• Au Maroc, l’alarmante fuite des médecins
    https://www.lemonde.fr/afrique/article/2026/07/08/au-maroc-l-alarmante-fuite-des-medecins_6721772_3212.html

    Au Maroc, l’alarmante fuite des médecins
    Près de 700 praticiens marocains quittent chaque année leur pays pour exercer à l’étranger, attirés par de meilleures conditions de travail. D’après le ministère de la santé, le besoin de médecins est estimé à près de 28 000 dans le royaume.
    Par Nada Didouh (Fès [Maroc], correspondance)
    Dans une salle d’étude de la Faculté de médecine et de pharmacie d’Oujda, Nour (les prénoms ont été modifiés), 24 ans, prépare un examen décisif. Celui qui lui permettra de s’expatrier après l’obtention de son diplôme au Maroc. « Je voudrais poursuivre ma formation en Belgique », confie l’étudiante en septième année. Comme beaucoup de ses camarades, elle rêve d’ailleurs. « En première année, on était peut-être 30 % à envisager de partir. Aujourd’hui, je ne connais personne qui veut rester. »
    Chaque année, environ 700 médecins marocains quittent le pays, soit un tiers des diplômés, selon les organisations représentatives du secteur. Un chiffre stable depuis plusieurs années et probablement sous-estimé, selon l’économiste Djamila Chekrouni, spécialiste des dynamiques migratoires et professeure à l’université Mohammed-V de Rabat. « Certains étudiants vont à l’étranger pour se spécialiser et ne reviennent pas, explique la chercheuse. D’autres organisent leur mobilité avant même d’entrer dans le système national. » Surtout, insiste-t-elle, il ne s’agit pas d’un phénomène ponctuel mais d’une « tendance longue », alimentée à la fois par la crise du système de santé marocain et par l’attractivité croissante des pays étrangers en manque de personnel médical.
    En août 2025, la mort de huit femmes venues accoucher par césarienne au centre hospitalier régional Hassan-II d’Agadir avait provoqué une vive émotion dans l’opinion publique. L’affaire avait agi comme un catalyseur, déclenchant une mobilisation inédite de jeunes, regroupés sous le mouvement GenZ 212. Face à la contestation, le gouvernement avait multiplié les annonces, promettant notamment un renforcement des effectifs, une amélioration des conditions de travail et un investissement accru dans les infrastructures hospitalières. Mais ces engagements, censés aussi freiner l’exode des médecins, peinent encore à se traduire concrètement sur le terrain.
    En 2022, le Maroc consacrait 6 % de son produit intérieur brut à la santé, un niveau inférieur aux recommandations internationales, et le secteur a longtemps été relégué derrière d’autres priorités d’investissement public, comme les infrastructures de transport ou les grands projets sportifs. « Les médecins ne quittent pas uniquement un pays pour un meilleur salaire, ils quittent un système qui ne leur offre pas suffisamment de perspectives professionnelles et de conditions d’exercice à la hauteur de leurs compétences », analyse Djamila Chekrouni.Chez Nour, la décision s’est imposée dès la troisième année, après plusieurs stages à l’hôpital. L’étudiante ne s’attendait pas à un tel manque de moyens. Lors d’une de ses premières gardes de nuit, un de ses patients est mort après un arrêt cardiaque. « J’ai couru pendant quinze minutes dans les couloirs pour trouver de l’adrénaline à lui injecter, se souvient-elle. Il n’y en avait nulle part. J’ai essayé de trouver des solutions, mais on était totalement dépourvus du matériel nécessaire à la réanimation. » Elle exerçait pourtant, à ce moment-là, dans un hôpital universitaire de référence.
    Quelques années plus tard, en stage lors d’un Erasmus en Belgique, elle découvre un autre système. « Quand j’ai demandé ce qu’on faisait s’il n’y avait pas d’adrénaline, l’encadrant a été surpris. C’était impensable. » Malgré les difficultés administratives, l’éloignement familial ou encore les contraintes liées au port du voile, qui l’ont poussée à se tourner vers la Belgique plutôt que vers la France, où le principe de laïcité impose aux agents du secteur public hospitalier une stricte obligation de neutralité, elle assume son choix : « C’est le prix à payer pour avoir une bonne formation et de bonnes conditions de travail. » La France reste la première destination de ces médecins prêts à l’exil, devant le Canada, la Belgique, l’Allemagne et les pays du Golfe. De manière générale, souligne Djamila Chekrouni, au-delà de la question salariale, les médecins se dirigent vers des pays qui combinent besoin de main-d’œuvre médicale, politiques de recrutement favorables et perspectives professionnelles et personnelles plus attractives.
    Mais partir ne signifie pas toujours réussir à s’installer durablement à l’étranger. Après deux ans aux Etats-Unis, où elle s’est spécialisée en « médecine de la famille », Kaoutar, 29 ans, a dû revenir au Maroc en 2024, contrainte par des difficultés administratives liées à la prolongation de son visa. « Ça a été un choc », confie-t-elle. La jeune praticienne enchaîne depuis les remplacements dans des zones rurales, où elle a découvert un système de santé en grande difficulté. « Là où les besoins sont les plus importants, les infrastructures sanitaires ne sont pas adaptées. Tu te sens inutile, tu n’as rien à offrir aux patients car le matériel de base, le b.a.-ba de la pratique clinique, manque, déplore-t-elle. On travaille dans un système du dépannage. Même pour des gestes simples, comme traiter une plaie superficielle, il manque des équipements. »
    Au-delà des obstacles matériels, elle évoque aussi des tensions avec l’administration locale : « L’avis du médecin n’est pas respecté, encore moins quand on est une femme et qu’on est jeune. On ne nous fait pas confiance. On est juste là pour que les autorités puissent dire à la population : “Vous avez un médecin”, mais sans pouvoir réellement agir. » Deux ans après son retour, elle continue à postuler régulièrement à l’étranger. « Peu importe la destination, mon objectif est juste de partir. Et je ne pars pas pour gagner plus, ni pour des raisons familiales, ni pour me surspécialiser, je pars uniquement pour pouvoir pratiquer mon métier en bonne et due forme. »L’exode des médecins marocains a des conséquences importantes sur le système de santé, insiste Djamila Chekrouni, parce qu’il intervient dans un contexte où le Maroc souffre déjà d’un déficit en ressources humaines médicales. Selon un rapport du ministère de la santé publié en juin, le besoin total en professionnels de santé au titre de la période 2025-2026 est estimé à 83 000 au Maroc. Parmi ces postes vacants, près de 28 000 concernent les médecins. Chaque départ aggrave ainsi la surcharge de travail des praticiens et allonge les délais de prise en charge.
    Les zones rurales, déjà fragiles, sont les plus touchées. Et certaines spécialités, recherchées à l’étranger, deviennent particulièrement vulnérables. Un cercle vicieux : « Plus les conditions se dégradent pour ceux qui restent, plus la tentation de partir augmente », alerte l’économiste, qui rappelle aussi que former un médecin représente un investissement public important. Son départ constitue donc aussi une perte économique pour le pays, au bénéfice des systèmes de santé étrangers. « Le véritable défi n’est pas d’empêcher les médecins de partir, mais de créer les conditions pour qu’ils aient envie de rester… Ou de revenir. La rétention des médecins est finalement un indicateur de la capacité d’un pays à offrir à ses élites professionnelles des perspectives de carrière, de reconnaissance et de réalisation de leurs aspirations », estime Djamila Chekrouni.

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  • L’immigration, un sujet politique et une nécessité économique dans le contexte du déclin démographique en France
    https://www.lemonde.fr/societe/article/2026/06/11/l-immigration-un-sujet-politique-et-une-necessite-economique-dans-un-context

    L’immigration, un sujet politique et une nécessité économique dans le contexte du déclin démographique en France
    Par Julia Pascual
    C’est un nombre, parmi beaucoup d’autres, dans la grande projection démographique, à l’horizon 2070, réalisée par l’Institut national de la statistique et des études économiques (Insee), publiée lundi 8 juin. Mais c’est un nombre, plus que d’autres, qui constitue une matière politiquement inflammable. Les projections de l’Insee tablent sur un solde migratoire positif (le nombre d’entrées moins le nombre de sorties) de 150 000 personnes par an. Un scénario, tempère l’Insee, à plus ou moins 80 000 personnes, tant la prévision, en la matière, dépend de multiples paramètres.
    Le raisonnement est le suivant. Selon l’hypothèse principale de cette étude, la population française devrait décroître à partir de 2037. Face à cette tendance, liée au recul de la fécondité et au vieillissement de la population, l’immigration apparaît incontournable, même si elle ne suffit pas à contrecarrer le déclin. Pour les opposants à l’immigration, c’est cependant la promesse d’un flux dangereux. Pour la plupart des acteurs économiques, qui ont besoin de bras et de cerveaux, c’est à l’inverse du bon sens. Pour les démographes, enfin, c’est le scénario le plus probable, mais en aucun cas une certitude : les politiques publiques, ou des bouleversements géopolitiques, peuvent changer la donne.
    D’un point de vue démographique, la recherche d’un équilibre de la population n’a pas de justification scientifique. « En démographie, l’homéostasie [processus de retour naturel à l’équilibre] est un modèle idéologique », rappelle François Héran, professeur honoraire au Collège de France et ancien directeur de l’Institut national d’études démographiques. Cependant, note-t-il, « beaucoup de pays engagés dans la seconde transition démographique [espérance de vie élevée et fécondité durablement faible] mènent des politiques d’immigration utilitaristes, à l’image de l’Allemagne, à des fins économiques, car les politiques natalistes ne peuvent enrayer les baisses de population ».
    Outre-Rhin, en effet, où les décès l’emportent sur les naissances depuis 1972, la politique migratoire a permis de faire en sorte que la population, alors de 78,5 millions d’habitants, passe à 84,4 millions en 2023, relève le démographe Hervé Le Bras, dans un article de la revue Politique étrangère, de l’IFRI (juin 2026).
    La réponse de la France au déclin démographique relèvera d’un choix politique. Et, à moins d’un an de l’élection présidentielle, les candidats déclarés ou pressentis affirment leur position sur l’immigration, souvent dans un sens restrictif. Récemment, le ministre de la justice, Gérald Darmanin, a défendu un « moratoire » de trois ans sur l’ensemble des flux, le candidat et ex-premier ministre Gabriel Attal a affirmé vouloir réduire l’immigration familiale au profit de la seule immigration économique, tout comme le candidat Edouard Philippe, qui prône une immigration économique « choisie et contrôlée ». Le patron des Républicains, Bruno Retailleau, répète vouloir réduire « drastiquement » les arrivées. Le Rassemblement national, lui, laboure depuis longtemps ce terrain.« Il y a une méconnaissance très répandue de la classe politique à propos de la migration économique », regrette Gilles Spielvogel, maître de conférences à l’université Paris-I Panthéon-Sorbonne. Les acteurs de l’économie plaident en effet, eux, pour plus d’immigration, dans de nombreux secteurs.
    « Le premier frein à la réindustrialisation de la France, ce sont les tensions dans le recrutement, souligne par exemple Philippe Mutricy, directeur des études de la banque publique d’investissement Bpifrance. On fait face à un besoin structurel de compétences, surtout au niveau des techniciens et des ouvriers qualifiés. » « Dire qu’on ne veut plus d’immigrés, c’est une bêtise économique immédiate, appuie Michel Picon, le président de l’Union des entreprises de proximité (U2P), qui représente les artisans, les commerçants et les professions libérales. Dans la restauration, l’hôtellerie, le bâtiment, les services à la personne… répondre à nos besoins passe par l’immigration. »
    L’U2P fait partie des organisations patronales qui, au côté de syndicats de salariés, ont été reçues le 26 mai par les ministres du travail et de l’intérieur pour aborder la question migratoire. Lors de cette réunion, les difficultés rencontrées par les entreprises et les travailleurs migrants dans les démarches d’obtention ou de renouvellement de titres de séjour ont été abordées. Un sujet sur lequel, après le passage Place Beauvau de Bruno Retailleau, tenant d’une ligne dure, son successeur Laurent Nuñez entend faire « bouger les lignes ». Un décret et une circulaire sont attendus, pour simplifier les démarches d’autorisation de travail des immigrés et la régularisation de ceux exerçant, sans papiers, une activité salariée. « On a besoin d’une immigration de travail dans ce pays », a aussi défendu lundi sur LCP le ministre du travail, Jean-Pierre Farandou.
    L’observation n’a rien de nouveau. Le 29 avril, l’Union européenne a adopté un règlement sur la création d’un réservoir de talents, visant à faciliter la venue de travailleurs étrangers qualifiés. « Compte tenu de l’ampleur actuelle des pénuries sur le marché du travail et des évolutions démographiques (…), la migration légale et ordonnée est essentielle pour (…) garantir la qualité des systèmes de protection sociale, la compétitivité et une croissance économique soutenue », affirme le règlement dans son introduction.« Dans un marché mondialisé des talents, dans lequel 75 % des employeurs dans le monde disent avoir des difficultés à recruter, l’immigration est plus stratégique aujourd’hui qu’hier », soutient Violaine Jaussaud, avocate au sein de Vialto, un cabinet spécialisé dans la mobilité internationale.
    Selon une note de conjoncture internationale de l’Insee, parue en décembre 2025, « les dynamiques migratoires ont largement soutenu l’emploi depuis 2019 dans trois des principales économies européennes » – l’Allemagne, l’Espagne et l’Italie.
    D’après le dernier rapport au Parlement sur les étrangers en France, il y avait fin 2024 plus de 450 000 titres de séjour en cours de validité émis pour un motif économique, sur un ensemble de 4,3 millions. Ce volume a quadruplé en dix ans. « La tendance est forte », convient Ludovic Guinamant, sous-directeur du séjour et du travail au sein du ministère de l’intérieur.Axelle Bodmer, secrétaire générale de l’Union des armateurs à la pêche de France, raconte par exemple comment, chaque année, « le nombre de marins étrangers progresse », en provenance d’Espagne, du Portugal, mais aussi, de plus en plus, du Sénégal et de l’Indonésie. « Il faut compléter les équipages pour éviter que les bateaux restent à quai », explique-t-elle. En cause : la désaffection pour un métier difficile. Pour faciliter le recours à ces travailleurs, l’organisation a plaidé auprès du ministère de l’intérieur pour que les métiers de matelot et de mécanicien figurent dans les listes des métiers en tension révisées en 2025, dans des régions comme la Bretagne, ce qui permet un allègement des procédures de recrutement des ressortissants extra-européens.C’est aussi ce dont bénéficie le Seasonal Businesses in Travel (SBIT), un syndicat britannique d’entreprises de voyages qui fait venir des travailleurs dans les stations de ski alpines, où les métiers de l’hôtellerie sont classés « en tension ». En 2025, les quelque 1 400 Britanniques employés dans ces stations ont représenté le troisième contingent de saisonniers étrangers en France.
    Pour consolider leurs ressources humaines, certains secteurs ont entrepris de structurer, depuis plusieurs années, des filières de recrutement à l’étranger. A l’image de l’agriculture, qui ne tournerait pas sans l’apport de plus de 10 000 saisonniers marocains et 3 000 tunisiens. « Le travail de la terre a toujours été dur et a attiré les groupes de population les plus pauvres, constate Sylvestre Bertucelli, le directeur de Légumes de France, qui représente 32 000 exploitations pour lesquelles il a participé au recrutement de quelque 800 ouvriers agricoles marocains en 2025. Sur les dix dernières années, on a recruté beaucoup de Polonais, puis des Roumains, des Bulgares, des Moldaves. Au fur et à mesure que leur niveau de vie augmentait, ils sont allés faire autre chose. » Le manque de main-d’œuvre est toujours important.

    #Covid-19#migration#migrant#france#demographie#vieillissement#economie#travailleurmigrant#migrationqualifiee#sante

  • En Belgique, un nouveau projet de loi veut accentuer la lutte contre la fraude au travail et favoriser les étrangers qualifiés - InfoMigrants
    https://www.infomigrants.net/fr/post/71403/en-belgique-un-nouveau-projet-de-loi-veut-accentuer-la-lutte-contre-la

    En Belgique, un nouveau projet de loi veut accentuer la lutte contre la fraude au travail et favoriser les étrangers qualifiés
    Par Julia Dumont Publié le : 15/05/2026
    Le Conseil des ministres belge a approuvé, mercredi, un avant-projet de loi présenté par la ministre de l’Asile et de la Migration, Anneleen Van Bossuyt, et qui vise à sanctionner davantage les abus en terme d’immigration de travail, mais aussi à faciliter l’installation de travailleurs hautement qualifiés, notamment en simplifiant l’accès à la carte bleue européenne.
    Le Belgique veut continuer à durcir son arsenal législatif sur l’immigration. Mercredi 13 mai, le Conseil des ministres a approuvé un avant-projet de loi déposé par la ministre de l’Asile et de la Migration, Anneleen Van Bossuyt. Le texte a pour but de durcir les conditions d’accès au marché du travail belge en cas de suspicion de fraudes ou d’abus. Aucun chiffre sur l’ampleur du phénomène n’est mentionné dans le communiqué. « L’immigration par le travail ne doit pas devenir une porte dérobée pour la fraude ou les montages fictifs », a indiqué Anneleen Van Bossuyt. « Ceux qui viennent travailler en toute légalité doivent être accompagnés rapidement et efficacement. Mais ceux qui falsifient des documents, organisent des abus ou tentent de faire venir des personnes en Belgique via des sociétés écrans seront sanctionnés. »
    Dans les faits, le texte prévoit de donner à l’Office des étrangers des pouvoirs accrus pour intervenir en cas d’abus au permis de travail. « Les demandes pourront être refusées, notamment en cas de doutes sérieux concernant les documents ou les déclarations, lorsqu’une entreprise semble avoir été créée principalement pour faciliter l’accès au territoire belge, ou lorsque le séjour a une finalité autre que le travail pour lequel la demande a été déposée », détaille le quotidien belge Le Soir. Le texte propose également d’instaurer une « meilleure protection du travailleur victime de certaines infractions sociales commises par l’employeur », ajoute le communiqué du Conseil des ministre. « Notre lutte contre les abus cible les structures et les employeurs frauduleux, et non les salariés qui sont exploités », assure Anneleen Van Bossuyt.
    Enfin, le projet de loi doit également introduire de nouvelle dispositions pour les travailleurs hautement qualifiés non ressortissants de l’Union européenne (UE). Anneleen Van Bossuyt souhaite notamment rendre plus attractive la carte bleue européenne. « Le délai de traitement des demandes sera réduit à 90 jours maximum, les règles relatives au regroupement familial seront simplifiées et la mobilité au sein de l’UE sera facilitée », décrit Le Soir. « Nous ouvrons plus rapidement la porte à ceux qui renforcent notre économie et nous la fermons à ceux qui abusent du système », résume la ministre.
    À son arrivée au pouvoir début 2025, Anneleen Van Bossuyt avait promis la « politique la plus stricte jamais menée » en Belgique sur les questions migratoires. Sous son impulsion, Bruxelles a pris ces derniers mois des mesures destinées à réduire drastiquement la présence d’étrangers dans le pays. Ainsi, depuis le mois d’août, les personnes ayant reçu une réponse positive à une demande de protection antérieure dans un autre pays de l’UE n’ont plus droit à l’enregistrement et à l’hébergement à leur arrivée en Belgique, dans les centres Fedasil ou Croix-Rouge qui accueillent souvent ces primo-arrivants. Concrètement : elles seront considérées comme irrégulières sur le territoire, et donc potentiellement ciblées par des obligations de quitter le territoire. Déjà, depuis 2023, la Belgique avait fait officiellement le choix de privilégier les femmes et enfants face à un dispositif d’hébergement surchargé, laissant à la rue les hommes seuls. Par ailleurs, toute personne qui aura reçu une décision définitive dans un autre État-membre - qu’elle soit positive ou négative, cette fois - verra sa demande d’asile traitée par un circuit différencié et accéléré.
    Enfin, le gouvernement compte supprimer les places d’accueil pour toute personne qui passe par un demandeur mineur pour tenter d’obtenir l’asile, si une demande en son nom avait été déjà rejetée - sauf en cas d’éléments nouveaux à apporter à l’administration. La ministre affiche une volonté de « mettre fin à l’utilisation de mineurs pour prolonger les procédures et l’hébergement ». Autre mesure phare de la ministre : le revenu d’intégration versé aux personnes ayant obtenu le statut de réfugié en Belgique n’est plus versé sans condition. Il est désormais conditionné à des efforts d’intégration.
    Dans le même temps, Bruxelles a fortement diminué le taux de protection internationale octroyée à des étrangers dans le pays. En 2025, le Commissariat général aux réfugiés et aux apatrides (CGRA), l’instance belge en charge du traitement des dossiers d’asile, a accordé la protection internationale à hauteur de 28,4 %. Un chiffre en forte baisse par rapport à l’année précédente : en 2024, le taux de protection s’élevait à 47,8 % et à 43,5 % en 2023. La Belgique cherche également à accélérer le départ d’un maximum d’étrangers. Pour cela, Anneleen Van Bossuyt a annoncé en janvier une augmentation de l’aide à la réintégration destinée aux Syriens qui accepteraient de retourner chez eux. Celle-ci peut désormais atteindre 5 000 euros. Bruxelles a également conclu, fin mars, avec l’Algérie, un accord de réadmission des Algériens en situation irrégulière vivant en Belgique, prévoyant « la possibilité de transférer plusieurs personnes par vol et de recourir à des vols directs ou indirects » ainsi que « de faire appel à des escorteurs algériens » pour les retours forcés

