• «  IL Y A LA VOLONTÉ QUE LES COLLÈGUES SE LÂCHENT  »

    Le mouvement des gilets jaunes ébranle les forces de police. Certains fonctionnaires, comme Martin, #CRS, ont décidé de se mettre en #arrêt_maladie pour ne plus se sentir du mauvais côté de la barricade.

    Martin (1) est CRS depuis de nombreuses années. Des #manifestations et des interventions parfois violentes, il en a connu un nombre incalculable. Malgré des conditions de travail difficiles et des doutes occasionnels, il a toujours appliqué les directives avec #discipline et #obéissance, comme le veut la profession. Mais la réponse policière aux manifestations de ces dernières semaines ordonnée par le ministère de l’Intérieur l’a tellement écœuré qu’il a préféré se mettre en arrêt maladie pour ne plus cautionner cette #répression_aveugle. «  Je ne me voyais pas taper sur des gens qui n’ont rien fait. L’usage de la #force est censé être proportionné. Même si ce terme est subjectif, ça veut dire qu’on n’a pas le droit de tout faire. Or, quand on nous dit de gazer sans sommation des #lycéens qui manifestent pacifiquement, c’est un #ordre_illégal. Dans le mouvement des gilets jaunes, ce ne sont plus des groupes de #casseurs bien identifiés qu’on a en face de nous, c’est le #peuple  : des gens qui ont un réel #combat ou même qui se retrouvent en situation de #légitime_défense face à la police  », s’insurge-t-il.

    «  On se demande si notre devoir ne serait pas d’être avec le peuple. On subit la même #violence_sociale...  »
    D’après lui, il y a une réelle volonté politique de jeter de l’huile sur le feu. «  Quand on voit dans les comptes rendus opérationnels le nombre de lacrymos ou de #Flash-Ball utilisés, on est à des niveaux exceptionnels, alors qu’on a vécu des manifestations beaucoup plus dangereuses pour nous où on avait interdiction d’utiliser les lanceurs de balles de défense (nom officiel du Flash-Ball – NDLR)  », affirme-t-il. «  Et ça, ce sont des décisions qui viennent du #ministère_de_l’Intérieur  », souligne-t-il. En parallèle, «  aucune #consigne de mesure n’est donnée aux CRS, contrairement à d’autres manifestations où on nous met la pression. Là, il y a une volonté que les collègues se lâchent  », estime-t-il. D’autant que l’état physique des fonctionnaires de police n’arrange pas vraiment les choses. «  Quand on doit se lever à 2 heures du matin pour rejoindre sa compagnie à 3 heures et être sur les Champs-Élysées de 7 heures du matin à 22 heures, c’est sûr qu’on est épuisé et qu’on n’a plus le même discernement ni le même self-control  », rappelle-t-il.

    Et ce n’est pas la prime promise par Emmanuel Macron qui suffira à apaiser les tensions. «  Tous les collègues auxquels j’en ai parlé se sont sentis insultés. On l’a ressenti comme si c’était un susucre qu’on nous donnait pour qu’on ferme notre gueule et qu’on aille faire le #sale_boulot  », lâche-t-il. D’après lui, le mouvement des gilets jaunes a fait naître des débats inédits dans sa compagnie. «  Certains taperaient sur père et mère si on leur en donnait l’ordre. Mais il y a une vraie #crise_existentielle pour d’autres. On se demande si notre devoir ne serait pas d’être avec le peuple. On subit la même #violence sociale en termes de salaire, et on est doublement #victimes de l’#autoritarisme de l’État parce qu’en plus c’est notre patron et qu’on est muselés  », souligne le fonctionnaire, qui a observé plusieurs arrêts maladie dans sa compagnie ces derniers jours. «  Il ne manque pas grand-chose pour que les flics refusent de retourner en manif la prochaine fois  », estime-t-il.

    Concernant le revirement annoncé dans la #stratégie_de_maintien_de_l’ordre mise en place par la préfecture de police de Paris – d’un dispositif plus statique samedi dernier à celui prévu comme plus mobile et offensif pour ce samedi –, Martin estime qu’il s’agit là d’une «  décision politique habituelle  ». «  C’est ce qui a été fait lors des dernières manifestations contre la loi travail ou le 1er Mai  : on nous donne l’ordre de laisser casser pour que le mouvement devienne impopulaire, et la fois d’après on y va fort parce que l’#opinion_publique attend une réaction de #répression_policière.  »

    (1) Le prénom a été modifié.

    http://www.frontsyndical-classe.org/2018/12/un-crs-temoigne-on-nous-donne-l-ordre-de-laisser-casser-pour-q
    #CRS #gilets_jaunes #police #témoignage #résistance



  • Pierre Haski & Stuart Ewen « Propaganda : la fabrique du consentement » | Archive INA - YouTube

    J’en ai regardé un peu ce matin, c’est passionnant. Trop en retard sur les projets pour aller plus loin aujoud’hui mais je suis impressionné par les qualités de Pierre Haski, et la pertinence des réflexions de Stuart Ewen. On devrait s’intéresser de plus près à tous ces processus de manipulation, ces processus qui nous sont imposés et qui nous conduisent à obéir à des injonctions obscènes, etc... ne serait-ce que pour lutter contre.

    https://www.youtube.com/watch?v=wACE6WcNuT0

    A l’heure des réseaux sociaux et de la présidence de Donald Trump, Pierre Haski interroge Stuart Ewen, historien des médias. Ce grand-entretien porte sur la fabrique de l’opinion publique, enregistré dans la cadre de la soirée Propagande & Démocratie du 20/09 au Cinéma Etoile le Saint-Germain-des-Prés à Paris. Le documentaire « Propaganda : la fabrique du consentement » est disponible sur Ina Premium

    –—

    6 questions à Stuart Ewen | Archive INA - YouTube
    https://www.youtube.com/watch?v=f1tbl9P_qA0

    6 questions à Stuart Ewen, historien américain des médias et de la publicité que nous avons rencontré en octobre 2018, à l’occasion de son passage Paris.

    #propagande #marketing #manipulation #crapulerie #consommation #camitalisme #edward_bernay #manœuvre #fabrique_du_consentement #obéissance #neutralisation


  • La #passion_du_monde

    « La Passion du Monde » anime le parcours et l’oeuvre de Elisée Reclus, géographe et anarchiste français (1830-1905). Le film de #Nicolas_Eprendre fait le portrait d’une personnalité peu banale, tout à la fois grand voyageur, scientifique reconnu et homme de conviction. Les photographies de Nadar nous transmettent un regard plein de bonhomie et d’acuité. La voix de Carlo Brandt donne vie à des pages qui mêlent poésie et humour, pensée scientifique et politique. Hélène Sarrazin (biographe), Kenneth White (écrivain), Philippe Pelletier et Federico Ferretti (géographes), dressent tour à tour la figure d’un homme qui nous est proche,et dont les analyses font échos aux nôtres en ce début de 21 siècle.

    https://rutube.ru/video/ce25efad21e1675e31526834fc641d87
    #Reclus #Elisée_Reclus #géographie #anarchisme #géographie_anarchiste #film #documentaire #votation #droit_de_suffrage #obéissance #vote #trahison #suffrage #agir #ruisseau #eau #Terre #géographie #Kenneth_White #marche #marche_méditative #fleuves #frontière #commune_de_Paris #Bakunine #Fédération_jurasienne #exil #Lugano #anarchisme #esclavage #Suisse #cartographie #Charles_Perron #paysage #justice #droit

    Reprise de cette citation de Reclus sur les #frontières :

    Frontières = « lignes artificielles imposées par la violence, la guerre, l’astuce des Rois et sanctionnées par la couardise des peuples... »

    Extrait de L’homme et la terre (vers min.45) :

    « L’homme vraiment civilisé aide la terre au lieu de s’acharner brutalement contre elle. Il apprend, aussi, comme artiste. A donné au #paysage qui l’entoure plus de charme, de grâce, ou de majesté. Devenu la conscience de la Terre, l’homme digne de sa mission assume par cela-même une part de responsabilité dans l’#harmonie et la #beauté de la #nature environnante. »

    Kenneth White, min. 47’22 :

    « Le mot #monde a chez lui un sens autre que socio-politique. En général, quand on dit le monde aujourd’hui, ça veut dire le monde socio-politique. Chez lui ça veut dire ’un espace où vivre pleinement’. C’est un sens très ancien du monde. (...) Sa géographie universelle c’est d’un côté un panorama puissant et poétique de la Terre, mais c’est aussi une idée du monde. Il a une idée, une conception du monde. (...) »

    Kenneth White cite Reclus, tiré d’une lettre à un ami vers la fin de sa vie :

    « Vous me dites que mon poème n’est pas réalisable, que c’est un rêve. Ou bien nous pouvons réaliser ce rêve pour la société toute entière. Dans ce cas, travaillons avec énergie. Ou bien nous ne pouvons le réaliser que pour un petit nombre, et dans ce cas là, travaillons encore et toujours ».

    ping @reka

    • Toutes ces frontières ne sont que des lignes artificielles imposées par la violence, la guerre, l’astuce des rois… Elisée Reclus (1868)

      Les gouvernants, les dirigeants, les « décideurs » organisent aujourd’hui la distinction, le tri, le choix entre des individus qui subissent de plein fouet les horreurs, qu’elles soient la conséquence des guerres, ou celle de conditions sociales et économiques désastreuses, du Capitalisme qui submerge la planète, des États qui font « survivre » leurs peuples sous le joug, etc.

      Le vocabulaire sert aujourd’hui à légitimer un distinguo totalement arbitraire et « amoral » entre réfugiés et migrants, attribuant aux premiers un condescendant intérêt car ceux-là fuient les horreurs de la guerre et aux seconds un mépris non dissimulé, car eux ne fuient leurs pays d’origine que pour des raisons économiques et/ou sociales : la pauvreté et la misère dans lesquelles leurs Etats et leurs patronats les ont plongés ! Pourtant c’est un fait : les mêmes causes, partout, produisent les mêmes effets !

      Les guerres et les armements profitent en premier lieu aux capitalistes qui en font un commerce juteux pendant que les peuples, toujours en premières lignes, en payent le prix fort. Les frontières qui servent de paravents aux turpitudes nationalistes et aux exactions des Etats quand ceux-ci se permettent d’imposer à leurs peuples les pires des conditions d’existence… Les classes dirigeantes qui ne s’intéressent qu’à leurs propres intérêts au détriment de leurs congénères dès lors que c’est le portefeuille qui leur sert de référent « patriotique ». Et, au bout du bout, à côté de la question préoccupante de l’afflux de réfugié-e-s qui s’éloignent de ces terres de mort et de malheur, c’est les discours de haine, de racisme, de xénophobie qui servent d’exutoire dans une ambiance de fascisme, ici cocardier.

