• La « mise en biais » des problèmes sociaux : ce que l’économie comportementale fait aux situations complexes | AOC media - Analyse Opinion Critique
    https://aoc.media/analyse/2018/12/19/mise-biais-problemes-sociaux-leconomie-comportementale-aux-situations-complex

    L’économie comportementale est le fer de lance des sciences cognitives contemporaines. S’appuyant sur des résultats de la psychologie et des neurosciences, elle entend mettre en évidence les limites à la rationalité des individus et dessiner des politiques publiques « clés en main ». Popularisées sous le terme nudge, celles-ci jouent avec les « biais de rationalité » des individus, pour les pousser à agir dans leur intérêt ou dans celui de la collectivité.

    La légitimité scientifique et politique de l’économie comportementale semble désormais bien établie. Elle a reçu les marques de l’institutionnalisation dans le domaine scientifique, à travers, notamment, l’octroi de Prix de la Banque de Suède à plusieurs de ses représentants (dont Richard Thaler en 2017) comme dans le domaine politique, avec la création de structures ad hoc, appelées nudge units ou behavioral insight teams, dans divers gouvernements (démocratiques ou non). La sphère économique n’est pas en reste avec la création de structures similaires dans des entreprises, à, l’instar, en France, de la société d’études et de conseil BVA.

    Néanmoins, l’économie comportementale et les solutions politiques qu’elle inspire ont fait l’objet de critiques : le caractère éthique des expérimentations et des solutions politiques déployées a été amplement débattu, du fait de la part de manipulation des individus qu’elles recèlent. De même, des doutes ont été émis sur l’efficacité de ces solutions, en particulier à long terme. Un autre problème, moins souligné et pourtant essentiel à nos yeux, auquel nous souhaitons consacrer cet article, réside dans la propension de l’économie comportementale et des nudges à réduire des problèmes sociaux, fussent-ils complexes, à des biais cognitifs.

    Jusqu’aux années 1990, de riches traditions de recherche s’intéressaient aux interactions entre acteurs ou aux contextes organisationnels et institutionnels et avaient démontré en quoi ces dimensions étaient essentielles pour comprendre les décisions et les comportements de santé. Pourtant, de tels travaux sont aujourd’hui moins nombreux et moins visibles, au profit de travaux massivement orientés vers l’analyse des biais cognitifs. Karen Luftey Spencer et Matthew Grace, pourtant non hostiles aux sciences cognitives, qu’ils pratiquent dans certaines recherches, situent ce virage cognitiviste – et la marginalisation des autres approches – au tournant des années 2000 et déplorent cette situation dans un article de la prestigieuse revue littéraire Annual review of sociology. Elles appellent à s’intéresser à nouveau aux « fondations sociales des inégalités de santé et des biais de traitement ».

    C’est ce qu’a proposé un groupe de chercheurs nord-américains, autour de la sociologue Michèle Lamont et du politiste Peter Hall. Dans une démarche pluridisciplinaire mêlant l’anthropologie, la sociologie et la science politique, mais aussi l’épidémiologie et l’économie, ces chercheurs concluent que les déterminants des états de santé dépendent des ressources non seulement matérielles (économiques), mais aussi sociales des individus. Ces derniers, en fonction de leur position dans la structure sociale n’ont accès ni aux mêmes ressources « horizontales » provenant de l’insertion dans des réseaux – d’entraide et de soutien – d’autres individus, ni aux même ressources « verticales », associées au statut social. Par exemple, une recherche comparative a montré pourquoi les habitants d’Ouganda avaient été mieux protégés de l’épidémie du sida que ceux du Botswana, pourtant considéré comme un pays exemplaire par la communauté internationale car son gouvernement applique à la lettre les recettes des organisations internationales. Toutefois, le gouvernement ougandais a réussi, en s’appuyant sur les structures sociales et les communautés locales, à mobiliser les solidarités entre individus, ce qui s’est avéré in fine plus efficace dans la prévention du sida.

    #Santé_publique #Nudge #Neurocapitalisme

  • Le neurocapitalisme et la nouvelle servitude volontaire
    https://aoc.media/analyse/2018/10/17/neurocapitalisme-nouvelle-servitude-volontaire

    Le capitalisme contemporain n’exploite plus les travailleurs mais leurs émotions : on est entré dans le neurocapitalisme. Nouveaux instruments de la servitude volontaire, les technologies de l’information se font toujours plus addictives et socialement indispensables. Nos vies privées sont ainsi monétisées et c’est notre commune humanité qui s’en trouve menacée.

    Par Giorgio Griziotti

    Le neurocapitalisme est la phase biocognitive de la valorisation : la connexion entre esprit, corps, appareils et réseaux semble inextricableet détermine l’omniprésence envahissante de la médiation technologique.Le sujet, ses désirs, son potentiel, sont entièrement « mis en valeur »dans la dimension d’hyperconnexion mondiale où toute l’humanité, des savanesà la métropole, est maintenant, à des degrés divers, complètement immergée. —Giovanni Iozzoli

    De nombreux textes, études et analyses sur le rôle des réseaux informatiques et des médias numériques soutiennent que le développement du capitalisme contemporain serait le résultat d’une ou plusieurs découvertes technoscientifiques plutôt que celui des conditions matérielles et politiques déjà formées au sein du capitalisme industriel. Cette hypothèse pose ainsi une discontinuité entre les différentes formes du capitalisme.

