• Surproduction et addiction : Shein, l’épouvantail de la mode mondiale | Alternatives Economiques
    https://www.alternatives-economiques.fr/surproduction-addiction-shein-lepouvantail-de-mode-mondiale/00110057

    Le géant chinois a repoussé les limites de la fast fashion, proposant chaque jour des milliers de nouveaux produits à des prix très bas, mais à un coût environnemental élevé et en jouant sur la dépendance de ses clients.

    Par Weilian Zhu
    L’entreprise est dans le viseur de l’Assemblée. Les députés français ont adopté la semaine dernière une proposition de loi visant à réguler le modèle de l’« ultra-fast fashion ». L’objectif est d’encadrer les pratiques des grandes enseignes, mais surtout de Shein, entreprise chinoise de l’e-commerce. Devenue un mastodonte du secteur en moins de cinq ans, la marque est à l’origine de la « mode en temps réel ».

    Fondée en 2008 à Nanjing par Chris Xu, alors un vingtenaire spécialisé dans le référencement en ligne et le commerce international, la marque qui s’appelait SheInside vendait des accessoires de mariage et faisait partie de ces milliers d’entreprises chinoises nées avec le développement du commerce en ligne. A l’époque, le modèle économique consistait à acheter en gros des vêtements pour les revendre via des plates-formes comme Amazon ou eBay.

    En 2012, la désormais Shein se diversifie à l’ensemble de la mode. Elle lance dans la foulée son propre site pour court-circuiter les plates-formes américaines. En 2015, Shein déménage à Guangzhou pour se rapprocher des ateliers de confection particulièrement nombreux dans la ville.

    Comme toute entreprise du numérique, Shein a bénéficié des aubaines du Covid, période durant laquelle la transition de la consommation en magasin vers celle en ligne s’est particulièrement accélérée. Son chiffre d’affaires a ainsi bondi de 311 % entre 2019 et 2020.

    En 2022, la marque a réalisé un bénéfice net de 800 millions de dollars pour un chiffre d’affaires de 22,7 milliards de dollars. Six ans auparavant, ce dernier était seulement de 617 millions de dollars. L’entreprise chinoise s’est hissée au niveau des géants mondiaux du secteur, H&M ayant par exemple enregistré en 2022 un chiffre d’affaires de 22,2 milliards de dollars, Zara de 35,33 milliards de dollars.

    Shein est devenu un géant mondial de la mode en quelques années
    Chiffre d’affaires de Shein entre 2016 et 2023, en milliards de dollars

    Source : Daxue Consulting, Forbes, Financial Times
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    Aux Etats-Unis, la part de Shein sur le marché de la fast fashion a atteint 27% en 2021, contre 20 % pour Zara et 11 % pour H&M. Valorisée à 66 milliards de dollars, l’entreprise bénéficie de capitaux aussi bien américains que chinois, et de ceux de fonds souverains comme celui d’Abu Dhabi.

    Présente dans plus de 150 pays, la marque réalise 66 % de ses ventes aux Etats-Unis et en Europe, 17 % au Moyen-Orient. Sa clientèle est plutôt féminine (72 %) et jeune puisque 44 % des acheteurs ont entre 18 et 24 ans, 20 % entre 25 et 34 ans. Fait notable : Shein est volontairement absent du marché chinois, car l’entreprise estime le secteur de l’e-commerce déjà saturé dans le pays.

    « Petite commande, grande réactivité »

    Si Zara a lancé dans les années 2000 le concept de fast fashion, suivie dans les années 2010 par Asos et BooHoo, pionnières de l’ultra-fast fashion, Shein propose désormais l’idée d’une « mode en temps réel » ou « mode à la demande ».

    « Depuis la création de Shein, notre priorité a été de répondre aux besoins des clients, expose Chris Xu. Nous avons repensé la mode en passant d’un modèle basé sur l’offre à un modèle basé sur la demande, afin de rendre la beauté de la mode plus accessible à tous. »
    Pour cela, la marque met quotidiennement en ligne de nouveaux produits fabriqués initialement en petites quantités (environ 100 à 200 unités) et évalue en temps réel le retour des clients.

    « Shein dispose d’une capacité à suivre les tendances très rapidement grâce à son algorithme, en les repérant et en les traduisant en produits »
    Selon Silvano Mendes, codirecteur du Master Mode et industries créatives à la Sorbonne : « Shein dispose d’une capacité à suivre les tendances très rapidement grâce à son algorithme, en les repérant et en les traduisant en produits. Dès qu’un produit commence à être recherché davantage sur les réseaux sociaux ou leur application, les ateliers de production sont prévenus presque automatiquement. »

    Ces nouveautés restent quelques jours sur le site et, en fonction de leur succès, se voient retirées ou engagées dans des productions en plus grandes quantités.

    « Cela garantit que nos partenaires fournisseurs fabriquent ce que veulent nos clients, tout en minimisant la surproduction, justifie le groupe. Cela se traduit par des prix beaucoup plus abordables pour nos clients et par une réduction des déchets. »
    Cette stratégie, surnommée « petite commande, grande réactivité » permet à la marque d’ajouter des milliers de nouveaux produits chaque jour sur son site, quand ses concurrents comme Zara en proposent « seulement » quelques centaines chaque semaine.

    Si la collecte de données est centrale dans la mise en production des pièces, elle est aussi fondamentale dans leur conception. L’algorithme de Shein est capable de récupérer, via des interfaces comme Google Trends, des mots-clés qui captent les tendances du moment, ce qui permet à ses équipes de designers de dessiner des produits au plus près des demandes des consommateurs dans différentes régions du monde.

    Encore plus vite que la « fast fashion »

    Cette approche conduit cependant à proposer des pièces souvent semblables à ce qui existe déjà. Shein est ainsi régulièrement accusé de plagiat, la dernière plainte d’Uniqlo remontant à janvier dernier. En réponse, Shein a lancé en 2021 Shein X, un programme de partenariat avec des créateurs émergents pour créer des pièces originales. Selon le groupe, environ 3 000 créateurs dans le monde ont intégré le programme.

    Si Shein parvient à aller encore plus vite que la fast fashion, c’est aussi grâce à la proximité et la flexibilité de ses fournisseurs installés à Guangzhou, et plus particulièrement dans le district de Panyu. Selon les estimations de l’Association de l’habillement et du tissu de la région de Guangzhou, ce seul arrondissement compte plus de 40 000 entreprises liées au textile.

    A partir de 2015, Shein s’est constitué un réseau de fournisseurs souvent de petite taille, mais réputés pour leur flexibilité
    A partir de 2015, Shein s’est constitué un réseau de fournisseurs souvent de petite taille, mais réputés pour leur flexibilité. En les payant rapidement (dans les quinze jours suivant la commande), en garantissant une quantité constante de commandes et en réduisant au maximum les stocks, Shein leur impose ses cadences et ses tarifs de production.

    L’efficacité des fournisseurs est améliorée grâce à des outils technologiques comme un logiciel de gestion logistique développé par la marque, qui permet de réagir en temps réel aux tendances des consommateurs. Par ailleurs, la technologie d’impression numérique utilisée chez de nombreux fabricants peut fonctionner vingt-quatre heures sur vingt-quatre grâce à un programme prédéfini. Selon le responsable d’une entreprise de technologie numérique à Panyu :

    « Entre le moment du dessin envoyé par Shein et l’étiquetage du vêtement prêt à l’envoi, deux heures seulement peuvent s’être écoulées. C’est comme commander ses plats au restaurant. »
    Pour toujours mieux maîtriser sa chaîne de valeur, Shein a annoncé en 2023 un investissement de 70 millions de dollars sur cinq ans pour renforcer les capacités de ses fournisseurs et établir des « normes de chaîne d’approvisionnement flexibles ». Signe de l’importance accordée par Shein à ses fournisseurs, plus de 130 usines ont déjà été modernisées avec l’aide de la marque et 22 000 personnes ont bénéficié de formations fournies par le groupe.

    Une fois les vêtements confectionnés, et pour respecter le délai moyen de sept jours entre la commande du client et la livraison, les expéditions se font par avion. L’ensemble des commandes sont centralisées dans un immense centre logistique situé à Foshan, à une trentaine de kilomètres de Guangzhou.

    Grand déballage

    Chris Xu a très tôt intégré à son entreprise la stratégie de captation du trafic internet. Constatant l’explosion du commerce en ligne en Chine et la place prépondérante des key opinion leaders (ou KOL , des influenceurs capables de générer des millions de vues sur leur chaîne), Shein a repris ces ingrédients chinois pour renforcer son exposition auprès des consommateurs étrangers.

    D’une part, elle sponsorise des publications sur des plates-formes comme Facebook ou Instagram et achète des publicités sur des moteurs de recherche tels que Google ou Yahoo. En 2022, 41 % du trafic généré sur le site de Shein est issu de ces publications sponsorisées.

    D’autre part, Shein s’appuie aussi bien sur la notoriété de blogueurs de mode de premier plan (comme Farah Al Hady avec 10,3 millions de followers sur Instagram) ou de stars de la pop culture (à l’instar de la chanteuse Anitta, qui compte 64 millions de followers sur Instagram) que sur des micro-influenceurs en leur offrant régulièrement de nouveaux articles.

    En contrepartie, la promotion de la marque s’effectue lors de séances de « haul » : des vidéos où les influenceurs se filment en train de déballer leurs commandes. Particulièrement virales, plus de 840 millions de vidéos avec le hashtag #sheinhaul sont référencées sur la plate-forme TikTok.

    Si Shein fait aujourd’hui l’objet de nombreuses critiques, c’est que son impact environnemental et ses conditions de production interrogent. Selon l’ONG Les Amis de la Terre France, la marque « propose en moyenne 900 fois plus de produits qu’une enseigne française traditionnelle ». Elle reconnaît une augmentation de 52 % de ses émissions de gaz à effet de serre en 2022 par rapport à 2021, atteignant 9,17 millions de tonnes de CO2, en raison notamment d’une hausse de 57 % de son volume de production.

    « Avec un ajout moyen de 7 200 nouveaux modèles par jour, c’est au minimum un million de vêtements produits, soit entre 15 000 et 20 000 tonnes de CO2 émises », détaille les Amis de la Terre.
    La marque admet par ailleurs que le polyester, un matériau synthétique issu de l’industrie pétrolière, constitue la majorité de sa matière première. « Nous avons un plan visant à transformer au moins 31 % de nos produits à base de polyester en polyester recyclé d’ici à 2030 », promet le groupe.

    Entretenir l’« obsolescence émotionnelle »

    D’un point de vue social, le prix dérisoire des articles, en moyenne de 7,50 euros, interroge sur les conditions de travail. Plusieurs études révèlent des horaires draconiens dans les ateliers de confection avec des semaines de 75 heures, des paiements à la pièce ou l’absence de contrat de travail.

    Une étude obtenue auprès d’une société chinoise de services financiers détaille ainsi la répartition des coûts sur un produit Shein : 35 % pour la matière première, 20 % pour le transport, 8 % pour la commercialisation des produits (marketing…). Difficile, néanmoins, de connaître la destination des 37 % restants…

    Si le modèle de Shein s’appuie sur une « mode à la demande », il génère en réalité cette demande
    « Avatar de l’utra-fast fashion et de la surproduction », selon les Amis de la Terre, Shein a un impact bien au-delà du climat et des conditions de travail. Si son modèle s’appuie sur une « mode à la demande », il génère en réalité cette demande. « L’usure physique ne représente que 35 % des causes de fin de vie d’un vêtement », rappelle l’ONG environnementale.

    L’application et le site du groupe sont conçus pour « gamifier » (rendre ludique) l’acte d’achat : il y a toujours un coupon de réduction à dénicher, à condition de prendre le temps de le chercher.

    En moyenne, les clients de Shein passent 8 min 17 s sur son site, contre 6 min 40 s pour Zara et 5 min 45 s pour Asos. L’ajout quotidien de milliers d’articles contribue à un effet de mode ultra-éphémère, générant une « obsolescence émotionnelle » qui pousse à l’acte d’achat.

    Loin de reculer, le modèle Shein semble aujourd’hui faire des émules. Récemment, c’est une autre plate-forme chinoise de shopping, Temu, qui est devenue l’application la plus téléchargée aux Etats-Unis et en France. L’entreprise s’est elle aussi installée à Panyu, à quelques rues du siège de Shein…

    Weilian Zhu

    #Shein #Addiction_consumériste #Economie_attention #Mondialisation #Fast_fashion

  • Leica, Braun & Co. : Der stille Abzug deutscher Markenrechte
    https://www.telepolis.de/article/Leica-Braun-Co-Der-stille-Abzug-deutscher-Markenrechte-11164524.html

    Markenlog Leica als Ladenschild an einer Hauswand Bild : shutterstock.com

    Il n’y a plus de grandes marques nationales. La vente et l’achat de cette partie la propriété intellectuelle aussi tombe sous le rége de la la mondialisation réalisée par les grands groupes du capital international.

    4.2.2026 von Christoph Jehle - Deutsche Traditionsmarken wandern in die USA ab. Leica zahlt Lizenzgebühren nach Washington, Braun ist längst zersplittert. Wer steckt hinter diesem Ausverkauf?

    Es ist geradezu ein Klassiker im transatlantischen Handel, dass US-Investoren europäische Firmen übernehmen, das gesamte Intellectual Property unverzüglich in die USA übertragen und dann den hiesigen Produktionsbetrieb wieder abstoßen oder die Fertigung nach Osten verlagern.

    Ein bekanntes Beispiel für ein Unternehmen, dessen Geschäftstätigkeit durch in den USA liegendes geistiges Eigentum beeinträchtigt wird, ist die niederländische Firma ASML Holding N.V. (Advanced Semiconductor Materials Lithography).

    Aufgrund der Nutzung US-amerikanischer Technologie unterliegt das Unternehmen starken Beschränkungen durch die USA, da diese bestimmen, in welche Länder die Maschinen geliefert werden dürfen.

    Der globale Marktanteil von ASML in der Lithografie-Ausrüstungsindustrie wird auf 80–90 Prozent geschätzt, was einem weitgehenden Monopol gleichkommt. Um den Vorsprung der USA gegenüber China zu schützen und China davon abzuhalten, zu den USA vor allem im Bereich KI technisch aufzuschließen, wurde der Verkauf von Maschinen von ASML nach China geblockt. Es wird auch berichtet, dass die Wartung schon verkaufter und gelieferter Anlagen blockiert wurde.

    Als Ausgleich für die staatliche Exportbeschränkung im China-Geschäft erhält ASML bis 2030 massive staatliche Unterstützung in Höhe von 2,5 Milliarden Euro, primär durch die Niederlande, um den Hauptstandort zu sichern und die Infrastruktur im Rahmen des Brainport-Projekts auszubauen.

    Diese Förderung ist Teil strategischer Maßnahmen, um trotz Exportbeschränkungen die europäische Technologieführerschaft zu behaupten und die regionale Expansion des Chipausrüsters zu unterstützen. Dies erscheint nicht zuletzt deshalb wichtig, weil die USA sich von der technologischen Abhängigkeit von Europa lösen wollen.

    Nicht immer blockieren in den USA liegende Rechte den Export

    Bei anderen Firmen wirken sich die in den USA liegenden Rechte nicht so dramatisch aus, sondern lediglich finanziell. So muss die deutsche Firma Leica Camera beispielsweise Lizenzgebühren an die Danaher Corporation in Washington, D.C., für die Nutzung der Marke Leica bezahlen, da der Markenname Leica bei den zahlreichen Firmenteilungen und Fusionen der vergangenen Jahrzehnte in die USA verlagert wurde.

    Zumindest teilweise kann der wieder in Wetzlar ansässige Kamerahersteller die Lizenzkosten durch eine Unterlizenz an den japanischen Panasonic-Konzern refinanzieren.

    Bei der früheren Fotooptik-Firma Rodenstock, die vor einigen Jahren vom gleichnamigen Brillenhersteller abgespalten wurde und heute den Namen Rodenstock nicht mehr im Firmennamen nutzt, wurden gleich nach der ersten Übernahme des Fotooptik-Bereichs durch US-Investoren alle Rechte weitgehend unbemerkt von der Öffentlichkeit in die USA verlagert.

    Bislang ist zumindest die Fertigung der Optiken ist bislang in Deutschland bei einer Tochter des multinationalen Konzerns Excelitas verblieben. Die Brillengläser der Marke Rodenstock wurden hingegen überwiegend an den Standort Klattau in Tschechien und nach Bangkok verlagert.

    Zudem hat das Unternehmen, das sich auf Brillengläser konzentrieren will und mehrheitlich dem Finanzinvestor Apax Partners gehört, das Brillengeschäft an den italienischen De-Rigo-Konzern und die das Brillengeschäft des mehrheitlich dem Finanzinvestor Apax Partners gehörenden Münchener Unternehmen, das sich auf Brillengläser konzentrieren will, an den italienischen De-Rigo-Konzern verkauft, der die Marken Rodenstock Eyewear und Porsche Design Eyewear übernimmt.

    Das Spiel mit den Namenslizenzen betreibt auch der in Deutschland vorwiegend für Waschmittel und Körperpflegeprodukte bekannte US-Konzern Procter & Gamble, der mit der Übernahme von Gilette in den Besitz der Marke „Braun“ gekommen war und sich inzwischen auf die Rasierer konzentriert.

    Teilweise nutzt Procter & Gamble die Marke auch noch für elektrische Zahnbürsten, weicht dort jedoch zunehmend auf Oral B aus.

    Braun-Haushaltsgeräte kommen heute vom italienischen Küchengeräte-Hersteller De’Longhi, der auch unter der britischen Marke Kenwood am Markt ist. Die Uhren der Marke Braun werden heute beispielsweise von Zeon genutzt. Bei Fieberthermometern und Pulsoximetern der Marke Braun liegt die Namenslizenz bei KAZ Europe A Helen of Troy Company in der Schweiz, die Produktion jedoch in China.

    Für Haarpflegegeräte wurde die Marke Braun zuletzt an The Conair Group vergeben, die auch unter der Marke BaByliss bekannt ist. Während Braun in Deutschland in der Hauptsache für sein Design bekannt ist, gilt die Marke in UK übrigens eher als Billigmarke im Drogeriemarkt.

    Kaum jemand in Deutschland kennt Pabst Licensing

    Auch in Deutschland gibt es Unternehmen, die mit Intellectual Property ihr Geschäft betreiben. Zu den bekanntesten zählt die Pabst Licensing in St. Georgen, die auf den Elektromotorenhersteller Pabst zurückgeht, dessen Produkte sich früher in Plattenspielern als Antrieb befanden und mit dem Aufkommen von PCs als Lüfter die Technik kühlten.

    Als die Banken Pabst zum Verkauf seiner Firma drängten, musste er an EBM verkaufen, kaufte jedoch um die 600 Patente zurück und gründete 1992 die Pabst Licensing.

    Im Folgejahr wurde ein Lizenzvertrag mit dem Festplattenhersteller Seagate Technology abgeschlossen, dem in den Folgejahren weitere Lizenzverträge mit Western Digital, Maxtor und Quantum folgten, sodass heute alle Hersteller von konventionellen Festplatten mit Lizenzen von Pabst arbeiten und 90 Prozent aller Lüfter für die Elektronikkühlung. 2010 wurde gegen TollCollect eine Patentverletzungsklage eingereicht, die im Folgejahr beigelegt wurde.

    #économie #brevets #marques #propriété_intellectuelle #industrie #impérialisme #fraude_fiscale #mondialisation

  • « #Magellan », le vent qui souffle
    https://lvsl.fr/magellan-le-vent-qui-souffle

    Dans un des plus beaux films du dernier #Festival_de_Cannes, #Lav_Diaz revient sur la figure de l’explorateur portugais. Mais le cinéaste philippin n’a manifestement aucune envie de faire un biopic – au sens classique du terme – : de la vie de Magellan on ne verra que des bribes, couvertes par le silence et l’étrange sensation de mal-être que cultivent ses longs plans fixes. Un grand film sur le #Colonialisme et la réappropriation cinématographique par le Sud global de ses représentations.

