• An Obscure Field of Math Might Help Unlock Mysteries of Human Perception | Discover Magazine
      https://www.discovermagazine.com/the-sciences/an-obscure-field-of-math-might-help-unlock-mysteries-of-human-perc
      https://images.ctfassets.net/cnu0m8re1exe/qRT8mLm2TDqhzSePqF5gS/7dcbc0cc1116822294bc9c089615aa89/hyperbolicmind1.jpeg
      Hungarian mathematician János Bolyai challenged the rules Euclid had outlined more than 2,000 years earlier.
      Credit: Science History Images/Alamy

      The human brain is both a marvel and a mystery of evolution: Packed into a volume about one-quarter that of an inflated soccer ball, somewhere around 86 billion neurons form networks that enable us to do everything from mindlessly scrolling through Instagram to safely sending people into space. But a deeper understanding of the structure of those networks is still an open question.

      Perception remains particularly vexing: How does the human brain turn the deluge of incoming signals — photons, odor molecules, sound waves, sensations on our skin — into an accurate mental simulation? What neural network could represent, say, the smell of chocolate?
      […]
      The idea of breaking Euclid’s Fifth attracted big thinkers of the time, including Carl Friedrich Gauss and Nikolai Lobachevsky. One of the most remarkable figures was János Bolyai, a young, aspiring mathematician from Hungary who was one of the first to forge the rules of this new geometry. In 1820, he undertook a radical plan to thwart Euclid. János realized that relaxing Euclid’s Fifth Postulate opened new windows to stranger, non-Euclidean geometries.

      His father, Farkas, was not pleased, using language we don’t often hear from mathematicians. Or fathers, for that matter.

      For God’s sake, please give it up,” Farkas wrote to János.

      Detest it as lewd intercourse,” his letter continued. “It can deprive you of all your leisure, your health, your rest, and the whole happiness of your life.” Farkas, himself a mathematician and a lifelong friend of Gauss, noted that he, too, had once challenged Euclid. “I have measured that bottomless night, and all the light and all the joy of my life went out there.

      #géométrie_non_euclidienne #géométrie_hyperbolique

  • « Les policiers sont dressés à différencier les proies dont ils peuvent abîmer les corps » - CQFD, mensuel de critique et d’expérimentation sociales
    http://cqfd-journal.org/Les-policiers-sont-dresses-a

    La férocité policière ne découle pas d’une perte de contrôle de l’État sur sa police, qui serait, comme on l’entend souvent, “lâchée en roue libre”. La gestion de la police dans le capitalisme sécuritaire continue d’évoluer par retours d’expériences. Les mises en pratique réelles des régimes de police sont toujours très éloignées des fantasmes de contrôle total qui les animent en amont. La police se trompe souvent, elle se plante parfois magistralement, elle n’arrive jamais à soumettre durablement les opprimé•es, mais sa violence est globalement gérée, administrée, instituée par les classes dominantes. »

    #police #violences_policières

  • 40 ans de réformes de l’assurance-chômage : la réduction des droits touche d’abord les plus précaires, entretien avec Mathieu Grégoire réalisé par Catherine Petillon
    https://www.franceculture.fr/economie/40-ans-de-reformes-de-lassurance-chomage-la-reduction-des-droits-touch

    Depuis quarante ans, le chômage s’est beaucoup transformé : il a augmenté mais s’est aussi modifié, avec la montée en puissance de l’emploi atypique et la multiplication des contrats courts. Qu’en est-il de la couverture du chômage ?
    [...]
    Qu’avez-vous observé sur cette période de 40 ans de réformes de l’assurance-chômage ?

    L’objet de cette étude était de s’intéresser aux droits des chômeurs à l’assurance-chômage et à l’indemnisation sur une longue période, afin de comprendre comment ont évolué ces droits, en particulier pour les salariés à l’emploi discontinu — comme les intérimaires, les intermittents, les travailleurs de l’hôtellerie ou de la restauration, les personnes en contrats courts. En somme, tous ceux qui alternent de l’emploi et du chômage, que ce soit à des rythmes très saccadés ou plus lents.

    Ces profils nous intéressaient plus particulièrement car ils ont été mis en avant lors des réformes de 2009 et 2014. Et ce sont leurs droits qui ont été remis en cause en 2017, puis très profondément avec la réforme de 2019.
    Grâce à un simulateur de droits nous avons pu comparer pour différents cas-types les effets de chaque réforme.

    Quels sont les principaux enseignements ?

    Le temps long montre des évolutions assez profondes dont les négociateurs n’ont pas forcément conscience quand ils travaillent, réforme après réforme, à modifier les droits. Or c’est intéressant, en particulier pour la dernière réforme, car cela contredit l’affirmation récurrente selon laquelle les règles de 2019 consisteraient simplement à revenir sur des droits plus généreux, accordés après la crise de 2008. Et qu’il ne s’agirait en somme que d’un retour à la normale.

    Or ce qu’on montre, c’est qu’en 40 ans, pour les salariés en emploi discontinu, jamais l’indemnisation n’a été aussi basse que celle qui est prévue dans le décret de 2019.

    Les conditions sont toujours plus restrictives ?

    On constate une inversion complète de la hiérarchie de l’indemnisation au cours de la période. En 1979, l’assurance-chômage fonctionne vraiment comme une assurance : les personnes les plus exposées au chômage sont les plus indemnisées. Mais à la fin des années 2000, pour les plus précaires, c’est une autre logique qui l’emporte : les chômeurs sont d’autant plus indemnisés qu’ils sont en emploi. Selon une logique cette fois de compte-épargne ; à chaque fois qu’ils travaillent, ils gagnent des droits supplémentaires.
    Concrètement, cela se traduit par une course-poursuite durant laquelle ils travaillent, acquièrent des droits, deviennent éligibles à l’assurance chômage, puis épuisent leurs droits, en gagnent de nouveaux et ainsi de suite. Ils remplissent leurs comptes et le consomment successivement.

    Autrement dit, l’indemnisation du chômage s’est beaucoup transformée pour inciter les salariés les plus précaires à l’emploi, davantage que pour leur assurer un revenu de remplacement pendant les périodes de chômage.
    Avec l’idée qu’il vaut mieux un mauvais emploi que pas du tout. Et les dispositifs comme l’activité réduite sont d’ailleurs une manière d’inciter à accepter des emplois dans des conditions dégradées.

    Pour ce type de travailleurs, c’est une évolution continue dans le temps ?

    L’un des résultats qui nous a surpris, c’est la stabilité totale et absolue sur quarante ans des droits des “salariés stables” — c’est-à-dire le cas d’une personne en emploi pendant une longue période, qui se retrouverait au chômage pendant 15 mois et puis retrouverait un emploi. Cette situation là donne lieu à des variations infimes. Et ça, je ne pense pas que les négociateurs en aient une conscience entière quand ils négocient à chaque réforme, les conditions d’indemnisation de l’assurance-chômage. Cela montre une forme d’impensé de la négociation, à savoir que cette figure du salariat, on n’y touche pas. Ce sont les travailleurs plus à la marge qui vont connaître des variations régulières et très importantes de leur indemnisation.

    C’est plus vrai encore depuis la réforme de 2019 ?

    Pour les salariés stables, encore une fois, cela ne change rien à ce qui existe depuis depuis 1979, à quelques exceptions près comme des mesures de dégressivité pour les hauts revenus. En revanche, pour les salariés en emploi discontinu, c’est une révolution. Cela constitue un effondrement historique de leurs droits. Notamment parce que le calcul du salaire journalier de référence prend en compte non plus simplement le salaire, mais aussi la performance d’emploi. Par exemple, un travailleur payé au Smic mais au chômage la moitié du temps considéré verra son salaire journalier divisé par deux. Cela a des effets extrêmement forts sur les droits des salariés en emploi discontinu et cela introduit encore plus l’idée de compte épargne.