    La Ford T et Linux, deux objets techniques universellement connus, peuvent ainsi être présentés comme les symboles des deux ères du capitalisme contemporain : l’ère industrielle et l’actuelle, que certains économistes appellent cognitive [1] car elle met au centre de la production l’exploitation de la connaissance. Partir de ces deux objets représentatifs permet de rendre plus clairs, même pour les non-initiés, les chemins et passages qui ont guidé la naissance de réalités comme le logiciel libre, ou qui ont facilité la diffusion si rapide de la téléphonie mobile, une des technologies qui a le plus influencé les changements de subjectivité.

    Le biohypermédia : ce que le numérique fait au cerveau humain et vice-versa

    Le pas suivant dans cette approche nous conduit au concept de « biohypermédia » comme dimension actuelle de la médiation technologique qui nous enveloppe. Les réseaux et les technologies connectées et portables, incluant l’internet des objets, nous soumettent à une perception multi-sensorielle dans laquelle espaces réel et virtuel se confondent, étendant et amplifiant les stimuli émotionnels. Le biohypermédia est alors « le cadre dans lequel le corps, dans son intégralité, se connecte aux dispositifs de réseau de façon si intime qu’ils entrent dans une symbiose dans laquelle se produisent des modifications et des simulations réciproques » (Neurocapitalisme, p. 132).

    Le concept de biohypermedia se construit dans un moment qui voit émerger la déconstruction de l’anthropocentrisme, l’écologie politique, la bioéconomie, la société de contrôle, la subsomption vitale, et le general intellect. Il s’agit aussi bien d’une nouvelle frontière du capitalisme, qui, de cognitif, devient biocognitif, qu’un instrument heuristique de lecture des transformations anthropologiques : « la pression principale de la séduction numérique est, en réalité, neuronale dans la mesure où elle met au premier plan l’interpénétration de la conscience humaine avec le réseau électronique global. Les technologies actuelles de l’information et des communications extériorisent et dupliquent électroniquement le système nerveux humain » (Rosi Braidotti, The Posthuman, Polity Press, 2013, p. 97).

    Conséquence de cette interpénétration, les affects et les sentiments sont également impliqués dans ce continuum entre vivant et machine. Le jeu d’influence exercé par le neurocapitalisme dans le biohypermedia avec les techniques du marketing sensoriel ou celui de « l’expérience client » se concentre alors sur les émotions. Les grandes lignes directrices de ces méthodologies de manipulation neuronale imposent de saturer le quotidien du type d’émotions qui favorisent la consommation, la superficialité, la faiblesse des liens et tentent d’empêcher leur cristallisation dans des sentiments accomplis.

    « La marchandisation, la gamification et la désensibilisation de la réalité nous poussent vers l’état d’organismes simples, capables de se comporter sans processus mentaux ; des émotions mais pas des sentiments » (Neurocapitalisme, p. 167). Il est désormais scientifiquement établi que la rationalité du comportement fait défaut chez les personnes qui ne peuvent pas ressentir pleinement les émotions et les sentiments (Antonio Damasio, L’erreur de Descartes : la raison des émotions, 1995). Des questions troublantes se posent alors sur notre société, dans laquelle ils sont si fortement et continuellement influencés, manipulés et provoqués dans une perspective obsédante de rationalité financière, de méritocratie.

    La servitude volontaire, aubaine du neurocapitalisme

    En l’espace de deux générations une profonde mutation anthropologique a eu lieu, et les liens des appartenances (ouvrières, prolétariennes, locales et de nombreuses autres catégories), qui avaient caractérisé le capitalisme industriel, ont lâché, nous mettant face au grand large où tout est possible. Y a-t-il des chemins et des processus réels et existants, où le commun et la coopération diffuse pourraient retrouver leur autonomie ? Nous voyons émerger une société des traversées qui semble constituée par des nomadismes existentiels, des dérives, des refus d’appartenance qui dessinent le profil d’individus sans port d’attache, vivant dans la sphère biohypermédiatique, leurs sens perpétuellement saturés, dans un espace constamment redéfini par des algorithmes et des automatismes conçus pour classer et valoriser des milliards de singularités et leurs pratiques. Tel le système de crédit social (SCS) mis en place par le pouvoir chinois et qui rappelle Black Mirror ou 1984. Le SCS est un exemple extrême d’un neurocapitalisme (d’État) basé à la fois sur l’assujettissement social et l’asservissement machinique induit par des algorithmes de classement social.

    Mais en Occident la situation n’est pas forcément très différente : Facebook (FB) est un bon exemple du devenir-machine, avec sa capacité de transformer deux milliards d’« amis » en servo-éléments d’une mégamachine mumfordienne [2]. Un endroit où « on travaille et on produit toujours dans et par un agencement collectif. Mais le collectif ne comprend pas que des individus et des éléments de subjectivité humaine. Il inclut aussi des “objets”, des machines, des protocoles, des sémiotiques humaines et non humaines, des affects, des rapports micro–sociaux, pré-individuels et supra-individuels, etc. » (Maurizio Lazzarato, Signs and Machines : Capitalism and the Production of Subjectivity, Semiotexte,2014, p. 29).

    Qui peut nier que FB soit un territoire global de stimulations comportementales, émotionnelles, affectives et neurales qui construit des processus de symbiose entre objet technique et corps humain ? Les jeux vidéo s’inscrivent dans la même dynamique et ont en commun avec FB une auto-adhésion généralisée. Cependant, il existe des différences substantielles et notamment la quasi-obligation des jeunes générations de rejoindre FB en tant que lieu de coopération et de travail, sous peine d’exclusion productive et sociale. De plus aucun des éditeurs des jeux vidéo ne peut prétendre avoir l’influence de Zuckerberg.

    Il y a cinq siècles, La Boétie dénonçait la « servitude volontaire » envers le « tyran » dans un monde où les sujets de cette servitude étaient les courtisans et les couches intermédiaires du pouvoir. La « servitude volontaire » promue par Facebook obéit et amplifie les règles dominantes de la subjectivité.

