• #Italie, anatomie d’une crise (4/5) – Marco d’Eramo : « Salvini et Di Maio ne disent jamais que le problème majeur de l’Italie est la dette publique »
    https://lemediapresse.fr/international/italie-anatomie-dune-crise-4-5-marco-deramo-salvini-et-di-maio-ne-dise

    À Rome, Filippo Ortona rencontre Marco d’Eramo, intellectuel italien, ancien élève de Pierre Bourdieu, penseur du #Capitalisme, du #populisme et de ses usages, pour le quatrième épisode de notre série « Italie, anatomie d’une crise ». Entretien. 

    #Idées #International #classe_ouvrière #communisme #Europe #extrême_droite #fascisme #Gauche #globalisation #italieanatomiedunecrise #Italieombresetlumieres #Lega #M5S #Mondialisation #ouvriers #sociologie #sociologue #syndicalisme #Syndicats #UE #Union_Européenne


  • IL FUTURO DEL CIBO. SOIA E GEOPOLITICA : VIAGGIO NELLA FILIERA ALIMENTARE CHE STA CAMBIANDO IL MONDO

    “Se nel 2050 si raggiungerà la cifra di 120 miliardi di animali da macellare ogni anno, per nutrirli bisognerà impiegare due terzi delle terre arabili del pianeta”


    https://essay.ispionline.it/?page_id=778
    #soja #industrie_agro-alimentaire #alimentation #Stefano_Liberti #Mato_Grosso #élevage #Brésil #déforestation #ressources_pédagogiques #monoculture #cartographie #visualisation #globalisation #mondialisation #porc #viande #viande_porcine



  • Une #taupe de la #DGSE au coeur des #paradis_fiscaux - L’Express
    https://www.lexpress.fr/actualite/societe/une-taupe-de-la-dgse-au-coeur-des-paradis-fiscaux_2070676.html

    Car si la suite des aventures de Maxime Renahy est à lire dans Là où est l’argent, elles ne s’achèvent pas au sein des services français. Au tournant des années 2010, il quitte #Jersey pour le #Luxembourg, mais ne tarde pas à tout plaquer : la finance, la DGSE, les paradis fiscaux... Mais pas ses idéaux. « Je suis parti mener une vie chiche et souple dans les Vosges », puis désormais dans les environs de Besançon. 

    « J’ai fini par éprouver de la lassitude à faire ces allers retours avec mes clés USB classées #secret-défense. A la fin, j’avais l’impression d’être un tout petit grain de sable pas si efficace que ça ». Surtout, il comprend que le renseignement français n’a d’autre objet que de préserver les intérêts des grands #groupes nationaux, qui ne lavent pas toujours plus blanc que leurs concurrents étrangers : « En bossant pour la boîte, même gratuitement, j’ai fini par comprendre que je bossais pour le #grand_capitalisme_français et pas autre chose ». « Au lieu d’aider les milliardaires et les champions tricolores à se maintenir à flot dans la #mondialisation, ils feraient mieux de servir directement les citoyens », rêve-t-il.


  • Financement participatif du documentaire Ford Blanquefort
    https://www.helloasso.com/associations/raffut/collectes/financement-participatif-du-documentaire-ford-blanquefort

    Merci de mettre une piécette si vous pouvez les ami⋅es, même pas grand chose, pour aider les potes de Raffut, et notamment Jamila et Nico, qui suivent les Ford depuis des années.

    Plus de douze ans que les ouvriers syndicalistes de Ford Blanquefort résistent à la fermeture de leur usine, et bientôt trois ans que nous les suivons avec nos caméras dans l’intimité de leur groupe. Aujourd’hui, l’usine devrait fermer, et c’est pour certains l’histoire professionnelle, humaine et syndicale de toute une vie qui se termine. Pour nous, il s’agit donc de mener à terme un film, d’abord comme témoignage de la lutte qu’ils ont menée, mais aussi pour comprendre avec eux ce qu’ils ont affronté : le management et la stratégie de l’une des plus grandes multinationales automobiles.

    #documentaire #film #syndicalisme #capitalisme #mondialisation #Ford #Blanquefort #crowdfunding #financement_participatif #copinage


    • Oui, ça nous renvoie à la ferme végane du bouquin Meat qui refusait de faire pâturer des moutons, passait la tondeuse et commandait des tonnes de tahin chaque année.

      En préfiguration, un billet sur...

      Le privilège végétarien

      Vu d’ailleurs, la propension des Européen·nes éduqué·es à manger végétarien ou végan ressemble à un caprice de riches. Cela fait longtemps que le végétarisme et ses avatars sont un critère de distinction sociale : les moines bouddhistes prétendent ne pas manger de viande (beaucoup, dans la péninsule sud-est asiatique, se contentent de ne pas manger d’animal tué à leur intention précise), tandis que les brahmanes, aussi pauvres seraient-ils (1), restent la caste supérieure, trop pure pour manger avec les personnes du commun, celles qu’aujourd’hui on appelle les « carnistes ». Aujourd’hui, chez nous, le véganisme évoque désormais les restaus à burgers végans du 11e arrondissement parisien, un truc à la mode qui en plus se paie le luxe d’être riche en valeurs : droit des animaux, protection de l’environnement… Rien à redire sur le plan moral (encore que) mais pour l’écologie, on repassera : l’agriculture biologique est la seule qui fasse la preuve de sa capacité à nous nourrir sans dégrader les sols et le climat, et elle repose sur les apports des animaux (2). Dans On achève bien les éleveurs, l’éleveur (et donc aussi cultivateur) Xavier Noulhianne rappelle l’idée en quelques phrases :

