• https://elucid.media/economie/le-yuan-une-arme-strategique-dans-la-guerre-economique-mondiale

      Frédéric Farah - 2026-05-04

      Le paysage économique mondial apparaît de plus en plus incertain, tant la nouvelle administration américaine, conduite par le président Trump, alimente les tensions et brutalise les relations commerciales à l’échelle internationale. Les tarifs douaniers et le dollar s’imposent plus que jamais comme des instruments d’affirmation de puissance, sinon de domination. Face à cela, le principal rival des États-Unis, la Chine, a su engager un véritable rapport de forces et mobiliser ses propres leviers économiques. Sa monnaie, sans être l’équivalent du dollar, s’est imposée en l’espace de trente ans comme un outil essentiel dans la construction de sa puissance économique. L’évolution du yuan au cours des dernières décennies éclaire les contradictions autant que les ambitions de la stratégie chinoise. Dans ce contexte d’exacerbation des rivalités économiques, l’Union européenne, malgré ses atouts, apparaît comme le maillon faible de la mondialisation, faute de cap économique clair et prisonnière de carcans idéologiques qui entravent sa capacité à répondre efficacement aux défis contemporains.

      Le récent rapport du Haut-Commissariat au Plan, conduit par l’économiste Thomas Grejbine, a rappelé, parmi ses préconisations, qu’une dévaluation de l’euro pourrait être l’une des solutions pour réduire les écarts de coût de production de 30 à 40 % entre la Chine et l’Union européenne.

      Cette recommandation, aussi nécessaire soit-elle, n’a rien de nouveau : une abondante littérature économique en soulignait déjà l’urgence. Il suffit, pour s’en convaincre, de relire un article de 2007 de l’Observatoire français des conjonctures économiques :

      « La zone euro est en train de manquer l’occasion historique de déterminer les modalités institutionnelles d’une politique de change à la hauteur de ses ambitions politiques. Le hold-up tranquille de la BCE sur la politique de change européenne pourrait bien ne pas demeurer tranquille très longtemps. »

      À l’inverse, la Chine n’a pas laissé passer l’opportunité d’intégrer l’arme du change à son arsenal économique. Elle n’hésite pas à orienter sa monnaie dans le sens qu’elle juge le plus favorable à sa compétitivité.

      Ainsi, dans une publication majeure du Fonds monétaire international en 2025 – « l’External Sector Report », qui propose une analyse synthétique des économies nationales et des déséquilibres globaux –, on peut lire : « Les sorties nettes de capitaux soutenues ont exercé des pressions persistantes à la dépréciation du RMB, malgré un excédent courant élevé, contribuant, en combinaison avec une faible inflation, à une baisse continue du taux de change réel. »

      Autrement dit, selon l’évaluation du FMI pour 2024, le taux de change effectif réel (REER) du renminbi apparaît sous-évalué. L’écart estimé se situe entre -3,8 % et -13,1 %, avec un point médian de -8,5 %. Cela signifie que la monnaie chinoise reste inférieure à ce que justifieraient ses fondamentaux économiques et les orientations de politique économique souhaitables.

      Ce constat invite à revenir sur les trajectoires monétaires empruntées par le Parti communiste chinois pour soutenir sa stratégie de croissance.

      Une monnaie sous contrôle des pouvoirs publics aux rapports différents avec le dollar et l’euro

      Entre 1994 et 2005, la République populaire de Chine a maintenu un ancrage souple au dollar, soit un régime intermédiaire entrele change fixe et le change flottant à parité glissante (crawling peg) : environ 8,28 yuans pour un dollar. Ce dispositif a rapidement suscité des critiques, les États-Unis et l’Union européenne dénonçant déjà une sous-évaluation du yuan.

      C’est dans ce contexte que, en 2005, les autorités chinoises ont engagé une réforme monétaire d’ampleur, sans remettre en cause les fondements de leur architecture financière. Deux évolutions majeures caractérisent cette réforme : d’une part, le yuan n’est plus strictement arrimé au dollar, mais à un panier de devises (dollar, euro, yen). D’autre part, il est autorisé à fluctuer, mais dans une bande étroitement encadrée par la banque centrale. Le taux de change, bien que moins rigide, demeure fortement piloté par l’État. Il s’agit d’un régime de change flottant dit « impur », dans lequel le marché joue un rôle, mais sous surveillance étroite des autorités monétaires.

      Cette réforme répondait à des objectifs à la fois internes et externes. Sur le plan interne, il s’agissait de moderniser le système financier, d’accroître la flexibilité de la politique monétaire et de corriger certains déséquilibres structurels. Le système hérité de l’économie planifiée demeurait rigide et peu efficace en matière de financement. Par ailleurs, la faiblesse des marchés financiers limitait les capacités d’ajustement. L’ancrage au dollar imposait en outre à la Banque de Chine d’accumuler des réserves de change considérables, indispensables pour défendre la parité en cas d’attaque spéculative – au risque de les voir s’épuiser rapidement.

      Sur le plan externe, l’objectif était de mieux intégrer la Chine à la finance mondiale et de renforcer la crédibilité internationale du yuan. Toutefois, une caractéristique majeure perdure : la mobilité des capitaux reste partiellement contrôlée, les autorités chinoises continuant de réguler les flux financiers entrants et sortants.

      La politique monétaire retrouve ainsi des marges de manœuvre, lui permettant de mieux gérer la masse monétaire, de contenir les risques inflationnistes et de répondre aux chocs économiques. L’ancrage au dollar limitait ces possibilités en focalisant l’action monétaire sur la seule parité bilatérale.

      Enfin, la réforme de 2005 visait à corriger les déséquilibres liés à un modèle de croissance excessivement tourné vers les exportations. Un yuan sous-évalué renforçait cette dépendance extérieure, creusait les excédents commerciaux et alimentait des déséquilibres globaux, tout en pénalisant la demande intérieure.

      Le tournant monétaire de 2015 : le yuan au cœur d’une nouvelle stratégie économique

      Dix ans plus tard, en 2015, la Chine opère une inflexion plus marquée de sa stratégie monétaire et économique, en recourant notamment à la dévaluation pour soutenir la compétitivité de ses entreprises face aux États-Unis. À l’été 2015, Pékin modifie le mode de détermination du taux de change du yuan en réduisant le poids des décisions administratives au profit de mécanismes de marché. Entre le 11 et le 13 août, la monnaie se déprécie de près de 3 % face au dollar.

      Ce choix s’inscrit dans un contexte de ralentissement économique, marqué par un fléchissement de la production industrielle et des exportations. Parallèlement, les autorités amorcent une réorientation vers un modèle davantage centré sur la demande intérieure.

      Dans le même temps, la Chine poursuit l’internationalisation de sa monnaie. En 2016, le yuan est intégré au panier des droits de tirage spéciaux (DTS) du FMI, consacrant son statut croissant sur la scène monétaire internationale. S’ouvre alors une nouvelle phase, qualifiée de « flottement administré renforcé » : la banque centrale fixe quotidiennement un taux pivot, autour duquel la monnaie évolue dans une marge contrôlée, tout en conservant la possibilité d’intervenir. Cette évolution laissait entrevoir une stratégie moins dépendante des exportations, avec un yuan appelé à se réévaluer progressivement.

      Le yuan faible face à la crise immobilière : la dévaluation compétitive source de tensions monétaires

      La crise immobilière amorcée à partir de 2018 modifie cependant profondément cet équilibre, en affaiblissant la demande intérieure. Le maintien d’un yuan sous-évalué redevient alors un levier central pour soutenir la compétitivité et réorienter la croissance vers les exportations.

      Au sein même de la Banque centrale, certains défendent l’idée qu’une dévaluation constitue une réponse adaptée aux tensions commerciales avec les États-Unis. Néanmoins, ce consensus reste partiel, la Chine conservant une balance commerciale largement excédentaire. Les tensions géopolitiques, notamment au Moyen-Orient, pourraient également peser sur les coûts de production, la Chine dépendant fortement des importations énergétiques transitant par des zones stratégiques comme le détroit d’Ormuz (1). Dans ce contexte incertain, la politique de change pourrait être mobilisée comme instrument d’amortissement des chocs externes. La théorie économique rappelle en effet que le taux de change joue un rôle d’ajustement face aux chocs asymétriques, tels qu’un choc pétrolier.

      Mais les ambitions monétaires chinoises dépassent largement la seule gestion conjoncturelle. Le plan stratégique 2026-2030 vise une internationalisation accrue du yuan, la remise en cause de l’hégémonie du dollar et la construction d’un système financier plus autonome, sans abandon du contrôle des capitaux. Comme le soulignait en juin 2025 le gouverneur de la Bnaque de Chine, Pan Gongsheng : « La première direction consiste à affaiblir la dépendance excessive à une seule monnaie souveraine et à ses impacts négatifs, en formant un mécanisme sain de concurrence et de contrainte d’incitation entre quelques grandes monnaies. ».

      Cette affirmation ouvre la voie à des tensions avec le dollar américain, et particulièrement dans le cadre de la présente administration américaine. Toutefois, cette stratégie reste encore limitée dans les faits : « en juillet 2025, le yuan représentait moins de 3 % des paiements mondiaux traités via SWIFT, et est même en légère baisse sur deux ans. Le yuan compte pour environ 2 % des réserves de change des banques centrales mondiales, contre près de 60 % pour le dollar et 20 % pour l’euro ». Des interrogations profondes traversent plus de trente ans de détermination du taux de change chinois, comme le résume très bien une publication américaine :

      « Le débat actuel sur la politique de taux de change de la Chine en 2025 se concentre fortement sur les mêmes types de questions qu’en 2005 : comment la PBOC va-t-elle équilibrer le besoin de taux d’intérêt plus bas de l’économie nationale avec la pression correspondante sur les sorties de capitaux ? Comment la PBOC devrait-elle intervenir sur les marchés des changes afin de décourager les sorties de capitaux autoréalisatrices, et quel niveau de volatilité des taux de change est utile dans cet objectif ? Comment la Chine peut-elle équilibrer les besoins de politique intérieure pour lutter contre la déflation (ce qui implique un besoin d’une monnaie plus faible) avec la pression politique internationale visant à réduire les déséquilibres commerciaux chinois ? »

      Les autorités chinoises doivent en permanence arbitrer entre soutien à la croissance, stabilité financière et pressions internationales. Ces tensions, loin d’être spécifiques à la Chine, structurent désormais l’ensemble des relations économiques mondiales. La politique de change s’impose ainsi comme un instrument central de souveraineté.

      Les choix monétaires chinois ont des répercussions directes sur les économies concurrentes

      En Europe, l’impact est significatif, et notamment pour l’industrie allemande qui voit ses produits supplantés par les marchandises chinoises et qui a de plus en plus de mal à exporter ses produits vers la Chine. La dépréciation du yuan face à l’euro accentue ce déséquilibre et redirige les flux commerciaux des États-Unis vers le marché européen. Cette situation représente une menace significative pour l’Union européenne, qui devient le principal débouché du surplus chinois.

