• Face aux attaques contre la CEDH, le Conseil de l’Europe tente de canaliser le débat sur l’immigration
    https://www.lemonde.fr/international/article/2025/12/10/face-aux-attaques-contre-la-cedh-le-conseil-de-l-europe-tente-de-canaliser-l

    Face aux attaques contre la CEDH, le Conseil de l’Europe tente de canaliser le débat sur l’immigration
    Par Cécile Ducourtieux (Londres, correspondante) et Philippe Jacqué (Bruxelles, bureau européen)
    Alors que l’Europe ne cesse de durcir sa politique migratoire, comme lundi 8 décembre, où les Etats membres de l’Union européenne (UE) se sont entendus pour faciliter les expulsions et l’externalisation de la gestion des demandeurs d’asile hors du Vieux Continent, une autre bataille, idéologique cette fois, est engagée au sujet de la Convention européenne des droits de l’homme et de son interprétation par les juges de la Cour européenne des droits de l’homme (CEDH) lui étant rattachée. Les 46 ministres chargés des questions migratoires sont attendus, mercredi 10 décembre, au siège du Conseil de l’Europe à Strasbourg pour évoquer le sujet.
    « Les questions de migration sont l’une des grandes thématiques actuelles dans les pays et pour les populations en Europe », assure Alain Berset, le secrétaire général de l’institution, qui a souhaité organiser cette réunion après la publication d’une lettre ouverte, le 22 mai, par les dirigeants de neuf pays, dont l’Italie, le Danemark, la Pologne et la Belgique. Ce courrier prenait à partie la Cour européenne de droits de l’homme pour sa jurisprudence qui, selon les auteurs, poserait « trop de limites à la capacité des Etats à décider qui expulser de leur territoire ».
    Selon M. Berset, ancien président de la Confédération suisse, « la Convention européenne des droits de l’homme fournit le cadre dont nous avons besoin pour traiter ces questions de manière efficace et responsable. Notre tâche n’est pas de fragiliser la Convention, mais de la maintenir forte et pertinente, afin de garantir l’équilibre entre liberté et sécurité, justice et responsabilité ».Or, selon diverses sources, de 15 à 20 pays soutiendraient la démarche lancée par le Danemark et l’Italie, tandis que d’autres pays sont allés encore plus loin dans leurs attaques. Donald Tusk, le premier ministre polonais, a ainsi menacé récemment de dénoncer la Convention en cas de jugement défavorable de la Cour de Strasbourg, attendu début 2026, sur les refoulements polonais de migrants envoyés en 2021 par la Biélorussie.
    Au Royaume-Uni, les partis d’opposition – Reform UK (extrême droite) et les tories (conservateurs) – soutiennent également l’idée de dénoncer la Convention. Le gouvernement, dirigé par le travailliste Keir Starmer, n’est pas encore sur cette ligne, mais, mi-novembre, en présentant sa réforme drastique sur l’immigration, la ministre de l’intérieur, Shabana Mahmood, a prévu de limiter les recours à deux articles-clés de la Convention : l’article 3, qui interdit la torture, et le 8, qui protège le droit de toute personne au respect de sa vie privée et familiale. Ces deux articles sont le plus souvent invoqués en appel par les individus s’opposant à leur expulsion.
    De fait, relève Marc Bossuyt, ancien président de la Cour constitutionnelle de Belgique et grand détracteur de l’évolution de la jurisprudence de la Cour européenne de droits de l’homme en matière migratoire, « les gouvernements en ont marre de l’interprétation de la Cour de Strasbourg. Je crois en ces instruments, en l’Etat de droit, mais tous les traités internationaux établis de longue date doivent être appliqués dans les circonstances actuelles », notamment en lien avec le niveau de l’immigration irrégulière actuelle.
    Selon lui, l’application de l’article 3 est bien trop large. Il estime que la Cour ne se contente pas d’interdire tout acte de torture, mais qu’elle exige des Etats de « fournir également une procédure d’asile décente et [d’]offrir un accueil décent aux demandeurs d’asile dans leur pays », ce qui ne relève pas de l’application dudit article. De même, concernant l’article 8, le juriste estime nécessaire une interprétation plus restrictive de la Cour, car « tant que vous disposez de la jurisprudence de la Cour de Strasbourg, il est normal que les juges nationaux s’y conforment ».
    Selon la ministre britannique Shabana Mahmood, la définition de ces deux articles « a atteint des sommets d’absurdité. Aujourd’hui, nous tentons d’expulser des criminels, mais nous nous apercevons que c’est impossible car les prisons de leur pays d’origine ont des cellules jugées trop petites, voire des services de santé mentale moins performants que les nôtres ».
    Nombre de juristes s’inscrivent néanmoins en faux par rapport aux attaques de ces Etats. « En dix ans, les affaires liées à l’immigration ont représenté moins de 2 % des 420 000 requêtes traitées par la Cour. Sur cette période, plus de 90 % des requêtes ont par ailleurs été rejetées, parce qu’elles étaient irrecevables ou qu’il n’y avait pas de violation », rappelle Peggy Ducoulombier, professeure de droit à l’université de Strasbourg, dans un entretien au Monde. Selon elle, « on peut ne pas être d’accord sur tel ou tel arrêt, mais ce système nous protège tous. On a beaucoup à perdre à l’affaiblir ». De fait, estime Céline Romainville, professeure de droit à l’Université catholique de Louvain, de nombreuses critiques « montent en épingle l’un ou l’autre arrêt, sans le remettre dans son contexte, et sans faire une analyse approfondie de l’ensemble de la jurisprudence ». Au-delà du débat vif sur l’interprétation de la jurisprudence, que peuvent aujourd’hui faire les Etats ? A terme, explique-t-on au Conseil de l’Europe, l’idée est de lancer des travaux afin d’arriver à une nouvelle déclaration politique, mi-mai à Chisinau, en Moldavie, qui pourrait recadrer le travail de la Cour. En 2005, après un arrêt qui avait choqué à Londres – l’arrêt Hirst contre le Royaume-Uni sur l’absence de droit de vote des prisonniers –, les Etats avaient déjà fait évoluer la manière dont la Cour fonctionne, avec la déclaration politique de Brighton, pour l’adoption d’un protocole additionnel à la Convention.
    En 2018, le Danemark avait proposé aux autres Etats du Conseil de l’Europe de mentionner dans une déclaration politique, celle de Copenhague, la question de l’interprétation de la Cour en matière migratoire. A l’époque, aucun pays n’avait suivi le Danemark. Sept ans plus tard, au moins une vingtaine d’Etats semblent prêts à le rejoindre.

    #Covid-19#migrant#migration#UE#CEDH#droit#politiquemigratoire#sante

  • #TGV complets, billets hors de #prix : pourquoi prendre le train est devenu une galère

    Pourquoi prendre le TGV est-il devenu un casse-tête ? Manque de places, saturation du réseau, stratégie de la #SNCF... Reporterre a enquêté. Autant d’obstacles qui pourraient freiner l’engouement pour ce mode de transport doux.

    Des #tarifs dissuasifs aux heures les plus recherchées, des TGV complets plusieurs semaines avant le départ… Prendre un train entre de grandes villes devient un #casse-tête — ou un #privilège — même pour les as de l’anticipation.

    Cette situation est le revers d’une excellente nouvelle pour l’écologie : ces trois dernières années, le transport ferroviaire a battu trois fois son record de #fréquentation, avec une hausse totale de 14 % entre 2019 et 2024. Mais après avoir augmenté la #fréquence des circulations, la SNCF et ses nouveaux concurrents ne sont pas capables de suivre et d’amplifier cette nouvelle ruée vers le fer. C’est la #pénurie.

    « On a la chance d’être dans un moment incroyable pour le ferroviaire mais il y a un problème assez majeur qui ne va faire qu’empirer, c’est la #crise_capacitaire », alertait le 30 septembre Rachel Picard, cofondatrice de la compagnie #Velvet, lors du colloque de l’Association française du #rail, lobby français des entreprises ferroviaires. Selon les chiffres de ce futur concurrent de la SNCF, 5 % des voyageurs potentiels des lignes reliant Paris à Nantes, Bordeaux et Angers n’arrivent pas à trouver de billet.

    Risques de #saturation vers #Nantes

    L’alerte n’est pas désintéressée, venant d’une future « challengeuse » de la SNCF, qui compte justement faire circuler douze nouveaux TGV sur l’axe atlantique en 2028, mais elle met le doigt sur une difficulté grandissante de gestion du réseau ferré.

    En avril, #SNCF_Réseau a identifié 25 tronçons de lignes menacés de saturation. Sur six tronçons également, la saturation a été constatée en octobre 2024, ce qui signifie que le gestionnaire des rails n’a pas pu répondre favorablement à toutes les demandes de circulation pour l’année 2025.

    « Il y a encore globalement de la place, mais pas partout. On voit bien qu’il y a des risques de saturation vers Nantes, où on a un gros trafic TGV et TER », répondait le 30 septembre le PDG de SNCF Réseau, Matthieu Chabanel, au cours du même colloque.

    Pour le moment, seules les heures de pointe sont congestionnées. « Les cas avérés des saturations que nous avons connus en 2020 et en 2025 ont été résolus », minimise également SNCF Réseau, dans ses réponses écrites à Reporterre. Mais ces signaux sont pris très au sérieux, car ils hypothèquent la trajectoire ambitieuse que s’est fixée la France dans sa stratégie de #décarbonation (+50 % du trafic voyageurs ferroviaire à horizon 2040). Le copieux chantier de « #désaturation » du réseau est donc crucial.

    La France fait rouler peu de trains

    La situation est paradoxale, car la France a un des réseaux les moins « circulés » d’Europe. « Elle fait rouler quasiment deux fois moins de trains que l’Allemagne pour un réseau comparable — 43 trains quotidiens par ligne en moyenne en France, contre 82 en Allemagne —, notamment à cause de la faiblesse du trafic de marchandises », dit Vincent Doumayrou, membre de l’association de chercheurs Ferinter et rédacteur d’un blog sur le rail. Le réseau français a donc la capacité d’accueillir bien plus de trains qu’aujourd’hui.

    C’est dans les nœuds ferroviaires que cela coince. À Paris, Lyon, Lille, Nantes ou Marseille, le réseau ferré tissé en étoile exerce une pression sur quelques grandes gares, conçues pour la plupart il y a plus d’un siècle. Il devient difficile de faire cohabiter différents types de trains, de différentes compagnies, avec des vitesses, des durées d’accélération et des fréquences d’arrêts différentes.

