• Pourquoi #Ceuta est au cœur d’une crise migratoire permanente

    L’ESSENTIEL

    - Plus de 40 000 personnes sont entrées en 24 heures à Ceuta, enclave espagnole située sur la côte marocaine.

    - Cette crise mêle enjeux migratoires, tensions diplomatiques et rivalités géopolitiques.

    - La réponse doit concilier contrôle des frontières, État de droit et protection des #droits_humains.

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    Depuis le 31 juillet 2026, Ceuta est confrontée à une crise frontalière d’une ampleur sans précédent. Selon les premières estimations des forces de sécurité, plus de 40 000 personnes seraient entrées dans l’enclave espagnole en l’espace de 24 heures. Certaines sources ont avancé provisoirement le chiffre de 49 000, mais aucun bilan officiel consolidé n’a encore été publié, et cette estimation a été retirée sans explication publique du site du Département de la sécurité nationale.

    Au moment où nous écrivons ces lignes, au moins 41 personnes ont trouvé la mort, noyées en tentant de contourner à la nage la digue frontalière.

    Le nombre d’arrivées est particulièrement difficile à absorber pour une ville qui compte environ 83 600 habitants. Les capacités d’accueil de Ceuta étaient déjà saturées avant cette nouvelle vague d’entrées. Après l’arrivée d’environ 1 500 personnes au cours de la semaine précédente, les structures destinées aux mineurs non accompagnés fonctionnaient, selon le président de la ville autonome, à 2 400 % de leur capacité. Il a qualifié la situation d’« urgence humanitaire et sociale absolue ».

    Ceuta n’est pas seulement confrontée à une crise migratoire, mais à une crise multifactorielle où se conjuguent inégalités structurelles, tensions diplomatiques, dépendance de l’Europe à l’égard du Maroc, capacités d’accueil limitées et polarisation politique. Son analyse nécessite de croiser une perspective internationale — centrée sur l’externalisation du contrôle des frontières et les alliances géopolitiques — avec une approche interne, attentive aux conséquences sur l’État de droit, les services publics, la cohésion sociale ainsi que les discours politiques et médiatiques.

    Facteurs externes : la dimension internationale de la crise

    L’utilisation des mouvements migratoires comme instrument de pression politique ne relève pas d’une simple hypothèse. La politologue américaine Kelly M. Greenhill désigne par l’expression #coercive_engineered_migration (« migration coercitive orchestrée ») l’utilisation délibérée, ou la menace, de flux migratoires afin d’obtenir des concessions de la part d’autres États.

    À Ceuta, cette dynamique doit être replacée dans une succession de crises frontalières observées depuis 2005, et ne pas être considérée comme un épisode isolé. En mai 2021, plus de 5 000 personnes étaient entrées dans la ville après un assouplissement des contrôles marocains, en pleine crise diplomatique provoquée par l’accueil en Espagne de Brahim Ghali, chef du Front Polisario.

    Cette capacité de pression est renforcée par l’#externalisation de la politique migratoire européenne, qui a transféré une partie du contrôle des frontières à des pays tiers comme le Maroc. Dans le même temps, la présentation de ces arrivées comme une menace pour la sécurité alimente le processus de « #sécurisation », qui tend à privilégier la protection de l’État au détriment de la sécurité et des droits des personnes migrantes elles-mêmes (2017).

    Le Parlement européen a d’ailleurs condamné explicitement en juin 2021 l’utilisation par le Maroc du contrôle des frontières, de la migration et, en particulier, des mineurs non accompagnés comme moyen de pression politique contre l’Espagne. Le Barcelona Centre for International Affairs (CIDOB) a qualifié cet épisode de cas emblématique de weaponisation of migration (« instrumentalisation de la migration »), c’est-à-dire l’utilisation de personnes migrantes comme instruments de coercition entre États.

    Si, en 2021, la pression exercée par le Maroc avait été expliquée par l’accueil du chef du #Front_Polisario, #Brahim_Ghali, dans un hôpital de Logroño, il ne faut pas oublier que la rupture des relations diplomatiques entre le Maroc et l’Algérie cette même année avait entraîné la fermeture du gazoduc Maghreb-Europe, privant le royaume chérifien d’une source de revenus et d’un levier d’influence.

    En 2026, le contexte immédiat est différent, même si plusieurs développements diplomatiques récents sont susceptibles d’avoir contrarié Rabat. Le 20 juillet, le président du gouvernement espagnol, Pedro Sánchez, a ainsi effectué une visite officielle en #Algérie et annoncé la tenue d’une réunion bilatérale de haut niveau à l’automne. Le gouvernement espagnol a de nouveau qualifié l’Algérie, principal rival régional du Maroc, de « partenaire stratégique » et de « nation amie ».

    Le 23 juillet, la commission de la Justice du Congrès des députés a approuvé le texte d’une proposition de loi visant à faciliter l’accès à la nationalité espagnole pour les Sahraouis nés sous administration espagnole. Le texte doit encore être adopté par le Parlement.

    La concomitance de cette initiative avec le rapprochement diplomatique entre l’Espagne et l’Algérie, ainsi qu’avec la crise frontalière, a alimenté l’hypothèse selon laquelle Rabat chercherait à rappeler le coût que pourrait avoir, à ses yeux, toute décision espagnole contraire à ses intérêts concernant le #Sahara_occidental.

    Dépendance au Maroc

    L’externalisation du contrôle migratoire a fait du Maroc un partenaire indispensable, mais aussi une source de dépendance. En 2023, la Commission européenne a consacré 152 millions d’euros au renforcement de la gestion des frontières marocaines. Cette délégation de compétences confère à Rabat une capacité d’influence sur la coopération migratoire.

    Cette dépendance est d’autant plus problématique que la capacité à contenir les départs ne garantit pas la fiabilité démocratique du partenaire. L’ONG américaine Freedom House, dont la mission est de promouvoir la démocratie et les droits humains dans le monde, classe le Maroc parmi les pays « partiellement libres », avec un score de 37 sur 100, et souligne la prédominance politique et économique de la monarchie.

    L’ONG internationale indépendante Human Rights Watch, qui enquête sur les atteintes aux droits humains dans plus de 90 pays, relève dans son rapport 2026 une intensification de la répression contre les journalistes, les militants et les défenseurs des droits humains, ainsi que des poursuites visant les personnes qui défendent l’indépendance du Sahara occidental. Les autorités ont notamment recours à des accusations de diffamation, de diffusion de fausses informations, d’offense aux institutions ou d’atteinte à la monarchie pour restreindre l’espace de la critique politique.

    Ce contexte conduit à poser une question délicate : jusqu’à quel point l’Europe peut-elle présenter comme un garant fiable de ses frontières un régime qui restreint durablement la liberté de la presse, réprime la dissidence et utilise sa coopération internationale pour renforcer sa position sur le Sahara occidental ?

    L’alignement Maroc–Israël–États-Unis

    L’axe Maroc–Israël–États-Unis s’est consolidé en 2020 avec la normalisation des relations entre Rabat et Tel-Aviv et la reconnaissance par les États-Unis de la souveraineté revendiquée par le Maroc sur le Sahara occidental. Il s’est encore renforcé en 2021 avec la signature d’un mémorandum de coopération militaire. Cet alignement contraste avec la dégradation des relations entre l’Espagne et Israël, ainsi qu’avec les tensions croissantes entre Madrid et Washington.

    La crise de Ceuta a mis ces tensions en lumière. L’ambassadeur israélien auprès des Nations unies a remis en cause la souveraineté espagnole sur la ville, tandis que la Maison-Blanche a imputé la responsabilité de la crise aux politiques « mondialistes » et « d’extrême gauche » du gouvernement espagnol.

    Ces déclarations témoignent d’une #instrumentalisation diplomatique de la crise et d’une convergence rhétorique à l’égard de l’Espagne, mais elles ne constituent pas une preuve de l’existence d’une action coordonnée visant à faciliter l’ouverture de la frontière.

    Facteurs internes : droit, capacités institutionnelles et fabrique de la peur

    L’arrêt rendu par la Cour suprême le 8 juillet n’interdit pas à proprement parler les « #refoulements_à_chaud » des migrants tentant d’entrer à la nage à Ceuta et Melilla. Il écarte en revanche le recours à la procédure exceptionnelle de « #rejet_à_la_frontière » pour les personnes interceptées en mer, au motif qu’elles n’ont pas franchi un dispositif matériel de contrôle, comme la clôture frontalière.

    Cette décision a toutefois fait l’objet d’une interprétation simplifiée largement relayée au Maroc, ce qui a pu encourager les traversées en faisant naître l’idée que les personnes arrivant à la nage ne seraient pas renvoyées.

    Pour le président du gouvernement espagnol, les réseaux de passeurs ont instrumentalisé cette décision de justice. L’arrêt a ainsi pu jouer un rôle de facteur facilitateur, sans pour autant expliquer à lui seul l’ampleur de la crise ni la réduction simultanée des contrôles frontaliers côté marocain.

    La construction du récit de « l’invasion »

    Les crises frontalières créent un contexte propice à la radicalisation du débat public. Une étude met en évidence un durcissement de la rhétorique politique et une banalisation des discours racistes. Lors de la crise de 2021, le parti d’extrême droite Vox a consacré plus de 70 % de ses publications à Ceuta et à la migration.

    Une autre étude a montré que 80 % des messages haineux analysés portaient sur la confrontation politique, et non sur les causes ou les solutions aux enjeux migratoires.

    Dans la crise actuelle, des expressions comme « invasion », « hommes en âge de combattre » ou « sicaires » participent à cette représentation des personnes migrantes comme une menace collective. Les #médias ne sont pas nécessairement à l’origine de ces discours, mais ils peuvent contribuer à les banaliser lorsqu’ils reprennent des cadrages alarmistes sans les contextualiser ni les mettre en perspective.

    Les droits humains comme limite et comme réponse

    Dans une crise de cette nature, les droits humains ne constituent pas un obstacle à la gestion des frontières, mais en fixent les limites juridiques et éthiques. La découverte de plus de 40 corps dans les eaux de Ceuta met en évidence le coût humain d’une politique qui fait de la frontière un espace de danger extrême.

    L’Espagne a l’obligation de protéger les vies humaines, de garantir les opérations de sauvetage et d’examiner individuellement chaque situation, en portant une attention particulière aux mineurs, aux demandeurs d’asile et aux victimes de la traite des êtres humains.

    Mais les principales victimes restent toujours les personnes migrantes elles-mêmes. Le Maroc peut les utiliser comme moyen de pression, les partis politiques comme argument électoral, et certains discours les réduire à une menace anonyme.

    Tandis que les États se disputent influence et responsabilités, ces personnes risquent leur vie et s’exposent à l’absence de protection, aux #refoulements arbitraires et à leur #déshumanisation dans le débat public. La réponse ne devrait pas opposer les droits des habitants de Ceuta à ceux des personnes qui arrivent, mais veiller à ce que ces deux populations — et en particulier les plus vulnérables — ne continuent pas de payer le prix de stratégies politiques sur lesquelles elles n’ont aucune prise.

    https://theconversation.com/pourquoi-ceuta-est-au-coeur-dune-crise-migratoire-permanente-288888
    #migrations #réfugiés #Maroc #Espagne #assaut #frontières

    • Les migrants marocains de Ceuta, victimes des politiques migratoires européennes

      Plusieurs dizaines de milliers de personnes seraient parvenues à entrer dans l’enclave espagnole au cours des derniers jours, et une trentaine d’entre elles ont déjà perdu la vie. Un nouvel épisode qui illustre toute la perversité de l’#externalisation de la gestion des frontières.

      Une fois de plus, les frontières tuent. Une trentaine de personnes sont mortes en tentant de rejoindre Ceuta, une petite enclave espagnole située sur la côte nord de l’Afrique, depuis le Maroc. « Neuf corps ont été repêchés », a d’abord indiqué, jeudi 30 juillet, une porte-parole de la délégation du gouvernement espagnol dans ce territoire à l’Agence France-Presse (AFP), avant que le bilan ne soit revu à la hausse le matin du vendredi 31 juillet.

      Les autorités espagnoles ont d’abord compté près de 1 500 personnes qui ont réussi à gagner Ceuta au cours des derniers jours. Mais Madrid affirmait vendredi matin que 49 000 personnes seraient entrées, selon de premières estimations. Le président de Ceuta, Juan Jesús Vivas Lara (Parti populaire, droite), a affirmé, lors d’une conférence de presse vendredi 31 juillet, que ce nombre s’élevait même à 60 000.

      La différence de chiffres surprend et requiert pour l’heure de la prudence : « Il faut être très précautionneux. On nous parle de 1 500 personnes un jour et le lendemain de 50 000 personnes. C’est forcément très inédit et impressionnant, mais il y a toujours une exagération des chiffres sur les tentatives de passages et les passages [effectifs] », tempère Elsa Tyszler, enseignante-chercheuse à l’université Paris-8, qui suit de près l’enclave et les mouvements migratoires dans cette région.

      Elle ajoute : « Il faut se méfier des chiffres, qui sont toujours manipulés à des fins politiques, de l’ordre de “l’invasion migratoire”, dans un îlot occidental qui serait “assiégé” par des migrants racialisés. C’est toute la rhétorique d’extrême droite qui accompagne les tentatives de passage à cet endroit depuis trente ans. »
      Des drames humains qui se répètent

      Les images qui circulent depuis le jeudi 30 juillet montrent de jeunes hommes et adolescents (en majorité), certains arrivant à la nage et grimpant sur les rochers pour se hisser à terre, parfois équipés de palmes et de bouées de sauvetage ; d’autres, tout sourire une fois leur destination atteinte, laissant échapper leur joie dans des cris non dissimulés ou des accolades.

      La garde civile aurait rapidement été dépassée. Jeudi dans la soirée, le ministère de l’intérieur espagnol a annoncé l’envoi de l’armée pour « renforcer la garde civile » et « assurer la sécurité » à Ceuta, alors que plusieurs centaines d’autres personnes ont gagné le territoire en une journée. Quelques centaines de Marocains auraient aussi rejoint Melilla, une autre enclave espagnole.

      « Le gouvernement d’Espagne est entièrement mobilisé pour donner une réponse immédiate à la situation à Ceuta, a fait savoir jeudi après-midi, sur le réseau social X, Pedro Sánchez, le premier ministre espagnol. Nous mobilisons toutes les ressources nécessaires, en travaillant avec les autorités marocaines et internationales. […] Je viens de transmettre [le message] au président [de l’enclave] Juan Jesús Vivas Lara. C’est le moment de construire des solutions, avec responsabilité et coopération. »

      En visite sur place vendredi 31 juillet, le premier ministre a dénoncé « une attaque, une violation de l’intégrité territoriale de l’Espagne ». Le président de Ceuta, qui a mis en avant une « crise migratoire extrêmement grave », a appelé à une « réponse immédiate, ferme et coordonnée », demandant au gouvernement de déclarer l’état d’urgence nationale.

      « Il est temps de passer à l’action. Ceuta a besoin de plus de moyens, d’infrastructures, de coordination et de limites objectives à sa capacité d’accueil. Nous ne demandons pas de privilèges, mais une réponse juste, responsable et conforme à notre condition de frontière de l’Europe en Afrique », a-t-il écrit sur X jeudi 30 juillet après-midi. Selon lui, les personnes sont arrivées à un rythme de deux cents par jour en moyenne cette semaine. « Une urgence humanitaire et sociale absolue », a-t-il déploré.

      Pour Ceuta comme pour Melilla, une telle situation de chaos, menant à de véritables drames humains, n’est pas nouvelle. En 2021, à Ceuta, près de 8 000 personnes étaient parvenues à rejoindre l’enclave – un chiffre alors inédit, et largement dépassé aujourd’hui. Le Maroc avait été accusé d’avoir fait pression sur l’Espagne dans le dossier sensible du Sahara occidental, en instrumentalisant les personnes migrantes et leur détresse.

      En 2022, à Melilla cette fois, vingt-sept exilés subsahariens avaient perdu la vie (soixante-dix autres ont été portés disparus) alors qu’ils tentaient de gagner l’Espagne, toujours depuis le Maroc, dans un mouvement de foule provoqué alors que des centaines, voire des milliers de personnes tentaient le passage.
      Le bal des instrumentalisations est ouvert

      De manière très prévisible, les images ont vite été reprises sur les réseaux sociaux, par la droite et l’extrême droite, pour laisser croire à une « invasion migratoire ». Chacun et chacune y va de sa petite déclaration : la leader du Rassemblement national (RN), Marine Le Pen, parle d’« entrées massives et coordonnées de migrants en Espagne, encouragées par le gouvernement espagnol ».

      Le patron du parti Les Républicains (LR), Bruno Retailleau, évoque quant à lui une « vague migratoire massive à Ceuta » et une « politique irresponsable du gouvernement socialiste espagnol », en référence à la campagne de régularisation des sans-papiers mise en œuvre en début d’année 2026 en Espagne.

      En résumé, ce serait parce que Madrid régulariserait (sous de nombreux critères restrictifs, notamment la durée de séjour dans le pays) que plus d’un millier de migrants marocains auraient tenté de rejoindre Ceuta (plusieurs mois après l’annonce de ladite régularisation).

      Le ministre de l’intérieur français, Laurent Nuñez, a annoncé sur X « renforcer sans attendre les contrôles à la frontière espagnole », répondant indirectement à une demande formulée par Marine Le Pen une heure plus tôt. « Par ailleurs, j’active la Force frontière d’intervention rapide pour des contrôles en profondeur », a-t-il ajouté, comme si la France était sous la menace de dangereux envahisseurs.

      Côté italien, Giorgia Meloni n’a pas manqué de pointer une « immigration clandestine hors de contrôle [qui] représente une menace concrète pour la sécurité des frontières européennes », suggérant la suspension de l’espace Schengen avec l’Espagne ; alors même que Ceuta, comme Melilla, fonctionne comme une exception de la zone européenne de libre circulation et que des contrôles d’identité sont effectués pour les personnes qui entrent ou sortent du territoire…

      Dans un autre style, Danny Danon, ambassadeur d’Israël aux Nations unies, a cherché à tacler l’Espagne, osant le parallèle entre la politique de colonisation d’Israël en Palestine et la guerre génocidaire menée à Gaza avec la situation de cette enclave.

      « L’Espagne, qui ne manque jamais une occasion de faire la leçon à Israël, a déclaré l’état d’urgence à Ceuta à la suite de la crise liée à sa politique d’immigration. Peut-être qu’avant de continuer à nous faire la leçon, il serait temps qu’elle explique au monde pourquoi elle maintient encore des enclaves coloniales en Afrique », cingle-t-il.

      Si l’on peut interroger le passé colonial espagnol, la comparaison est pour le moins osée. Une journaliste hispano-marocaine, Leyla Hamed, lui a répondu : « Je suis de Ceuta, et l’Espagne ne nous a jamais opprimés. Vous, maniaques génocidaires, n’avez pas le droit d’instrumentaliser notre identité ou de parler en notre nom. »
      L’effet boomerang de l’externalisation

      Dans ce flot de réactions, le Maroc semble avoir gardé le silence. Plusieurs observateurs et observatrices accusent le pays, en pleine célébration du vingt-septième anniversaire de l’intronisation du roi Mohammed VI, d’avoir sciemment réduit les effectifs au niveau de la frontière avec Ceuta en réponse à la visite de Pedro Sánchez en Algérie, le 20 juillet.

      Mais tout le monde ou presque oublie de préciser la nature du « problème ». La crise n’est pas « migratoire », mais politique et humanitaire : dès lors que l’Union européenne choisit de donner les pleins pouvoirs à des États tiers pour gérer ses frontières contre rémunération, ces mêmes États n’ont parfois aucun scrupule à jouer avec des vies humaines pour servir leurs intérêts.

      Par le biais de l’externalisation des politiques migratoires, « le Maroc a été le premier pays à accepter d’aider l’Espagne et l’UE à défendre ses frontières, à collaborer dans la lutte dite contre l’immigration irrégulière vers l’Europe » dès le début des années 1990, rappelle Elsa Tyszler.

      Cela donne lieu à des « patrouilles de la marine marocaine dans les eaux du détroit de Gibraltar, pour protéger des frontières que, par ailleurs, le Maroc conteste », souligne-t-elle, expliquant que l’occupation de ces territoires par l’Espagne revient régulièrement dans le débat public. C’est tout le paradoxe. « Il y a toujours un jeu de vérité entre les deux pays. Les frontières de Ceuta et Melilla sont un théâtre de luttes diplomatiques. »

      Beaucoup d’exemples viennent l’illustrer et « montrent que dès qu’il y a un différend entre le Maroc et l’Espagne, comme ce fut le cas pour le Sahara occidental en 2021, cela se concrétise par la métaphore du robinet », poursuit la chercheuse. Ici, « on peut penser que la visite de Pedro Sánchez en Algérie » a conduit à ce pic d’entrées exceptionnel à Ceuta. « Lorsque le pouvoir marocain n’est pas satisfait de ce que fait l’Espagne, il y a un mécanisme de vengeance », ajoute-t-elle.

