• De l’astrologie à la #science
    https://laviedesidees.fr/Pascal-Richet-Des-savants-et-des-dieux

    La pensée cosmologique des Mésopotamiens, où ciel et terre sont structurés de la même manière, révèle un certain rapport au monde. Et si l’astrologie avait été l’ancêtre de l’astronomie et, plus généralement, de la pensée scientifique ?

    #Histoire #religion #Antiquité #cosmologie
    https://laviedesidees.fr/IMG/pdf/20260225_richetbabylone.pdf

  • #IA et #éducation (1/2) : plongée dans l’IApocalypse éducative

    L’#IA_générative est en train de transformer en profondeur le monde de l’éducation, où les élèves l’utilisent massivement pour faire leurs devoirs. Entre dénis et illusions, comment s’adapter ? Faut-il s’adapter ?

    A l’été 2023, Ethan Mollick, professeur de management à Wharton, co-directeur du Generative AI Labs et auteur de #Co-intelligence : vivre et travailler avec l’IA (qui vient de paraître en français chez First), décrivait dans son excellente newsletter, One useful thing, l’apocalypse des #devoirs. Cette apocalypse qu’il annonçait était qu’il ne serait plus possible pour les enseignants de donner des devoirs à leurs élèves à cause de l’IA, redoutant une triche généralisée.

    Pourtant, rappelait-il, la triche est là depuis longtemps. Une étude longitudinale de 2020 montrait déjà que de moins en moins d’élèves bénéficiaient des devoirs qu’ils avaient à faire. L’étude, menée par le professeur de psychologie cognitive, Arnold Glass du Learning and memory laboratory de Rutgers, montrait que lorsque les élèves faisaient leurs devoirs en 2008, cela améliorait leurs notes aux examens pour 86% d’entre eux, alors qu’en 2017, les devoirs ne permettaient plus d’améliorer les notes que de 45% des élèves. Pourquoi ? Parce que plus de la moitié des élèves copiaient-collaient les réponses à leurs devoirs sur internet en 2017, et n’en tiraient donc pas profit. Une autre étude soulignait même que 15% des élèves avaient payé quelqu’un pour faire leur devoir, généralement via des sites d’aides scolaires en ligne. Si #tricher s’annonce plus facile avec l’IA, il faut se rappeler que c’était déjà facile avant sa généralisation.

    Les #calculatrices n’ont pas tué les #mathématiques

    Mais la triche n’est pas la seule raison pour laquelle l’IA remet en question la notion même de devoirs. Mollick rappelle que l’introduction de la calculatrice a radicalement transformé l’enseignement des mathématiques. Dans un précédent article, il revenait d’ailleurs sur cette histoire. Lorsque la calculatrice a été introduite dans les écoles, les réactions ont été étonnamment proches des inquiétudes initiales que Mollick entend aujourd’hui concernant l’utilisation de l’IA par les élèves. En s’appuyant sur une thèse signée Sarah Banks, Mollick rappelle que dès les années 70, certains professeurs étaient impatients d’intégrer l’usage des calculatrices dans leurs classes, mais c’était loin d’être le cas de tous. La majorité regardait l’introduction de la calculatrice avec suspicion et les parents partagaient l’inquiétude que leurs enfants n’oublient les bases des maths. Au début des années 80, les craintes des enseignants s’étaient inversées, mais très peu d’écoles fournissaient de calculatrices à leurs élèves. Il faut attendre le milieu des années 1990, pour que les calculatrices intègrent les programmes scolaires. En fait, un consensus pratique sur leur usage a été atteint. Et l’enseignement des mathématiques ne s’est pas effondré (même si les tests Pisa montrent une baisse de performance, notamment dans les pays de l’OCDE, mais pour bien d’autres raisons que la généralisation des calculatrices) (https://stanford.edu/~cpiech/bio/papers/gptsurprise.pdf).

    Pour Mollick, l’intégration de l’IA à l’école suivra certainement un chemin similaire. « Certains devoirs nécessiteront l’assistance de l’IA, d’autres l’interdiront. Les devoirs d’écriture en classe sur des ordinateurs sans connexion Internet, combinés à des examens écrits, permettront aux élèves d’acquérir les #compétences_rédactionnelles de base. Nous trouverons un consensus pratique qui permettra d’intégrer l’IA au processus d’#apprentissage sans compromettre le développement des #compétences essentielles. Tout comme les calculatrices n’ont pas remplacé l’apprentissage des mathématiques, l’IA ne remplacera pas l’apprentissage de l’#écriture et de la #pensée_critique. Cela prendra peut-être du temps, mais nous y parviendrons », explique Mollick, toujours optimiste.

    Pourquoi faire des devoirs quand l’IA les rend obsolètes ?

    Mais l’impact de l’IA ne se limite pas à l’écriture, estime Mollick. Elle peut aussi être un vulgarisateur très efficace et #ChatGPT peut répondre à bien des questions. L’arrivée de l’IA remet en cause les méthodes d’enseignements traditionnelles que sont les #cours_magistraux, qui ne sont pas si efficaces et dont les alternatives, pour l’instant, n’ont pas connu le succès escompté. « Les cours magistraux ont tendance à reposer sur un #apprentissage_passif, où les étudiants se contentent d’écouter et de prendre des notes sans s’engager activement dans la résolution de problèmes ni la pensée critique. Dans ce format, les étudiants peuvent avoir du mal à retenir l’information, car leur attention peut facilement faiblir lors de longues présentations. De plus, l’approche universelle des cours magistraux ne tient pas compte des différences et des capacités individuelles, ce qui conduit certains étudiants à prendre du retard tandis que d’autres se désintéressent, faute de stimulation ». Mollick est plutôt partisan de l’#apprentissage_actif, qui supprime les cours magistraux et invite les étudiants à participer au processus d’apprentissage par le biais d’activités telles que la #résolution_de_problèmes, le #travail_de_groupe et les #exercices_pratiques. Dans cette approche, les étudiants collaborent entre eux et avec l’enseignant pour mettre en pratique leurs apprentissages. Une méthode que plusieurs études valorisent comme plus efficaces, même si les étudiants ont aussi besoin d’enseignements initiaux appropriés.

    La solution pour intégrer davantage d’apprentissage actif passe par les #classes_inversées, où les étudiants doivent apprendre de nouveaux concepts à la maison (via des vidéos ou des ressources numériques) pour les appliquer ensuite en classe par le biais d’activités, de discussions ou d’exercices. Afin de maximiser le temps consacré à l’apprentissage actif et à la pensée critique, tout en utilisant l’apprentissage à domicile pour la transmission du contenu.

    Pourtant, reconnaît Mollick, l’apprentissage actif peine à s’imposer, notamment parce que les professeurs manquent de ressources de qualité et de matériel pédagogique inversé de qualité. Des lacunes que l’IA pourrait bien combler. Mollick imagine alors une classe où des tuteurs IA personnalisés viendraient accompagner les élèves, adaptant leur enseignement aux besoins des élèves tout en ajustant les contenus en fonction des performances des élèves, à la manière du manuel électronique décrit dans L’âge de diamant de Neal Stephenson, emblème du rêve de l’apprentissage personnalisé. Face aux difficultés, Mollick à tendance à toujours se concentrer « sur une vision positive pour nous aider à traverser les temps incertains à venir ». Pas sûr que cela suffise.

    Dans son article d’août 2023, Mollick estime que les élèves vont bien sûr utiliser l’IA pour tricher et vont l’intégrer dans tout ce qu’ils font. Mais surtout, ils vont nous renvoyer une question à laquelle nous allons devoir répondre : ils vont vouloir comprendre pourquoi faire des devoirs quand l’IA les rend obsolètes ?

    Perturbation de l’écriture et de la #lecture

    Mollick rappelle que la dissertation est omniprésente dans l’enseignement. L’écriture remplit de nombreuses fonctions notamment en permettant d’évaluer la capacité à raisonner et à structurer son #raisonnement. Le problème, c’est que les dissertations sont très faciles à générer avec l’IA générative. Les détecteurs de leur utilisation fonctionnent très mal et il est de plus en plus facile de les contourner. A moins de faire tout travail scolaire en classe et sans écrans, nous n’avons plus de moyens pour détecter si un travail est réalisé par l’homme ou la machine. Le retour des dissertations sur table se profile, quitte à grignoter beaucoup de temps d’apprentissage.

    Mais pour Mollick, les écoles et les enseignants vont devoir réfléchir sérieusement à l’utilisation acceptable de l’IA. Est-ce de la triche de lui demander un plan ? De lui demander de réécrire ses phrases ? De lui demander des références ou des explications ? Qu’est-ce qui peut-être autorisé et comment les utiliser ?

    Pour les étudiants du supérieur auxquels il donne cours, Mollick a fait le choix de rendre l’usage de l’IA obligatoire dans ses cours et pour les devoirs, à condition que les modalités d’utilisation et les consignes données soient précisées. Pour lui, cela lui a permis d’exiger des devoirs plus ambitieux, mais a rendu la notation plus complexe.

    Mollick rappelle qu’une autre activité éducative primordiale reste la lecture. « Qu’il s’agisse de rédiger des comptes rendus de lecture, de résumer des chapitres ou de réagir à des articles, toutes ces tâches reposent sur l’attente que les élèves assimilent la lecture et engagent un dialogue avec elle ». Or, l’IA est là encore très performante pour lire et résumer. Mollick suggère de l’utiliser comme partenaire de lecture, en favorisant l’interaction avec l’IA, pour approfondir les synthèses… Pas sûr que la perspective apaise la panique morale qui se déverse dans la presse sur le fait que les étudiants ne lisent plus. Du New Yorker (« Les humanités survivront-elles à ChatGPT ? » ou « Est-ce que l’IA encourage vraiement les élèves à tricher ? ») à The Atlantic (« Les étudiants ne lisent plus de livres » ou « La génération Z voit la lecture comme une perte de temps ») en passant par les pages opinions du New York Times (qui explique par exemple que si les étudiants ne lisent plus c’est parce que les compétences ne sont plus valorisées nulles part), la perturbation que produit l’arrivée de ChatGPT dans les études se double d’une profonde chute de la lecture, qui semble être devenue d’autant plus inutile que les machines les rendent disponibles. Mêmes inquiétudes dans la presse de ce côté-ci de l’Atlantique, du Monde à Médiapart en passant par France Info…

    Mais l’IA ne menace pas que la lecture ou l’écriture. Elle sait aussi très bien résoudre les problèmes et exercices de math comme de science.

    Pour Mollick, comme pour bien des thuriféraires de l’IA, c’est à l’école et à l’enseignement de s’adapter aux perturbations générées par l’IA, qu’importe si la société n’a pas demandé le déploiement de ces outils. D’ailleurs, soulignait-il très récemment, nous sommes déjà dans une éducation postapocalyptique. Selon une enquête de mai 2024, aux Etats-Unis 82 % des étudiants de premier cycle universitaire et 72 % des élèves de la maternelle à la terminale ont déjà utilisé l’IA. Une adoption extrêmement rapide. Même si les élèves ont beau dos de ne pas considérer son utilisation comme de la triche. Pour Mollick, « la triche se produit parce que le travail scolaire est difficile et comporte des enjeux importants ». L’être humain est doué pour trouver comment se soustraire ce qu’il ne souhaite pas faire et éviter l’#effort_mental. Et plus les #tâches_mentales sont difficiles, plus nous avons tendance à les éviter. Le problème, reconnaît Mollick, c’est que dans l’éducation, faire un #effort reste primordial.

    Dénis et illusions

    Pourtant, tout le monde semble être dans le #déni et l’#illusion. Les enseignants croient pouvoir détecter facilement l’utilisation de l’IA et donc être en mesure de fixer les barrières. Ils se trompent très largement. Une écriture d’IA bien stimulée est même jugée plus humaine que l’écriture humaine par les lecteurs. Pour les professeurs, la seule option consiste à revenir à l’écriture en classe, ce qui nécessite du temps qu’ils n’ont pas nécessairement et de transformer leur façon de faire cours, ce qui n’est pas si simple.

    Mais les élèves aussi sont dans l’illusion. « Ils ne réalisent pas réellement que demander de l’aide pour leurs devoirs compromet leur #apprentissage ». Après tout, ils reçoivent des conseils et des réponses de l’IA qui les aident à résoudre des problèmes, qui semble rendre l’apprentissage plus fluide. Comme l’écrivent les auteurs de l’étude de Rutgers : « Rien ne permet de croire que les étudiants sont conscients que leur stratégie de devoirs diminue leur note à l’examen… ils en déduisent, de manière logique, que toute stratégie d’étude augmentant leur note à un devoir augmente également leur note à l’examen ». En fait, comme le montre une autre étude, en utilisant ChatGPT, les notes aux devoirs progressent, mais les notes aux #examens ont tendance à baisser de 17% en moyenne quand les élèves sont laissés seuls avec l’outil (https://papers.ssrn.com/sol3/papers.cfm?abstract_id=4895486). Par contre, quand ils sont accompagnés pour comprendre comment l’utiliser comme #coach plutôt qu’outil de réponse, alors l’outil les aide à la fois à améliorer leurs notes aux devoirs comme à l’examen. Une autre étude, dans un cours de programmation intensif à Stanford, a montré que l’usage des chatbots améliorait plus que ne diminuait les notes aux examens.

    Une majorité de professeurs estiment que l’usage de ChatGPT est un outil positif pour l’apprentissage. Pour Mollick, l’IA est une aide pour comprendre des sujets complexes, réfléchir à des idées, rafraîchir ses connaissances, obtenir un retour, des conseils… Mais c’est peut-être oublier de sa part, d’où il parle et combien son expertise lui permet d’avoir un usage très évolué de ces outils. Ce qui n’est pas le cas des élèves.
    Encourager la réflexion et non la remplacer

    Pour que les étudiants utilisent l’IA pour stimuler leur réflexion plutôt que la remplacer, il va falloir les accompagner, estime Mollick. Mais pour cela, peut-être va-t-il falloir nous intéresser aux professeurs, pour l’instant laissés bien dépourvus face à ces nouveaux outils.

    Enfin, pas tant que cela. Car eux aussi utilisent l’IA. Selon certains sondages américains, trois quart des enseignants utiliseraient désormais l’IA dans leur travail, mais nous connaissons encore trop peu les méthodes efficaces qu’ils doivent mobiliser. Une étude qualitative menée auprès d’eux a montré que ceux qui utilisaient l’IA pour aider leurs élèves à réfléchir, pour améliorer les explications obtenaient de meilleurs résultats. Pour Mollick, la force de l’IA est de pouvoir créer des expériences d’apprentissage personnalisées, adaptées aux élèves et largement accessibles, plus que les technologies éducatives précédentes ne l’ont jamais été. Cela n’empêche pas Mollick de conclure par le discours lénifiant habituel : l’éducation quoiqu’il en soit doit s’adapter !

    Cela ne veut pas dire que cette adaptation sera très facile ou accessible, pour les professeurs, comme pour les élèves. Dans l’éducation, rappellent les psychologues Andrew Wilson et Sabrina Golonka sur leur blog, « le processus compte bien plus que le résultat« . Or, l’IA fait à tous la promesse inverse. En matière d’éducation, cela risque d’être dramatique, surtout si nous continuons à valoriser le résultat (les notes donc) sur le processus. David Brooks ne nous disait pas autre chose quand il constatait les limites de notre méritocratie actuelle. C’est peut-être par là qu’il faudrait d’ailleurs commencer, pour résoudre l’IApocalypse éducative…

    Pour Mollick cette évolution « exige plus qu’une acceptation passive ou une résistance futile ». « Elle exige une refonte fondamentale de notre façon d’enseigner, d’apprendre et d’évaluer les connaissances. À mesure que l’IA devient partie intégrante du paysage éducatif, nos priorités doivent évoluer. L’objectif n’est pas de déjouer l’IA ou de faire comme si elle n’existait pas, mais d’exploiter son potentiel pour améliorer l’éducation tout en atténuant ses inconvénients. La question n’est plus de savoir si l’IA transformera l’éducation, mais comment nous allons façonner ce changement pour créer un environnement d’apprentissage plus efficace, plus équitable et plus stimulant pour tous ». Plus facile à dire qu’à faire. Expérimenter prend du temps, trouver de bons exercices, changer ses pratiques… pour nombre de professeurs, ce n’est pas si évident, d’autant qu’ils ont peu de temps disponible pour se faire ou se former. La proposition d’Anthropic de produire une IA dédiée à l’accompagnement des élèves (Claude for Education) qui ne cherche pas à fournir des réponses, mais produit des modalités pour accompagner les élèves à saisir les raisonnements qu’ils doivent échafauder, est certes stimulante, mais il n’est pas sûr qu’elle ne soit pas contournable.

    Dans les commentaires des billets de Mollick, tout le monde se dispute, entre ceux qui pensent plutôt comme Mollick et qui ont du temps pour s’occuper de leurs élèves, qui vont pouvoir faire des évaluations orales et individuelles, par exemple (ce que l’on constate aussi dans les cursus du supérieur en France, rapportait le Monde). Et les autres, plus circonspects sur les évolutions en cours, où de plus en plus souvent des élèves produisent des contenus avec de l’IA que leurs professeurs font juger par des IA… On voit bien en tout cas, que la question de l’IA générative et ses usages, ne pourra pas longtemps rester une question qu’on laisse dans les seules mains des professeurs et des élèves, à charge à eux de s’en débrouiller.

    https://danslesalgorithmes.net/2025/06/24/ia-et-education-1-2-plongee-dans-liapocalypse-educative
    #AI #intelligence_artificielle
    #à_lire

    • IA et éducation (2/2) : du #dilemme_moral au malaise social

      Encourager les élèves à un usage responsable de l’IA semble plus facile à dire qu’à faire. Notamment parce que l’IA place la déqualification au coeur même de l’apprentissage. Derrière la question morale de la triche, il faut surtout observer le malaise social à l’oeuvre. L’IA n’est certainement pas le grand égalisateur qu’on pense.

      La bataille éducative est-elle perdue ?

