• Gérard #Noiriel : « Eric Zemmour légitime une forme de délinquance de la pensée »

    L’historien de l’immigration s’attache dans son dernier livre, « Le Venin dans la plume » (La Découverte), à montrer comment la rhétorique identitaire du polémiste est comparable aux imprécations antisémites d’Edouard Drumont. Il détaille son travail dans un entretien au « Monde ».

    Propos recueillis par Nicolas Truong

    Historien et directeur d’études à l’Ecole des hautes études en sciences sociales (EHESS), Gérard Noiriel est l’auteur de nombreux ouvrages sur l’histoire de l’immigration en France, sur le #racisme, sur l’histoire de la classe ouvrière et sur les questions interdisciplinaires et épistémologiques en #histoire. Après Une histoire populaire de la France. De la guerre de Cent Ans à nos jours (Agone, 2018), il publie Le Venin dans la plume . Edouard Drumont, Eric Zemmour et la part sombre de la République (La Découverte, 252 pages, 19 euros, à paraître le 12 septembre), dans lequel il compare la grammaire identitaire des deux pamphlétaires nationalistes.

    On compare souvent la situation politique actuelle à celle des années 1930. Or, dans ce livre, vous expliquez que, pour comprendre la rhétorique réactionnaire d’aujourd’hui, il faut partir des années 1880. Comment avez-vous eu l’idée de croiser ces deux figures que sont Zemmour et Drumont ? Quelles sont les ressemblances qui vous ont le plus frappé et les divergences les plus notables ?

    L’histoire montre que, depuis le XVe siècle et la redécouverte de l’imprimerie en Europe, les révolutions de la communication ont toujours eu des conséquences extrêmement importantes sur la vie économique, sociale et politique. L’explosion de l’Internet, des réseaux sociaux et la multiplication des chaînes d’information en continu illustrent une nouvelle révolution de ce type, comparable à celle que les Français ont connue à la fin du XIXe siècle, lorsque le triomphe de la presse de masse a provoqué une profonde restructuration de l’espace public. Je montre dans ce livre que l’important écho rencontré par des polémistes comme Drumont, à la fin du XIXe siècle, et Zemmour aujourd’hui est la conséquence de ces révolutions communicationnelles. Les années 1930 ont porté au paroxysme les effets politiques du discours antisémite de Drumont et consorts, mais c’est à la fin du XIXe siècle qu’il a été élaboré.

    J’avais déjà beaucoup travaillé sur les écrits d’Edouard Drumont dans mes précédentes recherches. Ce qui m’avait permis de repérer un point commun avec Eric Zemmour : le recours constant aux polémiques, aux scandales pour exister dans l’espace public. Toutefois, c’est seulement lorsque je me suis attelé à la rédaction du présent livre que j’ai comparé minutieusement les discours de ces deux polémistes. J’ai découvert alors, avec stupéfaction, que les points communs allaient bien au-delà de ce que je pensais au départ. Certes, il y a des différences indéniables dans leur prose car, aujourd’hui, on ne peut plus insulter les gens de la même manière que Drumont le faisait au XIXe siècle. Néanmoins, si l’on analyse ce que j’appelle la « grammaire », c’est-à-dire les règles qui sous-tendent leur discours identitaire pour dire le vrai et le faux, on constate qu’elles sont quasiment identiques ; sauf que Drumont s’en prend aux juifs et Zemmour, aux musulmans.

    Peut-on mettre l’antisémitisme de Drumont et l’islamophobie de Zemmour sur le même plan ? Est-il possible de comparer la haine d’un peuple avec la crainte d’une religion ?

    Je sais bien que certains considèrent que le génocide perpétré contre le peuple juif au XXe siècle interdit qu’on puisse comparer l’antisémitisme et l’islamophobie. Mais, dans mon livre, j’utilise le mot « antisémitisme » au sens que lui donnaient les adversaires de Drumont à la fin du XIXe siècle. Notamment Anatole Leroy-Beaulieu, qui définissait l’antisémitisme comme une « doctrine de haine » tournée contre les juifs. J’utilise le mot « islamophobie » pour désigner la « doctrine de haine » qui s’attaque aux musulmans. En ce sens, la comparaison me semble légitime. Je montre que la stigmatisation des musulmans qu’alimente Zemmour dans ses livres mobilise le même genre de rhétorique identitaire que celle de Drumont à l’égard des juifs.

    Quels sont les méthodes, thèmes et exemples récurrents de l’histoire identitaire ? Quelles sont les règles de leur « grammaire identitaire » ?

    Sans pouvoir détailler ici l’analyse que j’ai développée dans le livre, je voudrais insister sur le rôle capital que joue la rhétorique (entendue comme l’art de la persuasion) dans la diffusion du type d’histoire identitaire qu’a inventé Drumont et que Zemmour a adaptée au contexte d’aujourd’hui. Je reproche à mes collègues universitaires qui ont travaillé sur ces questions de se limiter le plus souvent aux arguments avancés par les auteurs réactionnaires, en laissant de côté la réception de ces discours dans le public.

    Les journalistes polémistes comme Drumont ou Zemmour n’ont fait que reprendre à leur compte des thèmes qui ont été mis en circulation par d’autres avant eux. Leur art (on pourrait même dire leur talent) se situe au niveau des techniques de persuasion qu’ils mobilisent pour diffuser ces thèses dans le grand public. Ce qui m’a frappé, c’est qu’Eric Zemmour utilise aujourd’hui les mêmes recettes qu’Edouard Drumont il y a cent trente ans. Il s’agit d’une histoire identitaire qui met en scène des personnages (et non des individus réels) et qui est tout entière centrée sur le clivage entre « eux » (les étrangers) et « nous » (les Français). La France est elle-même présentée comme une personne possédant une identité immuable, cimentée par la religion catholique ; ce qui explique que l’étranger soit défini lui aussi par référence à la religion.

    Cette histoire identitaire prend la forme d’une tragédie. Elle annonce la disparition de la France vaincue par « le parti de l’étranger », en faisant constamment le lien avec l’actualité. Son efficacité tient au fait qu’elle mobilise le sens commun, c’est-à-dire ce que tous les Français savent car ils l’ont lu dans le journal ou qu’ils l’ont vu à la télévision. D’où l’importance capitale accordée aux faits divers, aux crimes, aux attentats, etc. Plutôt que de parler de « racisme », je dirais qu’il s’agit de deux formes de nationalisme : au nationalisme antisémite de Drumont a succédé le nationalisme islamophobe de Zemmour. Il faut toutefois préciser que la force de persuasion de ce type de discours tient aussi au fait que la dénonciation de la menace étrangère s’inscrit dans une vision plus globale de la société, centrée sur le thème de la décadence. Comme on le sait, Zemmour s’en prend aussi aux femmes, aux homosexuels, aux universitaires, etc. Mais on a oublié que Drumont s’attaquait déjà aux mêmes cibles.

    En quoi la « rhétorique de l’inversion » – qui fait des dominés des dominants – est-elle si importante à leur entreprise idéologique ?

    J’ai été frappé, en effet, de constater que nos deux polémistes nationalistes mobilisaient constamment la rhétorique de l’inversion dominants/dominés. Autrement dit, ils ne nient pas l’existence des relations de pouvoir, mais ils les renversent. C’est une pièce maîtresse dans un discours qui vise à avoir toujours le dernier mot. Drumont et Zemmour prétendent élaborer une contre-histoire, qu’ils opposent à « l’histoire officielle ». Elle consiste à présenter les minorités qui ont été persécutées au cours du temps comme des dominants qui mettaient en péril l’identité de la France. Comme Drumont l’avait fait avant lui, Zemmour va jusqu’à justifier la Saint-Barthélemy ou le massacre des protestants de La Rochelle par Richelieu.

    Cette « contre-histoire » a bien sûr pour but de légitimer la politique répressive qu’ils prônent à l’égard des minorités du présent (les juifs pour Drumont, les musulmans pour Zemmour). La rhétorique de l’inversion dominants/dominés permet aussi à ces polémistes omniprésents dans les médias de faire croire à ceux qui les lisent ou qui les écoutent qu’ils sont eux-mêmes des dominés, victimes des universitaires « bien-pensants ». Drumont dénonçait les « élites enjuivées », Zemmour s’en prend aux « islamo-gauchistes » ; les mots ont changé mais la rhétorique est identique. Dans les deux cas, il s’agit de discréditer les vrais savants en les présentant comme des dominants qui ont falsifié l’histoire de France pour servir ce que Zemmour appelle « le parti de l’étranger ». L’analyse que j’ai faite, dans mon livre, des commentaires mis en ligne sur les sites qui font la promotion des thèses de Zemmour montre clairement l’efficacité de cette rhétorique. Tous ceux qui s’efforcent de lutter contre ces discours de haine sont présentés comme des « collabos » au service des islamistes.

    Vous écrivez que ce que vous avez vous-même éprouvé en lisant les pages de Destin français (Albin Michel, 2018) consacrées à votre communauté professionnelle est comparable à « ce que ressentent les membres des communautés musulmanes quand Zemmour discrédite leur religion, ou les homosexuels quand il s’en prend au « lobby gay » ». Quels ont été les ressorts émotionnels de votre indignation ? Pourquoi vous était-il impossible d’entonner personnellement, comme Eric Zemmour, la rengaine du « C’était mieux avant » ? Pourquoi était-il important de parler de vos propres origines sociales ?

    L’autonomie qu’ont acquise progressivement les sciences sociales est indispensable au progrès de la connaissance, mais elle incite les chercheurs à voir la société comme une immense salle de cours. C’est ce qui explique le peu d’attention qu’ils accordent à la réception du savoir. Tous ceux qui se préoccupent de ce qu’on appelle « la fonction civique de l’histoire » devraient pourtant tenir compte du rôle essentiel que jouent les émotions dans l’adhésion ou le rejet d’un discours public.

