• Les « #instant_cities » – Villes réimaginées sans histoire, sans avenir

    Le thème des « instant cities », ces villes bâties du jour au lendemain, revient dans les débats des urbanistes et architectes, inspirés par l’expérience des campements et autres zones à défendre (ZAD). L’anthropologue #Michel_Agier nous entretient du sujet dans un texte publié sur le site AOC : https://aoc.media/opinion/2020/09/28/utopie-dystopie-non-fiction-faire-ville-faire-communaute-3-3

    #Utopie, #dystopie, #non-fiction#Faire_ville, faire communauté

    Le thème des « instant cities », ces villes bâties du jour au lendemain, revient dans les débats des urbanistes et architectes d’aujourd’hui, inspirés par l’expérience des #campements et autres #ZAD. La ville est ré-imaginée sans histoire et sans avenir, comme marquée d’abord par l’#immédiateté, l’#instantanéité et la #précarité. Des réflexions qui rejoignent celles de l’ethnologue qui se demande ce que « faire ville » veut dire, elles permettent de penser la ville en se libérant de la contrainte du réel et du présent, comme le font le plus librement les fictions post-catastrophe.

    Avec la montée des #incertitudes et des formes de vie précaires dans toutes les régions du monde et plus particulièrement dans les contextes migratoires, le thème des instant cities (villes « instantanées », bâties « du jour au lendemain ») revient dans les débats des urbanistes et architectes d’aujourd’hui, et peuvent aider à penser la ville de demain en général. Le thème est ancien, apparu dans les années 1960 et 1970, d’abord avec l’histoire des villes du #far_west américain, nées « en un jour » et très vite grandies et développées comme le racontent les récits de #San_Francisco ou #Denver dans lesquels des migrants arrivaient et traçaient leurs nouvelles vies conquises sur des espaces nus.

    À la même époque, des architectes anglais (Peter Cook et le groupe #Archigram) s’inspiraient des lieux de #rassemblements et de #festivals_précaires comme #Woodstock pour imaginer des villes elles-mêmes mobiles – une utopie de ville faite plutôt d’objets, d’images et de sons transposables que de formes matérielles fixes. Troisième forme desdites instant cities, bien différente en apparence, celle qui est allée des villes de l’instant aux « #villes_fantômes », à l’instar des utopies graphiques des #villes_hors-sol construites en Asie, dans le Golfe persique et au Moyen-Orient principalement, sur le modèle de #Dubaï.

    Nous sommes aujourd’hui dans une autre mise en œuvre de ce modèle. En 2015, la Cité de l’architecture et du patrimoine montrait l’exposition « Habiter le campement » qui réincarnait très concrètement le concept à travers les rassemblements festivaliers (la « ville » de trois jours du festival #Burning_Man aux États-Unis), mais aussi les campements de #yourtes pour les #travailleurs_migrants, les #campings et #mobile_homes pour touristes et travellers, ou les #camps-villes pour réfugiés. Allant plus loin dans la même démarche, le groupe #Actes_et_Cité publie en 2018 l’ouvrage La ville accueillante où, inspirées de l’expérience du « #camp_humanitaire » de la ville de #Grande-Synthe, différentes solutions d’espaces d’#accueil sont étudiées (quartiers d’accueil, squats, campements aménagés, réseau de maisons de migrants, etc.), leur rapidité de mise en œuvre (quelques semaines) et leur coût réduit étant des critères aussi importants que leur potentiel d’intégration et d’acceptation par la population établie.

    On pourrait encore ajouter, pour compléter ce bref tour d’horizon, le géant suédois du meuble #Ikea qui, après une tentative d’implantation dans le marché des abris pour camps de réfugiés en association avec le HCR dans les années 2010-2015, a lancé en 2019 « #Solarville », un projet de #Smartcity fondé sur l’architecture en bois et l’énergie solaire.

    L’idée de la #table_rase permet de penser la ville en se libérant de la contrainte du réel et du présent, comme le font le plus librement les fictions post-catastrophes.

