• #Pierre_Bühler | #Asile et #coronavirus : l’actualité au prisme de l’éthique

    Pierre Bühler, contributeur régulier de la revue Vivre Ensemble, nous livre une analyse fine de la gestion de la crise sanitaire vis-à-vis des populations de personnes exilées. Il scrute ainsi l’actualité de ces dernières semaines en nous aidant à la comprendre à travers le prisme de principes philosophiques éclairants. De la situation dans les camps sur les îles grecques, en évoquant le manque de sauvetage en Méditerranée, pour revenir sur la décision de maintien des procédures d’asile en Suisse, l’auteur interroge les notions d’éthique et de morale qui peuvent entrer en conflit et la façon dont ces conflits sont tranchés. La déontologie est-elle sacrifiée aux diverses finalités politiques ? Ou en d’autres termes : le fait que “chaque être humain doit être protégé” préside-t-il aux décisions et mesures prises dans ce contexte de crise ? S’inspirant de Paul Ricoeur et de John Rawls, Pierre Bühler rappelle que : “ce n’est pas au prix de la déontologie que nous pouvons viser ‘une vie bonne avec et pour l’autre dans des institutions justes’, mais bien plutôt avec elle pour fondement et pour référence. “

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    L’actualité s’est précipitée, ces dernières semaines, et il est bon de prendre un peu de recul, pour tenter de réfléchir à ce qui se passe du point de vue de l’asile en ces temps de #crise_sanitaire.

    Un petit modèle théorique

    Dans sa grande Théorie de la justice[1], le philosophe anglophone #John_Rawls distingue deux perspectives fondamentales qui peuvent s’entrecroiser et entrer en conflit l’une avec l’autre. Nous avons des visées, des velléités de #justice, nous nous efforçons vers des buts : c’est l’aspect téléologique (du terme grec telos, le but, la finalité). Sous cet angle, #Rawls est en débat avec l’#utilitarisme, une position très répandue dans le monde anglo-saxon et qui peut dire que le #sacrifice de quelques-uns est légitime, si cela contribue au plus grand bien pour le plus grand nombre possible. Selon la formule traditionnelle : la fin justifie les moyens. Pour Rawls, une telle position entre en conflit avec la perspective qu’il appelle déontologique (du grec deon, ce qui doit être, le devoir) : au nom des droits et devoirs humains, il n’est pas légitime de sacrifier qui que ce soit, chaque être humain étant à protéger. Ainsi, pour lui, toutes nos téléologies doivent être constamment soumises à la déontologie.

    Pour faire court, il en déduit deux principes de justice : le premier, c’est que toutes les personnes sont égales de droit et doivent avoir des chances égales ; le second dit que si des #inégalités sont nécessaires, elles doivent toujours être organisées de manière à améliorer la situation des plus défavorisés (c’est ce qu’il appelle la #règle_du_maximin : « #maximaliser_les_minima »).

    Dans ce qu’il a appelé sa « petite éthique » dans son livre Soi-même comme un autre[2], le philosophe français #Paul_Ricœur a repris cette idée, en articulant éthique et #morale : l’éthique est portée par ce que nous visons : nous voulons « une vie bonne avec et pour l’autre dans des institutions justes » ; la morale nous impose un certain nombre de #normes et d’#obligations indispensables auxquelles nous devons nous plier. Le troisième moment de la « petite éthique », c’est ce que Ricœur appelle la « #sagesse_pratique » : parce que les visées et les normes entrent constamment en conflit, il faut apprendre à assumer notre action concrètement, en affrontant les #conflits avec courage.

    Ce petit modèle théorique me permet de relire certaines réalités vécues ces derniers temps, car nous sommes en régime de sagesse pratique, et dans les conflits que nous vivons, c’est bien souvent la déontologie qui est sacrifiée aux diverses téléologies.
    Les mesures d’urgence sanitaire

    Les gouvernements ont pris, plus ou moins rapidement et plus ou moins judicieusement selon les pays, des #mesures_d’urgence contre la propagation du coronavirus. La #protection_sanitaire de la population constitue, certes, une #exigence_déontologique, mais elle menace temporairement la #déontologie plus fondamentale. Elle suspend certains #droits_fondamentaux qui nous sont, en temps normal, garantis constitutionnellement : la #liberté_de_mouvement, la #liberté_de_rassemblement, etc. Pour faire passer l’état d’urgence du #confinement, on peut parler massivement d’une #guerre à mener, comme l’a fait le président Macron. Mais il n’en reste pas moins la nécessité de veiller à la déontologie, car la fin risque ici aussi de justifier trop rapidement les moyens (par exemple, la #surveillance_numérique des rassemblements ou des relations interpersonnelles pour le bien du #traçage de la propagation – danger du « Big Brother is watching you », à l’aide des smartphones !). Comme le confinement, le #déconfinement contient un grand risque de #discriminations, et il faudra y veiller !

    Du point de vue du système démocratique, cette tâche de veilleur reviendrait au pouvoir législatif, et heureusement que les parlements vont enfin reprendre leur travail, après une pause déontologiquement problématique. C’est encore plus catastrophique lorsque le parlement donne plein pouvoir à l’#exécutif, comme c’est le cas en Hongrie !

    La crise sanitaire a révélé des dysfonctionnements majeurs. J’aimerais en évoquer deux, avant d’en venir aux implications pour les questions d’asile.
    a) En amont : ces dernières années, le #système_de_santé a subi d’énormes pressions économiques : il fallait le rentabiliser, et donc le réduire au minimum, en économiser les coûts. La pandémie a montré le danger de ces #téléologies_économistes et souligné la nécessité déontologique d’un système de santé solide, digne de respect (quand on voit des néo-libéraux applaudir à 21h l’héroïsme du personnel soignant, on a juste envie de les pousser de leurs balcons – pardon pour cette parenthèse : elle n’est pas « déontologiquement correcte » !).

    b) En aval : certes, l’économie a souffert, et il est donc légitime de penser à l’avenir de celles et ceux qui sont au chômage, qui ont perdu leur travail, etc. Mais je me demande si ceux qui réclament à grands cris des investissements pour la relance économique pensent aux plus défavorisés et portent le souci déontologique d’un « maximin ». Je crains qu’ils ne songent plutôt à leur propre profit, à se refaire une santé financière, ou tout simplement à faire remonter d’urgence le sacro-saint PIB ! Retour aux affaires, alors que la crise serait une bonne occasion de faire le point, de se demander ce que nous voulons et ce que nous devons (krisis, en grec, signifie le jugement). Et déjà on soupçonne les démunis de vouloir profiter : « l’aide d’urgence ne doit pas devenir un oreiller de paresse », dixit Guy Parmelin.
    Asile : pas de « maximin » !

    Venons-en aux conséquences dans le domaine de l’asile. Ici aussi, le second principe de justice ne s’est pas appliqué. La pandémie a, certes, suscité un grand mouvement de solidarité, mais elle a aussi révélé des disparités dans l’exercice de cette dernière. Ce ne fut pas de la « solidarité sans frontières » … Donnons quelques exemples.