    #Culture #Cinéma

    • La brute cynique et sanguinaire (sauf en famille, si on en croit Lav Diaz) comme explorateur maritime

      L’incroyable périple de Magellan (jusqu’au 19/04/2026)
      https://www.arte.tv/fr/videos/RC-023013/l-incroyable-periple-de-magellan

      De 1519 à 1522, le navigateur portugais Fernand de Magellan et sa flotte réalisent le tout premier tour du monde par voie maritime. Une épopée hors du commun, empreinte d’erreurs et de trahisons mais aussi de rencontres. Cette série documentaire en quatre volets retrace un exploit maritime digne des plus grands romans d’aventure.

      #film #cinéma #esclavage (s) #mondialisation

    • Bonjour Philippines

      Avec « Magellan », le réalisateur philippin Lav Diaz voulait « offrir aux Philippins et aux Occidentaux un autre regard sur leur histoire »
      https://www.lemonde.fr/culture/article/2025/12/30/avec-magellan-le-realisateur-philippin-lav-diaz-voulait-offrir-aux-philippin

      La religion a-t-elle joué un rôle important dans votre éducation ?

      Mon père était socialiste et ma mère catholique. Nous vivions dans les montagnes et dans la forêt avec les peuples autochtones du Sud. J’ai grandi dans une région musulmane et mes parents étaient comme des travailleurs sociaux. Mes frères, mes sœurs et moi avons été témoins de ce qui s’y passe. Pourquoi y a-t-il tant de pauvreté parmi les Philippins autochtones ? Pourquoi y a-t-il cette violence contre les chrétiens et les musulmans de la région ? Notre culture porte toujours cette complexité. Il est impossible d’y échapper.

      Cette histoire coloniale est encore instrumentalisée par le pouvoir aujourd’hui…

      L’ancien président Rodrigo Duterte a déclaré que Lapu-Lapu était le premier héros national. Même si personne ne l’a vu. Le dysfonctionnement de notre culture est dû en grande partie à la création de mythes. Regardez Hollywood. Ils dépeignent Alexandre ou Napoléon comme des grands personnages héroïques. Même les comics books et leurs super-héros. Attendre d’autres personnes qu’elles t’émancipent, c’est dangereux. C’est le début du fascisme. Vous ne résolvez plus vos problèmes, vous attendez qu’on le fasse pour vous.

      Que peut faire le cinéma alors ?

      Il peut être un outil de changement social. Pour moi, encore aujourd’hui, c’est d’abord un médium qui a à voir avec la culture et l’éducation. Magellan offre aux Philippins comme aux Occidentaux un autre regard sur leur histoire. Peut-être que nous pouvons ouvrir de nouveaux débats, créer d’autres discours. Aux #Philippines, certains m’ont accusé de révisionnisme historique. Je présente une possibilité, j’ouvre un dialogue.

      https://justpaste.it/mgifr

      son idée phare (auto-justificatrice), une nature humaine plus ou moins immuable que la culture (cinéma) pourrait rédimer, est moins intéressante que ses films.

  • Ce qu’il faudra faire pour vaincre l’#extrême_droite

    L’extrême droite se nourrit du #désespoir économique, de l’#insécurité et de l’#exclusion. Pour la priver de ses ressources, ceux qui veulent préserver la #démocratie doivent proposer un contre-discours axé sur la #dignité et l’#appartenance, ainsi qu’un programme politique conçu pour favoriser l’#inclusion_économique et la #résilience_climatique.

    De l’Allemagne aux États-Unis en passant par le Brésil et au-delà, l’extrême droite gagne du terrain. Si les détails varient d’un pays à l’autre, le schéma est étonnamment cohérent : l’extrême droite prospère lorsque les économies ne parviennent pas à assurer le #bien-être, l’#équité et la #sécurité.

    Ce n’est pas une observation nouvelle. #Antonio_Gramsci, #Karl_Polanyi et d’autres penseurs du XXe siècle ont diagnostiqué le #fascisme comme une réponse réactionnaire à l’#instabilité_capitaliste et aux mouvements progressistes qui avaient émergé pour contrer ses excès. Dans The Great Transformation, Polanyi a fait valoir que le « #déracinement » des marchés des #relations_sociales avait créé un terrain fertile dans lequel l’#autoritarisme pouvait s’enraciner.

    À notre époque, #Nancy_Fraser, de la New School for Social Research, a décrit comment le #néolibéralisme érode la #solidarité_sociale, alimentant le #populisme exclusif. D’autres analystes soulignent que l’#austérité et la #précarité rendent les citoyens vulnérables aux #discours_simplistes qui désignent des #boucs_émissaires.

    Ainsi, l’histoire montre comment le #chômage_de_masse, l’#inflation et la baisse du #niveau_de_vie peuvent favoriser l’#extrémisme, en particulier lorsqu’ils s’accompagnent d’institutions faibles, d’une #polarisation_politique ou de discours exploitant les #griefs et les #peurs. Tout comme la #Grande_Dépression a ouvert la voie au fascisme en Europe, la #crise_financière mondiale de #2008 a créé les conditions d’un retour du #nationalisme à travers le monde.

    Aujourd’hui, nous sommes confrontés à une nouvelle itération du même cycle. Bien que l’#Allemagne ait initialement fait preuve de résilience pendant la pandémie de COVID-19, la crise énergétique déclenchée par l’invasion de l’Ukraine par la Russie l’a particulièrement touchée. Comme l’ont montré les économistes Isabella M. Weber et Tom Krebs, la hausse des #coûts_énergétiques s’est répercutée sur l’ensemble de l’#économie, la fixation des prix par les entreprises amplifiant les pressions inflationnistes. Alors que les ménages étaient en difficulté, le parti d’extrême droite Alternative für Deutschland a vu sa popularité monter en flèche.

    Aux États-Unis, des décennies de #désindustrialisation, de stagnation des #salaires et d’augmentation des inégalités ont érodé l’idée que chaque génération fera mieux que la précédente. L’Inflation Reduction Act de l’ancien président Joe Biden était une initiative ambitieuse visant à relancer la politique industrielle et à stimuler la fabrication écologique, mais son héritage s’est avéré éphémère. Donald Trump a exploité le mécontentement suscité par la hausse des prix après la pandémie et a remporté les élections de 2024 en utilisant comme arme l’#aliénation et le #ressentiment, en désignant comme boucs émissaires les immigrants, la #mondialisation et les « #élites_urbaines ».

    Le #Brésil illustre une autre dynamique. Des millions de personnes sont sorties de la #pauvreté sous le gouvernement du Parti des travailleurs du président Luiz Inácio Lula da Silva dans les années 2000, mais beaucoup ont vu ces acquis s’inverser, tandis que d’autres ressentent de l’amertume d’être exclus des programmes sociaux. La révolution numérique rend le travail plus précaire. Lula a tenté de restaurer certains des acquis perdus depuis son retour au pouvoir en 2023, mais il est confronté à un Congrès dominé par l’extrême droite et ses alliés.

    Même si Jair Bolsonaro a été condamné pour tentative de coup d’État, d’autres dirigeants d’extrême droite au Brésil promettent également un retour à l’ordre, à la stabilité et à la foi religieuse. Leur rhétorique met l’accent sur l’#esprit_d’entreprise et l’#autonomie. Bien que séduisante sur le plan émotionnel, l’idée selon laquelle les individus sont responsables de la pauvreté ignore cyniquement les obstacles structurels qui bloquent la mobilité socio-économique.

    Les #chocs_internationaux – ruptures de la chaîne d’approvisionnement pendant la pandémie, volatilité des marchés énergétiques, #conflits prolongés, effets inflationnistes du #changement_climatique – ont également alimenté la montée des forces d’extrême droite. Ces problèmes exigent une coopération transfrontalière, mais les extrémistes les exploitent pour attaquer le #multilatéralisme, le présentant comme un « #complot mondialiste ». Les #droits_de_douane punitifs de Trump incarnent cette réponse, présentant le commerce mondial comme une lutte à somme nulle dans laquelle les étrangers sont les ennemis des travailleurs américains.

    Ces discours simplistes unissent les mouvements d’extrême droite plus que n’importe quel ensemble de politiques communes. Chacun repose sur une opposition fondamentale entre « nous » et « eux ». Comme le note la sociologue brésilienne Esther Solano, ces discours séduisent ceux qui se sentent abandonnés, en faisant des immigrants, des minorités, des féministes, des militants pour le climat et d’autres groupes des ennemis. Dans un monde binaire de gagnants et de perdants, la #complexité disparaît dans les mythes d’une #pureté_culturelle et d’une grandeur nationale révolues.

    Pour contrer ces discours, il faut plus qu’une réfutation raisonnée. Si les racines de l’ascension de l’extrême droite sont en grande partie économiques, il sera impossible de la vaincre sans une nouvelle #vision_économique.

    Cela signifie, pour commencer, s’attaquer à l’inflation à sa source. La récente vague d’inflation était moins liée à une demande excessive qu’à des chocs d’offre, à la #spéculation et à des fragilités structurelles. Pourtant, l’orthodoxie économique a continué à privilégier les hausses de taux d’intérêt et l’austérité, pénalisant les travailleurs et les plus vulnérables. Les gouvernements doivent plutôt utiliser des #outils_fiscaux – soutien au revenu, #allégements_fiscaux sur les produits de première nécessité, renforcement des #services_publics – pour protéger les ménages, tout en investissant dans les capacités nationales en matière d’#énergies_renouvelables, de #sécurité_alimentaire et de production durable. Il faut lutter de front contre la spéculation des entreprises en appliquant les #lois_antitrust, en renforçant les règles de #transparence et en sanctionnant les pratiques abusives en matière de #prix.

    Une deuxième priorité consiste à investir massivement (et stratégiquement) dans les #infrastructures_publiques. Des #transports au #logement, en passant par la #santé et l’#éducation, le domaine public doit être reconstruit. La propriété publique ou la réglementation des secteurs clés garantirait la fiabilité, l’équité et la #résilience_climatique des services. Mais l’#investissement seul ne suffit pas. Les institutions doivent être rendues plus transparentes, responsables et participatives, afin de restaurer la #confiance dans le fait que les gouvernements servent l’#intérêt_général.

    Troisièmement, nous avons besoin d’une transition véritablement juste vers une économie à faible émission de carbone. Une politique industrielle verte peut créer des emplois et revitaliser les régions laissées pour compte tout en décarbonisant l’activité économique. Mais si elle est trop laissée au marché, la transition verte risque d’aggraver les inégalités. La #transition_énergétique doit donner du pouvoir aux travailleurs, et non les abandonner. Les emplois verts doivent être des #emplois de qualité : sûrs, bien rémunérés, syndiqués et ancrés dans les communautés. À cette fin, la #politique_industrielle devrait se concentrer sur les énergies propres, la régénération des écosystèmes et les secteurs des soins.

    Quatrièmement, nous devons restaurer la confiance dans les institutions. Cela signifie apporter des améliorations tangibles dans des domaines tels que le #logement_abordable, les #soins_de_santé publics et les infrastructures résilientes. Cela signifie également démocratiser la prise de décision. Des mécanismes tels que la #budgétisation_participative, les #assemblées_citoyennes et les #initiatives_communautaires en faveur du climat peuvent permettre aux citoyens non seulement d’être témoins du changement, mais aussi de le façonner.

    Enfin, pour contrer les discours simplistes de l’extrême droite, il faut élaborer de nouveaux discours audacieux. Un message de renouveau culturel et politique doit accompagner la réforme économique. Là où l’extrême droite offre la peur, la #division et des boucs émissaires, les forces démocratiques doivent offrir la #solidarité, la dignité et l’#espoir, en s’appuyant sur un #discours qui met l’accent sur le #bien-être_collectif, célèbre la #diversité et donne le sentiment que le #progrès est possible et réel.

    L’extrême droite se nourrit du désespoir, de l’insécurité et de l’exclusion. Bricoler les contours du néolibéralisme ne permettra pas d’apporter la sécurité, la dignité et le sentiment d’appartenance nécessaires pour l’affamer. Pour cela, nous avons besoin d’un nouveau modèle économique, fondé sur la #durabilité, la #justice et la solidarité.

    https://www.reseau-bastille.org/2025/12/26/ce-quil-faudra-faire-pour-vaincre-lextreme-droite
    #à_faire #résistance #fisc #fiscalité #économie #gauche #contre-discours
    ping @karine4

  • Le #capitalisme au fil de l’histoire - Épisode 15/15 : La #mondialisation est-elle terminée ?

    « La mondialisation et le libre-échange sont morts, et je ne pense pas qu’ils reviendront de sitôt », déclarait en 2022 Morris Chang, fondateur de TSMC, le géant taïwanais des puces électroniques. Pourtant, les flux mondiaux de marchandises n’ont pas réellement diminué ces dernières années.

    Si l’on en croit le Fonds monétaire international, la part des exportations et des importations dans le PIB mondial a connu une croissance spectaculaire depuis 50 ans. Cette part était de 20 % au début des années 1970. Elle a atteint presque 60 % juste avant la crise de 2008.

    Cette part dépassait les 40 % à la fin du XIXᵉ siècle, avant de revenir à des niveaux comparables à ceux des années 1970 pendant la crise des années 1930.

    https://www.radiofrance.fr/franceculture/podcasts/le-fil-eco/la-mondialisation-est-elle-terminee-7898817

    #économie

  • China’s cross-border interbank payment system goes live with Standard Bank as first African bank to offer service
    https://corporateandinvestment.standardbank.com/cib/global/who-we-are/about-us/news/china-cross-border-interbank-payment-system-goe

    Voilà une nouvelle importante. On se demande pourquoi suivant Duckduckgo qu’un seul journal allemand nous met au courant.

    20.11.0225 - Standard Bank, the biggest bank in Africa by assets, is the first authorised bank to offer transactions through China’s Cross-Border Interbank Payment System (CIPS).

    The bank was granted license to offer CIPS transactions in June at the Lujiazui Forum in Shanghai. The system has since gone live and was recently inaugurated at a ceremony held at the South African Reserve Bank (SARB).

    Mr Lesetja Kganyago, Governor of the SARB was joined at the ceremony by Pan Gongsheng, Governor of the People’s Bank of China (PBOC) and Wang Hongbo, Chairman of the CIPS. The two Governors emphasised the importance of the system for future payment transactions between commercial entities in both countries.

    The payment system allows for interbank payments between Africa and China using Chinese Renminbi (RMB) as the underpinning currency. Access to CIPS will provide banks and financial institutions the ability to clear and settle cross-border payments without the need to use different currencies.

    “We are keen advocates for Africa’s growth, and this new service is tailored to provide solutions that meet our clients’ needs where they operate. CIPS will enable more integration with a key trading partner and offer our clients diverse options for optimising their operations,” says Crosby Mkhwanazi, Head of Client Coverage at Standard Bank Corporate & Investment Banking.

    According to Standard Bank’s Trade Barometer 2024, 34% of surveyed businesses source their imports from China in contrast to 23% of the businesses surveyed in May 2023.

    With China being Africa’s largest export market, the new payment system will simplify and accelerate the clearance of transactions between the two markets.

    “We are confident in the exciting and continued evolution of the payments environment. CIPS is a seminal touchpoint for the broader development that continues to proceed at pace in the space, we will continue to work to provide innovative client solutions,” concludes Mkhwanazi.

    CIPS transactions are available on Standard Bank platforms.

    Standard Bank Pioneers Direct Integration with China’s CIPS for Faster, Cheaper Africa-China Payments

    The Benefits: Cutting Costs and Speeding Up Trade
    Broader Implications for Africa-China Relations

    Standard Bank, South Africa’s largest lender by assets, has become the first African bank to directly link up with China’s Cross-border Interbank Payment System (CIPS). This groundbreaking move, announced in November 2025, allows for real-time or near real-time payments between Africa and China in Chinese yuan (RMB), cutting out the need to route transactions through the US dollar. By bypassing the dollar, businesses can enjoy lower costs, quicker settlements, and smoother trade flows, boosting economic ties between the continents.

    The integration, secured after obtaining a licence in June 2025, builds on Standard Bank’s long-standing partnership with the Industrial and Commercial Bank of China (ICBC), which holds a 20% stake in the bank since 2007. As Africa-China trade continues to grow—reaching over R4.5 trillion in 2024—this development comes at a key time, helping firms navigate currency fluctuations and high fees. With Standard Bank’s vast network serving 19.5 million clients across the group (12.4 million in South Africa alone as of June 2025), the move could transform how millions do business with China.

    The Benefits: Cutting Costs and Speeding Up Trade

    Switching to yuan-based payments through CIPS means African companies can avoid the extra charges and delays that come with using the US dollar as an intermediary. Traditional transfers often involve multiple banks, leading to higher fees and longer wait times—sometimes days. With CIPS, settlements can happen in hours or even minutes, making it easier for exporters and importers.

    Experts say this could save businesses up to 30% on transaction costs, especially for small and medium enterprises (SMEs) trading with China. “This integration not only reduces reliance on the dollar but also strengthens the yuan’s role in African trade,” noted a financial analyst from Nedbank. For South Africa, where China is the top trading partner, this could boost sectors like mining, agriculture, and manufacturing.

    Standard Bank’s Group Chief Executive, Sim Tshabalala, highlighted the move’s potential: “By enabling seamless RMB transactions, we’re opening doors for African businesses to grow faster and compete globally.” The bank, named Africa’s best by Euromoney in 2025 and South Africa’s most valuable banking brand for four years running by Brand Finance, sees this as a way to leverage its footprint in 20 African countries and four global financial centres, reaching a combined population of nearly 800 million.
    ICBC Partnership: A Long-Term Alliance

    The CIPS link builds on Standard Bank’s 17-year tie-up with ICBC, the world’s largest bank by assets. ICBC’s 20% stake, acquired in 2007 for R36.7 billion, has fostered joint ventures in trade finance and infrastructure. This relationship has helped Standard Bank navigate African markets while tapping into China’s economic might.

    “ICBC’s support has been key in making this integration possible,” said a Standard Bank spokesperson. The partnership has already facilitated billions in deals, from mining projects in Zambia to renewable energy in South Africa. With China’s Belt and Road Initiative pouring investments into Africa—over R2 trillion since 2013—this direct payment channel could accelerate more collaborations.

    Broader Implications for Africa-China Relations

    China remains Africa’s biggest trading partner, with bilateral trade hitting R5 trillion in 2024. However, dollar dominance has often complicated deals due to exchange rate risks and US sanctions on some transactions. By promoting yuan use, CIPS integration could shift more trade to RMB, reducing dependency on Western currencies and aligning with BRICS efforts for de-dollarisation.

    For Standard Bank, operating in countries with a combined GDP of over R20 trillion, this strengthens its role as a gateway for Chinese investment. The bank’s headline earnings of R24 billion and 19.1% return on equity for the half-year to June 30, 2025, reflect its robust position to lead such innovations.

    Analysts predict this could inspire other African banks to follow suit, fostering a yuan-based payment ecosystem. “It’s a game-changer for SMEs exporting to China,” said an economist from Stellenbosch University. However, challenges like yuan volatility and regulatory hurdles in some African nations remain.

    Standard Bank becomes first African lender to key into China’s CIPS
    https://africachinapresscentre.org/standard-bank-becomes-first-african-lender-to-key-into-china

    25.11.2025 by Ikenna Emewu - Standard Bank of South Africa has become the first African bank to directly integrate with China’s Cross-Border Interbank Payment System (CIPS), providing African companies with a faster route to pay Chinese suppliers in Renminbi, rather than routing transactions through the US dollar.

    The integration removes an extra step long embedded in Africa-China trade flows, where companies typically settled invoices in dollars, exposing them to delays, higher fees, and currency volatility.

    The shift comes as Chinese imports continue to dominate African trade. Standard Bank’s 2024 Trade Barometer shows 34% of African firms now import from China, up from 23% a year earlier. China-Africa trade reached $134 billion in the first five months of 2025, driven largely by finished goods flowing into Africa and raw materials travelling the other way.

    CIPS allows global banks to clear and settle cross-border RMB payments directly and in near real time. Standard Bank secured its licence in June and has already gone live across its digital channels. With operations in 21 African countries, the bank says RMB settlement could ease cash-flow strain for import-heavy sectors such as manufacturing, electronics, and construction.

    The move aligns with a broader global push for diversified payment systems as geopolitical shifts reshape trade financing.

