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« Beaucoup de gens rentrent dans le camp, mais personne n’en sort » : à Mayotte, plus de 800 migrants vivent dans des conditions insalubres
Par Romain Philips Publié le : 22/12/2025
Ils étaient aux alentours de 400 suite à la destruction de leur précédent camp en octobre dernier. Dorénavant, ce sont plus de 800 migrants africains qui vivent dans des conditions difficiles dans le campement de Tsoundzou 1. Et ce, en pleine saison des pluies. « Depuis que la saison des pluies a débuté, c’est encore plus dur de vivre ici », raconte à InfoMigrants Kennedy Kighana. Ce Congolais de 28 ans arrivé à Mayotte en septembre témoigne du quotidien dans le campement établi à Tsoundzou 1, aux abords du village Coallia, un lieu réservé à l’hébergement d’urgence et l’insertion, à l’est de Mayotte. « Quand il se met à pleuvoir fort, ce n’est pas beau à voir. L’eau monte, coule de partout, les gens se réveillent la nuit, trempés », dit-il. Les bâches qui recouvrent les tentes cèdent sous la force des trombes d’eau larguées par le climat tropical de l’île, la cuisine se fait à même le sol et les habitants vivent dans une proximité préoccupante.
Comme Kennedy Kighana, plus de 800 migrants vivent dans des conditions difficiles dans ce campement de fortune. « Selon notre dernier recensement, il y a 837 personnes ici », assure celui qui se présente comme le représentant du camp. Parmi elles, on retrouve des ressortissants de divers pays d’Afrique des Grands Lacs - RDC, Rwanda, Tanzanie... - mais aussi des Soudanais, Yéménites et Afghans. La plupart sont des demandeurs d’asile et sont donc en attente de l’examen de leur dossier.
Et le temps passé dans cette précarité affecte durement la situation mentale de certains. « Ici, on a des gens dans des états psychologiques difficiles à cause de la vie que nous menons. Ils sont livrés à eux-mêmes, ne travaillent pas et n’occupent pas leurs journées. Ils sont bloqués dans le camp et réfléchissent à leur condition. Ça crée des troubles mentaux, c’est certain », raconte Kennedy.
Auparavant, la plupart vivaient à moins d’un kilomètre d’ici, dans un coin de forêt de Tsoundzou 2, un quartier voisin, avant que ce lieu de vie ne soit détruit en octobre dernier. Cette opération avait été présentée à l’époque par le préfet comme « la plus grosse mise à l’abri réalisée depuis 24 mois à Mayotte ». Ce jour-là, sur les plus de 1 200 personnes recensées, 402 avaient été prises en charge par les autorités. Une grande partie des migrants, portant à bout de bras le plus d’affaires possible, se sont réinstallés plus loin sur la route. Et depuis, le camp ne fait que grossir. « On manque cruellement d’espace, ce n’est pas un lieu approprié pour vivre. Il y a la mangrove et la mer juste à côté », ajoute Kennedy Kighana. Certaines cabanes ont dû être surélevées pour éviter les dégâts lors des trop grandes marées.
Plusieurs associations interviennent ponctuellement dans ce camp, comme la Croix-Rouge ou Solidarités International. Un cadre d’une ONG, qui s’est exprimé anonymement auprès de l’AFP, explique que son association a installé un mécanisme de pompage d’eau de rivière, un accès jugé rudimentaire et fragile en saison des pluies. Cinq sanitaires ont également été apportés et les habitants ont accès quelques heures par jour à deux citernes d’eau. Mais cela « reste totalement insuffisant » pour le nombre de personnes réfugiées dans ce camp, insiste Kennedy Kighana.
Il salue tout de même l’installation d’un accès à l’eau car de nombreux migrants ont été agressés lorsqu’ils sortaient chercher de l’eau à l’extérieur du camp. De manière générale, les habitants de Tsoundzou 2 sont régulièrement victimes d’agressions lorsqu’ils quittent le camp. « Que ce soit quand on va chercher de la nourriture, des bambous pour les constructions ou faire une petite course, de nombreux habitants ont été violentés », témoigne le représentant.
Ces camps constituent un sujet très sensible dans le 101e département français, confronté à une forte pression migratoire. En 2024, la présence d’un camp au stade de Cavani, à Mamoudzou, avait déclenché l’installation de barrages par des « collectifs citoyens » pendant plus d’un mois. La même année, les locaux de l’association Solidarité Mayotte, accompagnant les demandeurs d’asile, avaient été incendiés
Paradoxalement, ce sont aussi ces tensions qui perturbent la résolution des dossiers d’asile. La fermeture de la préfecture par ces groupes a provoqué le « rallongement de la liste d’attente pour les premières demandes d’asile » ou rendu difficile « les renouvellements d’attestation de demande d’asile », indique Solidarité Mayotte, l’association en charge de l’asile sur l’île. Ainsi, « les demandeurs d’asile et les bénéficiaires de la protection internationale, ne pouvant renouveler leurs documents, se retrouvent bloqués dans les démarches d’accès aux droits et d’insertion professionnelle ». L’Ofpra (Office français de protection des réfugiés et apatrides) également évoque « des fermetures contraintes des services préfectoraux qui ont affecté l’activité d’enregistrement des demandes d’asile ».
« Le problème, c’est la lenteur du processus de l’asile », estime le représentant du camp qui attend lui-même une réponse à sa demande de protection internationale. Et d’ajouter : « C’est pour cela qu’on est les uns sur les autres car beaucoup de gens rentrent dans ce camp mais absolument personne n’en sort ». Pour éviter que le campement ne progresse trop sur la voie publique, la préfecture a publié un arrêté, le 12 novembre dernier, interdisant la construction d’habitations informelles sur trois kilomètres le long de la route du camp. Certains nouveaux arrivants redoutent donc de voir leurs abris détruits à tout moment. « Mais pour aller où ? Les gens n’ont nulle part où aller », s’interroge Daniel Gros, référent de la Ligue des droits de l’Homme sur l’île, dénonçant une situation « catastrophique ». Les possibilités d’hébergement à Mayotte sont effectivement minimes, voire inexistantes, surtout depuis que le cyclone Chido, fin 2024, a détérioré ou détruit plus de « 68 % des logements collectifs et 36 % des logements résidentiels en dur », chiffre la préfecture. Ainsi, plusieurs habitants ont été sensibilisés, lors de maraudes de la préfecture et de l’Office français de l’immigration et de l’intégration (Ofii), à avoir recours à un « retour volontaire » vers leur pays d’origine.
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