#molenbeek


  • Bruxelles: le collectif “Design for everyone” adapte le mobilier urbain “anti-SDF” Guillaume Guilbert - 13 Novembre 2018 - RTBF
    https://www.rtbf.be/info/societe/detail_bruxelles-le-collectif-design-for-everyone-adapte-le-mobilier-urbain-ant

    Des bancs publics équipés d’arceaux métalliques, des bancs avec des assises individuelles, des picots sur les appuis de fenêtre ou encore des places où il n’y a plus aucun banc public. Les membres du collectif « Design for everyone » dénoncent l’aspect excluant de certains éléments de mobilier urbain. D’après eux, certains choix en la matière traduisent une certaine vision de la société. Ils traquent donc ce type d’aménagements. Une équipe de Vews les a suivis lors d’une de leurs interventions.

    « On ne sait pas si c’est uniquement les politiques ou si c’est un choix des designers qui n’ont pas réfléchi plus loin, mais cela a clairement un impact sur le vivre-ensemble, sur la manière dont les gens peuvent se rencontrer, et sur la vision de la société qui doit être propre, nette et sécure, et surtout pas trop déranger », explique Charlotte.

    Avec Laurent, son compagnon, elle a fondé le collectif « Design for everyone ». « Tout est né il y a un an et demi, raconte-t-elle. A la fin du dispositif d’hiver pour les sans-abris, avec un autre collectif, on a décidé d’enlever des grilles à la gare du Midi. En-dessous du pont de la gare, une série de grilles ont été installées car de nombreux sans-abris dormaient à cet endroit. Lors de la visite d’Angela Merkel, les sans-abris ont été priés de partir et des grilles ont été placées. On s’est donc dit qu’il fallait les enlever car selon nous, elles ne sont pas une solution ».

    Pour la petite histoire, les grilles ont finalement été réinstallées, ce qui a donné lieu à un petit « jeu » entre le collectif et la Stib. Depuis, le collectif repère des aménagements urbains qui selon eux posent problème et intervient ensuite. Charlotte et Laurent nous ont reçus dans leur atelier le jour d’une intervention. C’est sur un banc à la station de métro Gare de l’ouest qu’ils ont décidé d’intervenir. 

    « On a repéré il y a quelques semaines un banc qui nous posait question de par son design, explique Laurent. Son design fait en sorte qu’il n’y a pas d’assise plane. Ils ont ajouté des arceaux en métal, c’est très design mais ça ne sert à rien, à part empêcher sans doute que quelqu’un puisse se coucher dessus. Nous, on veut que les gens se saisissent de la question donc on a construit une structure qui va s’adapter. On va la glisser sans abîmer le banc pour lui redonner cette assise plane ». 

    C’est donc parti pour l’intervention du jour. Nous les suivons discrètement à la station de métro Gare de l’ouest, à Molenbeek. L’action n’étant pas du tout officielle, il ne faut pas perdre de temps, au risque d’alerter la sécurité. Très rapidement, Charlotte et Laurent posent leur structure en bois sur le banc en question. Ils la fixent avec des colsons, afin de ne pas endommager le banc. 

    Provoquer le questionnement 
    Intrigués, certains passants observent la scène. Comme une signature, Charlotte et Laurent laissent un petit mot expliquant leur démarche, avant d’immortaliser leur action réussie pour partager l’info sur les réseaux sociaux. Car l’objectif, c’est bien de faire se questionner les gens sur l’aménagement du mobilier urbain et son impact sur la vie de quartier. « On a posé la structure, le reste ne nous appartient plus, explique Charlotte après l’intervention. Après, c’est aux gens à regarder, à s’imprégner du questionnement et se demander pourquoi cette structure est là ». 

    « Avec cette action, on ne veut pas fustiger les bancs de la Stib, enchaîne Laurent. Il y a aussi la multiplication des assises individuelles, des absences d’aménagement, l’absence de bancs est parfois tout aussi révélatrice que la présence d’arceaux sur les bancs. C’est un peu tout ça qu’on interroge : ces aménagements qui empêchent différents usages de l’espace public. On a l’impression que c’est fait à l’insu de la population et pourtant cela a un impact sur la cohésion sociale dans les quartiers, sur le fait que certaines personnes fréquentent tel ou tel endroit. Nous pensons que l’on doit se saisir de cette question ».

    Du mobilier urbain pour éloigner certaines populations comme les SDF ? La Strada, observatoire du secteur bruxellois de l’aide aux sans-abris, dit recevoir de plus en plus de plaintes concernant ce type de mobilier. Des plaintes émanant des professionnels de l’aide aux sans-abris plutôt que de ceux qui vivent vraiment dans la rue.

    Même constat du côté de Murat Karacaoglu, directeur de l’ASBL Pierre d’angle, centre d’accueil de jour et de nuit pour les sans-abris. « Cela peut être inquiétant si on généralise ce genre de système par rapport uniquement aux personnes sans-abris, admet-il. Je pense que l’action de ces citoyens qui s’engagent à remeubler l’espace public, c’est d’une importance capitale. Cela doit nous interroger sur la place des personnes en situation de précarité. En tant qu’acteurs du secteur, cela doit aussi nous interroger sur la réponse à apporter par rapport à ces éléments ». 

      #sdf #anti-sdf   #pauvreté   #sans-abris #sans-abri    #guerre_aux_pauvres    #espace_public #urbanisme    #mobilier_urbain    #prévention_situationnelle #designers #STIB #Molenbeek #cohésion_sociale #précarité #Bruxelles


  • #Bruxelles : #rassemblement et semaine d’action contre la loi anti-squat
    https://fr.squat.net/2017/09/11/bruxelles-rassemblement-et-semaine-daction-contre-la-loi-anti-squat

    Non à la richocratie ! Il ne manquait plus que ça. On apprend que la bande à Michel s’apprête à faire voter en septembre une loi, d’ores et déjà approuvée en première lecture, selon laquelle les squatteurs-squatteuses seront désormais passibles de prison ferme. Ainsi donc, après les expulsions massives du chômage, couplées à de nouveaux […]

    #22_rue_Van_Malder #actions_directes #Belgique #Centre_social_anarchiste_de_Bruxelles #Collectif_d'opposition_à_la_loi_anti-squat #Etterbeek #La_Voix_des_Sans_Papiers #lois #Molenbeek #Piratons_Bxl #sans-papiers


  • On nous a dit de ne pas en parler, mais en on va le faire quand même !
    http://www.radiopanik.org/emissions/l-heure-de-pointe/on-nous-a-dit-de-ne-pas-en-parler-mais-en-on-va-le-faire-quand-meme-

    L’Atelier de Création Sonore Radiophonique vous propose d’écouter les productions réalisées lors d’un stage d’une semaine lors duquel Olivier Minot, réalisateur pour Arte Radio, France Culture et Radio Canut (la plus rebelle des radios françaises), a poussé les participants à s’attaquer à des sujets repoussoirs, des sujets que les gens te disent que non faut pas les faire, des sujets que censément ils passeraient pas bien à la radio.

    Peut-on être militant sans être chiant ? Y a-t-il des sujets qui ne seraient pas « radiophoniques » ?

    L’ACSR en mode mégacombique tentera d’apporter à ces deux questions une réponse sonore, sensible et ludique.

    http://www.radiopanik.org/media/sounds/l-heure-de-pointe/on-nous-a-dit-de-ne-pas-en-parler-mais-en-on-va-le-faire-quand-meme-_037


  • Enregistrement - La 100e !
    http://www.radiopanik.org/emissions/radio-maritime/la-100e-

    « Le temps passe et passe et passe et beaucoup de chose ont changé. Qui aurait pu s’imaginer que le temps serait si vite écoulé ? Il est temps de faire le bilan calmement en se remémorant chaque instant » Jackie et Ben-J

    #100 épisodes de Radio Maritime ! Venez assister ou participer à l’émission #anniversaire au Centre Communautaire Maritime le mardi 16 mai entre 11.00 et midi

    #quartier #Molenbeek
    http://www.radiopanik.org/media/sounds/radio-maritime/la-100e-_03591__0.mp3



  • #Corinne_Torrekens : « La communauté musulmane n’existe pas »
    https://www.mediapart.fr/journal/culture-idees/030117/corinne-torrekens-la-communaute-musulmane-n-existe-pas

    L’Europe vient d’être à nouveau frappée par un attentat djihadiste. Mais c’est la #Belgique qui est apparue comme la terre d’élection privilégiée d’un « problème musulman » tissant une équation entre #Communautarisme, fondamentalisme et #djihadisme. Que peuvent nous apprendre le vécu et la situation des musulmans chez nos voisins ? Entretien avec la chercheure Corinne Torrekens.

    #Culture-Idées #Essais #islam #Molenbeek


  • Lecture “The Rule of Walls: An Architectural Reading of the State’s ‘Legitimate’ Use of Violence” | THE FUNAMBULIST MAGAZINE
    http://thefunambulist.net/2016/06/14/lecture-the-rule-of-walls-an-architectural-reading-of-the-states-leg

    “The Rule of Walls: An Architectural Reading of the State’s ‘Legitimate’ Use of Violence”
    Lecture given on May 18, 2016 at the Warwick Political Geography Conference

    The notion of “legitimate use of violence” by the state, although far from new, still allows an understanding of the way our societies operate, according to a particular societal order. The punctual action of the police is often used to illustrate this notion, but the structures that condition it rarely incorporate architecture as a key actor. This lecture therefore proposes to examine this state violence through the scope of architecture using several examples: the state of emergency and the neo-colonial police stations of the Paris banlieues (suburbs), the foreseeable policed gentrification of Molenbeek in Brussels, the dehumanizing walls and container camp of Calais. Although emerging from significantly different political contexts, these case studies have in common that they implement themselves through architecture, using the latter’s intrinsic violence in order to force a political order on bodies.

    https://www.youtube.com/watch?v=yIcq8DCHKyc


  • Pourquoi #Bruxelles n’a jamais résorbé son « croissant pauvre »
    https://www.mediapart.fr/journal/international/240316/pourquoi-bruxelles-n-jamais-resorbe-son-croissant-pauvre

    Les caches de Salah Abdeslam et des frères El Bakraoui à #forest ou #Molenbeek, ou encore les perquisitions menées à Schaerbeek mardi soir, ont un point commun. Tous ces sites appartiennent au « croissant pauvre » de Bruxelles, la zone la plus précarisée de la capitale, avec des taux de #chômage des jeunes qui dépassent 30 %. Au-delà de l’hystérie médiatique sur le cas Molenbeek, c’est l’histoire de 25 ans de politiques sociales à l’échelle de la région, qui n’ont pas réussi, sous-financées ou empêchées.

