#narodniki

  • Le capitalisme n’est pas un destin
    https://laviedesidees.fr/Lowy-Guillibert-Marx-Narodnik

    Marx reste souvent lu comme un auteur déterministe, théoricien d’un processus historique conduisant au nécessaire dépassement du capitalisme. Une partie de son œuvre tardive invite à nuancer cette lecture.

    #Philosophie #Marx

    • À la suite de sa lecture de Tchernychevski, c’est la correspondance avec Vera Zassoulitch qui permet à Marx d’achever sa mutation intellectuelle. Le comprendre exige de reprendre en détail les arguments donnés par Zassoulitch ainsi que leur reprise par Marx. Cette lettre, datée du 8 mars 1881, mais aussi ses quatre brouillons préparatoires, restés inédits jusqu’à leur publication en 1924, posent la question suivante : La #Russie est-elle obligée de passer par le stade du capitalisme afin d’atteindre le socialisme ? Ce n’est pas, selon Marx, une étape nécessaire. Le processus pour lequel il est le plus connu, à savoir l’expropriation des producteurs afin de constituer un capital, puis la prolétarisation généralisée, ne s’applique pas à la Russie. Les analyses de son ouvrage majeur valent principalement pour le modèle propre à l’Europe occidentale. Il s’agit là de l’argument central de la pensée du dernier Marx : ses analyses n’ont pas vocation à être universalisées et étendues à d’autres régions géographiques. Il existe plusieurs voies pour accéder au communisme.

      #mir #possession_communale #narodniki #Nikolaï_Tchernychevski #Véra_Zassoulitch #théorie #révolution

    • Le dernier Marx, Sous la direction de Kolja Lindner - Éditions de l’Asymétrie, Toulouse, 2019, 400 pages, 20 euros.
      https://www.monde-diplomatique.fr/2020/04/CLOUET/61641

      Découvrir le « Marx tardif », de plus en plus soucieux d’étudier les sociétés précapitalistes pour préciser ses analyses : à cette fin, les éditeurs compilent des extraits des notes prises par lui lors de ses lectures d’historiens, anthropologues, etc., précédés de solides introductions théoriques. Ils montrent comment il cultive le doute méthodologique et combat toute pensée dogmatique dans les dix dernières années de sa vie. Dans ces textes, il pense la démocratie avec les Iroquois, la famille avec les brahmanes, la question foncière avec l’Algérie et l’Inde, ou la commune rurale avec la Russie. Il développe trois idées inattendues pour le lecteur habitué à une certaine vulgate marxienne : le capitalisme n’évolue pas par stades linéaires mais connaît des temporalités irrégulières et contradictoires ; les mouvements historiques ne se diffusent pas depuis l’Europe mais naissent dans une relation combinée avec la périphérie ; des traces d’émancipation peuvent être repérées dans les procédures de décision collectives qu’ont développées de nombreuses populations sans État.

      Hadrien Clouet

      Une présentation plus substantielle, avec un extrait de Karl Marx et les iroquois
      https://editionsasymetrie.org/ouvrage/le-dernier-marx

      #anthropologie #E._P._Thompson

    • “La tâche du Manifeste communiste, c’était de proclamer la disparition inévitable et imminente de l’actuelle propriété bourgeoise. Or, en Russie, à côté d’un ordre capitaliste qui se développe avec une hâte fébrile, à côté de la propriété foncière bourgeoise seulement en train de se constituer, nous constatons que plus de la moitié du sol forme la propriété commune des paysans. Une question se pose donc : la commune paysanne russe – forme, il est vrai, très désagrégée déjà de propriété commune primitive du sol – peut-elle se transformer directement en une forme communiste supérieure de la propriété foncière ? Ou bien devra-t-elle subir préalablement le même procès de dissolution qui se manifeste dans l’évolution historique de l’Occident ? La seule réponse que l’on puisse actuellement faire à cette question est la suivante : si la révolution russe devient le signal d’une révolution ouvrière à l’Occident de façon que les deux révolutions se complètent, l’actuelle propriété commune russe peut devenir le point de départ d’une évolution communiste”

      Friedrich Engels, Karl Marx, préface à l’édition russe du Manifeste du parti communiste, 1882.