    SOURCE: www.dabafinance.com

    De-Dollarisierung in Afrika: Größte Bank des Kontinents führt Chinas Swift-Alternative ein
    https://www.berliner-zeitung.de/politik-gesellschaft/geopolitik/dedollarisierung-in-afrika-groesste-bank-des-kontinents-fuehrt-chin

    26.11.2025 von Simon Zeise - Die afrikanische Standard Bank führt das chinesische Cips-System ein. Zahlungen müssen nun nicht mehr in Dollar abgewickelt werden. Die USA verlieren an Einfluss.

    Standard Bank peut désormais mener des opérations à travers le CIPS chinois
    https://projetafriquechine.com/2025/07/04/standard-bank-peut-desormais-mener-des-operations-a-travers-le-c

    2.7.2025 par Christian-Geraud Neema B. - La banque sud-africaine Standard Bank Corporate and Investment a obtenu l’autorisation de mener des transactions à travers le système de paiement chinois Cross-Border Interbank Payment System (CIPS), équivalent du SWIFT américain.

    Avec cette autorisation, la banque pourra procédér à des transactions directes avec des banques chinoises utilisant la monnaie chinoise le renminbi. Des transactions qui devraient faciliter davantage les échanges commerciaux entre la Chine et l’Afrique et renforcer la percée de la monnaie chinoise dans les transactions bancaires africaines.

    La banque sudafricaine parie sur les résultats d’une enquête qu’elle a menée et qui révèle qu’en 2024, 34% de business en Afrique importaient leurs produits de la Chine. Un chiffre qui est en hausse et qui devrait la demande pour les transactions bancaires entre les deux partenaires.

    L’intégration du CIPS par la Standard Bank s’inscrit dans une tendance un peu plus large sur le continent où de plus en plus de banques renforcent leurs capacités techniques et financières concernant le marché financier chinois.

    Cette autorisation sera certainement suivie par d’autres banques en Afrique qui regardent avec grande attention le marché chinois et la clientèle chinoise sur le continent.

    #mondialisation #dédollarisation #Afrique #Chine #banques #commerce #relations_internationales #CIPS

  • L’assassinat de Mehdi Kessaci, un crime politique
    https://www.lemonde.fr/idees/article/2025/11/19/l-assassinat-de-mehdi-kessaci-un-crime-politique_6653984_3232.html

    L’alerte d’Amine Kessaci, qui, après la mort de son jeune frère, exhorte l’Etat à « comprendre qu’une lutte à mort est engagée », doit être entendue. Outre celles et ceux qui tombent sous les balles, c’est bien l’Etat de droit, la paix civile et la démocratie qui sont dans le viseur des « narcos ».

    [le] narcotrafic (...) fait vivre 200 000 personnes, dégage un chiffre d’affaires annuel estimé autour de 5,5 milliards d’euros et approvisionne en cocaïne 1,1 million d’usagers (...)

    #drogues #crime_organisé #narcotrafic #narco_terreur

    • « Non, je ne me tairai pas. Je dirai et répéterai que mon frère Mehdi est mort pour rien. Je dirai la violence du narcotrafic », Amine Kessaci, Militant écologiste, fondateur de l’Association Conscience
      https://www.lemonde.fr/idees/article/2025/11/19/amine-kessaci-militant-ecologiste-non-je-ne-me-tairai-pas-je-dirai-et-repete

      Hier [le 18 novembre], j’ai enterré mon frère. Mon cœur n’est que blessure. La douleur m’éparpille. Mais elle n’effrite pas ma lucidité. Nous ne sommes dupes de rien. J’entends les belles paroles, les discours soudain volontaires. Je vois les postures de ceux qui prennent des mines affligées et demain continueront leur route comme si de rien n’était, parce que pour eux la vie des autres n’est rien et que seul compte le manège de leurs propres vanités. Je vois sans les lire la foule des commentaires de tout un chacun qui croit savoir mais ne sait rien.
      Parce que sa mort ne doit pas être recouverte par les sables de l’indifférence et de l’oubli. Mille fois j’écrirai son nom et je ferai face à ses assassins. Je serai le gardien de sa mémoire. Non, je ne me tairai pas.

      Je dirai et répéterai que Mehdi est mort pour rien. Je dirai la violence du #narcotrafic. Son emprise. Je dirai la lâcheté des commanditaires des crimes. Je dirai la dérive folle de ceux qui exécutent des contrats, brisent des vies et souillent leur âme à jamais. Je dirai pour trouer le silence comme eux trouent les corps de nos proches. Je dirai les carences de l’Etat, les failles de la République, les territoires abandonnés et les populations oblitérées.

      Un jour du mois d’août, la #police m’a demandé de quitter ma ville et de fermer les locaux de l’Association Conscience parce que j’étais ciblé. Sans m’en dire plus. Les semaines ont passé, sans m’en dire plus. Devant mon insistance à savoir, et parce que les menaces ne se tarissaient pas, on m’a accordé une protection policière, mais sans l’étendre aux miens. Pourtant, qui ignorait que ma famille avait déjà payé un tribut de sang ? Comment ne pas savoir que ma famille pouvait être touchée ?

      Il est temps d’agir

      Alors maintenant j’entends les discours. Mais qui rendra ses enfants assassinés à ma mère ? Le premier tombé, Brahim [dont le corps a été retrouvé le 29 décembre 2020], repose à Alger. Le second, Mehdi, avait 20 ans. Il a été touché en plein thorax par ses assassins. Il n’était coupable que d’être mon frère. Qui me rendra nos jeux, ses moqueries, sa tendresse, son soutien ?

      On me parle de crime d’avertissement. Mais un crime n’est jamais un avertissement. Le sang versé l’est pour toujours, et a plongé ma famille dans l’infini de la mort. On nous frappe pour nous briser, pour nous domestiquer, pour nous asservir. Voici ce que font les trafiquants : ils tentent d’annihiler toute résistance, de briser toute volonté, de tuer dans l’œuf tout embryon de révolte pour étendre leur pouvoir sur nos vies.

      Face à un tel ennemi, l’Etat doit prendre la mesure de ce qu’il se passe et comprendre qu’une lutte à mort est engagée. Il est temps d’agir, par exemple de faire revenir les services publics dans les quartiers, de lutter contre l’échec scolaire qui fournit aux trafiquants une main-d’œuvre soumise, de doter les enquêteurs et les forces de police des moyens dont ils ont besoin, de renforcer, de soutenir réellement les familles de victimes du narcotrafic. Nous comptons nos morts, mais que fait l’Etat ?

      Hier, j’ai enterré mon frère, et aujourd’hui je parle. Je parle et je ne me tairai pas parce que ma mère m’a appris à ne pas baisser la tête. Je parle, depuis mon deuil, depuis l’épicentre de ma souffrance, pour demander justice pour les miens, mais aussi pour toutes les autres victimes. Je parle parce que je ne peux que lutter si je ne veux pas mourir. Je parle parce que je sais que le silence est l’abri de nos ennemis. Je parle parce que je veux que mille voix s’épanouissent. Que notre révolte face au narcotrafic soit durable, et collective. Levons-nous ensemble. Courage. On ne peut pas tuer tout un peuple.

      Amine Kessaci, frère de Brahim et de Mehdi, militant écologiste, fondateur en 2020 de l’Association Conscience.

    • Narcotrafic : aux obsèques de Mehdi Kessaci, à Marseille, « la réalité, c’est qu’on a tous peur », Par Gilles Rof 
      https://www.lemonde.fr/societe/article/2025/11/19/aux-obseques-de-mehdi-kessaci-a-marseille-la-realite-c-est-qu-on-a-tous-peur

      L’enterrement du jeune frère du militant Amine Kessaci a eu lieu, mardi 18 novembre, sous haute protection. Tout en affichant leur esprit de résistance, ceux qui osent dénoncer le trafic de stupéfiants s’avouent tétanisés par cet assassinat.


      Des habitants de la cité de Frais-Vallon se rendent à la mosquée pour la prière organisée pour Mehdi Kessaci, à Marseille, le 18 novembre 2025. ARTHUR LARIE POUR « LE MONDE »

      Hommes du RAID masqués et armés de fusils d’assaut, équipes de déminage, berlines blindées pour accompagner la famille et un dispositif policier bouclant totalement la cité de Frais-Vallon (13e arrondissement) puis le cimetière de Saint-Henri (16e) dans le nord de #Marseille. Les obsèques de Mehdi Kessaci, le jeune frère du militant écologiste et figure de la lutte contre le narcotrafic Amine Kessaci, ont pris, mardi 18 novembre, une allure irréelle. Le déploiement inédit de forces de l’ordre pour un enterrement, la tension venant se mêler à la douleur des proches : tout au long de la journée, les circonstances ont rappelé à quel point l’assassinat, jeudi 13 novembre, de cet homme de 20 ans constitue une première en France.

      Encore étudiant en BTS banque dans un lycée du centre-ville, se préparant à repasser le concours de fonctionnaire de police, Mehdi Kessaci n’avait, selon le procureur de la République de Marseille, Nicolas Bessone, « rien à voir avec le narcotrafic ». Après quelques jours d’enquête, l’hypothèse d’un crime visant Amine Kessaci à travers son jeune frère reste la piste privilégiée par la justice. « Un crime d’intimidation », selon le ministre de l’intérieur, Laurent Nuñez, qui constituerait un « point de bascule » dans l’ampleur prise par les réseaux de trafic de stupéfiants en France.

      Des amis de la famille, des habitants de la cité où les Kessaci ont des attaches, des élus, des militants écologistes et des associatifs qui œuvrent dans les quartiers populaires de Marseille : devant la mosquée de Frais-Vallon, bloc de béton brut encerclé de barres d’immeubles, chacun se faufile, en début d’après-midi, au milieu des véhicules de police. Les responsables du petit lieu de culte sortent des tapis de prière à l’extérieur, ouvrent une salle annexe pour les non-musulmans. Les mots sont rares, formulés à voix basse. « Qu’on soit venus là est déjà un acte de résistance… Bien sûr qu’on a la trouille. On n’a pas envie d’être la prochaine cible », lâche la présidente d’une association des quartiers nord, connue pour son franc-parler et qui, pour une fois, requiert l’anonymat.


      Sur le lieu où a été assassiné Mehdi Kessaci, à Marseille, le 18 novembre 2025. ARTHUR LARIE POUR « LE MONDE »

      « Les gens sont estomaqués et la réalité, c’est qu’on a tous peur. Se dire qu’en parlant de ce qui se passe d’anormal dans nos quartiers, tu peux y passer, cela freine évidemment », souffle Nassurdine Haidari. A 47 ans, ce militant multicarte est engagé chez Les Ecologistes, dans les luttes décoloniales comme dans le combat contre les ravages du trafic de drogue. « Aujourd’hui, le plus dur à gérer, c’est le sentiment d’impuissance », ajoute-t-il.

      Gilet pare-balles

      Amine Kessaci, qui, ces dernières semaines, vivait sous protection policière à l’extérieur de la ville, n’était pas apparu publiquement depuis l’assassinat de son frère. Ceux qui ont pu lui parler à son retour à Marseille racontent un « homme dévasté », qui « s’interroge sur son combat ». A cette heure-là, personne ne savait encore qu’il prendrait la parole, mercredi, dans une tribune au Monde, dans laquelle il affirme vouloir continuer de « lutter » et incite chacun à s’exprimer parce que « le silence est l’abri de nos ennemis ».

      Blouson en jean masquant à peine son gilet pare-balles, visage marqué par la douleur, soutenu par ses proches et encadré par les policiers qui ne le quittent plus depuis la mort de Mehdi, il monte les quelques marches qui mènent à la mosquée, sans pouvoir prendre le temps de saluer les présents. La violence du narcotrafic vient, alors qu’il a 22 ans à peine, de lui arracher un second frère. Après Brahim, son aîné assassiné en 2020, celui pour la mémoire de qui il se bat depuis.

      L’eurodéputée écologiste Marie Toussaint, avec laquelle il a fait campagne pour les élections européennes de 2024, est là, l’ancienne secrétaire d’Etat à la ville et au plan Marseille en grand, Sabrina Agresti-Roubache (Renaissance), aussi. Elle accompagne Laurent Carrié, le conseiller territoires du président de la République, Emmanuel Macron, venu à la demande de ce dernier. Ce haut fonctionnaire connaît bien Amine Kessaci. Il l’a souvent croisé lorsqu’il était préfet à l’égalité des chances à Marseille, d’octobre 2021 à août 2023. Une période où la ville a connu un nombre inédit de #narchomicides – 49 en 2023 –, dont le meurtre de Socayna, jeune étudiante touchée par une balle perdue alors qu’elle était dans sa chambre. « A cette époque, l’émotion était déjà très forte. Mais, là, un cap est passé », estime l’envoyé du chef de l’Etat.

      A l’heure où l’imam lance la prière au défunt à Frais-Vallon, la nouvelle qu’un homme vient d’être abattu de plusieurs balles dans le quartier des Olives, à quelques kilomètres, sidère les présents. C’est le troisième meurtre en plein jour à Marseille, depuis octobre.

      Enquête délocalisée

      Dans cette journée de deuil pour la famille Kessaci et tous ses soutiens, l’Etat a tenu à afficher sa présence. A Marseille, par la protection ostensible des obsèques, sous le commandement direct de la préfète de police déléguée, Corinne Simon. A Paris, en accélérant la nomination, qui doit être officialisée mercredi 19 novembre en conseil des ministres, selon la Lettre A, du nouveau préfet des Bouches-du-Rhône, Jacques Witkowski, ancien gendarme, jusqu’alors préfet du Grand Est. Et en décidant de délocaliser l’enquête sur le meurtre de Mehdi Kessaci.


      Devant le cimetière Saint-Henri, où est enterré Mehdi Kessaci, à Marseille, le 18 novembre 2025. ARTHUR LARIE POUR « LE MONDE »

      Les investigations, ouvertes des chefs de « meurtre en bande organisée avec préméditation » et « associations de malfaiteurs en vue de commettre un crime », sont désormais confiées au parquet de Paris et à la juridiction nationale de lutte contre la criminalité organisée. Une manière d’afficher politiquement et judiciairement l’importance donnée à l’affaire, alors que, à Marseille, certains proches d’Amine Kessaci et lui-même, dénoncent le fait que sa famille n’avait pas bénéficié, ces dernières semaines, de mesures de protection malgré les menaces qui pesaient sur lui.

      Depuis l’assassinat du jeune Mehdi, le ministère de l’intérieur aurait décidé la mise sous protection d’une dizaine de personnes, connues pour leurs prises de parole ou leurs actions contre le narcotrafic. Des figures du militantisme marseillais assurent également avoir reçu des autorités le conseil appuyé d’éviter les déclarations publiques « pendant quelque temps ».
      Jeudi 20 novembre, le ministre de l’intérieur, Laurent Nuñez, et celui de la justice, Gérald Darmanin, doivent se rendre à Marseille. Une double visite que la ville espère depuis le meurtre de Mehdi Kessaci, qualifié par le maire, Benoît Payan (divers gauche), de « défi lancé à la France ».

      Marche blanche et action de l’Etat

      Les larmes aux yeux à la sortie du cimetière Saint-Henri, l’écologiste Michèle Rubirola, première adjointe, souligne la responsabilité globale de l’Etat dans la situation vécue par sa ville. « Les options sécuritaires ne suffiront pas à gagner la guerre contre le narcotrafic. Il faut aussi porter des politiques sociales et sanitaires pour répondre à une jeunesse qui a l’impression de ne plus avoir d’avenir et des consommateurs de drogue qu’on laisse en errance », insiste l’ex-maire de Marseille.
      Militant historique de la lutte contre le mal-logement, compagnon de l’aventure de l’Après M, ce fast-food transformé en lieu de solidarité, Fathi Bouaroua souligne, lui aussi, la nécessité d’une action au plus haut niveau. « Nous ne sommes plus face à de simples dealeurs. Ces gens-là osent se confronter directement à l’Etat. Leur message, c’est : “Sachez que vous ne pouvez pas passer de l’autre côté, nous dénoncer et collaborer avec la police contre nous.” Amine a peut-être été un peu trop seul dans son combat. S’opposer à ce genre de menaces nécessite un autre type de moyens », plaide-t-il.

      Sur les réseaux sociaux, il a incité ceux qui veulent montrer leur soutien au militant écologiste à acheter son livre Marseille, essuie tes larmes (Le Bruit du Monde, 224 pages, 20 euros). En attendant la marche blanche, qui doit se dérouler samedi 22 novembre à l’appel de Conscience, l’association créée par Amine Kessaci. « Les gens arriveront-ils aussi à mobiliser ?, interroge, troublé, Mohamed Bensaada, fondateur du syndicat des quartiers populaires de Marseille et militant de La France insoumise. J’ai peur que cette violence qui nous terrifie aujourd’hui devienne juste la norme pour les jeunes générations. Mais, si nous nous taisons, vivre ne vaudra pas la peine. »

      Sur le rond-point Claude-D’Arcy, là même où a été abattu Mehdi Kessaci, des gerbes de fleurs commencent à s’amonceler. L’une d’elles porte un ruban marqué d’un court message : « Notre affaire à tous. »

    • C’est « marrant » ça faisait quelques jours que je passais des heures à lire des trucs sur les mafias actuelles en France (après avoir lu des heures sur les mafias des années 30 aux USA la semaine dernière), et donc forcément sur la DZ Mafia :
      https://fr.wikipedia.org/wiki/DZ_Mafia

      Notamment parce que c’est eux qui à priori tente de raquetter le rappeur SCH, et ce pourquoi il vit à Paris sous protection, et ce pourquoi il a été ciblé par un assassinat (qui a tué son directeur commercial), l’année dernière.
      https://www.leparisien.fr/faits-divers/marseille-assassinat-du-proche-du-rappeur-sch-extorsion-dune-discotheque-

      Et donc pour les deux frères d’Amine Kessaci tués :
      https://www.leparisien.fr/faits-divers/derriere-le-meurtre-de-mehdi-kessaci-la-piste-mamine-redoutable-chef-de-l

      #DZ_Mafia #France #Marseille #narcotrafic #mexicanisation #cartels

    • Une "mafia" sans omerta (la poukave est un attribut du trafic de dope là où, suite aux Carbonari la mafia s’est fondée sur le secret), un cartel sans contrôle de la production (il y a des tentatives sur les drogues de synthèse), et, centralisent, un imaginaire de film de gangsters. Une organisation qui privilégie l’embauche de petites mains intérimaires ou auto-entrepreneurs pour préserver un noyau qui est le sous produit de la guerre de territoires, constitutive de ce type de commerce (au moins avant l’ubérisation de la vente) et de l’archipel carcéral.
      L’autodésignation comme mafia (reprise de Mocro Mafia pour exprimer une ambition de grandeur) est par essence contradictoire avec l’idée même de mafia qui est et doit rester une société secrète, celle des héroïques https://fr.wikipedia.org/wiki/%27Ndrangheta, celle qui défend sa chose https://fr.wikipedia.org/wiki/Cosa_nostra ; des « bons à rien » https://fr.wikipedia.org/wiki/Yakuza ; ou comme les triades, à la fois opposées au régime et inféodées aux patrons de l’économie, les Triades, autre société secrète https://fr.wikipedia.org/wiki/Triades_chinoises). Le marketing publicitaire vient renforcer l’intimidation.

