• Le #Capitalisme_vert tel qu’il se pratique, au loin …
    https://ecologiesocialeetcommunalisme.org/2025/12/01/le-capitalisme-vert-tel-quil-se-pratique-au-loin

    La #Voiture_électrique qui nous est présentée en France comme un progrès écologique incontournable dépend entièrement pour la fabrication de ses batteries de l’extraction massive de minerais avec des effets particulièrement destructeurs là où elle a lieu. Ce qui caractérise ces destructions massives des milieux naturels, c’est qu’elles se passent au loin, dans une logique […] L’article Le capitalisme vert tel qu’il se pratique, au loin … est apparu en premier sur Atelier d’Écologie Sociale et Communalisme.

    #Regards_sur_notre_monde #Extractivisme #Greenwashing #Mégamachine

  • Carnet de citations : Société N°45
    https://ecologiesocialeetcommunalisme.org/2025/11/12/carnet-de-citations-societe-n45

    Le #Numérique – on l’a vu dans l’analogie posée avec le capitalisme – est par nature totalitaire. Il aspire – comme le Capital – à s’étendre à l’infini et à embrasser la totalité du réel. Comme c’est chose impossible en étant restreint au domaine du calculable, le mode opératoire du numérique pour accroître sans limite […] L’article Carnet de citations : Société N°45 est apparu en premier sur Atelier d’Écologie Sociale et Communalisme.

    #Regards_sur_notre_monde #Critique_du_capitalisme_et_de_l'Etat #Mégamachine #Travail

  • Canal Seine-Nord Europe : « C’est notre tombe qu’on est en train de creuser »
    https://www.terrestres.org/2025/10/28/canal-seine-nord-europe

    #Canal Seine-Nord Europe : « C’est notre tombe qu’on est en train de creuser »

    Prévu pour des #péniches #XXL, le #canal_Seine-Nord Europe doit connecter Paris aux Pays-Bas via la Belgique. Une bonne idée de transport décarboné ? Pas du tout : ce #mégaprojet menace de détruire de vastes lieux de vie et de porter un coup fatal à la batellerie, profession déjà en tension. Mais l’opposition se fédère et les #Soulèvements s’en emparent. #Enquête.

    Elliot Deforge Mathis Leroy
    28 octobre 2025

  • Quentin Leicht, Méga-constellations, méga-pollutions, 2024

    Quentin Leicht, qui anime la chaîne Youtube intitulée Le Journal de l’Espace, nous parle des « #méga-constellations, une bombe à retardement ».

    La raison pour laquelle on envoie de plus en plus de fusées en orbite basse (entre 100 et 2000 km d’altitude) depuis moins d’une décennie, c’est pour assurer une couverture Internet mondiale. Vous avez peut-être déjà entendu parler de la méga-constellations Starlink de SpaceX, mais il y a aussi d’autres projets comme Kuiper de l’américain Amazon, OneWeb du français Eutelsat, les chinoises Guowang et Qianfan ou l’européenne IRIS². C’est une accélération délirante de l’activité spatiale qui a déjà des conséquences délétères sur la couche d’ozone et la haute atmosphère.

    Petite précision :

    Et donc, plutôt qu’une prétentieuse « conquête », il me semble plus juste de parler d’ « escapade spatiale ». Selon le dictionnaire Le Robert, une escapade est « le fait d’échapper aux obligations, aux habitudes de la vie quotidienne (fuite, absence physique ou écart de conduite) ». Selon le dictionnaire en ligne du Centre National de Ressources Textuelles et Lexicales, une escapade consiste en l’« action de s’échapper d’une dépendance, de se dispenser d’une obligation, de se dérober à son devoir soit par un départ, soit par une rupture du train normal de la vie, en vue d’un plaisir, de la satisfaction d’un caprice ».

    Escapade spatiale me parait donc une expression beaucoup plus appropriée afin de désigner cette fuite en avant dans l’espace qui a en réalité pour but de se soustraire aux responsabilités terrestres, à savoir préserver les conditions de la vie sur terre.

    https://sniadecky.wordpress.com/2025/10/06/rmu-megaconstellations

    Avec le PDF qui va bien :
    https://archive.org/download/rmu-098-escapade-megaconstellations/RMU_098_Escapade-Megaconstellations.pdf

    #Racine_de_Moins_Un #Conquête_Spatiale #Internet #nuisances

  • La fin de la #Mégamachine
    https://ecologiesocialeetcommunalisme.org/2025/09/05/la-fin-de-la-megamachine

    de #Fabian_Scheidler Voici un livre tout à fait recommandable à tous ceux qui veulent comprendre dans quel monde nous vivons et comment nous en sommes arrivé là ; pourquoi, malgré l’évidence de l’impasse tout autant sociale qu’écologique, tout continue en s’aggravant sans cesse pour notre plus grande affliction. L’ouvrage, malgré l’ampleur du problème, demeure […] L’article La fin de la mégamachine est apparu en premier sur Atelier d’Écologie Sociale et Communalisme.

    #Recensions_d'ouvrages_divers #Capitalisme #Critique_du_capitalisme_et_de_l'Etat #Démocratie #Etat

  • Les #mégabassines du #Poitou sont au #point_mort, révèle un document interne

    Dans une lettre envoyée à des agriculteurs du Poitou, que Reporterre s’est procurée, le maître d’œuvre du projet de mégabassines égraine de nombreux #blocages semblant menacer la #viabilité même du projet.

    C’est un mail un peu spécial qu’ont reçu, le 25 août, les agriculteurs de la région où sont en construction les mégabassines des #Deux-Sèvres, de la #Vienne et de #Charente-Maritime. Illustrée de l’horizon bleu-vert de ces réserves massives d’#eau destinées à l’#irrigation, la « Lettre d’information de la Coopérative de l’eau 79 » (#Coop_de_l’eau_79, maître d’œuvre du projet) décrit un projet au point mort : la plus grande mégabassine construite est #inutilisable, les chantiers sont à l’#arrêt faute d’argent, des négociations politiques traînent...

    Autant de #difficultés qui apparaissent entre les lignes et jettent le doute sur la viabilité de ce projet au centre du débat sur la gestion de l’#eau_agricole. Ce document, que Reporterre s’est procuré et reproduit ci-dessous, interroge sur la survie des mégabassines du Poitou.

    #Sainte-Soline à sec et pour longtemps

    Le premier enseignement de ce document concerne la mégabassine de Sainte-Soline, la plus grande réserve du projet construite à ce jour et point de fixation de la contestation depuis la manifestation de mars 2023. Cette mégabassine, avec trois autres non sorties de terre, s’est vue retirer son autorisation environnementale après un arrêt de la cour d’appel administrative de Bordeaux. Dans sa lettre, la Coop de l’eau prévoit de déposer en 2026, sans préciser la date, la demande de #dérogation d’#espèce_protégée demandée par les juges. Au premier regard, une simple démarche administrative.

    Si la #loi_Duplomb — réautorisant notamment des pesticides interdits — simplifie un peu l’affaire en définissant ces réserves d’eau d’« #intérêt_public_majeur », l’arrêt de la cour d’appel administrative exige de remplir deux autres conditions qui portent sur une #espèce_menacée, l’#outarde_canepetière, en produisant études et propositions pour réduire et compenser les dégâts des travaux.

    D’après Marie Bomare, juriste pour Nature Environnement 17, il faudra plus qu’un formulaire administratif du type Cerfa pour répondre à cette exigence : « L’#outarde étant dans une situation critique, il apparaît difficile de la maintenir dans un état de conservation favorable comme le demande la loi alors que les bassines s’implantent en plein dans leur habitat. »

    « Un symbole fort »

    Or, pas de dérogation, pas de remplissage. Et, suivant le principe de « substitution » d’une mégabassine, le #remplissage ne peut avoir lieu qu’en « haute eau », c’est-à-dire quand il est possible de pomper dans les nappes phréatiques remplies par les précipitations d’automne et d’hiver. Faute de dérogation avant le printemps, la bassine pourrait rester à sec durant la saison d’arrosage. Un gros manque à gagner pour les onze agriculteurs raccordés qui comptent sur cette eau, notamment pour leurs #céréales. Mais aussi un énorme trou dans la caisse de la Coop de l’eau 79, qui facture cette eau « sécurisée » au prix fort.

    Des chantiers à l’arrêt

    Second point de blocage : voilà plus d’un an que devaient débuter les travaux d’une nouvelle bassine à #Saint-Sauvant (Vienne). Or, rien n’a été fait. « Des prochains chantiers de construction sont à l’étude, l’engagement du département est un enjeu majeur pour la suite du programme », explique poliment la Coop de l’eau 79 dans son communiqué.

    Sous cette formule évasive se cachent deux problèmes liés au #financement du projet. Comme l’expliquait récemment Reporterre, l’explosion des #coûts (notamment de sécurisation et d’électricité) a privé la Coop de l’eau de l’argent nécessaire à de nouveaux chantiers.

    Parmi les pistes de financement, les dirigeants négocient depuis plusieurs mois avec la présidente du conseil départemental des Deux-Sèvres, Coralie Dénoues, qui confirmait dans un article du Parisien « [bien travailler] avec la Coop de l’eau 79 pour assurer la continuité du projet et pour le soutenir ».

    Par « soutien », la Coop de l’eau 79 espère ici récupérer des financements publics pour couvrir les frais des travaux. En pratique, les promesses de la présidente semblent difficiles à tenir : « Ce projet n’apparaît pas dans le plan pluriannuel d’investissement du conseil départemental et notre budget ne permettrait pas de financer une structure déficitaire sans couper ailleurs, analyse un élu d’opposition sous couvert d’anonymat. De plus, cela ne relève pas de nos compétences : il faudrait le soutien de la région ou de l’État pour s’engager. »

    Contacté par Reporterre, le conseil départemental des Deux-Sèvres n’a pas donné suite.

    Des irrigants abandonnés en rase campagne

    Avec 4 mégabassines construites sur les 6 attendues avant 2025 et les 16 prévues au total, beaucoup d’irrigants autrefois favorables à ces infrastructures s’impatientent d’avoir un jour « leur bassine », pour laquelle ils paient l’eau bien plus cher qu’ailleurs, comme l’expliquait Reporterre.

    Dans le nord des Deux-Sèvres, sur le bassin du #fleuve_Thouet, certains agriculteurs n’ont même pas vu le moindre projet d’ouvrage. Dans des termes choisis, la Coop clarifie la situation dans son communiqué : un plan d’action est à l’étude, et « peut prendre plusieurs formes dont la clôture temporaire de la section du #Thouet ». Pour le sud des Deux-Sèvres, sur la rivière #Boutonne, la situation bloquée depuis un an est suspendue aux résultats de « travaux ». Laissant d’autres agriculteurs dans l’attente de savoir si oui, ou non, ils auront leur bassine.

    Mauvais signal pour les autres projets

    « En 2025, l’activité de la Coopérative de l’eau 79 est largement orientée vers la communication », conclut la Coop comme un aveu, avant d’encourager les agriculteurs à « [montrer leurs] pratiques, [leurs] avancées technologiques ou en matière d’assolement ». Comme une injonction à envoyer les signaux nécessaires pour recevoir le soutien attendu des pouvoirs publics. Malgré cette priorité donnée à la communication, la Coop de l’eau 79 n’a pas donné suite à nos sollicitations.