    • LE DERNIER MARX, COMMUNISME EN DEVENIR - Karl Marx, Michael Löwy, Pier Paolo Poggio, #Maximilien_Rubel, 80p., octobre 2018, ens Etérotopia
      https://www.eterotopiafrance.com/catalogue/le-dernier-marx-communisme-en-devenir

      L’ouvrage : Dans les années 1881-1882, Marx développe un intérêt particulier pour les sociétés pré-capitalistes (parmi lesquelles notamment les communautés rurales russes) ainsi que pour des pays comme l’Égypte, l’Algérie ou l’Inde, où s’engagent alors des luttes contre la domination capitaliste.

    • Marx et la commune rurale russe : cui prodest ? Il Lato Cattivo [ décembre 2014 ]

      La crise actuelle du mode production capitaliste est, bien compréhensiblement, porteuse d’un nouveau intérêt pour Marx. Dans la profusion des publications – académiques ou non – qui apparaissent un peu partout, aux USA et en Europe mais pas seulement, certains travaux d’un certain intérêt ne tardent pas à percer. Il y a par contre, comme cela advient à chaque fois qu’une étude touche à la « marxologie », le défaut de vouloir découvrir et faire découvrir le vrai Marx, contre les faux Marx d’un passé généralement associé aux méchants souvenir du « socialisme réel ». Enfants d’une téléologie qui voit dans l’histoire l’affrontement du Vrai et du Faux, des telles ambitions, bien qu’elles puissent parfois être fécondes, nous disent davantage sur les fantasmes des auteurs en question et sur leur époque que sur Marx lui-même. Chaque génération, comme l’écrivit Karel Kosík dans Dialectique du concret (Maspero, Paris, 1970), cherche et découvre dans le texte marxien ce qui est nécessaire pour exercer une prise théorique sur son présent et, par conséquent, met en relief certains aspects de Marx pour en écarter d’autres ; chaque génération, en somme, s’abreuve à la source originelle pour la traduire (la trahir) une fois de plus. Le Marx évolutionniste et progressiste de la Seconde Internationale était-il une simple falsification ? Ou était-ce plutôt la lecture plus naturelle que l’on pouvait donner de Marx, dans les conditions de la Belle Époque qui précédèrent la Première Guerre mondiale ? Engels n’écrivit-il pas que la période des bouleversements violents, au moins pour les pays capitalistes les plus développés, était terminée ?

      Avec les brouillons et la lettre de Marx à Véra Zassoulitch.

      #communisme ± #téléologie #orthodoxie #dogmatisme

    • Karl Marx et le socialisme populiste russe, Maximilien Rubel, 1947
      https://www.marxists.org/francais/rubel/works/1947/rubel_19470500.htm

      I. Histoire d’un oubli historique

      Au début des années 80 du siècle dernier, la colonie des révolutionnaires russes réfugiée à Genève accueillit dans ses rangs plusieurs nouvelles recrues qui venaient de faire leurs armes dans le premier mouvement socialiste qu’eût connu la Russie des tsars : le populisme (narodnitchestvo)[1]. (Quatre de ces nouveaux arrivants seront, quelques années plus tard, les pionniers de la social-démocratie russe d’orientation marxiste : G.-V. Plékhanov, P. Axelrod, L. Deutsch et Véra Zassoulitch[2]).

      Avant leur conversion au #Marxisme, ils avaient appartenu à une des organisations illégales du mouvement populiste qui, en 1879, après l’attentat manqué de l’instituteur A. Soloviev contre Alexandre II, s’était scindé en deux fractions : le groupe dit du Partage Noir (Tchnorny Pérédiel) et celui de la Volonté du Peuple (Narodnaïa Volia). Unanimes sur le but à atteindre – leur programme était en somme la réalisation du #socialisme_agraire rêvé par tous les idéologues populistes, de Herzen à Tchernychevski et à Lavrov – ils étaient en désaccord sur les méthodes de lutte à employer en vue de renverser le régime tsariste.

      Tandis que le premier groupe voulait rester fidèle aux traditions populistes en intensifiant la propagande dans les villages et en refusant de donner à leur marche vers le peuple une signification politique, le second proclamait la nécessité d’entrer dans la lutte directe systématiquement menée avec l’autorité, d’en hâter l’effondrement et d’atteindre ainsi un objectif politique important : la convocation d’une assemblée constituante.