    #Covid-19#migrant#migration#belgique#politiquemigratoire#asile#retourforcé#reintegration#migrationqualifiee#sante

  • Jaafar Alloul, sociologue : « Il peut y avoir un sentiment de soulagement existentiel à l’émigration pour les jeunes cadres d’origine maghrébine »
    https://www.lemonde.fr/campus/article/2025/12/02/jaafar-alloul-sociologue-il-peut-y-avoir-un-sentiment-de-soulagement-existen

    Jaafar Alloul, sociologue : « Il peut y avoir un sentiment de soulagement existentiel à l’émigration pour les jeunes cadres d’origine maghrébine »
    Propos recueillis par Charlotte Bozonnet
    Chercheur à l’université de Gand en Belgique, Jaafar Alloul travaille sur la sociologie des migrations. Il est l’auteur, notamment, d’une thèse sur les mobilités de travailleurs qualifiés européens d’origine maghrébine vers les Emirats arabes unis, soutenue en 2020 à l’université d’Amsterdam.
    Pourquoi des personnes qui appartiennent aux CSP+ et apparaissent donc comme très bien intégrées décident-elles de partir de France ?
    La discrimination va bien au-delà de la simple capacité, ou non, à obtenir un revenu à la hauteur de ses diplômes ou de ses aspirations professionnelles. Diriez-vous que la discrimination fondée sur le sexe n’existe pas en France parce que les femmes bénéficient aujourd’hui d’une plus grande égalité salariale et d’un meilleur accès au marché du travail ? Non. Les plafonds de verre persistent au travail et dans la société en général. Il en va de même pour les « plafonds raciaux ». En outre, ceux qui sont confrontés à des formes sophistiquées de discrimination en milieu professionnel sont souvent ceux qui ont déjà entamé une mobilité sociale considérable. A mesure qu’ils montent en grade, les frictions sociales s’intensifient en raison d’une hostilité accrue et d’une concurrence plus féroce pour le statut social associé.
    Que vont-ils chercher à l’étranger ?
    Un déménagement à Dubaï, à New York, à Londres ou même à Singapour peut offrir davantage d’opportunités professionnelles, un revenu plus élevé et une mobilité sociale accélérée. Mais il y a aussi un sentiment de soulagement existentiel, c’est-à-dire de pouvoir se débarrasser, au moins temporairement, d’une forme de stigmatisation raciale profonde et de pouvoir mener une vie plus « libre » et anonyme.
    Dans mes travaux, j’ai conceptualisé cette dynamique des minorités qualifiées quittant la France – et l’Europe en général – sous le terme de « migration de statut » plutôt que migration strictement économique. On cherche en effet une amélioration globale du statut social et pas seulement du travail, du revenu ou des finances.
    Certaines des personnes que j’ai interviewées étaient également à la recherche d’une certaine liberté dans leur pratique religieuse quotidienne, ce qui n’équivaut pas forcément à une recherche de religiosité manifeste (en termes d’apparence vestimentaire publique comme le port du voile, etc.), mais plutôt à la non-problématisation du fait d’être religieux, en l’occurrence musulman.
    Vous observez également que ces départs ne sont pas définitifs…
    Oui, et c’est une nuance importante : quitter la France, par exemple pour Dubaï, n’est pas forcément un déménagement pour toujours. Beaucoup font des allers-retours, ou reviennent après avoir franchi un certain plafond racial dans le monde de l’entreprise. L’idée d’un exode permanent et à grande échelle est un cliché sensationnaliste.
    Il faut rappeler que, avant tout, les soi-disant « immigrés » de « deuxième », « troisième » et « quatrième » génération en France restent des citoyens français, pour la plupart nés, élevés, éduqués et socialisés en France. Ils sont français. Loin de nier cette réalité, ils en sont eux-mêmes conscients lorsqu’ils s’expatrient en tant que professionnels français. Parallèlement, leur « héritage hybride » (maghrébin et musulman) acquiert soudainement une valeur avantageuse aux Emirats, ce que j’appelle le « capital racial » perçu. En conclusion, ce ne sont pas eux qui nient a priori leur identité française ou européenne et qui partent dans un exode permanent. Cela tient à la volonté de poursuivre une mobilité sociale perçue comme bloquée en Europe.

    #Covid-19#migrant#migration#france#emigration#discrimination#mobilitésociale#sante#economie#migrationqualifiee

  • L’Allemagne supprime la possibilité d’obtenir un passeport après trois ans de séjour dans le pays - InfoMigrants
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    L’Allemagne supprime la possibilité d’obtenir un passeport après trois ans de séjour dans le pays
    Par RFI Publié le : 10/10/2025
    En 2024, le gouvernement de gauche d’Olaf Scholz avait facilité les naturalisations en les autorisant après cinq ans de séjour au lieu de huit. Une disposition permettait également dans certains cas une « naturalisation turbo » après trois ans. Les chrétiens-démocrates, qui avaient critiqué la nouvelle loi, n’ont pas pu la remettre en cause en raison des résistances de leurs alliés sociaux-démocrates. Mais la naturalisation turbo vient d’être supprimée par le Parlement.
    Le nombre de personnes qui ont bénéficié de cette disposition particulière est restée très modeste, environ 1% des naturalisations, d’après certaines estimations. Cette dérogation au droit commun permettait d’obtenir un passeport allemand après trois ans de séjour pour des personnes particulièrement bien intégrées en raison de leur parcours scolaire, universitaire ou professionnel et dont la maîtrise de l’allemand était excellente.
    Cette disposition ne visait pas des réfugiés, mais plutôt cette main-d’œuvre qualifiée dont l’Allemagne a besoin et pour qui l’obtention plus rapide de la nationalité de leur nouveau pays peut être un plus.
    300 000 naturalisations en 2024. Mais les polémiques durant la dernière campagne électorale autour de l’immigration ont échauffé les esprits. Pour les conservateurs, la nationalité allemande était « bradée » et trop rapide. « La naturalisation doit couronner le processus d’intégration et non le précéder. La naturalisation turbo après trois ans était un principe totalement erroné », a lancé le ministre de l’Intérieur, le chrétien-social bavarois Alexander Dobrindt, à la tribune du Bundestag.
    Les règles de base adoptées l’an dernier restent en vigueur. Une naturalisation est possible après cinq ans de séjour en Allemagne au lieu de huit dans le passé. La double nationalité, autrefois une exception, est devenue la norme. L’an dernier, un record a été atteint avec près de 300 000 naturalisations, une augmentation de 46% par rapport à 2023 qui s’explique également par l’entrée en vigueur de la nouvelle loi.

    #Covid-19#migrant#migration#allemagne#politiquemigratoire#naturalisation#integration#droit#migrationqualifiee

  • A New York, Emmanuel Macron annonce un système de bourse pour des étudiants américains
    https://www.lemonde.fr/international/article/2025/09/23/a-new-york-emmanuel-macron-annonce-un-systeme-de-bourse-pour-des-etudiants-a

    A New York, Emmanuel Macron annonce un système de bourse pour des étudiants américains
    Par Nicolas Chapuis (New York, correspondant)
    Dans l’histoire des relations entre la France et les Etats-Unis, la convocation de la mémoire de Gilbert du Motier, marquis de Lafayette, signifie en général que l’heure est grave. Au lendemain de son discours de reconnaissance de l’Etat de Palestine à l’ONU, qui a agacé la Maison Blanche, Emmanuel Macron a lancé officiellement une bourse universitaire qui portera le nom du célèbre « Héros des deux mondes ». Le but affiché : accueillir chaque année en France 30 brillants étudiants américains en master, avec un cursus académique sur mesure. L’objectif officieux : développer le « soft power » français outre-Atlantique, à une époque où le lien entre Washington et Paris se distend à vue d’œil.
    « Cette bourse est une histoire de confiance et de jeunesse », a expliqué Emmanuel Macron, mardi 23 septembre, à la Villa Albertine, la représentation culturelle française à New York. Rappelant, en anglais, l’histoire commune des deux pays, notamment lors des grandes guerres, le chef de l’Etat a formulé le vœu de voir émerger « une nouvelle génération qui va traverser l’océan, non pas pour combattre, mais pour inventer un futur ensemble, avec un idéal commun, celui du marquis de Lafayette, celui des Lumières, qui croit en l’éducation ».
    L’intérêt des étudiants américains semble réel : plus de 500 ont déjà ouvert des dossiers de candidature pour la Lafayette Fellowship. L’initiative intervient alors que, de leur côté, les Etats-Unis ont envoyé des signaux négatifs sur les échanges universitaires. Au printemps, plusieurs grandes universités américaines, dont Harvard, avaient été menacées par l’administration Trump de perdre leur autorisation à recevoir des étrangers. Par ailleurs, les règles d’attribution des visas étudiants pourraient être revues.
    Avec la Lafayette Fellowship, La France se lance en tout cas dans la grande compétition des programmes internationaux. Les Etats-Unis ont la Fulbright, une bourse d’excellence financée par le département d’Etat, créée dans l’immédiat après-seconde guerre mondiale, qui leur permet d’attirer chaque année les meilleurs étudiants de la planète. Plusieurs pays ont en retour des programmes à destination des étudiants américains. C’est le cas notamment du Royaume-Uni, avec la bourse Marshall, qui existe depuis les années 1950. En ciblant des profils prometteurs appelés à occuper des positions de pouvoir, Londres s’assure d’avoir des générations d’« ambassadeurs » de la relation entre les deux pays.
    C’est sur ce terrain que la France veut batailler. « Je suis convaincu que l’avenir de la coopération entre la France et les Etats-Unis repose sur l’émergence d’une nouvelle génération de jeunes leaders américains francophiles, explique Mohamed Bouabdallah, directeur de la Villa Albertine et conseiller culturel à l’ambassade, à l’origine du projet. Avec le programme Lafayette Fellowship, nous nous adressons à des étudiants qui s’intéressent à la France et à l’Europe et qui ont envie d’y travailler, d’y étudier, d’y voyager, et de s’imprégner de la culture française. »
    Les 30 étudiants sélectionnés seront choyés par le Quai d’Orsay. Des visites dans des lieux privilégiés, des intervenants de luxe, un catalogue de formations qui pioche dans les programmes des meilleures universités et écoles à travers le pays, des cours en français ou en anglais. « C’est vraiment le modèle des bourses américaines comme la Fulbright, c’est une initiative géniale », abonde Jean-Hugues Monier, associé émérite chez McKinsey et donateur du programme.
    La question de l’argent est évidemment le nerf de la guerre. Aux Etats-Unis, la culture du mécénat a rendu possibles ces bourses. Mohamed Bouabdallah s’en est inspiré pour organiser une levée de fonds auprès de riches donateurs français ou francophiles, avec pour objectif de financer les trois premières années, puis de créer un fonds dont les intérêts financeraient durablement le programme. Plusieurs grands noms de la tech ont participé, comme Fidji Simo, la vice-présidente d’OpenAI, Reid Hoffman, le fondateur de LinkedIn, ou Eric Schmidt, l’ancien PDG de Google.
    Ce n’est pas la première fois que la France essaie de lancer un programme similaire. Une tentative avait déjà eu lieu dans les années 1950, sans lendemain. Une autre initiative avait vu le jour dans les années 1920. Au lendemain de la première guerre mondiale, Georges Clemenceau s’était rendu aux Etats-Unis pour donner un cycle de conférences. Au moment de prendre le bateau du retour, il avait annoncé faire don de ses gains à de jeunes Français et Américains, désireux de partir étudier de l’autre côté de l’Atlantique. Grand admirateur des Etats-Unis, le Tigre avait coutume de répéter : « Il faut prendre soin de notre amitié. »

    #Covid-19#migration#migrant#etatsunis#france#etudiant#migrationqualifiee#politiquemigratoire

  • Donald Trump inflige une pénalité de 100 000 dollars pour les visas H-1B prisés par la Silicon Valley
    https://www.lemonde.fr/economie/article/2025/09/20/donald-trump-inflige-une-penalite-de-100-000-dollars-pour-les-visas-h-1b-pri

    Donald Trump inflige une pénalité de 100 000 dollars pour les visas H-1B prisés par la Silicon Valley
    Par Arnaud Leparmentier (San Francisco, correspondant)
    100 000 dollars (85 000 euros) le visa qualifié : c’est le tarif exorbitant fixé par Donald Trump pour l’obtention d’un visa de travail dit H-1B. Ces visas, antichambre pour la carte verte et l’immigration définitive aux Etats-Unis, sont utilisés, notamment, par les géants de la technologie pour recruter. Le salaire minimal exigé d’environ 60 000 dollars par an n’a pas été réévalué. De ce fait, ces visas attirent également les personnes qui, moyennement qualifiées, acceptent des salaires inférieurs aux 100 000 dollars, le plus souvent proposés par la tech.
    Dans son décret, Donald Trump accuse les entreprises informatiques d’avoir « manipulé de manière flagrante le système H-1B, portant gravement préjudice aux travailleurs américains » et estime que ce programme « a rendu encore plus difficile pour les diplômés universitaires de trouver un emploi dans le secteur informatique », les firmes américaines préférant recruter à l’étranger. Selon lui, les salariés débutant sous visa ont un salaire inférieur de 36 % par rapport aux travailleurs traditionnels à temps plein.
    Il accuse les entreprises d’embaucher des H-1B tout en procédant à de licenciements. « Cela garantira que les personnes recrutées par les entreprises sont réellement très qualifiées et qu’elles ne sont pas remplaçables par des travailleurs américains », a déclaré le secrétaire du cabinet de la Maison Blanche, Will Scharf. « Si vous voulez former quelqu’un, formez un jeune diplômé d’une des grandes universités de notre pays. Formez des Américains. Arrêtez de faire venir des gens qui nous volent nos emplois », a renchéri le secrétaire au commerce, Howard Lutnick. Ce dernier a même introduit une ambiguïté encore plus détonante, expliquant que les 100 000 dollars étaient à payer chaque année, mais cette disposition ne figure pas dans le décret présidentiel.
    Créés en 1990, ces visas, d’une durée de trois ans renouvelable et limités à 85 000 par an, ont été victimes de leur succès. Résultat, une loterie a été créée – frais de participation de 215 dollars – mais a été en partie détournée par les candidats inscrits plusieurs fois en présentant plusieurs offres d’emploi. Les gagnants sont sponsorisés par les entreprises, qui doivent avancer quelque 5 000 dollars, sans compter les frais d’avocat, qui doublent ou quadruplent le coût de la procédure. Selon la National Foundation of American Policy, environ 700 000 personnes titulaires d’un tel visa vivent actuellement aux Etats-Unis.
    L’Inde a reçu, l’an dernier, plus de 70 % de visas H-1B suivie de loin par la Chine (12 %). Au premier semestre 2025, Amazon était la première entreprise bénéficiaire, avec 10 000 visas H-1B approuvés, suivie par Microsoft, Meta et l’indien Tata avec chacune plus de 5 000 approbations. Viennent ensuite Google et Apple avec environ 4 200 visas. En termes cumulés, les géants de l’informatique (Tata, Cognizant, Infosys, Wypro, Accenture, Microsoft, Deloitte), ont reçu de 50 000 à 100 000 visas depuis 2009. Vendredi 19 septembre, les actions Cognizant et Infosys ont baissé sensiblement en Bourse. Pas de crainte pour les possesseurs de ce visa, qui a l’avantage de ne pas être révoqué au changement d’employeur. Les bénéficiaires sont à 70 % des hommes, avec un âge médian de 33 ans.
    Les patrons de la tech, qui ont prêté allégeance à Donald Trump pour son second mandat, sont particulièrement silencieux. Le capital-risqueur, associé de Menlo Ventures, Deedy Das, s’afflige sur X : « Nouvelle catastrophique sur l’immigration. » « Cela décourage l’attraction des talents les plus brillants du monde vers les Etats-Unis », déplore-t-il, notant qu’ils ne pourront plus amortir le coût élevé de leurs études. « Si les Etats-Unis cessent d’attirer les meilleurs talents, sa capacité à innover et à développer son économie s’en trouvera fortement réduite. »
    A l’ère Trump, tout est à l’arbitraire de l’exécutif. Ainsi, le décret précise que les 100 000 dollars ne sont pas dus « si le secrétaire à la sécurité intérieure détermine, à sa discrétion, que l’embauche de ces étrangers pour être employés comme travailleurs spécialisés H-1B est dans l’intérêt national et ne constitue pas une menace pour la sécurité ou le bien-être des Etats-Unis ». La portée de ce paragraphe n’est pas claire.
    Selon The Wall Street Journal, la légalité du décret de Donald Trump n’est pas certaine : ces frais doivent être décidés par le Congrès ou faire l’objet de consultations préalables avec le public. Aaron Reichlin-Melnick, directeur à l’American Immigration Council ajoute que « le Congrès a seulement autorisé le gouvernement à fixer des frais pour couvrir les coûts de l’examen d’une demande ».
    Toujours vendredi 19 septembre, Donald Trump a créé des visas ouverts à ceux qui souhaitent faire un don de 1 million de dollars au département du commerce. Si une entreprise sponsorise un particulier, il lui en coûtera 2 millions de dollars. Le plus grand défenseur des visas H-1B était Elon Musk, natif d’Afrique du Sud : « La raison pour laquelle je suis aux Etats-Unis avec tant de personnes décisives qui ont construit SpaceX, Tesla et des centaines d’autres entreprises qui ont fait la force de l’Amérique, c’est à cause du H-1B », twittait-il en décembre 2024. Brouillé avec Donald Trump, l’homme le plus riche du monde n’a plus guère de poids.