      Une grande enquête de 404 media montre qu’à l’arrivée de ChatGPT, les écoles publiques américaines étaient totalement démunies face à l’adoption généralisée de ChatGPT par les élèves. Le problème est d’ailleurs loin d’être résolu. Le New York Mag a récemment publié un article qui se désole de la triche généralisée qu’ont introduit les IA génératives à l’école. De partout, les élèves utilisent les chatbots pour prendre des notes pendant les cours, pour concevoir des tests, résumer des livres ou des articles, planifier et rédiger leurs essais, résoudre les exercices qui leurs sont demandés. Le plafond de la triche a été pulvérisé, explique un étudiant. “Un nombre considérable d’étudiants sortiront diplômés de l’université et entreront sur le marché du travail en étant essentiellement analphabètes”, se désole un professeur qui constate le court-circuitage du processus même d’apprentissage. La triche semblait pourtant déjà avoir atteint son apogée, avant l’arrivée de ChatGPT, notamment avec les plateformes d’aides au devoir en ligne comme Chegg et Course Hero. “Pour 15,95 $ par mois, Chegg promettait des réponses à toutes les questions de devoirs en seulement 30 minutes, 24h/24 et 7j/7, grâce aux 150 000 experts diplômés de l’enseignement supérieur qu’elle employait, principalement en Inde”.

      Chaque école a proposé sa politique face à ces nouveaux outils, certains prônant l’interdiction, d’autres non. Depuis, les politiques se sont plus souvent assouplies, qu’endurcies. Nombre de profs autorisent l’IA, à condition de la citer, ou ne l’autorisent que pour aide conceptuelle et en demandant aux élèves de détailler la manière dont ils l’ont utilisé. Mais cela ne dessine pas nécessairement de limites claires à leurs usages. L’article souligne que si les professeurs se croient doués pour détecter les écrits générés par l’IA, des études ont démontré qu’ils ne le sont pas. L’une d’elles, publiée en juin 2024, utilisait de faux profils d’étudiants pour glisser des travaux entièrement générés par l’IA dans les piles de correction des professeurs d’une université britannique. Les professeurs n’ont pas signalé 97 % des essais génératifs. En fait, souligne l’article, les professeurs ont plutôt abandonné l’idée de pouvoir détecter le fait que les devoirs soient rédigés par des IA. “De nombreux enseignants semblent désormais désespérés”. “Ce n’est pas ce pour quoi nous nous sommes engagés”, explique l’un d’entre eux. La prise de contrôle de l’enseignement par l’IA tient d’une crise existentielle de l’éducation. Désormais, les élèves ne tentent même plus de se battre contre eux-mêmes. Ils se replient sur la facilité. “Toute tentative de responsabilisation reste vaine”, constatent les professeurs.

      L’IA a mis à jour les défaillances du système éducatif. Bien sûr, l’idéal de l’université et de l’école comme lieu de développement intellectuel, où les étudiants abordent des idées profondes a disparu depuis longtemps. La perspective que les IA des professeurs évaluent désormais les travaux produits par les IA des élèves, finit de réduire l’absurdité de la situation, en laissant chacun sans plus rien à apprendre. Plusieurs études (comme celle de chercheurs de Microsoft) ont établi un lien entre l’utilisation de l’IA et une détérioration de l’esprit critique. Pour le psychologue, Robert Sternberg, l’IA générative compromet déjà la créativité et l’intelligence. “La bataille est perdue”, se désole un autre professeur.

      Reste à savoir si l’usage “raisonnable” de l’IA est possible. Dans une longue enquête pour le New Yorker, le journaliste Hua Hsu constate que tous les étudiants qu’il a interrogé pour comprendre leur usage de l’IA ont commencé par l’utiliser pour se donner des idées, en promettant de veiller à un usage responsable et ont très vite basculé vers des usages peu modérés, au détriment de leur réflexion. L’utilisation judicieuse de l’IA ne tient pas longtemps. Dans un rapport sur l’usage de Claude par des étudiants, Anthropic a montré que la moitié des interactions des étudiants avec son outil serait extractive, c’est-à-dire servent à produire des contenus. 404 media est allé discuter avec les participants de groupes de soutien en ligne de gens qui se déclarent comme “dépendants à l’IA”. Rien n’est plus simple que de devenir accro à un chatbot, confient des utilisateurs de tout âge. OpenAI en est conscient, comme le pointait une étude du MIT sur les utilisateurs les plus assidus, sans proposer pourtant de remèdes.

      Comment apprendre aux enfants à faire des choses difficiles ? Le journaliste Clay Shirky, devenu responsable de l’IA en éducation à la New York University, dans le Chronicle of Higher Education, s’interroge : l’IA améliore-t-elle l’éducation ou la remplace-t-elle ? “Chaque année, environ 15 millions d’étudiants de premier cycle aux États-Unis produisent des travaux et des examens de plusieurs milliards de mots. Si le résultat d’un cours est constitué de travaux d’étudiants (travaux, examens, projets de recherche, etc.), le produit de ce cours est l’expérience étudiante”. Un devoir n’a de valeur que ”pour stimuler l’effort et la réflexion de l’élève”. “L’utilité des devoirs écrits repose sur deux hypothèses : la première est que pour écrire sur un sujet, l’élève doit comprendre le sujet et organiser ses pensées. La seconde est que noter les écrits d’un élève revient à évaluer l’effort et la réflexion qui y ont été consacrés”. Avec l’IA générative, la logique de cette proposition, qui semblait pourtant à jamais inébranlable, s’est complètement effondrée.

      Pour Shirky, il ne fait pas de doute que l’IA générative peut être utile à l’apprentissage. “Ces outils sont efficaces pour expliquer des concepts complexes, proposer des quiz pratiques, des guides d’étude, etc. Les étudiants peuvent rédiger un devoir et demander des commentaires, voir à quoi ressemble une réécriture à différents niveaux de lecture, ou encore demander un résumé pour vérifier la clarté”… “Mais le fait que l’IA puisse aider les étudiants à apprendre ne garantit pas qu’elle le fera”. Pour le grand théoricien de l’éducation, Herbert Simon, “l’enseignant ne peut faire progresser l’apprentissage qu’en incitant l’étudiant à apprendre”. “Face à l’IA générative dans nos salles de classe, la réponse évidente est d’inciter les étudiants à adopter les utilisations utiles de l’IA tout en les persuadant d’éviter les utilisations néfastes. Notre problème est que nous ne savons pas comment y parvenir”, souligne pertinemment Shirky. Pour lui aussi, aujourd’hui, les professeurs sont en passe d’abandonner. Mettre l’accent sur le lien entre effort et apprentissage ne fonctionne pas, se désole-t-il. Les étudiants eux aussi sont déboussolés et finissent par se demander où l’utilisation de l’IA les mène. Shirky fait son mea culpa. L’utilisation engagée de l’IA conduit à son utilisation paresseuse. Nous ne savons pas composer avec les difficultés. Mais c’était déjà le cas avant ChatGPT. Les étudiants déclarent régulièrement apprendre davantage grâce à des cours magistraux bien présentés qu’avec un apprentissage plus actif, alors que de nombreuses études démontrent l’inverse. “Un outil qui améliore le rendement mais dégrade l’expérience est un mauvais compromis”.

      C’est le sens même de l’éducation qui est en train d’être perdu. Le New York Times revenait récemment sur le fait que certaines écoles interdisent aux élèves d’utiliser ces outils, alors que les professeurs, eux, les surutilisent. Selon une étude auprès de 1800 enseignants de l’enseignement supérieur, 18 % déclaraient utiliser fréquemment ces outils pour faire leur cours, l’année dernière – un chiffre qui aurait doublé depuis. Les étudiants ne lisent plus ce qu’ils écrivent et les professeurs non plus. Si les profs sont prompts à critiquer l’usage de l’IA par leurs élèves, nombre d’entre eux l’apprécient pour eux-mêmes, remarque un autre article du New York Times. A PhotoMath ou Google Lens qui viennent aider les élèves, répondent MagicSchool et Brisk Teaching qui proposent déjà des produits d’IA qui fournissent un retour instantané sur les écrits des élèves. L’Etat du Texas a signé un contrat de 5 ans avec l’entreprise Cambium Assessment pour fournir aux professeurs un outil de notation automatisée des écrits des élèves.

      Pour Jason Koebler de 404 media : “la société dans son ensemble n’a pas très bien résisté à l’IA générative, car les grandes entreprises technologiques s’obstinent à nous l’imposer. Il est donc très difficile pour un système scolaire public sous-financé de contrôler son utilisation”. Pourtant, peu après le lancement public de ChatGPT, certains districts scolaires locaux et d’État ont fait appel à des consultants pro-IA pour produire des formations et des présentations “encourageant largement les enseignants à utiliser l’IA générative en classe”, mais “aucun n’anticipait des situations aussi extrêmes que celles décrites dans l’article du New York Mag, ni aussi problématiques que celles que j’ai entendues de mes amis enseignants, qui affirment que certains élèves désormais sont totalement dépendants de ChatGPT”. Les documents rassemblés par 404media montrent surtout que les services d’éducation américains ont tardé à réagir et à proposer des perspectives aux enseignants sur le terrain.

      Dans un autre article de 404 media, Koebler a demandé à des professeurs américains d’expliquer ce que l’IA a changé à leur travail. Les innombrables témoignages recueillis montrent que les professeurs ne sont pas restés les bras ballants, même s’ils se sentent très dépourvus face à l’intrusion d’une technologie qu’ils n’ont pas voulu. Tous expliquent qu’ils passent des heures à corriger des devoirs que les élèves mettent quelques secondes à produire. Tous dressent un constat similaire fait d’incohérences, de confusions, de démoralisations, entre préoccupations et exaspérations. Quelles limites mettre en place ? Comment s’assurer qu’elles soient respectées ? “Je ne veux pas que les étudiants qui n’utilisent pas de LLM soient désavantagés. Et je ne veux pas donner de bonnes notes à des étudiants qui ne font pratiquement rien”, témoigne un prof. Beaucoup ont désormais recours à l’écriture en classe, au papier. Quelques-uns disent qu’ils sont passés de la curiosité au rejet catégorique de ces outils. Beaucoup pointent que leur métier est plus difficile que jamais. “ChatGPT n’est pas un problème isolé. C’est le symptôme d’un paradigme culturel totalitaire où la consommation passive et la régurgitation de contenu deviennent le statu quo.”
      L’IA place la déqualification au coeur de l’apprentissage

      Nicholas Carr, qui vient de faire paraître Superbloom : How Technologies of Connection Tear Us Apart (Norton, 2025, non traduit) rappelle dans sa newsletter que “la véritable menace que représente l’IA pour l’éducation n’est pas qu’elle encourage la triche, mais qu’elle décourage l’apprentissage”. Pour Carr, lorsque les gens utilisent une machine pour réaliser une tâche, soit leurs compétences augmentent, soit elles s’atrophient, soit elles ne se développent jamais. C’est la piste qu’il avait d’ailleurs exploré dans Remplacer l’humain (L’échapée, 2017, traduction de The Glass Cage) en montrant comment les logiciels transforment concrètement les métiers, des architectes aux pilotes d’avions). “Si un travailleur maîtrise déjà l’activité à automatiser, la machine peut l’aider à développer ses compétences” et relever des défis plus complexes. Dans les mains d’un mathématicien, une calculatrice devient un “amplificateur d’intelligence”. A l’inverse, si le maintien d’une compétence exige une pratique fréquente, combinant dextérité manuelle et mentale, alors l’automatisation peut menacer le talent même de l’expert. C’est le cas des pilotes d’avion confrontés aux systèmes de pilotage automatique qui connaissent un “affaissement des compétences” face aux situations difficiles. Mais l’automatisation est plus pernicieuse encore lorsqu’une machine prend les commandes d’une tâche avant que la personne qui l’utilise n’ait acquis l’expérience de la tâche en question. “C’est l’histoire du phénomène de « déqualification » du début de la révolution industrielle. Les artisans qualifiés ont été remplacés par des opérateurs de machines non qualifiés. Le travail s’est accéléré, mais la seule compétence acquise par ces opérateurs était celle de faire fonctionner la machine, ce qui, dans la plupart des cas, n’était quasiment pas une compétence. Supprimez la machine, et le travail s’arrête”.

      Bien évidemment que les élèves qui utilisent des chatbots pour faire leurs devoirs font moins d’effort mental que ceux qui ne les utilisent pas, comme le pointait une très épaisse étude du MIT (synthétisée par Le Grand Continent), tout comme ceux qui utilisent une calculatrice plutôt que le calcul mental vont moins se souvenir des opérations qu’ils ont effectuées. Mais le problème est surtout que ceux qui les utilisent sont moins méfiants de leurs résultats (comme le pointait l’étude des chercheurs de Microsoft), alors que contrairement à ceux d’une calculatrice, ils sont beaucoup moins fiables. Le problème de l’usage des LLM à l’école, c’est à la fois qu’il empêche d’apprendre à faire, mais plus encore que leur usage nécessite des compétences pour les évaluer.

      L’IA générative étant une technologie polyvalente permettant d’automatiser toutes sortes de tâches et d’emplois, nous verrons probablement de nombreux exemples de chacun des trois scénarios de compétences dans les années à venir, estime Carr. Mais l’utilisation de l’IA par les lycéens et les étudiants pour réaliser des travaux écrits, pour faciliter ou éviter le travail de lecture et d’écriture, constitue un cas particulier. “Elle place le processus de déqualification au cœur de l’éducation. Automatiser l’apprentissage revient à le subvertir”.

      En éducation, plus vous effectuez de recherches, plus vous vous améliorez en recherche, et plus vous rédigez d’articles, plus vous améliorez votre rédaction. “Cependant, la valeur pédagogique d’un devoir d’écriture ne réside pas dans le produit tangible du travail – le devoir rendu à la fin du devoir. Elle réside dans le travail lui-même : la lecture critique des sources, la synthèse des preuves et des idées, la formulation d’une thèse et d’un argument, et l’expression de la pensée dans un texte cohérent. Le devoir est un indicateur que l’enseignant utilise pour évaluer la réussite du travail de l’étudiant – le travail d’apprentissage. Une fois noté et rendu à l’étudiant, le devoir peut être jeté”.

      L’IA générative permet aux étudiants de produire le produit sans effectuer le travail. Le travail remis par un étudiant ne témoigne plus du travail d’apprentissage qu’il a nécessité. “Il s’y substitue ». Le travail d’apprentissage est ardu par nature : sans remise en question, l’esprit n’apprend rien. Les étudiants ont toujours cherché des raccourcis bien sûr, mais l’IA générative est différente, pas son ampleur, par sa nature. “Sa rapidité, sa simplicité d’utilisation, sa flexibilité et, surtout, sa large adoption dans la société rendent normal, voire nécessaire, l’automatisation de la lecture et de l’écriture, et l’évitement du travail d’apprentissage”. Grâce à l’IA générative, un élève médiocre peut produire un travail remarquable tout en se retrouvant en situation de faiblesse. Or, pointe très justement Carr, “la conséquence ironique de cette perte d’apprentissage est qu’elle empêche les élèves d’utiliser l’IA avec habileté. Rédiger une bonne consigne, un prompt efficace, nécessite une compréhension du sujet abordé. Le dispensateur doit connaître le contexte de la consigne. Le développement de cette compréhension est précisément ce que la dépendance à l’IA entrave”. “L’effet de déqualification de l’outil s’étend à son utilisation”. Pour Carr, “nous sommes obnubilés par la façon dont les étudiants utilisent l’IA pour tricher. Alors que ce qui devrait nous préoccuper davantage, c’est la façon dont l’IA trompe les étudiants”.

      Nous sommes d’accord. Mais cette conclusion n’aide pas pour autant à avancer !
      Passer du malaise moral au malaise social !

      Utiliser ou non l’IA semble surtout relever d’un malaise moral (qui en rappelle un autre), révélateur, comme le souligne l’obsession sur la « triche » des élèves. Mais plus qu’un dilemme moral, peut-être faut-il inverser notre regard, et le poser autrement : comme un malaise social. C’est la proposition que fait le sociologue Bilel Benbouzid dans un remarquable article pour AOC (première et seconde partie).

      Pour Benbouzid, l’IA générative à l’université ébranle les fondements de « l’auctorialité », c’est-à-dire qu’elle modifie la position d’auteur et ses repères normatifs et déontologiques. Dans le monde de l’enseignement supérieur, depuis le lancement de ChatGPT, tout le monde s’interroge pour savoir que faire de ces outils, souvent dans un choix un peu binaire, entre leur autorisation et leur interdiction. Or, pointe justement Benbouzid, l’usage de l’IA a été « perçu » très tôt comme une transgression morale. Très tôt, les utiliser a été associé à de la triche, d’autant qu’on ne peut pas les citer, contrairement à tout autre matériel écrit.

      Face à leur statut ambiguë, Benbouzid pose une question de fond : quelle est la nature de l’effort intellectuel légitime à fournir pour ses études ? Comment distinguer un usage « passif » de l’IA d’un usage « actif », comme l’évoquait Ethan Mollick dans la première partie de ce dossier ? Comment contrôler et s’assurer d’une utilisation active et éthique et non pas passive et moralement condamnable ?

      Pour Benbouzid, il se joue une réflexion éthique sur le rapport à soi qui nécessite d’être authentique. Mais peut-on être authentique lorsqu’on se construit, interroge le sociologue, en évoquant le fait que les étudiants doivent d’abord acquérir des compétences avant de s’individualiser. Or l’outil n’est pas qu’une machine pour résumer ou copier. Pour Benbouzid, comme pour Mollick, bien employée, elle peut-être un vecteur de stimulation intellectuelle, tout en exerçant une influence diffuse mais réelle. « Face aux influences tacites des IAG, il est difficile de discerner les lignes de partage entre l’expression authentique de soi et les effets normatifs induits par la machine. » L’enjeu ici est bien celui de la capacité de persuasion de ces machines sur ceux qui les utilisent.