      Certes issues de territoires spécifiques (les Quartiers Nord), ces sociétés commerciales relèvent avant tout de l’atomisation des relations capitalistes, et non d’anciennes formes communautaires de contrôle social (famille, clan, village). L’histoire est passée par là. Et il n’y a ici aucun contre modèle, tout au plus un miroir tendu (cf la hype vouée aux friqués de Dubaï, dont certains trafiquants importants).

      https://seenthis.net/messages/1137633
      https://seenthis.net/messages/1090030

      Sous couvert de lutte anti carcérale, il s’agissait avec les attaques de prison d’avril dernier de répandre la panique, des matons au directeurs de taules. C’était d’abord pour conserver aux huiles de cette société des marges organisationnelles à l’intérieur des prisons. Sans doute aussi en vue d’élargir le recrutement à davantage de main d’œuvre qualifiée (une entreprise se jauge à sa réputation). Tel est du moins mon avis, n’en déplaise à LM ou Contre attaque qui aimeraient légitimement être les contemporains de luttes contre la prison et font mine (?) de ne pas savoir ce que c’est que de risquer sa liberté, voire sa peau pour 2000 balles, sans même connaître, le plus souvent, ses employeurs (on est dans un schéma inverse des mafia, féodalité qui repose sur l’"honneur" dont il faut faire preuve dans une chaine de relations interpersonnelles hiérarchisées).

      https://seenthis.net/messages/1109775

      https://fr.wikipedia.org/wiki/Attaques_de_2025_contre_des_prisons_françaises#cite_ref-TF1_1-1

      Par ailleurs, même sans jouer à follow the money, il suffit de regarder dans divers quartiers, y compris dans des petits bleds de province, le nombre de boutiques diverses sans chiffre d’affaires apparent pour se dire que le blanchiment, c’est pas juste du bitcoin et du paradis bancaire.
      Comme la paix sociale dépend des emplois (aussi risqués soient-ils), et surtout des revenus (aussi faibles soit-ils) qui ruissellent depuis les trafics de drogue, ça devrait pas cesser.

      Sauf que des protagonistes ont décidément pris la confiance, jusqu’à dépasser les bornes (la logique des territoire de deal cède le pas), créant un immense trouble à l’ordre public (innombrables exécutions, victimes "collatérales, et maintenant meurtre d’intimidation sur personne sans lien avec leur activité). Les cartes vont être rebattues par le gérant du Casino, c’est annoncé. Évidemment pas au point de revenir sur la prohibition des drogues. Voilà une série promise à de nombreuses saisons.

      edit quant aux pratiques d’extorsions dans le rap amoureux du fric, des extraits de « L’Empire », dans les coulisses criminelles d’une industrie aux chiffres vertigineux
      https://seenthis.net/messages/1143488

    • A Dubaï, les luxueux appartements des « narcos » dans le viseur de la coopération judiciaire
      https://www.lemonde.fr/societe/article/2025/11/19/a-dubai-les-luxueux-appartements-des-narcos-dans-le-viseur-de-la-cooperation

      En visite aux Emirats arabes unis, le ministre de la justice, Gérald Darmanin, a dévoilé une liste de biens immobiliers que les autorités locales ont saisis à la demande de la France.

      Les visites diplomatiques de Gérald Darmanin aux #Emirats_arabes_unis, en tant que garde des sceaux, sont l’objet d’un rituel immuable : la remise à son homologue d’une « liste » recensant les criminels français en cavale, dont Paris espère l’extradition. Mercredi 19 novembre, sans déroger à cette tradition, Gérald Darmanin a remis une sélection d’une quinzaine de narcotrafiquants présumés, à la portée semblable à celle des affiches « Wanted » du Far West américain. Mais c’est d’un autre listing qu’est venue la nouveauté. Celui-ci détaille une quarantaine de biens immobiliers appartenant aux « narcos » ayant élu domicile à #Dubaï, et dont la saisie a été actée par les autorités locales.

      Postant sur le réseau social X un bref compte rendu de son déplacement, Gérald Darmanin se félicitait de cette première, précisant qu’il avait « transmis une liste de plusieurs dizaines de millions d’euros de patrimoine » aux autorités émiraties, « en particulier des appartements et des villas de luxe achetés en cash ou en cryptomonnaies ». Ce volet immobilier avait déjà été amorcé lors de la précédente visite du ministre, en janvier. Vanessa Perrée, alors directrice de l’Agence de gestion et de recouvrement des avoirs saisis et confisqués, était du voyage. Cette magistrate, dont le nom a désormais été proposé par Gérald Darmanin pour diriger le futur Parquet national anticriminalité organisée, avait sensibilisé ses interlocuteurs sur la question des confiscations et des saisies. Restait à fournir les détails opérationnels.

      Comme le permet la loi sur le narcotrafic, promulguée en juin, la saisie des avoirs criminels peut être réalisée avant même la condamnation définitive des prévenus. C’est en exportant le concept de « taper au portefeuille » des trafiquants du haut du spectre qu’a été lancé ce processus, sans pour autant que soit encore clarifié le devenir des biens en question, parfois situés dans les gratte-ciels les plus iconiques de Dubaï.

      « Coopération fructueuse »

      Si des résultats rapides sont attendus au sujet des « narcos » dont les noms ont été livrés à la police locale (il est habituel que quelques arrestations ponctuent le retour du ministre, comme un gage de bonne foi), la réalisation du diptyque « interpellation - extradition » n’est pas toujours fluide. Il a ainsi fallu s’y reprendre à deux fois, après une première remise en liberté, avant de faire revenir en France en juin, sous une lourde escorte policière, Abdelkader Bouguettaia, dit « Bibi », importateur présumé de larges quantités de cocaïne via le port du Havre et résidant à Dubaï depuis 2019. Après avoir quitté subrepticement cette ville, c’est finalement au Maroc, en mars 2024, qu’avait été cueilli Félix Bingui, dit « Le Chat », cadre dirigeant du clan marseillais Yoda, désormais emprisonné à Vendin-Le-Vieil (Pas-de-Calais).

      En dépit de ces circonvolutions, les relations diplomatiques se sont réchauffées depuis quelques années. Au-delà des voyages réguliers des ministres en exercice, l’installation, en avril 2024, d’un magistrat de liaison, a permis de faciliter le dialogue avec les Emirats, et de limiter les incompréhensions. « Depuis 2020, il y avait eu zéro extradition, et cette année, on en a recensé 14 en dix mois, c’est une coopération fructueuse », souligne-t-on à la chancellerie. Les gains en termes d’image sur la scène internationale, notamment pour ne plus apparaître comme une oasis tranquille pour criminels en cavale, participent à ce changement de paradigme côté émirati. Pour preuve, le prince héritier en personne a participé aux rencontres avec la délégation française.

      Mais ce déplacement, qui a coïncidé avec la réunion d’urgence organisée mardi par Emmanuel Macron sur le narcotrafic, s’inscrit aussi dans un moment politique particulièrement sensible au sujet de la lutte contre les trafics de stupéfiants et aux violences qui y sont corrélées. Une semaine après l’assassinat à Marseille de Mehdi Kessaci, petit frère d’Amine Kessaci, militant écologiste engagé contre le narcotrafic, Gérald Darmanin et Laurent Nuñez, ministre de l’intérieur, sont attendus jeudi à Marseille. La ville figure, sans surprise, comme l’un des principaux ports d’attache des narcotrafiquants ayant misé sur les luxueux appartements surplombant Dubaï pour y réinvestir l’argent du crime.

    • D’autres voix autorisées

      Trafic de stupéfiants : « L’approche exclusivement pénale, si nécessaire soit-elle, ne peut pas suffire à enrayer le phénomène », Jean-Baptiste Perrier, Professeur de droit
      https://www.lemonde.fr/idees/article/2025/11/20/trafic-de-stupefiants-l-approche-exclusivement-penale-si-necessaire-soit-ell

      Les récentes violences liées au trafic de stupéfiants rappellent, une fois encore, que la France se trouve confrontée à un phénomène qui ne relève plus de la seule délinquance de rue, mais d’ une dynamique criminelle profondément enracinée.
      L’assassinat, le 13 novembre, du frère du militant écologiste Amine Kessaci et la fusillade, dans la nuit du 15 au 16 novembre, touchant un garçon de 12 ans à Grenoble – ne sont pas des faits isolés. Ils témoignent au contraire d’une aggravation inquiétante du phénomène : extension géographique des réseaux, rajeunissement des acteurs impliqués, banalisation de l’usage des armes , menaces sur les magistrats et le personnel pénitentiaire , montée en puissance des logiques de représailles et des actes d’intimidation.

      Pourtant, depuis plusieurs années, les chercheurs spécialisés et les acteurs des milieux associatifs alertent sur une transformation structurelle du trafic de stupéfiants (qu’il convient de nommer pour ce qu’il est, en évitant tout terme qui renverrait à une image populaire séduisante [raté : le populaire plus ou moins jeune est repu d’un imaginaire de films de gangsters, apte à le régurgiter, vaguement]). L’offre de stupéfiants se diffuse toujours plus largement, tirée par une économie criminelle souple, agile, qui sait tirer parti du numérique et, plus encore, des vulnérabilités sociales. Ce constat est étayé par de nombreux rapports : en août, l’Office anti-stupéfiants alertait sur un véritable « tsunami blanc » de cocaïne [c’est plutôt une submersion, mais utiliser ce terme serait dangereux à d’autres égards], le nombre de consommateurs ayant presque doublé en quatre ans, et la France est devenue « sans zone blanche » ; c’est-à-dire que le trafic de drogue s’étend désormais sur tout le territoire, des métropoles aux zones rurales.

      Face à cette aggravation du phénomène, la réponse française demeure hélas centrée sur la répression : la loi du 13 juin 2025 ne fait que durcir les outils existants, alors que son intitulé même reconnaît que le pays serait déjà tombé dans le « piège du narcotrafic ».

      Cette orientation répressive n’est pas illégitime , et la lutte contre la criminalité organisée implique d’appréhender et de punir les auteurs, mais elle a montré depuis longtemps ses limites. Alors qu’un rapport du Sénat évoquait, en mai 2024, une « menace existentielle », la réponse est à l’évidence insuffisante : l’approche exclusivement pénale, si nécessaire soit-elle, ne peut pas suffire à enrayer un phénomène qui s’alimente de facteurs économiques, sociaux ou encore éducatifs.

      Des travaux en criminologie ont en effet montré que l es marchés illicites, au premier rang desquels le trafic de stupéfiants, prospèrent lorsque les services publics et les perspectives pour la jeunesse reculent. [ pas question de renoncer pour si peu !] Le chômage massif des jeunes, la déscolarisation, le sentiment d’abandon sont autant d’interstices dont le crime organisé profite, en promettant des #revenus faciles (mais souvent illusoires) ainsi qu’un sentiment d’#appartenance que d’autres institutions ne parviennent plus toujours à offrir. La lutte contre le trafic de stupéfiants et le crime organisé ne peut donc ignorer ces dimensions : elle doit s’inscrire dans une approche pluridisciplinaire et de long terme.

      Une conférence de consensus

      Il ne s’agit pas d’être naïf, en pensant pouvoir éradiquer ce phénomène, ni de renoncer à l’outil répressif, mais de comprendre qu’il est absolument nécessaire d’agir simultanément sur plusieurs leviers : sécuritaire, mais aussi social, économique ou encore sanitaire . Le sujet doit être sorti de l’urgence permanente pour être inscrit dans une stratégie nationale et cohérente.

      Pour cela, l’organisation d’une conférence de consensus apparaît plus nécessaire que jamais. Une telle démarche, éprouvée pour d’autres politiques publiques [les retraites ? la santé publique ? l’école ?], permettrait de dépasser les postures partisanes et de réunir autour d’une même table chercheurs, pouvoirs publics, élus locaux, magistrats, policiers, associations de terrain, travailleurs sociaux, experts en santé publique ou encore [la rustine démocratique des] familles de victimes.

      L’objectif serait d’élaborer un diagnostic commun, d’évaluer rigoureusement les mesures existantes et de proposer un plan stratégique de long terme, tant pour la répression que pour la prévention, pour renforcer les dispositifs éducatifs, pour sécuriser les quartiers, en somme pour faire reculer les réseaux criminels en faisant avancer le lien social.

      La lutte contre le trafic de stupéfiants exige désormais de dépasser les logiques de court terme pour élaborer une politique véritablement intégrée, articulant prévention, sécurité, justice et action sociale. La crise est profonde et le point de basculement est probablement atteint, mais rien n’est irréversible. Un sursaut collectif s’impose pour dépasser l’illusion du tout-sécuritaire et affronter ce défi dans toute sa complexité humaine, sociale et territoriale.

      Jean-Baptiste Perrier est professeur à Aix-Marseille Université et doyen de la faculté de droit et de science politique. Spécialiste des questions de justice pénale, il a dirigé l’Institut de sciences pénales et de criminologie d’Aix-en-Provence et il est également président de l’Association française de droit pénal.

      #territoires #social

    • De nouveau pour dire que la répression ne suffit pas, et cette fois qu’il faudrait en finir avec celle de l’usage de cannabis, sans pour autant remettre en cause une répression des autres drogues prohibées (ainsi efficacement recentrée), répression qui est pourtant la condition native des organisation criminelles, d’illégalismes plus ou moins saumâtres.

      « Il est temps de mettre en œuvre une politique globale envers toutes les drogues, qui associe pleinement santé publique et ordre public », Bernard Basset, Médecin spécialiste en santé publique, Amine Benyamina, Professeur de psychiatrie et d’addictologie
      https://www.lemonde.fr/idees/article/2025/11/20/il-est-temps-de-mettre-en-uvre-une-politique-globale-envers-toutes-les-drogu

      L’assassinat de sang-froid à Marseille du frère d’un militant associatif contre l’emprise du narcotrafic dans la ville a suscité l’horreur et témoigne des risques que fait courir à la société française la diffusion des méthodes brutales des #cartels de la drogue. La réponse répressive est indispensable et urgente, mais elle ne saurait être la seule pour lutter efficacement contre un phénomène qui se nourrit aussi de l’absence d’une politique cohérente de #santé_publique.

      La réunion contre le narcotrafic convoquée dans l’urgence mardi 18 novembre par le président de la République est révélatrice d’une approche uniquement centrée sur la répression, et dont on peut constater depuis un demi-siècle les limites sur le long terme. En effet, les professionnels de santé en ont été exclus.

      Il est légitime et indispensable de lutter vigoureusement contre l’emprise progressive des entreprises mafieuses sur les quartiers et, au-delà, sur son essaimage sur tout le territoire. Mais cette action de la police et de la justice s’accompagne à tort de l’idée que la répression est aussi le seul levier qui doit être employé contre les consommateurs. Cette logique normative et mécaniciste doit être évaluée, au-delà de toute considération morale, à l’expérience de ses échecs depuis des décennies. La diffusion des #drogues_illégales défie les coups de menton prétendument volontaristes et l’idée que seule la répression des consommateurs peut venir à bout du problème.

      En matière de stupéfiants, les objectifs d’une politique de santé sont souvent présentés à tort comme complaisants envers l’usage des drogues. Ce n’est jamais le cas car les professionnels de l’#addictologie ont une claire conscience de l’importance des risques et des dommages pour les personnes et pour leur entourage. Mais prévenir les usages et aider les usagers à sortir de leur dépendance sont des œuvres de longue haleine pour lesquels les a priori doivent céder la place concrètement et intellectuellement à la science et aux expériences évaluées.

      Salles de consommation supervisées

      Notre pays a longtemps été exemplaire en ce domaine avec une politique de #réduction_des_risques et des dommages qui s’est progressivement mise en place dans le contexte dramatique du début de l’épidémie de VIH. Il s’agit d’une réussite spectaculaire sur le plan sanitaire, mais aussi pour l’ordre public car la mise à disposition des #produits_de_substitution a mis fin aux braquages de pharmacies par les personnes en état de manque, qui faisaient la une des journaux dans les années 1980. La recherche d’efficacité, le pragmatisme et le courage politique des responsables d’alors devraient nous inspirer aujourd’hui.

      Depuis vingt ans, on assiste à un recul de la politique de santé – quand ce n’est pas simplement un abandon –, ce qui suscite l’étonnement voire l’incompréhension de nos collègues étrangers. L’exemple le plus frappant est celui des #salles_de_consommation_supervisées (appelées « haltes soins addictions ») dont les évaluations scientifiques et administratives sont clairement positives, mais dont la diffusion sur le territoire se heurte à la démagogie et à la stigmatisation des personnes dépendantes. Pourtant, il est clairement établi qu’elles contribuent aussi à la tranquillité publique et qu’elles offrent, pour une partie des utilisateurs, une issue à la dépendance.

      Les professionnels de l’addictologie et de la santé publique sont regardés avec condescendance quand ils demandent que la politique de lutte contre les drogues repose sur la prise en compte rationnelle des risques et des dommages pour chacun des produits. Il ne s’agit pas uniquement d’une préoccupation de rationalité de santé publique, mais aussi d’un souci de mieux employer les forces de répression contre les trafics les plus dangereux.
      C’est pourquoi la répression de la consommation de #cannabis est non seulement inefficace, mais affaiblit la lutte contre des drogues plus dangereuses et aux mains de réseaux criminels sans pitié. La #légalisation_du_cannabis est une option que d’autres pays ont déjà retenue, qui rapporte aux finances publiques et qui présente bien moins de risques pour la santé que l’#alcool qui est porté aux nues. Cette proposition ancienne ne doit pas être vue comme provocatrice, mais comme une opportunité pour les forces de répression de se consacrer au combat contre le cœur le plus inquiétant du trafic.

      Je suis un peu largué, et si il y a bien un retour de l’héro, je vois pas bien comment l’explosion de la conso de diverses drogues de synthèse (diversification causée par une loi qui n’est pas exclusivement celle du profit : vendre avant que le produit soit considéré comme une drogue prohibée) ou la conso de coke pourraient voir leurs dangers réduits sans dépénalisation (qui ne se fera pas dans des salles de conso).

      #usagers_de_drogues #prohibition_des_drogues

    • Assassinat de Mehdi Kessaci : les enquêteurs demeurent prudents, la piste d’un cadre de la DZ Mafia étudiée
      https://www.lemonde.fr/societe/article/2025/11/22/assassinat-de-mehdi-kessaci-les-enqueteurs-demeurent-prudents-la-piste-d-un-

      La signature du plus puissant groupe de narcotrafiquants marseillais – la #DZ_Mafia – est une piste qui semble s’imposer à ce stade. Un profil serait même privilégié, selon l’édition du Parisien du 20 novembre : celui d’Amine O., l’un des leaders de la DZ Mafia, emprisonné depuis mars à la maison d’arrêt de Bourg-en-Bresse. C’est depuis sa cellule qu’il aurait pu commanditer cet assassinat.

      Amine O., aussi surnommé « Mamine », ou « Jalisco », est bien connu des enquêteurs marseillais, mais aussi des magistrats de la juridiction nationale contre la criminalité organisée, à Paris, qui pilote désormais ce dossier sensible. Une note blanche du service d’information, de renseignement et d’analyse stratégique sur la criminalité organisée documentant les activités de la DZ Mafia, datée d’octobre 2024, détaille que « Mamine », dont les photos anthropométriques montrent un regard déterminé, une moustache épaisse et une barbiche, des cheveux ramenés en catogan, est connu pour sa « capacité de recrutement rapide d’équipes “à tiroir” pour la DZ Mafia », et constitue une « pièce maîtresse dans cette organisation criminelle ».
      Cet homme de 31 ans, qui a grandi dans la cité des Micocouliers, dans le 14e arrondissement de Marseille, fut essentiellement condamné, au début de son ascension criminelle, entre 2013 et 2016, pour violences aggravées, vols aggravés ou association de malfaiteurs. Depuis 2020, et plus encore ces trois dernières années, ses incriminations judiciaires, dans des affaires d’#assassinats_ciblés particulièrement sauvages, accompagnent la montée en puissance de la DZ Mafia. C’est un triple meurtre, remarquable de violence, qui connecte « Mamine » à la famille Kessaci…

      A la fin décembre 2020 et début janvier 2021, trois corps sont retrouvés, carbonisés, dans des voitures incendiées et abandonnées. Il s’agit de trois amis, considérés comme des figures montantes du trafic de stupéfiants. L’un d’entre eux, découvert gisant dans une Audi S3 en flammes, est un jeune homme âgé de 22 ans nommé Brahim Chabane. Il est le demi-frère d’Amine Kessaci, qui avait fondé depuis quelques mois à peine l’association Conscience, engagée sur le terrain de l’écologie comme de la lutte contre les trafics de drogues. Amine O. est poursuivi pour assassinat et, à l’époque, placé sous mandat de dépôt.

      Pourquoi n’a-t-il pas fait partie de la première sélection de détenus installés dans la « narcoprison » de Vendin-le-Vieil (Pas-de-Calais), dès la fin juillet ? « Comme il y a déjà 21 détenus de la DZ Mafia à Vendin, l’idée était de ne pas y reconstituer toute la tête de réseau, mais, au contraire, de répartir sur les deux sites les principaux », explique un responsable de l’administration pénitentiaire.