    C’est ce souci qui m’a incité à commencer le livre en évoquant ma propre trajectoire. Dans les quelques pages de cet avant-propos, je me suis placé finalement sur le même terrain que Zemmour, qui ne cesse de mettre en avant ses origines populaires pour discréditer les universitaires et nous seriner que « c’était mieux avant ». Comme je suis issu d’un milieu plus populaire que le sien, il m’a semblé que j’étais bien placé pour rappeler tous les obstacles qu’ont dû franchir les « transclasses » de ma génération afin d’échapper au destin social que l’école républicaine leur avait fixé. Quand on me dit : « C’était mieux avant », je réponds : « Ça dépend pour qui. » Si nous étions dans un monde où seul compte l’échange d’arguments, je n’aurais pas eu besoin d’évoquer mon parcours. Je l’ai fait parce que je sais que cela aura un impact dans le public, surtout auprès de ceux qui n’ont pas les compétences pour arbitrer les querelles historiographiques.

    C’est ce qui m’a poussé aussi à informer les lecteurs des raisons subjectives qui m’ont conduit à écrire ce livre, à savoir le sentiment d’indignation que j’ai ressenti quand j’ai lu les pages du Destin français où les enseignants-chercheurs de mon genre sont traînés dans la boue. Je ne pouvais pas admettre que le monde savant auquel j’ai eu accès au prix de mille sacrifices et d’efforts soit piétiné sans aucune preuve par un journaliste qui distille continuellement son venin avec la complicité des médias les plus puissants.

    Pourquoi la structuration du champ médiatique est-elle déterminante pour comprendre leur émergence ?

    Ce n’est pas un hasard si La France juive , publié en 1886, a été le premier best-seller des livres politiques de la IIIe République. La presse de masse s’impose à ce moment-là en introduisant la logique capitaliste dans l’univers de la communication. De nouveaux quotidiens voient le jour, qui peuvent toucher jusqu’à un million de lecteurs, tout en se livrant une concurrence acharnée. Les recettes qu’ils inventent pour élargir leur audience sont toujours en vigueur aujourd’hui. Elles relèvent de ce que j’appelle la « fait-diversion de l’actualité ». Les crimes, les catastrophes, les scandales occupent une place de plus en plus grande car ce sont des thèmes porteurs.

    Drumont a été le premier à exploiter cette logique nouvelle. Il fait scandale en insultant ses adversaires pour que ces derniers le provoquent en duel ou le traînent en justice, ce qui alimente sa notoriété et son statut de victime. C’est ainsi que Drumont est devenu un « bon client » pour les journalistes de son temps. La majorité d’entre eux n’étaient sans doute pas antisémites. Mais comme ses scandales à répétition permettaient de gonfler les tirages, la grande presse les a amplement relayés, légitimant du même coup la prose de Drumont. Il faut dire que personne ne pouvait imaginer à cette époque les horreurs auxquelles conduiraient ces délires.

    Eric Zemmour utilise aujourd’hui les mêmes recettes, mais en les adaptant à l’âge d’Internet et des chaînes d’info en continu. Les duels ne se déroulent plus au petit matin dans le bois de Boulogne mais le soir sur les plateaux télévisés. Les journalistes d’aujourd’hui qui relayent complaisamment les obsessions zemmouriennes ne les partagent pas toujours, mais comme c’est bon pour l’Audimat, ils les diffusent eux aussi sans état d’âme.

    De la tuerie de Christchurch, en Nouvelle-Zélande, à celle de Dayton, aux Etats-Unis, les idées de l’écrivain Renaud Camus sur le « grand remplacement », dont certaines sont partagées par Eric Zemmour, sont lues et revendiquées par des terroristes suprémacistes. Les mots de ces polémistes d’extrême droite sont-ils des mots qui tuent ?

    Curieusement, ceux qui ne cessent d’affirmer que le Coran est la source de tous les attentats commis par les terroristes se réclamant de l’islam réfutent énergiquement ce genre d’arguments quand leurs adversaires accusent Camus ou Zemmour d’inspirer les terroristes suprémacistes. Là encore, le chercheur doit se tenir à distance de ces polémiques pour analyser au cas par cas comment ces criminels s’approprient les discours racistes qui sont à leur portée, le plus souvent pour justifier leurs actes. Il est certain qu’un livre à lui seul ne suffit pas pour déclencher un passage à l’acte. Cela n’empêche pas que les flots de haine qui sont diffusés par ces pamphlétaires et leurs alliés peuvent être reçus par les extrémistes comme une légitimation de la violence à l’égard des « étrangers ».

    Par conséquent, je ne dirais pas que les mots d’Eric Zemmour sont des mots qui tuent, mais je suis bien obligé de constater que, d’un côté, ses propos insultants humilient ceux qui en sont les cibles et que, d’un autre côté, ils confortent la vision du monde de ceux qui sont envahis par la haine de l’autre. Dans mon livre, j’ai fait une petite analyse des commentaires concernant Eric Zemmour mis en ligne sur des sites d’extrême droite comme Riposte laïque. C’est assez terrifiant. On constate que les écrits du polémiste libèrent chez ces lecteurs des pulsions que le droit actuel s’efforce de contenir. En répétant sans cesse qu’il est victime des « bien-pensants », que la liberté d’expression est bafouée par ses contradicteurs, Eric Zemmour légitime une forme de délinquance de la pensée comparable à celle que Drumont légitimait à l’égard des juifs.

    Edouard Drumont a prolongé son engagement de polémiste en se lançant dans la politique active, puisqu’il fut élu député en 1898. Pensez-vous qu’Eric Zemmour suivra la même voie ?

    Ses partisans annoncent « une première grande convention de la droite, qui a vocation à devenir le lieu incontournable des débats philosophiques et politiques de demain » pour le 28 septembre, en présence de Marion Maréchal, la petite-fille de Jean-Marie Le Pen, et d’Eric Zemmour (Le Monde du 5 septembre). On verra ce qu’il en sortira. Mais je doute fort que le polémiste du Figaro franchisse le pas. La tentative de Drumont pour fonder un parti antisémite fut un échec et sa carrière de député prit fin à l’issue de son premier mandat. Plus prudent, Zemmour se contentera sans doute de jouer les éminences grises de cette nouvelle droite extrême.

    Comment contrer Zemmour et ses avatars aujourd’hui ?

    Le principal message que j’ai voulu faire passer dans ce livre est le suivant : je suis absolument convaincu que si nous voulons éviter qu’à brève échéance un Trump, un Johnson, un Salvini ou un Bolsonaro made in France s’installe à la tête de l’Etat, tous ceux qui ont l’immense privilège de pouvoir parler en public – experts, artistes, journalistes, universitaires, politiciens, etc. (je m’inclus évidemment dans le lot) – doivent aujourd’hui s’interroger sans faiblesse sur leur propre rôle.

    Dans son dernier livre, intitulé Destin français , Zemmour a accusé les historiens comme moi d’obéir à une « logique mafieuse », de tenir « les manettes de l’Etat », de manipuler une « grande machinerie » qui « euthanasie la France ». Ce livre a bénéficié, à l’automne 2018, d’une formidable campagne de promotion ; non seulement dans Le Figaro et ses filiales, mais aussi à la radio, sur les chaînes d’info en continu (BFM-TV, CNews, LCI), sur plusieurs chaînes de la TNT. A ma connaissance, aucun de ces journalistes n’a demandé à Zemmour quelles étaient les preuves qu’il pouvait produire à l’appui de ces accusations contre les historiens. Aucun d’entre nous n’a été invité pour défendre la dignité de notre profession face à ces calomnies.

    L’entretien publié dans Le Point pour faire la promotion du livre de Zemmour a repris en titre l’une de ses phrases affirmant : « La plupart des historiens n’assument plus l’histoire de France ». Bel exemple de « fake news », puisque rien qu’entre 2016 et 2018 trois volumineuses histoires de France ont été publiées par des universitaires, notamment la mienne, parue en même temps que l’ouvrage de Zemmour, mais dont Le Point n’a évidemment pas dit un mot. Il s’agit de Les Luttes et les rêves. Une histoire populaire de la France de 1685 à nos jours , de Michelle Zancarini-Fournel (La Découverte, 2016) ; Histoire mondiale de la France , sous la direction de Patrick Boucheron (Seuil, 2017) ; Une histoire populaire de la France. De la guerre de Cent Ans à nos jours (Agone, 2018).

    Voilà comment ces journalistes conçoivent le pluralisme ! Comment, dans ces conditions, prendre au sérieux leurs propos quand ils affirment combattre le populisme et les fausses nouvelles ?

    Mais le plus inquiétant, c’est que les institutions qui représentent notre communauté professionnelle ne se sont pas mobilisées, elles non plus, pour défendre les enseignants-chercheurs mis en cause par le polémiste. Beaucoup d’universitaires estiment en effet qu’ils n’ont pas à répondre à ce genre de provocations. C’est une lourde erreur car nous ne sommes pas des chercheurs de droit divin. Nous avons des comptes à rendre aux citoyens puisque c’est grâce à leurs impôts que nous percevons nos salaires. Si, comme le dit encore Eric Zemmour, dans Le Figaro, « la plupart des historiens qui se prétendent scientifiques sont devenus de nouveaux prêtres qui servent les nouveaux dieux », autant fermer tous les départements d’histoire dans les universités. Mais si le métier de journaliste se résume à faire la promotion commerciale de la prose des pamphlétaires nationalistes parce que c’est bon pour l’audience, autant fermer aussi les écoles de journalisme et recruter des animateurs en CDD.