      Pour les professeurs de philosophie et d’éthique Mark Coeckelbergh et David Gunkel, comme ils l’expliquent dans un article (qui a depuis donné lieu à un livre, Communicative AI, Polity, 2025), l’enjeu n’est pourtant plus de savoir qui est l’auteur d’un texte (même si, comme le remarque Antoine Compagnon, sans cette figure, la lecture devient indéchiffrable, puisque nul ne sait plus qui parle, ni depuis quels savoirs), mais bien plus de comprendre les effets que les textes produisent. Pourtant, ce déplacement, s’il est intéressant (et peut-être peu adapté à l’IA générative, tant les textes produits sont rarement pertinents), il ne permet pas de cadrer les usages des IA génératives qui bousculent le cadre ancien de régulation des textes académiques. Reste que l’auteur d’un texte doit toujours en répondre, rappelle Benbouzid, et c’est désormais bien plus le cas des étudiants qui utilisent l’IA que de ceux qui déploient ces systèmes d’IA. L’autonomie qu’on attend d’eux est à la fois un idéal éducatif et une obligation morale envers soi-même, permettant de développer ses propres capacités de réflexion. « L’acte d’écriture n’est pas un simple exercice technique ou une compétence instrumentale. Il devient un acte de formation éthique ». Le problème, estiment les professeurs de philosophie Timothy Aylsworth et Clinton Castro, dans un article qui s’interroge sur l’usage de ChatGPT, c’est que l’autonomie comme finalité morale de l’éducation n’est pas la même que celle qui permet à un étudiant de décider des moyens qu’il souhaite mobiliser pour atteindre son but. Pour Aylsworth et Castro, les étudiants ont donc obligation morale de ne pas utiliser ChatGPT, car écrire soi-même ses textes est essentiel à la construction de son autonomie. Pour eux, l’école doit imposer une morale de la responsabilité envers soi-même où écrire par soi-même n’est pas seulement une tâche scolaire, mais également un moyen d’assurer sa dignité morale. « Écrire, c’est penser. Penser, c’est se construire. Et se construire, c’est honorer l’humanité en soi. »

      Pour Benbouzid, les contradictions de ces deux dilemmes résument bien le choix cornélien des étudiants et des enseignants. Elle leur impose une liberté de ne pas utiliser. Mais cette liberté de ne pas utiliser, elle, ne relève-t-elle pas d’abord et avant tout d’un jugement social ?
      L’IA générative ne sera pas le grand égalisateur social !

      C’est la piste fructueuse qu’explore Bilel Benbouzid dans la seconde partie de son article. En explorant qui à recours à l’IA et pourquoi, le sociologue permet d’entrouvrir une autre réponse que la réponse morale. Ceux qui promeuvent l’usage de l’IA pour les étudiants, comme Ethan Mollick, estiment que l’IA pourrait agir comme une égaliseur de chances, permettant de réduire les différences cognitives entre les élèves. C’est là une référence aux travaux d’Erik Brynjolfsson, Generative AI at work, qui souligne que l’IA diminue le besoin d’expérience, permet la montée en compétence accélérée des travailleurs et réduit les écarts de compétence des travailleurs (une théorie qui a été en partie critiquée, notamment parce que ces avantages sont compensés par l’uniformisation des pratiques et leur surveillance – voir ce que nous en disions en mobilisant les travaux de David Autor). Mais sommes-nous confrontés à une homogénéisation des performances d’écritures ? N’assiste-t-on pas plutôt à un renforcement des inégalités entre les meilleurs qui sauront mieux que d’autres tirer partie de l’IA générative et les moins pourvus socialement ?

      Pour John Danaher, l’IA générative pourrait redéfinir pas moins que l’égalité, puisque les compétences traditionnelles (rédaction, programmation, analyses…) permettraient aux moins dotés d’égaler les meilleurs. Pour Danaher, le risque, c’est que l’égalité soit alors reléguée au second plan : « d’autres valeurs comme l’efficacité économique ou la liberté individuelle prendraient le dessus, entraînant une acceptation accrue des inégalités. L’efficacité économique pourrait être mise en avant si l’IA permet une forte augmentation de la productivité et de la richesse globale, même si cette richesse est inégalement répartie. Dans ce scénario, plutôt que de chercher à garantir une répartition équitable des ressources, la société pourrait accepter des écarts grandissants de richesse et de statut, tant que l’ensemble progresse. Ce serait une forme d’acceptation de l’inégalité sous prétexte que la technologie génère globalement des bénéfices pour tous, même si ces bénéfices ne sont pas partagés de manière égale. De la même manière, la liberté individuelle pourrait être privilégiée si l’IA permet à chacun d’accéder à des outils puissants qui augmentent ses capacités, mais sans garantir que tout le monde en bénéficie de manière équivalente. Certains pourraient considérer qu’il est plus important de laisser les individus utiliser ces technologies comme ils le souhaitent, même si cela crée de nouvelles hiérarchies basées sur l’usage différencié de l’IA ». Pour Danaher comme pour Benbouzid, l’intégration de l’IA dans l’enseignement doit poser la question de ses conséquences sociales !

      Les LLM ne produisent pas un langage neutre mais tendent à reproduire les « les normes linguistiques dominantes des groupes sociaux les plus favorisés », rappelle Bilel Benbouzid. Une étude comparant les lettres de motivation d’étudiants avec des textes produits par des IA génératives montre que ces dernières correspondent surtout à des productions de CSP+. Pour Benbouzid, le risque est que la délégation de l’écriture à ces machines renforce les hiérarchies existantes plus qu’elles ne les distribue. D’où l’enjeu d’une enquête en cours pour comprendre l’usage de l’IA générative des étudiants et leur rapport social au langage.

      Les premiers résultats de cette enquête montrent par exemple que les étudiants rechignent à copier-collé directement le texte créé par les IA, non seulement par peur de sanctions, mais plus encore parce qu’ils comprennent que le ton et le style ne leur correspondent pas. « Les étudiants comparent souvent ChatGPT à l’aide parentale. On comprend que la légitimité ne réside pas tant dans la nature de l’assistance que dans la relation sociale qui la sous-tend. Une aide humaine, surtout familiale, est investie d’une proximité culturelle qui la rend acceptable, voire valorisante, là où l’assistance algorithmique est perçue comme une rupture avec le niveau académique et leur propre maîtrise de la langue ». Et effectivement, la perception de l’apport des LLM dépend du capital culturel des étudiants. Pour les plus dotés, ChatGPT est un outil utilitaire, limité voire vulgaire, qui standardise le langage. Pour les moins dotés, il leur permet d’accéder à des éléments de langages valorisés et valorisants, tout en l’adaptant pour qu’elle leur corresponde socialement.

      Dans ce rapport aux outils de génération, pointe un rapport social à la langue, à l’écriture, à l’éducation. Pour Benbouzid, l’utilisation de l’IA devient alors moins un problème moral qu’un dilemme social. « Ces pratiques, loin d’être homogènes, traduisent une appropriation différenciée de l’outil en fonction des trajectoires sociales et des attentes symboliques qui structurent le rapport social à l’éducation. Ce qui est en jeu, finalement, c’est une remise en question de la manière dont les étudiants se positionnent socialement, lorsqu’ils utilisent les robots conversationnels, dans les hiérarchies culturelles et sociales de l’université. » En fait, les étudiants utilisent les outils non pas pour se dépasser, comme l’estime Mollick, mais pour produire un contenu socialement légitime. « En déléguant systématiquement leurs compétences de lecture, d’analyse et d’écriture à ces modèles, les étudiants peuvent contourner les processus essentiels d’intériorisation et d’adaptation aux normes discursives et épistémologiques propres à chaque domaine. En d’autres termes, l’étudiant pourrait perdre l’occasion de développer authentiquement son propre capital culturel académique, substitué par un habitus dominant produit artificiellement par l’IA. »

      L’apparence d’égalité instrumentale que permettent les LLM pourrait donc paradoxalement renforcer une inégalité structurelle accrue. Les outils creusant l’écart entre des étudiants qui ont déjà internalisé les normes dominantes et ceux qui les singent. Le fait que les textes générés manquent d’originalité et de profondeur critique, que les IA produisent des textes superficiels, ne rend pas tous les étudiants égaux face à ces outils. D’un côté, les grandes écoles renforcent les compétences orales et renforcent leurs exigences d’originalité face à ces outils. De l’autre, d’autres devront y avoir recours par nécessité. « Pour les mieux établis, l’IA représentera un outil optionnel d’optimisation ; pour les plus précaires, elle deviendra une condition de survie dans un univers concurrentiel. Par ailleurs, même si l’IA profitera relativement davantage aux moins qualifiés, cette amélioration pourrait simultanément accentuer une forme de dépendance technologique parmi les populations les plus défavorisées, creusant encore le fossé avec les élites, mieux armées pour exercer un discernement critique face aux contenus générés par les machines ».

      Bref, loin de l’égalisation culturelle que les outils permettraient, le risque est fort que tous n’en profitent pas d’une manière égale. On le constate très bien ailleurs. Le fait d’être capable de rédiger un courrier administratif est loin d’être partagé. Si ces outils améliorent les courriers des moins dotés socialement, ils ne renversent en rien les différences sociales. C’est le même constat qu’on peut faire entre ceux qui subliment ces outils parce qu’ils les maîtrisent finement, et tous les autres qui ne font que les utiliser, comme l’évoquait Gregory Chatonsky, en distinguant les utilisateurs mémétiques et les utilisateurs productifs. Ces outils, qui se présentent comme des outils qui seraient capables de dépasser les inégalités sociales, risquent avant tout de mieux les amplifier. Plus que de permettre de personnaliser l’apprentissage, pour s’adapter à chacun, il semble que l’IA donne des superpouvoirs d’apprentissage à ceux qui maîtrisent leurs apprentissages, plus qu’aux autres.
      L’IApocalypse scolaire, coincée dans le droit

      Les questions de l’usage de l’IA à l’école que nous avons tenté de dérouler dans ce dossier montrent l’enjeu à débattre d’une politique publique d’usage de l’IA générative à l’école, du primaire au supérieur. Mais, comme le montre notre enquête, toute la communauté éducative est en attente d’un cadre. En France, on attend les recommandations de la mission confiée à François Taddéi et Sarah Cohen-Boulakia sur les pratiques pédagogiques de l’IA dans l’enseignement supérieur, rapportait le Monde.

      Un premier cadre d’usage de l’IA à l’école vient pourtant d’être publié par le ministère de l’Education nationale. Autant dire que ce cadrage processuel n’est pas du tout à la hauteur des enjeux. Le document consiste surtout en un rappel des règles et, pour l’essentiel, elles expliquent d’abord que l’usage de l’IA générative est contraint si ce n’est impossible, de fait. « Aucun membre du personnel ne doit demander aux élèves d’utiliser des services d’IA grand public impliquant la création d’un compte personnel » rappelle le document. La note recommande également de ne pas utiliser l’IA générative avec les élèves avant la 4e et souligne que « l’utilisation d’une intelligence artificielle générative pour réaliser tout ou partie d’un devoir scolaire, sans autorisation explicite de l’enseignant et sans qu’elle soit suivie d’un travail personnel d’appropriation à partir des contenus produits, constitue une fraude ». Autant dire que ce cadre d’usage ne permet rien, sinon l’interdiction. Loin d’être un cadre de développement ouvert à l’envahissement de l’IA, comme s’en plaint le SNES-FSU, le document semble surtout continuer à produire du déni, tentant de rappeler des règles sur des usages qui les débordent déjà très largement.

      Sur Linked-in, Yann Houry, prof dans un Institut privé suisse, était très heureux de partager sa recette pour permettre aux profs de corriger des copies avec une IA en local, rappelant que pour des questions de légalité et de confidentialité, les professeurs ne devraient pas utiliser les services d’IA génératives en ligne pour corriger les copies. Dans les commentaires, nombreux sont pourtant venu lui signaler que cela ne suffit pas, rappelant qu’utiliser l’IA pour corriger les copies, donner des notes et classer les élèves peut-être classée comme un usage à haut-risque selon l’IA Act, ou encore qu’un formateur qui utiliserait l’IA en ce sens devrait en informer les apprenants afin qu’ils exercent un droit de recours en cas de désaccord sur une évaluation, sans compter que le professeur doit également être transparent sur ce qu’il utilise pour rester en conformité et l’inscrire au registre des traitements. Bref, d’un côté comme de l’autre, tant du côté des élèves qui sont renvoyé à la fraude quelque soit la façon dont ils l’utilisent, que des professeurs, qui ne doivent l’utiliser qu’en pleine transparence, on se rend vite compte que l’usage de l’IA dans l’éducation reste, formellement, très contraint, pour ne pas dire impossible.

      D’autres cadres et rapports ont été publiés. comme celui de l’inspection générale, du Sénat ou de la Commission européenne et de l’OCDE, mais qui se concentrent surtout sur ce qu’un enseignement à l’IA devrait être, plus que de donner un cadre aux débordements des usages actuels. Bref, pour l’instant, le cadrage de l’IApocalypse scolaire reste à construire, avec les professeurs… et avec les élèves.

      Hubert Guillaud

      MAJ du 02/09/2025 : Le rapport de François Taddei sur l’IA dans l’enseignement supérieur a été publié. Et, contrairement à ce qu’on aurait pu en attendre, il ne répond pas à la question des limites de l’usage de l’IA dans l’enseignement supérieur.

      Le rapport est pourtant disert. Il recommande de mutualiser les capacités de calculs, les contenus et les bonnes pratiques, notamment via une plateforme de mutualisation. Il recommande de développer la formation des étudiants comme des personnels et bien sûr de repenser les modalités d’évaluation, mais sans proposer de pistes concrètes. « L’IA doit notamment contribuer à rendre les établissements plus inclusifs, renforcer la démocratie universitaire, et développer un nouveau modèle d’enseignement qui redéfinisse le rôle de l’enseignant et des étudiants », rappelle l’auteur de Apprendre au XXIe siècle (Calmann-Levy, 2018) qui militait déjà pour transformer l’institution. Il recommande enfin de développer des data centers dédiés, orientés enseignement et des solutions techniques souveraines et invite le ministère de l’enseignement supérieur à se doter d’une politique nationale d’adoption de l’IA autour d’un Institut national IA, éducation et société.

      Le rapport embarque une enquête quantitative sur l’usage de l’IA par les étudiants, les professeurs et les personnels administratifs. Si le rapport estime que l’usage de l’IA doit être encouragé, il souligne néanmoins que son développement « doit être accompagné de réflexions collectives sur les usages et ses effets sur l’organisation du travail, les processus et l’évolution des compétences », mais sans vraiment faire de propositions spécifiques autres que citer certaines déjà mises en place nombre de professeurs. Ainsi, sur l’évolution des pratiques, le rapport recense les évolutions, notamment le développement d’examens oraux, mais en pointe les limites en termes de coûts et d’organisation, sans compter, bien sûr, qu’ils ne permettent pas d’évaluer les capacités d’écriture des élèves. « La mission considère que l’IA pourrait donner l’opportunité de redéfinir les modèles d’enseignement, en réinterrogeant le rôle de chacun. Plusieurs pistes sont possibles : associer les étudiants à la définition des objectifs des enseignements, responsabiliser les étudiants sur les apprentissages, mettre en situation professionnelle, développer davantage les modes projet, développer la résolution de problèmes complexes, associer les étudiants à l’organisation d’événements ou de travaux de recherche, etc. Le principal avantage de cette évolution est qu’elle peut permettre de renforcer l’engagement des étudiants dans les apprentissages car ils sont plus impliqués quand ils peuvent contribuer aux choix des sujets abordés. Ils prendront aussi conscience des enjeux pour leur vie professionnelle des matières enseignées. Une telle évolution pourrait renforcer de ce fait la qualité des apprentissages. Elle permettrait aussi de proposer davantage d’horizontalité dans les échanges, ce qui est attendu par les étudiants et qui reflète aussi davantage le fonctionnement par projet, mode d’organisation auquel ils seront fréquemment confrontés ». Pour répondre au défi de l’IA, la mission Taddeï propose donc de « sortir d’une transmission descendante » au profit d’un apprentissage plus collaboratif, comme François Taddéi l’a toujours proposé, mais sans proposer de norme pour structurer les rapports à l’IA.

      Le rapport recommande d’ailleurs de favoriser l’usage de l’IA dans l’administration scolaire et d’utiliser le « broad listening« , l’écoute et la consultation des jeunes pour améliorer la démocratie universitaire… Une proposition qui pourrait être stimulante si nous n’étions pas plutôt confronter à son exact inverse : le broad listening semble plutôt mobilisé pour réprimer les propos étudiants que le contraire… Enfin, le rapport insiste particulièrement sur l’usage de l’IA pour personnaliser l’orientation et être un tuteur d’études. La dernière partie du rapport constate les besoins de formation et les besoins d’outils mutualisés, libres et ouverts : deux aspects qui nécessiteront des financements et projets adaptés.

      Ce rapport très pro-IA ne répond pas vraiment à la difficulté de l’évaluation et de l’enseignement à l’heure où les élèves peuvent utiliser l’IA pour leurs écrits.

      Signalons qu’un autre rapport a été publié concomitamment, celui de l’Inspection générale de l’éducation, du sport et de la recherche (IGERS) qui insiste également sur le besoin de coordination et de mutualisation.

      Pour l’instant, l’une des propositions la plus pratico-pratique que l’on a vu passer sont assurément les résultats de la convention « citoyenne » de Sciences-Po Aix sur l’usage de l’IA générative, formulant 7 propositions. La convention recommande que les étudiants déclarent l’usage de l’IA, pour préciser le niveau d’intervention qui a été fait, le modèle utilisé et les instructions données, sur le modèle de celles utilisées par l’université de Sherbrooke. L’avis recommande aussi la coordination des équipes pédagogiques afin d’harmoniser les pratiques, pour donner un cadre cohérent aux étudiants et bâtir une réflexion collective. La 3e proposition consiste à améliorer l’enquête sur les pratiques via des formulaires réguliers pour mieux saisir les niveaux d’usages des élèves. La 4e proposition propose de ne pas autoriser l’IA générative pour les étudiants en première et seconde année, afin de leur permettre d’acquérir un socle de connaissances. La 5e proposition propose que les enseignants indiquent clairement si l’usage est autorisé ou non et selon quelles modalités, sur le modèle que propose, là encore, l’université de Sherbrooke. La 6e proposition propose d’améliorer la formation aux outils d’IA. La 7e propose d’organiser des ateliers de sensibilisation aux dimensions environnementales et sociales des IA génératives, intégrés à la formation. Comme le montrent nombre de chartes de l’IA dans l’éducation, celle-ci propose surtout un plus fort cadrage des usages que le contraire.

      En tout cas, le sujet agite la réflexion. Dans une tribune pour le Monde, le sociologue Manuel Cervera-Marzal estime que plutôt que d’ériger des interdits inapplicables en matière d’intelligence artificielle, les enseignants doivent réinventer les manières d’enseigner et d’évaluer, explique-t-il en explicitant ses propres pratiques. Même constat dans une autre tribune pour le professeur et écrivain Maxime Abolgassemi.