    Faire ensemble et défaire le neurocapitalisme

    Les mouvements actuels, à la différence de ceux des années soixante-dix ou quatre-vingt, semblent donner la priorité à l’action et au « faire », et cela est aussi une conséquence logique des dynamiques de la traversée, évoquée auparavant. Le « faire » est directement politique et la conviction est très répandue que dans toute entreprise, de l’expression artistique à la recherche de revenus, il est possible de s’exprimer politiquement. D’autre part, les relations au sein de ces mouvements ont développé un morphisme de la structure d’internet, au sens où les entités et les initiatives autonomes qui le constituent sont reliées d’une manière souple et souvent éphémère et constituent un « réseau de réseaux » d’instances de type divers.

    Ce même « faire », en se déployant sur le territoire, est capable d’inventer le futur dans un remixage des objets techniques et des savoirs de la nature globale. Il peut alors fonctionner comme le moyen d’accès privilégié à une reformulation de l’écologie-monde, selon la définition de Jason Moore (Anthropocene or Capitalocene ? 2016), dans la continuité de Gorz et Guattari. « Faire » réinvente les formes de coopération autonome à partir même des résultats les plus avancés de la technologie, pour les soustraire à la domination de l’idéologie néolibérale et au contrôle financier.

    On reproche souvent à ces pratiques sociales et économiques répandues et virales un manque de stratégie politique. Sauf que c’est précisément dans ce manque que réside peut-être une force souterraine. Dans les modestes déploiements d’un large éventail de possibilités, parfois contradictoires entre elles, mais capables de mettre en jeu des tentatives, des hésitations, des peurs ou des petites stratégies pour essayer de recréer cet humus qui peut faire fermenter une nouvelle possibilité (pas une sortie, car en réalité ne sort jamais de rien). Résister à l’entropie, la défaite ultime de notre aventure en tant qu’humain, telle est la question véritablement en jeu dans les tentatives d’affronter le neurocapitalisme.

    –—

    [1] Voir par exemple Carlo Vercellone, « La Thèse du capitalisme cognitif : une mise en perspective historique et théorique », 2009. https://halshs.archives-ouvertes.fr/halshs-00401880/document

    [2] Lewis Mumford, Le Mythe de la machine, Fayard (2 volumes). Mumford a introduit en 1967 le concept de mégamachine en tant que complexe social et technologique qui modélise de grandes organisations et des projets où les humains deviennent des pièces interchangeables ou des servo-unités.

    Giorgio Griziotti a récemment publié
    Neurocapitalisme. Pouvoirs numériques et multitudes, C&F Éditions, 2018
    https://cfeditions.com/neurocapitalisme

    #neurocapitalisme #production_immatérielle #postfordisme

  • Le neurocapitalisme et la nouvelle servitude volontaire | AOC media - Analyse Opinion Critique
    https://aoc.media/analyse/2018/10/17/neurocapitalisme-nouvelle-servitude-volontaire

    Par Giorgio Griziotti
    Ingénieur informatique

    Le capitalisme contemporain n’exploite plus les travailleurs mais leurs émotions : on est entré dans le neurocapitalisme. Nouveaux instruments de la servitude volontaire, les technologies de l’information se font toujours plus addictives et socialement indispensables. Nos vies privées sont ainsi monétisées et c’est notre commune humanité qui s’en trouve menacée.

    #Neurocapitalisme #Giorgio_Griziotti #C&F_éditions

  • Le neurocapitalisme et la nouvelle servitude volontaire | AOC media - Analyse Opinion Critique
    https://aoc.media/analyse/2018/10/17/neurocapitalisme-nouvelle-servitude-volontaire

    Par Giorgio Griziotti
    Ingénieur informatique

    Le capitalisme contemporain n’exploite plus les travailleurs mais leurs émotions : on est entré dans le neurocapitalisme. Nouveaux instruments de la servitude volontaire, les technologies de l’information se font toujours plus addictives et socialement indispensables. Nos vies privées sont ainsi monétisées et c’est notre commune humanité qui s’en trouve menacée.

    #Neurocapitalisme #Giorgio_Griziotti #C&F_éditions

  • Neurocapitalism | openDemocracy
    https://www.opendemocracy.net/ewa-hess-hennric-jokeit/neurocapitalism

    There is good reason to assert the existence, or at least the emergence, of a new type of capitalism: neurocapitalism. After all, the capitalist economy, as the foundation of modern liberal societies, has shown itself to be not only exceptionally adaptable and crisis-resistant, but also, in every phase of its dominance, capable of producing the scientific and technological wherewithal to analyse and mitigate the self-generated “malfunctioning” to which its constituent subjects are prone. In doing so – and this too is one of capitalism’s algorithms – it involves them in the inexorably effective cycle of supply and demand.

    Just as globalisation is a consequence of optimising the means of production and paths of communication (as Karl Marx and Friedrich Engels predicted), so the brain, as the command centre of the modern human being, finally appears to be within reach of the humanities, a field closely associated with capitalism. It may seem uncanny just how closely the narrow path to scientific supremacy over the brain runs to the broad highway along which capitalism has been speeding for over 150 years. The relationship remains dynamic, yet what links capitalism with neuroscience is not so much strict regulation as a complex syndrome of systemic flaws.

    At this point, if not before, the unequal duo of capitalism and neuroscience was joined by a third partner. From now on, the blossoming pharmaceutical industry was to function as a kind of transmission belt connecting the two wheels and making them turn faster. In the first half of the twentieth century, mental disorders were treated mainly with sedative barbiturates, electric shock therapy and psychosurgery. But by the 1930s, neuro-psychopharmacology was already winning the day, as Freud had predicted it would.