    Le grand point commun entre les dirigeants populistes qui sont aujourd’hui au pouvoir dans le monde, c’est que leur nationalisme s’accompagne toujours d’un puissant anti-intellectualisme. Si on laisse le champ libre à Zemmour pour labourer le terrain, il ne faudra pas s’étonner du résultat. Marc Bloch a écrit son Apologie pour l’histoire ou métier d’historien (1949), livre dans lequel il défend le métier d’historien, pendant la Résistance, au moment où il combattait l’occupant nazi les armes à la main. Défendre la science historique était à ses yeux, en effet, une autre manière de résister. Dans ce livre, il déplore le repli de ses collègues universitaires dans leur tour d’ivoire et leur « ésotérisme rébarbatif ». Ce qui conduit « à livrer sans défense la masse des lecteurs aux faux brillants d’une histoire prétendue, dont l’absence de sérieux, le pittoresque de pacotille, les partis pris politiques pensent se racheter par une immodeste assurance ». Et les noms qui s’imposent sous sa plume pour illustrer ce type d’histoire réactionnaire sont Charles #Maurras et Jacques Bainville, les deux « historiens » dont se réclame constamment Eric #Zemmour dans ses livres.

    #antisémitisme #islamophobie

  • India Renders 2M Stateless, Far-Right BJP Slammed by Hindu Nationalists for Excluding Hindus | News | teleSUR English
    https://www.telesurenglish.net/news/india-nrc-assam-1.9-million-stateless-citizenship-bjp-bengalis-20190

    India excluded 1.9 million from citizenship dividing families who have submitted the same documents to prove they are living in India before Bangladesh’s independence in 1971.

    Nearly 2 million people have been left off a list of citizens released Saturday in India’s northeastern state of Assam, after a mammoth years-long exercise to remove so-called illegal immigrants from neighboring Bangladesh.

    Officials checked documents submitted by roughly 33 million people for a draft released last year of a National Register of Citizens (NRC) in Assam, which left out more than 4 million residents of the state, many of them Hindu.

    But 31.1 million people now make up the final list, with 1.9 million excluded, said Prateek Hajela, the coordinator of the state’s register.

    “Any person who is not satisfied with the outcome of the claims and objections can file an appeal before the foreigners’ tribunals,” Hajela said in a statement, adding that everyone had received an adequate hearing.

    Critics accuse Prime Minister Narendra Modi’s ruling Hindu nationalist party of stoking sentiment against illegal immigrants and misusing the register to target even legal Muslim citizens.

    His close aide, Home Minister Amit Shah, has previously vowed to weed out illegal immigrants, calling them “termites”.

    He also said previously that Hindus, Sikhs, and Buddhists do not have to worry about NRC. However, after a large number of Hindus were excluded from the list the ruling party members have been criticizing the NRC.

    Modi’s Bharatiya Janata Party (BJP), which also rules the state, has had to change tack in recent months.

    “Names of many Indian citizens who migrated from Bangladesh as refugees before 1971 have not been included in the NRC,” Assam’s Finance Minister Himanta Biswa Sarma said in a Twitter post, adding that some illegal migrants had been wrongfully added.

    Another BJP lawmaker, Shiladitya Deb, said he did not expect the list to be fair. “It will not have the names of many Bengali Hindus,” he said.

    Those excluded have 120 days to prove their citizenship at hundreds of regional quasi-judicial bodies known as foreigners’ tribunals. If ruled to be illegal immigrants there, they can appeal to higher courts.

    This decision came after the government decided to update the NRC which was formed after the 1951 Census. The current administration under Prime Minister Narendra Modi decided to update the list in 2015 and people had to prove their lineage that they came to India before March 24, 1971, the day Bangladesh became independent from Pakistan.

    During Bangladesh’s freedom struggle, many Bengali Muslims and Hindus alike migrated to India.

    People who could not prove their existence in India before that have been excluded even though they have Indian passports or served in the army.

    For example, Mohammad Sanaullah who served in the Indian army for 30 years found himself excluded from the list.

    Many families found that half of them made to the list. Mijanur Rahman, a 47-year-old farmer, his son, and two daughters were named as citizens while his wife and other three daughters were excluded.

    “Everyone in my family is on the list but not me,” said Munwara Khatun, accompanied by two grandchildren and her husband, Sahar Ali, at a registration center in Assam’s central district of Nagaon. “How can that be?”

    Her 65-year-old spouse, a farmer, said the draft list had also omitted her, prompting them to provide authorities with documents ranging from land records to her voter identification and the Aadhaar identification number of Indian residents.

    Some of the two dozen people at the center said officials had asked them to go to court to get included on the register.

    “They are saying go to court,” said car mechanic Ritesh Sutradhar, 45, who had been left out, along with his wife. “But who will pay for all that?”

    Two sisters Shefali Baidya and Mukul Bose submitted the same document belonging to her father. But Mukul was excluded from the list while Shefali was included.

    State officials say they do not know the eventual fate of those finally adjudged foreigners. Bangladesh has not committed to accepting them.

    More than 1,000 people are being held in Assam’s six detention centers for illegal immigrants and the state wants to set up more centers.

    Human rights activists have criticized conditions at the centers, and lawyers and activists point to problems with the functioning of the foreigners’ tribunals.​​​​​​​

    #Inde #Bangla_Desh #nationalisme #fascisme_hindou

  • #Piazza_della_Vittoria, Bolzano
    En me promenant à #Bolzano en mai 2019, voici ce que je vois :

    Piazza della vittoria, già Piazza della Pace
    (Place de la #victoire, déjà Place de la #paix)

    Je suis évidemment intriguée... pourquoi passer de la paix à la victoire ? Victoire de qui ? Paix pour qui ?

    Le #monument sur ladite place est aussi très imposant et impressionnant... et par son #architecture on comprend vite quand il a été érigé...

    Petit tour sur wikipedia, qui nous dit que le monument a été construit entre 1926 et 1928.
    #Monumento_alla_Vittoria :
    https://it.wikipedia.org/wiki/Monumento_alla_Vittoria_(Bolzano)
    #Siegesdenkmal

    Vous pouvez découvrir l’histoire du monument sur la page wikipedia.

    Je voulais aussi signaler un passage autour de ce monument dans le #livre de #Alessandro_Leogrande, « #La_frontiera » :

    «A Bolzano li chiamano ancora ’relitti fascisti’. Sono tutti quei musolei, palazzi, cimeli che ricordano il ventennio mussoliniano. Il relitto fascista per eccellenza è il monumento realizzato da #Marcello_Piacentini nel 1928 per celebrare la vittoria italiana nella Grande guerra e per rimarcare, com’è scritto in latino a caratteri cubitali sulla facciata, che ’hic patriae fines siste signa, hinc ceteros excluimus lingua legibus artibus’. E, cioè, che non solo qui sono fissati i confini della patria, ma che proprio ’da qui’ educammo ’gli altri’ con la lingua, le leggi, le arti.
    Per decenni ’gli altri’, cioè la comunità germanofona cui il fascismo aveva impedito di usare la propria lingua, hanno visto nel monumento il simbolo più eclatante dell’usurpazione e dell’occupazione. Ed eclatante il monumento di Piacentini lo è davvero. Non solo perché, con grande dispendio di marmo bianco, s’alza in stile littorio fino a dominare un’ampia porzione d’abitato, proprio nel punto in cui era stata avviata la costruzione di un altro monumento, prontamente demolito, in memoria dei caduti del reggimento austriaco #Kaiserjäger. Non so perché appare del tutto fuori luogo rispetto al territorio circostante, al paesaggio, all’architettura tradizionale, con lse sue quattordici colonne a forma di fascio che reggono un’imponente architrave. Ma anche perché è stato il cardine della mutazione urbanistica della città. Una mutazione imposta dal fascismo, che culmina, al termine di una serie di strade che ricordano i ’trionfi’ nazionali, nella piazza del Tribunale.
    Il Monumento è stato sempre percepito come la punta dell’iceberg di una frattura più ampia. D’altro canto, la destra italiana l’ha sempre difeso come un ’proprio’ simbolo, anche in età repubblicana. Così, benché a un certo punto la Südtiroler Volkspartei, il partito che rappresenta le minoranze tedesche e ladina e ha governato il processo di crescente autonomia della provincia, lo volesse buttare giù, è rimasto al suo posto. Ogni volta che gli attriti sono riemersi, ogni volta che il cammino verso l’autodeterminazione della provincia speciale è parso arrestarsi, ogni volta che le bombe hanno ripreso a esplodere, e sono state molte le bombe a esplodere in queste vallate tra gli anni sessanta e ottanta del Novecento, quelle funebri colonne littorie sono tornate al centro del buco nero delle reciproche incomprensioni.
    Nel 1979 fu #Alexander_Langer, leader della nuova sinistra, da sempre sostenitore della necessità di creare gruppi interetnici, tanto da aver fondato dieci anni prima una rivista che si chiamava ’#Die_Brücke', ciò ’Il ponte’, a presentare in Consiglio provinciale una mozione in cui si chiedeva che il monumento diventasse un luogo di ’memoria autocritica’. Ma la mozione non passò, perché gli opposti nazionalismi vedevano entrambi come fumo negli occhi la possibilità di trasformare quelle colonne in un monito permanente. Per gli uni andavano soltanto abbattute, per gli altri dovevano rimanere tali e quali al loro posto. Dopo una serie di attentati, il Monumento venne addirittura recintato, tanto da accrescere il senso di separazione.
    La trasformazione auspicata da Langer si è realizzata solo ora con la creazione di un percorso espositivo permanente intitolato BZ ’18-’45. Un monumento, una città, due dittature , che si snoda nei locali sottostanti l’opera di Piacentini. (...)
    L’esposizione allestita nall cripta e nei corridoi sotterranei mi ha sorpreso. Pannello dopo pannello, video dopo video, sono ripercorsi i momenti della sua costruzione e la storia della città tra le due guerre mondiali, quando fu pesantemente condizionata dai due totalitarismi, quello fascista e quello nazista. Tuttavia il maggior intervento sul monumento non è tanto costituito dal percorso espositivo, quanto da un anello a led che cinge una delle colonne centrali. Sullo schermo nero circolare, spesso almeno mezzo metro, scorre rosso il titolo della mostra (BZ ’18-’45...), tradotto in tre lingue: italiano, tedesco e inglese.
    L’opera di Piacentini non è stata rimossa, ma questa sorta di vistoso ’anello al naso’ ha il potere di desacralizzarla, trasformandola in altro da sé. Tra la retorica del Monumento e gli occhi di chi lo guarda si insinua subito un terzo elemento che ne ribalta il senso profondo».