      Ce phénomène fragilise des pans entiers de l’industrie européenne. Il s’inscrit dans une stratégie globale où le taux de change complète d’autres instruments – politiques industrielles, subventions, transferts technologiques – comme le souligne le Conseil d’analyse économique :

      « Les succès manufacturiers chinois ont reposé sur un mélange d’outils politiques comprenant des politiques industrielles et des subventions, des politiques macroéconomiques orientées vers le surinvestissement, un taux de change compétitif, des transferts technologiques, mais aussi des avantages en matière de réglementation, d’innovation et d’économies d’échelle sur un marché intérieur vaste et très concurrentiel. Il est important de noter que les outils non conformes à l’OMC ne sont qu’une partie du succès global, mais leur importance varie selon les secteurs. »

      Si la Chine a su construire patiemment une stratégie économique et monétaire qui lui permet de s’affirmer sur la scène économique mondiale – et ce malgré les faiblesses de sa stratégie de croissance –, l’Union européenne apparaît quant à elle totalement désarmée. Les États-Unis et la Chine rivalisent commercialement, développent des tactiques parfois agressives voire inquiétantes, pendant que l’UE semble sidérée par le monde qui vient. Faute de réponse structurée, elle s’expose à un risque accru de désindustrialisation et de marginalisation économique dans les années à venir. L’aveuglement idéologique de nos élites, le poids d’un libéralisme dogmatique et la persistance des stratégies non coopératives ont rendu l’Europe considérablement vulnérable.

      Notes

      (1) La Chine importe la moitié de son pétrole de six pays du golfe, dont 48 % depuis l’Iran. L’Arabie Saoudite exporte 520 millions de barils de pétrole vers la Chine. L’an dernier, plus de 5 millions de barils par jour destinés à la Chine sont passés par le détroit d’Ormuz.

  • Face aux pressions américaines, Lula défend #Pix et annonce son déploiement international.

    via https://diaspora.psyco.fr/p/12407501

    #BRÉSIL. Face aux pressions américaines, Lula défend #Pix et annonce son déploiement international. Le président brésilien Lula da Silva a répondu publiquement aux critiques de Washington : « Pix appartient au Brésil, et personne ne nous obligera à le changer. »

    La déclaration fait suite aux accusations américaines selon lesquelles le système de paiement instantané brésilien « fausserait le commerce international ».

    Qu’est-ce que #Pix ? Créé par la Banque centrale du Brésil, c’est un système de transferts instantanés disponible 24h/24, sans frais, accessible via QR code. Il compte aujourd’hui plus de 170 millions d’utilisateurs, soit près de 80 % de la population brésilienne, et a contribué à l’inclusion financière de millions de personnes jusque-là non bancarisées.

    #commerce #finance #visa #mastercard

  • Shanaka Anslem Perera / X – The Strait of Hormuz now has a guest list. And the guest list is redrawing the map of global power.
    https://x.com/shanaka86/status/2036367637622526310

    The Strait of Hormuz now has a guest list. And the guest list is redrawing the map of global power.

    China passes. Chinese-owned vessels transit with “CHINA CREW” broadcast on AIS. India passes. LPG tankers Shivalik and Nanda Devi cleared and escorted. Pakistan passes. Aframax tankers bound for Karachi approved. Turkey passes. Malaysia passes. Iraq transits on government-to-government terms. Bangladesh receives limited clearance. Sri Lanka was publicly named a “friendly nation” by the Iranian ambassador in Colombo this morning.

    The United States does not pass. Israel does not pass. Japan does not pass. South Korea does not pass. Any vessel with US or Israeli beneficial ownership, insurance, or crew is excluded. No toll will buy entry. The gate is not for sale to everyone. It is for sale to a specific coalition: the nations that did not join the war, or that Iran calculates it can pull closer by offering what the strait controls.

    Four hundred ships are waiting outside. Three transited in the last 24 hours. The IRGC is selecting the future of global trade one hull at a time. Every vessel that passes under the yuan-denominated toll weakens the petrodollar architecture. Every vessel that waits reinforces it. The strait is not a waterway anymore. It is a sorting mechanism. Friendly nations on one side. US-aligned nations on the other. The water between them is 21 miles wide, priced at $2 million per crossing, and denominated in a currency that is not the dollar.

    The United States calls this extortion. CENTCOM has stated it “will not tolerate any restriction on freedom of navigation.” Over 50 missile sites were hit overnight. The US blueprint to demolish the toll system is multi-domain: kinetic degradation of IRGC coastal infrastructure, naval escorts for allied tankers, targeted sanctions on toll intermediaries, and, per the Wall Street Journal, contingency planning for operations against Kharg Island to cut the revenue that funds the gate.

    The logic is straightforward. If the IRGC cannot enforce the corridor, the corridor collapses. If the toll revenue disappears, the gate cannot sustain itself. If Kharg is seized or blockaded, Iran loses both its export income and its leverage. The US is not negotiating with the toll booth. It is planning to demolish it.

    But here is what the demolition does not solve. Every day the toll booth operates, it proves that global energy trade can settle in yuan through a non-Western chokepoint during a shooting war. That proof of concept does not disappear when the corridor closes. The precedent lives in the transaction records of every tanker that paid. The yuan payment rail built under fire becomes a template for peacetime. The IRGC may lose the strait. It will not lose the demonstration.

    China is watching. Beijing’s tankers pass freely. Beijing’s currency collects the tolls. Beijing’s refineries process the crude. And Beijing has not fired a single shot, deployed a single soldier, or risked a single asset. The war that the United States is fighting and funding is simultaneously building the payment infrastructure that China will inherit when the fighting stops. The strait sorts nations into two categories. The category that pays in yuan is growing. The category that waits outside is shrinking. And the distance between the two is measured in a currency that neither Washington nor Jerusalem controls.

    Three ships. Four hundred waiting. One guest list. Two currencies. The strait is not just a chokepoint anymore. It is an audition for the next monetary order.

  • Shanaka Anslem Perera / X :The IRGC toll booth at the Strait of Hormuz right now accepts three currencies: cash, yuan, and cryptocurrency.
    https://x.com/shanaka86/status/2036408589427073429

    The IRGC toll booth at the Strait of Hormuz right now accepts three currencies: cash, yuan, and cryptocurrency. The third one is the one that keeps sanctions lawyers awake at night. Because the third one moves at the speed of light through rails that no government on Earth fully controls.

    The Financial Times and Lloyd’s List confirmed that payments for the $2 million per-tanker toll are accepted in cash, cryptocurrency, or barter. The dominant crypto rail, per Chainalysis reporting on IRGC flows, is USDT on the Tron blockchain. The reason is mechanical: Tron settles in approximately 3 seconds per block, charges negligible fees, and operates with limited identity verification on many access points. A $2 million stablecoin transfer can be initiated, confirmed, and received before a sanctions compliance officer finishes reading the transaction alert.

    The IRGC’s crypto architecture is not improvised. Chainalysis documented over $3 billion in IRGC-linked USDT flows in 2025 alone, used for sanctions evasion, oil settlement, and proxy funding across Hezbollah and Houthi networks. The Hormuz toll gate is the latest application of an infrastructure that was already operational before the first missile was fired. The war did not create the crypto rail. The war gave it a chokepoint to monetise.

    The United States has responded with targeted sanctions. OFAC has designated dozens of IRGC-linked Tron addresses. Tether has frozen identified wallets. But the disruption rate, per Chainalysis estimates, remains approximately 10 to 20 percent of identifiable flows. The gap between identification and enforcement is structural. The IRGC uses layered transfers through multiple addresses, cross-chain bridges to other networks, over-the-counter desks in jurisdictions beyond US reach, and integration with yuan settlement channels for larger state-linked transactions. Each layer adds obfuscation. Each bridge adds jurisdiction. Each OTC desk adds deniability. The 3-second block time means the funds have moved before the freeze order arrives.

    Behind the crypto toll, a parallel rail operates at the state level. Russia’s digital ruble and China’s e-CNY are being used in bilateral trade with Iran for oil and fertiliser settlement on sovereign, permissioned blockchains that sit entirely outside US jurisdiction. These are not decentralised networks. They are centrally controlled ledgers operated by the Russian Central Bank and the People’s Bank of China. The United States cannot sanction a sovereign central bank’s own ledger. It cannot freeze a digital ruble that never touches a US-regulated rail. The CBDC channel handles the larger, slower, state-to-state flows. The USDT channel handles the tactical, fast, deniable flows. Together they form a two-tier payment system that bypasses the dollar from both the top and the bottom.

    This is the war’s financial dimension that almost nobody is covering. The kinetic war degrades launchers and flattens headquarters. The energy war closes the strait and blocks fertiliser. The financial war builds a parallel payment system under live fire that may outlast the conflict itself. The yuan toll collects at the gate. The USDT transfer settles in 3 seconds. The digital ruble clears between Moscow and Tehran on a ledger Washington cannot read. And the dollar, which has governed energy settlement since 1974, watches from the other side of the strait where 400 ships are waiting and none of them are paying in greenbacks.

    The molecules are trapped. The money is not. And the money that moves through the toll booth is building the infrastructure that the molecules will use when the strait finally reopens, in a currency that is no longer the dollar.

  • How Iran calibrates escalation
    https://diaspora.psyco.fr/p/12351777

    ♲ Kim Perales - 2026-03-21 18:45:06 GMT
    https://toad.social/@KimPerales/116268643526270535

    “The Iranian strike on Dimona and the Haifa refinery following the Israeli attack on the South Pars gas field highlights a clear and consistent pattern:🚨ESCALATION managed through deliberate signaling.In both cases, we see effective command and control, with strategic guidance translating into precise operational execution at the tactical level…” D Citrinowicz #IranWar#Israel #Netenyahu #Trump #US #Iran #Retaliation #Deterrence #Escalation #NoKings #Protest #USPol

    • https://x.com/nikstankovic_/status/2035433719939436851

      Nik Stankovic
      @nikstankovic_
      2026-03-21

      Unmentioned in these reports of Iran hitting #Dimona, Israel’s nuclear weapons research center (missiles are unlikely to be there), is that Israel hit Iran’s nuclear research center #Natanz.

      #Iran is following the tit-for-tat strategy: what you hit here is what we hit there. You hit our bases, we hit your bases EVERYWHERE if they are used against us. You hit our our gas fields, we hit “your” gas fields. You hit our nuclear facilities, we hit your nuclear facilities.

      This is a strategy proven to lead to peace/deterrence. Something #Russia never accepted, which is why the #Ukraine war is in its 5th year.

      #Israel #USA

    • Different ways of #retaliation

      [...]

      This is not a gold rush. A rush implies speculation. This is rearmament. The PBOC is building reserves outside the dollar system. Chinese households are converting savings into a store of value independent of American financial infrastructure. Hainan’s free-trade port has become a gold shopping destination. Banks ration supply because demand exceeds every ceiling Beijing sets. The queue at ICBC is not for jewellery. It is for monetary sovereignty, purchased 600 kilograms at a time.

