• Scaling Fences : Voices of Irregular African Migrants to Europe

    The Scaling Fences: Voices of Irregular African Migrants to Europe report presents the results of an extensive study exploring the perspectives and experiences of 1970 individuals who migrated through irregular routes from Africa to Europe, originating from 39 African countries.

    Its aim is to contribute to a better understanding of the relationship between migration and development. The Scaling Fences report is the second major review of contemporary development issues affecting Africa to be published by UNDP’s Regional Bureau for Africa.

    Highlights

    58% of respondents were either earning (49%) or in school (9%) at the time of their departure. For a majority of those earning, income appears to have been competitive in the national context.
    For 66% of respondents earning, or the prospect of earning, was not a factor that constrained the decision to migrate.
    62% of respondents felt they had been treated unfairly by their governments, with many pointing to ethnicity and political views as reasons for perception of unfair treatment.
    77% felt that their voice was unheard or that their country’s political system provided no opportunity through which to exert influence on government.
    41% of respondents said ‘nothing’ would have changed their decision to migrate to Europe Average earnings in Europe far outstrip average earnings in Africa, even in real terms.
    67% of those who did not want to stay permanently in Europe said their communities would be happy if they returned, compared to 41% of those who did want to live permanently in Europe.


    https://www.africa.undp.org/content/rba/en/home/library/reports/ScalingFences.html
    #rapport #migrations #asile #réfugiés #rapport #PNUD #push-factors #facteurs_push #motivations #profil

    ping @_kg_ @karine4

    • Les politiques migratoires européennes créent du #populisme en Afrique, sans limiter les départs clandestins

      Dans un rapport, le PNUD estime ces politiques inefficaces et contre-productives et dénonce une instrumentalisation politique de l’Aide au développement

      En matière de lutte contre l’immigration clandestine, « les décideurs politiques doivent changer d’approche ». La conclusion du rapport « En escaladant les clôtures », du Programme des Nations unies pour le développement (PNUD), rendu public lundi 21 octobre, porte un jugement sévère sur les stratégies européennes face à l’immigration irrégulière. « L’instrumentalisation de l’aide internationale au développement à des fins politiques ne devrait pas avoir un impact à long terme sur les facteurs des migrations africaines irrégulières », préviennent ses auteurs.

      Au moment où le gouvernement d’Édouard Philippe veut faire de l’aide publique au développement un levier, le PNUD rappelle au contraire que ce type d’approche envoie « un mauvais signal aux électorats européens en leur faisant croire que de telles stratégies marcheront sur le long terme ».

      Fruit de plus de 1900 entretiens réalisés auprès de migrants africains installés dans treize pays d’Europe, le rapport du PNUD analyse en profondeur le profil des personnes qui quittent leur pays pour entrer de façon irrégulière en Europe et les raisons qui ont présidé à leur choix.

      L’émigration va s’accentuer

      L’étude montre que les candidats au départ - qui avaient en moyenne 24 ans au moment de leur arrivée en Europe - sont en général, dans leur pays, mieux lotis que leurs pairs. Sans faire partie d’une élite, ils ont « manifestement bénéficié des progrès du développement en Afrique au cours des dernières décennies ». Originaires des zones urbaines à 85 %, ils présentent des niveaux d’études supérieurs à la moyenne des gens de leur génération. Ainsi, 43 % des sondés avaient complété le cycle secondaire. En outre, 49 % avaient des revenus au moment de leur départ et, parmi eux, les deux tiers gagnaient au-dessus du revenu moyen dans leur pays.

      Ces éléments laissent entendre que « le développement de l’Afrique est de nature à encourager les mouvements migratoires, et que ces derniers vont nécessairement s’accentuer tandis que « la plupart des pays d’Afrique atteignent à peine les niveaux de croissance et de développement à partir desquels l’émigration commence à s’intensifier ». Par conséquent, les auteurs battent en brèche « l’idée qu’il est possible de réduire la migration par le biais de réponses programmatiques et politiques conçues pour l’empêcher ».

