#mbembe

  • Essai d’Achille #Mbembe : Lettre aux Allemand.e.s - taz.de
    https://taz.de/Essai-dAchille-Mbembe/!5684629

    Ma pratique intellectuelle peut être définie comme un incessant voyage ou, plutôt, comme un déplacement sans fin d’un rivage à l’autre. C’est ce que j’appelle la traversée. Elle exige de sortir du confort de ce que l’on sait déjà et de s’exposer consciemment à ce qui menace de déstabiliser ses propres certitudes. Penser, dans ce contexte, c’est prendre des risques, y compris le risque d’être mal compris ou mal interpreté. Un tel état d’esprit est peut-être le propre de ceux qui, nés quelque part, sont partis très tôt et ne sont plus jamais revenus au bercail.

  • The conviction and conscience of Achille #Mbembe : New Frame
    https://www.newframe.com/the-conviction-and-conscience-of-achille-mbembe

    A German Jewish organisation has accused the historian and social scientist of antisemitism and demanded that an invitation for him to speak at a cultural festival in Germany be withdrawn.

    German festival with speaker for Israel’s ’global isolation’ cancelled - The Jerusalem Post
    https://www.jpost.com/diaspora/german-festival-with-speaker-for-israels-global-isolation-cancelled-625534

    ... due to the coronavirus pandemic.

    ##BDS #Allemagne #apartheid #sionisme

  • Achille Mbembe : « Le monde est entraîné dans un vaste processus de dilacération » - Page 1 | Mediapart
    https://www.mediapart.fr/journal/international/190420/achille-mbembe-le-monde-est-entraine-dans-un-vaste-processus-de-dilacerati

    Un monde où notre rapport à notre corps et à l’ensemble du vivant serait réparé. Les chances que cela advienne sont minimes. J’ai le sentiment que le brutalisme va s’intensifier sous la poussée du techno-libertarisme, que celui-ci soit de facture chinoise ou qu’il se cache sous les oripeaux de la démocratie libérale. Tout comme le 11-Septembre avait ouvert la voie à la généralisation de l’état d’exception, voire à sa normalisation, la lutte contre le Covid-19 et d’autres risques similaires sera utilisée comme prétexte pour déplacer davantage encore le politique sur le terrain de la sécurité. Mais cette fois-ci, il s’agira d’une sécurité de nature quasi biologique, avec l’apparition de nouvelles formes de ségrégation entre les « corps d’immunité » et les « corps viraux ». Le viralisme deviendra le nouveau théâtre de fractionnement des populations désormais tenues pour des espèces distinctes.

    #mbembe #viralisme #brutalisme #covid_19 #vivant

  • #Achille_Mbembe, l’#universel_africain
    https://www.lemonde.fr/idees/article/2020/02/24/achille-mbembe-l-universel-africain_6030591_3232.html

    Achille Mbembe décrit un monde où, y compris au sein des démocraties libérales, « l’état de guerre se répand au sein de l’état civil »

    Il est des fantômes qui accompagnent les vivants et les marquent à jamais. Les pas de l’historien et philosophe Achille #Mbembe, depuis sa plus tendre enfance, sont portés par ceux de #Ruben_Um_Nyobè, leader nationaliste camerounais tué par l’armée française, puis effacé des mémoires par le régime camerounais après l’indépendance. « L’histoire de #Um_Nyobè m’a longtemps hanté et a marqué ma trajectoire intellectuelle au point que l’écriture a été, pour moi, un acte de réparation », explique le #philosophe, qui est l’un des penseurs les plus en vue d’#Afrique_francophone.

    [...]

    Dans #Brutalisme, il dénonce d’ailleurs la « #frontiérisation » des espaces qui entrave la liberté de mouvement des femmes et des hommes à l’intérieur du continent, mais également sur l’ensemble du #globe.

    « La #frontière est devenue le nom de la violence organisée », écrit-il, « le lieu de la non-relation » où s’opère le « déni d’une humanité commune », à tel point que le monde se transforme en une multitude de camps où l’on parque des populations, y compris des enfants, que l’on ne saurait accepter chez soi, réactivant ainsi la haine de l’autre. Revenant sur le développement de la technologie au service d’une surveillance généralisée, Achille Mbembe décrit un monde où, y compris au sein des démocraties libérales, l’état d’exception devient la norme, où « l’état de guerre se répand au sein de l’état civil », et où les polices emploient des armes habituellement utilisées sur les champs de bataille. « Naturalisation de la #guerre_sociale », le brutalisme est le symptôme de « l’âge de la #prédation et de l’#extraction » qui tue notre #planète. C’est « l’âge de la #combustion_du_monde ».

  • #Achille_Mbembe : peut-on être étranger chez soi ?

    L’#Afrique doit être la première à libérer les circulations, à élaguer les frontières héritées de la colonisation, à refonder entièrement la politique des visas d’un pays à l’autre du continent. Pour ne plus dépendre des diktats de l’Europe et fonder enfin un droit à l’#hospitalité.

    De nos jours, l’une des manières de vulnérabiliser des millions de gens est de les empêcher de bouger.
    De fait, la structuration contemporaine de notre monde est de plus en plus fondée sur une répartition inégale des capacités de mobilité et de circulation, ainsi que de cette ressource qu’est désormais la vitesse.
    De ce point de vue, l’Afrique est doublement pénalisée, du dehors comme du dedans.
    Elle est pénalisée du dehors parce que les Africains ne sont les bienvenus nulle part dans le monde. Il n’y a pas un seul pays au monde où des Africains ou des gens d’origine africaine arrivent, peu importe par quels moyens, et sont accueillis au son des tambours et des trompettes. Partout où ils font leur apparition, ils sont les plus exposés à toutes sortes d’entraves, à l’incarcération et à la déportation (1). En vérité, très peu de pays au monde veulent des Africains ou des personnes d’origine africaine parmi eux.
    Elle est pénalisée du dehors parce qu’un nouveau régime global de mobilité est en train de se mettre en place. Il participe d’une nouvelle partition de la Terre. Il est une dimension fondamentale de la nouvelle course pour la domination du cosmos (des régions polaires, des océans, des déserts, des continents extraterrestres).
    Un pacte continental

