• Le déni des #persécutions génocidaires des « #Nomades »

    Le dernier interné « nomade » des #camps français a été libéré il y a presque 80 ans. Pourtant, il n’existe pas de décompte exact des victimes « nomades » de la #Seconde_Guerre_mondiale en France, ni de #mémorial nominatif exhaustif. Le site internet collaboratif NOMadeS, mis en ligne le 6 décembre 2024, se donne pour mission de combler cette lacune. Pourquoi aura-t-il fallu attendre huit décennies avant qu’une telle initiative ne soit lancée ?
    Les « Nomades » étaient, selon la loi du 16 juillet 1912, « des “#roulottiers” n’ayant ni domicile, ni résidence, ni patrie, la plupart #vagabonds, présentant le caractère ethnique particulier aux #romanichels, #bohémiens, #tziganes, #gitanos[1] ».

    Cette #loi_raciale contraignait les #Roms, les #Manouches, les #Sinti, les #Gitans, les #Yéniches et les #Voyageurs à détenir un #carnet_anthropométrique devant être visé à chaque départ et arrivée dans un lieu. Entre 1939 et 1946, les personnes que l’administration française fit entrer dans la catégorie de « Nomades » furent interdites de circulation, assignées à résidence, internées dans des camps, et certaines d’entre elles furent déportées.

    Avant même l’occupation de la France par les nazis, le dernier gouvernement de la Troisième République décréta le 6 avril 1940 l’#assignation_à_résidence des « Nomades » : ces derniers furent contraints de rejoindre une #résidence_forcée ou un camp. Prétextant que ces « Nomades » représentaient un danger pour la sécurité du pays, la #Troisième_République en état de guerre leur appliqua des mesures qui n’auraient jamais été prises en temps de paix, mais qui s’inscrivaient parfaitement dans la continuité des politiques anti-nomades d’avant-guerre.

    Le 4 octobre 1940, les Allemands ordonnèrent l’internement des « #Zigeuner [tsiganes] » en France. L’administration française traduisit « Zigeuner » par « Nomades » et appliqua aux « Nomades » les lois raciales nazies. Les personnes classées comme « Nomades » furent alors regroupées dans une soixantaine de camps sur l’ensemble du territoire métropolitain, tant en zone libre qu’en zone occupée.

    À la fin de la guerre, la Libération ne signifia pas la liberté pour les « Nomades » : ils demeurèrent en effet assignés à résidence et internés jusqu’en juillet 1946, date à laquelle la #liberté_de_circulation leur fut rendue sous condition. Ils devaient toujours être munis de leur carnet anthropométrique. La loi de 1912, au titre de laquelle les persécutions génocidaires de la Seconde Guerre mondiale furent commises sur le territoire français, ne fut pas abrogée, mais appliquée avec sévérité jusqu’en janvier 1969. La catégorie administrative de « Nomades » céda alors la place à celle de « #gens_du_voyage » et de nouvelles mesures discriminatoires furent adoptées à leur encontre.

    L’occultation de la persécution des « Nomades » (1944-1970)

    En 1948, le ministère de la Santé publique et de la Population mena une vaste enquête sur les « Nomades ». Les résultats montrent que plus d’un tiers des services départementaux interrogés savaient assez précisément ce qu’avaient subi les « Nomades » de leur département pendant la guerre : il fut question des #camps_d’internement, des conditions dramatiques de l’assignation à résidence, de #massacres et d’engagement dans la résistance. Ces enquêtes font également état de l’#antitsiganisme de beaucoup de hauts fonctionnaires de l’époque : on y lit entre autres que les mesures anti-nomades de la guerre n’étaient pas indignes, mais qu’au contraire, elles avaient permis d’expérimenter des mesures de #socialisation.

    Cette enquête de 1948 permet de comprendre que ces persécutions n’ont pas été « oubliées », mais qu’elles ont été délibérément occultées par l’administration française. Lorsqu’en 1949 est créée une Commission interministérielle pour l’étude des populations d’origine nomade, ses membres ne furent pas choisis au hasard : il s’agissait de personnes qui avaient déjà été en charge des questions relatives aux « Nomades », pour certaines d’entre elles pendant la guerre. Ainsi y retrouve-t-on #Georges_Romieu, ancien sous-directeur de la Police nationale à Vichy, qui avait été chargé de la création des camps d’internement pour « Nomades » en zone libre.

    Il n’est donc pas très étonnant que les survivants des persécutions aient eu beaucoup de mal à faire reconnaître ce qu’ils venaient de subir. Alors même qu’en 1948, deux lois établirent le cadre juridique des #réparations des #préjudices subis par les victimes de la Seconde Guerre mondiale, le régime d’#indemnisation mis en place posa de nombreux problèmes aux victimes « nomades ». L’obstacle principal résidait dans le fait qu’une reconnaissance des persécutions des « Nomades » comme victimes de #persécutions_raciales remettait en cause l’idée que la catégorie « Nomade » n’était qu’un #classement_administratif des populations itinérantes et non une catégorie raciale discriminante. Le ministère des Anciens Combattants et Victimes de guerre ne voulait pas que l’internement des « Nomades » puisse être considéré comme un internement sur critères raciaux.

    Ainsi, entre 1948 et 1955, les premiers dossiers de « Nomades » présentés au ministère des Anciens Combattants ne furent pas ceux des internés des camps français, encore moins des assignés à résidence, mais ceux des rescapés de la déportation afin d’obtenir le titre de « #déporté_politique ». Même pour ces derniers, l’administration manifesta un antitsiganisme explicite. Dans le dossier d’une femme rom française pourtant décédée dans les camps nazis, on peut y lire l’avis défavorable suivant : « Laissé à l’avis de la commission nationale, la matérialité de la déportation à Auschwitz n’étant pas établie. Les témoins (gitans comme le demandeur) signent tout ce qu’on leur présente. »

    Dans les années 1960, quelques dizaines d’anciens internés « Nomades » demandèrent l’obtention du statut d’interné politique. Les premiers dossiers furent rejetés : l’administration refusait de reconnaître que les camps dans lesquels les « Nomades » avaient été internés étaient des camps d’internement. Pour ceux qui arrivaient à prouver qu’ils avaient bel et bien été internés dans des camps reconnus comme tels, par exemple celui de #Rivesaltes, l’administration rejetait leur demande en arguant que leur état de santé ne pouvait pas être imputé au mauvais traitement dans les camps mais à leur mauvaise hygiène de vie.

    Devant ces refus systématiques de reconnaître la persécution des « Nomades », certaines personnes s’insurgèrent : les premiers concernés d’abord sans n’être aucunement entendus, puis des personnalités issues de l’action sociale comme, par exemple le #père_Fleury. Ce dernier avait été un témoin direct de l’internement et de la déportation depuis le camp de Poitiers où il avait exercé la fonction d’aumônier. Il contacta à plusieurs reprises le ministère des Anciens Combattants pour se plaindre du fait que les attestations qu’il rédigeait pour les anciens internés dans le but d’obtenir une reconnaissance n’étaient pas prises en compte. En 1963, les fonctionnaires de ce ministère lui répondirent que les demandes d’obtention du #statut d’interné politique faites par des « Nomades » n’aboutissaient pas faute d’archives et qu’il fallait qu’une enquête soit menée sur les conditions de vie des « Nomades » pendant la guerre.

    Le père Fleury mit alors en place une équipe qui aurait dû recenser, partout en France, les victimes et les lieux de persécution. Mais le président de la Commission interministérielle pour l’étude des populations d’origine nomade, le conseiller d’État Pierre Join-Lambert s’opposa à l’entreprise. C’est à peu près au même moment que celui-ci répondit également à l’ambassadeur d’Allemagne fédéral qu’il n’y avait pas lieu d’indemniser les « #Tziganes_français ». La position de Join-Lambert était claire : aucune #persécution_raciale n’avait eu lieu en France où les « Tsiganes » étaient demeurés libres.

    Cependant, à la fin des années 1960, devant la profusion des demandes d’obtention du statut d’internés politique de la part de « Nomades », le ministère des Anciens Combattants mena une enquête auprès des préfectures pour savoir si elles possédaient de la documentation sur « les conditions d’incarcération des Tsiganes et Gitans arrêtés sous l’Occupation ». Si certaines préfectures renvoyèrent des archives très parcellaires, certaines donnèrent sciemment de fausses informations. Le préfet du Loiret écrivit ainsi que, dans le camp de #Jargeau (l’un des plus grands camps d’internement de « Nomades » sur le territoire métropolitain), « les nomades internés pouvaient bénéficier d’une certaine liberté grâce à la clémence et à la compréhension de l’autorité administrative française ». En fait, les internés étaient forcés de travailler à l’extérieur des camps.

    Premières #commémorations, premières recherches universitaires (1980-2000)

    Pour répondre à l’occultation publique de leurs persécutions, des survivants roms, manouches, sinti, yéniches, gitans et voyageurs s’organisèrent pour rappeler leur histoire.