      Les entretiens menés par le PNUD montrent qu’un des facteurs décisifs au départ est, chez les jeunes Africains, un sentiment d’exclusion sociale et de frustration vis-à-vis d’aspirations et de rêves qui n’ont aucune perspective de réalisation dans les pays d’origine. Malgré des situations plus favorables que celles de leurs pairs, les personnes sondées avaient pour 70 % d’entre elles le sentiment de ne pas gagner assez. Et pour 77 %, le sentiment que leur voix n’est pas entendue par leurs gouvernements. « Leur ambition a dépassé les opportunités disponibles localement, résume les auteurs. Le développement ne va pas assez vite et ses gains sont inégaux et limités ». L’immigration se révèle alors, pour ces personnes dont la trajectoire de vie est ascendante, un « investissement pour un meilleur avenir », un choix rationnel qui engage une « prise de risque calculée ».

      Les résultats de l’étude montrent aussi que les sondés proviennent de foyers plus nombreux que la moyenne de leur pays, ce qui laisse supposer une pression économique supplémentaire. En effet, 51 % des migrants interrogés contribuaient à l’économie du foyer avant leur départ. Même si la migration reste une décision multifactorielle, qui repose aussi sur des considérations en matière d’accès à l’éducation, de gouvernance ou de sécurité, 60 % des sondés ont évoqué le travail et le fait d’envoyer de l’argent à leur famille comme étant la première raison qui a motivé leur départ.
      Transferts bien supérieurs à l’aide au développement

      En 2017, les transferts d’argent depuis l’Europe vers l’Afrique subsaharienne ont représenté 25,3 milliards de dollars en 2017, rappelle le PNUD, qui souligne au passage que les montants sont bien supérieurs à ceux de l’aide publique au développement, de quoi mettre en doute la capacité de ce levier financier à dissuader les mouvements migratoires. En Europe, parmi les 38 % de migrants sondés qui déclarent des revenus, 78 % envoient de l’argent à leur famille. Ils gagnent alors en moyenne 1 020 dollars par mois, un salaire inférieur au salaire moyen du pays d’accueil - et même au salaire minimum en vigueur lorsqu’il en existe un -, mais cela représente trois fois la somme que les migrants percevaient en Afrique (lorsqu’ils y travaillaient) et leur permet d’envoyer un « salaire africain » à leur famille. Ce qui fait dire aux auteurs que la mobilité sociale ainsi obtenue est équivalente à un saut générationnel, malgré un phénomène de déclassement. En effet, les migrants qui travaillent en Europe occupent à 60 % des emplois peu qualifiés, le plus souvent dans le nettoyage, l’agriculture ou au domicile de particuliers, contre 29 % dans leur pays d’origine.

      En outre, les opportunités de travail sont limitées par l’absence de statut légal : 64 % des sondés déclarent ne pas avoir d’autorisation de travail dans le pays d’accueil, une proportion qui diminue au fil du temps. Parmi ceux arrivés avant 2005 en Europe, ils ne sont plus que 28 % dans ce cas. A ce propos, les auteurs soulignent que dans la recherche d’un droit au travail, le système d’asile est devenu l’une des seules options disponibles, en l’absence d’autres voies légales, alors même que les personnes n’ont pas migré pour des raisons humanitaires.

      Plus généralement, l’entrée irrégulière en Europe va de pair avec une vulnérabilité accentuée dans le pays d’accueil, qui pour une minorité significative, va perdurer dans le temps. La perspective d’une vie stable devient alors pour eux inatteignable, tandis que des expériences de privation, de faim, de difficultés d’accès aux soins, d’absence de revenus et de sans-abrisme se prolongent.
      Du « gagnant-gagnant »

      Pour le PNUD, l’approche - qui caractérise de plus en plus d’États européens - qui consiste à détériorer les conditions d’accueil des migrants pour dissuader leur venue, ne fait qu’aggraver les populismes : « La présence de migrants sans-papiers plongés dans les limbes de la clandestinité de façon prolongée nourrit l’inquiétude de l’opinion publique et les discours inflammatoires ».