    (pp.218-220)

    #fascisme #WWI #première_guerre_mondiale #toponymie #Italie #langue #alterité #patriotisme #architecture_fasciste #urbanisme_fasciste #géographie_urbaine #Südtirol #Province_autonome_de_Bolzano #nationalisme #exposition

    ping @simplicissimus @reka

  • Crise italienne : la fragile #Politique du barrage
    https://lemediapresse.fr/international/crise-italienne-la-fragile-politique-du-barrage

    Dans un revirement spectaculaire, la #Lega de Matteo #Salvini a quitté le gouvernement de coalition avec le Mouvement 5 Étoiles, qui a choisi de former un nouveau gouvernement avec le #Parti_Démocrate au terme de difficiles pourparlers. Salvini retourne donc à l’opposition. Mais pour combien de temps ?

    #International #Démocratie_Chrétienne #Di_Maio #Elections #Italie #M5E #M5S #Migrants #nationalisme #PD #Renzi #Royaume-Uni #Zingaretti

  • Un héros américain. L’histoire de #Colin_Kaepernick

    Le combat de Colin Kaepernick, star du football américain, devenu un porte-drapeau de la communauté noire, afin de dénoncer les violences policières aux États-Unis. Un engagement politique qui signe la fin de sa carrière sportive.

    Le 1er septembre 2016, alors que les joueurs et les spectateurs du stade de San Diego se lèvent pendant l’hymne national, la star du football américain Colin Kaepernick pose un #genou_à_terre. Ce geste de protestation contre les violences policières et les injustices à l’encontre des #Afro-Américains suffit pour le propulser sur le devant de la scène médiatique. Le pays bascule dans un débat sur les #discriminations_raciales, ne laissant personne indifférent, pas même Donald Trump, qui critique vertement le sportif lors de ses discours de campagne. Paria pour les uns, Colin Kaepernick devient un #héros pour les autres. Mais cet engagement politique signe la fin de la carrière sportive du #quarterback des 49ers de San Francisco, exclu de la ligue professionnelle de football américain. Il continuera à propager son appel à l’égalité en devenant le visage de Nike en septembre 2018. Cette histoire rappelle celle de #Tommie_Smith et de #John_Carlos, médaillés d’or et de bronze aux Jeux olympiques de Mexico en 1968 et exclus de toutes les compétitions pour avoir levé le poing, en signe de protestation contre la ségrégation. Grâce à de nombreuses interviews, notamment celle de Lilian Thuram, ce film retrace le combat mené par un sportif prêt à sacrifier sa #carrière pour ses idéaux.


    https://www.arte.tv/fr/videos/086146-000-A/un-heros-americain
    #Kaepernick #violences_policières #USA #Etats-Unis #sport #racisme #football_américain #protestation #hymne_national #nationalisme #film #documentaire #Nike

  • L’invenzione della nazione: storia di un’idea sempre attuale

    La Nazione - così come concetto - è una costruzione di natura storica, ma, a ben vedere, è anche la nostra casa, il luogo dove ci rifugiamo e dove possiamo invitare o meno ospiti e amici, chiudere o aprire porte e finestre, cambiare i mobili, ristrutturare il soggiorno. Lo facciamo - da sempre - a seconda di come leggiamo la sua Storia: chiudiamo tutto se pensiamo che la Nazione sia sempre esistita e sia legata a un popolo solo, immutabile nella sua composizione. La apriamo e la modifichiamo volentieri, invece, se pensiamo che sia l’inevitabile prodotto di incroci, scambi, creazioni e, perché no, anche di invenzioni.

    http://www.historycast.org/podcast/024.htm

    #nationalisme #nation #Etat-nation #audio #ressources_pédagogiques #histoire #déconstruction

  • View from Nowhere. Is it the press’s job to create a community that transcends borders?

    A few years ago, on a plane somewhere between Singapore and Dubai, I read Benedict Anderson’s Imagined Communities (1983). I was traveling to report on the global market for passports—how the ultrawealthy can legally buy citizenship or residence virtually anywhere they like, even as 10 million stateless people languish, unrecognized by any country. In the process, I was trying to wrap my head around why national identity meant so much to so many, yet so little to my passport-peddling sources. Their world was the very image of Steve Bannon’s globalist nightmare: where you can never be too rich, too thin, or have too many passports.

    Anderson didn’t address the sale of citizenship, which only took off in earnest in the past decade; he did argue that nations, nationalism, and nationality are about as organic as Cheez Whiz. The idea of a nation, he writes, is a capitalist chimera. It is a collective sense of identity processed, shelf-stabilized, and packaged before being disseminated, for a considerable profit, to a mass audience in the form of printed books, news, and stories. He calls this “print-capitalism.”

    Per Anderson, after the printing press was invented, nearly 600 years ago, enterprising booksellers began publishing the Bible in local vernacular languages (as opposed to the elitist Latin), “set[ting] the stage for the modern nation” by allowing ordinary citizens to participate in the same conversations as the upper classes. In the 18th and 19th centuries, the proliferation (and popularity) of daily newspapers further collapsed time and space, creating an “extraordinary mass ceremony” of reading the same things at the same moment.

    “An American will never meet, or even know the names of more than a handful of his 240,000,000–odd fellow Americans,” Anderson wrote. “He has no idea of what they are up to at any one time.” But with the knowledge that others are reading the same news, “he has complete confidence in their steady, anonymous, simultaneous activity.”

    Should the press be playing a role in shaping not national identities, but transnational ones—a sense that we’re all in it together?

    Of course, national presses enabled more explicit efforts by the state itself to shape identity. After the US entered World War I, for instance, President Woodrow Wilson set out to make Americans more patriotic through his US Committee on Public Information. Its efforts included roping influential mainstream journalists into advocating American-style democracy by presenting US involvement in the war in a positive light, or simply by referring to Germans as “Huns.” The committee also monitored papers produced by minorities to make sure they supported the war effort not as Indians, Italians, or Greeks, but as Americans. Five Irish-American papers were banned, and the German-American press, reacting to negative stereotypes, encouraged readers to buy US bonds to support the war effort.

    The US media played an analogous role in selling the public on the 2003 invasion of Iraq. But ever since then, in the digital economy, its influence on the national consciousness has waned. Imagined Communities was published seven years before the fall of the Berlin Wall, twenty-two years before Thomas Friedman’s The World Is Flat, and a couple of decades before the internet upended print-capitalism as the world knew it (one of Anderson’s footnotes is telling, if quaint: “We still have no giant multinationals in the world of publishing”).

    Since Trump—a self-described nationalist—became a real contender for the US presidency, many news organizations have taken to looking inward: consider the running obsession with the president’s tweets, for instance, or the nonstop White House palace intrigue (which the president invites readily).

    Meanwhile, the unprofitability of local and regional papers has contributed to the erosion of civics, which, down the line, makes it easier for billionaires to opt out of old “imagined communities” and join new ones based on class and wealth, not citizenship. And given the challenges humanity faces—climate change, mass migration, corporate hegemony, and our relationships to new technologies—even if national papers did make everyone feel like they shared the same narrative, a renewed sense of national pride would prove impotent in fighting world-historic threats that know no borders.

    Should the press, then, be playing an analogous role in shaping not national identities, but transnational ones—a sense that we’re all in it together? If it was so important in shaping national identity, can it do so on a global scale?

    Like my passport-buying subjects, I am what Theresa May, the former British prime minister, might call a “citizen of nowhere.” I was born in one place to parents from another, grew up in a third, and have lived and traveled all over. That informs my perspective: I want deeply for there to be a truly cosmopolitan press corps, untethered from national allegiances, regional biases, class divisions, and the remnants of colonial exploitation. I know that’s utopian; the international working class is hardly a lucrative demographic against which publishers can sell ads. But we seem to be living in a time of considerable upheaval and opportunity. Just as the decline of religiously and imperially organized societies paved the way for national alternatives, then perhaps today there is a chance to transcend countries’ boundaries, too.

    Does the US media help create a sense of national identity? If nationalism means putting the interests of one nation—and what its citizens are interested in—before more universal concerns, then yes. Most journalists working for American papers, websites, and TV write in English with a national audience (or regional time zone) in mind, which affects how we pitch, source, frame, and illustrate a story—which, in turn, influences our readers, their country’s politics, and, down the line, the world. But a news peg isn’t an ideological form of nationalism so much as a practical or methodological one. The US press feeds off of more pernicious nationalisms, too: Donald Trump’s false theory about Barack Obama being “secretly” Kenyan, disseminated by the likes of Fox and The Daily Caller, comes to mind.

    That isn’t to say that global news outlets don’t exist in the US. When coaxing subscribers, the Financial Times, whose front page often includes references to a dozen different countries, openly appeals to their cosmopolitanism. “Be a global citizen. Become an FT Subscriber,” read a recent banner ad, alongside a collage featuring the American, Chinese, Japanese, Australian, and European Union flags (though stories like the recent “beginner’s guide to buying a private island” might tell us something about what kind of global citizen they’re appealing to).

    “I don’t think we try to shape anyone’s identity at all,” Gillian Tett, the paper’s managing editor for the US, says. “We recognize two things: that the world is more interconnected today than it’s ever been, and that these connections are complex and quite opaque. We think it’s critical to try to illuminate them.”

    For Tett, who has a PhD in social anthropology, money serves as a “neutral, technocratic” starting point through which to understand—and tie together—the world. “Most newspapers today tend to start with an interest in politics or events, and that inevitably leads you to succumb to tribalism, however hard you try [not to],” Tett explains. “If you look at the world through money—how is money going around the world, who’s making and losing it and why?—out of that you lead to political, cultural, foreign-policy stories.”