    Vous avez conçu un simulateur d’indemnisation qui permet de mesurer les effets des réformes pour chaque cas type pour une période de 60 mois. Pourquoi choisir une durée si longue ?

    Les personnes en intermittence d’emploi ne sont pas souvent éligibles au chômage de façon claire. lls le deviennent au bout d’un certain temps, puis consomment leurs droits ; comme ils travaillent, ils finissent par redevenir éligibles, et ainsi de suite. Ils sont dans une intermittence de l’emploi, mais aussi de l’indemnisation. Or ne regarder qu’une seule période de droit, c’est ne pas considérer les périodes durant lesquelles les personnes ne sont pas indemnisées, ni celles durant lesquelles elles le sont à nouveau.. C’est pourquoi nous avons considéré systématiquement les parcours sur 60 mois.

    Un autre intérêt de la simulation est de mesurer la diversité des profils. Car quand on parle des salariés à l’emploi discontinu, il est essentiel de bien distinguer ceux qui ont eu un emploi stable auparavant, et ressemblent plus à des chômeurs “standard” ; et ceux qui entrent sur le marché du travail ou alors vivent en permanence dans l’intermittence de l’emploi. Ces deux cas sont désignés de la même façon, comme des précaires. En réalité, leur traitement par l’assurance-chômage est radicalement différent.

    Vous insistez aussi sur ce qu’on appelle le taux de couverture. Pourquoi est-ce important, et quel usage politique est fait de cette indicateur ?

    Le taux de couverture est simplement la part des chômeurs qui perçoivent une indemnisation. Ce taux de couverture, il a fallu qu’on le reconstitue parce que les données n’étaient pas disponibles, contrairement à ce qu’on pourrait imaginer. Et on a constaté que la part des salariés indemnisés chute de façon très importante à partir de 2003, pour arriver en 2018 à la part des chômeurs indemnisés, la plus basse de toute l’Histoire depuis 1985.
    Et pourtant, la surprise c’est qu’à partir de 2016 les publications officielles se sont intéressées à un nouvel indicateur, le seul publié depuis : la part des chômeurs non pas indemnisés, mais indemnisables. C’est le cas quand on est inscrit à Pôle emploi.
    Or cet indicateur pose un certain nombre de questions puisqu’il prend en considération des gens qui ne sont pas forcément indemnisés et même sont parfois en emploi.
    Par exemple, quelqu’un qui a travaillé à temps plein durant le mois considéré mais reste inscrit à Pôle emploi, ce qui est de plus en plus courant, sera considéré comme couvert par l’assurance-chômage, dont on se félicitera alors des performances positives.

    Même si les deux indicateurs sont intéressants, cela pose un gros problème si le nouveau taux de couverture officiel occulte d’une certaine manière à la réalité, quand même beaucoup plus crue, qui est que l’indemnisation du chômage n’a jamais concerné une proportion aussi faible de chômeurs qu’à la fin des années 2010. On peut aussi penser, et c’est l’un des résultats de la simulation, que la réforme de 2019 baissera encore le nombre d’indemnisations.

    Quelle évolution des droits à l’assurance chômage ? (1979-2020) - Mathieu GREGOIRE, Claire VIVES, Jérôme DEYRIS - IRES
    http://www.ires.fr/index.php/etudes-recherches-ouvrages/etudes-des-organisations-syndicales/item/6177-quelle-evolution-des-droits-a-l-assurance-chomage-1979-2020
    https://seenthis.net/messages/858232
    #toctoc
    #Mathieu_Grégoire #Chômage #chômeurs #précaires #salariat #travailleurs_précaires #allocation_chômage #taux_de_couverture #non_indemnisation #droits_des_chômeurs #assurance_chômage #Unedic #droit_au_chômage #précarisation #activité_réduite #intermittents_de_l'emploi #emploi_intermittent #emploi_discontinu #chômeurs_en_activité_à_temps_réduit #revenu #économie #emploi #histoire_sociale

  • Un mathématicien s’intéresse à la biologie structurale et fait des propositions originales en vue de développer un vaccin contre le coronavirus

    Robert Penner explique comment sa curiosité et un peu d’aide de la part de ses amis ont conduit à son initiative sur le COVID
    IHES, le 22 mai 2020
    https://www.ihes.fr/robert-penner-explique-comment-sa-curiosite-et-un-peu-daide-de-la-part-de-ses-a

    Les deux articles en question :

    Backbone Free Energy Estimator Applied to Viral Glycoproteins
    Robert C. Penner, Journal of Computational Biology, 2020
    https://www.liebertpub.com/doi/10.1089/cmb.2020.0120

    Conserved High Free Energy Sites in Human Coronavirus Spike Glycoprotein Backbones
    Robert C. Penner, Journal of Computational Biology, 2020
    https://www.liebertpub.com/doi/10.1089/cmb.2020.0193

    #coronavirus #mathématiques #biologie #biologie_structurale #Robert_Penner

  • Isolement, précarité, perte de repères : comment le confinement a fait basculer psychologiquement certains étudiants
    https://www.lemonde.fr/campus/article/2020/05/26/isolement-precarite-perte-de-reperes-comment-le-confinement-a-fait-basculer-

    De jeunes adultes ont été particulièrement fragilisés par la disparition de leur vie d’avant. Les professionnels redoutent une vague de maladies psychiatriques.

    Pour Edmond, 27 ans, le confinement a été « la goutte d’eau qui a fait déborder le vase ». « Sans préavis, on m’a coupé de tous mes liens sociaux. On m’a plongé dans un isolement physique mais aussi émotionnel, faisant remonter toutes mes difficultés passées », raconte cet étudiant gabonais en master d’économie à l’université de Bordeaux. « Abandonné » très tôt par ses parents à Libreville (Gabon), puis par son meilleur ami, décédé en 2013, il a vécu l’annonce du gouvernement comme un « nouvel abandon ». Du jour au lendemain, il a dû faire une croix sur sa paie de commis dans un restaurant asiatique, et s’en remettre aux banques alimentaires déployées dans sa cité universitaire.

    Attaques de panique, altération du sommeil, ruminations anxieuses, idées noires… Après une dizaine de jours d’enfermement dans sa chambre du Crous de 13 m2, Edmond craque et avale un cocktail dangereux de médicaments. « J’étais prêt à dire oui à la mort si elle venait », assume-t-il. Le 30 mars, il est admis dans l’un des services psychiatriques du centre hospitalier Charles-Perrens à Bordeaux, pour entamer ce qu’il nomme aujourd’hui son « retour d’outre-tombe ».
    Si la tentative de suicide constitue l’un des pires scénarios, les professionnels de santé mentale font valoir leur inquiétude quant à l’impact du confinement sur le bien-être de milliers d’autres étudiants. Isolement, précarité financière, perte de repères : cumulée à de multiples facteurs d’anxiété et de stress, la crise liée à l’épidémie due au coronavirus a déstabilisé une population déjà psychiquement vulnérable.

    Les étudiants davantage touchés

    Pendant le confinement, la Nightline – un service nocturne d’écoute géré par des étudiants, pour des étudiants – est arrivée à saturation des demandes de soutien par tchat. « On a retrouvé les thématiques habituelles : exacerbation du sentiment de solitude, angoisse de l’avenir, difficulté à trouver un espace intime rassurant, pensées suicidaires… Mais ces difficultés semblent clairement aggravées par la crise », constate le président de l’association, Florian Tirana.