    #Covid-19#migrant#migration#etatsunis#politiquemigratoire#immigration#visas#H-1B#migrationqualifiee#inde#chine#economie

  • Moins de visas travail, durcissement du regroupement familial... Le Portugal durcit à nouveau sa politique migratoire - InfoMigrants
    https://www.infomigrants.net/fr/post/65833/moins-de-visas-travail-durcissement-du-regroupement-familial-le-portug

    Moins de visas travail, durcissement du regroupement familial... Le Portugal durcit à nouveau sa politique migratoire
    Par La rédaction Publié le : 17/07/2025
    Selon les nouvelles dispositions du gouvernement portugais de droite, les visas travail ne seront désormais accordés qu’à des immigrés hautement qualifiés. Les conditions permettant le regroupement familial seront aussi plus exigeantes. Des mesures qui vont à rebours du précédent gouvernement socialiste.
    Grâce aux voix de la coalition gouvernementale de droite et de l’extrême droite, le Parlement portugais issu des élections de mai dernier a voté mercredi 16 juillet en faveur d’un nouveau durcissement de la politique migratoire du pays.
    Selon les nouvelles dispositions, les visas pour rechercher du travail ne seront désormais accordés qu’à des immigrés hautement qualifiés et les conditions permettant le regroupement familial seront plus exigeantes. Par ailleurs, les Brésiliens, qui constituent le plus important contingent immigré, ne bénéficieront plus d’une règle qui leur permettait de régulariser leur situation après leur arrivée au Portugal. Enfin, le Parlement a voté mercredi en faveur de la création d’une nouvelle unité au sein de la police nationale qui sera chargée de lutter contre l’immigration illégale et d’organiser l’expulsion des migrants en situation irrégulière.
    Longtemps pays d’accueil, le Portugal bénéficiait d’une politique migratoire parmi les plus ouvertes d’Europe. Pendant de nombreuses années, les migrants pouvaient obtenir un statut légal en travaillant, en créant une entreprise ou en étant freelance, qu’ils soient entrés de manière régulière ou non dans le pays. Cette disposition a été abrogée. Désormais, les autorités opèrent un net virage. Arrivé au pouvoir en mars 2024, le gouvernement de droite modérée du Premier ministre Luis Montenegro a décidé de durcir sa ligne politique question immigration.
    Au mois de mai, le gouvernement avait déjà annoncé son projet d’expulser à court terme environ 18 000 étrangers en situation irrégulière dans le pays. Dans un premier temps, 4 500 étrangers clandestins devaient recevoir un ordre de départ volontaire pour un délai de 20 jours, avait précisé le ministre. Les autorités portugaises misaient d’abord sur ces départs volontaires, d’autant plus qu’elles bénéficient de peu de moyens pour reconduire les migrants clandestins aux frontières.
    Un troisième volet du paquet législatif gouvernemental, qui visait notamment à restreindre les conditions d’accès à la nationalité portugaise, fera encore l’objet de tractations parlementaires, en raison de doutes portant sur la légalité de certaines dispositions.
    Les conditions de vie des migrants dans le pays se sont dégradées. De nombreux migrants n’ont d’autres choix que de vivre sous des tentes alors qu’une crise du logement rend la plupart des locations disponibles inabordables. Dans le pays, les prix de l’immobilier ont augmenté de façon spectaculaire ces dernières années. Selon l’agence de presse Reuters, les loyers à Lisbonne ont presque doublé depuis 2015, tandis que les prix de l’immobilier ont augmenté de 186 %.
    Fin 2024, le pays ibérique comptait 1,55 million d’étrangers, soit quatre fois plus qu’en 2017 et environ 15% de la population totale, selon des données officielles."Pendant des années, le Parti socialiste a promu une politique de portes grandes ouvertes, sans aucun critère [...] Il faut rapidement corriger cette irresponsabilité", a fait valoir mercredi la députée d’extrême droite Vanessa Barata. De son côté, l’élu socialiste Pedro Delgado Alves a accusé le gouvernement d’avoir « choisi son partenaire » et de s’être laissé « séquestrer par l’extrême droite ».

    #Covid-19#migrant#migration#portugal#politiquemigratoire#visas#migrationqualifiee#regroupementfamilial#expulsion#naturalisation

  • Au Nigeria, les start-up décimées par la fuite des cerveaux
    https://www.lemonde.fr/economie/article/2025/05/28/au-nigeria-les-start-up-decimees-par-la-fuite-des-cerveaux_6608986_3234.html

    Au Nigeria, les start-up décimées par la fuite des cerveaux
    Par Marion Douet (Lagos, Nigeria, envoyée spéciale)
    Adedeji Olowe pourrait parler pendant des heures, avec passion, des défis que tente de relever Lendsqr, la start-up qu’il a fondée pour améliorer l’accès au crédit au Nigeria. Un véritable casse-tête, commercial et technologique, avec, en toile de fond, les contraintes réglementaires. Mais ce qui lui a « donné des cheveux blancs ces trois dernières années », ce sont les départs constants au sein de son équipe, raconte l’entrepreneur de 47 ans dans un hôtel classieux de Lagos, la vibrante capitale économique nigériane. « Aujourd’hui, j’ai dix ingénieurs en logiciels, et deux vont partir aux Etats-Unis en août, illustre-t-il. L’un d’eux nous a rejoints seulement en décembre 2024. C’est douloureux. »
    Depuis des décennies, les Nigérians des classes moyennes et aisées sont partis à l’étranger pour leurs études ou leur carrière. Une émigration légale, loin des gros titres, facilitée par leur bonne maîtrise de l’anglais. Mais le japa (« fuir, s’échapper », en yoruba, l’une des langues nationales), s’est dramatiquement accéléré ces dernières années, notamment au sein du personnel qualifié du pays le plus peuplé d’Afrique (et 6e au monde, avec 228 millions d’habitants). Localement, les chiffres manquent cruellement, mais, selon le département des affaires économiques et sociales de l’Organisation des Nations unies, on comptait 1,4 million de migrants nigérians pour la seule année 2024.
    L’actuelle crise économique, la pire des trente dernières années, est un moteur majeur. Sur fond de réformes, la monnaie nationale a plongé en deux ans de 400 à 1 600 nairas (de 0,22 à 0,89 euro) pour 1 dollar. Le prix du litre d’essence a été multiplié par cinq tandis que l’électricité, la nourriture, les loyers flambaient. Ce coût exorbitant de la vie s’est ajouté aux problèmes du quotidien : coupures sans fin d’électricité, manque d’emplois, corruption et violence généralisée dans de vastes pans du pays. L’étranger promet bien plus qu’un bon salaire, dans une monnaie forte : c’est aussi une vie plus confortable et la sécurité d’un possible deuxième passeport.
    Dans le même temps, plusieurs pays développés en proie à des tensions de main-d’œuvre ont, depuis la pandémie de Covid-19, ouvert grand leurs portes dans certains secteurs. Etats-Unis, Canada, mais aussi Royaume-Uni avec son visa Global Talent. « Les gens ont toujours voulu émigrer, mais c’était difficile. Le Global Talent a été un facilitateur massif, particulièrement pour la tech, dit Oo Nwoye, fondateur de la société de conseil aux start-up CircleTech. Car ces compétences sont très facilement transférables. »Outre les personnels médicaux, le phénomène touche ainsi rudement l’écosystème nigérian des start-up, qui s’est illustré par le succès flamboyant de certaines de ses fintech (contraction de finance et de technologies), comme la solution de paiements Flutterwave. Des jeunes pousses innovantes et technologiques, qui fondent leur business sur les dysfonctionnements profonds de l’économie nigériane. Mais dont la réserve de talents « s’amenuise », constate Celestine Omin, fondateur de Klump, une solution de paiements différés. « Il y a une abondance de gens en bas de l’échelle des compétences. Plus vous la montez, plus cela se raréfie rapidement. »
    Conséquence pour ces entreprises : un temps énorme passé à recruter, puis à trouver des remplaçants. « C’est compliqué parce que la personne que vous être en train de rechercher, cinq autres personnes le recherchent aussi », ajoute M. Omin, soulignant que cette contrainte touche l’organisation et la croissance des entreprises au point de remettre en cause leur viabilité. Lui-même a fermé une précédente start-up, en raison dit-il du stress causé par les départs. « A chaque fois qu’on me demandait un entretien en tête-à-tête, j’avais des palpitations », se souvient-il, notant aussi les risques de burn-out au sein des équipes en raison de la charge de travail supplémentaire.
    Comment se prémunir ? Klump a choisi d’être à 100 % en télétravail pour pouvoir recruter bien au-delà de Lagos. Chez Lendsqr, la formation, continue et entre les métiers, est devenue une part intégrante de l’activité pour rendre le personnel multitâche et faire rapidement progresser les juniors. « Par semaine, nous n’avons pas moins de quatre ou cinq heures de formation, par personne, explique M. Olowe. Je forme, je forme encore. Parce que j’ai le sentiment que si je forme assez je vais briser cette chaîne, j’aurai un pipeline suffisant pour croître, et m’en sortir. » Comme les autres, l’entrepreneur ne blâme en rien ceux qui s’envolent, disant même qu’il serait « un idiot » de les en dissuader. Non seulement le japa marque un tournant dans la carrière des jeunes recrues, mais l’économie elle-même peut en bénéficier. A court terme, ils viennent grossir les rangs de la très importante diaspora nigériane, source massive de transferts de fonds, en précieux dollars. A plus long terme, certains reviendront au pays, forts de nouvelles compétences, surtout « si le Nigeria s’améliore ».

    #Covid-19#migration#migrant#nigeria#migrationqualifiee#sante#economie

  • En Tunisie, l’hôpital public maltraite les jeunes médecins
    https://www.lemonde.fr/afrique/article/2025/05/19/en-tunisie-l-hopital-public-maltraite-les-jeunes-medecins_6607181_3212.html

    En Tunisie, l’hôpital public maltraite les jeunes médecins
    Par Monia Ben Hamadi (Tunis, correspondance)
    Lorsque, six ans plus tôt, elle décrochait son baccalauréat mention très bien et intégrait la prestigieuse faculté de médecine de Tunis, Molka Berrebah était loin d’imaginer qu’elle exercerait dans de telles conditions. Salaires dérisoires, pénurie de personnel et de matériel, retards de paiements… L’hôpital public tunisien ne fait pas de cadeaux aux nouveaux venus. En tant qu’interne – l’année intermédiaire qui correspond à la dernière année d’externat en France –, l’étudiante de 24 ans enchaîne les gardes à un rythme effréné.
    Variables d’ajustement d’un système de santé à bout de souffle, les jeunes médecins sont corvéables à merci. En stage au service d’orthopédie de l’hôpital Charles-Nicolle de Tunis, Molka Berrebah doit gérer, avec les résidents de garde – l’équivalent des internes en France –, l’ensemble du service. La chambre de repos ne dispose que de trois lits, puisque, théoriquement, seuls deux résidents et un interne sont censés y travailler. Mais, pour faire tourner le service, jusqu’à cinq résidents peuvent parfois assurer la garde, dont trois ne sont pas reconnus par l’Etat et ne sont donc pas rémunérés.
    « C’est intenable, on nous pousse à partir », déplore la jeune femme, engagée depuis 2024 auprès de l’Organisation tunisienne des jeunes médecins (OTJM). Jeudi 15 mai, une nouvelle réunion s’est tenue entre l’OTJM et des représentants du ministère de la santé pour débloquer la situation. En vain. D’après un communiqué de l’organisation, le ministère invoque des raisons « administratives et de bureaucratie » pour expliquer le temps de latence.
    Face à cette impasse, les jeunes médecins brandissent désormais la menace d’une grève de cinq jours dès le 1er juillet qui, si elle devait avoir lieu, paralyserait le fonctionnement des hôpitaux publics, portés à bout de bras par les résidents et les internes. « On va aussi boycotter le choix des postes de stage, ce qui signifie qu’il n’y aura plus de résidents à l’hôpital dès le mois de juillet », prévient Baha Eddine Rabaï, vice-président de l’OTJM. Un premier débrayage a eu lieu le 2 mai. Selon l’organisation, la grève a été suivie par plus de 93 % des étudiants en médecine (externes, internes et résidents). Plusieurs centaines d’entre eux ont manifesté le jour même devant le ministère de la santé. (...)
    Chaque année, depuis 2021, entre 1 300 et 1 500 médecins quittent le pays pour exercer à l’étranger. Ils étaient plus de 1 400 en 2024 et environ 1 500 en 2023, selon Nizar Laâdhari, secrétaire général du conseil de l’ordre des médecins. Une moyenne annuelle qui dépasse désormais largement le nombre de nouveaux diplômés, estimé à 800 personnes chaque année, selon un rapport de l’Institut tunisien des études stratégiques (ITES), de mars 2024.
    Au total, environ 6 000 médecins ont quitté la Tunisie au cours des quatre dernières années, dont une très grande majorité de jeunes praticiens. Un décompte auquel il faudrait ajouter les résidents qui choisissent de poursuivre leur spécialité à l’étranger, relève Baha Eddine Rabaï. Selon ce dernier, pour la seule année 2024, plus de 1 600 étudiants ont quitté la Tunisie afin d’achever leur formation.
    D’après plusieurs études du Forum tunisien pour les droits économiques et sociaux (FTDES) et de l’ITES, les diplômés qui choisissent l’exil partent massivement pour la France, l’Allemagne, la Suisse, le Canada, le Qatar et les Etats-Unis. Pourtant, insiste le récent rapport de l’ITES, 78 % des médecins qui ont émigré seraient prêts à retourner en Tunisie, à condition que leurs conditions de travail et leurs rémunérations s’améliorent.
    Ces revendications qui font écho à celles portées par l’OTJM, qui réclame notamment une revalorisation des rémunérations des internes et des résidents, sans avancer de montant. (...) Le montant des primes de gardes est particulièrement discuté. Aujourd’hui, il s’élève à 48 dinars brut (14 euros) pour 18 heures de garde. Une fois déduits les frais de repas, ceux de l’entretien de la chambre de repos ou encore de la blouse, le montant net perçu par le médecin tombe à 36 dinars (11 euros). Pour une garde de 24 heures, le montant net s’élève à 40 dinars (12,30 euros). (...) Les externes, entre la première et la cinquième année, ne sont pas non plus épargnés. Bien qu’ils ne soient pas tenus d’assurer des gardes, ils sont souvent contraints de le faire, sans rémunération, ni repas, ni prise en charge de leur transport.
    Une fois la thèse validée et le titre de médecin spécialiste obtenu, le parcours du combattant se poursuit. Pour pouvoir exercer en Tunisie – ou même partir travailler à l’étranger – les jeunes diplômés doivent obligatoirement effectuer une année de service civil, équivalent d’un service militaire, dans des hôpitaux de régions souvent délaissées. Envoyés dans des déserts médicaux, loin de leurs proches, ils touchent une prime mensuelle allant de 750 dinars à 1 250 dinars (230 euros à 380 euros), sans couverture sociale. « Avec cette prime dérisoire, après douze ans d’études, tu dois te débrouiller pour te loger et te nourrir. A cet âge, certains médecins ont déjà une famille, c’est très difficile. Dans ces régions, les habitants sont heureux d’avoir enfin des spécialistes mais, en réalité, il n’y a aucun moyen à disposition. Sans scanner, sans équipements de base, tu passes ton temps à faire des lettres de liaison pour transférer les patients vers d’autres hôpitaux », explique Molka Berrebah.
    La refonte du service civil, instauré en 2010, temporairement supprimé en 2011 avant d’être réintroduit en 2014, est l’une des principales revendications des jeunes médecins. L’OTJM demande d’en être exempté dans certains cas et souhaite une rémunération supérieure, ainsi que la prise en charge de certains frais. Concernant les stages, l’OTJM propose la mise en place de critères d’évaluation transparents, comme l’assiduité ou la réalisation d’un certain nombre d’interventions médicales ou de gardes prédéfinies. Ils sont, pour l’instant, laissés à l’appréciation exclusive des chefs de service. Une situation qui, selon l’organisation, place les étudiants dans une position de dépendance et de précarité, les obligeant à accepter toutes les demandes de disponibilité de leurs supérieurs.

    #Covid-19#migration#migrant#tunisie#medecin#sante#migrationqualifiee#sante#systemedesante

  • Keir Starmer promet de réduire « significativement » la migration légale au Royaume-Uni
    https://www.lemonde.fr/international/article/2025/05/12/immigration-keir-starmer-promet-de-reprendre-le-controle-des-frontieres-brit
    https://img.lemde.fr/2025/05/11/1/0/6559/4372/1440/960/60/0/4116834_ftp-import-images-1-ayyms81ejvhu-abcc3139baf64fa3b7b1b9cb627640b6-

    Keir Starmer promet de réduire « significativement » la migration légale au Royaume-Uni
    Par Cécile Ducourtieux (Londres, correspondante)
    « Reprendre le contrôle des frontières. » Keir Starmer est le dernier dirigeant britannique en date à formuler cette promesse, l’une des principales du Brexit, mais qu’aucun de ses prédécesseurs – Theresa May, Boris Johnson, Liz Truss ou Rishi Sunak – n’a réussi à tenir. Lundi 12 mai, lors d’une conférence de presse à Downing Street, le premier ministre (travailliste) a, à son tour, assuré vouloir réduire « significativement » la migration légale au Royaume-Uni, tranchant avec la ligne traditionnelle de la gauche britannique.
    Un Livre blanc, publié ce même jour par son gouvernement, recommande la limitation drastique des délivrances de visas, un parcours bien plus ardu pour prétendre à la nationalité britannique et la facilitation des expulsions pour toute personne condamnée.
    Pour Downing Street, il s’agit d’en finir avec un marché du travail très dépendant des travailleurs étrangers et d’encourager les employeurs à recruter des Britanniques. Dans les secteurs de la santé (le fameux National Health Service, NHS) et de l’assistance aux personnes dépendantes, près de 100 000 visas ont été délivrés à des assistants, à des infirmiers ou à des médecins étrangers en 2023, davantage qu’à tout moment de l’histoire récente du pays. Toujours en 2023, près d’un million d’arrivées nettes de personnes disposant de visas ont été enregistrées, là encore un niveau record.
    « Cela n’a rien à voir avec un contrôle [des frontières], c’est le chaos », a jugé Keir Starmer, qui a promis d’en finir avec cette « expérimentation d’ouverture des frontières » des précédents gouvernements conservateurs. Son coup de volant à droite est aussi une réponse à la montée apparemment inexorable du parti d’extrême droite Reform UK, qui a réussi une percée historique aux élections locales du jeudi 1er mai, en prenant le contrôle de dix collectivités locales, et en ravissant deux postes de maire et un poste de député. La formation, dirigée par le très charismatique Nigel Farage, se nourrit d’un discours antimigrants et, dans un dernier sondage, publié jeudi 8 mai par l’institut Find Out Now, elle devance le Labour de 13 points (et les conservateurs de 17 points).
    Le gouvernement Starmer veut restreindre la délivrance de visas de travail aux personnes détenant un diplôme universitaire. Des visas pour des emplois moins qualifiés pourront toujours être émis, à condition que les secteurs concernés souffrent de forts déficits de main-d’œuvre et que les employeurs s’engagent en parallèle à augmenter les recrutements de nationaux.
    D’ici à 2028, les recrutements de personnels étrangers dans les maisons de retraite ne seront plus permis. Les détenteurs d’un visa devront par ailleurs patienter dix ans (et non plus cinq) pour réclamer un droit de séjour permanent. Les étudiants étrangers ne pourront plus rester que dix-huit mois au Royaume-Uni après avoir décroché leur diplôme. Enfin, le gouvernement veut pouvoir expulser, non seulement, les personnes ayant été condamnées à au moins un an de prison, mais toutes celles qui se sont rendues coupables d’un crime ou même d’une infraction.
    L’équation du Labour semble simple : plus de 20 % des 16-64 ans sont inactifs au Royaume-Uni, il s’agit de recruter davantage dans ce réservoir de main-d’œuvre. La réalité est bien plus complexe : des dizaines de milliers de personnes ne travaillent pas à cause de problèmes de santé et ne parviennent pas à se faire soigner car le NHS croule sous les demandes. Bien d’autres sont découragées par des emplois précaires, mal payés et peu considérés (notamment dans l’assistance aux personnes âgées).
    Les mesures préconisées par le gouvernement Starmer tranchent avec des années de présupposé travailliste selon lequel l’immigration autorisée est bonne pour la croissance. « La théorie selon laquelle une augmentation de la migration entraîne nécessairement une croissance plus forte a été mise à l’épreuve ces quatre dernières années. Nous avons enregistré des soldes migratoires records quand les précédents gouvernements ont perdu le contrôle, mais la croissance a stagné. Ce lien [entre migration et croissance] ne tient donc pas la route », a objecté Keir Starmer.
    Le Royaume-Uni risque de devenir une « île [peuplée] d’étrangers » sans contrôle migratoire, a ajouté le dirigeant, un ex-avocat des droits humains. Des propos que n’auraient pas reniés ses prédécesseurs conservateurs et qui ont fait bondir : Steve Smith, le directeur de l’association d’aide aux migrants Care4Calais, les a jugés « dangereux » sur la BBC, ajoutant : « Le premier ministre a-t-il oublié les émeutes de l’extrême droite, l’été dernier ? »
    En août 2024, le pays a été secoué par dix jours de manifestations violentes, alimentées par de fausses rumeurs sur l’identité du coupable de la tuerie de Southport, soupçonné d’être un migrant. La rhétorique du premier ministre « imite les excès de l’extrême droite » a dénoncé la députée Labour Nadia Whittome. Elle risque aussi d’augmenter le malaise chez les travaillistes : de nombreux élus ne se reconnaissent plus dans les choix gouvernementaux et selon les médias britanniques, 80 députés Labour seraient prêts à voter contre des coupes prévues par Downing Street dans l’aide aux handicapés, lors d’un scrutin prévu en juin au Parlement.
    « Le jour où Keir Starmer tente de réagir à Reform UK, 250 jeunes hommes ont déjà traversé le channel à 8 heures du matin. Combien parmi eux sont des terroristes iraniens ? », s’est interrogé Nigel Farage, lundi, sur le réseau social X, confondant sans vergogne migration légale et illégale. Il est vrai que sur ce deuxième front, plus de 10 000 personnes ont déjà traversé la Manche en « small boats » depuis début 2025, en hausse de 40 % par rapport à la même période en 2024. Et Reform UK affûte probablement déjà ses flèches en prévision du premier sommet entre le Royaume-Uni et l’Union européenne depuis le Brexit, le 19 mai, à Londres. Londres pourrait y céder à une demande pressante de Bruxelles d’autoriser un programme de mobilité des étudiants européens au Royaume-Uni, en échange d’un partenariat dans la défense et la sécurité.