    Travaux de réaménagement

    Plusieurs projets, petits ou gros, sont à l’étude pour y remédier, mais nécessiteront un engagement financier important de l’État. Cela va de petits aménagements de surélévation de voie d’accès aux gares, pour éviter les croisements qui bloquent les circulations, à la construction de lignes de contournement, comme à l’est de Lyon pour éviter que les marchandises transitent par la gare Part-Dieu. La gare de Bordeaux doit également être réorganisée et des lignes souterraines doivent être creusées sous le sol de Lille. Il existe également un projet de tunnel ferroviaire sous la gare Saint-Charles, à Marseille, pour que les TGV n’aient plus à changer de sens pour poursuivre leur route.

    Des sommes énormes sont également investies dans la #modernisation du système de #signalisation, afin de réduire le délai d’attente entre deux trains. Sur le Paris-Lyon, ce système dit #ERTMS permettra de passer de 13 à 16 trains par heure en 2030, moyennant 820 millions d’euros d’investissement.

    Une centaine de rames en moins

    Tous ces enjeux de long terme se télescopent aujourd’hui avec un autre problème, accentuant l’envolée des prix des billets de TGV : le manque de trains. De 482 #rames TGV en circulation en 2012, le parc de la SNCF a été réduit à 363 rames aujourd’hui. Elle l’a fait pour tenter l’aventure de la #concurrence à l’étranger. Elle mobilise en effet 14 rames duplex pour tenter de conquérir le marché espagnol (et compte faire de même sur le marché italien avec 15 rames livrées pour l’occasion).

    Elle a aussi mis au rebut des rames vieillissantes, entre 2016 et 2018, pour améliorer virtuellement son bilan comptable. Le matériel « immobilisé » est en effet converti en euros dans la colonne « passif » de ses comptes, ce qui détériore le bilan de l’entreprise. « C’est une opération purement comptable absurde qui a mis au rebut une soixantaine de rames qui auraient pu rendre service encore jusqu’en 2029. C’est d’ailleurs le cas des 28 survivantes de la série qui circulent toujours », dit Pierre Zembri, géographe à l’université Gustave Eiffel.

    « Il faut se souvenir que pendant la décennie 2010, le trafic a stagné et personne ne pensait qu’il réaugmenterait un jour. Le train passait pour ringard dans les milieux dirigeants. Nous payons encore aujourd’hui le prix du manque d’anticipation et du #sous-investissement de l’époque », rappelle Vincent Doumayrou.

    Stratégie de #rentabilité de la SNCF

    La rareté est-elle entretenue par la SNCF pour faire grimper les prix des billets et accroître sa rentabilité ? Indirectement, oui, confirme Fabien Viledieu, syndicaliste cheminot chez Sud Rail : « La SNCF a réduit son parc TGV pour blinder les trains et optimiser son outil industriel, mais il faut avoir à l’esprit que c’est l’État qui l’oblige à le faire, en imposant des #péages très élevés à chaque train et en faisant remonter des milliards d’euros pour financer l’entretien du réseau. Il est urgent de desserrer cet étau financier. »

    Entre 2015 et 2023, le nombre de TGV en circulation a baissé de 20 % et le nombre de dessertes en gare par la SNCF s’est contracté de 12 %. La hausse de capacité de trains — grâce aux TGV à deux étages, une exclusivité française en Europe — a permis, dans le même temps, de faire stagner le nombre de sièges rapportés aux kilomètres parcourus (-2 %). Et le chiffre d’affaires de la branche voyageurs progresse d’année en année (+ 5,8 % en 2024).

    La filière industrielle dans le flou

    La pénurie actuelle s’explique enfin par d’importants retards dans les livraisons des nouvelles rames, observés dans les TGV comme les trains régionaux. Pénurie de matériaux et de processeurs, inflation, problèmes techniques qui s’amoncellent… L’industrie a collectionné les imprévus ces dernières années. « Il faut dix à quinze ans pour concevoir, produire, tester et faire homologuer un nouveau train. C’est toute une chaîne qu’il faut coordonner, avec des gros constructeurs et des dizaines de petites entreprises », dit Igor Bilimoff, délégué général de la Fédération des industries ferroviaires, à Reporterre.

    L’ouverture du ferroviaire à la concurrence rajoute une couche de complexité. Elle se matérialise dans chaque région, tronçon #TER par tronçon TER, par des appels d’offres passés pour mettre en concurrence les différentes compagnies. Impossible, dans ce contexte, de commander le matériel suffisamment en avance. « À l’époque du #monopole_public, la SNCF gérait toutes les commandes. La vision à long terme qui est nécessaire pour le ferroviaire n’existe plus. Et chaque région y va de sa demande particulière, avec des petits aménagements qui modifient la ligne de production et finissent par tout bloquer », dit Bérenger Cernon, député Insoumis et ex-cheminot, auteur d’un récent rapport sur le ferroviaire.

    Décarboner les mobilités est impossible sans engagement fort de l’État

    Les constructeurs #Alstom et #CAF préviennent que sans commandes fermes, en particulier sur les trains régionaux ou d’équilibre du territoire [ex « Corails »], ils devront arrêter des lignes de production. « On perdrait le savoir-faire et la main-d’œuvre », s’inquiète Igor Bilimoff, qui milite notamment pour une « simplification des réglementations » et la création de centrales d’achats capables de centraliser les commandes.

    Qu’ils soient pour ou contre la #libéralisation, tous les acteurs du ferroviaire s’accordent sur un refrain malheureusement bien connu depuis des années : le « choc d’offre » tant espéré pour décarboner les mobilités restera lettre morte sans un engagement fort et durable de l’État. Une « loi cadre » comprenant une programmation des #investissements sur cinq ans est promise pour le mois de décembre par le ministre des Transports… s’il parvient à naviguer en dépit du contexte politique extrêmement mouvant.

    https://reporterre.net/TGV-complets-billets-hors-de-prix-pourquoi-prendre-le-train-est-devenu-u

    #France #transport_ferroviaire

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    voir aussi :
    POURQUOI LE TRAIN EST DEVENU SI CHER

    https://seenthis.net/messages/1042277

  • Sfruttare la steppa: il filo del cashmere dalla #Mongolia alla moda di lusso europea
    https://irpimedia.irpi.eu/mongolia-cashmere-sostenibile-moda-di-lusso

    Un sistema di certificazioni dal 2015 dovrebbe proteggere i produttori, ma i benefici del mercato del cashmere rimangono perlopiù in mano ai grandi marchi e a detrimento dei pastori mongoli, in una filiera sfruttata soprattutto da Italia e Francia L’articolo Sfruttare la steppa: il filo del cashmere dalla Mongolia alla moda di lusso europea proviene da IrpiMedia.

    #Diritti #Mondo #Consumatori

  • The Most Impactful Political Handbag Since Mrs. Thatcher’s - The New York Times
    https://www.nytimes.com/2025/11/18/style/sanae-takaichi-handbag.html

    J’adore les article sur les vêtures des politiques de Vanessa Friedman. Les détails qui n’échappent jamais à ses yeux pour mieux décrire la société du spectacle.

    Vanessa Friedman

    By Vanessa Friedman
    Published Nov. 18, 2025Updated Nov. 19, 2025
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    It’s the biggest political handbag since Margaret Thatcher entered 10 Downing Street with her boxy Launer London purse — in all sorts of ways.

    “It,” of course, is the black tote carried by Sanae Takaichi, the new prime minister of Japan. Officially called the Grace Delight Tote, but often referred to simply as the Sanae Tote, it is a leather bag large enough to fit an A4 file. A simple rectangle with a neat silver clasp at the top and handles long enough to carry over one shoulder or in the crook of an arm, it is made by Hamano, a Japanese “leather crafts” company founded in 1880. Saori Masuda, the editor of 10 Magazine Japan, called it the “Asprey of Japan,” referring to the heritage London leather-goods house beloved of the British aristocracy. It is available in nine different color combinations and retails for 136,400 yen (about $880).

    It is, in other words, in no way unusual except for one thing: It is carried by the leader of a G7 country, a job that usually does not involve lugging a handbag.

    Before Ms. Takaichi’s election, it was almost impossible to think of a prominent female politician who actually carried a bag. Giorgia Meloni, the first female prime minister of Italy, does not. Claudia Sheinbaum, the first female president of Mexico, does not. Kamala Harris, the first female vice president of the United States, did not. Neither did Angela Merkel during her time in office as the chancellor of Germany.

    Ditto Hillary Clinton. Even Liz Truss did not carry a bag during her brief tenure as the British prime minister (though when she met Queen Elizabeth II, the queen had her own famous bag with her).

    As to why, and despite the recent popularity of the BAB (Big-Ass Bag) and the recurring desire of designers to put big bags on their runways, the answer is pretty simple: Men in power do not carry briefcases. Why should women?

    Forgoing a bag simply telegraphs the impression that you have someone else to do the lifting for you. As Karla Welch, a stylist who worked with Ms. Harris at the beginning of her term, said: “They all have bags. It’s just an aide carrying it.” (The television series “Veep” poked fun at this reality via an assistant to the title character, who was known variously as her “bag man” and her “body man.”)

    #Vanessa_Friedman #Mode #Politiques

  • La République contre elle-même : que raconte l’étouffement des sections de commune quant au fonctionnement de l’État ?

    Les « #sections_de_commune » constituent une forme particulière et ancestrale de #propriété_collective d’une surprenante actualité. Mais elles font face aux assauts du législateur qui œuvre pour leur disparition.

