• En Europe, la convergence des néolibéraux et des #identitaires

    Entretien croisé avec #Michel_Feher, philosophe, et #Chloé_Ridel, du Groupe d’études géopolitiques de l’ENS. Le premier revient sur son analyse de l’Europe « bleue-brune » qui se dessine, et la seconde sur l’idée d’« #Europe-civilisation » qui se substitue au « #nationalisme_à_la_papa ».

    https://www.youtube.com/watch?v=-vAMFAcgHqg&feature=emb_logo


    https://www.mediapart.fr/journal/international/251118/en-europe-la-convergence-des-neoliberaux-et-des-identitaires

    #néolibéralisme #extrême_droite #entretien

    • « Faire de l’Europe une maison de retraite fortifiée pour des épargnants de souche. »

      (Macron) « Quand on se met à virer à droite, demandez au PS, c’est jamais suffisant, et c’est toujours l’extrême droite qui emporte le morceau. »

      « Je ne pense pas que le populisme xénophobe est une réaction aux politiques néolibérales et à la financiarisation, je pense au contraire qu’il en est une extension. Il ya une grave erreur à gauche en particulier à penser que cette montée de l’extrême droite, c’est une réaction, que ce serait une révolte (...) quand on voit les programmes, ces gens là ne sont pas du tout des antilibéraux (...) les gens qui dirigent l’AFD en Allemagne sont des membres de la Société du Mont Pellerin, c’est-à-dire le cénacle même des économistes néolibéraux. »

      Michel Feher (actionnaire) reste stimulant.

      #phobie_migratoire #capital_humain #capital_d'autochtonie #identitaires

  • Les origines néolibérales de l’antiglobalisme

    « Globalistes » contre « Nationalistes », cette nouvelle ligne de fracture politique masque la vérité : les nationalistes populistes cherchent moins à défendre un modèle social qu’à s’affranchir des contraintes internationales imposés par les règles du #libre-échange. Leur but est en réalité d’aller vers plus de #capitalisme, et de contester le droit des nations non-blanches à intégrer équitablement le jeu du libre-échange mondial.

    Depuis que Trump a installé le conflit entre les « nationalistes » et les « globalistes » comme l’antagonisme politique central, il a été repris en chœur par tous les « populistes » sans exception, de Farage à Orban en passant par Salvini et Bolsonaro. Marine Le Pen a ainsi déclaré dans un récent entretien accordé à Breitbart (le média auparavant dirigé par Bannon) : « Le globalisme est un esprit post-national […] Il porte en lui l’idée que les #frontières doivent disparaître, y compris les protections que ces frontières apportent habituellement à une #nation. Elle repose sur l’idée que ce sont les #marchés tout puissants qui décident de tout. Ce concept de globalisme est poussé par des technocrates qui ne sont jamais élus et qui sont les personnes typiques qui dirigent les choses à Bruxelles dans l’Union européenne. Les gens qui croient aux nations – les nationalistes – c’est exactement le contraire. Ils croient que les nations sont le moyen le plus efficace de protéger la #sécurité, la #prospérité et l’#identité nationales pour s’assurer que les gens prospéreront dans ces nations. »

    À l’intérieur de cette opposition, le « nationalisme » est implicitement compris comme la défense des populations attaquées par la #globalisation_économique, le retour de la #souveraineté de l’#Etat-nation et le « #protectionnisme ». Dans un entretien accordé l’an passé au Figaro, #Emmanuel_Todd estimait qu’un renversement était en train de se produire, aux États-Unis avec le protectionnisme de #Trump : « Une génération avait mis à bas, avec le néolibéralisme de Reagan, la société qu’avait instaurée l’#Etat-providence rooseveltien ; une nouvelle génération d’Américains est en train de balayer aujourd’hui le modèle des années 1980 » ; et au #Royaume-Uni, avec le #Brexit où, alors que « Thatcher était une figure du néolibéralisme aussi importante que Reagan, […] notre plus grande surprise a été de voir la #droite conservatrice assumer le Brexit et discuter à présent ses modalités, et même s’engager à tâtons dans un #conservatisme de “gauche” ».

    Mais la rupture produite par les populistes va-t-elle effectivement dans le sens annoncé par Todd, d’une limitation du #libre-échange, d’un recul du néolibéralisme et d’un #conservatisme_social ? Rien n’est moins sûr dès que l’on s’intéresse à la provenance de ce #nationalisme_anti-globaliste.

    De Thatcher au Brexit : nations souveraines et #libre_entreprise

    Avant d’être soutenu par une partie des ouvriers britanniques déclassés, le Brexit trouve ses origines dans l’#euroscepticisme du Parti conservateur britannique dont la figure de proue a été… #Thatcher. C’est son célèbre discours devant le Collège de l’Europe à Bruges en septembre 1988 qui a fait émerger le think-tank du « Groupes de Bruges » réunissant des Tories eurosceptiques dont #Alan_Sked et #Nigel_Farage, et dont bientôt sortirait le #UKIP conduisant le Royaume-Uni au Brexit. Thatcher tançait dans son discours le « super-État européen exerçant une nouvelle domination depuis Bruxelles », elle opposait l’Europe existante de la #communauté_économique_européenne, celle de la #bureaucratie, du #centralisme et du #protectionnisme à l’#Europe de la #libre-entreprise, du #libre-échange et de la #déréglementation qu’elle appelait de ses vœux.

    Il fallait surtout en finir avec le protectionnisme à l’égard du monde extra-européen de façon à réconcilier les nations européennes avec les « marchés réellement globaux ». La critique de l’Europe ne portait cependant pas seulement sur les contraintes pesant sur la #libre_entreprise, la recherche d’une identité européenne transcendante faisait aussi courir le risque d’une disparition des #identités_nationales avec leurs coutumes et leurs traditions. Contre ce « méga-État artificiel », il fallait concevoir l’Europe comme une « famille de nations ».

    Le libre-échange d’une part et le nationalisme d’autre part que Thatcher opposait à la bureaucratie régulatrice de Bruxelles, n’étaient du reste pas séparés, mais bien d’un seul tenant : « Je n’eus d’autre choix, affirme-t-elle dans ses mémoires, que de brandir le drapeau de la #souveraineté_nationale, de la #liberté_du_commerce et de la #liberté_d’entreprise – et de combattre ». On se situe donc à mille lieux d’un nationalisme qui chercherait à s’établir en rempart contre la #mondialisation économique et le libre-échange : c’est au contraire la récupération de la #souveraineté_nationale qui, en s’affranchissant des contraintes supranationales européennes, doit permettre aux peuples de se réconcilier avec le libre-échange mondialisé.

    Or cette position nationale-néolibérale, qui veut faire de la nation britannique l’actrice directe de son inscription dans la #mondialisation_économique, est celle de tous les principaux brexiters, Farage en tête, mais aussi de tous les défenseurs d’un « hard brexit » parmi l’establishment Tory, de #Boris_Johnson à #Jacob_Ress-Mogg en passant par #Steven_Baker et #Dominic_Rabb. Au deuxième semestre 2018, une enquête de Greenpeace a révélé que #David_Davis, l’ancien secrétaire au Brexit de #Theresa_May, #Owen_Paterson, l’ancien secrétaire à l’agriculture et à l’environnement de David Cameron, et #Shanker_Singham, un expert commercial de l’Institute of Economic Affairs, s’étaient rendus en Oklahoma au cours d’un voyage financé par le lobby agro-industriel américain pour préparer avec des membres de l’administration Trump un accord commercial bilatéral post-Brexit, prévoyant notamment l’importation en Angleterre de #poulet lavé au chlore et de #bœuf aux hormones.

    Paterson, en déplorant qu’un tel accord soit impossible dans le cadre actuel des réglementations de l’Union européenne, a tweeté qu’il était essentiel que « le Royaume-Uni ait le contrôle de ses tarifs et de son cadre réglementaire ». C’est peu de dire qu’on est loin du « #conservatisme_de_gauche » … Au contraire, comme l’avait anticipé Thatcher, la récupération de la souveraineté nationale face à l’#Union_européenne est le moyen de plus de #déréglementation et de libre-échange.

    Anti-globalisme et libre-échangisme mondialisé chez #Rothbard

    Qu’en est-il aux États-Unis ? « La génération qui est en train de balayer le modèle des années 1980 » est-elle, à la différence du Royaume-Uni, en rupture avec le néolibéralisme de Reagan ? La droite radicale qui a contesté l’héritage de Reagan pour finalement aboutir à l’élection de Donald Trump s’est construite au tournant des années 1990 dans les marges du Parti républicain. Réunissant des « paléo-libertariens » autour de #Murray_Rothbard et #Lew_Rockwell et des « paléo-conservateurs » autour de Patrick Buchanan, ce mouvement s’appelait « paléo » parce qu’il revendiquait un retour à la #Droite_originaire (#Old_Right) du Parti républicain entre les années 1930 et 1950 qui défendait l’#isolationnisme et les intérêts de la nation américaine (#America_First) contre l’#interventionnisme_militaire, mais aussi la #liberté_individuelle, le gouvernement minimal et la propriété privée contre le #New_Deal et le #Welfare_state. Il s’était formé pour contester la prise du pouvoir sous #Reagan puis l’hégémonie sous Bush des néoconservateurs et leur imposition du #Nouvel_ordre_mondial. Leur critique s’est incarnée dans les campagnes des primaires républicaines de #Buchanan en 1992 et 1996.

    Ce que ciblaient les paléo dans le Nouvel ordre mondial, c’était un super-étatisme internationaliste, un système mondial de Welfare-warfare state, où l’importation de la « démocratie globale » partout dans le monde par l’interventionnisme américain sous l’égide de l’ONU se conjuguait à un gouvernement économique mondial de type keynésien. Les termes de « globalisme » et de globaloney étaient utilisés notamment par Rothbard au début des années 1990 pour décrier ce système et ils étaient empruntés au vocabulaire de la Old Right pour qui ils désignaient déjà ce complexe internationaliste de l’interventionnisme extérieur onusien et de la perspective d’un New Deal global que ses membres critiquaient dans les politiques de Franklin Roosevelt et Harry Truman.

    Rothbard puisait notamment son inspiration chez un historien révisionniste de la Seconde Guerre mondiale dont il avait été proche, Harry Elmer Barnes. De plus, dans les années 1970, alors que la Guerre du Vietnam était encore en cours, des anti-impérialistes avec qui il collaborait avaient déjà remis au goût du jour la critique du globalisme. Lorsque la globalisation économique se concrétisa dans la première moitié des années 1990 avec l’Alena puis la création de l’OMC, ces nouveaux éléments devinrent partie intégrante de sa critique et les nouvelles cibles de l’attaque contre le « globalisme ». Rothbard dénonçait l’Alena comme du « commerce bureaucratique réglementé » conçu par « un sinistre Establishment centriste dont le dévouement à la liberté et au libre-échange s’apparente à celui de Leonid Brejnev ». L’Alena entraînait en particulier une harmonisation des législations vers le haut qui allait contraindre les entreprises américaines à se soumettre aux normes environnementales et au droit du travail contraignants des législations canadiennes et mexicaines contrôlées par des syndicalistes et des socialistes.

    Tout ce « mercantilisme » ne signifiait rien d’autre selon lui que la spoliation que les élites politiques mondiales opéraient sur le libre-échange véritable au détriment de la masse des gens qui ne pouvaient en jouir directement. Il alertait sur la perte de souveraineté que représentait l’Alena qu’il comparait au « super-étatisme de la Communauté européenne » car cet accord imposait la mise sur pied d’« institutions d’un super-gouvernement internationaliste arrachant la prise de décision des mains des Américains ». Face à cette « politique globaliste » (globalist policy), une « nouvelle coalition populiste » et « un nouveau nationalisme américain » devaient être définis : il fallait abroger l’Alena, se retirer de toutes les agences gouvernementales supranationales (ONU, OIT, UNESCO, etc.), stopper l’aide au développement et durcir les conditions d’immigration qui provoquaient l’élargissement de l’État social, au nom d’authentiques marchés libres.

    Comme chez Thatcher, on est à l’opposé d’une critique du libre-échange ; le nationalisme est au contraire là aussi un moyen de sauver le libre-échange mondialisé qui est confisqué par les institutions supranationales bureaucratiques et socialisantes – en un mot « globalistes ».

    Lorsque les populistes s’attaquent au « globalisme », ils emboîtent le pas d’une critique qui ne visait pas à l’origine la mondialisation des échanges de biens et de services, mais au contraire le super-étatisme des élites politiques mondiales qui parasitent le fonctionnement du libre-échange mondialisé. Une distinction conceptuelle s’impose donc entre le « globalisme » et le « mondialisme », puisque dans les cas des héritages de Thatcher ou de Rothbard, l’anti-globalisme va de pair avec un mondialisme libre-échangiste absolument revendiqué.
    Anti-globalisme et hiérarchie des nations de Buchanan à Trump

    Aux États-Unis, après la seconde campagne de Buchanan pour les primaires républicaines de 1996, les premiers doutes des libertariens ont cependant laissé place à la rupture avec les paléo-conservateurs autour de la question du protectionnisme et des barrières tarifaires. La rupture fut définitivement consommée en 1998 avec la publication du livre de Buchanan The Great Betrayal. How American Sovereignty and Social Justice Are Being Sacrified to the Gods of the Global Economy. C’est dans ce livre que Buchanan affirme son attachement au « nationalisme économique » et qu’il fait du « conflit » entre les « nationalistes » et les « globalistes » le « nouveau conflit de l’époque qui succède à la Guerre froide »[1], définissant la ligne que reprendront littéralement Bannon et Trump. Soutenant le protectionnisme industriel, il déplace le contenu de l’anti-globalisme dans le sens de la défense des intérêts économiques nationaux contre la mondialisation du libre-échange.

    Cependant, l’opposition simple entre le nationalisme économique à base de protectionnisme industriel et le libre-échange illimité mérite d’être approfondie. D’abord, Buchanan est toujours resté un adversaire résolu de l’État-providence et The Great Betrayal est surtout une défense de l’économie américaine pré-New Deal où l’existence de barrières tarifaires aux importations a coïncidé avec une période de croissance. Pour autant, cette période a été marquée par de fortes inégalités économiques et sociales.

    Ensuite, dans le cas de Trump, l’usage qu’il fait du protectionnisme est pour le moins pragmatique et ne relève pas d’une position de principe. Lorsqu’il a baissé drastiquement fin 2017 l’impôt sur les sociétés, il a montré que sa défense de l’emploi américain ne convergeait pas nécessairement avec la « justice sociale ». Ciblant certaines industries correspondant à son électorat comme l’automobile, il se sert surtout des barrières tarifaires aux importations comme d’une arme parfois purement psychologique et virtuelle, parfois effective mais temporaire, dans une guerre commerciale qui peut aboutir à davantage de libre-échange.

    Dans l’USMCA (United States-Mexico-Canada Agreement), l’accord de l’Alena renégocié, si 75% des composants d’une automobile devront être fabriqués aux États-Unis pour qu’elle soit exemptée de barrières douanières (contre 62, 5% avec l’Alena), en revanche le marché laitier canadien sera davantage ouvert aux fermiers américains, tandis que Trump a récemment supprimé les barrières aux importations d’acier et d’aluminium venant du Mexique et du Canada, pour inciter ces pays à ratifier l’USMCA. S’il continue de se servir des droits de douane punitifs dans la guerre commerciale avec la Chine, il a recherché davantage de libre-échange avec l’Union européenne.

    Enfin, lorsque des journalistes demandèrent à Buchanan de quel économiste il s’inspirait, il répondit qu’il s’agissait de Wilhelm Röpke[2], l’un des principaux fondateurs de l’ordo-libéralisme, la forme prise par le néolibéralisme en Allemagne qui inspira la politique économique de Ludwig Erhardt sous Adenauer. Or Röpke n’était pas un thuriféraire, mais bien au contraire un opposant farouche au « nationalisme économique » et au « protectionnisme » qui représentait des fléaux pour l’ordre économique international qu’il cherchait à construire[3]. Cependant, il estimait que le libre-échange mondial ne pouvait intégrer les nations postcoloniales, car il n’avait été possible avant la première guerre mondiale que parmi le cercle des nations occidentales partageant un même ordre de valeurs culturelles et religieuses.

    Cette insistance sur des conditions extra-économiques morales et spirituelles au développement économique fait qu’il revendique une « troisième voie » appelée « économie humaine » entre le libre-échange purement fondé sur la concurrence et la social-démocratie. En cohérence avec cette « économie humaine », il s’engagea publiquement en faveur du maintien de l’apartheid en Afrique du Sud parce que les Noirs sud-africains se situaient « à un niveau de développement qui excluaient la véritable intégration spirituelle et politique avec les Blancs hautement civilisés »[4].

    Son nationalisme n’était finalement pas dirigé contre le libre-échange, mais pour un ordre hiérarchique international fondé sur des conditions de développement économiques différenciées, ne laissant pas aux nations non blanches les moyens d’intégrer le libre-échange mondial. Lorsque Buchanan tempête contre l’immigration et la reconquista économique mexicaine menaçant la culture américaine, il se situe effectivement dans le sillage de la position nationale-néolibérale de Röpke. Dans un débat télévisé en vue des élections européennes de 2019, Marine Le Pen promettait elle aussi, du reste, d’opposer au « capitalisme sauvage » une « économie humaine ».

    Lorsque des universitaires ou des commentateurs, y compris à gauche, insistent sur les aspects économiques positifs pour les populations, du nationalisme anti-globaliste, ils se méprennent absolument sur les origines comme sur les politiques menées par les populistes nationalistes. Ceux-ci revendiquent la récupération de la souveraineté nationale et critiquent les règles transnationales de la globalisation économique, non pour protéger leur modèle social et le droit du travail de leur population, mais pour s’affranchir de ce qui resterait en elles de contraintes environnementales ou sociales, et s’en servir comme tremplin vers plus de capitalisme et de libre-échange, ou pour contester le droit des nations non-blanches à intégrer équitablement le jeu du libre-échange mondial. Dans cette bataille, ce sont les national-néolibéraux qui affrontent les globalistes néolibéraux, dans une course qui pousse le monde dans une direction toujours plus mortifère, et ne comporte pas le moindre aspect positif.

    https://aoc.media/analyse/2019/10/28/les-origines-neoliberales-de-lantiglobalisme

    #nationalisme #globalisme #anti-globalisme #néolibéralisme #néo-libéralisme #populisme #discours_de_Bruges #industrie_agro-alimentaire #boeuf

    ping @karine4

  • Le néo-populisme est un néo- libéralisme

    Comment être libéral et vouloir fermer les frontières ? L’histoire du néolibéralisme aide à comprendre pourquoi, en Autriche et en Allemagne, extrême droite et droite extrême justifient un tel grand écart : oui à la libre-circulation des biens et des richesses, non à l’accueil des migrants.

    https://aoc.media/analyse/2018/07/03/neo-populisme-neo-liberalisme

    –-> je re-signale ici un article publié dans AOC media qui date de 2018, sur lequel je suis tombée récemment, mais qui est malheureusement sous paywall

    #populisme #libéralisme #néo-libéralisme #néolibéralisme #fermeture_des_frontières #frontières #histoire #extrême_droite #libre-circulation #migrations #Allemagne #Autriche

    ping @karine4 @isskein

    • #Globalists. The End of Empire and the Birth of Neoliberalism

      Neoliberals hate the state. Or do they? In the first intellectual history of neoliberal globalism, #Quinn_Slobodian follows a group of thinkers from the ashes of the Habsburg Empire to the creation of the World Trade Organization to show that neoliberalism emerged less to shrink government and abolish regulations than to redeploy them at a global level.