    Le point commun de toutes ces expériences d’instant cities est leur ambition de réduire, voire de supprimer l’écart entre le #temps et l’#espace. Immédiateté, instantanéité et #précarité de la ville, celle-ci est ré-imaginée sans histoire et sans avenir. Sans empreinte indélébile, la ville se pose sur le sol et ne s’ancre pas, elle est associée à la précarité, voire elle-même déplaçable. Ce seraient des villes de l’instant, des #villes_présentistes en quelque sorte. Dans tous les cas, l’idée de la table rase, image du rêve extrême de l’architecte et de l’urbaniste, permet de penser la ville en se libérant de la contrainte du réel et du présent, comme le font le plus librement les #fictions_post-catastrophes. Dans leur excentricité même, ces images et fictions dessinent un horizon de villes possibles.

    C’est cette ville à venir que j’aimerais contribuer à dessiner, non pas pourtant à partir de la table rase de l’architecte, mais à partir de l’ethnographie d’une part au moins du présent. Un présent peut-être encore marginal et minoritaire, et donc hors des sentiers battus, quelque chose d’expérimental pour reprendre le mot très pragmatique de Richard Sennett, peu visible encore, mais qui a toutes les chances de s’étendre tant il sait répondre à des besoins croissants, dans cet avenir qui nous inquiète.

    C’est dans un « #présent_futuriste » que j’ai trouvé quelques éléments de réponse, un futur déjà là, quelque peu anachronique donc, mais aussi inédit, tout à fait décentré de la ville historique, notamment européenne, à laquelle nous nous référons encore trop souvent pour penser l’universalité des villes. Je me suis familiarisé avec la vie quotidienne des zones de #marges ou frontières, de #borderlands, et avec celles et ceux qui les habitent ou y passent. Rien d’exotique dans cela, rien d’impossible non plus, ce sont des lieux quelconques réinvestis, détournés, occupés pour un temps plus ou moins long, des déplacements et des attachements plus ou moins profonds aux lieux de résidence, de passage ou de refuge, et ce sont des événements – politiques, catastrophiques ou artistiques, prévus ou fortuits – créateurs d’échanges, éphémères ou non, et nous faisant occuper et donner un sens à des lieux parfois inconnus. Ces formes sociales, ces moments partagés, toutes ces situations rendent les espaces fréquentés plus familiers, partagés et communs, même sans en connaître le devenir.

    Loin d’être exceptionnelle, cette expérience de recherche m’a semblé expérimentale et exemplaire d’un certain futur urbain. Cela résonne avec les propos des urbanistes rebelles qui pensent comme #Jane_Jacob ou #Richard_Sennett un urbanisme pratique – ou « pragmatique », dit lui-même Sennett, qui ancre depuis longtemps sa réflexion dans l’#homo_faber, dans le faire de l’humain. Il faut, écrit-il, « placer l’homo faber au centre de la ville ». C’est ce que je ferai ici, en poursuivant cette interrogation sur le faire-ville dans sa double dimension, qui est de faire communauté, créer ou recréer du commun, et de faire la ville, c’est-à-dire l’inventer et la fabriquer.

    Une écologie et une anthropologie urbaines sont tout à inventer pour le monde à venir.

    C’est un présent futuriste fait d’étranges établissements humains : des armatures flexibles, modelables à volonté, des murs transparents, des cubes réversibles ou transposables. Curieusement, ces lieux font d’emblée penser à une ville mais précaire et #démontable, ce sont des #agglomérations_temporaires dont la matière est faite de murs en toile plastifiée, de charpentes en planches, en tubes métalliques ou en branchages, de citernes d’eau en caoutchouc, de canalisations et latrines en prêt-à-monter, prêt-à-défaire, prêt-à-transporter.

    Les lumières de la ville sont intermittentes et blafardes, fournies par des moteurs électrogènes mis en route à chaque nouvelle arrivée (fruit d’un désordre ou d’une catastrophe), devenue elle-même prévisible tout comme ses conséquences techniques – ruptures dans les flux et les stocks d’énergie, de nourriture ou de services. Les va-et-vient incessants de camions blancs bâchés emmènent des grandes quantités de riz, de boulgour et de personnes déplacées. Parfois, sur quelques terrains vagues, d’autres enfants jouent au football, ou bien des adultes inventent un terrain de cricket.