    Tett’s comments again brought to mind Imagined Communities: Anderson notes that, in 18th-century Caracas, newspapers “began essentially as appendages of the market,” providing commercial news about ships coming in, commodity prices, and colonial appointments, as well as a proto–Vows section for the upper crust to hate-read in their carriages. “The newspaper of Caracas quite naturally, and even apolitically, created an imagined community among a specific assemblage of fellow-readers, to whom these ships, brides, bishops, and prices belonged,” he wrote. “In time, of course, it was only to be expected that political elements would enter in.”

    Yesterday’s aristocracy is today’s passport-buying, globe-trotting one percent. The passport brokers I got to know also pitched clients with the very same promise of “global citizenship” (it sounds less louche than “buy a new passport”)—by taking out ads in the Financial Times. Theirs is exactly the kind of neoliberal “globalism” that nationalist politicians like Trump have won elections denouncing (often hypocritically) as wanting “the globe to do well, frankly, not caring about our country so much.” Isn’t upper-crust glibness about borders, boundaries, and the value of national citizenship part of what helped give us this reactionary nativism in the first place?

    “I suspect what’s been going on with Brexit and maybe Trump and other populist movements [is that] people. . . see ‘global’ as a threat to local communities and businesses rather than something to be welcomed,” Tett says. “But if you’re an FT reader, you see it as benign or descriptive.”

    Among the largest news organizations in the world is Reuters, with more than 3,000 journalists and photographers in 120 countries. It is part of Thomson Reuters, a truly global firm. Reuters does not take its mandate lightly: a friend who works there recently sent me a job posting for an editor in Gdynia, which, Google clarified for me, is a city in the Pomeranian Voivodeship of Poland.

    Reuters journalists cover everything from club sports to international tax evasion. They’re outsourcing quick hits about corporate earnings to Bangalore, assembling teams on multiple continents to tackle a big investigation, shedding or shuffling staff under corporate reorganizations. Perhaps unsurprisingly, “more than half our business is serving financial customers,” Stephen Adler, the editor in chief, tells me. “That has little to do with what country you’re from. It’s about information: a central-bank action in Europe or Japan may be just as important as everything else.”

    Institutionally, “it’s really important and useful that we don’t have one national HQ,” Adler adds. “That’s the difference between a global news organization and one with a foreign desk. For us, nothing is foreign.” That approach won Reuters this year’s international Pulitzer Prize for uncovering the mass murder of the Rohingya in Myanmar (two of the reporters were imprisoned as a result, and since freed); it also comes through especially sharply in daily financial stories: comprehensive, if dry, compendiums of who-what-where-when-why that recognize the global impact of national stories, and vice versa. A recent roundup of stock movements included references to the US Fed, China trade talks, Brexit, monetary policy around the world, and the price of gold.

    Adler has led the newsroom since 2011, and a lot has changed in the world. (I worked at Reuters between 2011 and 2013, first as Adler’s researcher and later as a reporter; Adler is the chair of CJR’s board.) Shortly after Trump’s election, Adler wrote a memo affirming the organization’s commitment to being fair, honest, and resourceful. He now feels more strongly than ever about judiciously avoiding biases—including national ones. “Our ideology and discipline around putting personal feelings and nationality aside has been really helpful, because when you think about how powerful local feelings are—revolutions, the Arab Spring—we want you writing objectively and dispassionately.”

    The delivery of stories in a casual, illustrated, highly readable form is in some ways more crucial to developing an audience than subject matter.

    Whether global stories can push communities to develop transnationally in a meaningful way is a harder question to answer; it seems to impugn our collective aptitude for reacting to problems of a global nature in a rational way. Reuters’s decision not to fetishize Trump hasn’t led to a drop-off in US coverage—its reporters have been especially strong on immigration and trade policy, not to mention the effects of the new administration on the global economy—but its stories aren’t exactly clickbait, which means ordinary Americans might not encounter them at the top of their feed. In other words, having a global perspective doesn’t necessarily translate to more eyeballs.

    What’s more, Reuters doesn’t solve the audience-class problem: whether readers are getting dispatches in partner newspapers like The New York Times or through the organization’s Eikon terminal, they tend to be the sort of person “who does transnational business, travels a good deal, is connected through work and media, has friends in different places, cares about what’s going on in different places,” Adler says. “That’s a pretty large cohort of people who have reason to care what’s going on in other places.”

    There are ways to unite readers without centering coverage on money or the markets. For a generation of readers around the world, the common ground is technology: the internet. “We didn’t pick our audience,” Ben Smith, the editor in chief of BuzzFeed, tells me over the phone. “Our audience picked us.” He defines his readers as a cohort aged 18–35 “who are on the internet and who broadly care about human rights, global politics, and feminism and gay rights in particular.”

    To serve them, BuzzFeed recently published a damning investigative report into the World Wildlife Fund’s arming of militias in natural reserves; a (not uncontroversial) series on Trump’s business dealings abroad; early exposés of China’s detention of Uighur citizens; and reports on child abuse in Australia. Climate—“the central challenge for every newsroom in the world”—has been harder to pin down. “We don’t feel anyone has cracked it. But the shift from abstract scientific [stories] to coverage of fires in California, it’s a huge change—it makes it more concrete,” Smith says. (My husband is a reporter for BuzzFeed.)

    The delivery of these stories in a casual, illustrated, highly readable form is in some ways more crucial to developing an audience than subject matter. “The global political financial elites have had a common language ever since it was French,” Smith says. “There is now a universal language of internet culture, [and] that. . . is how our stuff translates so well between cultures and audiences.” This isn’t a form of digital Esperanto, Smith insists; the point isn’t to flatten the differences between countries or regions so much as to serve as a “container” in which people from different regions, interest groups, and cultures can consume media through references they all understand.

    BuzzFeed might not be setting out to shape its readers’ identities (I certainly can’t claim to feel a special bond with other people who found out they were Phoebes from the quiz “Your Sushi Order Will Reveal Which ‘Friends’ Character You’re Most Like”). An audience defined by its youth and its media consumption habits can be difficult to keep up with: platforms come and go, and young people don’t stay young forever. But if Anderson’s thesis still carries water, there must be something to speaking this language across cultures, space, and time. Call it “Web vernacular.”

    In 2013, during one of the many recent and lengthy US government shutdowns, Joshua Keating, a journalist at Slate, began a series, “If It Happened There,” that imagined how the American media would view the shutdown if it were occurring in another country. “The typical signs of state failure aren’t evident on the streets of this sleepy capital city,” Keating opens. “Beret-wearing colonels have not yet taken to the airwaves to declare martial law. . . .But the pleasant autumn weather disguises a government teetering on the brink.”

    It goes on; you get the idea. Keating’s series, which was inspired by his having to read “many, many headlines from around the world” while working at Foreign Policy, is a clever journalistic illustration of what sociologists call “methodological nationalism”: the bias that gets inadvertently baked into work and words. In the Middle East, it’s sectarian or ethnic strife; in the Midwest, it’s a trigger-happy cop and a kid in a hoodie.

    His send-ups hit a nerve. “It was huge—it was by far the most popular thing I’ve done at Slate,” Keating says. “I don’t think that it was a shocking realization to anyone that this kind of language can be a problem, but sometimes pointing it out can be helpful. If the series did anything, it made people stop and be conscious of how. . . our inherent biases and perspectives will inform how we cover the world.”

    Curiously, living under an openly nationalist administration has changed the way America—or at the very least, a significant part of the American press corps—sees itself. The press is a de facto opposition party, not because it tries to be, but because the administration paints it that way. And that gives reporters the experience of working in a place much more hostile than the US without setting foot outside the country.

    Keating has “semi-retired” the series as a result of the broad awareness among American reporters that it is, in fact, happening here. “It didn’t feel too novel to say [Trump was] acting like a foreign dictator,” he says. “That was what the real news coverage was doing.”

    Keating, who traveled to Somaliland, Kurdistan, and Abkhazia to report his book Invisible Countries (2018), still thinks the fastest and most effective way to form an international perspective is to live abroad. At the same time, not being bound to a strong national identity “can make it hard to understand particular concerns of the people you’re writing about,” he says. It might be obvious, but there is no one perfect way to be internationally minded.

    Alan Rusbridger—the former editor of The Guardian who oversaw the paper’s Edward Snowden coverage and is now the principal at Lady Margaret Hall, a college at Oxford University—recognizes the journalistic and even moral merits of approaching news in a non-national way: “I think of journalism as a public service, and I do think there’s a link between journalism at its best and the betterment of individual lives and societies,” he says. But he doesn’t have an easy formula for how to do that, because truly cosmopolitan journalism requires both top-down editorial philosophies—not using certain phrasings or framings that position foreigners as “others”—and bottom-up efforts by individual writers to read widely and be continuously aware of how their work might be read by people thousands of miles away.

    Yes, the starting point is a nationally defined press, not a decentralized network, but working jointly helps pool scarce resources and challenge national or local biases.

    Rusbridger sees potential in collaborations across newsrooms, countries, and continents. Yes, the starting point is a nationally defined press, not a decentralized network; but working jointly helps pool scarce resources and challenge national or local biases. It also wields power. “One of the reasons we reported Snowden with the Times in New York was to use global protections of human rights and free speech and be able to appeal to a global audience of readers and lawyers,” Rusbridger recalls. “We thought, ‘We’re pretty sure nation-states will come at us over this, and the only way to do it is harness ourselves to the US First Amendment not available to us anywhere else.’”

    In employing these tactics, the press positions itself in opposition to the nation-state. The same strategy could be seen behind the rollout of the Panama and Paradise Papers (not to mention the aggressive tax dodging detailed therein). “I think journalists and activists and citizens on the progressive wing of politics are thinking creatively about how global forces can work to their advantage,” Rusbridger says.