      Slobodian begins in Austria in the 1920s. Empires were dissolving and nationalism, socialism, and democratic self-determination threatened the stability of the global capitalist system. In response, Austrian intellectuals called for a new way of organizing the world. But they and their successors in academia and government, from such famous economists as Friedrich Hayek and Ludwig von Mises to influential but lesser-known figures such as Wilhelm Röpke and Michael Heilperin, did not propose a regime of laissez-faire. Rather they used states and global institutions—the League of Nations, the European Court of Justice, the World Trade Organization, and international investment law—to insulate the markets against sovereign states, political change, and turbulent democratic demands for greater equality and social justice.

      Far from discarding the regulatory state, neoliberals wanted to harness it to their grand project of protecting capitalism on a global scale. It was a project, Slobodian shows, that changed the world, but that was also undermined time and again by the inequality, relentless change, and social injustice that accompanied it.

      https://www.hup.harvard.edu/catalog.php?isbn=9780674979529

      #livre #empire #WTO #capitalisme #Friedrich_Hayek #Ludwig_von_Mises #Wilhelm_Röpke #Michael_Heilperin #Etat #Etat-nation #marché #inégalités #injustice #OMC

    • Quinn Slobodian : « Le néolibéralisme est travaillé par un conflit interne »

      Pour penser les hybridations contemporaines entre néolibéralisme, #autoritarisme et #nationalisme, le travail d’historien de Quinn Slobodian, encore peu connu en France, est incontournable. L’auteur de Globalists nous a accordé un #entretien.

      L’élection de Trump, celle de Bolsonaro, le Brexit… les élites des partis de #droite participant au #consensus_néolibéral semblent avoir perdu le contrôle face aux pulsions nationalistes, protectionnistes et autoritaires qui s’expriment dans leur propre camp ou chez leurs concurrents les plus proches.

      Pour autant, ces pulsions sont-elles si étrangères à la #doctrine_néolibérale ? N’assisterait-on pas à une mutation illibérale voire nativiste de la #globalisation_néolibérale, qui laisserait intactes ses infrastructures et sa philosophie économiques ?

      Le travail de Quinn Slobodian, qui a accordé un entretien à Mediapart (lire ci-dessous), apporte un éclairage précieux à ces questions. Délaissant volontairement la branche anglo-américaine à laquelle la pensée néolibérale a souvent été réduite, cet historien a reconstitué les parcours de promoteurs du néolibéralisme ayant accompli, au moins en partie, leur carrière à #Genève, en Suisse (d’où leur regroupement sous le nom d’#école_de_Genève).

      Dans son livre, Globalists (Harvard University Press, 2018, non traduit en français), ce professeur associé au Wellesley College (près de Boston) décrit l’influence croissante d’un projet intellectuel né « sur les cendres de l’empire des Habsbourg » à la fin de la Première Guerre mondiale, et qui connut son apogée à la création de l’#Organisation_mondiale_du_commerce (#OMC) en 1995.

      À la suite d’autres auteurs, Slobodian insiste sur le fait que ce projet n’a jamais été réductible à un « #fondamentalisme_du_marché », opposé par principe à la #puissance_publique et au #droit. Selon lui, l’école de Genève visait plutôt un « #enrobage » ( encasement ) du #marché pour en protéger les mécanismes. L’objectif n’était pas d’aboutir à un monde sans #frontières et sans lois, mais de fabriquer un #ordre_international capable de « sauvegarder le #capital », y compris contre les demandes des masses populaires.

      Dans cette logique, la division du monde en unités étatiques a le mérite d’ouvrir des « voies de sortie » et des possibilités de mise en #concurrence aux acteurs marchands, qui ne risquent pas d’être victimes d’un Léviathan à l’échelle mondiale. Cela doit rester possible grâce à la production de #règles et d’#institutions, qui protègent les décisions de ces acteurs et soustraient l’#activité_économique à la versatilité des choix souverains.

      On l’aura compris, c’est surtout la #liberté de l’investisseur qui compte, plus que celle du travailleur ou du citoyen – Slobodian cite un auteur se faisant fort de démontrer que « le #libre_commerce bénéficie à tous, même sans liberté de migration et si les peuples restent fermement enracinés dans leurs pays ». Si la compétition politique peut se focaliser sur les enjeux culturels, les grandes orientations économiques doivent lui échapper.

      L’historien identifie dans son livre « trois #ruptures » qui ont entretenu, chez les néolibéraux qu’il a étudiés, la hantise de voir s’effondrer les conditions d’un tel ordre de marché. La guerre de 14-18 a d’abord interrompu le développement de la « première mondialisation », aboutissant au morcellement des empires de la Mitteleuropa et à l’explosion de revendications démocratiques et sociales.

      La #Grande_Dépression des années 1930 et l’avènement des fascismes ont constitué un #traumatisme supplémentaire, les incitant à rechercher ailleurs que dans la science économique les solutions pour « sanctuariser » la mobilité du capital. Les prétentions au #protectionnisme de certains pays du « Sud » les ont enfin poussés à s’engager pour des accords globaux de #libre_commerce.

      L’intérêt supplémentaire de Globalists est de nous faire découvrir les controverses internes qui ont animé cet espace intellectuel, au-delà de ses objectifs communs. Une minorité des néolibéraux étudiés s’est ainsi montrée sinon favorable à l’#apartheid en #Afrique_du_Sud, du moins partisane de droits politiques limités pour la population noire, soupçonnée d’une revanche potentiellement dommageable pour les #libertés_économiques.

      Le groupe s’est également scindé à propos de l’#intégration_européenne, entre ceux qui se méfiaient d’une entité politique risquant de fragmenter le marché mondial, et d’autres, qui y voyaient l’occasion de déployer une « Constitution économique », pionnière d’un « modèle de gouvernance supranationale […] capable de résister à la contamination par les revendications démocratiques » (selon les termes du juriste #Mestmäcker).

      On le voit, la recherche de Slobodian permet de mettre en perspective historique les tensions observables aujourd’hui parmi les acteurs du néolibéralisme. C’est pourquoi nous avons souhaité l’interroger sur sa vision des évolutions contemporaines de l’ordre politique et économique mondial.

      Dans votre livre, vous montrez que les néolibéraux donnent beaucoup d’importance aux #règles et peuvent s’accommoder des #frontières_nationales, là où cette pensée est souvent présentée comme l’ennemie de l’État. Pourriez-vous éclaircir ce point ?

      Quinn Slobodian : Quand on parle d’ouverture et de fermeture des frontières, il faut toujours distinguer entre les biens, l’argent ou les personnes. Mon livre porte surtout sur le #libre_commerce, et comment des #lois_supranationales l’ont encouragé. Mais si l’on parle des personnes, il se trouve que dans les années 1910-1920, des néolibéraux comme #von_Mises étaient pour le droit absolu de circuler.

      Après les deux guerres mondiales, cette conception ne leur est plus apparue réaliste, pour des raisons de #sécurité_nationale. #Hayek a par exemple soutenu l’agenda restrictif en la matière de #Margaret_Thatcher.

      Même si l’on met la question de l’immigration de côté, je persiste à souligner que les néolibéraux n’ont rien contre les frontières, car celles-ci exercent une pression nécessaire à la #compétitivité. C’est pourquoi l’existence simultanée d’une économie intégrée et de multiples communautés politiques n’est pas une contradiction pour eux. De plus, une « #gouvernance_multiniveaux » peut aider les dirigeants nationaux à résister aux pressions populaires. Ils peuvent se défausser sur les échelons de gouvernement qui leur lient les mains, plus facilement que si on avait un véritable #gouvernement_mondial, avec un face-à-face entre gouvernants et gouvernés.

      Cela pose la question du rapport entre néolibéralisme et #démocratie

      Les néolibéraux voient la démocratie de manière très fonctionnelle, comme un régime qui produit plutôt de la #stabilité. C’est vrai qu’ils ne l’envisagent qu’avec des contraintes constitutionnelles, lesquelles n’ont pas à être débordées par la volonté populaire. D’une certaine façon, la discipline que Wolfgang Schaüble, ex-ministre des finances allemand, a voulu imposer à la Grèce résulte de ce type de pensée. Mais c’est quelque chose d’assez commun chez l’ensemble des libéraux que de vouloir poser des bornes à la #démocratie_électorale, donc je ne voudrais pas faire de mauvais procès.

      Les élections européennes ont lieu le 26 mai prochain. Pensez-vous que l’UE a réalisé les rêves des « globalists » que vous avez étudiés ?

      C’est vrai que la #Cour_de_justice joue le rôle de gardienne des libertés économiques au centre de cette construction. Pour autant, les règles ne se sont pas révélées si rigides que cela, l’Allemagne elle-même ayant dépassé les niveaux de déficit dont il était fait si grand cas. Plusieurs craintes ont agité les néolibéraux : celle de voir se développer une #Europe_sociale au détriment de l’#intégration_négative (par le marché), ou celle de voir la #monnaie_unique empêcher la #concurrence entre #monnaies, sans compter le risque qu’elle tombe aux mains de gens trop peu attachés à la stabilité des prix, comme vous, les Français (rires).

      Plus profondément, les néolibéraux sceptiques se disaient qu’avec des institutions rendues plus visibles, vous créez des cibles pour la #contestation_populaire, alors qu’il vaut mieux des institutions lointaines et discrètes, produisant des règles qui semblent naturelles.

      Cette opposition à l’UE, de la part de certains néolibéraux, trouve-t-elle un héritage parmi les partisans du #Brexit ?

      Tout à fait. On retrouve par exemple leur crainte de dérive étatique dans le #discours_de_Bruges de Margaret Thatcher, en 1988. Celle-ci souhaitait compléter le #marché_unique et travailler à une plus vaste zone de #libre-échange, mais refusait la #monnaie_unique et les « forces du #fédéralisme et de la #bureaucratie ».

      Derrière ce discours mais aussi les propos de #Nigel_Farage [ex-dirigeant du parti de droite radicale Ukip, pro-Brexit – ndlr], il y a encore l’idée que l’horizon de la Grande-Bretagne reste avant tout le #marché_mondial. Sans préjuger des motivations qui ont mené les citoyens à voter pour le Brexit, il est clair que l’essentiel des forces intellectuelles derrière cette option partageaient des convictions néolibérales.

      « L’hystérie sur les populistes dramatise une situation beaucoup plus triviale »

      De nombreux responsables de droite sont apparus ces dernières années, qui sont à la fois (très) néolibéraux et (très) nationalistes, que l’on pense à Trump ou aux dirigeants de l’#Alternative_für_Deutschland (#AfD) en Allemagne. Sont-ils une branche du néolibéralisme ?

      L’AfD est née avec une plateforme ordo-libérale, attachée à la #stabilité_budgétaire en interne et refusant toute solidarité avec les pays méridionaux de l’UE. Elle joue sur l’#imaginaire de « l’#économie_sociale_de_marché », vantée par le chancelier #Erhard dans les années 1950, dans un contexte où l’ensemble du spectre politique communie dans cette nostalgie. Mais les Allemands tiennent à distinguer ces politiques économiques du néolibéralisme anglo-saxon, qui a encouragé la #financiarisation de l’économie mondiale.

      Le cas de #Trump est compliqué, notamment à cause du caractère erratique de sa prise de décision. Ce qui est sûr, c’est qu’il brise la règle néolibérale selon laquelle l’économie doit être dépolitisée au profit du bon fonctionnement de la concurrence et du marché. En ce qui concerne la finance, son agenda concret est complètement néolibéral.

      En matière commerciale en revanche, il est sous l’influence de conseillers qui l’incitent à une politique agressive, notamment contre la Chine, au nom de l’#intérêt_national. En tout cas, son comportement ne correspond guère à la généalogie intellectuelle de la pensée néolibérale.

      Vous évoquez dans votre livre « l’#anxiété » qui a toujours gagné les néolibéraux. De quoi ont-ils #peur aujourd’hui ?

      Je dirais qu’il y a une division parmi les néolibéraux contemporains, et que la peur de chaque camp est générée par celui d’en face. Certains tendent vers le modèle d’une intégration supranationale, avec des accords contraignants, que cela passe par l’OMC ou les méga-accords commerciaux entre grandes régions du monde.

      Pour eux, les Trump et les pro-Brexit sont les menaces contre la possibilité d’un ordre de marché stable et prospère, à l’échelle du globe. D’un autre côté figurent ceux qui pensent qu’une #intégration_supranationale est la #menace, parce qu’elle serait source d’inefficacités et de bureaucratie, et qu’une architecture institutionnelle à l’échelle du monde serait un projet voué à l’échec.

      Dans ce tableau, jamais la menace ne vient de la gauche ou de mouvement sociaux, donc.

      Pas vraiment, non. Dans les années 1970, il y avait bien le sentiment d’une menace venue du « Sud global », des promoteurs d’un nouvel ordre économique international… La situation contemporaine se distingue par le fait que la #Chine acquiert les capacités de devenir un acteur « disruptif » à l’échelle mondiale, mais qu’elle n’en a guère la volonté. On oublie trop souvent que dans la longue durée, l’objectif de l’empire chinois n’a jamais consisté à étendre son autorité au-delà de ses frontières.

      Aucun des auteurs que je lis n’est d’ailleurs inquiet de la Chine à propos du système commercial mondial. Le #capitalisme_autoritaire qu’elle incarne leur paraît tout à fait convenable, voire un modèle. #Milton_Friedman, dans ses derniers écrits, valorisait la cité-État de #Hong-Kong pour la grande liberté économique qui s’y déploie, en dépit de l’absence de réelle liberté politique.

      Le débat serait donc surtout interne aux néolibéraux. Est-ce qu’il s’agit d’un prolongement des différences entre « l’école de Genève » que vous avez étudiée, et l’« l’école de Chicago » ?

      Selon moi, le débat est un peu différent. Il rappelle plutôt celui que je décris dans mon chapitre sur l’intégration européenne. En ce sens, il oppose des « universalistes », partisans d’un ordre de marché vraiment global construit par le haut, et des « constitutionnalistes », qui préfèrent le bâtir à échelle réduite, mais de façon plus sûre, par le bas. L’horizon des héritiers de l’école de Chicago reste essentiellement borné par les États-Unis. Pour eux, « l’Amérique c’est le monde » !

      On dirait un slogan de Trump.

      Oui, mais c’est trompeur. Contrairement à certains raccourcis, je ne pense pas que Trump veuille un retrait pur et simple du monde de la part des États-Unis, encore moins un modèle autarcique. Il espère au contraire que les exportations de son pays s’améliorent. Et si l’on regarde les accords qu’il a voulu renégocier, quels sont les résultats ?

      Avec le Mexique, on a abouti à quelque chose de très proche de ce qui existait déjà. Dans le débat dont j’ai esquissé les contours, il serait plutôt du côté des constitutionnalistes, avec des accords de proximité qui s’élargiraient, mais garderaient la Chine à distance. De façon générale, l’hystérie sur les populistes au pouvoir me semble dramatiser une situation beaucoup plus triviale, qui oppose des stratégies quant à la réorganisation de l’économie mondiale.

      Est-ce que le rejet de la Chine s’inscrit dans la même logique que les positions hostiles à l’immigration de Hayek en son temps, et de Trump ou des pro-Brexit aujourd’hui ? En somme, y aurait-il certains pays, comme certains groupes, qui seraient soupçonnés d’être culturellement trop éloignés du libre marché ?

      On retrouve chez certains auteurs l’idée que l’homo œconomicus, en effet, n’est pas universel. Les règles du libre marché ne pourraient être suivies partout dans le monde. Cette idée d’une altérité impossible à accommoder n’est pas réservée à des ressentiments populaires. Elle existe dans le milieu des experts et des universitaires, qui s’appuient sur certains paradigmes scientifiques comme le #néo-institutionnalisme promu par des auteurs comme #Douglass_North. Cette perspective suppose qu’à un modèle socio-économique particulier, doivent correspondre des caractéristiques culturelles particulières.

      https://www.mediapart.fr/journal/culture-idees/100319/quinn-slobodian-le-neoliberalisme-est-travaille-par-un-conflit-interne #WWI #première_guerre_mondiale

  • Numéro en lutte


    La #lutte est pleine
    As the Struggle Continues

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    Precademics 85.42.1
    On #Pause : Academic Precarity in the COVID-19 Era and Beyond in Greece

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    Jeanne Hersant
    Faire de la #science au #Chili : la #recherche_par_projet comme seul horizon

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    Aslıhan Aykaç Yanardağ
    Qu’est-ce qui motive l’enseignant-chercheur ?

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    Ahmet Insel, Élise Massicard and Özgür Türesay
    Témoignage d’un universitaire « agitateur d’idées » en #France et en #Turquie

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    Tang Yun, Katiana Le Mentec and Camille Noûs
    Bureaucratic and Neoliberal Management in Academia. A Franco-Chinese Dialogue between Two Anthropologists

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    Camille Noûs
    Quelque part en Asie : l’expérience d’un “chercheur en visite”

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    Elsa Clavé
    Être #professeur_junior à l’université allemande : retour d’expérience

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    Aslı Vatansever and Aysuda Kölemen
    Reflections on Exile and Academic Precarity : Discussing At the Margins of Academia

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    Cem Özatalay
    Purge, Exile, and Resistance :
    Rethinking the Conflict of the Faculties through the Case of Academics for Peace in Turkey

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    Emine Sevim and Sümbül Kaya
    Sümbül Kaya’nın Emine Sevim ve BIRARADA derneğiyle röportajı
    Entretien avec #Emine_Sevim de l’association « #BİRARADA » par Sümbül Kaya

    https://journals.openedition.org/ejts/6407

    #université #lutte #luttes #ESR #précarisation #précarité #revue #néolibéralisme #Allemagne #précarité_académique #résistance #exile #purge #Chine

  • Les leçons des élections municipales au Brésil
    https://pardem.org/actualite/1090-les-lecons-des-elections-municipales-au-bresil

    Dimanche 29 novembre 2020, pour le second tour des municipales au Brésil, environ 38 millions de Brésiliens, (soit un quart du corps électoral), étaient appelés à élire pour quatre ans les maires et conseillers municipaux de 57 villes dont 18 des 26 capitales d’État.


    La politique néolibérale de Bolsonaro a plongé le pays dans la récession et a provoqué un niveau record de chômage, avec 14 millions de sans-emploi. Le néolibéralisme de Bolsonaro a, comme partout où ces politiques s’appliquent, fait des coupes sombres dans la santé, l’éducation, les transports publics ou le logement, mais aussi poussé les villes à l’endettement, la corruption et la violence. Le plus grand pays d’Amérique latine, où la pandémie de Covid-19 a fait plus de 172 000 morts en huit mois, voit arriver une deuxième vague de coronavirus.

    Avec ce bilan catastrophique pour le peuple brésilien, certains s’attendaient, lors de ces élections municipales, à la déroute de la « droite » et au retour de la « gauche » dans les mairies.

    Bolsonarisme et droites diverses
    Certes, ces municipales indiquent un ample reflux de la vague qui avait porté Jair Bolsonaro au pouvoir en 2018, mais c’est le « centre-droit » qui rafle la mise… Et de loin car il s’empare de la presque totalité des mairies. Par exemple, dans l’État de Bahia, les trois principales villes sont dorénavant aux mains de la droite et du centre-droit ,compatibles avec le bolsonarisme. La capitale du Maranhгo, Sгo Luнs, sera dirigée par Eduardo Braide, allié de Bolsonaro.

    Les villes-capitales Maceio (Alagoas), Aracaju (Sergipe), Fortaleza (Cearб) et Recife (Pernambuco) seront dirigées par des maires « centre-gauche modéré » (PSB, PDT) compatibles avec la droite.

    La victoire a été sans appel dans les deux plus grandes villes du pays. A São Paulo (12,5 millions d’habitants), ville la plus riche du Brésil, le maire sortant Bruno Covas a été reconduit avec près de 60 % des voix, contre 40,62 % à Guilherme Boulos (PSOL). Et à Rio de Janeiro, Eduardo Paes, a remporté 64,07 % des voix, infligeant une défaite cinglante à l’impopulaire maire sortant Marcelo Crivella (35,93 %), ex-pasteur évangélique. Celui-ci est l’un des 13 candidats soutenus par Bolsonaro dont 11 ont été battus.
Analyser, plus en détail, les résultats du centre-droit n’a pas d’interêt car le découpage centre-droit, centre-gauche, droite et bolsonarisme est artificiel, tous ces partis menant la même politique.