    « Le bulletin le dit avec beaucoup de langue de bois, mais le constat est là : le bateau prend l’eau de toute part », affirme à Reporterre Julien Le Guet, porte-parole de Bassines non merci. Sans aller jusqu’à crier victoire, il perçoit l’accumulation de signes de fragilité comme des révélateurs : « Le statu quo sur Sainte-Soline, c’est un symbole fort. L’arrêt des chantiers offre une année de répit aux outardes. Une victoire écologiste, cela peut parfois être juste de freiner un projet. »

    Au moment où la loi Duplomb semblait ouvrir grand la porte à la généralisation du modèle, les difficultés rencontrées par ce projet phare pourraient bien rafraîchir les irrigants qui rêvent de leurs propres réserves.

    https://reporterre.net/Les-megabassines-du-Poitou-sont-au-point-mort-revele-un-document-interne
    #agriculture

    • #Mégabassines : la #France recadrée par un rapporteur de l’#ONU

      Un #rapporteur_spécial de l’ONU pointe du doigt des mesures discriminatoires prises contre une petite association, l’#Apieee. À cause de son engagement #antibassines, celle-ci aurait subi des #représailles de deux préfectures.

      Un rapporteur de l’ONU qui prend la plume pour défendre une petite association du Poitou, voilà un soutien que les adeptes de l’agro-industrie n’ont sûrement pas vu venir. L’Association de protection d’information et d’étude de l’eau et de son environnement (Apieee) pourrait ainsi être reconnue #victime de #discriminations en infraction avec le #droit_international. Et ce, grâce à une lettre (à lire en ligne ici) rédigée par Michel Forst, rapporteur spécial de l’ONU, envoyée aux autorités françaises.

      Depuis 1990, la petite association fondée à l’ombre de la forêt de Chizé, à une demi-heure de route à l’ouest de Sainte-Soline, s’emploie à protéger rivières, étangs et nappes des Deux-Sèvres contre les excès de l’agriculture. Rien d’étonnant, donc, à ce qu’elle se soit engagée contre la construction de dix-neuf réserves de substitution – les fameuses mégabassines – dès l’enquête publique, en février-mars 2017.

      Cela lui a valu bien des inimitiés. Celle de deux préfectures notamment, qui ont sabré ses subventions et l’ont exclue de certaines instances de gouvernance locale. Une réaction qui a suscité les inquiétudes du rapporteur.

      Coupe de subvention et exclusion

      Dans sa lettre, Michel Forst fournit un détail exhaustif des faits et conclut, à l’adresse des pouvoirs publics : « Je vous demande instamment de prendre toutes les mesures nécessaires pour mettre un terme à la persécution, à la pénalisation et aux mesures vexatoires. »

      De quelle « persécution » s’agit-il ? Déjà, de la mise à l’écart de l’Apieee de moult organes de gestion des ressources en eau. Un exemple qui constitue le premier motif d’alarme du rapporteur : son exclusion du comité scientifique et technique du bassin #Sèvre_Niortaise-Mignon à la suite du refus de l’association de signer un protocole d’accord à la construction de mégabassines piloté par la #préfecture des Deux-Sèvres. On peut citer aussi son exclusion de la commission locale de l’eau de la #Boutonne, qu’elle a appris fin 2024 dans un arrêté du préfet de Charente-Maritime.

      Deuxième représaille : la perte de 8 000 euros de #subventions et donc l’obligation de mettre fin au contrat d’un animateur nature, en 2023. Le motif ? L’association aurait incité à la participation à une manifestation antibassines. Au lendemain de la grosse manifestation de Sainte-Soline de 2022, des gendarmes ont découvert dans un camion à proximité du site un devis perdu entre deux tables pliantes et un matelas : 6 tentes d’appoint, 4 blocs de 3 toilettes sèches… Pour un montant de 400 euros, ce devis est adressé à l’Apieee « pour la manifestation Bassines non merci ».

      « La France est tenue de protéger le droit de manifester »

      Un mois plus tard, le délégué régional académique de Nouvelle-Aquitaine stoppait la subvention perçue par l’Apieee pour ses actions de sensibilisation à l’environnement dans les écoles du fait de « la participation de l’association à l’organisation de la mobilisation contre les retenues de substitutions les 29 et 30 octobre 2022 ». « Nous avions refusé de participer à l’organisation précisément pour éviter ça, on n’a jamais vu ce devis ! s’indigne Joëlle Lallemand, porte-parole de l’Apieee jointe par Reporterre. J’ai transmis nos relevés de compte pour montrer que nous n’avions rien dépensé, on m’a répondu que j’avais pu payer en liquide... »

      Michel Forst, le rapporteur, considère de toute manière que « [m]ême si elle avait été impliquée » dans la manifestation de Sainte-Soline, « la France est tenue de respecter et de protéger le droit de manifester pacifiquement pour l’environnement ».

      En plus de la perte de la subvention, l’association a été exclue par la préfète des Deux-Sèvres des instances de gestion de l’eau de la région — comité ressource, commission locale de l’eau, etc. Un motif suffisant pour lancer une procédure auprès du tribunal administratif de Poitiers. Laquelle est toujours en cours.
      « Protéger les associations de terrain est crucial »

      Signée par la France en 2002, la Convention d’Aarhus (convention régionale des Nations unies sur l’accès à l’information, la participation du public au processus décisionnel et l’accès à la justice en matière d’environnement) oblige les États qui s’y rallient à s’assurer que les militants « ne soient en aucune façon pénalisés, persécutés ou soumis à des mesures vexatoires en raison de leur action ». Elle a institué en octobre 2021 un rapporteur spécial sur les défenseurs de l’environnement, fonction occupée par Michel Forst depuis juin 2022.

      Certes, le courrier rédigé par Michel Forst n’a aucune valeur contraignante. Mais, « les traités internationaux sont supérieurs aux lois : une telle lettre produite dans le cadre d’une procédure peut avoir un impact sur un juge administratif, s’enthousiasme Pia Savart, juriste pour France Nature Environnement, dont fait partie l’Apieee. Protéger les associations de terrain est crucial car ce sont elles qui font le travail de fond : s’en prendre à elles, c’est entraver la protection de l’environnement. »

      Depuis que la lettre a été transmise au ministère des Affaires étrangères, dès avril, rien n’a pour l’instant bougé. Contactées par Reporterre, les deux préfectures mises en cause n’ont pas donné suite.

      https://reporterre.net/Megabassines-la-France-recadree-par-un-rapporteur-de-l-ONU

  • Les #mégafeux au #Portugal, condensé de l’#incurie de l’État et de l’#héritage de la #dictature

    Dans le centre du pays, un incendie monstre s’étend depuis une semaine, alimenté par des forêts plantées dans la continuité du projet du régime salazariste d’industrialiser la région. Les habitants se disent abandonnés par le gouvernement.

    « Quelle horreur, quelle catastrophe ! », répète en boucle Maria da Costa, la soixantaine, en jean et baskets. Les bras croisés, elle remonte, désorientée, un sentier qui menait encore l’avant-veille à une vaste pinède.

    En lieu et place, mercredi 20 août au matin, un désert noir s’étend à perte de vue. Par endroits, la terre crachote une fumée âcre, et les rares arbres debout se dressent tels de lugubres squelettes. « C’était le paradis ici au printemps, avec les genêts blancs et jaunes, des forêts de pins et les oliviers. Tout ça a disparu en quelques heures, je n’arrive pas à m’en remettre… », se désole-t-elle.

    Coutada est un village de 400 habitant·es de l’agglomération de #Covilhã, une ville accrochée aux flancs de la #Serra_da_Estrela, le plus grand parc naturel du Portugal, qui culmine à 2 000 mètres d’altitude. Et en ce début de semaine, ses administré·es ont affronté seul·es le mégafeu venu lécher leurs maisons.

    Depuis le 13 août, un incendie parti de Piódão, un village touristique de la région, ne cesse de s’étendre sur de multiples fronts et saute avec le vent d’une vallée à l’autre, prenant de court les villageois·es des environs et les forces de lutte antifeu. Avec une superficie brûlée déjà estimée à 60 000 hectares (six fois la surface de Paris), ce mégafeu incontrôlable est « très probablement » le plus important jamais enregistré au Portugal. Jeudi 21 août, plus de 1 670 pompiers appuyés par 500 véhicules et 26 aéronefs tentent de le circonscrire.

    « Cela fait cinquante ans que je vis à Coutada, je n’ai jamais vu cela, témoigne Arminda Ferreira, 58 ans. Les flammes sont arrivées sur nous à une vitesse folle : en quelques minutes, le village était encerclé par le feu. » Pire, durant une dizaine d’heures, en plein incendie, l’eau courante ne coulait plus dans cette petite commune. « Tout le monde a eu très peur. On a dû combattre nous-mêmes le feu, sans eau, en creusant des tranchées ou en battant les flammes avec des branchages. Je n’ai pas vu un seul pompier, on est abandonnés », poursuit-elle.

    Dans le centre du Portugal, une des régions les plus pauvres du pays, l’été caniculaire, avec des températures atteignant 40 °C, a asséché les pinèdes et les eucalyptus, ainsi qu’une importante masse de végétation qui s’est développée après un printemps pluvieux. « L’État comme les propriétaires fonciers ne débroussaillent pas leurs terrains ou leurs forêts. À cette situation s’ajoutent le dépeuplement des zones rurales du centre du pays et la déprise agricole. Cela conduit à ce qu’une simple étincelle suffise pour allumer un brasier », indique à Mediapart André Morais, technicien supérieur en protection civile et expert national des incendies.

    « Les terres et les forêts sont à l’abandon ici car les jeunes partent chercher du travail à Lisbonne ou à l’étranger », confirme Maria da Costa. Et sa sœur, Maria-Josée, de fulminer : « Le centre du Portugal est délaissé. Le gouvernement se fiche de nous ! »

    Un couple d’octogénaires, masque bricolé sur le nez pour filtrer l’air saturé de cendres, remonte à grands pas le serpent de bitume qui traverse Coutada. « On vient de voir que notre oliveraie en bas a brûlé, on va regarder plus haut si nos autres arbres ont survécu », ragent-ils de concert. Quand soudain deux camions de pompiers déboulent à toute berzingue. À deux cents mètres à peine, les flammes reprennent vigueur.