      Dans une tribune pour le Club de Mediapart, Céline Cael et Laurent Reynaud, auteurs de Et si on imaginait l’école de demain ? (Retz, 2025) reviennent sur les annonces toutes récentes de la ministre de l’éducation, Elisabeth Borne, de mettre en place une IA pour les professeurs “pour les accompagner dans leurs métiers et les aider à préparer leurs cours” (un appel d’offres a d’ailleurs été publié en janvier 2025 pour sélectionner un candidat). Des modules de formation seront proposés aux élèves du secondaire et un chatbot sera mis en place pour répondre aux questions administratives et réglementaires des personnels de l’Éducation nationale, a-t-elle également annoncé. Pour les deux enseignants, “l’introduction massive du numérique, et de l’IA par extension, dans le quotidien du métier d’enseignant semble bien plus souvent conduire à un appauvrissement du métier d’enseignant plutôt qu’à son optimisation”. “L’IA ne saurait être la solution miracle à tous les défis de l’éducation”, rappellent-ils. Les urgences ne sont pas là.

      Selon le bulletin officiel de l’éducation nationale qui a publié en juillet un cadre pour un usage raisonné du numérique à l’école, la question de l’IA « doit être conduite au sein des instances de démocratie scolaire », afin de nourrir le projet d’établissement. Bref, la question du cadrage des pratiques est pour l’instant renvoyée à un nécessaire débat de société à mener.

      MAJ du 01/10/2025 : A la suite d’Anthropic, OpenAI vient de publier une version de son chatbot pour étudiants. Ce “mode étude” consiste à doter ChatGPT “d’un nouveau filtre de conversation qui régule simplement la manière dont il répond aux élèves, encourageant moins de réponses et plus d’explications”. Plutôt que de donner des réponses, le robot tente d’expliquer le sujet et de renvoyer les étudiants à leurs propres efforts. Pourtant, rappelle la Technology Review, cela ne signifie pas que le système ne produise pas d’erreurs, au contraire. Il peut finalement apprendre à aborder des problèmes de manière erronée et produire des explications totalement fausses. Enfin, il n’empêchera pas les étudiants d’exiger du moteur de produire des réponses plutôt que de simplement les accompagner dans leur compréhension. Le mode tutorat lancé par les grandes entreprises de l’IA vise surtout à décrocher des marchés avec le secteur éducatif et fait la promesse que le tutorat personnalisé serait finalement un secteur où l’on pourrait considérablement réduire le coût humain.

      https://danslesalgorithmes.net/2025/07/01/ia-et-education-2-2-du-dilemme-moral-au-malaise-social

  • Die Väter der Atombombe: Studenten in der Weimarer Republik
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    Gilt als einer der wichtigsten Väter der US-Atombombe: Julius Robert Oppenheimer (rechts), der zunächst in Göttingen studiert hatte, hier mit seinen Kollegen Ernest Lawrence und Glenn Seaborg im Strahlungslabor an der Universität von Kalifornien in Berkeley 1946 Foto: imago/Everett Collection

    Des noms à connaître : voici quelques constructeurs du fleau nucléaire.

    8.8.2025 von Reimar Paul - Vor rund 100 Jahren kamen in Göttingen junge Naturwissenschaftler zusammen, die Pioniere der Nuklearforschung waren

    Die Gedenktafel hängt über dem Balkon im ersten Stock des wuchtigen Bauwerks. »Julius Robert Oppenheimer. Physiker. 1926–1927«, steht darauf. Viel zu wenig Text, sagt Martin Melchert von der Anti-Atom-Initiative Göttingen. »Oppenheimer war eine zwiespältige Persönlichkeit. Er wurde verklärt, hat aber bis zu seinem Tod die Atombombenabwürfe auf Hiroshima und Nagasaki nicht bereut.«

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    2018 hatte die Stadt Göttingen die Gedenktafel an Oppenheimers damaligem Wohnhaus mit der Adresse Am Geismartor 4 anbringen lassen. Fast ebenso lange dauern die Bemühungen der Anti-Atom-Initiative, die Tafel um einige Sätze zu ergänzen. Weil die Stadtverwaltung das Begehren aber ablehnte, wurde die Initiative selbst aktiv.
    Vom Studenten zum Vater der Atombombe

    Seit dem Nachmittag des 6. August, dem 80. Jahrestag der Atombombenexplosion in Hiroshima, hängt unweit von Oppenheimers früherer Bleibe ein in Plastikfolie eingeschweißtes Plakat an einem Mauerrest. »Oppenheimer war als Berater des US-Kriegsministers mitverantwortlich für die Entscheidung, dicht besiedelte Städte als Ziele (für die Atombomben) zu bestimmen«, ist da unter anderem zu lesen. »Später plädierte Oppenheimer für eine internationale Atomwaffenkontrolle, gleichzeitig sprach er sich aber auch für die Stationierung taktischer Atomwaffen aus.«

    Oppenheimer (1904–1967), Sohn eines jüdischen Einwanderers und Geschäftsmannes, war im Herbst 1926 zum Studieren nach Göttingen gekommen. Am Lehrstuhl für Theoretische Physik von Max Born wurde er in nur sechs Monaten zum Doktor promoviert.
    Im Rahmen des »Manhattan-Projekts«, an dem neben Oppenheimer auch der ebenfalls aus Deutschland emigrierte Edward Teller beteiligt war, detonierte am 16. Juli 1945 auf dem Alamogordo- Testgelände im US-Bundesstaat New Mexico die erste Atombombe.

    Im Rahmen des »Manhattan-Projekts«, an dem neben Oppenheimer auch der ebenfalls aus Deutschland emigrierte Edward Teller beteiligt war, detonierte am 16. Juli 1945 auf dem Alamogordo- Testgelände im US-Bundesstaat New Mexico die erste Atombombe.

    Foto: imago/Cover-Images

    Kommilitonen und Professor erlebten Oppenheimer als brillant, kultiviert und selbstsicher bis zur Arroganz, berichtet Martin Melchert, der Göttinger Wissenschaftlerbiografien erforscht. Im Seminar habe Oppenheimer nicht nur seine Kommilitonen, sondern sogar Born unterbrochen. Eine Gruppe von Studierenden, angeführt von der späteren Nobelpreisträgerin Maria Göppert, habe deshalb mit dem Boykott des Seminars gedroht.

    Für Oppenheimers Promotion diente der Aufsatz »Zur Quantentheorie kontinuierlicher Spektren«. Born bewertete die Arbeit mit »ausgezeichnet« und schrieb: »Es handelt sich um eine wissenschaftliche Leistung von hohem Rang, die weit über den durchschnittlichen Dissertationen steht.«

    Dabei wäre die Promotion beinahe noch gescheitert. Oppenheimer hatte sich wegen eines nachlässig verfassten Lebenslaufs nur als Gasthörer immatrikulieren können, damit war er zur Promotion nicht zugelassen. Erst nach einer Intervention der Fakultät beim preußischen Kultusministerium konnte er promovieren.

    Zurück in den USA forschte und lehrte Oppenheimer unter anderem an der University of California in Berkeley. Als er 1939 von der gelungenen Kernspaltung durch Otto Hahn erfuhr, berechnete er noch am selben Tag die zu einer Explosion notwendige kritische Masse an spaltbarem Material. Von 1943 bis 1945 war er wissenschaftlicher Leiter des Manhattan-Projekts zum Bau von Atombomben, die ursprünglich gegen Nazi-Deutschland eingesetzt werden sollten. Ab Mai 1945 war er in die militärischen Planungen zum Abwurf der Bomben auf Japan und die Auswahl der Bombenziele involviert.

    Nach dem Zweiten Weltkrieg saß Oppenheimer in verschiedenen Beratergremien der US-Regierung. In diesen Funktionen empfahl er den Ausbau taktischer Atomwaffen, gleichzeitig plädierte er für internationale Kontrolle dieser Waffen und warb für Verständigung mit der Sowjetunion. Frühere Kontakte zu kommunistischen Kreisen führten 1954 zum Verlust seines Beraterstatus bei der US-Atomenergiebehörde. »Oppenheimers widersprüchliches Leben und Wirken zeigt das Dilemma eines Wissenschaftlers zwischen Forschung und Anwendung, zwischen Loyalität und Gewissen«, lautet der letzte Satz auf der von der Anti-Atom-Initiative erweiterten Gedenktafel.

    Doch Oppenheimer war nicht der einzige Göttinger Wissenschaftler, dessen Forschung später militärisch genutzt wurde. Zeitgleich mit seinem Aufenthalt entwickelte sich die Stadt allgemein zu einem Zentrum der Waffenforschung.
    Die dunkle Seite der Forschung

    Zwischen Oppenheimers Wohnhaus und dem Physikalischen Institut lagen nur wenige Hundert Meter. Unterwegs traf er vermutlich auch Chemiker, mutmaßt Melchert. Anders als die Physik und die Mathematik, wo viele jüdische Professoren wirkten, die wiederum jüdische und ausländische Studierende anzogen, waren die in der parallel zum Wall verlaufenden Hospitalstraße beheimateten Chemischen Institute Mitte der 1920er Jahre bereits fest in der Hand radikaler Rechter.

    Ab 1926 startete dort der ein Jahr zuvor in die NSDAP eingetretene Gerhard Jander mit seinem Assistenten Rudolf Mendel, ebenfalls ein NSDAP- und SA-Mann, im Auftrag des Heereswaffenamtes geheime Giftgasforschungen. Noch früher, nämlich 1922, war Adolf Thiessen (1899–1990) in die Nazi-Partei eingetreten. Er war eine der schillerndsten Figuren der internationalen Atom- und Chemiewaffenforschung.

    1931 wurde Thiessen Leiter des Bereichs anorganischen Chemie in Göttingen, zwei Jahre später wechselte er zum Kaiser-Wilhelm-Institut für Physikalische Chemie in Berlin, das er später als Chef zu einem NS-Musterbetrieb für Kampfstoffe ausbaute. Er forschte an durchdringenden Gasnebeln und Raketenzündstoffen. Zuletzt war er an Experimenten mit »schmutzigen Atombomben« beteiligt, über die wenig bekannt ist.

    Kurz nach Kriegsende erhielt Thiessen zusammen mit einem Dutzend weiterer deutscher Atomforscher eine Einladung in die Sowjetunion. Die Gruppe bekam ein Laboratorium am Schwarzen Meer, wo Thiessen mithalf, eine Uran-Anreicherungsanlage aufzubauen. Die sowjetische Bombe wurde 1949 fertig. 1951 erhielt Thiessen für seine Verdienste den Stalinpreis, die höchste zivile Auszeichnung des Landes. Er blieb bis 1956 in der UdSSR.

    Nach dem Umzug in die DDR war er Institutsleiter an der Berliner Humboldt-Universität, ab 1957 fungierte er als Vorsitzender, später als Ehrenvorsitzender des Forschungsrates der DDR und war parteiloses Mitglied des Staatsrates. Thiessen wirkte auch beim Aufbau des zivilen Atomprogramms der DDR mit. Sein Beispiel zeigt, dass auch in der DDR, dem antifaschistischen Selbstverständnis zum Trotz, Personen, die im NS-Regime eine wichtige Rolle gespielt hatten, in höchste Positionen befördert werden konnten.
    Wiege der Atomwaffenforschung

    Die früheren Physik- und Mathematikinstitute, die einen Komplex bildeten, sind eine weitere Station des Rundgangs. Hier stieß der junge Oppenheimer auf ein gutes Dutzend Dozenten und Kommilitonen, die später zur Elite der internationalen Atomwaffenforschung zählen sollten. Ein Treffpunkt war das legendäre interdisziplinäre Seminar »Über die Materie«, gemeinsam gehalten von den Professoren James Franck, David Hilbert und dem schon erwähnten Max Born. Assistenten von Born waren Pascual Jordan, Edward Teller und Werner Heisenberg.

    Heisenberg (1901–1976) hatte Physik, Mathematik, Chemie und Astronomie studiert und sich 1924 in Göttingen habilitiert. 1932 erhielt er für seine Arbeiten zur Begründung der Quantenmechanik den Nobelpreis für Physik. Ab 1939 war er, zwischenzeitlich zum Professor in Leipzig berufen, einer der wichtigsten Akteure im »Uranverein«, einem Zusammenschluss von 19 deutschen Forschungsinstituten, der zunächst einen Uranreaktor und daraus eine Uranbombe entwickeln sollte.

    Das gelang nicht. Als Gründe dafür gelten vor allem der Mangel an Rohstoffen (Uran und Schweres Wasser), Personal und Geld sowie Streitigkeiten der verschiedenen Forschungsgruppen um die knappen Ressourcen und die richtigen Konzepte. Umstritten ist bis heute, ob Heisenberg und einige andere Wissenschaftler die Entwicklung absichtlich verschleppten, um die Bombe nicht vor Kriegsende bauen zu müssen – oder ob er in seinem Versuchsreaktor sogar absichtliche Konstruktionsfehler machte.

    Lebenswege nach 1945

    Nach kurzer Kriegsgefangenschaft avancierte Heisenberg zum Direktor des in Göttingen angesiedelten Max-Planck-Instituts für Physik, an dem auch andere ehemalige Mitarbeiter des »Uranvereins« unterkamen. Er wurde Präsident des Deutschen Forschungsrates und lobbyierte in der von der Bundesregierung eingesetzten Deutschen Atomkommission für die friedliche Nutzung der Atomenergie. 1957 war Heisenberg Mitunterzeichner der »Göttinger Erklärung« gegen die atomare Bewaffnung der Bundeswehr. Und verscherzte es sich so, sagt Martin Melchert, mit Kanzler Konrad Adenauer und Verteidigungsminister Franz-Josef Strauß.

    Und was machten Borns andere Assistenten? Edward Teller (1908–2003) blieb bis 1933 in Göttingen, emigrierte dann wegen seiner jüdischen Herkunft in die USA. Er arbeitete im Manhattan-Projekt mit, trieb nach dem Krieg die Entwicklung der Wasserstoffbombe voran – und warf Oppenheimer gleichzeitig Zögerlichkeit bei dem Thema vor.

    Pascual Jordan (1902–1980), ab 1933 NSDAP- und SA-Mitglied, betrieb ab 1942 Atombombenforschung für die deutsche Marine. 1957 verfasste er eine Gegenschrift zur »Göttinger Erklärung«. Dafür wurde er von der CDU mit einem Sitz im Bundestag belohnt.

    »Oppenheimers widersprüchliches Leben und Wirken zeigt das Dilemma eines Wissenschaftlers zwischen Forschung und Anwendung, zwischen Loyalität und Gewissen.«
    Anti-Atom-Initiative Göttingen

    Das mathematische Genie

    Neben den Physikern war auch ein Mathematiker Teil des Göttinger Kreises, der später entscheidend zur Atombombenentwicklung beitrug. »Unter den Vätern der Atombombe war John von Neumann der Genialste und zugleich der Eigentümlichste«, sagt Martin Melchert. Neumann (1903–1957), Sohn eines jüdisch-ungarischen Bankiers, studierte 1926 und 1927 bei David Hilbert Mathematik. Während eines Forschungsaufenthaltes in den USA von 1930 bis 1933 war er Gastprofessor für mechanische Physik an der Universität von Princeton und damit jüngster Kollege Albert Einsteins. 1933 ging Neumann endgültig in die USA und erhielt eine Professur am Institute for Advanced Study in Princeton.

    Als Mitarbeiter im Manhattan-Projekt ermöglichte er durch Umprogrammierung der damals modernsten Hochleistungsrechner die Berechnung des Zündmechanismus der Nagasaki-Bombe. Er berechnete auch die maximale Zerstörungskraft der Bombe und war an der Auswahl der Bombenziele in Japan beteiligt. In den 1950er Jahren galt Neumann als einflussreichster wissenschaftlicher Berater der US-Außenpolitik. Er verfocht die totale nukleare Aufrüstung des Landes und empfahl einen atomaren Präventivschlag gegen die Sowjetunion.

    Gleichzeitig gilt Neumann vielen als der brillanteste Mathematiker seiner Zeit, als technisches Multitalent und als Visionär in den Bereichen Kybernetik und Digitalisierung. John von Neumann starb im Februar 1957 an Knochenkrebs, verursacht wohl durch seine Anwesenheit bei mehreren Atombombentests auf dem Bikini-Atoll im Pazifik. In Göttingen wohnte er unweit des Mathematischen Instituts im Walkemühlenweg 4. Seit 2005 hängt an der Fassade eine Gedenktafel der Stadt. »John von Neumann. Mathematiker. 1926–1927«, steht darauf. »Auch da gehört auf jeden Fall ein Zusatz hin«, sagt Martin Melchert zum Abschluss. »Oder man müsste die Tafel abreißen.«

    #nucléaire #mathematique #chimie #Hieoshima #bombe_atomique

  • Stragi di migranti, oggi come ieri: quando a Trieste quattro bimbi morirono di freddo
    (pour archivage)

    #Kandeepan_Krishanthini, #Kanagaratman_Yaliny, #Kandepan_Paradeepan e #Mathura_Ahila morirono dopo un lungo ed estenuante viaggio. Quando giunsero in Carso nevicava. Il ricordo di Marina, allora «caposala» della semeiotica chirurgica. «Una di loro aveva gli occhi bianchi e i bulbi oculari congelati. Non avevo mai visto una cosa del genere, fu straziante». La solidarietà di tutto l’ospedale

    “Le ambulanze arrivavano stracolme di gente stremata. Tra le persone c’erano anche quattro bambini, vestiti con i pantaloncini corti e delle canottiere di cotone. Una bimba di quattro anni aveva gli occhi bianchi. I bulbi oculari si erano congelati a causa del freddo, non avevo mai visto una cosa del genere. Con Antonino Gullo, all’epoca primario del reparto di Rianimazione tentammo di salvarla a lungo, ma non ci fu nulla da fare. Morì lì, sul lettino”. Trieste, è il 18 aprile 1991. In Carso nevica. Dopo un viaggio estenuante una quarantina di migranti provenienti dallo Sri Lanka insanguinato dalla guerra tra il governo e le Tigri del Tamil arrivano nel capoluogo giuliano. Le gelide temperature hanno stremato il gruppo. Gli adulti sopravvivono, ma nonostante i soccorsi quattro bambini non ce la fanno. “Krishanthini giunse assiderata e tentammo di rianimarla a lungo” racconta Marina, all’epoca “caposala” della semeiotica chirurgica, oggi in pensione.