    Je viens de parler de celles et ceux qui ont perdu leur travail, et les requérant-e-s d’asile en sont. Ils risquent de se retrouver parmi les plus défavorisés des plus défavorisés, car on ne se souciera d’eux qu’en tout dernier, si personne ne prend leur défense.
    Nous avons pu observer combien l’idée de l’école à la maison a mis des familles de requérant-e-s d’asile en situation difficile : manque de matériel informatique, connaissances lacunaires de la langue d’enseignement, et donc grandes difficultés d’assumer les tâches déléguées d’enseignement. Il y a un danger de fracture sociale.
    Les plus exposés à la pandémie sont les plus fragilisés, et il était donc du devoir de la société d’appliquer les règles de confinement là où elles sont le plus nécessaires, notamment dans les centres d’accueil de requérants d’asile. Mais combien a-t-il fallu insister, et insister pour que cela se fasse, et à l’heure où j’écris ces lignes, il y a des lieux où cela n’est toujours pas fait.
    Enfin le droit d’asile lui-même est devenu victime de la pandémie. En effet, on a déclaré les frontières fermées, même si les frontaliers pouvaient la passer tous les jours, même si on pouvait rapatrier par milliers des citoyens bloqués à l’étranger. Mais elles sont résolument fermées pour les requérants d’asile : plus de possibilité de déposer une demande d’asile – violation du droit international, et donc problème déontologique fondamental.

    Le sauvetage en mer : une déontologie à la dérive

    J’étends quelque peu les perspectives. Le droit marin est absolument clair : toute personne en danger de se noyer doit être sauvée, qui qu’elle soit. Comment se fait-il que cette déontologie marine soit devenue aussi impossible en Méditerranée au fil des ans ? Au point où il faut lutter pour avoir le droit de faire une opération de sauvetage, puis obtenir un accueil dans un port sans devoir forcer les barrages, puis éviter la mise sous séquestre du bateau ? Alors qu’on compte depuis 1993 à 2018 environ 36’000 naufragés dont la mort a pu être documentée. Pour celles et ceux qui peuvent lire l’allemand, je recommande vivement, sur ce sujet, les livres publiés par les deux jeunes capitaines allemandes Carola Rackete et Pia Klemp, qui se sont battues et se battent encore sur ce front[3].

    La déontologie maritime a été disqualifiée par l’Europe : les sauveteurs sont accusés de faire du trafic d’êtres humains, en collaboration avec les passeurs. Et l’approche du problème se fait économique : si nous offrons un sauvetage, cette offre provoque un appel d’air ; plus il y a de navires de sauvetage, plus il y a de bateaux de fugitifs qui arrivent. Pour « réguler ce flux » (oui, c’est comme ça qu’on parle…), il faut réduire l’attrait. Il n’y a donc plus qu’une téléologie : renforcer la surveillance des frontières extérieures, et donc développer Frontex, à coup de milliards, et quant aux fugitifs sur leurs barques de fortune, la meilleure attitude, c’est de « laisser mourir » ou de « refouler vers les camps de la Libye »[4]. Ce faisant, l’Europe trahit ses principes fondamentaux, la déontologie qui constitue sa base.

    L’arrivée du coronavirus a permis de renforcer cette fermeture de la forteresse Europe. Un à un, les pays déclarent leurs ports pas sûrs et donc fermés à toute arrivée de rescapés (comme s’ils avaient été très ouverts auparavant…) ; les bateaux de sauvetage sont mis en panne ; les sauvetages sont bloqués. Mais les bateaux de fugitifs continuent de partir en mer, ce qui, d’ailleurs, contredit tragiquement la théorie économique de l’offre et de la demande… Mais la téléologie de la fermeture des frontières a pris le pas sur la déontologie du droit marin.
    Les camps des îles grecques : un utilitarisme à outrance…

    Environ 40’000 hommes, femmes et enfants vivent dans des camps prévus pour environ 6’000 personnes, dans des conditions innommables : la gale et d’autres maladies se répandent, la nourriture, distribuée dans des longues queues d’attente, est souvent déjà avariée, l’hygiène est rudimentaire ou inexistante, la violence sévit, les femmes subissent des viols, les enfants s’automutilent ou se suicident par désespoir, et régulièrement des incendies dévastent des parties des habitations, tandis qu’aux alentours, des groupes d’extrême-droite répandent la terreur. La description que fait Jean Ziegler dans son livre Lesbos, la honte de l’Europe[5] est sidérante. Mais ce qui est peut-être encore plus frappant, c’est comme il montre que cette misère est délibérément voulue : l’Europe laisse croupir les fugitifs entassés dans ces camps pour dissuader d’autres de venir, en montrant combien peu attractive et non accueillante est l’Europe. Au sens de Rawls, un utilitarisme à outrance : 40’000 personnes utilisées pour protéger l’Europe d’un « flux migratoire » (toujours le « flux » …) incontrôlable. On signalera en passant que Mme von der Leyen a intégré au département européen pour la migration la tâche de « la protection du style de vie européen ». D’ailleurs, lorsqu’une délégation de Bruxelles est allée visiter la frontière gréco-turque, elle a félicité la Grèce dans sa fonction de « bouclier de l’Europe », et l’aide qui lui a été promise à cette occasion, c’était « plus d’équipement technique, comprenant des bateaux, un avion de surveillance maritime, ainsi que des véhicules (équipés de dispositifs de vision nocturne) avec lumière thermique ». Donc, en somme, plus de Frontex, plus de militarisation des frontières ! Une fois de plus, une téléologie s’est imposée par rapport au devoir moral : l’Europe doit se protéger d’une menace à ses frontières extérieures, et dans l’Est de l’Europe, on entend même dire que ces fugitifs souilleraient la pureté ethnique de la population.

    Une possible propagation du coronavirus dans ces camps de la honte serait une catastrophe, car un confinement est impossible (longues queues d’attente, un robinet d’eau pour 1’300 personnes, familles nombreuses dans de petites tentes de fortune, etc.). La menace de la crise sanitaire a été l’occasion pour les autorités grecques de fermer complètement les camps, si bien que même le personnel des ONGs ne peut plus y entrer. Ce bouclage protège peut-être provisoirement du virus, mais suscite surtout une grande peur dans les camps, qui se décharge facilement dans des émeutes et des affrontements avec la police omniprésente.
    En réponse aux appels de Pâques : « pas de crise »

    La misère qui règne dans les camps grecs, amplifiée par la menace de la pandémie, a conduit de nombreux mouvements à lancer des appels de Pâques au Conseil fédéral, lui demandant de poser un signe clair, susceptible de faire bouger l’Europe, en accueillant immédiatement plusieurs milliers de fugitifs en Suisse, l’impératif déontologique étant d’évacuer ces camps le plus vite possible[6]. La réponse est négative. Comme elle l’avait déjà annoncé depuis plusieurs mois, après une procédure assez compliquée, la Suisse se contentera provisoirement d’accueillir mi-mai 21 ou 22 mineurs non accompagnés ayant de la famille en Suisse, comme le Luxembourg qui vient d’en accueillir 12 et l’Allemagne 47. Comme le disait une journaliste dans le journal allemand Die Republik, le message de telles actions est en somme : « Rassurez-vous, nous vous protégeons des réfugiés. »

    Mais la pression continue, car les appels de Pâques sont portés par une forte vague de sympathie. Je vous propose de relire la petite description de la misère dans les camps des îles grecques faite ci-dessus, puis de lire la réponse aux appels de Pâques de Mario Gattiker, secrétaire d’État aux migrations, dans une interview de la NZZ : « La situation en Grèce est difficile, mais il n’y a pas de crise. » Le gouvernement grec peut et doit faire son travail, et la Suisse l’aidera : en améliorant et en accélérant les procédures d’asile, on résoudra le problème des camps. Que faut-il de plus dans ces camps pour que le fonctionnaire bernois inamovible reconnaisse qu’il y a une crise ? Et surtout, que fait-il de la thèse de Jean Ziegler que ces camps doivent rester pour continuer de dissuader, que la téléologie européenne, c’est que ces « hot spots » doivent rester brûlants, incandescents ?
    L’État de droit – sous plexiglas …

    Dans le cadre du confinement, toutes les procédures judiciaires en Suisse ont été interrompues, sauf en matière d’asile. Même si c’est dans des conditions difficiles, les auditions de requérant-e-s d’asile et les prise de décision au SEM et au TAF ont continué, en mettant en danger la santé des personnes impliquées. Des décisions de renvoi ont été prononcées (en Grèce, notamment !), même si le renvoi ne peut pas se faire. Suite à de nombreuses protestations, appelant à interrompre ces procédures, elles furent brièvement interrompues pour aménager les salles d’audition selon les règles de confinement, notamment par l’installation de vitres en plexiglas, ce qui a permis de les reprendre de plus belle dès le 1er avril (et ce ne fut pas un poisson d’avril !).