      Pour nous anarchistes, à côté des réponses immédiates concernant l’accueil et la prise en charge des réfugié-e-s, réponses à caractère uniquement humanitaire, nous devons faire valoir que les causes des guerres et les multitudes de morts et de malheurs qui les accompagnent, que tout cela est la conséquence directe des systèmes inégalitaires qui régissent l’Humanité : Capitalisme, profits, divisions de la société en classes, Etats qui usurpent le pouvoir des peuples, frontières qui séparent les individus, les divisent, les opposent et nient l’Humanité.

      Ni patrie, ni frontières !
      Pour le communisme libertaire, l’internationalisme
      la solidarité, la liberté de circulation et le fédéralisme !!!

      http://infosetanalyseslibertaires.org/index.php/2016/03/18/toutes-ces-frontieres-ne-sont-que-des-lignes-artificiell

    • Élisée Reclus, la passion du monde

      Le film de Nicolas Eprendre fait le portrait d’une personnalité peu banale, tout à la fois grand voyageur, scientifique reconnu et homme de conviction. Les photographies de Nadar nous transmettent un regard plein de bonhommie et d’acuité. La voix de Carlo Brandt donne vie à des pages qui mêlent poésie et humour, pensée scientifique et politique. Hélène Sarrazin (biographe), Kenneth White (écrivain), Philippe Pelletier et Federico Ferretti (géographe), dressent tour à tour la figure d’un homme qui nous est proche, et dont les analyses font échos aux nôtres en ce début de 21è siècle.



      http://www.film-documentaire.fr/4DACTION/w_fiche_film/37082_1


  • Désobéir pour dire non à la soumission

    https://sites.arte.tv/28minutes/fr/frederic-gros-emmanuel-macron-au-vatican-le-retour-en-grace-des-catholiqu

    Pour Frédéric Gros, trois raisons devraient pousser l’homme à ne plus accepter l’état actuel du monde : le creusement des inégalités, la détérioration environnementale et l’enrichissement qui se fait au détriment des générations futures. Pourtant, face à cette situation, l’homme ne désobéit pas. Est-ce par conformisme social ? Par soumission économique ? Par une volonté de respect des autorités ?

    Armé des réflexions d’Emmanuel Kant, de Michel Foucault ou encore de La Boétie, ce philosophe et enseignant à Sciences Po a souhaité dresser dans son essai Désobéir une « stylistique de l’obéissance ».

    #obéissance #désobéissance


  • « 1984 » ne fait plus peur aux jeunes Marie-Michèle Sioui - 17 décembre 2016 - Le Devoir
    Un monde #postorwellien
    https://www.ledevoir.com/societe/education/487335/orwell-en-2016-des-jeunes-qui-boudent-georges-orwell

    Notre époque semble parfois donner vie aux prévisions cauchemardesques du roman d’anticipation #1984 de #George_Orwell. Dans ce bilan de fin d’année, voyons comment la guerre devient la paix, la liberté un esclavage, et l’ignorance une force politique majeure. Autant de menaces (#Big_Brother vous regarde !) auxquelles plusieurs jeunes ne semblent plus croire.

    Pour la première fois en 20 ans, cette année, l’enseignant au secondaire Jocelyn Lapointe a retiré l’ouvrage 1984 de sa liste de #lectures obligatoires.

    Parce que l’an dernier, le prof d’anglais de cinquième secondaire a fait face à une petite insurrection.

    Quiconque serait passé dans sa classe au fil du temps, quiconque y aurait observé les affiches des élèves sur le thème de l’allégorie de la caverne aurait pu croire que

    Jocelyn Lapointe compose très bien avec un peu de rébellion.

    Dans ses cours, il enseigne d’ailleurs à ses élèves que l’école a deux fonctions. « Et la deuxième fonction, ils ne la trouvent pas drôle », raconte l’enseignant de 57 ans autour d’un café partagé avec Le Devoir. « Je leur dis : l’école est là pour t’instruire, mais elle est surtout là pour fabriquer l’#obéissance. Pour que tu sois un bon travailleur, que tu n’arrives pas en retard, que tu respectes l’autorité. »

    Aux jeunes ébahis en classe, il fournit des exemples. « Pourquoi, quand la cloche sonne sur l’heure du midi, vous salivez ? Pourquoi, quand la cloche sonne, vous vous levez ? »

    Jocelyn Lapointe, avec ses 25 années d’expérience d’enseignement, admet pourtant avoir aujourd’hui « un peu baissé les bras ». À l’école privée Mont-Saint-Sacrement, à Saint-Gabriel-de-Valcartier, il avait l’habitude d’enseigner l’anglais et la philosophie, une option qu’il a créée dans une autre école de Québec, en 1994.

    Tous les ans, sans interruption, il obtenait assez d’inscriptions pour former un groupe (ou deux), qui discuterait avec lui de Sénèque ou de Platon et du livre VII de La République. Pas cette année. Huit élèves seulement ont choisi l’option philosophie, et elle a donc été annulée.

    Confortables dans l’ombre

    Dans ses cours d’anglais, ses élèves ont protesté l’an dernier. Protesté pour maintenir l’ordre établi.

    Ils lui ont fait comprendre qu’ils se satisfont pleinement de ce qu’ils ont, de ce qu’ils sont, de ce qu’ils savent. Ils lui ont dit que les « ombres » de la caverne de Platon leur suffisent. Qu’ils ont trouvé un certain confort dans le fond de l’antre. L’an dernier, ils ont été 50, sur un total de 175 élèves, à refuser de lire 1984, de George Orwell. L’acte de contestation était sans précédent.

    En 1995, quand il a commencé à enseigner l’ouvrage, Jocelyn Lapointe évoquait les banques, les dépanneurs, ces « deux ou trois endroits » dans lesquels la #surveillance était continue. En 20 ans, une douzaine de caméras de sécurité se sont installées à l’intérieur de son école. Les cellulaires, puis les iPad ont fait leur entrée dans les classes. Les exemples d’une société orwellienne ont semblé s’accumuler.

    Mais dans son cours, l’an dernier, ses élèves en ont eu assez, relate Jocelyn Lapointe. « Ils ont dit : “On est tannés de se faire dire qu’on est surveillés tout le temps. On n’en a rien à foutre. Et si on est heureux comme ça, nous autres ?” »

    Devant la question, l’enseignant s’est senti désarmé. « Tu as beau expliquer la double ignorance, expliquer qu’à partir du moment où tu penses que tu sais tout, parce que tu as accès à tout avec Internet, tu ne cherches plus », avance-t-il, les élèves sont « convaincus » que leurs #désirs, ils les ont choisis.

    L’argumentaire, donc, n’a rien donné. Dans la tête du prof, un constat a émergé : « le dispositif, le processus, le programme fonctionnent ».

    L’école n’est pas un lieu pour apprendre « ça » , lui ont dit ses élèves, en évoquant 1984. « On va à l’école pour avoir une bonne job », ont-ils déclaré.

    Dans sa classe, les pourcentages ont commencé à mener une lutte contre la réflexion. « Ils savent que ça leur prend 80 % pour être admis à tel endroit. Et ils sont attentifs à ça : le chiffre, le chiffre », s’inquiète l’enseignant.

    Mais il n’abandonne pas pour autant. Il a présenté une courte entrée de blogue au sujet de 1984 à ses élèves il y a quelques semaines, et ils ont manifesté l’envie d’explorer l’oeuvre. Au pire, s’il doit faire sans Orwell, Jocelyn Lapointe enseignera Salinger (Catcher in the Rye) ou Bradbury (Fahrenheit 451). Et puis, il attendra la rébellion.

    George Orwell, « 1984 »
    Ils ne se révolteront que lorsqu’ils seront devenus conscients et ils ne pourront devenir conscients qu’après s’être révoltés

    • Surtout, lire :
      « 1984 » à l’indicatif présent Frédérick Lavoie - 2 juin 2018 - Le Devoir
      https://seenthis.net/messages/699696

      La ré écriture de Georges Orwell a été faite pat galimard.

      Traductions comparées
      . . . . .
      Le slogan
      1949  : War is peace. Freedom is slavery. Ignorance is strength.
      1950  : La guerre c’est la paix. La liberté c’est l’esclavage. L’ignorance c’est la force.
      2018  : Guerre est paix. Liberté est servitude. Ignorance est puissance.

      La mentopolice
      1949  : How often, or on what system, the Thought Police plugged in on any individual wire was guesswork.
      1950  : Combien de fois, et suivant quel plan, la Police de la Pensée se branchait-elle sur une ligne individuelle quelconque, personne ne pouvait le savoir.
      2018  : À quelle fréquence et selon quel système la Mentopolice se branche sur un individu donné relève de la spéculation.

      Le néoparler
      1949  : “You haven’t a real appreciation of Newspeak, Winston”, he said almost sadly. “Even when you write it you’re still thinking in Oldspeak.”
      1950  : — Vous n’appréciez pas réellement le novlangue, Winston, dit-il presque tristement. Même quand vous écrivez, vous pensez en ancilangue.
      2018  : — Tu n’apprécies pas le néoparler à sa juste valeur, commente-t-il avec un air de tristesse. Même quand tu écris, tu continues à penser en obsoparler.

    • #brain_police

      https://en.wikipedia.org/wiki/Who_Are_the_Brain_Police%3F

      “Who Are the Brain Police?” is a Frank Zappa song, performed by The Mothers of Invention, released on the Mothers’ debut album, Freak Out!. It was released by Verve Records as a single in 1966. Zappa stated that the song was one of religious theme.[1]

      Zappa wrote about the song on the Freak Out! liner notes: “At five o’clock in the morning someone kept singing this in my mind and made me write it down. I will admit to being frightened when I finally played it out loud and sang the words.”[2]

      In a 1988 interview, Zappa added:

      A lot of people police their own brains. They’re like citizen soldiers, so to speak. I’ve seen people who will willingly arrest, try and punish their own brains. Now that’s really sad. That’s vigilante brain policism. It’s not even official, it’s like self-imposed. ... It’s hard to pin it down to one central agency when you realize that so many people are willing to do it to themselves. I mean, the people who want to become amateur brain police, their numbers grow every day – people who say to themselves, ’I couldn’t possibly consider that’, and then spank themselves for even getting that far. So, you don’t even need to blame it on a central brain police agency. You’ve got plenty of people who willingly subject themselves to this self-mutilation.[3]

      https://www.youtube.com/watch?v=DuABc9ZNtrA

    • Je veux remercier mon prof de français au lycée, Mr Brunshweig qui en 3em nous a mis sur la voie de la critique et du rêve avec l’étude du Meilleur des Mondes d’Huxley, de 1984, ou de Johnatan Livingston Le Goëland. Plus tard, j’ai eu aussi la chance d’avoir des cours de philo avec un prof qui nous emmenait voir Brecht au théatre pour en discuter longuement ensuite.
      A l’époque, je ne me rendais pas compte combien ces enseignements furent de formidables appels d’air.