    Plusieurs enquêtes en cours devraient permettre de mesurer l’ampleur du phénomène et d’anticiper une possible vague de maladies psychiatriques, redoutée par les professionnels. « Il va falloir être très vigilant. Selon nos premiers chiffres, la catégorie des 16-29 ans est celle pour qui le score de bien-être a le plus nettement baissé pendant le confinement, avance Nicolas Franck, professeur de psychiatrie à l’université Lyon-I et chef de pôle au centre hospitalier Le Vinatier, coauteur d’une étude en ligne sur l’impact du confinement sur la santé mentale des Français. Leur confiance en eux et leur sentiment d’utilité ont été fragilisés. »

    Plus ancrés dans la durée, les résultats préliminaires de l’enquête « Confins » sont également éloquents. « Sur la santé psychique, les étudiants ont systématiquement des scores plus inquiétants que les non-étudiants », analyse le médecin neurologue Christophe Tzourio, professeur d’épidémiologie à l’université de Bordeaux. Les premiers chiffres varient souvent du simple au double : 27 % des étudiants se déclarent tristes, déprimés ou désespérés « plus de la moitié du temps voire tous les jours », contre 16 % chez les non-étudiants ; 40 % se sentent fatigués ou sans énergie, contre 21 % chez les non-étudiants ; 30 % se voient comme des « perdants », contre 15 % chez les non-étudiants ; 27 % se déclarent « en permanence inquiets, de façon excessive », contre 16 % pour les non-étudiants…

    « Une année universitaire hors-norme »

    Reste à comprendre pourquoi les étudiants présentent une plus grande fragilité que le reste de la population. « Il faut commencer par mettre en perspective cette année universitaire hors-norme. Les grèves de l’hiver avaient déjà perturbé le premier semestre et miné certains jeunes, qui sont finalement très peu allés en cours, rappelle Christophe Ferveur, psychologue de la Fondation santé des étudiants de France et président du Réseau de soins psychiatriques et psychologiques pour les étudiants (Resppet). Mis bout à bout, les différents éléments de la chaîne peuvent faire entrer le jeune adulte dans une clinique du découragement, du laisser-tomber, voire du désespoir. »

    Puisque les trois quarts des premiers épisodes de troubles psychiatriques surgissent avant 24 ans, la période étudiante représente l’âge de tous les dangers, dans un contexte si particulier. « Le confinement aura une fonction traumatique pour l’ensemble de la population, et d’autant plus pour des jeunes encore en construction, alerte Claude Vedeilhie, psychiatre au bureau d’aide psychologique universitaire de Rennes et président de l’Association nationale de prévention en alcoologie et addictologie (Anpaa) Bretagne. Pour certains, c’est un coup d’arrêt à un processus d’autonomisation. »

    Pour Tatiana, étudiante de 22 ans, on peut même parler d’un coup de massue. « Pendant le discours du président, le 16 mars, j’entendais les gens partir à toute vitesse de ma résidence. Ils dévalaient les escaliers, se remémore-t-elle. Mes parents m’ont appelée : ma demi-sœur allait venir me chercher. J’ai eu une heure pour tout préparer, je ne pouvais pas m’arrêter de pleurer. Pleurer pour mes examens, pour mes amis. Pleurer de dépendre encore une fois de ma mère et de son compagnon : il y a toujours eu des tensions, et le seul souvenir de la maison me faisait peur. » Le choc émotionnel est tel que la jeune femme développe, quelques jours après, un douloureux zona sur l’épaule droite. « Ça faisait trois ans qu’on travaillait sur un projet : notre licence. Il a fallu mettre de côté tous nos sacrifices et tenter de réussir à distance. C’était horriblement stressant et frustrant. »
    Un « effet de régression »

    Si l’isolement reste un facteur aggravant, le retour à la vie de famille a pu réveiller des blessures cachées et réactualiser certains conflits. « Le propre de cette période étudiante, c’est de s’éloigner de sa famille pour construire sa vie. Pour une partie des patients, il a été très difficile de revivre l’emprise parentale dont ils essayaient de se départir », note Claude Vedeilhie, qui a par ailleurs remarqué une augmentation des comportements addictifs. Pour beaucoup de jeunes – en formation à la fois psychique et universitaire –, il y a eu un « effet de régression », selon les termes de Christophe Ferveur : « On leur a coupé les ailes en plein envol. »

    De retour dans sa famille, Memet a d’ailleurs craint « de ne pas pouvoir faire face ». Entré cette année en master à Sciences Po Paris après une licence à l’université de Nanterre, ce garçon de 23 ans a ce qu’il appelle lui-même « le syndrome de l’imposteur ». « Malgré la bienveillance de l’administration, je me suis toujours senti étranger à cette institution. En même temps, j’ai toujours vu l’école comme un lieu d’épanouissement et là, on me l’a enlevé, dit-il. Le décalage entre le 27, rue Saint-Guillaume et la banlieue de mes parents, dans l’Essonne, a été très dur à gérer. » D’origine kurde, ses parents ont fui la Turquie. En raison d’un contexte familial parfois éprouvant, il est contraint de retourner dans ses 20 m2 parisiens : « Je suis parti quelques jours en serrant les dents pour terminer un exposé sur la dette publique… J’ai eu très peur de craquer, de tout arrêter. Je sais aujourd’hui que ça va laisser des traces. »

    Happés par leurs cours, révisions et autres petits boulots, certains étudiants ont tendance à enfouir leurs émotions dans une forme d’hyperactivité. « C’est un suivi très particulier, admet la psychiatre Marion Lenoir-Roy, qui donne des consultations à l’espace santé étudiants de l’université de Bordeaux. Ces jeunes n’ont jamais le temps d’aller mal. Le confinement a pu être un déclencheur de troubles anxieux pour ceux qui transportaient déjà de grosses valises. »

    « Un retard potentiel de l’accès aux soins »

    Plus que jamais, psychiatres et psychologues ont dû assurer la continuité des soins tout en répondant à de nouvelles demandes. Téléconsultations, porte-à-porte dans les résidences Crous, ateliers via Skype de méditation, sophrologie ou rigologie (une sorte de yoga par le rire) : « Il a fallu faire preuve d’inventivité ! », admet Christian Régnier, directeur du service universitaire de médecine préventive de Sorbonne-Université, qui compte 75 000 étudiants.

    En temps normal, seul un quart des jeunes présentant les signes d’un épisode dépressif déclarent avoir consulté un professionnel de santé mentale dans l’année. « Une douleur morale n’est peut-être pas la même douleur qu’une rage de dents, mais plus on décale la prise en charge, plus on prend le risque que cela s’aggrave, martèle le psychologue Yannick Morvan, membre de l’Observatoire de la vie étudiante (OVE). Avec la crise sanitaire, on est face à une nouvelle inquiétude quant à un retard potentiel de l’accès aux soins et de ses conséquences éventuelles. »

    Raison de plus pour prendre les devants en termes de prévention et pour tenter de dédramatiser le recours à un professionnel. Très souvent, il y a déni, rejet, voire stigmatisation de l’entourage. « Ceux qui osent demander de l’aide forment la partie émergée de l’iceberg », souligne l’épidémiologiste Christophe Tzourio. « C’est le moment de prendre soin de soi et de développer des compétences en termes de bonne santé mentale. C’est un réflexe à prendre, pour que le mal-être ne s’enkyste pas », suggère Fanny Sauvade, psychologue et codirectrice de l’association Apsytude.