    La suppression des sections de commune, une des catégories de propriétés collectives ancestrales, s’effectue à bas bruit dans les campagnes françaises. En quelques années, des pans entiers de l’identité et de l’histoire rurales ont été rayés de la carte dans une indifférence quasi générale. Néanmoins, ici et là, des habitants entrent en #lutte, aidés par des associations déterminées [1], ce qui n’arrête pas un mouvement toujours à l’œuvre dans les départements qui contiennent le plus de sections de commune [2]. Malgré une érosion continue (plusieurs disparaissent chaque semaine), il en subsiste des dizaines de milliers en #France [3]. Ce processus illustre la contradiction entre le discours étatique de promotion de la démocratie locale et de soutien à la #ruralité et la réalité d’un #démantèlement presque méthodique des structures vernaculaires d’#autogestion des campagnes. Ce faisant, s’accroît la défiance de la population envers la puissance publique, et réciproquement. Alors que l’enjeu social, écologique, climatique prend chaque jour plus d’ampleur, comment expliquer que des élus qui s’affichent comme d’ardents défenseurs de la ruralité ne regardent pas avec bienveillance la culture foncière collective et le phénomène autochtone qui l’anime ? Cette question en rejoint de nombreuses autres concernant les difficultés qu’a la puissance publique à accueillir l’action des communs fonciers et communautés liées. Pour appréhender ce sujet, une journée d’étude et de débats aura lieu le 17 octobre 2025 au Palais du Luxembourg à Paris [4].

    L’inutilité des #communaux ? Une contre-vérité historique, un contre-sens social

    Depuis le Moyen Âge, et durant des siècles, les sociétés européennes ont reposé en grande partie sur les « communaux » : des #terres_partagées (forêts, landes, marais…) destinées à satisfaire les besoins essentiels des habitants. Ces systèmes fonciers permettaient et permettent encore l’#usage_partagé des #ressources, leur autogestion prudente par les communautés villageoises selon des règles propres. Ils ont contribué à façonner les #paysages, le #patrimoine et des formes de cohésion villageoise. Le #droit actuel y fait encore allusion, mais de manière restrictive et appauvrie, sans reconnaître leur #fonction_sociale ni leurs particularités régionales. L’émergence d’un État moderne valorisant la propriété individuelle et une législation uniforme a peu à peu marginalisé ces formes collectives d’usage des terres et des ressources. L’évolution des modes de vie – moins agricoles – a accentué ce déclin (Vivier 1998). Concernant les sections de commune, la loi n° 2013-428 du 27 mai 2013 les a classées comme personnes morales de droit public (imposant un carcan que les communautés d’ayants droit n’ont jamais souhaité ni demandé) et, sous couvert de #modernisation, a restreint la possibilité pour elles de disposer d’un organe de gestion autonome (comme les commissions syndicales, aujourd’hui rares). Elle a renforcé le pouvoir des conseils municipaux pour les administrer, y compris pour vendre ou transférer ces biens. Le pouvoir de fixer le destin de ce patrimoine des habitants a donc basculé des populations aux #conseils_municipaux. Leur #disparition est aussi souhaitée par certains élus locaux qui, arguant pourtant de la défense de la ruralité, supportent mal la survivance de systèmes qu’ils voudraient mettre au pas au nom d’une certaine idée de la République centralisée et monolithique (en 2025, des sénateurs ont déposé une proposition de loi sous un titre trompeur mettant en avant l’amélioration de la gestion des sections, alors qu’il est bien question dans l’exposé des motifs de les dissoudre et d’accélérer le transfert aux communes [5]).

    Mais il y a un os : l’administration butte sur la #résistance de ces #communs_fonciers. Ceux-ci, loin d’avoir disparu, survivent sous des formes diverses en maints endroits de l’Hexagone (et ailleurs en Europe). Certes, leur dynamisme varie au gré des lieux et des situations. Mais en période de crise sociale et écologique, les populations fragilisées leur reconnaissent à nouveau un rôle protecteur et utile (Joye 2021). Défendre les communs n’équivaut pas à protéger les privilèges de quelques-uns, comme certaines voix le prétendent parfois. Il s’agit de préserver des ressources essentielles : eau, biodiversité, terres agricoles, savoir-faire anciens, patrimoine culturel immatériel, lieux de rencontre. Les enquêtes menées par la chaire Valcom [6] montrent aussi, à rebours du discours fataliste sur l’individualisme en société, que les populations ont envie de s’impliquer, d’agir et travailler en commun, d’assumer des responsabilités et de transmettre à leur tour cet héritage. Dans le système des sections de commune, les membres ont des droits mais également des devoirs et une éthique de la responsabilité. Ils prennent soin de leur environnement et interviennent sur tout un ensemble de dimensions que l’administration a du mal à appréhender au quotidien et aussi finement.

    Pourquoi s’entêter à supprimer cet héritage ?

    Nos recherches révèlent plusieurs motifs. Il y a ceux que des rapports officiels évoquent sans détour : le besoin de simplification et de rationalisation administratives. Ils discréditent ces dispositifs avec condescendance, arguant qu’ils seraient anciens, folkloriques et incompatibles avec le développement des territoires, d’où la tentation de faire table rase du passé [7]. Cette opinion se trouve dans le rapport officiel de l’Inspection générale de l’administration de 2003 percevant de manière édifiante les sections comme un « régime juridique suranné » et « un frein souvent incompatible avec un aménagement rationnel du territoire rural [8] ». Le groupe de travail qui a produit le rapport n’était composé que de représentants d’administrations (étatiques comme locales), d’associations d’élus locaux et d’institutions spécialisées (comme la Fédération nationale des communes forestières) et de quelques juristes. Jamais les ayants droit aux sections, les associations qui les représentent, ni les élus de leurs commissions syndicales n’ont été conviés, pas plus que dans les travaux préparatoires de ce qui deviendra la loi n° 2013-428 du 27 mai 2013. L’avenir des communaux ne se discute donc que dans l’entre-soi des pouvoirs publics, certains étant notoirement hostiles aux sections. Sans respecter l’espace de tous les points de vue, ces réflexions révèlent une analyse biaisée, destinée à avaliser un préjugé idéologique négatif de départ. On y lit surtout des complaintes, jamais les actions d’intérêt collectif menées par les populations, ni leurs témoignages. Les sections seraient un poids pour l’administration, l’obligeant à prendre en compte un acteur supplémentaire et épars, la population. Vingt ans après, ce motif est encore entendu.

    Sur le terrain, nous percevons les tensions qui existent par endroits et la concurrence de vision quant à la manière d’assurer la gestion durable des biens. Citons le Programme régional de la forêt et du bois (PRFB) de la région Auvergne-Rhône-Alpes (2019-2029), élaboré sous la responsabilité d’une grande partie des acteurs de la filière, sous la double présidence de l’État et de la région. Il affiche un objectif de prise en compte de la multifonctionnalité des forêts, mais prône l’intégration des #forêts sectionales dans le domaine communal (c’est-à-dire leur suppression). Il mentionne qu’elles « représentent une lourdeur importante en termes de gestion du fait du nombre important d’interlocuteurs au regard des surfaces concernées [9] ». De son côté, l’#Office_national_des_forêts (#ONF), malgré la bonne volonté de ses agents locaux, peine à concilier les différents objectifs forestiers que le législateur a fixés. Il fait primer l’exploitation économique sur la pérennité des usages des communautés villageoises. La gêne des agents se ressent en matière de droit d’affouage [10], où l’ONF adopte souvent une position ambigüe, celle du « oui mais… ». Il reconnaît les usages ancestraux au profit des populations (code forestier, ancrage local), mais ne se précipite pas pour les mettre en œuvre. Il s’abrite derrière les prétendus risques que l’exercice de ce droit engendrerait pour la filière bois, pour la sécurité, pour la gestion durable [11]. De son côté, la Charte de la forêt communale de 2016 (ONF – Fédération nationale des communes forestières) n’inclut pas les sections comme potentiels acteurs, laissant penser que les communes agissent en propriétaires des biens de section, ce qui n’est pas le cas.

    Les déséquilibres coupables de la #loi du 27 mai 2013

    La loi du 27 mai 2013 modernisant le régime des sections de commune participe en réalité de leur affaiblissement. Son titre en trompe-l’œil masque mal ses velléités d’atrophie des sections puisque le choix a été fait par le législateur de restreindre le pouvoir d’agir des ayants droit et de décider de l’avenir de leur patrimoine collectif. Le texte était destiné, en théorie, à offrir « un ensemble équilibré de dispositions tendant à clarifier ce régime juridique dans ses différentes dimensions, en prenant en compte un double impératif : d’une part, faciliter l’activité des sections de commune dont l’existence favorise la dynamisation de la gestion de certains biens, en rationalisant les règles applicables ; d’autre part, permettre plus aisément le transfert des biens des sections de commune aux communes dans les hypothèses où les sections ne reflètent plus aucune réalité [12] ». Or, le texte promulgué n’a pas atteint cet équilibre.

    En effet, le premier impératif visé a été rendu inopérant dès lors que la loi a dévitalisé les organes représentatifs de gestion des sections (les commissions syndicales) en augmentant drastiquement les conditions de revenu cadastral requis pour faire la demande au préfet de convoquer les électeurs [13]. Cela prive de facto les sections d’un outil de gestion, et les pouvoirs publics d’interlocuteurs, ce qu’ils déplorent par ailleurs... Le législateur a opté pour le renforcement de l’administration des sections par les conseils municipaux et le maire agissant au nom et pour le compte de la section. Mais c’est pour le meilleur et pour le pire en pratique, car ils disposent de la possibilité d’enclencher de multiples procédures conduisant à la suppression des communs fonciers (transferts, ventes). Certaines permettent un démantèlement des sections par des procédures expéditives qu’on ne trouve dans aucun autre domaine de l’action publique. Ces procédures s’apparentent à des expropriations déguisées, à l’indemnisation purement théorique (les ayants droit n’hésitant pas à parler de spoliation [14]), pour des projets souvent désespérants, quand il y en a : les biens restent parfois dans le giron de la propriété publique [15], mais sont aussi vendus au secteur privé, par exemple afin de réaliser des parkings, des lotissements ou pour l’agrément de propriétaires privés souhaitant agrandir leur espace...

