• Enquête sur l’affaire Besson : ordonnée, la garde à vue du cinéaste n’a jamais eu lieu
    https://www.mediapart.fr/journal/france/290919/enquete-sur-laffaire-besson-ordonnee-la-garde-vue-du-cineaste-n-jamais-eu-

    Mediapart s’est plongé dans l’enquête préliminaire pour « viol » qui a visé Luc Besson, classée sans suite en février par le parquet de Paris. Des actes n’ont pas été réalisés tandis que des contradictions apparaissent. La plaignante a déposé une nouvelle plainte, avec constitution de partie civile. La juge désignée doit maintenant décider si elle poursuit les investigations.

    #Violences_sexuelles #violences_sexuelles,_Justice,_Police,_Sand_Van_Roy,_Luc_Besson,_Enquête,_viol,_affaire_Besson,_parquet,_A_la_Une

  • L’initiatrice de #BalanceTonPorc condamnée pour diffamation
    https://www.mediapart.fr/journal/france/250919/l-initiatrice-de-balancetonporc-condamnee-pour-diffamation

    La journaliste Sandra Muller avait accusé sur Twitter l’ancien patron de la chaîne Equidia Éric Brion d’avoir tenu des propos sexistes. Son tweet, accompagné du mot-dièse #BalanceTonPorc, avait lancé un mouvement mondial de libération de la parole des femmes.

    #Violences_sexistes #violences_sexistes,_#metoo,_violences_sexuelles,_#balancetonporc,_médias,_Harvey_Weinstein

  • Celebrity Culture: Why Fame Is Big Business
    https://knowledge.wharton.upenn.edu/article/celebrity-culture-big-business

    What I argue in my book is that celebrity culture is the constant negotiation between media — and that can be producers, it can be journalists, it can be radio interviews, it can be photographers and celebrities themselves — and the public. No one group controls the narrative. No one group controls the outcome. That’s part of the reason we’re so engaged. We don’t know how it’s going to turn out.

    A lot of what we see today owes its roots to the 1980s and 1990s, when anybody could get a relatively cheap video camera and take videos of themselves, but there was no way to distribute them to a large number of people. That’s what phones have allowed. What we see today is that celebrities can have much more direct contact with their publics without having to deal with gatekeepers like heritage newspapers. It used to be both the public and celebrities were really limited by a smaller number of gatekeepers, and they’re gone. Now, the problem we have is that it’s hard to know in the public how to find anything that interests us, right? As a celebrity, anybody can have a Twitter account or a YouTube channel, but how are you going to make sure that people come to it?

    Knowledge@Wharton: But isn’t the public the conduit in that process?

    Marcus: That is an interesting way to think about it. We’re used to thinking of the media as the conduit, but I would agree with your way of putting it. It is, in fact, the public that’s the conduit. Because what I also saw by taking this long, historical view is that although we think of the media as making decisions and being in control of who is in the public eye, the media is very responsive to what interests the public. The media is always trying to figure out, “What do people care about?”

    Sometimes that’s guesswork. Sometimes it’s based on word of mouth. It feels to me like these days the newspapers are following social media more than the other way around. If something blows up on social media, it becomes a news story.

    Knowledge@Wharton: You also talk about the social component when a celebrity is well-known, such as boxer Muhammad Ali. In the 1960s, he was an activist, and that drew a lot of positive and negative attention to his fame.

    Marcus: Social and political. I’ll talk about Muhammad Ali in a second, but look again at Taylor Swift. When we talk about the #MeToo movement, I think a lot of us forget that right before the big story broke with Harvey Weinstein, Taylor Swift was in the news because she sued a photographer who groped her. She sued him for a penny because she was making a point that this wasn’t about money. It was about it not being OK. She was extremely articulate on the stand. Many celebrities have real aplomb dealing with the public. They’re able to improvise. They’re able to be spontaneous but also come off being very calm and collected, which is what you need to do if you’re in the courtroom. And she won. She raised a lot of attention to the ways that even the most famous, supposedly powerful young women are being exploited and mistreated. I think that that was a crucial example of a celebrity using their media presence and influence for a social and political purpose.

    Muhammad Ali, as an African American boxer in the 1960s, raised awareness about civil rights, about the Vietnam War. He refused to serve in the Vietnam War well before there was a massive protest movement against the Vietnam War. As a result, he was put in jail during what would have been the height of his boxing career. I think all of that was a great example of how many celebrities go against the grain. They take unpopular positions that then become the norm in many ways.

    #Célébrités #Médias_sociaux #Culture_populaire #Médias

  • Le scandale Epstein ébranle un laboratoire du MIT
    https://www.lemonde.fr/international/article/2019/09/08/le-scandale-epstein-ebranle-un-laboratoire-du-mit-et-le-new-york-times_55079

    Avant sa première condamnation, Jeffrey Epstein s’est montré généreux envers les grands scientifiques de la côte Est, parmi lesquels des prix Nobel de Physique, qu’il recevait sur son île privée des Bahamas, où se déroulaient en partie ses agressions sexuelles. A défaut d’être complice, chacun fermait l’œil. Ce système aurait permis à M. Epstein d’acheter le silence de chacun pour cacher ses méfaits. La donne change après sa première condamnation de 2008. Ceux qui ont continué de le fréquenter l’ont fait en connaissance de cause, en se masquant, tel Joichi Ito (nul dans le débat américain n’a défendu qu’Epstein avait à l’époque purgé sa peine).

    M. Ito dirigeait le Media Lab depuis 2011. Ce centre de recherche explore de nombreuses disciplines, notamment la technologie numérique, la robotique et la neurobiologie. Son budget annuel est de 80 millions de dollars, et financé notamment par Comcast, Exxon, Google, Nike, PepsiCo and Salesforce. Chaque année, il décerne un « prix de la désobéissance » d’un montant 250 000 dollars à ceux qui « mettent en cause les normes, les règles ou les lois qui permettent aux injustices de perdurer dans la société ». En 2018, il avait récompensé le mouvement #metoo, né du scandale Weinstein, prédateur sexuel d’actrices. Il ne sera pas décerné en 2019.

    A défaut d’être complice, chacun fermait l’œil.
    ou
    A défaut d’être aveugle, chacun était complice.

    #male_gaze #fraternité #déni #allié
    #femmes #science #esclavage #culture_du_viol
    #prix_nobel #grand_homme #sexisme_geek

  • Comment réinventer le masculin après #Metoo ?

    Pour que les hommes se saisissent du combat pour l’#égalité des sexes... #Ivan_Jablonka, historien et écrivain, nous parle de son dernier essai, « Des hommes justes. Du patriarcat aux nouvelles masculinités » (Seuil, août 2019).

    https://www.franceculture.fr/emissions/la-grande-table-idees/comment-reinventer-le-masculin-apres-metoo
    #masculinité #hommes #livre


    http://www.seuil.com/ouvrage/des-hommes-justes-ivan-jablonka/9782021401561

  • #Meagan_Tyler : Le féminisme radical d’Andrea Dworkin : plus pertinent que jamais
    https://tradfem.wordpress.com/2019/09/02/le-feminisme-radical-dandrea-dworkin-plus-pertinent-que-jamais

    Avec le retour du féminisme à l’avant-scène, il ne devrait pas être surprenant de voir le nom d’Andrea Dworkin refaire surface dans le discours. Et pourtant ça l’est.

    Le mouvement #MoiAussi et la violence masculine envers les femmes font les manchettes internationales. La misogynie à l’égard des Noires et les points d’intersections du racisme et du sexisme sont des sujets d’actualité dans la culture populaire. La nature patriarcale de l’autoritarisme de droite inquiète les analystes politiques. Il est donc tout à fait logique que le travail de Dworkin soit considéré comme particulièrement approprié, puisqu’elle a passé la plus grande partie de sa vie à combattre le patriarcat suprématiste et capitaliste blanc.

    Mais la vision du changement révolutionnaire que Dworkin a défendue avec tant de passion a été en grande partie ridiculisée de son vivant – y compris par d’autres féministes, généralement libérales ou libertaires. Et, aujourd’hui, alors que l’on évite l’analyse féministe radicale dans les universités et que les militantes féministes radicales sont de plus en plus chassées des tribunes et des manifestations, il est étonnant de voir le travail d’une penseuse féministe radicale aussi importante être revisité de façon relativement positive.

    La récente réévaluation du travail de Dworkin a, en partie, été motivée par la publication d’une nouvelle anthologie, intitulée Last Days at Hot Slit. On y trouve un ensemble impressionnant d’écrits recoupant l’ensemble de sa carrière, y compris mon préféré, le décapant « Je veux une trêve de 24 heures durant laquelle il n’y aura pas de viol » – une allocution adressée à un auditoire de 500 hommes :

    Vous ne vous êtes jamais demandé pourquoi nous ne sommes pas en conflit armé avec vous ? Ce n’est pas parce qu’il y a une pénurie de couteaux de cuisine dans ce pays. C’est parce que nous croyons en votre humanité, malgré toutes les preuves du contraire.

    Traduction : #Tradfem
    Version originale : https://www.abc.net.au/religion/are-the-only-good-feminists-dead-feminists-learning-from-andrea/11359142
    #féminisme_radical #Andrea_Dworkin #metoo #violences_masculine #pornographie #prostitution

  • Harcèlement, agressions : le mouvement #MeToo s’étend au milieu du jeu vidéo
    https://www.numerama.com/politique/543843-harcelement-agressions-le-mouvement-metoo-setend-au-milieu-du-jeu-v

    Plusieurs femmes issues du milieu des jeux vidéo, principalement des développeuses, ont témoigné de harcèlement ou d’abus sexuels dont elles auraient été victimes. Le milieu du jeu vidéo n’est pas épargné par les problématiques de sexisme et d’abus sexuels. Les 26 et 27 août, plusieurs femmes qui y travaillent ont témoigné sur Twitter d’agressions qu’elles disent avoir subi. Elles auraient été perpétrées par des hommes importants du secteur qui se seraient servis de leur notoriété pour faire pression sur (...)