      « Dans la conception initiale de la bio il y a un lien entre la surface agricole et la quantité d’animaux qu’elle est capable de nourrir. On ne doit pas s’en écarter, ni dans un sens (trop d’animaux), ni dans l’autre (plus d’animaux). Ce n’est d’ailleurs pas un principe uniquement bio, c’est un principe qui court le long de l’histoire agricole et qui agit comme un antidote à l’industrialisation. Des engrais verts de temps en temps, oui, mais on ne peut pas faire sans les animaux. »

      J’invite donc les végans à être un peu conséquents et à refuser cette agriculture-là, qui correspond si peu à leurs valeurs. Et je referme cette parenthèse pour revenir aux rapports de classe qui se jouent dans le véganisme et la mode actuelle pour les produits végans. L’écologie est massivement investie par les classes aisées, renouvelant le mépris de classe, comme j’en partageais l’intuition dans Égologie et comme le montre Mathieu Adam dans une excellente enquête (3), et rendant cette valeur peu accessible, voire assez répugnante aux classes populaires pour qui c’est devenu un truc de bourges arrogant·es. Et cela malgré tout le potentiel de l’écologie sociale, celle qui a bien compris que la réduction des inégalités faisait partie de la solution pour baisser l’impact environnemental de toute une société. Le véganisme fonctionne un peu de la même manière, à convaincre des classes fières de leur rôle d’avant-garde éclairée, des militant·es aux hipsters et à ceux et celles qui les imitent, suscitant les sarcasmes et l’incompréhension des autres. Et cela bien qu’un régime végétarien bien composé soit le meilleur choix économique pour des familles pauvres, bien qu’un repas végan soit la meilleure option pour produire des repas collectifs bon marché et accessible à tou·tes, bien que tout le monde ait besoin d’une culture alimentaire (beaucoup) moins carnée et lactée.

      C’est un paradoxe assez énervant, de voir que les végans sont ceux et celles qui pourraient acheter des produits animaux d’origine bio et paysanne mais préfèrent les produits les plus répugnants de la boutique bio, ceux qui sont le plus transformés, produits le plus loin possible (tahin du Mali, lait de coco des Philippines, quinoa des Andes, baies de goji de l’Himalaya, noix de cajou d’Inde ou du Vietnam, etc.) et parfois tout simplement les plus dégueulasses (spéciale dédicace à l’une des marques de faux gras qui utilise comme ingrédient principal la levure – d’où le goût de… levure – tandis qu’une autre a la décence d’utiliser de la pâte de noix de cajou et de revenir ainsi au cas précédent). Ce mode de vie n’est-il pas celui d’enfants gâtés ? Le poulet industriel, les trucs à deux balles gras et sucrés, tout cela qui est le produit d’une agriculture basée sur la concentration animale et la monoculture végétale, avec tous les problèmes sanitaires et écologiques qu’on sait, a produit un monde d’abondance alimentaire. Mais le mode de vie végan qui domine le paysage est celui d’un monde de post-abondance repu de trop-plein et qui, deux générations après avoir connu le rationnement, se permet de refuser un tas d’ingrédients, un peu comme les enfants de vos potes qui font les difficiles. La plupart des végans, ceux et celles qui profitent d’un choix en matière alimentaire jamais vu auparavant, pratiquent moins la sobriété qu’une hyper-sélection permise par une hyper-abondance. (Les omnivores en profitent autant, et leur hyper-sélection peut porter sur le choix exclusif de filets ou de volaille à l’exception des autres viandes. C’est une abondance qui concerne tous les rayons.)

      Il m’est arrivé de faire valoir que beaucoup de peuples sur terre avaient une dépendance vitale aux apports des animaux et j’ai déjà entendu des réponses à la « qu’ils mangent de la brioche », c’est à dire des invitations à changer d’endroit, de manière de produire et de vivre… C’est déjà peu charitable pour les gens qui vivent en France dans des vallées de haute montagne, qui dépendent de l’élevage et dont le mode de vie contribue au peu de diversité régionale qu’il nous reste. Ça devient carrément indécent quand il s’agit d’Inuits, de Mongols ou de plein de monde sur terre qui peut mettre entre une heure et un jour pour gagner de quoi se payer un litre d’essence (« qu’ils mangent leur bicyclette ! »). Par exemple, dans un petit village jakun au milieu de la jungle malaise, tout le monde pratique l’élevage en ayant des poules, des chiens, des chats auxquels n’est témoignée aucune tendresse. Les chiens avertissent quand il y a des éléphants ou des sangliers pas loin, les poules mangent les surplus alimentaires qui sont perdus en l’absence de réfrigérateur, quant aux chats… je n’ai pas encore compris puisque les gens du coin ne caressent jamais leurs chats mais c’est peut-être pour cela que le village n’est pas infesté de rongeurs.

      Loin de l’idée que nous avons d’être des superprédateurs – ce qui est vrai en tant qu’espèce ! – ces villageois·es, à une heure et demie de route du premier supermarché, vivent des vies beaucoup plus précaires. Il y a vingt ans, l’arrière-grand-mère a été tuée par un tigre (on en voit encore à l’occasion) et une voisine a été piétinée par un éléphant. La tante est encore là pour raconter comment sa famille s’est jetée à coups de machette sur un ours qui les attaquait mais d’autres n’ont pas eu cette chance. Plus communément, les serpents mordent les paysan·nes qui dégagent des clairières, les sangliers viennent déterrer les racines de tapioca, les singes prennent la meilleur part des fruits et les éléphants saccagent les plantations quand les arbres sont encore jeunes : « Habiskan », ils n’ont plus rien laissé. Chaque nuit porte avec elle cette crainte. Les êtres humains sont aussi prédateurs : l’art de la sarbacane est encore maîtrisé même s’il est désormais interdit de tuer les singes, les villageois·es mangent des tortues et des grenouilles, tirent les faisans à la fronde, la saison des pluies intensifie leur chasse aux cervidés et aux sangliers, au piège ou à la lance, et toute l’année la rivière permet de se procurer du poisson. Ce sont de drôles de relations avec les animaux, bien plus riches que celles qui ont cours dans les pays où l’agriculture ne représente plus que 3 % des actifs et où nous ne sommes plus en contact qu’avec des chats et des chiens qui eux-mêmes ont peu de contacts avec leurs congénères.

