• #nomadaria: la casa a bordo lago che abbraccia un albero
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    Ai #laghi_nabi, Oasi Naturale della Campania, il nuovo concept abitativo di Officine Tamborrino, interpretato dalla designer Elena Salmistraro. Un albero al centro, l’acqua tutt’intorno, i colori delle terre del Sud e il confine tra dentro e fuori che si scioglie in un gioco elegante di vetrate. Nasce così Nomadaria, la nuova casa a bordo lago con tende […] L’articolo Nomadaria: la casa a bordo lago che abbraccia un albero proviene da Informareonline, scritto da Redazione Informare

    #Comunicati_Stampa #casa_lago

  • Misogynie et botanique : comment le patriarcat s’est infiltré dans nos jardins

    Des savoirs effacés et des #noms de #plantes sexistes : une balade organisée par l’association Les Mutines indigènes, dans le Gard, a permis de mesurer les biais qui parcourent encore le monde de la botanique.

    Sac sur le dos, chaussures aux pieds, et loupe botanique pendue au cou, les randonneurs sont prêts à partir. Mais Angeline Julien, l’animatrice, les invite à former un cercle. Au sol, un tableau plastifié présentant des catégories : « figure de la sorcière », « stéréotypes de genre », « culture du viol »… Drôle d’introduction pour une balade dédiée à l’observation du règne végétal.

    La guide du jour explicite le thème : misogynie et botanique. Car « en Europe, la domination des femmes s’est aussi perpétuée via les plantes », explique-t-elle. « Et chacune de celles que nous allons rencontrer aujourd’hui peut être associée à une ou plusieurs de ces notions. » Passionnée de botanique, elle propose régulièrement des promenades sur divers thèmes avec son association, Les Mutines indigènes.

    Soleil radieux de printemps et fraîcheur du matin s’équilibrent, la météo est parfaite pour déambuler entre les bosquets, les prairies fleuries et les parties cultivées des jardins ethnobotaniques de la Gardie, à Rousson (Gard). Six hectares dédiés au patrimoine floristique sauvage et domestique des basses Cévennes. Dans le petit groupe qui se met en marche, il n’y a quasiment que des femmes.

    Des symboles de #chasteté

    Quelques pas plus tard, nous voici déjà à la recherche d’un premier arbuste : l’#aubépine. Ses petites fleurs blanches ont déjà fané. « On disait qu’elle assurait le bonheur conjugal en assurant la chasteté des femmes attendant le mariage », dit Angeline. Les significations données aux plantes reflètent parfois moins leurs véritables propriétés que ce que l’on attend des femmes. Autre exemple croisé au cours de la balade : celui de la #marguerite commune. Là encore une fleur blanche qui, « portée en couronne, était symbole de #virginité pour les jeunes filles », explique-t-elle.

    Signe que les fleurs sont sans cesse associées aux femmes, il n’est pas difficile de trouver une longue liste de plantes nommées d’après #Vénus. Angeline nous invite à quitter le sentier pour s’aventurer dans une prairie labourée par les sangliers. Là, d’étranges fleurs séchées dressent leurs picots. À leur base, leurs feuilles incurvées retiennent l’eau de la dernière pluie. Il s’agit de #cardères_sauvages (Dipsacus fullonum), aussi connue sous le nom de cabaret des oiseaux, ou… baignoire de Vénus.

    Le début d’une longue série. Lors de cette promenade, d’à peine plus d’un kilomètre, nous croisons également le sourcil de Vénus (surnom de l’achillée millefeuille, Achillea millefolium L.), le peigne de Vénus (Scandix pecten-veneris L.), le nombril de Vénus (Umbilicus rupestris), le miroir de Vénus (Legousia speculum-veneris), la capillaire cheveux de Vénus (Adiantum capillus-veneris) et l’églantier (Rosa canina), surnommé le bouquet de Vénus.

    Autant de noms qui perpétuent l’idée que « l’on attend des femmes qu’elles soient belles comme les fleurs », dit Angeline. Et aussi celle que « les femmes sont une ressource, au même titre que la nature ». Celles-ci se doivent aussi d’être chastes, et l’idée a été longtemps entretenue que les plantes se reproduisaient sans #sexualité. Au point que plusieurs mythes grecs racontent comment des jeunes femmes ont été transformées en plantes pour s’assurer de leur abstinence, rappelle notre guide.

    Ainsi, la nymphe Daphné, poursuivie par Apollon et appelant son père à l’aide, a été transformée par celui-ci en laurier. « Le fait qu’il soit toujours vert est un symbole de chasteté », souligne Angeline.

    Puis, vers la fin du XVIIᵉ siècle, les naturalistes européens reconnaissent enfin que les plantes ont une sexualité. « Le #pistil est décrit comme la partie femelle des fleurs, et les #étamines comme la partie mâle », nous rappelle Angeline. Au XVIIIe siècle, le naturaliste suédois #Carl_von_Linné, créateur du système de classification des espèces vivantes, propose à partir de cette description sexuelle une #classification des plantes. Et ce sont évidemment les caractéristiques mâles d’une plante qui déterminent son niveau dans la classification. Ce faisant, Linné « amène la #hiérarchie traditionnelle des genres dans les sciences », écrit au début des années 2000 la chercheuse Londa Schiebinger.

    Les premières botanistes invisibilisées

    Pour Léa Richard, botaniste spécialiste de la place des femmes dans sa discipline, ce système de classification basé sur les organes reproducteurs des plantes a contribué à les en exclure : « On disait que c’était une botanique obscène à laquelle les femmes ne devaient pas avoir accès. Or, pour Linné, un botaniste, c’est quelqu’un qui sait classer les plantes, faire de la taxonomie. En refusant d’apprendre aux femmes la classification sexuelle des plantes, on les empêche de fait d’accéder à cette science. »

    Au XVIIIe siècle, c’était pourtant une discipline à la mode pour les femmes. Mais les ouvrages qui leur étaient spécifiquement destinés veillaient à ne pas leur apprendre les bases scientifiques de la discipline, se concentrant par exemple sur la fabrication de bouquets. À la fois par pudeur et parce que les femmes étaient considérées comme moins intelligentes...

    Si quelques femmes deviennent malgré tout botanistes à cette époque, elles sont des exceptions, sont souvent formées par un homme — père, mari, amant — et « sont des aristocrates », note Léa Richard. « Elles se sont aussi beaucoup intéressées aux plantes sans système reproducteur apparent, les plantes cryptogames telles que les algues, les mousses, les lichens. Cela évitait d’utiliser le système de Linné, et c’étaient des champs peu explorés avec moins de concurrence des hommes. »

    Par ailleurs, « ces femmes ont été invisibilisées », souligne Angeline. Comme symbole de cet effacement, elle nous invite à chercher une plante commune des friches et des chemins : l’#urosperme_de_Daléchamps (Urospermum dalechampii), nommée en hommage à cet auteur d’une histoire des plantes au XVIe siècle. « En revanche vous trouverez très peu de plantes portant le nom de botanistes femmes », déplore-t-elle.

    Léa Richard lui donne raison, et note une autre cause potentielle : « Très peu de femmes nomment des plantes. » Seulement 3 % des plantes de la nomenclature linnéenne ont été baptisées par des femmes.

    Ainsi mises sous la tutelle des hommes dans ce domaine, à partir du XVIIe siècle, « les femmes ont été dépossédées de leur savoir sur les plantes », poursuit Angeline, « notamment avec l’invention de la sage-femme, qui agit sous la coupe d’un médecin ». Alors que la connaissance des plantes et de leurs propriétés faisait partie des tâches dévolues aux femmes, chargées du soin de leur famille, ce savoir est repris en main. Il y a « une volonté masculine de limiter l’autonomie des femmes dans les pratiques liées à leur fécondité, écrit l’historienne Émilie-Anne Pépy. Les femmes herboristes font l’objet d’une double #disqualification en raison de leur #genre et de leur origine sociale. »

    La figure de la #sorcière a aidé à disqualifier ce savoir. En exemple, Angeline prend la #verveine_officinale. « Il était dit que les sorcières s’en servaient pour provoquer une attraction immédiate. Elle est associée à la sphère sexuelle, du désir », dit-elle.

    Tout au long de la promenade, Angeline multiplie les exemples de plantes aux propriétés utiles aux femmes, « mais dont on a perdu les usages précis, les posologies », explique-t-elle. Tandis que l’on déambule, on croise ainsi la salsepareille, la rue officinale, l’armoise commune, connues pour leurs propriétés abortives, mais qu’on ne sait plus utiliser.

    « Un domaine encore dominé par les hommes »

    Sur le bord du chemin, elle nous arrête devant une plante aux impressionnantes tiges vertes, semblable à du fenouil géant : la #férule_glauque (Ferula glauca L.). Là où la tige est fendue, un suc abondant en sort. « C’est cette sève qui était utilisée », montre-t-elle. « Des textes d’Hippocrate et Pline disent qu’elle avait une action sur la fertilité des femmes, elle aurait notamment la propriété de stimuler les règles, mais il n’y a pas d’études contemporaines qui le certifient. » Elle fait aussi partie de la famille des herbes de sorcières : « Il était dit qu’elles l’utilisaient pour rendre les hommes impuissants », indique Angeline.

    Puis, au milieu d’un jardin en carrés organisé comme à l’époque médiévale, elle attire notre regard vers de petites fleurs bleu électrique presque au ras du sol. « Les plantes méritent qu’on se mette à genoux », dit-elle, nous invitant à observer les poils sur les feuilles, visibles uniquement à la loupe botanique. Il s’agit du #gremil_officinal (Lithospermum officinale). « Elle aurait été utilisée comme pilule contraceptive par les Amérindiens », dit-elle.

    La fin de la promenade approche. Sous les chênes verts, Angeline ressort ses fiches plastifiées. Les promeneuses ont bien travaillé : les colonnes du tableau de départ se sont remplies de multiples plantes, messagères involontaires du patriarcat. Et si cette sortie témoigne d’une prise de conscience dans le milieu botanique, elle reste une exception, rappelle Léa Richard. « On a fait les calculs à la Société linnéenne de Provence, à laquelle j’appartiens, raconte-t-elle. Il y a autant de femmes que d’hommes adhérents, mais seulement 20 % des conférences et 10 % des ateliers sont faits par des femmes. La botanique reste un domaine dominé par les hommes. »

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    Des pionnières malgré les interdits :

    #Marie-Anne_Libert (1782-1865) : « C’est un exemple de femme s’intéressant aux plantes cryptogames », explique Léa Richard. Elle a été la première à décrire le champignon responsable de la maladie de la pomme de terre, le mildiou. « Elle a décrit de nombreux agents pathogènes », souligne la botaniste.

    #Clémence_Lortet (1772-1835) : Elle a cofondé la Société linnéenne de Lyon. Elle a laissé plusieurs herbiers issus de ses promenades botaniques autour de la ville. « C’est un exemple du fait que les femmes n’étaient pas citées : elle a publié notamment sous le nom de son fils », dit Léa Richard.

    #Elisabeth_Julienne_Dugage_de_Pommereul (1733-1782) : Elle vivait et étudiait aux jardins du roi. Elle était spécialisée dans les graminées, sur lesquelles elle a publié un ouvrage et « elle avait une correspondance avec Linné lui-même », souligne Léa Richard, qui aime citer comment l’un de ses confrères, Jean-Baptiste Cotton des Houssayes, saluait le travail de cette scientifique : « Je déclare qu’elle n’est femme que par son sexe, mais qu’elle est homme, et homme même très célèbre, par le talent, la qualité et la richesse de son savoir. »

    https://reporterre.net/Misogynie-et-botanique-comment-le-patriarcat-s-est-infiltre-dans-nos-jar
    #botanique #misogynie #patriarcat #femmes #dépossession #invisibilisation

  • "Se regrouper pour pouvoir parler de la disparition de nos proches" : au #Maroc, un millier de mères et sœurs mobilisées pour leurs #disparus

    Des mères et sœurs marocaines de disparus animent depuis bientôt dix ans une #association pour faire entendre leurs voix dans un pays où l’exil est souvent criminalisé. Au fil des années, leur association a regroupé près d’un millier de proches de disparus sur leur route vers l’Europe, dans différentes zones frontalières : Balkans, Atlantique, Méditerranée… Rencontre avec cinq femmes qui ne lâchent pas leur combat, à #Rabat.

    Sous l’œil des locaux et des touristes étrangers assis en terrasse, des barques de pêche flottent lentement dans le port de Rabat. Deux plages de sable fin, où des adolescents courent vers l’eau, encadrent d’un côté et de l’autre l’embouchure dominée par la Kasbah des Udayas, berceau de la capitale marocaine. Une petite fille portant dans son dos deux ailes de papillon rose sautille de rocher en rocher. Un couple se tient droit, immobile, le regard vers l’horizon. Tout au bout de leur regard, tout au bout de cet estuaire du #fleuve_Bouregreg : l’#Atlantique.

    “C’est d’ici, en partant de cette #rivière, que mon frère est sorti du pays, vers l’océan”, souffle Hafida Labiad, le regard cerné de noir. Son visage calme recèle un espoir, ou un tourment, impossible à faire taire : "Il y a des rumeurs sur le fait que lui et ses compagnons de route auraient pu être récupérés par les secours espagnols et portugais". C’était il y a cinq ans. Dix-sept autres personnes ont disparu sur le même bateau.

    Des embarcations de fortune tentent parfois de prendre la mer depuis les zones côtières autour de Rabat, malgré la surveillance et les interceptions régulières des autorités marocaines. Soixante-dix mille tentatives ont été interceptées sur l’ensemble du territoire marocain en 2025, selon les autorités.

    Après la disparition de son frère, #Hafida_Labiad a co-construit le collectif des familles marocaines de disparus aux côtés de #Hassan_Ammari. Celui-ci préside l’#Association_Marocaine_d’Aide_aux_Migrants_en_Situation_Vulnérable (#AMSV), créée en 2017 et basée à Oujda, qui regroupe aujourd’hui en son sein les familles de disparus réunies au fil des années par Hafida.

    986 familles réunies par l’association

    "Pour ne pas vivre seules la situation, l’association nous a regroupées pour pouvoir parler de la disparition de nos proches", explique Fatima Al-Kazar, qui arbore un haut à fleurs bleues. Son fils, Ashraf Charabi, a disparu il y a cinq ans en Algérie avec trois autres personnes.

    Pour mettre en lien et organiser les familles, des groupes #whatsapp ont été créés. Il en existe treize, organisés par territoires de disparition : "Les disparus en Turquie, en Algérie, dans la Méditerranée, dans l’Atlantique, au Maroc, sur la route des Balkans, en Libye…", déroule Hassan Ammari. "Au total, nous sommes à 986 familles".

    Hafida Labiad, qui est présente dans tous les groupes au vu de son rôle d’animatrice, est particulièrement concernée par celui sur les routes de l’Atlantique - depuis la disparition de son frère. Avec le collectif, "Il n’est pas question de ma seule souffrance : on partage la #souffrance entre les familles, mais aussi le #partage des informations", résume-t-elle.

    Un #guide illustré, un livre "contre l’#oubli"

    Le collectif a édité, en 2024, un "Guide illustré : à la recherche d’un disparu ou d’un détenu aux frontières". Il y est écrit comment contacter la police, le ministère des affaires étrangères, le Croissant rouge ou la Croix rouge selon les pays… Cet outil qui n’existait pas auparavant permet de contrer le #désarroi : quand une disparition survient, "nous ne savons pas où aller, ce qu’on peut faire... Les informations qui nous arrivent sont parfois fausses ou sont de l’escroquerie”, explique Fatima Al-Kazar. Grâce à ce guide destiné à toute famille concernée, "on peut mieux se repérer".

    L’association diversifie les moyens de diffusion. Imane El Bouastaoui, jeune femme discrète à la voix douce, lunettes de soleil rectangulaires remontées sur son foulard couleur parme, est l’autrice d’un livre, "Entre les vagues et l’absence". L’ouvrage raconte la quête de son frère disparu lors d’une traversée vers les îles Canaries. Il est préfacé par l’association, qui a aidé à son édition. "C’est un #livre contre l’oubli", en dit Imane. "Énormément de ces disparitions tombent dans l’oubli. Moi, je ne veux pas que mon frère et ses amis soient oubliés. Je voulais que ce roman soit un miroir, et une mémoire, pour les autres familles".

    Elle rencontre l’association un an après la disparition de son frère dans l’Atlantique. Celui-ci était parti d’Algérie, au milieu d’un groupe de 42 personnes. "Le disparu reste souvent un chiffre. Moi, je ne veux pas qu’il soit un #chiffre, je veux qu’il soit un #nom." Il s’appelait Mohammed El Boustaoui. "Mon roman donne à voir un nom, une famille, un être humain". Écrire est aussi une façon de ’répondre au silence des structures officielles’", complète la jeune femme.

    Mobilisations face au Parlement et au ministère des affaires étrangères

    Au Maroc, les #familles de disparus décrivent en effet le #tabou qui règne autour des disparitions, tant le fait de prendre la route de l’exil est mal considéré. Hafida s’en souvient : lorsqu’elle a tenté en 2022 de déposer, pour l’association, une déclaration collective de disparitions à la police marocaine, "ils nous ont dit : ’Votre proche, c’est lui qui s’est enfui du pays. Ce n’est pas un disparu’. On était criminalisés. Cela m’a mise en colère".

    Dans la foulée, l’association s’est mobilisée face à ce refus de prise en compte des autorités. Des familles sont venues de Beni Mellal, de Oujda, de Marrakech, de Berkane… jusqu’à Rabat. "On était quasiment 80 familles représentées", raconte Hafida. Ensemble, elles ont tenu un #sit-in devant le Parlement à la façade rouge, situé sur une grande avenue de la capitale. Au milieu de cette avenue se trouve une fine esplanade, éclatante au soleil, cernée de hauts palmiers et de quelques bancs : celle-ci fait office de lieu de rassemblement pour les manifestations. "Malheureusement, ce jour-là, les familles ont été frappées par les forces de l’ordre", raconte Hafida.

    Pas de quoi les décourager cependant. "Après, on s’est dirigé en groupe vers le ministère des affaires étrangères pour y déposer notre déclaration. Ensuite, l’association s’est chargée du suivi avec le ministère", expose Hafida Labiad. Un an après, en 2023, nouveau rendez-vous ici à Rabat : cette fois, pour un sit-in devant le siège de la délégation de l’Union européenne (UE). Une représentante est venue à leur rencontre, à laquelle les familles ont pu remettre une lettre contenant leurs revendications pour obtenir l’aide de l’UE quant aux recherches de leurs proches disparus et au processus d’identification. Les familles ont aussi pu se rendre au siège du CICR (comité international de la Croix-Rouge) au Maroc.

    Malgré ces #mobilisations, "on voit peu de changement dans nos relations avec les autorités et la police". Une victoire tout de même, avec le ministère marocain des affaires étrangères : "Eux reconnaissent désormais qu’il s’agit de disparitions". Grâce à ce canal ouvert avec ce ministère, en 2025, le consulat du Maroc en Espagne, basé à Almeria, a demandé de lui-même des informations sur les disparus recensés par l’association, pour procéder à d’éventuelles identifications de corps retrouvés en Espagne. Depuis, les familles attendent des nouvelles.

    #Identification des corps : quand le collectif ouvre les portes

    S’engager dans des procédures d’identification reste un parcours du combattant : l’association permet de donner du poids aux familles pour obtenir la prise en charge de leur test #ADN. Le cas de Fatema Mesdar l’illustre bien. Son fils Oussama Lamari a disparu avec 33 autres personnes, à bord d’un bateau parti des côtes tunisiennes. Seuls deux corps auraient été retrouvés.

    Mais cela, les familles marocaines ne l’ont appris que trois mois après le naufrage. "Cette absence d’informations, c’est aussi parce que les passeurs s’en sont mêlés. Le jour où on l’a appris, il était trop tard, les corps allaient être enterrés [dans la ville de] Menzel Bourguiba…", raconte Fatema, habillée tout en rose pâle, le regard doux. "On attend encore de connaître leur identité : le premier corps a été identifié, mais le deuxième toujours pas, alors qu’il y avait deux passeports retrouvés”.

    Pendant des semaines, avant de connaître l’association, Fatema avait mené ses recherches en solitaire. "Je suis allée de Casablanca à Tunis, toute seule, en avion. J’y suis restée 45 jours. Je menais mes recherches isolée sur moi-même, dans l’obscurité". Plusieurs familles finissent par lui dire de ne pas rester seule et une femme l’oriente vers l’association, à laquelle Fatema Mesdar confie tous ses documents et vidéos obtenues lors de ses recherches en Tunisie sur le naufrage. Elle commence à participer à des ateliers regroupant les familles. "On m’a donné la parole. Pour la première fois je me suis sentie soulagée, écoutée. C’étaient des moments forts émotionnellement."

    Ce soutien lui a donné l’énergie de relancer ses recherches, auprès d’autres institutions, appuyée désormais par l’association. Fatema est retournée en Tunisie, mais cette fois, en portant la parole de tout un groupe. "Aucune porte ne m’a été fermée, parce que je portais la parole de tout un collectif. Toutes les structures m’ont reçue et écoutée. J’ai été à Djerba, à Sfax, auprès de la gendarmerie, la police, le ministère de l’Intérieur, les gardes-côtes tunisiens… On m’a accueillie partout. J’ai même pu faire mon test ADN gratuitement."

    Au-delà de son cas, Fatema Mesdar bataille désormais pour améliorer les #procédures_d’identification pour toutes les familles de disparus. Mais aussi pour les encourager à transmettre leurs données et leur ADN. "Au début les familles des disparus dans le même bateau que mon fils avaient peur, par rapport aux #passeurs : l’un était en Tunisie et l’autre, un Marocain, en Italie", relate-t-elle. La peur se joue aussi dans la relation aux autorités : "Il faut de la #sensibilisation", insiste Fatema.

    Décès, détenus : quand les #enquêtes_citoyennes aboutissent

    Malgré toutes ces procédures administratives et judiciaires, "j’ai l’impression de n’avoir rien fait pour mon fils. Je me sens coincée", confie Fatema, toujours en attente de réponse. La Tunisie lui a indiqué que son test ne correspondait à aucun corps retrouvé. Côté marocain, elle est toujours en attente. Comme d’autres familles, elles aimeraient pouvoir envoyer ses données en Espagne ou au Portugal, de l’autre côté de la mer. "Je veux juste un cheveu de mon fils, vivant ou mort. Je veux juste aller pleurer sur la tombe de mon fils".

    Le problème, c’est qu’il "n’y a pas de réelle concertation des différentes autorités sur la question de l’identification. Nous avons besoin d’une #base_de_données centralisée", défend Hassan Ammari, le président de l’association. Son équipe a procédé elle-même à l’identification de 56 personnes depuis 2017. Hors des procédures officielles en premier lieu, et avec les moyens du bord - jusqu’à obtenir la validation officielle, in fine, d’un juge qui autorise ainsi la famille à récupérer le corps. Ce travail citoyen de fourmi, aboutissant à des dossiers enfin clôturés, est synonyme de "souffrance, car c’est un processus extrêmement fastidieux".

    D’autres dossiers se concluent par des proches retrouvés en prison. Bouaïcha, membre de l’association depuis un peu plus d’un an, avait perdu la trace de son fils en Algérie il y a sept ans. "En premier lieu, on m’a dit qu’il était mort. Mais j’avais le sentiment qu’il était en vie. Je suis allée seule de Casablanca à Oran, pour ramener mon fils vivant ou mort : je m’étais donné ce défi là". Mais seule, "je ne savais pas où aller, à quelles structures m’adresser, quels discours utiliser", retrace cette femme au sourire mélancolique, des plis rieurs aux coins des yeux, vêtue tout de bleu. "Pendant un mois, de 7 heures du matin à 19 heures, je tapais à toutes les portes, en vain. J’ai aussi gaspillé énormément d’argent dans les transports".

    Depuis sa rencontre avec l’association, elle a pu relancer ses recherches, avec l’appui d’une avocate. Quinze jours après, l’avocate avait identifié la prison où son fils se trouvait en réalité détenu en Algérie, au nom de la loi 08-11, qui rend l’immigration irrégulière pénalement répréhensible de plusieurs années de prison. "Mère d’un disparu, elle est devenue mère d’un détenu", résume Hassan. Sept ans après, "j’ai enfin pu rendre visite à mon fils, en prison" raconte, émue, Bouaïcha. "Pour seulement 15 minutes". Depuis, son fils a aussi réussi à lui envoyer des lettres, et à lui parler une fois par téléphone, grâce à la clémence d’un gardien.

    Rencontrer d’autres familles, "c’est ce qui m’a donné la force de parler de mon fils", malgré cette condamnation qui couvre d’une chape de plomb son histoire. "L’association a été un tournant dans ma vie", conclut Bouaïcha. Aujourd’hui, j’ai trouvé une famille. Une grande famille".

    https://www.infomigrants.net/fr/post/72092/se-regrouper-pour-pouvoir-parler-de-la-disparition-de-nos-proches--au-
    #migrations #mourir_aux_frontières #décès #morts_aux_frontières #femmes #criminalisation

    ping @6donie

  • #Colonialité toxique : dans les paysages radioactifs du #Sahara

    De 1960 à 1966, avant et après l’indépendance de l’#Algérie, l’État français a expérimenté au Sahara dit algérien dix-sept bombes atomiques et autres essais chimiques. Ce sujet a longtemps été #tabou en France, dans la presse, dans les discours politiques aussi bien que dans le cadre académique où enquêtes, témoignages, littérature et recherches sur ce thème ont été invisibilisés. Seul le réseau associatif et militant a soutenu les travaux abordant ce domaine – comme par exemple le livre de Raphaël Granvaud, Areva en Afrique, Une face cachée du nucléaire français3. Brisant frontalement la confidentialité de ces faits – presque trois décennies après l’ouvrage de Gabriele Hecht sur l’histoire nucléaire de la France, Le rayonnement de la France4, plusieurs publications récentes issues du monde anglo-saxon abordent la violence coloniale française illustrée dans ses modalités extrêmes par les expérimentations atomiques.

    C’est le cas du nouveau livre de Samia Henni, Toxicité coloniale. Documenter le paysage radioactif dans le Sahara. Paru d’abord en anglais5, il est associé à une exposition6 qui réverbère d’une autre manière les éléments de preuve de l’usage violent d’un territoire colonisé. L’autrice, architecte, historienne et théoricienne de l’architecture, enseigne actuellement à l’Université McGill de Montréal. Elle donne à penser la colonisation et ses effets dévastateurs sur le très long terme. Son point de départ est l’espace et sa gestion en période de guerre, sa réorganisation ou ce que le langage colonial a souvent appelé sa « mise en valeur ». Sensible aux narrations « cosmétiques » qui masquent les réalités de la domination coloniale, Samia Henni évoque en ce sens les euphémismes utilisés pour dire les faits qui ne sont pas seulement des « essais » nucléaires ou de la « radioactivité », mais bien des bombes atomiques à part entière et une toxicité sans limite produite par la colonisation.