    #Covid-19#migrant#migration#royaumeuni#immigration#politiquemigratoire#migrationqualifiee#visas#personnelmedical#sante#NHS

  • Les étudiants français en Belgique, heureux mais trop nombreux
    https://www.lemonde.fr/campus/article/2025/03/18/ici-le-systeme-de-notation-est-plus-strict-mais-en-france-l-acces-a-une-form

    Les étudiants français en Belgique, heureux mais trop nombreux
    Par Jean-Pierre Stroobants (Bruxelles, correspondant)
    Ils s’appellent Tobias, Gabriel, Julie, Marion, tous Français et tous étudiants dans le supérieur en Belgique, comme plus de 19 000 de leurs compatriotes, selon les derniers décomptes de l’administration de la Fédération Wallonie-Bruxelles (FWB, le niveau de pouvoir fédéralisé qui gère notamment l’éducation). Marc (le prénom a été modifié), un Parisien qui préfère rester anonyme, a, lui, réalisé un doctorat en France et a ensuite saisi « l’opportunité » d’un postdoctorat dans une université du royaume, où il découvre un système « moins pesant et moins élitiste ».
    Doctorat français en poche, le Tourangeau Frédéric Louault, quant à lui, a fait le choix d’enseigner la science politique à l’Université libre de Bruxelles (ULB). « J’y apprécie l’ouverture d’esprit et l’ouverture à l’international, l’ancrage de l’université dans la société, la défense de valeurs humanistes. Et aussi la qualité d’écoute et la recherche de solutions dans la discussion, ainsi que la manière de lier rigueur et décontraction, d’être très professionnel et investi dans ses missions », détaille-t-il.Tous, à quelques nuances près, sont donc heureux de vivre dans ce pays où « il est indéniable que les habitants sont plus accueillants et moins psychorigides que les Français », diagnostique Julie François, une Limougeaude de 30 ans, actuellement assistante en première année de médecine générale (l’équivalent d’une première année d’internat en France), à Bruxelles.
    « Comme Franco-Allemand, je me sens, sur de nombreux points, plus proche de la mentalité des Belges que de celle des Français », affirme pour sa part Gabriel Girts, un étudiant dijonnais qui effectue sa première année de master en gestion culturelle à l’ULB. Son frère, Tobias, inscrit en photographie à l’école supérieure des arts de l’image Le Septantecinq, à Woluwe-Saint-Lambert, dans la banlieue de Bruxelles, se réjouit de pouvoir faire des études qui lui auraient été inaccessibles en France : « Les écoles privées sont trop onéreuses, et les écoles nationales supérieures, très sélectives, ne sont accessibles qu’en bac + 2. »
    Les étudiants français sont heureux, mais trop nombreux (pas loin de 10 % du total des étudiants dans la FWB, près de trois quarts des étudiants européens) aux yeux des universités de Bruxelles et de Wallonie, confrontées depuis une vingtaine d’années à un nombre sans cesse croissant de jeunes venus de l’Hexagone. Au début des années 2000, ils furent massivement présents en médecine, en psychologie, en sciences vétérinaires, dans les filières paramédicales ou les écoles d’art, attirés par un enseignement peu coûteux, de bonne qualité et qui a longtemps privilégié un autre mode de sélection que le concours d’entrée « à la française ».
    « Ici, le système de notation est plus strict ; mais, en France, l’accès à une formation est bien plus difficile, avec les plateformes Parcoursup et Mon Master », explique Gabriel Girts, arrivé dans la capitale belge après une licence en langues étrangères en France et une année Erasmus en Allemagne. Il se dit « vraiment content » d’avoir pu quitter « un système français qui représente une source énorme de stress ».
    Au fil du temps, les autorités de la Fédération Wallonie-Bruxelles ont instauré quelques mesures qui se voulaient dissuasives pour les jeunes Français : des quotas de 30 % au maximum pour les étudiants non résidents en médecine, odontologie, orthophonie, sciences vétérinaires, etc., couplés à un tirage au sort.C’est toutefois insuffisant, jugent les directions : à Liège par exemple, la rectrice de l’université, Anne-Sophie Nyssen, constate que l’architecture ou le droit attirent aussi de nombreux jeunes Français désormais. Or, son université est, comme les autres, confrontée à un financement à base d’« enveloppes fermées » : les moyens qui leur sont alloués n’augmentent plus (hormis une indexation sur le coût de la vie), quel que soit le nombre d’inscrits. « En quinze ans, le financement a régressé de 24 % », indique Anne-Sophie Nyssen.
    Des moyens réduits, de plus en plus d’étudiants et, à la clé, des problèmes de locaux, d’encadrement et de stages. Mais, affirmée partout, la volonté de continuer à inscrire des étudiants étrangers, pour une question d’image et d’ouverture. D’où, deux pistes possibles : un accroissement du contingentement et/ou une augmentation de la contribution financière des étudiants, afin de remédier au « sous-financement structurel » de l’enseignement supérieur.
    Rien n’est tranché, mais les élections qui ont eu lieu en juin 2024 ont abouti à la mise en place d’un gouvernement de centre droit à la FWB. Son programme évoque la nécessité d’obtenir une « contribution plus juste » des étudiants venus d’ailleurs, sans nuire à l’attractivité des établissements ni contrevenir aux règles européennes qui interdisent toute discrimination.En 2010, quatre ans après que la Belgique eut fixé des quotas pour neuf filières médicales et paramédicales, la Cour de justice de l’Union européenne mettait en garde contre toute inégalité de traitement entre les étudiants nationaux et européens, en soulignant toutefois que c’est à la justice belge qu’il appartenait d’évaluer le risque d’une éventuelle mise en péril du système de soins à cause de la présence trop massive de jeunes Français dans les filières concernées.
    Selon les autorités belges, ils risquaient en effet de limiter l’accès des nationaux à ces études ou de réduire l’offre médicale : des étudiants français achevant leurs études rentraient chez eux avec, en poche, leur diplôme, mais aussi le « numéro Inami », un identifiant obligatoire pour dispenser des soins en Belgique et dont le nombre est contingenté. (...)En 2010, les juges européens avaient rejeté l’argument de la charge financière excessive engendrée par la forte présence d’étudiants français, ce qui ne faisait pas les affaires d’universités réclamant, en vain, des moyens adéquats à un pouvoir politique incapable de satisfaire leurs demandes. Actuellement, la présence de 25 700 étudiants européens (pas seulement français donc) non résidents coûterait chaque année 210 millions d’euros à la Fédération Wallonie-Bruxelles.
    Deux professeurs de l’Université catholique de Louvain (UCLouvain) ont cherché un remède qui rétablirait un équilibre entre ceux qui paient des impôts et des taxes en Belgique et ceux qui viennent y étudier en acquittant seulement un « minerval » – frais d’inscription – de 835 euros. Vincent Yzerbyt, doyen de la faculté de psychologie, et Vincent Vandenberghe, professeur d’économie, suggèrent un droit individuel aux études supérieures. Son principe ? L’octroi à tous les étudiants francophones belges, boursiers ou non, et à ceux qui résident dans le pays depuis au moins cinq ans d’une somme forfaitaire de 2 000 euros, alors que le « minerval » serait porté pour tous à 2 835 euros. Soit, donc, une augmentation, pour les non-résidents, français et autres, de 240 %.
    « Nous ne voulons en aucun cas répondre à ce que nous verrions comme une “invasion” d’étudiants étrangers, mais renflouer la trésorerie de nos établissements, remédier aux déséquilibres actuels qui menacent le droit à être formé correctement et, en même temps, remédier au manque de mobilité des étudiants de la FWB : ils ne sont actuellement que quelques milliers à partir étudier à l’étranger », souligne Vincent Yzerbyt. « Portable », le montant de 2 000 euros pourrait, en effet, être utilisé pour une inscription à l’étranger. Vincent Yzerbyt et Vincent Vandenberghe voient d’ailleurs dans leur proposition une éventuelle étape supplémentaire pour le système européen Erasmus si elle se concrétisait au niveau des Vingt-Sept.
    Une telle mesure, décidée seulement par la Belgique francophone, passerait-elle le cap de la justice européenne ? « Oui, le droit de l’Union autorise à réserver le bénéfice des “prestations d’assurance sociale” et d’aides “d’entretien aux études” aux enfants de travailleurs résidant dans le pays », affirment les deux professeurs. La prudence semble toutefois de mise à la présidence de la Fédération Wallonie-Bruxelles. « L’examen du dossier est en cours, les discussions se poursuivent », y indique-t-on. L’espoir des politiques, comme de certains recteurs, est qu’une discussion « constructive » avec les autorités françaises débouche sur d’autres solutions. Le dialogue avec Paris a, en réalité, commencé il y a plusieurs années, mais bute notamment sur une estimation très divergente du nombre réel d’étudiants français, de son évolution et de ses véritables conséquences.
    Si le projet des professeurs de l’UCLouvain se concrétisait, quelles conséquences aurait-il pour les jeunes Français ? « Ce serait sans doute un frein à notre venue », estime Julie François. Selon elle, il serait, pour beaucoup de ses collègues, impossible de régler un tel montant, de contracter un prêt ou de concilier des études universitaires exigeantes avec un travail étudiant. Et même si elle parvient à combiner études et petit boulot dans un restaurant, Eloïse Pioffet, venue d’Issoudun (Indre) étudier la sociologie et l’anthropologie, approuve : « Cela me dissuaderait certainement. »
    « Si j’avais dû acquitter 2 000 euros de plus, je n’aurais pas choisi de réaliser un bachelor ici ; mais pour un master, cela resterait envisageable », dit, en revanche, Tobias Girts. « Un minerval à 2 835 euros, cela freinerait beaucoup de monde, moi le premier. Mais sans alternative équivalente, j’aurais quand même postulé », affirme son frère, Gabriel. Il ajoute : « Il faudrait quand même que la France s’interroge sur le fonctionnement de ses universités au vu des migrations massives de jeunes. »

    #Covid-19#migrant#migration#etudiant#france#belgique#enseignementsuperieur#economie#migrationqualifiee

  • Les médecins à diplômes étrangers de nouveau mobilisés
    https://www.lemonde.fr/societe/article/2025/02/23/les-medecins-a-diplomes-etrangers-de-nouveau-mobilises_6560242_3224.html

    Les médecins à diplômes étrangers de nouveau mobilisés
    Par Camille Stromboni
    Publié le 23 février 2025 à 11h00
    Manifestation devant le ministère de la santé, recours en justice… Les syndicats et associations de praticiens diplômés hors de l’Union européenne – les « Padhue », selon l’acronyme en vigueur – donnent de nouveau de la voix. Jusqu’à interpeller collectivement le président de la République, Emmanuel Macron, dans un courrier envoyé jeudi 20 février. Ce sont les résultats des épreuves de vérification des connaissances (EVC) 2024, constituant le sésame pour obtenir une autorisation d’exercice pérenne, publiés le 31 janvier, qui ont rallumé la mèche. Une étape-clé dans les procédures que doivent emprunter ces médecins à diplôme étranger, exerçant sous divers statuts dans les hôpitaux français, que le chef de l’Etat s’était engagé à « régulariser », en janvier 2024. La lassitude est telle que certains de leurs représentants menacent désormais d’entamer une grève de la faim, si la situation reste bloquée.
    En 2024, 4 000 postes ont été ouverts – soit 1 300 de plus que l’année précédente – et plus de 3 800 postes ont été attribués (3 235 pour des candidats en liste principale, 638 en remontant dans les listes complémentaires). Cela représente une « augmentation de 50 % », a souligné le ministère de la santé par communiqué, le 5 février, assurant soutenir ces praticiens venant « en renfort de notre système de soins ». Pourtant, la colère ne retombe pas. Pourquoi les jurys de ces épreuves ont-ils décidé de ne pas pourvoir tous les postes affichés dans certaines spécialités, écartant des candidats ayant pourtant obtenu des notes comme 11/20, 12/20 ou même 14/20 ? « Il y a un principe d’égalité en France, s’indigne Redha Hocine Kettache, chirurgien urologue dans un hôpital du sud-est de la France et l’un des membres de l’Ipadecc, collectif qui a déposé plusieurs recours devant la justice administrative. Des jurys ont supprimé des postes alors que des candidats avaient des notes supérieures à la moyenne, et que la note éliminatoire est de 6/20. Les jurys sont souverains, mais il y a des règles. »
    « C’est un exemple de plus de l’incohérence dans le parcours des Padhue, poursuit M. Kettache. Le ministère nous demande maintenant de déclarer qu’on a échoué, et de repasser encore l’examen en 2025. Ça nous scie les jambes. » Arrivé en France en 2022, l’urologue, actuellement sous statut de « faisant fonction d’interne », à 1 600 euros net par mois, fait partie des recalés, pour la seconde fois, avec 13,25 de moyenne. « J’ai eu 15 en théorie, 11,5 en pratique. La fois précédente, j’avais obtenu 15,6 en pratique. Suis-je un moins bon praticien ? J’ai dépassé la centaine d’actes chirurgicaux au courant de l’année », ajoute-t-il.
    Saisi en référé liberté, le tribunal administratif de Paris a écarté un premier recours porté par plusieurs de ces praticiens, vendredi 21 février, les renvoyant vers le Conseil d’Etat, rapporte le docteur Abdelhalim Bensaidi, président par intérim de l’Ipadecc. « Le juge a reconnu que les principes d’égalité et d’équité n’étaient pas respectés, mais cela n’était pas de sa compétence, il nous a demandé de saisir le Conseil d’Etat, ce que nous allons faire », décrit-il.
    Dans le courrier commun envoyé au président de la République, les organisations de Padhue – Ipadecc, SOS Padhue, SNPadhue – appellent à un « processus dérogatoire urgent permettant l’intégration immédiate dans un parcours de consolidation [les deux années suivant l’obtention des EVC] de tous les Padhue exerçant sur le territoire national depuis plusieurs années, ayant assuré la continuité des soins dans nos hôpitaux et ayant obtenu une note supérieure ou égale à 10 aux EVC ». La revendication du collectif Ipadecc est, elle, plus large : que tous ceux qui exercent déjà dans les hôpitaux français – soit plusieurs milliers de médecins, selon les estimations, sans qu’aucun chiffre précis ne fasse consensus – soient régularisés « sur dossier », comme cela a été le cas au sortir de la crise sanitaire du Covid-19, par le biais d’une procédure dite « stock », désormais fermée. « Nous travaillons soixante-quinze heures par semaine, nous n’avons pas le temps de préparer un concours sur lequel il faudrait plancher toute l’année », défend le docteur Kettache.
    Au ministère de la santé, on ne souhaite pas réagir. Le ministre, Yannick Neuder, a affirmé, début février, vouloir « simplifier » la procédure en 2025, tout en promettant des « concertations » et en évoquant la création d’une « voie interne simplifiée pour les candidats exerçant déjà dans un établissement de santé en France ».
    Voilà plusieurs années que les procédures et les statuts s’enchaînent. A l’extinction des précédents statuts, prévus jusqu’à la fin de l’année 2023, le ministère a demandé, dans l’urgence, aux agences régionales de santé de délivrer des autorisations provisoires d’exercice. Le temps que le décret de la loi Valletoux, visant à améliorer l’accès aux soins et adoptée en décembre 2023, soit publié – ce qui est le cas depuis décembre 2024. Ce texte permet aux Padhue d’être encore « prolongés » grâce à une attestation de treize mois, sous le statut de « praticien associé contractuel temporaire », renouvelable une fois, le temps de passer les examens de l’année suivante.
    Sarra Souii, 33 ans, tunisienne, travaille à l’hôpital psychiatrique Roger-Prévot de Moisselles (Val-d’Oise). Elle suit une file active de 130 patients au centre médico-psychologique. Nous l’avons croisée, elle comme les autres Padhue cités, lors d’un appel à mobilisation devant le ministère de la santé, à Paris, en février. « Mon contrat se termine en juin, je n’ai aucune visibilité sur la suite », dit la jeune femme. Avec 11,45 de moyenne, elle n’a pas eu les EVC de médecine générale, le seuil ayant été fixé à 12. « C’est déprimant. Mon hôpital me soutient, mais j’ai besoin de ce concours », décrit-elle. Depuis trois ans et demi, elle a enchaîné les contrats de stagiaire associé, de praticien attaché, de praticien associé attaché… « C’est stressant ce parcours du combattant. On ne peut pas être stable, et tous les six mois, il faut repasser par la préfecture pour renouveler le titre de séjour », ajoute Sarra Souii. Si elle réfléchit régulièrement à retourner en Tunisie, où elle est inscrite à l’ordre des médecins, elle a sa « vie privée » en France, dit-elle.
    Franco-tunisien, Khaled Ben Mariem, 43 ans, est marié à une Française, avec deux enfants. Il a, lui aussi, été écarté, pour la deuxième fois cette année, avec 14,6 de moyenne en urologie, où la barre retenue par le jury est tombée à 14,7. « Il y avait 32 postes affichés, ils en ont pris 19. Pourquoi ? On ne comprend pas », interroge le médecin sous contrat de faisant fonction d’interne à l’hôpital Cochin, à Paris. « Choqué » par « l’arbitraire » de cette décision, il dénonce un « changement des règles du jeu, après le concours ». Sollicité, le centre national de gestion, chargé de l’organisation de ces épreuves, se défend de toute « irrégularité ». « Chaque jury de ce concours, dans sa spécialité, détermine sa grille de notation et sa barre d’admissibilité, selon le niveau qu’il estime être requis chez un candidat, relate Philippe Touzy, chef du département concours, autorisations d’exercice et coaching. Le fonctionnement a été conforme à la réglementation. »
    « Le président de la République a promis une réponse, mais comme l’an dernier, l’année d’avant, et celle d’avant… on reste avec des solutions alambiquées », déplore Jean-François Cibien, du syndicat Action Praticiens Hôpital, qui soutient la démarche de ces médecins, et a vu en quelques jours 150 dossiers de Padhue recalés ayant eu au moins 10/20 aux EVC lui remonter. « Ils ont la moyenne à cette évaluation de validation de leurs compétences, qui devrait leur permettre d’entrer dans le parcours de consolidation et ils en sont empêchés, alors que ces collègues exercent déjà dans nos établissements de santé, je ne comprends pas ces blocages », critique M. Cibien.
    Le docteur Thierry Godeau, à la tête des présidents de commission médicale d’établissement de centre hospitalier, s’interroge particulièrement sur le verdict du jury de médecine générale, dont l’évaluation lui semble inadaptée au regard des compétences attendues à l’hôpital. « Une évaluation est nécessaire, souligne-t-il toutefois. On parle de praticiens dont les formations peuvent être très diverses, il faut un regard extérieur. On sait que des équipes hospitalières vont être moins regardantes que d’autres, et que certains hôpitaux se servent parfois des Padhue pour maintenir des activités qui devraient fermer où être réorganisées. La qualité des soins doit être assurée. » Une réunion est prévue au ministère de la santé avec le collectif Ipadecc le 4 mars.
    Les départements les moins densément peuplés en médecins sont ceux où la proportion d’anciens « praticiens à diplôme hors Union européenne » (Padhue) est la plus importante. Tel est le constat effectué par le Conseil national de l’ordre des médecins, auprès duquel ces professionnels qui ont obtenu leur autorisation d’exercice sont inscrits, dans une enquête rendue publique le 19 février. Elle pose la loupe sur les 19 154 anciens Padhue enregistrés « au tableau » de l’instance, au 1er janvier 2025. Ces derniers représentent 8 % du corps médical en activité régulière, et exercent en majorité une activité salariée, à l’hôpital. Leur répartition sur le territoire n’est pas uniforme : surreprésentés en Ile-de-France (par exemple 30,6 % dans le Val d’Oise, 25,2 % dans l’Essonne, ou 25,1 % en Seine et Marne), ils sont 29,6 % des médecins actifs dans l’Aisne, 29,1 % en Eure-et-Loir, 23,7 % dans l’Yonne, 22,3 % dans l’Eure, 21,7 % dans le Cher, 20,1 % dans la Nièvre… Avec, selon les spécialités, des présences encore plus marquées : les anciens Padhue représentent ainsi 54,8 % des spécialistes chirurgicaux en activité régulière dans la Nièvre, 53,3 % dans l’Orne, 47,8 % dans la Meuse. Diplômés pour les trois quarts d’entre eux de cinq pays du bassin méditerranéen (Algérie, Tunisie, Syrie, Maroc, Liban), ils se trouvent plus présents dans certaines spécialités, comme la gériatrie, l’onco-hématologie, la chirurgie viscérale.