    I quattro bimbi sepolti a Trieste

    Oggi Kandeepan Krishanthini è sepolta nel campo 5 del cimitero di Sant’Anna a Trieste. Vicino a lei riposano anche Kanagaratman Yaliny (due anni e undici mesi), Kandepan Paradeepan (due anni e un mese) e Mathura Ahila (nove anni). Sono tutti morti il 18 aprile. Ufficialmente si trovano lungo la fila 8, ma per riconoscerle non serve saper contare. Sono lapidi color grigio tortora, posizionate lungo una leggera salita. Nessun fiore, neanche di quelli di plastica. “Chi zerché?” chiede in dialetto una signora. “Prové là, forsi i xe più indrio”. I quattro bimbi vengono sepolti il 24 aprile dello stesso anno, sei giorni dopo il tragico decesso. “Quella sera in ospedale non c’era tanto personale – continua Marina – e ad un certo punto iniziò a girare questa voce che il pronto soccorso era stracolmo di gente assiderata. Serviva una mano da parte di tutti”.

    La solidarietà dell’ospedale

    Da quel terribile giorno di primavera sono passati oltre trent’anni, ma nella mente di chi c’era il ricordo di quell’inferno è più vivo che mai. “La scena era apocalittica, ma la solidarietà scattò immediatamente. In pronto soccorso vennero portati riscaldatori, lampade, cateteri con l’acqua calda e tutto ciò di cui avevamo bisogno. L’azienda sanitaria si attivò in tempo zero, la tempestività fu eccezionale”. Arrivano gli interpreti, l’esodo dei sanitari dagli altri reparti per dare una mano è massiccio e il tam tam raggiunge anche i vertici. Per una volta le divergenze professionali vengono messe da parte e si bada «solo» a soccorrere chi ha bisogno. “C’era gente dappertutto, seduta a terra, venivano distribuite le metalline (le coperte argentate). Volevamo fare di tutto per salvare questa povera gente. Quella sera nessuno di noi ha mai pensato ad altro”.

    L’attualità delle tragedie

    Nei giorni in cui le attenzioni dell’opinione pubblica italiana (e non solo) vengono rivolte verso le stragi di migranti nel mar Mediterraneo, la storia dei quattro bimbi di origine cingalese deceduti in un giorno di neve a Trieste riaffiora nella mente dei protagonisti. La rotta balcanica era attiva già da diversi anni e le persone puntavano, allora come oggi, ad arrivare sane e salve in Europa. Famiglie intere fuggivano, allora come oggi, dalle guerre e dalla devastazione che le contrapposizioni ideologiche e le incapacità politiche producono. Lo Sri Lanka che Krishanthini, Yaliny, Paradeepan e Ahila si lasciarono alle spalle era insanguinato da una guerra che, dal 1983 fino al 2009, causò quasi 100 mila morti. “Ad un certo punto si rese necessario accompagnare le madri a riconoscere i bambini” conclude Marina. Kandeepan Krishanthini era distesa sul lettino e il suo cuore, ormai, aveva smesso di battere. Trent’anni fa, lungo una delle tante migrazioni contemporanee. Era il 1991, eppure sembra oggi.

    https://www.triesteprima.it/cronaca/18-aprile-1991-strage-di-trieste.html

    #18_avril_1991 #décès #mourir_aux_frontières #migrations #réfugiés #frontière_sud-Alpine #Slovénie #Trieste #Italie #morts_aux_frontières

    –-

    ajouté à la métaliste sur les morts à la frontière #Slovénie-#Italie:
    https://seenthis.net/messages/818454

  • Comment expliquer la sous-représentation des femmes dans les écoles d’ingénieurs les plus sélectives ?
    https://www.ipp.eu/actualites/comment-expliquer-la-sous-representation-des-femmes-dans-les-ecoles-dingenieurs-
    Étude sur les #CPGE scientifiques hors BCPST, dans lesquelles les femmes représentent 25% des effectifs (70% en BCPST, 54% toutes formations bac+1 et bac+2 confondues).


    Le panel (a) montre que dans notre échantillon, les femmes ont en moyenne 20,2% de chances d’être admises dans l’une des écoles d’ingénieurs du top 10%, contre 25,3% pour les hommes, soit une différence de 5,1 points de pourcentage (...).

    Le premier résultat important est que les performances scolaires antérieures n’expliquent nullement cette sous-représentation. Elles pointent même en sens inverse : les femmes s’inscrivant en CPGE scientifique ayant de meilleurs résultats que les hommes au baccalauréat, elles devraient avoir une probabilité plus élevée d’intégrer les écoles les plus sélectives. Cet écart attendu, mais non observé dans les faits, est représenté par la valeur −62% dans le panel (b), ce qui signifie que si les performances des hommesàl’entrée en CPGE étaient aussi bonnes que celles des femmes, l’écart de taux d’accès aux grandes écoles les plus sélectives en défaveur des femmes serait encore 62% plus important.

    Un deuxième facteur explicatif réside dans le choix des CPGE et des filières. À performances scolaires équivalentes, les femmes s’orientent vers des classes préparatoires qui, en moyenne, envoient moins d’élèves dans les écoles d’ingénieurs les plus sélectives. Cette différence d’orientation explique environ 36% de la sousreprésentation des femmes.

    Le troisième enseignement majeur concerne l’évolution des performances pendant la CPGE. 70% de l’écart d’admission global est ainsi imputable aux notes obtenues durant la CPGE : 38% pour celles obtenues dès la fin du premier trimestre de la première année, et 32% pour celles obtenues après cela. À cela s’ajoute ce que nous appelons l’effet du « jour J » : à notes égales en fin de CPGE et à comportement de candidature équivalent, les femmes obtiennent des résultats inférieurs à ceux des hommes le jour mêmeduconcours. Ce phénomène, bien documenté dans d’autres contextes à forts enjeux (Azmat, Calsamiglia et Iriberri, 2016 ; Iriberri et Rey-Biel, 2019), contribue quant à lui à hauteur de 24% de l’écart global.

    Deux autres effets, plus marginaux, complètent l’analyse. À résultats équivalents en fin de CPGE, les femmes s’inscrivent un peu moins souvent aux concours les plus sélectifs. Cette différence dans le choix des concours explique 10% de l’écart observé. Les femmes redoublent également moins souvent la deuxième année de CPGE, ce qui explique 8% de l’écart dans l’accès aux meilleures écoles. En revanche, les préférences exprimées par les candidates et candidats, c’est-à-dire l’ordre dans lequel ils ou elles classent les écoles dans leurs vœux, ne permettent pas d’expliquer la sous-représentation des femmes. Cela ne signifie pas que les préférences n’interviennent pas à d’autres étapes du parcours, notamment dans le choix de la filière scientifique et/ou des spécialités disciplinaires, mais ces préférences ne jouent pas un rôle explicatif dans la sous-représentation des femmes dans les écoles d’ingénieurs les plus sélectives.

    Ainsi, parmi l’ensemble des mécanismes explorés, les plus déterminants sont l’inversion des écarts de performance entre le baccalauréat et le début de la CPGE, puis l’amplification de ces écarts au cours de la classe préparatoire.

    [...]

    Conclusion

    Malgré des performances scolaires initialement plus élevées que celles de leurs homologues masculins, les femmes bénéficient nettement moins de l’environnement compétitif desCPGE scientifiques. Nos résultats confirment les constats de la littérature expérimentale sur l’amplification des écarts de performance entre les sexes dans des contextes à enjeux élevés. Ils vont cependant plus loin : une part importante de cet écart ne relève pas uniquement d’un effet ponctuel lié au concours (effet du « jour J »), mais s’explique plus largement par le contexte d’apprentissage lui-même. Nous mettons en évidence que l’écart de performance entre les hommes et les femmes est plus marqué en classe étoile qu’en classe non étoile. [...]

    Les concours d’entrée aux écoles d’ingénieurs– tout comme leur préparation– sont particulièrement compétitifs, et cette intensité affecte différemment les trajectoires selon le genre. Dès lors, améliorer la représentation des femmes dans les écoles les plus sélectives suppose de repenser l’organisation de ces processus de sélection. Nos résultats suggèrent que des modalités de préparation des concours fortement compétitives peuvent engendrer des coûts en matière d’équité de genre.

    Des recherches complémentaires sont toutefois nécessaires pour évaluer si ces processus de sélection reflètent réellement les compétences requises pour réussir dans les filières scientifiques les plus exigeantes. Si la capacité à performer sous pression n’est pas essentielle à la réussite académique et professionnelle, alors le fonctionnement actuel des CPGE scientifiques pourrait être sous-optimal, en écartant de manière injustifiée une partie des talents féminins les plus prometteurs.

    #éducation #filles #maths #sciences #orientation

  • Vers une imposition formalisée⠀ ?
    https://blog.merigoux.fr/fr/2019/12/20/impots-formels.html

    (...)

    Le code #M produit et publié chaque année par la #DGFiP à l’issue du vote de la #loi_fiscale va ainsi pouvoir servir de base à tout une série d’implémentations de tout ou partie du code des impôts insérées dans diverses applications. En effet, #Mlang offre la possibilité de générer à partir du code M et vers divers langages de programmation des programmes calculant une liste de variables de sorties en fonction d’une liste de variables d’entrées et de conditions spécifiques. Concrètement, si LexImpact a besoin d’une implémentation Javascript ou WebAssembly de la fonction qui calcule l’impôt de cas types en fonction des valeurs des tranches d’imposition, Mlang pourra la générer ! Dans ce cas précis, le calcul de l’impôt pourra même se faire dans le navigateur Internet et non sur un serveur.

    Une autre application intéressante serait la traduction du code M vers des langages de #simulation #macro-économique comme #TROLL ou #SAS. En effet, ces langages sont utilisés par l’#Insee afin de réaliser des modèles de l’#économie française qui ont besoin de l’expression #mathématique de l’impôt sur le #revenu. Ces #modèles pourraient donc chaque année se mettre à jour en récupérant la nouvelle version du code M compilée vers TROLL ou SAS, au lieu de devoir refléter eux aussi les changements de législation dans leur code.

    Enfin, Mlang va pouvoir améliorer notre prototype de #prouveur automatique du code des #impôts. En effet, avant de le traduire vers un #solveur #SMT, il est nécessaire de réduire la complexité mathématique de la fonction à sa substantifique moelle pour éviter de faire exploser la consommation de ressources du solveur. Le cadre du compilateur Mlang et la sémantique formelle de M nous permettent de réaliser des optimisations fiables qui vont simplifier le programme sans en changer le sens, avec ou sans conditions supplémentaires. Au delà des optimisations classiques telles que l’élimination de code mort, il est aussi prévu d’utiliser l’outil d’interprétation abstraite #MOPSA afin d’effectuer une analyse plus fine du programme. Raphaël Monat et moi espérons que, combinée à des stratégies de division de requêtes en sous-problème, cette optimisation du code M nous permette de faire passer à l’échelle notre prototype de preuve automatique de théorèmes sur le code des impôts.

    Au delà de l’aventure technique, je pense qu’il y a plusieurs leçons à retirer de cette histoire. Premièrement, c’est le libre accès à la recherche et au code qui permet aux synergies et aux initiatives inhabituelles de se développer. La DGFiP est la première administration au monde à publier ainsi son implémentation du calcul de l’impôt, et je pense que ce projet apportera rapidement à cette administration des retombées positives. Tout mon code est également publié sous licence libre, car il est important qu’un outil qui permette l’analyse fine et automatisée de la fiscalité française soit accessible à toutes et tous, et non pas réservé à un acteur privé qui l’utiliserait pour son propre profit. Deuxièmement, je pense que ce projet montre une fois de plus que l’innovation vient souvent d’un travail de recherche fondamentale mené sur le long terme. Les outils utilisés ici (comme le prouveur Z3) ont des fondements théoriques solides établis sur des dizaines d’années, et je me tiens bien sûr sur les épaules de géants. J’espère que cet exemple d’application des méthodes formelles pourra attirer l’attention sur ce domaine peu marketable en ces temps de course à « l’intelligence artificielle ». Troisièmement et pour terminer, ma volonté avec ce projet est aussi de montrer que l’innovation peut aussi profiter directement au secteur public. Je salue ainsi l’existence du programme des entrepreneurs d’intérêt général dont fait partie l’initiative #LexImpact. Un tel programme ne pourrait selon moi que gagner à se rapprocher de la recherche appliquée menée également pour l’intérêt général dans les laboratoires français. Alors que la perspective d’une carrière dans la recherche publique semble si morose pour nombre de jeunes gens très qualifiés, l’idée de pouvoir utiliser ses connaissances pour améliorer l’action de l’État me semblerait être un moteur puissant à utiliser afin d’éviter la fuite des cerveaux vers un secteur privé dont les activités, surtout dans le domaine de la tech, manquent parfois de sens.

  • « Un impérialisme des maths s’est imposé dans le système éducatif » | Entretien avec la sociologue des sciences #Clémence_Perronnet
    https://www.lemonde.fr/campus/article/2025/05/29/un-imperialisme-des-maths-s-est-impose-dans-le-systeme-educatif_6609090_4401

    Avec le nouveau bac [où les filières S, L, ES disparaissent, remplacées par des « spécialités »], la focale s’est déplacée : là où auparavant on sélectionnait sur toute la filière scientifique, désormais la sélection se fait essentiellement par les maths. La réforme, bien que voulant s’en défendre, a aggravé la hiérarchisation des disciplines. Car la valorisation que l’on fait de telle ou telle discipline, loin de découler de leur autorité naturelle, résulte toujours de choix politiques et sociaux et change en fonction de ce que l’on veut faire de l’école.

    [...]

    En France, il y a une double tension entre des inquiétudes exprimées autour d’une décrue des mathématiques dans le secondaire, avec une baisse de niveau, et en même temps des maths qui deviennent toujours plus importantes pour accéder aux études supérieures. Comment analysez-vous ce paradoxe ?

    La France se distingue aussi par une histoire d’excellence dans la recherche mondiale, avec beaucoup de médaillés Fields [une des deux plus prestigieuses récompenses en mathématiques] et, en parallèle, par son statut de championne de la chute de niveau et des inégalités qui se creusent face aux maths.

    Mais, à bien y regarder, ce n’est pas tant un paradoxe : c’est parce qu’on a fait progressivement au fil des années le choix d’une politique très élitiste en mathématiques, en en faisant un critère de sélection pour l’excellence, qu’on parvient en bout de course à former des chercheurs stars… et que, en cours de route, on laisse tomber autant de jeunes.

    La réforme du lycée s’inscrit dans cette optique. Face aux difficultés de recrutement d’enseignants de mathématiques, les lycées commençaient à avoir des problèmes pour assurer toutes les heures de maths obligatoires en S et en ES. Elles sont devenues optionnelles, avec la volonté au fond de réduire le nombre d’élèves qui auront accès à cet enseignement : peu de jeunes feront finalement des maths à haut niveau, permettant de continuer à former une petite élite qui ira loin ensuite, au détriment des autres.

    Le seul fait qu’on qualifie un de ces enseignements de « maths expertes » [en enseignement optionnel en terminale] me frappe : seule cette discipline a eu le droit de se voir attribuer ce qualificatif d’expert.

    Pourquoi la manière dont le tri scolaire est aujourd’hui réalisé à partir des maths exacerbe-t-elle les inégalités ?

    Plusieurs études ont permis de se rendre compte que les parcours en mathématiques sont parmi les plus élitistes socialement. En bout de chaîne de l’enseignement, plus de 70 % des personnes qui font de la recherche en mathématiques (pendant ou après le doctorat) viennent de catégories très favorisées, alors que cette proportion est de 60 % en physique, discipline proche, et de l’ordre de la moitié des chercheurs et chercheuses en général. On retrouve aussi énormément d’enfants de matheux dans ces parcours, avec donc une forte reproduction sociale. C’est le fruit de ce qui se joue en amont : dans le secondaire déjà, très peu des jeunes qui font des mathématiques sont issus de classes populaires.

    Pas parce que ces jeunes n’auraient pas de qualités ou d’appétence pour les maths. Les études montrent que, au début du primaire, le désir et la curiosité pour cette matière sont très également répartis. Les écarts se creusent par la suite, en fonction des préjugés reliés à cette discipline. On la présente comme particulièrement ardue, et les familles qui en sont éloignées ne vont donc pas forcément pousser leurs enfants dans cette voie. Les grandes figures des maths qu’on nous offre sont aussi quasi exclusivement celles d’hommes blancs, représentés sous les traits d’une élite, empêchant la possible identification. La deuxième inégalité structurelle est genrée : les filles sont plutôt découragées, par le poids des stéréotypes comme par les processus d’orientation et les conseils des adultes, à s’imaginer réussir en maths.

    Pour ces raisons, le groupe d’élèves qui se retrouve à faire des maths à la fin du lycée a donc largement été trié. En sélectionnant par cette discipline à l’entrée du supérieur, on renforce alors l’exclusion des classes populaires comme des femmes des filières les plus prestigieuses, qui ouvrent aussi aux meilleurs salaires par la suite.

    #lycée #mathématiques #filles #orientation

  • Plan Filles et Maths : pour que les jeunes filles prennent toute leur place dans les métiers de l’ingénieur et du numérique
    https://www.education.gouv.fr/plan-filles-et-maths-pour-que-les-jeunes-filles-prennent-toute-leur-p
    Au programme :
    – formations des profs de la maternelle au bac sur les stéréotypes de genre en sciences ;
    – « objectifs ciblés » (à défaut de quotas) en nombre de filles/femmes sur le choix d’option maths en première et terminale, le nombre d’admises en prépa, les profs de maths en prépa et lycée ; expérimentation de classes à horaires renforcés « sciences » avec 50% de filles ;
    – rencontres avec des rôles modèles dès la 3e.

    Ce plan se base sur un rapport de l’IGF et l’IGÉSR :
    Filles et mathématiques : lutter contre les stéréotypes, ouvrir le champ des possibles
    https://www.education.gouv.fr/filles-et-mathematiques-lutter-contre-les-stereotypes-ouvrir-le-champ

    Il ne faudrait pas partir du principe que ce plan a pour objectif de lutter contre les inégalités hommes-femmes. Ce plan vise à amener des milliers de bonnes élèves dans les formations et les métiers des STEM (Sciences, Technology, Engineering and Mathematics), porteurs de croissance.

    certaines femmes non présentes dans les filières STEM, si elles avaient été formées aux sciences, auraient pu être des innovatrices et favoriser la croissance, de manière mesurable. […] La modélisation montre que l’effet sur la croissance de telles politiques favorisant l’accès des femmes les plus talentueuses aux métiers de l’innovation est très fort, à environ 10 Md€ par an dans un scénario médian.

