• Ecologie du feu et apocalypse : la seconde nature de Californie, Mike Davis – Agitations
    https://agitations.net/2020/10/01/ecologie-du-feu-et-apocalypse-la-seconde-nature-de-la-californie

    Dans cet article initialement paru dans l’hebdomadaire The Nation suivi d’un entretien donné pour la revue américaine Jacobin (paru en 2018), le géographe marxiste Mike Davis spécialiste de l’urbanisme et des rapports de classe et de race en Californie revient sur les épisodes d’incendie qui ont ravagé plusieurs villes californiennes ces dernières années. Il décrit ici comment l’évolution de l’immobilier et de l’habitat, des villes vers l’arrière-pays, influe sur l’écosystème de la région, constituant ce qu’il décrit comme une nouvelle « écologie du feu » avec des épisodes comparables à un hiver nucléaire.

    L’écosystème désertique de la Californie ne résistera pas aux incendies

    Dans Encore un peu de verdure , un roman de science-fiction se déroulant à Los Angeles, publié en 1947 par Ward Moore (un écrivain progressiste), le personnage principal du scientifique fou est en l’occurrence une savante, Josephine Francis. Elle embauche Albert Weemer, un colporteur fauché, disposant de « tous les instincts du cafard », pour l’aider à promouvoir sa découverte : un composé chimique appelé « Metamorphosant » capable d’améliorer la croissance des plantes et leur permettre de prospérer sur des sols rocheux et stériles. Elle rêve de mettre un terme à la faim dans le monde par l’accroissement massif de la gamme des céréales. Weemer, peu versé dans les sciences, ne songe qu’à se faire rapidement du blé en vendant le produit au porte-à-porte comme traitement pour gazon. Francis, qui a désespérément besoin de fonds pour poursuivre ses recherches, accepte à contrecœur et Weemer s’en va arpenter les pelouses jaunies qui jalonnent les zones pavillonnaires décaties.

    À sa grande surprise, le traitement, qui modifie génétiquement les plantes, marche bien — trop bien, même. Dans le jardin de la famille Dinkman, la mauvaise herbe se transforme en cauchemardesque « herbe-du-diable », résistante à la tonte comme aux désherbants, et commence à se répandre dans toute la ville. « Elle se recroquevillait, se tordait, comme torturée, puis reprenait vie […] Elle engloutissait tout sur son passage, comblait une tranchée ouverte dans l’avenue, avalait des bosquets, un muret. » Elle continue à grignoter trottoirs et maisons pour finalement engloutir la ville : une nouvelle nature monstrueuse qui rampe vers Bethléem 1 .

    Encore un peu de verdure est tout à la fois comique et légèrement dérangeant. Ses prémisses absurdes sont pourtant bel et bien en passe d’être concrétisées par le réchauffement climatique : en fait, l’herbe-du-diable n’est autre que le brome, une tribu de plantes invasives impossibles à éradiquer qu’on désigne en anglais sous les qualificatifs peu flatteurs de « brome éviscérant », d’« herbe à triche » et de « faux brome ». Originaires de Méditerranée et du Moyen-Orient, certaines de ces espèces sont présentes en Californie depuis la « Ruée vers l’or », lorsque le surpâturage a permis le développement agressif des bromes et de l’avoine européenne face aux espèces indigènes. Mais aujourd’hui, c’est le feu et l’étalement « exurbain » qui leur servent de « Metamorphosant », tandis qu’elles colonisent et détériorent les écosystèmes aux quatre coins de l’État.

    #Mike_Davis #écologie #feu #bromes #exurbanisation #sécheresse_chaude #Death_Valley_partout #pyrocumulus

  • Les écosystèmes des déserts de Californie ne se remettront jamais – CONTRETEMPS
    https://www.contretemps.eu/californie-incendies-destruction-ecosystemes-changement-climat

    Dans Greener Than You Think – un roman de 1947 de l’écrivain de science-fiction de gauche Ward Moore – une femme scientifique folle de Los Angeles recrute un vendeur à la sauvette nommé Albert Weener, décrit comme ayant « toutes les caractéristiques d’un quémandeur escroc », pour l’aider à promouvoir sa découverte : un composé appelé Metamorphizerqui améliore la croissance des herbes et leur permet de pousser sur des sols stériles et rocheux. La scientifique rêve de mettre fin, de façon permanente, à la faim dans le monde grâce à une expansion très forte de la gamme de blé et d’autres céréales. Albert Weener, un ignorant en matière de science, ne pense qu’à se faire un peu d’argent en faisant du porte-à-porte pour proposer de soigner les pelouses. Ayant désespérément besoin d’argent pour poursuivre ses recherches, la scientifique accepte à contrecœur. Et Albert Weener se dirige vers les pelouses jaunies des quartiers de bungalows fatigués.