    #Oculus #discrimination #harcèlement #viol #jeu #game

    //c1.lestechnophiles.com/www.numerama.com/content/uploads/2018/01/metoo-balancetonporc.jpg

  • #Fatou_Diome : « La rengaine sur la #colonisation et l’#esclavage est devenue un fonds de commerce »

    L’écrivaine franco-sénégalaise s’exprime sans filtre sur son enfance, l’immigration, le féminisme, ou la pensée « décoloniale » qui a le don de l’irriter…

    Fatou Diome écrit comme elle parle, avec fougue et sensibilité. Que ce soit dans ses romans ou dans ses prises de paroles publiques, l’auteure franco-sénégalaise use avec habileté de cette langue piquante qui frôle parfois la satire. Dans son premier roman à succès, Le Ventre de l’Atlantique (éd. Anne Carrière, 2003), elle donnait la parole à cette jeunesse sénégalaise piégée dans le désir d’Europe et ses mirages tragiques. Les œuvres de Fatou Diome offrent aussi une voix aux femmes, héroïnes du quotidien quand les maris migrent (Celles qui attendent, éd. Flammarion, 2010) ou disparaissent tragiquement, comme dans son nouveau roman, Les Veilleurs de Sangomar (éd. Albin Michel), en librairie le 22 août.

    Installée à Strasbourg depuis vingt-cinq ans, Fatou Diome observe et critique sa société d’origine et son pays d’accueil. En vingt ans de carrière, elle a publié une dizaine de romans, de nouvelles et un essai remarqué en 2017, Marianne porte plainte ! (éd. Flammarion), véritable pamphlet contre les discours identitaires, racistes, sexistes et islamophobes. Dans cet entretien, Fatou Diome s’exprime sans filtre sur son enfance aux marges, l’immigration, le féminisme, ou la pensée « décoloniale » qui a le don de l’irriter…
    D’où vient votre nom, Diome ?

    Fatou Diome Au Saloum, région située sur la côte sud du Sénégal, les Diome sont des Sérères-Niominkas, des Guelwaar. Il est dit que ce peuple était viscéralement attaché à sa liberté.
    Pourtant, écrivez-vous dans Le Ventre de l’Atlantique, votre nom suscitait la gêne à Niodior, votre village natal…

    Oui, car je suis née hors mariage d’un amour d’adolescents. A cette époque, j’étais la seule de l’île à porter ce nom car mon père est d’un autre village. Enfant, je ne comprenais pas pourquoi la simple prononciation de mon nom suscitait le mépris. J’ai compris plus tard que ce sentiment de gêne diffuse que je ressentais autour de moi venait du fait que j’étais supposée être « l’enfant du péché ».

    Cette ostracisation était d’autant plus injuste que l’idée « d’enfant illégitime » n’existait pas chez les Sérères animistes jusqu’au milieu du XIXe siècle et la domination des religions monothéistes. Jusque-là, au contraire, avoir un enfant des fiancés avant le mariage était le meilleur moyen de s’assurer que le prétendant était fertile. C’était même une tradition dans l’aristocratie sérère notamment, où la lignée était matrilinéaire. « Domou Djitlé », qui signifie « enfant illégitime », est une expression wolof, qui n’existe pas en sérère.
    Comment enfant affrontiez-vous cette marginalisation ?

    En renonçant à ceux qui me calomniaient. Cette indépendance m’est venue des conseils de mon grand-père maternel, un marin qui, dans l’Atlantique, devait sans cesse trouver des solutions. Je l’accompagnais souvent en mer. Quand le vent soufflait trop fort et que je pleurais, il me lançait : « Tu crois que tes pleurs vont nous ramener plus vite au village ? Allez, rame ! » C’est une leçon que j’ai retenue : les jérémiades ne sauvent de rien.
    A quel moment vous êtes-vous réappropriée votre nom ?

    A l’école. L’instituteur, qui était lui-même marginalisé car étranger, m’a expliqué le sens du diome : la dignité. C’était énorme ! La « bâtarde du village » était donc la seule à s’appeler dignité ! (Rires)

    Et puis un jour, j’ai rencontré mon père. C’était un homme adorable, un sculptural champion de lutte ! Ma mère avait eu de la chance d’aimer cet athlète magnifique ! Porter son nom est une fierté. Je suis le fruit d’un amour absolu, un amour souverain qui n’a demandé nulle permission aux faux dévots.
    Etre une enfant illégitime, c’était aussi risquer de ne pas survivre à la naissance…

    Oui et je dois la vie sauve à ma grand-mère maternelle, qui m’a accueillie au monde, dans tous les sens du terme. C’est elle qui a fait la sage-femme. Elle aurait pu m’étouffer à la naissance comme le voulait la tradition, mais elle a décidé de me laisser vivre et de m’élever. Elle me disait souvent que je n’étais pas illégitime mais légitimement vivante, comme tout enfant.
    Cette jeune grand-mère vous a allaitée. Quelle fut votre relation avec elle ?

    Très forte. Elle était et restera ma mamie-maman. Jusqu’à sa mort, je l’appelais Maman. Enfant, je dormais avec elle. Plus tard, j’insistais pour faire la sieste avec elle lors de mes visites. Comme un bébé, je gardais une main sur sa poitrine. Ma grand-mère, j’en suis convaincue, était la meilleure mère possible pour moi. Pardon pour l’autre dame…
    Votre mère…

    Oui. Avec elle, j’avais étrangement une relation de grande sœur. Et plus tard, je l’ai prise sous mon aile car j’étais plus combative et plus indépendante qu’elle. J’ai choisi ma vie, elle non. Et c’est pour cette raison que j’ai dit dans Le Ventre de l’Atlantique que « j’écris, pour dire et faire tout ce que ma mère n’a pas osé dire et faire ». Elle a par exemple subi la polygamie, une maladie que je n’attraperai jamais.
    Qu’aviez-vous à dire quand vous avez commencé à écrire à 13 ans ?

    Ecrire était une nécessité. Il me fallait comprendre pourquoi, par exemple, telle tante me câline devant mes grands-parents puis me traite de « bâtarde » en leur absence. L’écriture s’est imposée à l’âge de 13 ans, lorsque j’ai quitté le village pour poursuivre mes études en ville. Pour combler ma solitude, je noircissais des cahiers. Une fois, j’ai même réécrit Une si longue lettre de Mariama Bâ. Dans ma version vitaminée, les femmes n’étaient plus victimes de leur sort, mais bien plus combatives. J’aime celles qui dansent avec leur destin, sans renoncer à lui imposer leur tempo.

    Vous épousez ensuite un Alsacien et vous vous installez à Strasbourg. En France, vous découvrez une autre forme de violence, le racisme. Comment y avez-vous survécu ?

    En m’appropriant ce que je suis. J’ai appris à aimer ma peau telle qu’elle est : la couleur de l’épiderme n’est ni une tare ni une compétence. Je sais qui je suis. Donc les attaques des idiots racistes ne me blessent plus.
    Etre une auteure reconnue, cela protège-t-il du racisme ?

    Reconnue ? Non, car la réussite aussi peut déchaîner la haine. On tente parfois de m’humilier. C’est par exemple ce policier des frontières suspicieux qui me fait rater mon vol car il trouve douteux les nombreux tampons sur mon passeport, pourtant parfaitement en règle. Ou ce journaliste parisien qui me demande si j’écris seule mes livres vus leur structure qu’il trouve trop complexe pour une personne qui n’a pas le français comme langue maternelle. Ou encore cette femme qui, dans un hôtel, me demande de lui apporter une plus grande serviette et un Perrier… Le délit de faciès reste la croix des personnes non caucasiennes.
    La France que vous découvrez à votre arrivée est alors bien éloignée de celle de vos auteurs préférés, Yourcenar, Montesquieu, Voltaire…

    Cette France brillante, je l’ai bien trouvée mais on n’arrête pas de la trahir ! Il faut toujours s’y référer, la rappeler aux mémoires courtes. Cette France, elle est bien là. Seulement, les sectaires font plus de bruit. Il est temps que les beaux esprits reprennent la main !
    Qui la trahit, cette France ?

    Ceux qui lui font raconter le contraire de ce qu’elle a voulu défendre. Pour bien aimer la France, il faut se rappeler qu’elle a fait l’esclavage et la colonisation, mais qu’elle a aussi été capable de faire la révolution française, de mettre les droits de l’homme à l’honneur et de les disperser à travers le monde. Aimer la France, c’est lui rappeler son idéal humaniste. Quand elle n’agit pas pour les migrants et les exploite éhontément, je le dis. Quand des Africains se dédouanent sur elle et que des dirigeants pillent leur propre peuple, je le dis aussi. Mon cœur restera toujours attaché à la France, et ce même si cela m’est reproché par certains Africains revanchards.

    Vous vivez en France depuis 1994. Les statistiques officielles démontrent la persistance de discriminations en matière de logement ou de travail contre notamment des Français d’origine africaine dans les quartiers populaires. Que dites-vous à ces jeunes Noirs ?

    Qu’ils prennent leur place ! Vous savez, au Sénégal, un jeune né en province aura moins de chance de réussir que celui issu d’une famille aisée de la capitale. La différence, c’est qu’en France, cette inégalité se trouve aggravée par la couleur. Ici, être noir est une épreuve et cela vous condamne à l’excellence. Alors, courage et persévérance, même en réclamant plus de justice.
    Cette course à l’excellence peut être épuisante quand il faut en faire toujours plus…

    Si c’est la seule solution pour s’en sortir, il faut le faire. Partout, la dignité a son prix. On se reposera plus tard, des millénaires de sommeil nous attendent.

    Vous avez suivi une formation en lettres et philosophie à l’université de Strasbourg avec un intérêt particulier pour le XVIIIe siècle. Que pensez-vous des critiques portées par le courant de pensée « décoloniale » à l’égard de certains philosophes des Lumières ?