    À partir de la matière première disponible dans la nature (terre, eau, bois de forêt) ou de la matière résiduelle de produits manufacturés disponible (planches, palettes, bâches plastifiées, toiles de sac, feuilles métalliques d’emballage, plaques de polystyrène), des habitants bricolent et pratiquent une #architecture_adaptative, réactive, avec les moyens du bord, comme ailleurs ou autrefois une architecture des #favelas ou des #bidonvilles. Des maisons en pisé côtoient d’autres constructions en tissus, carton et tôle. Cette matérialité est en constante transformation.

    Malgré la surprise ou la perplexité qu’on peut ressentir à l’énumération de ces étranges logistiques urbaines, ce n’est pas de la fiction. Ce sont mes terrains d’#ethnographie_urbaine. On y verra sans doute une #dystopie, un mélange cacophonique de prêt-à-monter, de #récupérations et de #bricolages, j’y vois juste l’avenir déjà là, au moins sur les bords, dans un monde certes minoritaire (en Europe au moins), frontalier, à la fois mobile et précaire, mais terriblement efficace et qui a toutes les chances de s’étendre. #Ville_en_kit serait le nom de ce modèle qui viendrait après celui de la ville historique et rejoindrait, « par le bas », celui de la ville générique, dont il serait l’envers moins visible.

    Une écologie et une anthropologie urbaines sont tout à inventer pour le monde à venir, nous n’en connaissons encore presque rien si ce n’est qu’elles seront marquées par une culture de l’#urgence, du présent et de l’#incertitude, organisant et meublant des espaces nus ou rasés ou abandonnés, pour des durées inconnues. Ce qui est marquant est la répétition du #vide qui prévaut au premier jour de ces fragiles agglomérations, mais aussi la résurgence rapide de la #vie_sociale, de la #débrouille_technique, d’une #organisation_politique, et de la quête de sens. Cette ville en kit semble plus périssable, mais plus adaptable et « résiliente » aussi que la ville historique, qu’il nous faut donc oublier. Celle-ci était délimitée dans des enceintes visibles, elle était en dur, elle se développait de plus en plus à la verticale, avec ses voies goudronnées vite saturées de véhicules et de bruits. Cette ville historique maintenant implose, pollue et expulse les malchanceux au-delà de ses limites, mais elle continue de fournir le modèle de « la ville » dans le monde. Pourtant, le modèle s’écarte des réalités.

    On peut s’interroger sur le caractère utopique ou dystopique des #imaginaires_urbains qui naissent de l’observation des contextes dits « marginaux » et de leur permanence malgré leurs destructions répétées partout. Faut-il opposer ou rapprocher une occupation de « ZAD », une invasion de bidonvilles et une installation de migrants sans abri devenue « #jungle », selon le pourquoi de leur existence, toujours spécifique, ou selon le comment de leur processus, toujours entre résistance et adaptation, et les possibles qu’ils ont ouverts ? Si ces établissements humains peuvent être considérés, comme je le défends ici, comme les tout premiers gestes d’un processus urbain, du faire-ville dans son universalité, alors il convient de s’interroger sur ce qu’ils ouvrent, les décrire en risquant des scénarios.

    Ce partage d’expériences suppose une prise de conscience de l’égalité théorique de toutes les formes urbaines.

    Comment passe-t-on de cette #marginalité qui fait #désordre à de la ville ? Une pensée concrète, une #architecture_an-esthétique, un #habitat_minimal, évolutif, peuvent rendre #justice à ces situations et leur donner une chance d’inspirer d’autres expériences et d’autres manières de faire ville. Je reprends là en partie quelques-uns des termes de l’architecte grec et français #Georges_Candilis (1913-1995), pour qui l’observation directe, au Pérou, dans la périphérie de Lima, au début des années 70, d’un processus d’installation et construction d’une « #invasión » fut un choc. Dans la nuit, « des milliers de personnes » avaient envahi un terrain vague « pour construire une nouvelle ville », l’alerta son collègue péruvien.