    Déroute de la « gauche »
    Pour la première fois depuis le retour de la démocratie au Brésil (1985), le Parti des travailleurs (PT) de l’ex-président Luiz Inacio Lula da Silva n’a pas remporté une seule capitale des 26 États de la fédération. Le PT n’a même pas pu arracher dans le Pernambouc (nord-est), Recife, bastion de la gauche et seule capitale qui était à sa portée. Le PT a disputé quinze seconds tours et n’a remporté que quatre villes, toutes de plus de cent mille habitants : Contagem et Juiz de Fora dans l’État du Minas Gerais, Diadema et Maua dans celui de Sao Paulo. Sur le plan national, le PT passe de 630 maires élus en 2012 à 183 au 1er janvier 2021. 

    Le PT ne représente plus que 2,9 % de l’électorat du pays et moins de 5 % dans le Nordeste, fief de la gauche. L’ensemble des partis de gauche n’arrive pas à 10 % des voix.
Nationalement, le PSOL (petit parti de gauche de gauche), ne dirigera que cinq villes, dont Belém, capitale du Parб, État ou les inégalités sociales, la pression des grands propriétaires terriens et la déforestation sont les plus violentes. Edmilson Rodrigues a conquis la mairie avec une liste plurielle (PSOL, PT, PCdoB, PDT, PCB, Rede, UP).

    Quelles leçons en tirer ?
    – La première leçon est connue mais doit être rappelée. Les politiques néolibérales, désastreuses pour les classes dominées et ravageuses pour les plus pauvres, ne les conduisent pas « automatiquement » à voter à gauche.

    – La deuxième leçon est évidente mais niée par tous les partis « de gauche » du système. Il ne suffit pas, lorsqu’on a le pouvoir, d’améliorer le quotidien des gens en acceptant les limites fixées par le système néolibéral.

    – La troisième est sans appel : Les citoyens refusent le clivage « gauche-droite », artificiel, les « deux camps » appliquant la même politique.

    – La quatrième est claire : sans rupture complète et immédiate avec le néolibéralisme (et le capitalisme) pas de victoire possible des partis de gauche.

    Joël Perichaud

    #Brésil #Bolsonaro #PT #gauche #néolibéralisme #élections

  • #Chili : le soulèvement de 2019 au prisme d’un cycle de luttes et de déceptions
    https://www.cetri.be/Chili-le-soulevement-de-2019-au

    Le soulèvement qui a secoué le Chili en octobre 2019 s’inscrit dans une succession de conflits sociaux. La mobilisation étudiante de 2011 a accouché d’une génération militante radicale, qui a dynamisé les luttes syndicales, féministes et écologistes. Elle a également engendré des tentatives de modifier l’ordre néolibéral par la voie institutionnelle, dont les limites ont approfondi la méfiance des classes populaires envers la (...) #Alternatives_Sud_-_extraits

    / Chili, #Mouvements_sociaux, Relations entre mouvements sociaux & gouvernements, #Contestation, #Néolibéralisme

    #Relations_entre_mouvements_sociaux_&_gouvernements

  • Qui sont les étudiants qui gagnent de l’argent en vendant leurs données ?
    https://www.ladn.eu/tech-a-suivre/data-big-et-smart/etudiant-vendre-donnees-tadata-weward

    De jeunes étudiants et étudiantes téléchargent des applications comme TaData, WeWard et SweatCoin. Elles leur permettent de gagner un maigre butin en échange de leurs données personnelles.

    Fini le dog-sitting et la tonte de pelouse : pour gagner de l’argent de poche certains GenZers préfèrent monnayer leurs données personnelles. Ce nouveau petit boulot du web peu cher payé se fait via des applications comme TaData, WeWard, Vazee ou encore SweatCoin.

    Lise (les prénoms ont été modifiés), 21 ans, étudiante en master à Sciences Po, utilise TaData, une plateforme spécialement ciblée pour les (très) jeunes : 15-25 ans. Depuis deux mois, elle se connecte régulièrement à l’appli pour répondre à des formulaires marketing. « Il s’agit la plupart du temps de questionnaires sur nos préférences de consommation (types de musique que j’aime écouter, quel électroménager je souhaite acheter…). Je reçois une notification dès qu’un nouveau questionnaire est en ligne, et je le fais, ça prend moins de 5 minutes », explique-t-elle. Bilan des courses ? Une quinzaine d’euros, pas de quoi remplir le frigo, mais la somme « n’est pas négligeable », « surtout quand on est étudiant », estime Lise.

    #Données_personnelles #TaData #Arnaque_attentionnelle #Boulots_de_merde #Neolibéralisme #Libertarianisme

  • The Last Colonial Massacre: Latin America in the Cold War by Greg Grandin
    https://notevenpast.org/last-colonial-massacre-latin-america-cold-war

    Afterword: An Interview with Naomi Klein
    ...
    Many readers will know Chile as the fi rst place where the direct relationship between neoliberal economics and torture became evident. But the backstory to Friedman’s involvement with the Pinochet government is less well known. Years ago, when I heard the phrase “the Chicago boys,” I thought it referred to North Americans who had gone to Chile and worked with Pinochet. And that was true to some extent, because Friedman himself did travel to Chile in 1975 and meet with Pinochet. But the real Chicago boys, as you have written in Empire’s Workshop, were the Chileans who had studied at the University of Chicago. To a large extent, that was not just an academic program but the U.S. government’s attempt to change the ideological landscape of Latin America. It started in the 1950s, when a great deal of concern in Washington centered on the so- called pink economists and the notion that Latin America was moving very far to the left.

    One strategy, devised by USAID, was to bring large numbers of Chilean students to the University of Chicago, which was then considered a very ex- treme institution. In the United States, the Chicago economics department was seen as way out there. Friedman was always complaining about how marginal he was, how the Keynesians at Harvard and Yale had a monopoly on political infl uence. He and his colleagues saw themselves as a band of rebels on the fringes, working with these Latin American students, who were brought into what was practically a cult for extreme capitalism. The students were trained as ideological warriors—their tuition was paid for by the U.S. government and later by the Ford Foundation—and then sent back home to battle the “pinks.” It started with Chile, but it later expanded to Argentina, Brazil, Mexico.

    But it failed. Even though millions of dollars were spent on their educa- tion, these ideological warriors fl opped. They went back to Chile in the 1960s and they had their little journals and the economics pages of newspapers and they published papers. But the political debate had moved so far to the left that they were irrelevant to it. The idea that the U.S. State Department was somehow going to convert Chile to Friedmanism, to a form of capitalism that was more radical than anything that had been attempted in the United States, was clearly absurd.

    This initial failure is important because we’re so often told that capitalism, or this radical form of capitalism, has triumphed around the world because there was a battle of ideas, and the Friedmanites won. When Friedman died last year, we heard an unrelenting celebration of this supposedly peaceful battle that his side won. They won in Latin America, they won in Russia, they won in China—or so we are told. But from the very beginning, from the very fi rst laboratory, the Friedmanites lost badly when it was peaceful. But then, of course, the Chicago boys came back, after Salvador Allende’s overthrow, this time with tanks. And it was in this brutal, anti- democratic context that they “won.”

    ...

    I’ve come to think of the War on Terror as playing the same kind of role as a really over- hyped market bubble, much like the dot- coms of the late 1990s. This new economy was announced after September 11. The business prospectus was this: the U.S. government will do whatever it takes to make the country “secure” at home; we will fi ght a war against evil every- where, forever.

    From a business perspective, this is tremendously reassuring because in- vestors are always looking for predictability and sustainability, and the Bush administration has delivered it. It has created a $200 billion market in home- land security and declared that the demand will never end. In other words, if you sink your money in this industry, if you supply “security” products to meet the demand they have created, it’s a safe bet. The government, while launching this new economy, also acts as its venture capitalist, providing unlimited funding to whoever can come up with the newest gadget to make us safe or to wage war abroad.

    The Department of Homeland Security is a great example of this. It is not a governmental agency in the traditional sense, but rather an empty shell that exists only to hand out money to private contractors to produce products that the government then buys.

    https://en.wikipedia.org/wiki/The_Shock_Doctrine

    #colonialisme #néolibéralisme #Chili #stratégie_du_choc #Amérique_latine

  • The Morals of the Market. Human Rights and the Rise of Neoliberalism

    IN THE MID-1980s, Rony Brauman, who, at the time, was the president of the leading humanitarian organization Médecins sans Frontières, established a new human rights group called Liberté sans Frontières. For the inaugural colloquium, Brauman invited a number of speakers, among them Peter Bauer, a recently retired professor from the London School of Economics. Bauer was an odd choice given that he was a staunch defender of European colonialism; he had once responded to a student pamphlet that accused the British of taking “the rubber from Malaya, the tea from India, [and] raw materials from all over the world,” by arguing that actually “the British took the rubber to Malaya and the tea to India.” Far from the West causing Third World poverty, Bauer maintained that “contacts with the West” had been the primary agents of the colonies’ material progress.

    Bauer hammered on this point at the colloquium, claiming that indigenous Amazonians were among the poorest people in the world precisely because they enjoyed the fewest “external contacts.” Taiwan, Hong Kong, Malaysia, and Singapore, he continued, showed proof of the economic benefits such contacts brought. “Whatever one thinks of colonialism it can’t be held responsible for Third World poverty,” he argued.

    In her illuminating new book, The Morals of the Market: Human Rights and the Rise of Neoliberalism, Jessica Whyte recounts this story only to ask why Brauman, a leading humanitarian activist, invited Bauer — whom the Economist had described as being as hostile to foreign aid as Friedrich Hayek had been to socialism — to deliver a talk during the opening event for a new human rights organization. Her response is multifaceted, but, as she traces the parallel histories of neoliberalism and human rights, it becomes clear that the two projects are not necessarily antithetical, and actually have more in common than one might think.

    Indeed, Liberté sans Frontières went on to play a central role in delegitimizing Third World accounts of economic exploitation. The organization incessantly challenged the accusations that Europe’s opulence was based on colonial plunder and that the world economic system made the rich richer and the poor poorer. And while it may have been more outspoken in its critique of Third Worldism than more prominent rights groups, it was in no way an outlier. Whyte reveals that in the eyes of organizations such as Amnesty International and Human Rights Watch, for instance, the major culprit for the woes of postcolonial states was neither Europe nor the international economic order but rather corrupt and ruthless Third World dictators who violated the rights of their populations as they undermined the development of a free economy. This approach coincides neatly with neoliberal thought.

    Whyte contends that we cannot understand why human rights and neoliberalism flourished together if we view neoliberalism as an exclusively economic doctrine that favors privatization, deregulation, and unfettered free markets over public institutions and government. Although she strives to distinguish herself from thinkers like Wendy Brown and Michel Foucault, she ends up following their footsteps by emphasizing the moral dimension of neoliberal thought: the idea that a competitive market was not “simply a more efficient means of distributing resources; it was the basic institution of a moral and ‘civilised’ society, and a necessary support for individual rights.”

    She exposes how neoliberal ideas informed the intense struggle over the meaning of “human rights,” and chronicles how Western rights groups and neoliberals ultimately adopted a similar interpretation, one that emphasizes individual freedoms at the expense of collective and economic rights. This interpretation was, moreover, in direct opposition to many newly independent postcolonial leaders.

    Whyte describes, for instance, how just prior to the adoption of the two 1966 human rights covenants — the International Covenant on Civil and Political Rights and the International Covenant on Economic, Social and Cultural Rights — Kwame Nkrumah, the first president of independent Ghana, coined the term “neo-colonialism” to refer to a series of mechanisms that perpetuate colonial patterns of exploitation in the wake of formal independence. Nkrumah “argued that the achievement of formal sovereignty had neither freed former colonies from the unequal economic relations of the colonial period nor given them political control over their own territories,” thus preventing these states from securing the basic rights of their inhabitants. A “state in the grip of neo-colonialism,” he wrote, “is not master of its own destiny.”

    Nkrumah thought that only when postcolonial states fully controlled their natural resources would they be able to invest in the population’s well-being. In the meantime, neo-colonial economic arrangements were denying African states the ability to provide adequate education and health care as well as other economic and social rights to their populations, thus revealing how these economic arrangements were welded in a Gordian knot with international politics. Any attempt to understand one without the other provided a distorted picture of reality.

    Such combining of the economy with the political, however, was anathema to neoliberal thought. In 1927, exactly three decades before Ghana’s new leader led his country to independence, Hayek’s mentor, economist Ludwig von Mises, had already argued that colonialism took advantage of the superior weaponry of the “white race” to subjugate, rob, and enslave weaker peoples. But Mises was careful to distinguish colonial oppression from the economic goals of a competitive market, noting that Britain was different since its form of colonialism pursued “grand commercial objectives.” Similarly, the British economist Lionel Robbins separated the benign economic sphere from the merciless political one, writing in the 1930s that “[n]ot capitalism, but the anarchic political organization of the world is the root disease of our civilization.”

    These thinkers set the tone for many neoliberal economists who have since defined colonial imperialism as a phenomenon of politics, not capitalism, while casting the market as a realm of mutually beneficial, free, peaceful exchange. In this view, it is the political realm that engenders violence and coercion, not the economic sphere. Yet, during the period of decolonization neoliberals also understood that they needed to introduce moral justifications for the ongoing economic exploitation of former colonies. Realizing that human rights were rapidly becoming the new lingua franca of global moral speak, Whyte suggests that they, like Nkrumah, began mobilizing rights talk — except that neoliberals deployed it as a weapon against states who tried to gain control over their country’s natural resources as well as a shield from any kind of criticism directed toward their vision of a capitalist market.

    Their relation to the state was complicated, but was not really different from the one espoused by their liberal predecessors. Neoliberal thinkers understood that states are necessary to enforce labor discipline and to protect corporate interests, embracing states that served as handmaidens to competitive markets. If, however, a state undermined the separation of political sovereignty from economic ownership or became attuned to the demands of its people to nationalize resources, that state would inevitably be perceived as a foe. The solution was to set limits on the state’s exercise of sovereignty. As Friedrich Hayek, the author of The Road to Serfdom, put it, the “taming of the savage” must be followed by the “taming of the state.”

    Shaping the state so that it advances a neoliberal economic model can, however, be a brutal undertaking, and the consequences are likely to generate considerable suffering for large segments of the population. Freed from any commitment to popular sovereignty and economic self-determination, the language of liberal human rights offered neoliberals a means to legitimize transformative interventions that would subject states to the dictates of international markets. This is why a conception of human rights, one very different from the notion of rights advanced by Nkrumah, was needed.

    In Whyte’s historical analysis the free-market ideologues accordingly adopted a lexicon of rights that buttressed the neoliberal state, while simultaneously pathologizing mass politics as a threat to individual freedoms. In a nutshell, neoliberal economists realized that human rights could play a vital role in the dissemination of their ideology, providing, in Whyte’s words, “competitive markets with a moral and legal foundation.”

    At about the same time that neoliberalism became hegemonic, human rights organizations began sprouting in the international arena. By the early 1970s, Amnesty International and the International Commission of Jurists were already active in numerous countries around the globe, and Americas Watch (a precursor to Human Rights Watch) had just been established. According to Samuel Moyn, a professor of history at Yale and author of the best seller The Last Utopia, it was precisely during this period that human rights first achieved global prominence. That Western human rights organizations gained influence during the period of neoliberal entrenchment is, Whyte argues, not coincidental.

    Although Whyte emphasizes the writings of leading neoliberal thinkers, a slightly more nuanced approach would have framed these developments as the reflection of a conjunctural moment, whereby the rise of neoliberalism and of human rights NGOs was itself part of numerous economic, social, and cultural shifts. Chile serves as a good example of this conjuncture, revealing how a combination of historical circumstances led neoliberal economics and a certain conception of human rights to merge.

    Notwithstanding the bloody takeover, the extrajudicial executions, the disappearances and wholesale torture of thousands of dissidents, Hayek’s response to Pinochet’s 1973 coup was that “the world shall come to regard the recovery of Chile as one of the great economic miracles of our time.” Milton Friedman, a key figure in the Chicago School, later echoed this assessment, describing Chile as an economic and political “miracle.” The two Nobel Prize winners were not detached observers, having provided advice to Pinochet on how to privatize state services such as education, health care, and social security, and it was Friedman’s former students, the “Chicago Boys,” who occupied central positions within the authoritarian regime, ensuring that these ideas became policy.

    What is arguably even more surprising is the reaction of human rights organizations to the bloody coup in Chile. Whyte acknowledges that Naomi Klein covered much of this ground in The Shock Doctrine, where she details how Amnesty International obscured the relationship between neoliberal “shock therapy” and political violence. Characterizing the Southern Cone as a “laboratory” for both neoliberalism and grassroots human rights activism, Klein argued that, in its commitment to impartiality, Amnesty occluded the reasons for the torture and killing, and thereby “helped the Chicago School ideology to escape from its first bloody laboratory virtually unscathed.” While Whyte concurs with Klein’s assessment, she has a slightly different point to make.

    To do so, she shows how Samuel Moyn contested Klein’s claim that the human rights movement was complicit in the rise of neoliberalism; he argued that the “chronological coincidence of human rights and neoliberalism” is “unsubstantiated” and that the so-called “Chilean miracle” is just as much due to the country’s “left’s own failures.” Moyn’s comment, Whyte cogently observes, “raises the question of why, in the period of neoliberal ascendancy, international human rights organisations flourished, largely escaping the repression that was pursued so furiously against leftists, trade unionists, rural organizers and indigenous people in countries such as Chile.”

    She points out that the CIA-trained National Intelligence Directorate had instructions to carry out the “total extermination of Marxism,” but in an effort to present Chile as a modern civilized nation, the junta did not disavow the language of human rights, and at the height of the repression allowed overseas human rights organizations such as Amnesty International and the International Commission of Jurists to enter the country, giving them extensive freedom of movement.

    Whyte explains that in focusing their attention on state violence while upholding the market as a realm of freedom and voluntary cooperation, human rights NGOs strengthened the great neoliberal dichotomy between coercive politics and free and peaceful markets. Allende’s government had challenged the myth of the market as a realm of voluntary, non-coercive, and mutually beneficial relations, and the Chilean leader paid for it with his life. By contrast, the junta with the Chicago Boys’ aid sought to uphold this myth, while using the state both to enhance a neoliberal economic order and to decimate collective political resistance. Whyte acknowledges that in challenging the junta’s torturous means, human rights NGOs arguably helped restrain the worst of its violence, but they did so at the cost of abandoning the economy as a site of political contestation.

    Whyte’s claim is not simply that the human rights NGOs dealt with political violence in isolation from the country’s economic transformations, as Klein had argued. Rather, she shows that the gap between Amnesty’s version of human rights and the version espoused by postcolonial leaders, like Nkrumah, was wide. Indeed, Amnesty International invoked human rights in a way that had little in common with Nkrumah’s program of economic self-determination, and the organization was even hostile to the violent anti-colonial struggles promoted by UN diplomats from postcolonial societies during the same period. The story of human rights and neoliberalism in Chile is not, as Whyte convincingly shows, simply a story of the massive human rights violations carried out in order to allow for market reforms, or of the new human rights NGOs that contested the junta’s violence. It is also the story of the institutionalization of a conservative and market-driven vision of neoliberal human rights, one that highlights individual rights while preserving the inequalities of capitalism by protecting the market from the intrusions of “the masses.”