      Officiellement, les autorités des deux pays ne le diront pas et salueront leur collaboration commune. Si le Maroc ne s’est pas encore exprimé publiquement sur la situation à l’heure où nous écrivons ces lignes, le premier ministre espagnol s’est arrangé pour déclarer que le Maroc était un « allié » malgré le contexte.

      « Le Maroc agit en sous-traitant de la gestion des frontières européennes et opère le contrôle migratoire, il manie donc la question migratoire en fonction de ses propres intérêts » lorsque bon lui semble, nuance Elsa Tyszler. C’est le retour de bâton d’une politique régulièrement dénoncée par les chercheurs et chercheuses ainsi que par les ONG internationales.
      Une situation économique et sociale compliquée

      Enfin, d’autres facteurs doivent être pris en compte, tels que l’enjeu racial et le racisme présent à cette frontière à la fois « très militarisée et sophistiquée », qui ont fait des migrants – les musulmans ou perçus comme tels et les personnes noires venues d’Afrique subsaharienne – la « figure de l’ennemi », en réaction aux différentes arrivées observées ces dernières décennies. Il y a aussi la colère de la jeunesse marocaine et le désespoir d’une partie de la population qui cherche à fuir son pays.

      À ce propos, Khadija Anani, membre de l’Association marocaine des droits humains (AMDH) et d’EuroMed Droits au Maroc, souligne la situation « très compliquée » au niveau économique et social : « La jeunesse est en détresse et ne voit pas de perspectives au Maroc. Près de 1 million et demi de jeunes âgés entre 14 et 24 ans ne font rien – ni études, ni formation, ni travail. »

      Plus de 2 millions de Marocain·es vivent en dessous du seuil de pauvreté, poursuit-elle, regrettant que la priorité soit donnée à l’organisation de grands événements internationaux plutôt qu’à l’éducation, au travail, à la santé, au logement ou à la lutte contre la corruption. « Toutes ces thématiques sont négligées, c’est d’ailleurs pour ça que la “GenZ” est sortie dans la rue [en septembre 2025] et a revendiqué ses droits », explique Khadija Anani.

      Dans le même temps, la liberté d’expression des citoyen·nes est régulièrement entravée. Le rappeur El Mahdi Lyoubi a été arrêté et se voit imposer un procès vendredi 31 juillet. Tout cela explique, selon la représentante associative, qu’autant de personnes aient tenté le passage de la frontière à Ceuta ces jours-ci.

      Mais selon El País, des milliers de personnes rebroussent chemin vers le Maroc, faute de pouvoir être accueillies correctement dans l’enclave. Selon le ministère de l’intérieur espagnol, 25 000 personnes seraient déjà rentrées. Dans toute cette histoire, conclut Khadija Anani, « gardons en tête les dégâts humains, car le bilan des morts risque encore de s’alourdir ».

      https://www.mediapart.fr/journal/international/310726/les-migrants-marocains-de-ceuta-victimes-des-politiques-migratoires-europe
      #mourir_aux_frontières #morts_aux_frontières #chiffres #statistiques #afflux #invasion #Melilla #instrumentalisation #extrême_droite #racisme #jeunesse #jeunesse_marocaine

    • Drame de Ceuta : jusqu’où ira l’#indignité ?

      Plus de 70 personnes officiellement décédées, sans doute plus de 130 selon les associations. De ce qui s’est passé à Ceuta ces derniers jours, on aimerait d’abord que l’on retienne cela : ces vies brisées, ces histoires, ces noms et ces visages. Mais comme bien souvent, la plupart des réactions et des polémiques effaceront cette dimension humaine. Alors il faut le redire, sans relâche, contre l’indifférence et la banalisation.

      Au-delà de la situation historique et géographique spécifique de l’enclave espagnole de Ceuta sur le continent africain, au-delà de la crise sociale et des inégalités particulièrement prégnantes au Maroc, les événements de la semaine dernière sont venus une nouvelle fois rappeler comment les personnes migrantes peuvent être aujourd’hui l’objet de bien des instrumentalisations géopolitiques, une dimension renforcée par les logiques d’externalisation des politiques migratoires européennes ; et comment l’obsession de ces politiques pour la fermeture aux « indésirables » ne peut que conduire à de telles situations de tensions, de marchandage, tant rien ne peut faire complétement obstacle à l’espoir d’une autre vie pour celles et ceux qui sont prêts à tout pour partir.

      Mais ce à quoi nous assistons autour du drame de Ceuta est surtout sidérant d’escalade dans l’indignité.

      Escalade dans le degré de #mensonges et de #contre-vérités véhiculés par des responsables politiques, bien au-delà des rangs de l’extrême droite, par divers influenceurs et relais médiatiques : alimentation irraisonnée de l’existence d’un risque « d’arrivée massive » de personnes migrantes sur le continent européen, alors que l’enclave n’est pas dans l’espace Schengen et qu’il n’est pas possible de rejoindre l’Espagne sans contrôle ; prétendu lien avec la politique de régularisation conduite par le gouvernement espagnol, procédure qui n’est pourtant plus ouverte aujourd’hui, dont les critères ne pouvaient en aucun cas concerner les personnes arrivées à Ceuta ces derniers jours.

      Escalade dans la mécanique, désormais si bien rodée, d’instrumentalisation au service de l’agenda politique de celles et ceux qui entretiennent les peurs pour vanter leurs propositions autoritaires et xénophobes : alimentation du fantasme de la « submersion », à coup d’images et de commentaires haineux ressassés jusqu’à la nausée, précipitation sur le terrain pour alimenter les paniques identitaires, dénonciation d’une « menace existentielle » … Un retournement d’analyse bien pathétique quand on pense aux vraies menaces existentielles (drames climatiques, conflits armés…) que nous vivons en cet été 2026…

      Escalade enfin dans la surenchère répressive et sécuritaire qui a été la réponse de la plupart des pays européens : priorité au renforcement du contrôle des frontières, alors qu’il était bien impossible aux personnes migrantes arrivées à Ceuta de gagner facilement le continent européen ; aucune considération pour les questions humanitaires et le respect des droits fondamentaux. Et lundi 3 août, la lettre des 22 pays amenés par l’Italie et le Danemark, demandant de nouvelles mesures de contrôle et de fermeture, dénonçant la politique espagnole de régularisation, a été un nouveau signe plus qu’alarmant d’une dérive sans fin de l’Union européenne, sous l’impulsion d’une alliance droite et extrême droite qui la guide désormais sur les questions migratoires.

      Jusqu’où cela va-t-il aller ? Après le pacte asile et migration en application depuis juin dernier, après le règlement retour et ses « hubs de retour » en dehors de l’UE, renforçant encore les logiques d’enfermement, d’expulsion, d’externalisation et d’atteintes aux droits, quelle va être la prochaine étape ?

      La réunion des ministres de l’Intérieur tenue ce mardi 4 aout, si elle n’a fait l’objet d’aucune véritable annonce nouvelle, tant les dispositifs de contrôle et de répression sont déjà présents, a néanmoins confirmé le registre de la menace et de l’obsession, notamment via les technologies de surveillance, du contrôle et de la fermeture.

      Alors qu’en France comme dans d’autres pays européens s’ouvrent de cruciales séquences électorales risquant d’être autant de prétextes à de nouvelles instrumentalisations et surenchères, il y a urgence, sous peine de basculer demain dans un avenir encore plus cauchemardesque, à dénoncer sans faillir ces mécaniques toxiques. Et à opposer à l’incapacité aujourd’hui dramatique de l’Union européenne et de ses Etats à concevoir des politiques migratoires, hors du paradigme de la répression et de la logique de « la forteresse assiégée » servant principalement ses intérêts ; des politiques fondées sur le respect des droits humains, l’égalité de traitement, les coopérations d’égal à égal et les solidarités internationales. Les seules à même de pouvoir garantir notre avenir collectif, dans un monde où, plus que jamais, les migrations en seront demain le cœur battant.

      https://www.lacimade.org/drame-de-ceuta-jusquou-ira-lindignite

  • "Ceux qui restent" : À #Mbour, le #deuil « en #silence » des enfants de migrants disparus en mer

    "Depuis lors, je suis devenu silencieux", murmure Fallou, 12 ans, dans une évocation déchirante de la mort de sa mère sénégalaise après le #naufrage de la pirogue qui l’emmenait vers l’Europe. La jeune Sokhna est, elle, tourmentée par des #rêves où réapparaît son père migrant disparu en mer, au point qu’elle évite de passer devant l’océan et ses fantômes traumatiques.

    On les appelle "#ceux_qui_restent" : ces orphelins doivent composer face à l’attente insoutenable et le #deuil_impossible des "#absents-présents", leurs parents morts en mer ou dont on n’a plus jamais eu de nouvelles après la #disparition de leur embarcation.

    Le nombre de ces morts et disparus - et de leurs enfants - se chiffre au moins "à des milliers" au Sénégal ces dernières années, indique à l’AFP Saliou Diouf, fondateur de l’association "#Boza_Fii" qui lutte contre l’#oubli des personnes migrantes disparues.

    Dans la ville portuaire de Mbour (ouest), les vies abîmées et la parole sensible de ces enfants s’écoutent derrière les murs des maisons. Le #tabou entoure encore le choix de partir de leurs parents. La peur des familles de se confier aussi, dans un contexte où les autorités ont essentiellement une approche répressive pour empêcher les départs de pirogues, arrêter les passeurs, et secourir régulièrement des embarcations à la dérive.

    "J’ai beaucoup pleuré... et puis après je me suis dit que c’est la #volonté_divine", souffle à l’AFP dans une diction hachée Fallou, silhouette agitée de spasmes, en évoquant la mort de sa mère.

    A #Tefees, quartier de pêcheurs, aux ruelles de sable et maisonnettes précaires, Fallou et son frère de neuf ans sont heureux de se retrouver, appuyés l’un contre l’autre dans la chambre et seule pièce de vie de leur grand-mère, Ndeye Ndiaye.

    Leur vie a basculé quand leur mère, Awa, âgée d’une trentaine d’années, est décédée au Maroc en 2024, après le naufrage d’une pirogue.

    Depuis ce drame, "je suis devenu silencieux", lâche Fallou. Le garçon "n’en parle pas avec sa grand-mère ni avec ses amis", seulement avec son père lors de ses visites. "Il me raconte que ma mère était une bonne personne...".

    Comme souvent dans les familles où la mère migrante a disparu, la famille s’est disloquée : le père est retourné vivre dans sa famille, les enfants sont restés avec leur grand-mère. Mais acculée par le dénuement, elle a dû séparer les frères, confiant le plus jeune à son parrain.

    Awa n’avait pas informé sa mère de son projet, mais elle déplorait souvent de la voir "se fatiguer" et voulait lui "venir plus en aide".

    – "Prie pour moi" -

    "Elle m’a simplement dit qu’elle devait aller à Dakar", la capitale, relate Ndeye. Mais un soir, Awa l’appelle : "Maman, j’ai pris une pirogue pour rejoindre l’Europe et je voudrais que tu pries pour moi".

    Deux semaines d’#angoisse plus tard, un appel leur annonce son décès dans un hôpital au Maroc.

    "On ne m’a pas rapporté son #corps et j’en suis toujours là...", murmure Ndeye, qui ne peut retenir ses larmes. "Voir des enfants, des innocents comme eux, devoir vivre sans mère, ça vous affecte au plus profond de vous".

    En 2024, au moins 10.457 migrants sont morts ou disparus "à la frontière occidentale euro-africaine" en tentant de rejoindre l’Espagne via la périlleuse #route_Atlantique, selon Caminando Fronteras, le nombre le plus élevé enregistré depuis le début du recensement en 2007 opéré par cette association.

    Poussés par le désespoir face au manque d’opportunités dans leur pays (chômage, disparition des ressources halieutiques, etc...) et du fait que l’Europe restreint les visas et contrôle drastiquement ses frontières, les candidats à l’exil sont forcés de recourir à des embarcations clandestines, souvent vétustes et surchargées.

    "Souvent les #familles n’obtiennent pas assez d’informations pour faire leur deuil", souligne Saliou Diouf. "L’#acceptation de la disparition se fait très difficilement".

    Les enfants apprennent parfois la nouvelle brutalement dans la rue ou chez des voisins. Certains se débattent entre une attente insupportable, le refus d’accepter le décès, ou la colère.

    C’est le cas de Sokhna, 11 ans, visage d’ange assombri par un regard douloureux. Sa mère Fatou Ngom, son frère et sa soeur vivotent à Mbour dans une chambre et une cour louée à plusieurs familles.

    Le père, Assane, est porté disparu depuis que la pirogue qui le transportait a pris feu au large des côtes en 2022. On a simplement rapporté à Fatou qu’il "faisait partie des victimes".

    #Pauvreté aggravée -

    Fatou explique que Sokhna a depuis des moments "d’#absence", notamment en classe, et du retard dans sa scolarité. "Des fois la nuit, elle fait des rêves, elle crie “papa" plusieurs fois" dans la chambre où toute la famille vit.

    Même si leur relation semble complice, Sokhna explique sans détour que sa mère, encore accablée par le #chagrin et qui a beaucoup de mal à parler de la disparition de son mari, ne la "comprend pas" quand elle veut lui parler de son père.

    "Quand je rêve de lui et que j’ai peur parce que j’ai vraiment l’impression qu’il me parle, le lendemain je vais voir ma grand-mère", confie Sokhna. "Elle me raconte quand mon père courtisait ma mère, et des histoires sur lui...".

    "Je pense toujours à mon père quand je vois la mer", souffle-t-elle. C’est sa grand-mère, voyant son chagrin, qui a dit à Sokhna d’éviter de circuler par la plage et son alignement de pirogues.

    Contrairement à sa soeur qui garde son chagrin enfoui, Boubacar, 14 ans, a du mal à retenir son émotion en racontant ce jour de 2022 : "ma famille est venue trouver ma mère ; elle préparait du café. Ils ont dit “Assane est mort dans la pirogue“ ; elle était en état de #choc, elle s’est mise à pleurer, et nous aussi".

    "Mon père voulait nous construire une maison. Avant d’y arriver, Dieu a pris son âme...".

    "Je pense souvent à lui, surtout quand ma mère n’a pas l’argent pour la dépense quotidienne parce que c’est lui qui nous aidait à vivre", sanglote-t-il.

    A 14 ans, l’adolescent travaille déjà régulièrement après l’école dans un atelier de menuiserie métallique pour aider sa mère.

    Ces #orphelins doivent tenter de se reconstruire dans des familles brisées et qui tombent dans une précarité encore plus prégnante (réduction du nombre de repas, déscolarisation des enfants, endettement...). Nombre d’entre eux grandissent trop vite, éprouvés par les responsabilités.

    Près de Boubacar, sa soeur Coumba, cinq ans, pieds nus, vêtements élimés, s’amuse à dessiner sur un tableau accroché au mur de la cour. La fillette a grandi sans presque connaître son père.

    "C’est elle qui me fait pleurer parce qu’elle me demande toujours des nouvelles de son père", confie Fatou. "Je lui réponds qu’il est en voyage".

    "Elle peut devenir folle si on lui explique maintenant...", renchérit Boubacar.

    – Briser le silence -

    La douce Amy Dramé n’a pas non plus dit la vérité à ses enfants de dix, six et trois ans. Son mari - qui avait vu tous ses collègues pêcheurs acculés par la pauvreté tenter la traversée - l’a appelée depuis un bateau le 10 août 2024.

    "Il m’a demandé des nouvelles des enfants, et de prier pour lui ; c’est la dernière fois que j’ai eu des nouvelles", dit-elle, bouleversée.

    Un mois après, les autorités les ont informés que la pirogue avait échoué au Cap-Vert, sans survivants.

    Amy continue à dire à ses enfants que leur père est en campagne de pêche. "Ce sont des enfants...", lâche-t-elle. "Ils prennent tout le temps mon téléphone pour regarder des vidéos de leur père ; ils ne vont pas l’oublier...".

    Tenter de briser ce silence, c’est l’objectif d’un programme pionnier au Sénégal de prise en charge psycho-sociale de ces enfants, débuté en 2024.

    Plus d’une cinquantaine d’orphelins sont accompagnés par l’ONG internationale #Délégation_diocésaine_des_Migrations_du_Sénégal (#DDM_Sénégal) et le #Collectif_des_victimes_de_l'émigration_irrégulière_au_Sénégal (#Coves), qui ont entamé ce travail après avoir constaté la souffrance des femmes de disparus et leurs enfants, particulièrement due au "#deuil_ambigu" lié à l’#incertitude sur le décès.

    "On a constaté que beaucoup de leurs enfants souffraient aussi, d’une manière différente, plus en silence, avec beaucoup de #colère", explique Jordi Balsells, directeur de la DDM.

    L’ONG fait trois tournées par an dans d’autres régions du Sénégal, et mène des accompagnements à domicile.

    Dans le centre de Mbour, dans un bâtiment baigné de lumière, alors que leurs mères travaillent dans un atelier de couture pour avoir une source de revenus supplémentaire, les enfants - tous orphelins de pères migrants - sont reçus en thérapie.

    Si en apparence plusieurs chahutent en patientant, cela masque souvent une attitude fragile.

    Babacar Ndiaye, 12 ans, submergé par l’émotion, ne parviendra pas à se confier sur la disparition de son père mareyeur en 2024 dans le chavirement d’une pirogue au large de Mbour.

    "Sache que si tu veux parler, on est là", lui dit doucement Tesa Reimat Corbella, médecin spécialisée dans le deuil, qui s’occupe de l’accompagnement psycho-social.

    – "#Stigmatisation" -

    A l’inverse, son frère de neuf ans, Pape Balla, dégage une assurance étonnante. Il se confie tout en ne lâchant pas deux figurines de crocodile et de lama.

    "Mon père ne voulait pas partir mais c’est celui qui a organisé le voyage qui l’a forcé !", lance-t-il, manière à lui de faire face à cet abandon qu’il ne comprend pas. "Ca me fait mal qu’il ait disparu ; je voulais qu’il reste avec nous...".

    "J’ai des amis au quartier qui ont vécu la même chose mais on n’en discute pas", ajoute Pape, qui raconte aussi des souvenirs aux côtés du père. "Il m’achetait souvent des ballons et ça me manque...".

    A l’instar de Babacar, Bambi Diop, 10 ans, ne pourra d’abord n’articuler que quelques mots : "je veux pas parler de mon père...".

    Avec sollicitude, la psychothérapeute Katy Faye prend Bambi par les épaules et tente de calmer son accès de larmes.

    "Quand je pars en classe je pense à lui", lâche Bambi finalement, expliquant que c’est souvent son père qui la déposait à l’école.

    La fillette reste en partie dans le déni, affirmant à l’AFP que son père vit dans une autre ville du Sénégal et qu’il va "bien". Des mots qui surprendront sa mère, qui assure que sa fille "sait" que son père est décédé dans un naufrage en 2024.

    Pour Tesa Reimat Corbella, le principal défi, "c’est de casser le silence" entourant la disparition. "Il faut commencer à donner des mots à ce qui s’est passé, pouvoir parler avec les enfants du souvenir de qui était leur père, et travailler avec le parent qui est resté".

    Elle se réjouit que l’ONG ait réussi à créer "un espace sûr, où ils peuvent partager avec les autres enfants". "Le fait qu’ils acceptent ce qui est arrivé et qu’ils peuvent en parler sans peur, sans honte, c’est le plus important".

    Mais il y a "encore beaucoup de travail", reconnaît-elle. "Quand les enfants sortent de cet espace, à l’école ou dans la rue il y a encore de la stigmatisation".

    Acteur de la société civile et spécialiste depuis 20 ans des questions migratoires, Mamadou Diop Thioune regrette que le soutien économique et psycho-social à ces familles ne soient "pas pris en compte dans (nos) politiques publiques".

    Il pointe le manque d’information des autorités, d’outils et de personnel formé, alors que les "conséquences sociales" pour le Sénégal de ces disparitions d’exilés "sont dramatiques".

    Au centre DDM, une lumière douce de fin de journée apaise l’atmosphère. Les enfants alignés sur des matelas au sol sont fascinés par le film d’animation "Kirikou et la Sorcière", sous le regard de Tesa et ses collègues.

    La société sénégalaise doit être davantage "sensibilisée sur la situation des disparus et de leurs familles", martèle Tesa. "C’est important de redonner une dignité aux personnes disparues, des gens qui étaient partis chercher une vie meilleure", plaide-t-elle.