    Mais le déconfinement ne désigne pas non plus le bout du tunnel. Au contraire. La crise sanitaire renforce l’incertitude et l’inquiétude quant à l’avenir. A quoi bon ce diplôme ? A quoi bon ce futur travail ? Les contrecoups seront durables. « On dit aux jeunes que le monde va s’effondrer mais aussi que c’est à eux de bâtir le monde d’après ! Le climat actuel est très anxiogène pour cette génération, déplore Christophe Ferveur. Quand les cours et examens à distance s’arrêteront, il ne faudra surtout pas lâcher les étudiants. Comme la lumière des étoiles, l’étendue des dommages nous arrivera avec un temps de retard. » Après la continuité pédagogique du printemps, il s’agira, cet été, d’assurer une continuité psychologique.

    Pas mal de bêtises (...) mais aussi un contrepoint au constat que les psychiatrisés ont (auraient ?) dans l’ensemble mieux tenus le choc que ... les soignants en psychiatrie (et pas seulement sur le plan épidémiologique).
    Guerre, révolution, pandémie, autant de moments d’un commun qui s’impose et qui tendent à mettre la maladie mentale au second plan. Le vital, la singularité sont (pour partie) ailleurs, déplacés, remaniés. Si ce n’est, peut-être (?), pour certains entrants dans la carrière, si ton en croit cet article.
    Une particularité de la pandémie et des mesures qui l’accompagnent au prétexte de la juguler/diminuer : comment « s’en sortir sans sortir » (de chez soi, avec d’autres) quand ce qui relie est la séparation ?
    J’ai pas vu grand chose chez des praticiens, de la souffrance psychique en première personne ou/et du soin (si ce n’est des intervention salubres sur l’état de la psychiatrie confinée, à la façon, trop rare, de #Mathieu_Bellahsen).

    Par ailleurs, là encore, la #psychiatrie est nodale : c’est avec elle il me semble que la notion de santé a du s’assortir de celle de #maladie_chronique qui la contredit, et que l’on a retrouvé ensuite (?) avec de nombreuses pathologies (asthme, diabète, etc.) comme catégorie médicale.

    #étudiants

  • La psychiatrie confinée
    https://lundi.am/La-psychiatrie-confinee

    Mathieu Bellahsen est psychiatre dans le service public. Dans cet entretien, il revient sur l’exercice de la psychiatrie durant le confinement et insiste notamment sur le fait que la « psychiatrie confinée » est une nouvelle antipsychiatrie, reprend des éléments des discours sécuritaires, du système asilaire et de la médecine hygiéniste. Il discute également de la colère des soignants et de leurs luttes en cours et à venir. Source : Lundi matin

  • Des données chinoises trafiquées ?
    Marie-Claude Bourdon, Actualités UQAM, le 19 Mai 2020
    https://www.actualites.uqam.ca/2020/covid-19-donnees-chinoises-trafiquees

    Plus intéressant qu’il n’y parait :

    Prenez n’importe quelle série de nombres, par exemple le prix des produits dans votre épicerie, le nombre d’habitants des villes canadiennes, le nombre de votes obtenus par différents candidats dans différentes circonscriptions, et regardez les premiers chiffres de ces nombres (1 pour 18, 2 pour 26 000, 3 pour 3372, etc.). Il y a de fortes chances que le chiffre 1 soit le plus fréquent, suivi du 2, et ainsi de suite. Il s’agit d’un phénomène contre-intuitif puisque l’on s’attendrait à observer autant de 1 que de 9, par exemple. Ce phénomène, bien connu des statisticiens, peut être expliqué par la loi de Benford. Cette loi mathématique de probabilité permet d’examiner des séries de nombres pour déceler des anomalies et ainsi détecter de possibles fraudes et autres falsifications. Le professeur du Département de mathématiques Jean-François Cœurjolly l’a testée avec les données sur la pandémie de COVID-19 fournies par la Chine, le Canada, les États-Unis et la France.

    Dans un article publié en 1972, l’économiste Hal Varian a été le premier à proposer l’idée d’utiliser la loi de Benford pour détecter une fraude fiscale. Il a montré que dans les données falsifiées, les premiers chiffres significatifs 5 et 6 prédominaient : 40% pour le 5 (au lieu de 7.9%) et plus de 20% pour le 6 (au lieu de 6,7%).

    En 1993, un employé du Trésor de l’Arizona a été reconnu coupable d’une tentative de fraude de deux millions de dollars. Une série de chèques qu’il avait émis ne suivait pas la loi de Benford !

    « La loi de Benford a été utilisée dans de nombreuses autres circonstances, indique Jean-François Cœurjolly : pour détecter des fraudes électorales, pour illustrer des abus sur les prix lorsque la monnaie française est passée à l’euro en 2000, pour détecter des fraudes dans les publications scientifiques, etc. »

    les données chinoises ne s’écartent pas davantage du modèle que celles des trois autres pays considérés.

    #coronavirus #Chine #mathématiques #fraude #falsification #Loi_de_Benford #Simon_Newcomb #Frank_Benford

    • résumé du papier original
      le pdf est disponible

      [2005.05009] Digit analysis for Covid-19 reported data
      https://arxiv.org/abs/2005.05009v1

      The coronavirus which appeared in December 2019 in Wuhan has spread out worldwide and caused the death of more than 280,000 people (as of May, 11 2020). Since February 2020, doubts were raised about the numbers of confirmed cases and deaths reported by the Chinese government. In this paper, we examine data available from China at the city and provincial levels and we compare them with Canadian provincial data, US state data and French regional data. We consider cumulative and daily numbers of confirmed cases and deaths and examine these numbers through the lens of their first two digits and in particular we measure departures of these first two digits to the Newcomb-Benford distribution, often used to detect frauds. Our finding is that there is no evidence that cumulative and daily numbers of confirmed cases and deaths for all these countries have different first or second digit distributions. We also show that the Newcomb-Benford distribution cannot be rejected for these data.

      les données, le code R et le fichier markdown pour réaliser les graphiques sont disponibles sur le site de l’auteur (avec des données mises à jour au 18 mai…)
      https://sites.google.com/site/homepagejfc/publications

  • Un mathématicien démonte une étude épidémiologique confortant le bien fondé de la politique du gouvernement
    https://hal-amu.archives-ouvertes.fr/hal-02568133v3/document

    Au terme de cette étude mathématique, il apparaît ainsi que 17 auteurs de 10 laboratoires - dont les noms comptent parmi les plus connus au monde - n’ont aucune compétence pour traiter des questions d’épidémiologie.
    En réalité, cet article n’est en aucun cas un article qui pourrait remplir un quelconque critère de qualité pour publication et encore moins pour des gouvernants.
    Totalement illisible, truffé d’erreurs grossières, d’incompréhensions notoires sur des notions mathématiques parmi les plus élémentaires, ce papier ne visait en fait qu’à servir un pouvoir avide de justifications - scientifiques - de sa politique : le confinement et la surveillance généralisée via des mesures de contrôle.
    Il n’y a aucun scientifique dans cette liste d’auteurs. Seulement de nouveaux Lyssenko en puissance, dangereusement empressés de pouvoir jouer un rôle dans la conduite d’une politique liberticide du pays.
    À vous les pseudos épidémiologistes qui vous permettez ainsi d’insulter la science tout en vous félicitant d’éclairer le monde de vos merveilleuses compétences, nous répondons ici que vous ne semez que l’ignorance barbare. Vous servez docilement, par des trucages scientifiques, les dirigeants qui prétendent museler la contestation de leur politique au nom de la science.
    À jamais honte à vous.

    #sciences #épidémiologie #mathématiques #probabilités #confinement

    • J’avoue ressentir une totale fatigue intellectuelle sur ces sujets.