    À cinq kilomètres de là, Dominguizo, à peine 1 000 habitant·es, se prépare à contrer les assauts d’une mer de flammes. Le ciel jauni par des fumées épaisses n’augure rien de bon. Venue de la région de l’Alentejo, au sud du pays, Sara Faia guette l’arrivée du feu adossée au moteur allumé d’un vieux camion-citerne. Elle fait partie des 40 000 pompiers volontaires – contre à peine 2 000 professionnel·les – qui composent les effectifs de combat contre le feu du Portugal. Un éleveur à la retraite vient la saluer avec déférence, puis lui lance : « Les pompiers sont perçus comme des héros par les Portugais, mais pour moi vous êtes désormais des kamikazes. »

    Au talkie-walkie, le commandant de Sara Faia braille d’une voix solennelle : « Je demande à tout le monde de se préparer, ça va être dur, mais gardez l’espoir. » Cigarette aux lèvres, la jeune sapeuse-pompière lève les yeux au ciel, blasée : « On est là depuis avant-hier, on est déjà à bout. »

    Lundi, le village voisin de Peso enterrait Daniel Bernardo Agrelo, pompier volontaire de la caserne de Covilhã. Ce père de famille de 44 ans a perdu la vie dimanche sur le trajet le menant au mégafeu, soulevant une vive émotion. Le lendemain, la ville de Guarda, dans la même région, organisait les funérailles d’un ancien maire rural, Carlos Dâmaso, mort en combattant l’incendie.

    Le premier ministre, Luís Montenegro (centre-droit), s’est rendu à la cérémonie d’hommage au pompier disparu. Une femme de Peso l’a alors apostrophé : « Vous n’avez rien à faire ici, vous n’êtes pas le bienvenu ! »

    C’est que la polémique enfle. Après avoir pris des vacances alors que le pays brûle depuis début août, Luís Montenegro n’a daigné s’exprimer sur les mégafeux que le 14 août, lors de la traditionnelle rentrée politique de son parti, et à la suite d’un discours où il s’est surtout réjoui du retour de compétitions de Formule 1 au Portugal d’ici 2027. La semaine dernière, lors d’une conférence de presse, la ministre de l’intérieur, Maria Lúcia Amaral, a pour sa part refusé de répondre aux journalistes sur le sujet des incendies et estimé que « personne n’est à l’abri d’un manque de coordination ».
    Forêts expropriatrices

    Le gouvernement a activé le mécanisme de protection civile de l’Union européenne, qui permet la coopération entre pays en matière de lutte anti-incendie, mais attend toujours l’arrivée de canadairs.

    Depuis le début de l’année, les incendies ont déjà ravagé plus de 220 000 hectares, hissant le Portugal au rang d’État européen dont le plus grand pourcentage de territoire a été dévoré par les flammes.

    « La protection civile est dirigée à l’échelle nationale, loin des réalités territoriales, et commande les pompiers volontaires, qui sont ceux qui connaissent le terrain. On a besoin de coordination à l’échelon municipal, pas d’une chaîne de commandement pyramidale », s’emporte l’expert André Morais.

    Ce dernier précise que l’État n’a pas de stratégie de planification forestière. « Les gouvernements ne font qu’empiler les rapports des commissions créées depuis les mégafeux de 2017, sans que ça change. Il y une vraie immaturité politique par rapport à la situation catastrophique », assure-t-il.

    La monoculture de l’eucalyptus est souvent incriminée. Couvrant 10 % du pays, le plus fort pourcentage au monde, l’arbre australien est tout particulièrement inflammable. Il est planté par les petits propriétaires terriens, pour compléter leurs maigres revenus, qui le revendent comme matière première à l’industrie papetière. Le Portugal est en effet le troisième producteur européen de pâte à papier, un secteur tiré par le géant industriel lusitanien The Navigator Company, qui réalise à lui seul près de 3 % des exportations nationales.

    Mais dans la région de Covilhã, et plus généralement du centre du Portugal, les forêts qui brûlent actuellement sont surtout des pinèdes, dont la monoculture a été dopée par la dictature salazariste (1933-1974). À partir de 1938, le régime autoritaire a en effet exproprié de leurs terres communautaires (baldios) des milliers de paysan·nes des montagnes, afin d’industrialiser ce territoire en y plantant du pin sur des centaines de milliers d’hectares.

    Dans le même geste, la dictature fasciste avait pour objectif de faire entrer dans la modernité cette région aux villages encore rétifs au salariat et à l’ordre social réactionnaire de Salazar.

    « Le mégafeu en cours est lié à l’histoire politique du boisement du Portugal. La dictature salazariste a voulu mettre fin aux feux d’entretien agricole, une pratique qu’elle percevait comme archaïque et menaçant les intérêts de son industrie forestière. Le régime a eu alors pour projet politique, avec la monoculture du pin, de supprimer la propriété collective des terres en boisant les baldios et de civiliser des montagnards qu’il considérait comme arriérés », détaille à Mediapart Miguel Carmo, chercheur à l’Institut d’histoire contemporaine de l’université nouvelle de Lisbonne.

    Les premiers grands incendies dans la région ont lieu dès les années 1940-1950, après des révoltes paysannes contre l’expropriation des terres communautaires au profit de l’industrie sylvicole. « Puis l’interdiction de tout feu d’entretien en montagne, l’émigration rurale massive pour fuir la misère et les guerres coloniales menées par la dictature de 1961 à 1974, et enfin l’arrivée de l’eucalyptus ont fini par transformer dès la fin des années 1970 la région en un paysage hautement inflammable, avec une continuité de végétation combustible », conclut l’historien.

    Et André Morais de résumer : « Le mégafeu qui engloutit les alentours de Covilhã est la continuité historique des forêts plantées par la dictature. Sachant que désormais, il faut aussi ajouter les dérèglements climatiques qui augmentent la fréquence et l’intensité des incendies. »

    À Dominguizo, en cette fin d’après-midi du 20 août, le ciel jauni a soudain viré au violet. Une pluie de cendres s’abat sur les visages inquiets des villageois·es. Attisé par le vent, le mégafeu s’est engouffré par deux fronts distincts dans les pinèdes de la commune, libérant un panache impressionnant de fumée noire. Le temps d’un claquement de doigts, des arbres s’enflamment en torches vivaces.

    « Lors de l’Assomption, le 15 août, on a tous prié la Vierge Marie pour qu’il pleuve et que le feu s’éteigne », confie Beatriz Gonçalves, travailleuse agricole de 37 ans. Dans la précipitation, elle arrose les murs et le toit de sa maison : « J’enchaîne depuis trois jours les nuits blanches pour surveiller si le feu ne vient pas », affirme-t-elle.

    Soudain, le cri déchirant d’une femme interrompt le ballet nerveux des pompiers. Avec les pinèdes qui craquent sous le mégafeu et dispersent au gré du vent l’incendie, le chemin qui la sépare de sa maison, où se trouve sa famille, a été barré en une poignée de secondes par un mur de flammes apparu subitement. Tout le village accourt avec des branches de genêt ou des seaux d’eau pour étouffer le feu. Puis deux pompiers volontaires déroulent avec maladresse leurs tuyaux pour éteindre de justesse le départ d’incendie qui gonflait à grande vitesse.

    La peur passée, un silence mêlé de colère s’est installé ce matin à Dominguizo. Dans la nuit du 20 au 21 août, le mégafeu a poursuivi sa route, implacable, pour pénétrer au cœur même du parc naturel de la Serra da Estrela, « château d’eau » du Portugal connu pour ses hauts plateaux enneigés. Le parc, en ce mois d’août, avait pourtant vanté sur Instagram un « refuge climatique ».

    Dans le village, chacun·e constate les dégâts, s’inquiète de la disparition d’un chien ou guette la couleur du ciel. Le risque incendie court encore à son niveau maximal jusqu’au 29 août au moins. Affairée avec un tuyau d’arrosage, Beatriz Gonçalves n’en démord pas : « Le pays part en fumée et notre dignité avec. »

    https://www.mediapart.fr/journal/ecologie/220825/les-megafeux-au-portugal-condense-de-l-incurie-de-l-etat-et-de-l-heritage-

    voir aussi :
    #José_Vieira : « La #mémoire des résistances face à l’accaparement des terres a été peu transmise »
    https://seenthis.net/messages/1029862

    • #De_l'eau_le_feu

      « Le drain qui vide les terres de l’eau de la tourbière
      Avons bouché
      Le grand trou de poussière de plastique recouvert
      Avons débâché
      Avons, avons pris la colère
      L’avons transformée en rivière

      De l’eau, de l’eau de l’eau jaillit le feu
      De nos, de nos élans grandit l’espoir
      De l’eau, de l’eau de l’eau jaillit le feu
      De nos, de nos élans grandit l’espoir

      Les tuyaux de ferraille et les pompes canailles
      Avons démonté
      Dans la fumée des gaz et sous le tir des armes
      Avons crié
      Avons, avons pris la colère
      L’avons transformé en rivière

      De l’eau, de l’eau de l’eau jaillit le feu
      De nos, de nos élans grandit l’espoir
      De l’eau, de l’eau de l’eau jaillit le feu
      De nos, de nos élans grandit l’espoir

      Le coulage de béton dans le lit des rivières
      Avons dénoncé
      Mais quand l’eau en colère a repris toutes ses terres
      Avons pleuré
      Avons, avons pris la colère
      L’avons transformé en rivière

      De l’eau, de l’eau de l’eau jaillit le feu
      De nos, de nos élans grandit l’espoir
      De l’eau, de l’eau de l’eau jaillit le feu
      De nos, de nos élans grandit l’espoir »

      #méga-bassines #eau #Sainte_Soline #chanson #musique #feu #colère #résistance
      #musique_et_politique

  • Au Canada, un incendie déclenché… par un poisson tombé du ciel, lâché par un rapace
    https://www.sudouest.fr/faits-divers/au-canada-un-incendie-declenche-par-un-poisson-tombe-du-ciel-lache-par-un-r

    L’histoire à peine croyable, révélée par des pompiers de Colombie Britannique, fait les délices de la presse canadienne : un poisson tombé du ciel, lâché par un rapace et qui a touché une ligne électrique, a provoqué la semaine dernière un feu de broussailles et une brève panne d’électricité dans l’ouest du Canada.

    L’incident s’est produit jeudi dernier près de la municipalité d’Ashcroft quand les soldats du feu sont appelés pour un incendie en pleine nature. « Une enquête rapide a permis de déterminer la cause de cet incendie : un poisson. Oui, vous lisez bien : un poisson à qui il est arrivé quelque chose d’incroyable ! », s’amuse sur sa page Facebook le service des pompiers d’Ashcroft.
    Un poisson grillé

    D’après eux, un balbuzard pêcheur, une espèce de rapace, se serait emparé de sa proie dans une rivière à 3 km avant de la laisser tomber en plein vol sur une ligne électrique. Le contact du poisson avec les fils électriques aurait alors provoqué une étincelle et de petites braises qui auraient elles-mêmes enflammé les broussailles et herbes sèches au sol.

    Leurs photos montrent effectivement le poisson mort à terre, la carcasse brûlée.

    Autre piste, spéculent les pompiers non sans humour : le rapace « en avait assez du poisson cru et voulait essayer le poisson grillé ». Le balbuzard pêcheur s’en est sorti indemne et a poursuivi son vol, plaisantent encore les pompiers.

    Ils se félicitent plus sérieusement que l’absence de vent la semaine dernière ait permis de maîtriser rapidement cet incendie complètement insolite dans l’Ouest canadien, régulièrement la proie, l’été, d’importants feux de forêt.