      The symmetry with Natanz is exact. The United States has bombed Iran’s nuclear facility five times in 16 years. The programme survives because nuclear knowledge cannot be destroyed by ordnance. China is building a gold reserve that the United States cannot reach because physical metal in a sovereign vault cannot be frozen by SWIFT exclusion. Both strategies operate on the same principle: the thing that matters most is the thing that cannot be taken away. For Iran it is the physics equation. For China it is the gold bar. Both are responses to the same American power projection. Both are designed to outlast it.

      The West is fighting a kinetic war over a strait it controls militarily. The East is fighting a monetary war over a reserve asset it controls physically. Both wars are happening on the same day. Neither side has acknowledged the other’s battlefield. The strait is 21 miles wide. The gold bar is 400 ounces. And the distance between them is the distance between the world that is ending and the world that is beginning.

      [...]

      citation d’ici :

      https://seenthis.net/messages/1163878

      #Chine #monnaie #armement #mobilité #USA #États-Unis #numérisation #science #energie #resources #SWIFT

  • Yuan Versus the Dollar: Will Hormuz Tensions Reshape the Global #Monetary_Order?

    via https://diaspora.psyco.fr/p/12344248

    https://english.aawsat.com/business/5252197-yuan-versus-dollar-will-hormuz-tensions-reshape-global-monet

    Riyadh: Fathurrahman Yusuf — 2026-03-17

    As geopolitical tensions escalate around the Strait of #Hormuz, #Iran has floated a proposal to link the passage of energy shipments to #payments in currencies other than the US #dollar.

    The move appears designed to pressure global power centers. While it stops short of a declared currency war, it highlights growing international efforts to reduce dependence on the dollar in energy markets.

    This comes as US President Donald Trump calls for an international coalition to secure the strait, casting doubt on Iran’s willingness to negotiate. Diplomacy remains stalled as the conflict involving #Israel, the United States, and Iran enters its seventeenth day.

    Iranian Foreign Minister Abbas Araghchi has denied any moves toward negotiations or a ceasefire. Trump has also warned that #NATO could face a “very bad” future if US allies fail to act to reopen the waterway, even as Israeli strikes on Iranian military infrastructure continue.

    Dr. Abdulaziz bin Sager, Chairman of the Gulf Research Center, said shifts in energy markets reflect a broader global trend toward currency diversification in international transactions. He argued that Iran’s proposal signals a growing willingness to explore alternatives amid geopolitical change, accelerating debate over the stability of currencies used in energy trade.

    According to bin Sager, this is part of a gradual restructuring of the global #financial_system, particularly as major economies such as #China and #Russia expand the use of their national currencies in bilateral trade. He pointed to the decline in the dollar’s share of global reserves—from 65.3 percent in 2016 to 59.3 percent in 2024—as evidence of a steady shift.

    He noted that countries are seeking to manage geopolitical risk and adopt more flexible economic strategies, reflecting a broader move toward a multipolar monetary system. China promotes the #yuan through the Belt and Road Initiative, while Russia advances its currency through bilateral agreements.

    Dr. Saeed Sallam, Director of the Vision International Center for Strategic Studies, said that Iran’s demand as limited in immediate practical impact but significant in long-term symbolic terms. He warned that it could increase volatility and uncertainty in energy markets, complicate transactions due to limited yuan liquidity, and drive up maritime insurance and transport costs by 20 to 30 percent along alternative routes.

    Rather than stabilizing markets, Sallam argued, the move could fragment oil trade. Limited volumes might be settled in yuan and routed through Hormuz to China, while the rest are diverted via more expensive routes. The result could be sharp increases in #gas, #fertilizer, and #food_prices, raising the risk of recession in Asian and European economies.

    He continued that China is pursuing a strategy of careful balance. While it may accept limited yuan-based transactions to secure oil imports, it is unlikely to support escalation that threatens stability in the strait, through which roughly 40 percent of its imports pass. Russia, meanwhile, uses the proposal symbolically within the #BRICS framework to challenge #Washington, though stable energy markets remain essential to its export revenues.

    Sallam concluded that Iran’s proposal may accelerate the rhetoric of de-dollarization and contribute to price shocks, but its real impact remains constrained by diplomatic and practical limits. The core issue, he stressed, is not the currency used but whether the Strait of Hormuz remains open.

    For now, the dollar retains its dominant position in global energy trade, though that status could be tested by rapidly evolving military and diplomatic developments.

    #Asia #Europe #USA

  • Système monétaire, Etats-Unis, France. Une discussion avec le collectif Réalité. – Sortir du capitalisme
    https://sortirducapitalisme.fr/emissions/systeme-monetaire-etats-unis-france-une-discussion-avec-le-colle

    Pour cet épisode, nous avons reçu Andrée, Kolia et Luca du collectif Réalité pour une discussion sur le capitalisme contemporain, et notamment son architecture monétaire, la place occupée par les Etats-Unis et la Chine, et les spécificités du capitalisme français.

    En détails, l’épisode contient :

    une introduction qui revient sur le collectif et ses motivations initiales, notamment ses motifs d’insatisfaction face à une théorie critique qui se situe souvent à des niveaux élevés d’abstraction sans médiations intermédiaires avec la réalité concrète

    une discussion autour du système monétaire international (14′), qui aborde entre autres le rôle des monnaies nationales – fortes ou faibles – et leur relation avec la notion d’impérialisme (16′) ; la place particulière et évolutive des Etats Unis (22′) qui aboutit à l’heure actuelle à un « non système monétaire » (31′) remis en cause par des conseillers économiques de Donald Trump tels que Stephen Miran (34′)

    une discussion autour d’une formation sociale nationale spécifique (45′), la France, avec un résumé à grands traits de l’histoire du capitalisme français et ses caractéristiques principales (47′), et ses conséquences pour les luttes actuelles et leur traduction dans une forme particulière de réformisme politique (56′)

    en conclusion, une présentation des thématiques qui seront abordées par le collectif Réalité dans de futurs articles (1h05)

    #audio #marxisme #théorie_critique #impérialisme #monnaie #capitalisme_français

  • Europe centrale et orientale : une intégration aux pieds d’argile
    https://lvsl.fr/europe-centrale-et-orientale-une-integration-aux-pieds-dargile

    Vingt ans après l’élargissement l’Union européenne (UE) à l’Europe centrale et orientale, cette intégration dévoile toute sa fragilité. Dépendance aux investissements étrangers, inégalités territoriales, émigration massive, recul démocratique : les « néo-adhérents » sont loin de la prospérité promise deux décennies plus tôt. À une ère de prédation, où les capitaux allemands ont fait main basse sur leur […]

    #International #euro #Europe_orientale #groupe_de_Visegrád #monnaie_unique #néolibéralisme #PECO #Union_Européenne

  • Les Bulgares révoltés contre l’entrée de leur pays dans la zone #euro
    https://lvsl.fr/les-bulgares-revoltes-contre-lentree-de-leur-pays-dans-la-zone-euro

    Alors que les élites européennes ont applaudi le feu vert à l’entrée de la #Bulgarie dans l’euro en 2026, la population doute fortement de cette transition monétaire. Outre les craintes légitimes sur une potentielle inflation durant le changement de #Monnaie, les Bulgares craignent aussi un scénario similaire à leur voisin grec, alors que leur pays est le plus pauvre de l’UE.

    #Politique #Reprendre_le_contrôle_sur_la_monnaie #Balkans #Grèce #Maastricht #néolibéralisme #UE #Union_Européenne #zone_euro

  • Digitaler Euro: Wie schlimm wird es? (Programmierbares Geld und Fürstengeld) | Prof. Rieck

    via https://diasp.eu/p/17681122

    Die #EZB-Präsidentin verrät in einer Talkshow, dass es mit dem #digitalen #Euro schneller weitergeht als von Vielen erwartet. Was ist von dem digitalen #Geld zu halten? Drei Eigenschaften sind angekündigt: 1. Emission über die Geschäftsbanken, 2. keine #Anonymität, 3. #Programmierbarkeit ist unbekannt. Einschätzung: 1 ist gut, 2 ist schlecht, 3 wäre eine Katastrophe.

    Das erwähnte Buch #Fürstengeld, #Fiatgeld, #Bitcoin – Wie Geld entsteht, einen Wert bekommt und wieder untergeht:

    https://www.youtube.com/watch?v=MMd3-2-RqHs


    20 min, 2025-05-31

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      Die EU-Kommission stellte NGOs zuletzt jährlich 15 Millionen Euro an Betriebskostenzuschüssen zur Verfügung, einzelne bekamen bis zu 700.000 Euro. Im Gegenzug sollten sie bekämpfen, was viele Brüsseler Beamte für böse halten: fossile Energie, Glyphosat und das Handelsabkommen #Mercosur mit Südamerika. Gemeinsame Kampagnen wurden bis ins Detail geplant. Zusätzlich erhielten die Aktivisten Mittel von Stiftungen, hinter denen oft auch amerikanische Geldgeber stehen (siehe Grafik).

      All das geschah im Namen des sogenannten Green Deals. Die Kommission will Europa bis 2050 in den ersten klimaneutralen Kontinent der Erde verwandeln. Vieles soll grüner werden, die Energieversorgung, die Landwirtschaft, die Industrie, der Verkehr, der Wohnungsbau. Zwar kann die Behörde dafür Umweltgesetze erarbeiten, aber das letzte Wort haben die EU-Staaten und das #Europaparlament. Um die zu beeinflussen, raunen Abgeordnete seit Jahren, setzte die Kommission auf „#Schattenlobbyismus“.
      Grundsätzlich leisten NGOs wertvolle Arbeit, sie kämpfen für saubere Meere und bedrohte Tiere, kontrollieren Politik und Wirtschaft, informieren über Missstände. Aber wenn Aktivisten eine heimliche Allianz mit Brüsseler Beamten schmieden, wird es heikel. Dann kann die EU-Kommission plötzlich mit verdeckten Helfern ihre Ziele durchsetzen.

      „Die Abkürzung NGO darf kein Freibrief für eine willkürliche und unkontrollierte Verwendung von Steuergeldern sein“, sagt die einflussreiche CSU-Europaabgeordnete Monika Hohlmeier WELT. Sie hatte früh auf Unregelmäßigkeiten hingewiesen und eine Debatte angestoßen. „Derzeit ist die Transparenz bei der Verausgabung der Mittel sowie bei den finanziellen Quellen von einigen NGOs nicht adäquat gewährleistet“, so Hohlmeier.

      ClientEarth etwa verpflichtete sich in dem Vertrag mit der Kommission, gegen „bestimmte #Kohlekraftwerke“ vorzugehen. Man werde behördliche Genehmigungen zum Ausstoß von Emissionen und zur Nutzung von #Wasser anfechten. Ziel sei es, das „finanzielle und rechtliche Risiko für Eigentum und Betrieb der #Kraftwerke“ zu erhöhen. Kohle ist schädlich, die Verbrennung beschleunigt die Erderwärmung. Dennoch wirkt es fragwürdig, wenn eine EU-Behörde und eine #NGO hinter dem Rücken der deutschen Regierung Aktionen gegen fossile #Energie planen.

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  • #Eusko basque : quand utiliser une #monnaie_locale déclenche un réflexe coopératif

    Lancée en 2013, l’#Eusko_basque est la principale monnaie locale en Europe. Une étude menée à #Bayonne montre que son usage ne favorise pas seulement les #circuits_courts, mais il semble aussi rendre les utilisateurs… plus coopératifs.