    À partir des années 1980, plusieurs associations et collectifs d’internés se formèrent dans le but de faire reconnaître ce qui doit être nommé par son nom, un génocide : on peut citer l’association nationale des victimes et des familles de victimes tziganes de France, présidée par un ancien interné, #Jean-Louis_Bauer, ou encore le Comité de recherche pour la mémoire du génocide des Tsiganes français avec à sa tête #Pierre_Young. Quelques manifestations eurent lieu : on peut rappeler celle qui eut lieu sur le pont de l’Alma à Paris, en 1980, lors de laquelle plusieurs dizaines de Roms et survivants de la déportation manifestèrent avec des pancartes : « 47 membres de ma famille sont morts en camps nazis pour eux je porte le Z ». Mais aucune action n’eut l’ampleur de celles du mouvement rom et sinti allemand qui enchaîna, à la même époque, grèves de la faim et occupation des bâtiments pour demander la reconnaissance du génocide des Roms et des Sinti.

    Cependant, la création de ces associations françaises coïncida avec le début des recherches historiques sur l’internement des « Nomades » en France, qui ne furent pas le fait d’historiens universitaires mais d’historiens locaux et d’étudiants. Jacques Sigot, instituteur à Montreuil-Bellay, se donna pour mission de faire l’histoire du camp de cette ville où avaient été internés plus de 1800 « Nomades » pendant la guerre. Rapidement, il fut rejoint dans ses recherches par d’anciens internés qui appartenaient, pour certains, à des associations mémorielles. Ainsi, paru en 1983, Un camp pour les Tsiganes et les autres… #Montreuil-Bellay 1940-1945. Plusieurs mémoires d’étudiants firent suite à cette publication pionnière : en 1984 sur le camp de #Saliers, en 1986 sur le camp de #Rennes et en 1988 sur le camp de #Jargeau.

    Les premières #plaques_commémoratives furent posées dans un rapport d’opposition à des autorités locales peu soucieuses de réparation. En 1985, Jean-Louis Bauer, ancien interné « nomade » et #Félicia_Combaud, ancienne internée juive réunirent leurs forces pour que soit inauguré une #stèle sur le site du camp de #Poitiers où ils avaient été privés de liberté. En 1988, le même Jean-Louis Bauer accompagné de l’instituteur Jacques Sigot et d’autres survivants imposèrent à la mairie de Montreuil-Bellay une stèle sur le site du camp. En 1991, grâce aux efforts et à la persévérance de Jean-Louis Bauer et après quatre années d’opposition, le conseil municipal de la commune accepta la pose d’une plaque sur le site de l’ancien camp de Jargeau.

    En 1992, sous cette pression, le Secrétariat d’État aux Anciens Combattants et Victimes de Guerre, le Secrétariat général de l’Intégration et la Fondation pour la Mémoire de la Déportation demandèrent à l’Institut d’histoire du temps présent (IHTP) de mener une recherche intitulée : « Les Tsiganes de France 1939-1946. Contrôle et exclusion ». L’historien Denis Peschanski en fut nommé le responsable scientifique et, sous sa direction parut deux ans plus tard un rapport de 120 pages.

    Ce rapport apportait la preuve formelle de l’internement des « Nomades », mais certaines de ses conclusions étaient à l’opposé de ce dont témoignaient les survivants : il concluait en effet que la politique que les Allemands avaient mise en œuvre en France à l’égard des « Nomades » ne répondait pas à une volonté exterminatrice, en d’autres termes que les persécutions françaises n’étaient pas de nature génocidaire. De plus, le rapport ne dénombrait que 3 000 internés « tsiganes » dans les camps français : un chiffre bas qui ne manqua pas de rassurer les pouvoirs publics et de rendre encore les survivants encore plus méfiants vis-à-vis de l’histoire officielle.

    Popularisation de l’histoire des « Nomades » et premières reconnaissances nationales (2000-2020)

    Au début du XXIe siècle, les anciens internés « nomades » qui étaient adultes au moment de la guerre n’étaient plus très nombreux. La question de la préservation de leur mémoire se posait, alors même que les universitaires n’avaient pas cherché à collecter leurs paroles et les survivants n’avaient pas toujours trouvé les moyens de laisser de témoignages pérennes derrière eux.

    Les initiatives visant à préserver cette mémoire furent d’abord le fait de rencontres entre journalistes, artistes et survivants : en 2001, le photographe Mathieu Pernot documenta l’internement dans le camp de Saliers ; en 2003 et 2009, Raphaël Pillosio réalisa deux documentaires sur la persécution des « Nomades » ; en 2011, la journaliste Isabelle Ligner publia le témoignage de #Raymond_Gurême, interné avec sa famille successivement dans les camps de #Darnétal et de #Linas-Monthléry, dont il s’évada avant de rejoindre la Résistance.

    Les années 2000 popularisèrent l’histoire des « Nomades » à travers des bandes dessinées, des films ou, encore, des romans. Le 18 juillet 2010, Hubert Falco, secrétaire d’État à la Défense et aux Anciens Combattants, mentionna pour la première fois l’internement des « Tsiganes » dans un discours officiel. Cette reconnaissance partielle fut aussitôt anéantie par des propos du président de la République, Nicolas Sarkozy associant les « gens du voyage » et les « Roms » à des délinquants. L’été 2010 vient rappeler que la reconnaissance des persécutions passées était épineuse tant que des discriminations avaient encore cours.

    En 2016, alors que la plupart des descendants d’internés et d’assignés à résidence « Nomades » étaient toujours soumis à un régime administratif de ségrégation, celui de la loi du 3 janvier 1969 les classant comme « gens du voyage », il fut décidé que le président de la République, François Hollande, se rendrait sur le site du camp de Montreuil-Bellay. Une cérémonie, qui eut lieu le 29 octobre 2016, fut préparée dans le plus grand secret : jusqu’au dernier moment, la présence du résident fut incertaine. Les survivants et leurs enfants invités étaient moins nombreux que les travailleurs sociaux et les membres d’associations ayant vocation à s’occuper des « gens du voyage » et aucun survivant ne témoigna. François Hollande déclara : « La République reconnaît la souffrance des nomades qui ont été internés et admet que sa #responsabilité est grande dans ce drame. » La souffrance ne fut pas qualifiée et la question du #génocide soigneusement évitée.

    Le Conseil d’État rejeta en septembre 2020 la demande de deux associations de Voyageurs et de forains d’ouvrir le régime d’indemnisation des victimes de spoliation du fait des lois antisémites aux victimes des lois antitsiganes. Il déclara que les « Tsiganes » n’avaient pas « fait l’objet d’une politique d’extermination systématique ». Si le Parlement européen a reconnu le génocide des Roms et des Sinti en 2015 et a invité les États membres à faire de même, la France de 2024 n’a toujours pas suivi cette recommandation.
    Résistances et liste mémorielle

    À partir de 2014, les descendants de « Nomades » et des Roms et Sinti persécutés par les nazis et les régimes collaborateurs changèrent de stratégie : ce n’était pas seulement en tant que victimes qu’ils voulaient se faire reconnaître, mais aussi en tant que résistants. Le mouvement européen du 16 mai (#romaniresistance), rappelant l’insurrection des internés du Zigeunerlager [camp de Tsiganes] d’Auschwitz-Birkenau quand des SS vinrent pour les conduire aux chambres à gaz, se propagea. Il réunit tous les ans la jeunesse romani et voyageuse européenne à l’appel de l’ancien interné français Raymond Gurême : « Jamais à genoux, toujours debout ! »

    La base de données « NOMadeS : Mur des noms des internés et assignés à résidence en tant que “Nomades” en France (1939-1946) » propose d’établir collaborativement une #liste aussi exhaustive que possible des internés et des assignés à résidence en tant que « Nomades » en France entre 1939 et 1946. Soutenue par plusieurs associations de descendants d’internés, elle servira d’appui à de nouvelles revendications mémorielles. Peut-être aussi à une demande de reconnaissance par la France du génocide des Manouches, des Roms, des Voyageurs, des Gitans, des Sinti et des Yéniches.

    https://aoc.media/analyse/2024/12/18/le-deni-des-persecutions-genocidaires-des-nomades

    #persécution #encampement #France #histoire #déni #internement #déportation #travail_forcé #reconnaissance

    • Mémorial des Nomades et Forains de France

      Le Mémorial des Nomades de France, sous le parrainage de Niki Lorier, œuvre pour une reconnaissance pleine et entière par la France de sa responsabilité dans l’internement et la déportation des Nomades de France entre 1914 et 1946,

      Il collecte les témoignages des survivants.

      Il propose des interventions en milieu scolaire et du matériel pédagogique sur le CNRD.

      Il réalise des partenariats avec des institutions mémorielles (Mémorial de la Shoah, Mémorial du camp d’Argelès, Mémorial du Camp de Rivesaltes) et des associations dans la réalisation d’expositions, de sites internets…

      Un comité scientifique a été mis en place en 2018.

      Il dispose d’un fond documentaire, et d’archives privées.

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      #Manifeste :

      ▼ Le MÉMORIAL DES NOMADES DE FRANCE a été crée en 2016 en réaction à l’annonce par la Dihal que le discours du président de la République sur le site du camp de Montreuil-Bellay constituerait une reconnaissance officielle de la France. Pour nous, cette démarche est trompeuse et purement déclarative. Nous souhaitons que la reconnaissance des persécutions contre le monde du Voyage par les différents gouvernements entre 1912 et 1969 passe par la voie législative, sur le modèle de la journée de commémoration nationale de la Shoah votée par le parlement en 2000, suivie le 10 mai 2001, par l’adoption de la « loi Taubira », qui reconnaît la traite et l’esclavage comme crime contre l’humanité. Rappelons que depuis 2015, le Parlement européen a fixé par un vote solennel au 2 août la date de la « Journée européenne de commémoration du génocide des Roms », journée non appliquée en France.