    « Saharanisme »

    Faisant écho à cette question, Brahim El Guabli, professeur de pensée et littérature comparées à l’Université Johns Hopkins (USA), explore dans son dernier ouvrage, Desert Imaginations, la représentation des « déserts » à travers une variété de sources littéraires et historiques plurilingues (amazigh, arabe, français, anglais)7. Il montre que dans les productions culturelles majoritaires, les déserts apparaissent comme terra nullius, inhabitée, improductive, inutile et menaçante. La fiction mondialisée d’un désert vide et sans vie a permis de légitimer des projets d’exploitation brutaux et destructifs8. Brahim El Guabli propose d’appeler « saharanisme » ou encore « désertisme » cet imaginaire dominant dont il retrace les origines lointaines et la construction, en particulier dans les écrits politiques et littéraires français du XIXe siècle à aujourd’hui. Il fait de ces notions un outil conceptuel permettant d’approcher à plusieurs niveaux les usages et mésusages du désert, quelles que soient les parties du monde concernées. L’auteur distingue divers secteurs – spirituel, extractif, instrumental, sexuel – où s’exerce le saharanisme. En contrepoint de cette idéologie inhérente aux intérêts coloniaux, Brahim El Guabli montre le rapport intime que des écrivains et artistes autochtones manifestent dans leurs œuvres envers leur environnement, tangible et intangible, humain et non humain, une posture écologique sensible qu’il appelle ecocare ou encore éthique autochtone de la conscience environnementale. Cette attitude m’évoque une maxime touarègue Amaḍal amadal, « la terre est ce qui protège », mise en relation au Sahara avec la nécessité d’être nomade pour ne pas « peser sur le dos de la terre ». Comment une terre confisquée pour être mutilée, blessée, amputée, pourrait-elle continuer à protéger ses enfants ? Telle est la question que se posaient les Touaregs après les interventions violentes menées sur leur sol telles que les explosions atomiques, le creusement des puits de pétrole et des mines d’uranium, ou le réaménagement étrange de l’Afrique saharo-sahélienne en petits territoires enclos sur eux-mêmes, bardés de fils de fer barbelés9.
    La notion de saharanisme parait très utile pour approcher au présent divers types de faits, des plus anodins aux plus dommageables, tous fondés sur une hiérarchisation implicite des savoirs. Par exemple, l’obsession – a priori bienveillante – des organismes de développement ou d’aide qui interviennent en pays nomade pour creuser des puits, comme si le problème en zone aride était l’eau et non la gestion de l’eau. Pourtant, le piétinement animal intense autour des points d’eau, comme le disent bien les intéressés, détruit tous les pâturages alentour. Avec la multiplication des puits, aucune des stratégies nomades pour régénérer la flore ou conserver les plantes fourragères résistant au vent et permettant d’étager la consommation des pâturages ne peut plus s’exercer. Mais rien n’arrête ces politiques sédentaires du territoire couplées à la restriction de la mobilité qui ont finalement conduit à l’incapacité croissante de faire face aux sécheresses – pire, elles les ont aggravées.

    Au sujet des essais nucléaires français au Sahara, les approches des deux ouvrages cités se croisent et se complètent. Comment sortir du secret ? Comment rendre compte de la nuisance impalpable et occultée de ces explosions ? Comment documenter ce programme secret et ses lourdes conséquences, alors que la majorité des archives les concernant sont jusqu’à présent classées « secret-défense » ? Comment rendre audibles les voix des habitants sur la violence mortifère infligée à leurs vies et à leur terre par les gouvernements français et algérien qui ne les ont ni consultés ni avertis ?

    Trouver des voies et des voix pour répondre à ces interrogations fait partie des objectifs clairement énoncés par Samia Henni. Contestant « l’obsession coloniale et néolibérale de la “nouveauté”, la volonté d’être “le premier” à dire ou faire quelque-chose » (p. 37), l’autrice met à la disposition de ses lecteurs et lectrices les informations et les sources dont elle dispose, c’est-à-dire une centaine de documents d’archives (photos, textes) et la reproduction des témoignages de victimes (travailleurs et population d’Algérie, vétérans français) pour servir de socle à de futures recherches.

    Ce livre généreux et militant est fondé sur le partage des documents assemblés en étroite collaboration avec l’Observatoire des armements à Lyon. Il est destiné à « donner corps au silence des archives institutionnelles » et appelle à continuer le travail de mémoire et d’investigation permettant une autre narration des faits et un examen des responsabilités pour, à terme, exiger la décontamination des sites, l’ouverture totale des archives et la perspective de réparations.

    Car ces déflagrations nucléaires, décidées depuis Paris et prolongées en 1962 par les Accords d’Evian avec le gouvernement provisoire d’Algérie, ont eu de multiples répercussions sur les corps, sur l’environnement, sur le bâti, sur les paysages, sur les sols. Le matériel contaminé a été enseveli dans l’urgence au départ du personnel français en 1967, puis déterré par les puissants vents sahariens.

    Temps et espace du désastre atomique

    À partir de documents visuels et d’archives arrachées au secret, Samia Henni retrace les caractéristiques techniques et humaines des deux sites où les explosions ont été menées : d’un côté, Reggane, où furent lancées quatre bombes atmosphériques et de l’autre, In Ekker, émetteur de treize bombes souterraines, certaines échappant au confinement, et cinq expériences supplémentaires de dispersion atmosphérique de plutonium. Elle propose ensuite un corpus visuel composé d’extraits de documentaires et de reportages télévisés, et la reproduction de témoignages des victimes françaises.

    Dans le procédé éditorial choisi, les images impactent efficacement le regard en anticipant le texte. Ainsi, au début de l’introduction, onze photos aux tons jaune-sépia nous plongent dans la matérialité du secret, avec en première page un panneau d’interdiction de prise de vue et de menaces de sanctions contre tout contrevenant, planté sur l’un des sites d’expérimentation. Les images suivantes élargissent la focale, de la localisation des sites à l’emplacement des zones de tirs, du croquis topographique des infrastructures à une manifestation à Accra au Ghana contre ces expériences. Jusqu’à la photo de la « gerboisite », un terme qui conceptualise la matière radioactive anthropogénique produite par les explosions atmosphériques baptisées Gerboises par le pouvoir colonial. Enfin, une image satellite captant les mouvements intercontinentaux de la poussière radioactive du Sahara met immédiatement en évidence la nécessité d’un changement d’échelle pour l’analyse de ces faits.

    L’ouvrage restitue la situation géographique précise des deux sites d’expérimentation : Reggane dans la plaine de la Tanezrouft et In Ekker sur le mont Taourirt tan Afalla (littéralement en langue locale « Colline du haut » ou du « nord ») et aussi Taourirt tan Ataram (« Colline de l’ouest ») dans le massif de l’Ahaggar (nom utilisé dans l’ouvrage sous sa forme arabisée, Hoggar). Remarquons que les toponymes mentionnés sont tous amazighs. Ce qui donne une résonance particulière au choix de ces lieux situés à plus de 1000 km d’Alger et révèle une autre invisibilité qui n’est pas manifeste dans l’ouvrage, celle des habitants ancestraux de ces terres, les Imuhagh10, appelés « Touaregs » par les étrangers. L’invention de l’Algérie comme État colonial puis postcolonial les fera dénommer ensuite « Algériens » (comme dans la légende du 3e cahier photo où ils sont appelés « habitants algériens ») ou encore, selon les recensements sur leurs terres d’ancrage à la saison sèche, les assignera à d’autres identités nationales et territoriales : « Libyens », « Maliens », « Nigériens », « Burkinabè ». Les pouvoirs coloniaux ont en effet redessiné la carte de l’Afrique selon leurs intérêts, divisant le pays touareg par cinq frontières et transformant en peuple sans terre les nomades dont les parcours réguliers ont rendu le désert nourricier en préservant ses ressources végétales et hydriques.

    Samia Henni situe son propos dans le cadre national de l’Algérie. Elle montre cependant que le temps et l’espace de la toxicité nucléaire ne sont pas à l’échelle de la géopolitique humaine. Des témoins évoquent la violence monstrueuse des explosions ressentie non seulement à proximité, à Tamanrasset, mais aussi à 600 km à l’est à Djanet et à plus de 1 000 kilomètres au sud-ouest à Gao (p. 42), ou encore au sud-est dans l’Aïr11, englobant l’espace de référence de la mobilité nomade des Touaregs. Et bien au-delà encore.

    La toxicité invisible, impérissable, inquantifiable, irréversible, circule et s’infiltre partout où la diffusent les vents du globe. Elle contamine non seulement les lieux décrétés vides et sans importance par les autorités coloniales puis postcoloniales – notamment les territoires nomades –, mais également les pays et les continents des décideurs de la mise à feu des bombes atomiques. Elle s’étend à la terre entière et restitue, au-delà de l’approche spatialement fragmentée des événements, la perception géographique nomade qui au Sahara relie directement l’Ahaggar (actuelle Algérie), l’Ajjer (entre l’Algérie et la Libye), l’Aïr (actuel Niger), la Tademekkat (entre le Mali et le Burkina Faso) et la Tagaraygarayt (actuel Niger).

    Je rajouterai une information donnée par les Touaregs qui circulent entre l’Ahaggar et l’Aïr. Selon eux, l’abandon en 1967 des sites nucléaires français du côté algérien aurait été suivi par le transfert entre l’Ahaggar et l’Aïr d’une partie des anciens engins de chantier ainsi que du personnel pour mener des opérations de prospection à Madawela dans la vallée de Tin Marsoy. Cette partie du territoire touareg se trouvait rattachée depuis 1960 à l’État du Niger. Les nomades se souviennent des déplacements incessants et extrêmement dérangeants de camions énormes équipés de sondes qui sillonnaient les terres pastorales et creusaient le sol, faisant parfois jaillir de l’eau sans reboucher leurs forages en quittant les lieux.

    Ces travaux de prospection terrestres mais aussi aériens ont abouti à la mise en œuvre de l’exploitation d’un immense gisement d’uranium à Arlit, à environ 15 kilomètres de Madawela, ce dernier site étant laissé inactif, mais gardé par l’armée nigérienne. Comme ce fut le cas du côté algérien dans les années 1950 en pleine période coloniale, deux décennies plus tard, dans un État indépendant, les autorités françaises s’accaparèrent brutalement des terres touarègues de l’Aïr pour créer les infrastructures géantes d’une première mine à ciel ouvert (Arlit), puis d’une mine souterraine (Akokan), et d’une ville qui compte à présent plus de 100 000 habitants, détruisant toutes les ressources pastorales locales et interdisant aux nomades de poursuivre leur vie sur leurs propres terres. C’est à cette période que les contrôles et les détentions arbitraires de civils touaregs s’intensifièrent au nord du Niger, au point de transformer le seul fait d’être enturbanné en délit menant automatiquement à l’arrestation et à la confiscation des marchandises pour les caravaniers.

    Des vies qui ne comptent pas ?

    Comme l’écrit Samia Henni, après les explosions nucléaires des années 1960, les nomades, les oasiens et les citadins de la région de Reggane et de la vallée du Touat ont été directement affectés. Entre 1960 et 2008, la démographie chuta de moitié, passant de 40 000 à quelque 20 000 habitants (p. 93). La description détaillée des chantiers menés pour les opérations nucléaires et l’accueil du personnel à Reggane, Hamoudia et au point zéro des expérimentations – 82 000 m2 de bâtiments, 7000 m2 d’ouvrages souterrains, 100 km de routes, 3 centrales électriques, etc. (p. 96) – donne une idée du gigantisme de ces infrastructures (laboratoires, appareils de mesures, base avancée, ville nouvelle), au prix d’un labeur humain démesuré, diurne autant que nocturne. La recension des constructions techniques du second site dégage la même impression de démesure et de captation sans merci des terres (170 570 hectares) et des ressources locales. Non seulement l’eau et l’air de l’oued Amguel, mais la main d’œuvre autochtone, à laquelle s’ajoutaient sur le site la main d’œuvre importée d’autres régions de l’Ouest africain, ainsi que les militaires, appelés, techniciens et ingénieurs français, soit environ 9000 personnes sur le site au moment des explosions.

    Dans les années 1960, les procédés de décontamination des corps humains et des engins au jet d’eau (p. 114) paraissent dérisoires, irresponsables et même cyniques dans la mesure où l’eau n’a vraisemblablement pas échappé à la pollution. Pas plus les multiples échecs du confinement des bombes dans les galeries souterraines que l’indépendance de l’Algérie en 1962 n’ont empêché la continuation des essais par la France qui a également poursuivi de 1964 à 1966 ses expériences de dispersion du plutonium (nom de code Pollen) en bafouant le Traité d’interdiction des essais nucléaires atmosphériques signé en 1963. Pire, les expériences biologiques conduites lors de la bombe Gerboise blanche auraient concerné non seulement des animaux (dont des cages et cadavres ont été retrouvés abandonnés sur le site), mais aussi des corps humains, morts ou vivants, ou des « cobayes humains » comme le formule Bruno Barillot dans son ouvrage, Essais nucléaires français : l’héritage empoisonné12, cité par Samia Henni (pp. 107-108).

    Un travailleur local, interrogé trois décennies plus tard, rapporte qu’après les déflagrations, « la plupart des gens qui sont tombés malades sont ceux des campements qui habitent la montagne » (p. 156), autrement dit les habitants invisibilisés d’un désert décrété « vide » par les autorités françaises et algériennes. Le photographe et sociologue Bruno Hadjih a documenté le ravage sanitaire et létal (17 décès survenus immédiatement) des habitants du village de Mertoutek et la destruction durable de leur environnement après la bombe non maîtrisée de Béryl en 1962.

    Le gouvernement français est resté inactif sans mener d’étude de suivi après l’explosion, pas plus qu’il n’a proposé de réparation. Par ailleurs, il n’a fourni aucun descriptif technique des décharges toxiques qu’il a laissées au Sahara et qui continuent d’affecter la santé des êtres vivants. Comme si finalement, tout cela n’avait jamais existé et n’avait eu aucune conséquence pour personne. Jusqu’à quand ?

    ’avance à travers les entrailles de la fournaise
    Je les entends
    sécheresse de leur cœur
    Et ils me roulent dans le nuage
    champignon nuée
    brouhaha atomique
    Et ils aboient
    Toi, tu n’existes pas,
    tu n’as jamais existé

    Hawad, Irradiés13

    L’investigation sans fin

    Au final, on comprend à quel point le projet nécessaire de « documenter le paysage radioactif dans le Sahara » comme le propose Samia Henni est un programme collaboratif à long terme. La constitution de « contre-archives » dans ce domaine est une tâche ardue et ouverte qui appelle à d’autres enquêtes pour sortir le désert de l’oubli. Par exemple, comment faire résonner la mémoire et le présent de ceux qui sont effacés de la carte ? Quelles constellations d’expériences et de géographies peuvent être retracées en dehors des cadres restrictifs de la cartographie coloniale ? Comment mettre en dialogue les expériences vécues par les habitants des différents territoires sacrifiés lors des mises à feu nucléaires réalisées par la France, mais aussi par les États-Unis, la Russie, la Grande-Bretagne et la Chine entre 1945 et 1980 ? Quels sont les formes de survie et de résistance qui ont émergé face à la catastrophe ? Comment faire entendre la voix des écrivains et des artistes qui mobilisent un imaginaire créatif capable de submerger le saharanisme, alors même qu’eux et leurs peuples subissent jusqu’à aujourd’hui la confiscation, la dévastation et la pollution nucléaire ou minière de leurs terres ? Le « Saharanisme expérimental » va en effet de pair avec le « Saharanisme extractif » pour reprendre les concepts de Brahim El Guabli. Quelles relations établir entre d’un côté la manne minérale concentrée au Sahara central sur les territoires nomades (pétrole et gaz en Algérie et Libye, uranium, charbon, or au Niger, or au Mali) et, de l’autre côté, la répression brutale qui touche leurs habitants, privés de leurs droits fonciers, jusqu’à nier et éradiquer leur nom, leur langue, leur mode de vie, leur société et leur histoire ? Le travail d’investigation à venir est immense, il réservera probablement des surprises, autant que l’étude des conséquences, impensées et impensables, de la radioactivité.

    https://www.terrestres.org/2026/06/08/colonialite-toxique-dans-les-paysages-radioactifs-du-sahara
    #radioactivité #colonialisme #pollution #violence_coloniale #territoire_colonialisé #colonisation #euphémismes #radioactivité #vocabulaire #mots #bombes_atomiques #désert #géographie_du_vide #vide #terra_nullius #saharanisme #désertisme #imaginaire #ecocare #conscience_environnementale #Touaregs #nomadisme #aide_au_développement #puits #développement #secret-défense #Accords_d’Evian #paysage #environnement #Reggane #In_Ekker #plutonium #images #secret #gerboisite #Gerboises #France_coloniale #mont_Taourirt_tan_Afalla #Taourirt_tan_Ataram #toponymie #invisibilisation #Imuhagh #violence #Tamanrasset #Ahaggar #Aïr #Madawela #Niger #vallée_de_Tin_Marsoy #Arlit #uranium #mines #Akokan #Arlit #pâturages #vallée_du_Touat #eau #sols #air #décontamination #montagne #destruction #Mertoutek #Béryl #réparation #santé #paysage_radioactif #mémoire #contre-archive #contre-récit #expérience_vécue #territoires_sacrifiés #Saharanisme_expérimental #Saharanisme_extractif #extractivisme

    ping @reka

    –—

    A mettre en lien avec le #film_documentaire #At(h)ome (#athome) :
    https://seenthis.net/messages/819398

    • #Areva en Afrique. Une face cachée du nucléaire français

      L’indépendance énergétique de la France grâce au nucléaire est un mythe : l’uranium qui alimente le nucléaire civil et militaire provient pour une large part du sous-sol africain. Raphaël Granvaud détaille les conditions dans lesquelles la France et Areva se le procurent au meilleur coût, au prix d’ingérences politiques et de conséquences environnementales, sanitaires et sociales catastrophiques pour les populations locales.
      Comme au Niger, fournisseur historique, pourtant en dernière position du classement des pays selon leur indice de développement humain. Dans un contexte international d’intensification de la concurrence sur le continent africain, mondialisation capitaliste oblige, Areva a toujours pu compter sur l’aide active des représentants officiels de l’État français et des réseaux les moins ragoûtants de la Françafrique pour sauvegarder son droit de pillage. L’auteur dévoile enfin les efforts considérables d’Areva pour que les différents éléments de cette réalité et de sa stratégie de dissémination nucléaire ne ternissent pas une image de marque qu’elle voudrait immaculée.

      https://agone.org/livre/arevaenafrique
      #livre

    • TOXICITÉ COLONIALE. DOCUMENTER LE PAYSAGE RADIOACTIF DANS LE SAHARA

      Toxicité coloniale revient sur les programmes nucléaires français menés entre 1960 et 1966 dans le Sahara algérien. Ce programme secret, qui s’est déroulé pendant et après la guerre d’indépendance algérienne (1954-1962), a permis au régime colonial français de mettre à feu quatre bombes atomiques atmosphériques, treize souterraines et de mener d’autres expériences nucléaires dans le désert. Alors que la grande majorité des documents d’archives sont toujours classés secret aujourd’hui, Toxicité coloniale rassemble une variété de sources permettant de documenter l’histoire violente des activités de la France en Algérie. Le livre constitue un corpus de choix à l’intersection de la justice spatiale, sociale et environnementale pour ceux et celles qui s’intéressent à l’architecture, au paysage et aux pratiques d’archivage dans une démarche décoloniale.
      Alors que ces bombes ont eu des conséquences durables pour les populations et les environnements locaux ainsi que pour les vétérans français, le manque de contrôle des explosions, les lacunes de sécurité et l’utilisation des Algériens comme main- d’œuvre sur des chantiers particulièrement dangereux apparaissent comme des faits coloniaux d’une importance majeure.

      https://editions-b42.com/produit/toxicite-coloniale

    • Deserts Are Not Empty

      Colonial and imperial powers have often portrayed arid lands as “empty” spaces ready to be occupied, exploited, extracted, and polluted. Despite the undeniable presence of human and nonhuman lives and forces in desert territories, the “regime of emptiness” has thus inhabited, and is still inhabiting, many imaginaries. Deserts Are Not Empty challenges this colonial tendency, questions its roots and ramifications, and remaps the representations, theories, histories, and stories of arid lands—which comprise approximately one-third of the Earth’s land surface. The volume brings together poems in original languages, conversations with collectives, and essays by scholars and professionals from the fields of architecture, architectural history and theory, curatorial studies, comparative literature, film studies, landscape architecture, and photography. These different approaches and diverse voices draw on a framework of decoloniality to unsettle and unlearn the desert, opening up possibilities to see, think, imagine it otherwise.

      https://www.arch.columbia.edu/books/catalog/998-deserts-are-not-empty

  • Le jackpot du « .ai » : comment Anguilla, 15 000 habitants, est devenu le « gagnant inattendu du boom de l’IA » - RFI
    https://www.rfi.fr/fr/am%C3%A9riques/20260505-le-jackpot-du-ai-comment-anguilla-15-000-habitants-est-devenu-le-gagnan

    Niché à l’est des Caraïbes, l’État aux 15 000 habitants d’Anguilla bénéficie depuis quelques années du marché florissant de l’intelligence artificielle. L’attribution au petit pays, il y a plus de trente ans, du nom de domaine « .ai » permet chaque année au gouvernement de renflouer un peu plus ses caisses.

    Publié le : 05/05/2026 - 08:11Modifié le : 05/05/2026 - 08:12
    6 min Temps de lecture
    Anguilla, petit archipel des Caraïbes, s’enrichit discrètement depuis quelques années grâce à l’explosion de l’IA.
    Anguilla, petit archipel des Caraïbes, s’enrichit discrètement depuis quelques années grâce à l’explosion de l’IA. REUTERS - Ahmed Jadallah
    Par :
    Jean-Baptiste Breen
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    Les eaux azur et les plages de sable blanc d’Anguilla cachent un juteux marché. En 1995, le petit archipel des Caraïbes se dote de son propre nom de domaine. Alors autonome depuis à peine une décennie, le petit pays insulaire se taille une timide place dans le paysage numérique des États. Le Royaume-Uni a déposé son « .uk » en 1985, suivi l’année suivante par le « .fr » de la France. Anguilla adopte de son côté le « .ai ».

    Trente ans plus tard, cette décision en apparence anodine permet au gouvernement de générer près d’un quart de son revenu annuel. En cause : la place toujours plus importante de l’intelligence artificielle, propulsée par les mastodontes du secteur comme OpenAI ou Anthropic. Chaque mois, des centaines de nouveaux acteurs du secteur de l’IA lancent des projets pour lesquels l’identité numérique « .ai » est un prérequis non-négociable… dont Anguilla est le seul fournisseur.
    « Gagnant inattendu »

    Claude.ai ou Mistral.ai, les pages web des modèles conversationnels éponymes font en effet partie d’un vaste écosystème numérique en expansion constante. L’hégémonique « .com » reste de loin l’extension de domaine la plus répandue. Mais ces dernières années, « .ai » n’a cessé de prendre du galon, s’immisçant à la quatrième place des extensions les plus renseignées aux États-Unis en 2025, selon Go Daddy, entreprise spécialisée dans la gestion de noms de domaine.

    Depuis 2022, le nombre de sites référencés avec « .ai » aurait dépassé le million, estime Francesca Musiani, directrice de recherche au CNRS et docteure en socio-économie de l’innovation. Un chiffre corroboré par les données collectées par Domain Name Stat. Acquérir ce nom de domaine « fait partie d’une stratégie de marque et permet d’envoyer un signal clair : ‘‘on fait de l’IA’’ », souligne la chercheuse.

    Bénéficiaire miraculeux de cette hausse subite de la demande pour cette adresse, Anguilla détient un monopole total sur cette « espèce de ressource naturelle numérique », comme la qualifie Francesca Musiani. Quelques années auparavant, l’archipel de Tuvalu avait lui aussi tiré profit de son nom de domaine, « .tv », devenu incontournable pour bon nombre de services multimédias, comme France.tv ou encore le géant violet du streaming Twitch.

    Dans le sillage de Tuvalu, Anguilla est devenu « le super gagnant inattendu du boom de l’IA », résume Francesca Musiani. Les sommes tirées de la commercialisation du précieux suffixe représentent une importante manne financière pour l’État de moins de 15 000 habitants.
    Un quart des revenus du pays

    Voilà bientôt quatre ans que les revenus générés grâce à cet heureux hasard augmentent de manière significative. En 2021, le gouvernement faisait état de 19,9 millions de dollars des Caraïbes orientales (EC$) de revenus grâce à son nom de domaine. Selon les estimations de ce même rapport, les recettes devaient atteindre 30 millions EC$ en 2025, soit 9,5 millions d’euros.

    Le lancement de ChatGPT le 30 novembre 2022 bouleverse Internet et voit des milliers de modèles d’IA plus ou moins similaires naître de la frénésie qu’il a provoquée. Tant et si bien qu’Anguilla revoit à la hausse ses prévisions pour 2023 et anticipe 77 millions EC$ de revenus. Au final, sur cette seule année, la ressource dormante de l’archipel lui rapporte 87 millions EC$, soit 27,5 millions d’euros, selon un rapport du Fonds monétaire international (FMI).

    Cette somme représente « un peu plus de 20% de revenus totaux du gouvernement sur l’année », note le FMI. Conscient de la mine d’or qui s’offre à lui, l’État tente alors de faire fructifier cette activité naissante. Les prix des « .ai » augmentent et Anguilla confie cette nouvelle facette de son économie à Identity Digital, une entreprise spécialisée dans la gestion de registres de noms de domaine. Une professionnalisation du secteur dont l’objectif est clair : « capter plus de valeur et maximiser la rente », assure Francesca Musiani.

    Les noms de domaine sont achetés entre 100 et 150 dollars selon différentes estimations et doivent être renouvelées tous les ans, pour une somme sensiblement équivalente. « C’est un modèle très rentable, poursuit Francesca Musiani, chaque enregistrement de nom de domaine génère de l’argent et chaque renouvellement produit un revenu récurrent. D’autant qu’il n’y a pas d’infrastructures lourdes sur lesquelles l’État doit investir de son côté ».

    D’année en année, les chiffres continuent de grimper. Le gouvernement fait état de 104 millions EC$ de revenus en 2024, près d’un quart des revenus du pays d’après la BBC. L’exécutif envisage de faire tripler cette somme d’ici 2028. Elle deviendrait alors le premier secteur d’activité de l’archipel.
    Monopole sans risque ?

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    Anguilla reposait jusqu’alors quasi-exclusivement sur le tourisme pour soutenir son économie. Tributaire des conditions météorologiques peu clémentes d’une région fréquemment victime des tempêtes et ouragans tropicaux, l’État trouve dans la multiplication des sites « .ai » une opportunité bienvenue de diversifier ses sources de revenus. Ces nouveaux capitaux sont réinvestis dans les services publics et les infrastructures, notamment la construction d’un nouvel aéroport.

    Cette aubaine invite pourtant le petit pays à la prudence. Dans son plan fiscal pour la période 2026-2028, le ministère des Finances d’Anguilla remarque qu’à moyen terme, « les revenus provenant de l’enregistrement des noms de domaine .ai devraient représenter environ 45 % des recettes publiques totales ». Une position risquée.

    Elle ouvre en effet l’économie de l’archipel aux potentielles conséquences d’une « sous-performance des revenus liés aux noms de domaine .ai », développe le ministère. Une dépendance dont l’ampleur a de quoi inquiéter, tant elle semble soumise à des facteurs extérieurs à l’action gouvernementale.

    Au-delà de l’instabilité du marché de l’IA, les noms de domaine en eux-mêmes « dépendent d’acteurs internationaux et d’infrastructures techniques externes à l’État », constate Francesca Musiani. « Des changements de règles du système de nom de domaine (DNS), des pressions géopolitiques, des évolutions importantes des standards du web » sont autant de leviers hors du contrôle d’Anguilla, conclut l’universitaire.