    Alors que la guerre des monnaies fait rage, entre le dollar, l’euro ou même le yuan, la question des monnaies locales revient sur le devant de la scène. Les monnaies locales complémentaires, ou monnaies locales convertibles, sont des dispositifs monétaires mis en place à l’échelle d’un territoire pour favoriser l’#économie_locale. Échangeables à parité avec l’euro (1 eusko = 1 euro), mais utilisables uniquement au sein d’un réseau restreint d’acteurs – commerçants, associations, institutions –, elles visent à réorienter la consommation vers des circuits courts.

    Si leurs dynamiques ont largement nourri la réflexion théorique, les monnaies locales complémentaires font l’objet de bien moins d’analyses empiriques sur leurs #retombées concrètes. Elles n’en demeurent pas moins un phénomène significatif au sein des initiatives d’#innovation_sociale. Plus de 4 500 expériences de ce type ont été recensées dans la littérature au cours des trente dernières années.

    En France, l’Eusko, lancée en 2013 au Pays basque, est souvent citée comme un modèle. Avec plus de 5400 utilisateurs, 4,4 millions d’euskos en circulation et un volume de transactions de 6,5 millions d’euskos en 2024, il s’agit de la première monnaie locale d’Europe. Mais l’usage de ces monnaies peut-il avoir un effet sur les comportements individuels ? Notre étude menée à Bayonne montre que l’usage de l’Eusko ne favorise pas seulement les circuits courts, il semble aussi rendre les utilisateurs… plus coopératifs.
    Lab-in-the-field

    Pour explorer cette hypothèse, nous avons conçu une expérience de type « lab-in-the-field », c’est-à-dire un test comportemental inspiré des méthodes expérimentales classiques mais réalisé dans un cadre naturel. Ici, les cafés et librairies du centre-ville de #Bayonne.

    Nous avons recruté plus de 300 volontaires pour jouer à un jeu dit de « l’ultimatum », une expérience bien connue en économie comportementale. Le principe est simple : un joueur, le « proposeur », propose une partition d’une somme d’argent avec un autre joueur, le « répondant ». Ce dernier peut accepter ou rejeter l’offre. En cas de refus, aucun des deux ne gagne. Dans cette version de l’expérience, chaque participant prend sa décision avant de connaître celle de l’autre. Cette méthode permet d’évaluer les préférences de manière isolée, ainsi que les seuils d’acceptabilité de chacun.

    Mais cette fois, la nouveauté résidait notamment dans la monnaie utilisée pour jouer : certains participants jouaient avec des euros, d’autres avec des Euskos. Nous voulions savoir si la seule présence de cette monnaie locale, qui incarne un engagement collectif, pouvait influencer les choix des joueurs.

    Déclencheur de coopération

    Les résultats sont frappants. Les utilisateurs réguliers de l’Eusko se montrent significativement moins enclins à rejeter les offres lorsqu’ils jouent avec la monnaie locale plutôt qu’en euros. Autrement dit, face à une offre jugée imparfaite, ils choisissent plus souvent de l’accepter quand l’interaction se déroule en eusko. Ce comportement reflète une baisse de la réciprocité négative, c’est-à-dire une moindre tendance à « punir » une proposition perçue comme « injuste ».

    https://www.youtube.com/watch?v=65s6UKa9khI

    En revanche, un tel effet n’est observé chez les non-utilisateurs de l’Eusko, les échantillons ayant été randomisés. Nous en concluons que c’est bien l’usage régulier de la monnaie locale, et non une quelconque différence individuelle préalable, qui déclenche ce réflexe coopératif.

    #Valeurs communes

    Pourquoi une simple monnaie aurait-elle ce pouvoir ? Notre étude avance une interprétation théorique : l’Eusko active des intentions collectives déjà présentes chez ses utilisateurs. Autrement dit, en manipulant la monnaie, les participants se reconnectent à un engagement latent envers la solidarité locale. La monnaie devient un marqueur de valeurs communes, à la fois symboliques et morales, qui influe sur la manière dont les joueurs interprètent la situation.

    Ce mécanisme peut être éclairé par la théorie dite des « buts-cadres » ou goal-framing theory), selon laquelle notre comportement est façonné par des objectifs activés de manière contextuelle. Trois types de cadres coexistent : le cadre hédonique avec la recherche du plaisir/bien-être immédiat, le cadre de gain avec la recherche d’un intérêt personnel matériel à long terme et le cadre normatif avec l’adhésion à des règles et valeurs collectives.

    Dans ce contexte, l’Eusko ne crée pas de nouvelles motivations. Elle semble réactiver un cadre normatif préexistant chez les utilisateurs réguliers : un rapport au collectif, à la solidarité et à la coopération. En rendant ces objectifs saillants, la monnaie infléchit leur comportement de manière moins compétitive, plus conciliante.

    Relocaliser l’économie

    Le changement de monnaie dans cette expérience n’a pas modifié le comportement des « proposeurs », qui ont dans l’ensemble proposé une répartition équitable. Sans doute en raison du caractère public de l’expérience et d’un biais de désirabilité sociale ? L’effet observé concerne uniquement les « répondants », ceux qui acceptent ou refusent une offre. Les résultats confirment une intuition partagée par de nombreux acteurs de l’économie sociale et solidaire : les dispositifs alternatifs comme les monnaies locales ne sont pas neutres.

    L’Eusko, comme d’autres monnaies locales en France, a souvent été défendu pour sa capacité à relocaliser l’économie et à renforcer les circuits courts. Cette étude montre qu’elle pourrait aussi jouer un rôle plus subtil mais tout aussi important : renforcer les normes de coopération au sein d’une communauté engagée. Ces résultats relancent les débats sur le rôle des outils monétaires dans la transformation sociale. Ils suggèrent une voie prometteuse pour la recherche : analyser non seulement les effets économiques directs de ces innovations, mais aussi leur capacité à façonner les représentations mentales et les comportements collectifs.

    Si des dynamiques identitaires liées au contexte basque sont parfois évoquées pour expliquer le succès de l’Eusko, celui-ci semble toutefois davantage porté par un contexte socio-politique fertile façonné par des décennies de mobilisation territoriale et de construction de la #confiance.

    https://theconversation.com/eusko-basque-quand-utiliser-une-monnaie-locale-declenche-un-reflexe
    #Pays_Basque #économie #relocalisation

  • « Fort Knox numérique » : le pari risqué du bitcoin en réserve stratégique des États-Unis
    https://theconversation.com/fort-knox-numerique-le-pari-risque-du-bitcoin-en-reserve-strategiqu

    Le plan de Donald Trump d’ajouter le bitcoin au bilan de la Réserve fédérale est sans précédent. Audace visionnaire ou pari risqué ? Côté audace : Trump. Côté prudence : la Réserve fédérale des États-Unis.

    En mars 2025, Trump signe un décret exécutif (« executive order ») établissant une réserve stratégique de bitcoins. Il vise à reconnaître officiellement le bitcoin comme un actif de réserve. Il prévoit aussi d’inclure dans cette réserve d’autres cryptoactifs : l’éther, le XRP, le solana et le cardano. Ce qui avait alors fait grimper leur valeur sur les marchés. Concrètement, la banque centrale des États-Unis – la Réserve fédérale (communément nommée la Fed) – pourra utiliser la cryptomonnaie pour prêter à des banques ou pour intervenir sur le marché des changes.

    Cette réserve sera initialement financée par les bitcoins que le gouvernement américain possède déjà, principalement issus de saisies judiciaires dans des affaires de cybercriminalité ou de blanchiment d’argent. Par exemple, en novembre 2021, le ministère de la justice a annoncé la saisie de plus de 50 676 bitcoins liés à des activités illégales sur le marché du Darknet, Silk Road. Plutôt que de les revendre, ces actifs sont conservés dans une logique de placement à long terme. Le décret de Trump demande également aux agences concernées d’explorer des moyens « budgétairement neutres » pour acquérir du bitcoin, c’est-à-dire sans coûts nouveaux pour les contribuables.

    En positionnant le bitcoin comme de « l’or numérique », l’administration Trump présente cette mesure comme une innovation audacieuse. Ce pari suscite un scepticisme important de la part des banquiers centraux et des régulateurs. Ces derniers alertent sur les obstacles juridiques et les risques pour la stabilité financière. Dans cet article, nous examinons le pari de Trump sur le bitcoin, ainsi que la réponse des institutions américaines, des régulateurs et des autorités financières mondiales, pour en évaluer la faisabilité et les implications.

    #Bitcoin #Monnaie_numérique #Fed #Trump

  • Die Banknote und ihre Stellung zum Gelde
    https://www.digitale-sammlungen.de/en/view/bsb11123839?page=4,5

    Bil Drews est l’allégorie même de la compatibilité du droit avec l’état bourgeois sous toutes ses formes.

    Die Richter und Staatsanwälte für wen sind sie da?
    Für die Kapitalisten und ihren Staat.

    Ton Steine Scherben, Der Kampf geht weiter, in Warum geht es mir so dreckig ? (1971)
    https://genius.com/Ton-steine-scherben-der-kampf-geht-weiter-lyrics

    Bill Drews
    https://de.m.wikipedia.org/wiki/Bill_Drews

    appréciation du travail de Drews par la presse nazie en 1937
    Source : https://pm20.zbw.eu/mirador/?manifestId=https://pm20.zbw.eu/iiif/folder/pe/004246/manifest.json

    Matthias Wiemer, Der Vater des Polizeirechts im 20. Jahrhundert, Deutsche Juristenbiographien, Teil 24 : Bill Drews (1870 – 1938)
    https://justament.de/archives/10112

    Wilhelm Arnold Drews, genannt „Bill“, war eine der prägendsten Juristengestalten des 19. Jahrhunderts und hat als Mann der Praxis die Rechtsprechung und Gesetzgebung im Bereich des Polizeirechts maßgeblich geprägt.

    Geboren wird Drews als Preuße, nämlich am 11. 2. 1870 als Sohn des Justizrats und Notars Carl Friedrich Drews (1818 – 1882), der u. a. als Rechtsanwalt für Otto von Bismarck wirkte.

    Wie auch Bismarck, studiert Drews Rechtswissenschaften an der Universität Göttingen und wird dort Mitglied des Corps Bremensia. Bereits im November 1891 erfolgt die Promotion in Göttingen mit einer Arbeit über „Die Banknote und ihre Stellung zum Gelde“, und zum 1. Dezember folgt die Aufnahme des Referendariats – nach Examen mit dem Prädikat „gut“ – im Bezirk des Kammergerichts. Das Examen als Regierungsassessor, einer damals spezialisierten Juristenausbildung für Verwaltungsfachleute, erfolgt Ende 1896 mit dem sehr seltenen Prädikat „mit Auszeichnung“, und bereits Anfang 1897 tritt Drews als Vertreter des Landrats in dem kleinen Landkreis Usingen an, heute Teil des Hochtaunuskreises. Schon zum 16. Juni desselben Jahres wird Drews allerdings zurück nach Berlin gerufen, wo er eine Stelle als Hilfsarbeiter in das preußische Ministerium des Inneren antritt.