    #International #europe #pauvreté #social #urbanisme


  • Vivre (enclavé) à Bruxelles
    http://www.ezelstad.be/2016/01/29/enclavement

    Un « ensemble résidentiel enclavé » est un groupe d’habitations clôturé, séparé de l’espace public et doté d’une série d’infrastructures et de facilités réservées aux résidents. Ces ensembles étaient autrefois cantonnés dans le sud-est de Bruxelles. Mais, depuis une vingtaine d’années, on en voit également apparaître dans des zones plus populaires de la ville : à #Anderlecht, #Bruxelles-ville, #Molenbeek ou #Schaerbeek.


    Lecture qui me donne envie de citer #Octavia_Butler dans la Parabole du semeur ou un bon vieux #Brussolo.


  • Les journalistes aux ordres !

    On s’est fait massacrer par les journalistes qui passaient leur temps ici

    l y a tout juste deux mois, le 16 novembre une première perquisition pointait tous les regards vers Molenbeek. Depuis lors, les clients ne sont plus au rendez-vous, la fréquentation des magasins a nettement diminué dans cette artère commerciale.

    Dans la chaussée de Gand, les épiceries orientales succèdent aux magasins de vêtements et de produits de beauté ou d’entretien. Derrière les comptoirs, on a senti le choc, dès le lendemain des premières perquisitions. "Le problème, c’est qu’on s’est fait massacrer par les journalistes qui passaient leur temps ici, explique Mohammed Bakbak, de l’Association des commerçants. Nous avons une clientèle à 80% féminine. Les femmes fuyaient les caméras."

    Moins d’une semaine plus tard, l’élévation au niveau 4 de l’alerte terroriste empêche les magasins d’ouvrir. Aujourd’hui, la situation n’est toujours pas normalisée. Les clients ne sont toujours pas au rendez-vous.  » La perte est assez solide, dans les premières semaines, en tout cas les 15 premier jours, on a perdu 80% de notre chiffre d’affaire. On s’est effondré. Il y eu un repli total parce qu’il ne faut pas oublier que notre artère commerciale est fréquentée par des étrangers qui viennent faire leurs emplettes, le week-end. Tous ces clients qui viennent de France ou d’Allemagne ont été freinés". Les commerçants du Vieux Molenbeek demandent que la Région bruxelloise leur vienne en aide.
    http://www.rtbf.be/info/regions/detail_molenbeek-les-commercants-de-la-chaussee-de-gand-sont-a-bout-de-souffle?

    #Molenbeek #journaliste



  • Bruxelles - Capitale de l’Union Européenne - Nombreuse détonations ces 25 et 26 Décembre. Attentats ?

    La Belgique, enfin, la Wallonie et la ville de Bruxelles sont en niveau d’alerte niveau 3, le #terrorisme, les menaces d’Eric_Zemmour de bombarder la commune de #Molenbeek . . . . . . .

    Le gouvernement belge est dominé par la communauté flamande, et tout est fait pour que ce qui n’est pas flamand soit paralysé.

    La #Wallonie et la vile de #Bruxelles, ont été classés au niveau d’alerte 3, les mirlitaires dans les rues, gare à vous !
    Niveau d’alerte niveau 3, par exemple, les parents qui doivent déposer ou reprendre leurs enfants à l’école s’arrachent les cheveux suite aux aux délires administratifs et sécuritaires.

    Les mirlitaires sont dans les rues, avec leurs armes, les gendarmes et la police peuvent tout se permettre, comme en France.

    Ces Vendredi 25 Décembre 2015 au soir et Samedi 26 Décembre, nombreuses pétarades derrière la cathédrale de #Koekelberg, malgré l’état de siège.
    C’est prés de Laken, le palais royal.


    La vente des gros pétards est encore libre en Belgique, et cela peut remplacer les tartes à la crème de #Noel_Godin, l’entartreur.

    Cette information, c’est pas les journalistes indignés de la #RTBF, de la #DH, du journal #Le_Soir, qui vous la donneront !
    Aucune feuille du groupe #rossel non plus.

    Monsieur #Eric_Zemmour ne va t’il demander une fois de plus de bombarder Mollenbeek ?


  • Dit krijgen wij niet te zien. En zij wel
    http://www.nrc.nl/handelsblad/2015/12/12/dit-krijgen-wij-niet-te-zien-en-zij-wel-1566569
    In de Belgische wijken Molenbeek en Borgerhout kijken inwoners urenlang naar Arabische satelliet-tv. Naar verkoolde lichamen en huilende peuters, de uitkomst van Westerse geleidebommen. En die bommen lossen het probleem niet op, constateert Mohammed Benzakour.
    Mohammed Benzakour is schrijver en socioloog. Van hem verscheen recent de roman De Koning Komt.

    Gewapend met een koffer en een dosis nieuwsgierigheid dook ik de straten in. Ik dronk Libanese koffie, las Arabische kranten, speelde dam- en kaartspelletjes, lurkte aan de waterpijp, at ansjovis en koeienpoten met kikkererwten – alles prettig geprijsd. Ofschoon ik in de winkeletalages geen snippertje Sint of Piet bespeurde, noch enige kerstverlichting, hing er een montere sfeer. Ik keuvelde met legio buurtbewoners en café-eigenaren, stamgasten, winkeliers, slagers, kleermakers, koekenbakkers, ik dronk thee met Marokkanen, Syriërs, Afghanen, Irakezen, van alle snit en smaak.

    Maar vooral keek ik satelliet-tv. In praktisch elk etablissement hing bovenin een platte, lawaaiige breedbeeld. Voetbal, soaps en veel nieuws. Héél veel nieuws. Nooit eerder zat ik zoveel uren achtereen gekluisterd aan de nieuwsbeelden van Al-Jazeera, Syria TV, Al Arabiya, Al Sharqiya, Al Alam News Channel. Hoofdtopic: de oorlog in Syrië, de bommen op Raqqa. Maar ook: de dagelijkse drama’s in de Palestijnse bezette gebieden, de gruwelen in Irak en Afghanistan. Ik zag complete wijken en ziekenhuizen in puin en as, verkoolde lichamen, markten die in bloedzeeën waren omgedoopt, hier en daar een arm, een been met een flard van de broekspijp er nog om, vrouwen die met een babylijkje in de armen jankend op straat neervielen, huilende peuters die tussen de brokstukken hun moeder zochten.
    (...)
    Na een week verliet ik de beroemde wijken. Ik voelde opluchting, verwarring, maar ook schaamte. Schaamte dat ik al die tijd, in mijn veilige schrijfkamer, onder een stolp had geleefd. De vele praatjes en plaatjes duizelden door m’n hoofd. Plotseling was de wereld in twee delen gesplitst: de werkelijkheid van de Nederlandse televisie en de werkelijkheid van de Arabische televisie. Daartussen gaapt een kloof zo groot als de Levant.

    #molenbeek #medias #syrie #Weltanschauung


  • Deux élèves de 16 ans, embarqués par la police après un débat anodin à l’école sur les attentats RTBF, par Karim Fadoul le 04 décembre 2015

    Psychose à l’#Athénée_royal_de_Jette ? En tout cas, ce vendredi 4 décembre, deux élèves ont été embarqués et auditionnés par la police de la zone Ouest après un débat en classe autour des attentats de #Paris. Un événement qui a profondément traumatisé l’une des mamans.

    Sophie habite #Molenbeek et ses jumeaux, Yassine et Younes, 16 ans, fréquentent l’Athénée royal de Jette, en cinquième année. Jeudi, en fin de matinée, les deux ados ont cours d’EPA, le fameux Encadrement pédagogique alternatif. Thème du jour : la #religion et les #attentats_de_Paris. « Mon fils Yassine est à côté de son ami, au fond de la classe », raconte Sophie. La discussion s’engage et comme beaucoup de jeunes à cet âge-là, on ne sait pas trop ce que l’on dit, la parole se libère, parfois dans tous les sens, mais sans réelle arrière-pensée.