    C’est moins l’invasion elle-même que la réaction de l’architecte européen qui m’intéresse ici. Longtemps collaborateur de Le Corbusier, Candilis a ensuite passé des années à concevoir, en Europe essentiellement, des très grands ensembles à bas prix, pour « les plus démunis ». Il voit dans le mouvement d’invasion urbaine à Lima un « raz de marée populaire », devant lequel les autorités cèdent et qui va « construire une maison, une ville, sans matériaux ni architectes, avec la seule force du Plus Grand Nombre et le seul espoir de survivre ». Le deuxième jour de l’invasion, sous les yeux de l’architecte devenu simple témoin, les maisons commencent à s’édifier avec des matériaux de récupération, des quartiers se forment et les habitants (« y compris les enfants ») votent pour désigner leurs responsables. « J’assistais émerveillé, écrit Candilis quelques années plus tard, à la naissance d’une véritable “communauté urbaine” », et il évoque, enthousiaste, « l’esprit même de la ville ».

    Je ne pense pas qu’il ait voulu dupliquer en France ce qu’il avait vu à Lima, mais certainement s’inspirer de ses principes. Il exprimait l’intense découverte que cet événement avait représentée pour lui, et surtout le fait que le faire-ville passe par un événement, qui est l’irruption d’un sujet citadin, porteur de l’esprit de la ville et faiseur de communauté urbaine. C’est ce sujet citadin et cette communauté urbaine qui font la ville et qui permettent de penser à nouveaux frais le modèle des instant cities, en le renversant sur lui-même en quelque sorte, contre l’idée qu’il puisse naître hors-sol et qu’il puisse produire des villes fantômes qui attendront leur peuplement.

    Ce partage d’expériences, pour devenir systématique et efficace sans être du mimétisme ni du collage formel, suppose une prise de conscience de l’égalité théorique de toutes les formes urbaines, que j’ai rappelée au tout début de cette réflexion. C’est une démarche qui ne demande ni exotisme ni populisme, mais une attention à ce qu’il y a de plus universel dans le #faire-ville, qui est une énergie de #rassemblement et de #mise_en_commun, dont la disparition, à l’inverse, engendre les étalements diffus et les ghettos qu’on connaît aussi aujourd’hui.

    https://formes.ca/territoire/articles/les-instant-cities-villes-reimaginees-sans-histoire-sans-avenir
    #villes_instantanées #urban_matter #urbanisme #présent #passé #futur

  • Projet Camps et Droit

    Identification du concept de "#Camps"
    Approche anthropologique et philosophique

    Dans le cadre du Projet de Recherche « Les Camps et le Droit » Organisation du 2e séminaire

    Avec les interventions de
    #Michel_AGIER – Directeur d’étude à EHESS en Anthropologie des déplacements
    #Aurore_MREJEN – Docteur en philosophie et chercheuse à l’Université Paris Diderot
    #Etienne_TASSIN – Professeur de philosophie politique à l’Université Paris Diderot

    #Conférence qui a eu lieu le Vendredi 9 Décembre 2016 à 14h00.

    https://vimeo.com/197912091


    #réfugiés #asile #migrations #campement

    Et deux autres conférences sur le même thème :
    https://webtv.parisnanterre.fr/videos/salleconferences-17-02-2017-140134_part2947
    https://webtv.parisnanterre.fr/videos/nomade-v2-22-11-2017-135243_part3308

  • La #ville vécue
    http://www.laviedesidees.fr/La-ville-vecue.html

    Anthropologue de la ville, Michel Agier revient sur ses recherches dans un ouvrage qui fait le point sur les concepts qui permettent de « penser la ville » aujourd’hui, à l’aune de ses espaces délaissés ainsi que des activités de ceux qui l’habitent.