      Ailleurs les relations sont plus variées et la puissance n’est pas toujours du même côté. Il n’est pas question d’utiliser ces exemples pour justifier la simple et bête prédation que les sociétés industrielles opèrent sur le monde animal – et végétal, et minéral ! – mais de montrer que les relations entre humains et autres animaux sont plus complexes que l’alternative simple entre prédation et protection que déploient les militant·es de la cause animale de manière un peu paternaliste. Les villageois·es eux-mêmes vont tous les mois faire leurs courses au supermarché, ramènent du poulet et des œufs qui sortent de l’usine ou se contentent d’anchois séchées quand leurs finances sont à sec. Comme nous, ils et elles deviennent alors les consommateurs et consommatrices de produits hors-sol et peut-être un jour seront-ils et elles tellement « avancé·es » qu’il pousseront un chariot végan ? Ce serait une sacrée perte qui viendrait consacrer la déforestation de la péninsule et l’administration du désastre.

      Je voudrais pour finir rappeler deux choses : beaucoup de personnes dans le monde se procurent des protéines comme elles peuvent et n’ont pas besoin des bons conseils de citadin·es incapables de faire pousser autre chose qu’un basilic. Et puisque notre impact environnemental suit de manière assez mécanique notre revenu, devinez qui pourrit le plus la planète, du couple de paysan·nes qui gagne un Smic pour deux dans la vallée ou de l’amateur de faux gras à 5 euros les 200 g de levure ? De la foodie qui court les restaus végans ou de la famille d’autochtones malaisien·nes qui est la première génération à profiter d’une relative abondance alimentaire ? C’est une des raisons pour lesquelles, avec mon revenu et mon statut, j’aurais honte de refuser les anchois séchées dans le plat de riz du matin.

      (1)Voir comment l’anthropologue omnivore et impur se voit privé de commensaux chez les brahmanes népalais dans Le Chemin des humbles, Rémi Bordes, « Terre humaine », Plon, 2017.
      (2) D’autres agricultures sont possibles, sans domestication animale, comme la forêt-jardin équatoriale qui n’a pas grand-chose de commun avec les contraintes (densité démographique, sols, climat) de nos agricultures. Les Achuar d’Amazonie (Ph. Descola), comme les Batek de Malaisie (K. et K. Endicott, Lye T.P.), pratiquent la chasse (ainsi que la capture récréative, pour ce qui concerne les premiers), notamment aux abords de leurs « jardins » qui servent également d’appât à gibier.
      (3) Mathieu Adam, « L’injonction aux comportements "durables", nouveau motif de production d’indésirabilité ».


  • 11 septembre 1973, naissance du néolibéralisme
    https://la-bas.org/5516

    Onze septembre 1973, coup d’État au Chili. Un coup d’État qui met fin aux réformes économiques et sociales menées par le président Salvador Allende, démocratiquement élu trois ans plus tôt. Qui voulait la peau de Salvador Allende ? La droite chilienne évidemment, mais aussi les États-Unis : Nixon ne pouvait tolérer que l’expérience socialiste chilienne puisse réussir et faire école. Le dernier film de Nanni Moretti s’appelle Santiago, Italia. Petit pas de côté pour le cinéaste italien, qui signe un documentaire. Il donne la parole à ces militants chiliens qui ont accompagné la victoire d’Allende. Et qui se sont réfugiés, après le 11 septembre, à l’ambassade d’Italie à Santiago.Continuer la (...)

    #Vidéo #Mordillat_mord #Mondialisation_libérale #Economie


  • Christophe Guilluy : « Notre modèle ne fait plus société, n’intègre pas le plus grand nombre » _ 07 décembre 2018
    https://www.lecho.be/opinions/carte-blanche/Christophe-Guilluy-Notre-modele-ne-fait-plus-societe-n-integre-pas-le-plus-grand-nombre/10076917

    Dans son dernier ouvrage, « No society. La fin de la classe moyenne occidentale » (Flammarion), le géographe Christophe Guilluy, créateur du concept de « France périphérique » — aujourd’hui régulièrement invoqué pour expliquer la crise des « gilets jaunes » —, prolonge ses réflexions sur l’abandon et l’invisibilité des classes populaires.

    Comment définissez-vous le concept de « classe moyenne » ?
    C’est un débat byzantin, car c’est un concept relativement flou. On peut s’amuser à le définir en termes de revenus, de professions, etc. Toujours est-il que, lorsque les hommes politiques actuels évoquent les classes moyennes, ils parlent essentiellement des classes supérieures.

    Auparavant, les sociétés occidentales étaient des sociétés dans lesquelles l’ouvrier, le paysan ou l’employé, avait l’impression de faire partie d’un tout. Même s’il existait des écarts de salaire, chacun avait le sentiment d’être intégré économiquement.

    Par ailleurs, il y avait des instances de représentations, des partis et des syndicats. C’était le modèle vertueux des Trente Glorieuses. Il existait alors une intégration à la fois économique, politique et culturelle.

    Cette classe moyenne portait les valeurs des sociétés occidentales, ce qu’on appelait l’"American way of life". Dès lors que ces mêmes catégories ne portent plus le modèle, elles deviennent alors les perdants de la mondialisation. Or, un système de valeurs est toujours porté par les catégories modestes. Ce n’est pas quelque chose d’abstrait. Aujourd’hui, il n’y a plus d’intégration car il n’y a plus d’incarnation des systèmes de valeurs.

