOF. Mais le 27, eux aussi se plaignent auprès des autorités militaires de la colonie du non-versement de leurs soldes et refusent de monter dans un train à direction de Bamako, dans l’actuel Mali. Cette désobéissance s’explique, pour Martin Mourre, par le fait que « ces sommes d’argent conséquentes auraient pu changer le cours de la vie de ces hommes à leur retour au village ». Au demeurant, elle étonne « les officiers français, très surpris que des tirailleurs sénégalais osent réclamer des droits, estime Armelle Mabon, sans compter le préjugé raciste selon lequel les Africains ne savaient pas se servir de l’argent ».

    Au vu des événements, le général de division Marcel Dagnan se rend sur place dès le 28 novembre et promet de répondre aux récriminations des soldats. En parallèle, il prévient sa hiérarchie et le gouverneur général de l’AOF, et monte une opération de répression à partir de toutes les forces militaires disponibles dans la colonie du Sénégal – soit un peu plus de 1 000 tirailleurs – parmi lesquelles le 6e régiment d’artillerie coloniale et ses redoutables automitrailleuses, commandées par des officiers et sous-officiers blancs, pour la plupart restés vichystes jusqu’au ralliement de Dakar à la France libre en 1943.

    Tous les acteurs du drame sont présents. Le 1er décembre au matin, l’armée française tire à l’arme automatique sur la masse des tirailleurs de Thiaroye. Sitôt la fusillade achevée, les troupes arrêtent 48 tirailleurs qu’elles identifient comme des meneurs – parmi lesquels des gradés, comme Antoine Abibou, fin lettré évadé d’un Fronstalag et engagé dans la Résistance en métropole – en raison de la véhémence de leurs protestations les jours précédents. Sur les 48, 34 sont finalement jugés et condamnés en mars 1945 à diverses peines de prison, allant d’un à dix ans, et à la dégradation militaire – c’est le cas d’Antoine Abibou. En 1946 puis 1947, ces condamnés bénéficient d’une loi d’amnistie – et non d’une grâce. Or, pour Armelle Mabon, avec l’amnistie « se construit l’oubli qui entérine le récit de la rébellion armée » et laisse, de fait, les condamnés coupables d’un crime qu’ils n’ont pas commis.

    Le bilan des victimes toujours en question

    De fait, pendant plus d’un demi-siècle, les historiens ne pouvaient s’appuyer que sur les rapports militaires écrits après les événements du 1er décembre et justifiant ces derniers. Or, d’autres sources, dont les procès-verbaux des 34 tirailleurs arrêtés puis les témoignages des survivants recueillis par leurs enfants, mais aussi les archives du Circassia, font apparaître des contradictions entre les différents récits des autorités coloniales et amènent à critiquer la sous-évaluation des victimes du massacre. Alors que les autorités militaires françaises évoquent, aux lendemains de la fusillade, 35 à 70 morts (un chiffre repris par le président de la République François Hollande lors de sa visite d’État au Sénégal en 2014 au moment du 70e anniversaire de Thiaroye), plusieurs historiens parlent de plusieurs centaines de morts.

    Parmi eux, Martin Mourre s’appuie sur une incohérence dans le récit officiel. Un rapport de la Sûreté générale à Dakar postérieur au 1er décembre relate une désertion de 400 tirailleurs lors d’une escale de 24 heures à Casablanca ; or, le rapport d’un chef d’escadron présent sur le navire ne signale rien de tel lors de l’escale marocaine, jugée tout à fait normale. Pour l’historien français, cette supposée désertion de 400 hommes, « invraisemblable pour des hommes si près du foyer après quatre années de captivité », pourrait avoir servi à dissimuler le nombre réel des victimes à Thiaroye.

    Armelle Mabon abonde dans le même sens. À ses yeux, « les historiens ont travaillé sur des documents falsifiés sur ordre, de sorte qu’on ne sait plus ce qui est vrai et ce qui est faux ». Elle-même prend pour exemple le cas de M’Bap Senghor, l’une des six victimes reconnues « mortes pour la France » après le long combat entamé dès 1972 par son fils, d’abord classé comme « non rentré » de captivité puis, une fois que la famille avait appris son départ de France, comme « déserteur ».