    "Il faut qu’on puisse parler de ce sujet sans cacher ces enfants et ces familles".

    https://www.seneweb.com/fr/news/Societe/ceux-qui-restent-a-mbour-le-deuil-en-silence-des-enfants-de-migrants-dispar

    #Sénégal #migrations #mourir_aux_frontières #morts_aux_frontière #décès

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  • "Se regrouper pour pouvoir parler de la disparition de nos proches" : au #Maroc, un millier de mères et sœurs mobilisées pour leurs #disparus

    Des mères et sœurs marocaines de disparus animent depuis bientôt dix ans une #association pour faire entendre leurs voix dans un pays où l’exil est souvent criminalisé. Au fil des années, leur association a regroupé près d’un millier de proches de disparus sur leur route vers l’Europe, dans différentes zones frontalières : Balkans, Atlantique, Méditerranée… Rencontre avec cinq femmes qui ne lâchent pas leur combat, à #Rabat.

    Sous l’œil des locaux et des touristes étrangers assis en terrasse, des barques de pêche flottent lentement dans le port de Rabat. Deux plages de sable fin, où des adolescents courent vers l’eau, encadrent d’un côté et de l’autre l’embouchure dominée par la Kasbah des Udayas, berceau de la capitale marocaine. Une petite fille portant dans son dos deux ailes de papillon rose sautille de rocher en rocher. Un couple se tient droit, immobile, le regard vers l’horizon. Tout au bout de leur regard, tout au bout de cet estuaire du #fleuve_Bouregreg : l’#Atlantique.

    “C’est d’ici, en partant de cette #rivière, que mon frère est sorti du pays, vers l’océan”, souffle Hafida Labiad, le regard cerné de noir. Son visage calme recèle un espoir, ou un tourment, impossible à faire taire : "Il y a des rumeurs sur le fait que lui et ses compagnons de route auraient pu être récupérés par les secours espagnols et portugais". C’était il y a cinq ans. Dix-sept autres personnes ont disparu sur le même bateau.

    Des embarcations de fortune tentent parfois de prendre la mer depuis les zones côtières autour de Rabat, malgré la surveillance et les interceptions régulières des autorités marocaines. Soixante-dix mille tentatives ont été interceptées sur l’ensemble du territoire marocain en 2025, selon les autorités.

    Après la disparition de son frère, #Hafida_Labiad a co-construit le collectif des familles marocaines de disparus aux côtés de #Hassan_Ammari. Celui-ci préside l’#Association_Marocaine_d’Aide_aux_Migrants_en_Situation_Vulnérable (#AMSV), créée en 2017 et basée à Oujda, qui regroupe aujourd’hui en son sein les familles de disparus réunies au fil des années par Hafida.

    986 familles réunies par l’association

    "Pour ne pas vivre seules la situation, l’association nous a regroupées pour pouvoir parler de la disparition de nos proches", explique Fatima Al-Kazar, qui arbore un haut à fleurs bleues. Son fils, Ashraf Charabi, a disparu il y a cinq ans en Algérie avec trois autres personnes.

    Pour mettre en lien et organiser les familles, des groupes #whatsapp ont été créés. Il en existe treize, organisés par territoires de disparition : "Les disparus en Turquie, en Algérie, dans la Méditerranée, dans l’Atlantique, au Maroc, sur la route des Balkans, en Libye…", déroule Hassan Ammari. "Au total, nous sommes à 986 familles".

    Hafida Labiad, qui est présente dans tous les groupes au vu de son rôle d’animatrice, est particulièrement concernée par celui sur les routes de l’Atlantique - depuis la disparition de son frère. Avec le collectif, "Il n’est pas question de ma seule souffrance : on partage la #souffrance entre les familles, mais aussi le #partage des informations", résume-t-elle.

    Un #guide illustré, un livre "contre l’#oubli"

    Le collectif a édité, en 2024, un "Guide illustré : à la recherche d’un disparu ou d’un détenu aux frontières". Il y est écrit comment contacter la police, le ministère des affaires étrangères, le Croissant rouge ou la Croix rouge selon les pays… Cet outil qui n’existait pas auparavant permet de contrer le #désarroi : quand une disparition survient, "nous ne savons pas où aller, ce qu’on peut faire... Les informations qui nous arrivent sont parfois fausses ou sont de l’escroquerie”, explique Fatima Al-Kazar. Grâce à ce guide destiné à toute famille concernée, "on peut mieux se repérer".

    L’association diversifie les moyens de diffusion. Imane El Bouastaoui, jeune femme discrète à la voix douce, lunettes de soleil rectangulaires remontées sur son foulard couleur parme, est l’autrice d’un livre, "Entre les vagues et l’absence". L’ouvrage raconte la quête de son frère disparu lors d’une traversée vers les îles Canaries. Il est préfacé par l’association, qui a aidé à son édition. "C’est un #livre contre l’oubli", en dit Imane. "Énormément de ces disparitions tombent dans l’oubli. Moi, je ne veux pas que mon frère et ses amis soient oubliés. Je voulais que ce roman soit un miroir, et une mémoire, pour les autres familles".

    Elle rencontre l’association un an après la disparition de son frère dans l’Atlantique. Celui-ci était parti d’Algérie, au milieu d’un groupe de 42 personnes. "Le disparu reste souvent un chiffre. Moi, je ne veux pas qu’il soit un #chiffre, je veux qu’il soit un #nom." Il s’appelait Mohammed El Boustaoui. "Mon roman donne à voir un nom, une famille, un être humain". Écrire est aussi une façon de ’répondre au silence des structures officielles’", complète la jeune femme.

    Mobilisations face au Parlement et au ministère des affaires étrangères

    Au Maroc, les #familles de disparus décrivent en effet le #tabou qui règne autour des disparitions, tant le fait de prendre la route de l’exil est mal considéré. Hafida s’en souvient : lorsqu’elle a tenté en 2022 de déposer, pour l’association, une déclaration collective de disparitions à la police marocaine, "ils nous ont dit : ’Votre proche, c’est lui qui s’est enfui du pays. Ce n’est pas un disparu’. On était criminalisés. Cela m’a mise en colère".

    Dans la foulée, l’association s’est mobilisée face à ce refus de prise en compte des autorités. Des familles sont venues de Beni Mellal, de Oujda, de Marrakech, de Berkane… jusqu’à Rabat. "On était quasiment 80 familles représentées", raconte Hafida. Ensemble, elles ont tenu un #sit-in devant le Parlement à la façade rouge, situé sur une grande avenue de la capitale. Au milieu de cette avenue se trouve une fine esplanade, éclatante au soleil, cernée de hauts palmiers et de quelques bancs : celle-ci fait office de lieu de rassemblement pour les manifestations. "Malheureusement, ce jour-là, les familles ont été frappées par les forces de l’ordre", raconte Hafida.

    Pas de quoi les décourager cependant. "Après, on s’est dirigé en groupe vers le ministère des affaires étrangères pour y déposer notre déclaration. Ensuite, l’association s’est chargée du suivi avec le ministère", expose Hafida Labiad. Un an après, en 2023, nouveau rendez-vous ici à Rabat : cette fois, pour un sit-in devant le siège de la délégation de l’Union européenne (UE). Une représentante est venue à leur rencontre, à laquelle les familles ont pu remettre une lettre contenant leurs revendications pour obtenir l’aide de l’UE quant aux recherches de leurs proches disparus et au processus d’identification. Les familles ont aussi pu se rendre au siège du CICR (comité international de la Croix-Rouge) au Maroc.

    Malgré ces #mobilisations, "on voit peu de changement dans nos relations avec les autorités et la police". Une victoire tout de même, avec le ministère marocain des affaires étrangères : "Eux reconnaissent désormais qu’il s’agit de disparitions". Grâce à ce canal ouvert avec ce ministère, en 2025, le consulat du Maroc en Espagne, basé à Almeria, a demandé de lui-même des informations sur les disparus recensés par l’association, pour procéder à d’éventuelles identifications de corps retrouvés en Espagne. Depuis, les familles attendent des nouvelles.

    #Identification des corps : quand le collectif ouvre les portes

    S’engager dans des procédures d’identification reste un parcours du combattant : l’association permet de donner du poids aux familles pour obtenir la prise en charge de leur test #ADN. Le cas de Fatema Mesdar l’illustre bien. Son fils Oussama Lamari a disparu avec 33 autres personnes, à bord d’un bateau parti des côtes tunisiennes. Seuls deux corps auraient été retrouvés.

    Mais cela, les familles marocaines ne l’ont appris que trois mois après le naufrage. "Cette absence d’informations, c’est aussi parce que les passeurs s’en sont mêlés. Le jour où on l’a appris, il était trop tard, les corps allaient être enterrés [dans la ville de] Menzel Bourguiba…", raconte Fatema, habillée tout en rose pâle, le regard doux. "On attend encore de connaître leur identité : le premier corps a été identifié, mais le deuxième toujours pas, alors qu’il y avait deux passeports retrouvés”.

    Pendant des semaines, avant de connaître l’association, Fatema avait mené ses recherches en solitaire. "Je suis allée de Casablanca à Tunis, toute seule, en avion. J’y suis restée 45 jours. Je menais mes recherches isolée sur moi-même, dans l’obscurité". Plusieurs familles finissent par lui dire de ne pas rester seule et une femme l’oriente vers l’association, à laquelle Fatema Mesdar confie tous ses documents et vidéos obtenues lors de ses recherches en Tunisie sur le naufrage. Elle commence à participer à des ateliers regroupant les familles. "On m’a donné la parole. Pour la première fois je me suis sentie soulagée, écoutée. C’étaient des moments forts émotionnellement."

    Ce soutien lui a donné l’énergie de relancer ses recherches, auprès d’autres institutions, appuyée désormais par l’association. Fatema est retournée en Tunisie, mais cette fois, en portant la parole de tout un groupe. "Aucune porte ne m’a été fermée, parce que je portais la parole de tout un collectif. Toutes les structures m’ont reçue et écoutée. J’ai été à Djerba, à Sfax, auprès de la gendarmerie, la police, le ministère de l’Intérieur, les gardes-côtes tunisiens… On m’a accueillie partout. J’ai même pu faire mon test ADN gratuitement."

    Au-delà de son cas, Fatema Mesdar bataille désormais pour améliorer les #procédures_d’identification pour toutes les familles de disparus. Mais aussi pour les encourager à transmettre leurs données et leur ADN. "Au début les familles des disparus dans le même bateau que mon fils avaient peur, par rapport aux #passeurs : l’un était en Tunisie et l’autre, un Marocain, en Italie", relate-t-elle. La peur se joue aussi dans la relation aux autorités : "Il faut de la #sensibilisation", insiste Fatema.

    Décès, détenus : quand les #enquêtes_citoyennes aboutissent

    Malgré toutes ces procédures administratives et judiciaires, "j’ai l’impression de n’avoir rien fait pour mon fils. Je me sens coincée", confie Fatema, toujours en attente de réponse. La Tunisie lui a indiqué que son test ne correspondait à aucun corps retrouvé. Côté marocain, elle est toujours en attente. Comme d’autres familles, elles aimeraient pouvoir envoyer ses données en Espagne ou au Portugal, de l’autre côté de la mer. "Je veux juste un cheveu de mon fils, vivant ou mort. Je veux juste aller pleurer sur la tombe de mon fils".

    Le problème, c’est qu’il "n’y a pas de réelle concertation des différentes autorités sur la question de l’identification. Nous avons besoin d’une #base_de_données centralisée", défend Hassan Ammari, le président de l’association. Son équipe a procédé elle-même à l’identification de 56 personnes depuis 2017. Hors des procédures officielles en premier lieu, et avec les moyens du bord - jusqu’à obtenir la validation officielle, in fine, d’un juge qui autorise ainsi la famille à récupérer le corps. Ce travail citoyen de fourmi, aboutissant à des dossiers enfin clôturés, est synonyme de "souffrance, car c’est un processus extrêmement fastidieux".

    D’autres dossiers se concluent par des proches retrouvés en prison. Bouaïcha, membre de l’association depuis un peu plus d’un an, avait perdu la trace de son fils en Algérie il y a sept ans. "En premier lieu, on m’a dit qu’il était mort. Mais j’avais le sentiment qu’il était en vie. Je suis allée seule de Casablanca à Oran, pour ramener mon fils vivant ou mort : je m’étais donné ce défi là". Mais seule, "je ne savais pas où aller, à quelles structures m’adresser, quels discours utiliser", retrace cette femme au sourire mélancolique, des plis rieurs aux coins des yeux, vêtue tout de bleu. "Pendant un mois, de 7 heures du matin à 19 heures, je tapais à toutes les portes, en vain. J’ai aussi gaspillé énormément d’argent dans les transports".

    Depuis sa rencontre avec l’association, elle a pu relancer ses recherches, avec l’appui d’une avocate. Quinze jours après, l’avocate avait identifié la prison où son fils se trouvait en réalité détenu en Algérie, au nom de la loi 08-11, qui rend l’immigration irrégulière pénalement répréhensible de plusieurs années de prison. "Mère d’un disparu, elle est devenue mère d’un détenu", résume Hassan. Sept ans après, "j’ai enfin pu rendre visite à mon fils, en prison" raconte, émue, Bouaïcha. "Pour seulement 15 minutes". Depuis, son fils a aussi réussi à lui envoyer des lettres, et à lui parler une fois par téléphone, grâce à la clémence d’un gardien.

    Rencontrer d’autres familles, "c’est ce qui m’a donné la force de parler de mon fils", malgré cette condamnation qui couvre d’une chape de plomb son histoire. "L’association a été un tournant dans ma vie", conclut Bouaïcha. Aujourd’hui, j’ai trouvé une famille. Une grande famille".

    https://www.infomigrants.net/fr/post/72092/se-regrouper-pour-pouvoir-parler-de-la-disparition-de-nos-proches--au-
    #migrations #mourir_aux_frontières #décès #morts_aux_frontières #femmes #criminalisation

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  • #Ramatoulaye_Touré, fondatrice du #collectif de familles de #disparus en #Guinée : « Une #disparition, c’est de la douleur, la famille reste dans l’incertitude »

    Ramatoulaye Touré, 34 ans, a perdu la trace de sa nièce, partie secrètement de Guinée vers l’Europe via la "route des Canaries", il y a trois ans. Au cours de ses recherches, cette jeune fondatrice d’une ONG dédiée à la santé des #femmes a fait la rencontre il y a six mois d’une autre famille guinéenne touchée par une disparition. Depuis, elle met toute son énergie dans l’animation du premier collectif de familles de disparus en Guinée, pour pousser l’État guinéen à faire de la disparition un sujet prioritaire.

    "Quand ma nièce Kadiatou a disparu, j’ai découvert que beaucoup de familles étaient dans la même situation que nous, mais qu’elles ne se manifestaient pas, ne parlaient pas de la disparition de leurs proches. Ma nièce est sortie il y a trois ans de Guinée. Moi je vis à Dabompa, mais ma grande famille vit à Dixinn, dans la région de Conakry, la capitale de la Guinée. C’est là où vivait ma nièce, avec ma sœur. C’est de là qu’elle est partie, quand ma sœur est décédée.

    Trois semaines après les funérailles de ma sœur, Kadiatou nous a dit qu’elle voulait aller en Côte d’Ivoire. Elle voulait prendre le relais de sa maman, pour s’occuper de ses petits frères et sœurs. Elle avait des amies en Côte d’Ivoire et voulait entreprendre, sur des marchés, avec la vente de mèches et d’accessoires de coiffure. On a essayé de l’en dissuader, de lui dire qu’elle pouvait faire ça en Guinée. Mais elle disait que non, qu’elle voulait aller là-bas plutôt que de faire des va et vient entre les deux pays pour ses achats et reventes. Elle est partie tout de suite après notre conversation. Ça veut dire qu’elle avait déjà son projet de voyage : car on ne peut pas se lever un jour comme ça et partir…

    "Kadi a embarqué"

    Au bout de deux mois en Côte d’Ivoire, elle a coupé le contact avec nous, parce qu’on lui répétait de ne pas faire de bêtises. Elle a appelé mon grand frère, qui vit aux Etats-Unis, pour lui emprunter de l’argent. Il lui a envoyé une partie de son épargne, sans savoir qu’elle voulait en fait aller en Europe.

    Avec cet argent, Kadiatou s’est rendue au Sénégal. Elle a appelé ses amies pour l’aider à renvoyer par colis ses accessoires de coiffure à sa sœur en Guinée, en prétextant que c’était trop serré chez elle. Quand on a vu les colis arriver chez nous, il y avait tout dedans : ses accessoires, ses chaussures… On se doutait que ce n’était pas normal de laisser comme ça. On a donc tout de suite essayé de l’appeler. Moi, elle ne me répondait pas. Elle a fini par répondre à ma cousine, qui lui a demandé : "On a appris que tu étais au Sénégal, ce n’est pas ce que tu nous avais dit… Tu fais quoi au Sénégal ?” Elle a tout de suite coupé le contact avec ma cousine aussi.

    Après trois semaines environ, une amie de ma nièce a appelé ma cousine. Elle lui a dit : “Kadi est sortie. On ne l’a pas vue depuis quinze jours”. Ma cousine a demandé : “Kadi est sortie pour où ?

    –Kadi a embarqué.

    –Embarqué pour où ?

    –Kadi est sortie en mer.”

    Dans le bateau, il y avait 62 personnes. Toutes sont portées disparues.

    Kadiatou a embarqué sur une pirogue pour tenter la route des Canaries via l’Atlantique. Un trajet hautement dangereux : plus de 1 000 km séparent le #Sénégal de l’archipel espagnol. La traversée peut durer plusieurs jours. Et l’embarcation peut couler ou se perdre et dériver en mer.

    De la recherche en solitaire à l’alliance avec d’autres familles

    Kadiatou avait envoyé le numéro du passeur à sa copine. Au début de nos recherches, on a appelé ce passeur. Le monsieur nous a dit : ’J’ai trois frères dans ce bateau, je ne peux pas vous dire s’ils sont décédés. Il se peut qu’on les ait attrapés et qu’ils soient en prison au Maroc’.

    Nous sommes restées dans cette incertitude. Comme on lui téléphonait souvent, l’homme a fini par nous bloquer.

    Mon grand frère qui vit aux Etats-Unis a essayé de faire jouer ses relations au Maroc pour avoir des informations. On a aussi appelé le père de Kadiatou pour le prévenir que sa fille était introuvable. Il est parti directement pour sillonner toutes les prisons qui sont au bord de la mer au Maroc. Jusqu’en Tunisie. Il n’a pas trouvé sa fille.

    Il a fini par déclarer sa fille décédée. On a fait une cérémonie de funérailles. Mais dans nos têtes, on pense que Kadiatou est quelque part, qu’elle peut revenir un jour, que peut-être, comme le monsieur a dit, elle se trouve en prison… On ne sait toujours pas comment prendre la nouvelle de sa disparition : est-ce qu’elle est décédée ? Est-ce qu’elle vit encore ?

    Jusqu’à maintenant, il y a ce #vide dans la famille. Elle a une petite sœur. Elle laisse aussi derrière elle une fille de deux ans, qui pleure tous les jours de ne pas savoir où est sa maman. Une disparition, c’est de la #tristesse, de la #douleur. La famille reste dans l’#incertitude.

    C’est en continuant les recherches qu’il y a six mois, j’ai fait la rencontre d’une autre famille touchée par une disparition. L’idée m’est venue de monter un collectif. On était très proches de cette famille, qui habitait à Dixinn comme nous, alors je leur ai dit : est-ce qu’on ne se mettrait pas ensemble ?

    Dix familles aujourd’hui dans le collectif

    En Guinée, on se connaît tous, à travers les réseaux sociaux aussi. Aujourd’hui, le collectif rassemble dix familles. On se réconforte entre nous. On se dit : tenons-nous la main, peut-être qu’un jour nos disparus vont revenir.

    On est actuellement dans les démarches pour se constituer en association, avec statut, règlement intérieur, agrément. Cela va changer beaucoup de choses, on pourra plus facilement demander des rendez-vous et des partenariats avec les institutions officielles.

    Chez nous en #Guinée, il n’y a pas de processus de suivi pour les disparus. Les autorités ne s’occupent pas de ces procédures. Les journalistes peuvent en parler, les réseaux sociaux aussi : mais il n’y a pas une implication de l’État. L’#OIM s’occupe d’accompagner des gens qui sont allés en Tunisie, par exemple, mais pas de disparitions.

    Depuis quatre ans, le nombre de "#retours_volontaires" opérés par l’Organisation internationale pour les migrations (OIM) n’a cessé d’augmenter. Interrogé en mars par une députée, le ministre des Affaires étrangères, Mohamed Ali Nafti, a annoncé que plus de 21 000 exilés, dont de nombreux Guinéens, avaient été rapatriés dans leur pays depuis 2022.

    Bien sûr il y a des mécanismes pour la protection des migrants, des règles écrites… Mais ce n’est pas toujours bien appliqué. À plusieurs, on peut porter nos voix plus fort vers l’Etat, et faire de la disparition une priorité.