    Yassine répète ce qu’il a vu à la télé
    « Le professeur insiste alors pour que mon fils Yassine participe. Et ce dernier lâche : je suis d’accord avec les autres. Les autres, à ce moment-là, évoquaient l’éventualité d’#attentats à #Bruxelles, notamment dans le centre-ville, à De Brouckère. En fait, ils ne faisaient que répéter ce qu’ils avaient entendu aux informations pendant qu’on était plongé dans le niveau 4 d’alerte terroriste. »

    Sur le moment, l’enseignant ne réagit pas. « Mais le lendemain, ce vendredi matin donc, des policiers en civil débarquent à l’athénée », raconte Sophie, encore traumatisée. « Ils viennent chercher Yassine et son ami. Younes, lui, est malade et n’a pas été en cours le matin. » Au début, Yassine pense qu’il va être sermonné pour ses retards, au début des cours. « Pas du tout ! Les deux ados sont embarqués, direction le commissariat Jeunesse de la zone de police Ouest », avenue De Roovere. Sur place, c’est l’interrogatoire. « On leur demande de parler de leur situation familiale, comment ça se passe à la maison, de leur parcours scolaire... On leur demande aussi de répéter ce qu’ils ont dit en classe. » 

    Dans sa déposition, Yassine déclare donc qu’il n’a fait qu’évoquer des alertes entendus dans la presse, comme le fait qu’un attentat était possible en #Belgique et qu’il fallait plutôt rester à la maison vu le climat. Comme la #RTBF a pu le lire dans la déposition, la police demandera même à l’adolescent s’il a pris conscience de la gravité de ses propos, vu l’ambiance actuelle. « J’aurais préféré que le professeur vienne m’en parler pour qu’on puisse éclaircir les choses », dira Yassine face aux policiers. « Je ne pensais pas que cela allait avoir de telles conséquences. »

    Une heure quarante au poste de police
    Bref, l’audition durera de midi à 13 h 40. Yassine pourra reprendre les cours mais il est encore tout retourné. D’autant que les responsables de l’établissement et la police cherchent maintenant à contacter son frère. Le papa des jumeaux est joint par l’école sur son GSM. « On dira à mon mari : vos fils ont fait une grosse bêtise, il faut aller à la police. Une grosse bêtise mais on ne pensait pas du tout à cela. » 

    Quand on expliquera enfin aux parents le pourquoi de l’intervention, ils seront eux aussi sous le choc. Finalement, Younes ne devra pas aller au commissariat. « On nous dira que ce n’est plus la peine. » Un peu comme si les forces de l’ordre étaient désormais convaincus que les enfants de Sophie n’avait rien à se reprocher. Le procès-verbal devra de toute manière être traité par le parquet.

     »*Pris pour des terroristes »*
    Reste que la famille marque le coup. « Mes fils assistent à un cours où il est question de #débat, de #citoyenneté. Et lorsqu’ils se mettent à discuter, on ne les écoute pas, on les juge, on les prend pour des terroristes et on appelle la police, sans le moindre discernement. A ce rythme-là, toutes les classes du pays seront vidées de leurs élèves ! Ce qui me surprend, c’est qu’alors que toute la classe participe à ce débat, on a ciblé mes fils qui sont de confession musulmane et leur copain d’origine turque. Pourquoi ? »

    Lundi, après le week-end, Sophie tentera de joindre le préfet et la proviseure de l’athénée pour « savoir qui a appelé la police. Le professeur ou la direction ? Ce vendredi, je n’ai jamais eu de réponse. J’ai aussi envie de connaître l’opinion de la ministre Joëlle Milquet sur ce qui s’est passé. Est-ce normal ? »

    Cette #école dépend de la Fédération Wallonie-Bruxelles et nous avons exposé la situation au cabinet de la ministre. « Pas de commentaire, c’est une affaire traitée par le parquet », se contente d’indiquer le porte-parole de Joëlle Milquet (cdH).

     »*Un malentendu »*
    Ce samedi, des sources policières nous indiquent que toute cette histoire repose sur « un malentendu » et qu’elle aurait pour point de départ une panique irrationnelle de l’enseignant de Yassine, Younes et leur ami. Prof qui se serait rendu jeudi soir dans un commissariat d’Uccle pour exprimer ses craintes. Ce qui a conduit le parquet jeunesse et la police à diligenter une enquête pour balayer les doutes. En attendant, c’est toute une famille qui reste choquée par l’amalgame.

    _Karim Fadoul - #RTBF_


  • Bruxelles : stratification spatio-ethnique

    « Les quartiers ouvriers du XIXème siècle, encerclant le centre d’affaires par l’ouest et formant ce qu’on appelle le croissant, parfois aussi la banane pauvre de Bruxelles, concentrent le plus d’étrangers. Il s’agit des quartiers immigrés de Schaerbeek, Saint-Josse, #Molenbeek, Anderlecht et Saint-Gilles, habités par les Belges qui n’ont pas participé à la suburbanisation et des Italiens, Espagnols, Grecs, Turcs et Marocains. Dans certains de ces quartiers, les immigrés et leurs descendants atteignent jusqu’à 75 % de la population totale. La concentration spatiale des logements du secteur locatif résiduel est bien rendue par la carte des logements sans confort (manque au moins un W-C privé, une salle de bain ou l’eau courante). De tels logements sont fréquents dans la couronne du XIXème siècle mais quasi absents autour de la Forêt de Soignes au sud et à lest de Bruxelles. Les enfants et jeunes - la population e 0 à 24 ans - sont surreprésentés (plus d’un tiers de la population locale) d’une part dans le vieux cœur urbain suite à l’immigration ouvrière, et d’autre part dans la périphérie, en dehors des limites de la Région de BruxellesCapitale, en conséquence de la suburbanisation. Dans les quartiers centraux, ces jeunes sont en majorité des étrangers, alors qu’ils sont belges dans la couronne périphérique. Les processus de socialisation et les chances d’épanouissement sont très inégales entre chacun de ces milieux urbains, en raison des écarts en matière de qualité du logement, d’infrastructures scolaires et den matière de qualité du logement, d’infrastructures scolaires et de loisirs, d’initiatives pour la jeunesse et globalement des perspectives d’avenir offertes par les aînés. Après tout, les uns vivent dans uu quartiers équipes selon les normes du XIXème siècle (où l’on travaillait 12 heures par jour à partir de 12 ans), dans des communes pauvres ; les autres dans des quartiers créés lors des Golden Sixties reflétant la société de consommation et de loisirs, dans les communes les plus riches du pays. Depuis la fin des années septante, la crise a eu pour effet de consolider les quartiers immigrés dans la ville. La hausse du chômage et de l’insécuriré d’emploi, la chute des revenus ont frappé les immigrés et bloqué leurs possibilités d’accéder aux quartiers plus périphériques. Cette tendance est renforcée par l’accroissement du nombre de propriétaires parmi les immigrés. Entre 1981 et 1991, la part des propriétaires occupants est passée de 13 à 37 % chez les Turcs et de 10 à 30 % chez les Marocains. Dans la plupart des cas, il s’agit d’achats l’urgence, suscités par la spéculation foncière et la hausse généralisée des prix du logement (les prix ont plus que doublé entre 1988 et 1992). L’achat était pour eux la seule façon de se prémunir contre des loyers insurmontables, de garantir leur sécurité d’occupation et de se maintenir dans les quartiers où ils se sont intégrés. Ce changement de statut n’a donc pas bouleversé leur répartition dans la ville. Ce sont, pour la plupart, des logements bon marchés, issus du secteur locatif résiduel qu’ils ont acquis dans leurs propres quartiers. Ces nouveaux propriétaires rénovent eux-mêmes leur logement, pour autant qu’ils en aient les moyens et mettent souvent en location les niveaux les plus rentables. Finalement, le commerce ethnique (magasins d’alimentation, restaurants. snacks. etc.) s’est fortement développé en tant que stratégie de survie. Ces entrepreneurs visent à échapper au chômage tout en tirant profit de la concentration spatiale de la demande spécifique de leurs compatriotes (les niches de marchés ethniques). En même temps, la présence abondante de ce genre de commerce entraîne une forte concurrence et permet aux habitants de s’approvisionner à moindre prix. Le commerce ethnique contribue donc aussi à lier chaque groupe à son quartier. Dans cette mesure, il est un élément de démarginalisation dans le quartier cependant, la consolidation des quartiers ethniques va de pair avec leur marginalisation au niveau de la ville. D’une part, les chances d’emploi (en dehors de l’entreprenariat ethnique, de quelques services mal payés, aux conditions de travail peu engageantes, tel le nettoyage de bureaux et finalement de l’économie informelle) s’affaiblissent dans ses quartiers. Entre 1980 et 1991, la région de Bruxelles-Capitale a perdu 25000 emplois industriels lesquels se sont déplacés vers la périphérie flamande (HalleVilvoorde). Les quartiers pauvres du centre-ville se transforment ainsi en pièges à chômage pour les jeunes issus de l’immigration et destinés par l ’enseignement aux emplois manuels peu spécialises. »

    http://bougnoulosophe.blogspot.fr/2007/10/bruxelles-stratification-spatio.html


  • Il était une fois #Molenbeek
    Molenbeek-Saint-Jean est l’une des dix-neuf communes de la région Bruxelles-Capitale et, depuis les attentats mortels de Paris, la cible des médias qui qualifient la « Petite Manchester belge » comme un « repaire de djihadistes ».
    https://blogs.mediapart.fr/blaz/blog/251115/il-etait-une-fois-molenbeek

    Molenbeek est condamnée à la réclusion mais Molenbeek n’est pas une île qui flotte dans le ciel. Une mécanique implacable l’inscrit dans la politique de la ville et cette tectonique urbaine la relègue petit à petit au rang de cloaque urbain. La paupérisation de certains quartiers de Molenbeek, le stigmate endossé à ces périmètres urbains réduisent cette population à se réfugier dans les liens de solidarité primaire. De la paupérisation, le quartier bascule à la communautarisation jusqu’à un stade ultime proche du ghetto. Et comme il ne faut pas prendre ce mot à la légère, il faut plutôt parler d’une tendance à la ghettoïsation plutôt que du ghetto au sens strict du terme. Effectivement, la population maghrébine et son folklore dominent le quartier, un certain entreprenariat ethnique fonctionne en autarcie dans le quartier, entreprenariat qui importe des produits bradés venus de Chine ou de l’étranger et qui a rendu dans une certaine mesure la prospérité au quartier. Néanmoins, ces quartiers ne forment pas encore un espace autonome dans la ville même si quelques pratiques exotiques témoignent d’une avancée de la duplication institutionnelle dans le quartier. Étangs noirs a des allures de ghetto mais Étangs noirs reste néanmoins ouvert sur le reste de la ville. Certains résidents communiquent et travaillent en dehors du quartier. Molenbeek n’est pas un buraku japonais.