    • Tu as certainement fréquenté une école moins « ancienne » que moi @touti. Les lectures que tu mentionnes, je les ai découvertes grâce à mes ami·es du lycée ou de la fac et non les profs. Tes études dateraient-elles des années 80 ou 90 ? Hélas, depuis le ministère d’un certain Claude Allègre (celui qui voulait dégraisser le mammouth) à l’éducation nationale en 2000, tout est allé de mal en pis.

    • Je ne sais pas #sombre, c’était, au propre et au figuré la fin des années 70 :)
      Il n’y avait alors pas de portable, au collège certain·es lisaient libé, je portais une longue veste en cuir rapé trouvée aux puces, un pantalon rouge gribouillé des signes politiques que j’apprenais, après L’Argent de poche Georges Desmouceaux était devenu ado, on fumait dans la cour en discutant de tout et surtout de rien. On sautait la grille quand on voulait sécher les cours sans que personne n’y trouve trop à redire. / et j’ai eu mon bac très jeune /
      #le_bon_temps


  • Retour – décevant – sur l’expérience de Milgram
    http://www.internetactu.net/a-lire-ailleurs/retour-decevant-sur-lexperience-de-milgram

    Difficile, lorsqu’on s’intéresse à la #psychologie, de passer à côté de la fameuse expérience de Stanley Milgram, un véritable classique. Rappelons brièvement son déroulement : un chercheur expliquait aux participants qu’il s’agissait d’une étude sur l’apprentissage. Une personne assise sur une chaise et bardée d’électrodes devait répondre à une série de (...)

    #A_lire_ailleurs #Recherches #économie_comportementale #science


  • #Frédéric_Gros : « C’est confortable d’#obéir »

    Après avoir inauguré nos discussions de cette année par une réflexion sur le tueur de masse, Frédéric Gros complétera cette matière à penser en tant que philosophe. Il s’interroge en effet dans son dernier livre (#Désobéir, Albin Michel) sur l’acte d’obéir, ou mieux, de #surobéir, c’est-à-dire d’anticiper le désir du maître. Il trace la voie fragile - mais la seule qui puisse convenir à un homme démocratique - d’une obéissance à soi qui ne se confond pas avec le désir.

    https://www.franceculture.fr/emissions/matieres-penser-avec-antoine-garapon/frederic-gros-cest-confortable-dobeir
    #obéissance #désobéissance


  • Pauvre Europe ?

    Près d’un Européen sur quatre vit sous le seuil de pauvreté ou est menacé de pauvreté... Enquête sur les différentes facettes de la pauvreté en Europe et les causes de ce phénomène endémique.

    Près d’un Européen sur quatre vit sous le seuil de pauvreté ou est menacé de pauvreté, une situation qui touche particulièrement les enfants issus de milieux défavorisés, les travailleurs précaires et les jeunes sans formation. Ce documentaire se penche sur les différentes stratégies mises en œuvre par l’Union européenne pour prémunir ses habitants contre ce danger. L’une d’entre elles, baptisée « Europe 2020 », a pour objectif de favoriser la croissance et l’emploi. Des milliards d’euros ont ainsi été investis pour réduire le chômage des jeunes. Malheureusement, ces aides ne parviennent qu’au compte-gouttes aux Européens dans le besoin. En cause, une bureaucratie étouffante et une utilisation négligente des fonds par les autorités nationales. Au Portugal, en Italie et en Irlande, la réalisatrice Mirella Pappalardo est partie à la rencontre de personnes isolées et de familles en grande difficulté, peinant à joindre les deux bouts. Pourtant, les exemples positifs de mesures et de programmes d’aides abondent. Ce documentaire édifiant met en lumière les dangers de la précarité pour le projet européen.

    https://www.arte.tv/fr/videos/069035-000-A/pauvre-europe
    Nouveau URL : https://info.arte.tv/fr/film-pauvre-europe ... car la vidéo n’est plus disponible je pense, mais est quand même dispo sur youtube : https://www.youtube.com/watch?v=vYdKUBiYGm8

    #documentaire #pauvreté #Europe #Italie #Portugal #Irlande #chômage #travail #émigration #austérité #working_poor

    Quelques notes :

    Un européen sur 4 est pauvre ou menacé de pauvreté.

    119 millions de personnes menacées de pauvreté ou d’exclusion sociale.

    L’Europe compte 25 millions d’enfants pauvres.

    1 jeune sur 6 est sans formation ni emploi.

    Définition de pauvreté par l’Union européenne : « Sont considérés comme pauvres ou menacés de pauvreté les perosnnes qui disposent de moins de 60% du revenu moyen constaté dans leur pays. »

    • Pauvre, pauvre, c’est vite dit. Et si on mettait la richesse européenne en face ?

      4 000 milliards d’euros gérés au Luxembourg L’Essentiel - 30 Octobre 2017
      http://www.lessentiel.lu/fr/economie/story/4-000-milliards-d-euros-geres-au-Luxembourg-31051256

      LUXEMBOURG – Les Fonds installés au Grand-Duché ont franchi la barre des quatre trillions d’euros. Ce qui place le pays en deuxième position au niveau mondial.

      https://seenthis.net/?debut_messages=25#message641099

    • Et pendant ce temps là, en France :

      Budget 2018 : les 100 contribuables les plus riches vont récupérer 1,5 million d’euros par an
      Ilan Caro, France Info, le 26 octobre 2017
      https://seenthis.net/messages/640590

      Et dans le reste du monde :

      World’s witnessing a new Gilded Age as billionaires’ wealth swells to $6tn
      Rupert Neate, The Guardian, le 26 octobre 2017
      https://seenthis.net/messages/640331

      #milliardaires #fortune #enrichissement des #riches #EnMarcheVersLeFN

    • Giovani e precarietà: under 30 disposti a rinunciare a diritti per il lavoro

      La precarietà per loro è talmente scontata che sarebbero disposti a rinunciare anche ad alcuni diritti pur di trovare e riuscire a tenersi un lavoro. Per i giovani italiani nati negli anni ’90 l’instabilità occupazionale è qualcosa alla quale bisogna rassegnarsi. Cercando di arrangiarsi e fare di necessità virtù. A evidenziare quanto i cambiamenti nel mondo del lavoro abbiano influenzato i Millennials è uno studio realizzato dall’Iref, ente di ricerca delle Acli. Dalle interviste realizzate da Iref è nato un volume curato da Gianfranco Zucca, Il ri(s)catto del presente, edito da Rubettino.
      “Obbedienza preventiva alla precarietà” per più di un terzo degli under 30

      Questo atteggiamento mentale nella ricerca è definito “#obbedienza_preventiva alla precarietà”. Una forma mentis condivisa dal 35 per cento degli intervistati. Che vedono inevitabilmente nel proprio orizzonte l’instabilità lavorativa.

      A dire il vero, se si scorporano i dati si scopre che sono soprattutto gli under 30 non laureati che vivono ancora in Italia a essere così rassegnati. Il tasso di coloro che si aspettano a priori di essere penalizzati rispetto alle generazioni che li hanno preceduti è del 38 per cento. Quelli che vivono all’estero, invece, hanno una visione altrettanto pessimistica solo nell’11,3 per cento dei casi. Un divario che racconta delle differenze esistenti tra il mercato del lavoro italiano e quello di altri paesi.
      Per mantenere il lavoro si lavorerebbe nei festivi e si rinuncerebbe a ferie, malattia o parte dello stipendio

      Tra i Millennials la precarietà è talmente uno spauracchio che quasi 1 su 2 sarebbe disposto a lavorare nei festivi pur di mantenere il posto di lavoro. Con il medesimo obiettivo il 16,7 per cento rinuncerebbe alle ferie, mentre il 12,4 per cento accetterebbe una decurtazione dello stipendio. E il 10,5 per cento farebbe a meno perfino dei giorni di malattia. Insomma, dovendo scegliere tra lavoro e diritti, gli under 30 preferirebbero tenersi il lavoro.

      La precarietà è accettata dai giovani anche come parte ineludibile del percorso professionale. Soprattutto se serve a raggiungere il “lavoro dei sogni”. Il problema è che non si tratta più della tradizionale gavetta: per chi rimane in Italia, infatti, questo periodo di sacrifici e rinunce rischia di non finire mai, a differenza di quanto accade per gli espatriati.

      Questo nonostante i compromessi ai quali i Millennials scenderebbero. Il 33,2 per cento per realizzare i propri desideri professionali lavorerebbe per un po’ anche senza stipendio. Il 34,6 per cento accetterebbe una retribuzione bassa. Il 38 per cento sarebbe disposto a lavorare nel tempo libero e il 41,9 per cento lo farebbe anche da casa, mentre il 43 per cento aumenterebbe le ore di lavoro. Come dire che, in un contesto nel quale trovare un’occupazione è quasi come vincere la lotteria, sull’altare del lavoro si è pronti a sacrificare (quasi) tutto.

      https://www.universita.it/studio-iref-giovani-precarieta-2018
      #précarité #droits #obéissance_préventive #salaire #dumping_salarial


  • « C’est confortable d’obéir » - Libération
    http://www.liberation.fr/debats/2017/08/30/c-est-confortable-d-obeir_1593054

    Le philosophe Frédéric Gros analyse les ressorts de notre passivité. Le citoyen se soumet par peur, conformisme social, ou plaisir. Mais aussi pour échapper à sa responsabilité. Pourtant, la désobéissance n’est pas incompatible avec la démocratie.

    On obéit par conformisme social, par habitude. Parce que l’obéissance rassemble et que la désobéissance isole. On obéit aussi par confort et plaisir. Dans son Discours sur la servitude volontaire, La Boétie dit bien que chacun en rajoute toujours dans son obéissance. C’est ce que j’appelle la « surobéissance ». Et c’est ce « plus » qui fait tenir le pouvoir politique. Une première manière de désobéir serait finalement d’obéir a minima, de manière rétive. Mais cela ne doit pas faire oublier pourtant la dureté des rapports de force : le premier moteur de l’obéissance, c’est la soumission. On obéit parce qu’on ne peut pas faire autrement. Comment l’esclave de l’Antiquité, l’ouvrier du XIXe siècle, le surendetté d’aujourd’hui sont contraints d’obéir. Mais c’est en même temps, pour beaucoup d’entre nous, une excuse magnifique : « Je ne pouvais pas faire autrement. » C’est confortable de se dire qu’on n’avait pas le choix. On n’exagère le coût de notre désobéissance.