    Il y a beaucoup, beaucoup de familles en Guinée qui ont des disparus. Dans le collectif, plusieurs régions sont représentées : par exemple, on a deux familles de Boffa. Les routes prises par leurs proches ne sont pas les mêmes non plus. Il y a une famille dont le garçon a fini ses études, marié, deux enfants, avec une boutique… Un jour, il a tout vidé, il est parti. Depuis le Maroc, il a pris la mer.

    Ce jour-là, il a appelé sa mère. Il ne lui a pas expliqué qu’il était déjà sur un bateau. Peut-être qu’il aurait voulu le faire : mais comment lui dire… Alors il lui a juste dit : "Je ne me sens pas bien”. Cela fait cinq ans maintenant qu’il a disparu.

    Réunions et appels de soutien, entre femmes

    Une fois par mois, on se réunit avec ces dix familles. Ce n’est jamais un lieu fixe : si aujourd’hui on le fait chez moi, demain ce sera dans une autre famille : c’est important que chacune se sente impliquée. Je prends le temps de les appeler régulièrement, de les convaincre de venir aux réunions…

    Certaines hésitent. Elles se disent : la vie associative, ça va me faire perdre mon temps. Mais si elles voient que tu es derrière elles tout le temps, alors elles vont se sentir importantes. Elles vont se dire : finalement, c’est nécessaire de participer. Celles qui viennent à reculons se rendent compte, au fur et à mesure, que c’est bien pour elle. Il faut constamment les relancer, montrer l’utilité de rejoindre le groupe.

    Cela me prend beaucoup de temps mais j’ai l’habitude : je travaille dans le monde associatif, j’ai une licence en développement communautaire et j’ai étudié la sociologie. J’ai fondé une ONG, “Guinéennes émancipées pour le progrès et la citoyenneté”, dédiée à la santé des femmes. On se consacre à la lutte contre le VIH/sida, le paludisme, la tuberculose, et surtout la formation et l’émancipation des femmes.

    D’ailleurs, je fais le lien entre femmes et disparition. Les femmes sont naturellement exposées à beaucoup de violences. En pensant à une femme qui disparaît, on pense : est-ce qu’elle ne sera pas violée ? Est-ce qu’elle ne sera pas violentée physiquement, sexuellement ? Il y a trop de questions.

    Aussi, on le voit dans nos réunions : ce sont les femmes des familles de disparus qui sont présentes. Les hommes, ce n’est pas leur affaire… Ce sont les femmes qui sont impliquées : les mamans, les sœurs, les épouses.

    Il n’y a pas longtemps, c’est mon petit frère de 20 ans qui voulait partir. J’ai vu que ça n’allait pas dans sa tête, il marchait tout le temps. J’ai alerté ma mère, je lui ai dit : ’Appelle ton fils, il faut communiquer avec lui, le comprendre. Pour l’accrocher, le faire revenir à nous’. Il devait sortir de Guinée avec une équipe. Finalement, le groupe l’a devancé, mais lui, il est resté. Tous les gens du groupe sont décédés. Tous sauf mon frère, parce qu’il est resté. C’est Dieu qui nous a aidés."

    https://www.infomigrants.net/fr/post/72104/ramatoulaye-toure-fondatrice-du-collectif-de-familles-de-disparus-en-g
    #migrations #réfugiés #disparitions #missing #mourir_aux_frontières #morts_aux_frontières #route_Atlantique

    ping @6donie

  • 13 millions de victimes et plus de 3 000 morts en 2025 : l’Afrique paie un lourd tribut aux événements climatiques extrêmes

    L’agence onusienne, qui fait autorité pour les questions relatives à l’atmosphère terrestre, au climat et à l’eau, recommande aux pays africains de renforcer leurs systèmes d’alerte précoce, et d’investir davantage dans l’adaptation au changement climatique et la préparation aux catastrophes.

    Les #phénomènes_extrêmes liés au #climat ont sinistré au moins 13 millions de personnes et entraîné plus de 3 000 décès recensés en #Afrique en 2025, avec des répercussions sur l’ensemble des secteurs de l’économie et les moyens de subsistance des populations, selon un rapport publié le jeudi 18 juin par l’Organisation météorologique mondiale (OMM). Intitulé « State of the Climate in Africa 2025 », le rapport révèle que les #inondations et #sécheresses ont constitué les #catastrophes_météorologiques les plus importantes sur le continent durant l’année écoulée, les inondations représentant plus de la moitié de tous les événements extrêmes signalés.

    L’#Afrique_de_l’Est a été particulièrement touchée, avec plus de 8,5 millions de personnes affectées par la sécheresse, alors que des conditions de sécheresse prolongées ont aggravé l’#insécurité_alimentaire et les pénuries d’#eau dans la #Corne_de_l’Afrique et les régions voisines. En #Afrique_de_l’Ouest, le #Nigeria a connu en mai des inondations dévastatrices qui ont fait plus de 200 #morts, tandis que les inondations en #République_démocratique_du_Congo (#RDC) ont coûté la vie à plus de 160 personnes en avril, soulignant l’intensité croissante des #précipitations saisonnières extrêmes.

    Le #Sahel a enregistré des précipitations supérieures à la moyenne, prolongeant une tendance observée ces dernières années, tandis qu’une grande partie de l’Afrique de l’Est et de la Corne de l’Afrique est restée plus sèche que d’habitude. En Afrique australe, les précipitations ont été marquées par une forte #variabilité, avec des épisodes intenses qui ont provoqué des inondations. En #Afrique_de_Nord, les #vagues_de_chaleur et les sécheresses prolongées ont causé des dégâts considérables à la #production_agricole, menaçant la #sécurité_alimentaire et les #moyens_de_subsistance.

    Le rapport précise également que l’Afrique se réchauffe plus rapidement que la moyenne mondiale. La #température moyenne annuelle de l’air en surface enregistrée à l’échelle continentale s’est classée entre le troisième et le septième rang des valeurs les plus élevées jamais enregistrées en fonction des données utilisées, avec une anomalie positive de 0,51 °C par rapport à la moyenne de la période 1991-2020.

    C’est l’Afrique du Nord qui a connu la plus forte anomalie de #températures en 2025 comparativement aux autres sous-régions africaines, soit +0,76 °C par rapport à la moyenne de la période 1991-2020. À l’inverse, l’Afrique australe a enregistré l’anomalie de températures la plus faible, soit +0,21 °C par rapport à la même période de référence.

    40 % des pays africains disposent de systèmes d’alerte précoce multi-dangers

    Au-delà des inondations et des sécheresses, le rapport met en évidence des changements climatiques à long terme qui sont déjà en train de remodeler le continent.

    Les #glaciers africains ont perdu plus de 90 % de leur superficie depuis la fin du XIXe siècle. La couverture glaciaire du #mont_Kilimandjaro est passée de 11,4 km2 en 1900 à 0,98 km2 ces dernières années. La superficie des glaces du #mont_Kenya et des #montagnes du #Ruwenzori (une chaîne de montagnes d’Afrique centrale, située à la frontière entre l’#Ouganda et la RDC) a aussi diminué, passant respectivement de 1,64 km² à 0,07 km², et de 6,51 km² à seulement 0,38 km².

    D’autre part, l’élévation du niveau de la mer le long des côtes africaines entre 1999 et 2025 dépasse la moyenne mondiale (estimée à environ 3,6 mm par an) dans plusieurs régions, atteignant environ 4,2 mm par an le long de la côte atlantique, 5,2 mm par an le long de la côte de l’océan Indien, et 5,6 mm par an en mer Rouge. Parallèlement, le réchauffement et l’#acidification croissante des océans endommagent les écosystèmes marins et menacent les moyens de subsistance des communautés qui dépendent de la #pêche. La température de la mer en surface (SST) a augmenté de 0,14 °C en moyenne en Afrique par décennie depuis la fin du 19e siècle, tandis que le PH de surface de l’océan a diminué de 0,017 unité par décennie.

    Malgré la fréquence et la gravité croissantes de ces changements qui favorisent des phénomènes météorologiques extrêmes plus destructeurs et exercent une pression croissante sur des communautés déjà vulnérables, seulement 40 % des pays africains disposent de systèmes d’alerte précoce multi-dangers, privant ainsi des millions de personnes d’#alertes en temps utile qui pourraient contribuer à sauver des vies et à réduire les dégâts, surtout dans les zones rurales particulièrement affectées.

    Alors que les coûts associés aux changements climatiques dans les pays africains peuvent atteindre jusqu’à 5 % de leur produit intérieur brut (PIB) et représenter ainsi un obstacle considérable à leur développement ainsi qu’à leur capacité à réduire la #pauvreté, l’OMM les appelle eux et leurs partenaires au développement, à renforcer les #mesures_d'adaptation au changement climatique, à améliorer la préparation aux catastrophes et à accroître les #investissements dans les infrastructures d’alerte précoce, afin de protéger les communautés contre des événements climatiques de plus en plus fréquents et intenses.

    https://www.agenceecofin.com/actualites/2306-139549-13-millions-de-victimes-et-plus-de-3-000-morts-en-2025-laf
    #changement_climatique #Sud_global

    • State of the Climate in Africa 2025

      Key messages

      Extreme weather wreaks heavy economic and human cost
      – Floods are most common reported hazard
      - African glaciers – including iconic Mt #Kilimanjaro - are vanishing
      - Sea level rise along some African coasts outpaced the global average since 1999
      - Africa faces critical gap in early warning systems but is making progress

      –-

      he African continent is warming faster than the global average, and the rate of warming across the continent since 1991 is substantially higher than in any of the previous 30-year periods. The annual mean surface air temperature averaged over land areas in 2025 ranked between the third and seventh warmest on record, depending on the dataset used, according to the report.

      Extreme weather is hitting the continent hard. Floods accounted for more than half of reported events – for instance severe flooding in Nigeria in May led to over 200 deaths, and flooding in the Democratic Republic of the Congo in April led to over 160 deaths. The 2024/2025 tropical cyclone season was particularly active in the South Indian Ocean. Drought affected more than 8.5 million people in East Africa.

      https://www.youtube.com/watch?v=MMwJ4-LQz5I

      https://wmo.int/resources/publication-series/state-of-climate-africa/state-of-climate-africa-2025
      #climat #rapport

  • « Leur nombre continue d’augmenter » : au moins 929 sans-abri sont morts en 2025 | TF1 Info
    https://www.tf1info.fr/societe/leur-nombre-continue-d-augmenter-au-moins-929-sans-abri-sont-morts-en-2025-2

    Un hommage leur est rendu ce mardi dans le Vᵉ arrondissement de Paris.
    Retrouvées sur la voie publique, dans une cage d’escalier ou une cabane de chantier... Au moins 929 personnes sans domicile fixe, à qui un hommage est rendu ce mardi à Paris, sont décédées en 2025 en France, selon un décompte provisoire du collectif les Morts de la Rue(nouvelle fenêtre). Ce nombre, recueilli à partir des remontées d’une cinquantaine d’associations proches des sans-abri en métropole et en outremer et membres du collectif, est déjà supérieur à celui de 2024, qui s’était établi à 912 décès.(...)

  • Lost in Securitization: Migration, Race, and Death at Europe’s Eastern Border

    This year marks the fifth anniversary of the start of the ‘border crisis’ in Poland’s eastern borderlands and, consequently, the eastern border of the European Union. Kasia Narkowicz examines this crisis within the broader context of the political economy of migration and traces its roots to various forms of intersecting racialized violence.

    *

    It is still cold in the early morning hours when we leave our accommodations in #Gruszki, a village in eastern Poland, to search for bison. We are in the #Białowieża Forest, about ten kilometers from the border wall that Poland’s government built in 2021 at a cost of over 350 million euros. The wall was constructed to prevent people from traveling into the EU from Belarus via Europe’s last primeval forest along the border. I am here as part of an international academic seminar with colleagues and comrades who work on borders globally. No bison or migrants were spotted in the borderlands this time.

    Until recently, people crossing into Poland from Belarus would send location pins daily to #Grupa_Granica (Border Group), a conglomerate of organizations and activists supporting migrants. In the forest, they would be met by activists who would provide them with hot soup, a change of clothes, a power bank, and a shared sense of despair over the ever-growing securitization of the border.

    The forest seems deserted right now, which may be because it’s still too cold. People who are on the move often get stuck here, sometimes for months. In the winter, the temperatures plummet to double-digits below zero making conditions for survival challenging. This is worsened by the frequency and scale of pushbacks taking place at the borders and the fact that a year ago Poland’s government suspended the right for asylum.

    It is more likely, however, that the absence of people on the move today is a consequence of the deadly border wall. They have most likely rerouted their journeys. Once a much safer route into Europe than crossing the Mediterranean by boat, the Belarus-Poland border has become a poster child for border imperialism.

    According to Researchers on the Border, most people on the move could have been assisted into Poland through asylum integration with the money spent on building the border wall. Instead, the number of pushbacks is much higher than anticipated. Many people are literally thrown back and forth between Poland and Belarus as if they were beach balls.

    The 5.5-meter-high steel wall is topped with concertina wire, which is responsible for the most common injuries to people on the move. The borderland is made up of difficult terrain with swamps, rivers, and fallen-down trees. One wrong step, and someone unfamiliar with the area could get stuck in a swamp.

    Some people die in this way, with their bodies being pulled out of swamps and rivers months or years later. They are often unrecognizable and sometimes unidentifiable. Of the more than 100 documented migrants who have died en route in the forest while attempting to reach Poland, some died from injuries caused directly by the border wall. One of them was Mohammad from Syria.
    April 2023, Poland-Belarus border

    One night in April 2023, Mohammad fell from a wall along the border between Poland and Belarus, which stands five and a half meters tall. He had traveled from Lebanon, where he had been displaced by the Syrian war. Mohammad was a 58-year-old Syrian from Daraa, a key location for the civil uprising that preceded the war, as well as an area devastated by drought.

    He most likely flew to Minsk and was then subjected to what is consistently referred to as the ‘hybrid war’ waged by Alexander Lukashenko’s regime against Europe. Mohammed climbed up the wall while attempting to cross the border between Poland and Belarus, but he got stuck in the barbed wire. He then fell off very close to the village of Stare Masiewo. He had internal injuries from the fall, a broken leg, and a shredded leg from the concertina.

    His case is not extraordinary. Like many millions before him, he left his region in search of a more bearable life and perhaps to reunite with his daughter, who was studying abroad. They reunited when she came to the hospital in Poland where he was already in a coma, dying shortly after. He became the 43rd victim of the border, joining the sad ranks of over 100 known migrants who have died trying to cross into Poland. Several hundred more are still missing.

    Few migrants die like Mohammed, in a hospital while receiving care. Most die alone in the forest. This was the case for 28-year-old Ethiopian woman Mahlet Kassa, whose body was found by Piotr Czaban, a journalist who relentlessly documents the violence on the Poland-Belarus border. Mahlet’s body was found in the forest in February 2023. While she was still alive, her travel companions shared her exact GPS location with the border guards in hopes that they would come to her aid. Instead of receiving help, the group got pushed back into Belarus.

    Many, like Mahlet, are young people. There are also children crossing the border, several hundred every year, most of them unaccompanied. The youngest victim of the Poland-Belarus border was Halikari Dhaker, a 24-week-old Kurdish baby who died stillborn alongside his mother. Halikari is buried in the Muslim cemetery in the nearby village of Bohoniki.

    Mikołaj Grynberg’s book titled “Jezus umarł w Polsce” (“Jesus died in Poland”) captures the early days of the most recent and, for Poland, unprecedented inflow of migrants traveling from outside Europe seeking entry into the EU through the Poland-Belarus border. Similar to Agnieszka Holland’s black-and-white film “Green Border,” Grynberg reads the current ‘migrant crisis’ on the eastern border through the lens of history.

    More specifically, he references the anti-Semitic violence that occurred in these very borderlands some eight decades earlier, when Jewish communities made up the majority of the inhabitants in several villages. Grynberg and Holland, alongside numerous scholars, connect the violence of today’s migration politics on the Poland-Belarus border to its dark history.
    Shifting migration routes in Central and Eastern Europe

    Over the past two decades, Central and Eastern Europe has become a region of emigration, with its citizens predominantly filling low-paying and insecure positions across Western Europe, e.g. as care workers in Germany or fruit pickers in the UK. These mobile workers kept Europe running, even during the global pandemic when their work posed additional risks alongside already fragile working conditions.

    Many work in exploitative conditions that, as scholar Polina Manolova argues, make a “dignified life impossible” in a neoliberal system that feeds on their degradation. This deepens the East-West divide rather than collapsing it, as the entrenched idea persists that “someone has to pick German strawberries” – and that someone is Eastern European. This lays bare the continuity of Eastern European Othering.

    Alongside these outward migration processes, Central and Eastern Europe is now receiving migrants from outside Europe on an unprecedented scale. Thus, the region is becoming one of both emigration and immigration, and in both contexts, migration is racialized. This shift has unfolded amid a growing nod towards authoritarian populist politics. After losing the 2023 elections, the far-right Law and Justice Party (PiS), which ran on an anti-immigrant agenda, was replaced by a new center-right government led by Donald Tusk. This new government has ramped up racist anti-immigrant rhetoric, openly warning of a ‘Muslim invasion’ through the Belarus border.

    From 2021 until recently, the EU’s eastern land border experienced unprecedented movement, with an increase in irregular border crossings exceeding tenfold compared to 2020. This is the same border that people fleeing Russia’s full-scale invasion of Ukraine used. Yet, their refugee status was not questioned, and their journeys were not criminalized when they were perceived as ‘white Eastern Europeans.’

    The idea that Central and Eastern Europe is somehow exempt from scrutiny regarding its role in global racial regimes because it never colonized other regions has long been challenged. The region’s involvement in colonialism and global racial hierarchies has been a key topic in postcolonial and decolonial Eastern European scholarship.

    This year marks the fifth anniversary of the beginning of the ‘border crisis’ in Poland’s eastern borderlands, and, by extension, the eastern border of the European Union. Although people have stopped crossing the Poland-Belarus border for now, the border wall and drones continue to hover loudly through the Białowieża Forest.

    This is indeed a crisis, but not one of people on the move. Rather, it is a crisis of overlapping and intersecting issues – white supremacy, border imperialism, and climate change – that entangle all species, human and nonhuman alike, in a web that makes it difficult to understand how to be human.

    https://berlinergazette.de/lost-in-securitization-migration-race-and-death-at-europes-eastern-b
    #migrations #réfugiés #frontières #border_deaths #mourir_aux_frontières #morts_aux_frontières #forêts #Pologne #Biélorussie #solidarité #push-backs #refoulements #violence #murs #barrière_frontalière #borderland #guerre_hybride #Europe_de_l'Est #Bialowieza

    ping @reka

    • Jezus umarł w Polsce

      Tu była cisza spokój, ptaszki śpiewały, aż któregoś dnia zamiast ptaszków usłyszeliśmy dźwięki helikopterów. Potem zaczęło się znajdować buty i ubrania. Potem ludzi.

      Nikt z bohaterek i bohaterów tej książki nie wiedział, co ich czeka, kiedy pierwszy raz zdecydowali się pomóc uchodźcom. Nie wiedzieli, że będą musieli ukrywać się, nie tylko przed służbami państwa, ale również przed swoimi sąsiadami. Że pomaganie nada ich życiu największy sens, ale też odbierze spokój, życie rodzinne, czasami pracę, wypali w nich nieusuwalne emocjonalne piętno. Tymczasem państwo polskie wciąż nie umie zapobiec kryzysowi humanitarnemu na granicy białoruskiej, bo wybiera rozwiązania siłowe zamiast sięgać po systemowe. Konsekwencją tego są dziesiątki ofiar, o których już dzisiaj wiemy i setki, o których dowiemy się w przyszłości.

      Ludzie, których głosy wybrzmiewają w tej książce, wzięli odpowiedzialność za tę sferę, która została porzucona przez państwo. Dzisiaj są obiektami prześladowań, kiedyś będą kolejnym w historii Polski listkiem figowym. Wyznawcy boga, honoru i ojczyzny ich właśnie będą niedługo nosić na sztandarach. By zapomnieć o hańbie polskich służb, im właśnie będą budować pomniki, ale znowu będzie za późno.

      https://wydawnictwoagora.pl/jezus-umarl-w-polsce

      #livre

  • People dead and missing along migration routes to Europe from 2014 to 2024

    The map shows the locations (latitude and longitude) where 2880 incidents caused the death and disappearance of 36693 people from January 2014 to December 2024.
    The size of the circle indicates how many people died and are missing in each incident. By clicking on the icons you can see the date of the incident, the exact number of people involved and cause of death.
    The four different colours identify the four main migration routes to Europe:

    - Western African Atlantic Route (red);
    - Western Mediterranean Route (green)
    - Central Mediterranean Route (orange);
    - Eastern Mediterranean Route (blue).

    https://medium.com/peopleonthemove/people-dead-and-missing-along-migration-routes-to-europe-from-2014-to-2024-d
    #visualisation #cartographie #cartes #frontières #migrations #morts_aux_frontières #border_deaths #Silvia_Costantini #infographie
    ping @reka @fil

  • « Je ne peux pas payer » : après le décès de son fils, l’hôpital de Bordeaux lui réclame 3 800 euros
    https://france3-regions.franceinfo.fr/bourgogne-franche-comte/doubs/je-ne-peux-pas-payer-apres-le-deces-de-son-fils-l-hopital

    https://france3-regions.franceinfo.fr/image/k73k3723h5HhAw_yBHPsZ3LuTB8/930x620/regions/2026/03/31/69cbe8075ad28020660619.jpg
    Le #CHU de Bordeaux en Gironde • © THIBAUD MORITZ / AFP

    En septembre 2025, après des mois sans nouvelles, un ami le contacte : une connaissance lui aurait appris la mort d’Ange. Laurent Simon contacte l’état civil de Belfort, qui lui dément d’abord l’information, avant de le rappeler pour lui indiquer que son fils est bien décédé à Bouliac, près de Bordeaux.