    But he thinks it all starts locally, with correspondents who have fluency in the language, culture, and politics of the places they cover, people who are members of the communities they write about. That isn’t a traditional foreign-correspondent experience (nor indeed that of UN employees, NGO workers, or other expats). The silver lining of publishing companies’ shrinking budgets might be that cost cutting pushes newsrooms to draw from local talent, rather than send established writers around. What you gain—a cosmopolitanism that works from the bottom up—can help dispel accusations of media elitism. That’s the first step to creating new imagined communities.

    Anderson’s work has inspired many an academic, but media executives? Not so much. Rob Wijnberg is an exception: he founded the (now beleaguered) Correspondent in the Netherlands in 2013 with Anderson’s ideas in mind. In fact, when we speak, he brings the name up unprompted.

    “You have to transcend this notion that you can understand the world through the national point of view,” he says. “The question is, What replacement do we have for it? Simply saying we have to transcend borders or have an international view isn’t enough, because you have to replace the imagined community you’re leaving behind with another one.”

    For Wijnberg, who was a philosophy student before he became a journalist, this meant radically reinventing the very structures of the news business: avoiding covering “current events” just because they happened, and thinking instead of what we might call eventful currents—the political, social, and economic developments that affect us all. It meant decoupling reporting from national news cycles, and getting readers to become paying “members” instead of relying on advertisements.

    This, he hoped, would help create a readership not based on wealth, class, nationality, or location, but on borderless, universal concerns. “We try to see our members. . . as part of a group or knowledge community, where the thing they share is the knowledge they have about a specific structural subject matter,” be it climate, inequality, or migration, Wijnberg says. “I think democracy and politics answers more to media than the other way around, so if you change the way media covers the world you change a lot.”

    That approach worked well in the Netherlands: his team raised 1.7 million euros in 2013, and grew to include 60,000 members. A few years later, Wijnberg and his colleagues decided to expand into the US, and with the help of NYU’s Jay Rosen, an early supporter, they made it onto Trevor Noah’s Daily Show to pitch their idea.

    The Correspondent raised more than $2.5 million from nearly 50,000 members—a great success, by any measure. But in March, things started to get hairy, with the publication abruptly pulling the plug on opening a US newsroom and announcing that staff would edit stories reported from the US from the original Amsterdam office instead. Many of the reasons behind this are mundane: visas, high rent, relocation costs. And reporters would still be reporting from, and on, the States. But supporters felt blindsided, calling the operation a scam.

    Today, Wijnberg reflects that he should have controlled the messaging better, and not promised to hire and operate from New York until he was certain that he could. He also wonders why it matters.

    “It’s not saying people who think it matters are wrong,” he explains. “But if the whole idea of this kind of geography and why it’s there is a construct, and you’re trying to think about transcending it, the very notion of Where are you based? is secondary. The whole point is not to be based anywhere.”

    Still: “The view from everywhere—the natural opposite—is just as real,” Wijnberg concedes. “You can’t be everywhere. You have to be somewhere.”

    And that’s the rub: for all of nationalism’s ills, it does instill in its subjects what Anderson calls a “deep, horizontal comradeship” that, while imagined, blossoms thanks to a confluence of forces. It can’t be replicated supranationally overnight. The challenge for a cosmopolitan journalism, then, is to dream up new forms of belonging that look forward, not backward—without discarding the imagined communities we have.

    That’s hard; so hard that it more frequently provokes a retrenchment, not an expansion, of solidarity. But it’s not impossible. And our collective futures almost certainly depend on it.

    https://www.cjr.org/special_report/view-from-nowhere.php
    #journalisme #nationalisme #Etat-nation #communauté_nationale #communauté_internationale #frontières #presse #médias

  • Le mouvement ouvrier contre la “#préférence_nationale” (France, 1870-1914) | Le mensuel de #Lutte_Ouvriere
    https://mensuel.lutte-ouvriere.org/2019/06/29/le-mouvement-ouvrier-contre-la-preference-nationale-france-1
    #nationalisme #internationalisme #lutte_de_classe #crise_sociale #crise_economique

    L’exposé ci-dessous a été présenté le 9 juin dernier à la fête de Lutte ouvrière, à Presles.

    Sommaire :
    – Une période de dépression et de mutations économiques
    – De la question sociale à la #question_nationale
    – Le #mouvement_ouvrier face aux divisions entre travailleurs
    – La bataille pour faire avancer les consciences ouvrières
    – La création de la #CGT, une étape importante

  • #Terrorisme : encore le #nationalisme, encore le #racisme, encore lourdement armé... et avec un gendarme !

    Ils voulaient s’en prendre à des musulmans et des juifs : un groupe d’ultra droite démantelé

    L’enquête avait débuté avec l’arrestation le 7 septembre 2018 d’un homme dans le cadre d’une enquête diligentée par le parquet de Grenoble. Le suspect est un gendarme volontaire adjoint dont le contrat arrivait à expiration. A son domicile, les enquêteurs retrouvent des munitions de kalachnikov, des produits explosifs, un pistolet de marque Glock et un fusil. A l’issue de sa garde à vue, il a été placé sous contrôle judiciaire pour détention d’armes et produits explosifs.

    https://www.bfmtv.com/police-justice/ils-voulaient-s-en-prendre-a-des-musulmans-et-des-juifs-un-groupe-d-ultra-dro

  • Pourquoi il faut signer l’arrêt de mort du néolibéralisme - Joseph E. STIGLITZ The Guardian - 30 Mai 2019
    • Joseph E. Stiglitz est lauréat du prix Nobel d’économie, professeur à l’Université Columbia et économiste en chef à l’Institut Roosevelt.

    Depuis des décennies, les États-Unis et d’autres états mènent une politique de libre échange qui a échoué de façon spectaculaire.
    Quel type de système économique apporte le plus de bien-être au genre humain ? Cette question est devenue centrale aujourd’hui, car après 40 ans de néolibéralisme aux États-Unis et dans d’autres économies avancées, nous savons ce qui ne fonctionne pas.
    L’expérience néolibérale – réduction de l’impôt des riches, déréglementation des marchés du travail et des produits, financiarisation et mondialisation – a été un échec spectaculaire. La croissance est plus faible que pendant le quart de siècle qui a suivi la seconde guerre mondiale et elle n’a favorisé le plus souvent que ceux qui sont tout en haut de l’échelle. Après des décennies de revenus stagnants, ou même en baisse pour ceux qui se trouvent en dessous d’eux, il faut signer le certificat de décès du néolibéralisme et l’enterrer.


    Au moins trois grandes propositions politiques alternatives existent actuellement : le nationalisme d’extrême droite, le réformisme de centre gauche et la gauche progressiste (le centre-droit représentant l’échec néolibéral). Mais, à l’exception de la gauche progressiste, ces alternatives continuent d’adhérer à une forme d’idéologie qui a (ou aurait dû avoir) fait long feu.

    Le centre-gauche, par exemple, représente le néolibéralisme à visage humain. Son objectif est d’adapter au XXIe siècle les politiques de l’ancien président américain Bill Clinton et de l’ancien premier ministre britannique Tony Blair, en n’apportant que de légères modifications au système de financiarisation et de mondialisation actuel. La droite nationaliste, quant à elle, rejette la mondialisation, et accuse les migrants et les étrangers de tous les problèmes. Mais, comme l’a montré la présidence de Donald Trump, elle continue – du moins dans sa version étatsunienne – à réduire, avec zèle, les impôts des riches, à déréglementer et à réduire ou supprimer les programmes sociaux.

    En revanche, le troisième camp défend ce que j’appelle le capitalisme progressiste, qui propose un programme économique radicalement différent, fondé sur quatre priorités. La première consiste à rétablir l’équilibre entre les marchés, l’État et la société civile. La lenteur de la croissance économique, les inégalités croissantes, l’instabilité financière et la dégradation de l’environnement sont des problèmes nés du marché et ne peuvent donc pas être réglés par le marché. Les gouvernements ont le devoir de limiter et d’organiser le marché par le biais de réglementations en matière d’environnement, de santé, de sécurité au travail et autres. Le gouvernement a également pour tâche de faire ce que le marché ne peut ou ne veut pas faire, par exemple investir activement dans la recherche fondamentale, la technologie, l’éducation et la santé de ses électeurs.

    La deuxième priorité est de reconnaître que la « richesse des nations » est le résultat d’une enquête scientifique – l’étude du monde qui nous entoure – et d’une organisation sociale qui permet à de vastes groupes de personnes de travailler ensemble pour le bien commun. Les marchés gardent le rôle crucial de faciliter la coopération sociale, mais ils ne peuvent le faire que si des contrôles démocratiques les contraignent à respecter les lois. Autrement, les individus s’enrichissent en exploitant les autres et en faisant fructifier leurs rentes plutôt qu’en créant de la richesse par leur ingéniosité. Beaucoup de riches d’aujourd’hui ont emprunté la voie de l’exploitation pour arriver là où ils en sont. Les politiques de Trump ont favorisé les rentiers et détruit les sources de la création de richesse. Le capitalisme progressiste veut faire exactement le contraire.

    Cela nous amène à la troisième priorité : résoudre le problème croissant de la concentration du pouvoir du marché. En utilisant les techniques d’information, en achetant des concurrents potentiels et en créant des droits de douane à l’entrée, les entreprises dominantes peuvent maximiser leurs rentes au détriment des populations. L’augmentation du pouvoir des entreprises sur le marché, conjuguée au déclin du pouvoir de négociation des travailleurs, explique en grande partie la hausse des inégalités et la baisse de la croissance. À moins que le gouvernement ne joue un rôle plus actif que ne le préconise le néolibéralisme, ces problèmes vont probablement s’aggraver à cause des progrès de la robotisation et de l’intelligence artificielle.