    Essais & débats

    / ville, #sociologie, #anthropologie, #ethnologie

    #Essais_&_débats

  • RTS, Histoire vivante | Les réfugiés
    http://asile.ch/2015/12/04/rts-histoire-vivante-les-refugies

    Témoignages et expertises « Histoire Vivante » s’intéresse à la question à la fois très ancienne et extrêmement contemporaine des réfugiés. En janvier 2013, paraissait un numéro de la revue « Pouvoirs » spécialisée dans les questions juridiques et de sciences politiques, un numéro consacré au thème des réfugiés. Nous rencontrons quelques auteurs qui ont contribué à ce numéro. […]

    • Citation tirée de cet épisode, entretien avec #Dzovinar_Kevonian :
      http://www.rts.ch/docs/histoire-vivante/7097045-les-refugies-3-5.html

      Kevonian (minute 50’00) : « Stefan Zweig disait : ’Tous les chevaux de l’apocalypse ont traversé mon existence’ dans Les mémoires d’un Européen. Et c’est ce sentiment d’une intrusion de l’histoire, comme si la violence de l’histoire pénètre et traverse l’individu dans son corps humain, dans son unicité. C’est pour cela qu’étudier les réfugiés c’est étudier les points d’impact ultimes des processus idéologiques, des modélisations, des tentatives d’appropriations, d’identification, d’essentialisation. C’est pour cela que le réfugié est l’aporie des droits de l’homme, l’aporie de l’Etat-nation, parce qu’il est le point ultime d’impact de ces processus »

    • Entretien avec #Olivier_Bossa (1/5)

      Frédéric Pfyffer s’entretient avec Olivier Bossa. Ce demandeur dʹasile togolais qui vit depuis plus dʹune année au Foyer des Tattes, près de lʹaéroport de Genève a publié récemment à compte dʹauteur un livre intitulé : « Journal dʹun exilé ».

      Entretiens avec Danièle Lochak et Virginie Guiraudon (2/5)

      Danièle Lochak est professeure émérite de droit public à lʹuniversité Paris-Ouest. Nous nous entretenons avec elle sur lʹarticle quʹelle a écrit dans la revue Pouvoirs n°144 sur la question de la construction politique de la notion de réfugié.

      En deuxième partie, nous rencontrons #Virginie_Guiraudon, politologue et directrice de recherche au CNRS, pour évoquer son article « LʹEurope et les réfugiés : une politique peu solidaire ».

      Entretien #Dzovinar_Kevonian (3/5)

      Dans cet épisode, rencontre avec Dzovinar Kevonian, historienne et spécialiste des relations internationales, autour de lʹhistoire mondiale des migrations. Dzovinar Kevonian est maitre de conférence à lʹuniversité Paris-Ouest.

      Entretiens avec #Luc_Cambrezy et #Michel_Agier (4/5)

      Entretien avec Luc Cambrésy, géographe et professeur à lʹInstitut de recherche pour le développement. Nous évoquons avec lui la question qui apparaît avec le réchauffement climatique, celle des « #éco-réfugiés » ou des « #réfugiés_climatiques ».

      En deuxième partie, entrevue avec Michel Agier qui nous raconte lʹhistoire de lʹintervention humanitaire auprès des réfugiés et déplacés depuis les années 70. Michel Agier est ethnologue et anthropologue, directeur de recherche à l’Institut de recherche pour le développement et Directeur d’Études à l’École des Hautes Études en Sciences Sociales (EHESS).

      Entretien avec le réalisateur #Philippe_Picard (5/5)

      Rencontre avec Philippe Picard, réalisateur du #documentaire « Les Déracinés – L’Europe en 45 » que vous pouvez découvrir dimanche 27 septembre 2015 sur RTS Deux :

      « Du printemps 45, l’Histoire n’a retenu que la liesse du 8 mai, pourtant la fin de la #Seconde_Guerre mondiale ne se résume pas à l’immense euphorie de la victoire. Pour des millions d’anonymes, la paix a été synonyme d’espoirs déçus, de misère et d’exil.

      Aux conférences de Yalta, puis de Potsdam, les alliés vont se partager le continent d’Est en Ouest, et provoquer le plus grand déplacement de population de toute l’histoire. Plus de quinze millions d’hommes, de femmes et d’enfants seront chassés de leurs terres natales, coupés de leurs racines, à jamais. Aujourd’hui, des Pays Baltes à l’Ukraine, les frontières de l’Europe orientale, longtemps figées par la Guerre froide, se retrouvent à nouveau prises en tenailles entre la géographie et l’histoire… »

  • #Citation du jour...