    On manque de Xmille ingénieurs et de Ymille techniciens et c’est déjà blindé de garçons, donc il nous faut des filles. La lutte contre les inégalités présentée dans le plan est le moyen de récupérer Zmille filles pour alimenter la machine.

    C’est parce que les inégalités sont secondaires que le plan comme le rapport se focalisent sur le lycée général, les CPGE et les écoles d’ingénieur, les « femmes les plus talentueuses » et des classes « sciences » qui seront vraisemblablement des classes de très bon.nes élèves. Aucune importance, par exemple, que la voie professionnelle soit découpée en filières genrées ou que les garçons délaissent massivement certaines filières. Ce sont les filières d’élite traditionnelles qui intéressent, pour les renforcer.

    Pour faire bonne figure, la rhétorique du ministère est la suivante : ces formations mènent aux positions les plus valorisées ; or les filles y vont peu ; donc cela génère des inégalités entre femmes et hommes. Conséquence : il faut amener les filles dans ces filières pour résorber les inégalités.

    D’un point de vue général, les écarts de salaire s’expliquent aux trois quarts par des différences de diplôme et de caractéristiques de l’emploi occupé : les femmes et les hommes sont inégalement répartis dans les différents secteurs, avec une plus grande concentration des femmes dans des secteurs peu rémunérateurs, par exemple le secteur public ou le domaine des services à la personne.

    Si la lutte contre les inégalités était première, on remettrait justement en cause cette hiérarchisation des activités et on valoriserait des professions qui sont au moins aussi socialement utiles qu’informaticien, ingénieur et technicien (par exemple professeure des écoles ou aesh)… et dans lesquelles se trouvent les femmes. On valoriserait aussi du même coup leurs choix positifs plutôt que de leur reprocher continuellement de ne pas avoir fait les bons choix, les choix masculins.

    La persévérance des filles à éviter les filières STEM fait sourire.

    les travaux de la mission montrent que les écarts de niveau [par ailleurs jugés faibles par la mission, ndL] jouent un rôle secondaire pour expliquer les décisions d’orientation différentes des filles et des garçons. […] à niveau égal voire supérieur, les filles renoncent à s’orienter vers les STEM. Ainsi, en 2023, près de 11 000 filles ne s’orientaient pas dans des formations en STEM après le lycée général, alors qu’elles avaient été admises dans une de ces formations via Parcoursup et obtenaient une moyenne supérieure à 15/20 en spécialité mathématiques en terminale

    Comment mieux dire que ces filières ne leur plaisent pas ? On comprend assez bien... Et même plus : quand elles sont dedans, elles veulent partir.

    En outre, même lorsque les filles choisissent les filières de formation des domaines STEM, elles s’engagent moins que les hommes, par la suite, dans les carrières scientifiques : des études concordantes décrivent une fuite de cerveaux féminins hors des carrières académiques en mathématiques ou sciences physiques, ou des carrières d’ingénierie, essentiellement pour des motifs d’insatisfaction des femmes scientifiques vis-à-vis de leur rémunération et de leurs perspectives de promotion, et non pour des facteurs liés à la vie personnelle ou à la famille (grossesse, maternité).

    C’est qu’en plus d’avoir une utilité sociale globalement négative, ces formations sont des repères sexistes. Deux tiers des filles en école d’ingénieur ont subi ou été témoins de VSS sur leur campus, sans parler du « sexisme d’ambiance ». Le rapport insiste sur la nécessité de lutter contre ces violences – c’est absent du plan.

    Tout cela étant dit, lutter contre les stéréotypes de genre en sciences est une bonne chose, et je serai très heureux d’être formé 2h sur le sujet. On se souvient que Borne voulait qu’on réfléchisse à son orientation dès la maternelle. On voit maintenant ce qui sera attendu : cette sensibilisation aux biais de genre en sciences vise, en bout de chaîne, à aller faire travailler des femmes dans l’intelligence artificielle.

    Enfin, quand on parle d’orientation, on devrait avoir en tête un facteur essentiel : la classe sociale. Habituellement, la classe est utilisée pour expliquer les différences de performance dans les matières littéraires ; pour les sciences, c’est le genre. Or la classe joue à plein dans les orientations scientifiques : 5% des enfants d’ouvriers non qualifiés faisaient un bac S ; un enfant de 6e d’une classe sociale parmi le plus favorisées a 6 fois plus de chance de finir en terminale S qu’un camarade de classe populaire (seulement 1.1 fois plus qu’une fille du même milieu que lui). Ignorer ça permet de ne pas se poser la question de l’efficacité du système éducatif à lutter contre les inégalités.

    Pour les filles plus spécifiquement, il est amusant que le titre du rapport appelle à « ouvrir le champ des possibles », alors que ce qui les caractérise au contraire c’est que leur champ des possibles est plus vaste que celui des garçons, dont les orientations sont plus contraintes. Est-ce qu’on pourrait ouvrir le champ des possibles de l’action publique à l’égard des femmes et revaloriser le secteur public et les formations universitaires où elles sont présentes ?
    #filles #mathématiques #ingénieurs #inégalités #sexisme

    • Ça y est, c’est la guerre des disciplines scientifiques :
      « Les mathématiques semblent être le seul repère pour les sciences dans notre pays » | Tribune de David Boudeau, Président de l’Association des professeurs de biologie et de géologie
      https://www.lemonde.fr/societe/article/2025/05/13/les-mathematiques-semblent-etre-le-seul-repere-pour-les-sciences-dans-notre-

      les sciences de la vie et de la Terre représentent des centaines de milliers d’emplois par an en France, avec une progression de 100 000 sur dix ans. C’est le premier pôle industriel de France avec l’agroalimentaire, qui émarge à 180 milliards d’euros de chiffre d’affaires. C’est l’agro-industrie, la médecine, la santé animale, la biochimie (plus fort taux de progression en France avec 17 % par an !), les industries du luxe (cosmétique, parfumerie), les biomédicaments, l’environnement, les énergies renouvelables, les ressources, la gestion des risques, etc.

      Les sciences du vivant et de la Terre sont des sciences intégratrices des mathématiques et de la physique-chimie qu’il ne faut pas mettre en concurrence, au contraire : ces trois disciplines doivent travailler en synergie pour appréhender la complexité du fonctionnement de notre système Terre. Cette condition permettra également de réduire l’écart entre les garçons et les filles.

    • Les écarts filles-garçons en mathématiques à l’école élémentaire, un enjeu pour les équipes pédagogiques, Le Regard du CEE, n° 25.01 [janvier 2025]
      https://www.education.gouv.fr/conseil-d-evaluation-de-l-ecole-305080

      Lorsque l’on étudie les résultats des élèves de CE1 sur les trois années considérées [2021, 2022, 2023], on observe des écarts fluctuants dans 81 % des écoles, tantôt en faveur des garçons, tantôt en faveur des filles, tantôt peu significatifs. [...] Dans la suite, l’expression école « stable » signifie que les écarts sont de même nature pour les trois années considérées : systématiquement en faveur des garçons, systématiquement en faveur des filles ou systématiquement nuls ou quasiment nuls. L’expression école « fluctuante » désigne toutes les autres situations.

      [...]

      La majorité des écoles aux écarts « fluctuants » peut donc alternativement présenter un fort avantage en faveur des filles ou des garçons. Ce résultat montre la difficulté, pour les enseignants de ces écoles, de s’approprier le sujet des inégalités filles-garçons en mathématiques. Le diagnostic doit en effet être redéfini chaque année.

      [...] Parmi les 19 % d’écoles « stables » (...), près de 16 % – soit une large majorité – connaissent une situation systématiquement en faveur des garçons, 3 % en faveur des filles et moins de 1 % des écoles sont en situation d’égalité.

      [...] En se restreignant aux seules écoles où les écarts sont persistants en faveur des garçons, le constat est plus marqué encore : ces écoles ne représentent que 16 % de l’ensemble des écoles françaises, mais plus de la moitié des écarts entre filles et garçons observés au niveau national en résolution de problèmes. Il conviendrait d’étudier prioritairement la situation de ces écoles.

      [...] On trouve moins souvent les situations stables en faveur des garçons dans les écoles dont le public d’élèves est socialement défavorisé, en éducation prioritaire renforcée notamment. Le focus sur les différents secteurs et l’éducation prioritaire pour les écoles « stables » montre que la stabilité en faveur des garçons apparaît plus souvent dans les écoles les plus favorisées. C’est en effet dans le secteur privé sous contrat que l’on voit le plus souvent une stabilité en faveur des garçons et en REP+ le moins souvent. Il convient cependant de relativiser ce constat : les 80 % d’écoles en situation d’écarts « fluctuants » se retrouvent tout autant dans les secteurs public et privé sous contrat ainsi qu’en éducation prioritaire renforcée.

      Une étude qualitative complémentaire permettrait de rechercher les causes de la persistance des écarts, dans un sens ou dans l’autre. Par exemple on pourrait étudier plus précisément l’impact du milieu socioculturel des familles de l’école.

    • Dès le CP...

      « C’est la durée d’exposition à l’école qui est associée à une augmentation de ces écarts », insiste la chercheuse [Pauline Martinot]. A l’appui de cette thèse, le résultat d’une « expérience naturelle » involontaire : en 2020, en raison de la pandémie de Covid-19, les enfants ont fait l’école à la maison deux mois et demi de plus. Résultat, les auteurs ont observé « une diminution des écarts de genre. »

      Pour Stanislas Dehaene, « nous avions tous l’idée que les enfants accumulaient des biais sociétaux implicites avant leur entrée à l’école, ce qui expliquait ces écarts de genre en faveur des garçons. Mais notre étude montre que ces écarts naissent au moment où les maths deviennent un enjeu compétitif, et qu’ils sont enseignés de manière formelle à l’école. »

      Mathématiques : le décrochage des filles, dès quatre mois d’école, éclairé par une étude française sur plus de 2,6 millions d’écoliers de CP et CE1
      https://archive.ph/mDey4

      edit voir les critiques du travail de Martinot plus bas

      #école #éducation

    • L’article dans Nature fait état de 2 « variations mineures » au cours des années étudiées : (i) l’effet confinement mentionné ci-dessus ; (ii) le fait qu’à l’entrée en CP, l’écart de genre est nul en 2018 (voire même un chouïa favorable aux filles) mais non nul (et favorable aux garçons) à partir de 2019. Pour expliquer succinctement ce changement, le papier mentionne les recommandations pédagogiques à destination de la maternelle publiées en mai 2019 par Blanquer pour préparer aux évaluations CP de la rentrée 2019 (intitulées Un apprentissage fondamental à l’école maternelle : découvrir les nombres et leurs utilisations, on y trouve des formulations du type « En fin de grande section , les élèves doivent avoir appris à... »). D’après l’article, ces recommandations visent à introduire un enseignement des maths plus formel et tendraient à rapprocher la maternelle de l’élémentaire.

      C’est assez frappant que dans les différentes mentions de cette étude on dise des trucs du genre « les biais apparaissent après quelques mois d’école »... alors que tous ces enfants sortent de 3 ans d’école. Comme si on n’apprenait rien en maternelle et qu’il n’y avait rien d’intéressant à tirer de cette école qui semble ne pas produire de biais de genre en maths (d’ici qu’on y généralise des évaluations nationales).

    • Nous sommes en guerre pour les mathématiques.
      « Créons une réserve citoyenne des mathématiques, à l’image de la réserve opérationnelle de la défense » Tribune - Laura Chaubard, Directrice générale de l’Ecole polytechnique
      https://www.lemonde.fr/societe/article/2025/06/24/creons-une-reserve-citoyenne-des-mathematiques-a-l-image-de-la-reserve-opera

      Plus profondément encore, notre démocratie a besoin de mathématiques. La République française s’est bâtie sur les Lumières, avec la science comme moteur de progrès et d’émancipation. Donner à tous les enfants le goût des mathématiques est, à ce titre, une exigence profondément républicaine.

    • Évaluations nationales au CP en mathematiques en France : biais et impacts sur le traitement des donnees issues du dispositif ÉvalAide
      https://shs.hal.science/halshs-05141109v1
      Critique par Mélanie Guenais des évaluations nationales de CP en maths qui montre qu’on ne peut pas se baser dessus pour établir le niveau de compétences en maths des garçons et des filles.

      Le dispositif introduit des biais induits par la présentation, les conditions de réalisation et les critères de mesures de réussite qui déforment ou sous-estiment les compétences acquises. Il occulte ou déforme la réalité de la pratique des mathématiques, qui nécessite temps de réflexion et coopération pour travailler le raisonnement, indispensable à la progression des élèves et leur autonomie, point faible signalé régulièrement dans les études internationales. La conception des contenus comme les modalités d’évaluation nécessiteraient donc d’être reprises de manière critique pour donner une mesure fidèle des compétences en mathématiques, si telle est leur destination. Par conséquent, assimiler ces scores de performances à des compétences en mathématiques est scientifiquement peu fondé.

      Nos observations permettent de montrer que le dispositif introduit de nombreux biais relevant d’aptitudes sociales ou psychologiques impactant les performances : mise en compétition individuelle, rythme contraint et vitesse, items inhabituels, QCM, tâches monotones et qui font peu de sens. Des différences de scores filles/garçons dans les évaluations nationales en France apparaissent dans toutes les classes à partir de 2018, date de la mise en place des tests (Eteve et al., 2025). Elles sont faibles, persistantes et nouvelles. Ces observations montrent la présence d’un avantage masculin cohérent avec les impacts de ces biais identifiés par la littérature (e.g. Stoevenbelt et al., 2023 ; Montolio et al., 2021). Interpréter des petites différences de score comme des compétences mathématiques qui seraient inégales entre filles et garçons dès quelques mois de scolarisation au CP est donc non pertinent.

      [...]

      D’une part, en focalisant sur de faibles différences de performances genrées, attribuées sans discernement aux compétences en mathématiques, on contribue à renforcer des idées reçues sur des moindres compétences supposées des filles en mathématiques. D’autre part, en imposant des modalités rigides de passation qui créent de l’inquiétude chez les enfants dès leur entrée à l’école et les sous-évaluent, on risque une dégradation de la relation aux savoirs en mathématiques, dont on donne une image dénaturée de la pratique.

    • « Plan ’’Filles et maths’’ : et les inégalités ? » | Marianne Blanchard, sociologue de l’éducation
      https://www.humanite.fr/en-debat/droit-des-femmes/plan-filles-et-maths-et-les-inegalites

      Ce plan propose plusieurs mesures centrées sur la lutte contre les #stéréotypes, avec la mise en place d’une charte. Or, s’il est vrai que les stéréotypes existent, la lecture gouvernementale est d’en faire la cause des inégalités entre femmes et hommes, et non leur conséquence. En outre, penser en termes de stéréotypes dépolitise la question, gommant les hiérarchies et les rapports de domination qui se jouent dans le système éducatif. Pour ne prendre qu’un exemple, le gouvernement n’a pas présenté de plan pour lutter contre les violences sexistes et sexuelles dans les écoles d’ingénieurs, pourtant dénoncées au cours de ces dernières années, ni envisagé que la culture viriliste de ces établissements pourrait avoir un lien.

      Les garçons sont d’ailleurs les grands absents de ce plan. À aucun moment il n’est question d’ouvrir leurs horizons et de susciter des vocations. Or, on pourrait aussi juger problématique l’orientation massive des garçons/hommes, particulièrement ceux des classes sociales les plus favorisées, vers certaines sciences, et le fait qu’ils soient sous-représentés dans les formations et métiers liés au soin.

      Car si, comme le rappelle le plan de façon préliminaire « les filles s’orientent vers les métiers les moins rémunérateurs », c’est parce qu’elles sont majoritaires dans les métiers de la santé, du social, de l’aide à la personne, de l’enseignement. Plutôt que d’y déplorer leur présence, on pourrait mieux valoriser ces métiers, et alors inciterait-on aussi les garçons à s’y orienter ?

    • Je suis tombé sur une présentation par Pauline Martinot des résultats de son article dans Nature (relayé par Le Monde au-dessus) sur les moins bons résultats des filles en maths dès la mi-CP.
      https://www.college-de-france.fr/fr/agenda/grand-evenement/genre-et-sciences/emergence-ecarts-entre-filles-et-garcons-en-mathematiques-ecole-pr
      Quelques remarques puis j’arrêterai d’allonger ce fil.

      – Martinot est une thésarde de Stanislas Dehaene, elle est médecin de formation puis a été conseillère de François Braun au ministère de la santé sur la santé des jeunes. Elle porte auprès d’une large audience un diagnostic sur le système éducatif, sans avoir la moindre expérience en éducation. Ses slides d’ouverture et de conclusion sont décorées avec des images de cerveaux alors qu’elle ne parle ici jamais de cerveau (mais son directeur de thèse a écrit un livre qui s’appelle La bosse des maths).

      – Les données qu’elle utilise sont issues de ce que tout le monde connaît sous le nom d’ « évaluations nationales » (en début de CP (T1), mi-CP (T2), début de CE1 (T3)) et qui s’appelle en langage #CSEN le dispositif « evalaide » car il s’agit « d’évaluer pour aider ». Personne dans les écoles n’utilise ces évaluations pour aider qui que ce soit ; elles sont de fait utilisées par elle et le ministère pour juger des compétences des enfants, ce qui selon Mélanie Guenais n’a pas de sens en maths (voir plus haut – et plus généralement : il faudrait distinguer entre des évaluations diagnostiques à visée pédagogique et des évaluations bilans à visée de pilotage du système ; ici on mélange les deux, dans les faits et les discours).

      – En montrant ses résultats, la première chose qu’elle dit parce que c’est le plus frappant est que plus le niveau social de l’école baisse, plus les résultats baissent (privé > hors rep > rep > rep+)… sans s’attarder davantage sur le sujet. Or à côté de ces différences, les différences garçons-filles à même niveau social sont minuscules. (De même, si on se compare au pays qui a les meilleurs résultats en maths dans le monde, l’écart est 5 fois plus grand que l’écart garçons-filles chez nous (ça c’est dit dans le rapport igesr)). Ce que j’en tire personnellement comme conclusion est qu’on n’enseigne pas super bien les maths ; si on les enseignait mieux (de façon plus explicite, plus progressive, plus poussée, etc.) et qu’on avait des pratiques plus inclusives/égalitaires (genre laisser le temps aux enfants de réfléchir avant de prendre une réponse, s’habituer à chercher, chercher en groupe, montrer qu’on peut se tromper, que l’erreur est utile, etc.), on pourrait améliorer les résultats de tout le monde (donc d’un paquet de filles) et aussi, sans doute, combler l’écart garçons-filles. Je ne dis pas qu’il ne faudrait pas avoir des pratiques spécifiques pour contrer les biais de genre, mais le problème ne peut être résolu qu’en revoyant plein de choses dans l’école, non exclusivement liées aux filles.