    Autre source de discorde : l’emplacement des corps des victimes. Celles-ci ont vraisemblablement été enterrées dans des fosses communes à proximité de Thiaroye, mais aucune archive accessible ne permette de les situer. Cependant, la reconnaissance des six « morts pour la France » pourrait changer la donne. Pour Armelle Mabon, « cette mention oblige la France, avec l’accord du Sénégal, à offrir une tombe individuelle à M’Bap Senghor, identifiable grâce à l’ADN de son fils Biram, et de dédier un ossuaire à toutes les victimes. Dès lors, on mesurera l’ampleur du massacre en exhumant les corps des fosses communes ».
    Mémoires de Thiaroye

    Cette question des sépultures est au cœur du 80e anniversaire de l’événement. De fait, elle met au jour la différence de mémoire de Thiaroye entre les pays issus de l’ex-AOF et leur ancienne métropole. Que ce soit lors des luttes pour l’indépendance ou, plus tard, pour dénoncer la collusion des élites politiques avec l’ancienne puissance coloniale, « Thiaroye, resté une blessure en Afrique de l’Ouest, a toujours été pris en charge par des militants politiques », juge Martin Mourre.

    En témoignent le succès en 1988 du film Camp de Thiaroye, réalisé par le cinéaste sénégalais Ousmane Sembène, ou l’institution en 2004 de la Journée du tirailleur par le président sénégalais Abdoulaye Wade. Encore aujourd’hui, les quelques descendants encore en vie des victimes identifiées bataillent pour faire reconnaître le statut de leurs pères. C’est le cas de Biram Senghor, accompagné d’Armelle Mabon, en cours de procédure judiciaire contre l’État français pour obtenir réparation du préjudice moral et matériel causé par la mort de son père lorsque lui-même avait six ans.

    En France, à l’inverse, le massacre de Thiaroye reste relativement méconnu et la responsabilité de l’armée française tardivement avouée. Il faut attendre 2014 pour que François Hollande admette officiellement4 la mort de « plus de 70 » tirailleurs sous les balles de l’armée française. Dix ans plus tard, la reconnaissance des six « morts pour la France » s’inscrit dans un contexte géopolitique régional bien différent.

    Depuis les coups d’État au Burkina Faso, au Mali et au Niger entre 2020 et 2023 et l’élection présidentielle sénégalaise en 2024, la France est perçue comme hostile dans une bonne partie de l’ex-AOF. Dans ce contexte, « les nouvelles autorités régionales tablent sur la souveraineté mémorielle et une volonté panafricaine de s’emparer de cette mémoire », analyse Martin Mourre. Ainsi du président burkinabé Ibrahim Traoré qui, lors du second sommet Russie/Afrique en 2023, dresse un parallèle entre les soldats soviétiques, à ses yeux les grands oubliés de la libération de l’Europe, et les tirailleurs sénégalais, dont ceux tués à Thiaroye. Une chose est sûre : 80 ans après les faits, les événements du 1er décembre 1944 continuent de s’écrire au présent.

    ▻https://lejournal.cnrs.fr/articles/thiaroye-memoires-dun-massacre
    #Thiaroye_44 #Thiaroye #WWII #post-colonialisme #colonialisme #mémoire #tirailleurs_sénégalais #massacre #seconde_guerre_mondiale #deuxième_guerre_mondiale #histoire #France #historicisation #histoire_de_France #mensonge #massacre_de_Thiaroye

  • Le #massacre_de_Thiaroye

    1er décembre 1944, camp de Thiaroye, en périphérie de Dakar. Des #tirailleurs_sénégalais, faits prisonniers par les Allemands lors de la guerre et récemment rapatriés, réclament le paiement de leur solde. Un droit qui leur était promis depuis des mois. La réponse est sanglante et d’une #violence inouïe : des centaines d’entre eux sont rassemblés sur une esplanade du camp, froidement mitraillés puis jetés dans des fosses communes.