      Si même Pasteur publie des papiers politiques maquillés en papiers techniques, on fait quoi pour avoir une idée un tout petit peu... sereine de ce qu’il se passe ?

      Et ceci dit, le papier technique de ce mathématicien est difficile à lire. Et ses élans trollesques ne simplifient pas le propos.

    • Je ne sais pas ce que vaut cette critique mathématique. Mais, depuis le début du Barouf Raoult beaucoup de gens crient à l’hérésie, trouvent absolument incroyable ces petits arrangements avec le protocole scientifique. Alors qu’il ne s’agit pas du tout d’une exception mais bien du déroulement normal de la production scientifique. Je n’ai pas vu de textes allant dans ce sens, si vous en avez sous le coude je suis preneur. Merci !

    • C’est à la fin de la foire qu’on compte les bouses. Il se risque lui aussi à des prédictions, peut-être que son modèle mathématique est plus sérieux mais on n’est pas à l’abri qu’il oublie certains paramètres qui sortent de son domaine de compétence. Juste un d’ailleurs : il parle de la Suède comme n’ayant pas confinée sa population. Il se trouve que j’écoutais Antoine Flahault (un médecin épidémiologiste) il y a quelques jours qui expliquait qu’en Suède il n’y avait pas eu besoin de confinement imposé par la loi parce que la population s’est auto-confinée de son propre chef (il prenait l’exemple d’un week-end prolongé où normalement les habitants vont sur la côte : cette année il n’y avait personne), les consignes sanitaires étant très bien suivies et sans doute mieux expliquées par le pouvoir qu’en France (ce n’est pas compliqué). Il n’est pas impossible que le confinement à la mode Suédoise a été à peu près équivalent au confinement français, qui était loin d’être le plus strict.

  • Un second pic en France serait plus ou moins étalé (selon les scénarios indiqués en fin de fichier) entre cet été et cet automne :

    Lockdown exit strategies and risk of a second epidemic peak : a stochastic agent-based model of SARS-CoV-2 epidemic in France
    Nicolas Hoertel, Martin Blachier, Carlos Blanco, Mark Olfson, Marc Massetti, Marina Sanchez Rico, Frederic Limosin, Henri Leleu
    https://doi.org/10.1101/2020.04.30.20086264

    #coronavirus #deuxième_vague #statistiques #modélisation #mathématiques

  • Les tests groupés : dépister plus avec moins !! COVID 4
    https://www.youtube.com/watch?v=oz1afOJhHOA

    La pénurie de tests est un frein majeur à notre capacité à contenir la pandémie #COVID19. Les tests groupés permettraient sans doute multiplier le nombre de personnes testées par 2, voire par 10 ou 40, s’ils sont appliqués pour un dépistage très massif.

    #Mathématiques des tests et particulièrement des #tests_groupés, qui permettent d’augmenter le nombre de dépistés en regroupant les tests (et même encore plus en regroupant par lieu / probabilité d’être positif comme vu en fin de vidéo plutôt que par hasard)

    Comme à chaque fois avec Lê, il y a toute la transcription (https://docs.google.com/document/d/1RGII0UnqDQNiW-zjHuHecQGMsv9Ct8bho5V70KTERb0)

    Deux algorithmes sont présentés : 
    – algorithme de Dorfman
    – algorithme de Li en 3 étapes

    Extrait de l’intro :

    J’ai eu beaucoup de mal à trouver des chiffres fiables sur la capacité de tests, mais à en croire cette publication de l’Institut des Politiques Publiques ou ces données d’Our World In Data, il semble y avoir autour de 100 000 tests de COVID19 en France par semaine, et 30 000 en Suisse. Sachant, qu’il y a environ 8 fois plus de Français que de Suisses, ça suggère que les suisses sont testés en moyenne plus de deux fois que les français.
    https://www.ipp.eu/publication/avril-2020-deconfinement-et-lutte-contre-epidemie-de-covid-19-grouper-les-tests-
    https://ourworldindata.org/grapher/covid-tests-cases-deaths?country=FRA

    Avec 100 000 tests par semaine en France, on ne peut pas tester tout le monde. Il semble même difficile de tester tous ceux qui ont des symptômes. Cependant, de nombreux efforts sont mis oeuvre pour augmenter la capacité des tests, et certains espèrent atteindre une capacité de 500 000 tests par semaine pour le déconfinement.

    #dépistage #covid19 #science4all

  • Est-ce qu’on a parlé de cette étude ici, pour celles et ceux qui aiment les chiffres...

    Modéliser l’épidémie de COVID-19
    Groupe de modélisation de l’équipe ETE (Laboratoire MIVEGEC, CNRS, IRD, Université de Montpellier), le 23 avril 2020
    http://covid-ete.ouvaton.org/Rapport7_resume.html

    Et je vous met juste un extrait de la conclusion :

    Endiguement ou atténuation ?

    Il existe deux grandes options pour sortir de l’épidémie de COVID-19 :

    1) endiguement/suppression : qui vise à contrôler le plus possible l’épidémie en attendant d’avoir un traitement (prophylactique ou curatif) ou un vaccin.

    2) atténuation : qui vise à construire une immunité de groupe en laissant de propager l’épidémie sous contrôle.

    #coronavirus #confinement #statistiques #flatten_the_curve #modélisation #mathématiques

  • Entretien avec Mathilde Brasilier pour son livre « Le Jour, la nuit, l’inceste » | Le Club de Mediapart
    https://blogs.mediapart.fr/edition/aux-lecteurs-et-lectrices-emancipe-es/article/191119/entretien-avec-mathilde-brasilier-pour-son-livre-le-jour-la-nu

    Mathilde Brasilier livre un témoignage autobiographique qui est un véritable hymne à la vie après la violence destructrice de l’inceste qu’elle a vécu avec son frère sous le joug de leur père. Brisant le silence familial, elle ose affronter un nouveau dialogue transgénérationnel. Un échange tout en subtilité où les mots deviennent des lieux d’accueil et de refuge pour les âmes meurtries.

    (pas lu)

  • En psychiatrie, « avec le confinement, on revient à quelque chose d’asilaire » | Mediapart
    https://www.mediapart.fr/journal/france/060420/en-psychiatrie-avec-le-confinement-revient-quelque-chose-d-asilaire

    Comment se déroule le confinement pour des patients bien souvent déjà enfermés ? En psychiatrie, l’épidémie de Covid a réduit les espaces de liberté des malades et révèle crument les différences de pratiques selon les établissements.

    Le 8 mars, Patrick fait une tentative de suicide. De lui-même, il contacte le Samu, mais le numéro est saturé d’appels et sonne occupé « pendant trop longtemps ». Heureusement, il parvient à joindre les pompiers qui l’emmènent aux urgences. Dès le lendemain, il entre en hôpital psychiatrique. Il y reste dix jours. Le temps de vivre « le confinement de l’intérieur ». « J’ai vu les libertés se réduire, c’est pour ça que j’ai demandé à sortir, je ne voulais pas rester coincé là-bas comme sur un paquebot. »

    Il raconte par exemple le moment de la prise de médicaments, lors de laquelle les patients font la queue pour obtenir leur traitement : le premier jour, aucune distance de sécurité n’est respectée ; le lendemain, chaque personne se tient à 50 cm de l’autre ; le troisième, « la queue mesurait plus de 30 mètres de long tellement il y avait d’espace entre les gens, donc les portes restaient ouvertes, il n’y avait aucune intimité pour les soins ». Les sorties dans le parc de l’établissement sont encore autorisées lorsqu’il quitte l’hôpital, « mais elles ont dû être supprimées depuis, car on sortait un par un, il fallait attendre en file, avec les distances à respecter, ça relève de l’impossible. Mais enfermer les gens 24/24h, c’est compliqué… »

    De fait, « pour les patients hospitalisés en psychiatrie, on se retrouve à faire tout ce contre quoi on s’est toujours battus », résume le docteur Mathieu Bellahsen, chef de pôle à l’hôpital spécialisé Roger-Prévot à Asnières-sur-Seine (Hauts-de-Seine). Dans son établissement, la salle commune a été fermée, tout comme la salle de télévision. Le self est à l’arrêt, les balades suspendues, les visites interdites, les psychothérapies corporelles remises à plus tard. « L’enfer total », pour le psychiatre.