    Ce nouveau régime de gouvernement des mobilités humaines repose sur des dispositifs de sécurité qui sont de plus en plus électroniques, biométriques, de plus en plus militarisés. Ces dispositifs sont aussi et de plus en plus somatiques, dans le sens où leurs cibles principales, ce sont des corps rendus abjects, jugés de trop, qui ne comptent pas, et que l’on est en droit de neutraliser. De gré ou de force, ces corps sont donc appelés à déguerpir des espaces qu’ils occupent.
    Ce nouveau régime repose enfin sur l’externalisation des frontières. Ainsi de l’Europe dont les frontières s’étendent désormais bien loin de la Méditerranée. En étendant ses frontières au-delà de la Méditerranée et en les rendant mobiles, l’Europe cherche en réalité à abroger la souveraineté des Etats africains sur la gestion de leurs populations, qu’il s’agisse de la gestion du nombre (d’où la relance des débats sur la démographie africaine) et de la gestion des mouvements (qui peut bouger, qui ne doit pas bouger, qui ne peut bouger qu’à certaines conditions).
    Mais l’Afrique est aussi pénalisée du dedans par le fait que nous sommes le continent au monde qui compte le plus grand nombre de frontières internes. C’est ici que la taxe sur la mobilité est la plus chère au monde. Il faut donc élaguer les frontières.
    Libérer les circulations est devenu un impératif. Il y va non seulement de la survie de millions de nos gens, mais aussi de la réaffirmation de notre souveraineté. Comment le faire de façon pragmatique ?
    Il faut rouvrir le débat sur le principe de l’intangibilité des frontières héritées de la colonisation. Ce principe fut ratifié par les Etats africains en 1963 au moment de la fondation de l’Organisation de l’unité africaine (OUA). Ce faisant, les Africains endossèrent la partition du continent opérée lors de la conférence de Berlin en 1884 par les puissances européennes.
    Il faut rouvrir ce débat dans la mesure où ce principe d’intangibilité, qui était supposé consacrer la souveraineté des Etats nationaux, est désormais un facteur d’émasculation de cette souveraineté dans le contexte des politiques antimigratoires poursuivies par l’Europe.
    Il faut le rouvrir non pas pour abolir dans l’immédiat les frontières héritées de la colonisation, mais pour définir des étapes concrètes visant à atteindre cet objectif d’ici à 2050.
    Nous avons besoin de définir, pour nous, notre propre politique migratoire. Celle-ci ne doit pas dépendre des diktats de l’Europe. Ceci exige la mise en place d’un pacte continental sur les migrations intra-africaines. L’objectif de ce pacte serait de transformer le continent en un vaste espace de circulation pour tous ses enfants.
    Des expériences ont déjà cours et vont dans ce sens, notamment dans plusieurs parties de l’Afrique de l’Ouest.
    Dans l’immédiat, il nous faut déclarer un moratoire sur les déportations. Il nous faut mettre un terme à la longue histoire des déportations et des déplacements forcés sur ce continent. Il faut arrêter les déportations. Nous devons, en ce siècle, mettre un terme à cette horrible pratique qui aura confiné les Africains à ne jamais se déplacer que dans des chaînes. Il faut désenchaîner les corps noirs, arrêter de les souiller, et ouvrir, pour nous-mêmes, une nouvelle page de notre longue lutte pour l’affranchissement et la dignité.
    Plus concrètement encore, nous devons procéder à une refonte générale de la politique des visas à l’intérieur de l’Afrique. Les nouvelles technologies nous permettent, par exemple, de passer à un nouveau stade où chaque détenteur d’un passeport africain qui voyage à l’intérieur du continent se verrait octroyer un visa à l’arrivée.
    Il nous faut encourager les Etats à passer des accords réciproques qui permettent d’abroger les visas entre eux.
    Cette phase de détente devrait ouvrir la voie à des changements plus structurels et à long terme. Elaguer puis moderniser les frontières, dans le sens de les rendre plus fluides, afin qu’elles puissent favoriser le passage et la flexibilité.
    Un énorme travail est à faire de ce point de vue en matière de modernisation des régimes d’identité. Que d’ici à 2050 chaque Africain puisse disposer d’un acte de naissance, d’une carte d’identité, bref de documents biométriques virtuellement infalsifiables. Si au passage un tel effort aboutit à élargir le champ des surveillances, ce sera le modique prix à payer pour intensifier les circulations internes.
    Aller au-delà des lumières

    Le recours aux nouvelles technologies nous permettra également de mettre en place des bases de données que les Etats pourront partager entre eux dans le but de diminuer les risques, car ceux-ci existent. En matière d’échanges commerciaux, l’une des priorités est l’instauration de postes douaniers uniques qui permettraient d’alléger la contrebande aux frontières.
    L’Afrique doit sortir du paradigme de la clôture et de l’enfermement qui anime la politique antimigratoire de l’Union européenne. Nous devons aller au-delà des notions héritées des Lumières, à l’instar du « droit d’hospitalité ». En matière de traitement des étrangers et des hôtes, nos traditions philosophiques ont toujours reposé sur un socle anthropologique élargi. Le sociologue marocain Mehdi Alioua a ainsi montré comment, dans les oasis du désert saharien, une tradition multiséculaire d’hospitalité a longtemps prévalu.
    Elle reposait sur une agriculture qui soutenait cette hospitalité. Faute de palmiers, arbres fruitiers et légumineuses étaient mis à contribution. Une partie des récoltes était toujours épargnée. Des protéines et calories étaient réservées pour les voyageurs, mais aussi les oiseaux et les insectes qui arrivaient à l’improviste, surtout en cas de disette.
    Que dire du droit à une demeure (right of abode) inscrit dans la Constitution ghanéenne ? Il s’agit du droit à un abri, le droit sinon à un chez-soi, du moins à un lieu que l’on peut habiter en tout repos.
    Dans le cas ghanéen, les bénéficiaires d’un tel droit sont essentiellement des personnes de descendance africaine dont les ancêtres furent autrefois déportés à l’époque de la traite des esclaves. Il s’agit donc de personnes qui, à un titre ou à un autre, sont nos parents, des êtres humains avec lesquels nous lient des liens de parenté lointains et, au besoin, fictifs. Ces parents ne sont pas des allogènes. Mais ils ne sont pas non plus des autochtones ou des natifs d’un lieu.
    Il existe donc dans nos traditions des bases pour élargir le débat contemporain sur les migrations et le sortir des impasses philosophiques d’une Europe qui tourne en rond. Le droit à l’hospitalité suppose un visiteur qui vient d’ailleurs, qui n’est pas un parent, qui est un allogène, et un hôte, un autochtone, qui le reçoit, l’héberge et au besoin prend soin de lui. Ce droit est supposé bénéficier non seulement aux visiteurs, mais aussi aux réfugiés, à ceux et celles qui fuient une menace. Dans ses considérations sur la paix perpétuelle, Kant affirme que ce droit à l’hospitalité est un droit universel.
    Il est inconditionnel dans le sens où, à supposer qu’un étranger frappe à notre porte et demande à rentrer, nous sommes dans l’obligation de lui ouvrir la porte et de lui accorder un abri si, en le renvoyant chez lui, il risque de perdre sa vie. Kant précise cependant que nous ne sommes pas obligés de faire de cet étranger un membre à part entière de notre communauté. Son séjour parmi nous ne peut pas être permanent par définition. Ce séjour est appelé, à un moment donné, à prendre fin car il est de la nature de l’étranger de devoir repartir à un moment donné.
    Le droit ghanéen à une demeure peut être élargi au-delà des parents réels ou fictifs. Le rêve est que chacun puisse affirmer : « Le chez-moi, c’est le cosmos. » C’est l’ensemble de l’univers dont je suis l’un des habitants parmi d’autres habitants. Alors que notre monde devient chaque jour plus petit et que le temps nous est désormais compté, il nous faut réhabiliter cette appartenance première à l’univers. Elle doit primer sur l’appartenance seconde à un Etat territorial donné.