  • #Résistance par les ondes : le retour des #radios_pirates

    Nées dans les années 1970, les radios pirates ont porté les cris des usines, des immigrés et des luttes écologistes et féministes. Aujourd’hui, la #résistance_sonore ressurgit sous une forme nouvelle, des radios éphémères de #lutte aux studios de podcasts indépendants.

    10 avril 2022, 20 heures. Les résultats du premier tour de l’élection présidentielle sont attendus avec impatience. Dans les XIXe et XXe arrondissements parisiens, des centaines de foyers sont branchés sur France Inter pour suivre les annonces en direct. Mais, contre toute attente, le son diffusé ne provient pas de la Maison ronde1. «  Pendant presque deux heures, un émetteur de l’Est parisien a piraté la bande FM pour diffuser une fiction antisystème à base d’archives sonores. J’ai vécu ma première expérience d’auditeur de radio pirate  », se souvient avec émotion Antoine Chao, réalisateur, de 2001 à 2007, de l’émission «  Là-bas si j’y suis  », diffusée sur France Inter.

    Pour ce passionné de la radio, cofondateur de #Radio_Debout – la radio éphémère du mouvement social Nuit debout en 2016 –, cet épisode signe le retour de la «  résistance des ondes  » dans le paysage militant français.

    Près d’un an plus tard, à l’occasion de la mobilisation contre les mégabassines à Sainte-Soline en mars 2023, le lancement de #Mega_Radio lui donnera raison. Radio éphémère de lutte créée par les Soulèvements de la Terre, elle prévoit à ses débuts d’émettre illégalement sur la bande #FM pour couvrir la manifestation, initiative rapidement démantelée par la police2. «  Alors on s’est installés dans le grenier du centre socio-culturel de Melle avec toute la base arrière de Sainte-Soline pour créer une webradio3. Les radios associatives locales nous ont prêté tables de mixage et micros  », raconte Agrippine4, membre d’un comité local des Soulèvements de la Terre, qui avait pour mission de rapporter des informations du terrain.

    «  C’était plutôt facile  : j’enregistrais des “vocaux” sur mon téléphone que j’envoyais sur Signal à l’équipe sur place. Au début, je capturais les applaudissements et les slogans. Puis quand je me suis retrouvée près de Serge [Serge Duteuil-Graziani, militant placé dans le coma après le tir d’une grenade policière, NDLR]5, j’ai expliqué ce qui se passait comme je pouvais  »6.

    Contourner la répression policière

    Si l’usage du son occupe une place centrale dans les luttes passées et présentes, c’est qu’il permet d’immerger sensoriellement l’auditeur dans un événement auquel il ne participe pas. «  Tant pour rendre compte de la pluie de grenades qui s’est abattue sur nous que pour retranscrire la joie des militants qui chantaient en direction des cortèges, le son a été particulièrement important à Sainte-Soline  », soutient Agrippine.

    À l’heure où les militants écologistes sont particulièrement réprimés7, la #webradio est aussi un moyen de déjouer les barrières et intimidations policières et préfectorales. «  Au Village de l’eau8, en juillet 2024, on s’est surtout servis de Méga Radio pour diffuser des infos sur les fouilles et barrages policiers et les contournements à prendre pour arriver jusqu’au lieu de rassemblement  », précise la jeune femme.

    Partout dans le monde, les ondes représentent un moyen de résistance de taille. Depuis quelques mois, la journaliste gazaouie du média palestinien Filastiniyat Wafa Abdel Rahman essaie de mettre en place une radio qui émettra depuis Hébron, en Cisjordanie, pour diffuser uniquement vers Gaza. «  Rien de politique  », assure-t-elle auprès de Mediapart9, mais seulement des informations d’ordre pratique  : où se procurer des vaccins, du lait, de la farine, du pain  ; mais aussi les mises à jour sur le cessez-le-feu, «  s’il y en a un  », et des nouvelles des prisonniers libérés au jour le jour. L’équipe de journalistes espère commencer à émettre en mai.

    Depuis un studio radio aménagé dans un bus posé dans un champ, les militants contre le projet d’aéroport ont, des années durant, piraté les ondes de la fréquence de Radio Vinci Autoroutes, 107.7.

    Associée dans l’imaginaire collectif à «  une épopée consistant à monter sur les toits pour placer des antennes  », selon Antoine Chao, l’histoire de la #radio_libre en France est intrinsèquement liée aux luttes sociales et écologistes. Au printemps 1977, Antoine Lefébure lance Radio Verte, la première radio à défier le monopole français sur les ondes. Elle commence à émettre clandestinement aux quatre coins de Paris, pour diffuser des émissions sur les mouvements écologistes, particulièrement les luttes antinucléaires, à une époque où le sujet est marginalisé voire absent du champ médiatique. «  Qu’il y ait, à Paris, une radio en basque, une radio anarchiste, une radio catholique… Ça nous a paru dès le début quelque chose de formidable  », se souvient l’essayiste et historien, au micro de France Info10.

    La source d’inspiration majeure  : les radios pirates britanniques des années 1960 parmi lesquelles #Radio_Caroline 11 et #Radio_North_Sea_International qui émettent illégalement – principalement du rock – depuis des cargos au beau milieu des eaux internationales, où la juridiction est suffisamment floue pour ne pas être inquiété de la répression. Il s’en suivra une période où des pirates radiophoniques investissent toits d’immeubles, cafés, hangars désaffectés, appartements de particuliers et même clochers d’église pour éviter la saisie de matériel par les forces de l’ordre.

    En février 1980, dans le Finistère, des militants antinucléaires fondent #Radio_Plogoff, installée sur la pointe du Raz, pour protester contre le projet d’une centrale nucléaire. Du début de l’enquête publique à l’abandon du projet en 1981, la radio donne en continu la parole aux acteurs et habitants locaux en breton et en français. Dans le même esprit, #Radio_Larzac_libre commence à émettre à l’été 1977 pour rendre compte, chaque jour, de la mobilisation contre l’agrandissement du camp militaire, très contesté localement.

    Au-delà de la liberté de ton contestataire, la radio offre surtout un #espace_de_parole inédit à ceux qui ont longtemps été tenus à l’écart des médias traditionnels. Quand, en 1979, la CGT crée sa station de radio pirate dans les locaux de la mairie de Longwy, en plaçant son émetteur sur le clocher de l’église du village avec l’accord du curé, ce sont les auditeurs qui prennent en permanence la parole par téléphone ou sur place. C’est ainsi que la célèbre #radio_Lorraine_Cœur_d’Acier devient l’une des seules stations où des ouvriers et des immigrés s’expriment librement et animent des émissions. Plus tard, ce sera au tour de la communauté LGBT sur #Fréquence_Gaie, des anarchistes et des libertaires sur #Radio_Mouvance ou #Radio_Libertaire, ou encore des indépendantistes sur les radios libres régionales…

    Le #podcast, héritier des radios pirates  ?

    Si les radios pirates ont disparu en même temps que la fin du monopole d’État sur la radiodiffusion en 1981, progressivement remplacées par des radios dites «  libres  » et des webradios, leur esprit est réapparu ponctuellement avec #Radio_Klaxon, la radio pirate de la ZAD de Notre-Dame-des-Landes. Depuis un studio radio aménagé dans un bus posé dans un champ, les militants contre le projet d’aéroport ont, des années durant, piraté les ondes de la fréquence de Radio Vinci Autoroutes, 107.7. L’objectif  : parler du quotidien de la ZAD, débattre de l’inutilité du projet et de ses conséquences environnementales.

    Indispensable pendant les expulsions pour indiquer où se trouvait la police, Radio Klaxon, qui a cumulé parfois plusieurs milliers d’auditeurs en temps réel, a aussi permis d’ancrer localement le combat écologiste. «  Une radio pirate, ça émet dans un petit périmètre. De fait, ça rend la lutte concrète et concernante pour les auditeurs  », assure Antoine Chao. En utilisant des #transistors impossibles à borner, la radio est «  un outil de résistance en soi  » pour porter une parole marginale ou radicale, tout cela avec une relative facilité technique. «  Émettre légalement ou illégalement nécessite seulement un émetteur et une antenne qui coûtent 20 % d’un Smic  », défend Léo, salarié de la radio associative marseillaise #Radio_Galère et auteur de l’ouvrage Radio It Yourself. Manuel technique d’#autonomie_radiophonique, accessible gratuitement en ligne12.

    À ses yeux, les plateformes de podcasts indépendants (parmi lesquels #Spectre, #Radio_Parleur) s’affirment aujourd’hui comme les successeurs naturels des radios pirates de l’époque, car elles représentent un espace d’expression libre, échappant en partie aux logiques de contrôle, notamment de l’#Arcom 13. Un avis partagé par Violette Voldoire, cofondatrice de Radio Parleur, studio de podcast indépendant spécialisé dans la couverture des luttes sociales et écologiques. «  Depuis 2016, on a longuement recueilli la parole de militants qui aurait pu être jugée trop radicale pour les médias mainstream, ce qui, par ailleurs, permet de sortir du cliché du syndicaliste râleur ou de la féministe “hystérique”, façonnant une vision rétrograde des mouvements sociaux.  »

    Elle se souvient notamment d’une assemblée de Gilets jaunes à Saint-Nazaire, où les médias traditionnels n’avaient pas été autorisés à entrer contrairement aux micros de Radio Parleur, suscitant moins de défiance. «  Un père de famille s’était longuement confié sur l’origine de sa colère, quand d’autres racontaient le quotidien et les désaccords sur les ronds-points  », raconte Violette Voldoire, persuadée que le son, contrairement à un témoignage écrit, impulse une vraie rencontre, où l’Autre prend soudainement les contours d’une voix, d’une émotion, d’une histoire. «  Lire Marx et Gramsci, c’est bien, mais faire du son ensemble, écouter la revendication ou la détresse dans la #voix de l’autre, ça représente une #puissance_collective immense  », ajoute celle qui a aussi fait partie de l’aventure #Radio_Debout, place de la République à Paris. 

    1. Elise Racque, «  France Inter piraté le soir du premier tour  : un petit goût de radio libre  », Telerama, 20 avril 2022.

    2. Depuis la loi du 29 juillet 1982, les radios libres sont autorisées, mais elles doivent obtenir une autorisation d’émettre délivrée par l’Arcom (Autorité de régulation de la communication audiovisuelle et numérique). Émettre sans cette autorisation constitue une infraction.

    3. Aucune autorisation de l’Arcom n’est nécessaire si votre radio est uniquement diffusée sur Internet et n’utilise pas de fréquences hertziennes.

    4. Nom militant.

    5. Clarisse Feletin et Maïlys Khyder, «  Serge, tombé dans le coma à Sainte-Soline  : “La police a reçu carte blanche”  », Reporterre, 25 mars 2024.

    6. L’émission est à retrouver ici  : www.zoom-ecologie.net/ ?Megaradio-contre-les-megabassines

    7. Victoire Radenne, «  Répression  : les militants écologistes interdits de territoire  », Socialter, 24 juin 2024.

    8. «  19-20 juillet 2024 – Stop mégabassines – Prochaine mobilisation internationale  », bassinesnonmerci.fr

    9. Gwenaelle Lenoir, «  “Les journalistes de Gaza sont des héroïnes”  », Mediapart, 16 avril 2025.

    10. «  Radio Verte, l’État défié par une radio pirate  », Ina, 9 novembre 2021.