    #Covid-19#migrant#migration#france#sante#padhue#desertmedicaux#systemesante#migrationqualifiee

  • En Israël, une émigration sans précédent : « Si rien ne change aux prochaines élections, il y aura encore plus de monde pour partir »
    https://www.lemonde.fr/international/article/2025/01/28/en-israel-un-exil-a-bas-bruit-j-aime-mon-pays-mais-ce-qui-nous-attend-ce-son

    En Israël, une émigration sans précédent : « Si rien ne change aux prochaines élections, il y aura encore plus de monde pour partir »
    Par Isabelle Mandraud (Tel-Aviv, envoyée spéciale)
    Roy a 34 ans et un bel avenir de musicien devant lui. Mais il ne le conçoit plus en Israël, où il est pourtant né. Ce producteur, chanteur et bassiste à succès, qui souhaite préserver son anonymat, s’apprête à émigrer en Espagne avec sa femme. « On ne le crie pas sur tous les toits, car on a honte de partir alors que la guerre n’est pas encore totalement finie, c’est un moment compliqué… J’aime mon pays, mais ce qui nous attend, ce sont des années noires », dit-il, en avalant un hamburger à la va-vite dans un restaurant de Tel-Aviv.
    Des années noires ? « Oui, reprend-il, le gouvernement de Nétanyahou a franchi plusieurs caps qui mettent en péril la démocratie, la loi et la religion sont en contradiction, et le nombre des ultraorthodoxes ne fait qu’augmenter. »
    Pendant des mois, en 2023, Roy a participé à toutes les manifestations massives contre le projet de réforme du système judiciaire du gouvernement, jusqu’à ce que le mouvement s’éteigne après l’attaque meurtrière du Hamas, le 7 octobre 2023, sur le territoire israélien, et la guerre de représailles qui a suivi dans la bande de Gaza. « En dépit du choc du 7-Octobre, j’étais alors encore optimiste, j’ai pensé qu’il y aurait un consensus, mais j’ai vite déchanté, je n’y crois plus », lâche-t-il.
    Mikki, 30 ans, qui ne souhaite pas non plus donner son nom, a déjà franchi le pas. Avec sa femme et ses deux enfants en bas âge, il s’est installé il y a peu à Paphos, une ville sur la côte occidentale de Chypre, où il a créé une entreprise d’e-commerce. « Cela a été une décision lourde à prendre, explique-t-il, mais entre les difficultés économiques qui s’accroissent en Israël et l’insécurité, on a compris qu’on devait bouger. Chaque fois que je me déplaçais avec mes enfants, je portais une arme [comme de plus en plus de civils israéliens] et je ne me voyais pas continuer à les accompagner partout avec. »
    Située à moins d’une heure trente de vol de Tel-Aviv, Paphos est devenue une destination de plus en plus attractive, confirme Alice Shani, une Israélienne propriétaire d’une société immobilière installée sur place depuis plusieurs années, jointe par téléphone. « Depuis un an, 200 familles sont arrivées, elles forment maintenant une communauté et il en arrive encore, affirme-t-elle. Chaque jour, je reçois des questions sur les écoles, la vie quotidienne… La plupart des nouveaux venus sont des trentenaires qui travaillent dans la high-tech. Et puis, Paphos, tout en étant connectée à l’Europe, apparaît moins stressante que d’autres pays. »
    A bas bruit, l’exil se développe. Les départs atteignent même des records. Selon les données du Bureau central des statistiques (BCS) publiées en décembre 2024, 82 700 Israéliens ont ainsi quitté le pays, et pas seulement à cause de la guerre. « Il est important de comprendre que ces chiffres reflètent des Israéliens partis en 2023, mais qui n’ont été classés comme émigrants qu’en 2024. La raison en est que le BCS doit attendre un an pour les cataloguer comme tels, [afin de vérifier] s’ils ont passé plus de neuf mois à l’étranger dans l’année suivant leur départ, commente Isaac Sasson, professeur de sociologie à l’université de Tel-Aviv. Et, toujours selon ce rapport, seulement 24 000 Israéliens sont revenus en 2024. Cet écart représente donc un changement radical par rapport à la décennie précédente. »
    « De nombreux émigrants sont partis avant le 7-Octobre, poursuit-il. Je pense que certains d’entre eux ont quitté le pays en raison de l’instabilité politique en Israël et de la réforme judiciaire controversée. Cette augmentation de l’émigration est alarmante. Nous savons très peu de chose sur ceux qui ont décidé d’émigrer, hormis leur âge, mais il y a des raisons de croire qu’ils ont des niveaux de diplôme plus élevés que la moyenne. Le principal risque est qu’Israël connaisse une “fuite des cerveaux” et il n’est pas certain que l’alya [immigration de juifs en Israël] puisse compenser cette perte de population qualifiée. »
    Les réseaux sociaux témoignent de ce phénomène. Groupes appelant à créer des communautés au Portugal, en Grèce, au Canada ou en Thaïlande, ou partageant des informations sur les visas, les conditions de vie locale et le travail à distance, tweets s’inquiétant de départs multiples autour de soi, insultes et accusations de « trahison » pour d’autres : le sujet est omniprésent. « Cinq collègues, deux familles, des amis (…). Rien que dans mon entourage immédiat, je vois un nombre de départs dont je n’ai pas souvenir les années précédentes (…). Seule une autruche ne verrait pas la réalité qui se dessine, et cela ne fera qu’empirer », s’alarmait sur X, dès juillet, le professeur de droit Adam Shinar.
    Au fil des mois, après le début de la guerre à Gaza, puis au Liban, la tendance s’est accentuée. « En trente ans de carrière, je n’ai jamais vu ça », témoigne Ilan Revivo, 50 ans. Son entreprise, Universe Transit, fondée à Tel-Aviv au début des années 1990 par son père Yitzhak, s’était spécialisée dans l’aide aux juifs venant s’installer en Israël, notamment depuis la France. Désormais, souligne le fils, c’est l’inverse qui se produit. « Des familles entières partent pour le Portugal, Chypre ou la Grèce, et ils vendent tous leurs biens, c’est sans précédent. Il y a quelques semaines, nous avons aidé à déménager toute une famille de Kiryat Motzkin [dans le nord d’Israël] pour Chypre : vingt personnes, les grands-parents, les enfants et les petits-enfants, trois générations d’un seul coup ! »
    « Effrayés par la situation politique »
    Pour cet entrepreneur aussi, la guerre n’est pas le seul moteur de cet exode. « Ceux qui partent sont plus effrayés par la situation politique, ils ne sont pas optimistes sur le futur et ils pensent à leurs enfants. De fait, ils cherchent souvent une seconde nationalité. Je crois que le poids de la religion dans le pays joue beaucoup dans leur décision, qu’ils prennent parfois en deux semaines, sans attendre davantage. »Au 37e étage de l’une des tours Azrieli qui dominent le centre de Tel-Aviv, Liam Schwartz, chef du département spécialisé dans l’aide à l’obtention de visas au sein du cabinet d’avocats Goldfarb Gross Seligman, l’un des plus importants d’Israël, reçoit entouré de jeunes collaborateurs attentifs. « J’ai créé ce département il y a cinq ans, et nous avons dû agrandir notre équipe, tellement nous sommes débordés. »
    Lui aussi se dit surpris par la vague de départs. « C’est du jamais-vu, dit-il. Bien sûr, la situation économique a un impact, mais après le 7-Octobre, la tendance s’est accélérée. Dans le domaine du high-tech, la demande est très forte pour travailler à distance, depuis l’étranger, soit pour prolonger des missions déjà en cours, soit pour s’installer. Des entreprises cherchent à retenir leurs salariés, mais parfois ceux-ci décident de s’expatrier à leurs frais. » Le cabinet travaille principalement sur deux destinations, les Etats-Unis et la Grèce, « un pays très prisé car il permet de rester proche d’Israël ». Les candidats au départ, précise encore l’avocat, « viennent de partout dans le pays, et cela concerne des familles entières ».
    Mais, depuis novembre 2024, Liam Schwartz est préoccupé. Il tend un épais formulaire, le document à remplir pour obtenir une Green Card, une carte de résident permettant de travailler aux Etats-Unis, dont il a souligné des passages. « Il y a deux mois, des clauses ont été ajoutées, expose-t-il. Regardez, ici et ici : “Avez-vous déjà ordonné, incité, appelé, commis, aidé, ou autrement participé : à tuer ou tenter de tuer quelqu’un ? Ou essayé de blesser une personne ?” Cela devient de plus en plus complexe car, potentiellement, beaucoup de monde peut être concerné. » Tous ceux qui ont participé, de près ou de loin, à la guerre à Gaza pourraient en effet être visés par l’un des dix nouveaux alinéas apparus dans le document américain. Un obstacle de taille à l’expatriation.Nul ne sait aujourd’hui si la fragile trêve à Gaza, entrée en vigueur le 19 janvier, suffira à endiguer les départs, d’autant que le premier ministre, Benyamin Nétanyahou, a averti que le gouvernement se réservait « le droit » de reprendre la guerre s’il le jugeait nécessaire. Mais, surtout, nombre d’Israéliens restent hostiles à la politique menée par la coalition au pouvoir, dominée par l’extrême droite. Ce que Roy résume d’un trait : « Si rien ne change aux prochaines élections, il y aura encore plus de monde pour partir. »

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  • En manque de main-d’œuvre, la Grèce va délivrer près de 90 000 visas pour des travailleurs étrangers - InfoMigrants
    https://www.infomigrants.net/fr/post/62218/en-manque-de-maindoeuvre-la-grece-va-delivrer-pres-de-90-000-visas-pou

    En manque de main-d’œuvre, la Grèce va délivrer près de 90 000 visas pour des travailleurs étrangers
    Par La rédaction Publié le : 14/01/2025
    Le gouvernement grec a annoncé fin décembre la délivrance de 89 290 visas pour les travailleurs étrangers en 2025. La Grèce manque cruellement de main-d’œuvre et compte sur les étrangers pour faire tourner son économie, notamment dans le secteur de l’agriculture et du tourisme.
    Pour l’année 2025, la Grèce va délivrer jusqu’à 89 290 visas de travail. Cette mesure a été approuvée en fin d’année par le gouvernement grec afin de couvrir les emplois vacants dans le pays, indique début janvier la presse locale. Sur ces près de 90 000 visas, 45 670 concernent des emplois saisonniers avec des visas de courte durée (quelques mois), 41 670 des visas longue durée (minimum trois ans) pour les métiers en tension et 2 000 postes visent des emplois pour des travailleurs étrangers hautement qualifiés.
    Dans le détail, 16 000 emplois s’adressent aux travailleurs non qualifiés dans l’agriculture, l’élevage, la sylviculture (domaine forestier) et la pêche. Dans le secteur de la construction, 4 950 emplois visent les ouvriers du bâtiment. Dans l’industrie, 5 000 emplois concernent les secteurs de la fabrication, de l’emballage et du stockage. Plus de 5 000 emplois dépendent des domaines du nettoyage, de la cuisine, de la restauration, du tourisme, des aides domestiques, des employés de bureau... Et le même nombre concerne aussi les employés de bureau dans des entreprises nationales.
    Des accords bilatéraux avec plusieurs pays facilitent la délivrance de visas. Environ 4 000 postes vacants dans le domaine de l’agriculture ou du tourisme devraient être pourvus par des personnes originaires du Bangladesh, grâce à un partenariat signé entre les deux pays en septembre 2022. Un autre accord avec l’Égypte, en vigueur depuis janvier 2023, permet aussi à ces ressortissants de venir légalement en Grèce, notamment pour travailler dans le domaine de la pêche.
    Les organisations de métiers en tension ont salué la décision d’accorder ces 90 000 visas cette année mais les patrons rappellent que cela ne représente qu’une goutte d’eau alors que la main-d’œuvre manque cruellement en Grèce. Environ 300 000 emplois, notamment dans le tourisme ou le bâtiment, sont non pourvus dans le pays.
    Par ailleurs, obtenir l’autorisation de venir travailler en Grèce est une véritable gageure. Le gouvernement a d’ailleurs assuré qu’il allait présenter au printemps prochain une proposition de loi afin de simplifier et d’accélérer le processus. « Nous travaillons de manière systématique et méthodique pour la préparation d’un projet de loi global sur l’immigration légale qui viendra résoudre la plupart des problèmes afin de donner l’impulsion pour renforcer immédiatement l’économie grecque avec la main-d’œuvre nécessaire », a déclaré à la presse grecque le ministre de l’Immigration et de l’Asile Nikos Panagiotopoulos.
    « Ce que nous avons identifié, c’est qu’à partir du moment où un travailleur étranger, hors UE, souhaite travailler dans notre pays, des dizaines [de démarches] sont nécessaires jusqu’à ce que le processus soit terminé, ce qui le rend automatiquement dysfonctionnel et inefficace. Nous travaillons sur une série d’interventions qui changeront cela de la manière la plus rapide et certainement la plus efficace », a-t-il ajouté.
    Fin 2023, Athènes avait lancé un nouveau titre de séjour, destiné aux migrants sans papiers installés en Grèce. Il s’adresse aux exilés résidant dans le pays depuis au moins trois ans et qui peuvent présenter une promesse d’embauche. Avec ce permis de séjour, l’État grec entend répondre à « la concurrence intense d’autres pays européens, comme l’Italie », selon un communiqué des autorités. Dans le pays, le marché du travail « est soumis à des tensions accrues en raison de l’exode des migrants vers d’autres États européens », expliquait à l’époque le média grec Ekathimerini. Cela s’explique principalement par le fait que les citoyens de pays tiers peuvent obtenir plus facilement des documents et avoir un meilleur accès au marché du travail ailleurs dans l’Union européenne.
    De plus, une part conséquente de la main-d’œuvre est en fait constituée de migrants sans papiers – déboutés du droit d’asile, ou à qui l’on a refusé un permis de séjour – qui vivent pourtant dans le pays depuis de nombreuses années

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  • « Sur l’immigration, le récit de Donald Trump évolue au gré des rapports de force dans son camp »
    https://www.lemonde.fr/economie/article/2025/01/03/sur-l-immigration-le-recit-de-donald-trump-evolue-au-gre-des-rapports-de-for

    « Sur l’immigration, le récit de Donald Trump évolue au gré des rapports de force dans son camp »
    Marie-Cécile Naves Politiste
    Durant toute sa campagne, Donald Trump s’est engagé à réduire de manière drastique l’immigration non seulement illégale, mais aussi légale. Son souhait de confier cette tâche à l’ancien policier Tom Homan – l’artisan de la séparation de plus de 4 000 enfants de leurs parents immigrés entre 2017 et 2021 – allait dans ce sens.
    Le récit trumpien se décline en trois points : la lutte contre la délinquance (le migrant étant automatiquement associé au criminel) ; la préservation d’une identité (blanche) américaine mythifiée ; et, précisément, l’efficacité économique. Ces trois objectifs sont liés entre eux, le travailleur immigré étant présumé prendre le travail du « vrai » Américain.
    Dans les faits, la perspective d’une expulsion des quelque 11 millions de clandestins, mais aussi de leurs enfants, même si ces derniers sont en situation régulière, s’avère, au-delà des problèmes éthiques et pratiques qu’elle pose, une aberration économique.
    Lire aussi | Article réservé à nos abonnés Aux Etats-Unis, l’immigration au cœur des premières nominations de Donald Trump
    En 2022, on comptait 30 millions d’immigrés dans la main-d’œuvre du pays (soit 18 %), dont 8 millions de travailleurs illégaux indispensables à de nombreux secteurs économiques. Les sans-papiers représentent ainsi jusqu’à un tiers des employés dans l’agriculture, le BTP, les loisirs, la restauration, les services à domicile ou à la personne, en particulier parce qu’ils sont les seuls à accepter certains emplois peu qualifiés.
    Cependant, nombre d’entre eux sont très demandés en raison de leur niveau de qualification : aux Etats-Unis, un tiers des immigrés possèdent un diplôme de l’enseignement supérieur (soit la même proportion que les citoyens américains), ce qui les conduit à occuper des emplois à haute valeur ajoutée : banque, nouvelles technologies, recherche fondamentale et appliquée, etc.
    Une étude du National Bureau of Economic Research, un centre de recherche indépendant, a montré qu’entre 1990 et 2015 les immigrés ont concentré 16 % des inventions et 23 % des innovations. Ils créent, en outre, plus souvent leur entreprise, et donc des emplois, dont bénéficient également les Américains : les deux tiers des principales entreprises en intelligence artificielle ont été fondées par des immigrés, dont une part importante était au départ sans papiers.
    Avec des expulsions massives, le marché du travail, malgré sa grande fluidité, ne se redéploiera pas de lui-même par un effet de vases communicants. La compétitivité de nombreuses entreprises, petites ou grandes, s’en trouvera affectée, sur le plan national ou à l’échelle internationale : non seulement elles devront augmenter les salaires pour embaucher des Américains ou des immigrés légaux, ce qui aura un effet inflationniste, mais c’est toute une chaîne de production et de distribution qui en pâtira (sous-traitants, etc.). Autrement dit, des opportunités d’emploi seront perdues pour tout le monde.
    Par ailleurs, les économistes et la Banque mondiale s’accordent à dire que la richesse créée par les immigrés, clandestins compris, est considérable : jusqu’à 8 % du PIB des Etats-Unis. Et, même avec un pouvoir d’achat plus faible que la moyenne, les sans-papiers restent des consommateurs, et paient des impôts locaux et fédéraux.
    Enfin, expulser des millions d’immigrés demandera des moyens policiers et judiciaires démesurés : l’American Immigration Council estime qu’arrêter, juger et expulser, chaque année, un million d’immigrés coûterait près de 90 milliards de dollars (87,5 millions d’euros).
    Il est donc certain que le discours trumpien s’adaptera, quelles que soient les décisions prises, et quels que soient les faits. Le récit du président élu évolue déjà au gré des rapports de force dans son camp. Pour l’heure, Donald Trump semble soutenir les « tech bros » de la Silicon Valley, symbolisée par Elon Musk, qui demandent le maintien et l’extension d’un système de visa, le H1B, pour leurs futurs ingénieurs et techniciens, contre l’extrême droite identitaire jusqu’au-boutiste, emmenée notamment par l’idéologue Steve Bannon. A contre-courant de ce que Trump affirme depuis des années.