    Quant au deuxième impératif qu’était censé poursuivre le législateur, c’est une carence d’encadrement juridique qui conduit à laisser le champ libre à l’administration pour décider si les sections ne « reflètent plus aucune réalité ». De quelle réalité parle-t-on : celle de l’apparence, celle de la vision de la puissance publique ou celle des populations ? Or, le texte est rédigé de telle sorte que le conseil municipal, avec le préfet en bout de ligne procédurale, en décident. Aucun critère de discernement n’est imposé pour faciliter une objectivation de la prise de décision (attachement, économie, services aux populations, lien social) et aucune phase préalable d’information n’est prévue afin de placer les ayants droit devant leurs responsabilités s’ils sont accusés de ne pas être assez actifs ou réels. Cette réalité ne se mesure pas qu’aux revenus de la section. Entretenir les chemins, la forêt, surveiller les sources, se réunir autour du four banal sont autant d’apports directs ou indirects en matière écologique, économique, culturel ou social aux villages. Analyser et répertorier les éléments de cette réalité – ne serait-ce que dans les documents d’urbanisme – permettrait de la comprendre dans toutes ses dimensions [16]. La loi ne propose pas non plus de relance des communs, les plus endormis aujourd’hui n’étant pas morts juridiquement ; la reprise en main par les populations reste possible (néoruraux, populations locales mieux informées). Ainsi, les projets de suppression ne se décident pas à partir d’une pesée des intérêts entre le pour et le contre, ni d’une enquête publique. Aucune procédure ne présente de garantie sérieuse d’information préalable permettant des débats éclairés et un consentement libre, en connaissance de cause, afin que chacun ait bien compris les enjeux de la possible disparition de systèmes fonciers ancestraux. Cela s’opère en sachant que les personnes sont souvent âgées et isolées. Dans bien des cas, les ayants droit n’ont pas conscience de leur liberté de choix ni des conséquences de la décision qu’on leur demande de prendre.

    Dans certains départements du Massif central, ce que nous proposons d’appeler un #sectionicide s’est intensifié depuis la loi de 2013. Aucune collectivité ne s’en glorifie ni ne tient de décompte précis. Pour le savoir, il faut lire le recueil des actes administratifs de la préfecture, les données statistiques étant parfois rassemblées par des associations défendant les sections ou des entités à l’inverse plutôt réservées, comme certaines associations départementales des communes forestières. En Haute-Loire, 359 arrêtés préfectoraux ont été pris de 2011 à 2024 tous motifs confondus (ventes et transferts, ces derniers étant majoritaires) pour amputer des sections de leurs parcelles (réduire leur superficie) ou supprimer carrément des sections (suppression totale de 214 sections soit 15,3 par an en moyenne). De fortes variations existent d’une année sur l’autre, probablement en fonction du volontarisme des équipes municipales ou des préfets en place [17]. Dans le Puy-de-Dôme, la loi de 2013 a dopé les transferts de biens de section au profit des communes avec plusieurs dizaines par an tandis qu’ils étaient très peu nombreux avant [18]. Des préfets ont publiquement appelé les maires à communaliser les biens de section. En Saône-et-Loire, le préfet accompagne sa lettre aux maires du département de la procédure de communalisation à suivre, et des contacts des agents de la direction départementale des territoires, de l’association des communes forestières ou de l’ONF à solliciter à l’appui de la besogne. Le but affiché est une fois de plus de « faciliter la gestion forestière et administrative ». On y sert surtout un argumentaire spécieux. Supprimez puisque « dans le département la plupart des forêts sectionales sont intégralement gérées par les communes, la section ayant disparu [19] ». Ce qui est faux : par définition, si l’État veut supprimer les sections, c’est qu’elles existent. Surtout, rappelons que pour les conseils municipaux, c’est une obligation légale d’assurer la gestion des sections, qu’elles soient inactives ou dynamiques, et que tout est mis en œuvre pour empêcher la constitution des commissions syndicales pouvant permettre aux populations de les gérer... En Haute-Loire, le préfet voit dans la suppression un intérêt pour mieux prévenir les risques d’incendie, le département étant désormais classé à haut risque [20]. La préoccupation de l’État est ici de limiter le nombre d’interlocuteurs, regrouper la propriété pour pouvoir agir avec rationalité en sachant que ses moyens se réduisent. C’est d’autant plus regrettable quand on sait combien les populations des sections entendent jouer un rôle majeur d’appui à la puissance publique en étant en permanence sur le terrain pour observer ou entretenir les forêts. En réponse aux envies et possibilités d’agir en renfort de l’État, celui-ci privilégie une mise à distance des populations.
    Conséquences : un appauvrissement du tissu social et des outils d’action territoriale

    Sans que les agents des administrations en soient toujours conscients, le discrédit porté aux sections est perçu comme une forme de mépris par les citoyens engagés dans la préservation de leur cadre de vie et de leurs traditions d’organisation collective du territoire, armés de leur expérience du temps long, de la conscience de soi et de leurs aptitudes professionnelles. En réalité, sauf le gain financier, il est bien difficile aux communes ayant supprimé les communs de justifier ce que cela a produit de positif. Quels services l’administration a-t-elle apportés aux populations pour prendre le relais ? Le sentiment d’appartenance au territoire en a-t-il été renforcé ? Par quoi les communes ont-elles remplacé les liens sociaux brisés par la fin des droits d’usage collectifs ? À vrai dire, selon nos observations, par rien du tout, ou si peu…

    Cette ruralité négligée de la métropole française porte des récits et des droits culturels exprimant une volonté réelle de contribuer au bien commun, à travers des formes locales et enracinées de gestion des ressources. En poursuivant l’élimination de structures locales ancestrales fondées sur la propriété collective ou les usages partagés, en ne cessant de privilégier la propriété individuelle, l’État ne fait qu’aggraver le sentiment d’abandon des populations rurales. Le sujet clive au sein des associations d’élus. Pour certains, le sujet reste urticant : c’est un difficile lâcher prise car il s’agit toujours d’affirmer que « la raison c’est nous ! C’est nous les élus qui savons. Et c’est notre rôle de représenter les citoyens [21] ! ». D’autres, à l’inverse, s’ouvrent résolument aux démarches citoyennes implicatives et souhaitent leur donner un espace d’expression [22]. Ils font le pari d’une articulation vertueuse des différentes sphères d’action d’intérêt collectif, afin qu’elles s’épaulent au lieu de se neutraliser dans une querelle sans fin, frustrant toutes les parties. Autrement dit, ce sujet suggère une réforme profonde des méthodes du service public.

    Bibliographie

    Bourjol, M. 1989. Les Biens communaux. Voyage au centre de la propriété collective, Paris : LGDJ.
    Joye, J.-F. (dir.). 2021. Les Communaux au XXIe siècle. Une propriété collective entre histoire et modernité, Presses de l’USMB.
    Scott, J. C. 2021. L’Œil de l’État. Moderniser, uniformiser, détruire, Paris : La Découverte.
    Vivier, N. 1998. Propriété collective et identité communale. Les biens communaux en France, 1750-1914, Paris : Publications de la Sorbonne.

    https://metropolitiques.eu/La-Republique-contre-elle-meme-que-raconte-l-etouffement-des-section
    #communs #foncier #démantèlement

  • Le crepe del “modello Saluzzo” dove i braccianti non diventano cittadini

    Nella località cuneese l’intervento istituzionale ha fatto sì che venissero superati gli insediamenti informali. Il sistema di accoglienza è efficace per le aziende ma non per chi vuole restare sul territorio. E il Pnrr è un’occasione persa

    Sembra una domenica come le altre, passeggiando nel verde del parco Gullino di Saluzzo (CN). Dei bambini giocano su scivoli e giostrine, nella parte più riparata alcuni ragazzi fanno un piccolo mercato. Qualche minima mercanzia, esposta anche per fermarsi a chiacchierare in quello che è l’unico spazio comune a disposizione dei lavoratori stagionali della zona, il comparto agricolo della frutta del cuneese. A guardarsi intorno adesso viene difficile pensare che fino a inizio settembre su questo stesso prato c’erano un centinaio di persone a dormire su sacchi a pelo e giacigli improvvisati di cartone. Come Odeh e Mamadou, un signore di 65 anni tornato da tempo a lavorare nelle campagne dopo la chiusura delle fabbriche.

    I due quest’estate rischiavano di dormire per strada nonostante Saluzzo sia il Comune capofila di una rete di accoglienza diffusa piuttosto strutturata che coinvolge tra gli altri la prefettura di Cuneo, la Regione Piemonte e dodici Comuni, per un totale di 246 posti letto. “Non sono sufficienti perché la stagione è molto lunga. La diffusione della rete consente di non avere grandi assembramenti ma non di eliminarli completamente -commenta il sindaco di Saluzzo Franco Demaria-. Restano i lavoratori marginali che lavorano pochi giorni e solo nei picchi della raccolta”.

    Come dire: non è niente in confronto a situazioni che si verificano in altre zone o rispetto al passato, quando in paese sorgeva un accampamento informale fatto di tende, legno e lamiere con dentro oltre cinquecento persone. O quando nel 2018 il Comune aveva adibito una ex caserma a centro di accoglienza, ribattezzata ironicamente “Guantanamo” dai lavoratori migranti. È però qualcosa su cui riflettere quando si parla di “modello Saluzzo” perché nonostante gli sforzi portati avanti e le risorse investite non si arriva a coprire il fabbisogno di abitazioni dei tanti lavoratori che accorrono nella piana.

    La stagione nel cosiddetto marchesato parte a maggio con i piccoli frutti, poi la pesca, il picco estivo con la raccolta della mela cuneese e si spinge fino a novembre con le varietà di mela invernali. Stagione lunga, anche se intervallata, e con condizioni di lavoro sostanzialmente buone, con paghe che oscillano tra i sette e gli otto euro all’ora, al netto delle tante giornate non registrate in busta paga. Fattori che attirano sul territorio più di diecimila lavoratori stagionali, oltre tremila da Paesi dell’Africa subsahariana, con 12mila contratti registrati nel raggio di 20 chilometri. Il problema principale per tutti è la casa, non disponibile o offerta a prezzi fuori mercato. L’unica soluzione proposta sono le accoglienze diffuse, organizzate seguendo i “flussi di lavoro”, vero punto di forza di questo modello per alcuni mentre nodo del problema secondo altri. Si accede durante i periodi di raccolta se si è già in possesso di un contratto di lavoro, ma senza poter prendere la residenza necessaria al rinnovo del permesso di soggiorno e utile per la nomina di un medico di base.

    Per i servizi socio-sanitari molti, oltre 300 solo quest’anno, si rivolgono all’ambulatorio della Caritas peraltro non riconosciuto dall’Asl regionale e non in grado di rilasciare prescrizioni. L’ottica è quella del workfare, impostato sul conteggio delle braccia utili in azienda a cui fornire un riparo, un sistema di intermediazione con le aziende e poco più. In cambio il lavoratore paga un contributo di 1,50 euro al giorno, l’azienda che lo recluta quattro. “Tanti soldi -racconta Omar, un lavoratore burkinabé che dorme nella ‘diffusa’ di Saluzzo- in stanza siamo in tre, se li conti sono cinquecento euro, si potrebbe prendere una casa vera”. Non è una questione di comodo per uno che da otto anni ritorna a lavorare qui.