      Il existe pourtant des solutions « gagnant-gagnant » face à la migration, assure le PNUD. Les entretiens montrent que le succès relatif rencontré par les migrants est corrélé à la façon dont ils se projettent dans l’avenir. Ainsi, 70 % des sondés ont déclaré vouloir vivre de façon permanente en Europe. Mais cette proportion diminue à mesure que grandit le sentiment de « mission accomplie », ce qui renforce l’idée d’une migration vécue comme un investissement. « Aider les personnes à atteindre leurs objectifs leur permettra non seulement de contribuer légalement et pleinement au marché du travail européen mais, à terme, devrait encourager le retour dans leur pays d’origine », soulignent les auteurs.

      Le développement de voies de migration circulaire, la régularisation des migrants déjà établis en Europe, mais aussi le développement d’opportunités pour la jeunesse en Afrique et la lutte contre les systèmes gérontocrates sont autant de défis que le PNUD encourage à relever. « Cependant, reconnaissent les auteurs du rapport, cela nécessite du courage politique en Afrique comme en Europe ».

      https://www.lemonde.fr/afrique/article/2019/10/21/les-politiques-migratoires-europeennes-creent-du-populisme-sans-limiter-les-
      #politique_migratoire #politiques_migratoires #EU #Europe #UE

    • Un rapport de l’ONU favorable aux régularisations de migrants

      Un rapport analyse la situation et le parcours des migrants économiques arrivés irrégulièrement en Europe et pointe des politiques mal ajustées. Non seulement, il est vain de chercher à stopper la migration économique issue des pays africains, mais les mesures « décourageantes » contribuent à fixer la population en Europe.

      Dans la lignée des engagements formulés dans le pacte pour les migrations de Marrakech, qui appelait à récolter davantage de données objectives, le Programme des Nations unies pour le développement apporte un nouvel éclairage sur des mouvements migratoires sous-investigués : la migration économique irrégulière. L’occasion de régler quelques « malentendus » (politiques) en travaillant sur un échantillon large. Le PNUD a interrogé plus de 3.000 migrants arrivés en situation irrégulière en Europe (dont 275 en Belgique) pour n’étudier les profils que des 1.970 déclarants être venus pour des motifs économiques.

      93 % des répondants se sont trouvés en danger dans leur trajet vers l’Europe, la moitié ne s’y attendant pas au moment du départ. Pour autant, ils ne sont que 2 % à déclarer qu’ils n’auraient pas migré sachant ce qui les attendait. Et lorsqu’on leur demande ce qui les aurait fait rester au pays (une meilleure situation économique, pas de problème personnel, connaître les conditions de vie réelle une fois en Europe…), 41 % répondent : « rien ». Une détermination de nature à interroger la capacité de quelque mesure que ce soit à stopper les flux Afrique-Europe pour cette population. « Les données challengent la faisabilité de la dissuasion directe et des interventions préventives, suggérant que les décideurs politiques devraient revoir leur approche », souligne le rapport. « L’instrumentalisation de l’aide au développement à des fins politiques ne peut pas, de manière réaliste, amener à une réduction des facteurs de migration. »
      Plus la situation est précaire, moins on souhaite rentrer

      Interrogées sur leur avenir, 70 % des personnes affirment vouloir rester définitivement en Europe. Mais si l’on affine les critères en se penchant sur les migrants ayant une situation stable et des revenus (parce qu’ils ont été régularisés ou travaillent au noir), la proportion s’inverse : 51 % pensent rentrer dans leur pays d’origine. Des résultats plutôt contre-intuitifs, dans la mesure où on pourrait s’attendre à ce que les personnes ayant les situations les plus précaires soient davantage tentées de repartir. « Il semble que les politiques censées avoir un effet décourageant n’ont pas d’impact sur l’envie de rentrer, relève Mohamed Yahya, auteur principal du rapport. C’est plutôt l’inverse qui se passe parce que les personnes doivent récupérer l’investissement de la famille et des amis. » Le rapport souligne la honte de rentrer sur un récit d’échec, sans avoir été capable d’envoyer de l’argent régulièrement. Cette pression s’illustre dans une autre réponse du questionnaire : parmi les migrants souhaitant rentrer, 67 % pensent que leur communauté serait heureuse de les voir rentrer, contre seulement 41 % pour ceux souhaitant rester définitivement.