    Vom 15. August 1902 bis 12. Juni 1905 verlässt Drews das Ministerium, um als Landrat in Oschersleben (preußische Provinz Sachsen) zu amtieren. Nach Rückkehr ins Innenministerium wird er am 23. November 1905 zum Geheimen Regierungsrat und bereits am 1. Dezember 1908 zum Geheimen Oberregierungsrat ernannt. Zwischen dem 13. März 1911 und dem 17. März 1914 wirkte Bill Drews als Regierungspräsident von Köslin in der preußischen Provinz Pommern. Hier lässt sich einfügen, dass die spezielle Ausbildung als Regierungsreferendar, die die Referendare bereits frühzeitig von der Mehrheit der Justizreferendare trennte, die Wahrscheinlichkeit, einmal selbst Regierungspräsident zu werden, stark erhöhte. Nach Rückkehr ins Ministerium wirkt Drews bereits als Unterstaatssekretär, was einem heutigen Staatssketär auf Länderebene entspricht – wenn man Preußen überhaupt mit den heutigen Bundesländern vergleichen kann.

    Durch allerhöchste Kabinettsordre vom 19. Januar 1917, also durch den König von Preußen, wird Bill Drews als Staatskommissar für die Verwaltungsreform eingesetzt. Ziel ist es, sicherlich auch unter dem besonderen Eindruck der Kriegssituation, die bis dato zahlreiche Sonderverwaltungen hervorgebracht hat, Vorschläge zur Vereinfachung und Verbilligung aller Staatsverwaltungen, mit Ausnahme der Justiz und des Eisenbahn- und Bergwesens, auszuarbeiten. Bereits kurz nach Vorlage seines Abschlussberichts vom 29. Juli 1917 wird Bill Drews zum 6. August der letzte Preußische Minister des Inneren.
    Eine der nun anstehenden Aufgaben war die Reform des preußischen Landtagswahlrechts, also die Abschaffung des Drei-Klassen-Wahlrechts. Die Gleichheit der Wahl konnte allerdings erst im Oktober 1918 – praktisch zeitgleich mit der Parlamentarisierung auch der Reichsregierung – erreicht werden.

    Im Auftrag des letzten Reichskanzlers Prinz Max von Baden legt Drews dem Kaiser und König Wilhelm II Anfang November des Jahres im deutschen Hauptquartier im belgischen Spa die Abdankung nahe. Am 11. 11. 1918 beginnt für Drews zunächst der Ruhestand als Minister. Sich zunächst weiter für die Verwaltungsreform, unter starker Betonung des Selbstverwaltungsgedankens, einsetzend. Dabei sollte ein Einheitsstaat geschaffen und die bisherigen Länder und Provinzen zu Selbstverwaltungseinheiten unterhalb des Reichs umgewandelt werden. Auch zur Frage der Einrichtung eines Reichsverwaltungsgerichts liefert er Vorschläge; dieses Gericht entsteht freilich erst während des Zweiten Weltkriegs unter dem NS-Regime.

    Vom 1. März 1921 an wirkt Drews als Präsident des bis dahin bedeutensten Verwaltungsgerichts im Deutschen Reich, nämlich des im Jahre 1875 geschaffenen preußischen Oberverwaltungsgerichts in der Berliner Hardenbergsraße. Ein Jahr später ernennt ihn die Berliner Universität zum Honorarprofessor, und im November 1925 erfolgt die Ernennung zum Dr. rer. pol. durch die Universität Kiel. Mit zwei Sondergesetzen vom März 1935 und März 1936 wird die Amtszeit des OVG-Präsidenten jeweils über die eigentlich erreichte Altersgrenze verlängert. Der Präsident wirkte als Vorsitzender des III. Senats.

    Bill Drews war Autor einiger wegweisender verwaltungswissenschaftlicher bzw. besser verwaltungspolitischer Abhandlungen und hat sodann zunächst das Polizeirecht in der von von Brauchitsch herausgegeben Sammlung der preußischen Verwaltungsgesetze und hat dann erstmals 1927 ein eigenes Lehrbuch zum Polizeirecht veröffentlicht. Dieser zunächst sehr knappe Band behandelte das preußische Polizeirecht in seinem allgemeinen Teil. Ers tim Jahre 1933 wurde diesem ein von Drews nur herausgegebener zweiter Band zum Besonderen Polizeirecht an die Seite gestellt, der freilich noch den Rechtstand vom Ende der Weimarer Republik wiedergab und deren einer Mitarbeiter der späterer Ankläger im Nürnberger Kriegsverbrecherprozess Robert W. Kempner war. Den Allgemeinen Teil hat Drews selbst im Jahre 1936 in fünfter Auflage herausgebracht.

    Eine sechste und siebte Auflage erschien 1951 und 1961 unter dem Titel „Allgemeines Polizeirecht“ aus der Feder von Gerhard Wacke, während seine Schüler Klaus Vorgel und Wolfgang Martens in den 1970er Jahren eine zweibändige achte und 1986 eine neunte und letzte Auflage jeweils unter dem Titel „Gefahrenabwehr“ herausbrachten. Dieses Lehrbuch gilt bis heute als Standardwerk des Polizei- und Ordnungsrechts gilt.
    Mit diesem Lehrbuch wirkt das durch die praktische und wissenschaftliche Arbeit von Bill Drews geschaffene preußische Polizeiverwaltungsgesetz von 1931 mit seinem beschränkten Polizeibegriff bis in die frühe Bundesrepublik fort.

    Dass man hinsichtlich der fortwirkenden Tätigkeit Drews´ als OVG-Präsident im Dritten Reich nichts wirklich Negatives über ihn lesen kann, liegt daran, dass er am Prinzip der Gesetzmäßigkeit der Verwaltung stets festhielt, seit 1927 Mitglied der NS-kritischen Mittwochsgesellschaft war und sich zudem einer zunehmenden Kritik von NS-Juristen ausgesetzt sah. Auch sah Drews im NS-Staat sein Modell eines dezentralisierten Einheitsstaats verwirklicht, was man angesichts der Wirkungen des Gesetzes über den Neuaufbau des Reiches von 1934 auch zunächst annehmen konnte.

    Bill Drews heiratete im Jahre 1907 eine Engländerin und hatte mit ihr zwei Töchter. Im März 1937 als Gerichtspräsident verabschiedet, stirbt Drews schon ein knappes Jahr später, am 17. Februar 1938. Seine Grabstätte befindet sich bis heute in der Trakehner Allee 1 in Berlin-Westend.

    Quellen:
    Gerhard Wacke, Vorwort zur 6. Auflage von „Allgemeines Polizeirecht“ (1951) und Carl Hermann Ule, Bill Drews, in: Männer der Deutschen Verwaltung (1963), S. 261 ff.

    #histoire #argent #finances #monnaie #banques #police

  • Que s’est-il passé à Kazan lors du 16ème sommet des #brics ? par Jacques Sapir
    https://www.les-crises.fr/que-s-est-il-passe-a-kazan-lors-du-16eme-sommet-des-brics-par-jacques-sap

    Que s’est-il passé à Kazan lors du 16ème sommet des BRICS ? Jacques Sapir Directeur d’études à l’EHESS Enseignant à l’EGE-Paris Directeur du CEMI-CR451 Le 16ème sommet des BRICS qui s’est achevé le jeudi 24 octobre à Kazan a été l’occasion de prises de décisions tant économiques que politiques importantes. Ce 16ème sommet des BRICS […]

    #Articles #Commerce #Commerce_mondial #Économie_internationale #Monnaies #Russie #Sanctions_économiques #Articles,_brics,_Commerce,_Commerce_mondial,_Économie_internationale,_Monnaies,_Russie,_Sanctions_économiques

    • Si l’on se concentre sur l’Europe, Russie est devenue aujourd’hui la première puissance économique de l’Europe, nettement au-dessus de la France ou de l’Italie et même de l’Allemagne depuis 2020.

      Ce qui est drôlatique, c’est que ça fait au bas mot 10 ans que les US mènent une politique économique de punition de l’Europe, pour des motifs divers, le principal étant de ne pas être concurrent de ses propres champions, Boeing/Airbus pour un de ceux qui défraie la chronique, mais on peut aussi citer Alsthom, ou Siemens ou VW ou BNP, qui ont été matraqués (décisions pas du tout politiques de la justice américaine), et qui désormais, sont priés d’ouvrir des usines aux US, pour bénéficier de conditions de production avantageuses, maintenant qu’il y a interdiction de commercer avec le voisin russe.

  • Edito du premier numéro de la revue AMA’ (2022)

    Extrait

    (...) Ce type de circulation n’est donc avantageux que si la somme d’argent `a la fin est plus grande qu’au début. Ainsi la séquence A — M — A’ est nécessaire, A’ doit être plus grand que A. Mais ceci ne peut se réaliser que si les lois de l’échange marchand ne sont pas enfreintes, le secret de l’accroissement se trouve donc logé dans le moment M, où l’on découvre alors qu’il y a une production procédant par extraction d’un surtravail. Le but du processus est à présent l’accroissement quantitatif de la somme d’argent d’origine. La monnaie n’est pas dépensée (comme pour M — A — M), mais avancée, elle est seulement déboursée pour pouvoir empocher plus d’argent ensuite. C’est pourquoi avec ce mouvement A — M — A’, nous quittons nécessairement la sphère de la circulation simple.
    Une somme de valeur réalisant ce mouvement est du capital.
    Seule la liaison de plusieurs procès d’échange ayant pour but d’accroître la somme de valeur d’origine nous livre le mouvement typique du capital : le capital n’est pas seulement de la valeur mais de la valeur se valorisant, c’est-à-dire une somme de valeur qui effectue le mouvement A — M — A’. Marx appelle l’accroissement de valeur visé par le mouvement du capital, c’est-à-dire la différence entre A’ et A, la plus-value. A la différence de la circulation simple M — A — M qui tend vers un but se trouvant en dehors de la circulation (l’appropriation de valeurs d’usage pour la satisfaction de besoins) et dont la mesure est donnée par le besoin, et la fin par sa satisfaction, le mouvement du capital est un but en soi, il n’a ni fin ni mesure.