    Visiblement conscient de cette situation, le ministère « souligne l’importance d’un suivi actif, d’une planification budgétaire prudente et d’efforts visant à diversifier et à renforcer d’autres sources de revenus afin de réduire ce risque au fil du temps ». Le rapprochement du pays avec le gestionnaire Identity Digital semble s’inscrire dans cette volonté d’encadrer plus efficacement un secteur qui était sous la responsabilité d’un unique employé jusqu’en 2024.

    #Francesca_Musiani #Intelligence_articifielle #Noms_domaine

  • Verrouillage des institutions : #Macron prépare-t-il un retour en 2032 ?
    https://lvsl.fr/verrouillage-des-institutions-macron-prepare-t-il-un-retour-en-2032

    Prévisible défaite pour les candidats de l’ex-majorité, les élections municipales de mars 2026 ont rappelé aux français l’approche inéluctable de la fin des « années Macron ». Si le scénario improbable d’une modification de la Constitution paraît aujourd’hui exclu, l’actuel président ne pourra candidater à sa propre succession en 2027. Le scrutin signera la fin d’une décennie de gouvernement personnel de plus en plus impopulaire. Emmanuel Macron ne fait pourtant pas mystère de ses ambitions durables. Faute de successeur évident, il emploie sa dernière année de règne à bétonner les positions de ses fidèles au sein des institutions française. Un cadeau de départ risquant de fortement limiter toute alternance #Politique réelle.

    #5eme_République #Banque_de_France #Conseil_constitutionnel #Cour_des_Comptes #nomination #présidentielle

    • Observatoire des Décisions de Justice :

      Richard Ferrand a limogé Aurélie Bretonneau, secrétaire générale du Conseil constitutionnel, moins d’un an après l’avoir elle-même nommée en mars 2025.
      ➡️La raison officielle : des « divergences de vues sur la conduite de l’institution ».
      ➡️La vérité : le point de friction majeur est apparu fin 2025, lorsque le gouvernement a envisagé de recourir massivement aux ordonnances pour faire passer son budget.

      📄Dans une note interne, Aurélie Bretonneau a défendu une position stricte : Le contrôle préalable des ordonnances relève du Conseil d’État, pas du Conseil constitutionnel.
      Les ordonnances doivent rester fidèles au texte initial présenté par le gouvernement, sans intégrer ensuite des amendements parlementaires.

      🙎🏻‍♂️Ces réserves juridiques ont visiblement déplu à Richard Ferrand, qui y a vu un obstacle à la volonté macronienne.
      Le limogeage est qualifié d’"hyper brutal" par des sources internes.

      🏛️Ce renvoi express envoie un message limpide : à l’Élysée et à la tête du Conseil, on veut une institution docile, capable de faire passer ce que l’exécutif a décidé en s’arrangeant avec le droit et les principes, plutôt que de les encadrer strictement.

      🔴Cela pose une nouvelle fois, et de façon criante, la question de l’indépendance réelle du Conseil constitutionnel et de la séparation des pouvoirs en France.
      Quand le président de l’institution peut écarter sa numéro deux pour un simple désaccord sur la légalité d’une procédure gouvernementale, on est loin de la « gardienne de la Constitution » et très proche d’une chambre d’enregistrement politique !

      A qui ira donc le poste ?
      Un juriste soucieux du droit ou un exécutant docile ?
      À suivre de très près.

      https://x.com/ODJ_France/status/2036717693408104956

  • Processo Hydra a Milano: al via il maxi procedimento contro l’alleanza tra mafie in Lombardia

    Si apre una nuova fase nella lotta alla criminalità organizzata in Milano. Il prossimo 19 marzo, nell’aula bunker di piazza Filangieri, prenderà il via il processo con rito ordinario nato dall’inchiesta “Hydra”, un’indagine che ha portato alla luce un sistema criminale radicato anche in Lombardia. Al centro del procedimento, un’alleanza tra organizzazioni mafiose storiche come camorra, Cosa nostra e ’ndrangheta, capaci di operare in sinergia per gestire affari e consolidare la propria presenza in territori economicamente strategici.

    Un sistema radicato tra economia e territorio

    Le indagini hanno evidenziato come le mafie siano riuscite a inserirsi in diversi settori produttivi, dall’edilizia alla gestione ambientale, passando per il tessuto imprenditoriale locale. Un radicamento reso possibile anche da zone grigie fatte di complicità, omissioni e paura. Il processo rappresenta uno dei più rilevanti celebrati in Lombardia dopo quello legato all’operazione “Crimine-Infinito”, segnando un passaggio cruciale per comprendere l’evoluzione delle organizzazioni criminali nel Nord Italia.
    La mobilitazione della società civile

    In occasione dell’avvio del dibattimento, associazioni, enti e cittadini si daranno appuntamento davanti al carcere di San Vittore per ribadire un messaggio chiaro: non restare in silenzio. L’obiettivo è rompere il muro dell’omertà e affermare una presenza attiva della società civile contro ogni forma di infiltrazione mafiosa. Una partecipazione che vuole rappresentare le comunità locali, spesso colpite da fenomeni criminali ma desiderose di riscatto.

    Nel processo si sono costituiti parte civile diversi enti istituzionali, tra cui Comuni, la Città Metropolitana e Regione Lombardia. Accanto a loro anche Libera, simbolo dell’impegno contro le mafie. Numerose realtà del territorio lombardo hanno deciso di sostenere l’iniziativa, seguendo da vicino le udienze e promuovendo attività di sensibilizzazione nelle scuole e nelle comunità locali.

    https://www.wikimilano.it/desk/news/processo-hydra-a-milano-al-via-il-maxi-procedimento-contro-lalleanza-tra-
    #Milan #Lombardie #Italie #camorra #ndrangheta #mafias #mafia #cosa_nostra #procès #hydra #justice #alliance #économie #territoire #Crimine-Infinito #Italie_du_Nord

    • Inchiesta Hydra, per il tribunale “il consorzio delle mafie” esiste: 62 condanne, 45 rinvii a giudizio. TUTTI I NOMI

      Il Tribunale di Milano ha messo nero su bianco un passaggio giudiziario di rilievo: in Lombardia esiste un “consorzio delle mafie”, una struttura criminale unitaria in cui cosa nostra, camorra e ’ndrangheta hanno operato insieme, condividendo strategie, affari e controllo del territorio. Hydra è un’alleanza stabile, non occasionale, finalizzata a spartirsi il mercato illecito nella regione economicamente più forte del Paese.
      La sentenza di rito abbreviato

      Il riconoscimento arriva con la sentenza emessa dal giudice Emanuele Mancini al termine dell’udienza preliminare del procedimento Hydra, uno dei più imponenti celebrati negli ultimi anni a Milano per numero di imputati, capi d’accusa e complessità investigativa. Secondo il Tribunale, la mafia a tre teste ha esercitato una capacità intimidatoria unitaria, incidendo sul tessuto economico lombardo attraverso traffici di droga, estorsioni, reati economici e attività di riciclaggio.
      Hydra, i numeri del procedimento

      Il procedimento ha riguardato 146 imputati per oltre 90 imputazioni. Le scelte processuali hanno portato a una frammentazione dei percorsi giudiziari: 56 imputati sono stati trattati in udienza preliminare, mentre 89 hanno optato per riti alternativi (80 giudizi abbreviati e 9 patteggiamenti).
      I rinvii a giudizio e i proscioglimenti

      Il processo proseguirà in dibattimento per 45 imputati rinviati a giudizio (tra loro il boss di Abbiategrasso, Paolo Aurelio Errante Parrino) davanti alla sezione VIII del Tribunale di Milano, competente per i reati di criminalità organizzata. Per questi soggetti non vi è alcuna sentenza: il giudizio di merito deve ancora essere celebrato. Tra le 56 posizioni esaminate in udienza preliminare, il giudice ha disposto 11 proscioglimenti ex art. 425 c.p.p., ritenendo che non vi fossero elementi sufficienti per sostenere l’accusa in giudizio.
      La sentenza per il rito abbreviato

      Per le 80 posizioni definite con giudizio abbreviato, il Tribunale ha pronunciato 62 condanne e 18 assoluzioni. In due casi l’assoluzione riguarda il capo 1 (associazione mafiosa) per non aver commesso il fatto; in altri casi l’assoluzione è stata parziale, limitata ad alcuni capi d’imputazione. La sentenza riconosce in modo esplicito la sussistenza dell’associazione mafiosa unitaria, sulla base di un imponente quadro probatorio, rafforzato anche dalle dichiarazioni di collaboratori di giustizia.
      Hydra, le condanne nel rito abbreviato

      Giovanni Abilone – 13 anni e 4 mesi
      Vincenza Albanese – 11 anni e 4 mesi
      Simone Aquilano – 2 anni e 4 mesi + 8.000 euro
      Francesco Bellusci – 4 anni e 6 mesi
      Salvatore Blanco – 6 anni e 2 mesi + 6.000 euro
      Samuele Bonanno – 12 anni
      Alessandro Bramonti – 10 anni e 6 mesi
      Domenico Brancaccio – 10 anni e 6 mesi
      Antonio Caldarelli – 1 anno e 4 mesi
      Pasquale Callipari – 2 anni e 4 mesi + 6.000 euro
      William Alfonso Cerbo – 5 anni
      Giovanni Cirillo – 10 anni e 10 mesi
      Alessio Ciulla – 6 anni + 10.000 euro
      Emanuela Colombo – 1 anno e 4 mesi
      Salvatore Coluccio – 2 anni e 6 mesi + 6.000 euro
      Filippo Crea – 14 anni e 8 mesi
      Giacomo Cristello – 11 anni e 2 mesi
      Aurelio D’Alia – 3 anni
      Vincenzo Deodato – 6 anni e 2 mesi + 6.000 euro
      Michele Destefano – 4 anni + 16.000 euro
      Antonio Dimiccoli – 6 anni e 2 mesi + 6.000 euro
      Giuseppe Fidanzati – 14 anni
      Stefano Fidanzati – 2 anni e 8 mesi
      Giuseppe Fiore – 7 anni e 1 mese
      Gianfranco Fontana – 5 anni e 4 mesi + 2.000 euro
      Antonio Galioto – 11 anni e 2 mesi
      Giovanni Gatto – 3 anni e 1 mese + 4.000 euro
      Antonio Grasso – 13 anni e 8 mesi
      Paolo Grasso – 7 anni
      Giada Jelimini – 3 anni e 2 mesi + 4.000 euro
      Alessandro La Cara – 5 anni + 10.000 euro
      Pietro Mazzotta – 13 anni
      Maurizio Menghetti – 3 anni e 6 mesi + 8.000 euro
      Luca Milano – 2 anni e 4 mesi + 6.000 euro
      Alessandro Molluso Illuminato – 4 anni e 4 mesi + 10.000 euro
      Francesco Molluso – 4 anni + 8.000 euro
      Alessandro Monti – 4 anni e 8 mesi + 10.000 euro
      Maria Assunta Morana – 1 anno e 4 mesi
      Ejll Mroshaj – 2 anni e 4 mesi + 6.000 euro
      Carmelo Oliveri – 4 anni e 9 mesi + 10.000 euro
      Bernardo Pace – 14 anni e 4 mesi
      Domenico Pace – 11 anni e 4 mesi
      Michele Pace – 12 anni
      Ignazio Panella – 3 anni e 6 mesi + 8.000 euro
      Daniele Papalia – 4 anni + 10.000 euro
      Riccardo Francesco Perversi – 3 anni
      Saverio Pintaudi – 3 anni e 6 mesi
      Giuseppe Pizzata – 14 anni e 4 mesi
      Orsola Polise – 1 anno e 4 mesi
      Maria Domenica Postu – 10 anni e 8 mesi
      Antonio Romeo – 3 anni e 8 mesi
      Massimo Rosi – 16 anni
      Andrea Michele Russo – 4 anni e 8 mesi + 10.000 euro
      Daniela Sangalli – 10 anni e 8 mesi
      Sergio Sanseverino – 13 anni
      Saverio Sergi – 2 anni e 4 mesi + 6.000 euro
      Giuseppe Sorce – 13 anni
      Giuseppe Spatola – 1 anno e 4 mesi
      Pasquale Filomeno Toscano – 11 anni e 2 mesi
      Elyas Velaj Kelmert – 3 anni e 2 mesi + 4.000 euro
      Mario Ventura – 4 anni e 1 mese + 6.000 euro
      Giuseppe Zavettieri – 4 anni e 1 mese + 10.000 euro

      Le assoluzioni

      Abd El Latif Mohamed Emam Hama – perché il fatto non costituisce reato
      Giuliano Anderlini – perché il fatto non costituisce reato
      Pasquale Antozza – perché il fatto non sussiste
      Manuela Aquilanti – perché il fatto non costituisce reato
      Salvatore Barra – perché non ha commesso il fatto
      Antonio Bassetto – perché il fatto non costituisce reato
      Claudio Cannizzaro – perché il fatto non costituisce reato
      Marco Cassago – perché il fatto non costituisce reato
      Luca Congiu – perché il fatto non costituisce reato
      Francesco Cutone – perché il fatto non costituisce reato
      Antonio Dimiccoli – perché non ha commesso il fatto
      Stefano Fidanzati – perché non ha commesso il fatto
      Irina Galy – perché non ha commesso il fatto
      Maria Rita Gennaro – perché il fatto non costituisce reato
      Antonio Guarnaccia – perché non ha commesso il fatto
      Maurizio Licari – perché il fatto non costituisce reato
      Marina Marino – perché il fatto non costituisce reato
      Gabriela Ohannesissan Girabaldi – perché il fatto non sussiste

      Rinviati a giudizio nel rito ordinario
      Rinviati a giudizio nel rito ordinario

      Sono 45 gli imputati rinviati a giudizio nel rito ordinario di Hydra. Per tutti loro il processo comincerà il 19 marzo alle 9,30 nell’aula bunker di Milano in piazza Filangieri.

      Rosario Abilone
      Gioacchino Amico
      Luca Baraldi
      Massimiliano Barbieri
      Francesco Berducci
      Susanna Bernardinello
      Rosario Bonvissuto
      Federica Buccafusca
      Michel Cantarella
      Pierpaolo Carta
      Giuseppe Castiglia
      Cristina Chinellato
      Diego Cislaghi
      Adriatik Coku
      Santo Crea
      Davide Cresta
      Gennaro Di Pierno
      Cristiano Donato
      Alfonso Doria
      Estebe Fiorenza Echezarreta
      Paolo Aurelio Errante Parrino
      Nicola Folino
      Luigi Gaudio
      Elia Gobbi
      Giovanni Gobbi
      Filippo Mancin
      Luca Manna
      Pietro Mannino
      Dario Nicastro
      Fabio Nicastro
      Francesco Nicastro
      Raimondo Orlando
      Roberto Paganin
      Christopher Perriccio
      Mafalda Poli
      Vincenzo Rispoli
      Claudio Scotti
      Vincenzo Senese
      Antonio Sorrentino
      Lorenzo Suraci
      Demetrio Tripodi
      Eduardo Maria Vestiti
      Giancarlo Vestiti
      Marika Vestiti
      Giuseppe Antonio Zinghini

      https://www.liberastampa.net/inchiesta-hydra-consorzio-mafie-esiste-62-condanne-45-rinvii-a-giudizi
      #noms

  • Que faire des #traces du #passé_colonial français dans l’#espace_public ? La question fâche, quelques #villes agissent

    « A l’intersection des rues » (2/3). Au gré des débats politiques, le nom des espaces publics change et de nouvelles personnalités sont mises en valeur. Depuis 2020, des militants et des responsables politiques interpellent les mairies pour faire débaptiser des noms de lieux liés au passé colonial ou, à défaut, donner des clés de #contextualisation.

    #Ruben_Pereira sillonne les rues de Paris, une pancarte en main ornée d’un QR code renvoyant vers une pétition. Son objectif ? Sensibiliser les passants à l’#histoire_coloniale congolaise et militer pour que soit débaptisée l’avenue Léopold-II, dans le 16e arrondissement de la capitale. Le jeune homme est déterminé depuis qu’il a vu, un jour de mai 2025, un documentaire retraçant l’histoire du roi des Belges et souverain du Congo de 1885 à 1908. Un monarque honoré par des statues et des noms de rues en France bien qu’il fût responsable d’une politique violente à laquelle les historiens attribuent la mort de millions de Congolais.

    « Ceux qui travaillaient de force dans les exploitations de caoutchouc avaient les mains coupées lorsqu’ils n’en récoltaient pas assez. De nombreuses femmes ont été violées… Quand j’ai découvert ces atrocités, cela m’a profondément heurté », se remémore l’homme de 22 ans, qui relance alors un combat déjà porté, en vain, en 2010, par l’écrivain Marc Wiltz, auteur d’Il pleut des mains sur le Congo (Magellan, 2022). La tâche s’annonce ardue, mais Ruben Pereira juge essentiel que ce passé colonial soit mieux connu.

    Il a d’ailleurs l’ambition de convaincre les candidats à la Mairie de Paris d’examiner l’épineuse question de la mémoire coloniale « au coin de la rue ». Autrement dit, de s’intéresser aux noms d’espaces publics et de #statues qui honorent, parfois par mégarde et très souvent sans explications, des dates, événements et personnages étroitement associés à l’entreprise coloniale française.

    Les premières remises en cause

    Si ce débat ressurgit de manière récurrente dès les années 2000, notamment en réaction à la loi de 2005 en faveur des Français rapatriés (d’Afrique du Nord), dont l’un des articles évoque le « rôle positif de la présence française outre-mer, notamment en Afrique du Nord », l’année 2020 marque un tournant.

    Cette année-là, la mort de George Floyd aux Etats-Unis et l’internationalisation du mouvement américain Black Lives Matter (« les vies noires comptent ») donnent un nouvel élan au militantisme antiraciste français. Parmi les revendications en faveur d’une société plus égalitaire et non discriminante figure le souhait de remettre en cause des sculptures rendant hommage à des acteurs-clés de la colonisation et de l’esclavage.

    En Martinique, deux statues de Victor Schœlcher (auteur du décret d’abolition de l’esclavage, en 1848, mais partisan de la colonisation au nom de la mission civilisatrice de la France) et deux autres sculptures datant de l’époque coloniale sont alors déboulonnées. A Paris, en 2020, la statue du maréchal Joseph Gallieni (administrateur colonial français et responsable de la répression sanguinaire de la résistance malgache, au XIXe siècle) est taguée et recouverte d’un drap noir par des militants décoloniaux.

    Dans ce contexte, Emmanuel Macron affirme que « la République n’effacera aucune trace ni aucun nom de son histoire » et qu’« elle ne déboulonnera aucune de ses statues ». Conscient de l’enjeu mémoriel, le président de la République confie toutefois à un comité d’experts et de scientifiques, en 2021, le projet « Portraits de France », répertoriant 318 noms de personnes issus des outre-mer, des anciennes colonies et de l’immigration afin de « reconnaître la diversité de l’histoire de France », notamment dans les espaces publics. Cinq ans plus tard, comment les villes répondent-elles à ces demandes liées à la fois à la décolonisation des espaces publics et à la reconnaissance de la diversité ?

    La #débaptisation de l’avenue Bugeaud est exceptionnelle : renommer tous les espaces publics qui « portent le nom de personnes peu fréquentables » serait très compliqué en pratique, puisqu’« il y a énormément de voies » dans la capitale, remarque Laurence Patrice, l’adjointe chargée de la mémoire et du monde combattant à Paris. Un constat que partage Baptiste Maurin, son homologue à la mairie de Bordeaux : « Débaptiser une rue occasionne une logistique assez énorme, notamment des démarches de changement d’adresse pour les habitants de la voie. »

    Les villes volontaristes ont donc plutôt tendance à privilégier les outils de contextualisation pour expliquer les traces du passé colonial français, ou à orienter leurs choix odonymiques de façon à honorer la mémoire de populations longtemps invisibilisées. Paris, par exemple, a dédié une place aux tirailleurs sénégalais (soldats venus d’Afrique pendant la seconde guerre mondiale), une autre à Josette et Maurice Audin (militants de l’indépendance algérienne) et une statue à la « mulâtresse » Solitude (héroïne emblématique de la lutte contre l’esclavagisme à la Guadeloupe).

    A Bordeaux, cinq plaques pédagogiques ont fait leur apparition dans la ville à partir de 2020, et leur nombre doublera bientôt. « Elles permettent de préciser que les négriers et les commerçants coloniaux, à qui on a rendu hommage à une époque, ont participé à une page sombre de l’histoire bordelaise, explique M. Maurin. L’enjeu, pour la ville, est de raconter l’histoire partout où elle peut être. »

    Un clivage gauche-droite très marqué sur la question

    Connue également pour son passé dans la traite des Noirs, la ville du Havre (Seine-Maritime) cherche à mettre à l’honneur, depuis 2020 également, des figures qui font « consensus » en se référant notamment aux « Portraits de France », note Jean-Baptiste Gastinne, l’adjoint chargé de l’urbanisme et de l’environnement. L’élu précise que sa municipalité a récemment consacré des espaces publics à Léopold Sédar Senghor (premier président du Sénégal indépendant, perçu comme un partisan du « néocolonialisme » français par certains détracteurs), à Nelson Mandela (héros de la lutte contre l’apartheid en Afrique du Sud) et Aimé Césaire (poète et homme politique engagé contre la colonisation).

    Cependant, le sujet reste très délicat, comme en témoigne l’affaire du quartier La Négresse, à Biarritz (Pyrénées-Atlantiques). Elle commence en 2020, quand l’association Mémoires et partages, estimant l’appellation du quartier « raciste » et « sexiste », saisit le tribunal administratif de Pau pour demander sa débaptisation. Cinq ans plus tard, la cour administrative d’appel de Bordeaux enjoint au conseil municipal biarrot de modifier le nom du quartier, donnant raison à l’association, qui dénonce depuis les menaces de mort et le cyberharcèlement dont elle fait l’objet.
    De fait, ces initiatives sont souvent dénigrées, voire publiquement vilipendées. D’aucuns, notamment à l’extrême droite, y voient des tentatives de réécriture de l’histoire. La présidente du groupe Rassemblement national (RN) à l’Assemblée, Marine Le Pen, avait déclaré, sur LCI, que « la majorité silencieuse des Français commen[çait] à en avoir assez de ces exigences de minorités violentes et excessives », après qu’une statue de Colbert (souvent présenté comme l’artisan du Code noir de 1685) eut été taguée, en 2020.
    Loin d’être un « épiphénomène », ces questions relèvent du « combat mémoriel et politique », observe l’historien Alain Ruscio, spécialiste de l’histoire coloniale française, rappelant que des édiles d’extrême droite ont déjà procédé à des débaptisations lourdes de sens dans leur commune. A Béziers (Hérault), Robert Ménard a fait débaptiser la rue du 19-Mars-1962, date du cessez-le-feu entre l’Algérie et la France, pour lui donner le nom du militaire et résistant Hélie Denoix de Saint Marc, partisan de l’Algérie française ayant pris part au putsch des généraux, en 1961.

    Quelques mois plus tard, le maire (RN) de Beaucaire (Gard), Julien Sanchez, l’a imité en renommant la rue 19-Mars-1962 en rue du 5-Juillet-1962, jour où des dizaines d’Européens sont tués à Oran (Algérie), alors que, dans le reste du territoire, la population célébrait pacifiquement l’indépendance du pays.

    Quatre personnages controversés du passé colonial français honorés par de nombreuses voies

    #Jules_Ferry
    1 351 voies à son nom en France

    Cet homme politique français de la IIIe République est connu pour être l’artisan des « principales mesures de réforme de l’enseignement public (laïcité, gratuité, caractère obligatoire de l’enseignement primaire) » et l’un des participants à l’établissement des « grandes libertés publiques (libertés de réunion et de la presse, liberté syndicale) », écrit sur son site la Mairie de Paris.
    Cependant, Jules Ferry est aussi l’un des responsables de la colonisation de la Tunisie (1881), de l’annexion de Madagascar (1885) et de la conquête du Tonkin (nord du Vietnam, 1882-1885), d’où son surnom de « Ferry-Tonkin ». Il a également été un partisan politique de Pierre Savorgnan de Brazza, responsable de la conquête du Congo à partir de 1879. « Les races supérieures ont un droit vis-à-vis des races inférieures. Elles ont le devoir de civiliser les races inférieures », déclarait-il dans un discours prononcé en 1885.

    –-

    #Hubert_Lyautey
    202 voies à son nom en France

    Prônant la doctrine de la « mission civilisatrice », comme Joseph Gallieni, son supérieur au Tonkin (l’actuel Vietnam), Hubert Lyautey, est perçu comme une référence dans la gestion « réformatrice » des colonies. Il résume ainsi sa pensée sur la colonisation dans un texte intitulé Du rôle colonial de l’armée : « Le meilleur moyen, pour arriver à la pacification (…), est d’employer l’action combinée de la force et de la politique. »
    Cette « force » est surtout mobilisée lorsqu’il est à la tête du protectorat du Maroc (1912-1925). Le maréchal Lyautey est accusé d’avoir eu recours au gaz moutarde pour vaincre la résistance au pouvoir français, notamment lors de la guerre du Rif (1921-1927). A la fin de sa carrière, il a été chargé d’organiser la célèbre exposition coloniale de Vincennes (1931), décrite par des historiens comme un véritable zoo humain. Des centaines d’hommes et de femmes issus des colonies y sont exposés dans des « villages » reconstitués de manière stéréotypés, alimentant ainsi les représentations racistes à l’égard des populations colonisées.

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    #Louis_Faidherbe
    193 voies à son nom en France

    Général de l’armée du Nord pendant la guerre contre la Prusse (1870-1871), Louis Faidherbe est célébré pour ses victoires lors de plusieurs batailles. Une plaque, devant un monument à sa gloire à Lille, le présente comme un « grand militaire » apportant de « nombreuses connaissances sur la culture des peuples et du territoire africain », en 2017.
    Faidherbe a passé la majorité de sa carrière en Afrique. Il participe à la conquête de l’Algérie (1842-1847 et 1849-1852), avant de devenir gouverneur du Sénégal (1854-1861 et 1863-1865). A partir de ce territoire, il lance des « expéditions » brutales et violentes dans l’ouest africain, comme l’ont documenté de nombreux historiens français et sénégalais. Il est aujourd’hui décrit par le collectif « Faidherbe doit tomber » comme un « colonialiste forcené » et un « criminel de haut rang ».

    –-

    #Félix_Faure
    134 voies à son nom en France

    Président de la République française (1895-1899), Félix Faure est reconnu pour ses œuvres diplomatiques, notamment pour le renforcement de l’alliance franco-russe face à la menace allemande. Avant de prendre le pouvoir, il a exercé diverses fonctions dans plusieurs gouvernements, dont celle de sous-secrétaire d’Etat aux colonies.
    Pendant son mandat présidentiel, Faure a pour objectif d’affirmer la puissance coloniale française, surtout en Afrique. Il soutient la seconde conquête de Madagascar (1894-1895) et appuie l’expansion coloniale française en Afrique centrale, en particulier l’« expédition » vers le Haut-Nil de l’officier Jean-Baptiste Marchand (1896‑1899).

    https://www.lemonde.fr/les-decodeurs/article/2026/01/18/que-faire-des-traces-du-passe-colonial-francais-dans-l-espace-public-la-ques
    #France #toponymie #odonymie #noms_de_rue
    via @fil

  • Comment on Arnauld Bernard and the article in Politico (20250905) -

    via https://diasp.eu/p/17852157

    cf. Eldridge Colby - The Strategy of Denial (2021) - China, Asia, and the Anglo-American Hegemony

    x.com/RnaudBertrand/status/196…

    politico.com/news/2025/09/05/p…

    by oAnth - Isar Athenian.

