Terrorisme masculiniste : l’alerte du renseignement intérieur français | France Inter
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Dans une interview exclusive à la cellule investigation de Radio France, la DGSI lance l’alerte sur la menace du courant masculiniste radical en France. Les profils sont plus jeunes qu’avant – de 14 à 15 ans – les contenus plus violents et les processus de radicalisation plus rapides.
Juillet 2025, près de Saint-Etienne. Un jeune homme de 18 ans se dirige vers son lycée avec deux couteaux dans son sac. Son projet : s’en prendre à des camarades de son lycée, toutes des jeunes femmes. Il est arrêté avant de passer à l’acte et mis en examen pour “association de malfaiteurs terroriste criminelle”. Interrogé, le jeune homme se revendique d’une mouvance masculiniste radicale et violente : les incels.
Ce courant est une préoccupation pour les services de renseignements français. La DGSI [Direction générale de la Sécurité intérieure] a accepté exceptionnellement de répondre aux questions de la cellule investigation de Radio France. Ils tirent la sonnette d’alarme face à une menace qui a “une potentialité terroriste forte”.
Une radicalisation plus rapide
Le masculinisme est né dans les années 1990 aux États-Unis. Les adeptes de cette idéologie considèrent qu’au nom de l’égalité, les droits accordés aux femmes ont supplanté ceux des hommes et que la société est aujourd’hui dominée par les femmes. Ce courant se présente en opposition au féminisme, pour redonner du pouvoir aux hommes. L’incelisme en est son émanation la plus radicale. Les “incels” considèrent que les femmes sont responsables de leur célibat et vont parfois jusqu’à commettre des tueries de masse pour se venger. C’est le cas notamment d’Eliott Rodger, qui a tué 6 personnes et en a blessé 14 en Californie en 2014.
La DGSI constate un rajeunissement des jeunes masculinistes radicalisés, dès 13 ans. “Mais la majorité se situe plutôt vers 14 ou 15 ans. Nous en avons beaucoup”, explique Mathieu [pseudonyme], l’agent de la DGSI que nous avons rencontré. La porte d’entrée de cette radicalisation incel, ce sont des vidéos sur Tiktok ou Instagram qui traitent de santé mentale et peuvent accrocher des jeunes garçons qui ont “des pulsions assez auto-destructrices, mortifères, avec des failles psychologiques, des problèmes mentaux qui n’ont pas été diagnostiqués”. Les services de renseignement observent également une radicalisation plus rapide. “En quelques mois seulement, quelqu’un peut passer d’un adolescent dans une construction normale à quelqu’un de radicalisé et prêt à passer à l’acte”, précise Mathieu.
Une idéologie qui infuse dans la société
Pour détecter les signaux de radicalisation (consultation de vidéos gore pour se désensibiliser, publication de vidéo, usage de l’IA, fascination pour les tueurs de masse...), les services de renseignement et le parquet national antiterroriste se forment et sont mobilisés. “Au niveau parisien, cela représente une cinquantaine de personnes, incluant les 30 magistrats du Parquet national antiterroriste, ainsi que des magistrats du siège qui ont été spécifiquement sensibilisés à cette problématique”, explique Olivier Christen, le procureur du PNAT (Parquet national antiterroriste). À ce jour, plusieurs dizaines de profils de mineurs sont pris en charge par les services de l’État pour être déradicalisés.
Si jusqu’ici seul un homme adhérant à cette idéologie a été mis en examen en juillet 2025 en France pour "association de malfaiteurs terroriste criminelle”, l’idéologie masculiniste infuse dans la société et ses adeptes ont des cibles bien identifiées.
Le féminisme en ligne de mire
“Nique ta grand-mère sale pute de Femen”, “le seul mot féminin que tu dois connaitre c’est : cuisine”. “Au bûcher sorcière.” C’est le genre de message que Typhaine D. reçoit par milliers en 2022 après avoir participé à un débat en ligne ou elle défendait la féminisation de la langue française. Elle reçoit au total près d’un million de messages d’insultes misogynes, de menaces de mort, de viol et d’incitations au suicide...
Ce déferlement de haine sort même de la sphère numérique. Dans les transports en commun, dans la rue, la jeune femme est menacée et se fait parfois cracher dessus. Elle reçoit aussi des lettres à son domicile. Face à cette violence, elle ne sent plus en sécurité et quitte Paris. La jeune femme a porté plainte et 9 hommes ont été condamnés en septembre 2025, pour harcèlement moral aggravé parce qu’ils visaient une femme.
Les associations féministes sont également prises pour cibles. Le planning familial, symbole de la défense des droits des femmes à disposer de leur corps, a été visé en octobre 2025 par une menace d’attentat suicide de la part d’un homme opposé à l’avortement et qui se revendique de la branche radicale incel.
"On sent qu’il y a un basculement”
Ce retour d’idées misogynes, portées par une galaxie d’influenceurs, parle particulièrement à un jeune public. Louise-Marie Giacomuzzo intervient dans les collèges et les lycées dans le cadre de l’éducation à la vie relationnelle affective et sexuelle. Elle constate sur le terrain la porosité des discours masculinistes chez les jeunes hommes. “Quand je suis en classe et que je suis face à en moyenne 30 élèves, je dirais qu’il y a un tiers qui revendique ce discours, un tiers qui se tait, mais qui, par le silence ou par des clins d’œil, des sourires, valide et il y a un tiers qui s’y oppose quand il en a le courage. Avant, on avait des vraies oppositions, des personnes qui disaient : ‘Mais c’est scandaleux de penser comme ça !” Ou alors : ‘Mais tais toi, tu n’as pas à dire ça !’ Alors qu’aujourd’hui ils vont rigoler et ne vont plus s’opposer à ce discours. Donc on sent qu’il y a un basculement quand même.”
Le Haut conseil à l’égalité entre les femmes et les hommes appelle le gouvernement à mettre en place une stratégie nationale de prévention et de lutte contre le masculinisme.
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"Plus jeunes et plus dangereux" : l’alerte de la DGSI sur la menace masculinisteOuverture dans un nouvel onglet par Laetitia Cherel