    #liberté #obeissance #desobeissance #desobeissance_civile #fabrique_du_consentement


  • Oeuvres Ouvertes : Francesco Masci | La culture comme superstition
    http://www.oeuvresouvertes.net/spip.php?article3129

    La #culture façonne, par toutes ses expressions, une pratique de l’#obéissance. Je l’identifie à la #superstition, cette invention résolument moderne, qui doit être comprise comme une abêtissante contrainte interne à croire que quelque chose doit être vrai. Ce sont donc des actes de croyance qui la constituent. La culture ne se manifeste jamais sous forme d’objets mais d’événements. Mais qu’est-ce que l’événement ? L’événement n’est rien, sinon une excroissance rhétorique du temps, l’occasion de jouir, comme d’un bien consommable, des possibles pris dans le présent. Dans l’événement, la menace de l’inattendu que contient le futur est réduite à néant. Et ce néant se reproduit à une vitesse extraordinaire, parce que la superstition, qui a besoin de toujours se manifester, ne manque jamais de forme.


  • Trump, le châtiment
    http://www.monde-diplomatique.fr/carnet/2016-11-09-usa-elections-president-chatiment-trump

    La victoire de M. Trump, c’est donc avant tout la défaite du néolibéralisme « de gauche » incarné par Mme Clinton : son culte des diplômes et des experts, sa passion pour l’innovation et les milliardaires de la Silicon Valley, sa morgue sociale et intellectuelle. L’instrument du châtiment est redoutable. Mais la leçon sera-t-elle retenue ailleurs ?

    • Franchement est-ce que ce n’est pas niveau cour d’école que de se moquer de son prénom, ou de sa coupe de cheveux (ce que vous n’avez pas encore fait, mais bientôt peut-être) ?

      Il me semble qu’il y a mieux à faire en terme d’iconographie, si tant est d’ailleurs que ce très court article ait besoin d’une image. En l’état c’est trop anodin (etymologiquement a-nodos , hors douleur)

    • Il est pas question de moquerie, mais plutôt d’un jeu de mot iconographique un peu amusant… Souvent l’icono du site joue sur les titres et les énoncés qu’elle prend littéralement, on est dans ce cas ici. Après je peux pas dire le contraire : y’a toujours mieux à faire, aucun doute.

    • Après je peux pas dire le contraire : y’a toujours mieux à faire, aucun doute.

      Tu notes que depuis le début, je dis que, comme ça, à brûle pourpoint, je ne suis pas capable de proposer mieux. Sans toutefois avoir non plus cherché, ce que je vais finir par faire, histoire de relever le défi, si toutefois j’en suis capable.

      l est pas question de moquerie, mais plutôt d’un jeu de mot iconographique un peu amusant… Souvent l’icono du site joue sur les titres et les énoncés qu’elle prend littéralement, on est dans ce cas ici.

      Ce n’est pas très évident, ce n’est pas, en tout cas ce qui transparaît de prime abord, en tout cas, pas sans que tu ne le dises.

    • Et je note également que tu as tout à fait le droit de ne pas aimer ! je voulais juste préciser qu’il ne s’agissait pas de moquer un nom (personnellement quand j’étais petit j’étais tellement fan de Donald que je voulais m’appeler comme ça alors…), poas argumenter à proprement parler. À mon sens comme pour pas mal de logiques qui relèvent du graphisme, on ne peut justifier que jusqu’à un certain point…

    • Je suis tombé sur cette image dans cet article http://www.medelu.org/Les-7-propositions-de-Donald-Trump

      J’aime bien l’image, on pourrait croire qu’il prêche dans le désert, c’est une image trompeuse, et l’article est fort intelligent.

      Et je ne sais plus dans quel article sur le sujet de Trump, j’ai vu apparaître une référence à Elmer Gantry (https://seenthis.net/messages/530890 ) , je ne sais pas si tu as eu l’occasion de le voir finalement.

    • Simplicissimus, un Philippe Geluck bien gentil.

      Pour ce qui est des autres dessins de l’article, Ça rappelle la décision Wallonne contre le CETA, le Brexit, et autres NON Démocratiques à ceux qui décident à notre place.
      Curieux comme ce résultat d’un vote démocratique (pour les USA) déplait à nos idéologues européistes et néolibéraux.
      Normal, c’est Le Soir http://www.lesoir.be/1363946/article/actualite/monde/usa-2016/2016-11-09/dessinateurs-du-monde-entier-reagissent-victoire-donald-trump

      Rappelons que les noirs on voté à 30% pour Trump.
      Ils se rappellent que ce sont les clintons (les gentils) qui ont permis le remplissage des prisons américaines par les colored people.
      Rappelons que les blancs qui ont voté pour lui, ont suivi des études supérieures pour 30% d’entre eux.

      Points positifs de son programme :
      2/ Plus de dépenses d’infrastructures
      4/ Moins de commerce international
      7/ Remettre en cause la dérégulation financière (mise en place par clitnon, bill, avec son saxophone. Cool ce mec hein !).

      Points négatifs de son programme :
      1/ Moins d’impôts (pour les trés trés riches, on a l’habitude, l’europeu le fait trés bien, nos politicards aussi, on a pas de leçons à donner)
      3/ Arrêt de la lutte contre le changement climatique.
      Ceci dit le point 4/ Moins de commerce international devrait entrainer une énorme baisse de la pollution par les moyens de transports
      6/ Une couverture santé privatisée
      Obama care était en train de partir en cacahuètes.
      5/ Moins d’immigrés
      Certaines propositions du candidat vont à l’encontre des intérêts des entreprises et il faudra suivre de près la mobilisation et l’influence politique des pouvoirs économiques privés.

      Pour comprendre ce qui s’est passé
      Vidéo : https://www.youtube.com/watch?v=xZYgUwmWWVw


      (Ca commence à 41’00)

    • « Une sur-accumulation de conformisme et de crétinisme par obéissance aux consignes reçues depuis la petite enfance, sur le plan scolaire" - Musée de l’Europe & de l’Afrique - Emmanuel Todd, retranscrit par Le concierge du Musée le jeudi 10 novembre 2016 _
      http://blog.europa-museum.org/post/2016/11/10/Une-sur-accumulation-de-conformisme-et-de-cretinisme

      . . . . .
      Q : Lors du référendum sur le Brexit, c’est le « non » qui l’a emporté, et comme le « non » avait été majoritairement plébiscité par les classes inférieures et les gens les moins éduqués, on l’a un peu discrédité, est-ce que vous pensez que c’est une remarque valable ou est-ce que vous pensez que le fait que les classes les plus inférieures aient voté contre et que les gens les plus éduqués aient voté pour montre en fait juste une différence d’intérêts de classe et qu’il n’y a pas de mauvaise ou de bonne réponse, que c’est juste que ces deux classes n’ont pas les mêmes intérêts économiques ?

      Emmanuel Todd : Ben oui, c’est drôle que vous parliez comme ça, parce que autrefois on aurait dit : « comme ce sont les plus pauvres qui ont voté pour le Brexit, ça montre qu’il est particulièrement légitime ». Maintenant comme les gens se sont ralliés à une vision un peu raciste en terme d’éducation, on pose des questions du genre : « est-ce que le vote des gens moins éduqués est valable ? » C’est comme ça qu’on parlait des Noirs aux États-Unis autrefois... Donc on pourrait dire que c’est une américanisation culturelle dans un sens où un racisme culturel etc. Je crois qu’il va falloir... Pour moi évidemment, je suis ravi... Quand même, j’ai été membre du Parti communiste français, donc j’étais solidaire de gens moins éduqués que moi, mais il y a une époque où ça semblait complètement normal de considérer que les gens les moins favorisés avaient des droits politiques égaux... Enfin, je ne comprends même pas ce... Alors, ce qu’on peut constater... Il ne va pas y avoir de réponse uniforme selon les pays...

      Par exemple en France, dans un pays comme la France, si les gens les moins éduqués votent contre le Traité constitutionnel européen... ça ne vaut pas ! D’accord ? Donc en France on est déjà dans un système politique où le vote des gens les moins éduqués n’a pas la même valeur que celui des plus éduqués... En Angleterre, c’est pas ça qui se passe... C’est ça qui est formidable ! Ce que l’on est en train de constater aujourd’hui, c’est que le tempérament démocratique des Anglais est actuellement supérieur à celui des Français, car le vote des électeurs anglais est respecté par les Conservateurs... ça devrait nous rendre plutôt humbles, nous qui sommes censés avoir contribué massivement à l’émergence, je dirais, de la démocratie...

      La soumission comme critère de tri
      Je pense que l’un des combats à mener, l’une des choses sur lesquelles il va falloir quand même réfléchir sur le fond, c’est est-ce que les éduqués supérieurs sont vraiment tellement supérieurs intellectuellement ? On est entre-nous, là... Mais on peut se poser des questions de cet ordre... Bon c’est sûr que le monde des éduqués supérieurs est un monde de bons élèves... Ils ont été triés pour ça... Mais peut-être que l’un des biais du système social actuel, c’est que ce tri social... Le système éducatif qui était un système qui était conçu comme émancipateur, est en fait actuellement devenu une extraordinaire machine à trier et à tamponner la population jeune à un certain niveau pour son avenir social.. Le système éducatif est devenu... Maintenant on a 40 % des jeunes qui font des études supérieures ou des chiffres comme ça, et puis on va avoir 40% des études secondaires d’un type ou d’un autre, 20% calés au niveau inférieur...
      Mais le système éducatif est devenu une machine à fabriquer les classes sociales du futur... C’est une machine à fabriquer l’inégalité. Et du fait que c’est une machine à fabriquer l’inégalité, c’est aussi devenu un système qui justifie l’inégalité. Alors je ne dis pas... les bons élèves existent... Je veux bien admettre que les gens sont plus ou moins intelligents... Mais je pense que le mécanisme de tri par l’éducation et la machine sociale qui fabrique ce tri aboutit sans doute à exagérer énormément dans l’inconscient collectif les différences supposées d’intelligence. Et ça aboutit aussi je pense au final... Je me lâche, je suis en fin de carrière... Je suis à la retraite dans six mois... donc je peux y aller maintenant, c’est n’importe quoi... C’est évident, les gosses sont plus ou moins doués scolairement... Ils réussissent plus ou moins bien, l’intelligence existe... Il y a des différences d’intelligence...
      Mais le tri éducatif, particulièrement à partir de l’Université, ne se fait pas uniquement sur le critère de l’intelligence... Il se fait aussi beaucoup sur le critère de l’obéissance... Parce que maintenant, on vit dans un monde de concours où il faut être le plus parfait possible. Donc pour être parfait, il faut être lisse, en vérité il faut ne pas penser. Donc tout le système de définition des élites et des éduqués supérieurs contient... Il y a de l’intelligence, mais il y a aussi de la soumission comme critère de tri... Et au final qu’est ce qu’on obtient comme classe supérieure ? Qu’est-ce qu’on va obtenir ? Est-ce qu’on obtient une classe supérieure collectivement tellement remarquable par son intelligence ? Ça ne me paraît pas tellement évident... Qui oserait décrire la classe supérieure française comme intelligente collectivement ? Et pourtant c’est tous des supers bons élèves. Qui oserait décrire les gens de l’establishment de Washington... qui aboutissent au terme de je ne sais combien de temps de gestion à des baisses de niveau de vie pour leur population et qui disent que c’est normal, que ça n’a rien à voir avec le système économique etc...