    « La stratégie d’ « #externalisation de l’#asile » est une manière pour les gouvernements européens de mettre en oeuvre ce changement radical - la fin de l’asile comme droit universel - tout en le passant sous silence : elle transforme les demandes de reconnaissance à travers l’asile en une gestion éloignée des indésirables. Elle vise, depuis la fin des années 1990 à stopper les flux des personnes en déplacement en deçà des frontières européennes, au Maroc, au Sénégal ou en Libye. L’arbitraire de ces mises à l’écart est un déni de l’universelle humanité autrefois prônée comme principe politique : ainsi, plusieurs pays européens (dont la France) refusent de reconnaître le droit d’asile aux exilés irakiens, mais négocient avec des pays du Proche-Orient (moyennant quelques aides financières et la collaboration du HCR) pour que ceux-ci les reconnaissent « réfugiés », là-bas, et les accueillent temporairement. Chez eux, pas chez nous. Les demandeurs d’asile afghans qu’on trouve dans les environs de Calais ou sur le square Villemin à Paris près de la gare de l’Est, se voient dénier l’asile au nom d’une situation pas suffisamment troublée dans leur pays, mais les médias européens informent régulièrement sur l’action difficile des armées européenne face à la guerre qui sévit en Afghanistan… »

    Tiré de :
    #Michel_Agier, 2011, Le couloir des exilés. Etre étranger dans un monde commun, Editions du croquant, pp.41-42.
    #réfugiés #migrations

  • Problématiques actuelles de la #frontière

    Dans cet entretien #Michel_Agier revient sur la notion de frontière et sur ses significations du point de vue de l’anthropologie. Car si du point de vue de la géopolitique, la frontière sépare, du point de vue de l’anthropologie elle est le lieu de la relation à l’autre.

    http://www.histoire-immigration.fr/magazine/2015/10/problematiques-actuelles-de-la-frontiere
    #murs #frontières #migrations #asile #réfugiés #lieux-frontières #lieu-frontière #barrières_frontalières
    #ressources_pédagogiques

  • France culture | L’#asile est-il encore un #droit ?

    Autour de cette question, France culture a convié #Michel_Agier, ethnologue et anthropologue. Il a publié l’an dernier Un monde de camps (Editions La Découverte, 2014). Pour le questionner, Raphaël Bourgois est accompagné, dans le cadre de notre parteneriat avec le supplément culture&idées du Monde, de Maryline Baumard, responsable du service éducation au Monde.

    http://www.asile.ch/vivre-ensemble/2015/05/03/france-culture-lasile-est-il-encore-un-droit
    #droit_d'asile #migration #réfugiés

    • Et quelques extraits...

      Sur la question de l’égalité dans la mobilité :
      « Il y a une petite partie du monde, en réalité assez minoritaire, des gens plutôt de couleur blanche, plutôt aisés financièrement, qui circulent à peu près librement dans le monde »

      « Le premier pas des migrants en Europe c’est le camp de détention, quand on est dans divers pays européens, de rétention quand on est en France. Du point de vue du droit les gens sont retenus, ils ne sont pas détenus parce qu’ils ne relèvent pas du droit pénal, mais du droit administratif »

      Manuela SALVI : « Ces migrants vous les qualifiez d’indésirables. Indésirables, voire invisibles »
      Michel AGIER : "Les deux termes sont liés. L’idée de l’étranger indésirable est une idée ancienne qui a été utilisée dans les années 1930 à propos des réfugiés espagnols, en 1939, quand il y a eu environ 550’000 réfugiés espagnols qui sont arrivés en France. On a parlé d’indésirables et une bonne moitié d’entre eux a été mise dans des camps de regroupement en France. Hannah Arendt a repris le terme ensuite dans un essai sur « Nous, les réfugiés », où elle parlait des Juifs dans le monde, et elle disait : « Nous n’aimons pas être appelés réfugiés », car cette identité est associée à celle d’indésirable, parce qu’on ne sait pas quoi faire de ces gens-là. On ne les veut pas dans le périmètre de l’Etat-nation. Elle évoquait la mort sociale qui préfigure la mort physique. Aujourd’hui on est dans un autre contexte historique. Je ne pense pas qu’on puisse parler de mort sociale, il faut faire attention aux termes qu’on utilise et qui seraient plutôt métaphysiques. C’est pour cela que je parle plutôt de disparition de l’étranger, de cet étranger indésirable. Il disparait de notre vue, donc les camps prolifèrent parce que ce sont des lieux où effectivement les gens ne meurent pas, parfois ils sont maintenus en vie ou en survie humanitaire. mais ils disparaissent de notre vie et de la société. Et donc cela produit à l’échelle globale une population d’étrangers dont la principale caractéristique n’est pas d’être de telle ou telle ethnie, de telle culture, de telle nationalité, mais d’être invisible, disparu"