    11. Voir le film Good Morning England, Richard Curtis, 2009

    12. radioityourself.fr

    13. L’Arcom ne contrôle pas directement le contenu des podcasts natifs (ceux qui ne sont pas diffusés à la radio traditionnelle).

    https://www.socialter.fr/article/le-retour-des-radios-pirates-podcasts-resistance-liberte-expression
    #radio #radios
    ping @karine4 @reka

  • « L’adoption de la loi Duplomb constitue un moment de rupture démocratique inédit »
    https://www.lemonde.fr/idees/article/2025/07/13/l-adoption-de-la-loi-duplomb-constitue-un-moment-de-rupture-democratique-ine

    Sans cheveux ni sourcils, le visage émacié, encore marqué par l’épreuve de la maladie et de son traitement, une femme assistait de l’un des balcons du Palais-Bourbon, mardi 8 juillet, au vote solennel de la proposition de loi du sénateur Laurent Duplomb (Les Républicains, Haute-Loire), « visant à lever les contraintes à l’exercice du métier d’agriculteur ». Fleur Breteau, la quarantaine, fondatrice du collectif Cancer Colère, était invitée par des élus de gauche à assister au vote, aux côtés d’autres membres de la société civile. A l’adoption du texte, par les députés de l’arc bleu-brun et leurs supplétifs du parti présidentiel, sous les applaudissements victorieux, Fleur Breteau a crié : « Vous êtes les alliés du cancer et nous le ferons savoir ! »

    En réponse, ainsi que l’ont rapporté des journalistes présents, des rires ont traversé l’Hémicycle. Voici ce qu’une majorité de la représentation nationale avait à opposer, ce jour-là, au désarroi et à l’indignation de cette jeune femme et, à travers elle, à l’inquiétude de la société civile et de l’ensemble des communautés scientifiques concernées : une hilarité désinvolte, un cynisme méprisant, un virilisme de vestiaire.

    Le cri de Fleur Breteau ne se comprend pas si l’on se contente de dire pour quoi les députés ont voté. Il faut surtout expliquer contre qui ils ont voté. Ils ont, bien sûr, voté contre tout ce que la France compte d’associations de défense de l’environnement, mais ce n’est pas très étonnant. Ils ont surtout voté contre vingt-deux sociétés savantes médicales, contre la Ligue contre le #cancer, contre les administrateurs et les personnels de l’Agence nationale de sécurité sanitaire, contre le troisième syndicat agricole de France, contre la Fondation pour la recherche médicale, contre vingt mutuelles, groupes mutualistes ainsi que la Fédération des mutuelles de France, représentant plusieurs millions d’assurés, contre le Conseil scientifique du CNRS, contre la Fédération des régies d’#eau potable, contre des centaines de médecins et de chercheurs qui ont signé intuitu personae des tribunes et des lettres ouvertes.

    [...]

    Les faits ont été considérés comme accessoires, la réalité du monde physique soluble dans les intérêts particuliers d’une petite minorité d’exploitants. Aucun débat n’a ainsi été possible, ni à l’extérieur ni à l’intérieur de l’Hémicycle. Au reste, que répondre à Laurent Duplomb lorsqu’il prétend que les haies s’étendent, alors que le rythme de leur disparition (plus de 23 000 kilomètres par an) a doublé depuis 2017 ? Que répondre lorsqu’il assure que le changement climatique est plutôt bénéfique pour sa région ?

    https://archive.ph/boriq

    la privatisation de la politique est d’« intérêt général public majeur »

    #agriculture #FNSEA #écologie #pesticides #megabassines #élevages_hors-sol #loi_Duplomb

  • Duplomb dans l’aile
    https://lundi.am/Duplomb-dans-l-aile

    Alors que tous les regards étaient tournés vers la Turboteuf qui se tenait dans le Tarn contre la reprise des travaux de l’#A69, c’est dans l’Ouest du pays que les mésanges (de l’Histoire) semblent avoir frappé. Selon le communiqué que nous avons reçu dans la nuit, 4 #méga-bassines ont été désarmées ces derniers jours ; deux, illégales de longue date sur les communes de Ferrières et Benon en Charente-Maritime, une autre à Sainte-Gemme-la-Plaine en Vendée et une dernière à Fouqueure en Charente. (...) revendication #vidéo du collectif DUPLOMB (Débâchages Unis Pour L’Obstruction aux Méga-Bassines) ...

    #sabotage

  • En pleine élection agricole, le Sénat vote le retour des #insecticides tueurs d’abeilles

    Lundi 27 janvier, le Sénat a voté le retour des #néonicotinoïdes et des facilitations accordées à la construction des #mégabassines. Une proposition de #loi venue du sénateur et ancien élu de la #FNSEA Laurent Duplomb, qui devra passer en deuxième lecture à l’Assemblée nationale.

    Au Sénat, lundi 27 janvier, deux positions se sont opposées. Les tenant·es du « pragmatisme » et de la « compétitivité » l’ont emporté face à des élu·es qui craignent un « grand recul » et défendent des « alternatives ». En définitive la réintroduction des néonicotinoïdes a été votée, pour « sauver » les filières des #betteraves_à_sucre et de la #noisette. Ces insecticides tueurs d’abeilles étaient interdits en France depuis 2018. Le débat a été tout aussi enflammé concernant le #stockage_d’eau pour des fins agricoles et la redéfinition des #zones_humides, et là aussi ce sont les défenseurs de l’agriculture productiviste qui l’ont emporté.

    À l’origine de cet affrontement : la #proposition_de_loi (#PPL) visant à « lever les contraintes à l’exercice du métier d’agriculteur » à l’initiative du sénateur Les Républicains (LR) #Laurent_Duplomb, finalement adoptée à 233 voix contre 109. Cet agriculteur, ancien élu de la FNSEA-JA (Jeunes Agriculteurs) et ancien président de la chambre d’agriculture de Haute-Loire, et dont le fils est lui-même, depuis l’an dernier, président des #Jeunes_Agriculteurs du département, a réussi à mettre son texte à l’agenda du Sénat en pleine élection agricole, après avoir déjà présenté la semaine dernière un amendement au budget pour supprimer l’Agence Bio.

    La PPL a ainsi court-circuité la poursuite du travail parlementaire sur la #loi_d’orientation_agricole – dont l’examen par la chambre haute est suspendu depuis la dissolution de juin 2024 et doit commencer le 4 février –, parfois en le doublonnant, mais surtout en allant encore plus loin dans la remise en cause de mesures environnementales.

    « La plume officielle de la FNSEA »

    La réintroduction des néonicotinoïdes, emblématique de ce texte, concerne l’#acétamipride, une molécule qui, après son interdiction, avait bénéficié d’une dérogation jusqu’en 2020. Elle est destinée à lutter contre les insectes suceurs dans les cultures de végétaux feuillus et de fruits à coque. Même si l’amendement de compromis présenté par la ministre de l’agriculture, Annie Genevard, a nuancé le texte initial porté par Laurent Duplomb, le faisant évoluer d’une réautorisation stricto sensu de la substance à une nouvelle #dérogation, la gauche et les écologistes étaient unanimes contre tout aménagement ouvrant la voie à un retour de ce produit toxique dans les champs.

    L’opposition a tenté, en vain, de « débunker » les assertions des défenseurs du texte – les deux rapporteurs, le président de la commission des affaires économiques, la ministre de l’agriculture et, plus largement, les élu·es des partis gouvernementaux. Ainsi, pour Daniel Salmon, du groupe Écologiste Solidarité et territoires, élu en Ille-et-Vilaine : « Ce genre de procédure [la dérogation – ndlr] nous amène à traîner sans chercher les alternatives. Or les alternatives existent déjà. Certes, sans néonicotinoïdes, les rendements baissent. Mais regardons les betteraves à sucre : on produit 70 % de sucre en plus de ce qu’on consomme. Produire plus, pourquoi pas, mais ça se fait au détriment de la santé et de la biodiversité. »

    Le socialiste Jean-Claude Tissot, lui-même agriculteur et membre de la Confédération paysanne, a dénoncé avec cette PPL « un contresens historique » et « un populisme rétrograde en rupture totale avec la transition écologique », et rappelle qu’en avril 2023, le directeur scientifique de l’Inrae avait été auditionné dans l’enceinte du Sénat. « Il nous avait expliqué que l’acétamipride est pire que l’imidaclopride [autre néonicotinoïde interdit – ndlr], et que c’était le #chlordécone de l’Hexagone, relate le sénateur de la Loire. Ce que vous faites s’appelle de l’#obscurantisme. Vous niez la #science car vous mettez le rendement économique devant tous les paramètres. Qu’allez-vous dire à nos petits-enfants qui vont subir des #dérèglements_hormonaux ? » L’opposition a, à plusieurs reprises, dénoncé une remise en cause du principe de non-régression du droit de l’environnement.

    À des années-lumière de ces interrogations, Laurent Duplomb n’a cessé d’assurer, lui, que cette PPL ne constituait en aucun cas « une #régression ». Tout au contraire, l’éleveur de Haute-Loire s’est vanté de « mettre fin à dix années d’interdiction » pour reconquérir des parts de marché perdues face à d’autres pays européens où l’acétamipride est autorisé, comme la Pologne, sur un ton qui frisait bon le paternalisme face à une opposition interloquée. « L’enfant, quand il fait une erreur, on le lui dit et on l’éduque. Eh bien, pour une fois, on va éduquer en corrigeant les erreurs que nous avons faites dans le passé. »

    « Ayons le courage de sortir de l’#obscurantisme_vert », « Continuez, madame, de mettre les agriculteurs dans le corner », a également lancé le sénateur FNSEA, incriminant au passage « le lobby de la Confédération paysanne ».

    Mais c’est surtout un discours collant aux éléments de langage de la FNSEA-JA et de la #Coordination_rurale qui a dominé l’hémicycle lundi soir, alors qu’agricultrices et agriculteurs sont appelés ces jours-ci, jusqu’à vendredi, à élire leurs représentantes et représentants syndicaux : il fallait « sauver la ferme France », et le corapporteur du texte Franck Menonville (Union centriste) fustigeait « une surtransposition mortifère » et « une avalanche de normes toujours plus contraignantes »...

    Nicole Bonnefoy, pour les socialistes, a ainsi dénoncé « la plume officielle de la FNSEA au Sénat, qui en cette période électorale veut montrer son influence au Parlement ». « Jamais les mots #santé et #biodiversité ne sont utilisés, alors que ce sont des choses essentielles. On ne parle ici que d’#économie », a déploré la sénatrice.

    #Pulvérisation de #pesticides par #drone

    Dans son introduction générale, le président de la commission des affaires économiques, Pierre Cuypers, avait souligné que le texte était « né du constat que le projet de loi agricole évitait soigneusement les sujets qui fâchent, comme l’utilisation des #produits_phytosanitaires. […] Le texte se veut court, pour s’attaquer à quelques irritants majeurs, comme la séparation du conseil et de la vente des produits phytosanitaires ». Force est de constater que la discussion au Sénat n’a en rien levé les profonds désaccords sur ces sujets.