    "Dès que j’ai appris son décès, j’ai fait le nécessaire auprès des pompes funèbres, je l’ai fait incinérer là-bas et je suis descendu chercher l’urne", raconte Laurent Simon. Avant ses recherches, Ange aura passé 4 mois à la morgue de l’#hôpital.

    Apparemment, ça n’était pas à l’hôpital de faire les démarches [pour retrouver des proches], alors qui n’a pas fait son boulot, je ne sais pas, mais quatre mois ? Si je n’avais pas fait les démarches, il y serait peut-être encore ?
    Laurent Simon

    Quinze jours après l’annonce du décès, il reçoit une facture du CHU : « presque 4 000 euros ». Une fortune pour ce senior sans emploi, pas tout à fait assez âgé pour la retraite. Pour les frais funéraires de son fils, il a déjà déboursé 3 000 euros, toutes ses économies. "La facture, je ne peux pas la payer", constate le père endeuillé, "je peux mettre 15, peut-être 20 euros par mois". À ce rythme-là, il lui faudra 14 ans pour rembourser cette dette.

    Une cagnotte pour soutenir le père endeuillé

    Après une première médiatisation de l’affaire, une cagnotte a été ouverte par un syndicat du CHU de Bordeaux : "C’est une situation abjecte, donc on tenait à faire une action de solidarité pour faire quelque chose à notre échelle", explique Franck Ollivier, co-secrétaire SUD Santé au CHU de Bordeaux. "L’hôpital n’a pas d’obligation légale à prévenir la famille, mais pour nous, il a tout de même une obligation morale".

    Il ne faut pas exagérer, il pouvait tout à fait le prévenir : moi, en une demi-heure, j’ai pu trouver les coordonnées du papa sur internet.
    Franck Ollivier, co-secrétaire SUD Santé au CHU de Bordeaux, brancardier de profession

    Le co-secrétaire SUD Santé estime que cette cagnotte "fait partie de nos missions en tant que service public hospitalier", même s’il ne s’agit pas d’une mission "syndicale traditionnelle". "On va creuser, on va demander des explications au CHU et tout faire pour que ce genre de situation ne se reproduise pas", affirme l’élu. "Cela nous touche énormément, et renvoie une très mauvaise image de notre établissement".

    #morts_de_la_rue #racket

  • Migreurop : Notre histoire

    Le réseau Migreurop trouve son origine au début des années 2000 dans un contexte marqué par le durcissement des politiques migratoires européennes. La frontière franco-britannique en constitue l’un des points de départ emblématiques avec le camp de Sangatte, symbole d’une Europe qui organise l’exclusion des personnes étrangères à grande échelle. C’est dans ce contexte que, lors du Forum social européen de Florence 2002, un séminaire consacré à « l’Europe des camps » réunit militant·e·s et chercheur·se·s désireux de partager analyses et expériences. De cette rencontre naît informellement le réseau Migreurop, officiellement constitué en association en 2005.


    Aujourd’hui, il rassemble une centaine d’associations, des militant·e·s et des chercheur·se·s issus de 18 pays d’Europe, d’Afrique subsaharienne, du Maghreb et du Proche-Orient, avec pour objectif de décrypter, documenter et dénoncer les conséquences des politiques migratoires européennes sur les droits des personnes exilées. Depuis 20 ans, le réseau a permis de tisser des liens entre les sociétés civiles des différents pays situés le long des routes migratoires, luttant ensemble contre les politiques européennes mortifères, pour le respect des droits et la #liberté_de_circulation pour tous et toutes.

    20 ans de lutte contre les politiques migratoires assassines

    En 2025, le réseau Migreurop a fêté ses 20 ans d’existence. A cette occasion, un film documentaire*, réalisé par Romain Kosellek, a été produit retraçant l’histoire de Migreurop.

    https://player.vimeo.com/video/1162221765?h=34e157e0f7
    https://migreurop.org/article3547.html
    #Migreurop #vidéo #histoire #Sangatte #enfermement #camp #encampement #Gisti #ARCI #MRAX #migrations #réfugiés #frontières #recherche #enfermement #politiques_migratoires #rétention #détention_administrative #carte_des_camps #cartographie #externalisation #morts_aux_frontières #mourir_aux_frontières #no_camps #AMDH #Maroc #association_malienne_des_expulsés (#AME) #altermondialisme #2005 #société_civile #antiracisme #droits_des_étrangers #européisation_des_politiques_migratoires #Europe_du_rejet #directive_retour #atlas #Frontex #droit_d'asile #frontexit #boats_for_people #watch_the_med #Alarmphone #libre_circulation_des_personnes #boat_4_people #open_access_now #hotspots #moving_beyond_borders #racisme #genre

  • Ciclone Harry: forse 1.000 le persone disperse in mare
    https://www.meltingpot.org/2026/02/ciclone-harry-forse-1-000-le-persone-disperse-in-mare

    «Si stanno delineando i contorni della più grande strage degli ultimi anni lungo le rotte del Mediterraneo centrale e i governi di Italia e Malta tacciono e non muovono un dito». Così denuncia Laura Marmorale, presidente di Mediterranea Saving Humans, rilanciando le nuove testimonianze e i dati raccolti negli ultimi giorni da Refugees in Libya e Tunisia. Nessuna di queste imbarcazioni era stata localizzata e non era stato confermato alcun soccorso. Le partenze sono avvenute durante condizioni marittime estreme, con onde superiori a sette metri e raffiche oltre 54 nodi causate dal ciclone Harry: le imbarcazioni non sono semplicemente (...)

  • La strage invisibile della popolazione homeless in Italia. E l’approccio che può fare la differenza

    I dati del monitoraggio dell’Osservatorio della Federazione italiana organismi per le persone senza dimora (fio.PSD) confermano il trend degli ultimi anni: nel 2025 in Italia più di 400 persone senza dimora sono morte in strada. “Per contrastare questo fenomeno strutturale è necessario potenziare i servizi di bassa soglia e puntare con decisione sull’#Housing_first”, sottolinea Caterina Cortese, ricercatrice di fio.PSD.

    (#paywall)

    https://altreconomia.it/la-strage-invisibile-della-popolazione-homeless-in-italia-e-lapproccio-
    #Italie #SDF #sans-abrisme #décès #morts #sans-abri #chiffres #statistiques

  • Qui a tué #Blessing_Matthew ? Une contre-enquête citoyenne

    Comment des habitants d’une région frontalière réagissent-ils à la mort d’une jeune migrante dans leur rivière ? Le destin tragique de Blessing Matthew, une jeune Nigériane qui tentait de traverser les Alpes, reste un traumatisme pour certains locaux, qui mènent une contre-enquête depuis sept ans.

    On ne connaît pas grand-chose de l’histoire de Blessing Matthew.

    De toutes celles et ceux que vous allez rencontrer dans ce reportage, personne de l’a connue. Personne n’a entendu le son de sa voix. On ne sait même pas vraiment son âge, peut-être 21 ans.

    Mais on sait que Blessing Matthew est morte, le 7 mai 2018, noyée dans la Durance, alors qu’elle tentait de passer à pied la frontière entre l’Italie et la France.

    On sait aussi, que c’est le Nigéria qu’elle avait fui. Qu’elle a pris un bateau d’abord comme tant d’autres, et risqué sa vie, déjà à ce moment-là. Et puis qu’elle a tenté la route de la montagne.

    Son corps a été retrouvé à un barrage, tout près du village de la Vachette. C’est à 3 km de Briançon, dans les Hautes-Alpes.

    Ce qu’on sait aussi c’est qu’elle courait : elle était prise en chasse par la gendarmerie mobile, et elle est tombée dans la Durance. Que s’est-il vraiment passé ? Est-ce que quelqu’un a essayé de la sauver ? Les circonstances de sa mort interrogent toujours des années après.

    Il y a bien eu une enquête, et après plusieurs recours, la justice a clos le dossier en 2022 : pas de crime, ni d’imprudence caractérisée des gendarmes.

    Mais des citoyens engagés de la région, réunis dans le collectif « Tous Migrants », ne veulent pas se résoudre à cette conclusion. Avec des chercheurs de « Border Forensics », ils persistent dans leur contre-enquête, et ils continuent, sept ans après, de récolter preuves et témoignages.

    Pour eux c’est une manière de rendre son histoire à cette jeune femme, morte dans leurs montagnes. A elle et à tous ceux qui risquent encore leur vie sur les chemins des Alpes.

    Le reportage commence au cimetière de Prelles, à 7 km de Briançon, sur la tombe de Blessing.

    https://www.radiofrance.fr/franceinter/podcasts/interception/interception-du-dimanche-11-janvier-2026-3709838
    #podcast #audio #mourir_aux_frontières #frontière_sud-alpine #migrations #frontières #Hautes-Alpes #Briançonnais #vérité #contre-enquête #Tous_Migrants #morts_aux_frontières #Durance #Agnès_Antoine #Michel_Rousseau

  • ‘Ndrangheta, mani delle cosche sulla sepoltura dei migranti: “Otto te li fai tu e 8 me li faccio io”. Poi li inumavano senza cassa di legno
    (ça date de 2019)

    Le imprese funerarie controllate dalle ’ndrine facevano cartello per spartirsi le commesse pubbliche. E l’ex consigliere regionale del Pd Giamborino e l’ex candidato dem alle politiche del 2018 Incarnato si muovono per fare affidare le gestione di un centro di accoglienza straordinaria a un imprenditore amico. Emerge anche questo dalle carte dell’inchiesta “Rinascita Scott” della procura di Catanzaro che il 19 dicembre ha portato all’arresto di 330 persone

    Le cosche avevano allungato i tentacoli sulla sepoltura dei migranti morti in mare. Le imprese funerarie controllate facevano cartello per spartirsi le commesse pubbliche e li seppellivano senza cassa per risparmiare sui costi. Emerge anche questo dalle carte dell’inchiesta “Rinascita Scott” della procura di Catanzaro che il 19 dicembre ha portato all’arresto di 330 persone.

    Le ‘ndrine con le mani nel settore delle sepolture avevano “fondato un vero e proprio business sui naufraghi morti“, annotano gli inquirenti. Un business in cui Orazio Lo Bianco la fa da padrone. E’ un pezzo grosso, tanto che quando a inizio 2017 il comune di Vibo Valentia indice una gara per seppellire le salme di 16 migranti, Lo Bianco sfrutta la forza di intimidazione derivante dalla propria appartenenza alla ‘ndrina locale e impedisce a un imprenditore funerario di Pizzo di partecipare alla gara e poi fa cartello, concorda cioè le offerte da presentare, con i colleghi intenzionati a partecipare: “A quello del Pizzo lo scacciato e gli ho detto tu vattene al Pizzo – dice intercettato Lo Bianco – Che qui i morti li facciamo noi! Gli ho detto io a Ceraso tu vuoi entrare? Si! Baldo tu vuoi entrare? Si!”. Il metodo è semplice: “Allora facciamo una cosa facciamo il prezzo uguale per tutti! Andiamo sopra e mettiamo tutti due mila euro!”. E poi partiva la spartizione: “Sedici morti! – spiega – Sedici morti erano! Otto te li fai tu ed otto me li faccio io!“.

    Il sistema è oliato e ne fanno parte elementi di spicco della criminalità locale. Rosario Pugliese, considerato dai pm ‘ndranghetista di alto rango, è suo socio occulto nella sua impresa individuale Le Stelle 1. Che faceva il bello e il cattivo tempo nei camposanti locali al punto da arrivare a seppellire nel cimitero di Bivona i cadaveri di due naufraghi sbarcati a Vibo Marina solo nell’involucro di zinco senza le casse di legno con l’aiuto di tre sodali: gli operai Francesco Paternò e Michele Lo Bianco eseguivano le operazioni di seppellimento e si adoperavano per impedire le operazioni di accertamento del mancato rispetto della commessa; e il custode del cimitero Antonio Fuoco chiudeva tutti e due gli occhi, “omettendo il controllo alle operazioni”. Il che però non impediva al cattivo odore di uscire dai loculi e di allarmare i residenti della zona, dalla cui segnalazione sono partite le indagini. Durante la riesumazione dei corpi era poi venuta fuori un’altra verità inquietante: almeno due cadaveri non erano stati inumati nei loculi assegnati.

    Il business è ampio e Lo Bianco ne gestisce una buona fetta. Titolare di una impresa individuale di edilizia artigiana, con la complicità di uno dei capi dei custodi dei cimiteri di Vibo Valentia “gestiva le cappelle e i loculi, organizzando un vero e proprio ‘mercato’ delle stesse” e tramite la sua ditta permetteva a diversi indagati di “ristrutturare le cappelle e i loculi di defunti di cui non ci sono più familiari superstiti, seppellendo nelle fosse comuni i resti delle ossa e rivendendole al prezzo di 50.000-60.000 euro“.

    I migranti però sono un business anche, e soprattutto, da vivi. E secondo gli inquirenti possono servire anche ad accrescere la credibilità di un politico in ambienti criminali. Pietro Giamborino, ex consigliere regionale del Pd, fiuta la possibilità e prova a sfruttarla. “Si metteva a disposizione con tutti i criminali”, ha raccontato il collaboratore di giustizia Andrea Mantella. Per gli inquirenti è legato al “sodalizio di Piscopio” di Vibo Valentia: “In qualità di partecipe – annota il gip – contribuiva concretamente alla realizzazione degli scopi dell’associazione”. Ma non solo: secondo i pm manteneva i contatti con i vertici “ottenendo a proprio vantaggio il voto elettorale procacciatogli da altri associati”. In cambio offriva o prometteva il “conseguimento di impieghi pubblici e privati”, manteneva i rapporti con le altre cosche e con i “colletti bianchi“, ovvero “professionisti, imprenditori, politici, appartenenti alla massoneria”. Si muoveva, cioè, in quella zona grigia in cui il mondo della politica e quello delle cosche si toccano e si mescolano. Accade quando un imprenditore di Catania si rivolge a lui per vedersi aggiustato un procedimento al Tar, e accade anche quando c’è da oliare un meccanismo utile a lucrare sui richiedenti asilo.

    Siamo agli inizi del 2018. Pino Cuomo, titolare della Gemes Srl e della P&P Group Srl, ha in mente di creare un centro di accoglienza straordinaria per richiedenti asilo nel comune di Paola attraverso un progetto di recupero dell’hotel Alahambra. Così chiede a Giamborino di attivarsi per”influenzare illecitamente” la procedura amministrativa in cambio di “somme di denaro non meglio quantificate”. L’ex consigliere si rivolge a Luigi Incarnato, che in quel periodo è candidato con il Pd alle elezioni politiche del 4 marzo. Incarnato, oggi segretario del Psi calabrese, si mette a disposizione in cambio di voti e il 28 febbraio porta i due dal sindaco della cittadina del cosentino, Roberto Perrotta. La mediazione è riuscita, l’incontro è avvenuto, la richiesta dell’imprenditore viene protocollata, però giorni dopo i soldi non si vedono. Così Giamborino batte cassa: “Mi stai preparando i gelati?”, domanda il politico all’imprenditore il 3 marzo, giorno prima delle elezioni. Una macchinazione che, per i pm, consente all’esponente del Pd di aumentare ” l’autorevolezza ed il prestigio” del sodalizio ‘ndranghetistico di Piscopio “specie nei rapporti con le consorterie rivali, anche per l’aspettativa di favoritismi da parte della pubblica amministrazione”. Il che vale a Giamborino, finito ai domiciliari, la contestazione dell’aggravante mafiosa.

    https://www.ilfattoquotidiano.it/2019/12/21/ndrangheta-mani-delle-cosche-sulla-sepoltura-dei-migranti-otto-te-li-fai-tu-e-8-me-li-faccio-io-poi-li-inumavano-senza-cassa-di-legno/5628898
    #ndrangheta #mafia #sépolture #migrations #mourir_aux_frontières #morts_aux_frontières #cimetière #pompes_funèbres #Rinascita_Scott #business #Orazio_Lo_Bianco #Calabre #Vibo_Valentia #inhumation #monopole #prix #Rosario_Pugliese #Le_Stelle_1 #Bivona #Francesco_Paternò #Michele_Lo_Bianco #Antonio_Fuoco #sodalizio_di_Piscopio #Vibo_Valentia #accueil #Gemes #P&P_Group #hotel_Alahambra #Paola #hébergement #logement #Pino_Cuomo #Luigi_Incarnato #Roberto_Perrotta

  • Migration vers l’Europe : en #Guinée, la quête des #familles pour retrouver leurs #disparus

    En #Guinée-Conakry, de nombreux parents n’ont plus de nouvelles de leur enfant, parti tenter la migration vers l’Europe. Abdoul Aziz Baldé et Abdoulaye Diallo font partie de ces #pères de familles sans certitude sur la mort de leurs fils. Ils n’ont plus de nouvelles mais pas de corps non plus. Une ONG locale, l’#OGLMI, s’est donné pour mission d’aider les milliers de familles guinéennes concernées par ces deuils impossibles. Reportage.

    https://www.infomigrants.net/fr/post/68849/migration-vers-leurope--en-guinee-la-quete-des-familles-pour-retrouver
    #migrations #réfugiés #celleux_qui_restent #décès #mourir_aux_frontières #morts_aux_frontières #ambiguous_loss #deuil #deuil_impossible
    ping @6donie

  • #Mort_au_travail #Le_travail_tue

    Explosion dans une usine près de Lyon : l’un des quatre blessés est mort
    https://www.lemonde.fr/societe/article/2025/12/23/explosion-dans-une-usine-pres-de-lyon-le-pronostic-vital-de-l-un-des-quatre-

    Une des quatre personnes blessées lundi dans l’explosion dans l’usine chimique Elkem Silicones à Saint-Fons, près de Lyon, est morte, mardi 23 décembre. La victime, un homme âge de 47 ans dont le pronostic vital était engagé, « est décédée des suites de ses brûlures », a rapporté la préfecture à l’Agence France-Presse (AFP), confirmant une information de RTL.

    Les blessés et la personne qui est morte travaillaient dans l’atelier pilote du site, classé Seveso seuil haut, au moment de l’explosion, avait précisé à l’AFP, plus tôt dans la journée, Guillaume Artois, chargé de la communication. « Le pronostic vital est engagé pour une personne », avait-il également affirmé, sans plus de précisions.

    Le parquet de Lyon a rapporté avoir ouvert une enquête pour « blessures involontaires par personne morale suivies d’incapacité supérieure à trois mois ». La division de la criminalité organisée spécialisée (DCOS, ex-PJ), et la direction départementale de l’emploi, du travail et des solidarités (DDETS) ont été saisies pour déterminer les causes et circonstances de l’explosion, selon le parquet. La déflagration a pu être causée par l’émanation d’hydrogène « dans un atelier expérimental », avait déclaré, lundi, Jean-Pierre Lerat, le directeur du l’usine.

  • Graves

    Illegalized travelers from Asia and Africa, fleeing toward destinations in Europe, hide on train roofs, in theundercarriages of buses and trucks, or inside containers and refrigerated cargo holds in order to avoid bordercontrols, police patrols, fences, and other material or symbolic barriers—as well as the deportation anddetention. They seek passage through karst terrain and minefields, or through weaponized landscapes, forests,mountains, and numerous rivers. Some are lost while they look, wait and hope for their chance to finally crossanother border. Their premature, violent deaths are the result of contemporary bordering, racialized exclusionand persecution.Many of those that die at the borders are never found (disappearaed). If death is reported to authorities or bodies are found,a series of different procedures are carried out, after which the deceased are either repatriated or, asstipulated by law, laid to rest in graves in local cemeteries within the municipalities where they are found.These graves are among the few local material traces of the lives, escapes, and deaths of people who opposedand confronted the borders that were closed for them.

    Graves of those who died along borders and because of borders are, if we speak about Croatia and neighbouring countries, scattered along roads, places of persecution, and those very borders. Often invisible, located at the margins of cemeteries, marked in various ways, with different materials or not at all, solitary or clustered together, often anonymous, these burial sites are markers of lives cut short, violent borders, and posthumous marginalization. Maintained, with permanent tombstones or simply modestly decoratedwith flowers or other tokens of care, these graves can also be places of coming together, thoughtfulness, andmourning.