    Pour justifier cette poursuite des procédures dans des interviews, Mme Keller-Sutter et Mario Gattiker ont invoqué l’État de droit, je dis bien : l’État de droit ! Joli paradoxe : pour poursuivre leur obsession administrative de liquidation des requêtes d’asile, ils ont revendiqué la déontologie : « Particulièrement en temps de crise, l’État de droit doit se montrer fort. » Même si les juristes et les traducteurs sont à distance – ou manquent –, même si les conseillers juridiques sont en télétravail et s’efforcent du mieux qu’ils peuvent de mener à bien leur mission, même si les médecins luttent contre le virus et n’ont pas le temps de faire des rapports médicaux, l’État de droit sous plexiglas continue son travail… Seule concession : on allonge un peu les délais de recours…

    On prétend d’ailleurs respecter les efforts sanitaires des autorités supérieures, mais les contradictions n’ont pas manqué. Un seul exemple : un requérant d’asile kurde du nom de Sangar Ahmad travaillait depuis plusieurs semaines avec son entreprise de nettoyage à désinfecter les locaux hospitaliers vaudois, mais il a dû interrompre ce travail fort utile le 13 avril, parce qu’un rejet de son recours l’obligeait à quitter ce travail et à entrer dans le régime de l’aide d’urgence. Rendu attentif à ce problème par une pétition, le SEM a prolongé le délai de deux mois : on espère que la crise sanitaire sera terminée ou qu’un vol de renvoi sera possible. Obsession de la téléologie, quand tu nous tiens…
    En guise de conclusion : Dürrenmatt et la Suisse

    Pour parler avec Ricœur : les conflits relevant de la sagesse pratique conduisent souvent à la défaite de la déontologie. Or, ce n’est pas très sage. La sagesse doit nous appeler à tenir tête à cette hégémonie des velléités qui contournent le devoir, qui font que si souvent ce qui doit être n’est que ce qui devrait être et n’est pas. La sagesse pratique nous appelle donc à être des veilleurs de la déontologie, dévoilant sans cesse les fausses téléologies, car ce n’est pas au prix de la déontologie que nous pouvons viser « une vie bonne avec et pour l’autre dans des institutions justes », mais bien plutôt avec elle pour fondement et pour référence.

    Le jeune Dürrenmatt, dont nous fêterons le centenaire en janvier prochain, l’exprimait dans un texte de 1950 dans lequel il se demandait quel serait l’avenir de la Suisse dans l’Europe en train de se construire. J’en cite quelques phrases qui me paraissent encore d’actualité et qui me serviront de conclusion :
    « Seule une Suisse qui garantit aux réfugiés toute la protection et toute l’aide possibles a un droit d’exister. C’est notre premier devoir politique de penser d’abord aux autres, puis à nous. Nous ne pouvons jamais faire assez pour les exilés, car nous justifions ainsi notre existence. Chaque cuillérée de soupe que nous leur donnons a plus de valeur que tous les discours de nos pères de la patrie et de nos professeurs. […] Aucun État ne repose autant sur la justice que la Suisse. Ce n’est qu’en justice qu’une liberté est possible qui ne soit pas le règne de l’arbitraire. La justice est la plus haute tâche de la Suisse. […] Nous devons comprendre que nous sommes à un tournant de l’histoire. Une Suisse future n’est pensable que comme l’État le plus social du monde, sinon elle sera mentionnée occasionnellement comme une curiosité dans l’enseignement de l’histoire des générations futures. »[7]
    Pierre Bühler,
    Neuchâtel/Zurich

    [1] Publiée en anglais en 1971, elle a paru en traduction française en 1987 (Paris, Éd. du Seuil ; 667 pages !).

    [2] Paris, Éd. du Seuil 1990.

    [3] Carola Rackete, Handeln statt Hoffen. Aufruf an die letzte Generation, Munich, Droemer, 2019 : Pia Klemp, Lass uns mit den Toten tanzen. Roman, Augsburg, MaroVerlag, 2019.

    [4] Cf. l’excellent dossier à ce sujet dans la Gazette de Vivre ensemble #5 que nous venons de recevoir.

    [5] Paris, Éd. du Seuil, 2020.

    [6] Ces appels peuvent être lus sur le site www.asile.ch.

    [7] Friedrich Dürrenmatt, Meine Schweiz. Ein Lesebuch, Zurich, Diogenes, 1998, p. 240-241 (trad. P. Bühler)

    https://asile.ch/2020/05/06/pierre-buhler-asile-et-coronavirus-entre-deontologie-et-teleologie
    #migrations #réfugiés #covid-19 #applaudissements #économie #école_à_la_maison #fermeture_des_frontières #sauvetage_en_mer #droit_marin #Etat_de_droit #Dürrenmatt

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  • #Coronavirus : quand les #gens_du_voyage ne peuvent plus voyager

    Le #confinement vaut pour tout le monde. Le « restez chez vous » se conçoit aussi sur quatre roues. La #Wallonie impose leur maintien sur place, même sur des sites officieux.

    Le confinement d’une population est une décision forte et contre-nature. Mais que dire lorsque l’#interdiction_de_circuler concerne les gens du voyage dont le propre est de prendre la route et de s’installer au bord de celle-ci, parfois au petit bonheur la chance ? Etienne Charpentier est de ceux-là. Il témoigne de sa #frustration depuis le terrain de #Pont-à-Celles où il a installé sa caravane et une dizaine d’autres, avec sa famille : « Quand tout cela sera fini, les roues vont chauffer ! », résume celui qui préside le comité national des gens du voyage, déjà dans les starting-blocks.

    Combien sont-ils en Wallonie ? On cite le chiffre de 10.000, à la belle saison. Mais le recensement est difficile. Traditionnellement, beaucoup de Français sillonnent nos routes. Le confinement annoncé, ils ont préféré rentrer chez eux. Ils reviendront tôt ou tard.

    En hiver, beaucoup de gens du voyage ont aussi un point de chute fixe. C’est le cas d’Albert Zepp à #Mons : « J’y ai une maison et une caravane dans le jardin, où je dors. J’y suis confiné comme tous les Belges. Mais s’il n’y avait pas de coronavirus, j’aurais déjà repris la route, vers les Ardennes, la France. L’été, c’est la saison de #pèlerinages. J’attends le feu vert des autorités. » D’autres, comme Etienne Charpentier, ont été surpris par le confinement et n’ont plus bougé depuis lors.

    « Or, l’hiver est fini et on a l’habitude de dire que les gens du voyage bougent toutes les trois semaines à partir de mars. Les consignes les empêchent de #repartir, cette fois », note Ahmed Hakim qui dirige le centre de médiation des gens du voyage. Avec cette structure, la Wallonie s’est dotée d’un outil qui combat les idées reçues et tente d’améliorer les relations de ces citoyens avec les autorités et la population.