      ▼ Le MÉMORIAL DES NOMADES DE FRANCE demande l’application pleine et entière de la loi Gayssot de 1990, notamment dans l’Éducation Nationale. Sur tous les manuels d’histoires utilisés en France, seulement 5 mentionnent le génocide des Zigeuner par les Nazis, pas un ne fait mention des persécutions subies du fait des autorités françaises sous les différents gouvernements de la Troisième République, de « Vichy », du GPRF, ou de la IVe République. Nous sommes parfaitement conscients de la difficulté pour l’État, de reconnaître une situation encore en vigueur aujourd’hui par un procédé d’encampement généralisé de la catégorie administrative des dits « gens du voyage » dans le cadre des « lois Besson » de 1990 et 2000.

      ▼ Le MÉMORIAL DES NOMADES DE FRANCE, demande que l’habitat caravane soit reconnu comme un logement de plein droit, ouvrant un accès aux droits communs qui leurs sont déniés aux Voyageurs et Voyageuses, l’État se mettant enfin en conformité avec l’article premier de la Constitution de 1958.

      ▼ Le MÉMORIAL DES NOMADES DE FRANCE demande la dissolution de la Commission Nationale des Gens du Voyage, dernier organisme post-colonial d’État, qui organise la ségrégation territoriale des différents ethnies constituant le monde du Voyage en France, par le biais de l’application des lois Besson et l’abandon de celle-ci, garantissant la liberté de circulation pour tous et son corollaire, le droit de stationnement, dans des lieux décents, ne mettant pas en danger la santé et la sécurité des intéressés. Les textes existent, il suffit de s’y conformer. Le Conseil constitutionnel considère que la liberté de circulation est protégée par les articles 2 et 4 de la Déclaration des droits de l’Homme et du citoyen de 1789 (il l’a notamment rappelé dans la décision du 5 août 2021). A ce titre la loi Égalité et Citoyenneté de 2017 a abrogé les carnets de circulation. Nous considérons que l’application de l’avis du Conseil Constitutionnel est incomplète, les dites « aires d’accueil » ou « de grands passages » servant justement à contrôler la circulation des Voyageurs sur le territoire métropolitain. C’est le seul moyen de mettre fin au dernier racisme systémique d’État.

      ▼ Le travail de recherche et de restitution historique du MÉMORIAL DES NOMADES DE FRANCE tend en ce sens.

      https://memorialdesnomadesdefrance.fr

  • [Les Promesses de l’Aube] #gaz Russe, la dernière route des #nenets
    https://www.radiopanik.org/emissions/les-promesses-de-l-aube/gaz-russe-la-derniere-route-des-nenets

    Ce mercredi, j’aurai le plaisir d’accueillir #sergio_ghizzardi, documentariste belge qui viendra nous présenter son dernier film : Gaz Russe, la dernière route des Nenets.

    A Yamal, qui signifie « fin du monde », dans cette vaste région au nord de la Sibérie bien au delà du cercle polaire arctique, les NENETS, princes de la toundra et éleveurs de rennes, se déploient du Nord au Sud de la péninsule depuis plus de 200 générations. C’est le cas de Vassily et sa brigade qui entreprennent ce voyage de 1500 km.Mais pour combien de temps encore ?Profitant du réchauffement climatique et de la fonte des glaces, la #russie est devenue un des plus grands producteurs degaz naturel au monde, provenant essentiellement de la presqu’île de Iamale et de la mer de Kara. De Yamalpartent les pipelines qui continuent (...)

    #documentaire #energie #nomades #documentaire,russie,energie,gaz,sergio_ghizzardi,nomades,nenets
    https://www.radiopanik.org/media/sounds/les-promesses-de-l-aube/gaz-russe-la-derniere-route-des-nenets_16971__1.mp3

  • « Après la lecture de cet ouvrage sur les chants inuits, on ne pourra qu’admirer l’incroyable sens de l’à-propos du prince Charles et de Camilla »
    https://www.lemonde.fr/series-d-ete/article/2023/08/04/apres-la-lecture-de-cet-ouvrage-sur-les-chants-inuits-on-ne-pourra-qu-admire


    « La Musique qui vient du froid », de Jean-Jacques Nattiez (Presses universitaires de Montréal, 2022).
    LEA GIRARDOT

    « La bibliothèque insolite de Mara Goyet » (5/23). Surprise par le rire, en 2017, du futur couple royal britannique face au chant de deux femmes inuites, l’autrice s’intéresse à cette pratique traditionnelle et à ses modalités dans «  La Musique qui vient du froid  ».

    Depuis toute petite, j’apprécie le prince Charles, aujourd’hui Charles III. Rien de ce qui le concerne ne m’échappe. Evidemment, je connais les fragilités qui m’ont menée à ce choix quand Diana aurait été un parti raisonnable : il était le mal-aimé, le ridicule, l’éternel dauphin, etc. J’ai voulu compenser.

    J’ai néanmoins été surprise par quelques fautes de goût de sa part, notamment ce fou rire au Canada, en 2017, lancé par Camilla, à l’écoute de deux femmes inuites exécutant un chant sans doute exotique à leurs oreilles. Comment quelqu’un qui se fait repasser ses lacets, se promène dans le Commonwealth comme dans un jardin depuis sa naissance et demande que l’on applique le dentifrice sur sa brosse à dents peut-il s’abaisser à un tel manque de tact, à un tel impair ? A une telle beauferie, en somme. Quand on est un prince anglais, on ne rigole pas devant une musique parce qu’elle ne ressemble pas à du Purcell, on bouffe des sauterelles en silence et l’on revêt quantité de coiffes avec le sourire. C’est son travail et son devoir.

    Evidemment, une forme de complaisance nous conduirait à voir dans ce fou rire un soupçon d’humanité. Mais je m’y refuse. J’ai d’ailleurs bien fait car, en lisant La Musique qui vient du froid. Arts, chants et danses des Inuits (Presses universitaires de Montréal, 2022), de Jean-Jacques Nattiez, j’ai pu en apprendre davantage sur ces chants que l’on décrit comme « haletés ». On les retrouve principalement au Canada, ils sont « caractérisés par l’alternance de l’expiration et de l’inspiration ». Ce qui peut les rendre un peu obscènes, du moins si l’on vit dans l’univers lubrique de Camilla et Charles. Ils sont par ailleurs « essentiellement réservés aux femmes ».

    Joutes vocales
    Ces chants permettent aux partenaires de démontrer leur capacité d’endurance au moyen de jeux narratifs que l’on fait durer, combine, juxtapose, enchaîne et répète. Parfois s’ajoutent des sons voisés (ou non) et des intonations diverses qui s’organisent autour d’un pattern rythmique constant.

    Ces joutes vocales doivent divertir mais aussi offrir la possibilité de surmonter les conflits : elles ne doivent pas entrer en opposition avec celles de l’adversaire. On parle à ce titre de chant ordalique. La gagnante sera celle qui utilisera les motifs les plus difficiles et les plus beaux. Quant à la perdante, elle se retrouvera souvent ridiculisée au cours de l’échange. L’humour n’est donc pas étranger à ces jeux de gorge, qui se terminent souvent par des éclats de rire. Dans un esprit similaire, au Groenland, on utilise des « bâtons de taquinerie ».

    reste 20% derrière le #paywall

  • « Interdit aux #nomades et aux chiens » : le quotidien de l’#antitsiganisme : épisode 1/4 du podcast Dans l’ombre de l’antitsiganisme
    https://www.radiofrance.fr/franceculture/podcasts/lsd-la-serie-documentaire/interdit-aux-nomades-et-aux-chiens-1889485

    #podcast #serie
    #gitans #bohémiens #manouches

    Pour commencer, il faut peut-être prendre conscience de ce qu’est l’antitsiganisme et surtout de ce que ça signifie de le vivre au quotidien. Des #Voyageurs, souvent militants associatifs, nous mettent à plat ce concept et l’impact direct qu’il a sur leur vie.

    Cet épisode propose des récits croisés de la façon dont ils et elles sont confrontés au quotidien à cet antitsiganisme, qui est aussi souvent administratif, ainsi que des préjugés auxquels ils et elles font face. Dylan Schutt, témoigne ainsi, comment dès son premier jour d’école, il a pris conscience des préjugés existants envers les Voyageurs : “Les autres enfants étaient un peu distants avec moi, j’ai eu des remarques comme quoi je sentais mauvais, les enfants disaient qu’ils ne voulaient pas me toucher parce que j’étais sale, ça m’a suivi toute ma scolarité”. Et puis il raconte un drame marquant : “Une personne a tué mon grand-oncle parce qu’il était nomade, elle a pris huit ans de prison. Sauf qu’avec les remises de peine, elle a fait à peine trois ans, alors que mon grand-oncle a été tué devant ses deux enfants. À l’époque, on avait fait des manifestations, c’était en 2009, mais n’a pas changé grand-chose en fait”.

    En parallèle, en remontant le cours du temps avec des historiennes et des historiens on tente de comprendre la façon dont les clichés se sont ancrés dans les têtes et dans le paysage.