    Is it a paradox, or one of those things that are so obvious they remain unobserved, that the success of Freud’s psychoanalysis and that of modern neuroscience are based on similar premises? Psychoanalysis was successful because it wove together medically relevant disciplines like psychiatry and psychology with art, culture, education, economics and politics, allowing it to penetrate important areas of social life. At the beginning of the twenty-first century, the neurosciences seem to be in a position to take on a comparable role in the future.

    The ten top-selling psychotropic substances in the USA include anti-depressants, neuroleptics (antipsychotics), stimulants and drugs for treating dementia. In 2007 one hundred million prescriptions were issued for these drugs with sales worth more than sixteen billion dollars. These figures illustrate how, in an environment that is regulated but difficult to control, supply and subjectively perceived need can create a market turning over billions of dollars. What is more, it is a market that is likely to expand into those areas in which a performance-driven society confronts the post-postmodern self with its own shortcomings: in others words in schools and further education, at work, in relationships, and in old age. Among the best-selling neuro-psychotropic drugs are those that modulate the way people experience emotions and those that improve their capacity to pay attention and to concentrate, in most cases regardless of whether there is a clinically definable impairment of these functions.

    openDemocracy
    About
    NorthAfricaWestAsia
    openGlobalRights
    Human rights and the internet
    CanEuropeMakeIt?
    BeyondSlavery
    oDR
    oD-UK
    oD 50.50
    democraciaAbierta
    Shine A Light
    Transformation
    More

    Neurocapitalism
    Ewa Hess and Hennric Jokeit 3 March 2010
    Despite the immense costs for healthcare systems, the fear of depression, dementia and attention deficit disorder legitimises the boom in neuro-psychotropic drugs. In a performance-driven society that confronts the self with its own shortcomings, neuroscience serves an expanding market

    Today, the phenomenology of the mind is stepping indignantly aside for a host of hyphenated disciplines such as neuro-anthropology, neuro-pedagogy, neuro-theology, neuro-aesthetics and neuro-economics. Their self-assurance reveals the neurosciences’ usurpatory tendency to become not only the humanities of science, but the leading science of the twenty-first century. The legitimacy, impetus and promise of this claim derive from the maxim that all human behaviour is determined by the laws governing neuronal activity and the way it is organised in the brain.

    Whether or not one accepts the universal validity of this maxim, it is fair to assume that a science that aggressively seeks to establish hermeneutic supremacy will change everyday capitalist reality via its discoveries and products. Or, to put it more cautiously, that its triumph is legitimated, if not enabled, by a significant shift in the capitalist world order.

    There is good reason to assert the existence, or at least the emergence, of a new type of capitalism: neurocapitalism. After all, the capitalist economy, as the foundation of modern liberal societies, has shown itself to be not only exceptionally adaptable and crisis-resistant, but also, in every phase of its dominance, capable of producing the scientific and technological wherewithal to analyse and mitigate the self-generated “malfunctioning” to which its constituent subjects are prone. In doing so – and this too is one of capitalism’s algorithms – it involves them in the inexorably effective cycle of supply and demand.

    Just as globalisation is a consequence of optimising the means of production and paths of communication (as Karl Marx and Friedrich Engels predicted), so the brain, as the command centre of the modern human being, finally appears to be within reach of the humanities, a field closely associated with capitalism. It may seem uncanny just how closely the narrow path to scientific supremacy over the brain runs to the broad highway along which capitalism has been speeding for over 150 years. The relationship remains dynamic, yet what links capitalism with neuroscience is not so much strict regulation as a complex syndrome of systemic flaws.

    Repressive late nineteenth-century capitalism, with its exploitative moral dictates, proscriptions and social injustices, was a breeding ground for the neurosis diagnosed by scientists in the early twentieth century as a spiritual epidemic. This mysterious scourge of the bourgeoisie, a class which according to Marx, “through the rapid improvement of all instruments of production [...] draws all, even the most barbarian nations, into civilisation”, expressed the silent rebellion of the abused creature in human beings. It was, in other words, the expression of resistance – as defiant as it was futile – of people’s inner “barbarian nation” to forceful modernisation and civilisation.

    To introduce here the inventor of psychoanalysis and neurosis researcher Sigmund Freud as the first neurocapitalist practitioner and thinker might be thought to be overstepping the mark. Yet people tend to forget that Freud was a neuro-anatomist and neurologist by training, and saw himself primarily as a neuroscientist. What distinguished him from his colleagues was that he was more aware of the limitations of the methods available for studying the brain at the end of the nineteenth century. Having identified neurosis as an acquired pathology of the nervous system for which there was no known treatment or way to localise, he decided instead to take an indirect route. The means he invented in order both to research and to cure this mysterious illness was psychoanalysis. Fellow researchers like Oskar Vogt, who continued to search for the key to psychopathology and genius in the anatomy of the brain, were doomed to fail. From then on, psychology served the requirements of everyday life in a constantly changing capitalist reality. As a method based on communication, psychoanalysis penetrated all spheres of social interaction, from the intimate and private to the economic and cultural. In doing so, it created new markets: a repair market for mental illness and a coaching market for those seeking to optimise capitalist production and reproduction.