    “Certo che mi lamento: la cucina ha pochi fuochi, si aspetta per mangiare fino a mezzanotte e non si riposa abbastanza per andare nei campi alle quattro e mezzo del mattino. Ma non ci sono case altrimenti mi fermerei pure qui”. Lui è uno dei “fortunati”, perché i 40 posti forniti da Saluzzo sono all’interno dell’ex casa del custode del cimitero, in posizione periferica ma non troppo. Sessanta invece sono a Cuneo, lontani quaranta minuti in macchina e gli altri 88 in campi container, di cui 39 a Lagnasco, installati tra il cimitero e un’azienda. All’interno di vari edifici restano 46 posti sparsi tra altri tre Comuni, in zone lontane dagli abitati, di solito in corrispondenza di cimiteri o di caselli ferroviari. Lo si potrebbe chiamare “cinismo istituzionale”, considerando che in realtà l’accoglienza organizzata coinvolge almeno altri 984 lavoratori, ospitati direttamente all’interno delle aziende, solitamente le più grandi, in container noleggiati o cascine a uso agricolo che in deroga, una volta risistemate, possono ospitare i braccianti.

    “Dal nostro punto di vista una cosa ottima e ben fatta -commenta Davide Giraudo della Flai Cgil di Saluzzo- perché sappiamo dove sono i lavoratori e come vengono trattati”. La realtà è che non ci sono strumenti per controllare le accoglienze fornite dai datori di lavoro, finanziate in parte anche con fondi pubblici e il cosiddetto modello Saluzzo si regge in pratica sull’ospitalità in azienda. Mentre gli esclusi dal sistema si arrangiano come possono, si sistemano al parco Gullino, oppure si rivolgono alla Caritas che mette a disposizione 24 posti in dormitorio e altri 18 in container. Si poteva agire diversamente con i circa 1,7 milioni di euro di fondi dedicati dal Piano nazionale di ripresa e resilienza (Pnrr) alla fuoriuscita dagli insediamenti irregolari, di cui Saluzzo e i Comuni firmatari del protocollo sono tra i pochi fortunati beneficiari. Ma i soldi verranno utilizzati per aggiungere sei posti in più all’edificio attuale nella stessa Saluzzo, confermare i dieci posti attivati quest’anno in via sperimentale a Revello (CN) e aumentare di ulteriori 36 posti gli attuali campi container. L’impressione è che tutti vogliano i lavoratori ma nessuno i migranti.

    “C’è un fortissimo disagio abitativo, le case mancano, il mercato è molto chiuso e discriminatorio. Noi abbiamo faticato tantissimo a trovare degli alloggi, ci abbiamo messo un anno a trovare questo posto a Revello”, racconta Giovanni D’ambrosio, referente di Mediterranean Hope. È uno dei motivi che ha spinto la Ong attiva anche nella piana di Rosarno ad aprire il suo ostello: “Vogliamo fornire una stabilità, anche se temporanea, a persone che spesso sono protagoniste di una migrazione circolare”. Ma l’incapacità dell’accoglienza istituzionale di coprire tutto il fabbisogno non è l’unico problema. “Le persone non sono legittimate a fermarsi sul territorio, anzi in qualche modo sono incentivate ad andarsene, il tipo di approccio pubblico è sempre quello dell’invisibilizzazione, del fatto che loro non possono immaginarsi di stare sul territorio perché una volta che finisce la stagione se ne devono andare”.

    Tra coloro che cercano di cambiare la situazione ci sono anche alcuni giovani che, attraverso l’associazione Makala, hanno adibito un’abitazione a luogo di ospitalità per sette persone finanziandola con piccoli corsi ed eventi aperti al territorio. “Chi si ferma da noi ha un anno di tempo per capire come restare qui”, raccontano. Anche se si tratta di una goccia nel mare il loro esempio è tanto più prezioso perché nato in maniera spontanea da persone che, guardandosi intorno, hanno colto meglio delle istituzioni qual è il problema principale del modello: il territorio resta impermeabile e chi arriva non ha il tempo di ambientarsi perché deve andar via. Il marchesato è così una terra di confine che si mantiene sulla linea tra ciò che è dovuto e ciò che è necessario a tutti per vivere. Non è una questione di cortesia: se ci si occupa davvero di fornire ai lavoratori luoghi dove andare a dormire non si può basare un modello di accoglienza sul calcolo della forza lavoro. Così si considerano i lavoratori migranti come pura componente essenziale al riprodursi dell’attività aziendale e non come persone depositarie di sogni, bisogni e aspirazioni che vanno al di là di una paga e un tetto sulla testa.

    https://altreconomia.it/le-crepe-del-modello-saluzzo-dove-i-braccianti-non-diventano-cittadini
    #exploitation #agriculture
    #Italie #migrations #travail #Pinerolo #main-d'oeuvre #caporalato #hébergement #logement #SDF #sans-abris #modello_Saluzzo #modèle_Saluzzo #parco_Gullino_di_Saluzzo #parco_Gullino #fruits #pommes

    voir aussi:
    Blueberries. Cronache dalle piantagioni saluzzesi
    https://seenthis.net/messages/1011769

  • Entre-deux-barres : la ville réinventée par ses habitant·es
    https://metropolitiques.eu/Entre-deux-barres-la-ville-reinventee-par-ses-habitant-es.html

    L’architecture des #grands_ensembles a longtemps représenté l’accès à la modernité avant d’être dédaignée. Pourtant, en de nombreux endroits du monde, des #habitants ont transformé ces cités en milieux de vie bien plus riches. Plutôt que de les rénover ou de les détruire, ce livre invite à mieux les comprendre. S’il est une forme urbaine qui s’est propagée à l’échelle planétaire, c’est bien l’habitat collectif de masse, plus communément appelés grands ensembles ou « barres ». On la retrouve à #Commentaires

    / grands ensembles, #histoire, #architecture, #logement, #habitat, #mode_d'habiter, habitants

    https://metropolitiques.eu/IMG/pdf/met-milliot.pdf

  • #Algues_vertes, l’histoire interdite

    Pas moins de 3 hommes et 40 animaux ont été retrouvés morts sur les plages bretonnes. L’identité du tueur est un secret de polichinelle : les algues vertes. Un demi-siècle de fabrique du silence raconté dans une enquête fleuve.Des échantillons qui disparaissent dans les laboratoires, des corps enterrés avant d’être autopsiés, des jeux d’influence, des pressions et un silence de plomb. L’intrigue a pour décor le littoral breton et elle se joue depuis des dizaines d’années. Inès Léraud et Pierre Van Hove proposent une enquête sans précédent, faisant intervenir lanceurs d’alerte, scientifiques, agriculteurs et politiques.

    https://www.editions-delcourt.fr/bd/series/serie-algues-vertes-l-histoire-interdite/album-algues-vertes-l-histoire-interdite
    #BD #livre #bande-dessinée
    #Bretagne #algues #plages #hydrogène_sulfuré (#H25) #Côtes_d'Armor #intoxication #santé_publique #Halte_aux_marées_vertes #omerta #Thierry_Morfoisse #justice #Nicol_Environnement #Screg-Colas #Bouygues #Sauvegarde_du_Trégor #silence #déni #agriculture #modernisation #remembrement #industrialisation #élevage_hors-sol #industrice_porcine #agriculture_intensive #pollution #eau_potable #Marc_Le_Fur #porcherie #nitrates #modernisation_agricole #engrais #Institut_scientifique_et_technique_de_l'environnement (#ISTE) #Christian_Bursan #industrie_agro-alimentaire #stratégie_de_l'incertitude #plan_algues_vertes (#PAV) #subventions #lisier #CRESEB #CSEB #conseil_régional_de_bretagne #France #comité_de_convergence_des_intérêts_bretons (#CCIB) #Produit_de_Bretagne #Institut_de_Locarn #Club_des_Trente #Breizh_Europe #Les_dîners_celtiques #Les_amis_du_cochon #tourisme #dépendance #terreur #suicides #banques #grande_distribution #argent_public #élevage #sodiaal #Triskalia #Synutra #Laïta #Jean-René_Auffray #vasières_du_Guessant

    • Les marées vertes

      Qu’y a-t-il de commun entre les plages de Bretagne, la lagune de Venise, et le littoral chinois de Qingdao ?

      Tous les trois ont fait la « une » des journaux en raison d’impressionnantes « marées vertes », causées par l’accumulation estivale de macroalgues du genre Ulva.

      Ces marées vertes sont la forme la plus visible d’un enrichissement excessif des eaux marines. Cela ne doit pas faire oublier la forme planctonique, bien plus étendue vers le large, qu’on appelle « eaux colorées ». Ces phénomènes peuvent s’avérer dangereux tant pour la faune marine, que pour le promeneur du littoral ou le consommateur de coquillages. Alors quelle est la cause de ce soudain dérèglement ? Peut-on y remédier ?

      Depuis quand y a-t-il des marées vertes ? Est-ce un phénomène permanent ou saisonnier ? Que fait-on pour se débarrasser d’une marée verte déjà formée ? Quels sont les impacts sur l’écosystème marin ? Quelles sont les nuisances pour la société humaine ? Peut-on tirer de l’énergie des algues vertes ? Quelle est l’attitude du monde agricole ? Que fait l’administration pour diminuer la nuisance ? Eaux « rouges » contre marées « vertes » : quelles différences pour l’environnement ?