    L’historien Ilsen About revient, par exemple, sur ce cliché qui veut qu’un Voyageur soit forcément un voleur et qui, malheureusement, persiste encore aujourd’hui : “L’itinérance est vue comme étant forcément coupable, car elle serait guidée par des objectifs irréguliers, illégaux de dépossession par le vol, par le brigandage. On a un glissement entre la mobilité, la criminalité itinérante et la question du vol. Et puis, de l’autre côté, il y a la mythologie de la mendicité. Les occurrences qui associent les Roms à la mendicité sont extrêmement nombreuses et la mendicité est souvent associée dans les esprits à la question du vol, à la ruse, à une dépossession déguisée.”

    Alors, en fabriquant cette série, en écoutant les récits des unes et des autres, la violence du rejet auxquels ils et elles font face et les embuches inventées par l’administration, plusieurs fois on s’est dit que c’était trop, que les gens n’allaient pas nous croire.

    Saimir Mile, militant et fondateur de la Vois des Roms, évoque ce racisme séculaire et dresse un constat qui est lui aussi terrible quant à ce racisme particulier : “Il faut combattre les préjugés et se faire connaître ne sert pas à grand-chose. Il faut aller au-delà de ça, il faut vraiment dénoncer ce racisme qui est omniprésent, qui est très ancien, très populaire. C’est la dernière forme de racisme acceptable en fait”.

    Et pourtant, paradoxalement, on a beaucoup ri pendant les enregistrements, ri des blagues corrosives de ceux et celles à qui on tendait le micro, emportés par l’humour noir et féroce ou l’ironie constante de nos interlocuteurs et puis, au bout d’un moment ça ne nous a plus fait rire du tout.

    Un documentaire de Perrine Kervran, réalisé par Gaël Gillon.
    Avec :

    Ilsen About, historien,
    #William_Acker, délégué général de l’association nationale des gens du voyage citoyens,
    Henriette Asseo, historienne,
    Saimir Mile, militant et fondateur de la Voix des Rroms,
    Emile Scheitz, fondateur de l’association familiale des gens du voyage d’ile de France,
    Dylan Schutt, militant pour la Voix des #Rroms.

    Merci à Lény Mauduit de la médiathèque Mateo Maximoff.

    Prise de son et mixage Florent Layani .
    Bibliographie :

    Lise Foisneau, Les Nomades face à la guerre (1939-1946), Klincksieck, 2022
    Lise Foisneau , Kumpania vivre et resister en pays #gadjo , éditions Wildproject, 2023
    Henriette Asseo , Les #Tsiganes, une destinée européenne , coll. « Découvertes Gallimard / Histoire » (no 218), Gallimard, 1994, réédition en 2006
    Henriette Asseo, De la « science raciale » aux camps. Les Tsiganes en Europe sous le régime nazi, Éditions du Centre régional de documentation pédagogique de Paris (CRDP Paris), université Paris-Descartes, 1996
    William Acker , Où sont les gens du voyage , éditions du commun, 2021
    Ilsen About , Présence tsigane , éditions du cavalier bleu, 2018
    Theophile Leroy , L’internement des nomades une histoire française , Mémorial de la Shoah, 2019
    Raymond Gurème , Isabelle Ligner , Interdit aux nomades , Calmann Levy, 20&1
    Françoise Dallemagne , Julia Ferloni , Alina Maggiore , Anna Mirga-Kruszelnicka et Jonah Steinberg , BARVALO / Roms, Sinti, Gitans, Manouches, Voyageurs... , Muceum, 2023

    Liens :

    Plate-forme européenne en ligne contre l’antitsiganisme.
    A persisting concern : anti-Gypsyism as a barrier to Roma inclusion. Rapport de l’Agence des droits fondamentaux de l’Union européenne, 2018.
    Antitsiganisme, texte de référence, publié sous les auspices de l’Alliance contre l’antitsiganisme en août 2019.
    Pourquoi les Roms subissent exclusion et discrimination : article d’Aidan McGarry paru dans Slate en mars 2019.
    Un racisme méconnu : l’antitsiganisme, par Leonardo Piasere, in Dadarivista, n°2, décembre 2013.
    Grégoire Cousin, Julie Lacaze : L’éternel retour ; l’antitsiganisme politique. In Communications, n°107, 2020.
    Film - Les Rochers de la Honte, 2023
    Exposition Barvalo, Roms, Sinti, Manouches, Gitans, Voyageurs... Mucem, J4— Niveau 2 | Du mercredi 10 mai 2023 au lundi 4 septembre 2023
    Médiathèque Matéo Maximoff
    ANGVC - Association nationale des #gens_du_voyage #citoyens ...
    Association - La voix des Rroms

    #Sciences et #Savoirs
    #Histoire
    #Documentaire_radiophonique
    #Documentaires de #société

    L’équipe

    Perrine Kervran
    Perrine Kervran
    Production
    Maryvonne Abolivier
    Collaboration
    Anahi Morales
    Collaboration
    Annelise Signoret
    Collaboration
    Gaël Gillon
    Réalisation

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    Les hommes d’état : Jean Moulin conférence de Jean-Pierre Azéma (1ère diffusion : 22/07/2003)

    #LSD, la série documentaire
    "Interdit aux nomades et aux chiens" : le quotidien de l’antitsiganisme

  • #Gérald_Darmanin veut rendre « impossible » la vie des étrangers soumis à une obligation de quitter le territoire

    Les circonstances de la mort de la petite #Lola et le profil de la suspecte, de nationalité algérienne et sous le coup d’une #obligation_de_quitter_le_territoire_français (#OQTF), ont suscité de vives critiques à droite et à l’extrême droite. Si les parents de l’enfant ont regretté les tentatives de récupération politique de ce terrible drame, les discussions politiques se poursuivent. Ce jeudi, le ministre de l’intérieur a annoncé l’intention du gouvernement de rendre « impossible » la vie des étrangers faisant l’objet d’une OQTF.

    « Nous avons un travail à faire pour rendre impossible la vie des OQTF en France » dans le futur projet de #loi sur l’immigration, a déclaré Gérald Darmanin sur France Inter, en soulignant comme exemple le fait qu’« aujourd’hui quelqu’un qui fait l’objet d’une OQTF peut encore avoir un #logement_social ». « Un étranger arrivé légalement sur le sol [français] et qui perd son statut, devenant irrégulier, ne doit plus pouvoir garder son logement social », a insisté l’entourage du ministre.

    « Un droit trop complexe » pour expulser

    La #mesure_d’expulsion, dite OQTF, fait l’objet de polémiques récurrentes, notamment sur son taux d’application réel que le gouvernement veut augmenter à l’aide de la loi. Cette polémique a été ravivée depuis le meurtre sauvage de Lola. Sur ce sujet, le ministre de l’Intérieur a déploré un « droit trop complexe pour expulser un étranger en situation irrégulière, avec jusqu’à douze recours administratifs et judiciaires ».

    Selon lui, « plus de la moitié » des 120.000 OQTF prises ne sont pas exécutoires à cause de #recours_administratifs. Le projet de loi à venir prévoit de diviser par trois ce nombre possible de recours, de douze à quatre, a expliqué Gérard Darmanin, en prévoyant sur ce sujet « un grand débat parlementaire très compliqué ». Le gouvernement envisage par ailleurs de « lever les protections pour un certain nombre d’étrangers », a dit le ministre en citant la nécessité de mettre fin au système de #double_peine, qui voit un étranger condamné devoir purger sa peine sur le territoire avant son expulsion.

    Une situation « déjà » impossible

    La suppression de cette mesure permettrait selon lui « d’expulser 4.000 étrangers délinquants supplémentaires par année ». Rendre la vie « impossible » aux étrangers en situation irrégulière, « c’est déjà le cas actuellement », dénonce Mélanie Louis, responsable des questions d’expulsions à l’association La Cimade, pour qui les mesures du projet de loi vont faire rompre la France avec « l’Etat de droit ».

    Selon Mélanie Louis, il est d’ailleurs « complètement faux » qu’une personne sous le coup d’une OQTF ait droit à un logement social en France : « ces personnes bénéficient simplement du droit, inconditionnel, à une place d’#hébergement_d’urgence via le 115 [le numéro d’urgence dédié aux sans-abri], mais dans aucun cas à un HLM ».

    « 100 % d’application » pour les expulsions

    Jeudi soir, le président Emmanuel Macron a dit vouloir « réformer en profondeur les règles, nos lois, pour simplifier les procédures » d’expulsion, à l’occasion d’une nouvelle #loi_sur_l’asile_et_l’immigration qui doit être présentée « On va durcir les règles » pour « aller à ces 100 % » d’application des obligations de quitter le territoire français, des #procédures_d’expulsion dont moins de 10 % seulement sont exécutées. « au premier semestre de l’année prochaine ».

    « On va durcir les règles » pour « aller à ces 100 % » d’application des obligations de quitter le territoire français, des procédures d’expulsion dont moins de 10 % seulement sont exécutées.

    https://www.20minutes.fr/politique/4007487-20221027-darmanin-veut-rendre-impossible-vie-etrangers-soumis-obli

    #Darmanin #Gérard_Darmanin_comme_Theresa_May #hostile_environment #environnement_hostile #asile #migrations #réfugiés #instrumentalisation #sans-papiers #rendre_la_vie_impossible #expulsions #renvois #durcissement

    ping @karine4 @isskein

  • De l’exclusion des Cagots - Les intouchables (oubliés) en France
    Accusés de véhiculer des maladies au Moyen-Âge, elles et ils furent victimes de restrictions et de discriminations durant des siècles.

    https://fr.wikipedia.org/wiki/Cagot
    https://cagots.fr

    À l’église ils doivent littéralement entrer par la petite porte qui donne sur le fond
    Ils n’habitaient pas les mêmes lieux que le reste des citoyens. Leurs habitations ressemblaient à des groupements de huttes placés à la périphérie des villages (souvent séparés par une rivière ou une forêt). Il leur était défendu de commercer avec les habitants. Les seuls métiers qui leur étaient permis étaient principalement liés au bois : charpentiers, menuisiers, bûcherons, tonneliers, parfois cordiers en Bretagne.