    « Des gens responsables »

    Le directeur peut témoigner d’une application stricte des instructions fédérales : « Je suis agréablement surpris. Les gens du voyage se montrent très sensibles à la situation sanitaire. Ils prennent ça très au sérieux. Les familles sont dans une sorte de #promiscuité, mais elles cherchent elles aussi à respecter la #distanciation_sociale. A ma connaissance, aucun foyer épidémique n’a été enregistré dans ces communautés. »

    Le centre de médiation a publié une affichette qui recense les gestes et les attitudes à adopter face au coronavirus : lavage des mains, distances, éternuements… Mais d’autres pictogrammes font référence à ce mode de vie particulier : éviter les discussions en groupe devant les caravanes, ne pas laisser courir les enfants en bande… Ici, le « restez chez vous » se conçoit sur quatre roues !

    « Nous ne sommes pas des gens à part. Nous savons que nous devons aussi nous protéger et protéger les autres. Nous sommes des gens responsables », explique Etienne Charpentier. Il n’empêche : quand la question d’un confinement a été mise sur la table, les gens du voyage ont bien senti que les rapports parfois compliqués avec les populations sédentaires risquaient de s’exacerber un peu plus.

    Leurs responsables s’en sont même ouverts dans un communiqué à l’intention des autorités : « A l’heure où les mesures de confinement et les fermetures des frontières se multiplient, plusieurs groupes de la communauté installés dans différentes communes wallonnes subissent les affres de la population et se voient sommés de déguerpir. Ce sont des “villages” entiers qui sont contraints de se déplacer. »

    Le respect des consignes

    Etienne Charpentier évoque des cas en #Hainaut, mais il n’en dira pas plus. A Pont-à-Celles où il a trouvé refuge avec les siens, l’accueil a été correct. « Mais cela n’a pas été simple parce que le terrain choisi est dans le centre-ville. Nous avons eu des expériences difficiles, des difficultés quand d’autres communautés ont choisi de s’installer sur le site de l’Arsenal », explique Pascal Tavier (PS), le bourgmestre. Quand le confinement a été décrété, certains habitants ont craint que les gens du voyage « dévalisent » les commerces locaux.

    Mais le climat s’est apaisé dans cette commune proche de Charleroi : « Ils se sont installés sans accord et sont peu nombreux. Nous avons négocié. Cette famille respecte le voisinage, il y a eu une ou deux #plaintes, mais c’est tout. Ils ont pris contact avec Ores et la SWDE pour l’accès à l’électricité et à l’eau. Etienne Charpentier et les siens sont là jusqu’à la fin du confinement. »

    Pont-à-Celles respecte à la lettre les instructions du gouvernement wallon. Alerté de possibles difficultés par les représentants de la communauté, Pierre-Yves Dermagne (PS), le ministre des Pouvoirs locaux, a adressé un courrier aux gouverneurs de provinces et à travers eux à toutes les communes. La principale recommandation porte sur « le maintien des installations actuelles sur les sites officiels et officieux. »

    Le même exécutif avait déjà gelé toutes les procédures d’#expulsion. Il a affiné sa réflexion pour les gens du voyage : le temps de la crise, « ceux-ci doivent pouvoir y demeurer sans être inquiétés et sans entrave ni dans l’exercice de leurs #droits ni dans l’accomplissement de leurs #obligations », précise le ministre qui demande aussi que « les autorités communales organisent l’accès à l’#eau et à l’#électricité. »

    Un impact économique

    Pas question donc d’un cadeau à une communauté minoritaire : il s’agit de protéger des citoyens en difficulté dans des temps troublés. Mais le gouvernement wallon s’inscrit aussi dans une logique unanimement partagée : pendant le confinement, les #déplacements sont interdits. En caravane, aussi !

    Etienne Charpentier nous a demandé de l’écrire : « L’intervention wallonne a été très appréciée. » Le maintien sur place est pourtant pénible à vivre. Les familles et les groupes ne peuvent plus se rencontrer, se croiser. La fête de #Pâques approche et elle compte beaucoup pour les gens de la route, elle se vivra cette fois en petit comité.

    Le moment venu et comme partout ailleurs, il faudra aussi parler de l’après-coronavirus : « Ce confinement, c’est toute une #économie en panne sur les marchés, le spectacle ou les fêtes foraines. Beaucoup sont indépendants et leurs activités au jour le jour ne permettent pas d’engranger de la trésorerie. Il faudra aussi aider les gens du voyage », plaide déjà Ahmed Hakim.

    Les terrains, sujet sensible

    En Wallonie, onze communes ont conclu une convention avec la Région pour assurer l’accueil des gens du voyage. Trois d’entre elles (#Namur, #Ath et #Bastogne) disposent de #terrains officiels et équipés. En 2019, la législation a été renforcée et un appel à projets a été lancé. Neuf communes ont été retenues pour bénéficier d’une subvention de 500.000 euros qui permettra d’aménager des sites nouveaux : Amay, Charleroi, Mons, Ramillies, Verviers, Lessines, Ottignies-Louvain-la-Neuve, Sambreville et encore Bastogne. La procédure suit son cours, elle est suivie de près par Christie Morreale (PS), la ministre des Affaires sociales.

    Et à #Bruxelles ? Aucun site officiel n’est disponible actuellement pour les gens du voyage. « Des sites officieux ont existé du côté de #Schaerbeek, #Anderlecht ou #Bruxelles-Ville, mais ils ne sont plus accessibles », déplore le Wallon Ahmed Hakim qui suit la situation de près parce que les familles de la route ne connaissent pas de frontières. Il ajoute : « C’est dommage parce qu’en 2012, la capitale avait approuvé une ordonnance qui considérait que la #caravane était bien un habitat. »

    https://plus.lesoir.be/293333/article/2020-04-08/coronavirus-quand-les-gens-du-voyage-ne-peuvent-plus-voyager
    #Roms #Belgique #mobilité #immobilité #covid-19 #préjugés #fermeture_des_frontières

    ping @thomas_lacroix

  • Varsovie, Budapest et Prague ont manqué à leurs obligations sur l’accueil des réfugiés, décide la justice européenne

    Fin 2017, la Commission européenne avait saisi la #CJUE, car les trois pays avaient refusé leurs #quotas d’#accueil de réfugiés décidés dans le cadre du programme de #répartition par Etat membre de dizaines de milliers de demandeurs d’asile lancé en 2015 et qui a pris fin en septembre 2017.

    C’est un #arrêt essentiellement symbolique. La justice européenne a considéré jeudi 2 avril que la #Pologne, la #Hongrie et la #République_tchèque n’ont pas respecté le droit de l’Union européenne en refusant d’accueillir en 2015, au plus fort des arrivées de migrants, des demandeurs d’asile relocalisés depuis l’Italie ou la Grèce.

    Dans son arrêt, la Cour de justice de l’UE (CJUE) considère que les trois pays ont « manqué à leurs obligations » en ne respectant pas la décision prise collectivement par l’UE d’accueillir un #quota de réfugiés par Etat membre.

    La Cour estime que les trois capitales « ne peuvent invoquer ni leurs responsabilités en matière de maintien de l’ordre public et de sauvegarde de la sécurité intérieure, ni le prétendu dysfonctionnement du mécanisme de relocalisation, pour se soustraire à la mise en œuvre de ce mécanisme ».

    Fin 2017, la Commission européenne avait saisi la CJUE, constatant que les trois pays avaient refusé leurs quotas d’accueil de réfugiés décidés dans le cadre du programme de répartition par Etat membre de dizaines de milliers de demandeurs d’asile depuis l’#Italie et la #Grèce, lancé en 2015 et qui a pris fin en septembre 2017.

    Décision « sans conséquence » pour la Hongrie

    Cela rend impossible l’idée de forcer désormais ces pays à accueillir des migrants. « Cette décision n’aura aucune conséquence. La politique de quotas étant depuis longtemps caduque, nous n’avons aucune obligation de prendre des demandeurs d’asile », a réagi la ministre de la justice hongroise, Judit Varga. « Nous avons perdu le différend, mais ce n’est pas important. Ce qui est important, c’est que nous n’avons rien à payer », a abondé le premier ministre tchèque, Andrej Babis. « Le fait est que nous n’accepterons aucun migrant car les quotas ont expiré entre-temps ». La Commission peut désormais seulement demander des amendes contre les trois pays.