    #incendies #californie #écologie #climat #mike_davis

    • Le désert de Mojave (sud de la Californie) en est un exemple sinistre. Si vous conduisez de Los Angeles à Las Vegas, à 20 minutes de la frontière de l’État, il y a une sortie de l’Interstate 15 (autoroute) vers une route en bitume à deux voies appelée Cima Road. C’est le portail d’entrée discret de l’une des forêts les plus magiques d’Amérique du Nord : d’innombrables kilomètres de vieux arbres de Josué (Yucca brevifolia) recouvrent un champ de petits volcans datant du Pléistocène (première époque géologique du Quaternaire) connu sous le nom de Cima Dome (dans le désert de Mojave). Les rois de cette forêt font quelque 9 mètres de haut et sont âgés de plusieurs siècles. À la mi-août, on estime que 1,3 million de ces étonnants yuccas géants ont péri dans l’incendie du Cima Dome allumé par la foudre. Ce n’était pas la première fois que le Mojave oriental brûlait. En 2005, un méga-incendie a brûlé un million d’hectares de désert, mais il a épargné le Dome, le cœur de la forêt. Au cours des derniers vingt-cinq ans, une invasion de brome a créé un sous-bois inflammable pour les arbres de Josué et a transformé le Mojave en un écosystème favorable aux incendies. (Le trichocéphale et l’« herbe de fil de fer » – en effet le genus Aristida a trois arêtes sur la lemme de chaque fleuron – envahissants ont joué un rôle similaire dans le Grand Bassin et le Nord-Ouest du Pacifique.)

      La plupart des plantes du désert, à la différence des chênes et du chaparral de Californie (maquis formé par des buissons et des broussailles), ne sont pas adaptées au feu, de sorte que leur récupération peut être impossible. Debra Hughson, chef scientifique de la réserve nationale de Mojave, a décrit l’incendie comme un événement d’extinction dans une interview avec le Desert Sun. « Les arbres de Josué sont très inflammables. Ils vont mourir et ils ne reviendront pas. »

  • En Californie, l’ère des « tempêtes de feu »
    https://www.mediapart.fr/journal/international/181118/en-californie-l-ere-des-tempetes-de-feu

    Ces derniers jours, de nombreux commentateurs ont fait référence à un article prémonitoire publié en 1995 dans une revue historique par le théoricien et historien #Mike_Davis, professeur à l’université de #Californie, auteur de nombreux ouvrages sur la ville néolibérale – il a notamment publié en France City of Quartz, Paradis infernaux, ou Le stade Dubaï du capitalisme.

    Un feu venait alors de détruire dix maisons à Malibu. « Laissons Malibu brûler », écrivit Mike Davis. « Cela ne va qu’empirer, prévenait Davis, convaincu de l’absurdité de faire payer la collectivité pour des maisons presque mécaniquement vouées à brûler. De tels désastres périodiques seront inévitables : installer votre maison à Malibu et vous finirez par être confrontés aux flammes. »

    Il y a vingt-trois ans, l’article décrivait par le menu la privatisation et l’« aristocratisation » progressive du territoire de Malibu peu à peu planté de « châteaux », au mépris de l’environnement et des règles de sûreté élémentaires.

    Davis annonçait aussi l’émergence d’une nouvelle ère où les « tempêtes de #feu suburbaines » risquaient de devenir plus « apocalyptiques », quasiment impossibles à combattre. « La densité nouvelle du logement sur les collines a transformé la bataille contre les feux de forêt : c’était une guerre de manœuvres, cela devient une bataille de rues. » À l’époque, son texte avait été accueilli par un déluge de critiques.

    Il y a un peu plus d’un an, alors que le feu venait de ravager le magnifique paysage de vignes de Sonoma et Santa Rosa, juste au nord de San Francisco, Mike Davis publiait dans la London Review of Books un texte lumineux, « El Diablo in Wine Country », pointant le refus persistant des Californiens d’admettre que leur « paradis » est en train de devenir un enfer.

    « Il y a, écrit-il, une suffisance mortifère à l’œuvre derrière les politiques environnementales “mainstream” en Californie. Certains pointent le feu, d’autres le changement climatique, mais tous ignorent le pouvoir destructeur de la finance et de l’immobilier qui pousse à la surburbanisation de nos paysages sauvages de plus en plus “enflammables”. »

    Après chaque incendie, expliquait Davis, « le paradis est vite restauré, avec des maisons plus immenses que les précédentes ». Elles sont confortables, suréquipées, situées dans des endroits sublimes où l’on peut passer des heures à regarder les étoiles. Mais elles sont aussi situées dans des culs-de-sac cernés de maquis.

    « Une version rustique du couloir de la mort », commentait Davis, preuve « de l’absurdité de toute planification rationnelle dans une société fondée sur le capitalisme immobilier ».