    Ils n’avaient pas le droit de porter des armes et en temps de guerre, il leur était demandé de mettre leur métier à contribution mais jamais de se battre aux côtés des soldats. Ils ne recevaient pas ou peu de salaire, mais étaient parfois exonérés d’impôts. Il leur était interdit de travailler des champs autres que les leurs. Interdit d’épouser en dehors de leurs communautés. Leurs naissances n’étaient pas célébrées et on les nommait dans les registres par des noms soit humiliants, soit génériques (on leur donnait un prénom suivi de Chrestias, Cagot, Gézitain ou encore Lazare, pour la référence biblique). Ils n’avaient pas le droit de fréquenter les bains, les lavoirs, les fontaines. Notez en passant que tout ceci est codifié très officiellement, à travers des ordonnances, des statuts, des coutumes (au sens du droit), des lois… Tout ce qu’il y a de plus officiel jusqu’au plus haut sommet de l’État féodal (du duc jusqu’au roi en passant par l’évêque).
    https://www.youtube.com/watch?time_continue=35&v=7lud_IjuAdk


    À l’église ils doivent littéralement entrer par la petite porte qui donne sur le fond, souvent séparés du reste des fidèles par une barrière. On leur réserve des bénitiers minables, petits et cachés. On leur tend l’hostie à bout de bâton. Quand on leur accorde des sacrements, ce qui est rare, c’est dans l’obscurité de la nuit, à l’abri des regards qu’on baptise les enfants, par exemple, et surtout sans bruit. Ils construisent leurs propres cimetières et sont parfois inhumés dans l’anonymat, sans stèle, sans cérémonie. Autre fait ignoble, quand il s’agissait de justice, leurs témoignages ne valaient rien ; il ne fallait pas moins de cinq ou sept Cagots pour égaler le témoignage d’un seul citoyen. Ça fait déjà beaucoup non ? Et encore ceci n’est que ce qui était réglementé officiellement. Dans l’usage, leur quotidien était fait d’insultes, d’humiliations, de moqueries… Bien sûr, toutes ces restrictions n’ont pas toujours été cumulées. Selon le lieu et le siècle il y a eu des suspensions, des dérogations, jusqu’aux abolitions après la Révolution. Mais on voit bien qu’il y a quelque chose d’absurde et d’irrationnel, surtout quand on apprend que la lèpre qu’on les accusait de porter n’a rien d’héréditaire et qu’au final il s’agissait vraiment d’hommes et de femmes sans distinction apparente, des gens comme vous et moi.

    Les raisons de leur exclusion sont, pour le moins, confuses. Il faut être honnête et lucide là-dessus. Ce qui est avancé depuis le XVIe siècle par différents historiens, chercheurs et scientifiques, pour expliquer et décrire la condition des Cagots, demeure à l’état d’hypothèse jusqu’à nos jours. Ceci étant dit, plusieurs pistes sont privilégiées et intéressantes tant du point de vue historique que logique.

    Le symbole le plus caractéristique des Cagots est cette fameuse Patte d’Oie. Encore une fois, c’était parfaitement réglementé. Selon le lieu et l’époque, elle devait être d’une certaine dimension, cousue, gravée… Ce qu’on retrouve le plus souvent, c’est que les Cagots devaient faire coudre la patte d’oie au niveau de la poitrine, sur leur vêtement. On retrouve également des traces de gravures sur les portes de leurs habitations, et même sur les ponts qu’ils devaient emprunter, à l’écart des routes et des sentiers qui leur étaient interdits. Ah oui, n’oublions pas de mentionner que certains sentiers leur étaient réservés et qu’ils étaient balisés avec cette patte d’oie ! Et avec un petit effort d’imagination, les marquages au sol aujourd’hui dans le cadre de la « distanciation sociale » font légèrement penser à ça. On retrouve aussi cette patte d’oie sur ces bénitiers qui leur étaient réservés. Beaucoup de ces gravures ont disparu mais en cherchant bien, on peut encore trouver des illustrations ou des récits sans équivoque. Pour ce qui est de l’origine et du pourquoi de la patte d’oie (ou patte de canard), je ne pourrai qu’indiquer aux plus curieux la piste de la Reine Pédauque d’Anatole France ou de Rabelais. C’est un mystère qui n’est pas prêt d’être totalement dévoilé et qui a généré des dizaines d’hypothèses, mais force et courage à celles et ceux qui creuseront.
    Dernière chose, le fait qu’ils devaient se déplacer avec une crécelle pour annoncer leur passage, est un fait disputé, mais bien avéré à certaines époques et dans certaines régions. Rappelons aussi qu’ils n’étaient pas confondus avec les lépreux. Le traitement et les distinctions étaient tout à fait différents — en dehors de cette crécelle qui a pu parfois être commune aux deux.

    Tout ce qui concerne leur origine ethnique est un angle particulièrement utilisé par exemple (gardez à l’esprit qu’il n’existe aucun consensus à ce sujet parmi les historiens). Théophile Roussel, qui a sillonné le sud-ouest au XIXe siècle dans le cadre de ses recherches en médecine, soutient l’idée que les Cagots sont descendants de Wisigoths. Les Francs, catholiques, auraient donc traité les Cagots de cette façon dans un esprit de revanche, contre ceux qu’ils auraient vus comme anciens envahisseurs, oppresseurs, arianistes et qui avaient été persécuteurs en leur temps. L’explorateur « pyrénéiste » Louis Ramond de Carbonnières avançait déjà cette thèse au XVIIIe siècle. D’ailleurs on dit même de l’étymologie du mot « Cagot » qu’elle serait dérivée de l’Occitan ou de la vieille langue béarnaise qui signifiait « Chien de Goth ». Vient ensuite la piste sarrasine qui développe quasiment les mêmes arguments notamment via l’excellent historien Pierre de Marca au XVIIe siècle, et qui remet en cause explicitement la piste wisigothe en attribuant l’ascendance des Cagots aux Sarrasins, comparant leurs mœurs à celles des Syriens. Par ailleurs, d’autres pistes moins privilégiées existent mais sont tout de même explorées avec beaucoup de sérieux, notamment de possibles origines vikings, juives, gitanes, celtiques…

    Ce qu’il y a de plus important et ce à quoi nous nous sentons rattachés dans notre contexte actuel de 2022, c’est que peu importe l’hypothèse que vous choisirez sur leur origine, le volet « sanitaire » sera toujours présent. C’est vraiment le dénominateur commun et ce qui met d’accord tout le monde. Les Cagots ont toujours été vus, soit comme porteurs de maladies graves, soit comme porteurs de malédictions. Il faudra longtemps avant que des médecins et autres scientifiques démontrent qu’il n’en était rien. Le mystère reste donc entier sur les racines de ce calvaire et ça nous va très bien comme ça. Rien ne peut justifier un traitement aussi ignoble et interminable de toute façon. Ça nous donne un nouveau terrain de recherche et de nouvelles perspectives pour comprendre notre présent.

    Le seul truc sur lequel tous les historiens sont d’accord, c’est la discrimination et la persécution. En ce qui concerne le pourquoi, et qui ils sont, chacun y va de sa théorie. En tout cas c’est pour cet aspect discriminatoire incontestable qu’on a trouvé le sujet en phase avec l’actualité. Il n’y a donc pas polémique à ce niveau. Même si certains critiques ou détracteurs essayent de faire diversion en pinaillant sur des futilités historiques, c’est bien cet aspect-là qui est central. Incontestable. Les malheureuses tentatives de dénigrement de ce parallèle sont obligées de se rabattre sur des angles d’attaque de second choix. Ce qui met généralement leur mauvaise foi au jour, et nous conforte dans le fait que nous avons visé juste.