    Peut-on éradiquer l’apport des philosophes des Lumières dans l’histoire humaine ? Qui veut renoncer aujourd’hui à L’Esprit des lois de Montesquieu ? Personne. Les Lumières ont puisé dans la Renaissance, qui s’est elle-même nourrie des textes d’Averroès, un Arabe, un Africain. C’est donc un faux débat ! Au XVIIIe siècle, la norme était plutôt raciste. Or Kant, Montesquieu ou Voltaire étaient ouverts sur le monde. Ils poussaient déjà l’utopie des droits de l’homme. On me cite souvent Le Nègre du Surinam pour démontrer un supposé racisme de Voltaire. Quel contresens ! Ce texte est une ironie caustique. Voltaire dit à ses concitoyens : « C’est au prix de l’exploitation du nègre que vous mangez du sucre ! »

    Par ailleurs, chez tous les grands penseurs, il y a souvent des choses à jeter. Prenez l’exemple de Senghor. Sa plus grande erreur d’emphase et de poésie fut cette phrase : « L’émotion est nègre, la raison hellène. » Cheikh Anta Diop, bien qu’Africain, était un grand scientifique quand Einstein était doté d’une grande sensibilité. Cette citation est donc bête à mourir, mais devons-nous jeter Senghor aux orties ?

    On constate tout de même une domination des penseurs occidentaux dans le champ de la philosophie par exemple…

    Certaines choses sont universelles. Avec Le Vieil Homme et la mer, Hemingway m’a fait découvrir la condition humaine de mon grand-père pêcheur. Nous Africains, ne perdons pas de temps à définir quel savoir vient de chez nous ou non. Pendant ce temps, les autres n’hésitent pas à prendre chez nous ce qui les intéresse pour le transformer. Regardez les toiles de Picasso, vous y remarquerez l’influence des masques africains…
    Vous estimez donc que le mouvement de la décolonisation de la pensée et des savoirs, porté par un certain nombre d’intellectuels africains et de la diaspora, n’est pas une urgence ?

    C’est une urgence pour ceux qui ne savent pas encore qu’ils sont libres. Je ne me considère pas colonisée, donc ce baratin ne m’intéresse pas. La rengaine sur la colonisation et l’esclavage est devenue un fonds de commerce. Par ailleurs, la décolonisation de la pensée a déjà été faite par des penseurs tels que Cheikh Anta Diop, Aimé Césaire, Léopold Sédar Senghor ou encore Frantz Fanon. Avançons, en traitant les urgences problématiques de notre époque.
    A l’échelle de la longue histoire entre l’Afrique et l’Occident, ce travail de décolonisation de la pensée, débuté il y a quelques décennies, n’est peut-être pas achevé ?

    Je pense, comme Senghor, que nous sommes à l’ère de la troisième voie. Nous, Africains, ne marchons pas seulement vers les Européens ; eux ne marchent pas que vers nous. Nous convergeons vers la même voie, la possible conciliation de nos mondes. La peur de vaciller au contact des autres ne peut vous atteindre quand vous êtes sûr de votre identité. Me concernant, ce troisième millénaire favorise la rencontre. Je sais qui je suis, je ne peux pas me perdre en Europe car, non seulement je récite mon arbre généalogique, mais je séjourne régulièrement dans mon village.

    Après tous les efforts de Senghor, Césaire, Fanon, en sommes-nous encore à nous demander comment nous libérer de l’esclavage et de la colonisation ? Pendant ce temps, où nous stagnons, les Européens envoient Philae dans l’espace… L’esclavage et la colonisation sont indéniablement des crimes contre l’humanité. Aujourd’hui, il faut pacifier les mémoires, faire la paix avec nous-mêmes et les autres, en finir avec la littérature de la réactivité comme le dit si bien l’historienne Sophie Bessis.
    Cette histoire dramatique, loin d’être un chapitre clos, continue pourtant de marquer le présent des Africains et les relations avec d’anciennes puissances coloniales…

    Pour moi, il y a plus urgent. La priorité, c’est l’économie. Faisons en sorte que la libre circulation s’applique dans les deux sens. Aujourd’hui, depuis l’Europe, on peut aller dîner à Dakar, sans visa. Le contraire est impossible ou alors le visa vous coûtera le salaire local d’un ouvrier. Pourquoi attendre une forme de réparation de l’Europe, comme un câlin de sa mère ? Pourquoi se positionner toujours en fonction de l’Occident ? Il nous faut valoriser, consommer et, surtout, transformer nos produits sur place. C’est cela l’anticolonisation qui changera la vie des Africains et non pas la complainte rance autour de propos tenus par un de Gaulle ou un Sarkozy.
    On sent que ce mouvement vous irrite…

    Je trouve qu’il y a une forme d’arrogance dans cette injonction et cette façon de s’autoproclamer décolonisateur de la pensée des autres. C’est se proclamer gourou du « nègre » qui ne saurait pas où il va. Je choisis mes combats, l’époque de la thématique unique de la négritude est bien révolue.
    Votre roman Le Ventre de l’Atlantique (2003) a été l’un des premiers à aborder le thème de la migration vers l’Europe. Que dites-vous à cette jeunesse qui continue de risquer sa vie pour rejoindre d’autres continents ?

    Je leur dirai de rester et d’étudier car, en Europe aussi, des jeunes de leur âge vivotent avec des petits boulots. Quand je suis arrivée en France, j’ai fait des ménages pour m’en sortir, après mon divorce. J’ai persévéré malgré les humiliations quotidiennes et les moqueries au pays.

    Si je suis écrivain, c’est parce que j’ai usé mes yeux et mes fesses à la bibliothèque. J’ai toujours écrit avec la même rigueur que je nettoyais les vitres. Aux jeunes, je dirai que l’école a changé ma vie, elle m’a rendue libre.
    La tentation est grande de partir vu le manque d’infrastructures dans de nombreux pays africains. Comment rester quand le système éducatif est si défaillant ?

    La responsabilité revient aux dirigeants. Ils doivent miser sur l’éducation et la formation pour garder les jeunes, leur donner un avenir. Il faudrait que les chefs d’Etat respectent plus leur peuple. Il n’y a qu’à voir le silence de l’Union africaine face au drame des migrants. Quand les dirigeants baissent la tête, le peuple rampe.
    Quel regard portez-vous sur le durcissement de la politique migratoire européenne ? Dernier acte en date, le décret antimigrants adopté par l’Italie qui criminalise les sauvetages en mer…

    L’Europe renforce sa forteresse. Mais qui ne surveillerait pas sa maison ? Les pays africains doivent sortir de leur inaction. Pourquoi n’y a-t-il pas, par exemple, de ministères de l’immigration dans nos pays ? C’est pourtant un problème majeur qui touche à l’économie, la diplomatie, la santé, la culture. Si l’Afrique ne gère pas la situation, d’autres la géreront contre elle. Elle ne peut plus se contenter de déplorer ce que l’Europe fait à ses enfants migrants.

    Vous avez écrit sur la condition féminine, le rapport au corps de la femme au Sénégal et la fétichisation dont vous avez été victime en France en tant que femme noire. Vous sentez-vous concernée par le mouvement #metoo ?

    Je comprends ce combat, mais je considère qu’Internet n’est pas un tribunal. Les femmes doivent habiter leur corps et leur vie de manière plus souveraine dans l’espace social et public. Il faut apprendre aux jeunes filles à s’armer psychologiquement face aux violences, par exemple le harcèlement de rue. Il faut cesser de se penser fragiles et porter plainte immédiatement en cas d’agression.
    La lutte contre les violences faites aux femmes revient aussi aux hommes…

    En apprenant aux femmes à habiter leur corps, à mettre des limites, on leur apprend aussi à éduquer des fils et des hommes au respect. Le féminisme, c’est aussi apprendre aux garçons qu’ils peuvent être fragiles, l’agressivité n’étant pas une preuve de virilité, bien au contraire. Me concernant, malgré la marginalisation à laquelle j’ai été confrontée, je ne me suis jamais vécue comme une femme fragile, ni otage de mon sexe, mes grands-parents m’ayant toujours traitée à égalité avec les garçons.
    Vous sentez-vous plus proche du féminisme dit universaliste ou intersectionnel ?

    Je me bats pour un humanisme intégral dont fait partie le féminisme. Mon féminisme défend les femmes où qu’elles soient. Ce qui me révolte, c’est le relativisme culturel. Il est dangereux d’accepter l’intolérable quand cela se passe ailleurs. Le cas d’une Japonaise victime de violences conjugales n’est pas différent de celui d’une habitante de Niodior ou des beaux quartiers parisiens brutalisée. Lutter pour les droits humains est plus sensé que d’essayer de trouver la nuance qui dissocie. Mais gare à la tentation d’imposer sa propre vision à toutes les femmes. L’essentiel, c’est de défendre la liberté de chacune.

    https://www.lemonde.fr/afrique/article/2019/08/25/fatou-diome-la-rengaine-sur-la-colonisation-et-l-esclavage-est-devenue-un-fo

    #interview #féminisme #racisme #approche_décoloniale #post-colonialisme #décolonialisme #pensée_décoloniale #xénophobie #migrations #émigration #discrimination #décolonisation_de_la_pensée #Afrique #Senghor #Césaire #Fanon #libre_circulation #anticolonisation #féminisme #humanisme_#intégral #relativisme_culturel #droits_humains #liberté

    • Quelques perles quand même:

      L’Europe renforce sa forteresse. Mais qui ne surveillerait pas sa maison ?

      Il faut apprendre aux jeunes filles à s’armer psychologiquement face aux violences, par exemple le harcèlement de rue. Il faut cesser de se penser fragiles et porter plainte immédiatement en cas d’agression.

      déçu...

    • @sinehebdo, j’ajouterais :

      C’est une urgence pour ceux qui ne savent pas encore qu’ils sont libres. Je ne me considère pas colonisée, donc ce baratin ne m’intéresse pas. La rengaine sur la colonisation et l’esclavage est devenue un fonds de commerce. Par ailleurs, la décolonisation de la pensée a déjà été faite par des penseurs tels que Cheikh Anta Diop, Aimé Césaire, Léopold Sédar Senghor ou encore Frantz Fanon. Avançons, en traitant les urgences problématiques de notre époque.