    Pourtant, dès le lendemain, les autorités coloniales et militaires prétexteront une #rébellion_armée des tirailleurs et feront état de trente-cinq morts. Entre #mensonge_d’État et #fraude_scientifique, l’historienne #Armelle_Mabon mène depuis dix ans un véritable combat pour réhabiliter ces hommes et les faire reconnaître comme victimes d’un #crime_d’État.

    À l’heure des #commémorations pour les quatre-vingts ans de ce #massacre, ce livre est d’autant plus nécessaire que la France s’obstine à refuser de regarder en face l’héritage raciste de la colonisation.

    ▻https://www.lepassagerclandestin.fr/catalogue/essais/le-massacre-de-thiaroye
    #colonialisme #colonisation #Sénégal #France #colonialisme_français #réhabilitation #histoire #crime_d'Etat #racisme #héritage #mémoire #livre

    ping @cede @karine4

  • #Massacre_de_Thiaroye et la mention « #Mort_pour_la_France »

    Depuis quelques jours, nous assistons à une tempête médiatique suite à l’octroi de la mention « Mort pour la France » pour six ex-#prisonniers_de_guerre assassinés à Thiaroye par l’armée française. Un décryptage me paraît indispensable.

    J’ai souvent regretté que les médias ne s’emparent pas de ce fait historique ou donnent la parole à des personnalités qui n’y connaissaient pas grand chose. Avec l’octroi de la mention "Mort pour la France" pour seulement six hommes et une dépêche AFP, ce fut l’emballement dont j’aurais pu me réjouir si son contenu n’avait pas véhiculé des inexactitudes. En premier lieu, évoquer l’attribution de la mention "Mort pour la France à titre posthume" est un regrettable #pléonasme. Avez-vous vu des vivants réclamer cette mention ?

    La dépêche, reprise par je ne sais combien de médias, évoque une "révolte" alors qu’ils ont réclamé leur dû avant de quitter le camp de Thiaroye et ce chiffre de 1300 rapatriés (chiffre officiel) alors qu’ils étaient plus de 1600. Puis "des #troupes_coloniales et des gendarmes français avaient tiré sur ordre d’officiers de l’#armée_française sur des tirailleurs rapatriés qui réclamaient leurs arriérés de solde". Les archives consultables sont très claires. Les tirailleurs "sénégalais" du service d’ordre n’ont pas pu tirer puisque leurs fusils n’étaient pas chargés et les gendarmes ont eu un rôle mineur. Le massacre a été perpétré par des armes automatiques dont des automitrailleuses commandées par des officiers. L’#ordre_de_tirer a été donné par le lieutenant-colonel #Le_Berre. Ce dernier a été sanctionné. Amnistié en 1947 comme les condamnés, le motif de sa sanction a été caviardé à tort. En avril 2023, le ministère m’a autorisée à me rendre au SHD, avec un laboratoire spécialisé, pour tenter de lire les lettres. Au prétexte d’une instruction complémentaire, le RDV programmé a été annulé et finalement, en avril 2024, le cabinet de la Secrétaire d’État m’a annoncé que je n’étais pas autorisée à faire cette opération de "désoccultation" alors que le rapporteur public du Conseil d’État, Alexandre Lallet, a suggéré dans ses conclusions du 4 octobre 2019 : "Par conséquent, la description des faits reprochés au lieutenant-colonel A, si elle n’avait pas été occultée, aurait été à notre avis communicable et l’administration pourrait accepter que soit déployé un dispositif technique de révélation des mentions originales, sans qu’on puisse l’y contraindre juridiquement".
    J’y vois là une nouvelle tentative d’#obstruction à la manifestation de la #vérité sur un #crime_colonial commis. Cet officier a peut-être outrepassé les ordres en faisant venir des automitrailleuses qui n’ont rien à voir avec une opération de maintien de l’ordre.