    Whenever I read that the US is withdrawing its obvious influence from a region, I immediately suspect that the opposite is true. Influence through military proxy alliances, supported by ideologically and medially sophisticated disinformation strategies, coup d’états, as the course and catastrophic effects of the war in Ukraine in Europe all too clearly demonstrate, are usually part of this rhetorical approach to conceal hegemonic long-term intentions.

    If @RnaudBertrand’s assumption proves to be correct, Europe and Latin America will (...)

    • (... Europe and Latin America will) face even more difficult times in the next 50 years under the media-driven and by digitation controlled disinformation strategies coordinated by the US and British NATO hegemony, and more and more under open right-wing dictatorships.

      Some Latin American countries may be supported by the BRICS+ states in order to withstand this pressure, but 90% of Europe’s politically and media-relevant class now consists of a Western-selected nomenclature, regardless of which of the relevant political parties is involved.

      The Anglo-Americans will stop at nothing to maintain their influence on these two continents. Economic and ideological impoverishment, deindustrialization, wars and social unrest will be the order of the day. Schools and universities are already (not only in Germany, were these lines are written) and will be even more rigorously subordinated to these goals.

    • cf.

      The Marathon Initiative
      Strategic Sequencing, Revisited

      – A.Wess Mitchell

      https://themarathoninitiative.org/wp-content/uploads/2024/10/Strategic-Sequencing-Revisited-Final-2024-10.pdf

      October 18, 2024

      The United States faces a growing risk of multi-front war against Russia, China and Iran. The optimal response to this danger would be a sequential strategy aimed at inflicting a strategic defeat on Russia in Ukraine on a faster timeline than China is prepared to move against Taiwan. But for that strategy to work, the United States must use the current window wisely to shore up the situation in Eastern Europe, broker a more effective division-of-labor with allies in Europe and the Indo-Pacific, and reform the U.S. defense industrial base.

      A. Wess Mitchell

      [....]

    • ... and there is already an update:

      How to Understand Trump’s Russia Strategy

      https://nationalinterest.org/feature/how-to-understand-trumps-russia-strategy

      September 2, 2025
      By: A. Wess Mitchell

      Diplomacy with Russia is not capitulation, and talking to Vladimir Putin is not a reward for good behavior.The recent hardening of Russian president Vladimir Putin’s position on Ukraine has led some critics to claim that the Trump meeting in Anchorage was a waste of time. A few have gone further and alleged that Trump effectively capitulated to Putin in the meeting, drawing the obligatory comparisons to Neville Chamberlain’s appeasement of Adolf Hitler at Munich in 1938.

      This is bad history and poor analysis. In fact, Trump’s diplomacy with Putin was a potentially game-altering move that could pay significant strategic dividends down the road. By focusing on immediate outcomes for Ukraine, critics are missing both the underlying logic of Trump’s moves and their potential benefits for US national interests and international stability.

      […]

  • German Left Party: Pictures of dead children from Gaza is Hamas propaganda

    via https://diasp.eu/p/17848478

    #politics #Germany #genocide

    In a recent interview, one of the leaders of Germany’s Left Party Die Linke spewed infuriating remarks — dismissing pictures of slaughtered children in Gaza as mere “Hamas shit.” He went further, claiming that blaming the IDF for killing children is “antisemitism,” because it supposedly echoes the Nazi stereotype that “Jews eat children.”

    This is the state of the German Left today: mouthpieces of Israeli state propaganda and normalisers of the most live-streamed genocide in history. Shame on you Bodo Ramelow and shame on youn @DIELINKE.

    https://yewtu.be/watch?v=he-hMen_LCE
    https://www.youtube.com/watch?v=he-hMen_LCE


    2025-09-04 - 40 sec

  • #Cécile_Canut : « La #langue n’est pas un outil neutre, mais un espace de #pouvoir, de #contrôle, et de #hiérarchies_sociales »

    Dans Provincialiser la langue : Langage et colonialisme, la sociolinguiste, Cécile Canut, explore les usages et les #imaginaires_linguistiques en #Afrique_de_l’Ouest. Elle nous invite à penser autrement notre rapport au langage. Interview.

    « Ce que parler veut dire », écrivait Pierre Bourdieu. Sur les pas du père de la sociologie, la sociolinguiste, Cécile Canut, propose dans “Provincialiser la langue : Langage et colonialisme” (Editions Amsterdam, 2021), de renouveler le concept même de « langue » et d’en décortiquer les #rapports_de_pouvoir qui en façonnent la valeur.

    En retraçant les #discours_coloniaux qui ont participé à hiérarchiser les #langues_africaines, qualifiées péjorativement de « #dialectes » pour imposer la #langue_coloniale, c’est en réalité un processus de #standardisation de la langue qu’elle dévoile. Le fameux « #ordre_de_la_langue ».

    Une immersion au cœur de la #sociolinguistique, discipline exigeante mais au rôle clé à la révélation des logiques de #distinctions_sociales. Interview.
    Qu’entendez -vous par “provincialiser” la langue ?

    Il y a une distinction fondamentale entre la langue telle qu’elle a été construite et la manière dont elle a été façonnée par des #politiques_linguistiques précises, mises en place dans chaque pays. Mon idée est donc de changer de perspective sur les #pratiques_langagières, en les abordant non pas à travers la langue, mais directement par leur #usage.

    Provincialiser la langue, c’est la mettre de côté pour observer ce qui se passe ailleurs, notamment en Afrique, où j’ai beaucoup travaillé, car le rapport au langage est différent : il ne passe pas nécessairement par la langue, bien que la #colonisation ait imposé ce modèle.
    Vous décrivez comment en #France s’est imposé un #imaginaire_linguistique basé sur une conception rigide et figé de la langue que vous nommez “l’ordre de la langue”. À quoi correspond exactement cet imaginaire ?

    Avant 1539 et l’ordonnance de #Villers-Cotterêts, il n’existait aucune #homogénéité_linguistique : les populations parlaient une grande #diversité de langues et de dialectes. L’affirmation et la #normalisation du #français s’est faite sous l’influence des politiques linguistiques du XVIIe siècle. En effet, à partir de là, s’est mis en place un processus de construction de la langue, porté par différentes instances : grammairiens, écrivains, politiques… Leur objectif était d’homogénéiser et de standardiser la langue pour en faire un objet cohérent et unificateur.

    Le processus s’est ensuite prolongé avec la construction de la #nation, et l’idée d’une langue pour une nation s’impose, associée à celle d’une #culture_nationale supposée homogène. L’ordre de la langue est donc une #norme supposée être acquise par tous les citoyens pour devenir « français ». En d’autres termes, pour être Français, il faudrait parler un français codifié selon certaines règles.

    Toutefois, l’ordre de la langue s’est déplacé et transformé de manière complexe. Par exemple, même le français en Afrique, bien qu’imposé lors de la colonisation, a été approprié de manière très variable, et a donc évolué, comme c’est le cas partout ailleurs, au Québec et dans d’autres régions.
    Vous retracez l’histoire de la #doxa_coloniale qui a opposé une “véritable #langue_civilisée” aux “dialectes” africains. Comment cette #hiérarchisation s’est-elle construite ?

    Lorsqu’on parle des langues, on ne parle jamais réellement des langues elles-mêmes. Ce dont on parle, ce sont des gens qui les parlent. Les différentes manières d’appréhender les populations, transparaissent dans la manière de catégoriser les langues et les pratiques langagières.

    Cela a donc donné lieu à des tentatives de calquer un parler sur un groupe prétendument ethnique, avec des inventions souvent absurdes de la part des premiers linguistes, administrateurs coloniaux et ethnologues. Ces derniers, tout en prétendant faire preuve de patience et d’objectivité, ne faisaient en réalité que reproduire leurs propres #idéologies.

    Par exemple, certaines langues africaines sont souvent dévalorisées, considérées comme non véritables langues, simplement parce qu’elles ne sont pas écrites. Cela a conduit à des processus de #nomination et de catégorisation. On a ainsi distingué la langue, puis les dialectes, les #sous-dialectes
    Dans votre #livre, vous analysez la politique linguistique de l’#école_coloniale en #Afrique_Occidentale_Française, en insistant sur la #violence physique et symbolique qu’elle impliquait. Vous évoquez l’usage du “#symbole” comme outil disciplinaire. Pouvez-vous nous en parler ?

    Cette pratique consiste à imposer à un enfant un objet, de nature variable, pour l’empêcher de parler une langue spécifique. Le #breton, pendant longtemps, a été un exemple de cette pratique en France, mais ensuite, cela a été importé dans certaines régions d’Afrique par le biais de la #colonisation. Cela pouvait être un os, un crâne de singe, des objets assez répugnants qu’on mettait autour du cou.

    Cette première forme de #punition est déjà assez violente, car elle consiste à dénoncer un enfant, non seulement par l’enseignant, mais aussi par les autres élèves. Le but était de se débarrasser de ce petit objet en le donnant à un camarade dès qu’on entendait quelqu’un parler une langue autre que le français.

    Ces #punitions étaient donc extrêmement violentes, non seulement parce qu’elles étaient physiques, mais aussi parce qu’elles constituaient une #humiliation profonde. Ce sont des pratiques qui sont très importantes à aborder, car on ne se rend pas compte à quel point elles instaurent une politique linguistique profondément humiliante. Cela est d’autant plus grave que ces mesures touchent des #enfants, en pleine construction de leur #identité et de leur #rapport_au_monde.

    Quel rôle peut jouer la sociolinguistique pour déconstruire cet “ordre de la langue” ?

    La sociolinguistique joue un rôle clé : elle permet de décrire et de montrer qu’il existe d’autres façons de voir la langue, de comprendre son fonctionnement et d’expliquer qu’elle est un terrain en perpétuelle évolution. Il y a une dimension de #plaisir dans l’utilisation du langage qui est souvent ignorée, parce que la norme est devenue comme une sorte d’institution rigide.

    En France, la maîtrise de la langue permet d’établir une hiérarchie et de renforcer les distinctions sociales. Quand on regarde l’#immigration, on voit bien comment la langue a été utilisée comme un nouveau moyen de #discrimination, un prétexte pour empêcher le renouvellement des cartes de séjour.

    Le but de notre travail, en tant que sociolinguistes, c’est justement de mettre en lumière toutes ces structures qui entourent la langue, pour montrer que ce n’est pas juste un outil neutre, mais un espace de pouvoir, de contrôle, et de hiérarchies sociales. L’idée, c’est aussi d’essayer de faire évoluer les mentalités, de faire comprendre que la langue n’est pas juste un code à respecter, mais qu’elle est façonnée par des rapports de force. Ce genre de prise de conscience pourrait, à terme, amener un changement.

    Aujourd’hui, je suis contente d’avoir pu toucher des publics un peu moins académiques, et je vais continuer dans cette direction, tout en s’appuyant sur les relais médiatiques qui jouent un rôle clé dans cette dynamique. C’est grâce à ça qu’on peut faire évoluer les choses, c’est-à-dire traduire les idées en termes simples, les partager autour de soi. Et je constate que ça fonctionne vraiment bien, surtout auprès des jeunes, il y a une vraie réceptivité et je suis convaincue que ça va faire son chemin.

    https://www.bondyblog.fr/opinions/interview/cecile-canut-la-langue-nest-pas-un-outil-neutre-mais-un-espace-de-pouvoir-
    #hiérarchisation

    • Provincialiser la langue. #Langage et colonialisme

      Lorsqu’ils ont colonisé l’Afrique, les Européens y ont imposé leur conception idéologique du langage. Pour eux, les pratiques langagières ne pouvaient être appréhendées qu’au prisme d’un ordre de la langue instituant l’essor d’une culture nécessairement nationale. Cette idéologie s’est traduite par la mise en œuvre d’un véritable impérialisme linguistique : outre l’imposition des langues européennes, les missionnaires, puis les administrateurs coloniaux ont façonné des « dialectes africains », catégorisés comme tels afin de mieux les reléguer au bas d’une fantasmatique hiérarchie des langues.
      Si une telle vision, relayée par une partie des élites africaines et confortée, aujourd’hui encore, par les institutions de la Francophonie, a largement survécu aux indépendances, elle n’a jamais cessé d’être contestée – avec succès. C’est précisément de ce succès que Cécile Canut tire toutes les conséquences théoriques et politiques : en mettant au jour les biais inhérents aux approches prétendument scientifiques qui ont dominé l’étude du langage tout au long du xxe siècle, elle nous invite à provincialiser la notion même de langue, ce modèle décharné d’une supposée modernité.

      https://www.editionsamsterdam.fr/provincialiser-la-langue

      #livre

  • #Payer_la_terre. À la rencontre des premières nations des #Territoires_du_Nord-Ouest_canadien

    En 2015, Joe Sacco s’est rendu par deux fois dans les territoires du Nord-Ouest du Canada, au-dessous de l’Arctique. Il est allé à la rencontre des Denes, un peuple autochtone. L’auteur nous raconte l’histoire de ce peuple, ses traditions, restées intactes pour certaines, les premières rencontres avec les Anglais.
    Pendant longtemps, les peuples indigènes du Grand Nord, vivant sur des terres non propices à la colonisation agricole, restèrent livrés à eux-mêmes, jusqu’à ce que la découverte de pétrole et d’or incite le gouvernement à officialiser son autorité sur eux, comme sur leurs terres. À cette période, les autorités s’appropriaient les territoires, non plus par les massacres, mais cliniquement, méthodiquement, et de façon administrative – grâce à des traités.
    En lisant ceux-ci, on n’échappe pas à l’impression que les « Indiens » ont donné la terre où ils vivaient en échange de la promesse d’une annuité de quelques dollars, de quelques outils et de médailles pour ceux qui se disaient leurs chefs. Aujourd’hui, la fracturation hydraulique ajoute la pollution à la spoliation initiale.

    https://www.futuropolis.fr/9782754818551/payer-la-terre.html
    #BD #livre #bande-dessinée
    #Joe_Sacco #Canada #peuples_autochtones #Dene
    #nature #forêt #nomadisme #environnement #montagne #animaux #humilité #fracturation_hydraulique #fracking #pétrole #Territoires_du_Nord-Ouest #industrie_pétrolière #Compagnie_de_la_Baie_d'Huston #extractivisme #conflits #résistance #travail #alcoolisme #drogue #alcool #argent #éducation #champs_pétroliers #exploitation_minière #développement #gaz_naturel #Sahtu #Mackenzie_Valley_Land_and_Water_Board #missionnaires #Eglise_catholique #religion #spiritualité #communauté #mines #uranium #ski-doo #fourrures #or #Traité_8 #Traité_11 #René_Fumoleau #oralité #tradition_orale #Wunk_Sheek #Fraternité_indienne_des_Territoires_du_Nord-Ouest #Denedeh #affaire_Paulette #François_Paulette #justice #combat_juridique #gazoduc #prise_de_conscience #identité #Fort_Simpson #Nation_dene #diamants #prospection #droits_miniers #accords_territoriaux #quantum #autonomie_gouvernementale #Fraternité_indienne #logement #harcèlement_policier #Hire_North #Accord_tlicho #colonisation #sédentarisation #genre #langue #violence_domestique #maltraitance #abus_sexuels #suicide #scolarisation #évangélisation #pensionnats #assimilation #acculturation #pensionnats_autochtones #christianisation #châtiments_physiques #commission_de_vérité_et_conciliation #viols #travail_salarié #excuses #génocide_culturel #souffrance #traumatisme #dédommagement #inceste #colère #déculturation #parentalité #Trout_lake #aides_sociales #revendication_territoriale #différend_territorial #Colombie-Britannique #Yukon #Fort_Liard #mer_de_Beaufort #Inuvik #racisme #identité #violence_relationnelle #Dene_Nahjo #Idle_No_More #déracinement #capitalisme #genre #dépossession #mine_Giant #complexe_d'infériorité

    • ’My work is not finished’ : #François_Paulette named officer of Order of Canada

      Denesuline elder has long advocated for Indigenous and treaty rights

      Denesuline Elder François Paulette has many accomplishments under his belt. He’s an educator, activist, spiritualist, father, grandfather, former chief, and a traditional knowledge holder.

      Now he can add one more title to his name — officer of the Order of Canada.

      The national order recognizes people who have made extraordinary contributions to the country. Paulette is among 120 people — six from the North — who are being honoured this year. He is being recognized for his longtime contributions to treaty and Indigenous rights and his promotion of circumpolar health research.

      “My biggest job has always been protecting the Earth and the water. And that’s always for the future of the children. And also the rights of Indigenous people, treaty rights,” he said.

      But Paulette, who is a member of the Smith’s Landing First Nation, said he’s not one for medals and awards. When he learned he was an Order of Canada recipient, he said he had to think about whether or not to accept the honour. He ultimately decided to do it for his 10 grandchildren.

      “It’s not in my blood to get recognition, at least from the Canadian government or the Crown for the work I’ve done, because my work is all about protecting Mother Earth and working on rights of Indigenous people,” he said.

      For Paulette, one of his proudest accomplishments is moving back to his home community where he and his wife built a log home and raised their children in a contemporary-traditional lifestyle.

      “It was a sense of renewal for me,” he said.

      Paulette was born in April 1949, near Fort Fitzgerald, Alta, and lived there until his community was relocated to Fort Smith, N.W.T., by the federal government beginning in 1959.

      Paulette said he’s also proud of his work negotiating outstanding Crown treaty obligations.

      In 1969, Paulette was one of the founding members of the Indian Brotherhood of the Northwest Territories — renamed the Dene Nation in 1978 — which was formed in opposition to The White Paper. That federal document proposed terminating existing treaties and assimilating Indigenous people in Canada.

      A turning point for the Dene

      In 1971, Paulette became the youngest chief in the territory at that time. The following year, he was part of the Paulette Case, something he said was a “turning point for the Dene.”

      In that case, Paulette and 16 other chiefs from the Mackenzie Valley, challenged the Canadian government to recognize Indigenous title to over 1,165,494 square kilometres of land in the N.W.T. They filed a caveat arguing the Dene didn’t surrender their rights or land when they signed Treaty 8 and Treaty 11 and sought to prevent construction of the proposed Mackenzie Valley Gas Pipeline.

      In 1973, Supreme Court Justice William Morrow ruled that the chiefs had established a case for claiming rights to the land. While the ability to register the caveat was overturned by the Supreme Court of Canada, Morrow’s findings regarding Indigenous rights were upheld. The case also helped prompt the Berger Inquiry, which led to a moratorium on the proposed gas pipeline.

      “I think that turned the page of how the Dene were to begin to negotiate … Canada’s outstanding obligation to the First Nations,” Paulette said.

      Paulette said he is also proud to have been one of the delegates that travelled to Geneva, Switzerland, in 1977, to begin talks that led to the United Nations Declaration on the Rights of Indigenous Peoples.

      “That was nice to see that eventually unfold and be recognized by the world.”

      Since then, Paulette has been involved with the Institute for Circumpolar Health Research and is now an adjunct professor at the University of Alberta’s School of Public Health. He has also travelled around the globe speaking to people about Indigenous and treaty rights, spiritualism, healing and environmental protection.

      “If this little token of, this Order of Canada can elevate my profile, I will continue,” he said. “My life in that way is not going to change, my work is not finished.”

      Paulette will be honoured by the Order of Canada at a ceremony in Ottawa later this year.

      https://www.cbc.ca/news/canada/north/francois-paulette-order-of-canada-1.5413265

  • La #justice_communautaire, une alternative « politique » pour prendre #soin des victimes

    Menée au sein de communautés d’habitants ou de collectifs militants, la justice communautaire se concentre sur les #victimes, puis s’interroge sur la #responsabilité du groupe dans l’apparition des #violences. Une pratique qui peut convenir aux #violences_sexistes_et_sexuelles.

    « Quand il se passe quelque chose de grave, comme des violences sexistes et sexuelles, les premiers #besoins qui émergent sont : le #besoin_de_reconnaissance, le #besoin_de_protection des autres, le #besoin_de_réparation. Ce sont trois choses que la justice d’État ne peut pas faire, car elle est concentrée sur le fait de #punir le coupable », énonce Jerry*, du #Front_révolutionnaire_anti-patriarcal (#Frap). Ce collectif autonome rennais a coécrit, avec un collectif anticarcéral, un petit ouvrage sur la justice communautaire (https://frap.noblogs.org/la-team-patpat-gere-ses-casseroles-brochure). « Notre priorité, c’est de #prendre_soin de la personne agressée. Cela peut prendre diverses formes : être écoutée en buvant un café, être accompagnée chez des soignant·es, bénéficier d’une aide matérielle temporaire… », nous explique-t-on.

    « Soutenir les victimes ou survivant·es de violences, c’est leur assurer l’existence d’un espace où leur #sécurité, leur santé physique et émotionnelle, ou tout autre besoin, sont pris en charge », résume le cahier d’outils de « #Creative_Interventions », un centre de ressources fondé en 2014 à Cleveland, aux États-Unis, pour créer et promouvoir des interventions communautaires face aux violences interpersonnelles (y compris sexuelles).

    Dans un podcast produit par cette organisation (https://www.creative-interventions.org/sfp/chicago), une victime de #violences_conjugales évoque l’importance qu’ont eue pour elles toutes les personnes venues vivre à son domicile, à tour de rôle, pour la rassurer quand elle a dénoncé les violences et exigé le départ de son conjoint. Elle se sentait en sécurité, avait des personnes pour jouer avec ses enfants et l’aider dans les tâches quotidiennes.

    Nommer les violences, formuler des excuses

    La justice communautaire émerge aux États-Unis dans les années 1990, inspirée par les communautés noires, antiracistes et féministes, soucieuses d’en finir avec les violences sexistes et sexuelles sans livrer les hommes noirs à un système policier et carcéral raciste.

    « Le démarrage d’un processus de justice communautaire peut être à l’initiative de n’importe qui : le ou la survivante ou victime ; un·e ami·e, un·e membre de la famille, un·e voisin·e, un·e collègue, la personne ayant causé le préjudice, ou tout membre ou allié·e de la communauté », détaille Creative Interventions.

    « #Nommer les violences, désigner des #personnes-ressources, s’assurer que tout le monde est en sécurité, sont des préalables incontournables, énonce Jerry. On travaille – idéalement à une dizaine – sur l’#écoute des #récits des diverses parties, et la gestion séparée de leurs besoins. Par exemple, que l’auteur·ice formule des excuses à la victime ou que l’espace commun soit réorganisé pour que les deux personnes ne se croisent plus. Il y a de nombreux allers-retours entre le groupe qui soutient la victime et celui qui s’occupe de l’agresseur·euse. »

    Si leur fascicule énonce un nombre impressionnant de conditions pour que le processus aboutisse, le collectif assure qu’il n’y a pas de recettes. « Le mieux est que les solutions viennent des gens qui subissent les préjudices », résume une victime accompagnée par le centre Creative interventions.

    « La justice communautaire va réfléchir à la manière d’accompagner les différents protagonistes, mais aussi penser le #contexte de la violence pour le travailler, précise Elsa Deck Marsault, militante queer féministe, cofondatrice du collectif #Fracas (https://www.collectif-fracas.com), autrice de Faire justice (https://lafabrique.fr/faire-justice), publié aux éditions La Fabrique. Il s’agit bien sûr de réfléchir à la #responsabilité_individuelle de l’agresseur, mais aussi la manière dont son acte fait écho à un #contexte_social plus large. Cette #justice_alternative cherche à en comprendre les racines pour essayer de transformer le contexte. En cela, c’est profondément #politique. »

    Contre les #pratiques_punitives et néolibérales

    Au sein du Frap, on estime que « connaître les raisons systémiques de la violence est nécessaire ». À condition que l’agresseur ou l’agresseuse accepte de dialoguer et reconnaisse les dommages causés. Dans le cas contraire, un « #call-out », c’est-à-dire une dénonciation publique ou une exclusion du groupe, peut intervenir, mais en dernier recours.

    « Malheureusement, trop souvent, les groupes commencent par un call-out et réfléchissent ensuite », déplore le Frap. Reproduisant finalement le pire de la #justice_punitive à laquelle ils souhaitaient pourtant se substituer, regrette Elsa Deck Marsault.

    « Les effets d’un call-out ou d’une #exclusion ne sont pas les mêmes pour un homme blanc disposant d’importants moyens matériels et d’un réseau de soutien que, par exemple, pour une personne racisée, pauvre et/ou queer », précise-t-elle. « La question doit être : comment on travaille collectivement pour que cela n’arrive plus », martèle Jerry.

    « Depuis le tournant néolibéral des années 1980, la transformation sociale n’est plus vue comme passant par l’organisation collective ou syndicale, analyse Elsa Deck Marsault. La société compte désormais sur la #transformation_individuelle de chaque personne, qui doit reconnaître sa part de responsabilité, pour changer la société de manière générale. Il me semble que c’est une impasse, qui découle non seulement des logiques néolibérales, mais aussi des #logiques_carcérales qui punissent les individus en disant que, quelque part, ils l’ont bien mérité. »

    Mais sortir des voies habituelles demande un temps que les cercles militants ou autres communautés n’ont pas forcément. « C’est sans doute l’un des freins de cette forme de justice qui a du mal à se développer en France, où, de plus, on reste très réticent à l’idée même de #communauté », dit Elsa Deck Marsault. Du côté du Frap, on cite l’importance des expériences accumulées, qui permettent, à terme, d’aller plus vite. « Oui, c’est exigeant et chronophage, termine Jerry. Mais à quoi sert une communauté si ce n’est à être présente dans le temps et l’espace ? »

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    Au #Rwanda, la justice post-génocide

    Pratiquée à l’échelle de la famille, des ami·es, des voisin·es, des collègues, des associations des quartiers ou groupes militants, la justice communautaire l’a aussi été à l’échelle d’un pays, dans le Rwanda post-génocide, en 2001.

    « En 1994, près d’un million de personnes ont été tuées en trois mois, selon les chiffres officiels de Kigali, rappelle Valérie Rosoux, politiste, directrice de recherche du Fonds national de la recherche scientifique. Le nombre inimaginable de coupables rendait toute justice “normale” impossible, d’autant que le système judiciaire était dévasté. Il a donc été décidé d’utiliser les “gacaca” – système communautaire préexistant de règlement des conflits qui était basé sur l’appel aux sages de chaque colline pour régler des litiges mineurs. Près de 11 000 tribunaux communautaires ont été installés à la demande du gouvernement central. Des milliers et des milliers de personnes sont passées devant ces tribunaux, évidemment beaucoup plus rapides. »

    Massifs pendant le génocide au Rwanda, les viols ont été reconnus pour la première fois comme faits de génocide par le Tribunal pénal international pour le Rwanda (TPIR), qui n’a jugé que les commanditaires du génocide. En revanche, devant les gacaca, la plupart des violences sexuelles ont été tues.

    « Au TPIR, on peut témoigner anonymement, pas sur les collines, où tout le monde se connaît et où bourreaux et victimes vivent dans les mêmes endroits », raconte Esther Mujawayo, survivante du génocide, autrice de Survivantes et cofondatrice de l’association des veuves du génocide.