    Vous vous opposez à tout déterminisme géographique pour expliquer cette situation…
    Il n’y a pas de déterminisme géographique. On ne pense pas, on ne vote pas parce qu’on vit à tel endroit. Ce que j’ai appelé la « France périphérique », ce sont des territoires qui, globalement, créent de moins de moins d’emplois.

    Avec ce concept, je voulais simplement indiquer que des notions comme l’"urbain" ou la « ruralité » n’expliquent en définitive pas grand-chose quant à la répartition dans l’espace des catégories de population. La « France périphérique » n’est pas la France des campagnes.

    En vérité, la « France périphérique » est majoritairement urbaine. Mais la réalité urbaine à Charleville-Mézières n’est pas la même qu’à Paris. On peut donc faire un diagnostic des effets réels du modèle mondialisé, qui produit de plus en plus d’inégalités. Ce dernier a un impact très concret sur les territoires et, plus largement, sur notre vision du monde.

    Pour la première fois dans l’Histoire, les catégories modestes ne vivent plus là où se crée l’emploi. Du fait de la division internationale du travail et de la polarisation de l’emploi, il était logique que la classe moyenne, la classe majoritaire, implose. Les conséquences culturelles et politiques sont gigantesques.

    Notre modèle ne fait plus société, n’intègre pas le plus grand nombre. Comment combiner un modèle mondialisé avec une volonté d’intégrer économiquement tous les territoires ? Soyons clairs : même si ces territoires créaient de l’emploi, çà ne changerait pas grand-chose en ce qui concerne le PIB. En revanche, d’un point de vue culturel, ça change tout. Il y a un décalage flagrant avec l’élite, auquel s’ajoute un mépris de classe.

    Paradoxalement, ailleurs dans le monde, la classe moyenne émerge…
    On assiste en effet à l’émergence d’une classe moyenne en Chine, en Inde ou au Brésil. Il n’empêche : l’organisation du monde va s’homogénéiser. On constate que le modèle mondialisé peut être positif ultra rapidement pour les pays émergents, mais devient fragile de manière tout aussi rapide.

    Au Brésil, par exemple, on assiste déjà à une fragilisation de la classe moyenne.

    C’est pourquoi vous constatez l’apparition logique d’une forme de populisme « naturel ». Comment le distinguez-vous du populisme dans sa forme politique ?
    Le populisme, c’est le diagnostic des gens d’en bas. Il y a un pragmatisme des populations. Contrairement à certains, je ne pense pas que les gens soient influencés par les discours.

    Trump ne crée pas l’"Amérique périphérique" : il est issu de l’élite et reste ultralibéral. Les populistes n’ont pas compris les choses avant tout le monde, il se sont simplement adaptés à une situation.

    En France, l’extrême droite a longtemps été néolibérale mais, depuis quelques années, Marine Le Pen prend la défense des ouvriers, de l’État, etc. En Italie, on observe la même situation avec Salvini. Les populistes s’inspirent d’une demande profonde venant d’en bas, qui n’est pas idéologique.

    Il faut cesser de penser qu’il est possible de rééduquer les masses pour qu’elles cautionnent le néolibéralisme. La distance entre un New-Yorkais et un Parisien est moins grande qu’entre un New-Yorkais et un agriculteur du centre des Etats-Unis.

    Or, tout le sens d’une société est de créer un lien entre le haut et le bas. Mettre de côté le plus grand nombre entraîne un problème démocratique profond. Le peuple n’a pas toujours raison, mais il faut repartir du mouvement réel de la société car le modèle consumériste est fatigué.

    Le défi climatique peut-il recréer une unité au sein de la société ? Les manifestations contre la hausse du prix du carburant ne vont-elles pas dans le sens inverse ?
    Il n’y a pas d’un côté des gens qui veulent polluer et, de l’autre, des gens qui veulent sauver la planète. Tout le monde est conscient des enjeux écologiques depuis très longtemps. Aucun paysan ne souhaite polluer. Il existe une conscience écologique partagée par le plus grand nombre.

    Si les gens manifestent aujourd’hui, c’est parce que le pouvoir d’achat est si bas que les fins de mois deviennent vraiment difficiles. La question écologique se couple à une question économique. Les deux ne sont pas contradictoires.

    Aujourd’hui, on tient un discours d’hyper-mobilité dans les grandes villes et, ailleurs, on assiste à un processus de sédentarisation. D’un côté, il y a la formation de « nouvelles citadelles » et, de l’autre, une population de plus en plus sédentaire. La sédentarisation sera le grand tournant du 21e siècle.

    Avec l’industrie aéronautique, le tourisme est le secteur qui pollue le plus. Pourtant, ça n’intervient jamais dans le débat, alors que l’avion est le moyen de transport le plus utilisé par les classes supérieures. À mon sens, le mouvement réel de la société va aller vers une attention de plus en plus importante pour les questions environnementales. Elles vont s’imposer par là-bas, par logique, et non par idéologie ou militantisme.

    Comment organiser ce mouvement d’un point de vue politique et économique ? Le problème est que les partis traditionnels sont en décalage complet. Ils ont été créés pour une classe moyenne qui n’existe plus. Nous vivons donc un moment d’adaptation de la classe politique. Il faut aller vers le peuple, et non se raidir en s’enfermant dans de petites bulles.

    Mais l’élite est-elle précisément capable d’effectuer ce mouvement ?
    L’élite n’existe que si elle est soutenue par ce que j’appelle le « monde d’en haut », pas forcément des riches, mais des gens qui valident le modèle économique en place. Or, le modèle néolibéral est en train de mettre à mal les classes inférieures des classes supérieures. Le « monde d’en haut » se met donc à douter.