    Bruxelles est une ville prospère et atypique. Capitale européenne, s’y déploient d’une part les institutions européennes, d’autre part, les bassins d’emplois qui attirent par dizaines de milliers les flux migratoires. Le conflit communautaire réchauffe lui la rivalité sur les emplois (Francophones versus Néerlandophones). Il résulte de cette alchimie un volume important d’emplois (750.000 emplois) qui bénéficient pour plus de la moitié à des non bruxellois. D’une part, les institutions européennes visent des profils qualifiés et maîtrisant plusieurs langues, d’autre part, les bassins d’emplois privilégiés sur Bruxelles visent ces mêmes profils hyper-qualifiés. Les populations issues de l’immigration dotées d’une formation bradée, discriminées (surtout quand elles sont instruites), sectorisées, elles sont reléguées au travail précaire, infraqualifié, aux niches professionnelles ethniques ou au désœuvrement. Si bien que Bruxelles devient une cité de transit pour les classes moyennes intermédiaires et supérieures résidant en périphérie. On travaille à Bruxelles mais on vit à la campagne. Ce que Donzelot nomme la périurbanisation.

    Sur le plan morphologique cette relation de la ville à ses administrés est clivante. D’un côté les communes de l’Est et la périphérie entassant les profils les plus qualifiés, les hauts revenus, les travailleurs et les propriétaires. De l’autre côté, les communes de la première ceinture bruxelloise et tous ses indicateurs au rouge : infraqualification, chômage de masse, jeunesse désœuvrée, insalubrité (logement), familles nombreuses et population issue de l’immigration. Cet apartheid qui ne dit pas son nom enferme les deux visages de Bruxelles depuis plus de 20 ans. Molenbeek est un concentré de cette relégation tenace en raison de son historicité. Déjà, au dix-neuvième siècle, la bourgeoisie catholique résidait à l’Est de Bruxelles quand Molenbeek et ses chancres industriels entassaient un prolétariat blanc et dépravé.


  • Molenbeek-Saint-Jean n’est pas un ghetto
    Un article d’Alexandre de Zones sensibles dont les livres sont forts appréciés sur @seenthis.
    http://www.lemonde.fr/idees/article/2015/11/23/molenbeek-saint-jean-n-est-pas-un-ghetto_4815791_3232.html
    Vivant et travaillant à Molenbeek-Saint-Jean, au cœur de l’un de ces quartiers considéré comme une « plaque tournante belge du terrorisme islamiste », à quelques dizaines de mètres de l’appartement de l’un des présumés responsables des atrocités parisiennes, il m’est difficile de ne pas écrire ces quelques mots.
    #molenbeek #attentats #etat_d_urgence #belgique #paywall

    • Thx. J’y pense jamais. —

      Au-delà de Molenbeek, et parce que malheureusement les journalistes en parlent peu, rappelons que dans la capitale de l’Europe, Bruxelles en tant que région, un tiers des habitants vit sous le seuil de pauvreté, un chiffre édifiant lorsque l’on sait par ailleurs que Bruxelles produit plus de richesse que les deux autres régions de Belgique (il serait intéressant de savoir si ce chiffre a un lien avec ceux, récemment dévoilés par l’Organisation internationale pour les migrations, révélant que 62% des habitants de la région bruxelloise sont nés à l’étranger ou issus de familles qui ont migrés ici, « ce qui en fait la seconde ville au monde à afficher un taux aussi haut »). Bruxelles est donc une région fort contrastée : à Molenbeek, le revenu moyen par habitant est de 776 euros par mois, soit 4 fois moins que la seule allocation de résidence allouée à un commissaire européen et 26 fois moins que le salaire de celui-ci. (Ajoutons en passant que les agents de l’Union européenne sont exemptés de l’impôt sur les personnes physiques, cet impôt sur le revenu dont n’importe quel Belge imposable doit s’acquitter. Dit autrement, un habitant de Molenbeek à faible revenu mais payant cet impôt finance davantage les infrastructures publiques bruxelloises dont bénéficient les fonctionnaires européens qui, eux en profitent sans payer cet impôt-là, tout en percevant des salaires bien plus élevés.)

      Une commune au bord de la faillite

      Molenbeek est donc rongée par la pauvreté. Il y a peu de journalistes pour rappeler que, il y a quelques mois, la commune était au bord de la faillite (ce qui a une fois fois permis à certains politiques de stigmatiser encore et encore la commune) : en raison de la croissance de la population ne payant pas l’impôt mais demandant mécaniquement davantage de moyens publics (revenus sociaux, etc.), combinée à son appauvrissement (le revenu moyen d’un Molenbeekois a diminué de 5% en dix ans), les revenus issus de l’impôt ont logiquement baissé ; parallèlement, d’après un conseiller communal qui s’est publiquement exprimé sur cette quasi-faillite qui a encore permis à certains de stigmatiser la commune, la classe moyenne (celle qui paie l’impôt) se fait de plus en plus rare : « le manque de propreté, d’enseignement (de qualité), de logements de qualité abordables et d’espaces publics agréables, combiné à un sentiment d’insécurité sont les principaux arguments de leur départ, surtout chez les jeunes familles ». Il faut être honnête : Molenbeek continue à s’enfoncer. Tout concoure donc à ce que, dans certains quartiers, la misère sociale et intellectuelle soit un terrain fertile pour des recruteurs à l’idéologie répugnante. Quelles perspectives d’avenir cette commune, compte tenu de son état de délabrement financier et social, peut proposer à une population en voie de paupérisation ? Comment redresser une situation sociale où presque 55 000 personnes vivent sous le seuil de pauvreté ?

    • Commentaire :

      J’expliquais justement hier qu’en interne les #syndicats trépignent. Le #confinement de Bruxelles s’explique aussi par les coupes budgétaires qui ont été faites dans tout le secteur public - dont la police - et associatif. Je ne compte plus les travailleurs sociaux en préavis conservatoire. Quand à la police que tout le monde semble appeler de ses voeux, ce n’est pas faute pour ses membres d’appeler depuis longtemps au retour de la police de proximité pour un travail au plus près du terrain et des habitants au quotidien. Quand aux agents de prévention dont Alexandre parle, on a le même problème au final : les moyens. Pour que la scène qu’il décrit n’arrive plus, il faut former ces mecs, les encadrer, et c’est un travail de longue haleine puisque les gardiens de la paix sont aussi un dispositif d’#insertion professionnel. La formation de ces gardiens est aussi grevée par les coupes budgétaires des politiques d’#austérité. Certains parlent de stratégie du choc, je crois que ce n’est pas loin de la vérité.


  • Molenbeek, un nid de terroristes ? Ce quartier de Bruxelles est le lieu d’une belle alternative
    http://www.reporterre.net/Molenbeek-un-nid-de-terroristes-Ce-quartier-de-Bruxelles-est-le-lieu-d-u

    Molenbeek, près de Bruxelles, est présenté comme un repaire de terroristes. Comme toujours, la réalité n’est pas si simple. Car dans ce grand quartier de Bruxelles, une initiative de parc urbain autogéré est devenue un exemple extraordinaire de mixité et de tolérance.

    @supergeante

    • A Molenbeek, dans la spirale de la misère et de l’islam radical

      « Molenbeekistan », « nid de djihadistes ». Depuis les attentats de Paris, Molenbeek, commune de Bruxelles, est sous les feux de l’actualité, considérée comme la plateforme du terrorisme européen. Plongée dans ce quartier qui a sombré et où l’Arabie saoudite a massivement financé l’émergence d’un islam wahhabite.

      http://www.mediapart.fr/journal/international/201115/molenbeek-dans-la-spirale-de-la-misere-et-de-lislam-radical?onglet=full

    • De notre envoyée spéciale à Molenbeek-Saint-Jean (Bruxelles, Belgique). Quand elle a appris que deux des fils Abdeslam étaient impliqués dans les tueries de Paris – l’un, Brahim, s’est fait sauter devant un bar du XIe arrondissement « comme s’il était à Kaboul » et l’autre, Salah, est en cavale –, Souad s’est effondrée en larmes et en prières. Elle « sentait que le malheur se rapprochait encore une fois du quartier ». Déjà, l’été dernier, pendant les vacances dans le village natal, dans le nord du Maroc, elle avait demandé à son mari, un retraité de la Stib, la RATP bruxelloise, de convaincre les enfants de rester au pays. « Au Maroc, c’est une dictature mais je préfère la dictature à l’anarchie, là-bas les policiers font peur, nos petits-enfants seront biens tenus. Pas comme à Molenbeek où tout est permis et les gosses à la rue nuit et jour. »

      Souad était déjà « traumatisée, dépassée » par l’histoire de la famille N. Ces lointains cousins, immigrés en Belgique comme eux, avaient organisé une « talba », une récitation du Coran, pour un de leurs gamins qui s’était radicalisé sans que personne s’en aperçoive et qui avait rejoint la Syrie, cédant à « l’appel du Cham » de Daech. Il était mort quelques mois plus tard, « shuhada », « martyr », selon un bref message de l’organisation qui avait plongé la mère dans la folie et le père dans la dépression. Souad, la soixantaine, voyait souvent les femmes de cette famille autour d’un thé à la menthe pour passer les après-midi « mais depuis cette tragédie, elles ne fréquentent plus personne, le djihad est un sujet tabou, les familles ont honte, comme si Satan les avait frappées ».