    Les huis clos qui ont été demandés ont permis de protéger les femmes et les enfants né·es de ces viols mais cela a ôté la dimension collective de cette justice communautaire.

    Sans vouloir embellir le processus, Esther Mujawayo estime que les gacaca ont facilité le vivre-ensemble dans la mesure où les bourreaux ont demandé pardon. « Même si ce n’était pas toujours authentique, cela aide », pense-t-elle. Ces « tribunaux » ont surtout permis de retrouver les corps des victimes assassinées.

    Mais la démarche reste « très exigeante sur le plan moral, car on espère que les accusés vont confesser leurs crimes et que les victimes vont pardonner, remarque Valérie Rosoux. Les victimes s’entendent dire : certains ont déjà pardonné, pourquoi vous ne le faites pas, vous ? Et là, c’est insupportable ».

    Au sein des regroupements que les gacaca ont créés, le soutien que les femmes se sont apporté entre elles et le travail inlassable des associations présentes pour soutenir les victimes ont peu à peu fait leur chemin. « La prise en charge matérielle a aussi été fondamentale, insiste Esther Mujawayo. Pour restaurer leur dignité, on les a logées, on a pris en charge leurs soins médicaux, car beaucoup étaient malades du sida suite aux viols. On s’est occupé de l’éducation de leurs enfants survivants. C’est basique, mais pour moi, c’est ça la justice : remettre les survivant·es en bonne santé est aussi important que de condamner le bourreau. »

    https://www.mediapart.fr/journal/france/090825/la-justice-communautaire-une-alternative-politique-pour-prendre-soin-des-v

    #justice #alternative #VSS #réparation #protection #punition #reconnaissance #accompagnement
    ping @_kg_
    via @karine4

    • Chicago

      Deana Lewis talks with Mariame Kaba, Erica Meiners, and Shira Hassan – three abolitionist feminists who discuss the work they created and built in Chicago from the early 2000’s through the early 2010’s. They reflect on their path from witnessing the failures of the mainstream anti-violence movement especially for survivors, young people, formerly incarcerated people and sex workers – to experimenting and documenting their work in what became known as community accountability processes, transformative justice and abolitionist organizing. They talk about their relationships and how their solidarity and partnership fed their ability to experiment, find joy in the grief and ultimately create spaces and strategies for people to stay as safe as possible.

      https://www.creative-interventions.org/sfp/chicago

    • Faire justice. Moralisme progressiste et pratiques punitives dans la lutte contre les violences sexistes

      Là où il est admis que le recours à la police en cas de violence n’est pas la solution mais plutôt un problème supplémentaire, la tentation est de s’y substituer. Si l’intention est louable, son application l’est moins. Les mesures sont expéditives et les outils pour faire justice sont encore profondément empreints d’une philosophie punitive : menace, exclusion, harcèlement, dénonciation publique et discréditation politique. Comment sortir de cette impasse ? La question est d’autant plus difficile qu’elle surgit au moment où les forces réactionnaires mènent une large offensive contre le wokisme pour mieux protéger ceux qui organisent les violences dans nos sociétés.
      Écrit par une « militante gouine », ce livre propose une critique fine du moralisme progressiste et des pratiques punitives dans les luttes sociales. En se saisissant d’exemples concrets rencontrés au gré de son militantisme et en discutant précisément l’abolitionnisme pénal, elle pose les jalons d’une justice transformatrice inventive, capable de prendre soin des victimes et de transformer les individu.es comme les groupes.
      Endiguer les violences c’est aussi ne plus craindre le conflit, ne plus avoir peur de lutter.

      https://lafabrique.fr/faire-justice

      #livre

    • La team Patpat’ gère ses casseroles | protocole de gestion des aggressions dans nos milieux

      Ca y est, on a réussi à la publier ce #zine. Pour faire court ça parle des #agressions dans nos collectifs, et ça amène une vision politique de leur gestion (pas de call-out, médiation, perspective de changement…). Alors si t’es pas encore convaincu que c’est important de prendre en compte qu’on a sans doute déjà toustes agressé, viens lire ça (pfiou la phrase polémique choc sa mère) !

      https://frap.noblogs.org/la-team-patpat-gere-ses-casseroles-brochure

  • Zum Tod von Uljana Havemann: Als sie erfuhr, dass sie sterben muss, sagte sie: „Wir heiraten jetzt“
    https://www.berliner-zeitung.de/kultur-vergnuegen/zum-tod-von-uljana-havemann-als-sie-erfuhr-dass-sie-sterben-muss-sa

    Uljana Havemann im Herbst 2024

    Lenina Huxley is dead.

    Anja Reich - Die Regisseurin Uljana Havemann starb am 3. August im Alter von 51 Jahren in Berlin. Kaum jemand wusste von ihrer schweren Krankheit. Ein persönlicher Nachruf auf eine ungewöhnliche Frau.

    Drei Jahre vor ihrem Tod habe ich Uljana zum ersten Mal getroffen, im Sommer 2022 in einem Café in Prenzlauer Berg. Eine Filmproduzentin hatte zu einem Treffen eingeladen. Es ging um die Verfilmung meines Buches „Der Fall Scholl“, der Geschichte des Ludwigsfelder Bürgermeisters, der nach fast 50 Jahren Ehe seine Frau ermordet hatte. Ich sollte die Regisseurin kennenlernen.

    Das Café war voll, aber Uljana fiel mir gleich auf. Groß, blass, die blonden Haare auf eine gezähmte Art wild. Sie trug ein weites Kleid und ein Tuch um die Schultern, als würde sie frieren. Eine Erscheinung wie aus dem Berlin der 20er-Jahre oder einem Tschechow-Stück. Das Gegenteil von den Kleinbürgern der Brandenburger Stadt, die ich im Buch beschrieb.

    Aber für Uljana schien es keine wichtigere Geschichte zu geben. Sie hörte zu, stellte Fragen, wollte alles verstehen. Den Ort, die Beziehung, die Zeit. Wir trafen uns wieder. Sie erzählte mir von ihrem Leben, ich ihr von meinem. Sie kam aus Ost-Berlin, wohnte in Westend, war in Los Angeles zur Filmschule gegangen, hatte in New York Kurzfilme gedreht. In ihrer Familie schien sich die europäische Geschichte des 20. Jahrhunderts zu versammeln. Russen, Ukrainer, Juden, alter preußischer Adel, DDR-Dissidenten, DDR-Nomenklatura. Sie strahlte eine große Weltläufigkeit aus, schien aber immer noch auf der Suche zu sein, nach ihrem Weg im Leben, nach neuen, anderen Perspektiven.
    Mutter von Uljana Havemann: „Das Russische war ihr immer näher“

    Uljana Havemann wurde am 16. Oktober 1973 in Berlin-Mitte geboren und nach ihrer ukrainischen Urgroßmutter benannt. Ihre Mutter, eine Kunsthistorikerin, war Russin, ihr Vater, ein Physiker, kam aus der DDR. Die Eltern lernten sich beim Studium an der Moskauer Lomonossow-Universität kennen, heirateten in Kiew, zogen zusammen nach Ost-Berlin. Er arbeitete an der Akademie der Wissenschaften, sie im Amt für industrielle Formgestaltung, später in Potsdam.

    Uljana war die jüngere von zwei Schwestern. Eine Sturzgeburt, sagt ihre Mutter, sie habe es gerade noch rechtzeitig in die Charité geschafft. So sei Uljanas ganzes Leben gewesen. Alles musste immer ganz schnell gehen. Als habe sie gewusst, dass sie keine Zeit zu verschenken hatte. „Uljanchen“ nennt Jelena Jamaikina ihre Tochter. Sie spricht von ihr in der Gegenwart, als sei sie noch da.

    Mit eins wurde Uljanchen krank, Krebs, musste in die Klinik, bekam Chemotherapie und Bestrahlungen. Mit zweieinhalb gingen die Eltern für ein halbes Jahr nach Moskau und brachten die Kinder bei den Großeltern im Kaukasus unter. Als Uljana von dort zurückkam, sprach sie fließend Russisch. Ihre deutsche Großmutter war entsetzt. Uljana holte schnell auf. Aber das Russische, sagt die Mutter, sei ihr immer näher gewesen. Auch vom Temperament her.

    Zeitreise auf der Karl-Marx-Allee: Was Hermann Henselmanns Enkelin über den Großvater sagt

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    „Der Fall Marianne Voss“ auf Arte basiert auf dem Ludwigsfelder Mordfall Brigitte Scholl

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    Sie beschreibt ihre Tochter als ein Mädchen, „das von Gott reich beschenkt wurde“, schön, klug, mit vielen Talenten, „ein wunderbar liebenswerter Mensch“. Sie lernte Flöte und Geige, brachte sich selbst das Klavierspielen bei, liebte schon als Kind das Theater. Als sie zehn war, nahm Käthe Reichel, eine Freundin der Mutter, sie mit zu Proben ins Deutsche Theater. Mit 14 verkaufte sie Tickets im Berliner Ensemble. In der Schule gehörte sie zu den Besten. Aber sie habe es nicht immer leicht gehabt, sagt ihre Mutter. Wegen ihres Großvaters Robert Havemann, dem DDR-Regimekritiker. Ihre Lehrerin erzählte vor der gesamten Klasse, Uljana komme aus der Familie eines Nazis. Uljana kam weinend nach Hause. Ihr Vater beschwerte sich beim Direktor, die Tochter wechselte die Klasse, ab der vierten ging sie auf die Russischschule, aber sie blieb eine Außenseiterin.

    „Uljana war nie ein normales ostdeutsches Kind“, sagt ihre Mutter. Erst kürzlich habe sie ihr erzählt, wie schlimm es manchmal in der Schule für sie gewesen sei. „Aber sie wusste, sobald sie am Strausberger Platz 19 ist, ist die Welt wieder in Ordnung.“
    Uljana Havemann: Angela Merkel war ihre Babysitterin

    Strausberger Platz 19, das war einer der Türme in der Karl-Marx-Allee, entworfen von Uljanas Großonkel, dem Architekten Hermann Henselmann. Die ganze Familie wohnte in diesem Turm, die Henselmanns und die Havemanns, beste Adresse, große Wohnungen, Blick über die Stadt. Künstler und Politiker gingen ein und aus. Wenn es Probleme gab, wurde im ZK angerufen, manchmal direkt bei Erich Honecker. Robert Havemann hatte in der NS-Zeit im Zuchthaus Brandenburg gesessen, in der Nachbarzelle von Honecker. Die Stasi verfolgte Havemann, Honecker beschützte ihn. Auf einer Etage wurde später eine Abhörzentrale der Staatssicherheit gefunden. Manchmal kam eine junge Kollegin des Vaters aus der Akademie der Wissenschaften, um auf Uljana und ihre Schwester aufzupassen. Sie hieß Angela Merkel.

    Uljana Havemann auf ihrer Hochzeit, vier Wochen vor ihrem Tod

    Uljana Havemann auf ihrer Hochzeit, vier Wochen vor ihrem Todprivat

    Uljana waren ihre Familie und ihre Herkunft wichtig, aber sie zeigte es nicht. Als ich sie einmal nach ihrem berühmtem Großvater fragte, erzählte sie mir, ihr Vater Utz Havemann sei kein leiblicher Sohn von Robert Havemann, sondern von seiner Mutter Karin von Trotha in die Ehe gebracht worden. Sie hatte nicht viele Erinnerungen an ihren Großvater. Sie war neun, als er starb. Als Uljanas Mann, der Filmproduzent Thomas Kufus, Uljana einmal vorschlug, eine Dokumentation über Robert Havemann zu drehen, lehnte sie brüsk ab. Da gebe es viel zu viele Verwerfungen und Fettnäpfchen.

    Uljanas Mutter sagt, sie hätten Havemann regelmäßig in seinem Haus in Grünheide besucht, auch während seines Hausarrests, als er Tag und Nacht von der Stasi bewacht wurde. Uljana und ihre Schwester durften ohne Ausweiskontrolle das Haus betreten.„Sie rannten vor und kündigten uns an.“ Thomas Kufus sagt, sie seien einmal zusammen im Haus in Grünheide gewesen, der neue Besitzer habe sie hineingelassen. „Uljana wusste alles noch ganz genau.“

    Ein Jahr vor dem Mauerfall, 1988, als ihr Onkel Florian Havemann, heiratete, durfte sie zum ersten Mal mit ihrer Familie nach West-Berlin fahren. Ihr Vater hatte Briefe ans ZK geschrieben, sich beschwert, dass ihnen die Genehmigung verweigert worden war. Es sei eine Schande für den sozialistischen Staat, dass die französische Familie von Florians Frau dabei sein dürfe, aber nicht seine Ost-Berliner Verwandtschaft. Selbst im Westen zu bleiben, auf die Idee wären sie nie gekommen, sagt Uljanas Mutter. Die Maxime der Familie war: Wir sind die Letzten, die das sinkende Schiff verlassen.

    Als das Schiff unterging, war Uljana 16 und noch in der Schule. Die Akademie der Wissenschaften, wo ihr Vater arbeitete, wurde aufgelöst, ihre Schwester zog mit einem West-Journalisten nach New York. Uljana verliebte sich in Robert Gold, einen Ost-Berliner, drei Jahre älter als sie. Ihre Jugendliebe, sagt ihre Mutter. Robert Gold beschreibt Uljana als furchtlose Frau mit einer irrsinnigen Energie, „sehr undeutsch“.

    Sie studierte Medien- und Theaterwissenschaften an der Humboldt-Universität, richtete große Essen für Freunde aus, besuchte ihre Schwester in New York, organisierte Theaterproduktionen in Prenzlauer Berg und einer stillgelegten Halle vom Kabelwerk Oberspree, arbeitete in der Öffentlichkeitsabteilung der Schaubühne, drehte zwei Kurzfilme mit dem Schauspieler Uwe Kockisch, einen in Berlin, einen in New York.

    Es ging um einen Wissenschaftler, der nach der Wende entlassen wurde und auf der Suche nach seiner großen Liebe war. „Kaputte DDR-Schicksale interessierten Uljana“, sagt ihre Mutter. Sie wollte Regisseurin werden. Aber als sie sich an der Filmhochschule Babelsberg für ein Regiestudium bewarb, sagte der Leiter zu ihr: Sie brauchen nicht mehr studieren, sie können doch schon alles.
    Uljana Havemann: „Kaputte DDR-Schicksale interessierten sie“

    Uljana flog nach Los Angeles, ging dort auf die Filmschule, arbeitete als Casterin, wurde zweimal für Preise nominiert, aber größere Aufträge blieben lange aus. „Uljana gehörte nicht zu dieser Filmschulblase“, sagt Robert Gold. „Sie war eine Quereinsteigerin“, sagt Thomas Kufus. Die hätten es schwer im Filmgeschäft, Frauen ganz besonders. Die Frauenquote sei für Uljana fast zu spät gekommen. „Es werden heute eher Regisseurinnen um die 30 gesucht, nicht um die 50.“

    Uljana und Thomas lernten sich 2012 kennen. Er drehte gerade in Israel einen Dokumentarfilm: „24 Stunden Jerusalem“. Sie erzählte ihm, dass ihr Großvater Robert Havemann in Yad Vashem für die Rettung von Juden im Nationalsozialismus geehrt worden war und ihr Cousin in Israel lebte. Er fragte, ob sie nicht mitkommen wolle.

    Die Literaturagentin Karin Graf, mit der Uljana befreundet war, beschreibt Thomas und Uljana als „ein ganz tolles Paar“. Die Attraktivität sei die Harmonie zwischen den beiden gewesen. „Sie lasen einander von den Augen ab, was sie wollten.“ Thomas teilte ihre Liebe für Russland, Uljana seine Leidenschaft für seine Filmproduktionen, die Themen, mit denen er sich beschäftigte. Krieg, Holocaust, Kolonialismus, Israel, Palästina, DDR, AfD, Ukraine, Russland. Als Putin die Ukraine überfiel, nahmen sie eine Ukrainerin auf.

    Sie lebte jetzt in einer Wohnung einer Villa mit Garten in Westend. Die Wochenenden verbrachte sie in der Nähe von Wittenberge an der Elbe. Uljana liebte die Natur und ihren Garten. Sie sei selbst wie ein Blume darin gewesen, sagt Karin Graf. Ihre Mutter spricht von den Lücken im freiberuflichen Alltag ihrer Tochter, die sie zu füllen versuchte. Uljana bekam inzwischen Aufträge für Fernsehproduktionen: „SOKO München“, „Ein Fall für zwei“, „Ein Sommer auf Langeoog“, ab 2017 lehrte sie am Schauspielinstitut der Kunstuniversität Graz. Aber sie hätte gerne mehr und weniger konventionelle Stoffe verfilmt. An meinem Buch über den Fall Scholl interessierte sie am meisten, wie eine Frau unter den Affären ihres Mannes litt, aber den Schein einer perfekten Ehe bewahrte, bis zu ihrem Tod.

    Wir sahen den „Fall Marianne Voss“ kurz vor der Fernsehpremiere in ihrem Wohnzimmer in Westend. Der Film war ein Erfolg, wurde im ZDF und auf Arte gezeigt, die Einschaltquoten waren hoch, die Kritiken gut. Uljana schickte mir jede einzelne, informierte mich über alle Reaktionen, die sie bekam, stärkte mir den Rücken, als der Sender aus juristischen Gründen meinen Buchtitel und meinen Namen nicht nennen wollte.

    Uljana Havemann, etwa 2007

    Uljana Havemann, etwa 2007Andre Rival
    Uljana Havemanns Mutter: „Sie hatte Angst, keine Angebote mehr zu bekommen“

    Sie war so stolz, so glücklich, hoffte, dass ihr nun der Durchbruch gelingen würde, wollte den Schwung mitnehmen, schnell ein neues Projekt anfangen, traf sich mit Drehbuchautoren und Produzenten. Als ich eine Weile nichts von ihr hörte, war ich sicher, sie stecke mitten in einem neuen Film. Als ich sie Ende November fragte, wie es ihr gehe, schrieb sie mir, ihr Film habe in Istanbul einen Preis gewonnen, auf der Reise sei sie krank geworden. Ob wir uns diesmal nicht in einem Restaurant, sondern bei mir zu Hause treffen könnten. Sie sei noch ein wenig schwach.

    Wir tranken Kamillentee, sie war dünn, aß wenig und fror. Heute weiß ich, dass sie damals schon ihre Diagnose kannte: ein aggressiver, schnell wachsender Tumor. Sie hat es niemandem außer ihrem Mann gesagt, lange nicht einmal ihrer Mutter und ihrer Schwester . Uljana habe ihre Diagnose nicht angenommen, wollte nicht krank sein, „war richtig empört“, sagt Thomas. Das Trauma aus ihrer Kindheit, als sie schon einmal Krebs hatte, holte sie ein, glaubt er. Ihre Mutter sagt, die Brutalität des Filmgeschäftes sei schuld daran, dass sie nicht darüber sprach. „Sie hatte Angst, dass sie keine Angebote mehr bekommt, wenn bekannt wird, dass sie krank ist.“

    Nach der Chemotherapie flog sie nach Sri Lanka zu einer Ayurveda-Kur. Als sie zurückkam, ging es ihr besser. Sie ging zur Berlinale, nahm im Mai an der Verleihung des Deutschen Filmpreises teil, sah blendend aus, bekam Komplimente von allen Seiten. „Sie wollte gesund sein, sie wollte arbeiten“, sagt Thomas. Die Universität Graz gab ihr einen neuen Lehrauftrag für das kommende Wintersemester, mit Senator-Film war sie im Gespräch für einen neuen Film. Im September sollten die Dreharbeiten beginnen. Als der Produzent sie zur Besprechung einlud, musste sie absagen, ihre Schmerzen waren zu stark.

    Es ging alles so schnell, sagt Thomas. Mitte Juni war sie noch mit einer Freundin in Ibiza, Ende Juni kam der Befund: Metastasen überall. Der Arzt im Virchow-Klinikum sagte: „Sie haben drei Möglichkeiten: ins Hospiz zu gehen, nach Hause zu gehen oder hier zu bleiben.“ Sie hätten beide geschrien, sagt Thomas. Dann habe Uljana gesagt: „Wir heiraten jetzt.“
    Vier Wochen vor ihrem Tod: „Wir haben geheiratet, Mama“.

    Es war der 4. Juli. Uljana hatte alles vom Krankenbett aus organisiert, mit der Juwelierin gechattet, den Blumenkranz für ihr Haar ausgesucht. Thomas hatte ein Standesamt ausfindig gemacht, das Nothochzeiten durchführte. Die Oberschwester war eingeweiht. Aus versicherungsrechtlichen Gründen hätte Uljana die Klinik nicht verlassen dürfen. Er holte sie mit dem Rollstuhl ab, das Taxi wartete vor der Tür. Zwei Stunden später war sie zurück, den Kranz im Haar. Auf den Fotos aus dem Standesamt sieht sie schmal aus und blass und wunderschön. „Wir haben geheiratet, Mama“, sagte sie zu ihrer Mutter, als sie mittags zu Besuch kam. Dann kam die Pflegerin, nahm ihr den Kranz ab und schraubte ein Metallgestell für das Gehirn-CT an den Kopf. Eine Geschichte, so brutal und berührend, wie sie kein Film erzählen kann. Uljana hat sie geschrieben.

    Sie starb am Morgen des 3. August im Krankenhaus Havelhöhe, sie wurde 51 Jahre alt. Ihr Mann Thomas war bei ihr. Kurz zuvor haben sich ihre Schwester und ihre Mutter von ihr verabschiedet. Die Beerdigung findet am 29. August auf einem Berliner Friedhof statt. Eine Erdbestattung, wie sie es sich gewünscht hat. Uljana, sagt Thomas, hatte Angst vor Feuer.

    Nach der Nachricht von ihrem Tod hat das ZDF Uljana Havemanns letzten Film „Der Fall Marianne Voss“ noch einmal in die Mediathek gestellt.
    https://www.zdf.de/filme/der-fall-marianne-voss-movie-100

    #Allemagne #histoire #biographie #DDR #nomenklatura

  • L’enfance brisée d’un « #enfant_soldat » de la ’Ndrangheta

    #Luigi_Bonaventura a eu deux vies : celle d’un puissant chef de clan de la ’Ndrangheta, la mafia calabraise, puis à partir de 2007, celle d’un collaborateur de justice qui lutte contre le crime organisé. Il dénonce haut et fort l’#endoctrinement des #enfants au sein des #familles_mafieuses.

    « Ça ne te dérange pas si je m’assois ici ? Je préfère être dos au mur et avoir une vue sur ce qui se passe autour. » Les pieds d’une vieille chaise en bois raclent le sol de la terrasse, Luigi Bonaventura s’installe. Dix-huit ans après être sorti des rangs de la ’Ndrangheta, la mafia calabraise, l’ancien chef de clan, aujourd’hui repenti, reste toujours sur ses gardes.

    La rencontre a lieu dans une localité dont le nom est tu par mesure de sécurité. En cette fin de printemps, l’air est encore frais dans cette commune du nord de l’Italie qui ressemble à tant d’autres : des maisons proprettes flanquées de chaque côté d’une petite nationale, les cloches d’une église à midi, un bar un peu vieillot où aller prendre le café.

    Dans les bureaux des magistrats, devant les micros et les caméras de la presse, sur ses propres réseaux sociaux, Luigi Bonaventura a témoigné, inlassablement, contre celle qui est considérée comme la plus puissante organisation criminelle italienne. Ses déclarations ont permis des coups de filet spectaculaires et des centaines d’arrestations. Mais son principal combat aujourd’hui n’est pas tant de faire arrêter les pères que de sauver les fils destinés à reprendre le flambeau familial.

    « La ’Ndrangheta, tu en hérites, explique le repenti. La vraie force des mafias, c’est cette continuité d’une génération à l’autre. Il ne faut pas se limiter aux arrestations ou à la confiscation des biens, il faut, sans violence, soustraire des hommes aux mafias. »

    Luigi Bonaventura se définit avant tout comme un « ancien enfant soldat ». « Naître dans une famille ’ndranghetiste, c’est être allaité de sang et de ’Ndrangheta, c’est une #promesse, celle d’être un jeune d’#honneur pour les garçons et une sœur d’#omerta pour les filles », raconte-t-il. La Calabre qui le voit naître en 1971 est une terre de misère. L’Italie mène une guerre silencieuse, celle des années de plomb, au cours desquelles se multiplient assassinats, attentats, enlèvements et demandes de rançon.

    Luigi Bonaventura hérite, lui, d’une #guerre_familiale, une #faida, qui oppose sa famille à un autre clan de #Crotone, sa ville d’origine, et ne prend fin qu’à la mort du dernier fils de la famille adverse. « J’ai reçu une #éducation et un #entraînement pour être prêt à tuer et pouvoir clore cette faida au moment le plus opportun », retrace celui qui n’avait même pas encore fêté son deuxième anniversaire lorsque son oncle a été assassiné, au début de cette guerre de clans.

    Des #armes_à_feu en guise de #jouets

    Il grandit avec son fantôme, dont le nom se mêle sans cesse aux récits de l’organisation criminelle qu’on lui narre comme d’autres chanteraient des berceuses. Rapidement, ses mains d’enfant montent et démontent des #armes, alignent les munitions de 7,75 millimètres dans le chargeur, dont le métal, lourd et dur, brûle parfois sa peau encore fine et délicate. Dans des étables sommairement aménagées, il s’entraîne à tirer sur des objets.

    Un jour, son père rapporte à la maison sa nouvelle arme, une carabine avec un viseur de précision. Le petit Luigi essaie de la tenir entre ses mains, flanche un instant sous son poids et colle son œil au viseur. « Tout à coup, le monde se rapprochait de moi, se souvient-il. C’était fascinant car à l’époque, il n’y avait pas de technologies ou de zoom quand on faisait des photos. »

    « C’était un #jeu, tout se faisait avec le sourire, poursuit Luigi Bonaventura après avoir pris une gorgée d’eau et interrompu son récit quelques secondes. Mais il y a un #chantage_moral, tu vis dans l’ombre de ceux qui ont été là avant toi et de ton #nom_de_famille, et si tu ne fais pas mieux qu’eux, tu dois au moins en faire autant pour ne pas les décevoir. »

    Un souvenir marque son enfance de manière indélébile. Une arme à la main, il tire un coup, en l’air. Ce n’est pas la première fois mais ce jour-là, en rechargeant le pistolet, il laisse son pouce sur la culasse. Après la détonation, elle revient en arrière et lui blesse le doigt. Cette scène s’est rejouée mille fois dans sa tête : « C’était une erreur impardonnable pour moi. Ce qui me faisait le plus mal, ce n’était pas la douleur au pouce mais l’humiliation de ne pas être à la hauteur, de déshonorer la famille, et ce sentiment, ça devient ta prison. » Il avait tout juste 10 ans.

    Ce que Luigi Bonaventura appelle son « #entraînement » au crime passe aussi par une exposition, très jeune, à la #violence, au #sang, à la #mort. Les #chiens de la famille doivent monter la garde et inspirer la #terreur. Certains sont dressés à reconnaître l’odeur de la poudre pour détecter ceux qui viennent armés aux réunions organisées par le clan. Pour les rendre aussi féroces que possible, les animaux sont enfermés dans des boxes, la tête emprisonnée dans des sacs, battus à coups de bâton avant de recevoir une ration de viande crue. Celui qui n’a alors qu’une dizaine d’années assiste au spectacle, impuissant : « J’ai eu l’impression, comme enfant, de grandir au milieu des loups. »

    À la maison, son père élève des lapins et des poules. Avec lesquels le petit garçon apprivoise la mort et le sang. Pour qu’il soit à l’aise, son père lui a aménagé un établi d’apprenti boucher, à sa hauteur d’enfant. « Il faut leur donner un grand coup sur l’arrière de la tête pour les étourdir », lui explique-t-il. Mais ses mains, une fois encore, n’ont pas la force suffisante. Alors, avec un bâton, il frappe de toutes ses forces jusqu’à ce que l’animal ne bouge plus.