    Même son de cloche dans l’est de la France. « Pas de promenades dans le parc, arrêt des permissions pour les retours à domicile, fin des visites, cafétéria fermée, énumère le docteur Christophe Schmitt, président de la Commission d’établissement du centre hospitalier de Jury, à côté de Metz. C’est difficile à supporter pour les patients et leur famille. » Pour contrebalancer, les personnes hospitalisées peuvent contacter leur famille par téléphone et le logiciel Skype a été installé sur des ordinateurs dans l’unité des adolescents et celles des patients autistes. « Pour ceux qui restent sur une longue durée, qui vivent à l’hôpital, leur univers est construit autour de la cafétéria, des retours en famille le week-end, des visites… Tous ces repères-là n’existent plus. » 

    C’est pourquoi le 27 mars, la contrôleuse générale des lieux de privation de liberté (CGLPL), Adeline Hazan, a publié une série de recommandations relatives aux établissements de santé mentale. Parmi celles-ci, on peut notamment lire que « l’interruption des visites des familles est compensée en facilitant les relations par téléphone ou Internet. Le CGLPL recommande à ce titre que les patients disposent librement de leur téléphone personnel, les exceptions ne pouvant être justifiées que par l’état clinique du patient. Selon la disponibilité du personnel et la disposition des locaux, l’accès à l’air libre et les promenades dans le parc doivent rester possibles afin de prévenir les tensions ». Des recommandations diversement appliquées partout en France. Car, comme le rappelle Christophe Schmitt, « quand les choses ont démarré, il y a eu des préconisations sur les traitements, la réanimation, mais rien de ciblé pour la psychiatrie ». « Les consignes en psychiatrie ont été données avec beaucoup de retard, là où les établissements généraux en avaient reçu depuis longtemps, confirme Adeline Hazan. Chaque ARS a livré ses propres consignes, donc cela diffère selon les régions. Cette crise révèle ce qui existait déjà : la disparité des pratiques entre les hôpitaux, parfois même entre les services, c’est très frappant. »

    Effectivement, au sein de la même région, la situation peut varier du tout au tout. Ainsi, Bénédicte Chenu, dont le fils schizophrène est hospitalisé à Sainte-Anne, à Paris, considère qu’il est « limite mieux là-bas que dans son appartement ». Chaque matin, le personnel soignant lui prend la température, il peut se promener dans le parc, descendre fumer et appeler sa mère sur WhatsApp. Seul point noir : la fermeture de la cafétéria. « En dehors de ça, il est en sécurité, il reste dans son secteur avec des jeunes de son âge. Et moi je peux appeler les infirmières si j’ai la moindre inquiétude. » Mais la mère le sait bien, « tout ça dépend beaucoup des services. S’il était resté là où il était hospitalisé auparavant, j’aurais été catastrophée ».

    C’est justement l’état dans lequel se trouve Carmen, extrêmement inquiète pour son fils, sujet à des délires, des hallucinations et des crises de paranoïa, hospitalisé depuis août dans un autre établissement parisien. « Il n’est pas stabilisé, donc il doit effectuer un bilan sanguin chaque semaine pour vérifier son traitement. Mais l’hôpital vient de m’informer qu’avec le confinement, ils ne feront plus de bilan sanguin. Ça signifie qu’il va devoir rester avec un traitement qui ne lui convient pas. » Surtout, les trois coups de fil hebdomadaires, qui remplaçaient les visites, ont été supprimés pour son fils. « Il entend des voix. Mardi, il s’est battu, il a été puni, il n’a plus le droit de téléphoner pendant une semaine. Mais c’est à cause de sa maladie, ce n’est pas sa faute ! Je ne sais pas dans quel état je vais le retrouver… », s’alarme Carmen.

    D’après Christelle, infirmière dans un hôpital psychiatrique du sud-ouest de la France, « avec le confinement, on revient à quelque chose d’asilaire ». D’autant plus dans son établissement où, pour créer une unité dédiée aux patients atteints du Covid, il a fallu entièrement en vider une autre et répartir les patients dans d’autres services, plus petits. « On a déplacé plus de vingt personnes dans une unité beaucoup plus petite, déjà pleine, habituellement prévue pour 32 personnes. » Résultat : des chambres de deux sont passées à quatre ou cinq occupants, avec les WC à partager et 1,5 mètre d’espace entre chaque lit. Le tout sans salle commune d’activité. « Donc on a des gens très très confinés, sans aucun espace d’intimité. » Le seul espace individuel possible restant celui de l’isolement thérapeutique. Soit une pièce où la personne se retrouve enfermée à clé, séparée des autres patients, normalement utilisée en dernier recours lors d’une phase critique de la maladie, sur décision d’un psychiatre. « On en arrive à pratiquer ce soin avec des gens qui n’en auraient pas eu besoin en temps normal, souffle l’infirmière. C’est très violent. »

    Des chambres surchargées

    À Asnières-sur-Seine, « pour ne pas avoir de chambre double, on a fait sortir des gens qui auraient mérité une hospitalisation plus longue ou un accompagnement intermédiaire, avec d’abord quelques permissions. Une des personnes qu’on a fait sortir est revenue le lendemain après une tentative de suicide », raconte Mathieu Bellahsen. Au centre hospitalier Le Vinatier à Bron (Rhône), deuxième plus gros hôpital psychiatrique de France, il a aussi fallu fermer des lits. « Pour deux raisons, explique la docteure Natalie Giloux, cheffe de service. Anticiper le fait que les soignants seraient malades et donc absents. Et aussi libérer des lits pour les patients atteints du Covid. »

    En trois jours, 17 personnes sortent de son service. « Notre chance, c’est que les familles ont été prêtes à collaborer. Elles comprennent la situation, se rendent disponibles et solidaires. » Et les lieux de soins en ambulatoire n’ont pas été fermés, à l’exception des thérapies de groupe. Au Vinatier, les patients continuent de venir pour leur consultation, en étant systématiquement dépistés à l’entrée. Une rareté, puisque selon Adeline Hazan, « les centres médico-psychologiques (CMP) et les hôpitaux de jour ont globalement été fermés très vite ». Là-bas, comme souvent ailleurs, beaucoup de téléconsultations ont également été mises en place. « On a maintenu le contact de l’hôpital de jour par téléphone et grâce à des visites à domicile », confirme Christophe Schmitt. Mathieu Bellahsen sortait lui aussi justement d’une visite à domicile lorsque nous l’avons eu au téléphone.

    Car, pour les patients hors de l’hôpital, maintenir les soins et le contact s’avère essentiel. Du côté de Toulouse, Ingrid, dépressive et schizophrène, le reconnaît : en temps normal, en dehors de ses rendez-vous au centre d’accueil thérapeutique à temps partiel (CATTP, prolongement du CMP), elle sort peu de chez elle. « J’y vais plusieurs fois par semaine, c’est le seul endroit où je vois des gens. Mais là, ils ne reçoivent plus. Quand dans la tête ça ne va pas, c’est compliqué. » Selon elle, « il n’aurait pas fallu fermer le CMP », sa « bouée de sauvetage ». Les consultations par téléphone ne lui suffisent pas. « On est un peu lâchés dans la nature », regrette-t-elle.