    Le gouvernement a toutefois apporté quelques nuances : la séparation de la vente et du conseil vaudra pour les distributeurs de produits phytosanitaires, pas pour les fabricants comme le voulait le texte initial. L’exécutif a également bloqué sur la volonté des rapporteurs du texte de lever l’interdiction du rabais sur les pesticides : c’était là une « ligne rouge », a expliqué Annie Genevard, qui a fait retirer ce point.

    Pour le reste, la ministre de l’agriculture a suivi les orientations de la PPL, proposant des modifications à la marge pour « sécuriser le texte » d’un point de vue juridique, et elle a remis à la Conférence de l’eau promise par le premier ministre lors de sa déclaration de politique générale la discussion sur une nouvelle « hiérarchie des usages de l’#eau ».

    Pulvérisation de pesticides par drone, possibilité pour le ministère de demander à l’Anses l’examen prioritaire d’un produit en vue de son autorisation de mise sur le marché, facilitation des projets de bâtiments d’élevage et de stockage d’eau ouvrant la voie à de nouvelles #retenues_collinaires et mégabassines pour « #intérêt_général_majeur », assouplissement de la définition des zones humides : les principales mesures contenues dans cette PPL ont donc été adoptées et constituent autant de périls pour la préservation des écosystèmes et la santé des populations. L’opposition a pointé en outre, sur plusieurs dispositions, le risque de se mettre en porte-à-faux vis-à-vis du droit européen.

    L’avenir du texte, cependant, n’est pas acquis. La deuxième lecture, à l’Assemblée nationale, pourrait faire apparaître beaucoup plus de réserves parmi les député·es MoDem et Renaissance, où l’on défendait, pendant les débats sur la loi d’orientation agricole au printemps dernier, une approche plus modérée face à la levée des garde-fous environnementaux.

    https://www.mediapart.fr/journal/politique/280125/en-pleine-election-agricole-le-senat-vote-le-retour-des-insecticides-tueur

  • Mémoires. Genève dans le monde colonial

    Comment Genève a-t-elle traversé l’époque coloniale ? En quoi le Musée d’ethnographie est-il un acteur culturel majeur du contexte colonial ? Quels sont les futurs des collections qui y sont conservées ? Peut-on saisir aujourd’hui quelle est la véritable identité d’un objet, parfois des siècles après son entrée dans les collections muséales genevoises ?

    Autant de questions auxquelles cette exposition participative tente de répondre. De nombreux-ses partenaires ont accepté de construire avec le MEG un propos aligné avec l’actualité de la réflexion décoloniale. Nous les remercions d’avoir pris ce risque et de nous avoir accordé leur confiance. Un fil rouge relie toutes les histoires de cette exposition, celui de la #responsabilité du Musée envers les collections et de son engagement à tisser sur le long terme des relations respectueuses et apaisées avec leurs héritières et héritiers culturel-le-s.

    https://colonialgeneva.ch

    L’expo est super bien faite (je l’ai visitée hier) et tout a été mis en ligne sur ce site. C’est super !

    #exposition #musée #MEG #Genève #Genève_coloniale #Suisse #Suisse_coloniale #colonialisme_suisse #colonialisme #décolonial #objets

    –-

    ajouté à la métaliste sur le #colonialisme_suisse :
    https://seenthis.net/messages/868109

    ping @cede @reka

  • L’« agribashing », un élément de langage endossé par les pouvoirs publics pour un phénomène quasi introuvable
    https://www.lemonde.fr/planete/article/2024/12/27/l-agribashing-un-element-de-langage-endosse-par-les-pouvoirs-publics-pour-un

    Cinq ans après leur mise en place, les observatoires de l’agribashing, chargés d’évaluer, à l’échelle des départements, les « atteintes idéologiques » au monde agricole, ont eu une activité très limitée, voire nulle, selon des documents obtenus par l’ONG ARIA.

    • Quel a été le bilan de ces mesures ? Loin des discours qui ont légitimé, en 2019, l’ouverture de la chasse à l’agribashing, ce phénomène demeure cinq ans plus tard quasi introuvable. Tout en se situant au centre de propositions parlementaires visant à durcir la réponse pénale face aux actions des militants environnementalistes.

      [...]

      La préfecture de Vendée mentionne deux réunions, en janvier 2020 et en avril 2021, mais leurs comptes rendus ne signalent aucune #atteinte_idéologique. En janvier 2020, 198 délits commis sur des exploitations sont identifiés, dont 140 vols divers, un vol avec violence, 34 cambriolages, 23 actes de destructions. Aucune mention de liens avec l’activisme écologiste ou antispéciste. En avril 2021, le constat n’est guère différent, le seul délit pouvant relever d’une atteinte « idéologique » est une intrusion dans une exploitation porcine, mais le compte rendu de la réunion de l’observatoire ne précise pas les motivations du prévenu. Le dispositif mis en place ne semble pas avoir été d’une grande nécessité puisque ensuite, selon la préfecture de Vendée, « l’instance ne s’est pas réunie de 2022 à 2024 »

      De même, la préfecture de Seine-Maritime relève une unique réunion, le 17 janvier 2020, pour lancer l’observatoire. Le compte rendu de celle-ci signale « le phénomène d’attaques militantes antispécistes caractérisées par des intrusions suivies de tags et la diffusion des vidéos prises lors de ces forfaits sur les réseaux sociaux, notamment les élevages de porcs ». « Des incendies sont également à déplorer », est-il par ailleurs mentionné, sans plus de détails. « Les services de renseignement sont particulièrement attentifs à l’émergence de nouveaux groupes tels que L214, ajoute la note. Le sujet de la réglementation récente relative à l’interdiction de l’utilisation de produits phytosanitaires peut également nourrir le climat d’hostilité envers les pratiques des professions agricoles. » Les seuls éléments circonstanciés d’atteintes idéologiques sont, en novembre 2018, « des vidéos tournées lors d’intrusions (…) mises en ligne sur Internet par l’association Direct Action Averywhere [sic] ainsi que le réseau “L214” » et, en octobre 2019, « des tags à caractère antispécistes réalisés sur le mur d’une exploitation agricole à Sommery »..

      Le Monde [c’est-à-dire ici Stéphane Foucart, ndc] a contacté les #préfectures ayant fait l’objet de ces demandes d’accès aux documents, afin de recueillir leurs commentaires sur la teneur (ou l’absence) de ces documents relatifs aux observatoires de l’agribashing. Seules celles de Seine-Maritime et d’Ille-et-Vilaine ont répondu à nos sollicitations, le 25 novembre, assurant qu’elles apporteraient ultérieurement des réponses à nos questions, avant de ne plus donner suite. Les autres n’ont pas accusé réception. « A notre connaissance, seule la préfecture de la Vienne a communiqué sur le suivi des délits touchant les exploitations du département, qui compte près de 4 000 irrigants, dit de son côté Antoine Gatet, le président de France Nature Environnement (FNE). La préfecture a compté 133 plaintes en 2022 et 90 en 2023. »

      L’opacité sur les chiffres réels de l’agribashing ne se joue pas uniquement à l’échelon départemental. Le Monde a également sollicité la gendarmerie nationale à deux reprises, afin d’obtenir un bilan des actions menées par la cellule Demeter depuis sa création, en 2019 – nombre d’enquêtes, d’interpellations, de condamnations, etc. Aucune suite n’a été donnée à ces demandes.

      https://justpaste.it/7ybn3
      #Police #économie #FNSEA #Modèle_agricole #agriculture #Demeter #agribashing #écoterrorime #mégabassines #irrigants #pesticides #élevage_industriel #propriétaires #patrons #agriculteurs

    • Elections dans les chambres d’agriculture : début de la campagne le 7 janvier, report du scrutin à Mayotte
      https://www.lemonde.fr/economie/article/2024/12/27/elections-dans-les-chambres-d-agriculture-debut-de-la-campagne-le-7-janvier-

      Alors que le secteur est en crise et que des tensions opposent les syndicats, les agriculteurs sont appelés à voter du 15 au 31 janvier, par correspondance ou voie électronique, pour élire leurs représentants professionnels.

      À suivre, sans illusion.

  • Le tour du monde de visionscarto.net (04)

    Cette année, pour passer de 2024 à 2025, nous vous emmenons dans un voyage virtuel autour du monde, en puisant dans nos archives, un jour un lieu, un jour une histoire.

    Jour 4 : Frontière Mexique-Guatemala

    « Mégaprojets et militarisation de la zone frontalière Mexique-Guatemala » - Août 2018

    https://www.visionscarto.net/megaprojets-militarisation-mexique
    Par Yannick Deniau du Collectif GeoComunes

    « Lors d’une mission internationale d’observation des droits humains à la frontière Guatemala-Mexique, et après une enquête basée sur des sources officielles, des ateliers de cartographie participative dans des communautés du Chiapas ont permis d’établir les liens existant entre mégaprojets, flux migratoires et militarisation dans la région.
     »

    #migrations #mégaprojets #frontières #Mexique #Guatemala #États-Unis #armée #Amérique_du_Sud

    #migrations #mégaprojets #frontières #Mexique #Guatemala #États-Unis #armée

  • Il y a une série netflix (pas vu) intitulé KAOS qui met en scene les desses et dieux grecs dont les erynies
    https://www.youtube.com/watch?v=0gPpWu9R9SQ

    Megaera, la réticente représente Infidélité et malhonnêteté et est appelée Meg dans la série et est interprétée par Nathalie Klamar


    https://www.jolie-bobine.fr/les-furies-de-kaos-expliquees-qui-sont-elles-dans-la-mythologie-grecque
    https://www.youtube.com/watch?v=aiaha-L2KJo

    #mégèrisme

  • The Furies and Their Representation in Classical Sculpture
    https://greek.mythologyworldwide.com/the-furies-and-their-representation-in-classical-sculpture
    #mégèrisme
    https://www.mediastorehouse.com/p/617/bronze-statue-depicting-goddess-vanth-fury-9461003.jpg

    I. Introduction

    The Furies, also known as the Erinyes, are formidable figures in Greek mythology, representing vengeance and retribution. These deities were often depicted as relentless pursuers of those who committed grave sins, particularly familial crimes such as murder or betrayal. Their significance in ancient culture extended beyond mere myth; they embodied the moral and ethical standards of the society that created them.