      Les gens intelligents vont s’accumuler dans la population qui fera le moins d’études
      Donc vraiment, je pense que l’un des combats à mener... Je voudrais bien me faire comprendre... Je ne suis pas un populiste. Je suis moi-même un enfant de l’establishment, j’en suis très content... je n’ai jamais aspiré à être autre chose. Je n’ai jamais aspiré à autre chose qu’une conversion des élites entre guillemets à une attitude plus responsable socialement... Mais quand même ! Il ne faut confondre la description de la société en termes de niveau éducatif... Il ne faudrait surtout pas croire que ça correspond à une répartition des capacités intellectuelles dans la population... Ou que les écarts sont aussi importants que ça...

      En haut de la société vous aurez une sur-accumulation de conformisme et de crétinisme par obéissance aux consignes reçues depuis la petite enfance, au plan scolaire , et en-bas vous aurez des gens parfaitement intelligents mais qui n’ont pas été pris dans le moule du système parce qu’ils ont un peu plus de mal à obéir... Et bien entendu avec l’institutionnalisation du système et la capacité des élites éducatives à se reproduire, on va vers une période où les gens intelligents vont s’accumuler dans la population qui fera le moins d’études... Donc il ne faut pas désespérer... Et je pense que l’un des combats à mener, ce serait contre cette idée que les éduqués supérieurs sont vraiment supérieurs...

      Des profs d’économie, surpayés, dont l’œuvre intellectuelle tient sur une feuille de papier à cigarette
      Et je dirais que l’une des choses pour lesquelles j’aimerais vraiment... là ça me ferait vraiment marrer que Trump gagne, vraiment, ce serait à cause de ce que j’ai déjà mentionné, c’est cette pétition d’économistes contre Trump... Vous voyez, vous avez des centaines d’économistes, de profs d’économie, surpayés, dont l’œuvre intellectuelle tient sur une feuille de papier à cigarette, voyez, qui assurent la population que le libre-échange est indépassable... Et vous avez une population qui dit : « non, rien à foutre, quand même notre niveau de vie baisse, on meurt, ça va pas bien, on se sent pas bien... On n’a plus d’avenir assuré, c’est pas possible... ». Parce que ce serait une victoire intellectuelle... Si vous voulez, une population qui élirait Trump, je ne parle pas en général, je parle sur ce point précis, serait une population qui désavoue un système de domination intellectuelle, de conformisme... Et qui oserait dire ! « Non, les mecs, vous êtes pas plus intelligents, vous êtes pris dans un truc de pensée collective... totalement absurde... ». Il m’est arrivé de réfléchir... là je me mets à délirer librement pour terminer... L’un des trucs lorsqu’on décrit les électorats républicains... Je ne suis pas du tout Républicain, moi ! Je ne peux pas piffer les électorats de droite... Je voudrais pas qu’il y ait de malentendus quand même... C’est juste un plaisir pervers à voir un système mental exploser...

      Stupidité structurellement induite
      Mais par exemple l’un des trucs qu’on reprochait autrefois à l’électorat républicain, pas celui de Trump, mais l’électorat fondamentaliste... c’était d’être créationnistes... de prendre littéralement la Bible.. Dire que la théorie de l’évolution des espèces de Darwin, c’est pas vrai. C’est pas vrai ! Ça c’est passé exactement comme c’est dit dans la Bible... En 7 jours, le mec en haut a dit... Voilà il a créé ceci-celà et ceci-celà... Honnêtement je ne me souviens plus des détails, mon éducation religieuse est assez lointaine maintenant... Et bien entendu, tout le monde s’esclaffe... Et je m’esclaffe aussi. J’ai personnellement lu l’Origine des espèces de Darwin, et ça a été l’un des moments de bonheur de ma vie, je suis un Darwinien sans faille sur ces questions-là... Donc la question n’est pas là. Mais en gros vous avez des mecs qui vous disent, des mecs qui sont dans un littéralisme biblique ou dans une foi religieuse intense, c’est les mecs qui vous disent : « il y a ailleurs un autre monde qui a certaines caractéristiques, ou un être qui a certaines caractéristiques, nous ne pouvons pas le démontrer... »

      C’est terrible. C’est une démission de l’esprit, il n’y a pas de problème. Mais quand vous avez des centaines d’économistes qui s’auto-hallucinent collectivement... Et qui vous disent :« le monde sensible est parfait. Le libre-échange est indépassable » au moment même où il fait vivre toute la population dans la terreur et la régression... C’est beaucoup plus grave que le Créationnisme... Ou plutôt, c’est pas plus grave, c’est la même-chose. Le libre-échangisme de ces économistes c’est l’équivalent « classes supérieures » du créationnisme des humbles... Donc vraiment la question du supérieur, de l’inférieur, de la légitimité, je crois que c’est des choses dont il faut commencer à débattre... sur le fond. Sur le fond. C’est à dire... Il y avait un économiste anglais quand je travaillais sur l’Union soviétique qui avait un concept, un concept formidable de « stupidité structurellement induite » pour décrire le comportement des élites soviétiques. Donc, voilà, nous on a des phénomènes de « stupidité structurellement induite ». ça renvoie à l’Idéologie de Marx, à la fausse conscience...

      Mais vraiment, je vais terminer là-dessus : pour moi les éduqués supérieurs ne sont pas supérieurs.

      #Emmanuel_Todd #Intelligence #Université #Enseignement #Ecole #Education #elites #domination #election #Démocratie #CETA #TTIP #Trump

    • Les meilleures discussions de seenthis sont celles qui partent d’un sujet un peu étroit (le choix iconographique d’un article) pour arriver à un autre sujet incroyablement plus ouvert ( les éduqués supérieurs ne sont pas supérieurs ). Il n’y a pas longtemps, cela partait d’une nouvelle carte du monde plus ou moins centrée sur le Pacifique pour arriver à la peinture Jasper Johns.


  • « Devoir d’obéissance » – « Droit de désobéissance » ? | ANICET LE PORS
    http://anicetlepors.blog.lemonde.fr/2013/03/10/devoir-dobeissance-droit-de-desobeissance

    Le « devoir d’#obéissance » comme son corollaire le « droit à la #désobéissance » sont des raccourcis commodes mais qui peuvent trahir la volonté du législateur s’ils sont employés en oubliant les idées qui les sous-tendent.

    Observons tout d’abord que ces expressions ne figurent pas dans le statut général des fonctionnaires, et s’il en est ainsi, ce n’est pas par inadvertance, mais parce que, ayant porté le projet de loi relatif aux droits et obligations des fonctionnaires devant le Parlement en 1983, je peux témoigner que telle était bien notre intention.

    Le sujet est traité par l’article 28 de la loi du 13 juillet 1983 constituant le Titre 1er du Statut général des fonctionnaires. On peut l’analyser en quatre propositions.

    Loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 portant droits et obligations des fonctionnaires. Loi dite loi Le Pors. | Legifrance
    https://www.legifrance.gouv.fr/affichTexte.do?cidTexte=JORFTEXT000000504704

    Tout fonctionnaire, quel que soit son rang dans la hiérarchie, est responsable de l’exécution des tâches qui lui sont confiées. Il doit se conformer aux instructions de son supérieur hiérarchique, sauf dans le cas où l’ordre donné est manifestement illégal et de nature à compromettre gravement un intérêt public.

    Il n’est dégagé d’aucune des responsabilités qui lui incombent par la responsabilité propre de ses subordonnés.


  • Un film qui vient de sortir, Experimenter, de Michael Almereyda, relate l’expérience de Milgram :
    https://www.youtube.com/watch?v=O1VOZhwRvWo

    http://seenthis.net/messages/434486

    Un article revient sur l’histoire de ces expériences, jusqu’à aujourd’hui :

    Jusqu’où obéir ?
    Sophie Richardot, Journal du CNRS, le 25 janvier 2016
    https://lejournal.cnrs.fr/billets/jusquou-obeir

    #Stanley_Milgram #Expérience_de_Milgram #Experimenter #Obéissance


  • https://www.youtube.com/watch?v=6FPlHot8QQk


    Jim Croce Which Way Traduction (1) (Jim Croce - Which Way Traduction (1).pdf) - Fichier PDF
    http://www.fichier-pdf.fr/2015/12/30/jim-croce-which-way-traduction-1

    Quel chemin tu prendras ? De quel côté tu seras ? Resteras-tu immobile et observant Pendant que la semence de la haine soit semée T’aligneras-tu avec ceux qui disent « Que sa volonté soit fait »

    #obéissance #citoyenneté


  • Ces derniers jours, à lire les commentaires épouvantables de Twitter sur les manifestations interdites, j’ai le sentiment que nous avons parfaitement intégré une nouvelle obligation dégueulasse : le devoir d’obéissance.

    J’ai connu et détesté les années 1980 : plus je m’approchais de l’âge adulte, moins je supportais l’ambiance de conformisme aigu de l’époque. Mais ces derniers temps, les injonctions à l’obéissance (obéir au gouvernement, obéir aux flics, obéir au jugement moral des présentateurs télévisés…), devenues omniprésentes dans les forums de l’interwebz, c’est déprimant au dernier degré. Le conformisme des années 80 consistait à se déguiser en yuppie et à mépriser bruyamment les déviants, mais pas à leur imposer de devenir eux-mêmes des yuppies (au contraire, la yuppitude reaganienne avait évidemment besoin de l’autre justement pour pouvoir afficher ce mépris des malpropres soixante-huitards) ; le discours ambiant actuel revendique, lui, l’adoption des mêmes codes et de la même obéissance pour tous.

    Nous avions déjà la grosse-couillitude des forums, le racisme-camembert, l’adoption des codes de non-discussion des aboyeurs télévisuels, le personnal-branding de nos relations, mais ça, c’est encore autre chose. C’est je crois un mode de pensée proprement totalitaire à la sauce Twitter : « mais puisqu’on te dit que c’est interdit, merde, c’est pas compliqué à comprendre, ça, que c’est interdit ! ».