    Delayed by the Second World War, the repressive capitalism of the nineteenth century was eventually replaced by libertarian, affluent capitalism. Conformity, discipline and feelings of guilt – the symptoms of failure to cope with a system of moral dictates and proscriptions – gave way to the new imperative of self-realisation. The psychic ideal of the successful individual was characterised by dynamically renewable readiness for self-expansion, which for the subject meant having a capacity for self-motivation that could be activated at any time and that was immune to frustration. Failure now meant not being able to exhaust the full potential of one’s options. This development brought a diametric change in the character of mental illness. Neurosis, a disorder born of guilt, powerlessness and lack of discipline, lost its significance. Attention shifted to the self’s failure to realise itself. Depression, the syndrome described by Alain Ehrenberg in The Weariness of the Self: Diagnosing the History of Depression in the Contemporary Age, began its triumphal march.

    Depression, however, was also the first widespread mental illness for which modern neuroscience promptly found a remedy. Depression and anxiety were located in the gaps between the synapses, which is precisely where they were treated. Where previously there had only been reflexive psychotherapy, an interface had now been identified where suffering induced by the self and the world could now be alleviated directly and pre-reflexively.

    At this point, if not before, the unequal duo of capitalism and neuroscience was joined by a third partner. From now on, the blossoming pharmaceutical industry was to function as a kind of transmission belt connecting the two wheels and making them turn faster. In the first half of the twentieth century, mental disorders were treated mainly with sedative barbiturates, electric shock therapy and psychosurgery. But by the 1930s, neuro-psychopharmacology was already winning the day, as Freud had predicted it would.

    Is it a paradox, or one of those things that are so obvious they remain unobserved, that the success of Freud’s psychoanalysis and that of modern neuroscience are based on similar premises? Psychoanalysis was successful because it wove together medically relevant disciplines like psychiatry and psychology with art, culture, education, economics and politics, allowing it to penetrate important areas of social life. At the beginning of the twenty-first century, the neurosciences seem to be in a position to take on a comparable role in the future.

    What cannot be overlooked is that the methodological anchoring of the neurosciences in pure science, combined with the ethical legitimacy ascribed to them as a branch of medicine, gives them a privileged position similar to that enjoyed by psychoanalysis in the early twentieth century. Unlike the latter, however, the neurosciences are extremely well funded by the state and even more so by private investment from the pharmaceutical industry. Their prominent status can be explained both by the number and significance of the problems they are attempting to solve, as well as the broad public recognition of these problems, and by the respectable profits to be made should they succeed. In other words, they are driven by economic and epistemic forces that emanate from the capitalism of today, and that will shape the capitalism of tomorrow – whatever that might look like.
    II

    In Germany, the USA and many western European countries, it is neither painkillers nor cardiovascular drugs that now put the greatest strain on health budgets, but rather neuro-psychotropic drugs. The huge market for this group of drugs will grow rapidly as life expectancy continues to rise, since age is the biggest risk factor for neurological and psychiatric illness. All over the world, whole armies of neuroscientists are engaged in research in universities, in projects often funded by the pharmaceuticals industry, and to an even greater extent in the industry’s own facilities, to find more effective and more profitable drugs to bring onto the market. The engine driving the huge advances being made in the neurosciences is capital, while the market seems both to unleash and to constrain the potential of this development.

    Depression, anxiety or attention deficit disorders are now regarded by researchers and clinical practitioners alike as products of neuro-chemical dysregulation in interconnected systems of neurotransmitters. They are therefore treated with substances that intervene either directly or indirectly in the regulation of neurotransmitters. Given that the body’s neuro-chemical systems are highly sensitive and inter-reactive, the art of successful treatment resides in a process of fine-tuning. New and more expensive drugs are able to do this increasingly effectively and selectively, thus reducing undesirable side effects. Despite the immense costs for healthcare systems, the high incidence of mental disorders and the fear of anxiety, depression and dementia make the development of ever better neuro-psychotropic drugs desirable and legitimate.

    However, the development and approval of drugs designed to alleviate the symptoms of mental disorders also open the gates to substances that can be used to deliberately alter non-pathological brain functions or mental states. The rigid ethical conventions in the USA and the European Union – today the most profitable markets for neuro-psychotropic drugs – mean that drug development, whether funded by the state or by the pharmaceuticals industry, is strictly geared towards the prevention and treatment of illness. Few pharmaceutical companies are therefore willing to make public their interest in studying and developing substances designed to increase the cognitive performance or psychological wellbeing of healthy people. The reason is simple: there is no legal market for these so-called “neuro-enhancers”. Taking such drugs to perform better in examinations, for example, is a punishable offence in the USA. Yet sales figures for certain neuro-psychotropic drugs are considerably higher than the incidence of the illnesses for which they are indicated would lead one to expect. This apparent paradox applies above all to neuropsychotropic drugs that have neuro-enhancement properties. The most likely explanation is that neuro-enhancers are currently undergoing millions of self-trials, including in universities – albeit probably not in their laboratories.

    The ten top-selling psychotropic substances in the USA include anti-depressants, neuroleptics (antipsychotics), stimulants and drugs for treating dementia. In 2007 one hundred million prescriptions were issued for these drugs with sales worth more than sixteen billion dollars. These figures illustrate how, in an environment that is regulated but difficult to control, supply and subjectively perceived need can create a market turning over billions of dollars. What is more, it is a market that is likely to expand into those areas in which a performance-driven society confronts the post-postmodern self with its own shortcomings: in others words in schools and further education, at work, in relationships, and in old age. Among the best-selling neuro-psychotropic drugs are those that modulate the way people experience emotions and those that improve their capacity to pay attention and to concentrate, in most cases regardless of whether there is a clinically definable impairment of these functions.