      – En maths, elle montre que l’écart à l’avantage des garçons grandit entre T1 et T2, puis entre T2 et T3. Elle en conclut que plus de temps d’école donne lieu à plus d’inégalités de genre et que donc celles-ci viennent de l’école. En français par contre, les filles réussissent mieux et les résultats ne sont pas symétriques, mais elle conclut pareil en changeant de raison : quand les garçons gagnent des points par rapport aux filles en maths entre T2 et T3 ça veut dire que l’école augmente les inégalités ; en revanche quand les filles gagnent des points par rapport aux garçons en français entre T2 et T3 ça veut dire que les grandes vacances profitent aux filles. Elle peut alors à chaque coup incriminer l’école.

      – À la fin de sa présentation elle tient à remercier ses coauteurices et aussi les enfants et enseignants sans qui toutes ces données ne pourraient être collectées. Voilà à quoi on sert : fournir des données à un groupe de chercheurs pour faire des papiers dans Nature et des conférences au collège de France.

    • @lyco
      Merci pour toutes ces infos sur l’éducation et l’enseignement en général. En tant qu’ancien enseignant (instit’ puis prof des écoles), je trouve tes réflexions intéressantes.
      Concernant les évaluations que subissent les élèves tout au long de leur scolarité en primaire (maternelle+élémentaire), il y a beaucoup à dire en effet. Je rajouterai que, d’après des personnes ayant encore un pied dans le métier, les conditions de passation des épreuves ne sont pas toujours respectées. Pour certains exercices, des enseignants s’autorisent à allonger le temps de réponses, d’expliciter les consignes ou même de donner des exemples. Par empathie pour leurs élèves ou sur injonction de leur hiérarchie ? Va savoir ... Ce qui fait que les résultats sont complétement biaisés et j’en déduis que leur exploitation est foncièrement malhonnête vis à vis de notre métier.

  • Mathieu Colloghan sur le défilé du 1er mai et le PS
    https://www.facebook.com/colloghan/posts/pfbid0PfToA4j5WWUmqv19tCmkiFNJaFwHe5ojc2dJWsW4BN4DkWtENgjuWM977i4TrUtMl


    Je met ça là avant que son post soit sabré par la censure FB

    J’ai assisté à l’agression hyperviolente et antisémite contre le PS lors du premier mai.
    J’en parle encore bouleversé par ce que j’ai vu. Les larmes aux yeux. la voix tremblante (je précise, parce qu’à l’écrit, ça pourrait vous échapper).
    Alors que la manifestation avançait tranquillement, encadrée par des forces de l’ordre en nombre, armés de lance-grenades, (pour envoyer des grenades assourdissantes, des grenades de désencerclement ou des grenades lacrymos destinées à pétrifier, désorienter et étouffer le manifestant), de tir-LBD (pour arracher les mains et écraser les lobes oculaires), des tonfas pour écraser des cranes et, le cas échéant, des armes à feu pour finir le boulot..
    La manifestation descendait donc les boulevards vers la Seine au rythme des cordons de CRS qui en bloquaient régulièrement la progression.
    Le Parti Socialiste, soutien passif des réformes libérales du gouvernement Bayroux, était venu, sur la bas-côté, regarder à quoi cela pouvait bien ressembler, des militants radicaux ou des syndicalistes. Et franchement, il n’y avait rien à redire à leur comportement. Leur présence seule pouvait être prise pour une provocation. Pour le reste, ils ne faisaient rien de répréhensibles.
    Et soudain, l’inimaginable, l’épouvante :
    des manifestants reprennent avec entrain « tout le monde déteste le PS ».
    Slogan repris largement, sauf au sein de la délégation du PS donc.
    De longues minutes passent.
    Deux trois « cassez vous » véhéments.
    Deux trois jets de cannettes (souvent vides, il faisait chaud. Faut pas gâcher le liquide).
    Et puis là, soudain, l’horreur ! Une banderole du PS est arrachée des mains de militants et trainées de l’autre côté de la rue, avant d’être jeté par terre. Enfin, pas une banderole, mais un drapeau publicitaire « beach flag » pour être précis).
    Heureusement, les CRS sont intervenus. Grenades assourdissantes, grenades de desencerclement et grenades lacrymos, Moulinets de tonfas.
    Voilà donc pour l’hyper violence et l’antisémitisme.
    On me dit dans l’oreillette que Jérome Guedj, son service d’ordre et des journalistes en nombre, on alors quitté le lieu de la terrible agression.
    Je voudrais ici joindre ma parole à celle de tous les responsables de gauche qui bégayent depuis 24 heures dans les médias pour exprimer toute ma solidarité avec la famille de la banderole.
    Ensemble, avec la police et les médias, faisons que plus jamais du matériel du parti socialiste ne soit abimé ou soustrait à l’amour de leur proche.
    On pourrait même faire une loi contre cette violence, qu’on appellerait, par exemple, Rémy Fraisse.

    • Grand drame du 1er mai : Jérôme Guedj violemment déboulonné d’un trottoir, par Guy Masavi
      https://www.facebook.com/guy.masavi/posts/pfbid0C6atb5PYXpuAiA6dDJ77njwDFAQSuksGNS7LkukuEzGXR5KUeK6ipMSaStZRPq7Dl

      Mesdames, messieurs, amis de la modération et de la matraque tempérée, l’heure est grave. Que dis-je ? Elle est funeste, tragique, shakespearienne ! Car un événement d’une rare violence a bouleversé la capitale : le stand du Parti Socialiste a été chahuté. Oui, CHAHUTÉ.
      Imaginez la scène. Place de la République. Ciel nuageux. Vent léger. Soudain, un cri fend l’air : « Tout le monde déteste le PS ! »
      Et là, mes amis, c’est la curée. Le chaos. La guerre civile. Trois autocollants arrachés. Deux tracts froissés. Une banderole ironique. La démocratie vacille.
      Jérôme Guedj, héraut de la télé-dignité, paladin des duplex express, chevalier de la cause centriste molle, s’effondre (métaphoriquement) sous les coups de la plèbe gauchiste. Honte sur elle ! Il aura fallu l’intervention « tonique » de la maréchaussée pour sauver cet homme, ce martyr, ce saint laïque du commentaire éditorial.
      Mais, attention, la tragédie ne s’arrête pas là. Car la France n’a pas seulement perdu un stand du PS ce jour-là : elle a perdu le sens des priorités.
      Pendant que l’on discutaille dans les cortèges d’austérité XXL, de Palestine et autres broutilles, les vrais journalistes, eux, ont fait leur travail : braquer 100 % des caméras sur Jérôme Guedj.
      Ni les salaires, ni les retraites, ni les morts en Méditerranée ne méritent autant de micros tendus que ce frisson de l’Histoire : un homme blanc, élu, pro-israélien, viré d’une manif.
      Le lendemain, notre héros, tel un général d’opérette revenu du front, s’est exprimé. Il a fustigé « les crétins décérébrés » et remercié les policiers, ces « camarades à matraques », d’avoir défendu son droit sacré au stand. Un moment rare de communion entre le Parti Socialiste et les forces de l’ordre : une passion qui dure depuis Manuel Valls.
      Mais là où l’affaire bascule dans le sublime, c’est quand un camarade de Guedj, le nommé Mayer-Rossignol, réussit l’exploit d’atteindre le point Godwin sans passer par la case réflexion : Guedj a été viré parce qu’il est juif.
      Non parce que son parti a trahi la gauche, imposé la loi Travail, offert 100 milliards aux patrons, tué Rémi Fraisse, mutilé des manifestants, imposé l’état d’urgence, réhabilité Valls, fabriqué Macron, diffusé l’islamophobie d’État, trahi la NUPES, soutenu la répression des pro-palestiniens… Non. Parce qu’il est juif.
      Et là, mesdames et messieurs, je ris nerveusement.
      Je pouffe !
      Rattrapez-moi. Je chancelle.
      Les médias, ravis, ont embrayé : « attention au retour des heures sombres ». Mais pas un mot sur les vraies ténèbres : celles où l’on gouverne avec les fonds publics pour engraisser le CAC40. Où l’on réprime la rue, puis la morale. Où l’on fait croire que le PS est encore un parti de gauche. Là est l’obscénité.
      Et pendant que Guedj se drapait dans sa dignité en carton-pâte, pendant que les éditocrates s’évanouissaient sur BFM, les manifestants, eux, continuaient à scander, à danser, à se battre pour de vraies raisons.
      Et accessoirement, ils se souvenaient.
      Ils se souvenaient de la déchéance de nationalité.
      Du permis de tuer.
      De la naissance de Macron dans les laboratoires hollandistes.
      De la traîtrise molle repeinte en unité nationale.
      Du PS qui ne cesse de flinguer la gauche pour mieux servir l’ordre établi.
      Alors non, le 1er mai 2025 ne restera pas dans l’histoire comme « le jour où Guedj a été chassé du cortège ». Il restera comme le jour où le PS a cru, une fois de plus, que le peuple avait oublié.
      Spoiler : il n’a pas oublié.
      Et non, Jérôme, tu ne seras pas accueilli avec des fleurs. Car les fleurs, vois-tu, c’est pour les enterrements.

    • Le PS viré de la manifestation parisienne : les médias fabriquent une polémique
      https://contre-attaque.net/2025/05/02/le-ps-vire-de-la-manifestation-parisienne-les-medias-fabriquent-une-

      Cette affaire est un copier-coller de l’année dernière : le 1er mai 2024, le candidat du Parti Socialiste et de Place Publique Raphaël Glusckmann était hué à la manifestation de Saint-Étienne et avait dû quitter le cortège. Cela avait déjà provoqué un psychodrame médiatique.

      Cette année, la polémique, déjà grotesque, est devenue obscène lorsqu’un autre socialiste, Nicolas Mayer-Rossignol a osé déclarer que son camarade aurait été « viré parce qu’il est juif ». Mensonge odieux et instrumentalisation maximale.

      Enfin, Jérôme Guedj, devant les caméras, a eu le culot de désigner ses opposants comme des « ennemis des travailleurs ». Lui, dont le parti a laminé la vie des travailleurs. Ainsi, il est temps de répondre à cette question que les médias n’ont toujours pas intégrée : que peuvent bien reprocher des manifestants de gauche au Parti Socialiste ?

  • The Biggest Misconception In Physics - YouTube
    https://www.youtube.com/watch?v=lcjdwSY2AzM&list=TLPQMTYwNDIwMjWM_s0xqOZreA&index=8

    Why does energy disappear in General Relativity?

    ▀▀▀
    0:00 What is symmetry?
    4:25 Emmy Noether and Einstein
    7:33 General Covariance
    11:59 The Principle of Least Action
    15:29 Noether’s First Theorem
    18:24 The Continuity Equation
    23:20 Escape from Germany
    24:49 The Standard Model - Higgs and Quarks

    #Emmy_Noether #Maths

  • Bilinear interpolation on a #quadrilateral using #barycentric coordinates
    https://gpuopen.com/learn/bilinear-interpolation-quadrilateral-barycentric-coordinates

    AMD GPUOpen - Graphics and game developer resources A new algebraic method for hardware-accelerated bilinear interpolation on convex quadrilaterals is presented, using the Barycentric coordinate feature of modern GPUs.

    #Article #Single_Blog #bilinearsamplingdata #maths

  • Mathematiker weist auf Widersprüche bei der Fünf-Prozent-Hürde hin
    https://multipolar-magazin.de/meldungen/0198

    28.2.2025 - Für fünf Prozent der Parlamentssitze genügen weniger als fünf Prozent der Zweitstimmen / Verfassungsgericht: Sperrklausel dient parlamentarischer Arbeitsfähigkeit durch Fraktionsbildung / Fraktionsstatus ab fünf Prozent Sitzanteil / Mathematiker: BSW erfüllt Bedingungen

    Die derzeitige Anwendung der Fünf-Prozent-Hürde bei Wahlen in Deutschland widerspricht der geltenden Rechtsprechung. Darauf weist der Mathematiker Jens Winkler in einer Ausarbeitung hin, die Multipolar vorliegt. Mathematisch sei es möglich, die fünf Prozent sowohl auf den Anteil aller abgegebenen Zweitstimmen als auch auf den Anteil der Parlamentssitze zu beziehen, erläutert Winkler. Nur die zweite Möglichkeit entspreche jedoch der Argumentation des Bundesverfassungsgerichts. Um einen Sitzanteil von fünf Prozent im Parlament zu erreichen, genügen beim Zweitstimmenanteil in der Regel bereits einige Zehntelprozentpunkte unter fünf Prozent. Der genaue Wert hängt vom Wahlergebnis ab und muss iterativ – also in schrittweise sich wiederholenden Rechengängen – für jede weitere Partei unter fünf Prozent ermittelt werden. Er liegt immer bei weniger als fünf Prozent der Zweitstimmen. Grund ist die Nicht-Berücksichtigung der Stimmen für „sonstige“ Parteien. Dies sei ein Detail der Prozentrechnung, das bisher anscheinend unbeachtet geblieben ist, erläuterte Winkler gegenüber Multipolar.

    Der Mathematiker weist darauf hin, dass das BSW mit einem Anteil von 4,972 Prozent der Zweitstimmen fünf Prozent der Bundestagssitze erhalten und daher mit Fraktionsstärke in den Bundestag einziehen würde. Das Bundesverfassungsgericht begründe die Sperrklausel mit der Verhinderung eines in Gruppen zersplitterten Parlaments. Die Richter sehen – beispielsweise in einem Urteil aus dem Jahr 2024 – den einzigen Grund für die Legitimation einer ansonsten „verfassungswidrigen Sperrklausel“ darin, dass diese als Mindestgröße von Abgeordneten-Zusammenschlüssen dient. Die Fraktionen, deren Status sich aus einem Sitzanteil von mindestens fünf Prozent ergibt, sicherten „die Funktionsfähigkeit des Bundestages“.

    Die Höhe der Sperrklausel von fünf Prozent der bundesweiten gültigen Zweitstimmen sei „für diesen Zweck sachgerecht“, erklärten die Verfassungsrichter. „Aber fünf Prozent der Zweitstimmen ist nicht exakt das gleiche wie fünf Prozent der Parlamentssitze“, sagte Winkler im Gespräch mit Multipolar. Die Argumentation des Bundesverfassungsgerichts beziehe sich stets auf die Arbeit des Parlaments und auf die Fraktionsdefinition. Angesichts der Begründung für die Legitimität der Sperrklausel habe der Gesetzgeber die Grenze mit der Festlegung auf fünf Prozent der Zweitstimmen „willkürlich“ verschärft, kritisiert er. Es handele sich hier um eine mathematische „Lücke“, die jedoch regelmäßig Parteien betreffe. Bei der Bundestagswahl 2021 wäre auch die Linke (4,9 Prozent) betroffen gewesen, wenn sie nicht drei Direktmandate errungen hätte. („Grundmandatsklausel“) Bei der Wahl 2013 fielen FDP (4,8 Prozent) und AfD (4,7 Prozent) in die Lücke. Bei Landtagswahlen habe es zahlreiche weitere Fälle gegeben.

    Zudem hat das Verfassungsgericht in seinem Urteil von 2024 festgehalten, dass es zur „Sicherstellung der Arbeits- und Funktionsfähigkeit des Bundestages“ nicht notwendig sei, eine Partei vom Bundestag auszuschließen, deren Abgeordnete eine gemeinsame Fraktion mit den Abgeordneten einer anderen Partei bilden würden. Dies gelte dann, wenn beide Parteien gemeinsam das Fünf-Prozent-Quorum erreichen. Die Ausnahme ermöglicht es beispielsweise der CSU, auch mit einem Zweitstimmenanteil von weniger als fünf Prozent in den Bundestag einzuziehen.

    Die Verfassungsrichter hatten in ihrer Entscheidung außerdem darauf hingewiesen, dass eine Sperrklausel von fünf Prozent generell nicht mit dem Grundgesetz (Artikel 38: Gleichheit der Wahl und Artikel 21: Chancengleichheit der Parteien) vereinbar ist. Der Verein „Mehr Demokratie“ wertete das Urteil als Begründung für eine Absenkung der Fünf-Prozent-Hürde. Denn an der Sperrklausel scheiterten „Millionen von Stimmen der Wählerinnen und Wähler“, die dann nicht im Bundestag repräsentiert seien. Der Verein hatte zur Entscheidung des Verfassungsgerichts mit einer Bürgerklage gegen die von der Ampel-Koalition eingebrachte Reform des Bundeswahlgesetzes beigetragen. Dagegen hatten unter anderem auch die Bayrische Staatsregierung, die CDU/CSU-Bundestagsfraktion sowie die Linke geklagt.

    #Allemagne #élections #Bundestag #mathématique #quotient_électoral

  • Pour l’#autodéfense_féministe

    Ni art martial, ni technique de développement personnel, l’autodéfense féministe est un indispensable outil de prévention des #violences. L’enquête de #Mathilde_Blézat auprès de participantes à des stages d’autodéfense montre que c’est aussi le levier d’une profonde transformation de leur rapport à l’intimité et au monde : une arme de la révolution en cours.

    https://ladernierelettre.fr/produit/pour-l-autodefense-feministe
    #livre #autodéfense
    ping @_kg_

  • ‘Italian’ purees in UK supermarkets likely to contain Chinese forced-labour tomatoes

    “Italian” tomato purees sold by several UK supermarkets appear to contain tomatoes grown and picked in China using forced labour, the BBC has found.

    Some have “Italian” in their name such as Tesco’s “Italian Tomato Purée”. Others have “Italian” in their description, such as Asda’s double concentrate which says it contains “Puréed Italian grown tomatoes” - and Waitrose’s “Essential Tomato Purée”, describing itself as “Italian tomato puree”.

    A total of 17 products, most of them own-brands sold in UK and German retailers, are likely to contain Chinese tomatoes - testing commissioned by the BBC World Service shows.