    https://www.liberation.fr/debats/2019/11/13/achille-mbembe-peut-on-etre-etranger-chez-soi_1763182
    #Mbembe #frontières #ouverture_des_frontières #immobilité #vulnérabilité #vulnérabilisation #immobilisation #capacité_de_mobilité #capacité_de_circulation #Africains #contrôles_frontaliers #corps #externalisation_des_frontières #externalisation #frontières_internes #liberté_de_mouvement #liberté_de_circulation #souveraineté #colonisation #intangibilité_des_frontières #déportation #visas #régimes_d'identité #circulation_interne #droit_d'hospitalité #droit_à_une_demeure (#right_of-abode) #chez_soi #chez-soi

    En lien avec le thème de #faire_monde :

    Le rêve est que chacun puisse affirmer : « Le chez-moi, c’est le cosmos. » C’est l’ensemble de l’univers dont je suis l’un des habitants parmi d’autres habitants. Alors que notre monde devient chaque jour plus petit et que le temps nous est désormais compté, il nous faut réhabiliter cette appartenance première à l’univers. Elle doit primer sur l’appartenance seconde à un Etat territorial donné.

    ping @karine4

  • Texte d’#Achille_Mbembe à l’occasion de l’#occupation du #Panthéon, 12 juillet 2019

    « Tout se passe comme si chaque fois que l’on ouvre les yeux, il y a des personnes humaines d’origine africaine quelque part dans notre monde en train d’être brutalises par une autorité ou une autre.

    Ailleurs, loin de chez eux, hors d’Afrique.

    Mais en Afrique aussi, entre les mains des leurs - des coups, surtout des coups, la brutalité avec laquelle tout #corps de nègre (simple gisement musculaire) est traité !

    Et cela fait très longtemps que ça dure.

    Ça dure depuis tant de temps que cela n’étonne plus personne.

    Les #Nègres, on s’attend a ce qu’ils soient brutalisés, et c’est le contraire qui est anormal.

    Il y a quelques semaines, un camp de prisonniers (car c’est de cela qu’il s’agit) en majorité africains a été littéralement bombardé en Libye. Plusieurs dizaines d’entre eux ont été tues.

    D’autres périssent presque chaque semaine, noyés dans les eaux de la Méditerranée.

    On ne compte plus ceux dont les sables du Sahara recouvrent de leur linceul les dépouilles.

    Pas un seul mot de nos Chefs d’Etat.

    Pas un seul mot des représentants des peuples africains. Pas un seul mot des organisations continentales, encore moins de nos intellectuels, artistes, footballeurs, hommes et femmes d’Église ou entrepreneurs.

    Après deux jours, la nouvelle a disparu des grands médias occidentaux. Et tout a recommence comme si rien n’avait jamais eu lieu. De telles vies comptent-elles seulement ?

    La Libye est un pays où existent des marches d’#esclaves africains en plein XXIe siècle. Tout le monde le sait.

    Elle est un pays ravagé par le #racisme_anti-nègre qui menace de plus en plus la plupart des États maghrébins. Tout le monde le sait.

    Tout le monde le sait par ailleurs, certaines puissances européennes revendiquant le statut d’"amies des Africains" procurent des #armes sophistiquées a l’une ou l’autre des milices qui se disputent le pouvoir a Tripoli.

    L’Europe, qui a joue un role determinant dans la destruction de la #Libye, leur procure d’énormes sommes d’argent.

    L’objectif est d’empêcher la migration des Nègres en Europe. Pour ce faire, il faut transformer l’Afrique en un immense #Bantoustan.

    En réalité, il s’agit de subsides a la #chasse de captifs nègres que l’on entasse dans des prisons qui ne disent pas leur nom, et que l’on revend a l’encan sur les marchés locaux. Un commerce ignominieux est en cours dont les corps d’ébène servent une fois de plus de monnaie.

    Ceci, l’Europe prétend ne pas le voir, tout comme elle s’échine à rendre invisible la saignée en cours en #Méditerranéenne.

    Au sujet de ce scandale, nos Chefs d’Etat n’ont aucun mot a dire. Nos intellectuels, nos artistes, nos footballeurs, nos hommes et femmes d’Église et nos entrepreneurs non plus.

    Hier, le Président Emmanuel #Macron a réuni a l’Élysée des individus choisis au hasard par son gouvernement. Ces individus de son choix sont supposes représenter "la #diaspora_africaine" en #France. Le Président Macron, nous dit-on, est un grand intellectuel. Il serait un disciple de Paul Ricoeur et aurait suivi des séminaires avec Etienne Balibar.

    Mais quand il s’agit de l’#Afrique, il évite soigneusement de discuter avec des intellectuels africains critiques. Ils risquent de le démaquiller, de lui poser toutes les questions qui gênent, de lui opposer des arguments sérieux auxquels il n’a aucune réponse plausible. Ils risquent de remettre publiquement en cause les trois piliers de la politique française - le #militarisme, le #mercantilisme et le #paternalisme mâtiné, comme toujours, de #racisme.

    Et, naturellement, le soutien sans condition a des régimes corrompus qui militent activement contre les intérêts bien compris du Continent.

    Le President Macron leur préfére des gens choisis par ses diverses cellules de communication et autres conseils présidentiels - de pauvres étudiants d’une pauvre université qui ne savent pas comment formuler des questions pertinentes et qu’il se fait fort de ridiculiser ; des quidam qui n’ont étudié aucun dossier en profondeur et se contentent de généralités ; des Nègres de pacotille assoiffés de vanité et en quête de selfies, hilares et bon enfant, trop heureux de servir le Maitre lorsqu’il ne s’agit pas d’opportunistes peu scrupuleux en quête de prébendes.

    Tout heureux de se retrouver sous les lambris, hier ils lui ont en effet servi la soupe et ont soigneusement évité de traiter des vrais dilemmes - ceux qui font des rapports entre la France et l"Afrique le paradigme même du scandale néocolonial.

    Bal des cyniques, en vérité, et des deux côtés !

    Ce soir, cette comédie s’est révélée être ce qu’elle a toujours été.