      « D’ailleurs, on n’empêche pas les gens de se déplacer, on n’arrête pas la migration, qui est le principe du peuplement à l’échelle mondiale depuis que les hommes existent. Ce mouvement permanent de l’humanité, on ne l’arrête pas. Là, aujourd’hui, il y a des crispations au niveau des Etats à l’heure de la mondialisation qui voudraient retenir ou contenir les gens dans certains territoires extra-territoriaux pour qu’ils ne viennent pas troubler la cartographie des Etats-nations dont nous avons hérité. Or, cette cartographie aujourd’hui est réellement relativisée par le fait que nous tous nous vivons au-delà des frontières nationales. Nous avons des références qui sont globales, professionnelles, etc. et qui dépassent toujours le cadre de l’identité nationale »

      Manuela SALVI : « Et pour l’instant la réponse politique est sécuritaire, on n’a jamais construit autant de murs... »
      Michel AGIER : « Puisque nous nous emmurons, c’est qu’ils ont dangereux, et on produit comme cela le fantasme de l’étranger dangereux »

      « On a quelque chose aujourd’hui dans le monde qui est vrai pour tout le monde, pour les gens des pays du nord comme des pays du sud, c’est celui de la multi-localité. On peut s’ancrer dans plusieurs endroits dans sa vie, et on n’est pas ramenés à notre lieu de naissance ou à notre lieu de principale résidence »

      cc @reka

  • Un monde de #camps

    70 millions de personnes victimes de #déplacements_forcés dans le monde, dont 16 millions de #réfugiés au sens strict du terme, c’est-à-dire ayant passé une frontière. Les spécialistes évaluent à un total d’au moins 450 camps officiels, dont les 60 camps palestiniens. Les camps de déplacés internes seraient au moins un millier. Regard sur ce que disent ces camps de notre monde et de son avenir.

    Invités :

    #Michel_Agier, anthropologue, spécialiste des migrations et des lieux d’exil. Directeur d’Etudes à l’EHESS et à l’IRD. Directeur d’ « Un monde de camps » éditions La Découverte.
    #Hélène_Thiollet, politiste, chercheur au CNRS-Sciences Po. Spécialiste des flux migratoires.
    #Sari_Hanafi, sociologue palestinien, enseignant chercheur à l’Université Américaine de Beyrouth.
    #Olivier_Clochard, géographe, chercheur au CNRS et à Migre-Inter Université de Poitiers.

    http://www.rfi.fr/emission/20141101-camps-refugies-deplacements-forces-migrations-frontieres
    #déplacés_internes #IDP #asile #migration #camps_de_réfugiés

  • Michel Agier, anthropologue français et directeur de l’EHESS - RFI

    http://www.rfi.fr/emission/20140620-michel-agier-anthropologue-francais-directeur-ehess/?ns_campaign=nl_MONDE200614&ns_mchannel=newsletter&ns_source=emailvision&ns_link

    En cette Journée mondiale des réfugiés, attardons-nous un instant sur l’envers du décor. Que reste-t-il de l’époque héroïque des « french doctors » ? N’assiste-t-on pas aujourd’hui la mise en place d’un « gouvernement humanitaire » ? C’est la thèse de l’anthropologue français Michel Agier, qui est directeur de recherches à l’École des hautes études en sciences sociales (EHESS) et qui vient de publier « La condition cosmopolite » à La Découverte.

    #réfugiés #Migrations #asile #michel_agier