    Documenting and mapping those graves belong to a broader effort of tracing border deaths, a work done mainly through a transnational network of activists, scholars and others who work with and around those material traces, as a way of defying the persistenterasure of migrants’ lives, and demonstrating the brutalities of the contemporary European border regime.Mapping the graves is not just a documentary method that could eventually help families, community members,local communities, activists, and researchers, while the practice also supports acts of commemoration andpursuits of justice. Spatial representation of death enhances our perception of geographies of violence, death causes, losses,and traces, while the accompanying categorizations, where “unknown” is prevalent or among the most frequentdesignations, point not only to the features of these traces, but also to their opacity.

    https://e-erim.ief.hr/pojam/p-grobovi-p?locale=en

    Map of Grave Locations

    https://e-erim.ief.hr/pojam/p-karta-lokacija-grobova-p?locale=en

    Map of Causes of Death


    https://e-erim.ief.hr/pojam/p-karta-uzoraka-smrti-p?locale=en

    Map of Grave Inscriptions


    https://e-erim.ief.hr/pojam/p-karta-imena-na-grobovima-p?locale=en

    Map of Grave Markers


    https://e-erim.ief.hr/pojam/p-oznake-na-grobovima-p?locale=en

    Map of Grave Markers Materials


    https://e-erim.ief.hr/pojam/p-karta-materijala-nadgrobnih-obiljezja-p?locale=en

    Cartographic Assemblage: The River and Borders


    https://e-erim.ief.hr/pojam/p-kolaz-rijeka-i-granice-p?locale=en

    #tombes #Balkans #mourir_aux_frontières #morts_aux_frontières #cartographie #visualisation #cimetières #route_des_balkans

    ping @reka @6donie

  • La mia #Arca, 300 parole di pace : l’installazione di #Ivan_Tresoldi per Emergency

    Il 14 dicembre l’inaugurazione nella sede della Ong fondata da Gino Strada. Poesia e resti di un barcone naufragato: «Questi legni intrisi delle speranze di chi li ha stretti»

    Trecento parole di resistenza, di futuro, di pace e di cura. Che galleggiano nel mare della speranza — della rabbia — che ci attraversa. La prima a essere tracciata davanti alle telecamere del «Corriere», che ha seguito i lavori in una fredda mattina di dicembre, è «poesia». L’artista e poeta di strada Ivan Tresoldi — in arte ivan — ha dato vita all’opera di poesia e arte pubblica L’Arca , realizzata all’interno del giardino di Casa Emergency, ex scuola che dal 2017 è la sede milanese della Ong, dietro piazza Sant’Eustorgio.

    L’installazione di #street_art, che sarà inaugurata dopodomani, resterà permanente nel giardino aperto ai cittadini. Si tratta di un’opera partecipata, che mette al centro desideri e paure del nostro presente, a partire dalle parole di Gino Strada, fondatore di Emergency scomparso nel 2021, a cui s’ispira: «Non è mai troppo tardi per andare nella direzione giusta». Una spinta a non rimanere spettatori di fronte a una «rotta» che ci è stata imposta dall’alto; a far sentire la propria voce.

    «L’Arca è un’opera che ci contiene tutti — spiega l’artista al “Corriere” —, è una materia d’invisibile, uno spazio e un luogo determinato dalle parole di tutta Emergency, che a volte hanno bisogno di rendersi laicamente sacre. L’idea è quella di creare un’opera di muralismo, o di neomuralismo, e di poesia di strada». L’Arca è un «quadrittico ligneo formato da trecento listelli, come a richiamare un galeone», realizzato anche con il legno che ivan ha recuperato in Calabria: sono i resti del caicco partito dalla Turchia e naufragato a Steccato di Cutro (Crotone) la notte tra 25 e 26 febbraio 2023, nella strage in cui persero la vita 94 persone (si stimano 11 dispersi).

    Un recupero possibile anche grazie all’aiuto di Vincenzo Luciano, fa sapere l’artista, pescatore tra i primi soccorritori del naufragio (che domenica sarà presente all’inaugurazione). «Non si può lavorare sul tema della migrazione e non rendere sacro qualcosa di laico senza la materia di questa sacralità. Per questo abbiamo chiesto a Vincenzo di donarci alcuni pezzi di quel poco che è rimasto di quella mattina di febbraio sulla spiaggia, e li abbiamo introdotti nell’opera. Perché rappresentano l’esperienza di quelle persone che su questi legni hanno stretto le loro mani, le loro speranze, li hanno intrisi di un futuro migliore possibile». E, aggiunge, «noi dimentichiamo quanto le storie delle migrazioni, delle tragedie, siano storie che appartengono profondamente alle nostre radici e ai popoli tutti».

    Giubbotti salvagenti, resti di gommoni, coperte isotermiche (Ai Weiwei), vestiti dismessi (Corrado Levi), gli scafi abbandonati a Lampedusa (Massimo Sansavini), o un vecchio peschereccio affondato nelle coste libiche (Christoph Büchel): sono alcuni dei materiali provenienti dalla rotta migratoria del Mediterraneo che numerosi artisti hanno modellato per dare forma alla disperazione silenziosa di chi muore in mare. Perché quelle voci spezzate potessero arrivare a tutti. «Da qualche tempo stiamo ragionando su fare progetti di arte pubblica — spiega Simonetta Gola, direttrice della comunicazione di Emergency — perché l’arte possa essere anche uno strumento per sensibilizzare ai nostri temi, che crei un dialogo. Nel suo lavoro, ivan unisce la parte figurativa con la parola, per questo gli abbiamo chiesto di lavorare su una frase di Gino Strada. E poi abbiamo chiesto a persone di Emergency di identificare delle parole chiave che rappresentassero quello che vogliamo fare, di cui c’è bisogno».

    Parole che prendono la forma di una preghiera civile, di un poema che rifiuta la guerra: «Ogni listello, tagliato a mano, rappresenta anche la pratica del passarsi e starsi accanto — prosegue ivan — in un lavoro che è un corpo coeso. Ogni parola lavora accanto all’altra perché di base c’è l’idea che l’unione del tutto sia molto più della somma dei suoi elementi. E le parole di Gino Strada saranno accanto a quelle di tutti e di tutte. Non c’è un livello di scrittura predominante: ci confrontiamo sullo stesso livello».

    L’opera rientra nella campagna di Emergency — che oggi si trova in dieci Paesi del mondo con progetti di lungo periodo, e ora è presente in tre luoghi di conflitto: Gaza, Ucraina, Sudan — intitolata R1pud1a. «È dedicata all’Articolo 11 della Costituzione (“L’Italia ripudia la guerra come strumento di offesa alla libertà degli altri popoli e come mezzo di risoluzione delle controversie internazionali”, ndr) — conclude Gola —, che è nato dall’esperienza diretta di chi la guerra l’aveva fatta e che ha trovato una sola parola per descriverne il rifiuto: “ripudia”. In questo momento storico, in cui la guerra torna a essere normalizzata, questa campagna è fondamentale. Con R1pud1a abbiamo coinvolto 700 Comuni, 1.500 scuole e 300 istituzioni culturali perché vogliamo tornare a dire che la guerra è una scelta e non è inevitabile. E L’Arca rientra nella campagna perché qui ci sono persone che si mettono insieme per chiedere un cambiamento».

    «Credo in una poesia e in un’arte che sia espressione, e a servizio, delle moltitudini e dei suoi bisogni — conclude ivan —. E che sia partigiana. Credo sia nata una nuova generazione autoriale che è popolare, che quando parla di pace si occupa di pace, che fa pratica nei luoghi sociali, negli spazi di marginalità, con le reti di ogni partigianeria. Non credo in un’arte privilegiata che si celebra da sé. Oggi, la cosa importante, è farla la pace». E porre fine al naufragio di un’umanità che fugge incessantemente dal dolore.

    L’inaugurazione domenica 14 dicembre

    Domenica 14 inaugura a Casa Emergency a Milano (via Santa Croce 19, ore 15) «L’Arca», l’opera di poesia di strada e arte pubblica di Ivan Tresoldi (Milano, 1981), che leggerà una poesia e presenterà il progetto. Con lui: Rossella Miccio, presidente di Emergency, Vincenzo Luciano, pescatore testimone della strage di Cutro e Alberto Lolli, rettore del Collegio Borromeo di Pavia. L’opera si inserisce nel 2° anno della campagna «R1pud1a» di Emergency. Dalla sua fondazione nel 1994, Emergency è intervenuta in 21 Paesi curando oltre 13 milioni di pazienti. Oggi è presente in 10 Paesi del mondo, tre dei quali con un conflitto in corso: il Sudan, l’Ucraina e la Striscia di Gaza in Palestina.

    https://www.corriere.it/cultura/25_dicembre_12/mia-arca-300-parole-pace-l-installazione-ivan-tresoldi-emergency-ab166a44-d
    #art #frontières #migrations #mémoire #border_art #poésie #résistance #installation #Cutro #naufrage #mourir_en_mer #décès #morts_aux_frontières #mourir_aux_frontières #mots #résistance #rage #l'arca

    • Dalle spiagge di Cutro ai giardini di Milano: la geografia della memoria nell’opera “L’Arca”

      C’è una geografia fisica, fatta di coste, correnti marine e distanze chilometriche, e c’è una geografia umana, fatta di rotte, speranze e confini invisibili. Queste due dimensioni si incontrano nel giardino di Casa Emergency, dove il Mediterraneo è approdato sotto forma di legno, sale e memoria.

      Domenica 14 dicembre 2025 si inaugura l’installazione “L’Arca“, un’opera di street art e poesia pubblica firmata da Ivan Tresoldi (in arte ivan). Non è un monumento statico, ma il punto di arrivo di un viaggio tragico e simbolico: il materiale utilizzato per l’opera proviene infatti dai resti del caicco naufragato a Steccato di Cutro (Calabria) nella notte tra il 25 e il 26 febbraio 2023, una tragedia costata la vita a 94 persone.

      La materia che si fa mappa

      Per chi fa geografia, la materia racconta sempre la storia del luogo da cui proviene. I listelli di legno che compongono “L’Arca” portano incisi i segni del viaggio e del naufragio. Recuperati grazie all’aiuto di Vincenzo Luciano, pescatore testimone della strage, questi frammenti di imbarcazione hanno risalito la penisola, tracciando una linea immaginaria che collega la frontiera sud d’Europa con il cuore pulsante della metropoli lombarda.

      Ivan Tresoldi, artista ma anche ex studente di sociologia e di geografia, ha trasformato questi “legni intrisi delle speranze di chi li ha stretti” in un quadrittico ligneo composto da 300 listelli. Ognuno di essi ospita una parola: termini di resistenza, di futuro, di pace e di cura. È una mappatura emotiva che cerca di dare una direzione, una “rotta” etica, come suggeriva Gino Strada, fondatore di Emergency.

      Ridefinire i luoghi: da relitto a riparo

      L’installazione si inserisce nella campagna R1pud1a, legata all’Articolo 11 della Costituzione italiana (“L’Italia ripudia la guerra”). In un contesto globale segnato da conflitti (Gaza, Ucraina, Sudan), l’opera trasforma il concetto di “relitto”. Se sulle coste calabresi quel legno rappresentava il fallimento dell’accoglienza e la tragedia del confine, a Milano diventa un’arca, un rifugio semantico che accoglie le parole di tutti.

      “L’Arca è un’opera che ci contiene tutti,” spiega l’artista. È una “materia d’invisibile” che diventa spazio pubblico. L’arte qui svolge una funzione prettamente geografica: rende visibile ciò che spesso è relegato ai margini delle carte nautiche e dei telegiornali, portando la frontiera nel centro della città.

      Dove vederla

      L’opera sarà visibile permanentemente nel giardino della sede milanese della Ong, in via Santa Croce 19 (zona Darsena/Sant’Eustorgio). Un luogo che ora, grazie a quei legni venuti dal mare, diventa un nuovo punto cardinale per chi cerca di orientarsi tra le complesse rotte dei diritti umani.

      https://www.ageiweb.it/geografi-e-geografe-nei-media/dalle-spiagge-di-cutro-ai-giardini-di-milano-la-geografia-della-memoria-nell

  • The Everywhere Border. Digital Migration Control Infrastructure in the Americas

    The US is building a digital border infrastructure in neighbouring countries that expands and deepens surveillance, while hiding state violence. The implications of this new infrastructure will be long-lasting and need to be integrated into strategies of resistance of migrant justice movements worldwide.

    In 2021, José Eusebio Asegurado, a farmer in El Salvador, was arrested by the Salvadoran National Civil Police for ‘promoting human trafficking’. The basis for the arrest was a WhatsApp group chat (external link)
    that Asegurado and other migrants1 were using to coordinate a caravan, which had been infiltrated by a police agent. According to the screenshots used to incriminate him, Asegurado’s only participation in the chat was responding ‘OK’ to a migrant’s message that he would be at a meeting point at around 5 o’clock. Police arrested Asegurado at the meeting point, telling him he was ‘profiled’ as a caravan organiser.

    The same day, the Salvadoran police also charged Fátima Pérez, a cook, and Juan Rufino Ramírez, a private security guard, with promoting ‘human trafficking’ based on messages on a WhatsApp group they had created to coordinate a caravan. Screenshots in Ramírez’s case show him giving instructions to the 55-member group to meet at the bus station, and the prices of tickets to Guatemala. The police arrested Ramírez and Pérez the morning they were planning to leave.

    These three arrests took place in the span of four hours. The then-US ambassador in El Salvador, Katherine Dueholm, promptly congratulated (external link)
    the General Prosecutor’s office, stating: ‘I applaud the Salvadoran authorities who are taking action against those who want to deceive citizens with caravans and false promises. They promote only #UnViajeEnVano (external link)
    ’ – ’a journey in vain’.

    The arrests and Ambassador Dueholm’s praise reflect the critical role of covert surveillance and data-driven ‘smart’ technologies in US migration-control practices operating deep within countries outside the US. Over the past twenty years, the US (and other wealthy countries) have made strides to externalise border-control regimes well beyond their actual territory. This often involves effectively enrolling agencies in other countries in migrant surveillance, policing, and exclusion.

    The new digital infrastructure that enables border externalisation, however, is little understood. This digital infrastructure relies on both military-grade technology built by major weapons manufacturers and Silicon Valley innovation: inter-operable databases that share fingerprints seamlessly between police agencies across borders; biometric collection devices used by Mexican detention authorities to track migrants for US Customs and Border Protection (CBP); social media apps that serve as critical communications networks for migrants and surveillance tools for police; digital ID systems that enable access to essential services, but double as tracking devices.

    Infrastructure – digital or material – has real sticking power; that’s the point. Once a highway splits a community in half, a new permanence stifles the din of protest, and people move on. We use the term digital infrastructure to describe the establishment of a foundation that will be fundamental to how world powers will practise migration control; and, as it embeds itself, increasingly beyond challenge – a unified strategic intervention by powerful countries, with the US coveting the vanguard. While it may look like technological experimentation (like AI-powered robot dogs on the border) or one-off opportunistic data-grabs (like networks of international data-sharing agreements), the growth of digital border infrastructure is by design. This is enabled through joined-up digital technologies that settle into the kind of rigid, ‘motiveless’ permanence granted to other infrastructures, like submarine communications cables, protocols and servers that run the internet, an electrical grid or a superhighway.2

    The profound implications of new infrastructures persist long after their creation, as is the case for the digital infrastructure deployed to police migrants in the so-called US ‘backyard’. Its impacts are frequently rendered invisible. Governments promote border policing technologies as fundamentally safe, humane and non-violent (external link)
    while migrant advocates struggle to make visible the violence on the other side of this unseen ‘borderland circuitry’.3

    The implications range from digitally triggered violence and killings by local police in Central America to actions by the US, its allies and competitors in geopolitical contests over the control of global security. The US government and private industry have worked themselves into a largely covert entrepreneurial frenzy to own and control the migration policing interface of the future. Monitoring and control capabilities – a longstanding and routine part of US aid packages to fight organised crime – both expand domestic spying by partner governments for their own ends and serve US border externalization interests in controlling the movement of people and diverting them away from the US territorial border.

    This essay will focus primarily on how digital infrastructure serves US interests . What do we know about this strategy and how it is already affecting mobility and human rights in the region? What are its historical foundations? What challenges lie ahead? It is impossible to answer these questions simply by dissecting the cruelty or provenance of any single technology, system or actor. We first need to understand the transnational motivations driving these incremental, more observable, facts on the ground. We need, in other words, to make visible the invisible digital infrastructure.
    Digital infrastructure is key to border externalisation and a rise in unaccountable violence

    Understanding border externalisation through the lens of digital infrastructure captures the true scale of border practices envisaged by the US (and its competitors and allies) as well as their envisaged permanence within the future world order. Digital border infrastructure feeds on histories of domination, control and atrocities in the name of transnational ‘crime-fighting’ projects, setting the stage for tremendous social costs.

    First, as to scale, we are witnessing an escalation of US border imperialism and borderland violence4 – both in terms of geographical reach far into national territories and the further extension of ‘policeability’5 to an increasing number of individuals and groups through this digital infrastructure. This includes anyone an algorithm decides might be ‘dangerous’, those who might migrate, as well as humanitarian actors, migrant advocacy groups, and aid organisations. Scaling and the rapid growth it engenders is a quintessential property of digital technologies, regardless of their origin or application. The shifts to new targets under digital infrastructure are frictionless compared to earlier analogue-based border policing tactics. Asegurado, the farmer assisting migrants in El Salvador, was swept up in the US border externalisation dragnet with a simple ‘OK’ on a WhatsApp chat.

    Second, as to permanence, advocates of digital borders in national capitals, industry and development agencies embrace the term ‘digital public infrastructure’ as a brand, to bestow (unearned) trust, normalisation and the inevitability of contested digital tools such as biometric IDs and payment systems.6 Ceding the privilege of defining ‘digital infrastructure’ to actors with vested interests in current migration-control practices is reckless. Without a counternarrative that articulates their violent disposition, digital border externalisation tools – including widespread biometrics collection, real-time transaction data-collection in payment systems, and the confiscation of smartphones at the border – can easily be normalised as ‘digital public infrastructure’, rather than resisted.

    The scale and enduring impact of the rapidly hardening digital infrastructure that fuels border externalisation calls for urgent transnational organising. As writers and activists, we have come together to resist the use of digital infrastructure in US migration-control policy in Mexico, Central and South America, and the Caribbean. We have only traces and not the whole picture. Building on the work of others, we weave all this together to show how the fusion of state and digital power to construct digital border infrastructure is neither humane nor safe: rather, it is increasing unaccountable forms of violence.

    Convergence: Drugs war, border externalisation, digital infrastructure and the militarisation of US’ neighbouring regions

    Economic and political initiatives since the 1970s have driven relentlessly towards US investments in more militarised, criminalising, and digitised migration-control practices. Since 9/11, the US convergence of ‘national security’ with unauthorised migration has fueled an ever expanding border externalisation regime—currently there are 23 CBP offices and 48 ICE offices worldwide—and consequently has provided an especially lucrative market for digital surveillance corporations.7 Through programmes such as the Mérida Initiative and the Central American Regional Security Initiative, the US has tied aid to countries such as Mexico, El Salvador, Guatemala and Honduras to increased militarisation, policing, incarceration, and migration control.

    Yet migration patterns to the US from Mexico, Central America and the Caribbean cannot be divorced from the practices and policies that the US employed for over a century to dominate countries in these regions. Decades of US practices and policies have fuelled economic, political, and environmental instability – key factors that drive migration to the US. Over the past 20 years the number of people migrating from Central America has more than doubled (external link)
    , the largest increases coming from Guatemala, Honduras and Mexico. The US-backed ‘war on drugs’ in Mexico and Central America has dramatically increased violence and instability.8 In Mexico, the fight against organised crime has resulted in 350,000 deaths and more than 72,000 disappearances (external link)
    between 2006 and 2021. According to the World Bank, 60% of rural Central Americans live in poverty (external link)
    . While the largest contributors to the climate crisis are wealthy countries, these already impoverished populations suffer the most acute impacts of climate change. For decades, prolonged droughts together with natural catastrophic events such as hurricanes (external link)
    and floods (external link)
    have deeply affected Central America. The number of people facing food insecurity tripled between 2019 and 2021, affecting 6.4 million people (external link)
    . Asegurado, Pérez and Ramírez – like many others – are grasping for alternatives to this intolerable situation.