      Autant de questions auxquelles ce petit livre répond sans complaisance ni catastrophisme, au plus près de la connaissance scientifique actuelle, loin des polémiques qui masquent trop souvent la réalité ! Il intéressera les personnes soucieuses de la qualité de leur environnement côtier.

      https://www.quae.com/produit/1402/9782759225552/les-marees-vertes

  • #modena. Seimila alla #street_parade_antimilitarista
    https://radioblackout.org/2025/10/modena-seimila-alla-street-parade-antimilitarista

    Una bella giornata di sole per la Street parade antimilitarista promossa dallo Spazio Sociale Libera e dall’Unione Sindacale Italiana.In apertura lo striscione “Non un soldo non un soldato per la guerra”.Dopo gli interventi di apertura contro il riarmo, il nazionalismo, l’esistenza degli eserciti, alle fabbriche d’armi, è partita la street con 18 carri che hanno […]

    #L'informazione_di_Blackout #antimilitarismo #non_un_soldo_non_un_soldato
    https://radioblackout.org/wp-content/uploads/2025/10/2025-10-21-alex-street-antimili-modenamp3.mp3

  • La société à choix multiples
    https://laviedesidees.fr/Rosenfeld-The-Age-of-Choice

    Qu’est-ce qu’être libre ? Avoir le choix de croire ou de ne pas croire, de voter pour qui l’on veut, d’acheter ce qui nous fait plaisir, pensons-nous. Mais, pour l’historienne Sophia Rosenfeld, la liberté ne se réduit pas au choix.

    #Histoire #modernité #liberté
    https://laviedesidees.fr/IMG/pdf/20251022_rosenfeld-delalande_liberte_.pdf

  • Accord Rome-Tirana : au total, 132 migrants envoyés en Albanie, un « #échec », selon les ONG italiennes

    Un an après l’ouverture en Albanie de deux camps - à #Shengjin et #Gjader - censés accueillir les migrants arrêtés dans les eaux italiennes, les lieux sont presque vides. Selon des ONG italiennes, 132 migrants y ont été envoyés en un an. « Un échec déconcertant », assurent-elles.

    Il y a un an, jour pour jour, le 16 octobre 2024, un premier groupe de 16 migrants devaient être transférés en Albanie depuis l’Italie en vertu d’un accord signé entre les deux pays. Sous les caméras du monde entier, ces 16 personnes, originaires d’Égypte et du Bangladesh, rejoignaient le centre du port de Shengjin, dans le nord du pays. Un autre centre, ouvert sur une ancienne base militaire à Gjader, avait également vu le jour.

    Au total, et selon l’accord signé entre Rome et Tirana, jusqu’à 36 000 migrants, interceptés dans les eaux italiennes, pouvaient être envoyés chaque année dans ce pays des Balkans. Le but de l’Italie : externaliser une partie du processus d’asile pour soulager son pays de l’afflux migratoire. Depuis ces deux centres, les migrants peuvent effectuer une demande d’asile et en attendre la réponse.

    Un an plus tard, l’accord a fait chou blanc. Selon le juriste Gianfranco Schiavone, se fondant sur un rapport d’ONG italiennes, intitulé « Blessures aux frontières » (https://www.amnesty.it/rapporto-tai-ferite-di-confine-la-nuova-fase-del-modello-albania), 132 personnes ont été emmenées dans les centres albanais, dont 32 ont été rapatriées après des décisions de la justice italienne. « Comme on peut le constater, l’échec est déconcertant », assène-t-il à l’AFP.

    Transformés en #centres_de_rétention (#CPR)

    Rapidement, en effet, l’accord s’était heurté à des #obstacles_juridiques, qui ont mis en lumière la contradiction entre cette politique migratoire et le respect des #droits_fondamentaux. Sur les 16 premiers migrants envoyés, quatre ont été identifiés comme « vulnérables » et renvoyés en Italie. Deux jours plus tard, la #justice italienne a invalidé la rétention des 12 hommes restants, invoquant un désaccord entre l’Union européenne (UE) et l’Italie au sujet d’un liste de pays d’origine « sûrs ». L’Italie a établi une liste de pays dits « sûrs » : les hommes seuls originaires des pays figurant sur cette liste peuvent être envoyés en Albanie.

    Mais certains pays ne peuvent être considérés comme « sûrs » au regard du droit européen. Les 12 migrants sont donc repartis eux aussi vers l’Italie.

    En novembre 2004, nouveau camouflet : un tribunal de Rome suspend la détention de sept migrants envoyés en Albanie. Idem en février 2025. Une quarantaine de migrants sont rapatriés en Italie après que la justice italienne a annulé leur transfert.

    Face à ces échecs successifs, l’Italie a changé son fusil d’épaule. En mars 2025, le Conseil des ministres a adopté un décret-loi permettant de recycler ces structures en… centres de rapatriement pour migrants en situation irrégulière – des centres de rétention (CPR), en somme.

    « Ces centres sont vides, coûtent beaucoup d’argent et ne servent à rien », avait déclaré à cette époque Me Guido Savio, avocat spécialiste du droit de l’immigration, interrogé par l’AFP. La « logique » du gouvernement, avec sa décision [de transformer ces centres albanais en CPR], c’est, [de montrer] que ces centres, en fin de compte, on les fait fonctionner d’une manière ou d’une autre".

    En juin 2025, maigre victoire pour Rome : la presse italienne révèle que cinq migrants égyptiens ont été renvoyés depuis le centre albanais de Gjader vers leur pays d’origine.

    Deux mois plus tard, la Cour de justice de l’Union européenne (CJUE) a invalidé le 1er août la base juridique même de l’accord controversé. Au cœur du problème : la fameuse liste de pays dits sûrs. La Cour a aussi rappelé qu’un pays ne peut être considéré comme « sûr » s’il n’offre pas une « protection suffisante » à toutes les personnes se trouvant sur l’ensemble de son territoire.

    Mutisme des autorités albanaises sur les #conditions_de_vie des migrants

    Et quid des #conditions_de_détention dans les centres albanais ? Savoir ce qui se passe précisément derrière les grilles est presque impossible : les autorités de Tirana se refusent à tout commentaire, renvoyant vers les Italiens. Interrogé par l’AFP pour savoir quelles sont leurs conditions de vie et quel est l’avenir de ces installations, le ministère italien de l’Intérieur a expliqué que le ministre avait « répondu à plusieurs reprises sur ces points ».

    Selon le rapport « Blessures aux frontières », l’#accès_aux_soins est limité et discriminatoire [...] Le #droit_à_la_défense est sévèrement limité, voire compromis", détaille le journal italien Il Manifesto.

    « L’échec du protocole signé avec l’Albanie a poussé le gouvernement [italien] à le transformer en autre chose qui - comme l’a déjà réaffirmé la magistrature italienne - contredit la directive européenne sur les retours : à savoir qu’il n’est en aucun cas prévu que la détention administrative d’étrangers en attente d’expulsion en Italie puisse être effectuée sans un pays non membre de l’Union européenne », explique encore le juriste Gianfranco Schiavone.

    Révision de la « #Directive_retour »

    Pour l’heure, il est vrai, l’UE n’autorise pas l’externalisation des centres de rétention hors de son sol. Mais la Commission européenne veut réviser la directive « retour » de 2008, qui régit les #expulsions des personnes en situation irrégulière. L’un des points les plus controversés ? La possibilité de transférer des migrants vers des centres situés hors d’Europe. Cette mesure actuellement en débat au Parlement européen, pourrait être adopté : elle ouvrirait alors la voie à la création de centres pour migrants en dehors des frontières de l’UE.

    Arrivée au pouvoir en 2022, la Première ministre italienne Giorgia Meloni, cheffe du parti d’extrême droite Fratelli d’Italia (FDI) a fait de la lutte contre l’immigration l’un des piliers de sa politique. Elle espère « obtenir [via la directive retour] ce qu’elle n’a pas obtenu du pacte [avec l’Albanie] en particulier la possibilité de recourir à des expulsions expéditives », analyse Filippo Furri, de l’ONG ARCI.

    En visite en Albanie au printemps, le Premier ministre britannique Keir Starmer n’a pas caché son souhait de créer lui aussi des « #hubs_de_retour ». Edi Rama, son homologue albanais, avait alors été très clair : « Le modèle que nous avons apporté en Albanie en coopération avec l’Italie (...) est un #modèle qui prend du temps pour être testé. S’il fonctionne, il pourra être reproduit. Mais pas en Albanie, dans d’autres pays de la région ».

    https://www.infomigrants.net/fr/post/67548/accord-rometirana--au-total-132-migrants-envoyes-en-albanie-un-echec-s

    #Italie #Albanie #externalisation #migrations #réfugiés #détention_administrative #rétention #modèle_albanais #return_hubs

    –-
    ajouté à la métaliste sur l’accord Italie-Albanie :
    https://seenthis.net/messages/1043873

  • Chronique d’un banc à l’ombre
    https://metropolitiques.eu/Chronique-d-un-banc-a-l-ombre.html

    Passer l’été dans son quartier signifie s’adapter au réchauffement climatique, et chercher la fraîcheur. À travers la chronique dessinée d’un banc à l’ombre, la paysagiste Malou Allagnat observe la façon dont les espaces publics à proximité des logements permettent ou non d’accueillir le quotidien des habitants pendant les grandes chaleurs estivales. Monique, Claudia, Édith et Alexa habitent depuis dix-sept, trente, cinquante ou soixante ans à Saint-Priest, en périphérie urbaine de Lyon. Elles ont de 78 à #Terrains

    / #espace_public, #isolement_social, été, #climat, #chaleur, #mode_d'habiter

    #été
    https://metropolitiques.eu/IMG/pdf/met_allagnat3.pdf

  • L’Espagne, un #modèle_migratoire à contre-courant

    Population immigrée multipliée par treize depuis vingt-cinq ans et programmes de #régularisation : par #pragmatisme plus que par #humanisme, l’Espagne a ouvert ses frontières. Et cette politique obtient un large #soutien.

    (#paywall)

    https://www.alternatives-economiques.fr/lespagne-un-modele-migratoire-a-contre-courant/00116201
    #politique_migratoire #migrations #réfugiés #alternative #ouverture_des_frontières
    ping @karine4

  • #Eyal_Weizman : Israël déploie à #Gaza une « #architecture_de_la_mort »

    Comment établir la #matérialité du #génocide ? Depuis le 7 octobre 2023, Forensic Architecture travaille à dévoiler par la #cartographie la #destruction_systématique, par #Israël, des #infrastructures de la société palestinienne, qui s’en trouve « déracinée ». Entretien avec son fondateur.

    Regroupant des architectes, des journalistes, des universitaires comme des artistes, le laboratoire pluridisciplinaire #Forensic_Architecture s’est illustré ces dernières années en enquêtant sur différents crimes de guerre, en Syrie ou en Ukraine, ou encore sur des violences policières. En septembre 2022, Forensic Architecture avait notamment montré comment l’armée israélienne a sciemment exécuté la journaliste Shireen Abu Akleh (Al Jazeera) au cours d’un reportage à Jénine (Cisjordanie).