    Expanding Whyte’s analysis to the present moment (the book focuses on the years between 1947 and 1987) while thinking of the relation between neoliberalism and human rights as part of a historical conjuncture, it becomes manifest that many if not most human rights NGOs operating today have been shaped by this legacy. One of its expressions is that rights groups rarely represent “the masses” in any formal or informal capacity. Consider Human Rights Watch, whose longstanding executive director Kenneth Roth oversees an annual budget of over $75 million and a staff of roughly 400 people. In four years’ time, Roth will outstrip Robert Mugabe’s 30-year tenure in office; while Roth has dedicated most of his adult life struggling against social wrongs, he has never had to compete in elections to secure his post. Indeed, due to the corporate structure of his organization the only constituency to which he is accountable are Human Rights Watch’s board members and donors — those who benefit from neoliberal economic arrangements — rather than the people whose rights the NGO defends or, needless to say, the “masses.” Moreover, Human Rights Watch is not exceptional within the rights-world, and even though rights organizations across the globe say they are interested in what the “people want,” sovereignty of the people in any meaningful sense, wherein the people can control the decisions that affect their lives most, is not really on the agenda.

    Undoubtedly, Human Rights Watch has shed light on some of the most horrendous state crimes carried out across the globe over the past several decades. Exposing egregious violations is not an easy task and is a particularly important endeavor in our post-truth era. However, truth-telling, in and of itself, is not a political strategy. Even if exposing violations is conceived of as a component of a broader political mobilization, the truths that NGOs like Human Rights Watch have been revealing are blinkered. Given that they interpret human rights in an extremely narrow way, one that aligns quite neatly with neoliberal thought, their strategy therefore fails to provide tools for those invested in introducing profound and truly transformative social change.

    From the get-go, most Western human rights NGOs had been attuned to Cold War politics and refrained from advocating for economic and social rights for decades, inventing numerous reasons to justify this stance: from the claim that the right to education and health care were not basic human rights like freedom of speech and freedom from torture, to the assertion that economic and social rights lacked a precise definition, thus rendering them difficult to campaign for. It took close to a decade after the fall of the Berlin Wall and the ongoing campaigning of Third World activists for the leading human rights organizations to acknowledge that economic and social rights, such as the right to health care, education, and social security, were indeed human rights, rights that they should dedicate at least some of its resources to fight for. But even today, almost 20 years after their integration within Human Rights Watch’s agenda, the resources allocated to the protection of these rights is relatively small, and the way that the organization strives to secure them is deeply skewed by the neoliberal view that politics and markets are separate realms and that human rights work should avoid interference with the capitalist structure of competitive markets. Wittingly or not, organizations like Human Rights Watch have not only bolstered the neoliberal imagination, but have produced a specific arsenal of human rights that shapes social struggles in a way that weakens those who aim to advance a more egalitarian political horizon.

    Several years ago, Roth tried to justify Human Rights Watch’s approach, claiming that the issues it deals with are determined by its “methodology,” and that the “essence of that methodology […] is not the ability to mobilize people in the streets, to engage in litigation, to press for broad national plans, or to provide technical assistance. Rather, the core of our methodology is our ability to investigate, expose, and shame.” The hallmark of human rights work, in his view, is uncovering discrimination, while the unequal arrangement of the local and international economy leading to discrimination are beyond the organization’s purview. Not unlike the neoliberal thinkers discussed in Whyte’s book, Human Rights Watch limits its activism to formal equality, adopting a form of inquiry that ignores and ultimately disavows the structural context, which effectively undercuts forms of collective struggle.

    Returning to Rony Brauman and the creation of Liberté sans Frontières, toward the end of the book Whyte recounts how in a 2015 interview he understood things differently than he had in the mid-1980s. “I see myself and the small group that I brought together as a kind of symptom of the rise of neoliberalism […] We had the conviction that we were a kind of intellectual vanguard, but no,” he laughed, “we were just following the rising tendency.”

    Whyte suggests that this assessment is, if anything, too modest: rather than being a symptom, the humanitarians who founded Liberté sans Frontières explicitly mobilized the language of human rights in order to contest the vision of substantive equality that defined the Third Worldist project. Brauman and his organization benefited from the neo-colonial economic arrangements and, she notes,

    were not powerless companions of the rising neoliberals, but active, enthusiastic and influential fellow travellers. Their distinctive contribution was to pioneer a distinctly neoliberal human rights discourse, for which a competitive market order accompanied by a liberal institutional structure was truly the last utopia.

    The destructive legacy that Whyte so eloquently describes suggests that the convergence between neoliberals and rights practitioners has defanged human rights from any truly emancipatory potential. Formal rights without the redistribution of wealth and the democratization of economic power, as we have learned not only from the ongoing struggles of postcolonial states but also from the growing inequality in the Global North, simply do not lead to justice. So if the objectives of a utopian imagination include equitable distribution of resources and actual sovereignty of the people, we urgently need a new vocabulary of resistance and novel methods of struggle.

    https://lareviewofbooks.org/article/how-human-rights-were-defanged-from-any-truly-emancipatory-potentia
    #droits_humains #droits_fondamentaux #néolibéralisme #néo-libéralisme

  • Barbara Stiegler : « Le virus risque de permettre au néolibéralisme de se réinventer »
    27 AOÛT 2020 PAR JOSEPH CONFAVREUX

    Dans son dernier livre, la philosophe Barbara Stiegler décrit son « basculement dans l’action » et propose des pistes pour se sortir des rets d’un #néolibéralisme dont le grand récit, forgé à partir d’une lecture tronquée de la révolution darwinienne, continue de nous entraver.

    Dans cette rentrée incertaine, l’exécutif tient le cap de politiques scolaires, économiques ou hospitalières inchangées par rapport aux dogmes antérieurs, montrant que la promesse de « réinvention » n’est guère qu’une reformulation de la mise en demeure permanente à « s’adapter ».

    Barbara Stiegler, professeure de philosophie à l’université Bordeaux-Montaigne, avait fait la généalogie de cette injonction dans son ouvrage publié l’an dernier chez Gallimard, intitulé « Il faut s’adapter ». Sur un nouvel impératif politique, et consacré aux liens originels et oubliés entre le néolibéralisme et la révolution darwinienne.

    Elle publie aujourd’hui chez Verdier un nouveau livre intitulé Du cap aux grèves. Récit d’une mobilisation. 17 novembre 2018-17 mars 2020 , dans lequel elle décrit, de l’irruption des « #gilets_jaunes » à la mobilisation pour les retraites, son « basculement dans l’action » et sa rupture avec des habitudes d’auteure et de chercheuse dont les « mains fines ne se compromettent ni dans les lourdes tâches du monde matériel, ni dans la dureté des luttes ». Elle propose notamment, pour lutter contre la poursuite du cap néolibéral, de « réinventer nos #grèves » et de « miniaturiser les #luttes ».

    Pour Mediapart, elle revient sur ces propositions, son itinéraire politique personnel, et analyse les ressources intellectuelles et historiques dont nous pouvons disposer pour contester les modes de gouvernement dans lesquels nous sommes pris.

    Le slogan de l’année 2020, « Il faut se réinventer », constitue-t-il une simple déclinaison de l’impératif politique dont vous avez fait la généalogie : « Il faut s’adapter » ?

    Ce qu’on entendait en boucle ces dernières années, à savoir « Adaptez-vous », a effectivement été relayé au pic de la crise sanitaire, par une injonction à se réinventer. On a ainsi inversé la charge puisqu’on a demandé aux victimes d’une certaine politique de se transcender. Mais en réalité, cette inversion des responsabilités sévit depuis très longtemps dans les services hospitaliers, les #universités ou les #écoles, c’est-à-dire dans tous ces lieux où l’on demande aux personnels de prendre #soin des personnes sans leur accorder les moyens nécessaires.

    Cela fait déjà longtemps qu’on demande aux #soignants d’être « créatifs », un terme essentiel dans le secteur managérial du soin fondé sur une rareté malthusienne assumée des ressources. « Se réinventer » veut dire ici faire plus avec moins. Ce qu’a révélé la crise sanitaire, c’est le caractère profondément injuste et destructeur de cette injonction, qui rejoint celle, plus générale et qui régit le champ social et politique depuis des décennies, à l’#adaptation et à la #compétition face à des ressources limitées.

    Dans votre dernier livre, vous racontez votre itinéraire politique et le passage entre la publication de votre ouvrage sur la généalogie du libéralisme à votre basculement dans l’action : qu’est-ce qui décide une spécialiste de Nietzsche, professeur de philosophie politique à Bordeaux, à endosser le gilet jaune en décembre 2018, et non seulement à soutenir le mouvement ?

    La politisation et le combat politique, c’est quelque chose que j’ai eu la chance de connaître dès ma naissance. Enfant, j’entendais des discussions sur tel ou tel retournement « au parti », à une époque où le Parti communiste dominait encore la vie politique. Mais tout cela s’est soldé pour moi, comme pour beaucoup d’autres, par une dépolitisation progressive. Beaucoup d’entre nous, progressivement découragés par l’échec des espérances révolutionnaires et écœurés par la mutation néolibérale des gauches de gouvernement, se sont détournés de l’engagement politique. Tous ces gens ne sont pas devenus pour autant apathiques ou indifférents, mais alors que, quelques décennies avant, ils se seraient sans doute inscrits dans des structures de partis, ils se sont retrouvés seuls et orphelins.

    Pour ma politisation personnelle, la première date importante a été 2009, un combat que j’ai mené dans mon université, à Bordeaux-Montaigne, contre la réforme de l’université engagée sous la présidence de Nicolas Sarkozy. Mais ce qui m’a gênée dans cette première expérience, c’est que nous étions isolés du reste de la société. C’est pour cela qu’en 2018, lorsque j’ai vu que les classes dites « populaires » étaient en train d’entrer dans l’espace public pour parler politique, il y a eu pour moi un véritable basculement.

    C’était quelque chose dont on nous disait que ce ne serait plus possible, qu’après l’échec du mouvement ouvrier, cela n’aurait plus jamais lieu. Devant cette irruption, j’ai endossé à mon tour un gilet jaune, avec tous les problèmes de légitimité que j’évoque dans mon récit, parce que pour la première fois, et depuis si longtemps, des gens qui ne se parlaient plus depuis des décennies allaient peut-être commencer à se reparler. Et c’est justement ce qui s’est ensuite esquissé dans les cortèges pour défendre les #retraites, l’#hôpital et l’#éducation.

    C’était bien sûr ténu et fragile, on n’a certes pas assisté à un vaste mouvement victorieux de convergence mais, mais c’était pour moi une grande différence avec 2009, ce fait que toutes sortes de personnes, issues de milieux culturels et sociaux profondément différents, aient été amenées à se réunir pour s’entendre, ou pour ne pas s’entendre.

    Toutefois, écrivez-vous avec distance, « en marchant dans les rues insurgées, je me dis que je cumule tous les marqueurs d’une fausse gilet jaune »…

    Oui, parce que les gilets jaunes ont surgi avec une série de revendications centrées sur les carburants et sur l’usage de la voiture dans les espaces ruraux et périurbains et ont d’abord été, de ce fait, très marqués géographiquement. Lorsqu’un mouvement social surgit dans l’espace public avec une très grande force, il fait peur à tout le monde, et même à ceux qui le font. Tout le monde se demande avec angoisse ce qui va se passer le lendemain.

    Une manière de conjurer cette peur est de donner une identité fixe à ce qui est en train de se construire, en vue d’enfermer ce qui advient dans quelque chose de rassurant. On a donc rapidement décrété que les gilets jaunes étaient des gens qui habitaient dans des lotissements, en périphérie, dépendants de la voiture, qui avaient joué le jeu de la mondialisation et de l’entrepreneuriat avant d’être déçus. Ce n’est certes pas mon mode de vie à moi. Et je ne nie pas les différences de classe. Mais il y a en réalité beaucoup plus de porosité. Distinguer les « vrais » gilets jaunes, qui seraient les artisans souffrant des fins de mois, des « faux » gilets jaunes qui seraient professeurs et membres de La France insoumise, c’est ridicule. Les gilets jaunes ne constituent pas une identité figée. Opérer une telle distinction vise à ce qu’il n’y ait pas de rencontre dans la lutte.

    Décririez-vous votre itinéraire politique comme celui d’une radicalisation ?

    C’est un terme que je pourrais revendiquer, parce qu’il renvoie à la notion de racine, et par exemple à la proposition faite par le philosophe #John_Dewey de retourner aux racines de la démocratie pour contester le fonctionnement prétendument démocratique de nos sociétés et leur opposer une « démocratie radicale ». Mais cela ne caractérise pas ma propre évolution. Je ne suis pas plus radicale qu’avant dans mon approche des questions politiques. Je dirais plutôt que je suis dans une logique de mobilisation, après avoir été des années immobilisée dans mon bureau, sans bien savoir quoi faire. Ce qui est nouveau dans mon parcours, ce n’est pas la radicalité dans la réflexion, mais le passage à l’action.
    Pourquoi désignez-vous le surgissement des gilets jaunes comme une « #insurrection » et contre qui était-elle alors dirigée selon vous ?

    C’est un terme qui peut engager des débats terminologiques, historiques, comme le terme « révolution », et il est donc délicat de l’employer. Mais j’ai le sentiment qu’il s’est joué quelque chose de cet ordre. Je suis d’ailleurs convaincue que ce surgissement n’est peut-être pas fini, et qu’il a déjà entraîné d’autres choses : il a par exemple donné de la force et du courage au mouvement contre les retraites, de même qu’il a alimenté la révolte des soignants de terrain contre les politiques néolibérales qui détruisent le système sanitaire.

    La cible des gilets jaunes était le pouvoir politique, et en particulier le président de la République. Cela leur a été beaucoup reproché. Je pense au contraire que ce ciblage était parfaitement légitime. Ce qui est très intéressant dans ce mouvement social, c’est qu’il s’est brusquement imposé dans la sphère politique du pouvoir, en posant la question de sa légitimité pour gouverner.

    Alors que certains leur reprochaient de ne pas cibler en priorité le patronat ou le grand capital, on n’a pas suffisamment salué le caractère profondément politique de ce mouvement. C’est ce qui éclaire la focalisation de ses revendications sur les questions de démocratie, de prise de parole, de représentation et de participation, qui ont complètement défait les clichés du discours dominant sur les classes populaires, dont on disait qu’elles ne s’intéressaient pas à la politique, qu’elles n’étaient focalisées que sur leurs intérêts privés, ceux qui se jouent dans l’accès au logement, à l’emploi et au pouvoir d’achat.

    Tout en exprimant votre adhésion aux gilets jaunes, vous faites part d’un doute : « Plutôt que de se détruire lui-même, le pouvoir néolibéral en basculant dans la violence armée n’a-t-il pas eu raison des insurgés ? » Comment répondez-vous aujourd’hui à cette question ?

    Le néolibéralisme est un pouvoir dont le mode de manifestation privilégié n’est surtout pas la violence. Il s’agit plutôt, comme dit #Walter_Lippmann, l’un des inspirateurs américains du néolibéralisme, de fabriquer le #consentement de manière industrielle et d’obtenir l’adhésion des populations, par les médias de masse, par le cinéma, par l’éducation… Il ne s’agit pas de faire montre de manière coûteuse de la force du chef et de l’apparat du pouvoir.

    Le libéralisme fonctionne plutôt à la douceur, sur le modèle pastoral de celui qui guide son troupeau dans la bonne direction. La question du basculement dans la violence se pose donc nécessairement. En faisant usage de la violence, le néolibéralisme avoue-t-il sa défaite ou mute-t-il dans une autre forme de pouvoir, tout aussi efficace dans le contrôle des populations ?

    Vous rappelez que la bienveillance, qui est un des mots préférés du pouvoir actuel, vient du berger qui « veille bien » sur des moutons, et non sur des citoyens…

    Par ce terme, il s’agit en effet d’évacuer le conflit, le négatif, la critique. Un pouvoir néolibéral qui est obligé de passer à la violence armée – pensons aux agissements du préfet Lallement à Bordeaux puis à Paris –, avoue son propre échec. Dans d’autres types de pouvoir, au contraire, le fait de couper des têtes peut être une démonstration de force. C’est ce que Michel Foucault explique très bien pour distinguer les pouvoirs qui « marchent à la souveraineté » de la gouvernementalité libérale, qui essaie au contraire d’économiser la coercition, le déploiement de force et la démonstration coûteuse du pouvoir. D’où la question de savoir si le basculement du pouvoir en place dans la violence d’État signe le basculement dans un autre registre du pouvoir.

    À mon avis, il nous est très difficile de répondre, car juste après cette phase de répression, le virus est arrivé et a permis de redonner du crédit à la fonction du berger. En surface, on a à nouveau évacué la violence, mis en valeur le soin et la bienveillance et tenté de reprendre en main, de préférence dans la douceur, la totalité du troupeau – même si l’on ne doit pas oublier les violences cachées du confinement et le déchaînement de pulsions autoritaires chez les petits chefs.

    Au sommet de l’État, on a plutôt mis en scène la marginalisation du préfet Lallement, sommé de s’excuser en public pour la première fois de sa vie, après avoir fait la bêtise d’affirmer que ceux qui se « relâchaient » dans les parcs étaient ceux qui se retrouvaient intubés ensuite dans les services d’urgence. Ce processus démontre bien en quel sens le virus produit, pour le pouvoir en place, un véritable effet d’aubaine pour reprendre la main et se relégitimer.

    À partir du moment où le nouveau libéralisme théorisé par Walter Lippmann défend une réforme profonde de la société fondée sur une politique ambitieuse en matière d’éducation, de santé et d’environnement, en quoi se distingue-t-il de ce qu’on pourrait attendre d’une véritable social-démocratie ?

    La fabrication du consentement des populations ou des « masses », comme dit Lippmann, passe effectivement par des politiques de santé et d’éducation qui visent à transformer l’espèce humaine. Cette prise en main des populations dès l’enfance ne vise pas à plus de justice sociale, mais à donner aux hommes les compétences qu’on attend d’eux. La grande idée de Lippmann, qu’il prétend fonder sur sa lecture de #Darwin, est que le développement de l’espèce humaine a abouti à une culture où celle-ci n’était capable que de s’adapter à des situations stables, dans des entités géographiques closes.

    Or, pour lui, le sens de l’histoire est d’aller vers un monde totalement mondialisé même si les populations ne pourront pas toutes prendre des avions et des cargos. Ce qui signifie que les classes populaires seront assignées à rester dans leur territoire, tandis que les élites pourront se déplacer. Mais aussi qu’il faudra donner à tous des compétences en termes d’adaptabilité et de flexibilité à un monde entièrement mondialisé où les flux seront appelés à s’accélérer sans cesse. Tout cela deviendra le socle des politiques éducatives promues par l’Europe et par l’OCDE.

    Concernant la santé, l’idée est d’augmenter sans cesse les performances de l’espèce humaine, considérée comme handicapée par des biais psychiques, intellectuels, cognitifs, liés à sa lente histoire évolutive. Dans l’agenda de Lippmann, tout cela doit permettre de mettre en place une compétition générale qui permettra de dégager les meilleurs et d’aller vers le haut. Le confinement a parfaitement bien illustré cette conception néolibérale de l’éducation et de la mobilité : assignés à résidence, tous étaient en même temps sommés par les ministres de rester dans la course et de continuer à capitaliser des performances et des compétences.

    Loin d’apparaître comme une institution sociale et collective, l’école a été présentée comme une affaire entièrement privée, au service de la compétition entre individus, et entièrement soluble, à ce titre, dans l’e-learning et le télétravail. Il aura fallu la résistance des personnels, des familles, des élèves dits « décrocheurs » et des étudiants pour qu’on se souvienne du caractère nécessairement collectif de l’éducation scolaire et universitaire.

    Le néolibéralisme théorisé par Walter Lippmann est, à vous lire, irréductible à une « approche strictement économique du politique ». Cela oblige à se départir de l’idée que, pour vous citer, le « néolibéralisme serait conduit depuis les grandes entreprises et les places financières, avec leur logique de privatisation » et se réduirait à une doctrine économique, ou à une réduction du politique aux logiques économiques de la marchandisation. Si on veut comprendre aujourd’hui pourquoi le néolibéralisme s’est imposé, il faut revenir à la force de son grand récit, qui porte sur la vie elle-même, et non seulement sur l’économie ?