    La genèse de la liste des six

    En 2013, ne parvenant pas à trouver des documents et notamment des circulaires afin de connaître les droits de ces rapatriés, j’ai alerté le ministre de la Défense, Jean-Yves Le Drian, lorientais comme moi, qui a sollicité le SHD (service historique de la Défense). Le 22 novembre 2013, j’ai reçu une réponse du ministre avec, dans une note de bas de page cette indication "quelques dossiers individuels conservés à Caen par la division des archives des victimes des conflits contemporains qui ont pu être identifiés comme concernant des victimes des événements de Thiaroye". C’est ainsi que j’ai pu obtenir les six dossiers. Ne possédant pas les noms de ces victimes, je n’aurais jamais pu les trouver sans cette intervention. Quelque temps plus tard, j’ai reçu la circulaire du 4 décembre 1944 qui fait croire que les rapatriés avaient perçu l’intégralité des soldes.

    Le contenu des dossiers

    Contrairement à ce que prétend le ministère des armées comme indiqué dans Le Monde Afrique Le massacre de Thiaroye, enjeu politique entre le Sénégal et la France (lemonde.fr), "dont les dossiers, en possession du Service historique de la défense, mentionnent qu’ils sont décédés à la suite du massacre de Thiaroye", il n’y a aucune mention du massacre. Bien au contraire. Dans le dossier #N'Gour_N'Dour, on trouve un courrier daté du 26 mai 1952 avec : "décédé le 1er décembre 1944 à Thiaroye (Dakar) au cours d’une rébellion du détachement, n’est pas Mort pour la France". Sur des dossiers de décès est effectivement estampillé "N’a pas droit à la mention Mort pour la France".

    Dans un autre courrier daté du 31 août 1951, le commandement supérieur des forces terrestres d’AOF écrit au Gouverneur du Sénégal que "le tirailleur N’Gour N’Dour est décédé au camp de Tiaroye, le 1er décembre 1944, jour de la #répression dans ce camp d’une mutinerie fomentée par les tirailleurs rapatriés de France". Il arrive de découvrir des propos ubuesques comme ce rapport provenant du DIC (Dépôt des Isolés coloniaux) de Dakar : "Aucun décès n’étant survenu parmi les militaires du service d’ordre, la mort du soldat de 2e classe #Ibrahima_N'Diaye ne peut donc être considérée comme survenue en service commandé". C’est un argumentaire incompréhensible et un non sens.

    Récemment j’ai saisi la justice administrative pour obtenir les archives du DIC de Dakar et le ministère invariablement répond que ces archives n’existent pas ou plus. Pourtant on en trouve mais que pour montrer le fait de rébellion et de mutinerie.

    Ces six dossiers existent au SHD vraisemblablement parce que les familles ou l’administration ont réclamé des explications.

    Dans le dossier de #M'Bap_Senghor, le plus volumineux avec les courriers de son fils Biram que j’ai pu ainsi retrouver, on trouve une demande d’enquête par le ministre Hernu et son chef de cabinet Serge Daël (que j’ai rencontré alors qu’il était président de la CADA). Il n’y a pas eu d’enquête car le département de la Défense a prétendu qu’il n’y avait pas de dossier.

    Thiaroye n’est qu’une succession de #mensonges pour camoufler l’#ignominie.

    L’octroi de la mention "Mort pour la France"

    Le dernier courrier de Biram Senghor demandant la mention "Mort pour la France" à l’ONaCVG date de janvier 2023, il n’a eu aucune réponse et il s’apprêtait à saisir le tribunal judiciaire, seul compétent et non la justice administrative. Mais le 18 avril 2023, les conseillers de la secrétaire d’État Patricia Mirallès, m’annoncent que le gouvernement réfléchit à une loi mémorielle et que les victimes de Thiaroye sont reconnues "Mort pour la France", c’est acquis. Ils m’ont demandé les cotes des dossiers. J’ai tout de suite informé Biram Senghor mais il n’a reçu aucun courrier, RIEN. J’ai évidemment demandé des explications à cette annonce non suivie d’effet. Pour moi, il y avait urgence. Il a fallu attendre le 8 juillet 2024, lendemain des législatives, pour recevoir enfin de l’ONaCVG, un courriel avec l’octroi de la mention pour cinq des victimes et avec une précision importante, la signature de la décision collective. J’ai réclamé la liste des cinq noms et cette décision collective. Je n’ai reçu que la liste non pas de cinq mais de six noms. J’ai signalé que le SHD possède un feuillet nominatif de contrôle (FNC) au nom de #Fara_Gomis qui prouve qu’il est décédé le 1er décembre 1944 et j’ai adressé un acte de décès d’un autre rapatrié. J’ai mentionné également que les trois condamnés morts durant leur détention doivent obtenir la mention "MPF". Ils sont bien décédés des suites de la guerre et n’ont pas été amnistiés. En parallèle, depuis des années je réclame au ministère, la liste des rapatriés et des victimes avec les archives du DIC de Dakar.