    Faut-il pour autant tout renverser ? Je crois qu’il peut y avoir une adaptation en douceur, car nos sociétés sont suffisamment riches pour éviter des révolutions violentes. Il faut également garder à l’esprit que quelqu’un comme Macron, en France, n’a pas été élu uniquement par les élites aisées, mais aussi par les retraités et par les fonctionnaires. Il réalise donc une politique suicidaire en s’attaquant aux retraites et à la fonction publique.

    En Angleterre, ce sont les retraités qui ont permis le Brexit. Détricoter l’État providence est très risqué

    #Christophe_Guilluy #invisibilité #mondialisation #mobilité #populisme #petite_bourgeoisie #partis_politiques #élites #gilets_jaunes #giletsjaunes


  • VOD - Tout s’accélère

    Ou courir après le temps...

    https://video-a-la-demande.orange.fr/catalog/vod/video/TOUTSACCELEW0129119/Tout-s-accelere.html

    En ce moment sur la télé norvégionne
    https://tv.nrk.no/program/KOID25007618

    documentaire | 2015 | France | 1h 30min

    Réalisé par Gilles Vernet

    Gilles interroge ses élèves de CM2 sur leur rapport au temps. Une réflexion passionnante sur l’urgence de ralentir
    Gilles est un ancien trader devenu instituteur dans le 19ème arrondissement de Paris. Il s’interroge avec ses élèves de CM2 sur l’accélération vertigineuse de notre monde. Fasciné par leurs réflexions sur notre mode de vie et notre rapport au temps, il décide de les filmer puis d’aller à la rencontre d’experts du sujet. Pourquoi nos sociétés recherchent-elles toujours plus de croissance ? A quel impératif obéit cette accélération alors même que ces enfants de 10 ans mettent en évidence ses limites ?

    #temps #rythme #tempo #marketing #communication #commerce #mondialisation #capitalisme #accélération


  • INFOGRAPHIE - Le commerce extérieur de l’Union européenne en chiffres
    https://www.la-croix.com/Economie/Economie-et-entreprises/INFOGRAPHIE-Le-commerce-exterieur-lUnion-europeenne-chiffres-2019-04-01-12

    L’Union européenne a conclu 42 accords commerciaux sous différentes formes avec 70 pays tiers, si bien que les trois quarts des importations de l’UE sont exonérées de droits de douane ou bien soumises à des droits réduits. Parmi ces partenaires figurent les pays voisins des Balkans ou de la Méditerranée, ainsi que les 48 pays les moins avancés.

    #eurpe #commerce #économie #mondialisation


  • Aux Etats-Unis, des centaines de villes, croulant sous leurs déchets, ne recyclent plus
    https://www.lemonde.fr/big-browser/article/2019/03/28/aux-etats-unis-des-centaines-de-villes-croulant-sous-leurs-dechets-ne-recycl

    Depuis que la Chine, jusqu’alors la destination numéro un des déchets américains – et pas seulement –, a choisi de ne plus être la « poubelle du monde », des centaines de municipalités à travers les Etats-Unis découvrent ce qu’il en coûte de consommer, et donc de produire des tonnes de déchets. Et se voient obligés de réinventer la gestion de leurs déchets. [...]

    Conséquence : le tri du papier, des plastiques, du métal et du verre, ainsi que la recherche de débouchés pour ces produits se révèlent aujourd’hui des opérations trop onéreuses pour nombre de communes américaines. Même pour la plus grande ville de Pennsylvanie, dont les habitants produisent 400 tonnes de déchets recyclables par jour.

    Lorsqu’ils étaient recyclés, la municipalité de Philadelphie gagnait de l’argent : en 2012, Republic Services, l’un des géants de la gestion du secteur, versait 67,35 dollars (environ 60 euros) à la ville pour le traitement d’une tonne de déchets. Mais après la décision des autorités chinoises, la donne a changé. A l’été 2018, lorsque Republic Services renégociait le contrat, l’entreprise envisageait de facturer 170 dollars le recyclage d’une tonne de déchets.

    Trop cher pour la ville, qui a décidé de recourir aux services d’un concurrent, Waste Management. Mais celui-ci n’est en mesure de traiter que la moitié des ordures municipales, pour 78 dollars la tonne. Le reste est incinéré par Covanta Energy, un autre acteur du secteur des déchets et de l’incinération. « La plupart d’entre nous pensent que le recyclage est un service offert par notre ville, mais c’est en réalité un business », rappelle le site Earther.

    #déchets #consommation #surconsommation


  • #Cartographie. Avec les nouvelles #routes_de_la_soie, la Chine tisse une toile mondiale

    Le projet des routes de la soie est désormais présenté par le gouvernement chinois comme un axe stratégique essentiel du pays au XXIe siècle. Démonstration en carte.


    #visualisation #Chine #globalisation #mondialisation
    ping @reka @simplicissimus




  • Costa Rica : une famille française réintroduit la rougeole pour la première fois en cinq ans AFP - 26 Février 2019 - Le figaro
    http://sante.lefigaro.fr/article/costa-rica-une-famille-francaise-reintroduit-la-rougeole-pour-la-prem

    Une famille de touristes français, dont l’enfant a été infecté par la rougeole avant leur départ, a été placée en quarantaine dans un hôpital à l’ouest du pays. Le Costa Rica n’avait pas enregistré de cas depuis 2014.

    Un petit Français de cinq ans, en vacances avec ses parents au Costa Rica, est suspecté d’avoir réintroduit la rougeole dans ce pays où le dernier cas importé remontait à 2014 et le dernier cas autochtone à 2006. Selon le ministère de la Santé costa ricain, la famille serait arrivée dans le pays le 18 février. Le petit garçon, qui aurait contracté le virus en France, n’était pas vacciné contre cette maladie extrêmement contagieuse.