      « Les commanditaires sont dans nos prisons », a affirmé, vendredi, en marge de la présentation de son plan « zéro portable », le garde des sceaux, Gérald Darmanin, au sujet de l’assassinat de Mehdi Kessaci. Il a aussi souligné que « l’administration pénitentiaire n’avait rien à se reprocher » concernant la gestion du cas Amine O.

    • https://www.radiofrance.fr/franceculture/podcasts/l-invite-e-des-matins/marseille-les-nouvelles-cibles-du-narcotrafic-5904452

      Le journaliste Xavier Monnier, spécialiste du milieu criminel marseillais, nuance la dimension ethnique : « Il faut faire attention à avoir une lecture trop ethnique… au sein de la DZ Mafia comme du groupe Yoda, vous avez des Français d’origine comorienne, italienne, corse, algérienne, tunisienne. » Il rappelle que la DZ Mafia est née et organisée depuis la prison, fruit d’une décennie d’évolution : « On est face à l’aboutissement d’une chrysalide criminelle et là, on affronte l’éclosion. »

      Xavier Monnier qui avait donc fait une grosse enquête sur la DZ Mafia avant ce crime :
      En vidéo déjà lié https://seenthis.net/messages/1137633
      Et en écrit aussi en 3 articles :
      Narcotrafic, une histoire de la DZ Mafia - Episode 1 : Terreur sur Marseille
      https://www.blast-info.fr/articles/2025/narcotrafic-une-histoire-de-la-dz-mafia-episode-1-terreur-sur-marseille-h

      Narcotrafic, une histoire de la DZ Mafia - Episode 2 : La prison comme berceau et quartier général
      https://www.blast-info.fr/articles/2025/narcotrafic-une-histoire-de-la-dz-mafia-episode-2-la-prison-comme-berceau

      Narcotrafic, une histoire de la DZ Mafia - Episode 3 : La nouvelle ère du narcocapitalisme
      https://www.blast-info.fr/articles/2025/narcotrafic-une-histoire-de-la-dz-mafia-episode-3-la-nouvelle-ere-du-narc

      Et sa réaction au dernier meurtre
      https://www.blast-info.fr/articles/2025/marseille-don-quichotte-contre-les-moulins-des-narcos-yTR7NfaRR12EFEpXFK9

    • Bruno Mangin, pharmacien : « Les consommateurs de drogue portent déjà une culpabilité immense, n’ajoutons pas de la honte à leur souffrance »
      https://www.lemonde.fr/idees/article/2025/11/25/bruno-mangin-pharmacien-les-consommateurs-de-drogue-portent-deja-une-culpabi

      Depuis plusieurs jours, les propos d’Emmanuel Macron visant les consommateurs « bourgeois des centres-villes » accusés de financer le narcotrafic ont suscité bien des réactions. La mobilisation de cette rhétorique est inquiétante : loin d’éclairer les enjeux, elle renforce de vieux préjugés à l’égard des consommateurs de drogues et conduit la lutte contre le narcotrafic dans une impasse politique et opérationnelle. Réduire un phénomène aussi complexe à un mécanisme de culpabilisation individuelle revient à nier la réalité des déterminants sociaux et des responsabilités publiques.

      Oui, sans clientèle, il n’existe pas de marché. C’est l’évidence. Mais réduire la question du narcotrafic à une équation morale et individuelle – faute, culpabilité, responsabilité personnelle – revient à masquer l’essentiel. La consommation ne peut être dissociée du contexte social, économique et politique qui la rend possible ou supportable. Pointer les usagers du doigt, c’est détourner le regard des causes profondes sur lesquelles, collectivement, nous refusons d’agir.

      Notre société est en proie à une perte de repères, à une inquiétude face à l’avenir, à une montée de l’isolement et à un effritement du lien social. Le vertige écologique, la fragilisation économique et l’injonction permanente à la performance touchent toutes les catégories sociales. Ce que l’on demandait autrefois à la communauté, on le demande désormais aux individus. C’est dans ce vide que les conduites addictives deviennent les palliatifs fragiles qui permettent de rester debout face à un réel devenu trop lourd. La question n’est pas seulement de savoir qui consomme, mais ce qui, dans notre organisation sociale, rend ces usages attractifs, nécessaires ou tolérables.

      L’histoire nous l’a appris : la « #guerre_contre_la_drogue », déclarée il y a plus de cinquante ans [aux Etats-Unis] par Richard Nixon, est un échec mondial. Des milliards dépensés, des vies brisées, sans jamais parvenir à la réduction durable des trafics ou de la disponibilité des produits. Le constat est clair : la seule répression ne modifie ni les marchés ni les logiques d’usage. En revanche, elle fragilise les plus vulnérables, aggrave les risques et éloigne des dispositifs de prise en charge.

      Explications simplistes

      Les données issues des organismes publics, dont l’Observatoire français des drogues et des tendances addictives, montrent que les usages évoluent, s’étendent et se diversifient. Elles documentent une progression globale tout en soulignant des différences selon les âges, les produits et les contextes.

      Ces éléments invitent à analyser, à comprendre, à débattre, plutôt qu’à désigner des coupables simplifiés. S’agissant des jeunes, les indicateurs suggèrent une évolution contrastée, mais il serait imprudent d’en déduire des conclusions causales. Leur mal-être augmente, leur rapport au monde change, mais rien ne permet d’affirmer ce qui relie ou distingue ces tendances. La responsabilité publique oblige à dépasser les explications simplistes et à repenser nos politiques à l’aune de réalités complexes, où la détresse sociale, existentielle et économique joue un rôle déterminant.

      Face à cela, les réponses politiques demeurent fragmentées. Les débats sur la légalisation du cannabis ou les haltes soins addictions sont trop souvent caricaturés, réduits à des slogans qui empêchent toute réflexion sérieuse. Cette caricature, devenue réflexe, produit de fait une absence de débat démocratique. Pourtant, la légalisation, expérimentée dans de nombreux pays, contribue à affaiblir les réseaux criminels, réduire les violences et mieux contrôler les substances. De même, les haltes soins addictions – évaluées officiellement – démontrent leur efficacité sanitaire, sociale et sécuritaire. Malgré cela, leur déploiement reste marginal, sans stratégie nationale.

      La lutte contre le narcotrafic nécessite une coordination réelle entre l’Etat, garant du cadre régalien, et les collectivités territoriales, au contact des réalités sociales. Sans articulation entre justice, police, prévention, santé publique, action sociale et politiques de jeunesse, aucune stratégie ne peut produire d’effets durables. C’est cette coopération – et non la désignation de boucs émissaires – qui permettra d’agir sur les causes, protéger les populations et réduire l’emprise des réseaux.

      Débat sur la légalisation

      A l’approche des élections municipales, il appartiendra aux candidates et candidats d’assumer leurs responsabilités : proposer des politiques locales qui ne se limitent pas à la seule sécurité, mais qui intègrent prévention, accompagnement social, soutien économique, réponses sanitaires structurées et vision politique cohérente. Ignorer cette dimension, c’est condamner les territoires à des solutions inopérantes.

      L’urgence est claire : cesser d’opposer morale et santé publique, prévention et répression, usagers et non-usagers. Lutter efficacement contre le narcotrafic exige une stratégie globale : fermeté contre les réseaux criminels, mais aussi courage face aux réalités sociales, économiques et politiques qui nourrissent la demande. Cela suppose d’ouvrir enfin un débat sérieux sur la légalisation, de déployer des haltes soins addictions dans toutes les grandes villes et de reconnaître l’usager non comme un coupable, mais comme un citoyen dont la santé et la dignité doivent être protégées. Les consommateurs de drogue portent déjà une culpabilité immense, et il est inutile d’ajouter de la honte à leur souffrance.

      Si nous voulons réduire le narcotrafic, ni la stigmatisation ni les proclamations ne seront suffisantes. Si nous voulons avancer, nous devons nous occuper de ceux qui souffrent, cesser de les accuser et contribuer à soigner une société qui vacille. Une société adulte ne se contente pas d’indignation ou de simplification. Elle regarde la réalité, elle l’affronte, elle construit. C’est cela que nous devons à nos concitoyens, à nos jeunes, à nos territoires et à notre démocratie.

      Bruno Mangin, pharmacien à Nîmes et président de l’association Ekko, qui œuvre pour la prise en charge des personnes en situation d’addiction et pour la prévention des conduites addictives.

    • Narcotrafic, le poison de l’Europe -Disponible jusqu’au 05/04/2026
      https://www.arte.tv/fr/videos/RC-027444/narcotrafic-le-poison-de-l-europe

      Dix ans avant la France ou la Suède, les Pays-Bas ont dû faire face à une criminalité ultraviolente organisée autour de la cocaïne latino-américaine. En retraçant l’histoire de ce narcotrafic d’un type nouveau, cette captivante enquête montre combien l’ultralibéralisme contemporain lui permet de prospérer.

      « le débat ne prend pas en compte la place du système financier », estime Roberto Saviano
      https://seenthis.net/messages/1151976

      La richesse d’une nation
      https://seenthis.net/messages/1151911

      #narcotrafic

    • Narcotrafic, le poison de l’Europe (2/2)
      La faiblesse des États
      https://www.arte.tv/fr/videos/118270-000-A/narcotrafic-le-poison-de-l-europe-2-2

      Dix ans avant la France ou la Suède, les Pays-Bas et la Belgique ont dû faire face à une criminalité ultraviolente organisée autour de la cocaïne latino-américaine. Ce second volet retrace la patiente enquête des polices européennes pour frapper le narcotrafic à sa tête. Une victoire temporaire, puisqu’il s’est reconstitué aussitôt, ailleurs et avec d’autres…

      pas mal de blabla, et pas que.
      découvre qu’en raison de ce commerce, le port de Rotterdam a été robotisé (le narcotrafic se dirige vers des ports moins équipés : Anvers n’a pas atteint la capacité de scanner tous les conteneurs ; le Havre est loin de tout ça, etc.)
      #cocaïne #Europe #mondialisation #commerce_mondial #marché_mondial #Dubaï #corruption #encrochat (hacké par la gendarmerie française) #sky_ECC (corrompue grâce à une demande d’actualisation policière)

  • Plaidoyer pour une projection tri-globale
    https://www.visionscarto.net/projection-tri-globale

    La représentation cartographique de l’espace terrestre dans sa totalité est une équation impossible à résoudre, ce que la bande dessinée de Jean Laveugle et Emmanuelle Vagnon, Geographia, l’odyssée cartographique de Ptolémée évoque avec autant d’érudition que de drôlerie. Des générations de géographes se sont essayé à « la projection parfaite », sans trop de succès jusqu’à présent. Le problème reste d’actualité, surtout si on recherche des « formes le plus exhaustives possibles » de (...)

    #projections #mondialisation

  • Droits de douane, Trump, Norvège

    https://www.nrk.no/norge/tollkaos-for-norske-bedrifter-_-kan-vri-produksjon-mot-europa-1.17514698

    Tollkaos for norske bedrifter – kan vri produksjon mot Europa

    Stor variasjon i enkeltlands tollsatser til USA kaster om på rammevilkårene for norske bedrifter. Friluftsgiganten Norrøna vurderer nå nye produksjonsland.

    Le PDG de Norrøna, Jørgen Jørgensen, montre une polaire dans les rayons du magasin de Lysaker.

    – Il est fabriqué en Chine. Il était auparavant soumis à un droit de douane de 36 %. Aujourd’hui, la Chine est frappée par deux droits de douane punitifs de 20 % chacun, ce qui nous amène à plus de 75 % de droits de douane, explique le patron de Norrøna. Les États-Unis ont imposé 15 % de droits de douane sur les produits de l’UE, tandis que le Vietnam est frappé d’un tarif de 20 %, donc beaucoup moins onéreux pour nous.Les États-Unis représentent le plus grand marché d’exportation de Norrøna. L’entreprise y compte entre 250 et 300 revendeurs, quatre magasins en propre, en plus des ventes en ligne. Elle estime que les droits de douane entraîneront un coût supplémentaire de 15 millions de couronnes par an. Cela entraînera à terme des prix plus élevés pour les consommateurs américains, estime Jørgensen.

    En résumé, c’est le pays d’origine – c’est-à-dire le pays de production – qui détermine le tarif douanier applicable à l’exportation vers les États-Unis.

    Les droits de douane imposés par Trump à l’ensemble des pays de la planète mettent à mal les entreprises norvégiennes qui font produire en Asie. Dans l’urgence, Norrøna, le géant des vêtements et des équipement de loisir, déplace sa production de la Chine vers le Vietnam (moins taxé). À terme, il se peut bien que Norrøna rapatrie sa production vers des pays de l’UE comme la Lituanie par exemple où le coût du travail est encore bien moindre qu’en France, Espagne ou Italie

    – C’est un coût massif auquel nous ne pouvons pas échapper. Nous pensons qu’avec le temps, nous ajusterons les prix pour compenser, mais pour l’instant, c’est une charge que nous devons absorber, dit-il.

    – Dans le meilleur des cas, la taille du marché reste stable, mais vous vendez moins de produits à cause des prix plus élevés. Il se peut aussi que le marché se contracte, poursuit Jørgensen.

    –--------

    La NRK publie une petite synthèse sur l’essentiel à comprendre et savoir sur les droits de douane

    Qu’est-ce qu’un droit de douane ?

    Un droit de douane est une taxe imposée par un État sur les biens entrant sur son territoire.
    Par exemple, la Norvège impose des droits de douane sur le fromage importé. Cela rend le fromage étranger plus cher que le fromage produit en Norvège.

    Comment ça fonctionne ?

    C’est l’entreprise ou la personne qui importe la marchandise qui paie la taxe, au moment où celle-ci franchit la frontière.
    Les revenus des droits de douane vont à l’État qui les impose.
    Puisqu’il devient plus coûteux de vendre un produit, une entreprise augmente le prix pour compenser ce surcoût.
    Ainsi, les droits de douane affectent les consommateurs.

    Quel est le but ?

    Deux arguments justifient les droits de douane :

    – Protéger les entreprises nationales contre la concurrence étrangère

    – Générer des revenus pour l’État

    En rendant les produits étrangers plus chers, on espère que les consommateurs achèteront des produits locaux.

    Certains considèrent donc les droits de douane comme un moyen de protéger les entreprises nationales.

    Et puisque les droits de douane rapportent à l’État, cela augmente ses recettes.

    Donald Trump ajoute un troisième argument : les droits de douane comme levier de négociation ou de pression.

    Que fait Trump ?

    Donald Trump est un grand partisan des droits de douane.
    Il est opposé au libre-échange, qui permet d’exporter sans droits de douane. Les États-Unis instaurent désormais un droit de douane minimal de 10 % sur tous les pays.
    En plus, chaque pays peut se voir appliquer des tarifs supplémentaires selon les produits exportés et les volumes.

    Tous les produits norvégiens envoyés aux États-Unis seront frappés d’un droit de douane de 15 %.

    Quelles conséquences pour la Norvège ?

    La Norvège exporte pour plus de 60 milliards de couronnes par an vers les États-Unis. Ces produits seront désormais plus chers. Les entreprises norvégiennes risquent donc de perdre des clients. Si la Norvège riposte en imposant des droits aux produits américains, ces produits deviendront aussi plus chers en Norvège. Des prix plus élevés pourraient entraîner une hausse de l’inflation. Les produits norvégiens exportés vers l’UE, la Chine ou d’autres pays pourraient aussi être touchés si les États-Unis augmentent les droits à d’autres pays. Si l’inflation reste élevée, la banque centrale de Norvège risque de ne pas baisser les taux d’intérêt.

    Puisque les grands pays producteurs asiatiques sont désormais plus lourdement taxés que l’Europe, les entreprises doivent réévaluer leurs lieux de production. La production norvégienne pourrait être transférée en Europe.

    #Trump
    #droits_de_douane
    #mondialisation
    #norvège
    #capitalisme
    #protectionisme
    #libre_échange
    #commerce_mondial

    • Pour des payse et des entreprises qui ont développés des échanges économiques et financiers étroits avec les États-Unis, c’est compliqué de trouver des solutions dans l’urgence. Ici en Norvège, historiquement très lié aux États)Unis (il y a plus de norvégiens aux US qu’en Norvège), la société essaye de s’adapter à ces nouvelles conditions que certaines et certains parient être « temporaire » (trois ans à souffrir dans l’espoir d’un changement aux prochaines élections. Mais on lit aussi des articles expliquant que d’autres grandes industries, sociétés commencent à organiser un redéploiement sur d’autres marchés pour progressivement abandonner les US.

    • via @kassem ->

      @kassem : je découple ton signalement de la publication originelle :

      En même temps, délocalisation inverse

      Hyundai investit 21 milliards de dollars pour renforcer sa présence et éviter les tarifs douaniers des Etats-Unis

      https://www.entreprises-magazine.com/hyundai-investit-21-milliards-de-dollars-pour-renforcer-sa-pre

      ce virage stratégique aurait été inspiré bien plus tôt. Euisun Chung, président exécutif de Hyundai, a confié que c’est une rencontre en 2019 à Séoul avec Donald Trump qui a motivé le projet géorgien. Une entrevue qui a porté ses fruits, le président américain avait alors déclaré que Hyundai, en s’engageant à produire de l’acier et des voitures aux États-Unis, serait exempté de droits de douane. « 

      Hyundai produira de l’acier en Amérique et fabriquera ses voitures en Amérique, et par conséquent, ils n’auront pas à payer de droits de douane, avait affirmé Trump lors d’un échange à la Maison Blanche.

      Hyundai n’est pas un cas isolé. Les Japonais Honda et Nissan envisagent de délocaliser une partie de leur production mexicaine vers les États-Unis. Rolls-Royce (Royaume-Uni), Volvo (Suède) et Volkswagen (Allemagne) pourraient également suivre cette dynamique.

      Cette initiative devrait permettre de contourner les hausses tarifaires, tout en s’assurant une compétitivité accrue face aux géants.

  • Le grand accaparement | Revue Esprit
    https://esprit.presse.fr/article/sylvie-matelly-et-arnaud-orain/le-grand-accaparement-45927

    Les premières mesures économiques de l’administration #Trump, entre relèvement des #droits de #douane, #accaparement des #ressources et accès inégal au commerce #maritime, signalent que le vent de la #mondialisation_libérale a tourné. Sylvie Matelly, économiste, directrice de l’Institut Jacques Delors, autrice avec Bastien Nivet de L’Europe peut-elle faire face à la mondialisation ?1 et Arnaud Orain, économiste, directeur d’études à l’École des hautes études en sciences sociales, auteur du Monde confisqué2, interrogent les racines de ce basculement, et ses conséquences.

    (...)