    Au XIXe siècle et au début du XXe siècle, on est dans une période où, pour le dire comme Nietzsche, Dieu est mort. Les philosophies de l’Histoire ont pris un moment le relais, en cherchant à donner un sens à l’Histoire, qui ne serait pas la résurrection, mais peut être la révolution. C’est une des matrices du socialisme révolutionnaire qui est très puissant à cette époque. Mais aussi de ce qu’on appelle alors l’évolutionnisme, qu’on trouve notamment dans les écrits du sociologue britannique Herbert Spencer.

    À la fin du XIXe siècle, on découvre Darwin et on tente d’imaginer la fin de l’évolution du vivant. Un grand récit sur la vie va alors s’imposer, avec le darwinisme social. Sous l’influence de Spencer, la fin de l’Histoire apparaît alors un monde entièrement industrialisé et mondialisé auquel l’espèce humaine doit s’adapter, dans le cadre d’une division du travail parfaitement coordonnée et compétitive, qui fonctionnerait comme les rouages parfaitement ajustés d’une horloge.

    Cette vision du monde, qu’on pourrait croire obsolète, continue de nous hanter : il faut s’adapter, jouer le jeu de la mondialisation, accepter la sélection. Nous restons prisonniers de cette matrice téléologique qui trahit d’ailleurs Darwin, puisqu’il n’a jamais dit qu’il y aurait un but de l’#évolution. La leçon fondamentale de Darwin est précisément inverse : personne ne peut savoir à l’avance où va la vie. La vie va dans tous les sens et explore toute sorte de directions, et c’est accepter cela qui permet de la respecter.

    La pensée de Walter Lippmann trahit non seulement Darwin, mais aussi, pour vous citer, « la #démocratie, car si le sens de l’histoire est déjà fixé, les peuples n’ont pas à en décider ni même à en débattre ». Sa pensée se fonde en effet sur une logique techno-scientifique d’organisation sociale prenant la forme d’une démocratie minimaliste et procédurale éclairée par des experts. Mais ces derniers ne sont pas seulement des économistes, mais aussi des psychologues ou des sociologues…

    Cette forme de démocratie, qui va dominer toute notre histoire contemporaine, est fondée sur l’idée que ce n’est pas le #démos qui a le pouvoir, mais qu’on exerce un pouvoir sur le démos à partir d’un savoir expert par rapport auquel la société n’a pas voix au chapitre. Cette démocratie d’experts, qui est aujourd’hui contestée partout dans le monde, ne repose pas seulement sur une science économique qui passe d’ailleurs son temps à exclure celles et ceux de la profession qui sont considérés comme hétérodoxes.

    Elle mobilise aussi les sciences de l’éducation, les psychologues, les sociologues qui sont sans cesse mis à contribution pour produire des discours d’accompagnement et favoriser, comme on dit dans le jargon des appels à projet qui structurent le monde de la recherche, « l’acceptabilité sociétale des innovations ». L’idée est que le démos, rétif au changement, doit être adapté à la mondialisation et à l’innovation par un discours d’accompagnement produit par les experts.

    Dans « Il faut s’adapter », vous restituez les débats qui ont opposé Walter Lippmann au philosophe pragmatiste américain John Dewey. Sa pensée peut-elle être un antidote au grand récit néolibéral qui nous traverse encore aujourd’hui ?

    Pour Dewey, il ne peut pas y avoir de démocratie avec des experts d’un côté et un peuple de l’autre. La question du savoir est donc un enjeu démocratique fondamental, ce que disaient d’ailleurs déjà les Grecs. À la logique verticale de Lippmann, il oppose ainsi une transformation sociale par l’intelligence collective et une participation active des publics.

    Pourtant, dans votre dernier livre, vous êtes assez vindicative vis-à-vis des processus participatifs de type Nuit debout qui vous paraissent être la marque d’un monde « où l’on expose les points de vue comme autant d’atomes qui se croisent et s’esquivent » ?

    Dewey nous dit qu’il n’y a pas de démocratie sans participation des publics et sans co-construction des savoirs. Mais une fois qu’on a dit cela, comment fait-on ? Il faut du temps partagé et des espaces communs de dispute et de délibération. On vit dans une époque qui détruit les places publiques et un rapport au temps partagé, où donc les conditions minimales d’exercice d’une véritable démocratie où les publics participent sont détruites.

    Face à cela, on assiste régulièrement à la tentative de reconstituer des agoras, que ce soit place de la République, dans certaines salles de mairie ou dans les amphithéâtres de nos universités. Mais il y a souvent tellement peu de réflexion, tant de naïveté ou tant d’indifférence sur les conditions mêmes de l’agora que cela échoue. Bien sûr que l’enjeu dans une AG, c’est de savoir qui prend la parole, et pendant combien de temps. Mais on ne peut pas trancher cela en disant simplement : « deux minutes chacun », car avec une telle règle, on se retrouve avec une myriade atomique de points de vue qui ne permettent de construire ni un discours commun, ni un conflit clairement lisible entre différents partis.

    Autre exemple : l’usage dans les AG est désormais de ne pas applaudir, mais de faire des moulinets avec les mains. Cette nouvelle règle, héritée de la crise du VIH et qui vise à annuler les effets de tribune et le pouvoir que peut conférer la parole, est intéressante, mais elle ne doit pas devenir un nouveau dogme. À force de suspecter toute forme de pouvoir collectif comme une domination, je crains que ce type de règles ne deviennent des machines à détruire le pouvoir politique et la possibilité même d’une quelconque puissance, confirmant finalement la juxtaposition des points de vue individuels et l’atomisation qui détruit les collectifs.

    Mais la pensée politique de Dewey ne manque-t-elle pas de conflictualité par rapport à la situation dans laquelle nous sommes ?

    Dewey est l’héritier de la philosophie de Hegel et a donc un rapport au conflit très important. Il juge que la politique commence quand il y a des problèmes et donc du conflit. Mais il cherche toujours à résoudre le conflit par l’accord, par le commun. Cela peut expliquer pourquoi il passe auprès de certains pour un philosophe du consensus, aisément récupérable par le discours du monde de l’entreprise, qui aime tant parler d’intelligence collective pour évacuer toute forme de conflictualité.

    Même si j’entends ces critiques, mon travail actuel cherche à montrer ce qui, dans le pragmatisme, résiste à cette récupération et pourquoi Dewey ouvre des chantiers de réflexion difficiles et longtemps délaissés par la philosophie politique, alors qu’ils sont pourtant incontournables si on veut encore croire à la démocratie.

    Comment se sortir du paradoxe que, pour vous citer, « tout le monde, ou presque, semble désormais décidé à tourner la page du récit néolibéral, qu’on accuse de détruire le contrat social tout en compromettant l’avenir », mais que ce consensus ne semble pas s’imposer comme a pu s’imposer le consensus de Washington ?

    Le néolibéralisme ressemble aujourd’hui à un animal préhistorique, mais dont on ne sait pas encore comment il pourrait entrer définitivement au musée. Pour moi, la gestion actuelle du virus risque de permettre au néolibéralisme de se réinventer pour regagner encore une ou plusieurs décennies.

    Ce virus nous a pris en pleine #mobilisation pour les retraites. Un mot dont votre dernier livre souligne l’importance politique…

    La retraite au sens plein ne se réduit pas à garantir une pension. C’est aussi l’expérience d’un autre #temps et d’un autre rythme que celui du travail productif. C’est de ce temps de la retraite dont se prévalent déjà, tout au long de l’histoire, ceux qui prient, mais aussi ceux qui éduquent et ceux qui soignent, et qui ne peuvent le faire que s’ils sont protégés de la pression des rythmes productifs. Tel fut pendant des siècles le sens de la clôture des institutions, qu’il s’agisse du cloître, de l’hôpital ou de l’école : celle de protéger le temps de l’étude, de la formation ou du soin de l’accélération des rythmes collectifs.

    Or, tandis que les sociétés anciennes faisaient de la retraite le privilège de quelques-uns, impossible sans le travail des esclaves puis des classes laborieuses, les sociétés contemporaines ont cherché à étendre à tous ce temps de la retraite, au sens de temps ralenti.

    Désormais, loin de permettre un temps de retraite et de protection, le monde de l’éducation et de la recherche et le monde de la santé sont désormais devenus les deux secteurs prioritaires désignés par le néolibéralisme pour fabriquer des populations adaptées à la compétition mondiale et à la course à l’innovation, où il faut « capitaliser des points », comme on le fait dans les jeux vidéo.

    Il serait nécessaire que la course à la compétition ne s’arrête jamais, de supprimer le droit de se retirer. Je ne suis pas hostile à toute forme de compétition – je suis moi-même partie prenante d’une certaine compétition académique, celle de la forme du concours par exemple –, mais ce ne peut être notre seul mode d’être au monde.

    Face au saccage de nos vies et de notre temps, vous faites une proposition singulière : « miniaturiser les luttes. » Pourquoi aurait-on une telle envie ?

    Cela peut paraître heurtant et décevant, car, quand on lutte, on a envie que ce soit fort et grand et que cela ait de grands effets, donc on n’a pas envie de se replier sur des échelles miniatures. Mais un des grands ressorts de l’échec est le découragement face à un objectif trop grand pour nous. Appeler, par exemple, les étudiants d’une salle de cours à attaquer le grand capital, c’est le plus souvent totalement démobilisateur et cela décrédibilise les militants qui portent ce discours. Il me paraît bien plus judicieux et davantage à notre portée de s’en prendre au président de l’université qui applique une mauvaise politique, ou aux collègues autour de nous, ou aux pulsions conservatrices ou de soumission qui sévissent en nous-mêmes, même si c’est, bien sûr beaucoup plus périlleux et difficile.

    Il peut y avoir bien plus d’ambition à transformer notre environnement proche et à s’engager dans des conflits politiques réels, là où l’on se trouve, plutôt que d’afficher des objectifs mondiaux inaccessibles, qui conduisent le plus souvent à ne rien faire du tout et à éviter la réalité des conflits qui se jouent ici et maintenant, dans nos universités, nos écoles ou nos hôpitaux.

    « Plutôt que de se donner un agenda mondial et de contempler lucidement la fin du monde, plutôt que de se soumettre à un agenda national pour affronter le verdict des urnes et retourner nous coucher découragés, il s’agit de dés-automatiser nos conduites », écrivez-vous. Mais est-ce que cette réforme de soi peut véritablement mener à un changement collectif quand ces conduites sont dépendantes d’infrastructures et de superstructures qui les dépassent ?

    Je pense nécessaire de partir de ce qu’on est en train de vivre nous-mêmes, sans attendre de programme universel ou même national. À l’université, je suis souvent frappée de voir des collègues appliquer dans leur travail les réformes générales de l’université qu’ils prétendent combattre : dans la manière dont ils évaluent les étudiants, dont ils conduisent leur politique doctorale, dont ils accompagnent et acceptent les réformes en cours. J’attends et j’espère moi aussi un mouvement national et mondial, structuré et puissant.

    Mais en attendant, on se doit de réfléchir à nos propres pratiques et de tenter de les modifier dans le bon sens, même si c’est l’un des combats les plus difficiles qui soient. Cela me semble le préalable indispensable à toute reconstruction politique de plus grande ampleur, et c’est malheureusement une étape que, le plus souvent, on se garde bien d’affronter. Or c’est pourtant là, peut-être plus encore qu’ailleurs, dans la transformation de nos institutions publiques d’enseignement, de recherche et de santé, que se jouent l’avenir ou la fin de nos démocraties.

    https://www.mediapart.fr/journal/culture-idees/270820/le-virus-risque-de-permettre-au-neoliberalisme-de-se-reinventer?onglet=ful

  • La crise du Liban est une crise du néolibéralisme | Mediapart
    https://www.mediapart.fr/journal/international/230720/la-crise-du-liban-est-une-crise-du-neoliberalisme?onglet=full


    Par Romaric Godin

    De fait, le Liban peut devenir une forme de cas d’école du genre. On se souvient que la particularité du néolibéralisme réside dans un État mis au service du capital, principalement financier. L’État libanais va être utilisé à cet effet comme peu d’autres. D’abord, dès 1991, le Parlement vote le transfert de la propriété de dizaines de milliers de petits propriétaires du centre de Beyrouth à un promoteur immobilier, Solidere, détenu par des investisseurs du monde arabe et des Libanais, dont Hariri. Ce type de transfert va se multiplier. Comme le souligne l’historien spécialiste du Liban à l’université de Liverpool Hannes Baumann, dans un texte de janvier 2019, le Conseil de développement et reconstruction, créé dans les années 1960 pour favoriser le rôle de l’État, est alors mis au service de ce développement immobilier. Progressivement, le centre historique de Beyrouth est rasé pour laisser place à de grands ensembles d’immobilier de luxe.

    Mais une telle stratégie ne pouvait fonctionner qu’avec une monnaie forte et stable. Les investisseurs étrangers ne viendraient pas placer leur fortune au Liban pour la perdre ensuite en dévaluations. Il fallait donc stabiliser la monnaie. À l’automne 1992, le gouvernement décide de donner à la banque centrale, la Banque du Liban (BDL), la charge unique de la stabilisation de la livre libanaise, avec pour ambition de l’ancrer à un taux de change stable par rapport au dollar. C’est chose faite en décembre 1997, où la valeur de la livre est fixée à 1 500 par dollar. Avec cet ancrage, les dirigeants libanais espèrent faire d’une pierre plusieurs coups : favoriser non seulement l’immobilier, mais aussi le secteur financier, et mettre fin à la vie chère en réduisant les prix à l’importation.

    Bref, c’est la stratégie classique du « ruissellement » qui est mise en œuvre au Liban. On espère que les investissements étrangers vont se traduire par des emplois et un développement plus large. Pour être bien sûr de ne pas effrayer les riches, on fait reposer la fiscalité sur la TVA, plus que sur un impôt progressif. En cela, le Liban ne fait pas exception à cette époque. C’est le choix de plusieurs pays émergents alors, tels que la Bulgarie, la Croatie, l’Albanie ou l’Équateur, par exemple. Autant de pays où le ruissellement se fait toujours attendre…

    Ce sera aussi le cas au Liban. Pendant une grosse dizaine d’années, le système tient tant bien que mal. Mais, comme le souligne Hannes Baumann, le capitalisme libanais prend de plus en plus une forme rentière qui est assez spécifique du néolibéralisme, mais a été poussée à des niveaux très élevés dans ce pays. Alors que le Libanais moyen n’avait guère les moyens ni d’investir, ni d’habiter dans les résidences luxueuses construites par centaines à Beyrouth, les plus riches, eux, profitaient pleinement des effets de la politique de la Banque du Liban.

    Les effets dévastateurs de la politique monétaire
    En effet, pour maintenir la parité de la livre libanaise, la BDL a cherché à attirer les réserves en devises de la diaspora libanaise, des plus riches et des investisseurs du Golfe avec de très généreux taux d’intérêts. Concrètement, la BDL empruntait effectivement les devises aux banques commerciales libanaises qui, elles, les récoltaient auprès des investisseurs avides de taux élevés. Cela permettait à la BDL de disposer de réserves pour financer le déficit courant du pays et, le cas échéant, défendre la monnaie. Mais ce système ne fonctionne que si le pays utilise effectivement sa stabilité monétaire pour financer son développement, réduire son déficit commercial et, in fine, pouvoir réduire les taux. Ce n’est pas du tout ce qui s’est produit au Liban.

    L’économiste Toufic Gaspard, de l’université du Sussex, a étudié de près, dans un article de 2017, cette politique monétaire de la BDL et en a montré la nocivité. Sur la période allant de 2011 à 2016, le taux payé pour les dépôts en dollars par la banque centrale était en moyenne supérieur de 5 points de pourcentage au taux interbancaire de référence, le Libor. « À tous points de vue, le taux d’intérêt de la BDL est très généreux », conclut-il. Selon lui, un taux allant de 2 à 2,5 % aurait permis d’attirer les dollars dans les caisses de la BDL.

    Le siège de la Banque du Liban (BdL) à Beyrouth. © DR
    Or cette générosité a de nombreuses conséquences négatives. D’abord, les banques commerciales préfèrent évidemment prêter leurs fonds à la généreuse BDL plutôt qu’à l’économie libanaise. Près des trois quarts des bilans des banques libanaises sont ainsi constitués de créances sur la BDL ou l’État. À l’inverse, il est donc très difficile de financer des investissements productifs au Liban. Dès lors, seuls les projets très rentables comme l’immobilier de luxe sont financés ; l’outil productif, lui, est resté inexistant.

    À quoi bon, au reste ? La stabilité de la livre offrait effectivement un pouvoir d’achat supérieur en importations aux Libanais par rapport à la plupart de leurs voisins. Pourquoi se lancer dans la construction d’une usine lorsqu’il est meilleur marché d’importer les biens que de les produire ? Pourquoi investir dans l’outil productif en devant s’endetter à des taux prohibitifs lorsque la BDL offre des taux fabuleux pour l’emploi de son argent ?

    Le pays a alors connu un effet d’éviction de sa structure productive vers la finance. Globalement, le Liban pouvait, avec cette monnaie forte, avoir l’illusion de vivre sur les importations. La balance des paiements affiche donc un déficit de près d’un quart du PIB, ce qui suppose un afflux de devises important et, partant, un maintien du système de monnaie forte et de taux élevés.

    Une petite classe moyenne a certes pu voir le jour dans les années 2000 dans ce système, formée de négociants d’import-export, de responsables du secteur du tourisme ou d’employés du secteur financier. Mais, globalement, la croissance libanaise a été profondément inégalitaire. Ce sont les détenteurs de la richesse financière qui ont profité de ces politiques.

    Les chiffres du World Inequality Database (WID) sur le pays sont sans appel. Entre 1990 et 2016, la part de la richesse nationale détenue par les 10 % les plus riches est passée de 52 % à 57,1 %, tandis que celle détenue par les 50 % les plus pauvres est passée de 12,9 % à 10,7 %. Désormais, la moitié de la population détient moins de richesse que les 0,1 % les plus riches, qui captent 11,1 % du revenu national. Le ruissellement a échoué, au Liban comme ailleurs.
    [...]
    Dans ces conditions, l’État libanais, en bon État néolibéral, est venu colmater, tant bien que mal, les brèches. L’emploi public est parvenu à assurer une certaine stabilité de la demande intérieure. Mais le Liban étant ce qu’il est, cet emplois public a, bien sûr, été souvent détourné à des fins communautaires pour « récompenser » des services politiques. Cela a sans doute gonflé la dépense publique et réduit l’efficacité de l’État. Cette corruption a aussi conduit à une préférence pour la dépense courante plutôt que pour l’investissement.

    Ainsi, Électricité du Liban (EdL), l’entreprise d’État qui gère le réseau électrique, est souvent présentée comme la preuve de la mauvaise gestion étatique. C’est indéniable. La corruption a gonflé les effectifs au détriment des investissements de maintenance. Mais le point essentiel est que l’État n’avait guère d’intérêt à développer les centres de production libanais et leur productivité puisque les importations étaient bon marché grâce à la monnaie forte.

    En réalité, ne voir dans la crise libanaise que le résultat d’un État trop présent et corrompu est un raccourci qui manque l’essentiel. L’État néolibéral est, par nature, au service des intérêts du capital, et sa fonction est souvent de pourvoir aux conséquences néfastes de cette politique par d’importants déficits publics. En l’espèce, l’immense déficit de l’État libanais de 9,6 % du PIB l’an passé, qui a conduit la dette publique à atteindre 155 % du PIB, s’explique non pas par une générosité immense de l’État providence libanais, mais par le modèle économique néolibéral.