    Rather than acknowledge these underlying causes, the US response has been to extend its border ever further. General John Kelly, former Secretary of the US Department of Homeland Security (DHS), stated (external link)
    , ‘I believe the defense of the Southwest border starts 1,500 miles to the south’. Mexico has long been central to the US border-externalisation regime, and digital infrastructure plays an increasingly critical role. Tony Crowder, former director of CBP’s Air and Marine Operations, shared Kelly’s sentiment ‘We have taught the Mexicans how to fish…[but] even though we have all this surveillance capability, we don’t have enough, we need more’.9

    While part of a continuum of US efforts to enlist Mexico in support of its regional objectives, this ‘security and rule-of-law partnership (external link)
    ’ accelerated following 9/11. In 2007, the US shifted the focus of its drug war (external link)
    from Colombia to Mexico, Central America, and the Caribbean. Under this frame of securitisation, the drug war merged with the migrant-control regime. In 2008, the Mérida Initiative was launched – a bilateral partnership between the US and Mexico in the name of the US war on drugs. It initially provided financing for Mexico to purchase equipment for its military and police forces and for intelligence gathering. In 2013, Mérida was revamped to include four pillars (external link)
    , incorporating the creation of a ‘21st century US-Mexican border, while improving immigrant enforcement in Mexico and security along Mexico’s southern borders’. Effectively an extension of US policy, some $3.5 billion (external link)
    has helped shape Mexico’s migration-control agenda since 2008.

    In 2014, Programa Frontera Sur further securitised Mexico’s southern border by increasing the migration policing and deportation apparatus. Consequently, Mexico now has one of the world’s largest (external link)
    immigration detention systems. Between 2014 and 2017, Mexico deported more Central Americans (external link)
    than the US Border Patrol. Doris Meissner, the former commissioner of the Immigration and Naturalization Service (INS, the predecessor to ICE and CBP), underscored the importance of Mexican migration control, explaining in 2017 the need to look at both US and Mexican data to assess the effectiveness of US border enforcement (external link)
    .10

    Under these agreements, the US Department of Defense has provided training and sold millions in military equipment to Mexico, including an array of ‘smart border’ technologies provided by corporations (external link)
    such as Dev Technology, General Dynamics, Amazon Web Services, and NEC. The CBP and ICE have provided training on intelligence-gathering, info-sharing, and migration policing. A key element of US support to Mexico has been to develop an infrastructure to collect and share data – such as biometric and biographical information, and criminal history – in a manner that interfaces seamlessly with US databases.

    The digital infrastructure that tracks and catalogues migrants is central to US migration policy in Mexico. The US-backed Instituto Nacional de Migración (INM) strategy relies on this infrastructure (external link)
    as the primary means to control migration rather than sealing Mexico’s southern border with Guatemala. Biometric collection is essential to making migrants more legible to the state. In 2011, the US provided four biometric kiosks (external link)
    to Mexico’s southern border, and 117 additional biometric scanners (external link)
    the following year. Between 2018 and the first half of 2022, the Mexican government gathered and shared information on over 360,000 migrants in detention facilities.11 Information from CBP reveals that Mexican authorities shared information from 10,000 humanitarian visa (external link)
    applications with DHS. The release of approximately 1,800 unregistered migrants from a shelter in Piedras Negras was conditional on the registration of their data.12

    An ‘Information Sharing Environment’ that includes inter-operable data-sharing systems (external link)
    is central to achieving the objectives of the homeland security state. ‘Inter-operability’ enables seamless connectivity between police, immigration agencies, foreign governments, and more.13 Key forms of US-initiated digital infrastructure rely on widespread information-gathering and seamless sharing of data for surveillance across borders.

    This vast amount of data-collection and sharing has been fuelled by unleashing the power of the carceral state – including the centrality of the ‘criminal alien’, ‘gang member’ and ‘drug trafficker’ as threats to national security – at all geographic levels of the US migrant-control regime. For example, the Biometric Identification Transnational Migration Alert Program (BITMAP) allows DHS and its partner countries to know where and when an individual arrives in the Western Hemisphere (external link)
    and their travel patterns before they reach the southwest US border. BITMAP is currently deployed to 18 countries (external link)
    , including Mexico. DHS also has a Criminal History Information Sharing (CHIS) programme that allows for the global sharing of biographic, biometric, and descriptive information on individuals deported from the US (e.g. alleged immigration, employment, family, and criminal histories).

    The structural criminalisation of poverty in both countries is amplified with CHIS. According to the National Survey of Imprisoned Population in Mexico, conducted by the National Institute of Geography and Statistics (INEGI) in 2021, nearly 44% of the respondents declared having been imprisoned on the basis of false accusations or incriminations (external link)
    . Forty-two percent claimed they had been forced to plead guilty or to incriminate someone else. Nearly half of those who are jailed have not been convicted (external link)
    , and nearly half of all convictions are for theft of under US$100 (external link)
    . This is the kind of data that feeds CHIS.

    In another example, DHS is developing the Homeland Advanced Recognition Technology System (HART) (external link)
    to replace its current centralised biometric database, IDENT, through a contract with Peraton (external link)
    (a subsidiary of Veritas Capital, a private equity firm). Hosted by Amazon Web Services, HART will enable DHS to aggregate and compare biographical and biometric data on hundreds of millions of people across the globe. This includes so-called encounter data from police stops, facial recognition, DNA, iris scans, and voice prints – usually gathered without the individual’s knowledge or consent. The massive HART database draws from widespread biometrics collection in all realms – for example, the US DOS INL’s development of integrated DNA databases in Mexico and Central America in the name of combating trafficking or the proposed national biometric digital ID in Mexico (external link)
    . In this way, multiple state initiatives merge, and the power of the state to police, track and control migrants and all people under their watch grows exponentially.

    While the Mérida Initiative formally ended in 2019, its approach has been sustained by the Mexican government. In 2021, the Mexican government increased (external link)
    the military by 46% and the National Guard dedicated to stopping migrants by 300%. In July 2022, President López Obrador committed $1.5 billion in smart border infrastructure (external link)
    over the next two years.

    For US partner states, any technological and data-sharing channels that are financed and exported to them become assets – not just for monitoring migrants, but to advance multiple agendas of coercive power-building. This infrastructure can therefore end up fuelling violence and criminalisation, undermining the right to asylum, exacerbating inequality, and expanding the power of paramilitaries and the police (external link)
    , while privileging securitised neoliberal and corporate prerogatives.
    The geopolitical nature of digital infrastructure

    In their research on digital payment systems, Marieke de Goede and Carola Westermeier use the term ‘infrastructural geopolitics’ to stress the growing centrality of infrastructure to geopolitics and the ways in which US economic power is rooted in financial infrastructures (which, like migration control, are rapidly digitising).14

    The global financial messaging network SWIFT is an example of infrastructure that is invisible to most people and yet plays a major role, as the writers describe, in reinforcing power relations of the post-war global order in which it emerged. Seventy years after the Second World War and fifty years since SWIFT’s establishment, bank messaging routes flow through former colonial capitals and map onto a ‘core’ of Western countries, leaving large swaths of Latin America, Africa, and the Middle East in a permanent, but effectively invisible, economic periphery. Similarly, digital IDs, social media monitoring and infiltration, and data-sharing platforms are essentially component parts, nodes, or partially visible layers of deeper, longer-term geo-strategic digital infrastructure projects.

    Extension of borders through digital infrastructure serves US political and economic goals well beyond the policing of human mobility. Geopolitical contests for control over infrastructures play out across several domains. Military establishments covet ‘identity dominance (external link)
    ’, an objective that drove US forces to gather massive stores of biometric data in Afghanistan and Iraq as a weapon of war. US digital services giants like Amazon and Google mastered ‘platformisation’ by building e-commerce (digital advertising, search, social media, etc.) infrastructure to dominate the digital economy. Often, public and private-sector interests converge, including in the form of public–private partnerships (PPPs) to build infrastructure. In each case, the true contest among states and corporate giants centres on control over the interface, or the most essential, invisible, infrastructural methods of digital communication and control. As Michael Kwet explains (external link)
    , ‘Transnational “Big Tech” corporations based in the United States have amassed trillions of dollars and gained excessive powers to control everything, from business and labor to social media and entertainment in the Global South. Digital colonialism is now engulfing the world’. The US quest for domination through externalised migration policing infrastructure goes hand in hand with its geopolitical and corporate designs for economic power.

    These forms of infrastructural digital power pose unique challenges for documentation and ultimately for any form of systemic change. Challenges include blurred lines of responsibility, mission, and function; governments and corporate actors are seen or presented as passive conduits or intermediaries in digital public infrastructure; and infrastructures can easily appear to be ‘ahistorical’ and motiveless. In Mexico and Central America, migration control converges with ongoing US foreign policing operations (such as the war on drugs, and gang wars). We explore the several simultaneous effects of this complex merger: the turn to digital infrastructure; its relationship to violence and human suffering; and its foreclosure of accountability for these harms.
    Digital border infrastructure in your phone: Information and Communications Technology (ICT) policing techniques along migration routes

    Surveillance infrastructure is tangible in physical migration detention centres and in police arrests: mugshots, cheek swabs, confiscation of the detainee’s mobile phone. The deepening integration of daily life, telecommunications and computers open extensive avenues for more covert, opportunistic surveillance of private communications and activity by users who rely on social media, mobile communication and messaging apps. The surveillance of mobile phones and social media ranges from overt disclosure requirements for visa and benefits applications to government listing and tracking of protesters and other ‘undesirable’ actors. Migrant surveillance is immersed in these control schemes where surveillance technology serves as a silent tool for government violence and repression.

    This has had an impact on how migrants travel and keep safe, such as through safety in numbers. Travelling in caravans has therefore become both a survival and a protest strategy: sources of both physical and economic security (external link)
    and opposition (external link)
    to the economic policies that contributed to their displacement. Social media and messaging apps are key tools for the coordination of caravans and for migrants more broadly. Migrants use these tools to identify routes, look for shelter and food, communicate with their support networks, warn each other about risks (external link)
    , and coordinate travel. Governments as well as organised crime understand these dynamics and use these same tools to monitor and extort migrants.

    On 5 June 2019, Irineo Mujica, from Sin Fronteras – a civil society organisation (CSO) dedicated to the protection of human rights of migrants in Mexico and the US, and which has supported multiple migrant caravans – was arrested in Mexico, falsely charged with human trafficking (external link)
    . Mujica appeared in the CBP’s watchlist database published in 2019 (external link)
    that contained photos, names, professions, and other details of journalists, activists, and social media influencers both from Mexico and the US with links to the migrant caravan.

    A DHS Office of Inspector General (OIG) report (external link)
    on the database and other surveillance practices found that CBP established electronic alerts (lookouts) on journalists, attorneys, and advocates who were connected by social media to the migrant caravans. Those tagged by the lookouts were constantly flagged for secondary screening (external link)
    when entering the US, and interrogated about their work, organisation, family, education, and political leanings.

    The weaponisation of such information had grim effects on the Mexican side of the border. According to Sin Fronteras activist Alex Mensing (external link)
    , after the CBP shared information gathered through lookouts with the Mexican government, other members from his organisation who assisted migrant caravans in the same period saw an increase in border scrutiny and death threats (external link)
    . Organising and supporting migrants threatens lucrative operations that depend on the criminalisation of migration across the region. Civil society assistance makes migrants less prone to kidnapping and extortion, which therefore reduces the income for organised crime linked to these activities, and, as a domino effect, bribes to authorities also drop, pitting the collective interests of such groups against activists and those providing humanitarian assistance.

    Surveilling anyone who might pose a threat to the system has long been a generalised and systematic form of government control in Mexico. A leaked document from the NSO Group, the Israeli company that created Pegasus, revealed that 50,000 people were possible surveillance targets (external link)
    in Mexico. The list included opposition politicians, journalists investigating government corruption and extrajudicial killings, activists advocating the taxing of sugary drinks, judges, academics, and international experts who investigated the case of the enforced disappearance and extrajudicial killing of the 43 students, among others.

    In 2022, mobile phones from two journalists and an activist who investigated abuses committed by the Mexican army were found to be infected with the malware Pegasus (external link)
    . In 2020, the Mexican government sought to create a SIM card registry that would link to the card owner’s biometrics and other personal data. This would have intensified government digital surveillance via ICT infrastructure, and was opposed by civil society (external link)
    .

    CBP internal documents show (external link)
    that government agencies across the border continually share information about the location of migrants, their origin, and the number of people in each group, even before they start to migrate. In 2018, US DHS agents infiltrated a WhatsApp group (external link)
    of Honduran migrants travelling in a caravan of about 4,000. These policing practices are also being reproduced by the Mexican government.15

    Impact: Infrastructural violence and accountability deficits in globalised migration policing

    Roberto M., a young man in El Salvador, was shot and taken away by police shortly after being deported from the US. The rural police officers who shot Roberto also threatened an eyewitness at gunpoint, telling him that Roberto was a gang member and if he revealed what he’d seen, the same would happen to him. Police in El Salvador receive data on gang-member affiliation from the US, and share these lists (external link)
    with neighbourhood-level police where deportees plan to live. These databases have been found to be problematic and unreliable (external link)
    . Police departments confirmed (external link)
    that this information is used to target people (external link)
    : ‘We think that if a person wasn’t wanted in the United States, it must be because the deported person is bad’.

    Violence can increasingly be tied to digital border technologies, particularly in combination with one another and with physical and environmental realities that envelop them. Studies show the effects of integrated fixed-tower surveillance on migrant mortality rates in Arizona’s Altar Valley. Here, digital infrastructure merges with the ineffective yet longstanding US deterrence policy that purposefully makes migration routes more dangerous, on the theory that migrants would not risk the journey. The fusion of technology and policies that inflict deliberate harm produces these predictable results of increased migrant deaths (external link)
    .

    The story of Roberto M. and the witness to his post-deportation shooting and disappearance in El Salvador reflects another pattern of violence tied to information-sharing through digital infrastructures. The criminologist Ana Muñiz documents a ‘cycle of violent policing, migration, more violent policing, detention, deportation, violent policing, migration, and so on’, in which the labels themselves (‘criminal alien’ or ‘gang member’) become inescapable vectors of precarity.16 Such labels channel individuals into a ‘sort of statelessness’ as constant, quantifiable scapegoats that provide an easy diversion for state security forces and corporations that produce and perpetuate the ‘structural causes of violence’.17

    Digital infrastructure merges not with a physical terrain, but with pre-existing social and political factors that make violence a foregone conclusion. Today’s multipurpose digital infrastructure also permits the efficient incorporation of new undesirable criminalised categories, including ‘caravan organisers’ or ‘migration promoters’ – as in El Salvador’s attempt (external link)
    to reform its penal code, criminalising the ‘promotion of migration’ on social media.
    Challenges and way forward

    We are interested in developing deeper knowledge about the political origins of these infrastructures to challenge the violence of global migration control systems. This essay only sets out the field of engagement. Far more collective work is required to document and design models of resistance to meet such challenges.

    The diffuse and structural nature of power behind the seemingly ahistorical, and motiveless characteristics of digital infrastructures undermine classic approaches to accountability. Furthermore, the familiar national and international judicial avenues to hold perpetrators of these forms of indirect violence responsible – however imperfect or ineffective they may already be – are exceptionally ill-suited to the conditions at play in the migration policing context specifically, for several reasons.

    First, the technologies in use such as biometric databases, and the means of using civilian technologies like social media and other ICTs, are simply not designed to respect or be held to democratic scrutiny; they are military-grade and converted for use in quasi-militarised spaces, by institutions permeated with military ideology. Nearly a third of CBP personnel previously served in the US military. Biometric surveillance technologies advanced by leaps and bounds within US military operations before being integrated with ‘civilian’ border policing. Private-sector military contractors play an integral role in this transition.

    As journalist Annie Jacobsen documents, as part of the US military biometric data-collection in Afghanistan, Palantir Technologies served as a critical link between US intelligence operations to track and kill military targets and quasi-civilian policing operations like the piloting of rapid DNA samples from migrant families at the US border in 2019.18 Today, the biometric kits used in Afghanistan, some still storing biometric data collected on the battlefield, are for sale on eBay (external link)
    .

    Second, justice and oversight bodies are ill-equipped to serve their intended function in this ecosystem. Within criminal proceedings and investigations, the use of technologies that capture and record evidence of allegedly criminal activity or purport to biometrically match records are extremely difficult to challenge because of their scientific veneer and opaque data-collection and analysis methods, which leaves no practical room (external link)
    to impeach or exclude such evidence. The design of technologies that predetermine risk factors keyed to criminalised behaviour, including migration, contravenes the presumption of innocence. In the civil context, national-level justice mechanisms deny standing to non-nationals located outside the US who are victims of violations linked to digital surveillance.

    Finally, there are huge incentives for both state and corporate power to hide violence. The political positioning of ‘smart borders’ as more ‘humane’ conceals the state’s role in violence and insulates corporations from negative PR or constraints by participating in repugnant markets. Their task is made easy by rendering physical pain abstract rather than affecting real human beings,19 and features of the data economy like the way corporates have helped the movement towards running government functions like private digital platforms.

    Mitigation ‘risk assessment’ tools like data protection or human rights impact assessments provide cover (external link)
    , favouring the continuation of these business practices because firms undertake them voluntarily and face little or no consequences for a poor risk assessment. Unsurprisingly, these industry-led tools often fail to provide (external link)
    a means for real accountability; they reveal scant information that would be actionable if and when products do cause harm; and the burden of proving rights violations and finding an effective remedy (external link)
    after the fact is shouldered entirely by victims. The interests of powerful actors converge around a web of financial stakes in the system, leading to the aggressive harassment and potential silencing of activists as the case of Irineo Mujica and Sin Fronteras illustrates.

    We need tools and methods for transnational cooperation to document, gather and share information safely, and organise. Fusing new understandings about how digital power functions within existing resistance movements transnationally, holds potential for challenges to the digital infrastructure of border externalisation.

    We are in the initial stages of our collective effort to understand and expose this digital infrastructure. Through this analysis, we can begin to identify the interventions to start to tear it apart and break it down. Transnational organising against tech corporations offers opportunities for shared understanding and meaningful solidarity. This year, organisations in France and Kenya, with support from actors in other countries, sued biometrics giant IDEMIA (external link)
    for its failure to meet even minimum human rights standards of due diligence as it reaps billions in secret border security tech sales to low- and middle-income countries. This emerged from collaborative evidence-gathering and organising across borders.

    As the US military establishment recognised decades ago: whoever dominates the field of externalised borders defines ‘friend and foe’ everywhere.20 The faster the US establishes economic and political dominance over digital migration-control infrastructure, the greater its security in maintaining global digital power. Digital infrastructure serves multiple purposes at once, but the ultimate geopolitical function is raw, generalised power over global affairs. The tools examined here will ‘contain’ human life within spaces of catastrophic violence, by design. This specific effect betrays the most fundamental commitments of international human rights and humanitarian law in the face of unprecedented challenges to human survival across most of the world. But this pernicious effect is also ruthlessly beside the point.

    In reality, as facets of infrastructural power, the technologies that fix the ‘calculation of who must live and who must die’22 do not do so as an end in itself, but in the service of power and its reproduction in this digital age.23 In this way the complicity of state and corporate actors in the production of violence is cast in the starkest relief. This geopolitical analysis is our starting point for building resistance towards transformation.

    https://www.tni.org/en/article/the-everywhere-border
    #externalisation #migrations #frontières #réfugiés #USA #Etats-Unis #infrastructure #infrastructure_numérique #violence #violence_d'Etat #surveillance #caravane #whatsapp #criminalisation_de_la_migration #arrestation #technologie #technologie_intelligente #externalisation_des_contrôles_frontaliers #bases_de_données #interopérabilité #empreintes_digitales #coopération_policière #impérialisme #biométrie #Mérida_Initiative #Central_American_Regional_Security_Initiative #war_on_drugs #Amérique_centrale #Mexique #Programa_Frontera_Sur #rétention #détention_administrative #ICE #smart_borders #frontières_intelligentes #Dev_Technology #General_Dynamics #Amazon_Web_Services #complexe_militaro-industriel #NEC #Instituto_Nacional_de_Migración (#INM) #Guatemala #Biometric_Identification_Transnational_Migration_Alert_Program (#BITMAP) #Criminal_History_Information_Sharing (#CHIS) #criminalité #Homeland_Advanced_Recognition_Technology_System (#HART) #IDENT #Peraton #Veritas_Capital #reconnaissance_faciale #ADN #DOS_INL #infrastructural_geopolitics #géopolitique #SWIFT #multinationales #colonialisme_numérique #téléphones_portables #smartphones #criminalisation_de_la_solidarité #NSO_Group #border_deaths #décès #morts_aux_frontières #mourir_aux_frontières

  • Morts au travail : un niveau jamais atteint en 2024
    https://www.lemonde.fr/emploi/article/2025/11/21/morts-au-travail-un-nouveau-record-en-2024_6654366_1698637.html

    Sept cent soixante-quatre : c’est le nombre d’accidents du travail mortels en 2024, selon le « Rapport annuel de l’Assurance-maladie - Risques professionnels », publié mardi 18 novembre. C’est cinq de plus qu’en 2023, qui était déjà une année record. S’y ajoutent 318 victimes d’accidents de trajet (entre domicile et travail notamment) et 215 des suites d’une maladie professionnelle, soit un total de 1 297 personnes.
    Des chiffres lourds mais comme chaque année incomplets, puisqu’ils concernent seulement les salariés du privé affiliés au régime général, excluant ainsi la fonction publique, les agriculteurs, les chefs d’entreprise et les microentrepreneurs.