    La famille est actuellement placée en quarantaine dans un hôpital public de la ville de Puntarenas, à environ 90 kilomètres à l’ouest de la capitale San José. Leur état de santé « évolue positivement », a fait savoir le ministère de la Santé le 25 février, précisant que le petit garçon « est dans un état stable et présente une diminution de l’éruption cutanée à plus de 90% », tandis que la mère et le père n’ont pas présenté de symptômes, à l’exception d’un « peu de fièvre » pour le père.

    Les autorités sanitaires ont indiqué que la famille était arrivée au Costa Rica le 18 février. Elle a passé une nuit dans un hôtel à San José, avant de se rendre dans la ville touristique de Santa Teresa de Cobano, sur la côte Pacifique. C’est là qu’ils se sont rendus à l’hôpital de Puntarenas, en raison d’apparition de symptômes chez l’enfant.
    . . . . .

    On peut interpréter ça comme une publicité pour la #vaccination , mais aussi contre la #mondialisation . #rougeole #Costa_Rica #tourisme à la con


  • Pour sauver les forêts, il faut sauver les forestiers
    https://la-bas.org/5410

    Le « grand débat national » qu’a lancé Emmanuel Macron pour répondre à la colère des « gilets jaunes » pose la question de but en blanc : « faut-il supprimer certains services publics qui seraient dépassés ou trop chers par rapport à leur utilité ? » Le biais idéologique assez flagrant de cette question et sa formulation rhétorique ont provoqué quelques sourires. Mais prenons au sérieux une minute ce vœu du président déguisé en question, et tâchons de comprendre ce qu’il voulait nous dire en réalité : indiquez-nous le prochain service public à démanteler. Ce qu’il ne dit pas, c’est que les pouvoirs publics ont déjà choisi leurs prochaines cibles, et le massacre est en cours : parmi elles, l’Office national des forêts, l’ONF, le service public en charge de la gestion des forêts françaises depuis 1964.Continuer la (...)

    #Vidéo #Environnement #Mondialisation_libérale #Le_Fond_De_L'Air_Est_Vert


  • [RussEurope-en-Exil] Quelle démondialisation aujourd’hui ? par Jacques Sapir
    https://www.les-crises.fr/russeurope-en-exil-quelle-demondialisation-aujourdhui-par-jacques-sapir

    Lorsque j’écrivis mon ouvrage La Démondialisation, ouvrage qui fut publié en 2011 aux éditions du Seuil, il était déjà nettement possible de percevoir les signes d’une crise de la mondialisation, et même de l’amorce d’un processus de démondialisation. Le constat minimal que l’on peut tirer des dix dernières années est que cette mondialisation, ou globalisation, […]

    #Économie #Géopolitique


  • Écologie, quel héritage politique ?
    https://joellepalmieri.wordpress.com/2019/02/19/ecologie-quel-heritage-politique

    Suède, Australie, Suisse, Canada, Belgique, France… Dans ces pays d’Occident, des jeunes, très majoritairement des adolescentes ou post-adolescentes, organisent des « grèves du climat ». Elles appellent désormais à des « vendredis verts », en complément des « samedis jaunes » français des Gilets jaunes, pendant lesquels les élèves et étudiants sèchent volontairement les cours. Ces initiatives devraient atteindre leur climax … Lire la suite →

    #Humeurs #féminisme #luttes #mondialisation #occident #résistance


    https://0.gravatar.com/avatar/9756ba41fe8333157071419a20733f4a?s=96&d=https%3A%2F%2F0.gravatar.com%2Fa


  • GRAIN — The Belt and Road Initiative: Chinese agribusiness going global
    https://www.grain.org/article/entries/6133-the-belt-and-road-initiative-chinese-agribusiness-going-global

    One of the world’s biggest e-commerce companies, Beijing-based JD.com, says it will soon be able to deliver fruit from anywhere in the world to the doorsteps of Chinese consumers within 48 hours. It takes highly integrated global infrastructure—connecting farms to warehouses to transportation to consumers—to achieve a goal like this. China’s new mega-infrastructure plan, the Belt and Road Initiative (BRI), will help make JD.com’s vision a reality. It will also increase the concentration of global food production and distribution, potentially pushing small-scale farmers, fisherfolk, forest peoples and rural communities further to the margins. There are also serious concerns that BRI could worsen land grabs, human rights abuses, indebtedness, and environmental and health impacts in target countries.

    Pas encore regardé #obor #BRI #Chine #commerce #agroindustrie #route_de_la_soie #nouvelle_route_de_la_soie


  • Les #mots du #pouvoir :

    “Prendre le train des réformes, Créer du lien social, définir de nouveaux projets de relance de la croissance en synergie avec les partenaires sociaux et en privilégiant le dialogue social aux blocages et aux prises en otages inacceptables de la part d’une frange toujours plus radicalisée de l’ultra gauche.” Etc....Cette #rhétorique envahit tous les esprits et les médias, son omniprésence impose un mode de pensée et surtout une nouvelle forme de #gouvernementalité.

    La carte présentée est l’illustration sous forme d’un #plan_de_métro de la #rhétorique_néolibérale. Le plan de métro est choisi pour sa référence populaire, sa facilité d’appropriation et puis surtout il permet d’illustrer : « le #train_des_reformes ».

    Lecture du plan :

    – Les lignes regroupent des termes attachés à un concept.
    – Les stations portent les mots qui composent et illustrent ce concept.
    – Les correspondances permettent de changer de concept au cours d’une discussion.
    – Enfin, un ‘périphérique’ nommé "embellissement du discours" dans lequel ont peut pioché a tout moment pour illustrer la "détermination" "sans faille" du discours.