    D’un côté, pour ne pas effrayer les capitaux étrangers, on a limité les recettes fiscales en renonçant à tout impôt sur les revenus du capital et en frappant d’abord les petits revenus et la consommation. De l’autre, pour assurer la stabilité monétaire, on a dû consentir des taux d’intérêts très élevés pour financer le déficit. L’effet « boule de neige » de ces taux, qui veut que lorsque l’on emprunte à des taux trop élevés on doive emprunter plus au fil du temps, a été redoutable pour le Liban. Le service de la dette compte alors pour 9,5 % du PIB en 2019…

    #néolibéralisme #finances #banques #Liban #corruption

    Pour ma part, je pense que mettre l’endettement et la corruption d’EDL sous l’étiquette du néolibéralisme, alors même que tout a été fait pour ne pas privatiser cette entreprise est assez paradoxal. Mais c’est un peu une discussion de détail. La question n’est pas celle de l’étiquette, n’en déplaise à mes collègues universitaires : cet article propose une analyse convaincante de la crise économique libanaise

  • The physician as a neoliberal subject – A qualitative study within a private-public mix setting - ScienceDirect
    https://www.sciencedirect.com/science/article/abs/pii/S0277953620303713

    Highlights

    Neoliberalization influences how physicians perceive their role, practice & patients.


    Perceived roles go from serving the common good to an entrepreneur of oneself.


    The Physician-Entrepreneur chooses healthier patients to avert risk.


    Physicians’ professional ethos is in tension with neo-liberal subjectivity.


    Researchers should examine how subjectification relates with institutional context.

    #Médecine #médecins #néolibéralisme

  • Le choc et la panique à la rescousse des traités pour fragiliser l’Etat
    https://www.investigaction.net/fr/le-choc-et-la-panique-a-la-rescousse-des-traites-pour-fragiliser-let

    Nos gouvernements vont-ils profiter du contexte de la crise pour passer des réformes impopulaires selon la stratégie du choc dévoilée par Naomi Klein ? C’est ce que redoute Carlos Perez. Auteur de L’Enfance sous pression et d’Au-delà du geste technique, il dénonce les atteintes à la démocratie qui pourraient ouvrir la voie à de nouvelles percées du néolibéralisme. (IGA)

     

    Comme le souligne Naomi Klein dans son essai « Stratégie du Choc : La montée d’un capitalisme du désastre », les États profitent et se servent de la crise et de la panique pour s’accorder des pouvoirs spéciaux et mettre en place des réglementations liberticides et par la même occasion affaiblir les services sociaux.

    La stratégie consiste à profiter du choc et de la désorientation pour faire passer des politiques impopulaires. En voici quelques exemples récents en pleine période de pandémie :

    1° En Belgique, le ministre-président flamand, Jan Jambon (N-VA), veut voir davantage de gens au travail, entre autres dans les secteurs de la construction et des titres-services où le mécanisme du chômage temporaire est, à ses yeux, parfois trop rapidement demandé, a-t-il indiqué mercredi 25 mars au parlement flamand1.
    On voit bien là un confinement de classes sociales à deux vitesses : déjà qu’ils n’ont pratiquement pas de matériel de protection pour sauver leur propre vie, les ouvriers n’ont pas les mêmes droits face à la pandémie.

    2° En France, le Sénat a voté, dans la nuit de jeudi à vendredi (19-20 mars), la loi dite d’adaptation au coronavirus (la loi « urgence coronavirus ») à 252 voix pour, 2 contre, et 90 abstentions. « Ce texte, qui acte le report des élections municipales « au plus tard en juin », constitue une attaque importante contre les droits des travailleurs, tant sur le plan social que démocratique. (…)Macron et son gouvernement instrumentalisent ainsi la crise sanitaire, pour faire les cadeaux dont ils rêvaient au patronat ».2 Entré en vigueur en mars, l’état d’urgence était fixé pour une période de deux mois. Il a ensuite été prolongé jusqu’au 10 juillet.

    3° Les États-Unis, qui n’en sont plus à une folie près, envisagent « pourquoi pas » (puisque ce pays n’a pas forcément de sécurité sociale) ni plus ni moins que de laisser mourir les anciens dans cette période de Coronavirus qui va effectivement toucher un maximum de personnes âgées. « Sacrifier les personnes âgées pour sauver l’économie » ce sont les propos chocs du vice-gouverneur Républicain du Texas, Dan Patrick.
    De plus, ce même pays va utiliser la pandémie pour réduire les libertés individuelles et serrer la vis un cran de plus en annonçant que les personnes qui propagent le virus intentionnellement pourraient entrer dans le champ d’application des lois antiterroristes et être poursuivies au pénal, autant dire presque tout le monde se promenant dans la rue3.

    4° Pour couronner le tout, au Royaume-Uni, l’ancien Premier ministre britannique, Gordon Brown, appelle à la création d’un « gouvernement mondial » pour lutter contre la menace actuelle. Un groupe de travail international « veillerait à ce que les efforts des banques centrales soient coordonnés », selon M. Brown, qui souhaite que la Banque mondiale et le Fonds monétaire international reçoivent plus d’argent et de pouvoir.

    Sans une minute à perdre les banques sont d’ores et déjà à la manœuvre pour régler les problèmes, quelle ironie !4
Comme on le constate les idées et les projets pour détruire nos droits et nos services sociaux ne manquent pas, même en pleine période de chaos pas un moment de répit chez nos réformateurs libéraux pour placer leurs projets politiques.

    Les traités sont en place depuis pas mal de temps, il faut juste la bonne excuse pour les sortir du placard. Le but inavoué reste inchangé : passer toutes les lois liberticides et proposer des traités toxiques qui doivent déréguler l’État.

    Si nos gouvernements promettent de renforcer les soins de santé, ils assurent aussi qu’il faudra retrouver l’équilibre budgétaire après s’être massivement endetté, en bonne partie pour « rassurer les marchés ». Des milliards d’euros ont ainsi été déversés pour sauver une finance déjà en crise bien avant la pandémie. Le danger, bien réel, est de voir passer de nouvelles réformes et accords qui, une fois de plus, fragiliseront les plus faibles pour tenter de sauver un système qui profite aux plus riches. Nos gouvernements pourraient profiter de la crise pour passer en force des accords impopulaires, parfois négociés en catimini.

    On se souvient comment WikiLeaks avait débusqué l’Accord sur le Commerce des Services (ACS), connu sous son acronyme anglais TiSA (pour Trade in Services Agreement), concocté en douce en 2013 à l’initiative des États-Unis et de L’Australie.

    « TISA quatre lettres qui vont changer le monde ou qui font peur ? TISA serait l’accord fondateur du commerce mondial libéré des grandes contraintes des États d’une cinquantaine de pays, dont les États-Unis et l’Union européenne ».

    « C’est en 2013 que les négociations TISA ont vraiment commencé. Les négociateurs sont représentatifs de 70% du commerce mondial. Et le traité porte sur le lissage des règles communes, ouvrant ainsi les portes à un desserrement des liens qui entravent les entreprises en activités dans le secteur des services »5.

    C’est un marché mondial de 44.000 milliards de dollars, selon le département du Commerce américain. Les services représentent plus des trois quarts du produit intérieur brut (PIB) des pays développés (75% aux États-Unis et 78% dans l’Union européenne).

    Mais au plan du commerce international les exportations de services sont bien moins élevées que celles des marchandises et c’est peut-être là que le bât blesse. Il faut libéraliser cette caverne d’Ali Baba seul. Les services de l’État du ressort exclusif du régalien sont exclus de la négociation.

    Sinon tout est sur la table : services financiers, commerces de détail, transports maritimes et routiers, conseils, approvisionnements en énergie, santé, éducation, gestion de l’eau, etc. bref tous nos services sociaux sont susceptibles d’être privatisés et libéralisés. Voilà l’imposture qui peut nous tomber sur la tête si nous ne prenons pas le dessus très rapidement sur la peur du moment et repartons sur nos propres revendications chacun dans son secteur. Une doctrine de choc qui spécule sur les catastrophes et qui va encore approfondir les inégalités pourrait nous être imposée.

    Dans mon secteur d’activité, le sport, parent pauvre des services sociaux, cette stratégie de dérégulation est depuis bien longtemps en action par le truchement du partenariat public-privé (« PPP ») dans l’investissement de mégaprojets d’infrastructures. Une façon sournoise de socialiser les pertes tout en privatisant les bénéfices, ce sont des millions d’argent public qui sont détournés. 

    Si on veut penser à l’après-crise, chacun doit le faire dès maintenant dans chaque secteur et se poser les bonnes questions. Dans le domaine du sport, prendre réellement soin de la population est une urgence que tout le monde a bien comprise. À travers cette crise, qu’est-ce que cela signifie ? C’est à ce stade qu’intervient ma modeste contribution.

    Les solutions sont à portée de main et ne vont pas forcément dans le sens des grandes rencontres sportives de prestige qui devraient démarrer très vite et redonner des jeux et du pain à la plèbe pour masquer la tragédie et l’irresponsabilité de nos représentants politiques. 
Ce confinement nous a bien démontré à quel point le sport-compétition est futile et inutile et que l’éducation motrice sanitaire, la culture physique était le meilleur outil à notre disposition pour favoriser et surmonter les altérations physiques et psychologiques dues au confinement, en plus de permettre une meilleure adaptation et résilience individuelle et collective et donc un véritable outil de santé publique.

    Si on parle du sport comme outil de santé publique, il faut au contraire et inéluctablement dans ce secteur clé de la prévention s’orienter vers des revendications claires. Le sport n’est pas une marchandise, mais un droit, le droit au bien-être, aux soins et à la santé pour tous et accessible à tous : 

    1° Cela commence par une planification intégrée : mettre au service de la population et prioritairement de nos anciens et de nos jeunes une vraie prévention sanitaire. Cela semble véritablement nécessaire comme on l’a constaté dans cette dure épreuve de pandémie où le taux de morbidité critique a été une cause de l’inflation de personnes en danger de mort.

    Avec l’aide de tous les professionnels de la prévention, de l’hygiène et de la santé, médecins nutritionnistes spécialistes de la motricité, tous doivent collaborer c’est-à-dire dans les petits clubs et dans les petites structures qui s’occupent de plus de 90% des affiliés dans le sport et pas au service des clubs de première division qui ont des budgets cotés en bourse et qui représentent une infime minorité de personnes. La santé de tous doit passer avant l’argent de quelques-uns. 

    2° Il faudrait mutualiser toutes les ASBL qui représentent plus de 90% des affiliés et les organiser en coopératives en y développant pourquoi pas une véritable politique de masse salariale au lieu de la comprimer , ASBL qui bien souvent pour fonctionner ont du personnel bénévole précarisé et instable et où les gens doivent faire don de leur argent et de leur travail. Ce sont des milliers d’heures non rétribuées, en gros ce sont des sous-traitants de l’État paupérisés et marginalisés.

     
3° Même si la mesure peut paraître radicale sur la forme, sur le fond elle est essentielle et empreinte de justice sociale, les multinationales ne peuvent pas avoir la clé de notre santé : réquisitionner toutes les structures de grandes marques « Low Cost » disséminées à travers le pays et les mettre à la disposition du citoyen comme service public pour soutenir les populations dans les quartiers en y incorporant une véritable masse salariale c’est-à-dire des salariés compétents et au service de tous. 

    Généraliser la question d’utilité publique au sport qui est un outil d’émancipation, d’hygiène et de progrès social, est la seule démarche logique saine et indispensable, le constat est très clair et largement partagé. Ce secteur, en dehors de la compétition, du tri, de la sélection et de la relégation, est un outil essentiel pour renforcer la colonne vertébrale sanitaire, pour sortir de périodes difficiles voir d’émulation générale. Si l’utopie est le début de la transformation, alors soyons utopiques et préparons notre avenir, l’intelligence collective viendra toujours d’en bas !

    Fils d’immigrés espagnols ayant fui le franquisme pour travailler dans les mines de Belgique, Carlos Perez est préparateur physique. Il a notamment animé un centre sportif dans un quartier populaire de Molenbeek. Il y a été confronté à des problèmes récurrents qui l’ont amené à questionner l’impact de notre modèle économique et de notre système scolaire sur la santé des jeunes et des travailleurs. Dans son dernier ouvrage qui vient de paraître chez Aden http://www.aden.be/index.php , Carlos Perez lance les bases d’une nouvelle pratique, l’écomotricité, pour un développement durable de l’être humain.

    #néolibéralisme #capitalisme #capitalisme_du_désastre #Stratégie_du_Choc #Angleterre #Belgique #France #USA #ACS #TISA #PPP #Sport #pandémie #covid-19 #coronavirus #santé_publique #low_cost

    • Près de 2 députés européens sur 3 ne déclarent pas de rencontres avec des lobbyistes
      https://www.rtbf.be/info/monde/detail_rencontres-lobbyistes-et-deputes-europeens-le-lent-chemin-vers-la-transp

      Plus de 35.000 lobbyistes gravitent autour des institutions européennes, à Bruxelles : du représentant de Google à celui des producteurs de patates, des activistes pour les droits humains à l’industrie navale, de Greenpeace à Total, ils tentent de peser sur les décisions politiques de l’Union.

      Un travail discret mais intensif : à Bruxelles, les lobbys ont un budget cumulé de 1,5 milliard d’euros par an.

      Restent-ils dans les clous, pour influencer la fabrication des lois ?

      Un code de conduite encadre les contacts de ces lobbys avec les politiques et les fonctionnaires européens. Des règles qui ont été renforcées l’an dernier dans les institutions européennes, à la Commission et au Parlement. Les institutions sont-elles pour autant devenues transparentes ?

      Un rapport de l’ONG « Transparency International » (un lobby… sur le travail de lobbying) au sujet du Parlement européen montre qu’il reste du chemin à faire.

      63% des députés européens ne déclarent pas leurs rencontres
      Depuis un an, les députés européens sont invités à inscrire dans un registre informatique les réunions qu’ils tiennent avec des lobbyistes.

      C’est obligatoire pour les parlementaires qui sont en première ligne sur un dossier : ceux qui sont Président ou Rapporteur d’une Commission parlementaire (des rôles clefs dans la fabrication d’une loi européenne), ou ceux qui mènent le travail législatif sur un dossier pour un groupe politique.

      Les autres eurodéputés ne sont pas obligés de publier leurs réunions avec les lobbys, mais ils sont invités à le faire.

      Selon le comptage de « Transparency International », en un an, 259 députés européens ont fait le pas, sur les 704 : c’est 37% de l’hémicycle.

      63% des députés européens n’ont donc publié aucune de leurs rencontres.

      De grands écarts entre Etats…
      « Transparency International » constate de grands écarts selon les Etats de ces députés européens.

      Aux extrêmes, 90% des députés de Suède ont pris le pli de communiquer leurs contacts avec des groupes d’intérêts. Tandis qu’aucun député croate ou chypriote n’a déclaré de rencontre, en un an.

      « Les pays du nord, la Suède, le Danemark, la Finlande sont assez transparents » commente Raphaël Kergueno, pour Transparency International, « mais d’un autre côté, il y a des pays à la traîne ». Et il épingle l’Italie, l’Etat qui envoie le plus d’Eurodéputés au Parlement européen après l’Allemagne et la France : 76 élus. « En Italie, moins de 7% des députés européens publient des rencontres avec des lobbyistes. »

      La Belgique, pour sa part, affiche un bilan mitigé. Ni cancre, ni exemplaire.

      52% des eurodéputés belges publient leurs rencontres : Pascal Arimont (Christlich Soziale Partei), Marc Botenga (PTB), Geert Bourgeois (N-VA), Saskia Bricmont (Ecolo), Petra de Sutter (Groen), Cindy Franssen (CD&V), Philippe Lamberts (Ecolo), Kris Peeters (CD&V), Frédérique Ries (MR), Johan Van Overtveldt (N-VA) et Marc Tarabella (PS).

      Et les autres ? Ceux que nous avons pu joindre se disent tous « favorables » à l’exercice, tout en n’ayant pas encore publié de réunion. Certains rappellent, au détour de justifications souvent administratives, que ce n’est pas obligatoire.

      Marie Arena (PS) a rejoint le mouvement dans la foulée de ce rapport. Elle évoque « un enregistrement en interne mais pas sur le site du Parlement, à cause de contraintes logistiques. Un souci à présent corrigé ».

      Olivier Chastel (MR) explique qu’il a fait le choix de ne pas recevoir de représentants des lobbys : « Etant actif dans les commissions budget et de contrôle budgétaire, mes rencontres se font principalement avec les différentes instances de l’Union comme la Commission européenne ou la Cour des comptes, et ces rencontres ne doivent pas être indiquées », explique-t-il.

      Benoît Lutgen (cdH) dit compter aujourd’hui très peu de réunions « avec des lobbys en tant que tels », rien qui ne justifierait d’être publiés. Il assure qu’il en fera état lorsque ce sera le cas.

      Son de cloche semblable chez Assita Kanko (N-VA). Elle invoque le lent démarrage de la législature et le confinement, des débuts de mandat qui ne l’ont pas exposée aux rencontres avec des lobbyistes. Mais si de telles rencontres se présentaient à présent, « je déclarerai bien entendu tout entretien comme prévu » assure-t-elle.

      La Belgique, bientôt plus exemplaire que la Suède ?

      … et entre groupes politiques
      Des différences importantes sont perceptibles aussi entre groupes politiques du Parlement européen.

      Deux familles politiques comptent une majorité de députés actifs sur le registre de transparence, le groupe des verts (Green-EFA avec 91% des députés qui ont publié au moins une réunion) et le groupe des libéraux-centristes Renew Europe (57%).

      Dans tous les autres groupes, une minorité d’élus ont fait la démarche.

      Pourquoi ces réticences ?
      Elles peuvent être liées à plusieurs facteurs : une hésitation à investir du temps dans une démarche administrative qui n’est, la plupart du temps, pas légalement obligatoire. Une culture de la transparence encore faible dans certains Etats.

      Des eurodéputés estiment que c’est une atteinte à leur liberté d’élu, à leur droit de consulter qui ils veulent sans devoir en faire état. Ils peuvent également trouver difficile d’assumer publiquement certaines rencontres avec certains lobbys.

      Mettre cartes sur table
      Daniel Freund est un ancien de transparency International, à présent passé de l’autre côté : il est devenu parlementaire européen. Son cheval de bataille reste la transparence du travail politique européen. Il plaide pour une publication la plus large possible des rencontres avec les lobbys.

      Des rencontres qui, souligne-t-il, sont nécessaires pour un élu.

      « Rencontrer des lobbys, ça fait naturellement partie de la démocratie. Quand je prends une décision sur une certaine loi, comme député européen, il faut que j’aie parlé aux personnes concernées. Aux citoyens, aux entreprises concernées, aux organismes de protections des consommateurs, etc. Et si je fais bien mon travail, j’entends tous les arguments et puis je prends une décision en étant bien informé. »

      Mais ce processus doit être transparent, insiste-t-il, pour percevoir qui pèse sur les décisions de qui. « Je trouve qu’en dehors des périodes électorales, les citoyens ont le droit de savoir comment je vote et avec qui je parle. Et cela m’aide aussi à travailler » dit Daniel Freund. Parce que lister ses entrevues permet d’avoir à l’esprit qui on voit et qui on a tendance à ne pas écouter.

      Un chantier entamé, pas terminé
      Ceux qui regardent le verre à moitié plein souligneront que 37% des eurodéputés, c’est un bon début, d’autant que l’on partait de rien et que cette publication des contacts avec les lobbys n’est pas obligatoire pour la plupart des députés européens.

      Ceux qui regardent le verre à moitié vide relèveront que 63% des eurodéputés ne se livrent pas à un exercice pourtant peu contraignant puisqu’il ne s’agit que de mentionner le lobby, le sujet de discussion et le moment.

      Et ils épingleront d’autres améliorations à apporter.

      Au Parlement européen, « Transparency International » déplore un manque de contrôle des déclarations de députés qui sont contraints à l’exercice. Et une légèreté des sanctions pour ceux – lobbys ou élus — qui franchiraient la ligne rouge : acceptation de cadeaux, rencontres non-déclarées alors qu’elles auraient dû l’être, lobby qui aborderait des élus sans clarté sur son identité, etc. Aujourd’hui un lobby au comportement douteux risque, dans les faits, un retrait temporaire de son badge d’accès aux institutions, rien de plus.