    Nous entrons à nouveau dans un monde où les règles de la #mondialisation #libérale ne servent plus les gagnants d’hier (#Allemagne, #États-Unis). Ces derniers souhaitent donc remettre en cause les règles du jeu, c’est-à-dire refusent la #théorie des #avantages_comparatifs de #Ricardo

    (...)

    via https://mastodon.social/@Le_M_Poireau/114502113858092117

  • Mort du pape François : un pontificat marqué par un long combat en faveur des migrants
    https://www.lemonde.fr/societe/article/2025/04/22/mort-du-pape-francois-un-pontificat-marque-par-un-long-combat-en-faveur-des-

    Le long combat du pape François pour défendre les migrants
    Par Julia Pascual
    C’est à Lampedusa, confetti italien de 20 kilomètres carrés en mer Méditerranée, que le pape François, mort lundi 21 avril à l’âge de 88 ans, avait effectué, le 8 juillet 2013, le premier voyage de son pontificat. Et c’est depuis cette île proche des côtes tunisiennes, assimilée à une porte de l’Europe, qu’il avait fustigé « l’indifférence » du monde au sort des migrants lors d’une messe suivie par plus de 10 000 personnes dans le petit stade de l’île.
    « Dans ce monde de la mondialisation, nous sommes tombés dans la mondialisation de l’indifférence », avait-il lancé, évoquant « des immigrés morts en mer, sur ces bateaux qui, au lieu d’être un chemin de l’espérance, ont été une route vers la mort ». « Ne permettons pas que la “mare nostrum” ne se transforme en une désolante “mare mortum” », avait encore déclaré François. Depuis 2014, près de 32 000 personnes ont disparu en essayant de rejoindre le continent européen par la mer.
    « Ensemble, en tant qu’une unique famille humaine, nous sommes tous des migrants », considérait encore ce fils et petit-fils de migrants arrivés du Piémont en Argentine en 1929. « Au fil des ans, il a constamment plaidé pour un accueil digne et humain des migrants, condamnant fermement les politiques de rejet et qualifiant même de “péché grave” les tentatives systématiques de repousser les migrants », rappelait Marcela Villalobos Cid, coordinatrice pastorale de réseaux au sein de la Conférence des évêques de France, dans un texte paru en février.
    L’Argentin a martelé son message d’ouverture aux exilés, plaçant la question migratoire au cœur de son « programme pontifical » et multipliant les gestes symboliques. En 2016 et en 2021, il s’est rendu sur l’île grecque de Lesbos, autre porte d’entrée vers le continent et théâtre de nombreux naufrages. La première fois, après avoir prôné la solidarité, il était reparti avec, dans son avion, douze réfugiés syriens qui avaient bénéficié de couloirs humanitaires grâce à la communauté laïque Sant’Egidio.
    En 2016, il s’était également déplacé à Ciudad Juarez, à la frontière entre le Mexique et les Etats-Unis − en février, il s’était encore attiré les foudres de la Maison Blanche en condamnant, dans une lettre adressée aux évêques américains, les expulsions massives de migrants voulues par Donald Trump −, et, en septembre 2023, lors de sa venue à Marseille en clôture des Rencontres méditerranéennes, il avait dénoncé le « fanatisme de l’indifférence » face aux naufrages, remerciant les humanitaires qui sauvent des vies en mer, condamnant les politiques prompts à les en empêcher.
    « Ceux qui risquent leur vie en mer n’envahissent pas, ils cherchent un accueil », avait-il encore affirmé, ramenant la migration à un simple « fait de société ». Dans la troisième encyclique de son pontificat, Fratelli tutti, parue en octobre 2020, le pontife argentin était longuement revenu sur le traitement réservé aux migrants, marqué par le repli sur soi et le manque de fraternité. Il avait alors dénoncé les chrétiens qui considèrent que les migrants sont « dotés de moins d’humanité », faisant « prévaloir certaines préférences politiques sur les convictions profondes de leur foi : la dignité inaliénable de chaque personne indépendamment de son origine, de sa couleur ou de sa religion ». Il y affirmait qu’« une ouverture saine ne porte jamais atteinte à l’identité », car « une culture vivante ne copie pas ou ne reçoit pas simplement, mais intègre les nouveautés à sa façon ».
    Des positions qui n’ont pas manqué de froisser une partie des catholiques. « S’il y a un domaine où le discours du pape dérange plus que tout autre, c’est probablement celui de l’immigration où l’Eglise est souvent restée confinée au registre de l’assistance et de la charité », écrivait le politologue Vincent Geisser dans la revue trimestrielle Migrations société en 2017 (« François, pape des migrants ? »). Il considère que François voit dans le migrant « l’incarnation par excellence de la figure du pauvre ».
    « Il a toujours regardé le monde par le bas, à partir des plus pauvres », corrobore Valérie Régnier, vice-présidente de Sant’Egidio, qui a développé son programme de couloirs humanitaires à partir de l’homélie de Lampedusa. Depuis sa mise en place en 2016, plus de 8 000 réfugiés ont été accueillis, à travers des voies légales, en Italie, en France et en Belgique.
    « Quand le pape a dénoncé la mondialisation de l’indifférence, il nous a encouragés à réfléchir face à une culture du repli, du rejet des autres », retrace Mme Régnier. « C’est une boussole dans nos actions, abonde le président du Secours catholique, Didier Duriez. Nous prônons un accueil inconditionnel depuis 1946 et nous recevons beaucoup de migrants dans nos 80 accueils de jour, dont celui de Calais. Donc, quand le pape rappelle ce devoir d’accueil, c’est important. »

    #Covid-19#migrant#migration#vatican#pape#mondialisation#droit#sante#protection

  • « L’#hypocrisie des #puces_électroniques#made_in_France” »

    Relocaliser l’industrie numérique, telle que la production de puces électroniques, est un #leurre. #Quartz, #silicium, #cobalt... viennent du Sud global. « Le #numérique est une #technologie_impériale », résume notre chroniqueuse.

    C’était un mot qui faisait souffler un vent d’idéalisme, un mot de contre-sommet plus que de journal télévisé : « relocaliser ». Dans les années 2000, les altermondialistes voulaient « relocaliser l’économie ». Défendre la menuiserie de bois local contre la production mondialisée d’Ikea, soutenir l’agriculture paysanne contre la monoculture d’exportation. Le monde entier était devenu la base logistique des multinationales. Relocalisation et coopération s’opposaient à ce libre-échange impérial qui permet d’obtenir de l’huile de palme d’Indonésie ou du soja d’Amazonie cultivé sur les terres ancestrales des peuples autochtones.

    Mais en vingt ans, et plus encore depuis le Covid, « relocaliser » est devenu un mantra du patronat. Ce sont désormais les #multinationales qui demandent à l’État de les aider à rapatrier certaines activités « stratégiques ». Entre-temps, le sens du mot a complètement changé. Le but est aujourd’hui de « sécuriser les #chaînes_d’approvisionnement » : aider l’industrie à avoir sous le coude #matières_premières et #composants.

    Imaginez qu’un missile tombe sur Taïwan où se trouvent les principales fonderies de semiconducteurs, ces puces électroniques présentes dans le moindre objet du quotidien (Il y en a 160 dans un téléphone, plus de 3 500 dans une voiture hybride [1]). Voilà qui mettrait à l’arrêt la production de voitures, de drones, de satellites, d’objets connectés et d’armement (la France étant le deuxième exportateur d’armes du globe).

    Les multinationales n’ont pas subitement décidé qu’un autre monde était possible et qu’elles devaient exploser en millions de coopératives locales. C’est plutôt que, pour elles, la planète n’est plus cette base logistique commodément aménagée par les politiques de la Banque mondiale et du Fonds monétaire international. L’hégémonie occidentale est terminée. Il y a plusieurs empires en concurrence pour les ressources et les marchés. Tous veulent des #métaux, des #semiconducteurs, etc. pour produire peu ou prou les mêmes objets.

    #Dépendance à un vaste tissu économique mondialisé

    C’est dans ce contexte que les députés européens ont voté en juillet 2023 le #Chips_Act. Objectif : produire sur le continent 20 % de la demande européenne de semiconducteurs. À #Crolles, près de #Grenoble, l’État va consacrer 2,9 milliards du #Plan_France_Relance pour augmenter les capacités de l’usine #STMicroelectronics, un groupe franco-italien dont le siège est en Suisse.

    Une usine de semiconducteurs est-elle relocalisable comme la production de chaussettes, qu’on peut approvisionner en laine de brebis du causse d’à côté ? En quoi consiste la production de puces électroniques ? À cette question, le #collectif_Stop_Micro a consacré toute une enquête (https://stopmicro38.noblogs.org/post/2024/11/01/ce-que-signifie-relocaliser), publiée en amont des rencontres organisées à Grenoble du 28 au 30 mars avec Les Soulèvements de la Terre.

    Décrivant les étapes de la production d’une puce électronique, ce document d’une quarantaine de pages illustre « le degré de dépendance de l’industrie de la #microélectronique à un vaste tissu économique mondialisé ». « Les produits made in France de ST sont en réalité de purs produits de la #mondialisation capitaliste, et ne pourraient exister sans elle », conclut-il.

    Fondé en 2022, #Stop_Micro s’oppose à l’agrandissement des usines de puces électroniques, deux sites industriels situés en Isère qui consommeront bientôt plus d’#eau et d’#électricité qu’une ville de 200 000 habitants. Ces besoins colossaux s’expliquent par le degré de #miniaturisation des composants. Sur la moindre puce de quelques millimètres sont gravés des dizaines de milliards de #transistors dont chacun est « 10 000 fois plus fin qu’un cheveu humain », précise l’Esia, l’association européenne des semiconducteurs, dans une brochure. De l’#eau_potable ultrapure est nécessaire pour laver les plaquettes de silicium et les débarrasser de contaminants présents à l’échelle nanométrique.

    Milliards de #subventions_publiques

    Pourtant, malgré leur consommation de ressources, les usines de STMicroelectronics à Crolles et de #Soitec à #Bernin « ne produisent formellement même pas “des puces” », selon le collectif. En résumant beaucoup, disons qu’une puce électronique commence avec l’extraction de quartz dans une carrière puis sa transformation en silicium métal dans de hauts fourneaux. Pour atteindre le niveau de pureté de 99,9999999 % requis pour les semiconducteurs, il faut y ajouter de nombreuses étapes impliquant produits chimiques et hautes températures pour obtenir des lingots de silicium monocristallin ultrapur qui sont ensuite découpés en galettes très fines (#wafers).

    Ce n’est qu’à ce stade qu’interviennent les usines grenobloises. Elles reçoivent ces galettes pour y graver « par photolithographie (dans l’esprit d’une photo argentique mais en autrement plus complexe), des milliards de transistors et circuits miniatures ». À la sortie de ces usines, la puce n’existe pas encore comme objet séparé, précise Stop Micro. C’est dans d’autres sites en Asie qu’elles sont découpées, testées et préparées individuellement de façon à pouvoir être intégrées à des circuits électroniques. Ces usines « relocalisées » en Isère au moyen de milliards de subventions publiques ne sont donc qu’une étape parmi des dizaines d’autres, réparties sur toute la planète.

    Autre exemple : une minuscule puce peut contenir des dizaines de métaux différents : arsenic, tantale, titane, antimoine, gallium…. #Intel, le plus grand vendeur de semiconducteurs au monde, a travaillé pendant six ans pour retracer la provenance du #cobalt qu’il utilise afin de comprendre s’il est extrait dans des zones de guerre en République démocratique du Congo. L’entreprise n’y est parvenue qu’en partie, alors que le cobalt n’est qu’un seul de tous les métaux utilisés.

    Le fait que STMicro, à Crolles, ait plus de 6 600 fournisseurs directs donne une idée de la complexité des process mis en œuvre sur ce gigantesque site. « La fabrication de semiconducteurs est l’activité de fabrication la plus complexe que l’on connaisse actuellement », résume l’Esia. « Avant d’atteindre le stade du produit final, une puce peut faire 2,5 fois le tour du monde et traverser 80 frontières ».

    Des chaînes d’approvisionnement d’une complexité inouïe

    Il y a des technologies emblématiques de certaines formes politiques. Le métier à tisser mécanique, par exemple, cristallise le capitalisme industriel anglais du XIXe : le coton produit en Inde, les usines textiles de Manchester alimentées au charbon, les cotonnades vendues aux marchands d’esclaves africains. La puce de silicium, elle, est emblématique de l’hégémonie néolibérale des puissances occidentales des années 2000.

    Elle nécessite de maîtriser des chaînes d’approvisionnement d’une complexité inouïe, réparties sur des dizaines de pays. C’est la pax americana qui a rendu possible la Silicon Valley. Si cette domination mondiale n’avait pas existé, naturelle au point de passer pour « la fin de l’Histoire », si le monde n’avait pas été cet espace de libre-échange commodément organisé pour achalander les multinationales, il ne serait venu à l’idée de personne de numériser toutes les activités humaines.

    Car au fond, est-il bien raisonnable de rendre une société entière dépendante, pour sa survie, d’un objet qui repose sur l’activité de centaines de mines aux quatre coins du monde, qui franchit en moyenne 80 frontières avant d’atteindre le stade du produit final ? Le numérique est une #technologie impériale. Que devient-il quand l’empire vole en éclats ?

    Pour promouvoir l’activité de ses entreprises, l’Esia souligne que les semiconducteurs sont indispensables « aux soins médicaux critiques », « aux infrastructures d’eau », « à l’agriculture durable qui nourrit le monde ». Faut-il en conclure que tout doit être mis en œuvre pour trouver des terres rares, des galettes de silicium ou du cobalt ? Ou, au contraire, que l’hôpital, la distribution d’eau et l’agriculture devraient absolument pouvoir fonctionner sans informatique ? Qu’il est follement inconséquent de laisser les services essentiels à la merci de la moindre cyberattaque ou rupture d’approvisionnement.

    C’est tout ce qui sépare la quête d’#autonomie et de #sobriété, dont nous avons besoin pour nous protéger autant que pour rendre le monde plus juste, des politiques actuelles de « #souveraineté_industrielle » qui, en augmentant notre dépendance à des technologies impériales, nous condamnent à la guerre des ressources.

    https://reporterre.net/L-hypocrisie-des-puces-electroniques-made-in-France
    #puces #relocalisation #industrie

  • Les diamantaires anversois, inquiets, ne veulent pas de tarifs douaniers européens contre Trump VRT - Anne François

    Les droits de douane supplémentaires à l’importation annoncés par le président américain Donald Trump provoquent une grande incertitude dans le secteur anversois du diamant. De nombreux diamantaires se posent des questions sur leur exportation vers les Etats-Unis. « Nous craignons de devoir payer les droits de douane plus élevés des pays dont proviennent les diamants bruts », explique Ine Tassignon de l’Antwerp World Diamond Centre.

    « Ces dernières heures, notre téléphone ne cesse de sonner et notre boite de courrier électronique déborde. Les diamantaires belges qui font du commerce avec les Etats-Unis se posent beaucoup de questions sur les tarifs douaniers », précise Ine Tassignon. L’Antwerp World Diamond Centre craint que les USA n’imposent des droits de douane plus élevés sur les diamants venant d’Anvers que les 20% annoncés pour l’Europe.


    « Le diamant est réellement un produit mondial. Une pierre brute du Botswana peut être taillée en Inde et vendue à un client de New York via Anvers. Mais pour chacun de ces pays, les Etats-Unis ont annoncé un droit de douane différent : 37% pour le Botswana, 26% pour l’Inde », indique Ine Tassignon.

    L’Antwerp World Diamond Centre suspecte que les USA appliqueront toujours les tarifs de douane à l’importation les plus élevés. « La semaine dernière, un diamantaire belge a dû payer des droits de douane à l’importation de 25% parce que sa pierre précieuse brute venait du Canada », révèle Ine Tassignon. Le Centre y voit un précédent et veut rapidement obtenir des précisions.

    Appel à l’UE : pas de tarifs réciproque sur les diamants
    Les Etats-Unis sont les plus gros acheteurs de diamants taillés. En plus de cela, le plus important laboratoire de reconnaissance, pour la certification des diamants, se trouve à New York.

    « Ce qui signifie que de nombreux diamants bruts sont envoyés d’Anvers vers les Etats-Unis, avant d’être réexpédiés vers Anvers. Il y a énormément de circulation allant dans les deux sens », souligne Ine Tassignon.

    C’est la raison pour laquelle le secteur anversois du diamant appelle la Commission européenne à ne pas imposer de tarifs douaniers réciproques sur le commerce des diamants depuis les USA vers l’Europe. « Cela créerait des barrières supplémentaires qui ne nous feront que du mal ».

    Source : https://www.vrt.be/vrtnws/fr/2025/04/03/les-diamantaires-anversois-inquiets-ne-veulent-pas-de-tarifs-d
    #douane #diamants #Anvers #économie #frontières #mondialisation #en_vedette #ue

  • La centralité discrète de #Trabzon dans le #commerce mondial « entre pauvres »
    https://metropolitiques.eu/La-centralite-discrete-de-Trabzon-dans-le-commerce-mondial-entre-pau

    Loin des dynamiques de #mondialisation les plus visibles, l’anthropologue Alain Tarrius évoque les réseaux mondiaux de l’économie souterraine et comment ils se sont un temps structurés au bénéfice de Trabzon, ville turque de la #mer_Noire. Entretien réalisé par Antoine Fleury et Jean-François Pérouse. Lorsqu’on parle de mondialisation, les premières images qui viennent à l’esprit sont souvent celles des places financières ou des multinationales. Depuis plusieurs décennies, Alain Tarrius et ses collègues #Entretiens

    / Trabzon, mer Noire, mondialisation, pauvreté, mobilité, commerce, #transport, #Méditerranée

    #pauvreté #mobilité
    https://metropolitiques.eu/IMG/pdf/met_entretien_tarrius.pdf

  • Quand le capitalisme fait sécession · Haud Guéguen
    https://www.terrestres.org/2024/04/02/quand-le-capitalisme-fait-secession

    À propos de Quinn Slobodian, Crack-Up Capitalism : Market Radicals and the Dream of a World Without Democracy, Dublin, Penguin Books, 2023, 352 pp.

    .... si Les Globalistes se terminait dans les années 1990, avec cette apogée du projet globaliste qu’est la création, à Genève, de l’OMC (et avec les premières manifestations de crise de la globalisation), c’est ici un phénomène en apparence contradictoire qui se trouve pris pour point de départ : une tendance à la « perforation » (p. 16) ou à la « fragmentation » (p. 18) du monde que Slobodian décèle à travers la multiplication toujours croissante du principe de la « zone » économique spéciale – liminairement définie comme une « enclave creusée dans une nation et libérée des formes ordinaires de régulation » (p. 13) – dont il montre qu’elle s’initie à partir des années 1970 dans la colonie anglaise de Hong Kong, et dont la carte qu’il en dresse à l’échelle mondiale n’en dénombre pas moins que 5400 à l’heure actuelle.

    En faisant le choix de s’installer dans cette « histoire du passé récent et de notre présent troublé » (p. 19) qu’est celle des quatre dernières décennies, il s’agit ainsi de s’attacher à ce qui n’est en réalité pas tant le contraire que l’autre face de la globalisation néolibérale : ce que Slobodian désigne comme le processus de « zonification » ou la prolifération d’espaces visant à l’optimisation du capital au moyen d’une neutralisation de la démocratie, dont l’auteur souligne qu’elle ne s’opère pas tant contre les États qu’elle ne s’opère au moyen de leur propre coopération. Des zones franches aux paradis fiscaux, des charters cities et des gated communities aux start-up nations ou aux utopies de la Silicon Valley, c’est donc une certaine tendance du capitalisme contemporain à faire « sécession » – ou, dit autrement, à se fortifier en se mettant à l’abri de tout contrôle démocratique – que Slobodian nous invite à regarder de plus près en s’attachant à la multiplicité de ces « enclaves » et des figures qui les promeuvent (de Milton, David et Patri Friedman à Murray Rothbard ou Peter Thiel pour ne citer que quelques-uns des plus connus).

    [...]
    .... en racontant ce qu’on pourrait se risquer à appeler cette « histoire des vainqueurs », Slobodian donne à voir une tendance dont il interroge la logique propre et les scénarios futurs qu’elle esquisse en montrant comment, à travers toutes ces expérimentations et conformément au projet politique qui les soutient, la valorisation de la liberté économique va de pair avec une désactivation de toute liberté politique. Une telle fétichisation de la liberté économique ne s’accompagnant pas seulement d’un conservatisme raciste ou sociobiologique (...) mais de formes plus ou moins assumées de néo-colonialisme (l’idée étant d’appréhender la fondation de nouvelles « zones » comme la conquête de nouveaux territoires supposant une main d’oeuvre au moindre prix et privée de droits).

    L’ « utopie » que dessine la tendance capitaliste à la « zonification » (p. 99) du monde est donc celle d’un monde où la notion même de droit se trouve entièrement transférée du plan politique au plan économique. Mais, comme le souligne très finement Slobodian à propos des rêves sécessionnistes d’une figure de la Silicon Valley comme Valaji Srinivasan (auteur d’un ouvrage intitulé The Network State : How to Start a New Country), c’est aussi celle de ce qu’on pourrait appeler un monde non terrestre, puisque c’est en réalité la question des ressources qui se trouve occultée (...)

    https://seenthis.net/messages/1032891
    #Quinn_Slobodian #capitalisme #État #zones_franches #histoire_contrefactuelle #géographie_politique #Ciskei #libertariens #liberté_économique

    • Quinn Slobodian, historien : « Il faut oublier cette idée reçue selon laquelle le capitalisme et la démocratie se renforcent mutuellement »

      L’historien estime (...) que la démocratie est menacée par l’évolution de l’économie, et notamment par la réalisation d’un rêve ultralibéral : la multiplication des zones économiques spéciales échappant aux règles démocratiques. Propos recueillis par Pascal Riché

      Après avoir exploré l’histoire intellectuelle du néolibéralisme dans Les Globalistes (Seuil, 2022), Quinn Slobodian, historien canadien spécialiste de l’histoire globale et professeur à l’université de Boston, poursuit son enquête sur cette école de pensée dans Le Capitalisme de l’apocalypse ou le rêve d’un monde sans démocratie (Seuil, 384 pages, 25,50 euros).