    • C’est parce que c’est très mal foutu, Twitter : si quelqu’un que tu aimes bien postes plusieurs messages de suite parce qu’il a des choses un peu intéressantes à dire, tu es dois déplier tout le fil et te taper tous les commentaires.

    • De mon côté, le fait de relayer rien que sur le mode factuel, les informations qui sortent du cadre télévisuel et radiophonique, me vaut des accusations en prosélytisme et en extrémisme. J’attends le moment où je vais être signalé pour radicalisation...
      Même le fait de dire que mon voisin là qui tient des propos racistes est raciste, on m’explique que je suis intolérant, qu’il a le droit d’avoir des opinions différentes des miennes.
      En gros, faut être tolérant avec la Réaction, et impitoyable avec toute prise de recul.

    • @biggrizzly Oui évidemment, mais cet aspect reste, je trouve, au niveau du conformisme et donc des gens à qui on apprend à se construire par opposition au « déviant » (mais ce déviant est relativement toléré, bien que méprisé).

      J’ai l’impression (mais c’est pas très formalisé) qu’il y a eu un glissement du discours de conformisme au discours d’obéissance avec les interdictions du voile, et le « débat » sur l’« identité nationale ». Avec l’identité nationale, « on » a accepté que « collectivement » (mon œil) nous serions autorisés à nous imposer à nous même une identité.

    • Je remarque aussi ce devoir d’obéissance dans la docilité avec laquelle on se fait fouiller nos sacs de fond en comble, ouvrir nos manteaux, palper, sans remettre en question la nécessité de tous ces gestes, ou la vraie motivation du patron du magasin qui exige ces fouilles...

    • C’est la généralisation des processus en cours d’expérimentation dans les aéroport. Je travaille sur les aéroports depuis quelques années en partie parce que j’étais convaincu que les processus sécuritaires et leurs conséquences étaient une préfiguration de ce qui allait se paser partout ailleurs. Je vois avec tristesse que c’est commencé.

      #dfs

    • Ce qui m’inquiète, c’est le nombre de gens plutôt militants, plutôt critiques, plutôt démocrates depuis longtemps qui se sont subitement mis à aboyer avec le reste de la meute, comme s’ils avaient déconnecté d’eux même, en mode put your brain down.
      Et le fait que tous ceux qui ne pensent pas comme la nouvelle norme sont devenus extrêmement prudents et réservés, se méfiant (assez légitimement) de tout le monde !

    • Et le fait que tous ceux qui ne pensent pas comme la nouvelle norme sont devenus extrêmement prudents et réservés, se méfiant (assez légitimement) de tout le monde !

      Réaction de préservation assez compréhensible en ces temps de forte coercition.

    • A l’heure de l’apéro, dès que je proteste contre ce qui arrive aux militants écolos, et que j’explique qu’une des raisons de la crise actuelle tient à la politique post-coloniale occidentale, j’entends assez rapidement « donc tu es d’accord pour dire que c’est de notre faute ? » qui décrédibilise la réflexion de fond que je viens d’entamer.

      Ensuite on me dit « oh, on se doute bien qu’il va y avoir des bavures » et j’ai un mal de chien à expliquer en pure perte qu’il y a une différence notable entre la bavure (qui est un accident, souvent dans la précipitation, une faiblesse humaine) et l’abus d’autorité. « Oui, c’est la même chose. » MAIS NON.

      Enfin bref, je trouve aussi que ces temps-ci c’est difficile de discuter.

    • @notabene oui, en gros, c’est ça et les gros relents nationalistes de la part de gens qui n’en avaient rien à carrer des valeurs de la République il y a trois semaines « moi, je ne fais pas de politique, moi ! ». Sans compter la fête aux idées courtes : terroristes = arabes = musulmans = gauchistes et droit-de-l’hommistes = ZADistes = « bien fait pour leur gueule et moi, j’ai rien à cacher, moi ! »

    • Oui, « c’est pour notre bien ». Faut continuer d’aller travailler, de vivre, faire son shopping de Noël… ambiance mobilisation, chacun à son poste. Ah, et cette suspicion qui affleure très vite dans le regard, dès que tu laisses entendre que c’est pas si chouette que ça, l’état d’urgence…

      #CestPourTonBien

      Quand à twitter, ça fait qq années déjà que j’observe la montée de comportements cloisonnants : œillères de l’unfollow et du blocage, nettoyage de TL, épuration des propos jusqu’au bashing, décomplexé, pratiqué de tous bords, y compris par les gentils militant·e·s non-discrimination, qui se prennent pour des justiciers de la toile, motivés par la bonne cause ; jusqu’au cloisonnement des pensées qui en résulte, l’illusion de connivence, qui décomplexe l’insulte, qui se lâche, facile, sauf qu’elle n’est pas confidentielle mais publique et à forte résonance, qu’elle blesse, et ainsi de suite…
      http://romy.tetue.net/1027
      S’exprimer en 140 caractères, ça n’aide pas à élever le débat, d’t’façon.

      Ne lire que ma TL est bien confortable. J’en suis sortie pour suivre un hashtag, juste pour savoir ce qui se passait à côté de chez moi, place de la République, ce dimanche. Très intéressant de voir comment les images se sont diffusées et ont été accueillies. Le raccourci « écolos = zadistes = black bloc = terroristes » était immédiat. Qui manifeste, dans la rue, est contrevenant, qui ne se conforme pas, qui n’obéit pas, est dangereux. Et fait le jeu des terroristes. Il n’en faut pas plus pour souhaiter que les CRS butent (au sens fort d’avoir le droit de tirer pour tuer) ces « crasseux » (que sont les militants écolos, tous, indistinctement). Qui en doute, est suspect.

    • Qui manifeste, dans la rue, est contrevenant, qui ne se conforme pas, qui n’obéit pas, est dangereux. Et fait le jeu des terroristes. Il n’en faut pas plus pour souhaiter que les CRS butent (au sens fort de tuer) ces « crasseux » (que sont les militants écolos, tous, indistinctement). Qui doute, est suspect.

      Voir aussi http://seenthis.net/messages/432338 où est cité le passage suivant :

      Le policier remarque alors son sweat-shirt avec l’étoile rouge et le slogan « non au capitalisme et au racisme » porté sous sa veste ouverte. « C’est un petit cadeau de ma mère qui l’avait acheté à un meeting de Mélenchon. Après coup, j’ai regardé l’étiquette, c’est le nom du site socialisme.be » explique Délio. Le sweat est vendu par le Parti socialiste de lutte (PSL) la gauche radicale belge. « Et là il me dit : " c’est un message contre l’Etat, il ne faut pas porter ça en ce moment, il vaut mieux garder ses opinions pour soi, surtout ce genre de messages. Je lui réponds qu’on est en France, qu’on peut encore porter ce qu’on veut, que c’est pas contre l’Etat. Il me répond que "l’Etat, c’est le capitalisme donc c’est un message contre l’Etat". J’insiste en disant que je porte ce que je veux. Il me répond "plus pour très longtemps !" Je lui lance "Vous avez hâte d’avoir tous les droits et d’arrêter qui vous voulez ?" Il me répond "Oui les petites faces de merde comme toi, on a hâte de pouvoir les arrêter sans raison, les petites faces de pine, les petites faces de shiteux comme toi"

      #délit_de_faciès #délit_d'opinion

    • @sombre : assez flippant de constater à quel point les mots sont les mêmes dans la bouche des CRS que sur twitter au même moment :(

      Les écolos, les végans, les celleux qui roulent à vélo plutôt qu’en voiture, les fumeurs de beuh, de roulées, celleux à pantalons larges, à dreads, les hippies qui rêvent d’un monde meilleur, les décroissants, les antifas, les anars, les punks à chiens, à chats… toussa, toussa, toussa, dans le même sac, celui des « crasseux », dont il faut nettoyer la République.

      M’en remet pas, tiens, d’être une crasseuse.

      #crasseux

    • @sinehebdo : oh ben alors, s’il s’agit de porter un flingue, il va y avoir pléthore de candidatures.

      @tetue : la société française se durcit et se rétracte autour de son noyau le plus réactionnaire. Et ce n’est pas du côté de la « gauche de la gauche » ou des « anars » que viendra le salut. Ces gens-là se sont emmurés vivants dans leurs dogmes. Récemment, je me suis fadé un texte d’une dizaine de pages et j’ai encore du mal à m’en remettre. Faut croire que j’ai été très naïf jusqu’ici.
      Vite fait, il s’agissait d’une remise en cause du racisme social par lesdits « anars », remise en cause justifiée par le fait que, puisque les races n’existent pas, il ne peut y avoir de racisme social et que les défenseur-e-s des personnes racisées -défenseur-es qui d’ailleurs sont le plus souvent des femmes et qui font l’objet de l’ire (tiens,tiens) de nos fougueux étalons révolutionnaires- sont les plus abject-e-s promoteur-trices d’un « lobbying communautariste ».

      Si cette problématique t’intéresse, une discussion s’est amorcée ici :
      http://seenthis.net/messages/434706#message435687

    • Il est possible que ce ne soit pas du côté de la « gauche de la gauche » ou des « anars » que viendra le salut, mais de là à réduire toute la gauche de la gauche à ce pamphlet de ladiscordia, c’est lui donner trop d’importance. La "gauche de la gauche" est divisée sur ces questions et une partie continue de promouvoir des idées nouvelles et émancipatrices...


  • La France, pompier pyromane
    http://www.mondialisation.ca/la-france-pompier-pyromane/5489788

    voici l’extrait d’un texte d’Howard Zinn qui me semble particulièrement bien résumer l’origine du mal : “La désobéissance civile n’est pas notre problème. Notre problème c’est l’obéissance civile. Notre problème, ce sont les gens qui obéissent aux diktats imposés par les dirigeants de leurs gouvernements et qui ont donc soutenu des guerres. Des millions de personnes ont été tuées à cause de cette obéissance. Notre problème, c’est l’obéissance des gens quand la pauvreté, la famine, la stupidité, la guerre et la cruauté ravagent le monde. Notre problème, c’est que les gens soient obéissants alors que les prisons sont pleines de petits voleurs et que les plus grands bandits sont à la tête du pays. C’est ça notre problème”.


  • Vincent Cespedes : « L’école dévitalise les enfants de leur envie de connaître, de lire et d’écrire » » (VousNousIls)
    http://www.vousnousils.fr/2015/09/04/vincent-cespedes-lecole-devitalise-les-enfants-de-leur-envie-de-connaitr

    Vous estimez donc que les professeurs sont davantage complices que victimes de ce que vous dénoncez ?

