Oui, cette gauche était déjà de droite. Et Jospin a marqué un point d’acmé qui décidera de la suite, non seulement au PS, mais pour la droite comme pour l’extrême droite.
Son gouvernement a davantage privatisé de boites d’importance que les deux précédents gouvernement officiellement de droite ; leur loi sur les 35H a permis l’annualisation du temps de travail et s’est accompagnée de dégrèvements de cotisations pour les employeurs (c’était avant les millards du CICE, lui aussi socialiste) ; encouragé l’individualisation des salaires, restaurant une hiérarchie mise à mal depuis les années 60 ; il a appliqué les ordonnances Juppé contre la Sécu ; lancé la tarification à l’acte dans les hostos et augmenté le forfait journalier ; instauré le PACS pour endiguer le mariage pour tous auquel il était hostile ; n’a pas (comme promis ah ah ah) abrogé les lois Pasqua-Debré ; a augmenté la durée de rétention administrative dans les CRA crées par le PS ; fait adopter une Loi se sécurité quotidienne qui prévoyait l’incarcération des fraudeurs "récidivistes" dans les transports en communs ; censuré une campagne de prévention sida d’Act Up ; crée des "emplois jeunes" alimentés par l’aiguillon de la faim (maintien de l’interdiction du RMI aux moins de 25 ans), et j’en oublie.
Ce que je n’oublie pas, c’est que ce réactionnaire a déclaré en 1998, à l’Assemblée Nationale, en réponse aux mobilisations massives des chômeurs et précaires de cet hiver là « Je préfère une société de travail à l’assistance ». Sur fond de chômage de masse et de précarisaton de l’emploi, c’était faire litière de 1789 (« l’assistance est une dette sacrée de la société ») comme de toute notion de solidarité.
Cette fin de non-recevoir a preludé au fascisant « Le travail rend libre » d’un Sarkozy en campagne. Nous en sommes encore là. La tentative d’imposer 15 heures d’activité aux RSAstes le montre. Tout comme la frilosité d’un mouvement des Gilets jaunes qui a mis des mois à dire quelque chose de ce que vivaient ses propres participants qui étaient nombreux à dépendre de l’AAH, sans jamais évoquer les allocs chômage ou le RSA parce que vous comprenez on est fâchés car on a tout bien fait comme il faut coté travail, sauf ceux qui peuvent pas hein ?
Cette réponse socialiste à la mobilisation de l’époque, assortie de nombreuses interventions policières, s’est prévalue des smicards et autres travailleurs à bas salaires. Les pauvres dignes travaillent. Les autres ont à s’y efforcer. Et on les y aidera (Plan d’aide au retour à l’emploi : contrôle accru des chômeurs).
Là aussi, la responsabilité du PS CAC 40 est patente dans la progression d’une extrême droite qui, mieux que ses concurrents, fait fond sur cette « conscience sociale triangulaire » que le PS a, en pionnier, contribué à forger.
L’accusation d’être assisté, condition infamante, est vouée à peser au premier chef sur l’étranger et tout ce qui peut lui ressembler (cassos, comme le dit si bien une langue populaire elle aussi pétrie d’idéologie dominante, c’est une déchéance de citoyenneté ; on est citoyen -parait-il- par son travail, et pas par son implication dans la vie sociale et politique, gens de peu, abstenons-nous, et pas seulement électoralement, ça suffit pas).
Ni merci, ni pardon.
Qui ne vomit pas sur cette commémoration aux airs d’unanimité n’est pas un partageux.
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