    Attempts to offset naturally occurring, non-pathological deviations from the norm are referred to as “compensatory” or “moderate enhancement” – in the same way that glasses are worn to correct the eyes’ decreasing ability to focus. The term describes a gradual improvement in function to a degree that is still physiologically natural. By contrast, “progressive” or “radical enhancement” denotes a qualitative improvement in function that exceeds natural boundaries. To return to the optical metaphor, we could say that the difference between these forms of performance enhancement is like that between wearing spectacles and night-vision glasses.

    In all ages and cultures, producers and purveyors of drugs and potions purported to enhance the individual’s cognitive state have been able to do a tidy trade, as the many references to magic potions and fountains of youth in literature and the fine arts testify. Nowadays, one substance with this kind of mythical status is ginkgo. Billions of dollars worth of ginkgo-biloba preparations are sold in the USA every year; and if ginkgo really did have any significant effect on cognition or memory, it would be a classic case of the widespread, unchecked use of a compensatory neuro-enhancer. As it is, however, the myth and commercial success of ginkgo are more a testament to the perhaps universal human need for a better attention span, memory and mental powers, and to the willingness to pay good money to preserve and enhance them.

    For the attainment of happiness as the aim of a good life, Aristotle recommended cultivating a virtuous mind and virtuous character. This is precisely what some neuro-psychotropic drugs are designed to do. The virtues of the mind are generally understood to be instrumental traits like memory and attention span. The extent to which these traits are innate or acquired varies from person to person. After adolescence, their efficiency gradually goes into decline at individually varying rates. Inequality and the threat of loss are strong motivations for action. The current consensus on the ethics of neuro-enhancement seems to be that as long as the fundamental medical principles of self-determination, non-harm (nil nocere) and benefit (salus aegroti) are adhered to, rejecting pharmacological intervention in the instrumental traits of the brain would be at odds with a liberal understanding of democracy.

    A more complex ethical problem would seem to be the improvement of so-called character virtues, which we shall refer to here as socio-affective traits. Unlike instrumental traits such as attention span and memory, traits like temperament, self-confidence, trust, willingness to take risks, authenticity and so on are considered to be crucial to the personality. Pharmacological intervention that alters these traits therefore affects a person’s psychological integrity. While such interventions may facilitate and accelerate self-discovery and self-realisation (see the large body of literature on experience with Prozac, e.g. Peter D. Kramer, Listening to Prozac: Psychiatrist Explores Antidepressant Drugs and the Remaking of the Self , they may also do the exact opposite. We will never be able to predict with any certainty how altering instrumental and socio-affective traits will ultimately affect the reflexively structured human personality as a whole. Today’s tacit assumption that neuro-psychotropic interventions are reversible is leading individuals to experiment on themselves. Yet even if certain mental states are indeed reversible, the memory of them may not be.

    The barriers to neuro-enhancement actually fell some time ago, albeit in ways that for a long time went unnoticed. Jet-lag-free short breaks to Bali, working for global companies with a twenty-four hour information flow from headquarters in Tokyo, Brussels and San Francisco, exams and assessments, medical emergency services – in all of these situations it has become routine for people with no medical knowledge to use chemical substances to influence their ability to pay attention. The technologies that have sped up our lives in the era of globalisation – the Internet, mobile phones, aeroplanes – are already a daily reality for large numbers of people and are interfering with their biologically and culturally determined cycles of activity and rest.

    That is not to say that the popularisation of these findings has had no effect at all. Reconceptualising joy as dopamine activity in the brain’s reward centres, melancholy as serotonin deficiency, attention as the noradrenalin-induced modulation of stimulus-processing, and, not least, love as a consequence of the secretion of centrally acting bonding hormones, changes not only our perspective on emotional and mental states, but also our subjective experience of self. That does not mean that we experience the physiological side of feelings like love or guilt any differently, but it does make us think about them differently. This, in turn, changes the way we perceive, interpret and order them, and hence the effect they have on our behaviour. By viewing emotions in general terms rather than as singular events taking place in a unique temporal and spatial context, the neurosciences have created a rational justification for trying to influence them in ways other than by individual and mutual care.

    The possibility of pharmacological intervention thus expands the subjective autonomy of people to act in their own best interests or to their own detriment. This in turn is accompanied by a new form of self-reflection, which encompasses both structural images of the brain and the ability to imagine the neuro-chemical activity that goes on there. What is alarming is that many of the neuroscientific findings that have triggered a transformation in our perception of ourselves are linked with commercial interests.

    It is already clear that global capitalism will make excessive demands on our material, and even more so on our human-mental resources. This is evident from the oft-used term “information society”, since information can only function as a commodity if it changes human behaviour, and it can only do this if we accord it our attention and engage with it emotionally.

    #Neurocapitalisme #Neurosciences

  • How GitHub became the nexus of software automation | ZDNet
    https://www.zdnet.com/article/how-github-sneaked-up-on-us-to-become-the-nexus-of-software-automation

    To call GitHub a website is to call Italy a place to eat. GitHub is the leading practitioner of an emerging marketplace — and yes, it may legitimately be called a “market” because it does generate revenue. It earned, by several estimates, over $200 million in revenue in 2017, and was evidently valuable enough to Microsoft to prompt it to purchase GitHub outright, in a $7.5 billion all-stock deal last June.

    It is accurate and fair to say that GitHub created a market in the supply of open-source software, and the automation of its deployment. There are other competitors in this market, most notably GitLab and Atlassian’s Bitbucket. It’s the presence of those players that legitimizes this market.

    What GitHub has become is the most effective example to date of a web service that absorbs the function of an entire industry’s supply chain. Open-source software has been shared online in the past, with SourceForge being one of the most effective practitioners. But the distribution of software through SourceForge, and sites like it, takes place using a content management system — a platform best suited for folks using web browsers.