    Je dois comprendre que l’annonce officielle a été retardée pour l’inscrire dans un chemin mémoriel, une communication voulue par l’Elysée. Mais ont-ils pensé au seul descendant d’une victime âgé de 86 ans ? Cela donne un goût amer.

    Les conséquences de la mention "Mort pour la France" dans le cas du massacre de Thiaroye

    Je ne connais pas de situation similaire dans l’histoire militaire contemporaine avec la mention "Mort pour la France" attribuée par l’État français suite à une #exécution_extrajudiciaire commise par ce même État.

    En octobre 2023, j’ai été reçue par la direction des Affaires criminelles et des grâces comme en 2014. Les conseillères du Garde des Sceaux ont clairement indiqué qu’en cas d’officialisation de la mention "#MPF", le ministre pourra saisir la commission d’instruction de la Cour de cassation afin de faire aboutir le procès en révision pour les 34 condamnés. Cette mention "MPF" peut être considérée comme un élément nouveau.

    Le ministère pourra t-il et osera t-il refuser une #indemnisation à Biram Senghor dont le père a bien été assassiné et qui, du fait du #mensonge_d'Etat, a perdu tous ses droits. Comment évaluer un tel préjudice ?

    M’Bap Senghor désormais reconnu "Mort pour la France" repose dans une #fosse_commune. Je me demande si l’État français n’a pas obligation à faire des test ADN pour identifier son corps afin qu’il repose dans une sépulture individuelle à son nom.

    En tant qu’historienne qui avait, dès 2014, transmis au ministère et au président Hollande la synthèse de mes travaux faisant état du massacre prémédité, je veux comprendre comment la DMPA (Direction de la mémoire du patrimoine et des archives) a pu mettre en place trois panneaux réitérant le mensonge d’État alors que le ministère possédait les mêmes documents qu’en 2024.

    La décision d’attribuer la mention "Mort pour la France" n’a pu se faire qu’avec des documents qui prouvent qu’ils ne sont pas des mutins alors que les archives consultables montrent la rébellion armée, la #mutinerie, les revendications illégitimes. Le ministère ne peut plus prétendre que ces #archives n’existent pas ou plus ou ont été perdues ou détruites. Une enquête interne s’impose afin de voir au plus près l’origine de ces dysfonctionnements.

    Il va falloir procéder à la fouille des fosses communes et des tombes du cimetière. Le Sénégal a tout pouvoir pour le décider. Le ministère des armées a mentionné, pour un rapport de l’assemblée nationale, que des #tombes in mémoriam avaient été construites sur trois fosses communes, information gravée dans le marbre de notre République. Pour la DMPA (devenue DPMA puis DMCA), l’Islam interdit d’exhumer des corps. C’est leur credo, tout faire pour ne pas connaître l’étendue du massacre.

    L’octroi de la mention "MPF" est une petite avancée dans une étendue de renoncements, de manque de courage politique et de #racisme. Il n’y aurait pas eu d’#affaire_Thiaroye - qui rappelle l’affaire Dreyfus - si ces soldats avaient été des métropolitains blancs.