      Paradoxalement donc, en maintenant les personnes dans un statut précaire, l’Etat encourage la fixation des personnes. Dans ses recommandations, le rapport encourage à recourir aux régularisations, soulignant que les marchés du travail parvenaient déjà à absorber une partie de la population concernée.

      « Toute l’attention côté européen porte sur le management de la migration – comment réduire les flux –, tandis que côté africain, l’enjeu c’est “comment avoir des voies légales” », constate Mohamed Yahya. « Il y a un vide pour l’instant au niveau des voies d’accès légales. Or, vu les conditions en Afrique et le profil des personnes qu’on a rencontrées, il est possible de faire quelque chose qui fonctionne. Ce qui est sûr, c’est que la migration irrégulière génère du stress sur la communauté hôte, donne l’impression qu’on ne contrôle pas les frontières. On espère que le rapport contribuera à construire quelque chose parce que sinon, on va continuer à renforcer des perspectives négatives. Il faut que les sociétés se posent la question : quelle migration peut bien fonctionner en Europe ? »

      Les résultats de l’enquête menée dans 13 pays européens dessinent une population jeune (24 ans en moyenne), plus urbaine, plus éduquée et plus argentée que la moyenne des pays d’origine. « Ce n’est pas le manque de travail qui pousse majoritairement à partir mais le manque de travail de qualité, le manque de choix, de perspectives », souligne Mohamed Yahya, principal auteur de l’étude du Pnud. Le rapport recommande de poursuivre la création de zone de libre-échange en Afrique et de travailler sur les structures de pouvoirs dans lesquels les jeunes ne se reconnaissent pas.
      Une stratégie familiale

      Les migrants interrogés viennent souvent de familles plus nombreuses que la moyenne du pays d’origine. 53 % ont bénéficié du soutien financier de la famille ou d’amis pour couvrir le coût de la migration (jusqu’à 20 fois le salaire moyen pour un ressortissant de l’Afrique de l’Est). Les chercheurs voient une stratégie familiale dans nombre de ces trajectoires qui induit un besoin de retour sur investissement.
      38 % travaillent

      38 % des migrants interrogés travaillent dans le pays hôte. Parmi eux, seuls 38 % le font de manière légale. D’après les projections, le niveau de salaire atteint en Europe équivaut à un bon de 40 ans en avant par rapport à la courbe de développement du pays d’origine. 78 % des personnes qui travaillent renvoient de l’argent vers leur pays d’origine.

      https://plus.lesoir.be/255033/article/2019-10-21/un-rapport-de-lonu-favorable-aux-regularisations-de-migrants