    À mesure qu’il raconte comment écorcher puis dépecer les bêtes, ses mains se lèvent au-dessus de la vieille nappe fleurie en plastique qui recouvre la table et miment ces gestes appris par cœur. « Il me montrait comment utiliser le couteau, comment le tourner dans la plaie pour l’élargir et accélérer le saignement », retrace l’adulte d’une voix désabusée. Vers 11, 12 ans, il était capable de préparer dix lapins en une heure et demie.

    À cette époque, il entend sa mère et sa grand-mère dire de lui qu’il a « les yeux de la tristesse ». « J’étais un enfant très particulier, apeuré, déboussolé, confesse-t-il. À l’époque, je me cachais sous mon lit, je vivais dans la terreur et j’aurais aimé qu’un adulte me prenne par la main et m’emmène loin. » Personne n’est venu, alors, vers 11 ans, l’enfant a fini par surmonter sa peur : « Je suis devenu très violent, soit je me forgeais une #carapace, soit je devenais fou. »

    « De la mafia sans le savoir »

    Les jeux avec les gamins du quartier se transforment, littéralement, en champ de bataille. Il remplace les boulettes de ses sarbacanes par des aiguilles et les cailloux de ses frondes par des boulons de 13 millimètres qu’il a volés dans l’atelier de mécanique de son oncle. Un enfant perd son œil. « Ça m’a brisé le cœur, se remémore Luigi Bonaventura. J’étais comme un militaire, on m’avait préparé à la guerre. Donc ce jour-là, on avait organisé une embuscade avec un autre groupe d’#enfants, mais on était moins nombreux, il fallait être stratège. On les a provoqués, puis on s’est retirés et là on les a attaqués avec les frondes et les boulons. »

    Il n’y a plus de peur, plus de terreur, l’enfant est lui-même devenu un loup.

    À l’école, aucun professeur ne s’oppose à lui quand il terrorise ses camarades ou qu’il entre dans des colères noires. Son nom de famille est un bouclier, il est #intouchable. Les mois passent, le chef de bande devient un chef tout court. Il a 13 ans, environ, lorsqu’il « fait de la mafia sans le savoir ». Le jeune ado débarque dans des quartiers de Crotone où il ne connaît personne et balance : « Qui commande ici ? »

    Des ados, à peine plus grands que lui, font mine d’être les patrons dans un élan de candeur qui leur vaut d’être tabassés puis laissés par terre, en sang. Luigi l’adolescent pose le pied sur l’épaule de celui qu’il vient de rouer de coups et toise le reste de la bande : « À partir d’aujourd’hui, c’est moi qui commande. »

    Près de quarante ans après cette scène, Luigi Bonaventura y voit les prémices de son destin criminel : « Je frappais comme quelqu’un d’entraîné à le faire, je savais où mettre mes poings, mes pieds, un couteau, je pensais être casse-couilles, mais j’accaparais des territoires parce que c’est ce qu’on m’avait appris. »

    S’il n’avait pas collaboré avec la justice, Luigi Bonaventura serait probablement aujourd’hui l’un des noms les plus puissants de la ’Ndrangheta. Mais depuis 2007, il a choisi de devenir cet adulte dont il a tant rêvé, terré sous son petit lit. D’abord pour ses propres enfants, encore très jeunes lorsque sa famille a intégré le programme de protection des collaborateurs de justice. Puis, à partir de 2012 et de ses premières prises de parole publique, pour ceux qui « subissent encore un #endoctrinement dans leur famille ».

    Depuis le mois de janvier, il est un des témoins phares d’un programme de #sensibilisation au phénomène mafieux dans les écoles italiennes. Il est aussi devenu l’un des plus fervents soutiens du protocole « #Libre_de_choisir », qui permet aux #jeunes issus des familles mafieuses d’expérimenter une vie #alternative, loin de chez eux : « Pour ma mère, pour mes frères et sœurs et pour moi, ça aurait été de l’or. »

    https://www.mediapart.fr/journal/international/290725/l-enfance-brisee-d-un-enfant-soldat-de-la-ndrangheta
    #ndrangheta #mafia #collaborateur_de_justice #criminalité_organisée #Italie #famille #Calabre #mineurs #enfance

    • #Liberi_di_scegliere

      Un progetto, una rete di supporto alle donne e ai minori che si allontanano dai contesti mafiosi.

      “Assicurare una concreta alternativa di vita ai soggetti minorenni provenienti da famiglie inserite in contesti di criminalità organizzata o che siano vittime della violenza mafiosa e ai familiari che si dissociano dalle logiche criminali.”

      Da qualche anno, su impulso del Tribunale per i Minorenni di Reggio Calabria, ha preso avvio un’azione di raccordo delle componenti istituzionali e sociali che si occupano a vario titolo della tutela dei minori attraverso “Liberi di scegliere”. Il progetto nasce con l’obiettivo di aiutare i giovani che vivono in contesti di criminalità organizzata di stampo mafioso ad affrancarsi da tali logiche che vincolano i membri più piccoli di famiglie mafiose ad un progetto di vita di tipo criminale. Ma al contempo si è rivelato una grande opportunità anche per quegli adulti, in particolare donne e madri, che si ritrovano in una situazione familiare e relazionale mafiosa contro la loro volontà o, dopo aver pagato il loro debito con la società, ritengono che quello mafioso non può più essere il contesto dove continuare a vivere e far crescere i propri figli.

      Nel concreto si prende in considerazione la possibilità dell’allontanamento dei minori dalle rispettive famiglie ed eventualmente la fattibilità di assicurare una reale alternativa ai familiari che si dissociano dalle logiche criminali, prevedendo lo spostamento temporaneo in altre regioni d’Italia. In questi anni abbiamo seguito 49 situazioni – persone singole e nuclei familiari - più di 120 persone. Attualmente sono 24 le situazioni che, in modi diversificati, accompagniamo: una cinquantina di persone, delle quali una decina i nuclei familiari e alcune coppie di fratelli.

      Nasce come protocollo interministeriale e vede l’attiva partecipazione della società civile. Nell’ultima versione del 31 luglio 2020 a sottoscriverlo sono: Ministero della giustizia, Ministero dell’interno, Ministero dell’istruzione, Ministero dell’università e della ricerca, Presidenza del Consiglio dei Ministri – Ministro per le pari opportunità e la famiglia, Direzione Nazionale Antimafia e Antiterrorismo, Conferenza Episcopale Italiana, Tribunale per i Minorenni di Reggio Calabria, Procura della Repubblica presso il Tribunale per i Minorenni di Reggio Calabria, Procura della Repubblica presso il Tribunale di Reggio Calabria, Libera. Associazioni, Nomi e Numeri contro le Mafie . Il Protocollo è stato, oltre che un gran lavoro, anche la formale legittimazione ad una azione di grande responsabilità civile che già da tempo veniva portando avanti. Da anni le stesse persone che integrano realtà istituzionali chiedono una mano alla nostra Associazione, per alcune delicate situazioni di sicurezza personale, che riguardano minori o adulti. Spesso ci si è trovati, e ci si trova, nell’urgenza di aiutare una persona o un nucleo familiare, a cambiare ambiente perché la loro casa, la loro città non sono più luoghi sicuri. Importante è tenere in considerazione che attualmente le persone, minorenni o adulti pur volendosi dissociare allontanandosi dall’ambiente criminale di origine, non possono essere tutelate in modo congruo dallo Stato in quanto non appartengono alla figura giuridica, attualmente prevista, del “collaboratore di giustizia” o del “testimone di giustizia”.

      Allontanati contemporaneamente dal loro territorio e dai rispettivi contesti familiari,questi ragazzi hanno la possibilità di sperimentare orizzonti culturali, sociali, affettivi, psicologici diversi arricchendo la propria vita di esperienze caratterizzate da sana e grande vitalità. Allo stesso tempo tale progettualità permette agli operatori della giustizia minorile, assistenti sociali, psicologi, famiglie affidatarie e comunità, di lavorare liberi dalle pressioni ambientali del contesto di origine. L’obiettivo del progetto non è indottrinare, ma semplicemente dimostrare a questi ragazzi, per un periodo di tempo, che fuori dagli spazi chiusi delle proprie case esiste un altro mondo, un’alternativa allo stile di vita che hanno conosciuto sino a quel momento... Non si chiede loro di rinnegare i padri e le madri, ma di offrire la possibilità a sé stessi di porsi la domanda: “davvero io voglio il futuro - questo futuro criminale - che la mia famiglia ha già scelto per me?”. La tesi da cui partiamo infatti è che tra questi soggetti criminali, siamo certi, moltissimi, avessero sperimentato contesti differenti avrebbero esercitato con maggior decisione la loro libertà di scegliere: scegliendo azioni alternative a quelle criminali. Non è un percorso senza difficoltà, tuttavia, la cura dedicata a ogni singolo percorso, l’assenza di automatismi e di freddezze burocratiche, resi possibili in molte occasioni da una buona collaborazione tra istituzioni e società civile, porta anche a risultati inaspettati.

      Contrasto efficace alla cultura mafiosa. Liberi di Scegliere si è rivelato da subito uno strumento potente di contrasto alla cultura mafiosa: fin dai primi momenti sono state le madri dei ragazzi, mogli dei boss mafiosi, a comprendere che ciò che offriva il Progetto era una reale possibilità sia per i loro figli come pure per loro stesse. Nasce così un capitolo inaspettato e ricco di conseguenze, dove si intuisce che l’adesione delle donne di mafia a questo Progetto, oltre che a portarle a scrivere pagine di vita nuova nelle loro storie personali, porta ad incrinare quella monolitica realtà familiare che costituisce uno dei punti di forza della cultura mafiosa.

      Ruolo della Società Civile. Le Istituzioni pubbliche anche quelle giudiziarie, pur con tanti limiti dovuti a prassi difficili da scalfire, sono sollecitate a mettere in gioco, in questo progetto, necessarie e indispensabili condizioni affinché un ragazzo possa sperimentare una possibilità differente di guardare e di ripensare la propria vita. Ma abbiamo constatato che la differenza, per un esito positivo, viene fatta dal coinvolgimento della società civile, “persone comuni” che nella quotidianità fanno percepire che è possibile ricominciare, che condividono i tanti timori e le gioie dei piccoli passi verso una maggior autonomia di pensiero e di scelte. Presenze amicali che condividono la fatica della scuola o del primo inserimento lavorativo, presenza di associazioni o gruppi di persone disposti ad accompagnare con empatia ed umanità questi percorsi di nuovo inizio, presenze amicali che sono determinanti affinché i ragazzi e gli adulti, coinvolti nel Progetto, possano attingere a quelle risorse di umanità e di libertà a lungo nascoste dentro di se.

      Nuove prospettive. Offrire la possibilità, a persone che sono condizionate dalla cultura criminale mafiosa, di scegliere se cambiare vita: è questo un progetto che per noi ha un sogno implicito, quello che Istituzioni, Società Civile, e le nostre stesse comunità, si chiedano la concreta disponibilità di favorire il futuro di un nuovo paese. Costruire insieme un paese dove le Istituzioni e la Società Civile, ciascuno secondo le proprie responsabilità, offrono una alternativa concreta ed efficace perché dei ragazzi e delle ragazze possano scegliere, lontano da condizionamenti criminali, guardando con speranza al futuro della loro vita. Tutto ciò significa togliere la motivazione che spesso porta molti giovani a delinquere, perché non sono state presentate a loro delle alternative concrete.

      https://www.libera.it/it-schede-1070-liberi_di_scegliere
      #femmes

  • Voix des femmes pastoralistes : leadership et resilience dans le mois de lutte pour les #droits_des_femmes

    Lire des extraits des contributions faites par des femmes pasteuralistes lors d’un webinaire tenu en mars 2025 dans le cadre de la préparation du 3e Forum mondial de Nyéléni.

    Dans le cadre du mois consacré à la lutte pour les droits des femmes travailleuses, les voix des #femmes_pastoralistes résonnent avec force depuis différentes régions du monde. Leur leadership, leur résilience et leur profonde connaissance de leurs territoires sont essentiels à la durabilité de leurs communautés et des écosystèmes qu’elles habitent. Lors d’un récent webinaire organisé par #WAMIP (l’Alliance Mondiale des Peuples Mobiles et des Pasteurs), Mamankhuu Sodnom de Mongolie, Megha Sheth d’Inde, Monicah Yator du Kenya et Marite Álvarez de Argentine ont partagé leurs expériences, leurs défis et les chemins vers l’autonomisation des femmes dans le pastoralisme.

    Mamankhuu Sodnom, coordinatrice régionale de WAMIP en Asie centrale et orientale, représentant l’Asie centrale, nous offre une vision d’une vie profondément liée aux traditions nomades. En tant que pasteure et productrice laitière à petite échelle depuis plus de 60 ans, Mamankhuu fait face à la menace urgente de l’expansion des #compagnies_minières qui envahissent ses #pâturages. Cette appropriation des terres met en péril son mode de vie et, par conséquent, les moyens de subsistance des femmes et des familles qui dépendent de l’élevage. Face à ces défis, Mamankhuu souligne la nécessité de valoriser les produits pastoraux et l’importance de préserver et de transmettre ses connaissances ancestrales aux générations futures, y compris aux jeunes femmes. Son active collaboration avec le gouvernement mongol dans le cadre de l’Année Internationale des Pâturages et des Pasteurs (IYRP) met en évidence l’importance de faire entendre et considérer les voix des femmes pastoralistes dans les politiques qui affectent leurs vies.

    Depuis la région aride et semi-aride de Kutch, dans l’ouest de l’Inde, Megha Sheth, de WAMIP et de l’Alliance des Pastoralistes d’Asie du Sud en Inde, a présenté un exemple inspirant de leadership féminin dans la gestion des pâturages communautaires. Reconnaissant que le pastoralisme est bien plus qu’une occupation, mais une véritable manière de vivre qui offre des solutions à diverses crises, Megha et l’alliance des femmes pastoralistes Maldhari ont lancé un projet pilote dans dix villages. En formant des comités de gestion des pâturages dirigés par 110 femmes pasteures, elles ont répondu au problème de la réduction et de la dégradation des terres de pâturage. Ces femmes ont été formées à la cartographie des terres, au leadership, aux plans de développement des pâturages et aux pratiques de restauration durable. Le résultat fut remarquable : sous leur leadership et grâce à leur savoir traditionnel, elles ont réussi à présenter des résolutions à l’échelle locale et à obtenir la reconnaissance officielle des titres fonciers pour 2 080 acres de pâturages. De plus, elles ont mis en place des pratiques de restauration, telles que le nettoyage et le nivellement des terrains ainsi que la plantation d’herbes indigènes résilientes au climat. Cet effort collectif a permis de régénérer et restaurer plus de 100 acres de pâturages, bénéficiant à plus de 1 020 familles. L’expérience des pastoralistes Maldhari démontre comment le leadership des femmes peut assurer la durabilité écologique et économique de leurs communautés, tout en promouvant leurs droits formels et leur gouvernance foncière.

    Depuis WAMIP en Afrique de l’Est et Australe, Monicah Yator, une fière pastoraliste du Kenya et fondatrice de l’Initiative des Femmes et Filles Autochtones, a décrit les profondes barrières socio-culturelles auxquelles les femmes sont confrontées dans leurs communautés, mises en évidence par leur absence dans les espaces de prise de décision concernant les biens communs. Bien qu’elles soient le pilier fondamental pour nourrir leurs familles, souvent avec une propriété limitée du bétail, les femmes pastoralistes sont gravement affectées par les défis environnementaux tels que le changement climatique et les inondations, ainsi que par la marginalisation politique et le manque de représentation dans les organes de gouvernance. L’insuffisance des infrastructures dans leurs territoires rend encore plus difficile leur connexion et leur mobilisation. Monicah a souligné l’urgente nécessité de cadres politiques reconnaissant et protégeant le pastoralisme en Afrique, garantissant les droits d’usage et de propriété foncière. Elle a également mis en avant l’importance d’aborder la résilience à la sécheresse et l’adaptation au changement climatique sous un angle genre, ainsi que d’améliorer l’accès aux services sociaux et à l’éducation pour les enfants pastoralistes. Enfin, Monicah appelle à la reconnaissance et au soutien du pastoralisme comme mode de vie par les gouvernements, et à la protection des droits des femmes pastoralistes confrontées à des défis tels que le déplacement et la perte de moyens de subsistance en raison des conflits.

    Marite Álvarez, représentante des organisations pastoralistes en Argentine et coordinatrice régionale de WAMIP pour l’Amérique latine, a mis en lumière les menaces croissantes pesant sur les territoires pastoraux dans la région en raison de l’intensification de l’extractivisme, de l’agronegocio et du tourisme. Elle a exprimé un espoir ferme que l’Année Internationale des Pâturages et des Pasteurs (IYRP) 2026 constitue un moment décisif pour relever ces défis, notamment le manque de reconnaissance de la valeur du pastoralisme en Amérique latine, l’absence de politiques protégeant les droits territoriaux et la nécessité d’un plus grand soutien aux organisations pastoralistes à travers des modèles de développement alternatifs et une meilleure visibilisation des expériences et revendications des pastoralistes latino-américains au niveau mondial. Elle a insisté sur l’importance de la participation à des espaces mondiaux pour identifier les problèmes communs et s’assurer que la visibilisation de l’IYRP se traduise par des programmes de soutien concrets pour les organisations et familles pastoralistes, en valorisant leur contribution à la souveraineté alimentaire, en luttant contre la marchandisation et en garantissant la qualité des aliments ainsi que l’accès aux droits.

    Lors du webinaire, l’importance cruciale du pastoralisme pour la durabilité des écosystèmes, la préservation culturelle et la garantie de la souveraineté alimentaire a également été soulignée. En tant que mode de vie millénaire, résilient et durable, le pastoralisme est un exemple vivant de souveraineté alimentaire en action, menacé par l’accaparement des terres, le changement climatique et des politiques favorisant l’agronegocio. Dans ce contexte, le processus Nyéléni, né du forum de 2007 au Mali, a été présenté comme une lueur d’espoir pour les mouvements en faveur de la souveraineté alimentaire, et l’importance du 3e Forum Global Nyéléni au Sri Lanka en septembre 2025 a été mise en avant comme un moment clé pour l’unité et l’action de base, inspirant le chemin vers l’IYRP 2026.

    Le rôle central des femmes pastoralistes et d’autres productrices alimentaires à petite échelle dans diverses régions du monde est essentiel à la subsistance de leurs communautés et à la gestion durable des ressources naturelles. Il est crucial de garantir leurs droits fonciers et d’accès aux ressources, de promouvoir leur leadership et leur participation à la prise de décision, et de mettre en œuvre des politiques reconnaissant et valorisant leur savoir traditionnel ainsi que leur contribution à la souveraineté alimentaire et à la préservation des écosystèmes. En ce mois de lutte pour les droits des femmes, les voix des femmes pastoralistes de WAMIP nous rappellent l’importance de renforcer et de soutenir leur leadership et leur résilience au niveau mondial.

    https://capiremov.org/fr/experiences/voix-des-femmes-pastoralistes-leadership-et-resilience-dans-le-mois-de-lu

    #femmes #pastoralisme #montagne #mines #extractivisme #élevage #terres #nomadisme #pâturages_communautaires #foncier #titres_fonciers #Maldhari #souveraineté_alimentaire #résistance #accaparement_des_terres

  • Le20h-France Télévisions sur X : "🔴🇵🇸 Gaza : « On parle de 600 personnes tuées pendant des distributions alimentaires. C’est du jamais-vu. D’humanitaire, cette fondation n’en a que le nom. La GHF est un simulacre » dénonce Michel Lacharité (Médecins Sans Frontières). #JT20h "
    https://x.com/le20hfrancetele/status/1940504250166972613

    https://video.twimg.com/amplify_video/1940489023174086656/vid/avc1/1280x720/8IBKEHYnPK_-O2lN.mp4?tag=16

  • Soutien au maire d’#Andilly décidé à changer le nom de la rue « Nègre »

    Cher #Sylvain_Fagot, Le 21 avril dernier, la télévision France 3 nous apprenait que votre municipalité de Charente-Maritime, de 3 000 habitants, souhaitait s’engager une démarche de changement de nom pour la rue « Nègre ». Je tiens sincèrement à vous exprimer tout notre soutien moral pour cette démarche et vous féliciter pour cette initiative.

    Celle-ci requiert en effet beaucoup de courage car, en cette période, il faudra affronter des vents contraires. C’est pourtant vous qui, assurément, êtes dans le sens de l’Histoire.

    Depuis plusieurs années nos concitoyens sont nombreux à s’émouvoir et à dénoncer des appellations surgies de l’époque terrible de l’esclavage des noirs qui heurtent les valeurs républicaines d’égalité et de fraternité.

    Le nom « Nègre » est étroitement lié à une période où les préjugés raciaux et la discrimination étaient monnaie courante. Ce terme rappelle une époque où les individus étaient jugés en fonction de leur couleur de peau, plutôt que de leurs compétences, de leur caractère ou de leurs contributions à la société. Ces dénominations reflètent, en effet, une époque révolue où des termes inappropriés et offensants étaient couramment utilisés. En tant que société évoluée, il est de notre devoir de faire preuve de respect et de considération envers toutes les personnes, indépendamment de leur origine ethnique.

    La romancière Basque, Marie Darrieussecq disait « Le mot négresse est une insulte atroce. C’est un mot qui a été utilisé et créée pour l’esclavage. Il faut absolument changer ce nom. Les gens d’ici ne se rendent pas compte que quand on amène quelqu’un de l’extérieur, ici ou de l’étranger, la personne est choquée. Nous sommes en 2020, il faut en finir » (Journal Sud-Ouest, 1 déc.20)

    Parce que notre #responsabilité face au #racisme implique de s’engager activement à démanteler les structures et les attitudes qui perpétuent la #discrimination_raciale, nous devons agir en faveur d’un changement d’#odonymie respectueux de l’évolution de nos sociétés. Le moment est venu de reconnaître l’importance du langage dans la construction de notre société et de notre identité collective. En choisissant de maintenir ces appellations, nous perpétuons involontairement les stigmates du passé et contribuons à maintenir une culture de nonchalance envers la dignité humaine.

    C’est dans cette histoire de progrès humaniste, poursuivie par de nombreuses villes dans le monde, que votre décision se situe :

    – En 2014, à Aulnay-sous-Bois, le « carrefour de la Négresse » a été renommé « carrefour des Droits de l’Homme » par le conseil municipal.
    – En 2015 au Québec, la Commission de la toponymie a renommé onze lieux contenant le mot « nègre », en français ou en anglais, estimant qu’ils étaient susceptibles de « porter atteinte à la dignité des membres de la communauté noire ».
    - L’aéroport et la gare de Biarritz ont changé l’appellation "la négresse", ainsi que le Café Negro de Bayonne et la pharmacie « la négresse » qui ont supprimé de leur devanture ce nom unanimement réprouvé par la conscience mondiale progressiste.
    - Enfin en février 2025, au sujet de la rue et du quartier de la Négresse à Biarritz, la Cour administrative d’appel de Bordeaux a estimé que, « quelles que soient l’origine supposée de cette appellation et sa dimension historique », celle-ci porte bien « atteinte à la dignité de la personne humaine ». Leurs noms devraient changer le mois prochain, la ville de Biarritz ayant déjà fait des propositions.

    Votre démarche s’inscrit donc bien dans une dynamique tant nationale qu’internationale, de justice et de reconnaissance. C’est aussi une question de décence.

    En effet, si au sujet des noms de lieux honorant des négriers, notre association a toujours plaidé pour la pédagogie (et nous avons demandé et obtenu la pose de plaques explicatives à Bordeaux, Nantes, La Rochelle et Le Havre), en revanche, certaines appellations ne sont plus acceptables. Aussi, les mots « nègre » et « négresse », quelles que soient leurs origines, constituent aujourd’hui une injure pour une communauté qui a tant participé à l’édification de la France (travail des esclaves, ressources coloniales, tirailleurs africains, performances sportives et culturelles…).

    Le changement de nom de la rue « Nègre » de votre ville est donc une étape positive vers une société plus inclusive et respectueuse. En optant pour un nom qui reflète les valeurs de diversité, d’égalité et de compréhension mutuelle, nous montrons notre engagement envers un avenir où chacun se sent accepté et respecté, indépendamment de sa couleur de peau, de son origine ou de son passé.

    Le pouvoir des mots ne doit pas être sous-estimé. En effet, ni la taille d’une ville, ni le nombre d’habitants, ni la présence ou non de populations concernées par l’appellation, ne devrait peser dans la décision de retirer toute appellation portant atteinte à la dignité de la personne.

    En choisissant des noms qui célèbrent notre patrimoine culturel et notre diversité, nous envoyons un message fort aux générations futures. Nous leur montrons que nous avons appris des erreurs du passé et que nous aspirons à créer un monde où chacun a sa place et où les blessures du passé sont guéries. D’ailleurs, votre hôtel de ville, située « rue de la paix », est une belle odonymie, à laquelle vous faîtes honneur.

    Le changement du nom de la rue « Nègre » donc une occasion de contribuer à la réconciliation, à l’éducation et à la croissance continue de notre société. Ensemble, nous pouvons bâtir un avenir meilleur et plus respectueux pour tous.

    En vous souhaitant de réussir dans cette démarche, digne et estimable, je vous prie d’agréer, Monsieur le Maire, mes salutations respectueuses.

    https://blogs.mediapart.fr/karfa-sira-diallo/blog/300425/soutien-au-maire-dandilly-decide-changer-le-nom-de-la-rue-negre
    #toponymie #noms_de_rue #toponymie_politique #nègre

  • Sulle tracce della Storia

    Attraverso azioni di #guerriglia_odonomastica, il collettivo bolognese #Resistenze_in_Cirenaica accende i riflettori su una delle pagine più buie della Storia italiana: l’epoca coloniale.

    Padre Reginaldo Giuliani, Antonio Locatelli, Duca d’Aosta, Tripoli e Amba Alagi sono figure e luoghi legati al colonialismo italiano. Questo, però, non è l’unico aspetto che condividono. A tutti loro, infatti, Bolzano ha dedicato anche una strada: via Giuliani, via Locatelli, via Amba Alagi, via Duca d’Aosta si trovano nei pressi di piazza Vittoria; via Tripoli è un po’ più nascosta e sorge nelle vicinanze di via Fago. Se su alcuni monumenti che rimandano a una delle pagine più buie della Storia italiana – come il Monumento alla Vittoria o il bassorilievo di Piffrader – sono stati operati dei processi di ricontestualizzazione storica, rispetto all’odonomastica il dibattito culturale e accademico – a Bolzano come in tantissime altre città italiane – non ha prodotto ancora interventi concreti a livello strutturale.