      Mais celle-ci par contre est selon moi au coeur des politiques xénophobes que l’Europe et les pays qui la composent mettent en oeuvre :

      La #peur de vaciller au contact des autres ne peut vous atteindre quand vous êtes sûr de votre #identité.

  • « Sur les violences sexuelles, je me sens désemparée »
    https://lesjours.fr/obsessions/violences-femmes-travail/ep7-inspectrices-travail

    Des inspectrices du travail déplorent le manque de temps et de formation à leur disposition pour traiter les cas de harcèlement sexuel.

    Au moment de #MeToo, j’ai entendu une salariée harcelée sexuellement raconter son histoire à la radio. Elle expliquait : “L’inspection du travail m’a dit qu’elle ne pouvait rien faire pour moi.” Si on est passés à côté de ça, on ne remplit pas notre mission. » L’amertume est palpable. Comme plusieurs autres de ses collègues que Les Jours ont rencontrées, Sophie Poulet, inspectrice du travail et secrétaire nationale du syndicat SUD, regrette que l’institution qu’elle représente ne soit « pas forcément repérée comme un acteur-clé » dans les enquêtes sur des situations de harcèlement et ne soit pas plus sollicitée sur le sujet.

    #femmes #travail #violence_masculine #discrimination

  • #MeToo : l’affaire des sœurs Khatchatourian réveille les consciences russes
    https://www.mediapart.fr/journal/international/210819/metoo-l-affaire-des-soeurs-khatchatourian-reveille-les-consciences-russes

    Inculpées pour « meurtre en bande avec préméditation » pour avoir tué leur père qui leur faisait vivre un enfer depuis des années, les trois jeunes sœurs sont devenues un symbole. Elles obligent la Russie à regarder l’impasse dans laquelle elle s’est perdue en matière de violences faites aux femmes, libérant au passage la prise de parole.

    #Violences_sexistes #Russie,_violence,_Khatchatourian,_MeToo

  • #MeToo en France : retour sur les essais et récits marquants de l’année
    https://www.mediapart.fr/journal/france/200819/metoo-en-france-retour-sur-les-essais-et-recits-marquants-de-l-annee

    Réflexions sur la culture du viol, le système patriarcal ou la masculinité, recueil de témoignages, récits personnels, enquêtes sur certains secteurs : de nombreux ouvrages ont été publiés en France dans la foulée du mouvement #MeToo. Mediapart en a sélectionné sept, qui, tous, chacun à leur manière, démontent les mécanismes aboutissant aux violences faites aux femmes : ceux de Mélissa Plaza, d’Astrid de Villaines, de Pauline Delage, de Francis Dupuis-Déri, de Valérie Rey-Robert, de Laure Murat et de Cécile Andrzejewski. > Retouvez notre série « Au détour des livres »

    #Au_détour_des_livres #violences_sexuelles,_#metoo,_harcèlement,_sexisme,_femmes,_A_la_Une

  • #MaryKate_Fain : La montée en puissance de « l’homme féministe » n’est pas une victoire pour le féminisme
    https://tradfem.wordpress.com/2019/08/07/la-montee-en-puissance-de-lhomme-feministe-nest-pas-une-victoire-

    #Aziz_Ansari, un soi-disant homme féministe, fait un retour en force. Le 9 juillet, un nouveau spectacle humorstique, diffusé sur Netflix, a marqué son retour sous les feux de la rampe après son moment #MeToo de l’an dernier. En 2018, l’humoriste, comédien, acteur et concepteur de l’émission Master of None, s’était éclipsé du monde de la télévision après qu’un article publié sur le site Babe eût raconté l’histoire de « Grace », une femme alléguant qu’Ansari était sexuellement agressif à son égard lors d’une soirée qui avait mal tourné. Le site Babe a d’ailleurs lui-même mis la clé sous la porte après avoir été dénoncé pour avoir entretenu une culture de travail aussi machiste que celle d’une fraternity étasunienne, y compris de multiples cas d’inconduite sexuelle. (...)


    Ces dernières années, il est en effet devenu à la mode pour les hommes de s’identifier comme féministes. Selon certains sondages, la proportion d’hommes se disant féministes est passé de 20 pour cent en 2001 à 33 pour cent en 2016. Des groupes féministes libéraux comme HeForShe ont plaidé pour l’inclusion des hommes dans le féminisme, soutenant que nous avions besoin de l’appui des hommes pour améliorer la situation des femmes. La campagne « This Is What a Feminist Looks Like » (Voici ce à quoi ressemble un-e féministe), lancée en 2014 par le magazine Elle du Royaume-Uni a (surtout) mis en vedette des stars masculines affichant sur un t-shirt ce slogan controversé.
    Cet argument n’a rien de nouveau. Dans son livre de 1984, De la marge au centre. Théorie féministe, Bell Hooks a soutenu qu’en refusant d’admettre les hommes dans le mouvement, les féministes blanches créaient spécifiquement un monde plus sexué. La souffrance des hommes, écrivait-elle, « ne doit pas être passée sous silence ».
    Le problème, cependant, c’est que les hommes qui sont censés être nos alliés – c’est-à-dire les hommes féministes – ne sont pas toujours aussi éclairés qu’on pourrait s’y attendre.

    Traduction : #Tradfem
    Version originale : https://www.feministcurrent.com/2019/07/11/the-rise-of-the-male-feminist-doesnt-demonstrate-a-win-for-feminism
    #violences_masculines #proféministes #hommes_féministes #agression_sexuelle #féminisme_pro-sexe #pornographie #féminisme

  • #Amy_Dyess : Le mot « TERF » est une appellation haineuse et il est temps de s’en débarrasser.
    https://tradfem.wordpress.com/2019/07/28/%e2%80%89terf%e2%80%89-est-une-appellation-haineuse-et-il-est-tem

    Pour la plupart, les médias grand public et les soi-disant organisations LGBT ont choisi d’ignorer une catégorie démographique particulière du mouvement #MeToo. « TERF » est une insulte utilisée pour harceler sexuellement, menacer et faire taire les lesbiennes. Au lieu de défendre les homosexuelles, les organisations et les médias « LGBT » persécutent les lesbiennes et déguisent cette haine en justice sociale. L’actuel gaslighting (enfumage) est plus subtil, mais la majorité des gens commence à s’éveiller à cette injustice. Ça suffit !

    TERF a débuté comme un acronyme qui signifiait « féministe radicale excluant les personnes trans » (Trans-Exclusionary Radical Feminist), mais cette expression a toujours été utilisée pour empêcher les femmes de lutter pour leurs droits. Depuis un an et demi, le mot TERF est largement utilisé comme propos haineux homophobe visant TOUTES les lesbiennes. Oui… TOUTES les lesbiennes.

    Il n’est pas nécessaire d’être une féministe radicale pour être qualifiée de TERF. Une lesbienne peut dire clairement qu’elle croit que les personnes transsexuelles méritent les droits humains et le respect, mais elle reste une « TERF » parce que son orientation sexuelle comprend une frontière innée. Cette frontière est l’attraction du même sexe anatomique pour d’autres femmes femelles adultes. Les lesbiennes sont la seule orientation sexuelle à exclure le pénis, ce qui fait de noues l’adversaire le plus dangereux du patriarcat.

    Traduction : #Typhaine_Olivier
    Version originale : https://medium.com/@amydyess83/terf-is-hate-speech-and-its-time-to-condemn-it-6efc897ce407
    #transphobie #féminisme #identité_de_genre #gay #lesbienne #insulte

  • En France, la culture du viol se nourrit de la galanterie - Idées - Télérama.fr
    https://www.telerama.fr/idees/en-france,-la-culture-du-viol-se-nourrit-de-la-galanterie,n6186566.php

    Lui, il veut. Elle, non. Il le fait quand même. Elle s’en sentira coupable, pas lui : toute la culture de l’amour galant à la française encourage le viol, analyse la féministe Valérie Rey-Robert, auteure d’“Une culture du viol à la française”.
    Dans la foulée de l’affaire Weinstein, Isabelle Adjani dénonçait une triade bien française : « Galanterie, grivoiserie, goujaterie. Glisser de l’une à l’autre jusqu’à la violence en prétextant le jeu de la séduction est une des armes de l’arsenal des prédateurs et des harceleurs. » Longtemps connue sous le pseudonyme Crêpe Georgette, du nom de son blog féministe devenu référence, Valérie Rey-Robert creuse l’idée dans un essai renversant : Une culture du viol à la française. Du « troussage de domestique » à la « liberté d’importuner ». La militante plonge aux racines d’un concept médiatisé dans le sillage de #MeToo. De la méconnaissance des violences sexuelles en France (un viol toutes les dix minutes, en majorité au domicile de la victime) à l’importance de la domination masculine dans notre patrimoine culturel, elle met à nu nos stéréotypes. A la fois pédagogue et iconoclaste.

    Quelle est la réalité des violences sexuelles en France aujourd’hui ?
    Deux tiers des violences sexuelles se déroulent dans un lieu privé, en général le domicile de la victime. Dans 90 % des cas, l’agresseur est connu de la victime. Soit il appartient à sa famille, père, frère, mari, soit il s’agit d’une connaissance, d’un ami, d’un voisin, etc. C’est très rarement un inconnu.
    Pourtant, c’est une tout autre image de violeur qui continue d’être fantasmée. Quel serait son portrait-robot ?
    C’est un homme, laid, qui n’a pas de vie sexuelle, probablement arabe ou noir — éventuellement un migrant. La victime est une femme blanche, jolie. Le viol est très brutal, il a lieu le soir, dans un endroit isolé, probablement dans un quartier pauvre… Chaque époque adapte cette vision fantasmée du viol calquée sur l’histoire du Petit Chaperon rouge et du Grand Méchant Loup. On retrouve l’archétype du viol par un inconnu dans la littérature courtoise où les agresseurs sont souvent hors norme, par leur taille ou leur monstruosité.
    Comment la culture du viol nous incite-t-elle à considérer les victimes ?
    Faites un micro-trottoir au sujet des affaires pédocriminelles : la majorité des gens interviewés n’auront pas de mots assez durs pour les coupables. Ils voudront les émasculer, les lyncher… Pourtant, même dans ces cas-là — ce que les gens appellent « le crime des crimes », à savoir le viol sur mineur de moins de 15 ans —, les victimes ne sont jamais assez « pures » aux yeux de l’opinion. Imaginons : vous êtes sortie un soir en minijupe. Vous avez bu. Quand vous rentrez, votre petit copain en profite alors que vous n’êtes pas en mesure de le repousser.
    “Nous apprenons aux filles à ne pas êtres violées, apprenons aux garçons à ne pas violer.”
    Comme vous pensez à tort que la consommation d’alcool vous rend en partie responsable de ce qui vous est arrivé et que vous ignorez qu’on peut parler de viol dans le cadre d’une relation de couple, vous minorez ; vous vous dites que c’est aussi un peu de votre faute et vous lui trouvez des excuses. Sachant que les idées reçues n’épargnent pas non plus les institutions, vous pouvez aussi vous persuader de l’inutilité de porter plainte. Tout cela aboutit à l’autocensure des victimes et à l’impunité des coupables. La culture du viol réduit aussi la liberté des femmes. Apprendre dès le plus jeune âge qu’il ne faut pas sortir le soir tard car on risque de se faire agresser implique de se sentir moins libre. Ces contraintes pèsent sur toutes les femmes, qu’elles aient ou non été violées.