    Mais pourquoi avoir choisi cette séquence pour nom de revue ? Tout d’abord parce que, synonyme de capital, cette formule est particulièrement représentative du geste que Marx opère par rapport à l’économie politique. (...)
    Ensuite, elle permet de souligner la spécificité de
    sa compréhension de l’argent. En effet, la monnaie, l’existence permanente de la valeur dans l’ensemble de l’économie, est uniquement possible si la valeur réalise le mouvement A — M — A’.
    En choisissant cette formule pour titre nous nous inscrivons donc spécifiquement dans la perspective de ce qu’on appelle une théorie monétaire de la valeur.
    Pour résumer, considérer que la théorie marxienne de la
    valeur a pour spécificité d’être une théorie monétaire de la
    valeur consiste à affirmer que marchandise et valeur ne peuvent pas exister, ni non plus être saisies conceptuellement, sans la monnaie. La monnaie n’est donc pas quelque chose qui se trouve à côté du monde des marchandises, ou qui serait un accessoire commode ; la monnaie est nécessaire à ce que les marchandises expriment leur caractère de valeur, à ce que l’ensemble des marchandises se rapportent les unes aux autres en tant que valeurs (d’où la caractérisation de la théorie marxienne de la
    valeur comme ≪ théorie monétaire de la valeur ≫). Ceci implique
    aussi que la production marchande et la monnaie sont indissociables. Par conséquent, il n’est pas possible, contrairement à
    ce que pensaient certains socialistes, d’abolir la monnaie tout
    en conservant la production privée.
    (...)
    Ceci a pour conséquence immédiate d’exclure de toute conception du socialisme des projections utopiques où seraient maintenue la valeur ou bien la monnaie, ou encore le travail salarié.
    Cela implique également de se rapporter de manière critique aux projets coopérativistes qui ne thématisent pas les enjeux liés à la commercialisation des biens produits par le biais du marché.
    Tant que le marché existe, le mouvement A — M — A’ peut se réaliser, les collectifs de production se trouvent donc également soumis aux contraintes capitalistes de la production et
    de l’échange. C’est pourquoi la théorie marxienne n’est pas non plus qu’une critique de l’exploitation au sens de condamnation morale des conditions de production.

    https://revueama.noblogs.org/edito-du-numero-1-de-la-revue

    #valeur #monnaie #marxisme

  • Franc CFA : la nouvelle présidence sénégalaise donne le signal de la rupture
    https://www.mediapart.fr/journal/international/290324/franc-cfa-la-nouvelle-presidence-senegalaise-donne-le-signal-de-la-rupture

    Même s’il dit vouloir être prudent, le nouveau président sénégalais est déterminé à abandonner le franc CFA. Attendue par les populations d’Afrique de l’Ouest, cette sortie a des contours encore flous. Le Sénégal va-t-il créer sa propre monnaie ou participer à une monnaie régionale ?

    Ses premiers mots après l’annonce de son élection ont été sans ambiguïté. Son mandat sera marqué par « le choix de la rupture », a annoncé Bassirou Diomaye Faye, élu dimanche président du Sénégal dès le premier tour, avec plus de 54 % des suffrages. Parmi les nombreux sujets (constitutionnels, sociétaux, corruption) qu’il entend prendre à bras-le-corps, l’un d’eux risque de s’inviter rapidement dans les débats. Un dossier susceptible d’embraser les esprits bien au-delà du Sénégal, même si Faye entend l’aborder avec prudence et méthode : l’abandon du franc CFA.

    Lors de la campagne bouleversée de la présidentielle, cette question s’est très vite invitée dans les débats entre candidats. Le nouveau président n’a pas caché ses intentions : retrouver une souveraineté monétaire par rapport à la France est pour lui une priorité. « Nous essaierons d’abord de mettre en œuvre une réforme monétaire au niveau sous-régional, a expliqué Ousmane Sonko, l’opposant historique au pouvoir de Macky Sall qui s’est effacé au profit du nouveau président élu. Lors de cette élection, si nous n’arrivons pas à impulser les réformes au niveau communautaire, alors nous prendrons la responsabilité de doter le Sénégal de sa propre monnaie. »

    Le projet a effrayé tous ses adversaires politiques. « Sortir du franc CFA serait un non-sens économique », lui avait répliqué l’ancien premier ministre et ministre des finances sénégalais Amadou Ba. Une telle sortie « serait inopportune », avait renchéri l’ancien maire de Dakar, Khalifa Sall, soutenant que « pour avoir une économie forte, il fallait une monnaie forte ». Cette décision, en tout cas, ne peut pas être « unilatérale », avait ajouté Idrissa Seck, autre candidat à la présidentielle.

    Le Mali, le Niger ou le Burkina Faso, qui rejettent ouvertement désormais toute présence française sur leur territoire, agitent régulièrement la menace d’abandonner le franc CFA. Mais ils n’ont jamais mis leur menace à exécution.

    Le Sénégal, en revanche, est autrement crucial. Avec la Côte d’Ivoire, il est le pays de la zone franc le plus en capacité de prendre son indépendance monétaire rapidement. Par sa taille, sa démographie et son économie, il a un pouvoir d’influence et d’attraction sur tous ses voisins. Son choix va concerner directement ou indirectement les treize autres pays qui utilisent le franc CFA. « La monnaie, ce n’est pas une question technique, c’est d’abord un sujet politique », a rappelé le nouveau président sénégalais pendant sa campagne.
    En finir avec la monnaie coloniale

    Cantonnée pendant des années à des cénacles d’universitaires et d’économistes, la question de l’abandon du franc CFA et de la sortie de la zone franc est désormais reprise dans tous les pays de l’Afrique francophone par la population. Beaucoup moins par leurs dirigeants, qui se montrent beaucoup plus prudents sur la possibilité de couper les ponts avec l’ancienne puissance coloniale.

    Alors que la présence et l’héritage français sont de plus en plus contestés dans les pays d’Afrique francophone, le maintien de cette monnaie est vu comme le symbole le plus manifeste de cette survivance coloniale, d’une mise sous tutelle permanente de la France. Même si l’acronyme a changé de sens pour devenir franc pour la communauté financière africaine, il reste marqué par la tâche indélébile et infamante de ses origines : franc des colonies françaises d’Afrique.

    Sous tutelle monétaire

    Soucieuse d’affirmer son emprise, la France a créé la zone franc en 1939. Elle regroupe alors quinze pays d’Afrique francophones. Au moment de la signature des accords de Bretton Woods, le gouvernement français complète cette architecture par la création du franc CFA, « franc pour les colonies françaises d’Afrique », en décembre 1945.

    Les principes qui régissent cette union monétaire sont restés intangibles depuis sa création : il s’agit d’assurer la stabilité monétaire et de lutter contre l’inflation ; toutes les actions monétaires étant supervisées par le Trésor français, qui centralise les réserves de change.

    Quatorze pays partagent le franc CFA. Mais ils sont regroupés en deux blocs. Le premier regroupe le Bénin, le Burkina, la Côte d’Ivoire, la Guinée-Buissau, le Mali, le Niger, le Sénégal et le Togo dans l’Union économique et monétaire ouest-africaine (UEMOA). Il a son propre institut d’émission, la Banque centrale des États de l’Afrique de l’Ouest (BCEAO) censée être indépendante des États membres mais où siègent des représentants français.

    Le deuxième bloc rassemble le Cameroun, la Centrafrique, le Congo, le Gabon, la Guinée équatoriale, le Tchad, réunis au sein de la Communauté économique et monétaire de l’Afrique centrale (CEMAC). Son institut d’émission est la Banque des États de l’Afrique centrale (BEAC). Elle est organisée de la même façon que son homologue.

    Officiellement, tous les pays sont libres d’adhérer ou de quitter cette union monétaire, liée à l’ancienne puissance coloniale. Dans les faits, aucun pays n’a osé abandonner le franc CFA depuis sa création.

    Le passage du franc à l’euro n’y a rien changé dans les rapports monétaires avec les pays de la zone franc. Pas plus que les projets de réforme signés en décembre 2019 en catimini entre Emmanuel Macron et le président ivoirien Alassane Ouattara.

    Pour couper court aux critiques des pays francophones, le président français avait alors proposé une réforme qui est censée entrer en vigueur à partir de 2027. En utilisant l’un des subterfuges de communication dont il est familier, il avait alors proposé l’abandon du franc CFA pour le remplacer par l’eco : précisément la dénomination choisie par les pays africains membres de la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (Cedeao), en vue de créer une monnaie unique pour leur zone économique. Une façon de torpiller le projet, ce que n’avaient pas manqué de souligner nombre d’économistes africains.

    En signe d’ouverture et de « nouveaux rapports » avec les pays africains francophones, Emmanuel Macron avait aussi annoncé le rapatriement des réserves de change, jusqu’alors centralisées en France dans les deux banques centrales de la zone franc. Quelque cinq milliards d’euros, soit la moitié des réserves, ont déjà été transférés en 2021, année de la fin de la représentation française au sein des deux instituts d’émission.

    Mais pour le reste, rien n’avait réellement bougé, comme le remarquait l’économiste et écrivain sénégalais Ndongo Samba Sylla : « Non, le franc CFA n’est pas mort. Macron et Ouattara se sont seulement débarrassés de ses atours les plus polémiques », écrivait-il dès l’annonce de la réforme du franc CFA.

    Le carcan du franc CFA

    Depuis sa création, le franc CFA obéit au même schéma, comme le rappelle l’économiste Kako Nubukpo, professeur à l’université de Lomé : « La fixité de la parité entre le franc CFA et l’euro, la totale convertibilité du franc CFA en euro, la liberté de circulation des capitaux entre la zone franc et la zone euro, et la centralisation des réserves de change. » Le tout sous le regard vigilant du Trésor français.

    Les défenseurs du maintien du franc CFA avancent que ce lien permanent avec le franc puis l’euro a apporté une stabilité monétaire aux pays de la zone franc, leur garantissant une moindre inflation et un accès aux capitaux étrangers, assurés de bénéficier d’une parfaite convertibilité.

    Ce dernier aspect n’a pas échappé aux multinationales – en particulier extractives –, qui ont pu rapatrier pendant des années leurs bénéfices sans encombre hors du continent africain. Pas plus qu’à certains dirigeants des pays de la zone franc qui ont profité de cette liberté de circulation et de cette convertibilité pour aller cacher leur fortune en France et ailleurs.

    Pour les partisans de l’abandon du franc CFA, ces avantages ne sont rien par rapport aux inconvénients de la zone franc. La dimension politique est essentielle, à leurs yeux : alors que l’écrasante majorité des pays dans le monde ont leur propre politique monétaire, pourquoi devraient-ils rester dans un rapport de sujétion avec la France et désormais la zone euro ?

    Ce rapport de dépendance n’est pas qu’une figure de style. Si le Trésor français est garant de la zone franc et peut consentir des prêts à des pays en difficulté financière, il n’a que très rarement mis en œuvre cette possibilité. En revanche, les gouvernements français n’ont pas hésité à utiliser l’arme de la répression financière à l’égard de pays de la zone franc jugés trop récalcitrants par rapport aux vues françaises, comme en Guinée-Bissau.

    Une surévaluation asphyxiante

    Mais la dimension économique importe tout autant. Au moment de la décolonisation, les pays de la zone franc réalisaient 60 % de leurs échanges avec la France. Depuis, la part de ses échanges est tombée à moins de 20 %, comme avec l’Europe. Exportant surtout des matières premières, ces pays n’ont plus de relation privilégiée et particulière avec le continent européen en général et la France en particulier : ils commercent – même maigrement – avec le monde entier.

    S’inscrire dans la sphère d’influence de la zone euro ne leur a pas facilité l’accès aux marchés de capitaux. Les investissements étrangers y sont faibles, davantage en tout cas que dans d’autres pays africains comme le Ghana. À rebours, la parité fixe avec la monnaie unique européenne, sur laquelle ils n’ont aucune prise puisque n’étant jamais associés à la moindre décision monétaire européenne, les amène à vivre en permanence avec une monnaie étrangère, qui contraint tous leurs choix politiques.