      L’ONG demande que progresse le projet d’une autorité indépendante pour faire respecter les règles sur les rapports lobbys/UE. Une autorité dont l’action serait étendue aux trois institutions : le Parlement mais aussi la Commission européenne et le Conseil.

      #ue #union_européenne #Bruxelles #Députés #Députés_européens #Transparency_International #eurodéputés #Suéde #Croatie #Chypre #Suède, #Danemark, #Finlande #Italie #Allemagne #commission_européenne #conseil_européen #transparence #lobbying #lobby #influence #lobbies #corruption #politique #multinationales

  • #Chili : vivre et mourir en temps de pandémie et de néolibéralisme « avancé »
    https://www.cetri.be/Chili-vivre-et-mourir-en-temps-de

    (Publié dans la collection de l’Institut des Amériques) « Dans un moment où des milliers de familles n’ont pu dire adieu à leurs êtres chers, il est violent de voir comment l’autorité suprême du pays malmène une fois de plus les protocoles ». En ce lundi 22 juin 2020, la députée chilienne Claudia Mix, membre du Frente Amplio (gauche), ne décolère pas. Elle se fait l’écho des images qui tournent en boucle sur les réseaux sociaux. On y voit le président Sebastián Piñera participant aux funérailles de son oncle, (...) #Le_Sud_en_mouvement

    / #Le_Sud_en_mouvement, #COVID_19, Chili, #Coronavirus, #Mouvements_sociaux, Relations entre mouvements sociaux & gouvernements, #Néolibéralisme, (...)

    #Relations_entre_mouvements_sociaux_&_gouvernements #Contestation

  • « Il est urgent d’ouvrir le débat sur les finalités de la police »
    https://usbeketrica.com/article/il-est-urgent-d-ouvrir-le-debat-sur-les-finalites-de-la-police

    Vous avancez l’idée que cette #violence croissante de la #police marque aussi l’avancée du #néolibéralisme. Quel lien peut-on établir entre entre le néolibéralisme et les violences policières ?

    Il est important de montrer le mécanisme précis qui lie l’un à l’autre. Le fonctionnement des États modernes repose sur deux piliers : le #consentement et la #force. Il y a toujours un mélange et un équilibre entre les deux, qui permet en quelque sorte à l’État de se reproduire en dépit des changements de gouvernements. Depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale, en France, on a d’abord eu une période où cet équilibre fonctionnait : c’est ce qu’on appelé les Trente Glorieuses, et il y avait alors un consentement assez fort à l’ordre établi, notamment grâce à la sécurité sociale et à un minimum qui permettait à tout le monde de vivre relativement confortablement. Vous n’aviez pas seulement un confort matériel, mais aussi la perspective concrète que, dans un futur proche, les choses allaient s’améliorer pour vous, ce qui créait un consentement fort.

    « L’arme non létale est le remède technologique parfait pour ne pas affronter le problème de manière politique »

    Cet équilibre a été bouleversé par l’avènement du néolibéralisme dans les années 1970-1980, puisque le projet de cette doctrine est d’aboutir à une nouvelle forme de répartition des richesses. Il s’agit d’un changement d’époque fondamental, qui repose sur l’idée que les riches doivent devenir plus riches : depuis, les #inégalités augmentent précisément dans ce sens. Cette nouvelle période néolibérale creuse les inégalités et affaiblit le consentement de la population, ce qui pousse l’État à intervenir de plus en plus par la force. Sauf qu’il fait face à une contradiction : s’il utilise la force, il affaiblit encore plus le consentement de la population. Cela génère donc un potentiel de #contestation encore plus important.

  • Cinq questions à Madame Helen La Lime Meagher, Représentante spéciale du Secrétaire général des Nations unies en Haïti.
    https://www.cetri.be/Cinq-questions-a-Madame-Helen-La

    Madame, le 19 juin 2020, à la séance du Conseil de sécurité consacrée au Bureau intégré des Nations unies en #Haïti (BINUH), à New York, vous avez fait une déclaration sur votre travail et sur la situation en Haïti : https://rezonodwes.com/2020/06/20/new-york-declaration-de-helen-la-lime-au-conseil-de-securite-19-juin-202. 1. Peut-on vous demander quels sont « les gains durement acquis en matière de sécurité et de #Développement au cours des quinze dernières années » en Haïti que vous évoquez ? Des « (...) #Le_regard_du_CETRI

    / #Le_regard_du_CETRI, #Le_Sud_en_mouvement, #Corruption, Haïti, #Néolibéralisme, Développement

    • Le texte de l’appel :

      Nous sommes nombreuses, nous sommes nombreux : nous sommes tant et tant à penser et éprouver que ce système a fait son temps. Mais nos voix sont dispersées, nos appels cloisonnés, nos pratiques émiettées. Au point que quelquefois nous doutons de nos forces, nous succombons à la détresse de l’impuissance. Certes, parfois cette diffraction a du bon, loin des centralisations et, évidemment, loin des alignements. Il n’empêche : nous avons besoin de nous fédérer. Sans doute plus que jamais au moment où une crise économique, sociale et politique commence de verser sa violence sans faux-semblant : gigantesque et brutale. Si « nous sommes en guerre », c’est bien en guerre sociale. D’ores et déjà les attaques s’abattent, implacables : le chantage à l’emploi, la mise en cause des libertés et des droits, les mensonges et la violence d’État, les intimidations, la répression policière, en particulier dans les quartiers populaires, la surveillance généralisée, la condescendance de classe, les discriminations racistes, les pires indignités faites aux pauvres, aux plus fragiles, aux exilé-es. Pour une partie croissante de la population, les conditions de logement, de santé, d’alimentation, parfois tout simplement de subsistance, sont catastrophiques. Il est plus que temps de retourner le stigmate contre tous les mauvais classements. Ce qui est « extrême », ce sont bien les inégalités vertigineuses, que la crise creuse encore davantage. Ce qui est « extrême », c’est cette violence. Dans ce système, nos vies vaudront toujours moins que leurs profits.

      Nous n’avons plus peur des mots pour désigner la réalité de ce qui opprime nos sociétés. Pendant des décennies, « capitalisme » était devenu un mot tabou, renvoyé à une injonction sans alternative, aussi évident que l’air respiré – un air lui-même de plus en plus infecté. Nous mesurons désormais que le capitalocène est bien une ère, destructrice et mortifère, une ère d’atteintes mortelles faites à la Terre et au vivant. L’enjeu ne se loge pas seulement dans un néolibéralisme qu’il faudrait combattre tout en revenant à un capitalisme plus « acceptable », « vert », « social » ou « réformé ». Féroce, le capitalisme ne peut pas être maîtrisé, amendé ou bonifié. Tel un vampire ou un trou noir, il peut tout aspirer. Il n’a pas de morale ; il ne connaît que l’égoïsme et l’autorité ; il n’a pas d’autre principe que celui du profit. Cette logique dévoratrice est cynique et meurtrière, comme l’est tout productivisme effréné. Se fédérer, c’est répondre à cette logique par le collectif, en faire la démonstration par le nombre et assumer une opposition au capitalisme, sans imaginer un seul instant qu’on pourrait passer avec lui des compromis.

      Mais nous ne sommes pas seulement, et pas d’abord, des « anti ». Si nous n’avons pas de projet clé en mains, nous sommes de plus en plus nombreuses et nombreux à théoriser, penser mais aussi pratiquer des alternatives crédibles et tangibles pour des vies humaines. Nous avons besoin de les mettre en commun. C’est là d’ailleurs ce qui unit ces expériences et ces espérances : les biens communs fondés non sur la possession mais sur l’usage, la justice sociale et l’égale dignité. Les communs sont des ressources et des biens, des actions collectives et des formes de vie. Ils permettent d’aspirer à une vie bonne, en changeant les critères de référence : non plus le marché mais le partage, non plus la concurrence mais la solidarité, non plus la compétition mais le commun. Ces propositions sont solides. Elles offrent de concevoir un monde différent, débarrassé de la course au profit, du temps rentable et des rapports marchands. Il est plus que jamais nécessaire et précieux de les partager, les discuter et les diffuser.

      Nous savons encore que cela ne suffira pas : nous avons conscience que la puissance du capital ne laissera jamais s’organiser paisiblement une force collective qui lui est contraire. Nous connaissons la nécessité de l’affrontement. Il est d’autant plus impérieux de nous organiser, de tisser des liens et des solidarités tout aussi bien locales qu’internationales, et de faire de l’auto-organisation comme de l’autonomie de nos actions un principe actif, une patiente et tenace collecte de forces. Cela suppose de populariser toutes les formes de démocratie vraie : brigades de solidarité telles qu’elles se sont multipliées dans les quartiers populaires, assemblées, coopératives intégrales, comités d’action et de décision sur nos lieux de travail et de vie, zones à défendre, communes libres et communaux, communautés critiques, socialisation des moyens de production, des services et des biens… Aujourd’hui les personnels soignants appellent à un mouvement populaire. La perspective est aussi puissante qu’élémentaire : celles et ceux qui travaillent quotidiennement à soigner sont les mieux à même d’établir, avec les collectifs d’usagers et les malades, les besoins quant à la santé publique, sans les managers et experts autoproclamés. L’idée est généralisable. Nous avons légitimité et capacité à décider de nos vies – à décider de ce dont nous avons besoin : l’auto-organisation comme manière de prendre nos affaires en mains. Et la fédération comme contre-pouvoir.

      Nous n’avons pas le fétichisme du passé. Mais nous nous souvenons de ce qu’étaient les Fédérés, celles et ceux qui ont voulu, vraiment, changer la vie, lui donner sens et force sous la Commune de Paris. Leurs mouvements, leurs cultures, leurs convictions étaient divers, républicains, marxistes, libertaires et parfois tout cela à la fois. Mais leur courage était le même – et leur « salut commun ». Comme elles et comme eux, nous avons des divergences. Mais comme elles et comme eux, face à l’urgence et à sa gravité, nous pouvons les dépasser, ne pas reconduire d’éternels clivages et faire commune. Une coopérative d’élaborations, d’initiatives et d’actions donnerait plus de puissance à nos pratiques mises en partage. Coordination informelle ou force structurée ? Ce sera à nous d’en décider. Face au discours dominant, aussi insidieux que tentaculaire, nous avons besoin de nous allier, sinon pour le faire taire, du moins pour le contrer. Besoin de nous fédérer pour mettre en pratique une alternative concrète et qui donne à espérer.

      Dès que nous aurons rassemblé de premières forces, nous organiserons une rencontre dont nous déciderons évidemment ensemble les modalités.

      #le_monde_d'après #convergence #résistance #convergence_des_luttes #se_fédérer #détresse #impuissance #diffraction #guerre_sociale #inégalités #capitalisme #capitalocène #néolibéralisme #égoïsme #autorité #profit #productivisme #collectif #alternative #alternatives #bien_commun #commun #commons #partage #solidarité #marché #concurrence #compétition #rapports_marchands #affrontement #auto-organisation #autonomie #démocratie #brigades_de_solidarité #mouvement_populaire #fédération #contre-pouvoir #alternative

  • The neoliberal era is ending. What comes next?

    In a crisis, what was once unthinkable can suddenly become inevitable. We’re in the middle of the biggest societal shakeup since the second world war. And neoliberalism is gasping its last breath. So from higher taxes for the wealthy to more robust government, the time has come for ideas that seemed impossible just months ago.

    There are those who say this pandemic shouldn’t be politicised. That doing so is tantamount to basking in self-righteousness. Like the religious hardliner shouting it’s the wrath of God, or the populist scaremongering about the “Chinese virus”, or the trend-watcher predicting we’re finally entering a new era of love, mindfulness, and free money for all.

    There are also those who say now is precisely the time to speak out. That the decisions being made at this moment will have ramifications far into the future. Or, as Obama’s chief of staff put it after Lehman Brothers fell in 2008: “You never want a serious crisis to go to waste.”

    In the first few weeks, I tended to side with the naysayers. I’ve written before about the opportunities crises present, but now it seemed tactless, even offensive. Then more days passed. Little by little, it started to dawn that this crisis might last months, a year, even longer. And that anti-crisis measures imposed temporarily one day could well become permanent the next.

    No one knows what awaits us this time. But it’s precisely because we don’t know because the future is so uncertain, that we need to talk about it.

    The tide is turning

    On 4 April 2020, the British-based Financial Times published an editorial

    likely to be quoted by historians for years to come.

    The Financial Times is the world’s leading business daily and, let’s be honest, not exactly a progressive publication. It’s read by the richest and most powerful players in global politics and finance. Every month, it puts out a magazine supplement unabashedly titled “How to Spend It” about yachts and mansions and watches and cars.

    But on this memorable Saturday morning in April, that paper published this:

    “Radical reforms – reversing the prevailing policy direction of the last four decades – will need to be put on the table. Governments will have to accept a more active role in the economy. They must see public services as investments rather than liabilities, and look for ways to make labour markets less insecure. Redistribution will again be on the agenda; the privileges of the elderly and wealthy in question. Policies until recently considered eccentric, such as basic income and wealth taxes, will have to be in the mix.”

    What’s going on here? How could the tribune of capitalism suddenly be advocating for more redistribution, bigger government, and even a basic income?

    For decades, this institution stood firmly behind the capitalist model of small government, low taxes, limited social security – or at most with the sharpest edges rounded off. “Throughout the years I’ve worked there,” responded a journalist who has written for the paper since 1986,

    “the Financial Times has advocated free market capitalism with a human face. This from the editorial board sends us in a bold new direction.”

    The ideas in that editorial didn’t just appear out of blue: they’ve travelled a very long distance, from the margins to the mainstream. From anarchist tent cities to primetime talk shows; from obscure blogs to the
    Financial Times.

    And now, in the midst of the biggest crisis since the second world war, those ideas might just change the world.
    Literary star

    To understand how we got here, we need to take a step back in history. Hard as it may be to imagine now, there was a time – some 70 years ago – that it was the defenders of free market capitalism who were the radicals.

    In 1947, a small think tank was established in the Swiss village of #Mont_Pèlerin. The #Mont_Pèlerin_Society was made up of self-proclaimed “neoliberals”, men like the philosopher Friedrich Hayek and the economist #Milton_Friedman.

    In those days, just after the war, most politicians and economists espoused the ideas of John Maynard Keynes, British economist and champion of a strong state, high taxes, and a robust social safety net. The neoliberals by contrast feared growing states would usher in a new kind of tyranny. So they rebelled.

    The members of the Mont Pèlerin Society knew they had a long way to go. The time it takes for new ideas to prevail “is usually a generation or even more,” Hayek noted, “and that is one reason why … our present thinking seems too powerless to influence events.”

    Friedman was of the same mind:
    “The people now running the country reflect the intellectual atmosphere of some two decades ago when they were in college.” Most people, he believed, develop their basic ideas in their teens. Which explained why “the old theories still dominate what happens in the political world”.

    Friedman was an evangelist of free-market principles. He believed in the primacy of self-interest. Whatever the problem, his solution was simple: out with government; long live business. Or rather, government should turn every sector into a marketplace, from healthcare to education. By force, if necessary. Even in a natural disaster, competing companies should be the ones to take charge of organising relief.

    Friedman knew he was a radical. He knew he stood far afield of the mainstream. But that only energised him. In 1969, Time magazine characterised the US economist as “a Paris designer whose haute couture is bought by a select few, but who nonetheless influences almost all popular fashions”.

    Crises played a central role in Friedman’s thinking. In the preface to his book Capitalism and Freedom (1982), he wrote the famous words:

    “Only a crisis – actual or perceived – produces real change. When that crisis occurs, the actions that are taken depend on the ideas that are lying around.”

    The ideas that are lying around. According to Friedman, what happens in a time of crisis all depends on the groundwork that’s been laid. Then, ideas once dismissed as unrealistic or impossible might just become inevitable.

    And that’s exactly what happened. During the crises of the 1970s (economic contraction, inflation, and the Opec oil embargo), the neoliberals were ready and waiting in the wings. “Together, they helped precipitate a global policy transformation,” sums up historian Angus Burgin. Conservative leaders like US president Ronald Reagan and UK prime minister Margaret Thatcher adopted Hayek and Friedman’s once-radical ideas, and in time so did their political adversaries, like Bill Clinton and Tony Blair.

    One by one, state-owned enterprises the world over were privatised. Unions were curtailed and social benefits were cut. Reagan claimed
    the nine most terrifying words in the English language were “I’m from the government, and I’m here to help”. And after the fall of communism in 1989, even social democrats seemed to lose faith in government. In his State of the Union address in 1996, Clinton, president at the time, pronounced “the era of big government is over”.

    Neoliberalism had spread from think tanks to journalists and from journalists to politicians, infecting people like a virus. At a dinner in 2002, Thatcher was asked what she saw as her great achievement. Her answer? “Tony Blair and New Labour. We forced our opponents to change their minds.”

    Literary star

    And then came 2008.

    On 15 September, the US bank Lehman Brothers unchained the worst financial crisis since the Great Depression. When massive government bailouts were needed to save the so-called “free” market, it seemed to signal the collapse of neoliberalism.

    And yet, #2008 did not mark a historic turning point.
    One country after another voted down its leftwing politicians. Deep cuts were made to education, healthcare, and social security even as gaps in equality grew and bonuses on Wall Street soared to record heights. At the Financial Times, an online edition of luxury lifestyle magazine How to Spend It was launched a year after the crash.

    Where the neoliberals had spent years preparing for the crises of the 1970s, their challengers now stood empty-handed. Mostly, they just knew what they were against. Against the cutbacks. Against the establishment. But a programme? It wasn’t clear enough what they were for.

    Now, 12 years later, crisis strikes again. One that’s more devastating, more shocking, and more deadly. According to the British central bank, the United Kingdom is on the eve of the largest recession since the winter of 1709.
    In the space of just three weeks, nearly 17 million people in the United States applied for economic impact payments.

    In the 2008 financial crisis, it took two whole years for the country to reach even half that number.

    Unlike the 2008 crash, the coronavirus crisis has a clear cause. Where most of us had no clue what “collateralised debt obligations” or “credit default swaps” were, we all know what a virus is. And whereas after 2008 reckless bankers tended to shift the blame to debtors, that trick won’t wash today.

    But the most important distinction between 2008 and now? The intellectual groundwork. The ideas that are lying around. If Friedman was right and a crisis makes the unthinkable inevitable, then this time around history may well take a very different turn.

    Three dangerous French economists

    “Three Far-Left Economists Are Influencing The Way Young People View The Economy And Capitalism,” headlined a far-right website in October 2019.

    It was one of those low-budget blogs that excel in spreading fake news, but this title about the impact of a French trio of economists hit the nail right on the head.

    I remember the first time I came across the name of one of those three: Thomas Piketty. It was the fall of 2013 and I was browsing around economist Branko Milanović’s blog as I often did because his scathing critiques of colleagues were so entertaining. But in this particular post, Milanović abruptly took a very different tone. He’d just finished a 970-page tome in French and was singing its praises. It was, I read, “a watershed in economic thinking”.

    Milanović had long been one of the few economists to take any interest at all in researching inequality. Most of his colleagues wouldn’t touch it. In 2003, Nobel Laureate Robert Lucas had even asserted that research into questions of distribution was “the most poisonous” to “sound economics”.

    Meanwhile, Piketty had already started his groundbreaking work. In 2001, he published an obscure book with the first-ever graph to plot the income shares of the top 1%. Together with fellow economist Emmanuel Saez – number two of the French trio – he then demonstrated that inequality in the United States is as high now as it was back in the roaring twenties. It was this academic work that would inspire the rallying cry of Occupy Wall Street:

    “We are the 99%.”

    In 2014, Piketty took the world by storm. The professor became a “rock-star economist” – to the frustration of many (with the Financial Times mounting a frontal attack).

    He toured the world to share his recipe with journalists and politicians. The main ingredient? Taxes.