    La Cour a repoussé l’argument selon lequel le recours de la Commission n’était pas valable étant donné que, le programme ayant expiré, les trois pays ne pouvaient plus s’y conformer, estimant qu’il suffisait à la Commission de constater le manquement allégué.

    La Pologne et la Hongrie n’ont accueilli aucun réfugié, la République tchèque se contentant d’en recevoir une douzaine avant de se désengager du programme. Varsovie et Budapest estimaient avoir le droit de se soustraire à leurs #obligations en vertu de leur #responsabilité de « #maintien_de_l’ordre_public » et de la « #sauvegarde_de_la_sécurité_intérieure ». Or, pour que l’argument soit recevable, les deux pays auraient dû « pouvoir prouver la nécessité de recourir à (cette) #dérogation ».

    Pour cela, les « autorités devaient s’appuyer, au terme d’un examen au cas par cas, sur des éléments concordants, objectifs et précis, permettant de soupçonner que le demandeur en cause représente un danger actuel ou potentiel ». La Cour a jugé que la décision prise par Varsovie et Budapest avait un caractère « général », et ne se prévalait d’aucun « rapport direct avec un cas individuel ».

    De son côté, Prague a avancé que le dispositif n’était pas efficace pour justifier de ne pas l’appliquer. Une « appréciation unilatérale » qui ne peut servir d’argument pour ne pas appliquer une décision de l’UE, a souligné la Cour.

    Le #plan_de_relocalisation découlait de deux décisions successives du Conseil européen, qui concernaient potentiellement jusqu’à 40 000 et 120 000 demandeurs de protection internationale. Au total, 12 706 personnes ont été relocalisées d’Italie et 21 199 de Grèce vers les autres Etats membres, soit « quasiment toutes les personnes qui rentraient dans les critères ».

    https://www.lemonde.fr/international/article/2020/04/02/varsovie-budapest-et-prague-ont-manque-a-leurs-obligations-sur-l-accueil-des

    #relocalisation #asile #migrations #réfugiés #justice #hotspots

  • #Avis sur la légalité internationale des transferts d’armes vers l’#Arabie_saoudite, les #Émirats_arabes_unis et les membres de la coalition militairement impliqués au #Yémen

    Le présent avis traite de la #légalité, au regard du #droit_international, des transferts d’armes vers l’Arabie saoudite, les Émirats arabes unis et les membres de la Coalition militairement impliqués au Yémen. L’avis n’évalue pas la légalité de tels transferts à la lumière du droit interne de chaque État fournisseur, pas plus qu’il n’examine en détail les obligations des groupes armés non étatiques ou des entreprises dans leurs rôles de fournisseurs et d’utilisateurs d’armes.

    L’accent est mis ici sur les #obligations_juridiques_internationales des parties au #conflit au Yémen et des États tiers qui leur fournissent leurs armes. Seront examinées ci-après les principales #normes_internationales applicables aux décisions de #transfert_d’armes qui visent à assurer la #protection_de_la_population_civile au Yémen et de l’#infrastructure_civile indispensable à sa survie.

    Les États qui transfèrent des armes à d’autres pays sont soumis aux normes du droit de la responsabilité internationale de l’État. Ils ont l’obligation de retenir ces transferts d’armes lorsqu’il est raisonnablement prévisible que les destinataires les utiliseront pour commettre des violations graves du droit international ou de les détourneront vers d’autres utilisateurs. Tel qu’expliqué ci-après, les États qui fournissent des armes aux parties au conflit au Yémen portent une énorme #responsabilité en regard du grand nombre de personnes civiles qui ont subi de graves blessures et des pertes, y compris à leur domicile, entraînant des déplacements internes et externes massifs de population. Les infrastructures civiles essentielles à la survie de la population ont été détruites ou gravement endommagées lors d’attaques armées, et l’accès à l’aide humanitaire reste entravé par les forces armées et les milices. Selon les Nations Unies, des millions de personnes souffrent de ce qui a été qualifié de la “pire crise humanitaire du monde”.


    https://ipisresearch.be/publication/avis-sur-la-legalite-internationale-des-transferts-darmes-vers-larabie-
    #armes #armement #commerce_d'armes #Emirats_arabes_unis #protection_civile #guerre

    ping @reka

  • #Médias et #quartiers : #Grenoble, la réplique

    Ce vendredi, quatrième épisode de la série documentaire « Médias : les quartiers vous regardent ». Des habitants de la #Villeneuve à Grenoble reviennent sur un reportage d’#Envoyé_spécial de 2013 qu’ils ont jugé stigmatisant. Procédure judiciaire, création d’un média local, comment ont-ils répliqué ?

    À la rentrée 2013, France 2 diffuse un reportage dans son émission Envoyé spécial intitulé « Villeneuve, le rêve brisé ». La Villeneuve, quartier populaire de Grenoble, y est décrit comme une « #cité » et un « #ghetto » où règnent essentiellement « #chômage, #pauvreté, #délinquance et #violence ». Le #reportage, très critiqué, provoque une #mobilisation sans précédent. Dans cet épisode de notre série « Médias : les quartiers vous regardent », retour à la Villeneuve, pour raconter comment les habitants ont perçu ce reportage et comment ils se sont emparés de leur droit de réponse et ont intenté une action en #justice contre #France_Télévisions.

    
S’ils ont échoué à faire condamner le groupe audiovisuel public, les habitant·e·s de la Villeneuve ont gagné leur revanche médiatique : le #CSA a reconnu que France Télévisions avait bien « manqué aux #obligations_déontologiques » avec un reportage qui n’était « pas suffisamment équilibré ». Que dit la riposte des habitant·e·s de la Villeneuve des rapports entre médias et quartiers ? Des habitant·e·s mobilisé·e·s pendant la procédure judiciaire racontent ce qu’ils ont découvert et comment ils ont réagi.

    https://www.mediapart.fr/studio/documentaires/france/medias-et-quartiers-grenoble-la-replique

    #stigmatisation #quartiers_populaires #déontologie #colère #plainte #image #stéréotypes

    signalé par @albertocampiphoto

  • LE #MANIFESTE ACADÉMIQUE POUR LA GRÈVE FÉMINISTE DU 14 JUIN 2019 EN SUISSE

    Nous sommes des #scientifiques de différentes disciplines et nous allons nous mettre en grève le 14 juin 2019. Les femmes* sont systématiquement et massivement sous-représentées au sein des universités et des hautes écoles spécialisées suisses. Cet état de fait a des conséquences fondamentales sur les processus de production et de transmission du savoir. Nous portons les revendications suivantes en lien avec notre environnement de travail :