    Le quatrième point clé du programme progressiste consiste à rompre le lien entre les pouvoirs économique et politique. Les pouvoirs économique et politique se renforcent mutuellement et se cooptent réciproquement, en particulier là où, comme aux États-Unis, des individus et des sociétés fortunés peuvent financer sans limites les élections. Dans le système étatsunien de plus en plus antidémocratique de « un dollar, une voix », il n’y a plus assez de ces freins et contre-pouvoirs si nécessaires à la démocratie : rien ne peut limiter le pouvoir des riches. Le problème n’est pas seulement moral et politique : les économies plus égalitaires sont en réalité plus performantes. Les capitalistes progressistes doivent donc commencer par réduire l’influence de l’argent en politique et par réduire les inégalités.

    On ne peut pas réparer les dégâts causés par des décennies de néolibéralisme d’un coup de baguette magique. Mais on peut y arriver en suivant le programme que je viens d’ébaucher. Il faudra que les réformateurs soient au moins aussi déterminés à lutter contre le pouvoir excessif du marché et les inégalités, que le secteur privé l’a été pour les générer.

    L’éducation, la recherche et les autres véritables sources de richesse doivent être au cœur des réformes. Il faudra protéger de l’environnement et lutter contre le changement climatique avec la même vigilance que les Green New Dealers aux États-Unis et Extinction Rebellion au Royaume-Uni. Et il faudra mettre en place des mesures sociales permettant à tous de mener une vie décente. Cela veut dire bénéficier de la sécurité économique, d’un travail et d’un salaire décent, de soins de santé et d’un logement convenable, d’une retraite garantie et d’une éducation de qualité pour ses enfants.

    Ce programme d’action n’a rien d’irréaliste ; ce qui serait irréaliste serait de ne pas le mettre en œuvre. Les alternatives proposées par les nationalistes et les néolibéraux engendreraient davantage de stagnation, d’inégalités, de dégradation de l’environnement et de colère, et pourraient avoir des conséquences que nous ne pouvons même pas imaginer.

    Le capitalisme progressiste n’est pas un oxymore. C’est au contraire l’alternative la plus viable et la plus dynamique à une idéologie qui a clairement échoué. Il constitue notre meilleure chance de sortir du marasme économique et politique actuel.

    Joseph E. STIGLITZ

    #néolibéralisme #capitalisme #financiarisation #mondialisation #nationalisme #réformisme #progressisme #pouvoirs #marchés #inégalités #Joseph_Stiglitz

    Sources : https://www.legrandsoir.info/pourquoi-il-faut-signer-l-arret-de-mort-du-neoliberalisme-the-guardian
    https://www.theguardian.com/business/2019/may/30/neoliberalism-must-be-pronouced-dead-and-buried-where-next

  • « Facebook a empêché les partis et la société civile de mener des campagnes transfrontières »
    https://www.lemonde.fr/idees/article/2019/06/01/facebook-a-empeche-les-partis-et-la-societe-civile-de-mener-des-campagnes-tr

    Le professeur de droit Alberto Alemanno dénonce, dans une tribune au « Monde », le rôle néfaste joué par le réseau social lors de la campagne électorale européenne en limitant les messages politiques aux frontières nationales. Au lendemain des élections européennes des 25 et 26 mai, on découvre que Facebook continue de faire tout ce qui lui plaît sur le continent, et ce en dépit des discours politiques sur la « mise au pas » des géants technologiques de la Silicon Valley. Lors de la campagne, les (...)

    #Facebook #algorithme #manipulation #élections #Avaaz

  • #Italie, #Espagne, #Royaume-Uni : les #européennes bousculent les échiquiers nationaux
    https://lemediapresse.fr/international/italie-espagne-royaume-uni-les-europeennes-bousculent-les-echiquiers-n

    Victoire de la #Lega, de l’abstention et recomposition #Politique en Italie, chute de la #Gauche radicale en Espagne et triomphe de l’indépendantisme en #Catalogne, polarisation pro ou anti-Brexit au Royaume-Uni... Dans cette article collectif, la rédaction du Média Presse analyse les enjeux nationaux des résultats des élections européennes.

    #International #Angleterre #Brexit #Di_Maio #Elections #Europe #Farage #Iglesias #indépendantisme #Junqueras #M5E #M5S #May #nationalisme #Podemos #Puigdemont #Renzi #Salvini #Sanchez #UE #UKIP

  • Éditorial des bulletins d’entreprise (LO) du 27 mai 2019 :
    Après les européennes, il faut que le camp des travailleurs se renforce
    https://journal.lutte-ouvriere.org/2019/05/28/apres-les-europeennes-il-faut-que-le-camp-des-travailleurs-s

    Le Pen-Bardella et Macron-Loiseau se disent satisfaits des résultats du scrutin européen. Le #RN termine la course en tête, et La République en marche estime avoir limité les dégâts. Tout avait été fait pour que les électeurs pensent qu’ils n’avaient le choix qu’entre le représentant des banquiers et la millionnaire d’#extrême_droite, entre la peste et le choléra. La liste #Les_Républicains enregistre un score faible. Une grande partie des électeurs de droite votent maintenant pour cet ancien ministre de Hollande qu’est #Macron : il mène une politique antiouvrière qui les comble.

    Dans une certaine mesure, le résultat des écologistes témoigne d’une inquiétude légitime sur l’avenir de la planète. Mais, sans une remise en cause du fonctionnement de l’économie, la protection de l’environnement ne peut que buter sur les intérêts des grands groupes capitalistes. Des #Verts à Hulot, les ministres écologistes ont servi d’alibi à bien des gouvernements, plus soucieux des profits de Total et autres pollueurs que de l’environnement.

    Quant aux salariés, aux chômeurs, aux retraités des classes populaires, ils sont largement restés à l’écart du scrutin. Aux abstentionnistes, nombreux dans les communes ouvrières, il faut ajouter les travailleurs immigrés qui, bien que vivant en France et y payant des impôts, sont privés du droit de vote.

    C’est tout le système politique qui est en cause : quel que soit le parti vainqueur dans les urnes, ce sont toujours les capitalistes qui dirigent. Et c’est encore plus criant pour ce Parlement européen, dont on ne sait pas vraiment à quoi il sert.

    Lorsque l’alternance entre la droite et la gauche gouvernementale fonctionnait, cette dernière était encore, par son histoire, liée au mouvement ouvrier, ce qui attirait la sympathie des classes populaires. Mais elle a défendu les institutions, en expliquant aux travailleurs qu’ils pouvaient changer leur sort par le vote. Aujourd’hui, après des années au pouvoir, elle s’est discréditée. En France, le RN de Le Pen s’est renforcé. En Italie, en Hongrie ou en Belgique, d’autres courants politiques xénophobes, partisans de régimes autoritaires, ont également progressé, comme en témoignent les résultats du scrutin.

    Face à cela, certains ont l’ambition de #reconstruire_la_gauche, de revenir au gouvernement pour gérer les affaires des capitalistes, comme l’ont fait Hollande et d’autres.

    Ce n’est pas ainsi qu’on peut s’opposer à l’extrême droite et à sa politique réactionnaire. Ce qu’il faut reconstruire, ce n’est pas la gauche de gouvernement, c’est un parti ouvrier, défendant réellement les intérêts du monde du travail.

    Les capitalistes mènent une guerre sociale. La politique de Macron depuis deux ans, dans la continuité de Sarkozy et de Hollande, en est l’expression. Et d’autres attaques sont à venir, contre les retraites ou contre les chômeurs. Aussi, #le_camp_des_travailleurs n’est pas une formule. Avant d’être un choix politique conscient, c’est une réalité sociale. Et, pour défendre ses intérêts, ce camp doit mener la lutte de classe.

    Pour modestes que soient les résultats de #Lutte_Ouvrière, soit 176 433 voix, ils confirment la présence d’un courant politique qui maintient la tradition révolutionnaire du #mouvement_ouvrier, l’#internationalisme face à la montée du #nationalisme et de la xénophobie. Renforcer ce courant, lui donner la force d’intervenir dans la lutte de classe, est essentiel en cette période d’offensive de la classe capitaliste. Il est indispensable de construire un parti représentant vraiment les intérêts des travailleurs, et qui ne soit pas prêt à les brader pour quelques strapontins ministériels.

    La société est aujourd’hui ravagée par la crise économique et la misère. Elle est sous la menace de guerres et de catastrophes écologiques. L’avidité de la bourgeoisie, la classe qui dirige le monde, la rend incapable de répondre aux problèmes qui se posent à l’humanité. Le fonctionnement du capitalisme exige qu’il renforce et perpétue l’exploitation et l’oppression du prolétariat. Tôt ou tard, cette oppression provoquera des révoltes. C’est à travers celles-ci que la classe ouvrière pourra mettre fin à la domination du grand capital.

    Le monde du travail en aurait la force. Mais il lui manque la conscience de ses formidables capacités. Cette conscience, un parti ayant pour objectif de mener la révolution sociale, un parti communiste révolutionnaire, doit l’incarner. L’avenir du monde du travail et, au-delà, de toute l’humanité en dépend.

  • Le Grand Oral de François Asselineau - Les Grandes Gueules de RMC
    https://www.crashdebug.fr/diversifion/16051-le-grand-oral-de-francois-asselineau-les-grandes-gueules-de-rmc

    Rappel : François Asselineau participera au débat entre têtes de liste pour les Européennes 2019, ce mercredi 22 mai 2019 à 22h30 sur France 2. (UPR)

    Source : Youtube.com

    Informations complémentaires :

    Crashdebug.fr : La VV Battle : François Asselineau vs Patrick Vignal - #FrExit vs #Europe - #UPR vs. #LREM (Sud Radio)

    Crashdebug.fr : L’UPR exclu du débat des têtes de listes aux européennes de France TV...