    La liste des lignes :

    La #globalisation / la #mondialisation
    L’esprit de l’entreprise
    La #rhétorique_guerrière
    Le #peuple et les #élites
    Les #valeurs de la #République
    La #communication et l’#éducation
    Le train des #réformes
    L’#état_social actif
    L’#étranger et le problème de l’#immigration
    Désamorçage de la critique et #dialogue_social
    La #société_civile à la rescousse
    Les embellissements périphériques du #discours
    Le management de l’individu

    C’est ce que l’on peut appeler : un "#poster_de_chiotte" . Dans le sens où c’est le genre de poster que l’on ne peut voir en une fois. Le meilleur moyen de le lire et de le décrypter c’est de l’afficher aux #toilettes. Là, dans un colloque singulier, on pourra à loisir recomposer des discours mémorables à l’aide de la carte que nous vous proposons.

    On peut aussi s’en servir comme générateur de discours. C’est une machine à #xylolangage.

    Comment briller dans les rapports avec l’administration, les élus et autres fonctionnaires ayant fait allégeance et soumission au pouvoir ?
    Un p’tit coup d’oeil sur la carte et hop à nous le plaisir du flatteur pour leur faire laisser tomber le fromage (pour ceux qui convoitent des subventions par exemple..).

    #cartographie #visualisation

    Quant au poter de chiotte... je l’ai effectivement vu dans une chiotte dans une librairie de Grenoble...

    http://www.arterroriste.eu/paysages-invisibles/mots-du-pouvoir
    #néolibéralisme #vocabulaire #terminologie

    A découvrir en complément avec la carte de @odilon sur les lieux de pouvoir à Paris...
    https://visionscarto.net/lieux-de-pouvoir-a-paris

    ping @albertocampiphoto @reka


  • World War One grenade among potatoes at Hong Kong crisp factory - BBC News
    https://www.bbc.com/news/world-asia-china-47107609


    La #mondialisation : on vient de retrouver une grenade allemande centenaire (toujours dangereuse, elle n’avait pas explosé) dans une usine de chips de Hong Kong.
    Elle est arrivée avec un chargement de patates venu de France.

    A World War One-era German hand grenade has been found among a delivery of potatoes shipped from France to a crisp factory in Hong Kong, police say.


  • À La Courneuve, les « gilets rouges » de la CGT réinventent un service public au service du public
    https://la-bas.org/5418

    « L’électricité, c’est la vie, et nous, on est des "gilets rouges" ! » La formule est de Nicolas Noguès, un militant CGT. Avec des collègues syndicalistes, il occupe une ancienne boutique EDF à la Courneuve, en Seine-Saint-Denis. Leur opération a débuté le 14 novembre 2018, soit trois jours avant le premier acte des « gilets jaunes ». Alors c’est vrai, c’est moins spectaculaire. Et du coup, il y a moins de journalistes pour couvrir l’événement. Pourtant, là aussi, dans ce coin du 93, il est question de proximité et d’accès aux services publics pour des usagers sacrifiés sur l’autel de la dématérialisation.Continuer la (...)

    #Radio #Mondialisation_libérale #Luttes
    https://la-bas.org/audio.api/free/aW5sYnM6Ly9mb2xkZXItNDI0MTkvbXAzLTQ3Ni80NTIyMi1yZXBvcnRhZ2VfYm91dGlxdWVfZWRmXy1fZXh0cmFpdC5tcDM=/45222-reportage_boutique_edf_-_extrait.mp3


  • Repenser le droit à l’heure de l’Anthropocène | AOC media - Analyse Opinion Critique
    https://aoc.media/analyse/2019/01/30/repenser-droit-a-lheure-de-lanthropocene

    Par Mireille Delmas-Marty

    Nous avons dépassé les 7 milliards et atteindrons bientôt 8 milliards. Autant dire que nous entrons dans une phase de compression, où le « serrage de la masse humaine » (P. Teilhard de Chardin), renforcé par la révolution numérique, accroît les interdépendances entre groupes humains (tribus, États, groupes d’États, entreprises) et plus largement entre les habitants, présents et futurs, humains et non humains, autrement dit entre les divers « collectifs » qui composent l’écosystème Terre.

    Ce constat heurte de front un droit international traditionnellement construit sur la souveraineté des États, indépendants sur leur territoire. Si les interdépendances traversent les frontières, la raison d’État n’a pas disparu et continue à imposer des limites aux droits de l’homme au nom de la sécurité de la nation. Elle est cependant concurrencée par la raison économique et le dogme de la croissance qui ouvre les frontières aux marchés et à l’exploitation des ressources naturelles. Tandis que la crainte d’une catastrophe planétaire par épuisement des ressources et/ou dérèglement climatique éveille une raison écologique appelée à limiter la raison d’État pour sauvegarder la sûreté de la planète. Enfin la raison technoscientifique aurait tendance à rejeter toute limite au nom d’une libre recherche qui cultive le dogme de la performance.

    Raison d’État, raison économique, raison écologique, raison scientifique, autant de rationalités légitimées chacune par sa dogmatique propre ; autant de « grands récits » (l’État-nation, le Marché, l’Écosystème, voire l’Homme augmenté), dont les conflits risquent d’empêcher politiquement toute gouvernance mondiale et d’exclure juridiquement la possibilité d’un droit commun.

    On en arrive à ce « paradoxe de l’anthropocène » qu’au moment où l’Humanité devient une force tellurique capable d’influencer l’avenir de la planète, elle semble impuissante à influencer son propre avenir. À l’heure de la « grande accélération », il resterait peu de temps pour éviter ce que certains appellent déjà « le grand effondrement » de la planète. Or rien (ou presque rien) ne semble changer dans la vision nationaliste et souverainiste qui sous-tend les systèmes de droit conçus et pensés à partir des États.