    – Jusqu’à ce que 50 pourcent des postes professoraux soient occupés par des femmes* dans toutes les disciplines, chaque université et haute école suisse doit pourvoir les #postes_professoraux nouvellement mis au concours par des femmes* à hauteur de 50 pourcent. Les femmes* ne doivent pas être renvoyées à des emplois moins bien dotés. Le même principe vaut pour tous les organes directeurs et postes académiques des hautes écoles et des universités.
    – Nous exigeons un #salaire égal pour un travail égal, sans distinction de genre. Pour cela les classifications salariales individuelles et les #barèmes_salariaux doivent être rendus transparents.
    – Chaque poste professoral doit permettre le job sharing. Toutefois, le #job_sharing n’équivaut pas à fournir la même quantité de travail pour la moitié du salaire. Seule une réelle réduction de la charge de travail permet une meilleure compatibilité des activités professionnelles et extra-professionnelles.
    – Au minimum 50% des postes faisant suite au doctorat et financés par les universités doivent être de durée indéterminée.
    – L’#enseignement et la #recherche doivent être rémunérés à leur juste valeur. Le fait que les privat-docents doivent enseigner gratuitement afin de ne pas perdre leur titre doit être immédiatement aboli. Les titulaires de contrats d’enseignement et de mandats ne doivent pas avoir à attendre la fin du semestre pour recevoir leur rémunération.
    – La #parité de genre est requise au sein de chaque commission de recrutement, de chaque jury et de chaque organe décisionnel du Fonds national suisse #FNS de la recherche scientifique, ce pour chaque discipline.
    – Afin de garantir des procédures de recrutement équitables et une gestion du personnel sensible aux dimensions de genre, nous exigeons des #formations_continues obligatoires pour les personnes siégeant dans des commissions de recrutement ou qui occupent des fonctions de cadres.
    – L’enseignement de même que les procédures administratives au sein des universités et hautes écoles suisses doivent être attentives aux questions de genre. Nous exigeons pour cela des mesures de #sensibilisations adaptées aux fonctions de chaque groupe professionnel concerné au sein des hautes écoles et des universités suisses. L’enseignement doit sensibiliser à un usage de la langue prenant en compte les questions de genre.
    – Nous appelons à des mesures globales pour une meilleure compatibilité des activités professionnelles et extra-professionnelles.
    – La #mobilité (notamment pour les mesures d’encouragement) doit être promue, mais ne doit pas constituer un impératif.
    – Les #obligations_professionnelles régulières, telles que les réunions ou les séances administratives liées à l’institution doivent avoir lieu durant la semaine et se terminer à 17 heures.
    – La #vie_familiale doit être rendue possible dans les universités et les hautes écoles et les familles doivent être soutenues. Nous exigeons l’introduction et le développement du #congé_parental, afin qu’un partage équitable des #gardes_d’enfants et des tâches éducatives soit réellement possible.
    – La couverture légale et financière du congé parental doit également être assurée dans le cadre des projets financés par des fonds tiers. Le congé parental ne peut être déduit de la période de recherche définie pour le projet au détriment des chercheuses et chercheurs.
    – Les infrastructures pour la garde d’enfants au sein des hautes écoles et des universités doivent être renforcées. Un nombre suffisant de places de #crèche à des prix abordables doit être garanti, de même qu’une offre suffisante d’espaces parents-enfants.
    – Nous exigeons que les acquis pour lesquels le mouvement féministe s’est battu - comme la mise en place d’études genre dans les universités ainsi qu’au sein de différentes disciplines - soient étendus et non pas démantelés.
    – Nous exigeons davantage de moyens pour la prévention et la répression du #harcèlement_sexuel au sein des institutions universitaires.
    – L’instrument d’encouragement qui soutenait spécifiquement les femmes* en lien avec leur situation familiale aux niveaux doctoral et post-doctoral (Marie Heim-Vögtlin) a été aboli par le FNS au profit d’un format se réduisant à l’#excellence à partir du niveau post-doctoral. Nous appelons à la création de nouveaux instruments d’encouragement et au renforcement des instruments existants, afin que les jeunes chercheuses et chercheurs indépendamment de leur situation familiale ou de leur genre et des réseaux professionnels liés au genre, bénéficient des mêmes perspectives professionnelles.
    – Les #coming_out forcés, les imputations erronées de genre et les assignations de genre superflues doivent être combattues au sein des hautes écoles et des universités. Nous exigeons des adaptations administratives et institutionnelles pour les personnes non-binaires, trans et inter ; par ex. adaptations simplifiées ou suppression de l’indication de genre et toilettes non-genrées. Nous exigeons des formations à destination du personnel ainsi que des services compétents sur ces questions dans toute université et haute école.
    – Les #discriminations liées au genre et à l’#identité_de_genre sont étroitement liées à d’autres types de discriminations telles que celles fondées sur la racialisation, la religion, les origines sociales ou géographiques, l’orientation sexuelle, l’âge ou le handicap. Nous demandons à ce que les discriminations liées au genre au sein des établissements de recherche soient combattues dans une perspective multidimensionnelle et intersectionnelle.
    – Enfin, nous exigeons des mécanismes et des mesures de contrôle réels et contraignants pour mettre en œuvre l’#égalité des genres.

    Nous nous solidarisons avec le personnel non-académique des hautes écoles et des universités qui s’engage pour des conditions de travail meilleures et égalitaires, ainsi qu’avec les étudiant-e-s en grève. Nous soutenons par ailleurs toutes les autres revendications émises dans le cadre de la grève des femmes*.

    https://www.feminist-academic-manifesto.org
    #grève #grève_féministe #Suisse #14_juin_2019 #université #femmes #féminisme #lutte #résistance #genre #rémunération #travail #salaire

    • La grève des femmes, Suisse repetita

      Il y a vingt-huit ans, le 14 juin 1991, en Suisse, plus de 500000 femmes descendaient dans la rue pour réclamer l’application de l’article constitutionnel sur l’égalité entre hommes et femmes. Au bureau, à l’usine, à la maison, à l’école, elles décident de pas travailler pendant une journée, pour montrer que sans leur travail, la société ne peut continuer à fonctionner… Vingt-huit ans plus tard, l’égalité n’ayant toujours pas été obtenue, de très nombreuses femmes préparent une nouvelle journée de grève qui aura lieu le 14 juin prochain. Au pays de la « paix du travail », c’est un événement absolument exceptionnel, pour lequel se mobilisent particulièrement les jeunes générations de femmes.

      Victoire Tuaillon du podcast Les Couilles Sur La Table, et Emilie Gasc, journaliste à la Radio Télévision Suisse, ont interrogé ces femmes d’hier et d’aujourd’hui qui incarnent ce combat. Un documentaire en trois épisodes, à retrouver à partir du 11 juin dans Programme B pour Binge Audio, et sur Play RTS, Apple Podcasts et Spotify pour la RTS.

      https://www.binge.audio/la-greve-des-femmes-suisse-repetita

  • Réseaux sociaux : quelles obligations déontologiques pour les fonctionnaires ?
    http://www.lettreducadre.fr/14803/reseaux-sociaux-quelles-obligations-deontologiques-pour-les-fonctionna

    Un arrêt du Conseil d’État du 20 mars 2017 rappelle que les agents publics restent soumis à leurs obligations déontologiques sur les blogs et réseaux sociaux. L’arrêt donne l’occasion d’opérer un certain nombre de rappels et de formuler quelques recommandations. Car la jurisprudence dresse au final un tableau assez complet de ce qui est autorisé et de ce qui ne l’est pas.

    #fonctionnaires #salarié.e.s #droit_d'expression #obligations_déontologiques #obligation_de_discrétion_professionnelle #devoir_de_réserve #devoir_de_neutralité #liberté_d’expression #obligation_de_réserve

  • Les « Obligations vertes » ne sont pas si vertes que cela !

    « La France va devenir le premier pays à émettre des obligations vertes » ont titré de nombreux médias suite au discours de François Hollande en ouverture de la Conférence environnementale. Sans forcément préciser de quoi il s’agit ou quels sont les enjeux. Comme si le monde de la finance était naturellement légitime et en capacité de s’occuper du climat et de la transition écologique. Décryptage.

    https://blogs.mediapart.fr/maxime-combes/blog/270416/les-obligations-vertes-ne-sont-pas-si-vertes-que-cela

    #Obligations_Vertes #Conférence_Environnementale #François_Hollande #Engie #Finance #COP21 #Climat

  • #Lomidine : comment la médecine coloniale a dérapé
    http://bibliobs.nouvelobs.com/documents/20141012.OBS1847/lomidine-comment-la-medecine-coloniale-a-derape.html

    Dans une enquête impressionnante, l’historien Guillaume Lachenal exhume ce « scandale pharmaceutique » qui en dit beaucoup sur la #colonisation .