    Des centaines d’Africains #sans-papiers ont occupe le Pantheon pour exposer aux yeux du monde le traitement qu’ils subissent en France.

    La réponse ne s’est pas fait attendre. Ils ont été "évacués" sans ménagement, à la manière exacte dont ils sont traités dans leurs pays respectifs par leurs propres gouvernements.

    Quant prendra fin ce scandale ? Quand apprendrons-nous a gagner de nouveau ? Quand est-ce que les vies nègres compteront enfin ?

    Tant que l’Afrique ne deviendra pas son centre propre, tant qu’elle ne se reconstituera pas en tant que vaste espace de circulation, tant qu’aucun Africain ne sera traité comme étranger en Afrique même, la #brutalisation des corps nègres se poursuivra.

    Pour le reste, le salut ne viendra pas de la France. Il n’y a strictement rien a attendre d’elle que nous ne puissions nous offrir a nous-mêmes. Le salut ne viendra pas non plus des diasporas. Il viendra d’abord de l’Afrique elle-même.

    Il faut donc réapprendre a faire corps et reprendre la #lutte. Il faut l’intensifier là où elle est déjà en cours. Il faut puiser dans la #mémoire, la #créativité et les énergies souterraines de nos peuples pour aller de l’avant.

    Nul ne nous libérera à notre place ou malgré nous. Les vies des nôtres disperses dans les quatre coins du monde ne compteront véritablement que le jour ou l’Afrique sera #debout sur ses propres jambes.

    Et c’est a travailler à reconquérir cette initiative historique que nous sommes appelés. Tout le reste n’est que diversion. »

    https://www.facebook.com/gildas.ledem/posts/10157313594073610?__tn__=H-R

    Texte signalé par @isskein

    #Mbembe #France #Paris #migrations #résistance #néo-colonialisme #néocolonialisme #Afrique

    • Débat. Abolir les frontières coloniales en Afrique

      Pour le penseur camerounais Achille Mbembe, la prochaine phase de la décolonisation de l’Afrique est l’abolition des territoires hérités de la colonisation.


      https://www.courrierinternational.com/article/debat-abolir-les-frontieres-coloniales-en-afrique

    • Débat. Abolir les frontières coloniales en Afrique

      Publié le 26/05/2017 - 17:21

      Pour le penseur camerounais Achille Mbembe, la prochaine phase de la décolonisation de l’Afrique est l’abolition des territoires hérités de la colonisation.

      La gouvernance de la mobilité humaine pourrait bien être le principal problème auquel sera confronté le monde en cette première moitié de XXIe siècle. À l’échelle internationale, les effets conjugués d’un capitalisme rapide et d’une saturation du quotidien par les technologies numériques et informatiques ont conduit à l’accélération et à l’intensification des connexions. À ce titre, nous vivons une époque d’interdépendance planétaire. Or, où que l’on regarde, la tendance est résolument au repli sur soi. Si elle persiste, elle débouchera sur un monde de plus en plus confiné, fait de toutes sortes d’enclaves, de culs-de-sac et de frontières mouvantes, mobiles et diffuses.

      Le pouvoir de décider qui peut se déplacer, où et dans quelles conditions sera au cœur de luttes politiques sur la souveraineté. Le droit des ressortissants étrangers à franchir les frontières d’un pays d’accueil et à entrer sur son territoire n’a certes pas encore été officiellement aboli. Mais, comme le montrent les innombrables événements auxquels nous assistons actuellement, il devient de plus en plus procédural et peut être suspendu ou révoqué à tout instant, sous n’importe quel prétexte.

      Si nous sommes à deux doigts d’en arriver là, c’est parce qu’un nouveau régime sécuritaire mondial est en train de prendre corps. Un régime caractérisé par l’externalisation, la militarisation et la miniaturisation des frontières, une infinie segmentation et restriction des droits et le déploiement quasi généralisé de techniques de pistage et de surveillance, perçues comme la méthode de prévention idéale. Or sa fonction première est de faciliter la mobilité de certaines personnes tout en l’interdisant ou en la refusant à d’autres. Ce régime sécuritaire ouvre la voie à des formes inédites de violence raciale, ciblant le plus souvent des minorités, des individus dépossédés de leurs droits et déjà vulnérables. Une violence entretenue par de nouvelles logiques de rétention et d’emprisonnement, d’expulsion et de refoulement.

      De plus, la mobilité est aujourd’hui plus volontiers définie en termes géopolitiques, militaires et sécuritaires. Théoriquement, les individus présentant un profil à faible risque ont toute latitude pour se déplacer. Dans les faits, l’évaluation du risque sert surtout à justifier un traitement inégal et discriminatoire fondé sur des critères de couleur de peau.

      Alors que la tendance à la balkanisation et au repli sur soi se confirme, la redistribution inégale des capacités à négocier les frontières à l’échelle internationale devient un caractère dominant de notre époque. Dans les pays du Nord, le racisme anti-immigrés ne cesse de gagner du terrain. Les “non-Européens” et les “non-Blancs” sont soumis à des formes de violence et de discrimination plus ou moins flagrantes.

      La rhétorique même du racisme a changé : les concepts de différence et d’extranéité sont désormais ouvertement analysés en termes culturels ou religieux.

      À l’échelle mondiale, il s’agit à présent de priver autant de personnes que possible du droit à la mobilité, ou du moins de l’assortir de règles draconiennes qui, objectivement, empêchent tout déplacement. Lorsque ce droit à la mobilité est reconnu et accordé, on déploie autant d’efforts pour rendre le droit de séjour aussi incertain et précaire que possible. Dans ce modèle ségrégationniste de circulation mondiale, l’Afrique est doublement pénalisée, de l’extérieur et de l’intérieur.

      Double handicap

      Pratiquement tous les pays considèrent aujourd’hui les migrants africains comme des indésirables. Parallèlement, l’Afrique, elle-même aux prises avec des centaines de frontières intérieures qui renchérissent les coûts de la mobilité au point de les rendre prohibitifs, reste à la traîne et ressemble de plus en plus à une prison à ciel ouvert.

      Pour contenir les flux migratoires d’Afrique subsaharienne, l’Europe finance ainsi les pays d’origine et de transit afin que les candidats à l’exil y restent ou ne puissent jamais traverser la Méditerranée. À cet égard, l’objectif ultime du fonds fiduciaire d’urgence de l’Union européenne pour l’Afrique est de fermer aux Africains toute voie de migration légale un tant soit peu crédible.

      En échange d’argent, des régimes africains brutaux et corrompus sont chargés d’emprisonner les migrants africains et de retenir chez eux les demandeurs d’asile. Beaucoup de ces pays sont devenus des rouages essentiels du système d’expulsions et de rapatriements forcés sur lequel repose la politique migratoire antiafricaine de l’Europe.