    Ils sont en grande partie complices, oui ! Un prof sur deux est pédagogiquement nul…. Je n’ai confiance que dans les rebelles. Je suis pour un sabotage d’un système éducatif qui est incapable de se renouveler lui-même. Les enseignants progressistes doivent s’emparer du pouvoir.

    Vous trouvez les enseignants trop conformistes ?

    Il faut des professeurs « désobéissants », des professeurs qui ne se réfugient pas derrière les règlements intérieurs et les programmes. Des professeurs qui, par exemple, comprennent que le bavardage est quelque chose de magnifique ; la soif de connaissances passe par le bavardage. Plutôt que de lutter contre ce « problème » pendant la moitié du cours, il faut utiliser cette envie de s’exprimer.

    Nous avons la jeunesse la plus dépressive d’Europe. Pourquoi ? Parce que notre société met l’obéissance au premier plan de ses valeurs. Dans une classe, les enfants devraient pouvoir se lever, bouger, contester… car lorsqu’elles sont intelligentes, argumentées, légitimes, toutes les désobéissances sont possibles. L’école devrait être ce lieu où l’on peut expliquer pourquoi on refuse d’appliquer un règlement, une consigne… La leçon du XXe siècle c’est qu’il faut se méfier des citoyens qui obéissent trop face à l’injustice.

    #éducation #école #enseignant.es #obéissance #dépression

    Il faut surtout lire l’entretien « L’école est une usine à normaliser, à légitimer les différences sociales » de Vincent Cespedes, tellement pertinent et percutant : http://seenthis.net/messages/404657


  • Alain Damasio dissèque la société de contrôle : « C’est pas Big Brother, c’est Big Mother ! »
    http://www.lesinrocks.com/2013/11/25/medias/lauteur-sf-alain-damasio-disseque-societe-controle-cest-pas-big-brother-

    j’ai vraiment l’impression qu’il y a eu un basculement. La sécurité est devenue un affect plus enviable que la liberté. C’est pas Big Brother, c’est Big Mother ! C’est plus un pouvoir disciplinaire, c’est la mère couvante qui nous enveloppe ! Des gens sont rassurés par une caméra de surveillance ! Par des flics ! Moi les flics, ça m’a jamais rassuré. Mais y en a que ça rassure. Et peut-être que la NSA, ça les rassure. Et je pense que c’est beaucoup plus répandu que ce qu’on croit. (...) Source : Les Inrocks



  • Dans la collection Zones des éditions La Découverte, une belle série de bouquins sur l’histoire du #comportementalisme. Dernière parution : Expérience sur l’obéissance et la désobéissance à l’autorité de Stanley Milgram. Lisible en ligne, comme toute cette collection :
    http://www.editions-zones.fr/spip.php?page=lyberplayer&id_article=172

    Avec une préface de Michel #Terestchenko, lui-même auteur du fort intéressant Du bon usage de la #torture, ou comment les démocraties justifient l’injustifiable (même éditeur).

    Si l’expérience de #Milgram fut une « expérience choc », une des plus troublantes et, certainement, la plus connue de toute l’histoire de la #psychologie sociale moderne, c’est qu’elle révéla, au cœur de la nature humaine, une propension effrayante des individus à obéir, dans certaines circonstances, à une #autorité qui leur donnait l’ordre d’infliger de terribles souffrances à une victime innocente :

    "C’est peut-être là l’enseignement essentiel de notre étude : des gens ordinaires, dépourvus de toute hostilité, peuvent, en s’acquittant simplement de leur tâche, devenir des agents d’un atroce processus de destruction."

    Milgram voyait là une illustration empirique incontestable du paradigme de la « banalité du mal » qu’Hannah #Arendt note avait exposé, en 1963, dans son livre controversé sur Eichmann. Le scientifique rencontrait la philosophe dans la mise en évidence d’une vérité anthropologique universelle qui ne cesse, aujourd’hui encore, de nous surprendre et de nous inquiéter. Mais comment Stanley Milgram en était-il arrivé là ?

    UNE MISE EN SCÈNE SOPHISTIQUÉE

    L’expérience sur l’#obéissance, telle que nous la connaissons aujourd’hui dans sa forme finale, avait été précédée, fin novembre-début décembre 1960, par une série d’études pilotes conduites avec une vingtaine d’étudiants de l’université Yale. Dans une lettre adressée au Bureau de la recherche navale (Office of Naval Research), que Milgram avait écrite afin d’obtenir un financement public pour ses recherches, il en avait clairement décrit le protocole de base :

    "Les sujets croient qu’ils participent à une expérience sur l’apprentissage humain […]. Le sujet actionne un panneau de commande, consistant en une série de commutateurs, disposés en ligne. Le commutateur à gauche est étiqueté “1. Choc très léger” ;… le commutateur à l’extrême droite “15. Choc extrême : danger”. Ce panneau de commande permet au sujet A (le sujet naïf) d’administrer une série graduée de chocs électriques au sujet B (la victime). Il va sans dire que le sujet B, la victime, ne souffre pas réellement, mais est complice de l’expérimentateur. Le sujet A l’ignore et croit qu’il administre réellement des chocs au sujet A.

    À mesure que l’expérience sur l’apprentissage continue, le sujet reçoit l’ordre de délivrer des chocs de plus en plus élevés. Les résistances internes devenant plus fortes, à un certain moment, il refuse de continuer l’expérience. Le comportement qui précède cette rupture, nous le considérerons comme obéissance, en ce que le sujet exécute les ordres de l’expérimentateur. Le point de rupture est l’acte de désobéissance."

    #livre


  • Aurais-je signé ?
    http://images.math.cnrs.fr/Aurais-je-signe.html

    Dans une lettre datée du 18 novembre 1931, le mathématicien italien Vito Volterra (1860-1940) répondit au président de l’Université de Rome (qui était située rue de la Sagesse) qu’il ne signerait pas le serment d’allégeance à Mussolini, car ce serait contraire à ses idées politiques, dont témoignait son action comme sénateur.

    Par ce serment, les signataires s’engageaient, non seulement à être fidèles au régime fasciste, mais aussi à former des citoyens dévoués à ce régime.

    Il y avait alors en Italie mille deux cent cinquante professeurs d’université. Douze d’entre eux refusèrent de signer ce serment, et parmi eux, un seul mathématicien, Vito Volterra. Les signataires, c’est-à-dire, et ici le calcul est facile, plus de 99% des professeurs d’université, obéissaient à des motivations assez variées.

    #italie #obéissance


  • Romney grand vainqueur du débat - Great America
    http://washington.blogs.liberation.fr/great_america/2012/10/romney-grand-vainqueur-du-d%C3%A9bat.html

    Un tout premier sondage, à chaud, de CNN confirme cette première impression de Romney superstar du jour : 67% des téléspectateurs y déclarent Romney vainqueur du débat, 25% seulement ont vu Obama l’emporter. Tout cela ne fait bien sûr pas encore un Président : il reste à voir si cette bonne performance de Romney peut vraiment se traduire en intentions de vote et s’il tient aussi la distance aux deux prochains débats, le 16 et 22 octobre.

    Ca veut dire quoi sortir vainqueur d’un débat ? Comment un sondage publique peut-il évaluer qui sort vainqueur du débat ? Si sortir vainqueur d’un débat c’est avoir convaincu le plus d’auditeurs, pourquoi demander à ces derniers qui est sorti vainqueur du débat et non pas qui les a convaincu ? La réponse me semble-t-il est la suivante : on demande non pas ce que les citoyens en pensent mais ce qu’ils présument de ce que les autres citoyens en pensent. Il y a là un sophisme politique incroyable : les citoyens ne doivent pas juger en fonction de leur conviction politique mais en fonction d’une opinion publique imaginaire qu’ils contribuent à créer grâce à ces outils démagogiques de premier ordre que sont les sondages. Ce sondage (« qui est sorti vainqueur du débat ? ») est sans doute le sondage le plus révélateur à la fois du rôle des sondages en général et de la forme que prennent les démocraties contemporaines et qui pourrait se résumer dans la maxime suivante : « ne jamais se décider en fonction de la volonté générale mais toujours en fonction d’une opinion publique fantasmatique intériorisée par chaque citoyen ». Les sondages contribuent à cette intériorisation « de la voix des autres en moi ».

    Pour conclure on peut se demander si les démocraties n’ont pas trop bien compris le message rousseauiste au point de pouvoir le retourner contre son auteur : Rousseau cherchait un moyen de faire naitre dans le coeur des citoyens la voix de la volonté générale. « Ainsi donc le législateur ne pouvant employer la force ni le raisonnement, c’est une nécessité qu’il recoure à une autorité d’un autre ordre, qui puisse entrainer sans violence et persuader sans convaincre »( Contrat Social , Livre II chapitre VII). Ils ont trouvé le moyen de faire naitre dans le coeur des citoyens la voix de la soumission et de l’obéissance : le sondage.

    #sondage #domination #obéissance #democratie


  • Robert Dehoux, Enseignement-abrutissement : aliénation obligatoire
    http://www.lejournalmural.be/la-friclande/enseignement.html

    Ainsi moi, par exemple, « #je » m’interdit de me mettre les doigts dans le nez devant tout le monde. Et comme sans « je » mon #moi le ferait quand ça me gratouille, ça signifie effectivement que mon « je » n’est pas vraiment moi-même. Et si ce n’est moi, c’est que « Je est un #autre » comme le disait déjà Rimbaud.

    Mais cela dit, tant que mon « moi » prenait le sein, mon « je », bien que déjà inscrit dans les registres d’état civil avec le nom qu’ON lui fera porter plus tard, ne s’est jamais manifesté.

    Et il en fut ainsi jusqu’à mes six-sept #kilos. C’est-à-dire aussi longtemps que personne ne s’inquiéta de me voir les doigts dans le nez. D’ailleurs, en ma présence, personne ne se gênait alors pour se les mettre dans le sien.

    En fait, il m’a fallu atteindre huit kilos cinq pour que quelqu’un se montre mécontent de "moi"et fasse surgir mon « je ».

    Tout commença le jour où mon attention fut attirée par un pot de confiture dans lequel j’ai mis les doigts pour m’en mettre plein la bouche. Et au lieu de ça j’ai reçu une baffe pendant qu’une voix me gueulait dessus « ON ne met pas ses doigts dans le pot ! ».

    Du coup, mon « moi » fut pris d’un doute.

    Surtout que la scène se répéta les jours suivants.