      Ce mercredi, dans son salon oriental, sous une photo de La Mecque où elle est allée en pèlerinage, Souad se demande « quelle drogue on donne à nos enfants pour qu’ils deviennent des monstres », un chapelet à la main. Elle raconte qu’elle ne sort plus de peur d’être harcelée par les journalistes « qui nous prennent pour des animaux » et pleure les victimes de Paris, « les musulmans d’Europe qui vont être encore plus stigmatisés » mais aussi « l’enfer que doit vivre la mère Abdeslam ». « Ici, c’est un village, on se connaît tous », dit-elle, scotchée sur Maghreb TV, une télé belge communautaire qui diffuse en arabe et qui a dépêché ses caméras sur la place communale de Molenbeek.

      Le quartier est l’un des poumons de la ville, à quelques mètres du métro Comte de Flandre et à moins d’un quart d’heure à pied de la Grand-Place de Bruxelles, épicentre touristique de la capitale européenne. S’y tient tous les jeudis un marché « qui donne l’impression d’être à Tanger », dit un commerçant. Il se présente comme « un des rares Blancs » à tenir encore un commerce dans ce qui a muté, au fil des décennies, en « un laboratoire de ville à 90 % musulmane », « un ghetto ethnique ». « Maroc-enbeek », 97 000 habitants sur six kilomètres carrés : plus de la moitié sont des immigrés marocains ou descendants, concentrés dans la partie basse de la ville, le triangle « Comte de Flandre-Étangs noirs-Ribaucourt ».

      Décrochage scolaire, chômage (jusqu’à 60 % chez les jeunes dans les quartiers est), discriminations de l’école à l’embauche, familles nombreuses sans revenus du travail entassées dans des logements minuscules dont un quart ne possède pas encore le confort minimal (W.-C., douche), trafic de cannabis importé par des Rifains, banditisme… Molenbeek, « Petit Manchester » ouvrier florissant dans les années 1960, a été foudroyé par la désindustrialisation. Le quartier est devenu, un demi-siècle après le premier accord bilatéral de recrutement de main-d’œuvre entre la Belgique et le Maroc (puis avec la Turquie), l’emblème du croissant pauvre et délinquant de Bruxelles qui tourne autour du canal. Tous les indicateurs sociaux sont au rouge, à quelques kilomètres du rond-point Schuman et des institutions européennes.

      Depuis samedi, les médias du monde entier cherchent à comprendre comment cette commune, que le ministre de l’intérieur belge Jambon, de la très droitière N-VA, veut « nettoyer » (et Zemmour « bombarder »), s’est muée en « nid à djihadistes ». Ils occupent la place communale avec leurs fourgons satellites, enchaînent les duplex, vont et viennent du dôme de la « maison communale » (la mairie) accolée au commissariat de police, au numéro 30, à l’autre bout de la place, une petite maison de trois étages au-dessus d’un Pakistanais qui vend des tissus orientaux. C’est ici, dans un logement social, que vit la famille Abdeslam, sous pression médiatique maximale.

      Lundi, en fin d’après-midi, sur le pas de la porte de l’immeuble, Mohamed, frère aîné des deux terroristes présumés, employé au service « population » de la commune depuis dix ans, s’est exprimé sous les flashs après une arrestation musclée et plusieurs heures de garde à vue : « J’étais accusé d’acte terroristes (…) mais en aucun cas je n’ai été lié de près ou de loin à une intervention à Paris. (…) Les gens de la commune savent de quoi je suis capable et de quoi je ne suis pas capable. Je n’ai jamais eu d’ennuis avec la justice. J’avais un alibi. » « Momo », comme l’appellent ses collègues, assure n’avoir « rien remarqué » chez ses frères. Comme tous ceux qui connaissaient Salah et Brahim Abdeslam.

      « Bienvenue à Hollywood, la plus grande fabrique de films »

      « Pas inconnus de la justice, les deux frères avaient commis des délits de droit commun mais ils appartiennent à une famille modérée, ouverte, originaire de Tanger, au Maroc, qui n’avait jamais fait parler d’elle sur le plan religieux », dit un travailleur social sous couvert d’anonymat. « Je les connais depuis qu’ils sont petits et je ne les ai jamais vus à la mosquée », renchérit Jamal Habbachich, à la tête d’un comité consultatif qui fédère seize mosquées de Molenbeek. Abdel, 26 ans, qui alterne périodes de chômage et d’intérim, passait ses journées et ses soirées aux « Béguines », le café qui appartenait à Brahim Abdeslam et que gérait Salah. C’était un bar d’hommes dans cette ville où les femmes sont pour la plupart voilées et où « tu n’en verras jamais une dans un bar, ni dans la rue le soir sauf si elle sort d’un mariage », dit Abdel.

      Le café a été fermé le 5 novembre par les autorités, pour « consommation de substances hallucinogènes prohibées » après une descente de police en août. On y menait une vie de bamboche, fumait du shit, buvait un verre de thé à la menthe ou des Jupiler (bière belge), en jouant aux dés et en regardant les matchs de foot. « C’était tout sauf des radicaux qui voient la vie en "haram" (illicite) ou en "halal" (licite). Ils ne faisaient pas la prière à ma connaissance. Leur "trip", c’était les filles, les discothèques, la fête », raconte Abdel.

      Abdel ne croit « pas du tout » ce qui tourne en boucle sur les chaînes d’information, sur les fils Abdeslam et le cerveau présumé des attentats de Paris, Abdelhamid Abaaoud, Molenbeekois bien connu, mort dans l’assaut lancé ce mercredi dans un appartement à Saint-Denis. « C’est des montages. Comment on peut tenir un coffee-shop et se faire sauter quinze jours après ? Comment on peut être Abaaoud l’homme le plus recherché du monde planqué en Syrie et revenir à Paris incognito en passant les frontières dans un contexte ultra-sécuritaire même en empruntant la route des réfugiés syriens ? », dit le jeune homme en prenant à témoin ses copains.

      Tous lisent là « encore un complot de la Grande Puissance, l’Amérique, la France pour salir les musulmans ». « Si j’envoie par SMS à mon répertoire la question, "croyez-vous aux événements dont les médias nous matraquent depuis vendredi", 95 % va me répondre "Non" », assure sans ciller Samir, 28 ans et déjà dix de chômage. Ils ne sont pas allés ce mercredi au rassemblement sur la place communale en mémoire des victimes de Paris où 2 500 personnes, dont le frère Abdeslam depuis un balcon, se sont recueillies, allumant des bougies, des lumières contre les ténèbres.

      Karim, qui a quitté l’école à 16 ans et vit de « petits deals », ne se sent « pas concerné » : « On n’était pas "Charlie" en janvier parce qu’on ne peut pas rire de tout et se moquer de la religion, du prophète comme il le faisait. On ne va pas être "Paris" en novembre. Il y a eu des morts, O.K., qu’ils reposent en paix, mais on ne croit pas au "terrorisme", c’est une invention de l’Occident. Chaque fois, qu’il y a "un attentat" ou "une tentative", cela passe toujours comme par hasard par Molenbeek et les quartiers où il y a des musulmans concentrés. C’est la seule fois de l’année où on parle de nous dans les journaux, jamais pour parler du racisme, du chômage, de la misère, des violences policières que nous subissons avec nos parents. Du jour au lendemain, on découvre qu’untel avec qui on était à l’école, jouait au foot, à la boxe, est devenu un bourreau et pose avec une kalach sur Facebook au milieu de cadavres. Mais que fait la police alors si nous sommes un foyer du djihadisme mondial depuis tant d’années ? »

      Devant l’un des deux derniers établissements scolaires de Bruxelles qui accepte le port du foulard (tous deux à Molenbeek), des jeunes filles, voilées ou cheveux lâchés, sortent de cours, oscillant entre « c’est faux, c’est un complot », « c’est vrai, c’est bien fait pour la France qui bombarde la Syrie ». À « Molen », nombre d’habitants rencontrés, dont beaucoup de jeunes, refusent de croire que la ville est un foyer de l’islam radical européen, une base arrière des cellules djihadistes notamment françaises. Les théories du complot circulent à la vitesse du « téléphone arabe », révélant l’étendue de la fracture entre la population de ces quartiers bannis et le reste de la société.

      Depuis l’offensive médiatique, « la parano » a gagné les habitants qui voient « des agents extérieurs », « des espions au service du roi du Maroc », « des flics belges déguisés » partout, jusque dans les rangs des journalistes. « Bienvenue à Hollywood, la plus grande fabrique de films. Moi, je vole mais je ne suis pas un terroriste, je suis incapable de tuer une mouche », rigole un sans-papiers algérien. Tout de contrefaçon vêtu – jeans, blouson en cuir, montre, besace –, il fume un joint sur la chaussée de Gand, le grand axe de drague et commerçant de la ville, essentiellement des boutiques « ethniques » à bas prix, boucheries et snack halal, magasins de meubles, vaisselle et gadgets orientaux, vêtements islamiques, « jilbabs » et « kamis » sombres, « made in China »...

      « Molenbeek est en train de payer des décennies de harcèlement religieux »

      Pourtant, la réalité est là, impressionnante. Quand ils ne sont pas des enfants du cru, les islamistes radicaux se forment, se cachent, se lèvent derrière les murs, les caves et les garages des petites maisons en briques rouges de Molenbeek. Malgré le durcissement de la législation antiterroriste belge, le démantèlement de filières de recrutement depuis les années 1990, les chemins du terrorisme ne cessent de mener à cette commune parmi les plus pauvres de Belgique, lui valant le retour du surnom « Molenbeekistan ».

      « La religion poussée à l’extrême par les obscurantistes est devenue l’occupation principale des chômeurs qui n’ont plus que le choix entre le trafic de drogue ou le djihad. Tu n’as pas de travail ? Fais la prière cinq fois par jour et attends l’appel de l’imam au café en fumant un joint. Tu n’es pas marié, tu es frustré sexuellement, socialement ? On va te donner 70 vierges si tu te fais sauter », soupire un commerçant musulman qui aimerait bien « un peu de diversité, de Blancs ».