      De fait, aucun voyageur muni d’un passeport africain – ou aucun individu d’origine africaine – n’est aujourd’hui à l’abri d’une fouille abusive ou d’une détention arbitraire.

      Rares sont ceux qui échappent aux interminables contrôles d’identité inquisiteurs dans les aéroports et dans les trains, sur les autoroutes ou aux barrages routiers. Rares aussi ceux qui bénéficient du droit à une audition équitable avant d’être maintenus en zone d’attente ou refoulés.

      Aux frontières et autres points de contrôle, ils figurent presque systématiquement parmi les personnes soumises à des contrôles sévères ou scrupuleusement et intégralement fouillées. Constamment sous la menace d’un contrôle au faciès, ils sont presque toujours parmi ceux qui sont interdits d’entrée ou pénalisés.

      La mobilité, vecteur de changement

      Les pays postcoloniaux d’Afrique n’ont pas su se doter d’un cadre législatif commun pour coordonner leur politique de gestion des frontières, de modernisation des registres d’état civil, de libéralisation des visas ou du traitement de ressortissants de pays tiers résidant légalement dans des États membres. La fin du pouvoir colonial n’a pas laissé place à une ère nouvelle garantissant à tous la liberté de circuler. Les frontières coloniales sont au contraire devenues intangibles et aucune initiative décisive en faveur d’une intégration régionale n’a été entreprise. À l’exception de la Communauté économique des États d’Afrique occidentale (Cédéao), le droit à la mobilité à l’intérieur et au-delà dees frontières nationales et régionales reste une illusion.

      À une époque où tout va très vite, la mobilité lente coïncide systématiquement avec la couleur de peau et, paradoxalement, le continent africain est lui-même pris au piège de la lenteur.

      Cela n’a pas toujours été le cas.

      Pour élaborer une politique migratoire centrée sur l’Afrique, les catégories et concepts empruntés au lexique occidental, comme “intérêt national”, “risques”, “menaces” ou “sécurité nationale” ne nous sont d’aucune utilité. Ils renvoient à une philosophie des déplacements et à une philosophie de l’espace qui reposent entièrement sur le présupposé de l’existence d’un ennemi dans un monde hostile. C’est d’ailleurs la raison pour laquelle des traditions profondément ancrées relevant de l’antihumanisme occidental trouvent leur expression la plus manifeste dans les politiques antimigratoires actuelles, utilisées pour mener une guerre sociale à l’échelle mondiale.

      L’Afrique précoloniale n’était certes pas un monde sans frontières, mais lorsqu’il y en avait elles étaient toujours poreuses et perméables. Comme en témoignent les traditions de commerce de longue distance, la liberté de circulation a été un instrument fondamental dans la production de formes culturelles, politiques, économiques et sociales. Les espaces et les territoires ont été délimités et organisés selon le principe de mobilité, principal vecteur de transformation et de changement. Les réseaux, les flux et les carrefours d’influences étaient plus déterminants que les frontières. Le plus important tenait à cette dynamique des flux de déplacement.

      Dans ce régime de confluences souples mais généralisées, une forte mobilité de toutes les strates de la société était également un moyen de surmonter les sentiments de vulnérabilité et d’incertitude. Les frontières politiques permettaient bien entendu de distinguer les premiers arrivants, membres à part entière d’une communauté, des étrangers ou nouveaux venus. Mais la richesse humaine a toujours surpassé la richesse matérielle, et il y a toujours eu des formes d’appartenance multiples. La norme consistait alors à sceller des alliances par les échanges commerciaux, les mariages ou la religion, et à intégrer les nouveaux venus, les réfugiés et les demandeurs d’asile aux communautés existantes.
      Une invention coloniale

      L’État n’était qu’une forme de gouvernement populaire parmi tant d’autres. Et la notion de peuple englobait non seulement les vivants, mais aussi les morts et les enfants à naître, les êtres humains et tous les autres êtres vivants.

      Tout individu, fût-il un ennemi, avait droit à l’hospitalité. Les étrangers qui arrivaient dans un pays dans des dispositions pacifiques n’étaient pas traités en ennemis. Ils avaient toutes les chances de s’intégrer durablement à la population et le droit de séjour temporaire était quasi universel.

      Diviser les territoires par des frontières politiques est une invention coloniale. En instituant un rapport d’hostilité entre la circulation des personnes et l’organisation politique de l’espace, le pouvoir colonial a inauguré une nouvelle phase dans l’histoire de la mobilité en Afrique.
      À lire aussi Entretien. “Je comprends pourquoi les migrants fuient leur pays”

      En reprenant le modèle de territorialité axé sur l’État, qui délimite des nations aux frontières fermées et bien gardées, les pays africains postcoloniaux ont rompu avec les très anciennes traditions de liberté de circulation qui avaient toujours été le moteur du changement sur le continent. Ce faisant, ils ont adopté la logique antihumaniste inhérente aux philosophies occidentales de mobilité et d’espace et l’ont retournée contre leur propre peuple.

      Depuis, la fétichisation de l’État-nation a provoqué des dégâts considérables sur la destinée de l’Afrique dans le monde. Le coût humain, économique, culturel et intellectuel du régime existant de frontières sur le continent a été colossal. Il est temps d’y mettre un terme. Devenir une vaste zone de liberté de circulation est sans conteste le plus grand défi auquel l’Afrique aura à répondre au XXIe siècle. L’avenir de l’Afrique ne saurait être assuré par des politiques migratoires restrictives ni une militarisation des frontières.
      Démantèlement des États-nations

      Le continent doit s’ouvrir à lui-même. Il doit devenir un grand espace de circulation. C’est pour lui l’unique moyen de se recentrer sur lui-même dans un monde multipolaire. Pour faire de la mobilité la pierre angulaire du nouveau programme panafricain, nous devons renoncer aux modèles migratoires fondés sur des concepts antihumanistes tels l’“intérêt national” et en revenir à nos anciennes traditions de souveraineté mouvante et diffuse et de sécurité collective.

      Sur un continent où l’organisation coloniale a démantelé les frontières des États-nations, et où ceux-ci disposent pourtant encore de quelque capacité à contrôler, à recenser et à surveiller les individus, il est grand temps que les pays africains développent une véritable politique commune de la mobilité, assise sur des instruments juridiquement contraignants.

      Pour réaliser cet objectif d’un continent sans frontières, les méthodes d’identification biométrique et les bases de données interconnectées seront peut-être inévitables. Mais nous devrions utiliser les procédures d’identification et les technologies de sécurité non pour consolider le régime de double confinement auquel l’Afrique a été astreinte, mais pour accroître la mobilité sur le continent.
      Prochaine phase de la décolonisation

      Nous arrivons à un point où, du fait du contexte géopolitique actuel, des puissances extérieures pourraient être en mesure de dicter à chacun de nos fragiles États nationaux les conditions dans lesquelles notre propre population aurait le droit de se déplacer, même à l’intérieur de l’Afrique proprement dite.