    Au lendemain du 7-Octobre, l’équipe a commencé à travailler sur l’offensive israélienne contre Gaza, convaincue que s’y déroulait une entreprise de #destruction d’une ampleur inédite.

    Ce travail a abouti à la publication de plusieurs rapports visant à mener une « #cartographie_du_génocide ». L’un de ces rapports a montré en juillet l’organisation de la #famine par Israël, notamment à travers les attaques contre l’#agriculture.

    Le fondateur de Forensic Architecture, l’architecte israélien Eyal Weizman, explique à Mediapart pourquoi son organisation, basée à l’université Goldsmiths à Londres (Royaume-Uni), et qui compte désormais une douzaine de bureaux dans le monde, a choisi d’accompagner la plainte pour génocide déposée contre Israël devant la Cour internationale de justice à La Haye (Pays-Bas). Il revient sur la notion de « #génocide_colonial » au cœur de son prochain livre. Entretien.

    Mediapart : Forensic Architecture a commencé à documenter le génocide perpétré à Gaza juste après le 7-Octobre. De quelle manière travaillez-vous sur ce terrain ? Est-ce un travail de même nature que les enquêtes que vous avez menées jusque-là ?

    Eyal Weizman : Non, c’est complètement différent. Normalement, Forensic Architecture peut passer un an à travailler sur une séquence d’une seconde. Dans un cas de violence policière, par exemple, comme on l’a fait en France avec notre partenaire #Index, c’est dans cette temporalité que nous travaillons.

    Concernant le génocide en cours à Gaza, on ne peut évidemment pas fonctionner comme ça. Nous avons donc commencé par collecter des informations sur des dizaines de milliers d’événements, puis nous avons essayé de comprendre quels liens existaient entre toutes ces situations.

    Face à des #crimes_de_guerre, nous essayons d’établir si ce sont des civils ou des combattants qui ont été tués, si c’était proportionné, etc. Dans le cas d’un génocide, c’est la relation entre une énorme multiplicité de cas qui est déterminante. Est-ce qu’il y a un #système, un #dessein, un #plan ?

    L’#intentionnalité est au cœur de la notion de génocide, selon la Convention des Nations unies pour la prévention et la répression du crime de génocide. Elle peut être établie par des #schémas_d’action qui donnent un sens à des cas a priori isolés. Au-delà de toutes les déclarations génocidaires du gouvernement israélien depuis le 7-Octobre, notre travail a consisté à faire apparaître ces schémas sur nos cartes.

    De quelle manière ? Quels sont vos outils ?

    Concrètement, dans chaque cas que nous investiguons, le bombardement de tel centre alimentaire, la destruction de tel terrain agricole, nous sauvegardons les vidéos, les images que nous recevons, nous les authentifions et nous analysons « l’#incident » : cela s’est passé là à telle heure, tel jour, etc.

    Ensuite, nous avons différents #modèles_mathématiques pour regarder les relations entre ces différents événements. Quel est le système derrière ? Pouvons-nous établir qu’il y a un plan visant à détruire le peuple palestinien en tout ou en partie, ce qui est la définition du génocide ?

    Si nous voyons qu’Israël détruit systématiquement les #terres_agricoles, qu’ensuite il empêche l’#aide_alimentaire d’entrer dans Gaza et cible les centres de #distribution_alimentaire, le #dessein qui apparaît alors est celui d’affamer la population. La famine à Gaza est créée par cette multiplicité d’actions.

    L’article II, c) de la convention des Nations unies mentionne la « #soumission_intentionnelle » de la population à « à des conditions d’existence devant entraîner sa destruction physique totale ou partielle ». Vous ne tuez pas les gens directement, mais vous les tuez en détruisant l’#infrastructure qui rend leur vie possible.

    Si vous détruisez l’accès à la #nourriture, si vous détruisez les #hôpitaux, si vous détruisez les #écoles, si vous détruisez les #maisons, ce que j’appelle une « #violence_architecturale », alors les conditions de vie sont anéanties et la mort arrive lentement, parfois indirectement.

    La famine ravage aujourd’hui Gaza. Or vous montrez, notamment dans le dernier rapport de Forensic Architecture, qui couvre la période du 18 mars au 1er août, comment cela correspond à un objectif d’#anéantissement méthodiquement poursuivi.

    Gaza est une bande de terre longue et fine qui a deux types de sols. Des #sols sablonneux, du côté ouest, et des sols argileux à l’est. Quasiment toute l’agriculture à Gaza se situe à l’est de la route Salah al-Din, artère principale de la bande de Gaza. Et c’est cette partie qui a justement été la plus ciblée pour pousser la population vers les terres les plus difficiles à cultiver.

    Ce que nous avons vu depuis le début du génocide, c’est une campagne systématique pour détruire la #souveraineté_alimentaire palestinienne, par la destruction des #champs, des #vergers, la destruction des moyens de pêcher – tous les bateaux ont été détruits…

    Les Palestiniens n’ont plus les moyens de se nourrir. Ils dépendent entièrement de l’#aide_humanitaire qui passe par les checkpoints contrôlés par Israël. Israël a un contrôle total, peut ouvrir ou fermer le robinet. Parfois, il a dû l’ouvrir un peu sous la pression internationale, mais jamais assez.

    Toute la matrice de la société palestinienne, tous les lieux de distribution de la nourriture, les familles, les associations caritatives, les mosquées, les boulangeries, tout ce qui permet la #résilience de la population, a été systématiquement ciblé. C’est une tentative de détruire la société palestinienne, en attaquant les #liens_invisibles qui la constitue.

    À la place, Israël a construit des espaces nouveaux pour la distribution de nourriture qui sont en réalité des trappes de la mort.

    C’est-à-dire ?

    Vous devez penser Gaza à la fois comme une zone de #démolition et comme une zone de #construction. Parce que les #bulldozers israéliens détruisent les bâtiments palestiniens, mais avec les décombres, ils construisent une #architecture complètement nouvelle.

    Par exemple, ils ont construit des centres de distribution alimentaire à partir des gravats des maisons détruites, selon ce que j’appelle une architecture de la mort. Ils le font dans une petite enceinte qui devient un genre de « #trappe_de_mort » où les gens peuvent se faire facilement tirer dessus par les forces israéliennes. Tout est fait pour qu’il soit très compliqué et très dangereux d’essayer d’y obtenir de la nourriture.

    Les #gravats des maisons servent aussi à construire des jetées dans la mer, des petites #collines qui permettent à l’armée de surveiller Gaza, un territoire globalement plat.

    L’architecture, en tant qu’#organisation_de_l’espace, est un très bon cadre pour analyser le génocide car elle est basée, elle aussi, sur une intention.

    C’est ce qui forme la base de votre contribution à la plainte de l’Afrique du Sud contre Israël, devant la Cour internationale de justice, pour génocide.

    Oui, c’est tout ce travail qui a permis de produire un rapport de 825 pages pour l’équipe juridique de l’Afrique du Sud, qui sert de base factuelle dans cette procédure.

    Nous amenons des éléments de #preuve concernant la destruction des hôpitaux, de l’agriculture, de l’#éducation, l’organisation de la famine, et nous montrons comment tout cela marche ensemble.

    Nous considérons le procès intenté par l’Afrique du Sud contre Israël comme une chance pour les droits humains et le droit international. Ce qui s’y joue est, selon nous, très important. Qu’un pays qui a souffert de l’apartheid, qui a expérimenté le colonialisme de peuplement, un pays du Sud, attaque Israël, défendu par les pays occidentaux dans leur ensemble…, c’est un événement historique. C’est pourquoi nous sommes très engagés dans cette plainte.

    Nous n’avons pas l’illusion que la Cour puisse avoir un impact sur les événements en cours, mais il existe une puissance historique, symbolique dans cette affaire.

    Dans l’enquête que vous avez menée sur l’assassinat de la photojournaliste #Fatma_Hassona, vous dites que les forces israéliennes ont pixelisé l’image satellitaire de la toiture de sa maison pour brouiller les preuves. Est-ce de plus en plus compliqué pour vous de travailler avec les #images ? Les témoins qui vous envoient des photos, des vidéos, prennent aussi des risques énormes.

    Oui, c’est un enjeu. C’est très difficile de télécharger des vidéos à Gaza. Les connexions sont systématiquement coupées, trouver du réseau est difficile. Mais malgré les difficultés, malgré le fait que les personnes risquent leur vie pour tourner des images, les gens continuent à nous envoyer des #vidéos de Gaza comme des bouteilles à la mer.

    Vous ouvrez la bouteille, vous lisez ce message avec un soin infini pour honorer le risque qu’ils ont pris. Nous avons donc des protocoles très précis pour ne pas exposer nos sources sur le terrain. Nous faisons très attention à retirer toutes les indications qui pourraient permettre d’identifier ou de localiser nos sources.

    Nous ne sollicitons jamais de vidéos, de photos. Les gens nous les envoient parce qu’ils nous connaissent et qu’ils nous font confiance. Mais nous préférons encore les prendre lorsqu’elles sont déjà en ligne, parce que cela assure mieux la sécurité des personnes.

    Le climat dans lequel vous travaillez sur Gaza est particulièrement difficile. Votre bureau allemand a dû récemment fermer.

    L’État allemand a retiré les financements et, effectivement, cela a conduit à fermer ce bureau en janvier. De façon générale, après le 7-Octobre, j’ai été accusé d’être antisémite dans plusieurs pays où nous travaillons, en Israël bien sûr mais particulièrement en Allemagne. Pour moi qui viens d’une famille juive rescapée d’Auschwitz, entendre cela dans ce pays est particulièrement douloureux.

    Cela dit, nous avons encore une très petite équipe dans ce pays, qui vient juste de dévoiler un très important cas de violence policière lié aux manifestations de soutien à Gaza. La police avait accusé des manifestants d’avoir violemment molesté un policier à Berlin. Le gouvernement en avait profité pour interdire les manifestations de soutien à la Palestine. Nous avons pu établir que les faits étaient à l’opposé de la version officielle. En réalité, le policier a frappé un manifestant tellement fort qu’il s’est cassé la main. Donc, ils pensaient se débarrasser de nous mais ils n’ont pas complètement réussi…

    Concernant le climat, mon université à Londres est actuellement sous enquête pour antisémitisme et je sais que c’est en partie à cause de l’activité de Forensic Architecture.