    A l’heure des bilans dans les années 60, des dizaines de drames similaires seront recensés. De nouvelles expériences démontreront que la Lomidine, loin d’avoir un effet préventif, agissait en réalité à l’aveuglette en empêchant la maladie de se propager. Et sa dangerosité plus jamais ne sera niée.

    Il revient à #Guillaume_Lachenal d’avoir exhumé l’histoire méconnue de cette poudre injectée plus de dix millions de fois au cours des années 50 et dont chaque trace fut archivée par le pouvoir colonial mais à des fins d’oubli. Le chercheur a mis des années à localiser les cartons de documents des anciennes usines Rhône-Poulenc de Saint-Fons, où fut conditionnée la poudre, ce qui lui inspire quelques pages senties sur l’archivage comme sépulture administrative.


    Campagne de « lomidinisation » (Archives personnelles/Mme Lugane)

  • Le PIB US est-il à 1%... ou -5% ? Tout dépend de l’inflation... | La Chronique Agora
    http://la-chronique-agora.com/pib-us-inflation

    ▪ Une chaîne de tromperie, de sottises et de vol corrompt l’économie des Etats-Unis dans son intégralité. Du sommet jusqu’à la base, toutes les décisions financières ont été tordues dans une direction ou une autre. Des prêts étudiants aux prêts revolving en passant par les émissions d’obligations d’entreprises et les rachats d’actions, de maillon en maillon, l’argent venant de nulle part mène à une hausse des prix des actifs.

    Au plus bas de l’échelle, les choses ne semblent pas particulièrement positives. Les étudiants qui finissent leur cursus cette année et qui ont un prêt subventionné par le gouvernement ont 33 000 $ de dette en moyenne, rapporte le Wall Street Journal. Ils passeront des décennies à rembourser… au mieux.

    Les acheteurs immobiliers, eux aussi, se trouvent pas tant profiter de l’argent bon marché que de se faire concurrence pour lui. Des sociétés de private equity ayant des milliards de capitaux à bas coûts ont fait grimper le prix des maisons dans les zones clé. L’acheteur moyen paie des prix plus élevés en conséquence… puis se retrouve inféodé aux prêteurs pour la majeure partie de son existence.

    Le ménage moyen se trouve aussi confronté à une sérieuse migraine. A droite, il est écrasé par la hausse des prix réels (nous y reviendrons dans une minute). A gauche, c’est la baisse des salaires réels qui pèse. Et ses dettes, bien qu’inférieures à leur niveau de 2007, semblent plus lourdes que jamais.

    ▪ Au sommet, en revanche, tout le monde est ravi
    La Fed — avec la connivence allègre des banques — crée du nouvel argent. Les entreprises l’utilisent pour acheter leurs propres actions. Les banques centrales achètent elles aussi des actions. Que peuvent-elles faire d’autre avec tout l’argent qu’elles créent ? De toute façon, acheter des actions semble satisfaire à peu près tous ceux qui comptent. Les investisseurs sont contents. Les économistes sont contents. Les politiciens sont contents.....

    #États-Unis
    #économie
    #PIB
    #marchés_boursiers
    #dollar
    #inflation
    #prêts_étudiants
    #prêts_revolving
    #obligations d’entreprises
    #actifs
    #actions
    #prêt_subventionnés pour les étudiants .......

  • Les Russes se sont enrichis plus que les Occidentaux en 2013 | Presse russe | RIA Novosti
    http://fr.ria.ru/presse_russe/20140610/201493833.html

    Le bien-être des ménages russes a augmenté de 21,9% en 2013 pour atteindre 1 920 milliards de dollars, selon l’étude Riding a Wave of Growth : Global Wealth 2014 rédigée par le Boston Consulting Group (BCG), écrit mardi le quotidien RBC Daily.

    Les Russes se sont enrichis plus rapidement que les habitants d’Europe de l’est et d’Amérique du Nord. Cependant, la situation pourrait changer dès cette année.

    Le BCG a calculé le montant total de l’épargne des citoyens, des comptes et de divers titres de valeur en leur possession. Jusque-là, la croissance de la richesse des ménages russes était bien plus modeste : en moyenne 17,4% entre 2008 et 2012.

    Comme avant, les Russes préfèrent détenir leur épargne en liquide et sur un compte bancaire (1 200 milliards de dollars, soit 60%). Le deuxième moyen le plus populaire reste les actions (600 milliards de dollars, soit 33%), et seule une infime minorité opte pour les obligations (100 milliards de dollars, soit 7%). En cinq ans, la part des fonds investis dans divers titres de valeurs a augmenté de 37% à 43%.

    La Russie reste dans le top-15 des pays par le nombre de ménages millionnaires : 213 000 en 2013 (13ème place). Cet indice était de 0,4% en 2013 par rapport au total des ménages (contre 0,3% en 2012). Le nombre de ménages très aisés avec une fortune dépassant 100 millions de dollars s’est élevé à 536 – dans ce classement la Russie est 5ème au monde. Un an plus tôt ils étaient seulement 328.....

    #Russie
    #Occidentaux
    #enrichissement
    #épargne
    #obligations
    #croissance

    #BCG

  • Communiqué de presse - CommDH037(2013)
    Les mesures d’austérité adoptées en Europe fragilisent les droits de l’homme
    http://www.coe.int/fr/web/commissioner/-/austerity-measures-across-europe-have-undermined-human-rights?redirect=http%3A%

    Strasbourg, 04/12/2013 - « En Europe, nombre de gouvernements qui imposent des mesures d’#austérité oublient leurs #obligations en matière de #droits_de_l’homme, notamment les droits sociaux et économiques des plus vulnérables, la nécessité de garantir l’accès à la justice et le droit à l’égalité de traitement. Malheureusement, les créanciers internationaux négligent souvent, eux aussi, d’incorporer des considérations relatives aux droits de l’homme dans leurs programmes d’assistance », a déclaré aujourd’hui Nils Muižnieks, Commissaire aux droits de l’homme du #Conseil_de_l'Europe, à l’occasion de la publication d’une étude consacrée à l’impact de la crise économique sur la protection des droits de l’homme.

    Le Commissaire souligne que les mesures d’austérité fragilisent les droits de l’homme à plusieurs égards : « Les décisions nationales sur les mesures d’austérité et les plans de sauvetage internationaux se caractérisent par un manque de transparence, de participation du public et de responsabilité démocratique. Dans certains cas, les conditions très contraignantes qui leur sont imposées empêchent les gouvernements d’investir dans des programmes essentiels en faveur de la protection sociale, de la santé et de l’éducation. Lorsque l’Union européenne, acteur central de la crise, prend des décisions sur la gouvernance économique dans ses Etats membres et lorsque la Troïka définit les conditions dont sont assortis les plans de sauvetage et les accords de prêt, l’impact sur les droits de l’homme devrait être mieux pris en compte. »

    « La crise économique a de très lourdes conséquences pour les groupes vulnérables, en particulier pour les enfants et les jeunes. Le chômage des jeunes a atteint un niveau record en Europe, où ils sont des millions à voir leur avenir compromis. La baisse des allocations familiales et des crédits consacrés à la #santé et à l’#éducation accroît encore les difficultés de millions de foyers. De plus en plus d’#enfants abandonnent l’école pour trouver un travail et venir en aide à leur famille. Ils risquent de pâtir toute leur vie de cette interruption de leur scolarité. Cette situation aggrave la #précarité de l’#emploi et entraîne la résurgence du travail des enfants, voire de leur exploitation. »