      La prochaine phase de la décolonisation de l’Afrique consistera à garantir la mobilité à tous ses habitants et à redéfinir les modalités d’appartenance à un ensemble politique et culturel qui ne se limite pas à l’État-nation. Aucun pays n’est mieux placé pour prendre la tête de cette initiative que l’Afrique du Sud.

      Si rien n’est fait, nous ne ferons que renforcer les classifications raciales déjà ancrées dans l’imaginaire mondial, et qui nous valent d’être constamment humiliés et dépossédés de notre dignité dès que nous franchissons une frontière dans le monde contemporain

      Achille Mbembe

  • Africa needs free movement | Opinion | Analysis | M&G
    https://mg.co.za/article/2017-03-24-00-africa-needs-free-movement

    MIGRANCY
    I am one of those who are actively committed to the idea of a borderless Africa.

    I believe in the project of an African nationality as articulated by the best of our thinkers in the continent and in the diaspora since the 19th century.

    This project includes the possibility for people of African descent scattered throughout the world to resettle in Africa if so they wish.

    This is what the 2000 Ghana Immigration Act calls “the right of abode”.

    Last weekend, I attended a policy conference on international migration in Sandton at which Home Affairs Minister Malusi Gigaba gave a rousing speech.

    Since taking over the department of home affairs, Gigaba has been outspoken about the fact that “South Africa is an African country in Africa”.

    #frontières #mbembe

    • Et pour celles et ceux qui auraient la chance d’âtre en Afrique du Sud §on ne sait jamais)

      Achille Mbembe on

      THE VIOLENCE OF BORDERS

      The government of human mobility might well be the most important problem to confront the world during the first half of the twenty-first century. By subscribing to the state-centric model of territorially delimited nations with closed borders, postcolonial African states disavowed long traditions of circulation that had been the dynamic motor of change in the continent prior to colonial conquest.

      In so doing, they embraced the anti-humanist drive inherent in colonial Western philosophies of movement and of space and turned it against their own people. Since then, the fetishization of the nation-state has done untold damage to Africa’s destiny in the world. The human, economic, cultural and intellectual cost of the existing border regime has been colossal. To bring this regime to closure requires a genuine change of paradigm as far as the management of intra-African migration is concerned.

      In this lecture, Achille Mbembe will reflect on what such a change would entail. Drawing from African precolonial philosophies of space and movement, he will show what our contribution to the unfolding global debate on human mobility in this age of planetary entanglement could be.

      We encourage those who plan to attend the lecture to read Achille Mbembe, “Africa Needs Free Movement”, Mail and Guardian, 24 March 2017. The article is available here.

      Tuesday, 1st August 2017
      6pm
      WiSER Seminar Room

      All welcome.

      RSVP: Najibha.Deshmukh@wits.ac.za

      – - - -
      WISER, 6th Floor Richard Ward Building
      University of the Witwatersrand
      Johannesburg, GT 2050
      South Africa

  • Géopolitique africaine alternative
    http://visionscarto.net/geopolitique-africaine-alternative

    Au tout début des années 2000, une rencontre avec Achille Mbembe s’est vite transformée en un fructueux « dialogue cartographique » donnant naissance à une vision assez inattendue de l’Afrique, une sorte de symbiose entre la géopolitique et les mouvements économiques. Une décennie plus tard, nous nous sommes rendu compte que la situation politique et sociale du continent avait si profondément changé qu’il était devenu nécessaire de produire une nouvelle carte, mais en gardant les principes sur lesquels nous (...)

    #Billets

  • Achille #Mbembe « Un désir fondamental d’#insurrection s’exprime sous des formes nouvelles »
    http://www.humanite.fr/achille-mbembe-un-desir-fondamental-dinsurrection-sexprime-sous-des-formes-

    Nous avons une vision assez partiale de l’histoire de la #démocratie. Or, le paradoxe de cette histoire, c’est que la démocratie a deux corps. D’un côté, un corps diurne, presque solaire, que l’idéologie post-1990, après la chute du bloc de l’Est, a magnifié. De l’autre côté, un corps nocturne, lié à la séparation entre un ici et un ailleurs où l’on peut tout se permettre : piller, exploiter, brutaliser, tuer, infliger la mort de façon extrajudiciaire, sans avoir de comptes à rendre à qui que ce soit. Un ailleurs où l’on peut décharger la #violence qui, si elle était exercée à l’intérieur, déboucherait sur la menace de la guerre civile. On l’a vu lors du moment colonial. On le voit aujourd’hui dans la guerre contre le djihadisme. Dans cette phase néolibérale, les deux corps de la démocratie, le corps diurne et le corps nocturne, sont en train de se réunir, au moment où s’effacent les frontières objectives entre l’ici et l’ailleurs. D’où les glissements autoritaires auxquels nous assistons. Le monde est devenu tout petit. Contrairement au monde de la période coloniale, au monde des conquêtes, des « découvertes », il a montré ses limites. C’est un monde fini, traversé par toutes sortes de flux incontrôlés, mouvements migratoires, mouvements de capitaux liés à la financiarisation extrême de l’économie. Sans compter tous les flux portés par l’avènement de la nouvelle raison digitale. Ces flux sont marqués par l’accélération des vitesses, le bouleversement des régimes du temps. Tout cela favorise l’enchevêtrement inédit de l’intérieur et de l’extérieur. Conséquence, il est désormais impossible de prétendre vivre en sécurité ici quand on fomente le désordre, le chaos ailleurs. Le #chaos, le #désordre nous reviennent en boomerang. Sous la forme d’attentats, mais aussi par le renforcement de la pulsion autoritaire chez nous-mêmes. Ce glissement autoritaire est présenté comme une condition de la sauvegarde de notre #liberté. Or, si nous acceptons plus de #sécurité au nom de la préservation des #libertés, nous acceptons simultanément le glissement autoritaire. Il y a là une tension entre la capitulation et le désir de #révolte, qui est aussi une donnée cruciale des temps que nous vivons. D’un côté l’abdication et de l’autre un #désir fondamental d’insurrection qui s’exprime ici et là sous des formes tout à fait nouvelles.

  • Student Politics in SA : A Response to Critics

    http://www.theconmag.co.za/2015/10/07/student-politics-in-sa-a-response-to-critics

    Professor Achille Mbembe’s analysis of the state of South African political life responds to the political movements of students at South African universities who are actively and loudly challenging the status quo at their institutions. Mbembe is correct to view the ongoing student movements of 2015 within the national political discourse. But his analysis and critique is limited on two counts. Firstly, his insight is generated from the outside looking in, and secondly, there is a conflation or confusion of different student movements and student politics into a single “politics”.