    Puisque le 15 août le président Macron ne pourra donc pas annoncer l’octroi de la mention "Mort pour la France", il peut annoncer que le Garde des Sceaux (qui est toujours ministre) a saisi la Cour de Cassation, qu’il y aura réparation et que le ministère des Armées a versé au SHD toutes les archives sans exception et que je pourrais lire les lettres du motif de la sanction. Ces décisions sont du ressort de l’État français.

    Je signale par ailleurs que le ministère des Armées et l’ONaCVG, par un jugement du 24 juin ont injonction à me transmettre dans les deux mois les documents qui prouvent que les disparus nommés sur les plaques du "#Tata " de #Chasselay inaugurées en janvier 2022 par Geneviève Darrieussecq, devenue vice-présidente de la Commission défense, sont bien inhumés dans cette nécropole militaire. Le ministère a d’abord fait croire à des recherches génétiques. Thiaroye c’est un massacre commis par l’armée française avec l’impossibilité de nommer les victimes (sauf 6) et à Chasselay c’est un massacre commis par l’ennemi allemand. Si je ne reçois pas ces documents, nous serons confrontés à une #imposture_mémorielle.

    ▻https://blogs.mediapart.fr/armelle-mabon/blog/010824/massacre-de-thiaroye-et-la-mention-mort-pour-la-france
    #Thiaroye #assassinat #massacre #massacre_de_Tiaroye #Sénégal #France #mémoire #histoire

    • Dans cet article, on apprend qu’elle a été mandatée par le Secrétariat d’État chargé des Anciens Combattants et de la Mémoire pour participer à la dernière journée durant laquelle a eu lieu la cession officielle des archives sur Thiaroye au Sénégal. Elle a donc entendu le président Hollande évoquer au moins soixante-dix morts.

      #historienne_de_prefecture

  • Morts par la France - les arènes
    ▻http://www.arenes.fr/livre/morts-par-la-france

    LʼHistoire est une compagne de voyage intransigeante et parfois impitoyable… Elle vous fait prendre des chemins escarpés, des sentiers semés de pièges, dʼembûches et de déceptions. Celle que je mʼapprête à vous raconter a été trop longtemps dissimulée. Enfouie sous des tonnes de mensonges, sous des tombereaux dʼhypocrisie. Mais la vérité est comme la vie, elle trouve toujours un chemin. »

    Le 1er décembre 1944, à #Thiaroye, au #Sénégal, lʼarmée coloniale française ouvre le feu et assassine des centaines de soldats « indigènes », anciens prisonniers de guerre. Depuis, lʼÉtat français ment sur cet épisode tragique en niant ce meurtre de masse. Armelle Mabon, historienne, se bat depuis vingt ans pour rétablir la vérité.

    Morts par la France rend hommage à ces soldats oubliés et tente de réhabiliter leur honneur bafoué.

    #bd

  • Un des nombreux massacres de l’armée française coloniale, celui de Thiaroye au Sénégal, mérite d’être rappelé sans cesse, pour la brutalité et l’injustice de la colonisation, mais aussi parce que ces crimes ne sont ni reconnus à leur juste valeur, ni réparés par des dédommagements légitimes.

    En 1988, l’écrivain et réalisateur sénégalais, et ancien tirailleur lui même, Semben Ousmane, réalise l’excellent Camp de Thiaroye, prix spécial du jury à la Mostra de Venise, jamais diffusé à la télévision française, mais visible ici :
    ►https://rarefilmm.com/2018/05/camp-de-thiaroye-1988

    Fidèle à ma réputation, je me dois de signaler deux détails musicaux sur ce film qui, à ma grande suprise, n’étaient signalés ni sur wikipédia (j’ai corrigé ça) ni sur l’IMDB :

    La musique est composée et jouée, entre autre à l’harmonica, par Ismaila Lo. Il s’agit de l’artiste qui deviendra célèbre en 1994 sous le nom d’Ismael Lo, avec son tube Dibi Dibi Rek, et son harmonica qui lui valut le surnom du Bob Dylan africain :
    ▻https://www.youtube.com/watch?v=WlqXmlrvHv8

    Ismael Lo joue aussi dans le film, justement le soldat harmoniciste qui calme Pays en lui jouant Lili Marlène. Il jouera encore dans un court métrage de Idrissa Ouedraogo, Afrique, mon Afrique (1995, dont il composera aussi la musique), et dans Tableau Ferraille, de Moussa Sene Absa (1996).