    Crashdebug.fr : Européennes : la justice ordonne à France 2 d’inviter Hamon, Philippot et Asselineau à son débat (Le Figaro)

    Crashdebug.fr : Arnaud Montebourg balance sur l’Union européenne et sur la trahison des élites françaises (OD)

    Crashdebug.fr : Philippot : « L’Euro est une arme de destruction massive devant laquelle on se couche » (Sputnik)

    Crashdebug.fr : « La tragédie de l’euro » ou (...)

    #En_vedette #Divers

  • L’école, ou la jeunesse rangée derrière le drapeau de la bourgeoisie

    https://mensuel.lutte-ouvriere.org//2019/04/21/lecole-de-jules-ferry-nos-jours-la-jeunesse-rangee-derriere- (Lutte de classe n°199 - mai 2019) #education #education_nationale #nationalisme #propagande #mensuelLO

    – L’#école de #Jules_Ferry  : la nation à la place de Dieu
    – Le #mouvement_ouvrier socialiste et l’école de la république
    – L’école «  tricolore  » toujours
    – Comprendre le monde… pour le changer

  • Gilles Dauvé - La nation dans tout son état. 2e partie : Mort de la nation ?
    https://ddt21.noblogs.org/?page_id=2176

    On comprend que l’État qualifiable en ce sens de national soit le cas le moins fréquent, réalisable seulement par les capitalismes dominants. Et même là, la crise est possible, comme en Allemagne et en Italie, nations inachevées au début du XXe siècle : la république de Weimar a dû affronter le séparatisme bavarois ; quant au Sud italien, et plus encore la Sicile, leur développement est longtemps resté en retard sur le Nord. Ailleurs, dans les pays dominés, un semblant d’État national est viable tant que le capitalisme mondial leur permet un rôle second mais effectif. Lorsqu’ils s’en désarticulent, rien ne masque plus l’artificialité de l’édifice national, qui se déchire.

    #théorie #communisme #communisation #nationalisme

  • Petit suivi un peu complet et factuel autour de l’action d’auto-défense #AntiFa contre l’ecole identitaire ISSEP à Lyon.
    (oui parce que l’agression, c’est qu’une telle école existe...)

    Des antifascistes ont attaqué cette nuit l’ISSEP de Marion Maréchal ex-Le Pen, à Lyon, qu’ils dénoncent comme l’école de formation de la « future élite de l’extrême droite identitaire ».
    https://twitter.com/Pierre_FSoir/status/1110905241799671808

    Communiqué de l’attaque de l’école de Marion Maréchal Lepen dans la nuit du 26 au 27 Mars 2019 à Confluence.

    Dans la nuit du 26 au 27 Mars 2019, nous avons attaqué l’ISSEP, Institut des sciences sociales, économiques et politiques.

    Cette école créée par Marion Marechal Le Pen a ouvert en cette rentrée 2018, au sein du quartier de la confluence, dans le but de former la future élite de l’extrême droite identitaire.
    Considérez cette attaque comme une réponse à tous les actes racistes, sexistes, homophobes, transphobes, ainsi qu’aux politiques meurtrières anti-migratoires et à l’attentat de ChristChurch perpétré dernièrement.
    /.../ https://rebellyon.info/Communique-de-l-attaque-de-l-ISSEP-dans-20443

    Réactions :

    En réponse, l’ISSEP et Marion Maréchal ont réagit ce mercredi par voie de communiqué. Ils dénoncent une attaque contre « la liberté d’enseignement (et donc) la liberté de tous ».
    https://twitter.com/Pierre_FSoir/status/1110905246577053700

    Communiqué de l’@ISSEP_Lyon suite à la dégradation de l’établissement cette nuit. #Lyon
    https://twitter.com/ISSEP_Lyon/status/1110900047082852355

    Et le Figaro lui offre une tribune avec un titre racoleur et mensonger :
    L’école de Marion Maréchal vandalisée par des « black blocs » http://www.lefigaro.fr/politique/le-scan/2019/03/27/25001-20190327ARTFIG00054-l-ecole-de-marion-marechal-vandalisee-par-des-bla
    (Si vous souhaitez le lire sans lui offrir un clic, dites-le moi et je vous le libère en commentaire...)
    #nationalisme #frontisme #identitarisme #racisme #autodefense #actiondirecte

  • Xénophobie et racisme antimusulmans sur les ondes de Radio Libertaire et dans d’autres lieux dits « contestataires » ou « radicaux »

    http://mondialisme.org/IMG/pdf/xeI_nophobie_racisme_antimusulmans_rl_et_lc.pdf

    Certains se souviennent peut-être que Riposte laïque, groupuscule né au sein de l’UFAL (Union des familles laïques) servit la soupe au Front national notamment avec l’apéro saucisson pinard en 2010. Riposte laïque venait de la gauche (PCF, LCR, OCI-PT, etc.) et certains de ses animateurs pérorèrent sur #Radio_libertaire.

    Cette radio anarchiste a invité des représentants du collectif #Lieux_communs pour discuter des « #gilets_jaunes ». Et à deux reprises, comme dans d’autres textes, nos castoriadiens xénophobes ont tenu à reprendre le credo qui fit le succès médiatique de Riposte laïque, c’est-à-dire la haine contre les immigrés.

    Qu’on en juge : un certain Q1. dénonce les « faux réfugiés », ces « prédateurs et opportunistes de partout et de nulle part » qui « escroquent les finances publiques » (p. 52) ; les « couches dominantes et la finance internationale » qui instrumentalisent « les migrations massives » (p. 6) ; une nouvelle fois les « immigrations massives » (p. 7) ; les « grandes métropoles de plus en plus réservées (...) aux #migrants primo-arrivants » (p. 8) ; le « financement (...) de la délinquance et de la néo-immigration massive » (p. 11) ; « le réservoir de violente et de brutalité qui gît (...) dans une partie des populations immigrées principalement en banlieue » (p. 15) ; les « jeunes de banlieue » qui pratiquent la « casse gratuite, le pillage, le vandalisme » (p. 21) ; « les thèmes attenants [à l’immigration] de l’islam, de la délinquance, de la banlieue », etc.

    Docte, notre Q.-de-Souche déclare que « la question de l’extrême droite, comme les questions des migrants, de l’immigration, des #banlieues, de l’islam vont devoir être traitées de front. Et plus on repousse l’échéance, plus ce sera douloureux. Ça l’est déjà aujourd’hui, mais ça le sera plus encore dans dix ans... » (p. 32 propos tenus sur Radio libertaire le 5 décembre 2018)

    Se prétendant hostile aux « racialistes » et aux « indigénistes » du PIR3, Q.-de-Souche utilise en réalité leur vocabulaire4 puisqu’il affirme que « les gilets jaunes sont essentiellement blancs » (p. 33, toujours sur Radio libertaire), rejoint par D.-de-Souche pour qui le comité Adama est « essentiellement musulman » (idem ). Et il continue son discours identitaire en évoquant avec l’emphase d’un national- castoriadien, « cette France des oubliés, celle des “beaufs”, massivement blanche » (p. 38, dans une autre intervention cette fois à Bordeaux).

    En bon nationaliste de gauche ou de droite, Q.-de-Souche n’arrête pas d’accommoder l’adjectif français à toutes les sauces : le « corps politique français » (p. 31, sur Radio libertaire ), le « peuple français » (p. 19), un « sursaut français » (p. 22), les « Indignés français » (p. 38) et même cette perle « La France est prise là-dedans, mais elle le vit sur un mode original, et très français » (p. 36). Bien sûr, il soutient, parmi les revendications des gilets jaunes, celles dont le sous-texte est discrètement xénophobe (p. 34, sur Radio Libertaire) : « il y a donc une revendication qui dit, je cite de tête,“ rendre effective l’intégration des immigrés ”, donc les aider à parler français, à s’intégrer, à acquérir les codes culturels, etc. Là, ils mettent le doigt sur quelque chose d’extrêmement délicat, effectivement. Les immigrés doivent-ils arriver à s’intégrer et à devenir français ? »

    Q. et D.-de-Souche posent, d’un air faussement ingénu, les mêmes questions que Finkielkraut, Zemmour et les Le Pen. (...)

    #xénophobie #nationalisme

  • Gilles Dauvé - La nation dans tout son état. 1re partie : Naissance de la nation
    https://ddt21.noblogs.org/?page_id=2158

    Éruption d’une « nation française » après 1789, émergence au XIXe siècle de « nationalités » porteuses de revendications « nationalitaires », « nationalismes » virulents et bellicistes, mouvements de « libération nationale » dans le tiers-monde, éclatement et création d’États se voulant « nationaux » fin XXe siècle, apparition de structures supranationales rivalisant avec les États…
    Cet essai part de l’hypothèse que les sociétés et leur évolution sont déterminées par la manière dont les êtres humains produisent leurs conditions d’existence matérielle, que la façon d’organiser leur vie commune en découle, et que « la nation » en est une forme. Telle que nous la connaissons, pourquoi naît-elle à l’époque moderne ? Quel rapport avec le capitalisme ? Enfin, le capitalisme aurait-il tellement changé que cette forme serait dépassée… ou, au contraire, son évolution contemporaine provoquerait-elle un retour du nationalisme ?

    #théorie #communisme #communisation #histoire #nationalisme

  • The Importance of Elsewhere. In Defense of Cosmopolitanism

    Today, too many people in positions of power behave as though they have more in common with international elites than with the people down the road, the people they employ, the people they pass on the street. But if you believe you are a citizen of the world, you are a citizen of nowhere. You don’t understand what citizenship means.

    (...)

    The cosmopolitan task, in fact, is to be able to focus on both far and near. Cosmopolitanism is an expansive act of the moral imagination. It sees human beings as shaping their lives within nesting memberships: a family, a neighborhood, a plurality of overlapping identity groups, spiraling out to encompass all humanity. It asks us to be many things, because we are many things. And if its critics have seldom been more clamorous, the creed has never been so necessary.

    https://www.foreignaffairs.com/articles/2019-02-12/importance-elsewhere
    #cosmopolitisme #nationalisme #identité