    Les raisons de leur exclusion sont, pour le moins, confuses. Il faut être honnête et lucide là-dessus. Ce qui est avancé depuis le XVIe siècle par différents historiens, chercheurs et scientifiques, pour expliquer et décrire la condition des Cagots, demeure à l’état d’hypothèse jusqu’à nos jours. Ceci étant dit, plusieurs pistes sont privilégiées et intéressantes tant du point de vue historique que logique. Tout ce qui concerne leur origine ethnique est un angle particulièrement utilisé par exemple (gardez à l’esprit qu’il n’existe aucun consensus à ce sujet parmi les historiens). Théophile Roussel, qui a sillonné le sud-ouest au XIXe siècle dans le cadre de ses recherches en médecine, soutient l’idée que les Cagots sont descendants de Wisigoths. Les Francs, catholiques, auraient donc traité les Cagots de cette façon dans un esprit de revanche, contre ceux qu’ils auraient vus comme anciens envahisseurs, oppresseurs, arianistes et qui avaient été persécuteurs en leur temps. L’explorateur « pyrénéiste » Louis Ramond de Carbonnières avançait déjà cette thèse au XVIIIe siècle. D’ailleurs on dit même de l’étymologie du mot « Cagot » qu’elle serait dérivée de l’Occitan ou de la vieille langue béarnaise qui signifiait « Chien de Goth ». Vient ensuite la piste sarrasine qui développe quasiment les mêmes arguments notamment via l’excellent historien Pierre de Marca au XVIIe siècle, et qui remet en cause explicitement la piste wisigothe en attribuant l’ascendance des Cagots aux Sarrasins, comparant leurs mœurs à celles des Syriens. Par ailleurs, d’autres pistes moins privilégiées existent mais sont tout de même explorées avec beaucoup de sérieux, notamment de possibles origines vikings, juives, gitanes, celtiques… Ce qu’il y a de plus important et ce à quoi nous nous sentons rattachés dans notre contexte actuel de 2022, c’est que peu importe l’hypothèse que vous choisirez sur leur origine, le volet « sanitaire » sera toujours présent. C’est vraiment le dénominateur commun et ce qui met d’accord tout le monde. Les Cagots ont toujours été vus, soit comme porteurs de maladies graves, soit comme porteurs de malédictions. Il faudra longtemps avant que des médecins et autres scientifiques démontrent qu’il n’en était rien. Le mystère reste donc entier sur les racines de ce calvaire et ça nous va très bien comme ça. Rien ne peut justifier un traitement aussi ignoble et interminable de toute façon.

    #Exclusion #discrimination #pass_sanitaire #contrôle_social #patte_d’oie #QR-code #France #Histoire #intouchables

  • Crises des islams et crises globales

    Louis de Colmar

    https://lavoiedujaguar.net/Crises-des-islams-et-crises-globales

    L’idéologie occidentale a tendance à présenter l’« islam » comme un tout cohérent, ainsi qu’à confondre l’augmentation de la médiatisation de la question dite islamique avec un renforcement de la cohésion de l’islam. Or, je dirais que l’on assiste exactement au contraire, c’est-à-dire à un processus d’implosion de l’islam : jamais encore, sans doute, la conflictualité interne à l’islam n’aura été aussi forte, aussi exacerbée…

    Ce que nous pouvons constater aujourd’hui, c’est l’échec de la greffe « nationale » (au sens occidental du terme) tentée au sortir de la Première Guerre mondiale tout particulièrement au Moyen-Orient. Ce rejet est devenu manifeste lors de l’effondrement de l’antagonisme structurant du XXe siècle entre la version libérale classique et la version dirigiste, en particulier léniniste, du capitalisme, qui a eu lieu durant la guerre d’Afghanistan, et qui aura été marqué par l’effondrement de l’URSS en 1989.

    L’effondrement de l’URSS, qui n’est que l’expression la plus visible de l’effondrement de la perception et de l’intelligibilité « classique » du capitalisme issues de la conscience historique du XIXe siècle, a ainsi ouvert la boîte de Pandore des contradictions géopolitiques qui avaient été mises sous le boisseau des illusions progressistes. (...)

    #islam #crise #implosion #conflictualité #capitalisme #URSS #effondrement #Afghanistan #Gilles_Kepel #Iran #Empire_ottoman #religion #nomades #migrants #errance #déracinement #État #France #Karl_Polanyi #Nedjib_Sidi_Moussa

    • Peut-être peut-on souligner le cas particulier de l’État français qui, parce qu’il a, plus que tous les autres, privilégié significativement le pôle politique aux dépens du pôle religieux, est de ce fait confronté à une crise de cohésion étatique plus forte que ses voisins, car plus bridé qu’eux dans ses capacités de rééquilibrage. Il est ici sans doute symptomatique que le ministère chargé du maintien de l’ordre soit également celui qui s’occupe des élections et des cultes...

  • « L’internement des Nomades, une mémoire française », un documentaire sonore produit par JET - Association JET
    https://www.jet-asso.fr/1093-linternement-des-nomades-une-memoire-francaise-un-documentaire-sonore-

    De part et d’autre des barbelés, Marcel Laisis et Annette Fourny ne se sont jamais rencontrés. Pourtant, entre novembre 1940 et mai 1942, le premier était interné à l’âge de 4 ans avec sa famille, parce que Nomade, quand la deuxième était une petite française de 8 ans parmi tant d’autres, témoin de l’horreur de l’internement. Plus de 70 ans après, Marcel et Annette ont accepté de témoigner. De faire surgir de leur passé, les heures sombres du camp d’internement de la Forge, à Moisdon-la-Rivière (44). Des témoignages rares sur un passé commun, toujours contemporain.

    Mes parents sont de la même génération que Marcel & Annette sauf que mon père est née en 1932 et ma mère en 1936 et qu’ils n’étaient pas nomades.

    https://www.mixcloud.com/Jetfm/linternement-des-nomades_une-memoire-francaise_production-jet_2019


    #nomades #internement #radio #podcast #histoire #mémoire

  • (Dé)passer la frontière

    En ce début de 21e siècle, l’heure est à la #fermeture_des_frontières. Si ce durcissement des #politiques_migratoires peine à produire les résultats escomptés, il participe à la multiplication de situations de violations des #droits_humains, partout dans le monde.

    Les frontières, leur gestion et leur actualité traversent les débats publics et médiatiques sur les #migrations, attisant les controverses et les fantasmes, en particulier en Europe et en Amérique du Nord. Les frontières cristallisent un grand nombre d’enjeux – sociaux, (géo)politiques, économiques, historiques – et mobilisent une grande diversité d’idées, de projets de société et d’acteur·rices. Étudier, questionner la frontière et tout ce qu’elle véhicule comme #symboles est donc indispensable pour penser l’avenir des territoires et de leurs populations dans une perspective de respect de la #dignité_humaine, autrement que sous le seul angle d’analyse de « la crise migratoire ».

    L’objectif principal de ce nouveau numéro de la collection Passerelle est donc de proposer des pistes d’analyse et de réflexion sur les enjeux autour des frontières : dans un monde globalisé, entre territorialisation et dématérialisation, qu’est-ce qu’une frontière aujourd’hui ? Quels sont les intérêts politiques et économiques qui régissent les mouvements d’ouverture pour certain·es, et de fermeture pour d’autres ? Cette publication invite également à explorer les multiples formes de #résistance à travers la voix de celles et ceux qui défient les politiques de fermeture, mais aussi les idées et propositions qui remettent en cause le régime des frontières actuel.

    Il s’agit donc bien d’établir des liens entre ce sujet d’une actualité brûlante et des dynamiques de long terme dans les différentes parties du monde, d’en éclairer les différents enjeux et de donner de la visibilité aux luttes actives d’hier et d’aujourd’hui. C’est cette perspective qui est au cœur du débat à travers les articles compilés ici : des réflexions, des témoignages et des pistes d’horizons politiques qui nous permettront de mieux saisir les enjeux des frontières, afin de nous armer de meilleurs outils de solidarité internationale pour la #justice_sociale et la garantie des droits fondamentaux de toutes et tous.


    https://www.coredem.info/IMG/pdf/_de_passer_la_frontiere-2.pdf

    Sommaire :


    #souveraineté_nationale #symbole #murs #Israël #barrières_frontalières #externalisation #externalisation_des_frontières #spectacle #victimisation #business #tunnel #Roya_Citoyenne #frontière_sud-alpine #La_Roya #caravane #Amérique_centrale #disparitions #mères #justice #passeport_aborigène #internationalisme #liberté_de_circulation #Touaregs #nomadisme #nomades #confédéralisme_démocratique #membrane

    ping @isskein @reka

    #frontières

  • La #langue des Gitans et le président Macron | Le Club de Mediapart
    https://blogs.mediapart.fr/833068/blog/070219/la-langue-des-gitans-et-le-president-macron

    Il faudrait de longues pages pour rappeler ici l’ancienneté #historique sur le sol français de ceux que l’on appelle les « #Gitans » et qui appartiennent à la sphère #linguistique du #romanès, la langue #romani : les capitaines égyptiens au service des seigneurs de l’Ancien Régime, les #Bohémiens et Bohémiennes qui peuplaient les villes et les campagnes et qui ont laissé tant de traces dans la topographie de la France et dans les archives, les #Calé appelés « Gitans », qui parlaient le #caló dans le sud de la France et dont certains aujourd’hui parlent une forme rare du #catalan, les #Manouches ou #Sinti de toutes les régions qui parlent encore la langue de leurs ancêtres, les Sinti #piémontais notamment qui formèrent les grandes compagnies de cirque du 20e siècle et parlaient un dialecte particulier, les Roms d’Europe centrale et orientale qui arrivèrent par vagues à partir du 19e siècle et qui parlent de multiples dialectes, notamment le #kaldérash, auxquels il faut ajouter tous les #Yénishes du Centre et de l’Est, qui ont absorbé, il y a longtemps, une partie du lexique romani, et aujourd’hui les centaines de milliers de Voyageurs, itinérants ou sédentaires, qui s’expriment dans les langues du Voyage dont les variantes sont aussi nombreuses que les régions françaises.