    #afrique_du_sud #mbembe

  • Achille Mbembe on The State of South African Political Life | Africa is a Country

    http://africasacountry.com/2015/09/achille-mbembe-on-the-state-of-south-african-politics

    http://i1.wp.com/africasacountry.com/wp-content/uploads/2015/09/AchilleMbembe.jpg?resize=500%2C335

    In these times of urgency, when weak and lazy minds would like us to oppose “thought” to “direct action”; and when, precisely because of this propensity for “thoughtless action”, everything is framed in the nihilistic terms of power for the sake of power – in such times what follows might mistakenly be construed as contemptuous.

    –—

    Africa and the Future: An Interview with Achille Mbembe | Africa is a Country

    http://africasacountry.com/2013/11/africa-and-the-future-an-interview-with-achille-mbembe

    Within a short period of time, the global, corporate discourse on Africa has swapped a refrain of hopelessness with a near eschatological discovery of a new el dorado — a place of gold from which global capital hopes to regain its lost mojo. Africa is a Country has debunked the discourse of an ‘Africa Rising’ in several postings, and collectively they make it quite clear that a future in Africa worth striving for is beyond the growth of the GDP, the rise of the ill-defined African middle class or the increase in return on investment.

    #mbembe #afrique

  • Achille Mbembe on The State of South African Politics
    http://africasacountry.com/2015/09/achille-mbembe-on-the-state-of-south-african-politics

    In these times of urgency, when weak and lazy minds would like us to oppose “thought” to “direct action”; and when, precisely because of this propensity for “thoughtless action”, everything.....

    #AFRICA_IS_A_COUNTRY #Franz_Fanon #Radicalism #South_Africa #Steve_Biko

  • Du Provincialisme français

    http://www.valeursactuelles.com/sites/default/files/styles/va-article/public/valeurs4038_001.jpg?itok=ZIP1EgZ2

    "Le désir de frontières - et donc de séparation et de provincialisation - rassemble des courants néorévisionnistes et provincialistes fort hétéroclites dont l’unité réside dans le rejet viscéral de toute vision autre qu’occidentale à la fois de l’Occident lui-même et du monde des autres. Cette constellation - en réalité une addition de trajectoires aux origines et aux destins différents - regroupe des idéologues venus d’horizons divers. L’on y retrouve, pêle-mêle, ceux pour qui la perte de l’empire et en particulier celle de l’Algérie française furent une catastrophe, des marxistes dogmatiques - pour lesquels la lutte des classes constitue le fin mot de l’histoire-, des anciens de la Gauche prolétarienne, des catéchistes de la laïcité et du modèle républicain, des défenseurs autoproclamés des valeurs de l’Occident ou encore de l’identité chrétienne de la France, des critiques de l’Europe matérialiste, des nostalgiques du sacré et de la culture classique, des lecteurs de Maurras et de Mao confondus, des membres de l’ Académie française, des tenants de l’antiaméricanisme de gauche comme de droite, des croisés antipostmodernistes et adversaires de la « pensée 68 », ceux pour qui Auschwitz doit demeurer l’axe de la mémoire collective du monde occidental et la métaphore fondatrice du récit de la réunion de l’Europe, diverses faces de l’extrémisme français (de la gauche insurrectionnelle au populisme aristocratique et aux royalistes), des relais politico-culturels et médiatiques tels que France-Culture, Le Figaro Magazine, Le Point, L’Express ou Marianne. " (Achille #Mbembe)

  • "Dés l’origine, la logique française des races opère toujours par annexion de l’Autre racial et son ravalement dans le triple filet de l’exotisme, de la frivolité et du divertissement. Ainsi, le Noir que l’on admet de voir doit toujours faire, au préalable, l’objet de déguisement soit par le costume, soit par la couleur ou par les décors. Jusqu’à une époque relativement récente, il fallait, dans la peinture ou dans le théâtre par exemple, toujours l’affubler d’un costume oriental, de turbans et plumages, de culottes bouffantes ou de petits habits verts. Paradoxalement, pour qu’il émerge dans l’ordre du visible, sa figure ne doit surtout pas évoquer la violence fondatrice qui, l’ayant au préalable destitué de son humanité pure et simple, le reconstitue précisément en tant que « Noir ».

    Qu’à tous les autres toujours l’on préfère les petites négresses au teint d’ébène, les négrillons et jeunes pages moricauds jouant les compagnons des dames qui les prennent pour des perruches, bichons, et autres levrettes, les nègres rigolards, insouciants et bons danseurs, les bons nègres et leurs bons maîtres, affranchis mais reconnaissants et fidèles, dont le rôle est de faire valoir la magnanimité du Blanc - tout cela ne date pas d’aujourd’hui. L’habitus, progressivement, s’est sédimenté. Dès le XIXe siècle, ce sont de tels nègres que l’on tolère à la cour, dans les salons, dans la peinture, au théâtre. Comme l’indique Sylvie Chalaye, « ils égayent les assemblées mondaines, apportent une touche d’exotisme et de couleur au cœur des fêtes galantes, comme le montrent les peintres de l’époque : Hogarth, Raynolds, Watteau, Lancret, Pater, Fragonard, Carmontelle ». Dans une large mesure, le racisme à la française a donc été volontiers un racisme insouciant, libertin et frivole. Historiquement, il a toujours été profondément associé à une société elle-même insouciante, voire délurée, qui n’a jamais voulu ouvrir les yeux sur « l’horrible fumier qui se cache sous les dorures et la pourpre. » [...]

    Dans l’imaginaire exotique de la France, c’est sans doute le personnage de Joséphine Baker qui cimente, dans la culture populaire, cette forme de racisme désinvolte, insouciant et libertin. Le récit suivant de deux scènes que la troupe de Baker donne lors d’une à Paris dans les années 1920 résume bien cette modalité : « On ne comprend pas leur langue, on ne cherche pas à relier le fil des scènes, mais c’est toutes nos lectures qui défilent devant notre imagination ravie : romans d’aventures, chromos entrevus ou d’énormes paquebots engloutissant des grappes de Nègres chargés de riches ballots, une sirène miaulant dans un port inconnu encombré de sacs et d’hommes de couleur, des histoires de missionnaires et de voyageurs, Stanley, les frères Tharaud, Batouala, les danses sacrées, le Soudan, des demi-nudités illustrées de la farce d’un gibus, des paysages de plantations, toute la mélancolie des chansons de nourrices créoles, toute l’âme nègre avec ses convulsions animales, ses joies enfantines, la tristesse d’un passé de servitude, nous avons eu tout cela en entendant cette chanteuse à la voix de forêt vierge »..."