    Pour tous ces pays, l’euro est une monnaie totalement surévaluée par rapport à leurs économies. Le débat sur ce point est vif depuis des décennies, jusqu’au sein du Fonds monétaire international. Sous pression de l’institution internationale, la France a dû concéder en 1994 une dévaluation du franc CFA par rapport au franc. Mais ce fut la seule et unique fois.

    Pour faire face aux crises et aux chocs conjoncturels en tout genre – particulièrement importants pour ces économies liées aux cycles des matières premières –, les gouvernements n’ont qu’une seule arme à leur disposition : la dévaluation interne avec son cortège de plans d’austérité.

    L’eco dans les limbes

    Si la nécessité de sortir du franc CFA recueille un large assentiment parmi les économistes et les populations africaines, la question de son remplacement reste problématique : beaucoup redoutent qu’un abandon trop rapide, mal préparé, n’entraîne une période de chaos et de désordres économiques, préjudiciables à tout point de vue.

    Discutée depuis plusieurs années, l’idée avancée par la Cedeao de créer une zone économique commune et une monnaie unique pour tous les pays de l’Afrique de l’Ouest, sur le modèle de la zone euro, est régulièrement avancée. C’est une des hypothèses que semble caresser le nouveau président sénégalais en remplacement du franc CFA. Mais le projet fait du surplace. Aucun des pays n’est à ce stade en mesure de remplir les critères de convergence fixés pour aller vers une monnaie unique.

    Un autre facteur ralentit aussi cette avancée : le poids que le Nigéria pourrait exercer dans ce nouvel ensemble. Sans le dire ouvertement, beaucoup de ses voisins, notamment francophones, craignent d’abandonner un joug pour tomber sous un autre. Étant le pays démographiquement et économiquement le plus important, le Nigéria est une puissance indiscutable. Mais ses défaillances démocratiques, ses déboires économiques et le niveau de corruption de ses dirigeants dissuadent nombre de pays voisins à aller plus avant.

    Le rêve d’une rente pétrolière

    Pourquoi alors ne pas tenter la création d’une monnaie unique avec tous les pays actuels membres du franc CFA ? L’idée fait son chemin dans les pays africains francophones. Puisqu’ils sont déjà habitués à travailler ensemble, ont des instituts monétaires, abandonner le franc CFA pour le remplacer par une monnaie unique paraît être la voie la plus sûre.

    L’économiste sénégalais Ndongo Samba Sylla n’est guère tenté par cette solution qui lui paraît trop compliquée. Il est désormais favorable à une monnaie nationale.

    D’une part, explique-t-il, avoir une monnaie unique partagée entre plusieurs pays est l’exception plutôt que la règle : l’expérience de l’euro n’a pas été renouvelée par la suite. D’autre part, bien qu’ayant partagé pendant plus de soixante ans le franc CFA, les pays de la zone franc n’ont pas construit une zone économique commune.

    Les échanges entre eux sont réduits à la portion congrue : ils s’élèvent à peine à 5 %. Dès lors, pourquoi penser que la création d’une nouvelle monnaie commune changerait la donne ? D’autant que les divergences de vue entre les pays de la zone franc sur la politique à mener, ou les relations avec la France, risquent de ralentir toute évolution, voire d’empêcher ce mouvement d’émancipation.

    La tentation pour certains acteurs sénégalais de rompre seuls avec le franc CFA est d’autant plus grande qu’un renversement économique important est attendu dans le pays : le Sénégal est en passe de devenir un producteur d’hydrocarbures. D’importants gisements gaziers et pétroliers ont été découverts au large des côtes et doivent entrer en production dès cette année.

    Si cette perspective inquiète les populations locales et notamment les pêcheurs, cette manne potentielle fait rêver jusqu’au sommet de l’État. Beaucoup espèrent qu’ils vont enfin obtenir les moyens financiers qui leur font tant défaut pour assurer leur développement et affirmer leur indépendance.

    Sans attendre, le pouvoir s’est déjà préparé : il a réformé son code minier et changé sa fiscalité pour obtenir une part plus élevée des exploitations pétrolières et gazières. Et il envisage même de créer un fonds souverain pour placer les gains de cette rente.

    Dans ce nouvel environnement, abandonner le franc CFA paraît beaucoup moins aventureux, selon certains économistes. Mais pour d’autres, il présente le risque de tomber dans un autre piège, celui du mirage de la rente pétrolière, dans lequel s’est enfoncé notamment le Nigéria. Et quid dans ce cas-là des projets de panafricanisme ?

    Beaucoup de questions sont en suspens à l’aube de cette nouvelle présidence sénégalaise, qui entre concrètement dans l’ère des ruptures.

    Martine Orange❞

    #FrancCFA #Sénégal #néocolonialisme #souveraineté

  • « Le franc CFA suscite bien trop de détestation pour que l’on s’en tienne au statu quo »
    https://www.lemonde.fr/idees/article/2024/01/18/le-franc-cfa-suscite-bien-trop-de-detestation-pour-que-l-on-s-en-tienne-au-s

    Marie de Vergès, 18 janvier 2024

    Les rumeurs concernant le souhait des juntes sahéliennes de créer leur propre monnaie rendent nécessaire une réflexion sur une nouvelle gouvernance monétaire en Afrique de l’Ouest, relève dans sa chronique Marie de Vergès, journaliste au « Monde ».

    Qu’on se le dise, certains ont encore foi dans le franc CFA. Cette monnaie commune à quinze pays africains, indexée à l’euro et garantie par la France, s’impose comme une valeur refuge au Nigeria et au Ghana du fait de l’effondrement, ces dernières années, de leurs propres devises, le naira et le cedi. En comparaison, la stabilité et la convertibilité du franc CFA en font un actif recherché par les hommes d’affaires et les commerçants, qui se soucient peu des controverses relatives à cette « relique coloniale ».

    De fait, la monnaie commune a joué un rôle plutôt protecteur face aux turbulences de l’économie mondiale. Tandis que l’envolée soudaine des taux d’intérêt et du dollar rimait avec dépréciations brutales de la monnaie et inflation galopante dans une bonne partie du continent, la parité avec l’euro a limité les dérapages au sein de la zone franc. Les prix ont augmenté moins vite qu’ailleurs, les risques de surendettement y sont demeurés plus contenus.

    Voilà pour les faits. Mais tous les raisonnements économiques du monde ne parviendront pas à gommer l’impopularité de cette monnaie, dont l’acronyme signifiait jusqu’en 1958 « franc des colonies françaises d’Afrique ». Plus de soixante ans après les indépendances, ses nombreux détracteurs la dépeignent comme l’ultime legs de la « Françafrique », perpétuant la domination de Paris sur ses anciennes possessions.
    Lire aussi | Les exagérations et manipulations de Giorgia Meloni, qui accuse la France d’exploiter certains pays d’Afrique avec le franc CFA

    « Quatre-vingts pour cent, peut-être même 90 % des jeunes Africains pensent qu’il faut sortir du franc CFA », assénait l’entrepreneur camerounais William Elong, interrogé par Radio France internationale (RFI) et Jeune Afrique le 12 janvier. Ce spécialiste des drones, qui fut le plus jeune diplômé de l’Ecole de guerre économique à Paris, réagissait à l’ambition prêtée aux juntes qui dirigent le Mali, le Burkina Faso et le Niger de quitter la zone franc pour créer leur propre monnaie. « Une idée magnifique », selon M. Elong.

    Dessiner une nouvelle feuille de route

    Quel crédit faut-il donner à un tel projet ? A ce jour, celui-ci n’a été guère plus qu’esquissé par les putschistes au pouvoir à Bamako, Ouagadougou et Niamey. Réunis depuis septembre 2023 au sein d’une Alliance des Etats du Sahel, les trois pays se sont bornés à indiquer leur souhait d’approfondir leur coopération économique et monétaire. Mais, sur fond de rhétorique souverainiste, l’allusion a été largement interprétée comme le dessein d’un abandon du franc CFA. Sur les réseaux sociaux, les internautes ouest-africains sont déjà nombreux à imaginer la naissance prochaine d’une banque centrale des Etats du Sahel…

    Il n’est pas interdit de quitter la zone franc. La Guinée, la Mauritanie et Madagascar l’ont déjà fait, de même que le Mali, sorti en 1962, avant d’y revenir en 1984. Mais un départ groupé dans un contexte de tensions inédites entre les pays de la région pourrait bien précipiter le démantèlement de l’Union économique et monétaire ouest-africaine, l’un des deux sous-espaces de la zone franc avec la Communauté économique et monétaire de l’Afrique centrale.

    Une transition abrupte a toutes les raisons d’effrayer, tant pèsent lourdement les risques de fuite des capitaux et de dévaluations en série. Mais s’il reste défendu par quelques-uns, le franc CFA suscite bien trop de détestation pour que l’on s’en tienne au statu quo. Fin 2019, à Abidjan (Côte d’Ivoire), Emmanuel Macron et son homologue ivoirien, Alassane Ouattara, avaient semblé ouvrir la voie en annonçant publiquement la fin du franc CFA en Afrique de l’Ouest. Celui-ci devait être remplacé par l’eco, une monnaie censée fédérer à terme tous les pays de la région.

    Plus de quatre ans plus tard, malgré des réformes de fonctionnement, ce passage de relais tarde à se matérialiser. De l’épidémie de Covid-19 au conflit russo-ukrainien, plusieurs crises sont passées par là. Les péripéties sont, et resteront, nombreuses, mais le temps est venu de dessiner une nouvelle feuille de route. Comment se projeter dans l’après ? Selon quelles modalités et quel calendrier ? La réflexion éviterait un saut dans l’inconnu improvisé et donc périlleux, tout en permettant à la France et à ses anciennes colonies de tourner enfin une page d’histoire tourmentée.

    #FrancCFA #impérialisme #finance #monnaie #Mali

  • Les étudiants de #Bordeaux testent la « sécurité sociale de l’alimentation »

    Depuis la rentrée, 150 étudiants bordelais reçoivent l’équivalent de 100 euros en #monnaie_locale pour faire leurs courses. L’objectif : lutter contre la #précarité, mais aussi promouvoir une #alimentation saine, durable et produite dans des conditions éthiques.

    Chaque fois qu’elle fait ses courses, Lison Rousteau, 21 ans, souffle un peu. De son propre aveu, l’étudiante en master alimentation durable à l’université Bordeaux-Montaigne ressent moins de pression et n’a plus vraiment à se demander si elle doit sacrifier tel ou tel aliment pour s’octroyer une sortie avec ses ami·es.

    Depuis le mois d’octobre, elle appartient à la cohorte des 150 étudiant·es tiré·es au sort à l’université Bordeaux-Montaigne pour participer à l’expérimentation lancée par le Centre ressource d’écologie pédagogique de Nouvelle-Aquitaine (Crépaq) et la Gemme, l’association qui gère la monnaie locale girondine. Les deux associations ont mis en place dans les campus bordelais une expérimentation inédite : une « sécurité sociale de l’alimentation » (SSA).