      Aujourd’hui, ce sont Abdelhamid Abaaoud, les frères Abdeslam, le Français Bilal Hadfi qui s’est fait exploser devant le Stade de France et qui vivait à Bruxelles… qui font la une des journaux. Hier, et la liste n’est pas exhaustive, c’était Hassan el-Haski, l’un des cerveaux des attentats de Madrid de 2004 (191 morts, 1 800 blessés) ; Mehdi Nemmouche, l’auteur de la tuerie du Musée juif de Bruxelles en mai 2014, originaire de Roubaix ; Ayoub el-Khazzani, qui a raté l’attaque du Thalys Bruxelles-Paris en août dernier ou encore des protagonistes de « la cellule de Verviers » démantelée lors d’un assaut policier mortel au lendemain des attentats de Charlie-Hebdo, de Montrouge et de l’HyperCacher en janvier.

      C’était aussi les prédicateurs Jean-Louis Denis dit le Soumis, Fouad Belkacem aujourd’hui derrière les barreaux (il a pris douze ans en février). Ce dernier, à la tête de Sharia4Belgium, prônait le djihad armé entre Anvers et Bruxelles. En 2012, une quinzaine de membres de son groupuscule salafiste ont provoqué des émeutes avec la police de Molenbeek en réaction au contrôle d’identité d’une femme en niqab dans le tram (cette dernière s’était rebellée et avait cassé le nez d’une policière).

      « La ville est pour eux un arrondissement de Paris comme Anvers, une annexe des Pays-Bas. Ils peuvent s’y procurer facilement des armes, des faux papiers grâces aux filières criminelles, se planquer grâce à la densité de logements et se fondre dans la population de type arabo-musulmane », analyse l’anthropologue et militant associatif Johan Leman. Il a suivi toutes les mutations de la commune, de l’arrivée des premières générations d’immigrés venus travailler dans les mines, creuser le métro bruxellois aux premières radicalisations de leurs enfants nés sur le sol belge. C’est ici aussi que les Tunisiens Dahmane Abd el-Sattar et Bouraoui el-Ouaer ont fomenté l’assassinat du commandant afghan Massoud tué deux jours avant le 11 septembre 2001 sur ordre de Ben Laden.

      El-Sattar était l’époux de Malika el-Aroud, « la veuve noire », muse du djihadisme belge, deux fois femme de martyrs (elle s’est remariée avec Moez Garsallaoui, un Belgo-Tunisien tué par un drone au Pakistan en 2012). Fille d’ouvrier marocain, condamnée en 2008 à huit ans de prison et désormais sous le coup d’une procédure de déchéance de nationalité, elle avait envoyé vers l’Afghanistan des dizaines de jeunes.

      Le Franco-Syrien Bassam Ayachi, « cheikh » sulfureux, doyen des terroristes belges en Syrie où il est retourné en 2013, avait présidé à l’époque son mariage religieux avec el-Sattar. Il a dirigé pendant vingt ans, avec son fils (mort en Syrie en 2013), le Centre islamique belge (CIB) de Molenbeek. Un sanctuaire du salafisme radical, démantelé seulement en 2012 par la justice, qui a envoyé de nombreux combattants vers l’Afghanistan, l’Irak et la Syrie.

      « Molenbeek est en train de payer des décennies de harcèlement religieux et de laxisme politique. On a laissé des fous de Dieu, des salafistes et des Frères musulmans, payés par le Qatar, l’Arabie saoudite, l’Égypte, le Maroc, semer le malheur, la pagaille, le foulard. Ils ont fait de l’islam des sectes qui imposent un Coran de la terreur, sur des individus fragiles, ignorants, des gamins qui ont décroché du système scolaire dont les parents sont analphabètes, qui ne parlent ni l’arabe ni la langue des imams. » Rue Ribaucourt, le gérant de la librairie El-Itra (l’être originel en arabe) fulmine dans son local désert en lisant Grabovoï, « un grand penseur russe qui peut sortir nos consciences de la déchéance ». Sans concession, le libraire, « un musulman laïque », met « dans la même poubelle » le terroriste Bassam Ayachi et l’islamologue Tariq Ramadan qui tient régulièrement conférence dans la ville.

      Trois anciens, barbes longues et fournies, anoraks sur djellabas jusqu’aux genoux, passent devant sa vitrine : « Il y a trente ans, ils buvaient de l’alcool, fumaient, mais on leur a lavé le cerveau, les voilà singes. » Pas un client depuis samedi dans sa boutique, « que des journalistes qui ne connaissent rien à l’islam ». « À ce rythme, je vais fermer. Je tiens la seule vraie librairie de la ville qui propose du sacré et du profane face aux innombrables librairies coraniques, toutes affiliées à un groupuscule, salafistes, frères musulmans », râle le commerçant. Il raconte qu’un jour de campagne électorale, « un politicien » est rentré dans sa librairie : « Il m’a demandé ce que je voulais. Je lui ai dit : ferme les mosquées et je voterai pour toi. Il m’a pris pour un fou musulman et il a tourné les talons. Mais il est là le grand problème de Molenbeek. »

      « Un week-end comme celui-ci flingue tout le boulot des travailleurs sociaux »

      La ville compte officiellement 24 mosquées, organisées par pays, dont quatre seulement sont reconnues par la région de Bruxelles-Capitale (les imams y sont payés par les autorités). Elle compte aussi des dizaines de lieux de cultes ou associations privés, dans les anciennes maisons ouvrières, que personne ne sait vraiment chiffrer ni surveiller. Seize des 24 mosquées sont contrôlées par un conseil consultatif (onze sont arabophones, deux pakistanaises, une africaine, une turque, une bosniaque).

      Jamal Habbachich, 59 ans, un Belge originaire du sud marocain, est à la tête de ce conseil. Il donne rendez-vous dans la mosquée Attadamoune, 500 fidèles le vendredi, près des Étangs noirs, et appelle « la communauté à se remettre en question » : « Nous sommes à l’image de la Belgique, divisés, communautarisés dans nos mosquées. Chacun son pays, sa tribu, ses mentalités. Le Maghreb, c’est l’anarchie totale à l’inverse de la Turquie ou le Pakistan qui sont très structurés. Aucun de leurs jeunes ne part au djihad contrairement à nos fils du nord du Maroc et d’Afrique du Nord qu’on retrouve dans tous les dossiers de terrorisme avec les convertis. »

      Pour lui, « le mal vient des monarchies du Golfe, l’Arabie saoudite en tête, qui versent leurs pétrodollars sur l’Occident et imposent dans nos quartiers des courants dangereux et une lecture très rigoriste et binaire de l’islam, "halal", "haram", sans nuances de gris. Chez les Marocains, c’est très fort et c’est un terreau fertile pour les recruteurs radicaux qui veulent décerveler nos jeunes ». Ce jeudi, dans les médias, Rachid Madrane, ministre PS de l’aide à la jeunesse à la Fédération Wallonie-Bruxelles, a reconnu « le péché originel » : « On a confié les clés de l’islam en 1973 à l’Arabie saoudite pour s’assurer un approvisionnement énergétique (…) Le résultat, c’est que la pratique de l’islam apaisé qui était celle des personnes qu’on a fait venir du Maroc a été infiltrée par du wahhabisme, du salafisme. »

      Le Royaume belge découvre ainsi qu’il a trop longtemps fermé les yeux sur l’emprise wahhabite. La Grande Mosquée du Cinquantenaire, à Bruxelles, financée dans les années soixante par la Ligue islamique mondiale, une ONG musulmane au service du régime saoudien, est emblématique de cette liaison dangereuse. Rachid Madrane souhaite plus d’imams formés en Belgique, qui prêchent en français, en néerlandais, plus d’arabophones dans les services de renseignements.

      « Les mosquées sont moins problématiques qu’internet. Cela l’était il y a encore dix ans mais aujourd’hui, elles sont surveillées. Les islamistes le savent et opèrent à l’extérieur, en privé, sur internet. On voit peu de jeunes dans nos mosquées faute d’imams qui savent répondre en phase avec leurs préoccupations », constate Jamal Habbachich.

      Professeur de religion musulmane dans des établissements professionnels du réseau officiel (les Belges ont une définition de la laïcité radicalement différente des Français), Jamal Habbachich a toutes les peines du monde à convaincre des gamins déboussolés par les prédicateurs du Web. « L’autre jour, une élève de cinquième m’a demandé si j’étais d’accord avec l’imam de Brest, Rachid Abou Houdeyfa, la nouvelle coqueluche des jeunes, pour dire que les faux ongles, c’était "haram". J’ai passé quarante minutes à lui expliquer qu’il n’y avait rien de mal à se rajouter une couche d’ongles ! Les discours de ce type me font peur. J’ai passé deux semaines aussi à rappeler à un ado qui étaient les femmes de Mahomet, Aicha, guerrière, cavalière, infirmière, etc. Il me disait que suivant les préceptes d’un cheikh égyptien sur Youtube, sa femme ne travaillerait jamais. Il m’a soutenu que les femmes ne doivent sortir que trois fois : du ventre de leur mère, du joug parental au joug marital, puis du foyer au cimetière. »

      Dans son bureau à la commune, sous une affiche de lutte contre les contrôles au faciès, l’écolo Sarah Turine, échevine (adjointe) déléguée à la jeunesse, à la cohésion sociale et au dialogue interculturel, islamologue de formation, partage les mêmes craintes et la même analyse : « La logique manichéenne wahhabite a causé beaucoup de dégâts à Molenbeek. Après les attentats du 11-Septembre et la première vague d’islamophobie, les jeunes de la deuxième et troisième génération, ne se sentant pas reconnus comme des Belges à part entière, surtout les garçons, ont hissé en étendard leur identité musulmane. On prend en peine figure aujourd’hui les conséquences du repli religieux qu’on a laissé s’installer en achetant la paix sociale. »

      Depuis samedi, les politiques se renvoient les responsabilités, notamment les bourgmestres Philippe Moureaux, le baron socialiste qui a régné pendant plus de 20 ans sur la commune, et la nouvelle bourgmestre de droite Françoise Schepmans (Mouvement réformateur) qui a raflé la commune en 2012, grâce à une coalition mêlant son parti, le centre-droit (CDH) et les écolos.