    What does deserve further scrutiny as time goes on, however, is how this deal, by legitimizing the open-source delivery pipeline as a top-tier industry, will alter the character of the open-source movement. If it was ever truly a counter-culture, it certainly isn’t one now. Although GitHub’s profitability may not be directly due to the popularity of sharing code, it is indeed tied to the automated, pipelined supply chain to which open source gave rise. If that model is truly as influential as open source proponents assert it to be, then nothing Microsoft would do to change it one way or the other, in the long run, should have any noticeable effect.

    #Logiciel_libre #GitHub #Industrie_du_logiciel #Neurocapitalisme

  • Le numérique, à l’origine d’une nouvelle fracture sociale
    https://abonnes.lemonde.fr/emploi/article/2018/07/01/numerique-la-nouvelle-fracture-sociale_5324053_1698637.html

    Les exemples de ce type sont légion. Partout dans le monde, les technologies numériques facilitent l’accès à l’emploi, aident les personnes les plus fragiles à monétiser leur travail ou à améliorer leurs revenus, en vendant, par exemple, des productions artisanales ou en tirant meilleur parti d’une récolte. Un téléphone portable et une connexion Internet vont-ils faire ce que les politiques sociales et celles de développement ne sont pas parvenues à accomplir en quelques décennies : réduire les inégalités ?

    La réalité, analysée par les économistes, est plus complexe. Pour un chauffeur de VTC en Europe sauvé par le numérique, combien de taxis craignent de voir dégringoler leur chiffre d’affaires ? Pour un artisan indien, qui vend ses créations textiles en direct grâce à un site Internet, combien de petits marchands ruinés par les géants du commerce en ligne ?

    S’il crée des emplois, le numérique en supprime aussi. Surtout, il a un autre effet pernicieux sur l’emploi : il le transforme, et pas forcément dans le bon sens. « Dans nombre d’entreprises du numérique, c’est 10 % d’emplois qualifiés et 90 % de gens qui font des cartons », rappelle abruptement Jean-Hervé Lorenzi, le président du Cercle des économistes.

    Emergence d’un « cybertariat »

    Face à ce phénomène, certains n’hésitent pas à parler de l’émergence d’un « cybertariat » – une sorte de prolétariat de l’économie numérique. L’essor des plates-formes, dominées par les acteurs globaux que sont les GAFA (Google, Apple, Facebook, Amazon) et autres Uber, fait pencher davantage encore la balance en faveur du capital.

    « Ces entreprises superstars sont très efficaces et, avec des rendements croissants, elles obtiennent des rentes de monopoles, analyse Patrick Artus. Les nouvelles technologies contribuent ainsi à la hausse des marges bénéficiaires des entreprises et à la baisse de la part des salaires dans le revenu national. »

    Dans un séminaire consacré aux mutations technologiques organisé par France Stratégie, Antonio Casilli, maître de conférences en humanités numériques à Télécom ParisTech et chercheur à l’Ecole des hautes études en sciences sociales (EHESS), et Ursula Huws, professeure à l’université du Hertfordshire (Royaume-Uni), spécialiste du travail et de la mondialisation, décrivent ainsi les emplois générés par les plates-formes : « Ce type de travail humain donne une image bien moins sophistiquée de l’intelligence artificielle, qui apparaît en fait comme un mélange d’automatisation et de “clickwork”, autrement dit, un travail en ligne répétitif et mécanique, à coups de clic de souris. Les travailleurs – pour la plupart asiatiques ou africains – touchent des salaires dérisoires pour “nourrir” les algorithmes qui gèrent les contenus en ligne (par exemple, pour marquer des photos), pour le compte de géants d’Internet comme Google ou Facebook. »

    Le rôle essentiel de la formation

    Et l’économiste de rappeler la théorie du porteur d’eau, chère à Alfred Sauvy : à Paris, au début du XXe siècle, on comptait encore 20 000 porteurs d’eau, que l’installation des canalisations et de l’eau courante a privés de leur gagne-pain. Cela leur a permis de cesser ce travail physiquement ardu pour un autre emploi moins pénible, par exemple dans le secteur des services. « Aujourd’hui, le porteur d’eau doit se transformer en personne capable de vendre des services aux entreprises », conclut Gilbert Cette. Et dans cette transformation, la formation et l’accompagnement ont un rôle essentiel à jouer. D’autant que selon l’OCDE, 65 % des écoliers d’aujourd’hui exerceront à l’âge adulte un métier qui n’existe pas encore !

    #Intelligence_artificielle #Travail #Neurocapitalisme

  • YouTube’s top creators are burning out and breaking down en masse
    https://www.polygon.com/2018/6/1/17413542/burnout-mental-health-awareness-youtube-elle-mills-el-rubius-bobby-burns-pe

    Three weeks ago, Bobby Burns, a YouTuber with just under one million subscribers, sat down on a rock in Central Park to talk about a recent mental health episode. One week ago, Elle Mills, a creator with more than 1.2 million subscribers, uploaded a video that included vulnerable footage during a breakdown. Six days ago, Rubén “El Rubius” Gundersen, the third most popular YouTuber in the world with just under 30 million subscribers, turned on his camera to talk to his viewers about the fear of an impending breakdown and his decision to take a break from YouTube.

    Burns, Mills and Gundersen aren’t alone. Erik “M3RKMUS1C” Phillips (four million subscribers), Benjamin “Crainer” Vestergaard (2.7 million subscribers) and other top YouTubers have either announced brief hiatuses from the platform, or discussed their own struggles with burnout, in the past month. Everyone from PewDiePie (62 million subscribers) to Jake Paul (15.2 million subscribers) have dealt with burnout. Lately, however, it seems like more of YouTube’s top creators are coming forward with their mental health problems.