      Le titre original de votre livre est « Crack-Up Capitalism », le capitalisme à fragmentation. Que désigne cette expression ?

      Elle nous invite d’abord à réfléchir à la géographie du capitalisme d’aujourd’hui. Le capitalisme a été marqué ces dernières décennies non seulement par l’intégration des échanges (la mondialisation), mais aussi par la création d’une variété gigantesque d’instances destinées à favoriser les investisseurs et leurs profits : zones économiques spéciales, ports francs, parcs d’affaires…

      La deuxième utilisation du terme « crack-up capitalism » est plus normative. Elle renvoie à la vision de libertariens radicaux qui, depuis l’économiste Friedrich Hayek jusqu’à l’investisseur Peter Thiel, rêvent de l’effondrement du système des Etats-nations. Ils imaginent un monde post-démocratique et même post-nations. L’humanité serait organisée en villes privées – ce qu’ils appellent des charter states (« Etats à charte ») –, dans lesquelles le principe de gouvernance ne serait plus « un homme, une voix ». Elles seraient gouvernées comme des entreprises.

      Ce fantasme correspond-il déjà à une réalité ?

      En partie. Aujourd’hui, on compte plus de 6 000 zones économiques spéciales, au cœur de la production et des flux financiers, à l’échelle mondiale. De même, les gated communities (« communautés fermées ») aux Etats-Unis, qui n’existaient quasiment pas il y a un demi-siècle, se comptent par dizaines de milliers aujourd’hui.

      Une réorganisation de la vie humaine est donc bien en cours. Savoir si elle prépare un monde « post-Etat-nation » reste une question ouverte. Mon livre tente de comprendre pourquoi des personnalités issues de l’élite rêvent d’une telle dystopie.

      Ces zones, dans l’esprit de ces idéologues, sont des outils pour se passer des Etats. Mais à la fin du livre, vous dites qu’elles sont en fait des outils au service de ces derniers : Chine, Arabie saoudite, Dubaï… N’est-ce pas paradoxal ?

      Il y a toujours une dialectique entre les utopies et la réalité dans laquelle elles s’inscrivent. Le socialisme utopique au XIXe siècle était une façon de lire les mutations qui avaient alors lieu : l’essor de la classe ouvrière, la production de masse… De même, les anarcho-capitalistes et libertariens radicaux d’aujourd’hui voient, dans un monde de contractuels, de chauffeurs Uber, de médias sociaux et de cryptomonnaies, ce que pourrait être un autre futur politique si ces tendances étaient accélérées. Le fait est que la multiplication des zones spéciales ne semble pas près de provoquer l’effondrement des Etats-nations.

      Il est plus difficile de se débarrasser des Etats que de la démocratie…

      Absolument ! De ce point de vue, il faut oublier cette idée reçue – et relativement récente – selon laquelle le capitalisme et la démocratie se renforcent mutuellement. Joseph Schumpeter, dans les années 1940, était convaincu, comme d’autres alors, que l’avènement de la démocratie signifierait la fin du capitalisme, car les citoyens utiliseraient leur vote pour collectiviser les moyens de production. A l’inverse, des penseurs comme Milton Friedman, dans les années 1970, étaient sceptiques à l’idée que le capitalisme allait de pair avec la démocratie. Ils arguaient qu’un excès de démocratie conduisait à des inefficacités et que cela ralentissait la production. Friedman admirait alors Hongkong, un territoire qui était davantage géré comme une entreprise que comme un pays.

      Le récit habituel que l’on fait de l’après-guerre froide est plein de clichés et de platitudes : le triomphe de la démocratie, un mouvement vers une plus grande intégration supranationale, le succès du multilatéralisme, et, globalement, un progrès…

      C’est la rhétorique de « la fin de l’histoire », selon le titre du fameux livre de Francis Fukuyama, en 1992…

      Oui ! Mais contrairement à ce récit, la démocratie et le capitalisme ne sont pas allés de pair. La priorité donnée à la liberté économique plutôt qu’à la liberté politique – ce pourrait être une définition du néolibéralisme – a conduit à considérer comme des modèles des endroits comme Singapour ou Hongkong, dont les traditions démocratiques sont faibles ou nulles.

      Dans le processus de nation branding – les efforts pour attirer touristes et investisseurs –, l’existence d’élections libres ou même d’une liberté d’expression compte très peu. Dans les classements d’attractivité internationaux, Dubaï obtient des scores très élevés, même s’il fonctionne comme une autocratie clanique, même s’il repose sur une main-d’œuvre quasi esclavagisée, même s’il se classe très bas en termes de liberté de la presse ou d’égalité des genres. Que de telles places aient pu devenir les archétypes de ce qu’est un « bon Etat » au XXIᵉ siècle en dit long sur notre civilisation.

      Le capitalisme sans démocratie est-il un modèle solide ?

      Oui, et ce n’est pas nouveau. La première mondialisation, à la fin du XIXᵉ siècle, fonctionnait sur la base de l’étalon-or, mais aussi sur celle de l’absence de suffrage universel : pour rétablir la parité de la monnaie, on pouvait toujours réduire les salaires ou provoquer des vagues de chômage.

      Dans les années 1970, lorsque les banques de la City de Londres ou de Wall Street cherchaient des pays emprunteurs, elles considéraient que le risque était le plus faible dans des endroits comme l’Allemagne de l’Est, la Tchécoslovaquie ou l’URSS. Elles étaient ravies de prêter de l’argent à des pays non démocratiques, et même socialistes. Les démocraties étaient vues comme des sources d’insécurité pour les investisseurs. Les nouveaux droits qui ont été adoptés à l’aube du XXIᵉ siècle concernent surtout la sécurité des investisseurs, les droits du capital, la protection de la propriété privée…

      Comment Donald Trump s’inscrit-il dans le récit que vous présentez ?

      Son nationalisme économique semble certes aller à l’encontre de la fragmentation mondiale que je décris. Mais il défend aussi des politiques qui accélèrent la fragmentation de son pays : des responsabilités importantes (avortement, contrôle des armes, financement de l’éducation…) sont laissées aux Etats. Cela prépare une intensification de la concurrence entre eux. Par ailleurs, Donald Trump plaide pour la création de villes privées, les freedom cities (« cités de liberté »). Il a aussi poussé des initiatives comme celles d’Elon Musk pour créer des villes d’entreprises, permettant aux entrepreneurs d’élaborer leurs propres législations. Cette tendance devrait s’accentuer.

      La Chine, pays au pouvoir autoritaire, s’appuie également sur les zones économiques spéciales que vous décrivez.

      La Chine est l’acteur le plus important dans cette histoire du « capitalisme crack-up ». C’est l’émulation créée par Hongkong, dans le sud de la Chine puis dans d’autres régions, qui a permis au pays de connaître une croissance spectaculaire au cours des dernières décennies. On comprend mal ce modèle si on le perçoit comme « centralisé ». Le génie de la direction politique chinoise a été de décentraliser une grande partie des décisions économiques au niveau de ces zones économiques spéciales.

      Cela a permis de laisser une latitude importante aux investisseurs étrangers et aux entrepreneurs locaux. Les expérimentations réussies étaient ensuite reproduites dans de nouvelles zones… La Chine représente un mélange extraordinaire de contrôle public et d’initiative privée, qui a été admiré par de nombreux libertariens.

      Avec l’initiative « Ceinture et route » (Belt and Road Initiative), la Chine a tenté d’externaliser les zones le long des routes commerciales de l’ancien empire. Elle a reproduit en quelque sorte le modèle des enclaves, utilisé jadis par l’Empire britannique avec ses comptoirs de la péninsule Arabique jusqu’au détroit de Singapour. Comme au XIXᵉ siècle, on ne cherche pas à conquérir de vastes territoires, on se concentre sur des points stratégiques.

      Comment les démocraties peuvent-elles empêcher « l’économie de l’apocalypse » ?

      L’Europe est un endroit fascinant où la bataille est menée. L’Union européenne (UE) a été conçue pour assurer une concurrence non faussée, ce qui passait par l’élimination de la course au moins-disant fiscal ou social provoquée par des zones spéciales. Cependant, les pays d’Europe de l’Est, qui ont rejoint l’UE plus tard, ont continué à utiliser des zones pour attirer les investissements. La Pologne est devenue une seule grande zone économique spéciale : le pays entier offre des traitements de faveur. La Hongrie, supposée nationaliste et populiste, crée également des zones spéciales pour attirer les investissements coréens. En Italie, Matteo Salvini et Giorgia Meloni s’y sont mis aussi, dans le sud du pays…
      Ces initiatives nourrissent une confrontation en Europe, avec pour enjeu l’équité de la concurrence et la primauté de l’Etat de droit. L’UE est en tout cas bien placée pour résister à l’attrait des nouveautés clinquantes comme les cryptomonnaies ou autres gadgets censés fournir une prospérité « à la Dubaï ». Elle n’est pas impressionnée par les bulles de hype que souffle la Silicon Valley.

      « Le Capitalisme de l’apocalypse », de Quinn Slobodian : les trous noirs d’un système économique

      Le point de départ du livre fascinant de l’historien canadien Quinn Slobodian Le Capitalisme de l’apocalypse (Seuil, 384 pages, 25,50 euros) est une phrase de #Peter_Thiel, lors d’une conférence de 2009 : « Si nous voulons plus de liberté, nous devons augmenter le nombre de pays. » Alors âgé de 41 ans, le fondateur de PayPal imaginait un monde utopique, libéré des Etats, composé de milliers de cités et autres entités connectées. Eh bien, on y est presque, démontre Quinn Slobodian.

      L’avenir que décrivait le célèbre investisseur, en partie, est déjà là. Le monde contemporain est constellé de milliers de trous noirs creusés par les détenteurs de capital depuis une cinquantaine d’années. Des micro-Etats, des zones économiques spéciales, des paradis fiscaux, des villes privées… « Pour comprendre l’économie mondiale, il faut apprendre à voir les vides », écrit l’auteur, qui nous emmène les examiner de près : en Asie (Chine), en Amérique latine (Honduras), en Europe (Liechtenstein) en Afrique (Somalie), au Moyen-Orient (Dubaï) ou encore dans le métavers… Le point commun de ces milliers de zones est leur absence de démocratie. Et c’est aussi l’excitation qu’elles provoquent dans l’imagination des fondamentalistes du marché.

      A travers le tableau qu’il peint, l’historien déroule une histoire des idées, de celles qui font fantasmer un groupe d’intellectuels et d’entrepreneurs anarcho-capitalistes, dont Thiel est un archétype. L’univers privatisé dont rêvent tous ces disciples néolibéraux de Friedrich Hayek est une monstrueuse dystopie dans laquelle le citoyen disparaît au profit du business. Il apparaît au fil de ce récit coloré que le véritable adversaire de ce groupe de libertariens fortunés et influents n’est pas l’Etat (qui leur est utile à bien des égards), mais la démocratie, cette empêcheuse d’accumuler en rond.

      https://www.lemonde.fr/idees/article/2025/01/20/quinn-slobodian-historien-il-faut-oublier-cette-idee-recue-selon-laquelle-le

      #histoire #récit #démocratie #économie #libertariens #anarcho-capitalistes #mondialisation #territoire_entreprise #État_entreprise #tourisme #investisseurs #Dubaï #Hong_Kong #Chine #villes_privées #villes_entreprises #dystopie #Empire_britannique #Europe #Pologne #note_de_lecture

  • Des #enseignants mondialisés ?
    https://laviedesidees.fr/Des-enseignants-mondialises

    Suivant une perspective internationale, Xavier Dumay montre l’émergence d’un champ des politiques de régulation de la profession enseignante où cohabitent des agents publics et privés animés par des intérêts différents mais co-construisant les réformes liées au recrutement, à la formation et à la mobilité des personnels.

    #Société #marché_du_travail #mondialisation
    https://laviedesidees.fr/IMG/pdf/20250108_enseignants.pdf

    • En France, bien qu’il existe des mécanismes qui favorisent l’homogénéisation, dans la formation initiale notamment, et bien que les politiques ne remettent pas en question de manière franche le statut d’emploi, on observe malgré tout un processus d’hétérogénéisation de la profession enseignante. La première raison tient à une dualisation croissante du marché de l’emploi, du fait du recours croissant aux #contractuel·les. En une dizaine d’années, leur part dans le total des enseignant·es du second degré est passée de 4 à 8 ou 9 %. Cela ne semble pas une évolution très marquée, mais elle l’est pourtant si l’on prend en compte la lenteur du renouvellement de la profession du fait de la longue durée des carrières. Lorsque l’on examine les seuls néo-recrutements, la part des contractuel·les atteint ainsi 25 à 30 % – avec cependant de grandes variations en fonction des académies et des disciplines.

      [...] Ensuite, le phénomène de dualisation du statut évoqué précédemment ne s’accompagne pas d’une ségrégation massive entre les enseignant·es contrairement à ce que l’on aurait pu attendre, à savoir que les enseignant·es contractuel·les se concentreraient davantage dans les établissements défavorisés, dans l’enseignement professionnel et dans les académies peu attractives. On constate plutôt un phénomène de « démarginalisation », de banalisation des contractuel·les dans le système éducatif. Cela signifie qu’elles et ils se retrouvent dans tous les types d’établissements, tous les niveaux d’enseignement, presque toutes les disciplines, tout autant les disciplines générales que professionnelles. Je voudrais toutefois noter une exception importante, qui est celle de la présence accrue des enseignant·es contractuel·les dans les établissements du réseau d’éducation prioritaire. La dualisation rampante de la profession enseignante en France pose donc des enjeux à la fois en termes d’efficacité globale du système scolaire, au vu de la place croissante occupée par les enseignant·es contractuels dans l’ensemble du système scolaire, mais aussi des enjeux d’inégalités sociales d’éducation, étant donné leur ségrégation dans le segment spécifique des établissements du réseau d’éducation prioritaire.

  • Alliances et accumulation - Comprendre la conflictualité entre les États-Unis d’Amérique, la Chine et la Russie à travers les flux mondiaux de capitaux | #Benjamin_Bürbaumer, Terrains/Théories, 2024
    https://journals.openedition.org/teth/5747

    En ancrant notre raisonnement dans la démarche proposée par #Nicos_Poulantzas, cet article permet d’illustrer une limite spatiale à la supervision étatsunienne du capitalisme global. Nous montrons, données à l’appui, que la #bourgeoisie_intérieure issue du territoire des États-Unis d’Amérique existe aujourd’hui avant tout à l’échelle transatlantique. Dès lors, les tensions internationales actuelles, mais aussi la solidité du bloc transatlantique réunissant l’hégémon étatsunien et les pays membres de l’Union européenne, peuvent être comprises par la présence ou non d’une bourgeoisie intérieure assurant l’interpénétration d’intérêts économiques et politiques partagés à travers les frontières des États-nations. L’argument fondamental de ce texte est que l’absence de bourgeoisie intérieure favorable au capital étatsunien tant en Russie qu’en Chine facilite la crispation de la politique mondiale. C’est ainsi que l’économie politique internationale de N. Poulantzas fournit un instrument explicatif structurel pour comprendre à quel point les tensions politiques, qui secouent actuellement le monde, sont associées au processus d’accumulation du capital. À condition d’en faire bon usage : l’explication de la guerre en Ukraine ou encore celle de la rivalité sino-étatsunienne ne saurait se résumer aux effets de structure, mais, sans prise en compte de cette dernière, toute tentative d’explication est d’avance vouée à l’échec – tel est du moins le point de vue poulantzassien.

    #impérialisme

  • Trump contre la #chine : refuser les explications simplistes
    https://lvsl.fr/trump-contre-la-chine-refuser-les-explications-simplistes

    Le retour de Donald Trump à la Maison Blanche annonce de nouvelles perturbations dans les rapports entre Pékin et Washington. Nommé secrétaire d’Etat, le sénateur Marco Rubio entend durcir le ton face à la Chine. Il se dit prêt à armer Taiwan et à renforcer les barrières douanières contre les produits chinois. Il faut cependant […]

    #Comment_la_Chine_change_le_monde #Les_États-Unis,une_puissance_menacée ? #Benjamin_Bürbaumer #États-Unis #Le_capitalisme_contre_la_mondialisation #Piège_de_Thucydide #Protectionnisme

    • La faiblesse politique du #capital_transnational américain en Chine ne repose toutefois pas seulement sur ses stratégies de rentabilité. Les politiques de l’Etat chinois ont également joué un rôle décisif. A la différence des pays ouest-européens qui ont accueilli à bras ouverts les investissements américains, la Chine a exercé un contrôle étroit sur l’ouverture économique. Tout d’abord, seule une partie de l’économie chinoise a pu faire l’objet d’une acquisition étrangère.

      Tout au long de la libéralisation, les autorités ont procédé à une restructuration des entreprises d’Etat qui a abouti à la formation de conglomérats monopolistiques dans des secteurs cruciaux, comme les ressources naturelles, les télécommunications, la finance et les travaux publics. Parmi les 500 plus grandes entreprises chinoises en 2012, on comptait 310 entreprises publiques, qui représentaient 80 % du chiffre d’affaires et 90 % des profits de cette liste. Les trente premières places de ce classement étaient toutes occupées par des entreprises sous contrôle étatique qui faisaient partie des plus grandes firmes mondiales. Les dirigeants de ces entreprises stratégiques sont membres du PCC et soumis à un système de rotation. Le chercheur Kevin Lin souligne a ce propos que « cette rotation constante entre les entreprises d’Etat et les postes au sein de l’Etat-Parti pour les cadres dirigeants vise précisément à empêcher la formation d’une classe de cadres capitalistes qui identifie ses intérêts avec ceux de ses homologues du secteur privé et des sociétés transnationales ».

      Les travaux empiriques sur les conseils d’administration confirment cette analyse. Tandis que, dans les multinationales occidentales, les dirigeants siègent fréquemment dans plusieurs entreprises en même temps, la Chine se tient à l’écart de telles pratiques. Au contraire, « la mondialisation des sociétés transnationales chinoises et de l’élite des affaires chinoise a été modeste », et on observe « une relation inextricable entre les firmes transnationales chinoises et l’Etat-Parti chinois ». En somme, le capital chinois ne se mélange pas avec le capital transnational occidental et se trouve particulièrement en phase avec les priorités politiques de l’Etat-Parti. Reste le capital privé. Dès les débuts de la libéralisation, le PCC a accordé une attention particulière à ce groupe social dont il soupçonnait que les intérêts étaient en décalage par rapport à sa politique. Le PCC ne s’y trompait pas totalement.

      C’est précisément du fait de l’importance de la règlementation sur l’environnement économique que beaucoup de propriétaires d’entreprises ont choisi de peser de l’intérieur, depuis que le PCC leur a ouvert l’adhésion en 2001. Désormais, un milliardaire chinois sur trois est membre du Parti et presque tous disposent d’excellents contacts informels avec l’Etat. Plus généralement, 95 des 100 plus grandes firmes privées sont sous le contrôle d’une personne impliquée dans l’Etat-Parti. Mais les relations entre le capital chinois et son Etat ne sont pas que formelles et purement instrumentales. Elles sont aussi affectives. Cette double dimension est au cœur de ce que le politologue Christopher McNally appelle l’ « encastrement épais » des détenteurs de capital dans l’Etat-Parti.