    #Culture_viol #Féminisme

  • ARTE Regards - Londres et le mouvement #MeToo | ARTE
    https://www.arte.tv/fr/videos/079474-036-A/arte-regards-londres-et-le-mouvement-metoo

    À Londres, 85 % des femmes de 18 à 24 ans assurent avoir été victimes d’agression ou de harcèlement sexuels dans l’espace public. Dans le sillage du mouvement #MeToo, plusieurs initiatives ont vu le jour dans la capitale britannique.

    Avec son projet photographique Cheer up luv, Eliza Hatch, 22 ans, leur donne l’occasion de reprendre le pouvoir sur leur agresseur, en les photographiant à l’endroit où ont eu lieu les faits qu’elles dénoncent. L’initiative « Good Night Out » vise quant à elle à sensibiliser le personnel de pubs et de boîtes de nuit pour mieux détecter et prévenir les cas de harcèlement. Si certains hommes voient dans le mouvement #MeToo une menace pour la drague, ce n’est pas le cas du « coach en séduction » Johnny Cassell, qui pense que le sexisme n’a rien de séduisant.

    #abus_de_pouvoir #domination_masculine #harcelement #prédation #PUA #me_too #espace_public

  • Elle l’a bien cherché | ARTE
    https://www.arte.tv/fr/videos/075213-000-A/elle-l-a-bien-cherche

    Entre tribunaux saturés et préjugés tenaces, ce documentaire montre le douloureux parcours de quatre victimes de viol pour se faire entendre. Plus d’un an après #MeToo, une plongée sans fard dans un processus archaïque.

    Souvent rongées par la honte ou la peur de ne pas être prises au sérieux, seules 16 000, sur les 200 000 victimes de viols (ou de tentatives de viols) dénombrées chaque année en France, franchissent la porte d’un commissariat. Elles ne verront pas toutes leur agresseur condamné puisqu’une plainte sur dix seulement aboutit aux assises. Débordés, policiers et magistrats sont contraints de ne garder que les dossiers les plus « solides ». Un témoignage fragile, des circonstances obscures ou une absence de séquelles physiques peuvent conduire au classement sans suite de l’affaire. Victimes de viol, Marie, 20 ans, Manon, 27 ans, Michèle, 56 ans et Muriel, 42 ans, expérimentent ce long combat où, à tout moment, le destin de leur plainte peut basculer.

    Suspicion latente
    Auditions au commissariat, confrontations, suivi à l’hôpital, entretiens avec l’avocat puis procès : Laetitia Ohnona n’omet rien du parcours du combattant qui incombe aux victimes de viol. Il leur faudra répéter inlassablement leur histoire, maîtriser leurs angoisses, subir les questions intimes des policiers et les examens gynécologiques. Au plus près de quatre femmes à différents stades de la procédure, la réalisatrice questionne aussi les représentations pesant sur elles. « Le jury populaire a souvent de nombreux a priori », prévient l’avocate de Muriel, violée à la suite d’une soirée arrosée qui a dérapé. L’alcool, une tenue légère ou un flirt renvoient souvent à une suspicion latente de coresponsabilité. Sans pour autant incriminer une institution judiciaire dépourvue de moyens, ce documentaire lève le voile sur les lacunes du processus et interroge notre conscience de juré potentiel.

    (pas encore vu)

  • Violences sexuelles : « La parole s’est libérée »

    La nouvelle directrice du Centre LAVI, Muriel Golay, fait le bilan de l’année 2018. Même si les obstacles restent nombreux, toujours plus de victimes d’agressions trouvent le courage de dénoncer la situation.

    Le bilan est préoccupant. Le nombre de demandes d’aide auprès du Centre genevois de consultations de la Loi fédérale sur l’aide aux victimes d’infractions (LAVI) a augmenté de 23% en 2018. La hausse la plus importante, de 30%, concerne les infractions contre l’intégrité sexuelle. L’association, créée en 1994, a pour mission d’offrir une aide juridique et psychologique gratuite aux personnes ayant subi une infraction pénale qui a atteint leur intégrité physique, psychique ou sexuelle.

    Depuis le 1er avril, Muriel Golay est la nouvelle directrice du Centre genevois. Passionnée par les politiques publiques de justice sociale, elle a travaillé pendant plus de dix ans à la tête du bureau de promotion de l’égalité entre femmes et hommes. Elle analyse le rapport d’activité du Centre LAVI pour Le Courrier.

    Vous avez travaillé au bureau de la promotion de l’égalité entre femmes et hommes. En quoi la perspective de genre est-elle pertinente pour le centre LAVI ?

    Muriel Golay : Dans 72% des cas, ce sont des femmes qui font appel à nos services, majoritairement dans le cadre de #violences_conjugales. Ensuite, la perspective de genre est fondamentale pour comprendre la manière dont les institutions vont apporter leur aide. Par exemple, il y a vingt ans, la catégorie « des hommes victimes de violence conjugale » était inexistante. Cette nouvelle catégorie génère le besoin de structures spécialisées.

    Comment expliquer l’augmentation des demandes de consultation ?

    Le Centre enregistre une hausse des demandes d’aide presque chaque année. En 2018, on constate une explosion qui suit l’augmentation des infractions dénoncées par la police genevoise. Premier facteur : la collaboration avec la #police qui dirige systématiquement les #victimes vers le Centre LAVI. Après vingt-cinq ans d’existence, notre expertise est aussi mieux connue. Nous sommes ancrés dans le réseau institutionnel, avec l’Hospice général, Solidarité femmes et les Hôpitaux universitaires de Genève, qui dirigent les personnes vers nous. Enfin, le mouvement #MeToo doit être pris en compte. La parole s’est libérée et les victimes savent que leur cas n’est pas isolé. La mobilisation historique de la grève du 14 juin confirme d’ailleurs une réelle évolution de la société sur ces questions.

    Les victimes osent donc plus facilement dénoncer ?

    Oui. Mais sur le terrain nous constatons que les personnes ont toujours un grand sentiment de honte. Dans la majorité des cas de violences contre l’#intégrité_sexuelle, l’auteur est connu. Ce qui rend la démarche extrêmement difficile.

    Les #agressions_sexuelles sur personnes mineures sont également en augmentation (35 cas en 2017 contre 81 cas en 2018)…

    La dynamique du mouvement #MeToo peut ici aussi expliquer le nombre d’adultes qui souhaitent dénoncer un abus vécu pendant l’enfance. Il n’est jamais trop tard pour se reconstruire. Même s’il y a prescription sur le plan pénal, nous pouvons les aider, par exemple en prenant en charge un soutien psychologique. La victime peut même être indemnisée, selon les spécificités du dossier.

    Pour les agressions sexuelles sur les enfants, le Service de protection des mineurs (SPMI) prendra les mesures nécessaires. Nous accompagnons souvent les parents, qui sont des proches au sens de la LAVI.

    Des mesures de préventions ont-elles été adoptées ?

    Une nouvelle brochure, « Abus sexuel sur personnes mineur-e-s » est disponible sur le site. Elle vise à apporter toutes les informations pour aider les victimes d’agressions sexuelles, qu’elles soient majeures ou mineures. Le document liste des définitions juridiques et donne des conseils pour réagir face à l’enfant qui révèle l’abus. Un glossaire ainsi qu’un répertoire d’adresses utiles ont été annexés. Le document est destiné aux proches ainsi qu’au professionnel-le-s. Il pourrait faire l’objet d’une adaptation dans les prochaines années pour que les enfants ou les jeunes puissent être directement informés. Par ailleurs, d’ici à 2020, le Centre mettra en place des formations sur la LAVI qui seront destinées aux professionnel-le-s des champs juridique et médico-social.

    Sur le plan de la prise en charge, notre permanence téléphonique est ouverte du lundi au vendredi de 14h à 17h. Les entretiens sont gratuits et confidentiels. La situation financière de la victime n’est jamais un obstacle.


    https://lecourrier.ch/2019/07/03/violences-sexuelles-la-parole-sest-liberee
    #Suisse #Genève #violences_sexuelles #dénonciations #justice #impunité (fin de l’impunité ?) #mineurs #enfants #enfance #violences_domestiques

  • La culture française banalise-t-elle le viol ?
    https://www.franceinter.fr/emissions/le-debat-de-midi/le-debat-de-midi-01-juillet-2019

    Mais quelle idée de vouloir consacrer un débat à la culture du viol ? Comment peut-il y avoir un quelconque désaccord sur le sujet ? Evidemment que le viol est un crime, évidemment que c’est abominable. Mais si la victime était court vêtue au moment des faits ? Et si elle avait accepté de boire un verre chez l’agresseur ? Est-on sûr que tout le monde trouvera ça toujours aussi grave ?