      #travail #stratégie_familiale

  • De même, la #théorie marxiste de l’#histoire, et toute théorie générale et simple du même type, est nécessairement amenée à postuler que les #motivations fondamentales des hommes sont et ont toujours été les mêmes dans toutes les #sociétés. Les « forces », productives ou autres, ne peuvent agir dans l’histoire qu’à travers les actions des hommes et dire que les mêmes forces jouent partout le rôle déterminant signifie qu’elles correspondent à des mobiles constants partout et toujours. Ainsi la théorie qui fait du « développement des forces productives » le moteur de l’histoire présuppose implicitement un type invariable de motivation fondamentale des hommes, en gros la motivation économique : de tout temps, les sociétés humaines auraient visé (consciemment ou inconsciemment, peu importe) d’abord et avant tout l’accroissement de leur production et de leur consommation. Mais cette idée n’est pas simplement fausse matériellement ; elle oublie que les types de motivation (et les valeurs correspondantes qui polarisent et orientent la vie des hommes) sont des créations sociales, que chaque culture institue des valeurs qui lui sont propres et dresse les #individus en fonction d’elles. Ces dressages sont pratiquement tout-puissants car il n’y a pas de « nature humaine » qui pourrait leur offrir une résistance, car, autrement dit, l’homme ne naît pas en portant en lui le #sens défini de sa vie. Le maximum de consommation, de puissance ou de sainteté ne sont pas des objectifs innés à l’enfant, c’est la culture dans laquelle il grandira qui lui apprendra qu’il en a « #besoin ». Et il est inadmissible de mêler à l’examen de l’histoire le « besoin » biologique ou l’ « #instinct » de conservation. Le « besoin » biologique ou l’ « instinct » de conservation est le présupposé abstrait et universel de toute société humaine, et de toute espèce vivante en général, et il ne peut rien dire sur aucune en particulier. Il est absurde de vouloir fonder sur la permanence d’un « instinct » de conservation, par définition partout le même, l’histoire, par définition toujours différente, comme il serait absurde de vouloir expliquer par la constance de la libido l’infinie variété de types d’organisation familiale, de névroses ou de perversions sexuelles que l’on rencontre dans les sociétés humaines. Lorsque donc une théorie postule que le développement des forces productives a été déterminant partout, elle ne veut pas dire que les hommes ont toujours eu besoin de se nourrir (auquel cas ils seraient restés des singes). Elle veut dire au contraire que les hommes sont allés toujours au-delà des « besoins » biologiques, qu’ils se sont formé des « besoins » ont été, partout et toujours et de façon prédominante, des besoins économiques. Et en cela, elle ne parle pas de l’histoire en général, elle ne parle que de l’histoire du capitalisme. Dire, en effet, que les hommes ont toujours cherché le développement le plus grand possible des forces productives, et qu’ils n’ont rencontré comme obstacle que l’état de la technique ; ou que les sociétés ont toujours été « objectivement » dominées par cette tendance, et agencées en fonction d’elle, c’est extrapoler abusivement à l’ensemble de l’histoire les motivations et les valeurs, le mouvement et l’agencement de la société actuelle – plus exactement, de la moitié capitaliste de la société actuelle. L’idée que le sens de la #vie consisterait dans l’accumulation et la conservation des richesses serait de la folie pour les Indiens Kwakiutl, qui amassent des richesses pour pourvoir les détruire, l’idée de rechercher le pouvoir et le commandement serrait de la folie pour les Indiens Zuni, chez qui, pour faire de quelqu’un un chef de la tribu, il faut le battre jusqu’à ce qu’il accepte. Des « marxistes » myopes ricanent lorsqu’on cite ces exemples qu’ils considèrent comme des curiosités ethnologiques. Mais s’il y a une curiosité ethnologique dans l’affaire, ce sont précisément ces « révolutionnaires » qui ont érigé la mentalité capitaliste en contenu éternel d’une nature humaine partout la même et qui, tout en bavardant interminablement sur la question coloniale et le problème des pays arriérés, oublient dans leurs raisonnements les deux tiers de la population du globe. Car un des obstacles majeurs qu’a rencontré et que rencontre toujours la pénétration du #capitalisme c’est l’absence des motivations économiques et de la mentalité de type capitaliste chez les peuples des pays arriérés. Le cas est classique, et toujours actuel, des Africains qui, ouvriers pour un temps, quittent le travail dès qu’ils ont réuni la somme qu’ils avaient en vue, et partent à leur village reprendre ce qui est à leurs yeux la seule vie normale. Lorsqu’il a réussi à constituer chez ces peuples une classe d’ouvriers salariés, le capitalisme n’a pas seulement dû, comme #Marx le montrait déjà, les réduire à la misère en détruisant systématiquement les bases matérielles de leur existence indépendante. Il a dû en même temps détruire impitoyablement les #valeurs et les #significations de leur culture et de leur vie – c’est-à-dire en faire effectivement cet ensemble d’un appareil digestif affamé et de muscles prêts à un travail privé de sens, qui est l’image capitaliste de l’homme.

    Cornelius Castoriadis, L’institution imaginaire de la société