    In classical sculpture, the Furies were portrayed with a distinct iconography that conveyed their fearsome nature and the gravity of their role within the mythological narrative. This article explores the representation of the Furies in classical sculpture, examining their historical context, iconography, notable works, thematic interpretations, adaptations in Roman art, and their enduring legacy.
    II. Historical Context of the Furies
    A. Origins of the Furies in Greek mythology

    The Furies originated from the ancient Greek belief in the necessity of justice and retribution, particularly in cases of unpunished crimes. They were said to be born from the blood of Uranus, the sky god, when he was castrated by his son Cronus. This violent act birthed the Furies as personifications of vengeance, tasked with punishing wrongdoers.
    B. Evolution of their character and symbolism over time

    Initially depicted as terrifying creatures with snakes for hair and bloodshot eyes, the Furies evolved in their portrayal throughout Greek and Roman culture. Over time, they came to symbolize not only vengeance but also the moral order and the consequences of sin.
    C. Cultural significance in ancient Greek and Roman societies

    In ancient Greek society, the Furies were integral to the understanding of justice. They represented the societal demand for retribution and the balance of moral order. In Roman culture, their influence continued, as they were incorporated into literature and art, signifying the universality of their themes across cultures.
    III. Iconography of the Furies
    A. Common visual traits and attributes

    The Furies were typically depicted as women with wild hair, often adorned with serpents. Their eyes were often described as bloodshot, reflecting their relentless pursuit of justice. They were commonly shown wielding whips or torches, symbols of their punishing nature.
    B. Variations in representation across different periods

    Throughout different periods, the representation of the Furies varied significantly. In the Archaic period, they were portrayed more grotesquely, emphasizing their terrifying aspects. By the Classical period, artists began to depict them with more human-like features, focusing on their emotional expressions and the complexity of their roles.
    C. Symbolic meanings associated with their physical forms

    The physical attributes of the Furies conveyed deeper symbolic meanings. Their serpentine hair often symbolized danger and the fear of divine retribution. The use of dark colors in their attire and the chaotic elements of their appearance reinforced their association with the darker aspects of human morality.
    IV. Notable Classical Sculptures of the Furies
    A. Description of key sculptures featuring the Furies

    One of the most notable representations of the Furies can be found in the “Furies of Aeschylus” sculpture, which captures their ferocity and anguish. Another significant piece is the “Furies Relief,” which depicts them in pursuit of Orestes as he seeks redemption for his crimes.
    B. Analysis of the artistic styles and techniques used

    The sculptures of the Furies often employed techniques such as contrapposto to convey movement and emotion. The intricate details in the representation of their hair and expressions allowed artists to evoke a sense of fear and empathy simultaneously.
    C. Contextual significance of these works within their time periods

    The portrayal of the Furies in these sculptures reflects the societal values of their time. In periods of political turmoil, the emphasis on justice and moral order became more pronounced, leading to a resurgence in the representation of the Furies as symbols of vengeance and the consequences of sin.
    V. Thematic Interpretations of the Furies in Sculpture
    A. Exploration of themes such as vengeance, justice, and guilt

    The Furies embody complex themes that resonate throughout human experience. Their representation in sculpture often explores the intricate balance between vengeance and justice, highlighting how personal guilt can lead to divine retribution.
    B. The Furies as representations of human emotion and morality

    Artists used the Furies to represent the darker sides of human emotion—rage, guilt, and despair. Their expressions and poses in sculptures often reflect the turmoil of the human soul grappling with moral dilemmas.
    C. Influence of the Furies on later artistic movements

    The Furies’ themes of vengeance and justice have influenced various artistic movements, including Romanticism and Expressionism, where artists sought to explore intense emotional states and moral conflicts.
    VI. The Furies in Roman Art and Adaptation
    A. Comparison of Greek and Roman representations

    In Roman art, the Furies were adapted to fit the cultural context, often being portrayed with more emphasis on their role in the legal system and moral order. Roman artists tended to humanize them more, reflecting the societal changes of their time.
    B. The Furies’ role in Roman literature and art

    Roman literature, such as Ovid’s “Metamorphoses,” often featured the Furies as characters representing the consequences of moral failings. Their depiction in Roman sculpture maintained a connection to their Greek origins while also exploring new themes.
    C. Adaptations and reinterpretations in Roman sculpture

    Roman sculptures often included the Furies in larger compositions, integrating them into scenes of moral lessons or divine retribution, thereby emphasizing their role in the broader narrative of justice.
    VII. Legacy of the Furies in Art History
    A. The Furies’ influence on Renaissance and Baroque art

    The Furies continued to inspire artists during the Renaissance and Baroque periods, where they were often depicted in dramatic compositions emphasizing emotional tension and moral conflict.
    B. Modern interpretations and representations in contemporary art

    In contemporary art, the Furies have been reinterpreted as symbols of empowerment and the struggle for justice. Modern artists draw on their mythology to explore themes of feminism, vengeance, and societal issues.
    C. The ongoing relevance of the Furies in artistic narratives

    The Furies remain relevant in today’s artistic narratives, symbolizing the complexities of justice and human emotion. Their stories continue to resonate, reminding us of the consequences of our actions and the moral dilemmas we face.
    VIII. Conclusion

    The Furies are significant figures in classical sculpture, representing the intricate relationship between vengeance, justice, and morality. Their impactful depictions throughout history illustrate not only the beliefs of ancient cultures but also their enduring influence on art and society. As we reflect on their legacy, it becomes clear that the intersection of mythology and artistic expression continues to shape our understanding of human emotion and morality.

    https://www.youtube.com/watch?v=DPMHmd7Y5HE

  • Stratégie Global Gateway : une étude révèle que les aides de l’UE sont détournées au profit d’entreprises européennes – Euractiv FR
    https://www.euractiv.fr/section/commission-europeenne/news/strategie-global-gateway-une-etude-revele-que-les-aides-de-lue-sont-detourn

    Une récente étude constate que plus de 60 % des projets de la stratégie « Global Gateway » bénéficient à des entreprises européennes, ce qui signifique qu’il existe un risque que l’Union européenne (UE) détourne son budget pour l’aide afin de servir ses intérêts commerciaux et géopolitiques.

    #MEGA #MAGA #colonialisme #capitalisme #impérialisme #népotisme (ils cumulent tous les ismes les plus pourris)

  • À #Genève, un musée met en débat la restitution d’œuvres

    Le musée d’ethnographie de Genève met au jour ses errements passés, dans une exposition stimulante consacrée au rôle joué par la ville suisse dans le monde colonial. Et envisage, sur un registre apaisé, la restitution de pans de sa collection.

    La manœuvre n’est pas si fréquente : à Genève, un vénérable musée a décidé de faire en grand son autocritique, et d’égratigner la légende de ses pères fondateurs. À travers l’exposition « Mémoires. Genève dans le monde colonial », le musée d’Ethnographie (MEG), inauguré en 1901, interroge ses collections sous le prisme colonial. Il pose aussi de manière subtile l’enjeu des restitutions, non sans écho avec le film de Mati Diop Dahomey, qui sort en salles mercredi 11 septembre.

    Sur le parcours conçu dans l’immense sous-sol sombre du musée, une vitrine est consacrée à l’un des glorieux donateurs de l’établissement, le peintre suisse Émile Chambon (1905-1993), qui avait amassé un millier de pièces d’Afrique et d’Océanie : il surgit dans un autoportrait de 1931, portant le casque et l’uniforme de son oncle, qui fut administrateur colonial en Afrique équatoriale française. C’est de cet oncle qu’il avait hérité les premiers artefacts africains de sa collection.

    Un artiste contemporain, Mathias Pfund, a inversé les bordures du cadre de cette peinture malaisante, l’un des cœurs malades de cette exposition : une discrète intervention, qui signale que quelque chose s’est déréglé. Face aux objets personnels de Chambon, qui traduisent sa fascination pour l’Afrique, ont été rassemblés, dans une autre vitrine, certains de ses dons au musée : des statues de cuivre ou de fer qui représentent des gardiens de reliquaires kotas, sur les territoires du Gabon et de la République du Congo.

    Lorsque des missionnaires ont arraché ces figures au XIXe siècle, ils se sont débarrassés, en les brûlant ou en les cachant en forêt, des corbeilles d’os qu’elles surveillaient. Depuis, le MEG les a exposées comme de simples statues africaines. Cette fois, le musée a sculpté de nouvelles urnes funéraires glissées au pied de leurs gardiens, avec l’aide de visiteurs réguliers du MEG d’origine kota, pour tenter de rendre à ces objets une forme d’intégrité.

    « Dans l’exposition, les objets n’illustrent pas les discours. Les propos historiques viennent étoffer, dans un deuxième temps, l’histoire de ces objets. C’est pourquoi il y a beaucoup de choses que nous ne disons pas, sur le colonialisme à Genève et en Suisse, parce que les objets de notre collection ne le racontent pas », précise la Française Floriane Morin, commissaire de l’exposition.
    Le colonialisme suisse

    La Suisse, puissance coloniale ? L’affirmation peut surprendre, en particulier depuis la France. Dans l’exposition, une carte interactive relaie les conclusions d’un rapport de 2022 sur « l’héritage raciste et colonial dans l’espace public genevois ». « L’État suisse n’a pas conquis de territoires ni administré directement de colonies, explique Fabio Rossinelli, l’un des historiens qui ont travaillé sur l’exposition, rattaché aux universités de Lausanne et de Genève. Mais des sociétés suisses se sont formées spontanément, en Égypte ou encore au Brésil, qui étaient reconnues par le corps consulaire, et entretenaient des relations avec Berne. »

    Il poursuit, soucieux de « ne pas dédouaner l’État de ses responsabilités » : « L’État était bien présent, mais plutôt un peu à l’arrière-plan, en cachette. Prenez la Société de géographie de Genève [fondée en 1858 – ndlr]. C’était une société privée. Des collaborations avec l’État avaient lieu, des subventions étaient au besoin octroyées. On voulait favoriser l’intégration du pays dans le monde impérial et colonial. » Beaucoup des missionnaires suisses partis à cette époque, soutenus par cette société, ont rapporté des objets qui constituent le socle des collections actuelles du MEG.

    Quant à l’implication de la Suisse dans la traite négrière, elle est, là encore, bien réelle. D’après l’historienne Béatrice Veyrassat, la participation suisse à la traite, d’une manière « active » (des commerçants suisses qui recourent à l’esclavage dans leurs plantations aux Amériques) ou « indirecte » (via des investissements dans des compagnies maritimes dotées de bateaux négriers) « est estimée entre 1 % et 2 % de l’ensemble des Africain·es déplacé·es vers les Amériques ».

    Avec Nantes, Genève fut aussi, à partir des années 1670, l’un des centres de production des « indiennes », ces tissus fabriqués à partir de coton importé des comptoirs d’Inde (les collections suisses d’indiennes sont accrochées au château de Prangins, on ne voit que des reproductions frustrantes dans l’exposition genevoise). Ces indiennes pouvaient servir de monnaie d’échange des Européens contre des êtres humains mis en esclavage dans les ports africains, lors du commerce triangulaire. En 1785, pas moins de 20 % de la population active à Genève travaille pour une dizaine d’« indienneries ».
    Objets éclatés

    À bien des endroits, l’exposition est coupante et inconfortable, en particulier lorsqu’elle revient de manière très précise sur le travail problématique des équipes passées du MEG. Alors que Genève organise une « exposition nationale suisse » en 1896, dotée en son sein d’un « village noir », dans la sinistre tradition des zoos humains, le MEG achète à l’époque 85 artefacts fabriqués par ces captifs africains, majoritairement venus du Sénégal et de Gambie. Mais les experts du musée gomment ensuite leur origine et les font passer pour des objets fabriqués en Afrique de l’Ouest.