    That brings us to the specialty of number three of the French trio, the young economist Gabriel Zucman. On the very day Lehman Brothers fell in 2008, this 21-year-old economics student started a traineeship at a French brokerage firm. In the months that followed, Zucman had a front row seat to the collapse of the global financial system. Even then, he was struck by the astronomical sums flowing through small countries like Luxembourg and Bermuda, the tax havens where the world’s super-rich hide their wealth.

    Within a couple of years, Zucman became one of the world’s leading tax experts. In his book The Hidden Wealth of Nations (2015), he worked out that $7.6tn of the world’s wealth is hidden in tax havens. And in a book co-authored with Emmanuel Saez, Zucman calculated that the 400 richest US Americans pay a lower tax rate than every single other income group, from plumbers to cleaners to nurses to retirees.

    The young economist doesn’t need many words to make his point. His mentor Piketty released another doorstopper in 2020 (coming in at 1,088 pages),

    but Zucman and Saez’s book can be read in a day. Concisely subtitled “How the Rich Dodge Taxes and How to Make Them Pay,” it reads like a to-do list for the next US president.

    The most important step? Pass an annual progressive wealth tax on all multimillionaires. Turns out, high taxes need not be bad for the economy. On the contrary, high taxes can make capitalism work better. (In 1952, the highest income tax bracket in the United States was 92%, and the economy grew faster than ever.)

    Five years ago, these kinds of ideas were still considered too radical to touch. Former president Obama’s financial advisers assured him a wealth tax would never work, and that the rich (with their armies of accountants and lawyers) would always find ways to hide their money. Even Bernie Sanders’s team turned down the French trio’s offers to help design a wealth tax for his 2016 presidential bid.

    But 2016 is an ideological eternity away from where we are now. In 2020, Sanders’s “moderate” rival Joe Biden is proposing tax increases double what Hillary Clinton planned four years ago.
    These days, the majority of US voters (including Republicans) are in favour of significantly higher taxes on the super-rich.
    Meanwhile, across the pond, even the Financial Times concluded that a wealth tax might not be such a bad idea.

    Beyond champagne socialism

    “The problem with socialism,” Thatcher once quipped, “is that you eventually run out of other people’s money.”

    Thatcher touched on a sore spot. Politicians on the left like talking taxes and inequality, but where’s all the money supposed to come from? The going assumption – on both sides of the political aisle – is that most wealth is “earned” at the top by visionary entrepreneurs, by men like Jeff Bezos and Elon Musk. This turns it into a question of moral conscience: shouldn’t these titans of the Earth share some of their wealth?

    If that’s your understanding, too, then I’d like to introduce you to Mariana Mazzucato, one of the most forward-thinking economists of our times. Mazzucato belongs to a generation of economists, predominantly women,
    who believe merely talking taxes isn’t enough. “The reason progressives often lose the argument,” Mazzucato explains, “is that they focus too much on wealth redistribution and not enough on wealth creation.”

    In recent weeks, lists have been published all over the world of what we’ve started calling “essential workers”. And surprise: jobs like “hedge fund manager” and “multinational tax consultant” appear nowhere on those lists. All of a sudden, it has become crystal clear who’s doing the truly important work in care and in education, in public transit and in grocery stores.

    In 2018, two Dutch economists did a study
    leading them to conclude that a quarter of the working population suspect their job is pointless. Even more interesting is that there are four times more “socially pointless jobs” in the business world than in the public sphere. The largest number of these people with self-professed “bullshit jobs”

    are employed in sectors like finance and marketing.

    This brings us to the question: where is wealth actually created? Media like the Financial Times have often claimed – like their neoliberal originators, Friedman and Hayek – that wealth is made by entrepreneurs, not by states. Governments are at most facilitators. Their role is to provide good infrastructure and attractive tax breaks – and then to get out of the way.

    But in 2011, after hearing the umpteenth politician sneeringly call government workers “enemies of enterprise”, something clicked in Mazzucato’s head. She decided to do some research. Two years later, she’d written a book that sent shockwaves through the policymaking world. Title: The Entrepreneurial State.

    In her book, Mazzucato demonstrates that not only education and healthcare and garbage collection and mail delivery start with the government, but also real, bankable innovations. Take the iPhone. Every sliver of technology that makes the iPhone a smartphone instead of a stupidphone (internet, GPS, touchscreen, battery, hard drive, voice recognition) was developed by researchers on a government payroll.

    And what applies to Apple applies equally to other tech giants. Google? Received a fat government grant to develop a search engine. Tesla? Was scrambling for investors until the US Department of Energy handed over $465m. (Elon Musk has been a grant guzzler from the start, with three of his companies – Tesla, SpaceX, and SolarCity – having received a combined total of almost $5bn in taxpayer money.)

    “The more I looked,” Mazzucato told tech magazine Wired last year, “the more I realised: state investment is everywhere.”

    True, sometimes the government invests in projects that don’t pay off. Shocking? No: that’s what investment’s all about. Enterprise is always about taking risks. And the problem with most private “venture” capitalists, Mazzucato points out, is that they’re not willing to venture all that much. After the Sars outbreak in 2003, private investors quickly pulled the plug on coronavirus research. It simply wasn’t profitable enough. Meanwhile, publicly funded research continued, for which the US government paid a cool $700m.

    (If and when a vaccine comes, you have the government to thank for that.)

    But maybe the example that best makes Mazzucato’s case is the pharmaceutical industry. Almost every medical breakthrough starts in publicly funded laboratories. Pharmaceutical giants like Roche and Pfizer mostly just buy up patents and market old medicines under new brands, and then use the profits to pay dividends and buy back shares (great for driving up stock prices). All of which has enabled annual shareholder payments by the 27 biggest pharmaceutical companies to multiply fourfold since 2000.

    If you ask Mazzucato, that needs to change. When government subsidises a major innovation, she says industry is welcome to it. What’s more, that’s the whole idea! But then the government should get its initial outlay back – with interest. It’s maddening that right now the corporations getting the biggest handouts are also the biggest tax evaders. Corporations like Apple, Google, and Pfizer, which have tens of billions tucked away in tax havens around the world.

    There’s no question these companies should be paying their fair share in taxes. But it’s even more important, according to Mazzucato, that the government finally claims the credit for its own achievements. One of her favourite examples is the 1960s Space Race. In a 1962 speech, former president Kennedy declared

    “We choose to go to the moon in this decade and do the other things, not because they are easy, but because they are hard.”

    In this day and age, we also face tremendous challenges that call for an enterprising state’s unparalleled powers of innovation. For starters, one of the most pressing problems ever to confront the human species: climate change. Now more than ever, we need the mentality glorified in Kennedy’s speech to achieve the transformation necessitated by climate change. It’s no accident then that Mazzucato, alongside British-Venezuelan economist Carlota Perez, became the intellectual mother of the Green New Deal, the world’s most ambitious plan to tackle climate change.

    Another of Mazzucato’s friends, US economist Stephanie Kelton, adds that governments can print extra money if needed to fund their ambitions – and not to worry about national debts and deficits. (Economists like #Mazzucato and #Kelton don’t have much patience for old-school politicians, economists, and journalists who liken governments to households. After all, households can’t collect taxes or issue credit in their own currency.)

    What we’re talking about here is nothing less than a revolution in economic thinking. Where the 2008 crisis was followed by severe austerity, we’re now living at a time when someone like Kelton (author of a book tellingly titled The Deficit Myth) is hailed by none other than the Financial Times as a modern-day Milton Friedman.

    And when that same paper wrote in early April that government “must see public services as investments rather than liabilities”, it was echoing precisely what Kelton and Mazzucato have contended for years.

    But maybe the most interesting thing about these women is that they’re not satisfied with mere talk. They want results. Kelton for example is an influential political adviser, Perez has served as a consultant to countless companies and institutions, and Mazzucato too is a born networker who knows her way around the world’s institutions.

    Not only is she a regular guest at the World Economic Forum in Davos (where the world’s rich and powerful convene every year), the Italian economist has also advised the likes of senator Elizabeth Warren and congresswoman Alexandria Ocasio-Cortez in the US and Scottish first minister Nicola Sturgeon. And when the European Parliament voted to pass an ambitious innovation programme last year, that too was drafted by Mazzucato.

    “I wanted the work to have an impact,” the economist remarked drily at the time.

    “Otherwise it’s champagne socialism: you go in, talk every now and then, and nothing happens.”

    How ideas conquer the world

    How do you change the world?

    Ask a group of progressives this question and it won’t be long before someone says the name Joseph Overton. Overton subscribed to Milton Friedman’s views. He worked for a neoliberal think tank and spent years campaigning for lower taxes and smaller government. And he was interested in the question of how things that are unthinkable become, in time, inevitable.

    Imagine a window, said Overton. Ideas that fall inside this window are what’s deemed “acceptable” or even “popular” at any given time. If you’re a politician who wants to be re-elected, you’d better stay inside this window. But if you want to change the world, you need to shift the window. How? By pushing on the edges. By being unreasonable, insufferable, and unrealistic.

    In recent years, the Overton Window has undeniably shifted. What once was marginal is now mainstream. A French economist’s obscure graph became the slogan of Occupy Wall Street (“We are the 99%”); Occupy Wall Street paved the way for a revolutionary presidential candidate, and Bernie Sanders pulled other politicians like Biden in his direction.

    These days, more young US Americans have a favourable view of socialism than of capitalism
    – something that would have been unthinkable 30 years ago. (In the early 1980s, young voters

    were the neoliberal Reagan’s biggest support base.)

    But didn’t Sanders lose the primaries? And didn’t the socialist Jeremy Corbyn suffer a dramatic election defeat just last year in the UK?

    Certainly. But election results aren’t the only sign of the times. Corbyn may have lost the 2017 and 2019 elections, but Conservative policy wound up much closer to the Labour Party’s financial plans than to their own manifesto.

    Similarly, though Sanders ran on a more radical climate plan than Biden in 2020, Biden’s climate plan is more radical than that Sanders had in 2016.

    Thatcher wasn’t being facetious when she called “New Labour and Tony Blair” her greatest achievement. When her party was defeated in 1997, it was by an opponent with her ideas.

    Changing the world is a thankless task. There’s no moment of triumph when your adversaries humbly acknowledge you were right. In politics, the best you can hope for is plagiarism. Friedman had already grasped this in 1970, when he described to a journalist how his ideas would conquer the world.

    It would play out in four acts:

    “Act I: The views of crackpots like myself are avoided.

    Act II: The defenders of the orthodox faith become uncomfortable because the ideas seem to have an element of truth.

    Act III: People say, ‘We all know that this is an impractical and theoretically extreme view – but of course we have to look at more moderate ways to move in this direction.’

    Act IV: Opponents convert my ideas into untenable caricatures so that they can move over and occupy the ground where I formerly stood.”

    Still, if big ideas begin with crackpots, that doesn’t mean every crackpot has big ideas. And even though radical notions occasionally get popular, winning an election for once would be nice as well. Too often, the Overton Window is used as an excuse for the failures of the left. As in:

    “At least we won the war of ideas.”

    Many self-proclaimed “radicals” have only half-formed plans for gaining power, if they have any plans at all. But criticise this and you’re branded a traitor. In fact, the left has a history of shifting blame onto others – onto the press, the establishment, sceptics within their own ranks – but it rarely shoulders responsibility itself.

    Just how hard it is to change the world was brought home to me yet again by the book Difficult Women, which I read recently during lockdown. Written by British journalist Helen Lewis, it’s a history of feminism in Great Britain, but ought to be required reading for anyone aspiring to create a better world.

    By “difficult”, Lewis means three things:

    It’s difficult to change the world. You have to make sacrifices.
    Many revolutionaries are difficult. Progress tends to start with people who are obstinate and obnoxious and deliberately rock the boat.
    Doing good doesn’t mean you’re perfect. The heroes of history were rarely as squeaky clean as they’re later made out to be.

    Lewis’s criticism is that many activists appear to ignore this complexity, and that makes them markedly less effective. Look at Twitter, which is rife with people who seem more interested in judging other tweeters. Yesterday’s hero is toppled tomorrow at the first awkward remark or stain of controversy.

    Lewis shows there are a lot of different roles that come into play in any movement, often necessitating uneasy alliances and compromises. Like the British suffrage movement, which brought together a whole host of “Difficult Women, from fishwives to aristocrats, mill girls to Indian princesses”. That complex alliance survived just long enough to achieve the victory of 1918, granting property-owning women over age 30 the right to vote.

    (That’s right, initially only privileged women got the vote. It proved a sensible compromise, because that first step led to the inevitability of the next: universal suffrage for women in 1928.)

    And no, even their success could not make all those feminists into friends. Anything but. According to Lewis, “Even the suffragettes found the memory of their great triumph soured by personality clashes.”

    Progress, it turns out, is complicated.

    The way we conceive of activism tends to forget the fact that we need all those different roles. Our inclination – in talk shows and around dinner tables – is to choose our favourite kind of activism: we give Greta Thunberg a big thumbs up but fume at the road blockades staged by Extinction Rebellion. Or we admire the protesters of Occupy Wall Street but scorn the lobbyists who set out for Davos.

    That’s not how change works. All of these people have roles to play. Both the professor and the anarchist. The networker and the agitator. The provocateur and the peacemaker. The people who write in academic jargon and those who translate it for a wider audience. The people who lobby behind the scenes and those who are dragged away by the riot police.

    One thing is certain. There comes a point when pushing on the edges of the Overton Window is no longer enough. There comes a point when it’s time to march through the institutions and bring the ideas that were once so radical to the centres of power.

    I think that time is now.

    The ideology that was dominant these last 40 years is dying. What will replace it? Nobody knows for sure. It’s not hard to imagine this crisis might send us down an even darker path. That rulers will use it to seize more power, restrict their populations’ freedom, and stoke the flames of racism and hatred.

    But things can be different. Thanks to the hard work of countless activists and academics, networkers and agitators, we can also imagine another way. This pandemic could send us down a path of new values.

    If there was one dogma that defined neoliberalism, it’s that most people are selfish. And it’s from that cynical view of human nature that all the rest followed – the privatisation, the growing inequality, and the erosion of the public sphere.

    Now a space has opened up for a different, more realistic view of human nature: that humankind has evolved to cooperate. It’s from that conviction that all the rest can follow – a government based on trust, a tax system rooted in solidarity, and the sustainable investments needed to secure our future. And all this just in time to be prepared for the biggest test of this century, our pandemic in slow motion – climate change.

    Read Rob Wijnberg’s article ‘Why climate change is a pandemic in slow motion (and what that can teach us)’.

    Nobody knows where this crisis will lead us. But compared to the last time, at least we’re more prepared.

    https://thecorrespondent.com/466/the-neoliberal-era-is-ending-what-comes-next/61655148676-a00ee89a
    #néolibéralisme #néo-libéralisme #le_monde_d'après #capitalisme #crise_financière #crise #coronavirus #covid-19 #économie

  • Geopolítica de la pandemia de #COVID-19

    American “Populism” and the Spatial Contradictions of US Govern-ment in the Time of COVID-19
    John Agnew
    15-23

    La Europa indolente. Una hipótesis sobre los efectos geopolíticos de la pandemia
    Juan Romero
    25-37

    Las fronteras de la COVID-19: ¿escenario de guerra o camino de
    Jorge Aponte Motta, Olivier Thomas Kramsch
    39-51

    Centroamérica: neoliberalismo y COVID-19
    David Díaz Arias, Ronny Viales Hurtado
    53-59

    COVID-19: ¿(in)seguridad sin (in)movilidad? Acercando la política de la movilidad a los Estudios Críticos de Seguridad
    Ángela Iranzo
    61-68

    Espacialidad y pandemia: la crisis del coronavirus vista desde la geopolítica negativa
    Francisco José Saracho López
    69-79

    COVID-19 Pandemic in Japan: Containment Failed or Successful?
    Takashi Yamazaki
    81-91

    Pandemia: anexiones territoriales en Israel y comorbilidad en Palestina
    Isaias Barreñada Bajo
    93-104

    Flujos turísticos, geopolítica y COVID-19: cuando los turistas internacionales son vectores de transmisión
    Miriam Menchero Sánchez
    105-114

    ¿Qué mundo geopolítico después de 2020?
    Barbara Loyer, Béatrice Giblin
    115-126

    Geografía política de los cuidados (O por qué la pandemia del coronavirus confinó a buena parte del Norte global)
    Manuel Espinel Vallejo
    127-140

    COVID-19 between Global Human Security and Ramping Authoritar-ian Nationalisms
    Carlos R. S. Milani
    141-151

    La pandemia del 2020 en el debate teórico de las Relaciones Internacionales
    Fabián Bosoer, Mariano Turzi
    153-163

    El (im)posible retorno del Estado al primer plano ante una catástrofe global
    Jaime Pastor
    165-172

    Geopolítica de la pandemia, escalas de la crisis y escenarios en disputa
    Breno Bringel
    173-187

    La ciudad bajo el signo de ’Afrodita Pandemos’
    Carlos Tapia
    189-208

    La inexistente respuesta regional a la COVID-19 en América Latina
    Jerónimo Ríos Sierra
    209-222

    Aesthetic Separation / Separation Aesthetics: The Pandemic and the Event Spaces of Precarity
    Sam Okoth Opondo, Michael J. Shapiro
    223-238

    Brazil in the Time of Coronavirus
    Maite Conde
    239-249

    El virus cosmopolita: lecciones de la COVID-19 para la reconfiguración del Estado-Nación y la gobernanza global
    Natalia Millán, Guillermo Santander
    251-263

    Los mapas y calendarios de la pandemia
    Carlo Emilio Piazzini Suárez
    265-274

    Greta’s Wrath; or ’quédate en casa’, Agamben: COVID-19 and the (Non-)State of Exception
    Ulrich Oslender
    275-283

    Confinamiento/aislamiento: del lenguaje preventivo de la COVID-19 a la pragmática de la guerra en Colombia
    Vladimir Montoya Arango
    285-291

    Los Estados cierran sus territorios por seguridad… pero los virus están emancipados de las fronteras
    María Lois
    293-302

    Geopolítica popular del coronavirus: el poder de las viñetas editoriales de la prensa diaria
    Heriberto Cairo
    303-317

    Revisitando ’Refuxios’ en tiempos de COVID-19
    Carme Nogueira
    319-321

    https://revistas.ucm.es/index.php/GEOP/issue/view/3602
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  • « Votre Jean Valjean est une humiliation pour Gavroche » Réponse à #Vincent_Lindon

    Notre société contaminée a démontré que ceux qui la gouvernent ont délibérément, depuis plusieurs générations, abusé du pouvoir qui leur était conféré. Leur demander de se corriger, ou imaginer une institution plus forte qui les corrigerait en restant vertueuse, est illusoire, dangereux, et pour tout dire, réactionnaire. Ce qu’il faut, c’est appeler à prendre la clé des champs. A se soustraire à l’autorité des intérêts économiques avec lesquels nos gouvernants composent. Ce qu’il faut, c’est dire que nous sommes toujours vivants, que l’opposition qui existe depuis plus de deux siècles entre une minorité et la majorité que nous sommes, n’est pas terminée, que si cette minorité a enchaîné des victoires sanglantes, elle n’a pas mis un terme à l’Histoire. Tant que nous aurons les regards tournés vers cette minorité, quémandant son aide, faisant appel à « bonne conscience », nous resserrerons la corde qui nous scie le cou. Tant que les « forces de gauche » continueront d’espérer réformer « le monde de la finance », les Aléxis Tsípras et autres désillusions se multiplieront. Cet argent qu’ils n’ont pas donné hier, ils ne nous le donneront pas demain. Ce qu’il faut, c’est se constituer ensemble des systèmes indépendants de leur argent. Ce qu’il faut, c’est inviter chacun à une émancipation civile. « On se lève et on se barre », ou on se lève pour qu’ils se barrent.

    https://lundi.am/Votre-Jean-Valjean-est-une-humiliation-pour-Gavroche

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