naturalfeature:rivière whanganui

  • Milieux communs
    https://www.franceculture.fr/amp/conferences/maison-de-la-recherche-en-sciences-humaines/milieux-communs


    http://www.ccic-cerisy.asso.fr/commun17.html

    La reconnaissance de la rivière Whanganui comme personne juridique et « entité vivante » par le Parlement de la Nouvelle Zélande au mois de mars 2017 a été souvent interprétée comme un cas de protection de la nature de la part des cultures locales. Or, on tentera de montrer que pour les Maori qui ont mené un long combat pour cette loi, il s’agit surtout de faire reconnaître l’inséparabilité du collectif humain du milieu naturel, de sorte que tout dommage porté sur la rivière soit considéré au même titre qu’un dommage porté sur les personnes humaines. À travers ce cas juridique semble s’esquisser ce qu’on pourrait appeler un « milieu commun », où les composants bio-physiques du milieu fournissent les conditions d’existence aux humains qui se chargent à leur tour de faire vivre l’ensemble. Ainsi, les impasses d’une écologie posant l’humain en face d’une nature à protéger pourraient être évitées si on arrivait à penser ce milieu commun comme une entité où le collectif et son milieu sont juridiquement inséparables. A fortiori, penser en termes de « milieux communs » nous permettrait-il de formuler, comme étant une revendication forte en écologie politique, l’extension des droits des humains aux conditions de leur existence, aux êtres bio-physiques dont la survie est indispensable au maintien du milieu en question ?


  • Boaventura de Sousa Santos : « Pour une #sociologie des #émergences » - El Correo
    http://www.elcorreo.eu.org/Boaventura-de-Sousa-Santos-Pour-une-sociologie-des-emergences

    Considérons l’exemple suivant : le 15 mars de cette année, le Parlement de la Nouvelle-Zélande a approuvé une loi qui confère une personnalité juridique et des droits humains à la rivière Whanganui (voir photo), considérée par les maories comme une rivière sacrée, un être vivant qu’ils assument comme leur aïeul. Après 140 ans de lutte, les maories ont réussi à obtenir la protection juridique qu’ils cherchaient : la rivière cesse d’être un objet de propriété et de gestion pour être un sujet de droits avec nom propre, qui doit être protégé tel quel. Aux yeux de la conception eurocentrique de la nature, basée sur la philosophie Descartes, cette solution juridique est une aberration. Une rivière est un objet naturel et en tant que tel cela ne peut pas être un sujet de droits. Ce fut précisément dans ces termes que l’opposition conservatrice a mis en question le Premier ministre néozélandais. Si une rivière n’est pas un être humain, elle n’a pas de tête, ni tronc, ni des jambes : comment peut-on lui attribuer des droits humains et une personnalité juridique ? La réponse du Premier ministre a été donnée en forme d’une contre question. Et une entreprise, a-t-elle une tête, un tronc et des jambes ? Si elle ne les a pas, comment est-il si facile pour nous de lui attribuer une personnalité juridique ?

    Ce qui est devant nous est l’émergence de la reconnaissance juridique d’un organisme, qui sous tend une conception de différente nature de la conception cartésienne que la modernité occidentale a naturalisée comme l’unique conception possible. Initialement, cette conception était loin d’être consensuelle. Il suffit de se rappeler Spinoza, sa distinction entre nature naturata et une nature naturans, et sa théologie basée sur l’idée Deus sive une nature (Dieu, ou bien, la nature). La conception spinoziste a une affinité de famille avec la conception de nature des peuples autochtones, pas seulement en Océanie mais aussi aux Amériques. Ces derniers considèrent la nature comme Pachamama, Mère Terre, et défendent que la nature ne nous appartient pas : nous appartenons à la nature.