    Constant changes to the platform’s algorithm, unhealthy obsessions with remaining relevant in a rapidly growing field and social media pressures are making it almost impossible for top creators to continue creating at the pace both the platform and audience want — and that can have a detrimental effect on the very ecosystem they belong to.

    #travail_immatérielle #économie_politique_du_signe #neurocapitalisme #YouTube #youtubers #burnout

  • Chez Amazon, on pisse dans une bouteille pour éviter des sanctions
    https://www.actualitte.com/article/monde-edition/chez-amazon-on-pisse-dans-une-bouteille-pour-eviter-des-sanctions/88400

    Selon les données avancées, Amazon détiendrait la moitié du marché du livre papier aux États-Unis. Mais la domination sur la vente en ligne déborde largement du cadre de cette industrie, outre-Atlantique. Et finalement, partout dans le monde. Sauf qu’une récente série de témoignages met une fois de plus en cause les méthodes de management de l’entreprise.

    Citant Jeff Bezos, les auteurs d’un rapport d’évaluation présenté à l’Assemblée nationale rappelaient que « les gens font plus facilement ce qui est commode et ne demande pas le moindre effort ». Et c’est précisément ce pari qu’Amazon a fait depuis le début de son activité : faciliter les transactions, les réceptions, en maintenant une offre la moins chère possible.

    Mais tout cela, comme le signifiait le rapport, découle avant tout des solutions fiscales trouvées par l’entreprise pour minimiser le paiement d’impôts. Le rapport des parlementaires indique que la société profite « des écarts de législations fiscales entre États membres de l’Union européenne – comme elle le fait d’ailleurs entre les États américains –, a choisi de faire converger les chiffres d’affaires réalisés dans les pays européens vers une filiale basée au Luxembourg, où le régime de l’impôt sur les sociétés est beaucoup plus avantageux ».

    Certes, TVA et charges sur les salariés sont acquittées dans le pays, mais, pour le reste, cette habileté à trouver les méthodes les plus efficaces a mis la firme à l’abri.

    D’un côté, la fiscalité, donc, et de l’autre, les employés qui œuvrent dans les centres logistiques, souffrant de toute évidence de conditions de travail parfois déplorables. C’est ainsi qu’au fil du temps, les récits se sont multipliés, montrant toute l’ampleur tant de la surveillance que du régime salarial éprouvant.

    La pause pipi sacrifiée

    Dans un récent billet, The Sun fait ainsi état d’une situation délirante, dans les entrepôts britanniques. Les travailleurs auraient – le conditionnel est presque nécessaire pour ne pas se décrocher la mâchoire – à uriner dans des bouteilles. Pas par plaisir : simplement, leur pause pipi pourrait être décomptée de leur salaire, si elle est trop longue.

    Pire : Amazon UK pourrait les sanctionner pour une trop longue période d’inactivité – entre le moment où ils/elles quittent leur poste pour se rendre aux toilettes, et le retour à l’activité. L’entrepôt en question mesure plus de 65.000 mètres carrés, et parvenir aux toilettes peut ainsi prendre près de dix minutes. Une durée qui les contraint à une absence que l’entreprise pourrait alors sanctionner.

    Infiltré dans un entrepôt du Staffordshire, James Bloodworth raconte cette délirante situation : « Pour ceux d’entre nous qui travaillaient à l’étage supérieur, les toilettes les plus proches sont à quatre étages. Les gens faisaient pipi dans des bouteilles, parce qu’ils vivaient dans la peur d’être sanctionnés pour le temps perdu, et de perdre leur emploi, parce qu’ils avaient besoin d’aller aux w.c.. »

    Bilan “en demi-teinte” de la loi anti-Amazon 2014
    sur les frais de port

    On sait que la firme trace les moindres faits et gestes de ses employés, cherchant toutes les méthodes pour optimiser le moindre déplacement, et s’assurer que toute seconde est employée pour le bénéfice de l’entreprise. Une enquête présentée ce 16 avril indique même que les trois quarts des personnels redoutent la pause pipi.

    L’un d’entre affirme ne pas boire d’eau pour ne pas avoir à se poser la question. Et de toute manière, « vous devez emballer deux produits par minute : vous n’avez pas le temps de boire de l’eau parce que vous allez aux toilettes après ». Un déplacement qui fait perdre de précieuses secondes sur les délais d’acheminement et donc de livraison – et une petite machine rappelle alors à l’ordre le contrevenant à l’impératif de rentabilité.

    Une autre employée affirme que, durant sa grossesse, elle fut malade, et celui lui valut des avertissements de la part de la hiérarchie.
    Chez Amazon, on ne coupe pas encore
    la main des voleurs – pas encore...

    Voilà près de deux ans, la firme avait déjà été pointée du doigt pour les conditions de travail de ses employés, cette fois en Écosse. En effet : les salariés dormaient sous une tente près de l’entrepôt, pour être plus proches de leur lieu de travail. C’était en plein mois de décembre, avec des températures se rapprochant de 0...

    Or, le personnel n’avait pas les moyens de prendre les transports pour se rendre au travail – la navette affétée par la boîte coûte 10 £ par jour, alors que la plupart des employés perçoivent un revenu de 7,35 £ journalier.

    « Amazon devrait avoir honte de payer si peu ses employés, qu’ils aient à camper en plein milieu de l’hiver, pour joindre les deux bouts. Amazon devrait se reprendre et corriger le tir », annonçait un salarié, resté anonyme. On n’aura jamais su comment cette histoire s’est réglée.

    #Amazon #Conditions_travail #Précariat #Neurocapitalisme