    Je veux être très sérieux sur ce sujet, parce qu’il y a vraiment de l’antisémitisme, notamment en France, et il est meurtrier. La sécurité des juifs là où ils vivent doit être garantie.

    Mais Israël, à force de faire passer la défense des droits humains, le droit international pour de l’antisémitisme, crée encore plus d’#antisémitisme. Ce qui me donne de l’espoir, ce sont ces jeunes juifs dans différents pays qui rejettent l’État génocidaire. Ils sont le futur.

    Vous travaillez à un livre qui sortira dans quelques mois. Vous y parlez de ce que vous appelez « le génocide colonial ». Pouvez-vous nous en dire plus sur ce concept ?

    Quand on pense au génocide, nous avons en tête l’Holocauste. Un crime perpétré sur un temps et un espace resserré. Mais un génocide peut prendre différentes formes.

    Le génocide des Palestiniens n’a pas commencé le 7-Octobre. Pour le comprendre, il faut regarder l’#histoire_longue et la transformation de l’environnement, des lieux de vie palestiniens.

    Je voudrais, à travers un travail sur les cartes, sur les sols, revenir sur l’histoire de la création de la bande de Gaza, de l’expulsion des Palestiniens du sud de la Palestine et la façon dont les villages palestiniens ont été littéralement rayés de la carte. Il faut comprendre comment les #colonies_israéliennes ont été localisées sur ce territoire, en particulier les #kibboutz, construits sur les ruines des #villages_palestiniens.

    Ce sera, à travers l’#histoire_de_l’environnement et l’histoire des sols, une longue histoire de Gaza. Une grande partie des habitants de Gaza étaient auparavant des #bédouins. Pas des nomades, mais des #agriculteurs qui habitaient autour du fleuve #Waadi_Gaza. Ils y avaient élaboré des #techniques_agricoles très sophistiquées. Je travaille en particulier sur le village d’#Al-Ma’in, d’où viennent l’historien Salman Abu Sitta et le célèbre médecin palestinien Ghassan Abu Sitta.

    Nous essayons de reconstruire précisément la manière dont la colonisation a transformé le #paysage, l’#environnement. C’est ce qui permet d’inscrire le génocide post 7-Octobre dans un bien plus long processus de #colonialisme_de_peuplement, qui est une forme de génocide.

    Après le 7-Octobre, Israël a transformé Gaza en #désert. Mais là encore, c’est une histoire bien plus longue. On connaît le slogan revendiqué en Israël d’avoir fait « #fleurir_le_désert ». Mais Gaza n’a jamais été un désert. La région a toujours été habitée par des bédouins palestiniens qui cultivaient notamment de l’#orge à destination des Britanniques, qui s’en servaient pour la #bière. Jusqu’en 1948, c’était un territoire luxuriant.

    Vous travaillez sur l’#effacement de ces #traces. Voire, sur l’#effacement_des_traces_de_l’effacement, qui est aussi une caractéristique des entreprises génocidaires.

    Quand les Israéliens détruisaient un village palestinien, ils ne détruisaient pas seulement les bâtiments. Ils labouraient la terre, et même les #cimetières et les #routes.

    Et, s’il y avait un champ qui était labouré dans un sens, ils le labouraient dans l’autre sens. Pour effacer toute trace, effectivement, des formes de vie qui existaient jusque-là. Aujourd’hui, j’observe les mêmes phénomènes, à la différence que le labour est fait par des bulldozers.

    La destruction, c’est une chose. Par mon activité au sein de Forensic Architecture, j’ai vu beaucoup de destructions de bâtiments. Mais ce que je vois à Gaza, ce n’est pas simplement des bâtiments détruits, je vois la destruction des sols eux-mêmes, de la terre, ce que j’appelle « déraciner » Gaza.

    À l’époque de la création d’Israël, une forme de #torture vis-à-vis des Palestiniens était de les amener sur les lieux où leur village avait été rasé et dont il ne restait rien. Pas même une trace.

    C’est pour cela que vous avez voulu vous focaliser sur les sols, la #terre ?

    Oui, parce que organiser la #désertification à Gaza est politique. Construire des #barrages pour détourner l’#eau au profit d’Israël, c’est utiliser l’environnement pour expulser les Palestiniens de leurs #terres.

    #Créer_le_désert est une caractéristique continuelle du génocide. C’est la destruction des formes d’#habitabilité. D’abord Israël crée un désert, puis y envoie les Palestiniens. Si l’on pense au génocide arménien et au génocide en #Namibie par les Allemands, dans ces deux cas le désert a été un « outil » de destruction.

    Je travaille aussi sur les dommages causés en profondeur aux sols. Depuis le 7-Octobre, Israël a lancé des bombes qui explosent à 30 mètres sous terre, officiellement pour détruire les tunnels du Hamas.

    Ces bombes contiennent énormément de #produits_chimiques qui contaminent en profondeur les sols, et ce, pour des décennies. De l’eau salée a aussi été injectée dans la terre, ce qui a endommagé l’aquifère. La poussière de tous les bâtiments détruits à Gaza s’est infiltrée en profondeur et, là encore, va créer une pollution pour de très nombreuses années. C’est aussi politique. Contaminer les #sous-sols, c’est aussi détruire les capacités d’habiter des générations à venir.

    Je pense que le colonialisme de peuplement, comme l’a dit l’anthropologue Patrick Wolfe, a une logique d’#élimination. La plupart des gens qui meurent dans le génocide colonial ne meurent pas de façon violente. Bien sûr, il y a des #massacres. Mais les gens meurent de #causes_secondaires. C’est comme un génocide sur la durée.

    https://www.mediapart.fr/journal/international/010925/eyal-weizman-israel-deploie-gaza-une-architecture-de-la-mort

    #architecture_Forensique #ressources_pédagogiques #contamination #pollution #bombes #verticalité

    voir aussi :
    DIAGRAMMES - INTENTION GÉNOCIDAIRE
    https://seenthis.net/messages/1118337
    signalé par @reka

    ping @isskein

  • Australian government criticised over ‘disgraceful’ $400m deal to deport foreign-born former detainees to Nauru

    An agreement relating to the NZYQ cohort, who previously faced indefinite immigration detention, was signed by home affairs minister Tony Burke on Friday

    Human rights lawyers, refugee advocates and the Greens have accused the Albanese government of striking a “discriminatory, disgraceful and dangerous” deal to deport hundreds of foreign-born former detainees at a cost of almost half a billion dollars.

    On Friday Australia and Nauru signed a memorandum of understanding allowing the government to deport about 280 members of the NZYQ cohort, a group of noncitizens living in the Australian community whose visas were cancelled on character grounds.

    This cohort previously faced indefinite immigration detention and cannot be deported to their home countries because they face persecution, or because those countries have refused to accept them.

    A deal struck by the home affairs minister, Tony Burke, and Nauru’s president, David Adeang, will allow these people to be deported in return for an upfront payment of about $400m to Nauru, followed by annual payments of $70m a year for related costs.

    The deal follows a November 2023 high court ruling, which found it was unlawful for the government to indefinitely detain a person if there was “no real prospect” of them being removed from the country “in the reasonably foreseeable future”. The ruling saw a cohort of individuals released from immigration detention into the community.

    In a statement, Burke said “anyone who doesn’t have a valid visa should leave the country” and that “this is a fundamental element of a functioning visa system.”

    But the deal has been condemned by the Human Rights Law Centre’s legal director, Sanmati Verma, who said some of the NZYQ cohort had “never been convicted of an offence”.

    “Others spent five times as long locked up in indefinite detention as they were sentenced to serve in prison,” Verma said. “Others are elderly and sick, and might die on Nauru without proper care.”

    The Asylum Seeker Resource Centre’s deputy chief executive, Jana Favero, said the deal was “discriminatory, disgraceful and dangerous” and showed that in Australia, “some people will be punished simply because of where they were born”.

    Similar statements have been issued by the Refugee Advice and Casework Service and by Greens senator David Shoebridge, who has accused the government of “forcing our smaller neighbours to become 21st century prison colonies”.

    In a statement uploaded to the home affairs department website on Friday afternoon, Burke said the deal “contains undertakings for the proper treatment and long-term residence of people who have no legal right to stay in Australia, to be received in Nauru”.

    The statement said Australia’s funding would “underpin this arrangement and support Nauru’s long-term economic resilience”.

    Australia and Nauru struck a financial deal to resettle three members of the NZYQ cohort in February, who were described by the federal government as violent offenders.

    At the time, Adeang said the three men had “served their time” in Australian prisons and were no longer subject to any punishment. They were granted 30-year visas and the right to settle and work in Nauru.

    “Australia is trying to send them back to their country but they are not wanted back home,” Adeang said in February. “So we accepted them from Australia. They are not Australian and Australia doesn’t want them.”

    But the three men have lodged a series of appeals against their deportation, after they were found not to be refugees and not owed protection.

    This new memorandum of understanding provides the basis for more members of the NZYQ cohort to be deported to Nauru. It is not known whether future deportations will be subject to legal challenge.

    Earlier this week, the federal government introduced an amendment that would explicitly remove procedural fairness in deportation decisions for foreign-born criminals, including those in the NZYQ cohort.

    On Thursday, Burke said the legislation would “expressly exclude procedural fairness from applying” when the government sought to deport noncitizens who have lost their visa.

    Speaking to parliament, Burke said principles of “procedural fairness” needed to be suspended in some cases because those provisions “are being used by noncitizens to delay and frustrate their removal, at cost to the commonwealth in circumstances where it is neither necessary nor appropriate for it to continue to apply”.

    Burke said the bill would mean that actions taken by government in order to resettle someone in a third country “are not conditioned on an obligation to afford procedural fairness”.

    The Senate on Thursday rejected a Greens push for an inquiry into the legislation, which Shoebridge slammed as “one of the nastiest, meanest attacks” on multicultural Australia.

    Shoebridge also accused the government of trying to “sneak through” the legislation, which was introduced just an hour before the government announced Asio’s assessment that Iran had directed antisemitic attacks in Australia.

    https://www.theguardian.com/australia-news/2025/aug/30/australia-signs-400m-deal-to-deport-foreign-born-former-detainees-to-na

    #Nauru #criminels_étrangers #Australie #modèle_australien #déportations #expulsions #externalisation #détention