    Alors, « comment les Gitans parlent-ils » ? Ils parlent d’abord le français, la langue de leur pays, ni plus ni moins que tout le reste de la population. Mais ils sont aussi les locuteurs d’une des langues de France, le romani, une langue de tous les jours, mais aussi une langue de l’écrit et de la poésie, la langue d’auteurs méconnus, une langue de la chanson, de la joie ou de la mélancolie, une langue à la fois politique et magnifique comme toutes les langues, une langue qui plonge dans l’histoire de l’Orient, de la Méditerranée et de l’Europe, une langue qui a laissé des traces dans le français et pas seulement dans l’#argot, une langue qui a raconté les souffrances de la Seconde Guerre mondiale, et qui aujourd’hui parle de la vie quotidienne dans un pays qui n’a aboli qu’en 2017 la loi discriminatoire de 1969, héritière de l’autre loi de 1912, de sinistre mémoire, qui instaura le « #carnet_anthropométrique des #nomades ».

  • Cirque. Sous le chapiteau étoilé des Romanès, les chats s’envolent | L’Humanité
    https://www.humanite.fr/cirque-sous-le-chapiteau-etoile-des-romanes-les-chats-senvolent-647418

    La famille Romanès au grand complet présente son nouveau spectacle, Les nomades tracent les chemins du ciel. Un instant de bonheur et d’émerveillement pour petits et grands.

    Depuis que la Mairie de Paris les a installés, pour ne pas dire relégués, square Parodi, dans le très chic 16e arrondissement de l’ouest de la capitale, une légende urbaine colportée par certains de ses habitants raconte que, depuis l’arrivée des Romanès, les matous du quartier ont disparu. Les Romanès les voleraient… Alexandre Romanès préfère en rire. D’ailleurs, il précise que, non seulement ils volent les chats, mais ils les mangent. Et les matous du 16e sont bien meilleurs à croquer que les chats faméliques qui traînent ailleurs dans Paris. Et de prévenir les habitants des alentours que, bientôt, ils vont s’en prendre aux chiens !

    Cette anecdote, aussi stupide qu’elle puisse paraître, en dit long sur ces vieilles rengaines qui ont la peau aussi dure que les couches de bêtises amoncelées depuis des lustres. Autrefois voleurs de poules ; aujourd’hui voleurs de chats… Surtout, bonnes gens, ne changez rien. Tant pis pour vous ! Ne changez rien à vos bondieuseries et n’allez pas vous balader du côté du cirque, on ne sait jamais, vous pourriez tacher vos visons et… aimer le spectacle de ces Gitans !
    Un no man’s land où le rêve est à portée de main

    Les nomades tracent les chemins du ciel, qui sont-ils, ces nomades ? Des artistes, des fildeféristes, jongleurs, contorsionnistes, danseuses et musiciens. Des colporteurs d’histoires, des illusionnistes qui, l’instant d’un spectacle, vous emportent quelque part entre ciel et terre, dans un no man’s land où le rêve est à portée de main. Soulever le rideau du chapiteau des Romanès, c’est oublier la grisaille, la tristesse des visages croisés dans le métropolitain. Lorsque Alexandre donne le top départ, l’orchestre se lance dans des mélodies endiablées, tandis que les filles font virevolter leurs immenses jupes à fleurs qu’elles déploient comme des ailes de papillon. Toute la troupe est là, qui vient, comme il se doit, saluer et remercier le spectateur d’être là, avant même de jouer son propre numéro. Il y a Alin, Rose-Reine, Aude, Laura, Ariadna, Sorin, Irina, Augustin, Betty. Les musiciens. Délia la Tigresse et Alexandre. Les uns tournent jusqu’à en avoir le tournis ; les autres tutoient les étoiles ; celle-ci défie les lois de l’apesanteur… Un clown-jongleur lance haut des chapeaux melons. L’une danse sur le fil. Telle autre se déplie, corps pop-up qui s’étire à l’infini. Voici la femme-papillon qui se lance dans une danse de derviche jusqu’à la transe et que son corps s’enflamme…

    Tout est beau, généreux. Rien de performatif mais de la poésie à l’état brut, des sensations à fleur de peau qui provoquent des émotions enfantines que l’on croyait perdues, des odeurs d’antan où les petits cirques allaient dans des endroits improbables. De nos jours, tout est fait pour leur chercher querelle. Les Romanès parlent poésie, et l’administration leur rétorque formulaires à remplir en 10 000 exemplaires. Évidemment, il manque toujours un papier. C’est fou ce que les sans-papiers doivent dégainer de papiers : des papiers pour circuler, pour stationner, pour respirer… Mais pour rêver, Alexandre Romanès écrit. Des poèmes en prose, des haïkus gitans, des mots en liberté qui disent la vie, l’amour, l’effronterie des filles et la niaiserie des garçons. Dans le Luth noir, son dernier recueil, Alexandre évoque le temps qui passe et avoue parfois sa lassitude devant la cruauté du monde qu’il aime tant. « On devrait prendre soin du cœur comme on prend soin d’un beau livre qu’on ouvre délicatement et qu’on cache », écrit-il. On pourrait décliner cette maxime à l’infini, peut-être prendrions-nous davantage soin de ceux qui nous entourent ou de ces passants qui passent ; de l’arbre dans la ville et des enfants qui jouent. Comme au cirque. On joue, pour de vrai et pour de faux. La musique ponctue les émotions, redonne du souffle aux artistes et réchauffe le cœur du spectateur. Parfois, on dirait du Coltrane, du free totalement free qui épouse les méandres des numéros. Ici, les chats font du trapèze. Piki, le chat sauvage, refuse de sauter dans le cerceau. Il n’est pas un toutou. Piki tient tête à Alexandre, celui qui fut le plus grand dresseur de fauves de sa génération, et fait le mort quand ça lui chante. Alors tous les autres chats de la tribu Romanès s’avancent sur la piste. Façon chat. Sauf le noir, le seul de son espèce, noir comme un corbeau. Celui-là se promène en liberté, fait irruption au milieu des numéros, passe entre les jambes des musiciens mais jamais ne se laisse attraper. Il préfère s’envoler, disparaître d’un pas tranquille et se retourner : la tribu Romanès est au complet, le spectacle peut commencer !

    #cirque #saltimbanques (immémoriales tracasseries contre les) #roms #chats #nomades

  • Escaping the city : The coming rise of #mass_digital_nomadism - Factor
    http://factor-tech.com/connected-world/7909-escaping-the-city-the-coming-rise-of-mass-digital-nomadism

    Cet article date de 2014, je le référence ici pour les archives (oui, je fais du ménage...)`

    In the future many of us will live in nomadic, tech-savvy communities away from urban areas, according to Montreal-based trend forecasting agency Logomachy.

    This will occur because of a dramatic rise in the number of us working as freelancers, coupled with an increase in the cost of living in cities. Urban life will become simply too expensive for many of us to manage, and technology will mean there is no need for us to live in any specific location.

  • Une mise en cause du contrôle des « nomades » (Tsiganes) relatif à la loi du 16 juillet 1912 : résistances et détournements
    http://criminocorpus.revues.org/3584#ftn24


    #carnet_anthropométrique #contrôle_policier #Tsiganes #nomades #racisme-d'Etat

    La loi de 1912, qui ne sera modifiée qu’en 1969, le carnet de circulation se substituant alors au carnet anthropométrique, a eu des incidences indirectes dramatiques sur le sort des Tsiganes en France pendant les deux guerres mondiales. Car les Tsiganes encartés ont été internés dans les camps, d’abord les « Romanichels » alsaciens-lorrains durant la Première Guerre mondiale, ensuite les « nomades » français entre octobre 1940 et mai 1946.

    « Comme nous étions deux, trois caravanes, ça faisait à peu près une dizaine de carnets, mais ça faisait un bon moment que j’écoutais toujours tamponner, l’arrivée et le départ, y mettait le tampon dessus [il s’agit de l’adjoint au maire]. Mais je disais à ma cousine, c’est pas possible qu’il mette si longtemps pour signer une dizaine de carnets, et j’ai frappé ; j’ai dit, monsieur, s’il vous plaît, qu’est-ce que vous tapez partout ? Y me dit, “bin, je marque, je remplis tout votre carnet”. Il avait déjà mis une dizaine de tampons dessus le même carnet. Ah non, y faut mettre qu’une arrivée là et le départ ici, c’est tout, vous voyez y a dix carnets, vous mettez dix arrivées, et comme on partira vous remarquerez dix départs. Et là le gars s’est trouvé tout con, il a dit “excusez-moi je savais pas, moi je croyais que c’était dans tous les carnets qu’il fallait faire ça”. Je dis écoutez, jusqu’à demain on aurait été encore chez vous

  • Mongolie : des éleveurs de rennes interdits de chasse au nom de la conservation - Survival International
    http://www.survivalfrance.org/actu/11075

    Dans le nord de la #Mongolie les Doukha, des #éleveurs de rennes #nomades, peinent à nourrir leurs familles depuis que la #chasse a été interdite au nom de la #conservation de la #nature. Leur #territoire a été transformé en #zone_protégée en 2013 et s’ils sont pris en train de chasser on leur inflige des amendes qu’ils n’ont pas les moyens de payer ou bien ils risquent une longue peine de prison. Ils sont également soumis à des restrictions sur leurs #espaces_migratoires et doivent à présent demander une autorisation pour se rendre dans des campements éloignés.