    #Covid-19#migrant#migration#etatsunis#visas#H1B#economie#migrationqualifiee#immigration#sante#expulsion

  • Entre Musk et la base MAGA, le camp trumpiste se divise sur les visas de la tech
    https://www.lemonde.fr/economie/article/2024/12/29/les-trumpistes-se-dechirent-sur-les-visas-de-la-tech_6472826_3234.html

    Entre Musk et la base MAGA, le camp trumpiste se divise sur les visas de la tech
    Par Corine Lesnes (San Francisco, correspondante)
    Publié hier à 18h30, modifié à 08h29
    Nouvelle fracture dans le clan Trump. Après l’affrontement interrépublicain au Congrès sur le relèvement du plafond de la dette, c’est l’alliance – quelque peu contre-nature – entre la base MAGA (« Make America Great Again ») et la droite de la Silicon Valley qui est mise à mal sur l’immigration légale et la place à accorder, dans l’économie américaine, aux ingénieurs étrangers.
    La querelle a commencé le 22 décembre lorsque Donald Trump a annoncé la nomination de l’investisseur d’origine indienne Sriram Krishnan comme conseiller pour l’intelligence artificielle (IA) au bureau de la Maison Blanche pour la science et la technologie, un service stratégique à l’entrée d’une année où les autorités américaines devront statuer sur l’encadrement de l’IA. Il travaillera avec David Sacks, un autre investisseur de San Francisco nommé le 5 décembre par le président élu comme « tsar » pour l’IA et les cryptomonnaies, et né en Afrique du Sud, comme Elon Musk.
    Ingénieur de formation, ancien de Microsoft et de Facebook, artisan de la mise en œuvre des projets d’Elon Musk après le rachat de Twitter, devenu animateur, avec son épouse, d’un podcast populaire parmi ses pairs, Sriram Krishnan, 40 ans, est un pur produit du sérail libertarien de la Silicon Valley. Récemment, il était posté à Londres où il a ouvert l’antenne britannique de la firme d’investissements a16z de Marc Andreessen, autre figure de la tech séduite par Trump et ses promesses de baisses d’impôt et de déréglementation des cryptomonnaies. L’ingénieur en a profité pour mettre en contact Elon Musk et l’ancien premier ministre britannique Boris Johnson.
    La base anti-immigration du Parti républicain a critiqué la nomination de M. Krishnan. Elle lui reproche d’avoir plaidé pour l’octroi de cartes vertes automatiques pour les ingénieurs étrangers de haut niveau et d’être partisan de la suppression du plafond de visas H1B, qui permettent aux entreprises technologiques de recruter des employés à l’étranger, en particulier en Inde. Des recrutements à bon marché qui, de l’avis général, évitent aux géants de la tech d’employer des Américains mieux payés. Les loyalistes MAGA réclament l’élimination de ces visas spéciaux qui ont contribué à l’essor d’une économie technologique dont ils ont peu profité.Elon Musk, dont les entreprises sont de grandes consommatrices de visas H1B, a défendu le programme, mettant en cause le professionnalisme des informaticiens américains. « Le nombre d’ingénieurs qui sont super talentueux et super motivés est bien trop faible aux Etats-Unis », a-t-il assuré, le 26 décembre, sur sa plateforme.
    Son partenaire au nouveau « bureau de l’efficacité gouvernementale » annoncé par Trump, Vivek Ramaswamy, né aux Etats-Unis de parents originaires du Kerala (Inde), a enfoncé le clou. « La raison pour laquelle les grandes entreprises technologiques recrutent souvent des ingénieurs nés à l’étranger ou de première génération plutôt que des Américains “natifs” n’est pas liée à un supposé déficit de QI chez les Américains », a-t-il relevé, mais au mode de vie local. « Notre culture américaine a vénéré la médiocrité plutôt que l’excellence depuis trop longtemps », a-t-il posté sur X. Avant de reprocher aux parents américains de laisser leurs enfants passer plus de temps en « soirées pyjama » et « dessins animés le samedi matin » qu’en cours de maths et compétitions scientifiques.
    Sur les réseaux sociaux, les attaques ont pris un tour xénophobe, dont Elon Musk a fait les frais – ila lui-même bénéficié d’un visa H1B dans les années 1990. Laura Loomer, fervente soutien de Donald Trump, a critiqué les « gauchistes de carrière » recrutés pour servir dans la prochaine administration « alors qu’ils partagent des vues en opposition directe avec le projet “America First” » du président élu.
    « Notre pays a été construit par des Européens blancs, pas par des envahisseurs venus d’Inde », a-t-elle posté. Elon Musk a rétorqué en appelant à débarrasser le Parti républicain des « méprisables imbéciles » qui s’opposent à l’immigration de talents étrangers. Il a proclamé qu’il entrerait « en guerre » sur le sujet. Une guerre « d’un type que vous ne pouvez même pas saisir ».
    En trois jours, la querelle a pris le tour de ce que les démocrates, pas mécontents du spectacle, ont qualifié de « nuit des longs couteaux » dans les rangs trumpistes. Steve Bannon, l’ancien stratège populiste de Trump, a pris parti contre Elon Musk – qu’il avait déjà accusé en 2023 d’être à la solde du Parti communiste chinois. Le programme H1B est une « escroquerie » au profit « des oligarques » de la Silicon Valley, a-t-il estimé. Laura Loomer a, elle, accusé le prétendu « absolutiste de la défense de la libre expression » Elon Musk d’avoir réduit sa capacité à collecter des revenus sur X, pour étouffer ses critiques.
    Donald Trump avait fait campagne en 2020 en promettant de mettre les géants de la tech au pas. En 2024, il a multiplié efforts et promesses pour amadouer les milliardaires. Lui qui avait durci les conditions d’obtention de visas H1B pendant son premier mandat, a semblé prendre position en faveur de ses nouveaux amis. Dans une interview par téléphone au New York Post, samedi 28 décembre, il a affirmé qu’il avait « toujours aimé les visas » et qu’il avait nombre d’employés titulaires du H1B dans ses « propriétés », sans autre précision. La presse s’est demandé dans quels golfs il employait des informaticiens.
    La querelle actuelle intervient après la bataille sur le budget, qui a failli entraîner la fermeture des services du gouvernement fédéral quelques jours avant Noël. Bataille perdue par celui qui l’avait déclenchée, à savoir Elon Musk. Pour l’éditorialiste de centre droit David Brooks, le même type de contentieux va marquer le paysage politique de 2025 dans nombre de domaines, de la politique commerciale aux réglementations sur le travail ou le logement.
    « C’est le genre de tension fondamentale qui se manifeste dans votre parti lorsque vous faites ce que Trump a fait : prendre un parti capitaliste dynamique et axé sur le libre marché et y insuffler une philosophie protectionniste, régressive et réactionnaire », écrit-il dans le New York Times du 27 décembre. Selon lui, la manière dont le septuagénaire, qui entrera en fonctions le 20 janvier 2025, gérera ces tensions dans sa coalition sera déterminante pour les élections de mi-mandat en 2026.

    #Covid-19#migrant#migration#etatsunis#visas#H1B#economie#migrationqualifiee#politiquemigratoire#informaticien

  • L’Europe peine à enrayer la fuite des cerveaux
    https://www.lemonde.fr/economie/article/2024/12/18/l-europe-peine-a-enrayer-la-fuite-des-cerveaux_6454837_3234.html

    L’Europe peine à enrayer la fuite des cerveaux
    Par Eric Albert, Anne-Françoise Hivert (Malmö (Suède), correspondante régionale), Jean-Pierre Stroobants (Bruxelles, correspondant) et Hélène Bienvenu (Varsovie, correspondance)
    Lors de sa dernière saison de recrutement, entre janvier et mars, la prestigieuse école d’économie de Toulouse (Toulouse School of Economics, TSE) a offert des postes à six brillants jeunes économistes, qui venaient de finir leur thèse et commençaient leur carrière de chercheur. Elle a essuyé six refus. Deux ont préféré rejoindre le secteur privé aux Etats-Unis. Quatre ont filé dans d’autres universités, essentiellement étrangères. « C’est dur », reconnaît Jean Tirole, Prix Nobel d’économie 2014 et président honoraire de la TSE.
    L’école d’économie, qui se bat depuis sa fondation en 2007 pour créer un pôle d’excellence, aujourd’hui seizième mondiale de sa catégorie dans le célèbre classement des universités de Shanghaï, déploie pourtant des efforts exceptionnels au regard des standards français. Au lieu du salaire débutant de professeur assistant, autour de 35 000 euros annuels, elle propose une rémunération de 72 000 euros, grâce notamment à des cofinancements de grandes entreprises et à des bourses d’excellence de l’Union européenne (UE).
    Mais cela n’est rien au regard des ponts d’or déroulés par les établissements anglo-saxons. « Aux Etats-Unis et au Royaume-Uni, il n’est pas rare de voir des offres à 250 000 dollars [238 000 euros] ou 300 000 dollars par an, souligne Christian Gollier, le directeur de la TSE. On peut danser sur la tête, ça ne changera pas grand-chose : il suffit de regarder les chiffres pour comprendre le phénomène. »
    En mauvaise posture
    Celui-ci est symptomatique de l’un des grands handicaps dont souffre l’Europe, à l’heure où l’activisme industriel chinois et la puissance économique américaine mettent à mal sa compétitivité. Certes, l’énergie chère, les difficultés de financement des entreprises et la faiblesse de l’innovation la lestent, comme l’a souligné l’accablant rapport remis par Mario Draghi, l’ancien président de la Banque centrale européenne, en septembre. Mais elle est aussi en mauvaise posture dans la grande bataille que se livrent les continents pour attirer les meilleurs chercheurs au monde. « On a quand même un problème, explique M. Tirole. Les étudiants qui ont fait Normale-Sup ou Polytechnique, qui sont parmi les plus brillants et les plus entreprenants de leur promo, et dont les études furent payées entièrement par l’Etat, s’empressent d’aller vivre aux Etats-Unis. Nous sommes incapables de les retenir. »
    Cette concurrence pour attirer les cerveaux ne concerne pas seulement les labos de recherche. Elle fait aussi rage du côté des entreprises, qui cherchent à recruter les profils les plus brillants, quelle que soit leur origine. Outre-Atlantique, 55 % des quelque 500 licornes (entreprises non cotées valant plus de 1 milliard de dollars) du pays ont été créées par des immigrés, selon une étude de la National Foundation for American Policy, un centre de réflexion. Le taux atteint deux tiers en comptant les enfants d’immigrés. L’étude cite notamment Stripe, une entreprise de paiements en ligne créée par des Irlandais, Discord, une plateforme de communication prisée des fans de jeux vidéo, inventée par un Ukrainien, ou encore Biosplice, une société de biotechnologie fondée par un Turc. Elle ajoute aussi SpaceX, l’entreprise spatiale gérée par Elon Musk, né en Afrique du Sud. Au total, sur 500 licornes, 66 ont été créées par des Indiens et 54 des Israéliens, mais on trouve aussi 27 Britanniques, 18 Français et 15 Allemands.
    « Retenir et attirer les talents est un enjeu majeur, confirme l’économiste Camille Landais, un Français lui-même basé à la London School of Economics. On a une littérature économique très riche qui, en étudiant les précédents historiques, montre que les grands talents scientifiques ou les grands innovateurs produisent des retombées économiques importantes. » Il cite l’exemple de la fuite des juifs européens vers les Etats-Unis avant la seconde guerre mondiale, qui contribuèrent grandement à l’innovation dans leur pays d’accueil, notamment en physique et en chimie. A l’exemple d’Albert Einstein.
    L’Europe est-elle en train de perdre ses cerveaux au profit des Etats-Unis ? Les spécialistes du sujet se montrent prudents, tant il est complexe. Les statistiques sont notoirement imprécises, la notion de « cerveau » n’étant pas simple à définir. Parle-t-on des thésards ? Des meilleurs chercheurs ? Faut-il inclure les entrepreneurs ? Les cadres supérieurs ? Marie Sautier, une chercheuse suisse qui fait sa thèse sur la question des parcours internationaux des chercheurs, note que le taux de départ des docteurs européens (ceux qui ont une thèse) est stable depuis les années 2010 : environ 20 % s’envolent vers les Etats-Unis.
    Bien sûr, un passage par l’étranger est un incontournable pour les chercheurs de haut vol. « En France comme aux Pays-Bas, les postdocs font souvent face à une double injonction : internationaliser leur trajectoire en allant à l’étranger, mais, dans le même temps, conserver un réseau et un ancrage local », continue Mme Sautier. Elle préfère parler de « brain circulation » (« circulation des cerveaux ») plutôt que de fuite.
    Camille Landais s’en veut l’un des exemples. Il a fait sa thèse sous la direction de Thomas Piketty à la Paris School of Economics, puis est passé par Berkeley et Stanford, aux Etats-Unis, avant de s’installer au Royaume-Uni en 2012. Aujourd’hui, il est en France deux jours par semaine, où il est président délégué du Conseil d’analyse économique, un organisme rattaché au premier ministre. Le reste du temps, il est à Londres, où il enseigne à la London School of Economics. Comme lui, la plupart des économistes français à renommée internationale sont passés par les Etats-Unis, pour le meilleur. « Le développement actuel des grands centres français d’économie en a bénéficié. Jean Tirole était au MIT [Massachusetts Institute of Technology, de 1984 à 1991], avant d’aller à Toulouse. Pareil avec la Paris School of Economics, quand Daniel Cohen, qui avait passé du temps à Harvard, est rentré [l’économiste, mort en 2023, a été l’un des cofondateurs de l’école]. Thomas Piketty est aussi revenu du MIT. »
    Tout l’enjeu est donc d’offrir des conditions suffisamment attrayantes pour donner envie à ces cerveaux de revenir – mais aussi, pour en attirer d’autres. Or, en la matière, la France, comme nombre de ses voisins européens, peut mieux faire. Et ce n’est pas seulement une question d’argent. « En Italie ou en France, un peu plus de 20 % des chercheurs évoquent leur départ comme une mobilité forcée, contrainte par les normes pesantes de carrière ou l’absence d’alternative locale, contre moins de 3 % au Royaume-Uni », note Mme Sautier. Le manque de postes de chercheurs après la thèse, qui implique de longues années de précarité, pousse à l’expatriation.
    Une étude de la Commission européenne de 2020 indique que les pays les plus touchés par la fuite des cerveaux sont la Grèce (environ 6 arrivées de chercheurs en Grèce pour 10 départs) et l’Italie (7 pour 10). La France connaît aussi un taux de départs net (un peu plus de 9 arrivées pour 10 départs). L’Allemagne équilibre à peu près les flux, le Royaume-Uni connaît un taux légèrement positif. Mais les grands gagnants, sans surprise, sont les Etats-Unis, avec plus de 12 arrivées pour 10 départs.
    Dans les sciences dures, la liste des prix Nobel récemment attribués à des Français donne une idée de l’ampleur des départs. Anne L’Huillier, Prix Nobel de physique en 2023, vit en Suède depuis les années 1980. Pierre Agostini, colauréat la même année, est parti à l’université d’Etat de l’Ohio après sa retraite en 2002 ; Emmanuelle Charpentier, Prix Nobel de chimie en 2020, est installée en Allemagne, étant passée notamment par les Etats-Unis…
    Une tendance comparable apparaît dans les mathématiques, pourtant une spécialité française. Pour mesurer le phénomène, Martin Andler, un mathématicien, s’est penché sur le congrès international des mathématiciens, qui a lieu tous les quatre ans et pendant lequel est remise la médaille Fields, le prix le plus prestigieux de la discipline. A chaque fois, près de 200 mathématiciens sont invités à présenter leurs travaux. En 2014, 31 Français ou étrangers résidants en France avaient eu cet honneur. « Depuis, sept d’entre eux sont partis s’installer à l’étranger », constate-t-il. Plus inquiétant, le flux s’accélère, selon lui : « En 2014, la France était encore légèrement attractive dans le domaine des mathématiques. Depuis, le solde est devenu négatif. »
    Cette tendance n’a pas toujours été aussi nette. Dans les années 1990, quand Jean Tirole a accepté l’invitation de rentrer en France de son ami économiste Jean-Jacques Laffont, qui venait de créer ce qui deviendra la TSE, il enseignait au MIT : « A l’époque, les écarts de salaires avec les Etats-Unis étaient plus faibles. » Depuis, l’envolée des rémunérations américaines s’explique en grande partie par l’extrême inflation des droits d’inscription des étudiants. Le résultat est un système très inégalitaire, avec un sérieux problème d’endettement des jeunes Américains – mais qui permet de financer des conditions de travail et des rémunérations exceptionnelles aux enseignants. Impossible de répliquer cela dans une université en France, où les frais d’études sont presque nuls.
    Le directeur de TSE fustige également les lourdeurs des universités françaises, « avec des conseils d’administration qui durent cinq heures pour savoir si on va attribuer 3 000 euros au bureau des étudiants ». Son école est récemment devenue « grand établissement », c’est-à-dire autonome de l’université, lui permettant d’avoir enfin la maîtrise de ses ressources humaines. Et de s’épargner de telles lourdeurs administratives.
    A tout cela s’ajoute le contexte politique. Attirer les cerveaux, c’est aussi permettre une installation facile aux étudiants étrangers, aux talents recrutés par les universités, les start-up et les entreprises, ainsi qu’à leur famille… Or, à travers l’Europe, c’est la crispation générale. Voire, la fermeture. Le 11 décembre, au Pays-Bas, à l’issue de longues tractations entre les partis politiques, le gouvernement a ainsi trouvé un accord pour réduire le nombre d’étudiants étrangers et « néerlandiser » certaines formations, c’est-à-dire réduire le recours à l’anglais. Les populistes du Parti pour la liberté – le mouvement du dirigeant d’extrême droite Geert Wilders qui domine la coalition au pouvoir – en avaient fait l’une de leurs revendications. Le royaume totalise 128 000 étudiants étrangers (dont 4 860 Français) dans ses universités et ses hautes écoles lors de la rentrée 2023-2024, soit 15 % du nombre total d’inscrits, et il espère réduire ce nombre dès 2025.
    Au Danemark, les possibilités de s’installer dans le pays sont de plus en plus restrictives pour les étrangers, même pour les profils de haut vol recrutés à grands frais par les universités et les entreprises. En Hongrie, où le pouvoir autoritaire a réduit l’autonomie des universités publiques, un sondage réalisé en 2024 par les Jeunes chercheurs universitaires (FKA), un collectif affilié à l’Académie hongroise des sciences, a révélé que le quart des doctorants du pays réfléchissaient à chercher un travail à l’étranger.
    On touche ici à l’un des grands défis à venir pour l’Europe : comment concilier ce penchant pour la fermeture, poussé notamment par les formations d’extrême droite, avec la nécessaire ouverture qu’exige la course à la compétitivité ? Camille Landais appelle à une unification des règles européennes d’immigration pour les chercheurs. « Pourquoi est-ce qu’on n’a pas de visa européen pour les talents, par exemple ? » Pour lui, le danger est que chaque pays défende son pré carré, au détriment de l’intérêt du continent : « Il ne faut pas penser au niveau national, mais européen. Même si on peut vouloir qu’il y ait des centres de recherche en Pologne, en Slovénie, en France, dans chaque pays, ce n’est pas forcément la meilleure manière de rationaliser notre offre universitaire et scientifique. » Cela n’en prend pas le chemin.