    On voit apparaître de nouveaux concepts (patrimoine commun de l’humanité, biens publics mondiaux), de nouveaux principes (principe de précaution), de nouvelles catégories (générations futures), de nouveaux crimes à interdire (écocide) ou préjudices à réparer (préjudice écologique). Il faudrait plus systématiquement « repenser en profondeur les processus anthropologiques [d’adaptation, d’appropriation et de représentation] qui jouent un rôle central dans les relations entre humains et non humains ».[2] Mais nous ne sommes pas préparés (du moins en Occident) à une telle métamorphose. Tout le vocabulaire (fondations, fondements, droits fondamentaux), toutes les métaphores (pyramide, socle, pilier, même les sources du droit, travesties en « sources fondamentales ») incitent à se représenter l’ordre juridique comme un équilibre statique.

    Certes la métaphore des réseaux a permis d’introduire un peu de complexité en remplaçant les relations hiérarchiques par des interactions, horizontales et pas seulement verticales. Mais pour réussir à déloger les anciennes représentations, enracinées dans la culture juridique dominante, il faut une rupture plus radicale, du concept au processus, du statique au dynamique, du modèle au mouvement.

    Or la globalisation implique une déterritorialisation : qu’il s’agisse des flux immatériels (flux financiers, flux d’informations), des risques globaux (climatiques ou sanitaires) ou des crimes globalisés (trafics, corruption, terrorisme), les frontières qui délimitaient les territoires deviennent poreuses. Au principe de territorialité s’ajoutent non seulement l’extraterritorialité pour les États les plus puissants qui imposent leur système de droit, mais la multi territorialité qui correspond à la pluri appartenance à différents ensembles (par exemple droit national, européen, mondial), voire l’ubiquité (a territorialité) pour les objets virtuels comme les informations.

    Or poser des limites implique un accord sur les finalités du droit, un accord sur une vision commune du bien (les valeurs à promouvoir en termes de droits ou de biens à protéger) et du mal (les comportements à interdire en termes de crimes à sanctionner). La difficulté est qu’à l’échelle de la planète l’accord semble impossible entre un humanisme de séparation et de domination qui sépare l’homme de la nature, et un humanisme d’interdépendance et de partage selon lequel les humains font partie de l’écosystème (les humains appartiennent à la nature, et non l’inverse).

    En 1945, l’humanisme de séparation semblait triompher en droit international. De la philosophie des Lumières à la DUDH, la montée en puissance des droits « de l’homme » par un processus anthropocentré semblait devoir imposer comme valeur suprême l’égale dignité humaine et comme corollaire l’interdit absolu de la déshumanisation (crimes de guerre, crimes contre l’humanité, génocide).

    L’humanisme d’interdépendance apparaît cependant en droit international depuis Stockholm (1972) et surtout depuis le « sommet de la Terre » à Rio (1992). En affirmant que « la terre forme un tout marqué par les interdépendances », le droit international reconnaît les interdépendances entre les humains et les autres composantes de l’écosystème. Il en tire les conséquences en 2015 en termes d’objectifs communs, comme les 17 objectifs du développement durable (ODD, 25 sept 2015 ou les 3 objectifs de l’accord climat, (15 déc. 2015). S‘ajoutent divers projets (déclaration des droits de la Terre Mère, déclaration des droits de l’humanité, pacte sur l’environnement) dont le point commun est de reconnaître les interdépendances et d’en déduire des devoirs humains envers l’écosystème.

    Dans le prolongement d’une sorte de fraternité universelle (art. 1 DUDH), élargie par la notion de « Terre Mère » aux autres vivants, la valeur ainsi esquissée serait le respect des biens communs planétaires, inappropriables et inaliénables (selon les économistes « non exclusifs » et « non rivaux ») et son corollaire l’interdiction de dénaturer l’écosystème planétaire et de porter ainsi atteinte à la sûreté de la planète (cf le crime d’écocide, encore en projet, en écho du génocide).

    Comme pour les États, il faudrait durcir le soft law (en particulier les engagements volontaires attachés à la notion de responsabilité sociale et environnementale de l’entreprise, RSE) en appliquant des sanctions (hard law) quand ces engagements n’ont pas été respectés. Mais quel serait le juge compétent ? Une solution serait de créer un tribunal international de l’environnement, compétent pour les États et les ETN, et déjà préfiguré par le tribunal d’opinion créé en 2014 pour protéger les droits de la nature (il s’est réuni en 2016 à propos de Monsanto).

    D’autant que le projet de créer un crime d’écocide invite à élargir à certains crimes environnementaux la compétence de la CPI.

    #Droit #Mondialisation #Anthropocène #Mirellle_Delmas_Marty


  • "Dans le plus grand affolement, la présidence de la République avait alerté directement les journalistes à la veille des rassemblements du 8 décembre : un « noyau dur de plusieurs milliers de personnes » s’apprêtait à venir à Paris « pour casser et pour tuer ». L’élément marquant de cette journée fut en définitive, dans de nombreuses villes de France, la convergence de dizaines de milliers de « gilets jaunes » et de populaires marches pour le climat. L’irruption d’« invisibles » dans l’espace public, et singulièrement sur les ronds-points, s’accompagnait d’une maturation politique accélérée. Chacun avec ses mots exprimait une même perception d’un système qui transforme l’homme en superprédateur, tout aussi funeste pour la nature que pour ses semblables."

    #Écologie #Pollution #Politique #Environnement #Décroissance #Mondialisation #Agroalimentaire #AccordInternational #France

    https://www.monde-diplomatique.fr/2019/01/DESCAMPS/59409