      Le résultat, c’est que des « interactions fréquentes, des sentiments de familiarité et de confiance, ainsi qu’un sentiment d’appartenance à un même groupe […] ont permis d’aligner étroitement les intérêts des détenteurs de capitaux prives chinois sur ceux de l’Etat-Parti ». On note bien le lien de subordination : les entreprises sont encastrées dans l’Etat-Parti. A ce titre, ce dernier est en mesure de déjouer des tentatives de coalition entre sociétés privées. Le PCC semble donc bien avoir réussi à canaliser les intérêts des entreprises privées. Finalement, la profondeur des échanges économiques transpacifiques n’a pas produit le rapprochement politique espéré par les présidents américains. Aucun organe de planification commun ni fraction transpacifique du capital, sur laquelle un tel rapprochement pourrait s’appuyer, n’a émergé. Au lieu d’être organiquement imbriquées comme le sont l’Europe et les Etats-Unis, les grandes puissances pacifiques restent extérieures l’une à l’autre. Chacune conserve ses intérêts propres, qui se situent de plus en plus sur une trajectoire de collision. Et la Chine, tenue par l’impératif de stabiliser sa propre dynamique d’accumulation par la conquête des marches mondiaux, en est venue à questionner l’organisation même de la #mondialisation.

  • « Excédent et déplacement, réfugiés et migrants » - des nouvelles du front
    http://dndf.org/?p=21568#more-21568

    Cet article vise à développer la notion de “population excédentaire” en tant que caractérisation des masses sans emploi. Il s’agit notamment des masses de travailleurs précaires exclus de la relation salariale formelle et des masses de personnes qui, en raison de la paupérisation capitaliste, ne sont visibles que sous des catégories générales (réfugiés, migrants). Les catégories générales de réfugiés et de migrants sont des catégories descriptives abstraites qui nécessitent une analyse concrète des “populations excédentaires” dans la dynamique différentielle du capitalisme mondial.

    Traduction en français d’un article diffusé sur cette page :
    https://globaldialogue.isa-sociology.org/articles/surplus-and-displacement-refugees-and-migrants

    #populations_excédentaires #surnuméraires #capitalisme #colonisation #mondialisation #prolétarisation #analyse_marxiste #valorisation #accumulation #reproduction (du #Capital)

  • Apple Lost a Tax-Dodging Battle, but It’s Winning the War
    https://jacobin.com/2024/10/apple-ireland-tax-avoidance-ecj

    Comment l’Irlande et Apple pillent les autres pays de l’Union Europénne

    2.10.2024 by Brian O’Boyle - Last month, the European Court of Justice issued one of the biggest tax rulings in history, forcing Apple to pay €13 billion to Ireland. But firms like Apple have already teamed up with Irish government officials to devise new ways of avoiding taxes.

    On September 10, the European Court of Justice (ECJ) issued its ruling in the biggest antitrust case in history. Eight years after the European Commission found that Ireland had given illegal tax advantages to Apple, the ECJ confirmed that “Ireland granted Apple illegal state aid which Ireland is now required to recover.”

    This judgment overturned a 2020 decision by the lower European General Court to annul the original ruling by the commission. The ECJ’s ruling is also definitive, meaning that Ireland must now collect €13 billion (plus interest) from profits that were made by an Apple subsidiary known as Apple Sales International (ASI) between 2004 and 2014.

    This is a windfall that most Irish people are more than happy to receive. For the Irish establishment, on the other hand, it comes with a nasty sting in the tail, as it confirms that the state’s Revenue Commissioners allowed the world’s biggest corporation (by stock market valuation) to gain competitive advantages from using Ireland to shelter their profits. In other words, it confirms that Ireland was one of the world’s major tax havens at least until 2015.
    Special Arrangements

    It was to avoid this reputational damage that Ireland originally decided to fight the ruling from the European Commission. Rather than accept the windfall following a long phase of domestic austerity, the Irish government threw more than €10 million of public money into convincing the commission that it was not entitled to any of ASI’s more than €110 billion profits, even though all of the sales were booked through Ireland.

    To make its case, the Irish government sent an ex–attorney general, Paul Gallagher, to argue that the European case was “fundamentally flawed, confused and inconsistent.” Gallagher’s argument centered on the low-value nature of Apple’s manufacturing operation in Cork. He claimed that it was “astonishing” for the commission to allocate taxes from ASI’s non-US profits to Ireland, since the intellectual property in question was produced in the United States while the customers were mostly located in Europe, North Africa, and the Middle East.

    Gallagher went on to argue that by allocating the profits to Ireland in this way, the commission had overreached into Irish taxation policy, breaching Ireland’s national sovereignty in the process. But why were profits that had no economic relationship to Apple’s Irish operation routed through Ireland in the first place, and did the commission actually breach Ireland’s competencies around taxation? Answering these questions brings us into the heart of Apple’s unique arrangement with the Irish establishment.

    The genesis of the European Commission case was a slip of the tongue by Apple CEO Tim Cook in 2013. Appearing before a US Senate committee on Apple’s offshore activities, Cook referred to a special “tax incentive arrangement” that Apple had received from the Irish Revenue Commissioners as far back as 1991 and renewed again in 2007.

    This was an incredible admission to make in public, as it strongly suggested that Apple had a special deal with the Irish tax authorities. It also implied that one of the world’s most successful companies may have received a competitive advantage over its rivals. This set Europe’s competition commissioner, Margrethe Vestager, on the case.

    By the time Cook appeared in front of the Senate committee, it was an open secret that Ireland was allowing major US corporations to avoid their taxes. Most US companies were using a Base Erosion and Profit Shifting (BEPS) tool known as the “Double Irish.” But Apple seemed to have an even better arrangement created in the years before the legal provisions for the “Double Irish” were enacted.
    Race to the Bottom

    Apple’s relationship with Ireland goes back to 1980, when the company was looking for a European base to make their products. At the time, Ireland offered US corporations a 10 percent “Exports Sales Tax Relief Scheme” on their profits. However, when this special rate was challenged in the European courts, Apple found that it could only avail itself of the scheme until 1990.

    In 1991, the company sent three letters to the Revenue Commissioners proposing a new arrangement that would ensure that Apple continued to benefit from unusually low taxes in the Irish Republic. Its aim was to guarantee that its tax liability would never go beyond an agreed limit set in the low single figures. An official memo, issued to the US Senate committee and seen by the European Commission, stated the following:

    Since the early nineties, the government of Ireland has calculated Apple’s taxable income in such a way as to produce an effective rate in the low single digits. . . . The rate has varied from year to year, but since 2003 it has been 2 percent or less.

    This was the smoking gun that Vestager’s team had been looking for. Taking a case against companies using the “Double Irish” would have been next to impossible, as this avoidance strategy was part of Ireland’s taxation policy. The power to determine tax rates and regulations is jealously guarded by European member states who compete for mobile capital flows by offering different rates.

    Larger European states often express frustration at the EU’s tax-haven economies (Ireland, the Netherlands, and Luxembourg). But tax competition has worked overall for Europe’s elites, who have seen their costs fall significantly over the last twenty-five years. While Europe certainly wants more of the value that accrues to mainly US technology corporations, its decision-makers seem willing to tolerate all but the most blatant tax-avoidance strategies, as those strategies drive down the costs of doing business and shift the tax burden away from elites and onto workers. This chart from the International Monetary Fund gives us the general pattern of corporate taxes in the neoliberal era.

    This deal was different, however, as Apple had asked for a special guarantee to artificially calculate their taxes in such a way that they would pay very little to the Revenue Commissioners. This granted them unique competitive advantages over other corporations. The fact that Cook had explained this under oath meant that the European Commission could convict Apple of receiving illegal state aid — and implicitly convict Ireland of being a tax haven in the process.

    Paul Gallagher’s claim that the commission had strayed into Irish taxation law is therefore revealing for what it doesn’t say. Everyone knew that Ireland was offering unfair tax advantages to major corporations, but it was only because Apple deviated from the general “Double Irish” avoidance tool that the commission could convict them.

    There has never been a commission case against Ireland’s use of the “Double Irish,” as this was tolerated as part of Ireland’s taxation offering until it became politically toxic when Apple was exposed. Apple had a side deal from the Revenue Commissioners: since this couldn’t be written into Irish law, it could be defined as illegal state aid and a distortion of the Single Market.
    Double or SIngle?

    The substance of the arrangement was also important. To ensure that Apple received maximum benefit from their “special arrangement,” they set up Apple Operations Europe (AOE), from which they created a subsidiary known as Apple Sales International (ASI). Both had rights to share intellectual property with their American parent, allowing vast profits to be funneled into Ireland without any connection to their Irish manufacturing operation.

    In the ten years from 2004 to 2014, ASI was deemed to have made €110.8 billion in profits from the sale of iPhones that were produced in China using IP that was created in California. It was these profits that the European Commission eventually homed in on. In the traditional “Double Irish,” corporations establish two Irish companies (hence the name). One is responsible for the sales of the parent company’s products outside the United States, while the other owns the non-US intellectual property (IP) of the parent company.

    The arrangement worked because the Revenue Commissioners allowed companies to send their profits out of Ireland if they declared that their “command and control center” was overseas. So, all a corporation had to do was

    Set up two Irish incorporated companies (IRL 1 and IRL 2).
    Funnel the proceeds of their non-US sales into IRL 1 — this held the licenses to sell the products and was usually registered for Irish taxes.
    Turn any profits made by IRL 1 into royalties owed to IRL 2 for IP owned by IRL2 and rented to IRL1.
    Declare that IRL 2 is controlled overseas.
    Move the profits out of IRL 2, usually to a state that charged a zero rate of corporate tax.

    This scheme worked so well because it dovetailed perfectly with the needs of US corporations. The Internal Revenue Service (IRS) changed its rules in 1996 to allow US companies to separate their domestic profits from those made abroad, provided they paid their foreign taxes in a legitimate (non-tax-haven) country. In response, Ireland’s 1997 Taxes and Consolidation Act was designed to allow US firms to incorporate in a “legitimate economy” but still send their profits to a zero-tax destination.

    As far as the IRS was concerned, Irish-incorporated companies paid their taxes in the Republic of Ireland. But the Irish Revenue Commissioners allowed companies controlled from abroad to send their profits overseas (often to a Caribbean island). By 2007, this arrangement was open to Apple as well. Yet the firm chose to establish two branches inside Apple Sales International instead of having two separate companies (IRL 1 and IRL 2) to avoid their taxes. One branch was responsible for most of Apple’s non-US sales, while the other had a license to sell Apple’s intellectual property and held its board meetings in Bermuda.

    If these had been two separate companies, Apple might well have won the case. But since they were two branches of the same company (ASI), the commission could argue that the sales function overrode the fact that the second branch held its board meetings abroad. They were further able to argue that ASI was substantially an Irish company and should therefore pay its taxes in Ireland.

    This brings us back to the arguments of Paul Gallagher, who wanted to argue that the profits should go back to the US headquarters responsible for creating the intellectual property without explaining why they had been routed through Ireland in the first place. Apple thought it had a more secure arrangement that avoided the obvious weaknesses associated with the “Double Irish.” However, it was these special features that made it vulnerable to the charges of illegal state aid.
    Making Allowances

    Apple wrote to the European Commission in the early months of 2015 confirming that it had closed the BEPS tool associated with ASI. They confirmed that the company would no longer be used to funnel profits into Ireland using IP that was primarily held in the US and that they would no longer abuse the discrepancy between Irish law and US law to make their profits effectively “stateless.”

    What they didn’t say, however, was that they were in the process of creating an even more effective BEPS tool by moving their non-US intellectual property fully into Ireland. In the early part of 2015, Apple moved roughly €335 billion worth of IP into Ireland, causing an enormous distortion of the national accounts. Because the Revenue Commissioners defined these assets as capital investment, they obliged the state to declare that Irish GDP had grown by 26.3 percent in 2015 — a figure that later had to be revised upward to 32.4 percent.

    This caused derision among economic commentators, with Paul Krugman famously labeling the announcement as a case of “Leprechaun Economics.” But this momentary reputational damage was a price worth paying, as Apple and Ireland jointly realized that their original mistake was to operate outside the terms of tolerated tax avoidance written into the tax code of a European member state.

    The Irish government once again facilitated Apple in its onshoring maneuver, this time by increasing tax allowances for intangible assets — the very assets that Apple was onshoring — from 80 percent to 100 percent. In other words, Apple now had €335 billion worth of (supposed) investment costs that it could use to obtain tax deductions from the Irish Revenue Commissioners.

    The new Capital Allowances for Intangible Assets (CAIA) works so well because it was created by the Irish state to deal with assets that are extremely hard to value and extremely hard to regulate. Most tax codes allow deductions for investment in capital assets to allow companies to pay their costs before their revenues are defined as profits. If a company buys a piece of machinery for €1 million that will depreciate over a ten-year period, then the company can claim 10 percent of the cost of that asset each year for a decade. But the extension of this principle to intangible assets has proven wide open to abuse.
    Appropriate Structuring

    For one thing, intangible assets are usually produced in one arm of a major corporation and sold to another arm for what is known as a transfer price. These internal prices are notoriously difficult to measure objectively, and they have consistently been (ab)used to shift profits out of higher-tax jurisdictions into lower-tax alternatives.

    Even more important, the value of intangible assets is extremely hard to assess objectively. KPMG informed its investors that companies with a stock market value of €1 billion and tangible assets of €100 million can legitimately argue that the difference is down to their intangible investment:

    A hypothetical company with an equity market capitalisation of €1,000 million, but tangible assets of €100 million, can argue that the gap of €900 million represents its intangible asset base, which can be legally created and appropriately located. . . . Ireland’s Capital Allowances for Intangible Assets Programme enables these intangible assets to be turned into tax deductible charges. . . . With appropriate structuring, the intergroup acquisition financing for the purchase of these intangible assets can also be used to further amplify the quantum of tax deductible charges.

    We have no way of knowing how much Apple actually spent to create the assets they valued at €335 billion. But we do know that they were not created in its Irish operation — remember that Gallagher’s case was based on the Cork operation being low value added — and that they were moved into Ireland for no other reason than to gain deductions in taxation.

    In other words, an ex–attorney general was arguing that Apple should not pay Irish taxes on IP that was not produced in Ireland at the very same time as Apple was claiming tax deductions for these same assets through the Irish tax code. This speaks to the craven nature of the Irish state but also to the ultimate duplicity of the European elites.

    After all, the commission took a case against Apple for receiving state aid until 2014, but not after that point. It did so knowing that the company was subsequently receiving even better advantages from 2015 onward through a CAIA scheme that would not be investigated.
    The Green Jersey

    To increase the attractiveness of its decision, Apple also set up a second holding company, this time in Jersey, which lends money to the Irish operation to purchase its IP from America. Jersey levies no taxes on the interest that Apple’s Irish-based holding company pays to its Jersey-based counterpart — thus giving Apple further deductions and prompting tax justice campaigners to label this new scheme the “Green Jersey.”

    The success of Apple’s CAIA tax avoidance tool is evident in the enormous jump in allowances for capital investment that corporations have been claiming since the scheme was first enacted in 2015. It is also clear from the enormous increase in corporate tax receipts that the Irish government is now collecting. Table 1 captures the details.

    *Note — The Capital Allowances for 2022 are a slightly better measure of the overall intangible assets deduction than previous years as the methodology has been tweaked to exclude more of the nonintangible assets that are part of the deductions for the earlier years.

    The CAIA scheme is better for Ireland and better for its corporate partners. It dispenses with the obvious fiction of allowing companies to incorporate in Ireland while paying taxes in a foreign country. It also gives corporations almost limitless ways to write down their taxes against costs for IP produced anywhere in the world.

    Capital allowances for intangible assets have jumped 700 percent since 2011 while the Irish state’s tax take has increased by 442 percent over the same period. Apple and Ireland may have lost the battle, but they have continued to win the war against legitimate taxation. In the neoliberal era, the ability of elites to use tax competition to drive down the burdens placed on capital has proved to be more important than stamping out the tax avoidance that inevitably goes along with this competition.
    New World Order?

    Ireland responded to the ECJ ruling in typical fashion. Understanding the need to accept the ruling without antagonizing either the European courts or the corporations that benefit from Ireland’s tax regime, the Department of Finance said that it would “respect the judgement” and move to recover the unpaid taxes, even while it rejected the ultimate claims upon which the case had been won.

    These were carefully chosen words. The Irish elites never wanted to collect taxes they had helped Apple to shelter. However, faced with a ruling from the highest court in the European Union, their strategy has been to accept the money with as little fanfare as possible; to downplay any sense that Ireland has benefited from the judgement; and to forcefully claim — in an obviously contradictory manner — that the state has already changed the law to stop the tax avoidance at the center of the case.

    “Nothing to see” and “don’t expect much” were the key elements of the Irish state’s messaging around the issue, as the government’s official statement reveals:

    The Apple case involved an issue that is now of historical relevance only; the Revenue opinions date back to 1991 and 2007 and are no longer in force; and Ireland has already introduced changes to the law regarding corporate residence rules and the attribution of profits to branches of non-resident companies operating in the State.

    This statement is necessarily deceitful, but it could only have been written with the connivance of ruling classes well beyond Ireland itself. Having suffered reputational damage through the ECJ decision, the Department of Finance is desperate to convey the impression that any tax avoidance that may have occurred was inadvertent from its perspective and has not been happening since 2015.

    It also wants to put across the message that the state has moved decisively to close down loopholes that it had no part in creating. In reality, as we have seen, the Revenue Commissioners have exchanged a less effective BEPS tool based on its bogus residency rules for a more effective one based on capital allowances.

    The European Commission knows this, as does every serious analyst of the Irish taxation system. But it will not take effective action against the CAIA scheme without the active involvement of the US authorities. The problem is that the scheme rewards the world’s most powerful corporations — corporations that have their political centers in the US and can use innovations in technology and digitization to strategically place their intellectual property in low-tax jurisdictions.

    Faced with this reality, it seems that the European establishment is torn. The major states (particularly Germany and France) are losing substantial revenues to US shareholders through offshore economies within the EU. European decision-makers also recognize that US corporations have benefited disproportionately from the current system of international taxation.

    This helps explain why the EU initially wanted a 3 percent tax on the entire global sales of major technology corporations, before the Organisation for Economic Co-operation and Development (OECD) BEPS initiative effectively torpedoed this proposal. The “Twin Pillars” of the BEPS agreement are meant to tackle the new reality of transfer pricing and intellectual property by linking the taxes of the world’s biggest corporations more closely to where they perform their economic activity (Pillar One) and by imposing a minimum global tax rate of 15 percent on companies with annual revenue in excess of €750 million (Pillar Two).
    Biden’s Bluff

    Joe Biden has been a vocal supporter of these ideas, but his position often feels more of a rhetorical strategy to differentiate the Democrats from Donald Trump than a genuine move to reduce the advantages enjoyed by US corporations. Both Biden and Kamala Harris have promised that they will stop the global race to the bottom on corporate taxation, and the US system has become marginally less favorable to corporations through the 2017 Global Intangible Low Tax Income (GILTI) measures and the Inflation Reduction Act of 2022. However, the US has yet to sign up to either pillar of the BEPS proposal, even though the agreement is nearly a decade old.

    Any change to the law would require a majority in the House of Representatives as well as the Senate. This means the Democrats can promise change in the run-up to November’s presidential election, secure in the knowledge that their ability to deliver on such pledges will not be tested until after the election is over. At that stage, no matter who comes out on top, neither Harris nor Trump seems likely to have an outright majority in both Houses. With the Republicans implacably opposed to any changes that would disadvantage US corporations, the chances of US lawmakers giving the green light for BEPS are slim.

    Irish policymakers have made roughly the same calculation. While they have signed up to a 15 percent tax as the least bad option for Pillar Two, compared with an EU proposal for a digital tax on sales, they are more confident that Pillar One (which would threaten Ireland’s status as a tax haven) will never see the light of day. This is why they continue hiding in plain sight, offering tax advantages to global corporations as part of their wider strategy to compete for mobile investment and high-paying jobs.

    Apple and Ireland have been compelled to accept that they jointly constructed a tax haven to avoid taxes that should have been paid until 2015. But they have not yet been forced to stop their ongoing practice of tax avoidance in any meaningful way. For that to happen, it will require more than a few tweaks in international corporate law — we will need a far more militant working class that puts our rulers under pressure in Ireland and elsewhere.

    Contributors

    Brian O’Boyle is the author, with Kieran Allen, of Tax Haven Ireland, Durkheim: A Critical Introduction, and Austerity Ireland. He lectures in economics at St Angela College, National University of Ireland, Galway, and is editor of the Irish Marxist Review.

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