      Le premier aurait laissé « Marrakech devenir Peshawar », la seconde « n’aurait rien fait »… Sarah Turine ne veut pas « rentrer dans la polémique ». Quand elle a appris les fusillades de Paris, elle s’est dit « pourvu qu’il n’y ait pas de lien avec Molenbeek » : « Un week-end comme celui-ci flingue tout le boulot des travailleurs sociaux et va stigmatiser un peu plus les habitants de Molenbeek, des musulmans normaux, pacifistes qui encaissent déjà beaucoup d’injustices. » Elle rappelle que sur les cinq communes de la zone de police de Bruxelles-ouest, dont Molenbeek, une cinquantaine de jeunes ont rejoint des milices en Syrie depuis le début du conflit. Une cinquantaine sur des dizaines de milliers de jeunes qui essaient de s’en sortir.

      « Les journalistes ne parlent jamais des énergies dingues que dégage cette ville »

      « On surmédiatise un épiphénomène, certes d’une extrême violence et barbarie. À l’échelle belge, les djihadistes, c’est 500 personnes sur près de 600 000 musulmans. Les taux de chômage, de décrochage scolaire sont beaucoup plus affolants », appuie Corinne Torrekens, chercheuse à l’Université Libre de Bruxelles, spécialiste de la radicalisation. « Les journalistes ne viennent que lorsqu’il y a un attentat ou un gros tournage de film. Jamais ils ne parlent des énergies dingues que dégage cette ville, de son terreau associatif, artistique », s’indigne le comédien Ben Hamidou.

      Enfant de Molenbeek, « ma mère adoptive », dit ce natif d’Oran en Algérie, Ben Hamidou monte depuis quinze ans des pièces de théâtre, seul en scène ou avec des gens du quartier. Il joue dans Djihad, la pièce d’Ismael Saïdi qui tourne depuis 2014, tragi-comédie retraçant l’odyssée en Syrie de trois paumés de Molenbeek que l’oisiveté et la quête identitaire conduisent à la guerre sainte. Déclarée d’intérêt public au lendemain des attentats de Charlie-Hebdo par la ministre de la culture et de l’enseignement de Bruxelles, cette pièce est devenue un outil pédagogique dans les écoles des ghettos de riches et pauvres pour appréhender et dépassionner la folie du monde.

      « Les médias sont en train de faire de Molenbeek une zone plus terrible que les banlieues de Paris, où vous envoyez des CRS plutôt que d’y faire de bonnes écoles, quand nous, c’est une ville à taille humaine dans le centre-ville où il y a tout de même de l’investissement », déplore le professeur d’urbanisme Eric Corijn. On le retrouve dans « un endroit positif », la maison des cultures et de la cohésion sociale, théâtre d’initiatives et de diversités.

      « La ville change lentement, ses extrémités se gentrifient, le vieux Molenbeek est en pleine revitalisation, des hôtels ouvrent, on voit des boutiques avec des mini-jupes en vitrine chaussée de Gand, impensable il y a cinq ans ! », martèle-t-il lors de ses visites guidées de la ville comme samedi devant une trentaine d’eurocrates qui n’avaient jamais passé le canal. Près de la maison des Abdeslam, sur la place communale, une brasserie doit ouvrir à l’angle : « Il faut que la commune se débrouille pour que ce soit un lieu hybride où on peut boire du thé à la menthe et du vin. » Déghettoïser. Décommunautariser. « Faire ville ensemble. » C’est l’un des plus grands défis de Molenbeek, coupé en deux, le haut de la ville, bourgeois, branché, blanc, et le bas, populaire, misérable, arabo-musulman.

      « Cela va être difficile. Le mal est fait, l’intégration a échoué. Même si on donnait du travail à tous les chômeurs et ratés du quartier, les familles resteront repliées sur leurs tribus, à se marier entre cousins, à décourager les filles de faire des études. Les politiques ont laissé se mettre en place un petit Maroc du nord avec des élus, des policiers, des profs… tous marocains qui fonctionnent pour certains comme au bled avec des bakchichs. Les rues sont sales, le cannabis est partout dans la ville, dans des cafés légaux et d’autres clandestins derrière des rideaux de fer. Les autorités ne font rien, laisse la drogue détruire nos enfants. » Mounir est « déprimé ». Il veut « déménager avec sa famille dans un quartier tranquille, mettre ses filles dans une école avec des Blancs, car ici, il n’y a pas de mélange et le niveau est très bas ». Il veut « se sentir en Belgique ».

      À quelques rues de là, pas très loin de Ribaucourt, plaque tournante du trafic de drogue, un café aux vitres teintées. À l’intérieur, des habitués, des jeunes et des vieux, une odeur de shit, « cette odeur sans laquelle Molenbeek ne serait pas Molenbeek », dit Soufiane, deux télés, une branchée sur du football et l’autre sur de la “soul” aux clips suggestifs. Point de cendrier. On écrase ses joints au sol. Un sans-papiers algérien, qui tient le bar pour des Rifains, les patrons, balaie régulièrement les mégots. « C’est la technique pour rester propre si jamais la police faisait une descente », explique Soufiane. C’est son heure de détente après le travail, des missions d’intérim dans le BTP, « physiques ». Il y retrouve ses amis, originaires d’Oujda dans le nord marocain comme lui.

      Soufiane s’était rêvé une vie meilleure, des études longues, hors de Molenbeek mais ado, on l’a contraint aux filières professionnelles. « Ici, le système nous tire vers le bas, l’exclusion commence à l’école. On n’a pas le droit d’avoir de l’ambition. On nous veut dans les usines comme nos pères sauf qu’elles n’existent plus. » Dans son quartier, « une femme est partie en Syrie avec les gosses rejoindre son frère ». Sans rien dire à son mari qui a trouvé la maison vide en rentrant du boulot. Vendredi, il priera à la mosquée « pour les victimes de Paris ». En se demandant si ses voisins de prière ne sont pas de Daech : « On devient parano et on ne sait plus quoi penser. »

      De l’autre côté du canal, un commerce tenu par un Arménien qui visionne en boucle toujours les mêmes vidéos d’Abaaoud. Il dit que « tout ça, c’est la faute des politiques qui ont laissé les Arabes imposer leur culture à l’Europe » en sortant un tract de son tiroir. C’est la profession de foi du Vlaams Belang, le parti flamand d’extrême droite raciste et xénophobe. Dehors, un Syrien de Homs, passé par les Balkans, mendie quelques sous avec sa femme et leurs deux enfants. Ils ont peur d’être expulsés « à cause des terroristes »...

    • Merci @colporteur
      alors :

      Tous lisent là « encore un complot de la Grande Puissance, l’Amérique, la France pour salir les musulmans ». « Si j’envoie par SMS à mon répertoire la question, "croyez-vous aux événements dont les médias nous matraquent depuis vendredi", 95 % va me répondre "Non" », assure sans ciller Samir, 28 ans et déjà dix de chômage. Ils ne sont pas allés ce mercredi au rassemblement sur la place communale en mémoire des victimes de Paris où 2 500 personnes, dont le frère Abdeslam depuis un balcon, se sont recueillies, allumant des bougies, des lumières contre les ténèbres.

      Karim, qui a quitté l’école à 16 ans et vit de « petits deals », ne se sent « pas concerné » : « On n’était pas "Charlie" en janvier parce qu’on ne peut pas rire de tout et se moquer de la religion, du prophète comme il le faisait. On ne va pas être "Paris" en novembre. Il y a eu des morts, O.K., qu’ils reposent en paix, mais on ne croit pas au "terrorisme", c’est une invention de l’Occident. Chaque fois, qu’il y a "un attentat" ou "une tentative", cela passe toujours comme par hasard par Molenbeek et les quartiers où il y a des musulmans concentrés. C’est la seule fois de l’année où on parle de nous dans les journaux, jamais pour parler du racisme, du chômage, de la misère, des violences policières que nous subissons avec nos parents. Du jour au lendemain, on découvre qu’untel avec qui on était à l’école, jouait au foot, à la boxe, est devenu un bourreau et pose avec une kalach sur Facebook au milieu de cadavres. Mais que fait la police alors si nous sommes un foyer du djihadisme mondial depuis tant d’années ? »

      Ça c’est le discours majoritaire maroxellois. Je l’ai entendu en boucle depuis vendredi (dans la bouche d’hommes maroxellois de Molenbeek). Tu peux danser sur ta tête pour faire entendre un autre son de cloche, les complots ont la côte, c’est affolant, je suis effondrée, car même des personnes que je considère comme intelligentes versent dans ces raccourcis aveugles paranoïdes et victimaires. Les « rifains » sont tellement dans leur monde parfois, que, parfois, il ne reste plus rien qu’un pessimisme profond, car même si Molenbeek est plus complexe que les caricatures que l’on en fait, l’article de Mediapart est un des moins caricatural que j’ai lu jusqu’à présent.


  • Is #Molenbeek Europe’s jihadi central? It’s not that simple
    http://www.theguardian.com/commentisfree/2015/nov/17/molenbeek-jihadi-isis-belgian-paris-attacks-belgium
    The Brussels district is home to two brothers involved in the Paris attacks, but as someone who works with its community I know it’s far from a hub of Isis supporters

    Meanwhile why Molenbeek? The fact is that if as a citizen with Moroccan roots you want to hide in Brussels (which has 19 municipalities), or “disappear” in a poor, densely populated area, then, you will probably come to lower Molenbeek (there is a richer, other Molenbeek). In lower Molenbeek some 50% of the inhabitants are of northern Moroccan provenance. And North Moroccan jihadism is a reality today, just as the north African communities in France and Belgium are the communities from where proportionally most European jihadis emerge.