    Most Chinese tomatoes come from the Xinjiang region, where their production is linked to forced labour by Uyghur and other largely Muslim minorities. The UN accuses the Chinese state - which views these minorities as a security risk - of torture and abuse. China denies it forces people to work in the tomato industry and says workers’ rights are protected by law. It says the UN report is based on “disinformation and lies”.

    All the supermarkets whose products we tested dispute our findings.

    China grows about a third of the world’s tomatoes. The north-western region of Xinjiang has the perfect climate for growing the fruit.

    It is also where China began a programme of mass detentions in 2017. Human rights groups allege more than a million Uyghurs have been detained in hundreds of facilities, which China has termed “re-education camps”.

    The BBC has spoken to 14 people who say they endured or witnessed forced labour in Xinjiang’s tomato fields over the past 16 years. “[The prison authorities] told us the tomatoes would be exported overseas,” Ahmed (not his real name) said, adding that if the workers did not meet the quotas - as much as 650kg a day - they would be shocked with electric prods.

    Mamutjan, a Uyghur teacher who was imprisoned in 2015 for an irregularity in his travel documentation, says he was beaten for failing to meet the high tomato quotas expected of him.

    “In a dark prison cell, there were chains hanging from the ceiling. They hung me up there and said ‘Why can’t you finish the job?’ They beat my buttocks really hard, hit me in the ribs. I still have marks.”

    It is hard to verify these accounts, but they are consistent, and echo evidence in a 2022 UN report which reported torture and forced labour in detention centres in Xinjiang.

    By piecing together shipping data from around the world, the BBC discovered how most Xinjiang tomatoes are transported into Europe - by train through Kazakhstan, Azerbaijan and into Georgia, from where they are shipped onwards to Italy.

    One company name repeatedly appeared as a recipient in the data. This was Antonio Petti, part of a group of major tomato-processing firms in Italy. It received more than 36 million kg of tomato paste from the company Xinjiang Guannong and its subsidiaries between 2020 and 2023, the data showed.

    The Petti group produces tomato goods under its own name, but also supplies others to supermarkets across Europe who sell them as their own branded products.

    Our investigation tested 64 different tomato purees sold in the UK, Germany and the US - comparing them in a lab to samples from China and Italy. They included top Italian brands and supermarket own-brands, and many were produced by Petti.

    We asked Source Certain, a world-renowned origin verification firm based in Australia, to investigate whether the origin claims on the purees’ labels were accurate. The company began by building what its CEO Cameron Scadding calls a “fingerprint” which is unique to a country of origin - analysing the trace elements which the tomatoes absorb from local water and rocks.

    “The first objective for us was to establish what the underlying trace element profile would look like for China, and [what] a likely profile would look like for Italy. We found they were very distinct,” he said.

    Source Certain then compared those country profiles with the 64 tomato purees we wanted to test - the majority of which claimed to contain Italian tomatoes or gave the impression they did - and a few which did not make any origin claim.

    The lab results suggested many of these products did indeed contain Italian tomatoes - including all those sold in the US, top Italian brands including Mutti and Napolina, and some German and UK supermarket own-brands, including those sold by Sainsbury’s and Marks & Spencer.

    But 17 appeared to contain Chinese tomatoes, 10 of which are made by Petti - the Italian company we found listed repeatedly in international shipping records.

    Of those 10 made by Petti, these were for sale in UK supermarkets at the time of testing from April-August 2024:

    These were for sale in German supermarkets, during our testing period:

    In response, all the supermarkets said they took these allegations very seriously and have carried out internal investigations which found no evidence of Chinese tomatoes. Many have also disputed the testing methodology used by our experts. Tesco suspended supply and Rewe immediately withdrew the products. Waitrose, Morrisons, Edeka and Rewe said they had run their own tests, and that the results contradicted ours and did not show the presence of Chinese tomatoes in the products.

    But one major retailer has admitted to using Chinese tomatoes. Lidl told us they were in another version of its Baresa Tomatenmark - made by the Italian supplier Giaguaro - sold in Germany last year “for a short time” because of supply problems and that they are investigating this. Giaguaro said all its suppliers respected workers’ rights and it is currently not using Chinese tomatoes in Lidl products. The BBC understands the tomatoes were supplied by the Xinjiang company Cofco Tunhe, which the US sanctioned in December last year for forced labour.

    In 2021, one of the Petti group’s factories was raided by the Italian military police on suspicion of fraud - it was reported by the Italian press that Chinese and other foreign tomatoes were passed off as Italian.

    But a year after the raid, the case was settled out of court. Petti denied the allegations about Chinese tomatoes and the issue was dropped.

    As part of our investigation into Petti, a BBC undercover reporter posed as a businessman wanting to place a large order with the firm. Invited to tour a company factory in Tuscany by Pasquale Petti, the General Manager of Italian Food, part of the Petti group, our reporter asked him if Petti used Chinese tomatoes.

    “Yes… In Europe no-one wants Chinese tomatoes. But if for you it’s OK, we will find a way to produce the best price possible, even using Chinese tomatoes,” he said.

    The reporter’s undercover camera also captured a crucial detail - a dozen blue barrels of tomato paste lined up inside the factory. A label visible on one of them read: “Xinjiang Guannong Tomato Products Co Ltd, prod date 2023-08-20.”

    In its response to our investigation, the Petti group told us it had not bought from Xinjiang Guannong since that company was sanctioned by the US for using forced labour in 2020, but did say that it had regularly purchased tomato paste from a Chinese company called Bazhou Red Fruit.

    This firm “did not engage in forced labour”, Petti told us. However our investigation has found that Bazhou Red Fruit shares a phone number with Xinjiang Guannong, and other evidence, including shipping data analysis, suggests that Bazhou is its shell company.

    Petti added that: “In future we will not import tomato products from China and will enhance our monitoring of suppliers to ensure compliance with human and workers’ rights.”

    While the US has introduced strict legislation to ban all Xinjiang exports, Europe and the UK take a softer approach, allowing companies simply to self-regulate to ensure forced labour is not used in supply chains.

    This is now set to change in the EU, which has committed to stronger laws, says Chloe Cranston, from the NGO Anti-Slavery International. But she warns this will make it even more likely that the UK will become “a dumping ground” for forced labour products.

    Outside the UK, watch the Eye Investigations documentary Blood on the Shelves on YouTube

    “The UK Modern Slavery Act, sadly, is utterly not fit for purpose,” she says.

    A spokesperson for the UK Department for Business and Trade told us: “We are clear that no company in the UK should have forced labour in its supply chain… We keep our approach to how the UK can best tackle forced labour and environmental harms in supply chains under continual review and work internationally to enhance global labour standards.”

    The issue was brought up in the UK Parliament on Monday, where the Parliamentary Under-Secretary of State for Environment, Food and Rural Affairs (Defra) said it was “extremely concerning”.

    Baroness Hayman of Ullock told the House of Lords that the department was “looking at labelling as a way to better inform consumers”.

    Dario Dongo, journalist and food lawyer, says the findings expose a wider problem - “the true cost of food".

    “So when we see [a] low price we have to question ourselves. What is behind that? What is the true cost of this product? Who is paying for that?”

    https://www.bbc.com/news/articles/crezlw4y152o.amp

    #tomates #Chine #Ouïghour #Italie #escroquerie #industrie_agro-alimentaire #Petti #purée_de_tomates #Xinjiang #Antonio_Petti #Giaguaro #Cofco_Tunhe #Pasquale_Petti #Xinjiang_Guannong_Tomato_Products #Bazhou_Red_Fruit #Xinjiang_Guannong

    –—

    La marque de tomates italienne Petti :


    https://www.ilpomodoropetti.com/fr/presentation

    • Derrière des sauces tomates étiquetées en Italie, des produits chinois et le travail forcé des Ouïghours

      Comment des sauces et des concentrés de tomates se retrouvent-ils dans des supermarchés, en Europe, sous une étiquette italienne alors que les tomates ont été cueillies en Chine, qui plus est, par des Ouïghours ? Enquête d’un autre aspect de la mondialisation, en partant d’un documentaire de la BBC.

      Des champs de tomates rouges vifs à perte de vue dans le Xinjiang : C’est un autre aspect de la mondialisation que je vous propose d’explorer ce matin, en partant d’un documentaire remarquable de BBC Eye Investigation. Dans son enquête d’une heure, la radio télévision britannique nous emmène dans le Xinjiang, une vaste région du nord-ouest de la Chine, près du Kazakhstan, notamment. « Le Xinjiang bénéficie d’un climat idéal pour cultiver des tomates », explique BBC Eye, qui nous montre des champs de tomates à perte de vue. Leur rouge vif spectaculaire est même capté par satellite, mais c’est un univers bien plus sombre, que dévoile le média publique britannique. Bien loin des publicités du groupe Xinjiang Guannong, comme celle-ci où la société chinoise propose de rafraîchir ses connaissances sur les conserves de tomates, en montrant ses lignes de production de coulis, de concentrés, conditionnés dans des barils bleus. « Nos sites de production sont à pleine capacité, se targue un cadre : 260 000 tonnes de tomates fraîches ont été collectées et 35 000 tonnes de concentré de tomates ont été produites », montre cette publicité relayée par BBC Eye Investigation. La chaîne télévisée chinoise internationale CGTN et une journaliste de China Media Group expliquent que nombre de plats européens comme les Fish and chips, saucisses Bratwurst ne peuvent se passer ketchup et donc de tomates chinoises.

      L’enfer des Ouïghours forcés de travailler, notamment dans les champs de tomates : C’est aussi dans le Xinjiang, souligne BBC Eye Investigation que la Chine a lancé, depuis 2017, un programme de détentions massives des Ouïghours, la minorité musulmane. Ils seraient un million à être détenus, forcés de travailler dans les champs de tomates ou dans les usines agro-alimentaires. Si Pékin parle de « camps de rééducation », c’est une toute autre réalité, un enfer que décrit, à la BBC, Mamutjan, un professeur ouïghour arrêté plusieurs fois dans le Xinjiang. « J’ai été forcé à récolter des tomates pendant plus d’un mois. On devait se lever à 4h du matin. Le premier jour, on nous a demandé de ramasser 450kg de tomates et on nous a menacé si nous n’arrivions pas à atteindre cet objectif. Je n’ai pas réussi et on m’a alors roué de coups. On m’a attaché à des chaînes, suspendues au plafond d’une cellule sombre, et on me demandait ’alors, pourquoi tu n’arrives pas à finir ton travail ?’ Pendant deux heures, les coups ont plu. Je ne pouvais plus m’asseoir, plus dormir. J’étais frappé si souvent, si durement que j’en porte encore les traces ». Mamutjan vit en exil, aujourd’hui, précise BBC Eye Investigation. Ce père de famille ouïghour ignore ce qu’est devenue sa famille mais il sait que son frère est mort. Mamutjan espère, lui, pouvoir monter en haut de la Tour Eiffel : c’était le rêve de son frère, il veut le réaliser en sa mémoire. Difficile de vérifier son témoignages, précise la BBC qui a interrogé une douzaine d’anciens détenus ouïghours mais leurs récits font écho à un rapport des Nations unies de 2022 sur la torture et le travail forcé dans le Xinjiang. En Allemagne, le quotidien Bild et BR24 soulignent que la Chine est le plus grand producteur de tomates au monde. Près de 70 millions de tonnes y ont été récoltées l’an dernier. Selon le quotidien économique italien Il Sole 24 Ore, l’Europe a presque doublé ses importations de concentré de tomate chinois l’an dernier.

      https://www.radiofrance.fr/franceculture/podcasts/la-revue-de-presse-internationale/la-revue-de-presse-internationale-emission-du-mardi-03-decembre-2024-444

      #podcast #audio

  • Souvenirs d’un pré-ado fan de grindcore – Musique Journal
    https://musique-journal.fr/2024/11/26/souvenirs-dun-pre-ado-fan-de-grindcore

    Peu après avoir fêté mes 11 ans, une opportunité inédite s’est offerte à moi. J’étais jusqu’alors épris de jazz et de classiques rock, lorsque le gendre d’un ami de mes parents, qui officiait en tant que bassiste dans le groupe #grindcore nantais Elysium , m’a proposé de découvrir les musiques extrêmes sur instruments amplifiés. Il m’a gravé une dizaine de CD, et mon adhésion fut immédiate. En quelques mois, grâce à l’ordinateur familial, Soulseek et le forum Metal France, je devenais un féru de #grind. À 12 ans, je commençais à écrire pour le #webzine dédié aux musiques extrêmes Nawak Posse , et tout mon temps était consacré à pourvoir mes oreilles en blast-beats ultra rapides, tandis que mon père était assez bienveillant pour m’accompagner dans les pires squats de Toulouse où j’allais prendre ma dose de distorsion démesurée et grotesque.

    Tout Thou
    https://thou.bandcamp.com


    #metal #hardcore #screamo #mathcore #drone&noise

  • #Contre-cartographie : ce que Google Maps ne vous montre pas

    Pour trouver son chemin, et de préférence avec l’itinéraire le plus rapide, nombreuses sont les cartes dans nos poches : Google Maps, Waze, etc. Elles peuvent nous géolocaliser en temps réel, mesurer les distances parcourues, mais aucune d’entre elles n’est capable de représenter les ressentis et les vécus liés à nos déplacements. La contre-cartographie vient rebattre les cartes, et bouscule notre rapport utilitaire à l’espace. Ici, pas question de suivre la supposée #objectivité scientifique, on veut représenter le monde tel qu’on le vit pour mieux mettre en avant les problématiques invisibles à l’œil nu : dynamiques raciales, enjeux environnementaux ou même nos propres questionnements intérieurs.
    Tracks part à la rencontre de celles et ceux qui spatialisent les enjeux sociétaux et cartographient notre intime. L’artiste canadienne #Larissa_Fassler dessine les contours des #inégalités qu’elle lit dans les espaces publics. Le danseur et performeur #Mathias_Poisson porte son attention sur le vivant et suit ses sens pour cartographier sa #subjectivité. #Stéphanie_Sagot, quant à elle, œuvre à retranscrire le monde sous un prisme éco-sensible avec des cartes-peintures de #paysages.

    https://www.youtube.com/watch?v=zobSOVvxKsM


    #vidéo #cartographie #pouvoir #domination
    ping @reka

    • Notez qu’il y a en ce moment une discussion débat au sein de notre groupe informel réuni avec et autour du collectif orangotango+( This is not an atlas , Transcript, 2018, téléchargeable gratuitement sur le site https://notanatlas.org/book) sur la terminologie même de « contre-cartographie », et ceci entre les Philippines (Merci Joseph et Boris) L’Allemagne, la France, la Norvège et l’Amérique du sud (Argentine et Brésil, merci Paul et Severin ainsi que Camila), rien de moins ! Et un concensus est en train de se dégager doucement, pour renoncer au terme « contre-cartographie » au profit de quelquechose de moins « destructif », mais on continue à réfléchir.

      Merci @cdb_77 Cristina d’avoir signalé cet excellent reportage. Je me suis réjouis de voir Matthias et Larissa Fassler (je ne connaissais pas Stéphanie Sagot). C’est extrêmement bien fait il se dit des choses très fondamentales et intéressantes, qui ouvrent des pistes de réflexions qui méritent vraiment d’être développées. Je me rends compte, en les écoutant attentivement, que j’aime beaucoup ce qu’ils fon, j’aime rêver, et me plonger dans leurs univers aux marges de l’art, de l’imaginaire et du réel. De mon côté je développe des approches qu’elles soient radicales ou critiques, expérimentales et sensibles mais sur des chemins différents, m’appuyant beaucoup plus sur les représentations géométriques, sur l’usage souvent détourné de la sémiologie graphique, sur le graphisme suggestif. Ça montre un univers cartographique, des pratiques cartographiques en prolongement, très diversifiées qui font la richesse de cette écriture.

      Enfin il faut regarder les commentaires, certains sont dithyrambiques, d’autres carrément haineux et arrogants : ces commentaires destrructiufs sont très médiocres, mais c’est intéressant de voir comment c’est reçu par une diversité de personnes dans un contexte politique, culturel et social très explosif pour ne pas dire sensible.

  • #Alexandre_Grothendieck, #légende #rebelle des mathématiques : un podcast à écouter en ligne | #France_Culture

    https://www.radiofrance.fr/franceculture/podcasts/serie-alexandre-grothendieck-legende-rebelle-des-mathematiques

    #podcast
    #maths
    #mathematiques

    L’histoire d’Alexandre Grothendieck commence à Berlin en 1928 dans une famille anarchiste. Son enfance est dès le début marquée par les grands tremblements historiques du 20ᵉ siècle : la montée du nazisme, la guerre d’Espagne, les camps de concentration français. Il découvre la mystérieuse beauté des mathématiques alors qu’il est interné dans un camp, puis caché avec d’autres enfants juifs au Chambon sur Lignon. Après la Libération, la passion des mathématiques et la persévérance mènent cet étudiant apatride au cœur de l’émulation intellectuelle de son époque. En moins de quinze ans, il révolutionne les mathématiques : elles ne seront plus jamais les mêmes après son passage. Mais la guerre du Vietnam fait éclater sa bulle d’abstraction : c’est là que commencent son engagement antimilitariste, écologique et sa critique des technosciences, l’isolant peu à peu des cercles académiques. Il termine sa carrière à l’université de Montpellier et peu de temps après sa retraite en 1990, il coupe les ponts avec la société et disparaît. À sa mort en 2014, des dizaines de milliers de pages sont découvertes dans sa maison en Ariège, fruit de 23 années de travail en solitaire. Elles restent encore à déchiffrer.

    Il laisse au monde une œuvre mathématique et littéraire immense, aussi bien citée et explorée par les chercheurs en mathématiques fondamentales que par des ingénieurs de Huawei, convaincus d’y trouver les nouveaux secrets de l’intelligence artificielle. Son nom sert également de point de ralliement aux écologistes pour dénoncer les dérives de la science.

    Avec les témoignages de ses proches, de ses anciens élèves et de celles et ceux qui ont croisé sa route ou son œuvre, cette Grande Traversée retrace le parcours du plus grand génie des mathématiques du 20ᵉ siècle et d’un pionnier de la pensée écologique et technocritique.

    Une Grande Traversée de Marie Durrieu réalisée par Gaël Gillon et et Rafik Zénine.

    Textes lus par Jean Christophe Quenon et Daniel Kenigsberg

    Prise de son : Martin Troadec, Christophe Papon, Pierre Henry et Antoine Viossat.

    Mixage : Pierric Charles

    Documentation INA : Isabelle Fort Rendu

    Coordination : Christine Bernard