    Les idées reçues, les préjugés autour des violences sexuelles, c’est ce qu’on appelle la culture du viol. Quel est le poids de cette culture du viol ? Les mouvements #MeToo et #Balancetonporc y ont-ils changé quelque chose ? Y a-t-il une culture du viol typiquement française ? Mais on peut également se demander si la lutte contre ces préjugés ne risque-t-elle pas d’enfermer les femmes dans le rôle de victime ? Est-ce le premier pas vers une forme de puritanisme ?

    #culture_du_viol

    • Les invités

      Valérie Reyrobert - Responsable de la modération chez Concileo, modérateur de communautés interactives (je croi que c’est la blogueuse « CrèpeGeorgette »)
      Sylvie Le Bihan - Auteure
      Philippe-Henry Honegger - Avocat pénaliste au barreau de Paris (connais pas mais je présume que c’est celui qui se pose ses question là : « Mais on peut également se demander si la lutte contre ces préjugés ne risque-t-elle pas d’enfermer les femmes dans le rôle de victime ? Est-ce le premier pas vers une forme de puritanisme ? »)

  • Rueil-Malmaison : 3 femmes dénonçant une pancarte sexiste convoquées par la police - Terrafemina
    https://www.terrafemina.com/article/rueil-malmaison-trois-femmes-denoncant-du-sexisme-convoquees-par-la-police_a348065/1

    C’est l’histoire d’un restaurateur à Rueil-Malmaison, qui chaque jour, pour amuser les passant·es, écrit une blague sur l’ardoise devant son commerce. Parfois, fier de lui, il en poste des photos sur un groupe Facebook d’entraide locale nommé « Rueil-Malmaison ».

    Fin janvier, une jeune femme, C., abonnée à la page Facebook « Rueil-Malmaison », fatiguée du sexisme régulier de ces photos, décide de dénoncer sur Twitter le sexisme des pancartes où on peut par exemple lire : « Un jour, les femmes domineront le monde, mais pas aujourd’hui c’est les soldes », ou une autre encore plus problématique « Mon secret séduction tient en trois mots : Gentillesse, Humour, Bagou. Si ça marche pas ? Je me contente des premières lettres ». Le tout faisant le mot « GHB », soit la drogue du violeur.

    Aujourd’hui, pour avoir dénoncé cette ardoise que l’on pourrait considérer comme un appel au viol, trois femmes sont convoquées au commissariat de Rueil-Malmaison : C., son amie L., qui avait repris la photo pour la dénoncer sur Twitter, et l’une de leurs anciennes professoresses qui avait dénoncé sur sa page Facebook privée les insultes des internautes reçues par C..
    La réponse du restaurateur

    La professoresse explique : « Un brigadier chef m’a appelée sur mon téléphone portable vendredi (1er février) pour me convoquer. Sous le coup de la stupéfaction, j’ai raccroché. J’ai rappelé pour demander pourquoi j’étais convoquée et il m’a dit texto : ’Pour harcèlement sur les réseaux sociaux’, ce à quoi j’ai répondu : ’C’est une plaisanterie ?’. »

    Elles ne savent pas officiellement l’objet de leur convocation qui, pour la professoresse, devait avoir lieu ce jeudi 7 février à 14h30, mais qui est reportée selon le commissariat de Rueil-Malmaison, le brigadier s’occupant de l’affaire étant « malade depuis mercredi ». Pour les deux jeunes femmes, la convocation est reportée sans date pour le moment.

    Le commerçant avait déjà menacé L. de porter plainte via des messages privés sur Twitter envoyés après la première publication et dénonciation de cette pancarte. Ce qu’il semble avoir fait. Contacté, il ne confirme pas, répondant : « Ce dossier est dans les mains de la justice et c’est la justice qui décidera des suites de ce dossier ou pas. »
    Aide juridique de la Fondation des femmes

    Avertie de la convocation le vendredi 1er février, et ne voulant pas y aller seule, la professoresse, enseignante de longue date, a cherché de l’aide, qu’elle a trouvé auprès de la Fondation des Femmes, structure de soutien aux actions pour l’égalité femmes-hommes et qui lutte contre les violences faites aux femmes. La Fondation l’a aiguillée vers sa Force juridique, qui réunit plus de 150 avocat.e.s, professionnel.le.s du droit et expert.e.s bénévoles défendant les droits des femmes.

    Pour Anne-Cécile Mailfert, Président de la Fondation des Femmes, cette affaire de Rueil-Malmaison est « stratégique », tombant la même semaine que le procès pour diffamation contre six femmes ayant témoigné contre l’ex-député EELV Denis Baupin, qui attaque également France Inter et Mediapart ayant enquêté sur le sujet.

    Elle dénonce les tentatives de mise sous silence des femmes qui dénoncent le sexisme et les violences : « Un an après #MeToo, on a l’impression qu’il y a ce retour de bâton qui est très préoccupant. #MeToo a permis de libérer la parole et il faut qu’on puisse continuer à le faire dans de bonnes conditions. On ne peut pas dire d’un côté aux victimes ’allez-y parlez’, et puis de l’autre côté ’ha bah non faut pas parler sur Twitter, il ne faut porter plainte’. Et une fois qu’elles portent plainte, on vous attaque pour dénonciations calomnieuses [affaire Baupin], et quand elles parlent sur les réseaux sociaux, on leur dit qu’elles harcèlent. »

    Pour Anne-Cécile Mailfert, quelque chose ne tourne pas rond : « Dans le cas de Rueil, on prendre la plainte pour harcèlement d’un homme sexiste. Il y a probablement un officier de police qui va travailler pendant plus d’une semaine sur cette affaire. C’est vraiment un dévoiement de la justice et de la police, qui sont en train de travailler là-dessus plutôt que sur des choses plus importantes et plus graves. »

    Selon la présidente de la Fondation des Femmes, la pancarte du restaurateur va au-delà du sexisme : « Ça n’est pas juste une ’blague’ sexiste, il est allé encore plus loin. La dernière pancarte sur le GHB, ça c’est un délit puisque c’est une incitation à la commission de délit. »
    "Le dossier du monde à l’envers"

    C’est l’avocate Sophie Soubiran qui accompagnera les trois femmes au commissariat de Rueil-Malmaison. Selon elle, « c’est le dossier du monde à l’envers. On a à l’origine une personne qui fait un délit d’incitation à un crime -qui est un délit de presse puisqu’il le poste sur Facebook- le fait que le GHB est une alternative à la séduction. Il est là, le problème juridique. Qu’ensuite, des jeunes femme courageuses décident d’utiliser les réseaux sociaux pour dénoncer et faire cesser, ça se passe normalement. Là où ça ne va plus, c’est quand on commence à utiliser le droit pour les faire taire. »

    Elle dénonce le deux poids deux mesures : « Quand on connaît le traitement qui est fait aux femmes qui vont déposer plainte dans les commissariats, même s’il y a des choses qui s’améliorent, pour des vraies atteintes... ».

    Et ajoute : « Elles sont toutes les trois convoquées rapidement. Cela veut dire qu’on met en branle tout un dispositif au commissariat pour traiter la plainte de ce restaurateur qui considère qu’il n’a pas à répondre de ses actes. Il y a un problème de disproportion absolu [...] Il ne faut pas que les femmes qui prennent la parole de manière plus globale, dans ce contexte de procès Baupin, soient les victimes au carré avec l’usage du droit. »
    Une plainte pour provocation à la commission d’une infraction

    La professoresse convoquée explique avoir simplement voulu dénoncer du sexisme ordinaire, et dans le cas de son ancien élève, les attaques qu’elle subissait sur Facebook. Elle ne veut pas atteindre au commerce du restaurateur : « Je ne veux pas détruire la vie de quelqu’un, mais je ne veux pas qu’on détruise la mienne ou celles de mes élèves. »

    La vitesse avec laquelle elle a été convoquée l’interpelle, alors qu’elle-même avait porté plainte il y a deux ans pour une autre affaire dont elle vient tout juste d’avoir des nouvelles : « Là, on est convoquées en quinze jours. Il aurait suffit à ce monsieur de dire à L. et C. : ’Désolé, je ne me suis pas rendu compte, j’ai été sexiste’ et ça se serait arrêté là. »

    S’il semble que cela soit le restaurateur qui ait porté plainte, la riposte s’organise pour sa pancarte. Le collectif féministe contre le viol va déposer plainte ce jeudi 7 février pour provocation à la commission d’une infraction, délit passible d’une peine de prison.

    #police #sexisme #culture_du_viol #harcelement #backlash

  • #Nousaussi ! | Le Club de Mediapart
    https://blogs.mediapart.fr/les-invites-de-mediapart/blog/261017/nousaussi