    But again, let us retain a sense of proportion: Molenbeek has more than 100,000 inhabitants, 40,000 of whom are of Moroccan provenance. The population is young, but has a very high unemployment rate (some 40%). It means that there are thousands of Molenbeek residents of Moroccan provenance under 30 years of age and without jobs. Militant Salafism may have a huge impact on some of these young people, who, after a process of radicalisation, may later be persuaded to turn their own demise into a “heroic” death. It makes them, at least once in their life, heroes in the eyes of their comrades and in the eyes of Allah.

    Does it mean that most young people in Molenbeek are disposed to become violent jihadists? No, fortunately most of them, even if their economic situation is sometimes all but promising, still prefer to invest in normal family life and would abhor the notion that killing your neighbour makes you a good Muslim.

    For the authorities there is a double lesson: invest in the future of the children (improving schooling), so that young adults see a future for their children (if not for themselves). Secondly: show respect for the inhabitants. Avoid facile slogans like “we will clean up”. Stop treating people as potential murderers, because they are not. You need them as a social cushion against jihadi-recruiters, drug dealers and hate preachers.


  • #Molenbeek donne de la lumière
    http://www.radiopanik.org/emissions/radio-maritime/attentats-et-molenbeek

    En l’espace d’une journée, Molenbeek est devenue connue à travers le monde. Ce mardi, tous les participants de Radio Maritime étaient présents, ils ont exprimé leurs craintes en tant qu’habitants et parents, leur colère face au discours stimagtisant des médias étrangers mais également leur attachement à la commune et à ses nombreux jeunes qui sont responsables et acteurs sociaux.

    Les organisateurs de de « Molenbeek donne de la lumière » étaient aussi là, pour expliquer leur démarche et appeler les gens à se rassembler le 18 novembre entre 16.00 et 18.00 sur la place communale de Molenbeek Saint-Jean.

    #attentats_paris
    http://www.radiopanik.org/media/sounds/radio-maritime/attentats-et-molenbeek_02109__1.mp3


    • alors là je n’y peux rien tellement c’est explicite : associés , les mosquées fermaient , le vendredi ils n’ont pas inventé la poudre , je veux dire un espace dévotionnel non maffieux qui ne soit pas une démo de puissance : résultat le gvt nous re enferme dans des frontières ! etc nb : pas d’inconvénients à prier ou que ce soit sur son mobile , meme en ayant le n° de la mecque ! objections ?



  • Cher Eric Zemmour, j’habite à #Molenbeek...
    http://www.lalibre.be/debats/opinions/cher-eric-zemmour-j-habite-a-molenbeek-564b38b13570ca6ff8f5127a

    J’habite à Molenbeek, cette commune que tu souhaites donc bombarder. Toi, le grand stratège et brillant démographe, spécialiste et observateur autorisé de la diversité bruxelloise.

    Mais avant que tu ne nous fasses passer à trépas, moi et les quelques 95.000 autres habitants de cette commune de dégénérés, laisse-moi juste plaider pour notre cause et pour cette commune du Nord de Bruxelles, située à moins de 2 km de la Grand-Place et qui signifie, en vieux bruxellois, le « ruisseau du moulin ».

    Rassure-toi, ce ne sera pas long.

    Je suis ce que l’on appelle un belge de souche (même si cela ne veut rien dire à mes yeux) et je ne suis pas totalement fauché. En effet, personne ne m’a contraint d’y habiter et c’est un choix libre et éclairé qui a mené notre famille à s’y installer et à y acheter une maison. Dans notre rue, il y a des Belges, des Maghrébins, un Anglais, un couple de Français, des Philippins, des personnes originaires d’Afrique de l’Ouest et, probablement, encore d’autres nationalités. Je t’avoue, la question de l’origine des uns et des autres n’est pas la première question que l’on se pose lorsque nous nous saluons. Car, oui, on se dit bonjour lorsque l’on se croise dans la rue et on se donne volontiers un coup de main entre voisins.

    • Je retrouve bien là l’ambiance de Bruxelles. Mon fils aîné y a vécu pendant cinq ans avec sa compagne pour son boulot. Ils habitaient Chaussée de Forest, commune de Saint Gilles (Sint Gilis en flamand). J’ai toujours trouvé l’ambiance de Bruxelles très cool, sans agressivité aucune et pourtant ça brasse dur les différentes communautés. À Saint Gilles, il y a une baraque à frites, celle de la barrière de Saint Gilles, une vraie tuerie, ces frites-fricadelles et également un petit bar discret, le Moeder Lambik (prononcer moûdeur) où ils ne servent que des bières artisanales (il y en a au moins cinquante sortes sur le tableau d’affichage) je vous explique même pas les sensations. On peut aussi s’y plonger dans la lecture de BD, ils en ont une belle collection.

      Bon allez, je leur fais de la pub (ils le méritent bien) :
      http://www.yelp.fr/biz/moeder-lambic-saint-gilles

      Bruxelles est resté une vraie ville avec un brassage naturel de populations, de classes sociales, de cultures et tout le monde semble vivre en bonne intelligence. Pas de phénomène de gentrification en apparence. Surtout, ne changez rien les Bruxellois-e-s !


  • #Molenbeek : On exagère un peu en parlant de plaque tournante.
    « C’est du monde musulman croyant que doit venir l’effort »
    http://www.lecho.be/dossier/attaquesparis/C_est_du_monde_musulman_croyant_que_doit_venir_l_effort.9699827-8267.art?ckc=1
    Spécialiste de l’Islam, Felice Dassetto, sociologue et professeur émérite à l’UCL, estime que les autorités, belges comme musulmanes, n’ont pas pris la mesure du radicalisme religieu x.

    Les auteurs des attentats de Paris provenaient de Molenbeek. Pourquoi la Belgique est-elle devenue cette plaque tournante de l’Islam radical ?
    On exagère un peu en parlant de plaque tournante. Cela semble être un fil conducteur dans ces événements, mais d’autres parties de l’Europe sont aussi des lieux de connexion avec l’Islam radical. La Belgique est-elle, plus que d’autres pays européens, un lieu de radicalisme, je n’en suis pas convaincu. Y a-t-il une police, une sûreté de l’État moins efficace chez nous ? Jusqu’en 2012-2013, la police était pourtant parvenue à étouffer toute tentative d’attentat…

    Quelle est la part de responsabilité des Mosquées dans la radicalisation ?
    Ce qui interpelle surtout, ce sont certains discours qui, sans prêcher le départ au Djihad, prêchent le malaise d’être dans un contexte belge, non musulman. Je pense à des centres culturels islamiques ou des Mosquées proches de la mouvance des Frères Musulmans qui insistent fortement sur la nécessité d’affirmer l’Islam face au contexte jugé indifférent, voire hostile. De même, dans les Mosquées salafes, qui prêchent le fait de dire qu’on est pas à l’aise dans le contexte non-musulman parce qu’on ne peut pas pratiquer comme on veut,...

    Il y a aussi le discours de victimisation – profondément erroné – donné aux jeunes intellectuels musulmans, et qui affirme l’existence d’une islamophobie généralisée dans l’UE. Ces discours préparent un terrain de mal-être sur lesquels peuvent se greffer des discours plus radicaux qui pousseront certains jeunes à se dire que la seule chose à faire est de prendre les armes et de partir combattre, ou alors de prendre les armes contre ce monde « mauvais pour les Musulmans ».

    (...)

    A-t-on trop longtemps fermé les yeux sur les influences des discours extrémistes ?
    Il n’y a pas grand-chose que l’on peut faire. D’un point de vue répressif, il y a une liberté d’expression qu’il faut respecter. Je pense que les Musulmans eux-mêmes ne se rendent pas compte dans quelle voie ils sont entraînés. Cette voie est erronée. Elle peut amener à des conséquences graves, comme les attentats, mais aussi à la désillusion, au constat qu’il n’y a rien de bon pour eux. Et cela ne les aide évidemment pas à se retrousser les manches pour s’en sortir malgré la situation économique difficile.

    La solution pour lutter contre le radicalisme ne vient-elle pas des Musulmans eux-mêmes ?
    Oui. C’est de l’intérieur du monde croyant que doit venir un effort gigantesque de réinterprétation, car ce ne sont pas les laïques qui arriveront à convaincre les religieux. Il y a une élite musulmane qui a une vision réformatrice de l’état musulman, mais elle n’ose pas sortir du bois pour affirmer clairement la nécessité d’un autre Islam. Ces réformistes ne parviennent pas à s’organiser, mais les Salafistes, les Frères musulmans, eux, sont très organisés. Or quand on est organisé on a plus d’impact…

    N’est-on pas trop hypocrite face au problème de l’islam radical ?
    Oui, je pense qu’on n’a pas voulu voir les choses en face. La classe politique a fort tardé à prendre en compte le côté explosif et l’impact de certaines idéologies religieuse, en les niant de peur de susciter des réactions d’hostilité. Idem du côté musulman. Certains disent « ce n’est pas l’Islam » Mais si, c’est aussi l’Islam ! Il y a une forte autocritique à faire, les Musulmans ont une grande réflexion à mener.

    • La classe politique a fort tardé à prendre en compte le côté explosif et l’impact de certaines idéologies religieuse, en les niant de peur de susciter des réactions d’hostilité.

      En france, ce n’est pas la même stratégie, pour avoir vu fin 90 proliférer les salles de prière en lieu et place des salles pour les jeunes dans une banlieue de droite proche de Neuilly-sur-seine, je pense que cette assertion est fausse. Une certaine classe politique savait parfaitement ce qu’elle faisait en réduisant les jeunes à cette activité.