    #Morts_au_travail #Travail

    • Les deux catégories les plus touchées, au sens de la Caisse nationale d’Assurance-maladie, sont celles regroupant les métiers des transports, de l’eau, du gaz, de l’électricité, du livre et de la communication (178 morts, en hausse de 13 % par rapport à 2023), et le BTP (146 morts, – 2 %). Le secteur de l’alimentation voit son nombre d’accidents mortels s’accroître de 20 % en un an.

      Si plus de la moitié des décès sont la conséquence de malaises sur le lieu de travail, un quart des accidents mortels ont une origine professionnelle identifiée (chutes de hauteur, manutention manuelle…). « Plus de 20 % des décès sont survenus dans l’année qui suit la prise de poste », ajoute le rapport. Vingt-deux décès concernent des salariés de moins de 25 ans, contre 33 en 2023.

      « Phénomène de société »

      Le nombre global d’#accidents_du_travail, quelle que soit leur gravité, continue, lui, de reculer : on compte 26,4 accidents du travail pour 1 000 salariés en 2024, contre près de 45 en 1998. Le rapport de l’Assurance-maladie rappelle néanmoins que si le nombre d’accidents a chuté depuis 2000, il a augmenté de 26 % chez les femmes, une hausse particulièrement concentrée sur les dernières années.

      Le nombre d’accidents mortels se maintient donc toujours à un niveau élevé, malgré plusieurs campagnes du gouvernement, notamment axées sur la prévention dans les entreprises. Au début de l’été, une circulaire des ministères du travail et de la justice avait amorcé un renforcement de la politique pénale en matière d’accidents graves et mortels du travail. L’ex-ministre du travail Astrid Panosyan-Bouvet (décembre 2024-octobre 2025) avait aussi annoncé un plan de lutte plus large contre « ce phénomène de société » , à mettre en œuvre dès 2026, prévoyant de responsabiliser davantage les #entreprises.

      « Le ministre Jean-Pierre Farandou a clairement exprimé sa volonté de renforcer la lutte contre les accidents du travail du travail graves et mortels », répond-on au ministère du travail, notamment par le nouveau « plan santé au travail » pluriannuel, le cinquième du genre, qui devra être publié au 1er semestre 2026 après concertation avec les partenaires sociaux. Une nouvelle campagne de sensibilisation devrait aussi arriver, mais pas de nouvelles du grand plan de l’ancienne ministre.

      À propos des ruptures conventionnelles, une excellente politique de prévention des accidents du travail, Farandou fustige ces « gens qui profitent d’être au chômage pour passer un an tranquille, presque. Ce n’est pas normal. Ils coûtent de l’argent », insiste l’ancien dirigeant de la SNCF.
      https://www.20minutes.fr/politique/4186595-20251119-ruptures-conventionnelles-gens-profitent-chomage-passer-a

  • « Un nouveau record effroyable » : plus de 900 SDF décédés l’an dernier en France, dont des enfants | Le Télégramme
    https://www.letelegramme.fr/france/un-nouveau-record-effroyable-plus-de-900-sdf-decedes-lan-dernier-en-fra


    Plus de 900 personnes sans domicile fixe sont décédées en France l’an dernier, selon le collectif Les morts de la rue.
    EPA/Teresa Suarez

    Un chiffre d’une ampleur inédite : plus de 900 personnes sans domicile fixe sont décédées en France l’an dernier. Un décompte publié par le collectif Les morts de la rue.

    Les plus jeunes n’avaient que quelques jours, la plus âgée 93 ans : plus de 900 personnes sans domicile fixe sont décédées en France l’an dernier, un chiffre d’une ampleur inédite qui s’explique à la fois par une hausse du sans-abrisme et par un recensement associatif plus efficace.

    912 décès dénombrés
    « Tous les indicateurs sont au rouge, il y a urgence à se mobiliser », alerte auprès de l’AFP Adèle Lenormand, membre du collectif Les morts de la rue, qui a publié jeudi son décompte actualisé du nombre de personnes sans domicile fixe décédées en 2024. Des hommes, des femmes mais aussi des enfants : 912 décès ont été dénombrés, soit « un nouveau record effroyable », depuis le premier recensement de 2012. À titre de comparaison, à la même période l’an dernier, le collectif avait comptabilisé 735 morts pour 2023.

    « Plus de signalements »
    La hausse constatée est liée en partie à « l’augmentation du nombre de personnes sans domicile fixe », mais aussi au fait que le collectif reçoit plus de signalements de la part des particuliers, d’associations et de structures d’accompagnement social, explique Adèle Lenormand, qui a coordonné l’enquête.

    Ces personnes SDF sont décédées de manière « prématurée » : à 47,7 ans en moyenne, soit un écart d’espérance de vie de 32 ans avec la population générale. Un âge moyen en recul. Il s’agit en majorité d’hommes (82 %) mais la part de femmes (13 %) est « en hausse, reflétant une féminisation du sans-abrisme », selon le collectif.

    4 % des décès concernent des moins de 15 ans
    Fait « inquiétant », 4 % des décès concernent des moins de 15 ans, soit « un doublement par rapport à la période 2012-2023 ». « C’est lié à la progression du nombre de familles dans la rue », précise Adèle Lenormand. Les plus jeunes personnes décédées recensées sont, selon elle, des bébés de quelques jours à peine. À l’inverse, la personne la plus âgée avait 93 ans. « On observe une progression du nombre de personnes vieillissantes sans domicile fixe », détaille Mme Lenormand. « Depuis l’an dernier, des personnes âgées se retrouvent à la rue pour la première fois à la suite d’une expulsion ».

    Face à cette tragédie, l’urgence est double : protéger les plus vulnérables et réformer en profondeur les politiques publiques
    Une partie des personnes décédées en 2024 vivaient dans la rue au moment de leur mort, d’autres étaient hébergées, dans des structures d’urgence ou de soins. Dans de nombreux cas, la cause du décès reste inconnue (40 %). Pour 17 %, il s’agit d’une mort violente (noyade, agression, suicide). L’Île-de-France concentre 37 % des décès et la région Hauts-de-France enregistre un doublement (163 décès), « notamment survenus lors de traversées de la Manche ».

    Action publique
    « Face à cette tragédie, l’urgence est double : protéger les plus vulnérables et réformer en profondeur les politiques publiques pour que le droit au logement convenable devienne enfin une réalité », soulignent dans un communiqué Les morts de la rue, qui avaient organisé en mai à Paris une cérémonie d’hommage aux disparus.

    Pour l’heure, l’action des pouvoirs publics est largement insuffisante aux yeux des associations. En février, une vingtaine d’entre elles ont déposé devant le tribunal administratif de Paris deux recours contre l’État pour « carence fautive » dans la lutte contre le mal-logement et le sans-abrisme.

    L’État ne remplit pas « correctement » sa mission en matière de politique d’hébergement des personnes sans-abri, avait aussi estimé l’an dernier la Cour des comptes. Le président Emmanuel Macron avait fait la promesse selon laquelle personne ne devait dormir à la rue d’ici à la fin de son premier quinquennat.

    Estimation mise à jour dans un an
    Il est difficile de connaître précisément le nombre de personnes sans domicile fixe en France : elles seraient environ 350 000, dont 20 000 à la rue, selon la Fondation pour le Logement (ex-Fondation Abbé Pierre). La dernière évaluation officielle de l’Institut national de la statistique, qui remonte à 2012, estimait leur nombre à 143 000. L’Insee devrait dévoiler fin 2026 les résultats d’une enquête pour mettre à jour cette estimation.

  • Bouteille à la mer

    Cette plateforme participative est imaginée pour recueillir les #récits que les #familles des disparu.e.s de la #Tunisie ont choisi de partager librement. Elle n’est pas une simple #base_de_données. Elle se veut une zone d’action où vous pouvez commémorer vos proches, mettre leurs vies et leurs noms en lumière et militer librement. Cette #plateforme est dédiée à toutes les personnes qui refusent d’oublier leurs proches parti.e.s et qui résistent à la violence des politiques migratoires européennes.

    https://www.bouteillesalamer.org
    #mémoire #souvenir #mourir_en_mer #décès #morts #frontières #migrations #commémoration #oubli #cartographie #visualisation #bouteille

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  • La ricerca dei dispersi in Bulgaria, un’altra frontiera europea del silenzio

    Con l’ingresso completo del Paese nell’area Schengen a gennaio 2025, sul confine tra Turchia e Bulgaria avanza il processo di militarizzazione. Alcune persone in movimento continuano a morire nel tentativo di attraversare l’immensa foresta di frontiera e vengono seppellite in numerose tombe senza nome. Manca però un sistema unitario ed efficace di identificazione dei corpi e le famiglie rimangono senza risposte per anni

    “Mio fratello ha provato cinque volte”. Roze racconta da Damasco la storia del fratello Rabeh, scappato dalla Siria a ventidue anni, che ha tentato di raggiungere l’Europa attraverso il confine turco-bulgaro. “Una volta il suo gruppo è stato respinto dalle autorità bulgare. Un’altra sono stati picchiati dalla polizia che ha preso i loro documenti e li ha rimandati in Turchia. Al quinto tentativo, dopo aver camminato quattro giorni, ha deciso di consegnarsi alla polizia bulgara. Da quel momento la comunicazione con lui si è interrotta”. È dal 22 novembre 2022 che Roze non ha sue notizie.

    Migliaia di persone hanno cercato di entrare in Unione europea dalla Bulgaria negli ultimi anni, e come Rabeh, molte sono state avvistate per l’ultima volta nella grande foresta di confine, la Strandža. Il Parco naturale della Strandža è la più grande area protetta della Bulgaria, un immenso massiccio montuoso e verde ma anche un luogo di passaggi silenziosi, di orme che spariscono nel fango.

    Questa frontiera lunga circa 160 chilometri è sempre più militarizzata. Attraversando la foresta in macchina si incontrano posti di blocco della polizia bulgara e di Frontex a ogni decina di chilometri. Gli agenti scrutano attentamente ogni veicolo; parecchi vengono fermati, soprattutto quelli stranieri. Nei cimiteri dei paesi ai margini del Parco, tombe senza nome sono nascoste da erba alta e incuria: semplici croci di legno su cui si legge solo “НЕИЗВЕСТЕН”, “sconosciuto”. Tumuli anonimi ma che racchiudono le storie e le vite di chi ha cercato di attraversare questo confine.

    Dal 2023 la militarizzazione della frontiera tra Turchia e Grecia lungo il fiume Evros ha spostato le rotte migratorie verso quella bulgara, più permeabile. A partire dal primo gennaio 2025 la Bulgaria è entrata completamente nell’area Schengen, portando a un ulteriore dispiego di forze dell’ordine con lo scopo di ridurre la pressione migratoria del 70%. Secondo i dati del ministero dell’Interno bulgaro, nel periodo gennaio-luglio 2025, 9.072 persone hanno “tentato di attraversare illegalmente i confini del Paese”. La quasi totalità proveniva dalla Turchia. Questo dato rappresenta un grosso calo rispetto ai 29.314 ingressi del 2024, che erano ulteriormente diminuiti di oltre il 71% rispetto al 2023, quando si erano contate 181.117 persone.

    Il confine turco-bulgaro è diventato uno dei più violenti d’Europa con moltissime segnalazioni di pushback illegali e violenze sui migranti da parte delle autorità. Alcune delle persone in movimento muoiono nel tentativo di attraversare le frontiere e molte delle salme non ricevono identificazione. Non ci sono dati ufficiali sul numero di persone migranti scomparse.

    Dopo la caduta del regime di Assad, nel dicembre 2024, Roze e le altre famiglie siriane delle persone scomparse in Bulgaria hanno incrementato i tentativi di avere notizie dei loro cari, organizzando sit-in di protesta davanti all’ambasciata bulgara a Damasco e presso quella siriana a Sofia. “Ci hanno detto che erano in contatto con le autorità bulgare e che ci avrebbero fatto sapere ma sono passati mesi e non ci hanno ancora dato nessuna notizia -aggiunge Roze-. Dovremmo continuare a fare pressione sull’ambasciata finché non prenderanno la nostra questione più seriamente”. Tuttavia le famiglie che cercano i loro cari sono sparse in Siria, Libano, Turchia o in Europa ed è difficile unirsi. “È come se avessero perso la speranza”.

    Dima Aldera è la fondatrice di Findsuri, un’organizzazione non profit con base in Canada che si occupa di raccogliere denunce di sparizioni e di possibili avvistamenti di cittadini siriani. Nel 2025 ha aperto delle sedi anche in Siria. “Incontriamo i familiari in villaggi remoti, spieghiamo come fare i test del Dna, come segnalare i casi di sparizione. Le famiglie ora si aspettano anche sostegno dalle autorità siriane, che finora non c’è stato, anche se hanno lodato la nostra iniziativa”.

    La storia di Roze, Rabeh e dei tanti siriani scomparsi è comune anche ad altre famiglie. Fatima, donna afghana che oggi abita in Svezia, non ha notizie del fratello dal 25 settembre 2022. Mohammad era un ufficiale dell’esercito afghano e aveva cercato di mettersi in salvo in Europa dopo la caduta del Paese in mano ai Talebani.

    “Mio fratello aveva le gambe gonfie ed è rimasto indietro, nei pressi di Burgas. Aveva detto al resto del gruppo di continuare e che sarebbe arrivato dalla polizia da solo”, racconta Fatima. La famiglia ha subito chiamato i suoi compagni ma quando sono tornati lui non c’era più. Per settimane hanno aspettato notizie dalle autorità ma non sono arrivate.

    “Spesso qualcuno si stanca durante il cammino e può accadere che venga lasciato indietro -aggiunge Dima Aldera-. A volte i trafficanti danno pillole per resistere più a lungo ma possono avere delle controindicazioni, provocare malori”.

    Se la polizia riceve una segnalazione di una persona in difficoltà è tenuta a intervenire prontamente, spiega Dragomir Oshavkov, avvocato della Foundation for access to rights (Far), che fornisce supporto legale per migranti e promuove un accesso più equo alla giustizia da un modesto ufficio di Burgas, la principale città del Sud della Bulgaria affacciata sul Mar Nero. Eppure “molto spesso i soccorsi non rispondono in tempo, soprattutto quando si tratta di migranti. È così che si verificano alcune delle tragedie”, commenta Oshavkov. Inoltre spesso i trafficanti non fanno neanche partire le segnalazioni: “Molti cadaveri vengono trovati nei boschi dopo anni. In questo caso è praticamente impossibile identificare i corpi”.

    Secondo Oshavkov i pushback violenti da parte delle autorità contribuiscono a mettere in grave pericolo i migranti. “La polizia di frontiera li respinge, costringendoli a percorrere a piedi 20-30 chilometri nei boschi in una zona molto impervia, con il rischio che qualcuno possa morire durante il viaggio di ritorno specialmente con condizioni climatiche avverse”. Secondo i dati raccolti dal Bulgarian Helsinki Committee, nel 2024 si sono registrati “3.548 presunti respingimenti che hanno interessato 43.282 persone”, circa il 75% in meno rispetto all’anno precedente .

    Oshavkov ha contribuito a seguire alcuni casi come avvocato, in collaborazione con l’organizzazione che in Bulgaria si è spesa maggiormente per supportare le famiglie dei dispersi: Mission wings, una delle poche Ong locali che offre supporto legale e sociale a migranti e rifugiati. La direttrice Diana Dimova racconta che negli ultimi due anni le richieste di supporto nella ricerca di familiari sono aumentate drasticamente. “In Bulgaria non esiste un sistema per supportare le famiglie delle persone migranti scomparse. A volte i corpi vengono scoperti da cacciatori, da turisti o dalla polizia ma restano senza nome”.

    Nel suo ufficio a Stara Zagora, Dimova mostra faldoni e faldoni di documenti. Per ogni caso Mission wings ha un fascicolo dove si accumulano richiami alla procura, fotografie e testimonianze dei familiari. “Aiutiamo i parenti a fare i test del Dna, li accompagniamo negli uffici o persino negli obitori. Ma non esiste un protocollo unificato: a Burgas i corpi vengono conservati per anni, a Yambol sepolti in pochi giorni. Abbiamo visto casi in cui un procuratore ordina la sepoltura senza avvisare la famiglia. È inaccettabile”.

    C’è anche chi cerca di approfittare economicamente della disperazione delle famiglie dagli obitori alla polizia, riferisce Dimova. Fatima racconta che dopo la scomparsa di Mohammad, “mio marito e mio fratello sono andati subito a Sofia, all’ambasciata afghana”, dove gli hanno dato una lettera ufficiale per recarsi alla polizia di frontiera. Nonostante ciò, racconta, la polizia li ha trattati in maniera molto aggressiva e non ha offerto nessun aiuto.

    Dopo alcuni mesi sono tornati e hanno cercato di accedere alla camera mortuaria di Burgas. “All’inizio non gli permettevano di entrare. Poi mio fratello ha dato dei soldi alla guardiana per ottenere il permesso di entrare e vedere se mio fratello era lì o no -spiega Fatima. Da quasi tre anni la sua famiglia si trova in questa situazione-. Non viviamo, sopravviviamo. Ci chiediamo come sia possibile che una persona arrivata in un Paese europeo per salvarsi la vita oggi risulti scomparsa”.

    Il Collettivo Rotte Balcaniche, che opera sul confine bulgaro in solidarietà ai migranti, cerca di prevenire le sparizioni: “Essere presenti nei boschi, anche accanto a un corpo ormai senza vita, costringe le autorità a procedure di identificazione rapide, senza negligenze -spiega Giuseppe Pederzolli, membro del Collettivo-. Avvisiamo Mission wings che contatta le famiglie lontane e li supportiamo nel rimpatrio del corpo”.

    Pederzolli ricorda il caso di Fadi, diciottenne egiziano il cui corpo è stato rinvenuto nella Strandža il 30 marzo 2025. Il corpo, conservato in condizioni non adeguate in un obitorio bulgaro, è stato seppellito solo a metà luglio in un cimitero locale non potendo la famiglia coprire le spese per il rimpatrio della salma. “È arrivata al cimitero dopo un viaggio in furgone a quaranta gradi ormai in condizioni disastrose. È stato un momento terribile ma anche un tentativo di restituire dignità al ragazzo. Se fosse stato un adolescente bulgaro o italiano, il rispetto delle autorità sarebbe stato diverso”.

    Dal 2023 il Collettivo Rotte Balcaniche ha creato il progetto Border Memory, una piattaforma digitale dove sono raccolte storie e segnalazioni di persone disperse alla frontiera. A una richiesta di accesso agli atti rivolta a più di 250 Comuni, 170 hanno risposto dichiarando 62 tombe senza nome e riferite a persone in movimento (mentre si attendono conferme di altre decine di Comuni). Perlustrando i cimiteri della zona di confine insieme agli attivisti, sono state ritrovate 21 tombe a Burgas, quattro a Sredets, due a Ehlovo e una a Yambol. “Ottenere dalle autorità i dati sulle sepolture delle persone non identificate permette di dare al fenomeno una dimensione concreta, e soprattutto di accertare le responsabilità”, aggiunge Pederzolli.

    Secondo Oshavkov serve “un registro centralizzato per permettere a chi cerca un parente di confrontare il Dna. Ad oggi c’è solo quello del ministero dell’Interno ma contiene solo dati di persone che sono passate per il sistema giudiziario”.

    “Non stiamo parlando di uno o due casi -conclude Dimova-, sono decine, forse centinaia di persone scomparse in Bulgaria. È ora che le istituzioni prendano la questione sul serio. Le famiglie hanno bisogno di sapere che qualcuno ancora si interessa a loro, che qualcuno sta provando a cercare la verità per i loro cari. Ad oggi non è così. E questo mi spezza il cuore”.

    https://altreconomia.it/la-ricerca-dei-dispersi-in-bulgaria-unaltra-frontiera-europea-del-silen
    #frontières #migrations #réfugiés #mourir_aux_frontières #morts_aux_frontières #décès #Bulgarie

  • Gaza genocide death toll revised up - now 680,000 and more
    https://www.thecanary.co/skwawkbox/2025/09/12/gaza-death-toll-lancet

    On September 3, 2025, Dr. Gideon Polya and Professor Richard Hil calculated the total death toll for Gaza since October 7.

    My fingers are shaking as I’m writing this.

    Based on all the data collected, the death toll in Gaza is at least 680,000.

    But even worse, 380,000 are infants under five years of age, 99,000 children five or older, 63,000 women and 138,000 men.