    Asma (le prénom a été modifié), dépressive chronique, ne se satisfait pas non plus des téléconsultations. « On ne va pas vraiment en profondeur. Et j’ai le sentiment d’une intrusion dans ma vie privée. Quand je vais en cabinet, je décide de ce que je donne. Là, ça me met mal à l’aise que les soignants voient chez moi. » Elle tire néanmoins du positif de la situation, elle qui devait justement réapprendre à vivre seule et à retrouver ses marques après plusieurs hospitalisations. Sur ce point, « ça a plutôt accéléré mon rétablissement ». La jeune femme a néanmoins dû affronter quelques crises, heureusement épaulée par son compagnon. « Sans lui, je me serais bourrée de médocs », admet-elle.

    Un accompagnement primordial dans la période actuelle, comme l’explique Dominique Laurent, présidente de la Maison bleue, un groupement d’entraide mutuelle (GEM) à Perpignan, structure autogérée par des usagers de la psychiatrie : « Vous savez, le confinement, on connaît. Quand on a passé plusieurs mois en hôpital psy, l’enfermement, on sait ce que c’est. La maladie fait que les gens se confinent aussi d’eux-mêmes, les usagers ont peu de relations. » Face à la crise, la Maison bleue a tout de même mis en place un relais téléphonique pour ses membres. Et les activités, menées par des adhérents, n’ont pas été interrompues : les ateliers chant et théâtre continuent par téléphone, l’informaticien dépanne tout le monde à distance, le cuisinier envoie des recettes, les usagers jouent aux échecs à distance… « Le constat que je fais, c’est que nous allons bien. En dehors de nous, les usagers sont souvent seuls. Là, on s’aperçoit que nos relations ont été solidement tissées, elles résistent. La trame de fond de la solidarité entre nous est bien installée. »

    Comment les soignants voient-ils la suite ? Beaucoup craignent « une hécatombe », selon les mots de Christophe Schmitt, à cause du Covid en psychiatrie. En effet, beaucoup de patients fument ou souffrent de problèmes cardiaques, notamment à cause de leur traitement médicamenteux – des facteurs de risque face au virus. D’autant plus qu’ils évoluent dans un milieu communautaire fermé, comme en Ephad. Et puis, à l’intérieur, « comment faire respecter les mesures barrières quand les patients partagent des sanitaires en commun ?, s’interroge le président de CME. Certains sont très tactiles, ils vivraient ces mesures barrière comme un rejet. »

    Christelle, infirmière dans le Sud-Ouest le rejoint : « On accompagne des personnes qui ont déjà du mal à faire leur toilette, alors imaginez se laver les mains plusieurs fois par jour… » Si, pour le moment, peu ont assisté à des crises ou de décompensations dues à la période actuelle, la plupart de nos interlocuteurs craignent l’après. « Nos patients sont habitués aux moments de crise, ils ont une carapace. Mais j’ai peur qu’à un moment donné, tout ça explose. On va assister à une vague de décompensation délirante, maniaque, suicidaire… On devra certainement faire face à une recrudescence des cas cet été », alerte Mathieu Bellahsen.

    #psychiatrie #Mathieu_Bellahsen

  • Secrets of the Surface, the Mathematical Vision of Maryam Mirzakhani
    http://www.zalafilms.com/secrets
    https://vimeo.com/380123288


    (bande annonce)

    a very recent film of George Csicsery. Filmed in Canada, Iran, and the United States, it examines the life and mathematical work of Maryam Mirzakhani.

    To watch the film during the Covid 19 crisis, you can apply for a free individual or collective screening (only once, in the period 1st April – 15 May 2020), taking advantage of the special agreement between Zalafilms and May12 Initiative.

    https://may12.womeninmaths.org/screening-secrets

    donnez votre email, on vous envoie un lien vimeo et un mot de passe pour une projection confinée

  • Enseignement des maths à l’école : et si finalement on s’y prenait mal ? (Télérama.fr)
    https://www.telerama.fr/enfants/oubliez-montessori,-les-mathematiques-cest-dabord-du-plaisir,n6612892.php

    À vouloir donner une dimension concrète et ludique aux nombres, on passe à côté de l’abstraction et de tout ce que celle-ci a d’extraordinaire. Pour aider les petits à apprendre à compter, les manuels scolaires proposent des dessins de fruits. Mais comment deux pastèques plus trois framboises pourraient-elles faire cinq quelque chose ? Lors des évaluations de 2018, on a demandé à des CP de retrouver le nombre 7 parmi un mélange d’étoiles, de triangles, de carrés, de points et même de doigts – ce qui est tout bonnement incohérent. Charles Torossian, qui a rédigé un rapport avec Cédric Villani faisant figure de boussole en matière d’enseignement des mathématiques, explique qu’en emboîtant des cubes les enfants comprendront ce qu’est l’addition. Or deux cubes emboîtés, ça donne un bloc ! Les objets ne sont pas des nombres. Un nombre, c’est une idée de quantité. Et il ne faut pas croire que les enfants n’y sont pas sensibles. Ils adorent qu’on leur explique que c’est dans leur tête et que si l’on peut voir trois personnes ou trois tricycles, personne n’a jamais aperçu un 3 ni un 5 dans la rue…

    Des réflexions intéressantes… dommage qu’elles semblent se présenter dans le cadre d’une opposition abstraction vs manipulation … On oppose toujours tout entraînement vs sens ou outils syllabiques vs compréhension, etc. Alors qu’il me semble que l’enjeu d’une pédagogie efficace surtout pour les élèves les plus fragiles est comment articuler ces différents temps et outils…

    #éducation #mathématiques #abstraction #langage

  • [Fade to Pleasure ] #Fade to pleasure 65.2 Feat #kelton_prima
    http://www.radiopanik.org/emissions/ftp/-fade-to-pleasure-65-2-feat-kelton-prima

    Kelton Prima is one of the funkiest man in the sub club business and we love him ! Kelton Prima refait parler de lui grâce à #IN2 sortant sur #mathematics Recordings, un condensé de modern funk acidulé et orienté #boogie inspirant. Parmi ses nombreux faits de charme, Malcolm de son vrai prénom, a produit dans le groupe Future Minds entre la fin des années 80 et les années 90, puis rejoint Inkorporation Collective aux côtés de Pilooski après une belle expérience en label management avec Ind. rec. Son aventure en solo démarre lorsqu’il se fait repérer par #disco Praline puis par Jamal Moss. Pour marquer le coup de cette sortie, nous avons demandé à Kelton de nous composer un podcast exclusivement agencé via ses ses propres productions. Le plaisir oscille allègrement entre Disco, boogie et sonorités tout à (...)

    #acid #funky #disco,acid,funky,boogie,IN2,kelton_prima,mathematics
    http://www.radiopanik.org/media/sounds/ftp/-fade-to-pleasure-65-2-feat-kelton-prima_08279__1.mp3

  • Alan Turing, mathématicien et cryptologue anglais, fait partie des chercheurs qui ont fondé l’informatique. Il est aussi un symbole du dialogue entre les disciplines. Diffusé avec CNRS Images

    #informatique #mathématiques #recherche #LGBT

    http://sms.hypotheses.org/10030

    Alan Turing (1912 – 1954), mathématicien et cryptologue anglais, membre de la Royal Society, fait partie des quelques chercheurs qui ont fondé l’informatique. Il est aussi un symbole éclatant de l’art de faire dialoguer entre elles les disciplines.