    Grâce au courage de dizaines de femmes, notamment actrices, et malgré le risque réel de mettre, au mieux, leur carrière en péril, les agressions répétées de Harvey Weinstein, producteur à Hollywood, ont pu être révélées au grand public. Aujourd’hui, il existe peu d’occasions dans l’espace social et public qui permettent aux femmes de se retrouver et d’éprouver la solidarité féminine. Avec le mouvement #Balancetonporc #Balancetonagresseur, internet apparaît comme l’espace d’accueil inattendu d’une prise de conscience collective de la situation d’oppression sexuelle des femmes. Ce qui était subi intimement et de manière isolée apparaît partagé par toutes et émerge dans l’espace public. Ces dernières années, en France, après l’espace privé dans l’affaire DSK, la vie conjugale avec l’affaire Jacqueline Sauvage, l’espace professionnel dans les affaires Polanski ou Baupin, l’espace public avec la mobilisation contre le harcèlement de rue, la vague immense des #Balancetonporc et autres #MeToo met au jour une réalité et un quotidien sordides vécus par toutes les femmes. Pourtant, à lire ou entendre certaines réactions publiques ou privées, les hommes ont bien du mal à prendre conscience du quotidien de celles qui représentent 52% de la population. Soyons clair·e·s : tous les hommes ne sont pas des agresseurs sexuels, mais tous les agresseurs agissent impunément et à répétition, les faits étant généralement qualifiés de courants et donc d’insignifiants. Cela doit absolument cesser. Les femmes elles-mêmes ont trop souvent intériorisé une oppression vécue comme banale et ordinaire. Pourtant, quelle femme peut dire qu’elle n’a jamais été agressée dans l’espace privé (familial, amical, conjugal…), professionnel ou public et, cela, dès son plus jeune âge ? Et combien faut-il encore de témoignages pour sortir de l’omerta, du déni, du « elle l’a bien cherché », du « pourquoi elle n’a pas dit non ? », « pourquoi elle n’a pas porté plainte ? »… Force est de constater le seuil de tolérance extrêmement élevé de la société vis-à-vis des violences faites aux femmes. Nous voulons que ce mouvement #Balancetonporc marque ici « la fin d’un cycle et le début d’un autre », comme le dit la philosophe Geneviève Fraisse dans l’interview du Monde du 19 octobre 2017. Nous agirons pour que ce mouvement aboutisse à une réelle prise de conscience, et une remise en question du système d’oppression institutionnalisé des hommes sur les femmes par une révolution en profondeur des mentalités. En effet, l’Histoire nous enseigne que les femmes, bien qu’elles aient toujours été protagonistes, voire à l’initiative des mouvements révolutionnaires, (cf. Les luttes et les rêves, de Michelle Zancarini-Fournel, éditions La Découverte, 2016 ou Caliban et la sorcière, de Silvia Federici, éditions Senonevero, 2014) se sont toujours retrouvées, au pire, réprimées et reléguées et, au mieux, dépossédées des avancées réalisées par ces révolutions. L’exemple le plus flagrant est, en France, celui de la Révolution française qui a abouti à la Déclaration des droits de l’Homme et du citoyen, déniant aux femmes leurs droits civiques. Face à ce mouvement d’ampleur salvateur des dénonciations des agresseurs sexuels, il ne faudrait pas que la société permette le « sacrifice » ponctuel de quelques-uns pour protéger le plus grand nombre et la perpétuation du système. Nous alertons également sur la tentation d’expliquer ces comportements par des cas isolés ou de les justifier par une déviance quelconque, explications ou justifications qui masqueraient l’aspect systémique et endémique du phénomène. Cette fois-ci, ne laissons pas cette révolte des femmes, émancipatrice et mobilisatrice, passer sans changer la société en profondeur. Le Mouvement HF, association féministe qui lutte pour l’égalité entre les femmes et les hommes dans les arts et la culture, dénonce, avec d’autres et depuis son origine en 2008, des pratiques sexistes intolérables et répandues dans nos milieux. Nous sommes écoeuré·es de recueillir ; quotidiennement des cas de violences sexistes dans tous les secteurs des arts et de la culture, des arts vivants (théâtre, musique,…) aux arts visuels, en passant par le cinéma ou l’audiovisuel. Et même, plus précisément, dans la formation professionnelle, dans des festivals d’écritures contemporaines ou de musiques actuelles, dans des créations d’artistes traitant de violences faites aux femmes, etc. Bref, aucun domaine lié aux arts et à la culture n’y échappe, qu’il soit amateur ou professionnel. C’est pourquoi :

    – Nous soutenons sans réserve le mouvement #Balancetonporc #Balancetonagresseur

    – Nous exigeons une prise de position claire des pouvoirs publics, et notamment du Ministère de la Culture et de la Communication, afin que soit mis en place un plan d’action concret et d’ampleur (éducation, formation, prévention, répression) pour éradiquer le sexisme, traduisant enfin la tolérance « zéro » à l’égard de toutes les violences contre les femmes.

    – Nous réaffirmons, comme l’a déjà dit la campagne conjointe d’Osez le féminisme !, de Mix-Cité et du Collectif féministe contre le viol. : « La honte doit changer de camp ».

    – Nous appelons toutes les femmes, dans ce grand élan de sororité qui nait, à continuer à porter à la lumière les violences qu’elles ont subies, par leur témoignage et, le cas échéant, devant la Justice, en faisant appel aux associations, aux syndicats et aux aides juridiques appropriées, afin de ne pas se mettre en danger.

    – Nous donnons ici des exemples d’outils à leur disposition pour porter plainte afin d’être soutenues dans cette démarche difficile et indispensable :

    Le numéro vert de la Fédération Nationale Solidarité Femmes, 3919, numéro d’écoute national destiné aux femmes victimes de violences, à leur entourage et aux professionnels concernés. Appel anonyme et gratuit.
    L’AVFT, Association européenne contre les Violences faites aux Femmes au Travail,
    Le CLASCHES, Collectif de lutte contre le harcèlement sexuel dans l’enseignement supérieur,
    Le CNIDFF, Centre National d’Information sur les Droits des Femmes et des Familles,
    Le CFCV, Collectif Féministe Contre le Viol, numéro vert national 0 800 05 95 95,
    HF Mouvement, contact@mouvement-hf.org.

    Signez la pétition : https://www.change.org/p/blandine-p%C3%A9lissier-pour-le-mouvement-hf-balancetonporc-le-mouvement-hf-

    • #metoo, le théâtre français aussi
      https://blogs.mediapart.fr/jean-pierre-thibaudat/blog/210619/metoo-le-theatre-francais-aussi

      Il lui a sauté dessus. Violemment. Sans la moindre approche préalable, le moindre mot de séduction. Comme une bête se jette sur sa proie, il lui a sauté dessus. Elle était tétanisée, comme paralysée. Elle a dit non et encore non. Il a continué. Cela se passait chez elle, elle avait peur, elle ne le désirait pas, pas du tout, elle sortait d’une histoire difficile, une connaissance de cet homme qui maintenant la triturait, la caressait de force. Et a fini par la violer. C’était un soir de septembre 2011.

      –----

      Inégalité hommes-femmes : le monde de la culture veut faire sa révolution
      https://blogs.mediapart.fr/nicole-en-scene/blog/030817/inegalite-hommes-femmes-le-monde-de-la-culture-veut-faire-sa-revolut

      En 2006, le rapport Reine Prat, commandité par le ministère de la Culture, fait l’effet d’une bombe en révélant des discriminations criantes entre les hommes et les femmes du secteur du spectacle vivant.

      Ainsi, les hommes dirigent :

      92% des théâtres consacrés à la création dramatique
      89% des institutions musicales
      86% des établissements d’enseignement
      97% des compositeurs
      94% des chefs d’orchestre
      85% des auteurs des textes
      78% des metteurs en scène des théâtres du secteur public étaient des hommes.

      Surprise. La culture, réputée libre et ouverte, était un milieu aussi sexiste que les autres.

  • stop aux violences familiales, conjugales et sexuelles : Un an et demi après #MeToo notre nouvelle enquête "Les Français.e.s et les représentations sur le viol"vague 2 réalisée par IPSOS
    http://stopauxviolences.blogspot.com/2019/06/un-et-demi-apres-metoo-notre-nouvelle.html

    Si les Français.e.s estiment très majoritairement - 81% - que #MeToo a un effet positif, ils adhèrent encore plus qu’en 2016 à certains stéréotypes sexistes et aux fausses représentations sur le viol, particulièrement celles qui mettent en cause la victime et considèrent qu’une attitude « provocante » en public une attitude ou une tenue sexy, avoir déjà flirté ou aller chez seule chez un inconnu atténue la responsabilité de l’agresseur , malgré une bonne connaissance des difficultés pour les victimes à porter plainte et des mécanismes psychotraumatiques tels que la sidération, la dissociation, l’emprise et l’amnésie traumatique, ils sont encore plus nombreux qu’en 2016 - 37% (vs 32%) à penser que les victimes accusent souvent à tort, 27% (vs 25%) qu’elles ne seraient pas violées si elles respectaient certaines règles de précautions, 30% (vs 27%) que ce n’est pas un viol si la victime ne se défend pas, et 43% (vs 41%) que, si elles se défendaient vraiment, elles feraient fuir le violeur. ils restent loin du compte en ce qui concerne la prise en charge judiciaire des viols en étant 90% à penser que le nombre de condamnation a augmenté depuis 10 ans alors qu’il a diminué de 40%.

  • « Don Giovanni » à l’opéra Garnier : le délinquant sexuel en son saccage
    https://www.mediapart.fr/journal/culture-idees/130619/don-giovanni-l-opera-garnier-le-delinquant-sexuel-en-son-saccage

    Le prédateur en chef, « Don Giovanni » (Mozart-Da Ponte), revient à l’opéra Garnier dans une mise en scène aussi nette que subtile d’Ivo van Hove, à l’heure où #MeToo bouleverse notre économie du regard, de l’écoute et de la réception.

    #MUSIQUE #Don_Giovanni,_opéra

  • Cyberprostitution : « Enfants et jeunes majeurs sont désormais les premières victimes »
    https://www.lemonde.fr/afrique/article/2019/06/11/cyberprostitution-enfants-et-jeunes-majeurs-sont-desormais-les-premieres-vic

    La bataille idéologique opposant ces dernières années les partisans de la règlementarisation et ceux qui réaffirment que « la prostitution n’est ni un travail ni du sexe » est au cœur de profondes transformations de sociétés qui se numérisent à grande vitesse. Si ce débat fondamental a permis à une partie des associations de défense des « travailleurs du sexe » et aux acteurs de l’industrie pornographique de faire voir la réalité de leurs conditions d’exercice, l’internationale des proxénètes « autoentrepreneurs », elle, y a vu une aubaine sans précédent.
    Fondation Scelles

    Pour aboutir au paradoxe que les Etats comme l’Allemagne, l’Espagne ou la Nouvelle-Zélande, qui ont décidé d’encadrer légalement la prostitution, ont connu une explosion du phénomène et précipité l’extrême fragilisation des personnes prostituées. Les chiffres sont sans appel : à l’heure de #metoo, 99 % des personnes prostituées dans le monde sont des femmes, 48 % en Europe sont des enfants, 90 % de cette population réduite en esclavage sexuel souhaitent en sortir et le taux de mortalité est 10 à 40 fois supérieur dans les pays « libéraux » que dans les abolitionnistes. Dans le monde, la prostitution individuelle « choisie » ne s’élève à même pas 10 %.