    Les Doukha, aussi connus sous le nom de Tsaatan, sont environ 500. Si nombre d’entre eux ont été sédentarisés, environ 200 sont toujours des chasseurs-cueilleurs nomades. Ils migrent avec leurs rennes et vivent dans la taïga, sous des tentes qu’ils appellent alaci. Ils utilisent le renne pour se déplacer et pour le lait, ne tuant leurs animaux que lorsqu’ils vieillissent ou en période de disette. La chasse d’animaux sauvages tels que le cerf, le sanglier et l’élan et la cueillette de pommes de terre sauvages et de baies constituent la base de leur alimentation.

    @simplicissimus

  • Non, les hommes n’ont pas toujours fait la guerre, par Marylène Patou-Mathis (juillet 2015)
    http://www.monde-diplomatique.fr/2015/07/PATOU_MATHIS/53204

    Sur la question de la #violence chez les humains, deux conceptions radicalement opposées s’affrontent. Le philosophe anglais du XVIIe siècle Thomas Hobbes pensait que la « guerre de tous contre tous » existait depuis l’aube des temps (Léviathan, 1651). Pour Jean-Jacques Rousseau, l’homme sauvage était sujet à peu de passions et a été entraîné dans « le plus horrible état de guerre » par la « société naissante » (Discours sur l’origine et les fondements de l’inégalité parmi les hommes, 1755).

    L’image de l’homme préhistorique violent et guerrier résulte d’une construction savante élaborée par les anthropologues évolutionnistes et les préhistoriens du XIXe siècle et du début du XXe siècle. Elle a été gravée dans les esprits à la faveur du présupposé selon lequel l’humanité aurait connu une évolution progressive et unilinéaire (1). Dès la reconnaissance des hommes préhistoriques, en 1863, on a rapproché leur physique et leurs comportements de ceux des grands singes, gorilles et chimpanzés. Pour certains savants, cet « homme tertiaire » représentait le chaînon manquant entre la « race d’homme inférieur » et le singe. Puis la théorie dite « des migrations », apparue dans les années 1880, a soutenu que la succession des cultures préhistoriques résultait du remplacement de populations installées sur un territoire par d’autres ; elle a enraciné la conviction que la guerre de conquête avait toujours existé. [#st]

    #anthropologie #préhistoire

    http://zinc.mondediplo.net/messages/11398 via Le Monde diplomatique

    • Peut-être bien que oui en fait avec ce qui semble être le plus ancien champs de bataille de la #préhistoire :

      http://archeo.blog.lemonde.fr/2016/01/20/decouverte-de-la-plus-ancienne-bataille

      Face à ces corps amoncelés, difficile de ne pas penser à une scène de #guerre. Ce qui rouvre un très vieux débat chez les anthropologues. Car ces populations, comme toutes celles qui les ont précédées dans le monde au cours de la préhistoire, étaient des #nomades, qui vivaient de #cueillette et de #chasse et de #pêche. Mais la guerre existait-elle vraiment chez ces petits groupes relativement solitaires ? La présence, tout au long de la préhistoire, de signes de violence, a bien montré que le « bon sauvage » popularisé par Montaigne ou Rousseau, était un mythe. « Quand on regarde bien, explique Jean Guilaine, du #Collège_de_France, les exemples ne manquent pas. » C’est le cas pour deux anciens cimetières d’environ 9 000 ans à Schela Cladovei en Roumanie, où environ un tiers des défunts avaient été atteints par des flèches et autres projectiles. Plus près de nous, sur l’île de# Téviec dans le Morbihan, c’est un homme ou une femme vivant il y a sept mille ans, tué-e par une flèche qui lui a perforé le poumon et sectionné l’aorte, tandis qu’une pluie de coups, peut-être assénés par des bois de cerf ou quelque chose d’approchant, s’est abattue sur la tête de deux jeunes femmes inhumées côte à côte, le cou ceint d’un collier de coquillages.

      Mais certains anthropologues estiment que les blessures de tous ces squelettes viennent de petits conflits ponctuels, entre quelques individus. Et que les guerres observées chez des populations plus récentes vivant de chasse et de cueillettes, ces derniers siècles, ne seraient que le fruit de l’influence du reste du #monde_moderne, largement conquis, on le sait, à la chose guerrière. Selon ces chercheurs, la guerre ne vient vraiment qu’avec la notion de# propriété, de territoire, qu’avec le #pouvoir. Bref, il aurait fallu attendre l’avènement de l’#agriculture, et l’inévitable question, par exemple, de la propriété des stocks de grains ou des troupeaux, pour qu’apparaisse la guerre. Il était de toute façon difficile de trancher de manière absolue. Car les squelettes qui nous sont parvenus de la Préhistoire sont rares, et le plus souvent fragmentaires.

      [...]

      Or sur ces douze squelettes, dix comportent des traces de violence. Et quant aux deux restant, dont la femme enceinte, ils pourraient bien avoir eu les mains liées, d’après leur position. « Tout n’est pas à prendre au pied de la lettre et certaines des blessures repérées par l’équipe ont pu être causées par des éléments naturels [cailloux, vent, érosion, etc.], indique Bruno Boulestin, anthropologue au laboratoire Pacea à Bordeaux. Mais à part ça, c’est globalement convaincant. Rien n’indique qu’il s’agisse de sépultures. Au contraire, on dirait bien qu’on a laissé les corps sur-place. » L’hypothèse qu’il s’agisse de victimes de violence armée lui paraît donc sérieuse.

      [...]

      « C’est d’abord une belle découverte et l’intérêt essentiel est qu’il s’agit du plus ancien champ de bataille connu. » dit Jean Guilaine. Sur les causes de ce conflit, à peu près tout est envisageable. « Les motifs peuvent être matériels (annexion de territoire, vol de ressources) ou sociaux (rapts d’individus par exemple). », énumère Jean Guilaine. La présence d’armes en obsidienne, une roche rare dans la région, suggère aux archéologues de l’équipe que les assaillants venaient peut-être de loin « La présence de femmes [qui sont rarement combattantes] en aussi grand nombre que les hommes serait plutôt en faveur d’un raid d’assaillants sur une population désarmée, s’interroge Bruno Boulestin, mais en même temps, il y a assez peu d’enfants. ». De toute façon, une partie des corps est peut-être toujours sous les dunes : l’enquête ne peut pas encore déterminer ce qui s’est passé.

      #archéologie

  • Des #viols à l’#esclavage, des #nomades racontent la violence des anti-balaka en Centrafrique
    http://www.lemonde.fr/afrique/article/2015/04/28/en-centrafrique-temoignages-accablants-de-peuls-reduits-en-esclavage-par-les

    Dans des petits villages éparpillés à 300 km au nord-ouest de Bangui, des groupes armés affiliés aux anti-balaka (une milice majoritairement composée de chrétiens) exploitent en toute impunité ces nomades musulmans qu’ils ont progressivement réduits en esclavage. En 2014, alors que les anti-balaka reprennent le contrôle de Bangui, les civils musulmans sont contraints de fuir par la route et tentent de rejoindre le Cameroun ou le Tchad. Beaucoup n’y parviendront jamais.

    « Cet événement témoigne de ce qu’est la réalité Centrafricaine aujourd’hui. La situation est pacifiée dans les zones urbaines, mais des exactions sont commises tous les jours en brousse et ne sont pas documentées », insiste Dalia Alachi, la porte-parole du Haut-commissariat aux réfugiés (HCR), qui parle de « graves violations des droits de l’homme ».

    #violences_sexuelles #conflits_armés

  • Dimanche très sombre pour la #Suisse

    Avec 50,34% de oui, le résultat du vote sur l’initiative de l’#UDC contre l’immigration de masse a été très serré dimanche. Les cantons romands ont majoritairement refusé le texte.

    Et mon canton, le #Tessin est celui qui a le plus massivement voté cette initiative... :-(

    http://www.rts.ch/2014/02/09/17/27/5597649.image?w=534&h=301

    http://www.rts.ch/info/suisse/5597512-les-suisses-acceptent-l-initiative-de-l-udc-contre-l-immigration-de-mass

    #immigration_de_masse #initiative #migration

    cc @reka

  • Acte symbolique (Mars 2013) : le Premier ministre expose de l’art « rom et gens du voyage »...

    Acte symbolique (Mars 2013) : le Premier ministr...
    http://www.scoop.it/t/artpol/p/4008411445/acte-symbolique-mars-2013-le-premier-ministre-expose-de-l-art-rom-et-gens-du-v

    Une marque de plus de l’amateurisme, de l’irresponsabilité, et de l’incohérence du gouvernement FNUMPS de François Hollande, ou l’art de pédaler en avant, en arrière, et surtout de travers, et de faire tourner le pays en bourrique. Un gitan n’y retrouverait pas sa roulotte...

    #art #politique #migration #nomades #gitans #roms #tsiganes #manouches #gypsies #intégration #droits_de_l'homme #Europe #culture #engagement #changement #Artpol #vangauguin

  • #Touaregs, la « marche en vrille »
    http://www.monde-diplomatique.fr/2012/05/HAWAD/47655

    Les soulèvements armés touaregs qui ont jailli depuis les années 1960 au #Mali, au #Niger ou en #Algérie ne sont pas surprenants ou imprévisibles : ils s’inscrivent dans la prolongation de la résistance des Touaregs aux empires coloniaux. / Algérie, #Burkina_Faso, #Libye, #Guérilla, #Identité_culturelle, (...) / Algérie, Burkina Faso, Libye, Guérilla, Identité culturelle, #Minorité_nationale, #Droits_des_minorités, Mali, Niger, Touaregs, #Sahel, #Nomades - (...)

    #2012/05