    Di fronte a questo generale rimosso collettivo, in Italia e in Europa, si segnalano alcune eccezioni. Nel 2017, per esempio, il comune di Udine ha eliminato piazza Cadorna, modificandone l’odonimo in piazzale Unità d’Italia. Lo stesso anno a Madrid ha avuto luogo un lavoro di risignificazione ancora più profondo, quando l’amministrazione comunale ha eliminato 52 odonimi intitolati a Franco e ad altri personaggi della dittatura. A Berlino, invece, l’articolo 5 del Berliner Straßengesetzes prevede per legge la ridenominazione delle strade con riferimenti a “pionieri e sostenitori del colonialismo, della schiavitù e delle ideologie razziste-imperialiste”. A fianco di queste poche iniziative istituzionali, nell’ultimo decennio sono germogliate anche realtà che, coniugando ricerca e attivismo, intervengono con azioni di guerriglia odonomastica dal forte impatto storico, politico e sociale. L’esperienza che ha fatto da apripista a questo tipo di operazioni è quella del collettivo Resistenze in Cirenaica (RIC) di Bologna.

    Il rione resistente

    “Partendo dalle strade e dai luoghi dedicati al colonialismo italiano, Resistenze in Cirenaica intende operare una profonda critica storica e avviare processi di condanna politica per colmare il vuoto prodotto dalla rimozione delle tracce del colonialismo nella Storia, nella cultura e nella psiche del Paese”. Lo scrittore, traduttore e regista Jadel Andreetto, insieme a Mariana Eugenia Califano fondatore e anima del collettivo bolognese, descrive così gli obiettivi principali del cantiere culturale permanente nato nel 2015. A Bologna, il rione Cirenaica fu edificato durante gli anni della guerra italo-turca del 1910-1911. Proprio per celebrare l’impresa coloniale in Tripolitania e Cirenaica, nel 1913 una delibera del Consiglio Comunale approvò gli odonimi via Tripoli, via Bengasi, via Libia, via Due Palme, via Zuara, via Homs, via Cirene per il reticolo di strade comprese tra via San Donato e via San Vitale. “Nel 1949, la giunta comunale guidata dal sindaco Dozza, però, modificò i nomi delle strade della Cirenaica: il racconto condiviso dalla collettività non avrebbe più celebrato i luoghi del colonialismo fascista, ma avrebbe onorato i partigiani che contribuirono alla Liberazione di Bologna”, spiega Andreetto. Via Tripoli divenne via Paolo Fabbri, via Bengasi via Giuseppe Bentivogli, via Zuara prese il nome di via Massenzio Masia, via Due Palme quello di Mario Musolesi e così via. Solo un odonimo rimase immutato: via Libia.

    Questo è il terreno da cui nasce Resistenze in Cirenaica. L’uso del plurale è d’obbligo, perché, come puntualizza Andreetto, “plurale e meticcia fu la Resistenza al nazifascismo in Italia: tra i partigiani, infatti, c’erano persone Nere, disertori tedeschi, polacchi, turchi di origine ebraica, addirittura mongoli”. Le prime tracce dell’iniziativa risalgono al 2012, quando nel rione venne costruito un palazzo adiacente a uno spazio verde, fino a quel momento gestito autonomamente dagli abitanti della zona. “La proprietà dell’immobile avrebbe voluto includere nell’area di sua competenza anche il giardinetto, ma il quartiere si oppose con una mobilitazione trasversale”, racconta Andreetto. Il giardino rimase uno spazio pubblico, ma a questo punto necessitava di un’intitolazione. Sulla scia di quanto accaduto nel 1949, il quartiere propose di intitolarlo a Lorenzo Giusti, ferroviere e partigiano anarchico. “Avevamo già preparato una targa – ricorda l’attivista, – ma il Comune ne appose una diversa, la cui descrizione recitava ‛amministratore comunale’, poiché Giusti fu anche assessore”. I residenti della Cirenaica non poterono fare altro che coprire questa scritta con un adesivo che definiva Giusti “partigiano anarchico”, in linea con la volontà della famiglia e con la Storia del rione.

    Tre anni dopo la conquista di questo giardino, il 15 settembre 2015, il collettivo organizzò poi il primo trekking urbano lungo le strade della Cirenaica, a cui parteciparono 3.500 persone. Utilizzando un formato che intrecciava narrazione e performance musicale, Andreetto e soci raccontarono le storie “doppie” delle vie del rione, quelle legate al passato coloniale e quelle dei partigiani da cui ancora oggi prendono il nome. “L’obiettivo finale della nostra prima azione fu via Libia, l’unica ad aver mantenuto l’odonimo legato al colonialismo”, ricorda Adreetto. La notte prima dell’evento gli attivisti modificarono i cartelli ufficiali lungo tutta la via e, così, al mattino la Cirenaica si svegliò con una nuova strada, via Vinka Kitarović, in onore della partigiana croata che, dopo essere stata deportata in Italia, fuggì dalla prigionia e si unì alla Resistenza.

    La guerriglia odonomastica

    “Questa prima azione fu importante e non la rinneghiamo, ma capimmo subito che per raccontare in maniera più efficace la Storia avremmo dovuto percorrere una strada diversa”, afferma Andreetto. La rinominazione, quindi, è un’azione che oggi il collettivo utilizza solo in situazioni specifiche. Accade, per esempio, ogni otto marzo, quando il gruppo reintitola informalmente “piazzetta delle Partigiane” lo spazio che il Comune ha battezzato “piazzetta degli Umarells” o quando individua un luogo ancora “senza nome”, come capitato per lo spiazzo dedicato informalmente a Sylvia Pankhurst, giornalista inglese che per prima denunciò le violenze del colonialismo italiano in Etiopia, o a Violet Gibson, la donna anglo-irlandese che il 7 aprile 1926 sparò a Benito Mussolini e che dopo il fallito attentato venne estradata a Londra e rinchiusa nell’Ospedale per malattie mentali di Northampton, dove morì nel 1956.

    Una delle azioni a cui Resistenze in Cirenaica ricorre ancora spesso, invece, è la risignificazione delle vie. “Le parole sono incantesimi e quindi, attraverso il suo odonimo, ogni spazio che attraversiamo ci racconta una storia”, riprende Andreetto. Pertanto per esorcizzare il male evocato da un odonimo, per esempio “Libia”, il Collettivo agisce una “magia bianca”, attraverso un adesivo descrittivo – “luogo di crimini del colonialismo italiano” – e un QR Code che ne racconta la Storia. In questi dieci anni, inoltre, il gruppo bolognese ha dato vita anche a diversi progetti multimediali. Viva Zerai! è la mappa interattiva dei luoghi di una sterminata “topografia colonialista” fatta di edifici, monumenti, odonimi, lapidi e fantasmi che incarnano nel paesaggio l’eredità coloniale italiana. Secondo coordinate analoghe si muove anche Bennywise, una cartina dell’Italia in cui vengono segnalate le città che hanno dato e riconfermato la cittadinanza onoraria a Mussolini e ad altri gerarchi fascisti.

    Andreetto confessa che “ricostruire il quadro delle città ‛infestate’ è un’operazione complessa, perché non esiste un archivio ufficiale o un elenco completo e le informazioni sono spesso frammentarie”. Le segnalazioni pervenute a RIC, quindi, provengono perlopiù da privati cittadini e dalla stampa locale di tutta Italia. A oggi è emerso un quadro per certi versi curioso: ci sono città che dopo il 1945 hanno immediatamente revocato la cittadinanza a Mussolini – Napoli, Matera, Latina – e altre invece che anche in tempi recenti l’hanno riconfermata. Tra queste molte città governate dal centrosinistra, come Bologna, secondo cui la revoca costituirebbe un’operazione di cancel culture. “Noi siamo convinti che sia esattamente il contrario: togliendo le onorificenze a chi ne è indegno si sollecita la Storia e si incentiva un dibattito, mentre è proprio mantenendole che si evita il confronto critico con il passato e, quindi, lo si cancella”, sottolinea l’attivista.

    La Federazione delle Resistenze

    Accendendo i riflettori su una questione ancora molto attuale, il lavoro di Resistenze in Cirenaica ha catturato l’attenzione di collettivi e gruppi di altre città, portando presto la pratica della guerriglia odonomastica oltre i confini del capoluogo emiliano. Il primo contatto con l’“esterno” avviene nel 2020, poco prima del lockdown, quando RIC viene contattata da alcuni cittadini di Reggio Emilia, interessati a intervenire sui nomi coloniali delle strade della propria città. È il primo tassello di un puzzle più grande che prende il nome di Federazione delle Resistenze e che oggi conta molte città, tra cui Padova, Milano, Carpi, Lodi, Salò, Brescia, Roma e Palermo. La base del lavoro delle Resistenze è il rigore storico, ma l’ambito in cui si muove ciascuna esperienza è soprattutto la strada. Questo approccio ritorna anche nelle collaborazioni che gli attivisti della Cirenaica hanno instaurato con diverse Università di tutto il mondo – dall’Italia alla Germania, dalla Serbia agli Stati Uniti. “In questi momenti condividiamo le nostre pratiche in una parte teorica e con dei workshop, ma poi chiediamo ai partecipanti di portare in strada le loro conoscenze attraverso azioni di guerriglia odonomastica”, spiega Andreetto.

    È quanto successo, per esempio, in occasione di una conferenza che RIC ha tenuto alla Scuola IMT Alti Studi di Lucca. Qui, dopo aver partecipato a una lezione, gli studenti hanno guidato due trekking urbani lungo le vie e i monumenti della città dedicati al colonialismo. Ovviamente, la guerriglia odonomastica va declinata in base al contesto in cui ci si trova ad agire. "A Belgrado, operare in strada può essere particolarmente rischioso per via della presenza di gruppi di estrema destra legati a doppia mandata con la Russia, e quindi insieme alla realtà locale e a uno storico serbo abbiamo pianificato un intervento che fosse innocuo per chi lo avrebbe allestito e, successivamente, per chi ne avrebbe usufruito”. Da questo incontro è scaturito il progetto Landmark-Question mark, che ha visto le strade della capitale serba tappezzate con un punto di domanda rosso e un QR Code, che permetteva di accedere ai contenuti storici.

    “Il lavoro accademico è fondamentale, ma la Storia è viva e deve tornare a circolare in strada. Ed è proprio in questa dimensione on the road che continueremo a operare”, conclude Andreetto. Attualmente Resistenze in Cirenaica è impegnato nell’Operazione Guastafeste – “progetto nato per decostruire il mito nazionalista, colonialista e guerrafondaio dell’impresa di Fiume e della figura di D’Annunzio” – e porta avanti varie collaborazioni con altre realtà italiane e internazionali interessate ad applicare i princìpi della guerriglia odonomastica nella propria città. Ad aprile, il collettivo bolognese toccherà anche Bolzano, per una due giorni allo Spazio autogestito 77 (vedi infobox). Un impegno che non conosce sosta, quello di Resistenze in Cirenaica, ma d’altra parte, se le iniziative di un piccolo gruppo di persone partito da un rione di Bologna continuano a riverberarsi in tutto il mondo, appare evidente che la guerriglia odonomastica nelle sue varie declinazioni sia ancora oggi una pratica necessaria per contrastare le tenebre della rimozione storica e le narrazioni tossiche che infestano le nostre città.

    https://salto.bz/it/article/31032025/sulle-tracce-della-storia
    #toponymie #toponymie_coloniale #Italie #colonialisme_italien #Italie_coloniale #traces_coloniales #noms_de_rue #Bologne #Bologna

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    ajouté à la métaliste sur le colonialisme italien:
    https://seenthis.net/messages/871953

    • Traduit en français :
      “Sur les traces de l’Histoire coloniale italienne” un texte de doctrine pour l’action odonymique décoloniale

      Néotoponymie publie ici un texte traduit par Cristina Del Biaggio. L’article original, de Alessio Giordano, a été publié le 3 avril 2025 dans le quotidien en ligne SALTO, journal bilingue du Haut-Adige (Italie), sous le titre “Sulle tracce della Storia“.
      L’article retrace les activités collectif activiste décolonial Resistenze in Cirenaica, basé à Bologne. Par le biais notamment d’actions dites de “guérilla odonymique” le collectif entend mettre en lumière l’une des pages les plus sombres de l’histoire italienne : l’ère coloniale. Ce texte témoigne de l’usage de performances toponymiques sur la signalétique par remplacement ponctuel de nom par affichage sur une plaque officielle, ou plus souvent par ajouts explicatifs.

      https://neotopo.hypotheses.org/10471
      ici aussi :
      https://seenthis.net/messages/1111530

  • China redefines semiconductor country of origin amid trade war | Al Mayadeen English
    https://english.almayadeen.net/news/technology/china-redefines-semiconductor-country-of-origin-amid-trade-w

    The China Semiconductor Industry Association announced on Friday a major revision to its rules regarding the country of origin for semiconductors, now requiring that the location of the manufacturing facility — not the site of assembly — will determine a product’s origin.

    “According to the provisions related to the rule of definition of the country of origin of goods without benefits, the place of creation of the integrated circuits will be defined on the basis of the principles of change of the four-digit tariff number, which means that the place of production will be considered as the place of origin,” the association said in a statement.

    Under the new rules, manufacturers bringing semiconductors into China must list the country where the production factory is located in their customs declaration, regardless of where the microchips were packaged. Previously, companies were allowed to declare the country of final assembly as the origin.

    Experts cited by China’s NetEase news portal noted that the rule change will have varied impacts on American firms. Companies like Nvidia, Apple, Qualcomm, and Marvell, which largely manufacture and test their products in Asia, are expected to experience minimal disruption.

    Meanwhile, companies with substantial production operations within the United States, including Intel, GlobalFoundries, Texas Instruments, and Micron, are likely to face negative consequences, particularly with the imposition of new import tariffs.

    • les conventions de classification, c’est le côté fascinant des « statistiques » !
      je mets des guillemets parce qu’on voit bien, ici, combien la question n’est pas seulement technique…

      Et donc, ici, il s’agit de la détermination du #pays_d'origine (de la marchandise, s’entend…) Sur ce sujet, chaque pays – ou presque – fait ce qu’il veut (ça fait, éventuellement, partie des accords de libre-échange)

      cf. p. ex. ce site suisse :
      Que signifie le pays d’origine d’un produit ? | secom
      https://swiss-export-compliance.com/fr/blog/que-signifie-le-pays-dorigine-dun-produit

      Quelles sont les conditions pour déterminer le pays d’origine ?
      Une marchandise est considérée comme une marchandise originaire au sens des accords de libre-échange et peut faire l’objet d’une preuve d’origine lorsqu’elle remplit l’une des conditions suivantes, pour la Suisse :
      • la marchandise est entièrement obtenue en Suisse (produit indigène)
      Il s’agit par exemple de produits qui ont été extraits du sol ou de plantes récoltées en Suisse.
      • la marchandise est suffisamment ouvrée en Suisse.
      Le produit doit avoir subi un changement significatif d’apparence, de forme et de nature. 
      • la marchandise est composée de produits originaires d’un Etat contractant (partenaires d’un accord de libre-échange), insuffisamment ouvrés en Suisse (cumul)
      Tel est le cas lorsque les produits originaires d’un Etat contractant sont insuffisamment ouvrés en Suisse (c.-à-d. dans une moindre mesure que celle exigée ci-dessus).
      Dans ce cas, ces produits originaires peuvent être, dans le cadre d’un accord, assimilés aux produits originaires suisses ; on ne doit ainsi pas en tenir compte lors du calcul de la part des produits non originaires autorisés.
      • la marchandise a été importée avec une preuve d’origine, puis réexportée en l’état. Il s’agit de marchandises importées en Suisse avec une preuve d’origine établie dans un Etat contractant puis réexportées en l’état dans un autre Etat contractant du même accord ou de la même zone de cumul. 

      Quels sont les procédés qui ne confèrent pas l’origine d’un produit ?
      Un certain nombre de procédés mineurs de fabrication n’ont aucune conséquence sur le pays d’origine du produit. Les ouvraisons telles que le simple mélange, l’assemblage, le remplissage etc. ne sont jamais considérés ouvraisons suffisantes, même si les conditions de la liste sont ainsi satisfaites.
      L’accord avec le Canada contient des règles différentes.
      Les importateurs dont les produits subissent de tels processus doivent prendre des mesures pour identifier le pays où le produit est réellement fabriqué.
       
      Cet article donne un aperçu de l’utilisation et de l’établissement des preuves d’origine. Des explications détaillées et des accords peuvent être trouvés dans le site de l’office déféral de douanes de la confédération.

      un bel exemple de #barrière_non_tarifaire
      https://fr.wikipedia.org/wiki/Obstacle_non_tarifaire_aux_échanges

    • si vraiment DJT veut tout casser le commerce mondial, je lui suggérerai de retirer les États-Unis de l’Organisation mondiale des douanes (OMD) et de fabriquer une nouvelle nomenclature de marchandises perso…

      l’OMD gère et maintient le #Système_Harmonisé (SH ou, plus fréquemment, codification HS), sur lequel :
      • l’Union européenne construit sa #Nomenclature_combinée (NC) (en gros HS à 6 chiffres + 2 chiffres spécifiques)
      https://taxation-customs.ec.europa.eu/customs-4/calculation-customs-duties/customs-tariff/combined-nomenclature_fr
      • les États-Unis utilisent un #Harmonized_Tariff_Schedule ou #HTS (HTSUS) composé du HS à 6 chiffres suivi de 4 autres chiffres pour les sous-catégories
      cf. p. ex.
      https://wise.com/us/import-duty/hts-code

    • Organisation mondiale des douanes
      https://www.wcoomd.org/fr

      Pays membres

      • Pays non-membres (c’est plus difficile à trouver… je suis parti d’une liste ancienne dont j’ai supprimé les adhésions récentes – p. ex. les Salomon en 2023, Palaos en 2024)
      Saint-Christophe-et-Niévès, Saint-Vincent-et-les-Grenadines, Grenade, Dominique, Corée du Nord, Liechtenstein, Monaco, Saint-Marin, Cité du Vatican, Micronésie, Kiribati, Îles Marshall, Tuvalu, Nauru, Îles Cook, Niue, Taipei (Taïwan), République sahraouie

  • Paris nomme une avenue #Alexeï_Navalny à proximité de l’ambassade de #Russie

    A la veille du premier anniversaire de la mort du plus célèbre opposant au Kremlin de Vladimir Poutine, le 16 février 2024, le Conseil de #Paris a voté pour qu’une partie de l’avenue de Pologne, dans le 16ᵉ arrondissement, porte son nom.

    A l’unanimité, le Conseil de Paris a voté, mercredi 12 février, la création d’une #avenue_Alexeï-Navalny, dans le 16e arrondissement. Aucune date n’a encore été fixée pour l’inauguration. Mais, symboliquement, ce vote a eu lieu à la veille du premier anniversaire de la mort du plus célèbre des opposants au Kremlin de Vladimir Poutine, mystérieusement décédé le 16 février 2024 dans sa prison du grand nord russe.

    La dénomination « avenue Alexeï-Navalny » sera attribuée au côté impair de l’avenue de Pologne. C’est une #dérogation à la règle habituelle : le nom d’une personnalité ne peut normalement être attribué à une voie publique que cinq ans au plus tôt après son décès. « Le choix du 16e arrondissement s’appuie sur deux raisons : cet arrondissement fut historiquement celui de la diaspora russe parisienne et il abrite également l’ambassade de Russie », est-il expliqué dans un communiqué la Ville de Paris. Elle assure avoir dérogé à la règle en raison de l’importance des « engagements » et « accomplissements » de « la figure de #résistance qu’Alexeï Navalny incarnait face à la dictature de Vladimir Poutine ».

    « Geste important et symbolique »

    Empoisonné le 20 août 2020 dans l’avion le conduisant à Moscou après une tournée des quartiers généraux de son mouvement en Sibérie, l’opposant a ensuite été transporté à Berlin, où il est resté dix-huit jours dans le coma. Il a été arrêté le 17 janvier 2021, dès son retour en Russie, où il a ensuite été condamné à de lourdes peines, notamment à dix-neuf ans de prison pour « extrémisme ».

    « Je suis sincèrement reconnaissante à la ville de Paris et au 16e arrondissement pour leur décision d’immortaliser le nom d’Alexeï Navalny dans cette cité qu’il aimait tant », a confié au Monde Olga Mikhaïlova, l’avocate historique d’Alexeï Navlany, désormais réfugiée politique à Paris. L’avenue de Pologne n’a pas été choisie par hasard : elle se trouve à deux pas de l’ambassade de Russie à Paris. « Il s’agit d’un geste important et symbolique, rappelant son courage et son désir d’une Russie libre, démocratique et pacifique », insiste Olga Mikhaïlova, ajoutant : « Cela me semble juste que les employés de l’ambassade voient désormais le nom de Navalny tous les jours – le nom d’un homme qui a sacrifié sa vie pour défendre ses principes. »

    https://www.lemonde.fr/politique/article/2025/02/14/paris-nomme-une-avenue-alexei-navalny-a-proximite-de-l-ambassade-de-russie_6
    #toponymie #toponymie_politique #France #Ukraine #noms_de_rue

  • Les #arbres en #ville : pourquoi il n’y a pas que le #nombre qui compte

    Combien d’arbres faudrait-il idéalement dans nos villes pour nous permettre de vivre dans des environnements frais, sains et agréables ?

    En tâchant de répondre à cette question, les chercheurs en écologie, Alain Paquette, Serge Muller et Bastien Castagneyrol rappellent au passage que beaucoup d’autres paramètres doivent être pris en compte pour verdir la ville au bénéfice de tous. Cette analyse est tirée de la conclusion de l’ouvrage qu’ils ont coordonné De l’arbre en ville à la forêt urbaine aux éditions Quae pour la France, et aux Presses de l’Université du Québec pour la distribution québécoise.

    De nombreuses études montrent un lien direct entre l’importance des arbres dans l’environnement urbain (habituellement rapporté par l’indice de canopée) et les effets sur la santé humaine, physique et mentale.

    Mais combien faut-il d’arbres ? Il n’y a pas de chiffre magique, bien que plusieurs aient été proposés. Pendant vingt ans, le chiffre de 40 % a circulé. Quarante pour cent, ce serait l’indice de canopée souhaitable, c’est-à-dire la proportion de l’espace urbain, qui serait occupée par les arbres si l’on regardait une ville d’en haut. Ce chiffre a été établi dans un article d’American Forests publié en 1997 après avoir analysé le couvert végétal de dizaines de villes aux États-Unis.

    Mais en janvier 2017, ce même organisme se rétractait, arguant que beaucoup d’autres facteurs étaient à considérer (densité de population, du bâti, climat, autre couvert végétal), et que la recherche des dernières années ne cautionnait plus cette valeur. Très récemment, d’autres auteurs ont établi que si la canopée d’une ville atteignait les 30 %, la température moyenne pourrait baisser d’environ un demi-degré et réduire d’un tiers les décès prématurés liés aux canicules. Trente pour cent, c’est moins que 40 %, mais c’est le double de la moyenne actuelle de l’indice de canopée des principales grandes villes à l’échelle mondiale.

    Des programmes souvent sans objectif clair

    Quel est l’indice de canopée souhaitable ? Trente pour cent ? Quarante pour cent ? Il n’y a pas de consensus, mais il est clairement apparu au travers des chapitres de l’ouvrage que la question n’est pas seulement de déterminer le nombre d’arbres dont nous avons besoin pour rendre nos villes durablement vivables. L’enjeu est aussi d’identifier les espèces d’arbres dont nous avons besoin, à quels endroits, et la façon dont nous pouvons les accompagner dans leur croissance et leurs interactions avec leur environnement biotique et abiotique pour tirer le maximum des services, nombreux, qu’ils peuvent fournir aux populations citadines.

    Il apparaît dès l’introduction de l’ouvrage que les programmes de verdissement des villes affichent dans leur grande majorité des objectifs en matière de nombre d’arbres à planter (ou, déjà mieux, de pourcentage de canopée), avec une promesse de bénéfices sur la santé et le bien-être. Paradoxalement, très peu de programmes de plantation mettent l’accent sur les services, comme réduire de 5 °C les températures extrêmes (Buenos Aires, Argentine). Ce choix est inquiétant car, sans cible claire, malgré les meilleures volontés et les ressources investies, le risque est grand de ne pas obtenir les effets escomptés ou, pire, de favoriser l’émergence de problèmes sanitaires, pour les arbres eux-mêmes et les espèces associées, l’espèce humaine comprise. Et parce que par ailleurs les programmes de plantation d’arbres urbains sont menés à grand renfort de communication sur les bienfaits attendus, il faut également s’inquiéter du risque insidieux de favoriser une forme de défiance des populations citadines vis-à-vis de la science si les promesses ne sont pas satisfaites et d’une défiance encore accrue de la part des populations habitant en dehors de ces cœurs métropolitains surinvestis par ces promesses.

    Planter aux bons endroits

    Un point commun qui revient dans plusieurs chapitres de l’ouvrage est la nécessité d’intervenir aux bons endroits. C’est bien sûr d’abord un problème d’écologie : les performances d’un individu (sa croissance, sa survie, sa reproduction) sont en premier lieu déterminées par la qualité et la quantité des ressources (l’eau, l’azote, la lumière, etc.). Le manque autant que l’excès sont délétères. Les gammes optimales de disponibilité en ressources varient d’une espèce à l’autre. Les chênes à feuilles sempervirentes sont par exemple plus résistants au manque d’eau que les chênes aux feuilles caduques. Il convient donc d’adapter les essences aux conditions locales de leur environnement. Or, en ville, ces conditions peuvent changer de manière abrupte sur quelques dizaines de mètres seulement. Mais ce qui fait « le bon endroit » pour un arbre urbain n’est pas qu’une question d’écologie. « Le bon endroit », c’est aussi là où l’arbre est et sera le plus utile pour les populations citadines.

    Aujourd’hui, de nombreux arbres urbains ne sont pas aux bons endroits. D’abord, parce que la majorité d’entre eux vivent dans des conditions environnementales qui frôlent, voire dépassent les seuils au-delà desquels leur survie est compromise. Ensuite, parce que les populations citadines les plus vulnérables sur le plan économique sont celles qui, en ville, sont les plus exposées aux chaleurs extrêmes et aux pollutions ; ce sont également celles qui sont les moins bien pourvues en #végétation.

    Viser plus de #diversité

    L’une des plus grandes menaces pour la #forêt_urbaine est son manque de diversité en matière d’essences, mais aussi de distribution dans l’espace, maintes fois documenté. En effet, dans la plupart des villes du monde, à peu d’exceptions près, les inventaires font état d’un grand nombre d’espèces au total, mais aussi d’un fort déséquilibre d’abondance entre essences, un petit nombre d’entre elles regroupant la majorité des effectifs. Ainsi, à Montréal, l’érable plane représente à lui seul plus de 17 % des arbres de la ville, et le genre Acer plus de 30 % des effectifs. Tout aussi alarmant, [l’écologue forestier Charles] Nock et ses collaborateurs ont montré en 2013 que les principales espèces utilisées dans les villes du nord-est de l’Amérique du Nord étaient les mêmes d’une ville à l’autre, et n’avaient aucun lien avec les forêts naturelles environnantes.

    Ces dernières années ont bien montré l’impact que peut avoir une surabondance de certaines espèces ou groupes, comme les frênes en Amérique du Nord, victimes d’un insecte, l’agrile du frêne, qui en absence de traitement tue pratiquement tous les arbres en quelques années. Or les frênes sont parmi les espèces les plus fréquentes dans la canopée des villes d’Amérique du Nord (plus de 20 % à Montréal, par exemple). Qu’un insecte ravageur s’installe durablement, et c’est la majorité de la forêt urbaine qui est menacée, avec des conséquences rapidement mesurables sur la santé humaine.