    Partout très exposés aux réseaux sociaux, les mineurs et les jeunes majeurs sont désormais les premières victimes des systèmes d’exploitation 2.0. Mais leurs clients et proxénètes ont aussi rajeuni : les personnes vulnérables ou parfois seulement en quête d’identité sont pistées sur les communautés d’amis. Personne n’est à l’abri. Ni la jeune Nigériane sans papiers qui se retrouve happée par une « Authentic Sister » à smartphone et jetée sur les départementales françaises, ni la lycéenne de Paris ou Marseille amadouée par un « loverboy » au profil de gendre idéal qui la réduit en esclavage sexuel en quelques semaines dans une chambre louée en deux clics. Cette « invisibilisation » et la plasticité des systèmes de « recrutement » compliquent les réponses judiciaires et pénales des Etats.

    Partenaire des grands organismes de lutte contre la traite humaine, la Fondation française Scelles, résolument abolitionniste, s’attache tous les deux ans à radiographier tous les « systèmes prostitutionnels ». Son rapport 2019 fait l’effort d’un décryptage pointu de la bataille idéologique et de communication qui continue de diviser jusqu’aux féministes. Son président Yves Charpenel, ancien magistrat et membre du Comité consultatif national d’éthique, est aussi un fin connaisseur du continent africain. Il a répondu aux questions du Monde Afrique avant de s’envoler pour le Bénin.
    La prostitution organisée a toujours existé. Qu’est-ce qui a changé ?

    Yves Charpenel Les réseaux sociaux lui donnent une ampleur sans précédent. En dix ans, le défi est devenu planétaire. Aucun continent n’est épargné et aucun des 54 pays africains, les jeunes étant très connectés, n’échappent au phénomène. La prostitution prolifère au gré des crises : migrations trans et intracontinentales, terrorisme islamiste, tourisme sexuel, conflits, corruption policière, catastrophes naturelles fragilisent des populations forcées de se déplacer et paupérisées. La crise migratoire en Méditerranée, la plus importante depuis la seconde guerre mondiale, et la fermeture de l’Europe ont bloqué nombre de migrants en Algérie, au Niger, au Maroc, en Libye dans les conditions terribles que l’on sait. Le Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés (HCR) les estimait à 70 millions en 2017. C’est l’équivalent de la population française !
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    Les enquêtes d’Europol et d’Interpol ont établi le lien entre les parcours de migrants et les filières de traite en Afrique, en Europe, au Moyen-Orient et en Asie. Les Africaines subsahariennes, dont les Nigérianes, sont au cœur d’un trafic qui se noue dès le village, que les filles quittent pleines d’espoir pour un voyage en bateau payé par toute une communauté dont elles deviennent redevables. Dans les pays du Nord, les chiffres de racolage de rue sont en chute libre. L’immense majorité de la prostitution se fait via Internet et échappe aujourd’hui à la vue.

    Par ailleurs, les enfants échoués en Europe à la suite des bouleversements des « printemps arabes », de la crise au Mali qui gagne aujourd’hui le Burkina Faso et le Bénin, de Boko Haram au Nigeria, des Chabab en Somalie, le régime autoritaire érythréen, les conflits aux Soudans, et, évidemment, la guerre en Syrie, ont jeté sur les bateaux des dizaines de milliers de mineurs arrivés seuls par la Méditerranée. Beaucoup ont été directement absorbés par les réseaux de prostitution et, selon Europol, environ 10 000 d’entre eux ont carrément disparu de la circulation entre 2016 et 2018. Il n’y a pas si longtemps en France, des fillettes de 8 ans étaient mises en vente par l’Etat islamique sur Twitter pour être réduites en esclavage sexuel.

    Comment expliquez-vous le rajeunissement des clients et des proxénètes ?

    En Europe, le marché de la drogue est saturé et coûte trop cher pour un jeune qui veut « se lancer » dans un trafic lucratif. Il faut investir beaucoup d’argent pour accéder à la matière première et avoir des connexions avec des réseaux criminels très puissants et très dangereux. Les délinquants juste majeurs comprennent très vite que, malgré un arsenal judiciaire sévère, comme en France qui va jusqu’à quinze ans de prison et 1,5 million d’euros d’amende, ils ne seront condamnés en première instance qu’à dix-huit mois et à 8 000 euros pour de premiers faits de proxénétisme. Ils ne font même pas appel et paient en trois semaines de recette. Certains mineurs, garçons ou filles, sont aussi passés de victimes de la traite sexuelle en Libye à proxénètes dans les rues des grandes capitales européennes pour survivre.

    Tout est « géré » via de faux comptes Facebook, Instagram, Snapshat ou Twitter, sur des sites de rencontres « entre adultes », véritables cache-sexes de réseaux de prostitution enfantine, dont les proxénètes contournent sans arrêt les filtres en euphémisant le vocabulaire employé pour proposer des services sexuels à une clientèle de plus en plus avertie. Le Web est devenu l’outil gratuit et discret du recrutement et de la gestion de la prostitution.
    Après le Sénégal et le Niger en 2018, vous partez au Bénin pour aider à former des administrateurs à la lutte contre la traite humaine. Pourquoi ?

    L’Europe, débordée par la crise de l’accueil, tente d’aider les pays d’origine de migration à traiter le mal à la racine. Ma mission a été initiée par l’Ecole de la magistrature et est soutenue par l’Agence française de développement [AFD, partenaire du Monde Afrique de 2015 à 2018]. Les gouvernements d’Afrique de l’Ouest et du centre sont confrontés au développement d’une traite transnationale et nationale. Depuis 2009, selon le HCR, la secte islamiste nigériane Boko Haram a poussé sur les routes de l’exil plus de 2,4 millions de personnes dans le bassin du lac Tchad, carrefour du Cameroun, du Tchad, du Nigeria et du Niger.

    Ces groupes djihadistes volent, violent et revendent femmes et enfants transformés en monnaie d’échange. Le Bénin commence à être touché par ces rapts. L’Agence nationale nigériane de lutte contre l’exploitation sexuelle (Naptip) a vu le pourcentage de trafic augmenté de 204 % en 2016. Dans le même temps, beaucoup de pays africains ont légalisé la prostitution, et l’on assiste à un véritable exode des jeunes filles de villages vers les grands centres urbains du continent.
    Face à la gravité de la situation, quelles réponses d’envergure peuvent-elles être apportées ?

    Quels que soient le pays et le continent, la réponse ne peut plus être seulement nationale, elle doit être transnationale. Les lois extraterritoriales permettent par exemple aux Etats comme la France, qui criminalisent le client prostitueur et non plus la victime prostituée, de poursuivre leurs ressortissants pour des faits d’exploitation sexuelle de mineurs commis à l’étranger. En 2016, un directeur de maison de retraite catholique a été condamné par la cour d’assises de Versailles à seize ans de prison pour avoir violé ou agressé 66 enfants au Sri Lanka, en Tunisie et en Egypte. C’est loin d’être un cas isolé. C’est une avancée notable dans la lutte contre le tourisme sexuel, dont beaucoup d’enfants africains sont victimes au Maroc, au Sénégal, en Gambie, pour ne citer que quelques pays.

    L’application de ces lois dépend cependant de la qualité de la collaboration entre les pays. L’augmentation vertigineuse des réseaux nigérians dans les pays européens par exemple est rendue possible par le manque de coopération d’Abuja sur le plan international. Mais il faut aller beaucoup plus long en rendant imprescriptible, assimilée à un crime contre l’humanité, l’exploitation sexuelle des mineurs. Cela permettrait de saisir des cours relevant du droit international.
    Quelles doivent être les exigences des Etats face aux grands hébergeurs de contenus Internet ?

    Les réflexions et les lois vont dans le sens d’engager la responsabilité civile et pénale des puissants Google, Apple, Facebook, Amazon et Microsoft (Gafam). Malgré leur attitude de défi vis-à-vis des Etats et la rapide adaptation des sites spécialisés qui se jouent des failles juridiques nationales, les Gafam ne peuvent se permettre un dégât d’image aussi considérable que d’être associés à la traite humaine.

    Les choses bougent donc et des victoires ont été remportées avec la fermeture, fin mai 2018, de la rubrique « Rencontres » du premier site français d’annonces Vivastreet, présent dans treize pays, ou l’arrêt par le FBI en avril 2018 pour « contribution au trafic sexuel » du géant américain Blackpage, spécialisé dans les services sexuels tarifés. Une course aux algorithmes pour filtrer les contenus est engagée. Sans l’émergence d’une gouvernance mondialisée d’Internet et une profonde prise de conscience de nos sociétés, on aura beau mettre face à face tous les clients condamnés face à des « survivantes » de la traite, on n’empêchera pas des Guinéennes de 15 ans d’être conduites en Uber dans un Airbnb de banlieue pour un viol tarifé « consenti » et « alternatif ».

  • An Epidemic of Violence We Never Discuss - The New York Times
    https://www.nytimes.com/2019/06/07/books/review/rachel-louise-snyder-no-visible-bruises.html

    By Rachel Louise Snyder

    In the year and a half since the #MeToo movement erupted, women have recounted stories of sexual assault — and men have been called out for their behavior — from Hollywood studios to restaurant kitchens to top media outlets. Yet one of the oldest and most common places for such egregious behavior has been largely left out of the conversation: our own homes.

    When it involves celebrities, domestic violence tends to be relegated to the realm of personal issues, like an addiction problem or a divorce. For the more ordinary among us, it rarely gets any media attention at all; even domestic murders — which are often the tragic culmination of years of physical and psychological abuse — seldom get more than a passing mention in the local news. Meanwhile, many of the mass shootings we see have origins in domestic violence. We ignore this phenomenon at our peril.

    As Rachel Louise Snyder argues in her powerful new book, domestic violence has reached epidemic proportions in the United States. Fifty women a month are shot and killed by their partners. Domestic violence is the third leading cause of homelessness. And 80 percent of hostage situations involve an abusive partner. Nor is it only a question of physical harm: In some 20 percent of abusive relationships a perpetrator has total control of his victim’s life. (Countries including Britain and France have laws to protect against this kind of abuse, but the United States does not.)

    #femmes #violence #impunité