    Et il en fut ainsi jusqu’au jour où, lorsque ma main s’avança vers le pot de confiture, une grosse voix INTÉRIEURE l’arrêta brusquement : c’était « je » qui « me » parlait pour la toute première fois. Et grâce à lui j’ai reçu une grande cuillère de confiture et des bisous partout. J’avais alors huit kilos neuf. Mon « autre » venait de naître. Il n’allait plus me quitter. C’est qu’en effet, à mesure où je grandissais l’envie me prenait de toucher à tout. Ce qui m’a valu de recevoir un parc. Ainsi, chaque fois que je « dérangeais » - comme, par exemple, en m’emparant du téléphone ou d’un pot de fleur - ON m’empoignait et m’encubait dans le parc. Si bien que j’étais tout perdu en me demandant ce qui raccordait le pot de fleurs et le téléphone aux autres au point de les faire se jeter sur moi comme si c’était de la confiture ?

    Rien de flagrant ni de palpable ne permettait de le comprendre. Mais comme c’était ainsi, lorsque mon « moi » en eut ras-le-bol se retrouver à tous les coups dans le parc, mon « je » m’a conseillé de ne plus toucher à rien qui ne me soit offert. Et de me comporter hors de mon parc comme si j’étais dedans. Et c’est ainsi que sous sa direction, mon « moi » s’est engagé dans une carrière de #comédien, jouant le jeu de l’#obéissance jusqu’à le faire croire devenu « sage ». En échange de quoi il recevra ses tout premières imitations de pots de fleur, de téléphones, bagnoles et autres objets de ma curiosité réelle.

    Mais, cela fait, la plupart desdits cadeaux étaient d’une origine étrange. Aussi étrange d’ailleurs que celle des baffes que je recevais. C’est en tous cas ce qu’ON a voulu me faire croire en faisant appel à de mystérieux intermédiaires chargés de me les procurer ou de me les refuser. Il s’agissait en fait d’un couple de deux Pères : un #Père Noël et un Fouettard, les deux préfigurant somme toute la #Société qui m’attendait. Une Société pleine de Mystères comme je n’allais pas tarder de l’apprendre en faisant connaissance avec la Maternelle.

    C’est en effet là où j’ai été emmené quand je ne dérangeais plus trop et pouvais faire pipi dans le pot.

    En fait, c’était la première fois que j’allais être associé à une vingtaine d’autres de mon poids, tous aussi curieux l’un que l’autre de se rencontrer, de se toucher, de se palper, bref, de s’étudier mutuellement et physiquement afin de faire plus ample connaissance. Or il se fait que ce genre d’étude sur le terrain ne convenait pas aux surveillantes, lesquelles passaient leur temps à occuper le nôtre et à nous empêcher de connaître ainsi les joies d’une existence authentiquement sociale. Et à cette fin, elles nous mettaient en main des craies, des crayons, du papier, des ardoises, des blocs dont elles nous faisaient faire des cocottes, des gribouillis, n’importe quoi du moment que ça nous occupait et nous faisait taire. Et c’est ainsi que nous nous sommes tous mis à faire séparément des choses qu’aucun de nous n’aurait jamais songé à faire ensemble.

    Somme toute, alors que le parc m’avait appris à « respecter » les choses en me détournant d’elles, la maternelle allait m’apprendre à « respecter » les autres en me détournant d’eux.

    Mais, cela dit, le fait d’avoir constaté ça ne me permettait pas de comprendre pourquoi les #Grands s’opposaient si farouchement à la libre expression de nos désirs physiques. Qu’avaient-ils donc à redouter de nous qui étions beaucoup moins forts qu’eux ?

    Je me suis donc mis à mieux les observer. Et je me suis rendu compte que vis-à-vis de tout ce qui se trouvait hors de chez nous, que ce soit en rue, dans les boutiques ou chez l’#Autrui, ils ne touchaient à rien ni à personne qui ne leur soit offert ou présenté.

    J’observais ainsi que, comme moi, ils respectaient des clôtures invisibles - mais comme je n’imaginais pas que le Grands puissent ne pas être libres de tout faire à leur guise, j’en ai conclu que des comportements que je n’adoptais que par contrainte étaient sûrement tout naturels pour eux.

    Somme toute, je me disais — ou plutôt, « Je » disait à « moi » : tu comprendras plus tard, en attendant t’as qu’à les imiter. Ce qui ne fut pas pour « moi » une mince affaire. Tout en effet était réglé entre les Grands dans les moindres détails, jusque dans la manière de s’aborder, de se donner ou non la main, de se saluer du chapeau ou de la tête, de se parler en se tutoyant ou en se vouvoyant et de répéter tout le temps les mêmes banalités qu’on me chargeait d’ailleurs moi-même de répéter sans cesse. Et ce qui m’horripilait bien sûr c’était toujours de ne rien y comprendre. Tous ces regards sur ma personne me mettaient au supplice. Et ce qui ajoutait à mon malaise, c’était que les Grands taxaient de timidité ce qui n’était en fait chez moi que la manifestation visible de la honte mêlée de rage que j’éprouvais de me sentir amoindri et de toujours devoir mentir pour ne pas être rejeté.

    Certes, pendant tout un temps, je fus récompensé de jouer le jeu. ON me félicitait. ON me donnait de caramels. Mais le jour vint où ON me déclara trop grand pour avoir besoin de récompenses pour être « comme il faut ». De ce jour, ON préféra me punir pour ne l’avoir pas été plutôt que me récompenser de l’avoir été.

    Bref, rien de ce que je m’attendais à fréquenter en venant au monde n’était ici présent et je savais de moins en moins où j’en étais. Si bien qu’ON me reprochait souvent de ne pas savoir ce que je voulais. Et que je ne me sentais vraiment bien qu’en compagnie d’une chienne qui partageait mon sort, que je sentais toujours prête à faire comme moi les quatre cents coups, mais qui, obligée de respecter les mêmes interdits que moi pour obtenir un sucre, n’avait elle non plus guère l’occasion d’être expansive.

    Cela pour dire que parmi l’ensemble des objets dont j’avais physiquement besoin se trouvaient ceux qui, comme mes ours en peluche, me faisaient rêver d’une autre vie. Ce sont ces leurres qui ont peut-être le mieux contribué à mon éducation. En effet, les Grands se servaient d’eux pour m’appâter et pour m’amener à employer « volontairement » des choses dont je ne saisissais pas le sens, comme par exemple des fourchettes ou des godasses vernies.

    Et c’est ainsi que mes #désirs m’ont sans arrêt créé de nouvelles #obligations. Il m’était impossible de faire quoi que ce soit de plaisant sans une contrepartie. C’était systématique. Je devais payer pour tout. Chaque chose qui m’attirait servait à me faire faire autre chose qui me repoussait, chacune avec son propre mode d’emploi. Et comme leur mode d’emploi dictait le mien, et que, de toute évidence je ne pouvais rien y faire, j’ai fini par accepter le fait, et je me suis dit qu’ainsi j’allais finir par me comprendre moi-même.

    Autrement dit, « je » et « moi » en étaient venus à se confondre au point de ne plus se distinguer l’un de l’autre. Et la confusion sera d’ailleurs telle que j’ai commencé à croire que je faisais instinctivement des choses qui m’étaient ordonnées. Et que pour tout comprendre, il allait seulement falloir que j’en sache plus. Bref, j’avais atteint « l’âge de raison ». Et ON en profita pour m’injecter dans une École Primaire. C’est à dire là où j’allais enfin pouvoir apprendre comment perdre ma vie à la gagner. Et empêcher les petits de toucher à tout.

    • Robert Dehoux, je me présente :

      1. né au Congo en 1926 (Lubumbashi)
      2. découvre, en 1932, l’Europe et ses écoles primaires sur fond de crise économique et de père au chômage
      3. sort de polytechnique (Université Libre de Bruxelles) en 1949
      4. retour au Congo en 1951 : 3 ans de Brousse avec l’Institut Géographique, suivis de 6 années de Socony-Mobil avec découverte de la Générale, ses mécanos, ses diesels et ses caterpillars à soutirer le cuivres de Kipushi, le diamant de Bakwanga, le manganèse du BCK et autres matières premières à faire rouler urbi et orbi des mécaniques sophistiquées. Découverte, par la même occasion, des USA via le staff de Mobiloil NY à l’angle de la 6ème avenue et de la 42ème rue
      5. 4 janvier 1959, Kinshasa se soulève. Kasavubu et Lumumba, surtout Lumumba, me font percevoir d’un coup le négatif de mes ingénieuries. Un déclic se fait en moi. Mai 59, je démissionne, rentre à Bruxelles et fais une croix sur la technologie au nom et au service de quoi je m’étais jusqu’alors investi.
      6. reconverti dans la restauration, délivré du contrôle des Sociétés dites Anonymes, dès 1960 le hasard m’acoquine avec Attila Kotanyi, un situationniste à part entière qui me présente Debord, Vaneigem, Bernstein, Wijckaert, Viénet et autres membres de l’Internationale Situ. Et du même coup je me retrouve dévorant leur Revue ainsi que les Marx, Hegel, Stirner, Nietzsche, Lefèvre, Freud, Reich au autres référence psycho-, socio- polito-logistes, faisant la connaissance d’un monde complètement étranger à mon passé récent – et tout heureux de me croire ainsi en train de participer à la critique radicale de cette situation qui exigeait des machines, du pétrole et du cuivre, en même temps que des colonisateurs et du prolétariat
      7. 1963-1964, problème : mes Situs voient la solution de tous les maux dans l’avancée technologique en train de nous expédier, le bulldozer sous la pédale, aux quatre coins de la planète – "à condition toutefois, m’enseignent-ils, de gérer collectivement plutôt que privativement le tout". Autrement dit, je me rends compte qu’ils veulent du beurre mais n’aimeraient pas devoir traire les vaches. Ou encore, comme Vaneigem le dit, qu’ils ont la cybernéticienne et fourriériste idée de construire "un monde de maîtres sans esclaves". Bref, j’ai devant moi des révoltés ignorant tout de la technique et de ses implications logiques, et qui conjuguent allègrement la robotique avec Messie. De sorte qu’après avoir dû fuir l’industrie par raison subjective, je me retrouve là semblablement contraint de fuir l’avant-garde par raison objective.
      8. trois ans passent. Soixante-huit survient et le bla-bla contestataire généralisé, tenant lieu d’autogestion, révèle son impuissance à permettre de manger sur des nappes sans devoir ensuite faire la lessive. Tandis que, pour ma part, je profite de l’implosion pour prendre définitivement conscience de ma qualité de non-être politique – et pour prendre une décision : celle, désormais, de tout penser et de tout faire pour insérer DADA dans la philosophie et dans le monde de l’Histoire, ce monde dont les robots d’une part et les Situs de l’autre venaient de m’apparaître comme le recto et le verso d’une même réalité – une réflexion dont je vous livre ici la somme et qui m’a effectivement permis de conclure :
      Merde alors, quelle Histoire !

      http://www.lejournalmural.be/robert-dehoux.html