• Élection présidentielle américaine : WhatsApp a joué un rôle déterminant
    https://www.ladn.eu/tech-a-suivre/dark-social-whatsapp-election-interview-olivier-ertzcheid

    Les élections américaines ont vu monter le phénomène du « dark social » : le lobbying politique a quitté la surface des réseaux sociaux pour migrer vers les messageries privées comme WhatsApp, explique Olivier Ertzscheid, chercheur en sciences de l’information.

    Olivier Ertzscheid est maître de conférences en Sciences de l’information et de la communication à l’université de Nantes. Il est aussi l’auteur du blog Affordance.info sur lequel il analyse depuis plus de 15 ans des faits d’actualité liés à notre usage du web, avec un oeil avisé et un regard souvent critique vis-à-vis des grandes plateformes du numérique. Il publie Le monde selon Zuckerberg aux éditions C&F. Un essai qui décrit comment le monde du web a tourné au cauchemar, et pourquoi les plateformes nuisent à notre démocratie. Cette interview est un extrait édité du podcast de L’ADN à écouter ci-dessous.

    Votre livre peut se lire comme un appel à l’action. Notre passivité face aux réseaux sociaux que l’on critique sans jamais quitter vous inquiète-t-elle ?

    O. E : J’ai souvent des écrits pessimistes, mais je reste optimiste. Si on arrive à jouer sur ces trois leviers : l’éducation (expliquer aux gens comment fonctionnent ces plateformes), la régulation (faire en sorte que le pouvoir public agisse à un bon niveau d’intervention (le RGPD par exemple)), et l’opinion publique, on peut retrouver des usages vertueux. Nous arrivons à un moment démocratique charnière. Des figures politiques comme Trump et Bolsonaro émergent et soulignent l’importance des plateformes. Par ailleurs, Facebook et d’autres jouent un rôle fondamental pour faire naître certains mouvements revendicatifs, comme celui des Gilets Jaunes. Toute une frange de la population française est allée chercher sur Facebook un espace démocratique et médiatique auquel elle n’avait pas accès. Ces plateformes sont idéales pour faire naître des revendications, à condition d’en sortir. S’ils restent dans l’espace discursif des plateformes, ces mouvements finissent par vriller, tourner en boucle, produire un sentiment de rancoeur…

    Ce que nous montre l’adhésion massive à Facebook et la difficulté à en sortir malgré les critiques, c’est peut-être qu’il y a un manque, un vide qui n’est pas occupé. Facebook prend cette place et s’en sert pour satisfaire ses intérêts économiques. Ce qui est un risque pour la démocratie. On pourrait alors réfléchir à une espèce de Facebook public. Ou à un espace délibératif numérique qui ne soit pas la propriété d’une société américaine, qui ne soit pas financé par la publicité, qui ne soit pas uniquement disponible sur inscription et description exhaustive de sa vie, ses pensées, ses opinions…

    #OLivier_Ertzscheid #Monde_Zuckerberg #Podcast

  • Le Monde selon Zuckerberg - Olivier Ertzscheid - Solutions Locales | Lecture critique par Nicolas Falempin
    https://solutionslocales.fr/le-monde-selon-zuckerberg-ertzscheid

    Olivier Ertzscheid commence son ouvrage par le portrait de quatre personnes qui font ou ont fait le web tel que nous le connaissons. Mark Zuckerberg et Larry Page / Sergueï Brin d’un côté sont les méchants de l’histoire. Apostolos Gerasoulis et Tim Berners-Lee en sont les gentils acteurs de l’autre côté. Ces portraits sont l’occasion de poser les bases du problème du web. Ces 4 personnages, tels des démiurges ont façonné un web à leur image, qui obéit à leurs volonté. Mais ce ne sont que des hommes investis de pouvoir divin, et dans l’accomplissement de leurs rêves, ils obéissent encore à des figures archétypales.

    Le monde selon Zuckerberg ne nous montre pas un homme habité pas une grande vision de l’avenir et un projet mégalomaniaque de conquête du monde. Non ce sont des hommes (et pas de femmes d’ailleurs) presque ordinaires, à qui a été donné la possibilité de façonner le monde. Ils n’y ont pas été préparés et ont ainsi fait du mieux qu’ils pouvaient. Ou plutôt du pire.

    Olivier Ertzscheid n’a pas de solution miracle pour trancher ce noeud gordien. Seulement 3 propositions, celles qu’il assène depuis déjà 15 ans : Réguler, Informer, Blâmer. Les citoyens doivent pousser les états à réguler le comportement et l’influence de ces plateformes. Il est nécessaire de participer à l’information des citoyens pour leur faire prendre conscience de ces enjeux et de leur inscription dans le calendrier électoral. Ainsi informés, les citoyens doivent dénoncer les mauvais comportements, boycotter les coupables, les pousser à s’améliorer.

    Ce n’est pas l’idéal, mais c’est tout ce dont nous avons dans un monde où les pouvoirs étatiques sont de plus virtualisés, car digitalisés par le fondement. D’ailleurs, ainsi que le rappellent Yael Benayoun et irénée Régnauld dans leur ouvrage Technologies partout, Démocratie nulle part, c’est une urgence démocratique. Mais dans une société où la vérité n’existe plus. Dans une société où les élections se font et se défont dans les tréfonds du web, l’urgence démocratique existe-t-elle encore ? Vous avez 4 url.

    Ce livre est court et incisif. Chaque chapitre va à l’essentiel et n’est constitué que de la substantifique moelle du sujet. C’est à la fois un avantage et un inconvénient. Un avantage pour découvrir le sujet de la critique du numérique, sans passer par les essais parfois indigestes pondus par des auteurs au style plus académique. Un inconvénient car à trop vouloir ciseler son texte, Olivier Ertzscheid ne l’approfondit pas suffisamment. Le monde selon Zuckerberg est un reader’s digest. Il résume parfaitement les enjeux, mais ne les détaille pas assez.

    Pour autant j’ai apprécié de retrouver le style si particulier de l’auteur. Il se faisait plus rare ses dernières années dans son domaine de prédilection. Mais là encore, j’ai plus eu l’impression de lire une synthèse avec des données actualisées de l’appétit des géants que d’avoir un véritable livre inédit entre les mains. A mon sens, c’est néanmoins une lecture indispensable pour ceux qui veulent se familiariser avec les enjeux du contrôle des données et des plateformes numériques.

    #Olivier_Ertzscheid #Monde_Zuckerberg