    Cette idée de promouvoir un modèle plus vertueux en matière sanitaire, écologique et sociale chemine depuis plusieurs années à gauche, notamment au sein du #collectif_SSA.

    Moyennant une cotisation de 10 à 50 euros pour les plus fortuné·es, les participant·es reçoivent l’équivalent de 100 euros en monnaie locale – la gemme, du nom de la résine du pin maritime présent sur tout le territoire – et doivent les dépenser dans les magasins partenaires.

    Le #Crépaq et la #Gemme pilotent le dispositif, au budget global de 200 000 euros, financés par des collectivités, l’#université_Bordeaux-Montaigne et des fondations, ainsi que par les cotisations des participant·es, qui représentent environ 10 % du montant total.

    Non boursière, Lison Rousteau verse 30 euros tous les mois à la caisse commune. Elle considère qu’elle n’est pas des plus à plaindre, car ses parents lui octroient tous les mois 800 euros pour vivre. Mais pouvoir mieux manger lui paraît être un horizon enviable.
    Manger bio

    Lila Vendrely, étudiante en maths appliquées et sciences humaines, boursière à l’échelon 5 (sur 7 échelons) est tout aussi enthousiaste de prendre part à l’expérimentation. Elle parvient à s’en sortir en faisant un service civique à Bordeaux Métropole en parallèle de ses études. Chaque mois, elle cotise à hauteur de 10 euros et ajoute seulement 20 à 30 euros pour faire ses courses. Une économie non négligeable.

    Avant d’être sélectionnée pour l’expérimentation, elle ne connaissait pas grand-chose à la monnaie locale. Et même si elle était déjà sensibilisée à la question de l’alimentation durable et sourcée par ses parents, elle reconnaît qu’elle a progressé et qu’elle mange mieux. « Aller dans un magasin bio ne me semblait pas étrange, mais désormais, je consomme beaucoup plus de saison et local », précise-t-elle. L’étudiante varie davantage son alimentation et cuisine beaucoup plus. Elle a désormais tendance à s’éloigner des produits transformés comme les gâteaux industriels.

    Le Crépaq est une association créée en 1996, dont l’objet est la transition écologique et solidaire dans la région Nouvelle-Aquitaine. Par la force des choses, elle en vient à s’intéresser à l’alimentation durable, à la résilience et la démocratie alimentaires. L’idée de mettre en place une sécurité sociale de l’alimentation a germé en 2019. Le confinement du printemps 2020 a mis un coup d’arrêt au projet, mais il a été relancé en 2022.

    Entre-temps, le Crépaq s’était rapproché de l’université Bordeaux-Montaigne, qui compte 17 000 étudiant·es, en y installant deux « frigos zéro gaspi », dans lesquels tout le monde peut entreposer ou prendre les denrées à disposition, selon ses besoins.

    L’association propose à la Gemme de se joindre à elle pour ce projet. « L’avantage de la monnaie locale, et c’est pour cela que le Crépaq a pensé à nous, c’est que nous avions un réseau de commerçants et de producteurs qui adhéraient à cette charte, et proposaient de l’achat local, bio, éthique et solidaire », explique Yannick Lung, président de la Gemme.

    L’ancien universitaire est partant pour penser l’expérimentation. La première réunion lançant le projet se tient en octobre 2022, débouchant sur la création d’une « caisse locale », le mode de gouvernance de la sécurité sociale de l’alimentation. On y trouve des étudiant·es, des associations déjà engagées sur la question alimentaire, des collectivités et des commerçant·es.

    Olivier Buitge, gérant d’un Biocoop à Talence, à deux pas du campus, voit chaque mois entre cinquante et soixante étudiant·es s’approvisionner dans ses rayons dans le cadre de l’expérimentation. Il est convaincu du bien-fondé du projet. Après plusieurs années dans la grande distribution, il a choisi d’ouvrir ce magasin bio pour donner du sens à son travail : « J’avais à l’esprit d’avoir un projet social. Je ne trouve pas normal que des producteurs agricoles se suicident alors qu’ils bossent 80 heures par semaine parce qu’ils touchent 600 euros par mois. »

    Ceux qui le fournissent sont rémunérés à un juste prix. Alors prendre part à l’expérimentation lui a semblé couler de source. Il était de surcroît déjà familier des gemmes, et essaie aussi de payer ses producteurs avec. « Le but d’une monnaie locale, c’est qu’elle circule… » Aurore Bonneau, de la Gemme, confirme que le projet privilégie le choix de « commerces tournés vers la transition écologique, vers le respect de l’environnement et du vivant ».

    La crise sanitaire, et avec elle « l’explosion de la précarité alimentaire », amène le Crépaq à investir davantage le sujet. « Il faut changer ce système d’aide alimentaire qui a atteint ses limites, et c’est d’autant plus d’actualité que même les Restos du cœur n’y arrivent plus et menacent de fermer leurs portes », poursuit Dominique Nicolas, codirecteur du Crépaq, assis à la grande table de l’association, à Bordeaux.

    Il dénonce l’institutionnalisation d’un système censé être provisoire depuis les années 1980. « On en arrive à l’absurdité, où on demande à des bénévoles de se décarcasser pour aller donner à manger à 10 millions de personnes… » Avec toute la violence que cela peut engendrer pour les personnes concernées, comme l’a décrit l’anthropologue Bénédicte Bonzi.

    Si la sécurité sociale de l’alimentation n’a pas pour seul objet de juguler la précarité des étudiant·es, le sujet s’est imposé de lui-même et reste un volet important du projet. Selon une étude de la Fédération des associations générales étudiantes (Fage), première organisation étudiante, rendue publique début janvier, 19 % des étudiant·es ne mangent pas à leur faim.
    Une évaluation à venir

    Xavier Amelot, vice-président de l’université Bordeaux-Montaigne, a lui aussi dû affronter des situations de précarité alimentaire dans la population étudiante, notamment en 2020, lors du premier confinement. Dans un contexte d’urgence, des distributions d’aide alimentaire ont eu lieu et un soutien financier a été apporté aux associations qui mettaient en place des dispositifs complémentaires de ceux du Crous et de la Banque alimentaire, en dehors de tous critères sociaux.

    Kevin Dagneau, aujourd’hui directeur de cabinet de Xavier Amelot, était à l’époque chargé de la vie étudiante. Les deux hommes ont tissé un lien avec le Crépaq, notamment autour de la mise en place de ces « frigos zéro gaspi ». « Quand le Crépaq et la Gemme ont voulu lancer le projet en 2022, ils se sont tournés vers nous car nous étions devenus un partenaire privilégié autour de ces questions, se souvient Xavier Amelot. Tout de suite, cela nous a semblé correspondre à l’esprit des initiatives que nous souhaitons soutenir sur notre campus. »

    Même si elle n’est pas « la plus à plaindre », Lison Rousteau confie que la hausse des prix alimentaires grève son budget depuis plusieurs années. « Entre la vie étudiante et la vie sociale, la part que je consacrais à mon alimentation s’était réduite, et j’avais fini par acheter des produits de moins bonne qualité. Forcément, acheter en bio, c’était fini. » Avant d’arriver à Bordeaux, elle avait pu profiter de paniers à bas prix proposés par l’aide alimentaire sur le campus de Tours, où elle étudiait. Aujourd’hui, elle suit les recettes envoyées par le Crépaq pour varier sa cuisine.

    L’expérimentation en cours va être évaluée. À l’issue de la première année, Une étude d’impact sera réalisée par plusieurs chercheurs et chercheuses de l’université, sur la base des questionnaires remplis par les étudiant·es au fil des mois. Caroline Bireau, l’autre codirectrice du Crépaq, précise que les chercheurs vont aussi vérifier s’ils notent une amélioration de l’état psychologique et matériel des bénéficiaires. Les premières remontées de terrain plaident en ce sens.

    Les différents acteurs sont conscients des enjeux de cette première, qu’ils espèrent parvenir à pérenniser. Mais pour cela, il faudra mobiliser plus largement la communauté universitaire, notamment les salarié·es qui seraient susceptibles de cotiser davantage. Cela permettrait de répondre à l’autre nécessité : tendre vers une autonomie plus prononcée, et dépendre moins des acteurs extérieurs pour abonder la caisse.

    Le vice-président de l’université est convaincu que les universités, encore plus en sciences humaines, doivent être des lieux d’expérimentation. « L’idée de la Sécurité sociale, et l’esprit dans lequel elle s’est construite après la Seconde Guerre mondiale, est assez réjouissante. Et politiquement, ce n’est pas neutre, cela promeut une vision de la solidarité et des communs que nous voulons valoriser. »

    Xavier Amelot et Kevin Dagneu espèrent que cette expérimentation donnera des idées à d’autres établissements et que la sécurité sociale de l’alimentation sera bientôt largement considérée comme « un moyen de lutter contre la précarité à l’université ».

    https://www.mediapart.fr/journal/france/200124/les-etudiants-de-bordeaux-testent-la-securite-sociale-de-l-alimentation

    #université #étudiants #pauvreté #sécurité_sociale_de_l'alimentation #SSA #sécurité_sociale_alimentaire #ESR

  • Abstraction et inégalités sociales (sept 2017)

    Qu’est-ce que l’abstraction en économie ?

    L’abstraction est dans la notion de travail elle-même, qui suppose l’échange. N’importe quelle activité est rapportée à un étalon, qui permet de convenir d’un échange : mon heure de travail en tant qu’ingénieur, ça vaut 4 heures de travail de ton travail, toi qui cultive la terre.

    L’économie ne génère donc pas seulement des inégalités, mais l’acceptation sociale de ces inégalités.

    Certains travaux valent plus que d’autres, mais l’abstraction de l’échange le masque car ce ne sont pas des travaux que l’on échange, mais de l’argent contre des marchandises. Si je paie 12 euros ton panier de légumes qu’il te faut une heure pour produire, tu ne sais pas que moi, j’ai mis 15 minutes pour obtenir ces 12 euros. Peu importe en fait, puisque l’économie, c’est de l’échange donnant-donnant avec de l’argent. Chaque fois qu’on achète un truc, on croit jouer à la marchande, alors qu’on réactualise les classes sociales. Et même bien souvent : c’est l’acheteur qui prétendument « aide » le vendeur… L’économie n’est pas qu’une réalité inventée, mais une réalité inversée. Une vassalisation du monde social déguisée en fluidité des échanges.

    Critiquer l’abstraction économique, ce n’est donc pas juste critiquer le non-sens des activités qu’on mène pour de l’argent (comme le font les tenants de la nouvelle droite, pour mieux fantasmer un retour aux « métiers » qui ont du sens). L’abstraction économique fait qu’à la fois l’économie nous échappe politiquement, autant qu’elle maintient une stratification sociale.

    Évidemment la solution n’est pas de donner la même valeur à l’heure de travail de chacun, et de continuer à échanger. C’est une solution irréaliste car quand nous aurons la main politiquement sur l’économie pour organiser les choses ainsi, nous n’aurons plus besoin de l’économie pour définir une organisation matérielle décente.

    #inégalités-sociales #classes-sociales #post-capitalisme #monnaie #post-monétaire