    Autre acteur et musicien dans ce film, le congolais Casimir Zoba, plus connu sous le nom de Zao, et qui joue un soldat congolais. Déjà célèbre depuis 1984 et son tube Ancien Combattant, dans lequel on retrouve la même langue imagée que dans le film, Zao continuera de composer jusqu’en 1999, mais je ne sais pas s’il tournera dans d’autres films. Après une pause, il recommence à donner des concerts depuis 2006 et je vous le recommande chaudement s’il passe près de chez vous...
    ►https://www.youtube.com/watch?v=K4w6kSucANY

    Le massacre de Thiaroye a déjà été couvert sur Seenthis, ici :
    ▻https://seenthis.net/messages/316726
    ►https://seenthis.net/messages/316990
    ▻https://seenthis.net/messages/317126
    ▻https://seenthis.net/messages/317354
    ▻https://seenthis.net/messages/440328
    ▻https://seenthis.net/messages/704475

    #Thiaroye_44 #Thiaroye #Massacre_de_Thiaroye #tirailleurs_sénégalais #indigènes #france #afrique #sénégal #seconde_guerre_mondiale #mémoire #histoire #colonialisme #Semben_Ousmane #Camp_de_Thiaroye #Ismael_Lo #Zao

  • La #Justice laisse fermé le dossier du massacre de tirailleurs sénagalais en 1944
    ▻https://www.mediapart.fr/journal/france/151215/la-justice-laisse-ferme-le-dossier-du-massacre-de-tirailleurs-senagalais-e

    La Commission d’instruction de la Cour de révision de la #Cour_de_cassation a rejeté la demande de révision du procès d’Antoine Abibou, condamné le 5 mars 1945 à dix ans de prison pour rébellion commise par des militaires armés. En fait de rébellion, l’histoire d’Antoine Abibou est celle d’un rescapé, survivant du massacre de #Thiaroye (Sénégal).

    #France #Antoine_Abibou #commission_de_révision

  • #Sénégal - Massacre de #Thiaroye : 1er décembre 1944, quand l’armée française décimait ses « #indigènes »
    ▻http://www.jeuneafrique.com/Article/ARTJAWEB20141128114120

    Le 1er décembre 1944, des dizaines de tirailleurs sénégalais qui réclamaient le paiement de leurs soldes étaient massacrés par l’armée française dans le camp de Thiaroye, près de #Dakar. Soixante-dix ans après, retour sur ce drame et ses zones d’ombres en vidéo.

    C’est l’un des pires crimes commis par l’armée française à l’encontre des soldats « indigènes », ces hommes issus des colonies qui se sont battus pour la #France durant les deux guerres mondiale. Il y a soixante-dix ans, le 1er décembre 1944, à la levée du jour, des militaires français ouvraient le feu sans merci sur des tirailleurs sénégalais massés dans le camp de Thiaroye. Accusés de mutinerie par leur hiérarchie, ces soldats, originaires de toute l’Afrique occidentale française (AOF), avaient simplement osé réclamer le paiement de leurs arriérés de soldes.

    Aujourd’hui encore, la vérité sur ce massacre n’a toujours pas été clairement établie et les autorités françaises commencent à peine à reconnaitre les faits. Pour le soixante-dixième anniversaire de commémoration, une cérémonie officielle regroupant le président français, François Hollande, et son homologue sénégalais, Macky Sall, sera organisée à Thiaroye en marge du sommet de la Francophonie, qui se tient les 29 et 30 novembre à Dakar. En attendant d’éventuelles annonces du chef de l’État français, retour, en vidéo, sur ce drame et ses zones d’ombre.

    ▻http://www.dailymotion.com/video/x2b9ti9_retour-sur-le-massacre-de-thiaroye-le-1er-decembre-1944_news#fr