    [ Achille #Mbembe , Critique de la Raison nègre]

    • « À plusieurs égards, la logique française d’assignation raciale se caractérise par trois traits distinctifs. Le premier - et sans doute le trait capital - est le refus de voir - et donc la pratique de l’occultation et de la dénégation. Le deuxième est la pratique de ravalement et de travestissement, et le troisième la frivolité et l’exotisme. En effet, il existe en France une très longue tradition d’effacement, de relégation de la violence de la race dans le champ de ce ne mérite pas d’être montré, d’être su ou d’être donné à voir. Cette tradition de la dissimulation, du déni et du camouflage dont on peut constater la réactualisation dans les conditions contemporaines date précisément des XVIe-XVIIIe siècles. Elle émerge dans un contexte fondateur, à un moment où la France entreprend de codifier ses rapports avec ses esclaves. »

    • Le refus de voir n’est-il pas justement l’anti-racisme ? J’ai coutume de dire qu’il n’y a qu’une seule race - la race humaine... Et ma position est immanquablement contrée par certains de mes amis qui pensent que des statistiques ethno-phénotypiques amélioreraient leur sort. Peut-on refuser l’assignation raciale des individus sans être taxé de déni ? A l’inverse, ceux qui demandent le comptage des minorités visibles ne sombrent-ils pas dans l’assignation raciale ?

    • J’ai bien peur que tu ne comprennes pas le sens de la « race » et du « racisme ». Et tout particulièrement de la fonction politique de ceux-ci. La « race » est une croyance collective qui agit socialement, on t’y assigne sans te demander ton avis, et pour ce faire, elle n’a même pas besoin d’être nommée, elle peut n’être qu’une « structure de la pensée » qui devient une action pratique, sans passer par la mise en mot.

      Aussi ta stratégie ("individualiste") du déni (celle qui refuse de reconnaître ce qui est et ce qui a une force sociale ) pour des raisons de principe (c’est-à-dire finalement « morales »), volens nolens , est la complice du racisme contemporain... http://seenthis.net/messages/140460

    • Oui, je refuse de comprendre l’insensé. Je crois qu’on peut combattre les discriminations sans soi-même adopter les schémas de pensée de ceux qui discriminent. On me dit naïf à ce sujet. Tout comme ceux qui discriminent imposent leurs catégorisations, j’impose la mienne où ces catégories n’existent pas. Certes, je ne pèse pas lourd face à eux - mais ma conviction est de l’ordre de la foi.

      Ceci dit, je suis conscient que je suis ainsi politiquement inefficace. Mais doit-on abandonner une position morale au nom de l’efficacité sociale ? C’est un dilemme moral - la fin (justice sociale) justifie-t-elle les moyens (action collective au nom d’une catégorie inique) ?

    • Il me semble qu’une catégorie acceptable et utile dans la lutte comme dans l’analyse, c’est celle des personnes racisées, c’est-à-dire objets d’une racisation.

      La couleur de peau, le pays d’origine, le lieu de résidence, le nom & prénom, mais aussi la conformité d’un visage ou d’un corps à tel ou tel « canon », permettent d’évaluer la stigmatisation subie ou l’avantage acquis par une personne dans un contexte social donné et tout au long de sa vie.

      J’enfonce des portes ouvertes.

  • Logique de l’enclos

    http://vimeo.com/80196474

    "Historiquement, la race a toujours été une forme plus ou moins codée de découpage et d’organisation des multiplicités, de leur fixation et de leur distribution le long d’une hiérarchie et de leur répartition au sein d’espaces plus ou moins étanches - là logique de l’enclos. Tel était le cas sous les régimes de la ségrégation. À l’âge de la sécurité, peu importe qu’elle soit volontiers déclinée sous le signe de « la religion » ou de « la culture ». La race est ce qui permet d’identifier et de définir des groupes de populations en tant qu’elles seraient, chacune, porteuses de risques différentiels et plus ou moins aléatoires." (Achille #Mbembe)

    http://bougnoulosophe.blogspot.be/2013/11/la-logique-de-lenclos.html

    #Enclos
    #Race
    #Racisme

    • Et ça ne fonctionne pas seulement dans le sens de l’oppresseur vers l’opprimé : hier Gare de l’Est avec mes cinq filles diversement chocolatées, je croise une Africaine qui nous lance « arrêtez de faire des bâtards » avant de se lancer dans un monologue sur la pureté raciale... Bon - je ne suis pas certain qu’elle était super équilibrée, mais c’est un exemple qui me semble montrer que la racialisation comme remède à la sensation de perte de repères sociaux n’existe pas seulement chez le « petit blanc ».

    • J’ai vu dans la rue à Courbevoie un garçon noir d’environ 11 ans qui insultait son père, noir lui aussi, à cause de la couleur de sa peau. C’était très violent, le père ne disait rien.

    • "Et ça ne fonctionne pas seulement dans le sens de l’oppresseur vers l’opprimé...", qui a jamais dit ça ? "Ce processus [de racialisation] constitue de nouveaux «  sujets historiques  » des discours idéologiques – c’est-à-dire crée de nouvelles structures d’interpellation. Ce processus produit les «  sujets racistes  » naturalisés, en tant qu’ils sont les «  auteurs  » d’une forme spontanée de perception raciale. Il ne s’agit donc pas d’une fonction externe du racisme   : il n’agit pas que sur ses victimes, ceux qu’il est censé désarticuler, c’est-à-dire réduire au silence. Ceci est également important pour les sujets dominés – les «  races  » ou groupes ethniques subordonnés qui vivent leurs relations à leurs conditions réelles d’existence ainsi qu’à la domination des classes dominantes dans et à travers les représentations imaginaires de l’interpellation raciste, et qui en viennent à s’expérimenter eux-mêmes comme les inférieurs, comme les autres. " (#Stuart_Hall)

    • A ce sujet, j’ai du mal à comprendre les impacts des démarches d’affirmation identitaire : constituent-t-elles une reconquête ou une marginalisation ? J’ai l’impression que ça peut être lu dans les deux sens... Tu as des sources qui traitent de cette question ?

    • C’est une thématique assez classique, qui a souvent été utilisée (en France) pour discréditer les « minorités » en lutte... En réalité cette « affirmation identitaire » est dialectique et contradictoire, elle peut permettre d’installer une « suprématie » de l’ordre dominant comme elle peut permettre une résistance à celui-ci. Tout dépend d’où elle provient (assignation ou choix) et qu’elle en est la finalité (émancipation ou asservissement).

      Deux concepts sont utiles pour la comprendre : celui de « renversement du stigmate » d’Erving Goffman (un exemple : http://bougnoulosophe.blogspot.be/2013/11/linvention-de-lappellation-beur.html#links) et celui « d’essentialisme stratégique » de Gayatri Spivak (http://seenthis.net/messages/25116).