    Autre silence complice : une sublime coiffure de femme faite de cuir et de fer, attribuée à une femme d’origine herero, rapportée de Namibie par un couple de collectionneurs en 1906. Au même moment se déroule, de 1904 à 1908, le génocide des Herero (et des Nama), premier génocide commis par l’Allemagne. « La datation de ces objets laisse peu de doutes quant au contexte génocidaire et d’extrêmes violences qui a rendu leur acquisition possible », tranche un cartel de l’exposition.

    Une vitrine montre encore un ustensile aux allures de fouet, utilisé pour repousser les mouches, dans le Ghana du XIXe siècle. Ce chasse-mouches, peut-être détenu par un roi, avait aussi valeur de talisman coranique. À une date inconnue, des employés du musée l’ont éventré pour lui retirer sa charge magique, constituée notamment d’une lame de couteau – disparue – et de cinq feuillets de prières, retrouvés des décennies plus tard dans un tiroir du musée. « Comment perdre l’intégrité d’un objet au musée ? », s’interroge un cartel.

    L’exposition revient aussi sur l’essor de l’anthropologie telle qu’elle est enseignée à Genève à partir de 1860, discipline qui s’est distinguée en justifiant l’impérialisme occidental et en décrétant la supériorité européenne. C’est le point d’ancrage morbide des premières collections d’objets amassées à Genève, qui, là encore, alimenteront les réserves du MEG. Dans les années 1920, Eugène Pittard, fondateur du musée, tire aussi profit du trafic de restes humains dans les colonies britanniques.
    « Ramatriement »

    Floriane Morin assume cette approche « incisive » vis-à-vis de l’histoire de son musée, « parce qu’elle est la seule condition à la possibilité d’une réparation ». Mais est-il encore possible de décoloniser un musée construit sur des mensonges aussi lourds ? Même si le MEG s’est doté d’un nouveau bâtiment en 2014, en forme de pirogue blanche spectaculaire et facile à reconnaître dans le paysage genevois, ne faudrait-il pas plutôt fermer ses portes à jamais ?

    L’un des espaces les plus originaux de l’exposition prouve en tout cas que le musée a encore des choses à dire, et des chantiers à mener. « Nous ne parviendrons pas à décoloniser notre musée, à redéfinir l’institution, sans engager des relations sur le temps long, avec des personnes qui sont le plus à même [originaires des pays et populations concernés – ndlr] de reconsidérer ces collections et de réfléchir à leur avenir », avance encore Floriane Morin.

    Cinq « capsules » ont été aménagées, comme autant de cocons qui posent la question de la restitution d’objets aux populations qui les réclament. Dans ces salles, des registres de paroles se mêlent – juridiques, historiques, administratifs, intimes, mais aussi depuis le Nord et les Suds –, pour restituer le dialogue entretenu au fil des décennies entre le MEG et des populations autochtones.

    Ici, des objets déjà restitués à une communauté autochtone du Canada – un « ramatriement » plutôt qu’un rapatriement, précise le cartel – sont représentés par de simples silhouettes de papier noir sur le mur. On prend des nouvelles de leur vie d’après, réintégrés à des cérémonies rituelles. Ailleurs, un réseau de huit musées suisses négocie directement avec le Nigeria, pour le retour de biens originaires de l’ancien royaume du Bénin.

    L’histoire de deux mâts-totems est sans doute la plus emblématique. Achetés en 1955 par un collectionneur suisse dans une ville du sud-est de l’Alaska, les deux immenses totems aux motifs d’oiseaux ont été plantés dans le jardin du musée suisse pendant trente-quatre ans. Stockés par la suite dans des entrepôts dans un souci de protection, ils ont été remplacés par des copies. Mais ils sont restés des emblèmes de ce quartier de Genève au fil des années. L’exposition donne la parole aux descendants du sculpteur de ces mâts, qui disent leur sensation de manque et l’importance qu’ils revêtent encore pour eux, mais décrit aussi l’attachement de générations de Genevois·es à ces objets aux pouvoirs manifestement actifs des deux côtés de l’Atlantique.

    « Il y a une histoire qui se crée après la restitution, insiste Floriane Morin. Les restitutions ne sont pas la fin de quelque chose. Rendre un objet n’est pas fermer la porte, mais entamer une nouvelle histoire avec des personnes qui nous font confiance, cela crée plein de choses, déclenche de nouveaux projets, et c’est aussi ce que nous avons voulu raconter dans cette exposition. »

    https://www.mediapart.fr/journal/culture-et-idees/100924/geneve-un-musee-met-en-debat-la-restitution-d-oeuvres

    #Suisse #Suisse_coloniale #colonialisme_suisse #MEG #exposition
    #oeuvres_d'art #art #décolonial #Afrique #pillage #musées #colonisation #Emile_Chambon #Océanie #héritage #Société_de_géographie_de_Genève #missionnaires #objets #traite_négrière #indiennes #tissus #industrie_textile #coton #esclavage #exposition_nationale_suisse #village_noir #zoo_humain #ramatriement #réparation #mensonges

    ping @reka @cede

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    ajouté à la métaliste sur le #colonialisme_suisse :
    https://seenthis.net/messages/868109

  • Le méga yacht de Steve Jobs, « Venus », entre en collision avec un autre yacht de luxe à Naples Le Marin
    Dans un incident surprenant, deux des yachts les plus emblématiques du monde se sont heurtés au mouillage. Le « Venus », le méga yacht commandé par Steve Jobs, cofondateur d’Apple, a percuté le « Lady Moura », un autre yacht de luxe, au large de Naples mercredi 7 août.

    Le yacht Venus commandé par Steve Jobs - appartenant depuis son décès à sa femme Laurene Powell - un navire de 78 mètres de long, s’est dangereusement rapproché du Lady Moura, un yacht de 105 mètres, alors que les deux bateaux étaient au mouillage près de Naples, mercredi 7 août. Malgré les tentatives de l’équipage du Lady Moura pour éviter l’impact, la collision a été inévitable.

    https://www.youtube.com/watch?time_continue=75&v=ZxCnatBD6GQ


    LUXURY COLLISION : Steve Jobs’ former yacht crashes into Lady Moura off Naples coast

    Source et suite : https://lemarin.ouest-france.fr/faits-divers/accidents-en-mer/le-mega-yacht-de-steve-jobs-venus-rentre-en-collision-avec-un-a

    #yacht #luxe #méga_yacht #abrutis #apple

  • La Rochelle, le 20 juillet : nassage, gazage, matraquage…
    https://lundi.am/La-Rochelle-le-20-juillet-nassage-gazage-matraquage

    Nous sommes plusieurs milliers à constituer le cortège... Jusque là, la progression est ponctuée par les annonces en tête de cortège, une gestuelle particulière vient ponctuer le temps. Tour à tour différents signes se posent : silence, grouper, tout droit... La situation évolue au gré de la présence des forces de l’ordre. Jusqu’à 13H30, jusqu’à la charge brutale et démesurée qui fait suite à des ordres de dispersion vite balancés par haut-parleur par un membre des robocops... Quelques secondes avant la charge des lacrymos sont balancées. Nous sommes faits comme des rats. Cette charge prévisible nous entasse les uns contre les autres. La dispersion est impossible.

    C’est l’écrasement à la verticale des corps les uns contre les autres. Certain(e)s commencent à crier. Il suffirait que iel tombe et iel serait piètiné(e). En tête de cortège les #forces_de_l’ordre sont aussi présentes. Nous sommes nassés et compressés. Déjà les robocops sont sur nous, en queue de cortège. Je suis arraché à mon trinôme et expulsé vers la droite. Des gaz partout. Je sens un choc contre mon dos. Une matraque est venue atterrir là. J’ai le temps d’apercevoir il ou elle se prendre des coups de matraques assénés violemment sur le haut du corps, sur les bras levés pour se protéger. Puis, sans en avoir pris la décision, je me retrouve dans une cour d’immeuble avec 20, 30 personnes. C’est un vrai cul-de-sac. Iels courent partout, cherchant une issue. A droite un mur élevé en béton, en face pareil. Le mur de gauche est moins élevé. C’est un vieux mur en pierre, coiffé de tuiles romanes. Il doit faire environ 2m50. En faisant la courte échelle j’aide 4 ou 5 personnes à le franchir. A ce moment là nous ne savons pas ce qu’il y a derrière ce mur.

    Pendant ce temps, les lacrymos continuent à pleuvoir. Je ne suis pas trop gêné car équipé... Je me retourne et vois que personne n’est là à proximité pour m’aider à mon tour à franchir ce mur. Pas loin, côté rue j’entends les forces de l’ordre, des cris. J’aperçois une poubelle au pied d’un mur donnant sur un jardin d’une maison côté rue. Je la couche et réussi à monter sur un cabanon de jardin, puis sur le toit de la maison. Au dessus, l’hélicoptère tourne. A quelques mètres en dessous des lacrymos tombent dans le jardin. Je n’ai qu’une peur : je suis très visible d’en haut et les #FDO peuvent me localiser grâce à l’hélico. Rapidement je passe sur le toit suivant. Je me rends vite compte qu’il surplombe une maison abandonnée. Peur de passer à travers. Il faut que je descende. Une verrière en très mauvais état est accolée au mur de la maison côté jardin. Je repère que le jardin ressemble à une friche, partout des ronces, des lauriers sauces... Je m’assoies sur les armatures en fer de la verrière et tout doucement je glisse vers le bord. A nouveau peur de passer à travers. Enfin je mets les pieds au sol et me dirige comme je peux à travers les ronces vers la partie la plus couverte par des végétaux afin de souffler et me planquer. J’y retrouve 4 des personnes que j’avais aidées à franchir le mur. Elles sont tapies, essayant de se faire les plus petites possibles. Le bruit que j’ai fait en me frayant un chemin leur à fait peur. Elles pensaient que des forces de l’ordre arrivaient. Elles pensaient violence et garde à vue. Comme moi. Rapidement nous décidons d’attendre là. L’hélico continu à tourner au dessus de nos têtes assez régulièrement. Il revient toutes les 15 minutes. Impossible de bouger pendant 2 heures. J’aperçois à deux mètres un vieil escabeau en métal. Je l’arrache des ronces et autres végétaux en me disant qu’il pourrait peut être servir plus tard. Le temps passe. Nous n’échangeons que quelques mots de temps en temps.

    Subitement nos têtes se dressent. Un bruit de crépitement. Comme du bois qui brûle dans une cheminée . Nous comprenons qu’un feu est là, à quelques mètres. Puis des voix se font entendre, et rapidement le bruit spécifique d’un extincteur. La maison abandonnée est le siège d’un départ de feu. Sans doute en raison des lacrymos... De l’autre côté du mur, dans la cour d’immeuble que nous avons fuis, dans la rue, encore des déflagrations de grenades, des cris…

    Au bout de deux heures je décide de pousser plus loin la reconnaissance du jardin. (...)

    https://seenthis.net/messages/1063866

    #écologie #nasse #manifestation #police #mégabassines