    #Covid-19#migration#migrant#UE#migrationqualifiee#politiquemigratoire#economie#developpement#universite#sante#etudiant

    • Il n’est tout simplement pas possible pour les organismes publics de lutter quand il s’agit d’aligner des K€.

      Ces niveaux de salaires n’ont socialement aucune justification.

      Quand l’élitisme se mesure en K€, il est rarement le signe d’une excellence académique et bien plus sûrement l’indice d’une connivence de classe, précurseur de la cooptation nécessaire à la conservation du pouvoir.

    • ça rate beaucoup d’éléments il me semble... Par exemple, la fascination pour les US est finie depuis des années ! je vois beaucoup de femmes refuser d’aller faire un postdoc aux US (les statuts de postdocs sont très précaires, y compris parfois sur l’assurance santé). Et tout le monde évoque l’argent... mais, s’il est vrai que ça peut jouer, c’est surtout que la vie hors de France peut être bien plus agréable ! Depuis des années on me fait du pied pour rentrer en France, mais quand je regarde le niveau de vie et les conditions de vie, désolé, mais je reste à Montréal (logement avec jardin sur l’île, déplacement en vélo, bonnes formations pour les enfants, gens agréables, etc). La France ne fait plus rêver quand on va voir un peu ailleurs, désolé... Les étudiant(e)s que j’attire me le confirme (encore plus quand on parle de personnes issues de minorités visibles, qui sont très content de partir de France). Je me souviens aussi d’une discussion avec une étudiante chinoise qui voulait bosser avec moi, mais j’avais juste un financement en France, et quand j’ai proposé une thèse en cosupervision, sur Paris, elle a dit que non. Montréal et le Canada oui, mais Paris, non.

    • et suite au commentaire de @biggrizzly, parler d’argent c’est vite arriver sur la question de la valeur ("Ces niveaux de salaires n’ont socialement aucune justification"). C’est l’argument que j’entends toujours de la part des médecins (ou des universitaires des facultés de médecine, qui ont, en France comme ailleurs, des avantages démesurés par rapport aux autres facultés - on pourrait aussi parler du droit il me semble) sous prétexte de « sauver des vies » (y compris des dermatos ou des orthodontistes qui soignent des acnés juvéniles ou mettent des appareils dentaires à tous les ados CSP+ qui bossent 3 jours par semaine et gagner 4 fois plus qu’un prof d’université « régulier »). Mon point est que demander à quoi ça sert est dangereux... je suis loin d’être le plus à plaindre, mais souvent, je me demande à quoi je sers, oui. Et je me dis que ça ne changerait pas grand chose si je plaquais tout pour avoir un petit métier que j’exercerais avec mes dix doigts...

    • Deux remarques : une concerne une récente interview de Varoufakis rapportant qu’en Grèce, plus de 50% des médecins quittent le pays moins d’une mois après l’obtention de leur diplôme... comment un État peut il tenir sur la durée avec une telle perte sèche ?

      D’autre part, je me rappelle que la TSE avait fait parlé d’elle quelques mois auparavant pour avoir suspendu un prof qui avait parlé de Gaza en cours. Je ne sais pas si ça joue beaucoup dans l’esprit des jeunes diplômés face au salaire, mais connaissant l’engagement de quelques uns d’entre eux, je ne défausserais pas a priori ce type de cause.

  • « Entre 2009 et 2024, Tesla a embauché 6 976 travailleurs immigrés qualifiés »
    https://www.lemonde.fr/idees/article/2024/11/30/entre-2009-et-2024-tesla-a-embauche-6-976-travailleurs-immigres-qualifies_64

    « Entre 2009 et 2024, Tesla a embauché 6 976 travailleurs immigrés qualifiés »
    Jérôme Valette Economiste
    Si une preuve supplémentaire était nécessaire, la réélection de Donald Trump à la présidence des Etats-Unis en est une : le durcissement des discours sur l’immigration est une stratégie électoralement payante. D’aucuns en France ne manqueront pas de s’emparer de ce constat en ciblant, sans nuance, toute forme d’immigration. Après tout, la montée inexorable des partis anti-immigration, élection après élection, semble aussi confirmer l’efficacité de cette stratégie en Europe.
    Les partisans d’une immigration zéro oublient pourtant une facette importante du discours de Donald Trump durant sa campagne. Bien qu’il ait été particulièrement hostile à l’immigration en général, l’essentiel de sa communication s’est surtout concentré sur un rejet très ferme de l’immigration irrégulière aux Etats-Unis. En revanche, le candidat républicain a beaucoup moins questionné les nombreux dispositifs historiques de son pays qui visent à attirer légalement des travailleurs du monde entier, notamment des talents qualifiés.
    Chaque année, plus de 85 000 travailleurs qualifiés rejoignent les Etats-Unis grâce au programme de visas H-1b, contribuant ainsi au dynamisme de l’économie américaine. Ces visas permettent d’attirer des talents internationaux, particulièrement dans des régions comme la Silicon Valley, où ils renforcent l’innovation et jouent un rôle-clé dans le développement économique des start-up.
    Elon Musk, dernier favori de Donald Trump, ne s’y est d’ailleurs pas trompé : entre 2009 et 2024, Tesla a embauché 6 976 travailleurs grâce à ce type de visa. Résultat, les immigrés représentent aux Etats-Unis 16 % de la population, mais déposent 23 % des brevets. Quarante-six pour cent des 500 plus grandes entreprises américaines en 2024 (considérées d’après le chiffre d’affaires) ont été fondées par des immigrés ou par leurs enfants.
    De plus, la politique migratoire outre-Atlantique ne vise pas seulement des profils qualifiés, mais aussi diversifiés. Les Etats-Unis ont ainsi recours à une loterie annuelle permettant à 55 000 étrangers, détenteurs au minimum d’un diplôme du secondaire et issus de pays sous-représentés, d’obtenir un visa de résident permanent.
    Ce dispositif favorise une diversité culturelle essentielle, dont les recherches montrent l’impact positif sur l’innovation et la croissance. De l’autre côté de l’Atlantique, la France semble avoir renoncé à mener une politique migratoire économique réellement ambitieuse et offensive. Sur les 318 926 titres de séjour délivrés en 2022, l’immigration économique fait pâle figure, ne représentant que 16 % du total. Malgré une légère progression ces dernières années, elle plafonne autour de 51 000 entrées annuelles. Cela est d’autant plus surprenant que l’immigration de travail est probablement le domaine où les décideurs disposent des plus grandes marges de manœuvre. A l’inverse, l’immigration étudiante aboutit souvent à un retour dans le pays d’origine, et les immigrations familiales et humanitaires sont largement encadrées par des conventions internationales.
    Si des visas pour travailleurs qualifiés existent en France, ils peinent à tenir leurs promesses. Le passeport talent, bien qu’en augmentation avec 11 898 premiers titres délivrés en 2022, reste sous-utilisé par des entreprises qui le méconnaissent ou le jugent trop complexe. Plus surprenant, seuls 4 634 visas économiques ont été délivrés pour des travailleurs scientifiques cette même année. Des efforts supplémentaires pourraient donc être réalisés pour mieux faire connaître, simplifier et renforcer les dispositifs existants.
    Alors que les débats sur la réindustrialisation du pays reprennent une place centrale, une autre dimension de l’immigration reste largement sous-exploitée : celle destinée à combler les déficits de main-d’œuvre dans les secteurs et métiers en tension. Les organisations patronales et les grandes entreprises, longtemps discrètes sur ce sujet, avaient pourtant manifesté leur soutien à de telles politiques lors des débats sur la précédente loi sur l’immigration, conscientes des enjeux pour la croissance des secteurs concernés.
    Au-delà des stratégies électoralistes, la France aurait donc tout à gagner à ne pas tirer de mauvaises conclusions de l’élection américaine, ni à s’engouffrer tête baissée dans une rhétorique de l’immigration zéro. Des pays comme le Royaume-Uni, le Canada ou l’Australie ont dessiné d’autres voies en reprenant le contrôle de leur politique migratoire économique à travers des systèmes innovants, comme les politiques à points.Ces dispositifs, sans avoir à renier les politiques existantes pour d’autres motifs, permettent une gestion transparente et surtout flexible de l’immigration, en sélectionnant les meilleurs candidats selon les besoins changeants de l’économie.
    La France pourrait donc sortir d’une politique migratoire figée et reprendre la main avec une stratégie visant à tirer pleinement parti des bénéfices économiques de l’immigration. A l’heure où la concurrence internationale fait rage pour développer les technologies d’avenir, et où l’Europe est menacée d’un décrochage économique, nous aurions tout à perdre à ne pas nous positionner dans la course mondiale aux talents et à abandonner aveuglément toute immigration, sans distinction aucune.
    Jérôme Valette est économiste au Centre d’études prospectives et d’informations internationales (CEPII).

    #Covid-19#migrant#migration#etatsunis#immigration#visas#migrationqualifiee#economie#sante

  • En Algérie, le ras-le-bol des étudiants en médecine
    https://www.lemonde.fr/afrique/article/2024/10/23/en-algerie-le-ras-le-bol-des-etudiants-en-medecine_6358691_3212.html

    En Algérie, le ras-le-bol des étudiants en médecine
    Par Hamid Nasri (Alger, correspondance)
    « Le chômeur est payé, le médecin, lui, est au chômage ! » Depuis le 16 octobre, en Algérie, le ras-le-bol des étudiants en médecine a évolué en une grève largement suivie. Des manifestations ont été organisées dans différentes facultés de médecine du pays, notamment à Alger, Oran, Constantine, Sétif et Annaba pour réclamer plus de postes de résidanat, l’homologation des diplômes (pour qu’ils soient reconnus à l’étranger), l’amélioration des conditions d’encadrement et de formation dans les centres hospitalo-universitaires (CHU) ou encore des garanties d’emplois après la formation. Sans oublier la fin du gel des homologations de diplômes, mesure décidée par les autorités pour freiner l’exode des médecins à l’étranger et considérée par les étudiants comme une atteinte à leur droit individuel.
    Le mouvement, qui suscite la sympathie des Algériens, a contraint le ministre de l’enseignement supérieur et de la recherche scientifique, Kamel Baddari, à lâcher du lest et à recevoir, le 20 octobre, des représentants des étudiants et les directeurs des facultés de médecine pour une réunion de plus de sept heures. Mais les mesures annoncées à son issue n’ont pas satisfait les milliers d’étudiants protestataires. Parmi ces mesures figurent la promesse d’augmenter les postes de résidanat de 3 045 à 4 045 ou la mise en place d’une plateforme pour faciliter les démarches administratives. Pas assez aux yeux des étudiants, qui réclament des réformes structurelles sur la formation, les stages et un soutien financier accru.
    Le concours de résidanat, étape clé dans le parcours des étudiants en médecine en Algérie, cristallise aujourd’hui les tensions. Il révèle les failles profondes d’un système de formation en perpétuelle crise, miné par le manque de postes ou la fuite massive des meilleurs vers l’étranger. Dans un entretien accordé au journal spécialisé Essaha (« Santé »), le président du Syndicat national des enseignants chercheurs hospitalo-universitaires (Snechu), Rachid Belhadj, dresse un constat alarmant.
    Selon lui, l’écart entre le nombre de candidats au résidanat et les postes disponibles pose un sérieux problème. « Il est inacceptable que 5 000 candidats à Alger se battent pour seulement 850 postes de résidanat », relève-t-il. Le concours de résidanat ne doit pas être seulement un moyen de recrutement, mais un outil pour former des spécialistes répondant aux besoins du pays, insiste le professeur Belhadj. De son côté, le gouvernement se refuse toujours à lever le gel des homologations des diplômes. Il redoute un départ massif des jeunes médecins vers l’étranger, où ils disposent de meilleures conditions de travail et des salaires plus attractifs. Des acteurs du secteur ont ainsi relevé une tendance inhabituelle, que certains jugent même « inquiétante », à l’apprentissage de l’allemand par les médecins algériens, signe que l’Allemagne, comme la France, est devenue une destination attractive à leurs yeux.
    En 2018, un an avant le début de la grande contestation populaire du Hirak, les facultés de médecine du pays avaient déjà connu une grève massive des étudiants en résidanat, qui réclamaient la réforme du service civil obligatoire pour les médecins spécialistes. Le mouvement avait été durement réprimé par les autorités mais, pour de nombreux étudiants qui avaient repris les cours, l’exil futur s’était alors imposé comme la solution.

    #Covid-19#migrant#migration#algerie#france#allemagne#migrationqualifiee#medecin#etudiant#emigration#sante#santepublique

  • Comment la politique allemande de migration menace les ressources qualifiées en Afrique
    https://theconversation.com/comment-la-politique-allemande-de-migration-menace-les-ressources-q

    Coment la politique allemande de migration menace les ressources qualifiées en Afrique
    Publié : 24 février 2023, 10:33 CET •Mis à jour le : 28 février 2023, Aly Tandian, enseignant-chercheur, Université Gaston Berger
    _L’Allemagne a présenté un projet de centres de conseils pour migrants dans cinq pays africains, offrant ainsi à une catégorie choisie d’Africains la possibilité de s’installer sur son sol. Assane Diagne, de The Conversation Africa, s’est entretenu avec le sociologue Aly Tandian sur la signification de cette décision.
    Pourquoi l’Allemagne envisage-t-elle de faire venir de la main-d’œuvre qualifiée sur son territoire et comment se propose-t-elle de le faire ?
    En Allemagne, la politique consistant à faire venir de la main-d’œuvre qualifiée s’est davantage développée au cours des dernières années à travers une “culture de l’accueil” qui a fortement facilité l’arrivée et surtout l’intégration de nombreux migrants. Pour rappel, l’Allemagne a accueilli près d’un million de réfugiés durant la crise syrienne de 2015, ce qui a motivé l’attribution du prix Nansen du Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés à la Chancelière Angela Merkel.
    Seulement l’accueil de ces migrants est loin d’être motivé par de simples raisons humanistes car, dans ce pays comme dans bien d’autres en Europe, l’immigration apporte des solutions face aux problèmes démographiques et économiques.Elle peut contribuer à équilibrer une société vieillissante et à financer le système de retraites en plus de pouvoir compenser la pénurie actuelle de travailleurs qualifiés. Le besoin de ces derniers dans le marché de l’emploi est si pesant que l’Allemagne prend chaque jour de nouvelles politiques d’accueil. A ce jour, la procédure accélérée pour la main-d’œuvre qualifiée permet aux employeurs de déposer une demande de reconnaissance de la qualification étrangère en vue de faciliter la demande de visa du travailleur à recruter.
    Quels pays africains seront concernés et quel type de personnes sont recherchées ?
    En Afrique, en plus du Ghana, Berlin va créer des centres au Maroc, en Tunisie, en Égypte et au Nigeria. Les personnes recherchées sont les travailleurs qualifiés ayant une formation professionnelle, les travailleurs qualifiés ayant une formation académique, les travailleurs hautement qualifiés, les chercheurs, les scientifiques et les cadres. Il s’agit de contribuer à réduire le manque important de main-d’œuvre qualifiée auquel l’Allemagne est confrontée.
    Quelles sont les implications de telles politiques ?
    Récemment, la ministre allemande du Développement, Svenja Schulze, a parlé de solutions profitant à tout le monde, mais il me semble qu’il faut relativiser. Aujourd’hui, le Ghana a cruellement besoin de cette main-d’œuvre, mais il fait partie des pays africains où l’Allemagne espère trouver une main-d’œuvre qualifiée. Avec le recul, cette politique de recrutement qualifié dans les pays du Sud par des pays du Nord laisse penser que les pays d’origine sont en quelque sorte des incubateurs où sont nés, éduqués et formés des experts avant de les voir partir vers d’autres destinations. Cette forme de migration de main-d’œuvre qualifiée devrait être repensée et surtout encadrée des deux côtés, outre le fait qu’elle pose une question d’éthique. Des accords devraient être signés entre États et non des engagements entre travailleurs qualifiés et employeurs. Un encadrement rigoureux et profitable à la fois aux travailleurs, aux employeurs et aux États éviterait de précariser les travailleurs étrangers souvent moins bien moins bien payés que leurs collègues nationaux.
    N’est-ce pas là une façon d’encourager la fuite des cerveaux ?
    Je parlerais plutôt de politique pour attirer la main-d’œuvre qualifiée dans laquelle d’autres pays comme la France se sont engagés. Dans sa loi, le gouvernement français prévoit la création d’une carte de séjour spécifique pour les médecins étrangers. Selon l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE), la France a embauché en 2022 quelque 25 000 médecins nés à l’étranger, soit 12 % du nombre total de praticiens enregistré à l’Ordre des médecins. Il y a de quoi s’interroger sur un risque de pillage de grande ampleur des ressources qualifiées. D’autant plus que dans ce pays, la procédure d’autorisation d’exercice a pourtant été simplifiée afin de faciliter le recrutement de la main-d’œuvre qualifiée étrangère. Les pays d’Afrique doivent avoir leur propre agenda en matière de migration. Ils devraient plutôt encourager la mobilité des experts qualifiés soutenue par une migration circulaire. Avec cette dernière, il sera possible pour les experts qualifiés d’intervenir de manière alternée dans plusieurs pays tout en bénéficiant d’une protection rigoureuse. La migration circulaire est un moyen de servir les besoins du marché du travail des pays de destination, de promouvoir le développement dans les pays d’origine et de faire profiter les migrants eux-mêmes, nous pouvons dire alors que c’est du « triple gagnant ». Sur certains domaines comme la santé et l’enseignement, ce serait une excellente chose d’autant plus que l’Internet va faciliter les échanges.

    #covid-19#migration#migrant#allemagne#afrique#politiquemigratoire#migrationqualifiee#migrationcirculaire#integration#sante

  • L’Allemagne conclut un accord migratoire avec le Kenya pour attirer du personnel qualifié
    https://www.lemonde.fr/international/article/2024/09/13/l-allemagne-conclut-un-accord-migratoire-avec-le-kenya-pour-attirer-du-perso

    L’Allemagne conclut un accord migratoire avec le Kenya pour attirer du personnel qualifié
    Le Monde avec AFP
    L’Allemagne, confrontée à une importante pénurie de main-d’œuvre, a conclu avec le Kenya, vendredi 13 septembre, un accord migratoire destiné, notamment, à attirer du personnel qualifié.
    Au Kenya, il y a « un nombre incroyable de spécialistes en informatique hautement qualifiés », a déclaré le chancelier, Olaf Scholz, au cours d’une conférence de presse avec le président kényan, William Ruto, à Berlin. Ce dernier a, quant à lui, évoqué « l’immense capital humain », « la force d’innovation et la créativité » de son pays, où l’âge moyen est de 20 ans. Grâce à cet accord, « des travailleurs spécialisés ou des jeunes gens pourront venir en Allemagne pour une formation », a déclaré Olaf Scholz, estimant que cela pourrait aider à juguler « la pénurie de main-d’œuvre qualifiée », dont les effets se font déjà sentir sur l’économie allemande.
    « Le fondement de notre prospérité est notre ouverture sur le monde et nous devons la défendre », a estimé le chancelier, tout en plaidant pour « limiter clairement l’immigration illégale ». L’accord signé vendredi prévoit « des procédures de retour efficaces pour ceux qui sont venus du Kenya mais qui n’ont pas ou ne peuvent pas acquérir le droit de rester en Allemagne », a ajouté Olaf Scholz.
    Berlin a déjà conclu des accords migratoires avec l’Inde, en décembre 2022, et avec la Géorgie un an plus tard. Un autre devrait suivre la semaine prochaine à l’occasion de la visite de M. Scholz en Ouzbékistan. Le gouvernement allemand négocie également des traités de ce type avec la Moldavie, le Kirghizistan et les Philippines.
    Ces dernières semaines, l’Allemagne a connu une série d’agressions à caractère islamiste qui ont poussé le gouvernement de M. Scholz à durcir sa politique d’immigration. En ce qui concerne les arrivées clandestines, le poids du Kenya est relativement faible. Au cours des huit premiers mois, seules 225 personnes originaires de ce pays ont déposé une première demande d’asile outre-Rhin. De janvier à août, l’asile n’a été accordé que dans un seul cas et le statut de réfugié n’a été octroyé que dans dix autres.