    Ses travaux sont au cœur des sciences de l’information et de la « révolution numérique » que nous sommes aujourd’hui en train de vivre. Et pourtant, sa vie et son œuvre son encore mal connues (...)

    Largement basé sur des témoignages de chercheurs relevant de plusieurs disciplines, le film de Catherine Bernstein – Le modèle Turing – est composé de deux parties : la première raconte comment l’un des articles de Turing, en 1936, a posé les fondements même de l’informatique en inventant la vision algorithmique du savoir ; la seconde s’intéresse à la persécution et la déchéance de l’homme lorsqu’il fut arrêté en pleine Guerre Froide en raison de son homosexualité, alors, considérée comme un crime en Grande Bretagne.

  • Un chercheur genevois propose un nouveau langage #mathématique - SWI swissinfo.ch
    https://www.swissinfo.ch/fre/toute-l-actu-en-bref/un-chercheur-genevois-propose-un-nouveau-langage-math%C3%A9matique/45476810

    « En mathématique classique, une proposition est toujours soit vraie, soit fausse, selon le principe du tiers-exclu. Mais dans les mathématiques intuitionnistes, une proposition est soit vraie, soit fausse, soit indéterminée. Il y a donc une part acceptée d’aléatoire », continue Nicolas Gisin.

    Cet aléatoire se rapproche beaucoup plus de notre expérience quotidienne que le déterminisme prôné par la physique classique. De plus, on retrouve également l’aléatoire en physique quantique.

    « Certains tentent de l’éviter par tous les moyens en impliquant d’autres variables fondées sur les nombres réels. Mais selon moi, il ne faut pas chercher à rapprocher la physique quantique de la physique classique en tentant de supprimer l’aléatoire. Au contraire, il faut rapprocher la physique classique de la physique quantique en y intégrant enfin de l’indéterminisme », soutient le physicien genevois.

  • Des hommes violents

    Condamnés par le tribunal pour #violences_conjugales, ces douze hommes sont contraints par la justice de participer à un groupe de parole pendant six mois. Tous viennent d’univers différents : l’un est un homme d’affaires à succès, un autre à la recherche d’emploi, un autre tient un garage... Ils commencent par clamer unanimement leur innocence ou par refuser de reconnaître leurs torts. Puis évoluent, ou pas.

    Ce #podcast s’attache séance après séance à suivre leur avancée, à partir à leur rencontre, à les écouter. Il est nourri des propres interrogations du narrateur, Mathieu Palain, sur le mouvement #metoo et la question des #masculinités aujourd’hui. Et mis en perspective par trois récits de victimes.

    Un podcast de #Mathieu_Palain et #Cécile_Laffon

    https://www.franceculture.fr/emissions/des-hommes-violents-le-podcast-original

    Et la chronique du réalisateur : https://www.franceculture.fr/emissions/la-question-du-jour/qui-sont-les-hommes-violents

    https://cdn.radiofrance.fr/s3/cruiser-production/2019/11/193f1e63-f9da-473c-b017-a9464b047737/2000x500_hommes_violents_clean_1.webp

    #violence_faite_aux_femmes #violences_faites_aux_femmes #féminicide #france_culture #radio #audio

  • #Politique : sécurité intérieure & maintien de l’ordre
    |> Comment le ministère de l’Intérieur veut s’adapter à la « subversion violente »
    |+|> cas pratiques ce week-end : comment la #Police maintient, non pas l’ordre, mais la terreur.

    Tout d’abord, lecture de l’article de Jean-Dominique Merchet [qui prépare] L’Opinion : https://www.lopinion.fr/edition/politique/comment-ministere-l-interieur-veut-s-adapter-a-subversion-violente-198969

    A la menace terroriste est donc venue s’ajouter celle de la « subversion violente ». C’est dans ce contexte décrit par Laurent Nuñez, secrétaire d’Etat à l’Intérieur, que se prépare le Livre blanc sur la #sécurité_intérieure. Annoncé en juin dernier par le Premier ministre, ce document devrait être rédigé d’ici à la fin de l’année et servir de base à une loi de programmation. Le précédent livre blanc sur la « sécurité publique » date de 2011, alors qu’un autre, spécifiquement consacré à la lutte contre le terrorisme remonte à 2006. En plein effort doctrinal, comment l’exécutif aborde-t-il la « sécurité intérieure » ?

    La lecture de l’article fait froid dans le dos mais pour qui a suivi de près l’évolution du #maintien_de_l'ordre ces dernières années et la mutation de ces 3 derniers mois, rien de vraiment surprenant... hélas. Le scandale des #violences_policières, le nombre astronomique de blessures graves du mouvement des #gilets_jaunes a obligé les décideurs politiques à trouver une parade. Oui mais voilà, ils sont dans une panique totale d’une révolte qui les vire du pouvoir et au vu des choix d’orientation politique d’extrême-centre du président des riches, on ne saurait donner tord à ceux qui les font flipper. Ainsi donc au fur et à mesure, les #violences_judiciaires faisant beaucoup moins parler d’elles, c’est vers une répression à deux vitesses que souhaite s’orienter le pouvoir en place, et l’expérience du #G7 semble avoir conforté leur choix : arrêter préventivement, même avec des dossiers vides, même avec la plus parfaite mauvaise foi, des cibles connues ou totalement inconnues, et, ils imaginent, paralyser ainsi les "fomentateurs" de révolte. Un passage dans l’article est particulièrement significatif :

    « Nous avons modifié nos modes d’action opérationnels en un temps record, mais nous devons finaliser la doctrine dans les semaines qui viennent ». Un séminaire de travail sur le « schéma national du maintien de l’ordre » a eu lieu en juin place Beauvau, mais peu de voix critiques y avaient été conviées. Depuis lors, le sociologue de la police Sebastian Roché, qui plaide pour une politique alternative de « désescalade », s’est même vu retirer son cours à l’Ecole des commissaires… Le ministère de l’Intérieure ne manque pourtant pas de plaider pour « la concertation la plus large possible. »

    Ainsi donc ce samedi on apprend deux évènements qui font penser que ce nouvel ordre du maintient est acté :

    – à #Toulouse des observateurs de la LDH se font charger, puis prennent une pseudo leçon de loi par [le préfet ?] parce que l’un d’eux a voulu ramasser un projectile d’arme policière que les avait touchés. C’est la troisième fois qu’ils se font ainsi malmener :
    https://twitter.com/Maxime_Reynie/status/1177984007386140674 + chez @gonzo : https://seenthis.net/messages/804242
    Communiqué de la #LDH : https://www.ldh-france.org/agressions-policieres-contre-des-observations-citoyennes-ca-suffit

    – à #Montpellier, c’est Ian B. de Desarmons-les, collectif contre les armes de la police, qui se fait arrêter pour la deuxième fois alors qu’il devait faire une conférence le soir même sur les armes de la police. A cette heure, il n’y a toujours pas de nouvelles.
    https://twitter.com/ValKphotos/status/1178342218895171586
    Pour mémoire, la fois précédente : https://desarmons.net/index.php/2019/03/30/ianb-revient-plus-precisement-sur-son-arrestation-des-25-et-26-mars-2019-

    Pendant ce temps, le CM du Syndicat Indépendant des Commissaires de Police s’amuse à titiller @davduf / David Dufresne, tranquilou : https://twitter.com/davduf/status/1178376236395089920 , le syndicat Alliance fait des communiqués auxmenaces à peine voilées : https://twitter.com/davduf/status/1178285515730239488 & https://twitter.com/ValKphotos/status/1178294536155611142 et Linda Kebbab continue de se lâcher avec désormais une photo de profil des plus explicites : https://twitter.com/LindaKebbab/photo

    Bref : #ça_pue !