    Ainsi, la diversification des plantations est le meilleur outil que nous ayons pour réduire le risque lié aux changements climatiques, aux insectes et aux maladies exotiques. De la même manière que l’agricultrice avisée ne placera pas tous ses œufs dans un seul panier, ou que la banquière performante diversifiera son portefeuille d’actions, la diversification de la forêt urbaine diminue son exposition au risque par « effet de portefeuille », cette idée portant en effet le même nom en économie et en écologie. Seulement, il faut diversifier de façon efficace. Prenons encore l’image des portefeuilles financiers. Il est risqué de n’investir que dans des compagnies appartenant à un même secteur d’activité (pétrolier, par exemple) ; il faut plutôt miser sur des secteurs différents (technologies, énergies renouvelables, services). C’est pareil pour les arbres. La règle au doigt mouillé, dite « règle de Santamour » (pas plus de 10 % d’une espèce, 20 % d’un genre et 30 % d’une famille), est certainement utile, mais imparfaite, puisqu’elle ne tient pas compte des ressemblances fonctionnelles entre espèces non apparentées, et inversement. Un nouvel outil a ainsi été proposé s’appuyant sur les groupes fonctionnels, c’est-à-dire des groupes d’espèces qui se ressemblent (comme des compagnies appartenant au même domaine) ; il suffit de choisir des espèces appartenant à des groupes différents pour s’assurer d’une diversification et d’une réduction du risque efficace.

    La diversification vise donc non pas à augmenter les effectifs aujourd’hui, mais à s’assurer que la canopée dont nous aurons encore davantage besoin prochainement sera encore là pour garantir un niveau de services adéquat. Il est intéressant de noter que la diversification est aussi un moyen tout indiqué pour atténuer les desservices associés à la forêt urbaine, comme l’effet des pollens sur les allergies.
    Cibler des espèces d’arbres plus adaptées

    Le changement climatique menace de nombreuses espèces d’arbres qui sont actuellement abondamment présentes dans nos villes. Ainsi l’écologue Esperon-Rodriguez et son équipe ont montré en 2022 dans une étude concernant 3 129 espèces d’arbres et d’arbustes présentes dans 164 villes de 78 pays différents que les deux tiers de ces espèces pourraient être en situation de risque à l’échéance 2050.

    C’est pourquoi de nombreuses villes ont déjà commencé à anticiper ces changements et modifié leurs palettes végétales en y introduisant ou en renforçant la part des espèces résistantes à la sécheresse. Des outils ont été créés pour les aider dans le choix des essences les mieux adaptées aux différentes situations.

    Cependant, les objectifs de diversification et d’adaptation impliquent qu’il faut élargir l’offre et lancer rapidement, si ce n’est déjà fait, des essais avec des espèces de différentes provenances. Cela pose nécessairement la difficile question de l’indigénat, mais aussi de l’urgence de développer et de tester de nouveaux cultivars adaptés à la réalité urbaine. À partir d’espèces locales bien sûr, lorsque c’est possible, mais l’utilisation d’essences exotiques apparaît incontournable pour augmenter la diversité et la résilience.

    L’esthétisme sera toujours un élément important, ne serait-ce que pour l’acceptabilité publique des opérations d’intensification de la canopée. Mais il faut désormais, et de façon urgente, intégrer d’autres critères liés à la tolérance aux stress anticipés. Il serait aussi intéressant de cesser le développement et l’utilisation de cultivars dits « stériles » car ne produisant pas de fruits (graines), que d’aucuns trouvent indésirables, mais qui ne sont la plupart du temps que mâles, et produisant des pollens. Ce phénomène porte même un nom : le sexisme botanique. Bien que cette idée ait été largement reprise, aucune étude probante n’a documenté un effet réel sur les symptômes allergiques, et il serait intéressant de remettre au goût du jour les cultivars femelles, ou au moins réellement stériles.
    Des forets urbaines encore peu documentées

    Sans connaissances, impossible de poser des gestes concrets et sûrs pour augmenter la résistance et la résilience de la forêt urbaine de manière à assurer le bénéfice des précieux services écosystémiques qu’elle rend. Après des décennies de travaux en foresterie et en écologie forestière en forêts naturelles et aménagées, que peu de gens côtoient au quotidien, nous en avons développé une connaissance loin d’être complète mais suffisante pour faire des prédictions et des prescriptions avec une relative précision. Mais après tout au plus vingt ans de recherches encore parcellaires sur la forêt urbaine, nous allons de surprise en surprise et devons admettre que nous n’y connaissons pas grand-chose, et que la forêt urbaine est autrement plus complexe qu’imaginée au départ, comme le démontrent les chapitres de l’ouvrage.

    Au chapitre 1 par exemple, l’on montrait à quel point les conditions de croissance des arbres urbains sont souvent très différentes de celles de la forêt naturelle dans laquelle ils ont évolué. Les facteurs de stress et les maladies y sont aussi différents. On le sait désormais, l’arbre n’est pas seul, et supporte tout un microbiome complexe, partagé en partie avec les humains avec qui il cohabite dans la ville, et un nombre important d’autres organismes, petits et grands (insectes, oiseaux). La forêt urbaine est par définition indissociable des villes, et de leur développement historique et politique. Mais toute cette connaissance est très récente, et l’on commence à peine à connaître ces arbres avec lesquels nous partageons notre milieu de vie intime.

    La connaissance de la forêt urbaine, aussi trivial que cela puisse paraître, commence par son inventaire. Et cela peut même révéler de bonnes nouvelles ! La vaste majorité des inventaires de forêts urbaines disponibles se limitent aux arbres dans l’emprise publique, et sous la juridiction de la municipalité. En pratique, ces arbres représentent souvent moins de 50 % du total. Un écologue qui aurait réussi l’exploit d’échantillonner, de façon aléatoire, 50 % d’un habitat serait certainement en droit de prétendre à une excellente représentation. Mais justement, un échantillonnage centré uniquement sur l’emprise publique n’est pas aléatoire, et pourrait être fortement biaisé si les autres « propriétaires » d’arbres dans la ville prennent des décisions différentes, ce qui est hautement probable. Cela représente un frein au développement de plans d’intervention, par exemple pour augmenter la #résilience de la forêt urbaine.

    Les rares études ayant intégré les arbres privés (sur les terrains industriels, commerciaux, institutionnels et évidemment résidentiels) montrent que cette composante souffre elle aussi d’un manque de diversité causé par la surabondance de certaines espèces. Mais ces espèces ne sont pas les mêmes ! Ce qui a pour effet d’augmenter la diversité réelle de la ville, et c’est une excellente nouvelle.

    Au travers de cet ouvrage, nous avons cherché à ce que les arbres ne cachent pas plus la forêt urbaine que la forêt urbaine ne camoufle la complexité des interactions entre le vivant, humain et non humain, et son environnement minéral largement anthropisé. Ce sont les interactions entre la ville, les arbres, et nos choix d’aménagements qui façonnent la forêt urbaine, sa dynamique dans l’espace et dans le temps, et les bénéfices que nous en retirons. On retiendra donc que la ville fait la forêt urbaine, autant que la forêt urbaine fait la ville.

    https://www.tela-botanica.org/2025/02/les-arbres-en-ville-pourquoi-il-ny-a-pas-que-le-nombre-qui-compte
    #plantation #quantité #urbanisme #aménagement_urbain #urban_matters
    #livre

    • De l’arbre en ville à la forêt urbaine

      La plantation d’arbres est utilisée par de nombreuses municipalités comme solution naturelle pour faire face aux enjeux du changement climatique. Ce choix permet d’abaisser la température en luttant contre les îlots de chaleur urbains, de fournir un support à la biodiversité, d’améliorer le cadre de vie ainsi que la santé physique et mentale des citadins.

      L’arbre en ville, qu’il soit seul, en alignement ou dans un parc urbain, dépend de ses interactions avec les organismes qui lui sont associés dans les feuilles, le bois, le sol mais aussi de ses liens avec les arbres voisins et avec l’écosystème urbain. Fortement liés aux activités humaines, l’arbre en ville et la forêt urbaine font l’objet d’une gestion précise dont les enjeux et les modalités ont évolué au cours du temps.

      L’environnement urbain présente en effet des contraintes mais offre également des opportunités pour le développement des arbres. En retour, l’arbre et la forêt contribuent à façonner l’environnement urbain, avec un bénéfice recherché pour les populations humaines, faisant d’eux des objets autant écologiques que politiques.

      Cet ouvrage s’adresse à un public averti, et particulièrement aux personnes étudiantes et enseignantes en sciences du vivant et de l’environnement, en géographie, en sociologie et en sciences politiques. Il intéressera également les urbanistes, les gestionnaires des espaces verts et les élues et élus des municipalités.

      https://www.quae.com/produit/1861/9782759238804/de-l-arbre-en-ville-a-la-foret-urbaine

    • Nouvelle dénomination du golfe du Mexique : « La toponymie est à l’avant-garde d’un projet impérialiste aux conséquences incommensurables », Frédéric Giraut, Géographe
      https://www.lemonde.fr/idees/article/2025/01/11/nouvelle-nomination-du-golfe-du-mexique-la-toponymie-est-a-l-avant-garde-d-u

      Avant même d’être à la Maison Blanche, Donald Trump multiplie les annonces impérialistes agressives relatives aux voisins, et en principe alliés, des Etats-Unis.

      A côté des revendications territoriales vis-à-vis du Canada, du Groenland et du Panama, l’annonce d’une volonté de redénommer le golfe du Mexique en golfe de l’Amérique constitue une déclaration de guerre toponymique au voisin mexicain, et plus généralement aux Etats d’Amérique centrale.
      Bien sûr, l’annonce joue sur la référence, potentiellement inclusive, à l’Amérique comme continent et non comme Etat, puisque l’habitude d’appeler les Etats-Unis « America » ne correspond pas à un toponyme officiel. Mais le contexte dans lequel s’inscrit cette déclaration – le slogan « Make America Great Again » [« Rendons sa grandeur à l’Amérique »] ayant été largement utilisé par Trump lors de ses campagnes électorales – ne laisse pas de doute sur les intentions impérialistes qu’elle charrie.

      Une autre dimension, également très grave politiquement et culturellement, de cette annonce relève de sa posture néocoloniale. En effet, il s’agit ni plus ni moins de substituer une référence européenne – Amérique – à une référence aux sociétés préhispaniques, le Mexique. America est un nom donné par des chroniqueurs européens au XVIe siècle, en référence à l’explorateur florentin Amerigo Vespucci (1454-1512), qui avait entrepris plusieurs voyages sur le continent, et notamment au Mexique, pour le compte de l’Espagne puis du Portugal ; tandis que « Mexique » désigne l’Etat nommé d’après la capitale au nom autochtone Mexihko en langue nahuatl.

      Volonté suprémaciste

      La violence symbolique de cette volonté suprémaciste de retour à une toponymie d’origine européenne s’exprime aussi dans l’annonce faite par le nouveau président de vouloir revenir sur la dénomination du mont Denali. Plus haut sommet des Etats-Unis situé en Alaska, son nom d’origine autochtone a été officiellement attribué par Barak Obama en 2015, en lieu et place du nom de Mont McKinley, d’après un président des Etats-Unis du début du XXe siècle [William McKinley (1843-1901), vingt-cinquième président, assassiné par un anarchiste].

      C’est ce nom exogène qui serait redonné au mont par l’administration Trump. Cette volonté est à rapprocher de l’initiative récente de « nettoyage toponymique » du nouveau président argentin, Javier Milei, qui a induit la suppression du #nom_autochtone mapuche du lac Acigami pour un retour au nom colonial de lac Roca, d’après la figure d’un militaire et ex-président impliqué dans la conquête coloniale violente des terres dites « désertiques » du Sud.

      Reste la faisabilité de la mise en œuvre de cette offensive toponymique néocoloniale et impérialiste de Donald Trump. S’agissant d’objets géographiques relevant de la souveraineté toponymique états-unienne (le mont Denali et les eaux territoriales états-uniennes du golfe du Mexique), les Etats-Unis peuvent effectuer des changements officiels, qui s’imposent dès lors dans leur propre nomenclature et leur cartographie officielle.
      S’agissant d’objets géographiques relevant d’autres souverainetés nationales, les décisions états-uniennes sont inopérantes.

      Une offensive d’Elon Musk

      S’agissant, enfin, des espaces à statut international tels que les eaux internationales du golfe du Mexique, les velléités de Trump engageront certainement une bataille toponymique semblable à celles qui ont cours actuellement en Asie pour la mer du Japon/mer de l’Est, et la mer de Chine méridionale/mer de l’Est/mer des Philippines occidentales.

      L’arbitrage ne relèverait pas de l’instance internationale en la matière, le Groupe d’experts des Nations unies pour les noms géographiques (UNGEGN), sans réel pouvoir. Celui-ci prône de manière générale la stabilité dans la toponymie officielle et dans les exonymes (noms de lieux géographiques dans des langues autres que celle d’un pays où se trouvent ces lieux), tout en respectant le principe de souveraineté.

      L’arbitrage s’effectuera en revanche plus probablement sur les plateformes d’information géographique et de cartographie en ligne. Or, celles-ci sont soit privées – Google Maps, notamment –, soit collaboratives – OpenStreetMap, Wikimapia par exemple. Il n’aura échappé à personne que les revendications territoriales de Donald Trump, qui passent notamment par la toponymie, s’accompagnent justement d’une offensive de son allié Elon Musk contre les plateformes collaboratives, notamment Wikipédia, susceptibles de contrer les visées du président élu sur le plan du savoir et de la connaissance partagée.
      Dès lors, la toponymie apparaît à l’avant-garde d’un projet impérialiste tous azimuts aux conséquences incommensurables, et peut jouer, si on la prend au sérieux, un rôle essentiel de signal d’alerte. A moins que le processus enclenché soit encore plus rapide que la stupéfaction qu’il provoque.

      Frédéric Giraut est professeur de géographie politique, titulaire de la chaire de l’Unesco en toponymie inclusive « Dénommer le monde » de l’université de Genève.

      #suprémacisme

    • Can Trump just order new names for Denali and the Gulf of Mexico? A geographer explains who decides what goes on the map

      President Donald Trump’s executive order to rename the Gulf of Mexico and Alaska’s Denali, the tallest peak in the country, has resulted in lots of discussion. While for some, such renaming might seem less important than the big problems the country faces, there is a formal process in the United States for renaming places, and that process is taken seriously.

      Usually, so people don’t get confused, official, agreed-upon names are used by the government. In the U.S., place names are standardized by the U.S. Board on Geographic Names, which is part of the U.S. Geological Survey, the agency in charge of making maps.

      In his executive order, Trump asks the Board on Geographic Names “to honor the contributions of visionary and patriotic Americans” and change its policies and procedures to reflect that.

      Usually, renaming a place starts locally. The people in the state or county propose a name change and gather support. The process in each state is different.

      How to change a place name

      Minnesota recently changed the name of a large lake in Minneapolis to Bde Maka Ska, which the Minneapolis Park Board described as “a Dakota name for the lake that has been passed down in oral history for many years.”

      The board voted to change the name and took its request to the county commissioners. When the county agreed, the request was then sent to the Minnesota Department of Natural Resources, which made it official for Minnesota. Then, the state of Minnesota sent the request to the Board on Geographic Names, which made it official for the entire U.S.

      It’s a lot of paperwork for something so seemingly minor, but people get passionate about place names. It took 40 years to rename Denali from the name established in the late 19th century, Mount McKinley.

      The state of Alaska requested the name change in 1975, but the Board on Geographic Names didn’t take action. Members of the Ohio congressional delegation – President William McKinley was from Ohio – objected over many years to requests to rename the mountain, and the board did not act on those requests.

      The president appoints the secretary of the Interior Department. The secretary works with the heads of related agencies to appoint the Board on Geographic Names. Current committee policy states, “Input from State geographic names authorities, land
      management agencies, local governments, and Tribal Governments are actively pursued.”

      In 2015, President Barack Obama named a new leader for the Department of the Interior, Sally Jewell. Just as Obama made a trip to Alaska in late August 2015, Jewell declared the name change official under a law that allows the secretary of the Interior to change a name if the board doesn’t act on the proposal in a “reasonable” amount of time.

      “This name change recognizes the sacred status of Denali to many Alaska Natives,” Jewell said. “The name Denali has been official for use by the State of Alaska since 1975, but even more importantly, the mountain has been known as Denali for generations. With our own sense of reverence for this place, we are officially renaming the mountain Denali in recognition of the traditions of Alaska Natives and the strong support of the people of Alaska.”

      If someone objects to a name change, they could ask the courts to rule on whether the name change was made legally. Going back to Bde Maka Ska, some people objected to changing the name from Lake Calhoun, so they took the state natural resources agency to court. Eventually, the Minnesota Supreme Court ruled that the name change was done correctly.

      Alaska’s two U.S. senators and prominent state figures have strongly objected to Trump’s renaming attempt.
      How not to change a place name

      Renaming the Gulf of Mexico is a different kind of case, however, from renaming a geographic place within U.S. borders.

      The gulf is not within the territorial U.S. On the coast, the first 12 miles from shore are considered part of that country, but outside of that is international waters.

      The Board on Geographic Names could change the name to Gulf of America on official U.S. maps, but there is no international board in charge of place names. Each country decides what to call places. And there is no official way for the U.S. to make other countries change the name.

      It’s possible that the U.S. could formally ask other countries to change the name, or even impose sanctions against countries that don’t comply.

      If the names were officially changed in the U.S., the government would use the new names in official documents, signage and maps. As for all the people and companies in the world that make maps, they usually use the official names. But there is nothing that would force them to, if they believed that a certain name is more widely recognized.

      On Jan. 24, 2025, the U.S. Department of the Interior issued a statement on the name changes:

      “In accordance with President Donald J. Trump’s recent executive order, the Department of the Interior is proud to announce the implementation of name restorations that honor the legacy of American greatness, with efforts already underway.

      "As directed by the President, the Gulf of Mexico will now officially be known as the Gulf of America and North America’s highest peak will once again bear the name Mount McKinley….The U.S. Board on Geographic Names, under the purview of the Department of the Interior, is working expeditiously to update the official federal nomenclature in the Geographic Names Information System to reflect these changes, effective immediately for federal use.”

      https://theconversation.com/can-trump-just-order-new-names-for-denali-and-the-gulf-of-mexico-a-

    • Du Denali au McKinley : les enjeux politiques d’un changement de nom

      En décidant de renommer le mont Denali, point culminant de l’Amérique du Nord (6190 m) en « mont McKinley », le président américain, Donald Trump, méprise les cultures autochtones et renoue avec un imaginaire colonial qui, depuis longtemps, influence le choix des noms que l’on donne aux montagnes que l’on gravit. Une histoire aussi vieille que celle de l’exploration.

      Nommer un territoire, c’est déjà se l’approprier. Et, qu’on le veuille ou non, les toponymes sont souvent profondément politiques. Les États coloniaux, les puissances impérialistes ont toujours su les convoquer pour marquer symboliquement leurs conquêtes territoriales. Et les montagnes n’y échappent pas… encore moins celles qui constituent le point culminant d’un territoire, la charge symbolique y étant encore plus importante.

      L’actualité vient nous le rappeler, avec la décision de Donald Trump de rebaptiser le mont Denali, en Alaska, point culminant de l’Amérique du Nord (6 190 mètres), en « mont McKinley », du nom du 25e président des Etats-Unis, mort assassiné par un militant anarchiste, en 1901. Imaginée pendant le premier mandat du républicain puis à nouveau évoquée peu avant son investiture, la décision a fait l’objet d’un décret, signé le 20 janvier 2025, et ce, malgré la forte opposition des deux sénateurs républicains d’Alaska, Lisa Murkowski et Dan Sullivan.

      (#paywall)

      https://alpinemag.fr/denali-mckinley-enjeux-politiques-changement-nom-trump-alaska

    • #Google_Maps to rename ’Gulf of Mexico’ to ’Gulf of America’ for US users

      Google Maps will change the name of “Gulf of Mexico” to “Gulf of America” once it is officially updated in the U.S. Geographic Names System, it said in an X post on Monday.

      The change will be visible in the U.S., but it will remain “Gulf of Mexico” in Mexico. Outside of the two countries, users will see both names.

      The Trump administration’s Interior Department said on Friday it had officially changed the name of the Gulf of Mexico to the Gulf of America, and the Alaskan peak Denali to Mount McKinley.

      Google Maps, which is owned by Alphabet’s Google, will make a similar change with Mount McKinley.

      President Donald Trump ordered the name changes as part of a flurry of executive actions hours after taking office last Monday, making good on a campaign promise.

      “As directed by the President, the Gulf of Mexico will now officially be known as the Gulf of America and North America’s highest peak will once again bear the name Mount McKinley,” the Interior Department said in a statement last week.

      https://www.voanews.com/a/google-maps-to-rename-gulf-of-mexico-to-gulf-of-america-for-us-users/7952630.html

    • Donald Trump profite de son vol pour le #Super_Bowl pour s’attaquer de nouveau au Mexique

      En survolant le Golfe du Mexique, le président des États-Unis a signé un #décret proclamant le #9_février le jour du « Golfe de l’Amérique ».

      Une #mise_en_scène digne du personnage. Assis à bord d’un avion Air Force One en direction du #Super_Bowl en Louisiane, Donald Trump a signé ce dimanche 9 février un décret proclamant le 9 février le jour du « Golfe de l’Amérique », le Golfe du Mexique qu’il a récemment décidé unilatéralement de rebaptiser.

      Le président républicain a fait cette annonce en survolant l’étendue d’eau que le reste du monde appelle encore le Golfe du Mexique, comme vous pouvez le voir dans la vidéo ci-dessous, publiée sur compte X (ex-Twitter).

      « Nous le survolons en ce moment même », a déclaré Donald Trump, un stylo à la main et devant une foule de journalistes. « Nous avons donc pensé que ce serait approprié [de signer ce décret] ».
      Un décret pris dès son arrivée à la Maison Blanche

      Dans un décret pris quelques heures après son retour à la Maison Blanche, le 20 janvier, Donald Trump avait qualifié le Golfe du Mexique de « partie indélébile de l’Amérique », essentielle à la production pétrolière et à la pêche aux États-Unis, et de « destination préférée des Américains pour le tourisme et les activités de loisirs ».

      L’expression « Golfe d’Amérique » a rapidement été utilisée par les gardes-côtes américains dans un communiqué de presse et par le gouverneur républicain de Floride, Ron DeSantis.

      Ce décret avait suscité le courroux du Mexique et la présidente mexicaine Claudia Sheinbaum avait ironisé en proposant de renommer les États-Unis l’« Amérique mexicaine », devant une carte du monde datant du XVIIe siècle et sur laquelle une bonne partie de la région nord-américaine apparaît sous le nom d’Amérique mexicaine. « Pour nous, il s’agit toujours du golfe du Mexique et pour le monde entier, il s’agit toujours du golfe du Mexique », avait-elle insisté.

      https://www.huffingtonpost.fr/international/article/donald-trump-profite-de-son-vol-pour-le-super-bowl-pour-s-attaquer-de

      #annonce

    • Le Mexique lance des #poursuites contre Google pour avoir changé le nom du golfe du Mexique en golfe d’Amérique

      Donald Trump avait signé un décret après son retour à la Maison Blanche visant à rebaptiser la mer. La modification est visible sur Google Maps aux Etats-Unis. Au Mexique, le golfe a conservé son nom, et ailleurs, les deux noms apparaissent.

      Le Mexique a lancé des poursuites contre Google pour avoir changé le nom du golfe du Mexique en golfe d’Amérique pour les utilisateurs de l’application Google Maps aux Etats-Unis, a annoncé vendredi 9 mai la présidente mexicaine, Claudia Sheinbaum.

      « La plainte a déjà été déposée », a déclaré Mme Sheinbaum lors de sa conférence de presse matinale, sans préciser la date ni la juridiction. Dès le 20 janvier, premier jour de son retour à la Maison Blanche, le président Donald Trump avait signé un décret changeant le nom du golfe du Mexique en « golfe d’Amérique ».

      Depuis février, Google Maps, service de cartographie ultradominant, affiche désormais « golfe d’Amérique » au sud-est des Etats-Unis, sur la mer encadrée par la Floride, la Louisiane, le Texas, le Mexique et Cuba, pour les usagers situés aux Etats-Unis.

      Les utilisateurs basés au Mexique ont, eux, conservé « Golfo de Mexico », conformément à la volonté du gouvernement mexicain. Et les personnes situées dans d’autres pays, en Colombie par exemple, voient les deux noms – « golfe du Mexique (golfe d’Amérique) » – comme c’est le cas pour les lieux contestés.
      Un changement de nom officialisé

      La Chambre des représentants américaine a adopté jeudi un texte pour officialiser ce changement de nom et donner ainsi force de loi à ce décret.

      Mme Sheinbaum avait averti Google, filiale d’Alphabet, en février, qu’elle envisageait une action en justice à moins que le géant technologique ne revienne sur sa décision. Le gouvernement mexicain de gauche nationaliste soutient que le décret de Donald Trump ne s’applique qu’à la partie du plateau continental appartenant aux Etats-Unis.

      « Tout ce que nous voulons, c’est que le décret émis par le gouvernement américain soit respecté », a déclaré Mme Sheinbaum. « Le gouvernement américain n’appelle que la portion du plateau continental américain le golfe d’Amérique, pas l’ensemble du golfe, car il n’aurait pas l’autorité de nommer l’ensemble du golfe », a-t-elle ajouté.

      Mme Sheinbaum avait en retour suggéré de renommer les Etats-Unis « l’Amérique mexicaine », se référant à une carte géographique datant d’avant 1848, lorsque le tiers du Mexique avait été cédé aux Etats-Unis par le traité de Guadalupe Hidalgo.
      Le golfe Persique bientôt rebaptisé ?

      Google avait expliqué à la fin de janvier que les changements de nom étaient appliqués suivant les sources gouvernementales officielles, en l’occurrence le Geographic Names Information System (GNIS) aux Etats-Unis. Sur l’application concurrente d’Apple, Maps, le nom est toujours « golfe du Mexique ».

      Après le golfe du Mexique, plusieurs médias américains, dont Associated Press, ont prêté au président américain l’intention de renommer également le golfe Persique lors de son voyage dans trois pays de la région, prévu du lundi 12 au jeudi 15 mai, en utilisant plutôt l’expression « golfe d’Arabie ». Si Donald Trump a précisé qu’aucune décision définitive n’avait encore été prise concernant un éventuel changement d’appellation dans les documents officiels américains, cette éventualité a entraîné la colère des Iraniens, qui y voient une question de fierté nationale.

      https://www.lemonde.fr/international/article/2025/05/09/le-mexique-lance-des-poursuites-contre-google-pour-avoir-change-le-nom-du-go
      #plainte #justice

    • Donald Trump fâche les Iraniens de tous bords en envisageant de rebaptiser le golfe Persique
      https://www.lemonde.fr/international/article/2025/05/09/donald-trump-fache-les-iraniens-de-tous-bords-en-envisageant-de-rebaptiser-l

      Le président américain, qui se rendra en Arabie saoudite, au Qatar et aux Emirats arabes unis du lundi 12 au jeudi 15 mai, envisagerait de parler du « golfe d’Arabie ».

      https://archive.ph/https://www.lemonde.fr/international/article/2025/05/09/donald-trump-fache-les-iraniens-de-tous-bords-en-envisageant-de-rebaptiser-l
      #golfe_d'Arabie