    #Covid-19#migrant#migration#allemagne#kenya#accordmigratoire#retour#migrationqualifiee#economie#sante#inde

  • France : les médecins étrangers à l’hôpital public attendent toujours le décret censé régulariser leur situation - InfoMigrants
    https://www.infomigrants.net/fr/post/59728/france--les-medecins-etrangers-a-lhopital-public-attendent-toujours-le

    France : les médecins étrangers à l’hôpital public attendent toujours le décret censé régulariser leur situation
    Par RFI Publié le : 10/09/2024
    Alors que les tractations ont commencé en vue de la formation d’un gouvernement en France, les dossiers brûlants s’accumulent sur les bureaux des ministères. La situation de l’hôpital public est particulièrement préoccupante.
    Début septembre, les hôpitaux publics ont alerté sur leur situation financière : d’après la Fédération hospitalière de France leur déficit continue de s’aggraver et devrait dépasser deux milliards d’euros en 2024. Dans le même temps, le manque de personnel soignant continue de provoquer des fermetures de lits. D’après les dernières estimations, 15 000 postes de praticiens hospitaliers sont toujours vacants et autant d’infirmiers ou d’infirmières. Deux chiffres d’apparence sans rapport, mais qui pourraient expliquer l’incertitude dans laquelle sont abandonnés les médecins étrangers.
    À l’hôpital, presque un médecin sur trois a été formé hors de France et pour la moitié d’entre eux, dans un pays extérieur à l’Union européenne (UE) : dans le jargon, on les appelle les « Padue », pour praticiens à diplôme hors Union européenne. Dans de nombreux hôpitaux, ils sont devenus indispensables. « Dans mon service d’oncologie, nous sommes trois pour tout le département où je travaille », explique Zaïneb*, radiothérapeute et diplômée de la faculté de médecine de Casablanca au Maroc. « J’ai mes propres patients, j’encadre même un interne. » Pourtant, les Padhue ne sont pas reconnus comme des médecins à part entière.
    Pour cela, ils doivent passer un « examen de validation des compétences », censé garantir la qualité de leur formation. Un examen qui porte mal son nom puisque dans les faits, il s’agit d’un concours avec à chaque fois un nombre limité d’élus. Tous les ans, des médecins en poste qui exercent parfois depuis des années en France, échouent. « J’ai eu 13,5 à l’examen l’an dernier. Le seuil en oncologie était de 13,95, donc je n’ai pas été retenue pour une histoire de virgule », raconte Zaïneb. Dans certaines spécialités, le recrutement est même encore plus sévère. « L’an dernier, ils avaient annoncé 37 postes en ophtalmologie et ils n’ont retenu que 17 candidats. Je connais des gens qui ont eu 15 sur 20 et qui n’ont pas eu le concours. Des médecins qui ont exercé pendant plusieurs années, au service de la population et qui se voient refuser le droit d’appartenir au corps médical français alors qu’ils ont eu une excellente note, je ne comprends pas. »
    Sous la pression des hôpitaux, le gouvernement d’Élisabeth Borne avait promis de ne pas laisser les Padhue ayant échoué à l’examen sans solution. Une loi a été votée fin 2023 prolongeant leur autorisation de travail pour 13 mois renouvelables. Sauf que le décret d’application n’a jamais été publié. « On se retrouve dans une impasse avec un certain nombre de médecins qui ont quitté leur poste, ce qui entraîne des fermetures de consultation et des fermetures de lit. Un certain nombre sont même rentrés dans leur pays d’origine, s’alarme Christophe Prudhomme, porte-parole des médecins urgentistes de France et responsable de la CGT santé. Un collègue est rentré chez lui au Rwanda parce qu’il n’a pas eu l’autorisation de rester en France alors qu’il avait été responsable d’une réanimation en Auvergne pendant toute la période Covid-19. C’est quand même un problème ! »
    L’explication est peut-être à trouver du côté des finances publiques. Si tous les Padhue voyaient leurs diplômes reconnus, il faudrait les payer comme des médecins français. Or aujourd’hui un Padhue à son arrivée en France est payé 1 700 euros brut, soit beaucoup moins qu’un médecin français et même moins qu’un interne. Même quand ils bénéficient d’un droit temporaire d’exercer, ils restent largement sous-payés : Zaïneb gagne cinq fois moins que ses collègues français."Et cela reste un statut précaire. Que deviendrons-nous dans deux ans ?, s’inquiète-t-elle. L’idée n’est pas de créer un appel d’air et de dépouiller les pays qui forment ces médecins qui viennent ensuite exercer en Europe", souligne Christophe Prudhomme. « Mais ceux qui sont là et qu’ils souhaitent rester, ils bossent ici, ils restent ici’ c’est le slogan de la CGT. Surtout que ce sont des travailleurs indispensables pour maintenir l’hôpital public à flot ».
    Le médecin urgentiste a une explication plus cynique encore pour expliquer les réticences de l’exécutif à régulariser la situation des médecins étrangers. « Les Padhue assurent leur service dans des hôpitaux de petite taille que le gouvernement veut fermer, accuse-t-il. Donc en faisant fuir les Padhue, n’ayant aucun médecin pour les remplacer, cela permet d’accélérer les fermetures de services et d’hôpitaux de proximité. » Autant dire que la position du nouveau gouvernement sur ce dossier sensible est très attendue.

    #Covid-19#migrant#migration#france#sante#PADHUE#migrationqualifiee#systemedesante

  • La nouvelle diaspora russe en Europe, bien intégrée et partie pour rester
    https://www.lemonde.fr/international/article/2024/06/11/la-nouvelle-diaspora-russe-en-europe-bien-integree-et-partie-pour-rester_623

    La nouvelle diaspora russe en Europe, bien intégrée et partie pour rester
    Par Benoît Vitkine
    Combien sont-ils, ces Russes qui ont quitté leur pays dans les jours ou les mois suivant l’invasion de l’Ukraine, en février 2022 ? 700 000 ? Un million ? L’estimation est hasardeuse, et certains ont fini par rentrer au pays, après la fuite initiale. Reste que l’apparition d’une nouvelle diaspora russe, après plusieurs vagues successives au XXe siècle, est l’un des faits majeurs du conflit ukrainien, s’agissant du devenir de la Russie, mais aussi, dans une moindre mesure, de celui de l’Europe.
    Pour la première fois, une enquête sociologique d’ampleur s’intéresse à cette autre Russie. Celle-ci a d’ailleurs le mérite de placer cette émigration dans le temps plus long, en comparant cette dernière vague à celles arrivées dans les années 2000, mais aussi après 2014, véritable début du conflit ukrainien. Commandée par l’Institut français des relations internationales (IFRI) au Center for Analysis and Strategies in Europe (CASE), le nouveau think tank créé par des chercheurs russes en exil, l’étude est basée sur un sondage conduit par l’université de Nicosie. Trois mille deux cent trente-sept personnes installées en Allemagne, en France, en Pologne et à Chypre ont été sondées, en ligne ou en face à face. L’étude, dévoilée mardi 11 juin, est signée par deux économistes, Vladislav Inozemtsev et Dmitri Nekrasov, associés à l’ancien député de la Douma Dmitri Goudkov, tous aujourd’hui en exil.
    Les « relokanty » de l’après-2022 (littéralement les « relocalisés », le néologisme qui s’est imposé en Russie pour qualifier ces exilés) représentent 44 % du panel étudié (contre 35 % pour ceux partis entre 2014 et 2022). Sans surprise, ils sont majoritairement jeunes, masculins, éduqués et occupaient (ou occupent) des emplois qualifiés. Les auteurs mettent en garde sur l’attention excessive accordée ces dernières années aux opposants pourchassés par le régime de Vladimir Poutine, qui ne représentent qu’une poignée – quatre à cinq mille personnes seulement, selon leurs estimations. La masse des nouveaux exilés est plutôt constituée d’individus qui ne courent pas un danger immédiat (hormis pour ceux fuyant la menace d’une mobilisation dans l’armée), mais dont la vie, ou les perspectives d’avenir, ont été rendues impossibles dans une Russie tout entière livrée à l’autoritarisme et à sa confrontation avec l’Occident.
    Parmi les derniers arrivés, 65 % citent tout de même le « conflit russo-ukrainien » comme raison de leur départ de Russie, 44 % évoquant « d’autres raisons politiques », 33 % des motivations économiques et 8 % leur orientation sexuelle (plusieurs réponses étaient possibles). Sur l’ensemble du panel, 56 % des répondants disent « soutenir davantage l’Ukraine » dans la guerre lancée par le Kremlin, 11 % « davantage la Russie », et 17 % évoquent une « situation complexe dans laquelle les deux parties sont à blâmer ». Plus généralement, seulement 12 % des sondés disent « approuver » ou « plutôt approuver » les politiques du président Vladimir Poutine, quand 64 % les « désapprouvent totalement ».
    L’opposition au régime est inversement proportionnelle à l’ancienneté du départ. Autrement dit, les représentants des vagues d’émigrations antérieures à 2013 (21 % de l’échantillon total) sont plus enclins à soutenir le Kremlin. Toutes les générations d’exilés se retrouvent en revanche pour rejeter le concept de « responsabilité collective » des Russes dans les actions de leur pays.
    L’un des constats les plus frappants est que cette immigration récente s’inscrit probablement dans la durée. Seulement 11 % des sondés disent avoir l’intention de rentrer en Russie ; 37 % pourraient rentrer « si la situation change » ; et 34 % n’ont pas ce désir. Soixante-quinze pour cent ont d’ailleurs la volonté d’obtenir la nationalité du pays d’accueil, quand 20 % l’ont d’ores et déjà. L’adhésion aux valeurs démocratiques et libérales est aussi plébiscitée.
    L’intégration est également économique. Soixante-dix-neuf pour cent des sondés tirent leurs revenus de l’activité qu’ils exercent dans leur pays d’accueil. Et pour 62 % des sondés, ces revenus sont supérieurs à 3 000 euros mensuels. Le secteur des technologies de l’information domine largement, en employant 28,1 % du panel (chiffre qui tombe à 10,9 % en France). Cette intégration n’empêche pas le maintien d’un lien fort avec le pays d’origine : une grande partie des sondés continuent à s’engager dans la vie politique russe, par le biais de discussions sur ces sujets avec leurs proches restés en Russie (44 %), par des publications sur les réseaux sociaux (23 %), en participant à des rassemblements et manifestations (21 %) ou en participant à des associations (7 %). Les auteurs évoquent ainsi une « dualité » dans les attitudes et les identités multiples des émigrés, qui, contrairement à ceux des vagues d’émigration du XXe siècle, « ne se sentent pas exclus de la Russie ».
    Parmi ceux qui évoquent un possible retour, les « changements » attendus sont avant tout d’ordre politique : changement de régime en Russie (20 %), reprise des relations entre la Russie et les pays européens (20 %), fin des opérations militaires en Ukraine (18 %), absence de menace de persécutions politiques (13 %), absence de menace d’enrôlement dans l’armée (11 %)…
    Ceux installés en France sont les moins enclins à rester, sur les quatre pays étudiés. Dix-neuf pour cent excluent l’idée d’un retour en Russie, contre 38 % en Allemagne. Cette donnée rejoint une autre particularité française : les exilés russes y sont un peu moins éduqués et à l’aise que l’ensemble de l’échantillon, et surtout un peu moins politisés et attachés aux valeurs démocratiques. Le soutien affiché à l’Ukraine est de 46 % parmi les Russes installés en France contre 59 % en Allemagne ou 64 % à Chypre. Ces nuances se retrouvent également s’agissant de « l’approbation des politiques de Vladimir Poutine », légèrement plus élevée en France (18 %, contre 51 % de « désapprobation complète »).
    Cette enquête sociologique inédite sert de point de départ aux auteurs pour plaider en faveur d’une ouverture plus grande des pays européens à ces exilés, dont la plupart résident actuellement hors de l’Union européenne, et qui font face à de nombreux obstacles, administratifs en particulier. « Les “relokanty” pourraient être utilisés à la fois comme une ressource économique et sociale importante pour les pays européens, écrivent-ils en conclusion, mais aussi comme un instrument efficace pour affaiblir une Russie agressive. » En clair, la nouvelle diaspora russe, jeune, éduquée, professionnellement intégrée et qui partage les valeurs démocratiques des sociétés européennes ne présente pas un danger pour celles-ci. Son accueil plus massif constituerait au contraire une arme « aux effets comparables à ceux des sanctions prises contre Moscou » – politiquement mais surtout économiquement, à l’heure où le Kremlin lui-même reconnaît un déficit de main-d’œuvre qualifiée.

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  • En Turquie, les jeunes diplômés de plus en plus tentés d’émigrer : « Moi aussi, je veux partir »
    https://www.lemonde.fr/international/article/2024/04/25/en-turquie-les-jeunes-diplomes-de-plus-en-plus-tentes-d-emigrer-moi-aussi-je

    En Turquie, les jeunes diplômés de plus en plus tentés d’émigrer : « Moi aussi, je veux partir »
    Par Nicolas Bourcier (Istanbul, correspondant)
    Ece fait une pause. Les travaux dans son foyer pour étudiants se poursuivent même le week-end. Le bruit ne la dérange pas, mais elle s’autorise quelques courtes balades dans ce quartier perdu d’Istanbul situé sur la rive asiatique, loin des sites touristiques et de sa faculté, histoire de penser à autre chose. A 22 ans, la jeune femme, qui n’a donné que son prénom, est en troisième année de médecine. Un établissement privé « plutôt bien coté, souffle-t-elle, même s’il n’a malheureusement pas le niveau des meilleures universités publiques ». Fille de parents médecins, originaire de Hatay, la région dévastée par le tremblement de terre du 6 février 2023, Ece fait partie d’une génération qui a appris à digérer ses désillusions. « Moi aussi, je veux partir à l’étranger, travailler et vivre ailleurs, comme toute ma classe d’âge », lâche-t-elle.
    Sur les dix étudiants de sa section, une seule refuse, pour l’heure, d’envisager un départ. Comme tous les autres, Ece doit encore poursuivre trois années d’études pour obtenir son diplôme et entreprendre les démarches dans le but de quitter la Turquie. « Personnellement, j’aimerais aller à Londres, mais j’hésite encore dans mon choix et ma spécialisation ; je me suis mise aussi à l’allemand, quasiment tous ceux que je connais disent opter pour une ville allemande. »
    Selon une étude de la Fondation Konrad Adenauer d’Ankara, réalisée sur l’ensemble du pays en 2023, les deux tiers des 18-25 ans se disent prêts à quitter la Turquie s’ils en avaient la possibilité – plus encore parmi ceux qui effectuent des études longues, comme les médecins ou les ingénieurs. L’Allemagne reste la destination la plus prisée.
    (...)
    Au cours des onze premiers mois de 2023, 2 785 médecins ont demandé à l’Association médicale turque les documents nécessaires pour pouvoir exercer à l’étranger, un record. Pour leur obtention, les praticiens ont besoin d’une sorte de certificat de bonne conduite. Le plus souvent, ils invoquent le manque de revenus, des conditions de travail difficiles et une augmentation de la violence de la part des patients pour justifier leur décision d’émigrer. Aujourd’hui, pour un peu plus de 85 millions d’habitants, le pays compte près de 150 000 médecins. « C’est beaucoup moins qu’en Allemagne, qui en manque déjà », affirme Ece. La goutte d’eau a été le séisme de 2023. « Je me trouvais à Hatay pour voir mes parents. Nous avons survécu et nous avons tous observé avec effroi l’immense incompétence des autorités, l’absence d’aide et de secours pendant des jours et des jours, signale-t-elle. C’est là que je me suis dit que je devais définitivement envisager mon départ. »
    Comme d’autres, Ece ira déposer son dossier auprès de la société privée choisie par les services consulaires du pays de son choix. Le groupe sous-traitant pour la France, le Canada et la Pologne est un bunker de béton et de verre appelé VFS Global et situé sur une voie rapide du quartier de Tarlabasi, à vingt minutes de la place centrale Taksim, de ses hôtels et de son avenue piétonnière Istiklal. Tous les jours de la semaine, il y a foule devant les barrières des agents de sécurité. Les retraits de passeport se font au rez-de-chaussée, le dépôt de documents et le relevé des empreintes, aux étages. Compter un à deux mois pour un rendez-vous, parfois un peu moins pour récupérer son passeport. Et 40 euros, juste pour l’enregistrement, visa non compris.
    Dans une petite rue adjacente, Ulas Yilmaz est assis derrière son écran et une pile de dossiers dans sa petite officine en sous-sol. « Visa bureau » fournit de l’aide pour les formulaires à ceux qui en ont besoin, contre 40 à 50 euros.(...) Depuis plusieurs mois, on remarque que les choses changent. Elles sont de plus en plus nombreuses à laisser entendre qu’elles se verraient bien rester sur place, une fois là-bas. » L’employé affirme refuser certains clients, ceux qui ne remplissent pas tous les critères, qui viennent avec des invitations d’entreprises polonaises, « des faux, pour la plupart », ou qui font mine de passer par la Serbie, un pays qui n’exige pas de visa pour les ressortissants turcs.
    Les demandeurs d’asile, eux, sont redirigés vers les autorités consulaires. « Le circuit est différent et passe par les ambassades, précise Ulas Yilmaz. Là, ce sont des personnes le plus souvent originaires de la région du Sud-Est, la région kurde. » En 2023, 56 673 Turcs ont ainsi demandé un statut de réfugié en Allemagne, un nouveau record. Pour la première fois, le pays est passé devant l’Afghanistan. Seule la Syrie fait mieux. « Tout le monde veut partir », insiste l’employé. Comme Ece, il pointe l’économie, la hausse vertigineuse des prix, le gouvernement aussi. « L’avenir ici est sombre, et les dernières élections municipales largement remportées par l’opposition n’y changent pas grand-chose. »
    Le fait que de nombreuses personnes, dont les plus qualifiées, tournent le dos à la Turquie n’a pas encore entraîné de problèmes structurels, a expliqué au quotidien Die Welt Caner Aver, du centre d’études turques et de recherche sur l’intégration de l’université de Duisburg-Essen. « Mais à long terme, ajoutait-il, le marché du travail ne pourra pas compenser l’émigration dans tous les secteurs, par exemple dans le domaine de la santé ou de l’agriculture. Des hôpitaux isolés signalent déjà qu’ils ont des difficultés à pourvoir les postes vacants. » Ece hausse les épaules : « Je n’hésiterai pas. » Elle rappelle cette phrase du président Recep Tayyip Erdogan, qui avait fustigé, déjà en 2022, les médecins quittant les hôpitaux publics. « Qu’ils s’en aillent s’ils le veulent, nous continuerons avec des jeunes diplômés », avait-il lancé lors d’une intervention télévisée. Aujourd’hui, elle compte les jours.

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