    • En Californie, le blé protège des brasiers
      https://www.liberation.fr/planete/2018/11/15/en-californie-le-ble-protege-des-brasiers_1692372

      Dans la patrie du capitalisme débridé, l’inégalité existe pourtant, aussi, face au feu. Selon le site TMZ, spécialisé dans les célébrités, Kim Kardashian et Kanye West ont ainsi recruté une équipe privée de pompiers pour combattre les flammes qui menaçaient leur villa à 60 millions de dollars. Ces derniers ont creusé des fossés pour stopper la propagation de l’incendie. La résidence a été épargnée, tout comme celles de nombreux voisins reconnaissants, assure TMZ. Pour l’historienne Amy Greenberg, citée par The Atlantic, l’exemple des Kardashian illustre « les ramifications de la disparité économique aux Etats-Unis. […] Les riches ne sont pas censés disposer de "meilleurs" pompiers ».

      Le couple star n’est pas le seul à pouvoir se payer une protection haut de gamme en cas d’incendie. Depuis 2005, le géant des assurances AIG, pionnier en la matière, propose à ses clients les plus fortunés, membres du très sélect « Private Client Group », un service exclusif. Sobrement baptisé « Wildfire Protection Unit » (« Unité de protection contre les incendies »), il déploie ses camions et équipes pour protéger les maisons de ses richissimes clients. Selon NBC, 42 % des membres du classement des 400 Américains les plus fortunés, établi par le magazine Forbes, appartiennent au Private Client Group.

    • As Inmates, They Fight California’s Fires. As Ex-Convicts, Their Firefighting Prospects Wilt.
      https://www.nytimes.com/2018/11/15/us/california-paying-inmates-fight-fires.html

      As the Camp Fire rages in Northern California, the deadliest and most destructive in state history, and wildfires scorch western Los Angeles, about 1,500 inmates have been deployed to help fight active fires, out of a firefighter total of roughly 9,400, according to California state officials.

      [...] California relies on prisoners to fight wildfires more than any other state. In 1946, the state opened Camp Rainbow in Fallbrook, which housed inmates to fight fires. Over the decades, the program would grow.

      Today, 3,700 inmates work at 44 fire camps across the state, said Alexandra Powell, a spokeswoman for the California Department of Corrections and Rehabilitation, which helps run the fire camp program.

      https://seenthis.net/messages/656494

  • HEY ! ART MAG starts a SEASON #2 by HEY ! modern art & pop culture — Kickstarter
    https://www.kickstarter.com/projects/1246864021/hey-art-mag-starts-a-season-2

    Aujourd’hui, après 7 années d’existence et 31 numéros, nous avons besoin de votre soutien. Pour renforcer la mission de HEY !, nous souhaitons :

    1) publier la revue en numérique (sortie décembre 2017)
    2) publier un beau livre (6 mois nécessaires de production, sortie mars 2018)

    Rejoignez-nous, aidez la production de ces 3 numéros (2 numériques + 1 Beau Livre Deluxe)

    Habités par notre dévorante passion pour les territoires affranchis de la norme, nous nous battons pour créer une alternative à la vision d’une culture unilatérale, pour contribuer à dévoiler un pan entier de l’art contemporain dédaigné par les critiques et le grand marché. Cette démarche aide les artistes à franchir les portes verrouillées des musées et galeries d’art. Pour remplir cette mission, nous avons créé une revue unique en son genre. Dédiée aux arts figuratifs pop contemporain et issus des codes de la contre-culture mondiale, elle retransmet l’énergie essentielle et spécifique de notre époque. Notre revue d’art HEY ! modern art & pop culture est bilingue (FR+ANGL) et s’adresse au monde entier. Elle présente les arts outsider et figuratifs pop hors normes (Lowbrow, Surreal Pop, Visionary art, Tattoo art, Graphic Novel, Comics, Rock Poster, Post Graffiti, Art Singulier...) et l’ensemble des arts graphiques dérivés de la culture pop en tant qu’expressions majeures de notre temps ; émanations nobles, issues de l’intelligence populaire.

    Je travail avec HEY ! et il y a des sérigraphies et un dessin de moi dans le #crowdfounding alors je tag fièrement #shameless_autopromo #HEY !

  • #Mike_Davis sur l’ouragan #Sandy:
    The repo girl is at the door
    http://www.lrb.co.uk/blog/2012/11/03/mike-davis/the-repo-girl-is-at-the-door

    This is the true meaning of Hurricane Sandy: the repo girl is at the door. Climate change adaptation is a synonym for a multi-trillion-dollar reconstruction of urban coastal infrastructure and land-use patterns. Imitate the Dutch or live in Waterworld.

    #géographie #urbanisme #marxisme #NY #Etats-Unis #climat