    Le Commissaire souligne la nécessité urgente de donner un nouvel élan au modèle social européen, fondé sur la dignité humaine, la solidarité intergénérationnelle et l’accès à la justice pour tous. « Les gouvernements devraient s’attacher en priorité à réduire le chômage des jeunes et le chômage de longue durée et maintenir durant la crise des socles de protection sociale garantissant un revenu minimum et des soins de santé de base. Il faut aussi garantir un accès effectif à la justice pour tous, y compris en période de ralentissement économique, en veillant à ce que le système judiciaire et le dispositif d’aide juridique continuent à fonctionner correctement. » De plus, les gouvernements devraient réaliser systématiquement des études visant à mesurer l’impact des budgets et des politiques sociales et économiques sur les droits de l’homme et l’égalité, notamment pour les groupes vulnérables. « Des mesures positives en faveur des groupes défavorisés, dont les personnes handicapées, les Roms et les femmes, sont nécessaires pour lutter contre les effets disproportionnés et cumulés de la crise et des mesures d’austérité. »

    Enfin, le Commissaire insiste sur la contribution essentielle apportée par les ombudsmans, les institutions des droits de l’homme et les organismes de promotion de l’égalité à l’identification de réponses à la crise compatibles avec les droits de l’homme et à la protection des personnes en difficulté. Alors qu’on assiste à une augmentation de la demande de services fournis pas ces structures nationales des droits de l’homme, nombre d’institutions subissent une réduction de leur budget et de leurs effectifs et la fermeture de leurs bureaux régionaux ou une fusion dans une structure moins spécialisée. « Les gouvernements devraient renforcer la capacité de ces structures à traiter les plaintes relatives aux droits sociaux et économiques ; ils devraient aussi solliciter leur avis indépendant lorsqu’ils prennent des décisions sur les budgets et les mesures d’austérité, afin de mieux mesurer l’impact de ces décisions sur les droits de l’homme et l’égalité. »

  • La #Chine émet désormais des #obligations libellées en #euros

    Voilà qui devrait déplaire aux #Etats-Unis et encore plus à la Fed (Réserve Fédérale Américaine) et à Janet Yellen, sa nouvelle patronne : les entreprise chinoises sont désormais présentes sur le marché des obligations libellées en euro. Le Dieu dollar n’a plus désormais qu’à bien se tenir.

    Article un peu technique mais très éclairant sur l’enjeu de l’émission d’obligations dans une devise en particulier, ici l’euro.

    http://www.leblogfinance.com/2013/10/la-chine-emet-desormais-des-obligations-libellees-en-euros.html

    Revue de Presse Hebdomadaire sur la Chine du 28/10/2013

  • Robert Dehoux, Enseignement-abrutissement : aliénation obligatoire
    http://www.lejournalmural.be/la-friclande/enseignement.html

    Ainsi moi, par exemple, « #je » m’interdit de me mettre les doigts dans le nez devant tout le monde. Et comme sans « je » mon #moi le ferait quand ça me gratouille, ça signifie effectivement que mon « je » n’est pas vraiment moi-même. Et si ce n’est moi, c’est que « Je est un #autre » comme le disait déjà Rimbaud.

    Mais cela dit, tant que mon « moi » prenait le sein, mon « je », bien que déjà inscrit dans les registres d’état civil avec le nom qu’ON lui fera porter plus tard, ne s’est jamais manifesté.

    Et il en fut ainsi jusqu’à mes six-sept #kilos. C’est-à-dire aussi longtemps que personne ne s’inquiéta de me voir les doigts dans le nez. D’ailleurs, en ma présence, personne ne se gênait alors pour se les mettre dans le sien.

    En fait, il m’a fallu atteindre huit kilos cinq pour que quelqu’un se montre mécontent de "moi"et fasse surgir mon « je ».

    Tout commença le jour où mon attention fut attirée par un pot de confiture dans lequel j’ai mis les doigts pour m’en mettre plein la bouche. Et au lieu de ça j’ai reçu une baffe pendant qu’une voix me gueulait dessus « ON ne met pas ses doigts dans le pot ! ».

    Du coup, mon « moi » fut pris d’un doute.

    Surtout que la scène se répéta les jours suivants.

    Et il en fut ainsi jusqu’au jour où, lorsque ma main s’avança vers le pot de confiture, une grosse voix INTÉRIEURE l’arrêta brusquement : c’était « je » qui « me » parlait pour la toute première fois. Et grâce à lui j’ai reçu une grande cuillère de confiture et des bisous partout. J’avais alors huit kilos neuf. Mon « autre » venait de naître. Il n’allait plus me quitter. C’est qu’en effet, à mesure où je grandissais l’envie me prenait de toucher à tout. Ce qui m’a valu de recevoir un parc. Ainsi, chaque fois que je « dérangeais » - comme, par exemple, en m’emparant du téléphone ou d’un pot de fleur - ON m’empoignait et m’encubait dans le parc. Si bien que j’étais tout perdu en me demandant ce qui raccordait le pot de fleurs et le téléphone aux autres au point de les faire se jeter sur moi comme si c’était de la confiture ?

    Rien de flagrant ni de palpable ne permettait de le comprendre. Mais comme c’était ainsi, lorsque mon « moi » en eut ras-le-bol se retrouver à tous les coups dans le parc, mon « je » m’a conseillé de ne plus toucher à rien qui ne me soit offert. Et de me comporter hors de mon parc comme si j’étais dedans. Et c’est ainsi que sous sa direction, mon « moi » s’est engagé dans une carrière de #comédien, jouant le jeu de l’#obéissance jusqu’à le faire croire devenu « sage ». En échange de quoi il recevra ses tout premières imitations de pots de fleur, de téléphones, bagnoles et autres objets de ma curiosité réelle.

    Mais, cela fait, la plupart desdits cadeaux étaient d’une origine étrange. Aussi étrange d’ailleurs que celle des baffes que je recevais. C’est en tous cas ce qu’ON a voulu me faire croire en faisant appel à de mystérieux intermédiaires chargés de me les procurer ou de me les refuser. Il s’agissait en fait d’un couple de deux Pères : un #Père Noël et un Fouettard, les deux préfigurant somme toute la #Société qui m’attendait. Une Société pleine de Mystères comme je n’allais pas tarder de l’apprendre en faisant connaissance avec la Maternelle.

    C’est en effet là où j’ai été emmené quand je ne dérangeais plus trop et pouvais faire pipi dans le pot.

    En fait, c’était la première fois que j’allais être associé à une vingtaine d’autres de mon poids, tous aussi curieux l’un que l’autre de se rencontrer, de se toucher, de se palper, bref, de s’étudier mutuellement et physiquement afin de faire plus ample connaissance. Or il se fait que ce genre d’étude sur le terrain ne convenait pas aux surveillantes, lesquelles passaient leur temps à occuper le nôtre et à nous empêcher de connaître ainsi les joies d’une existence authentiquement sociale. Et à cette fin, elles nous mettaient en main des craies, des crayons, du papier, des ardoises, des blocs dont elles nous faisaient faire des cocottes, des gribouillis, n’importe quoi du moment que ça nous occupait et nous faisait taire. Et c’est ainsi que nous nous sommes tous mis à faire séparément des choses qu’aucun de nous n’aurait jamais songé à faire ensemble.

    Somme toute, alors que le parc m’avait appris à « respecter » les choses en me détournant d’elles, la maternelle allait m’apprendre à « respecter » les autres en me détournant d’eux.

    Mais, cela dit, le fait d’avoir constaté ça ne me permettait pas de comprendre pourquoi les #Grands s’opposaient si farouchement à la libre expression de nos désirs physiques. Qu’avaient-ils donc à redouter de nous qui étions beaucoup moins forts qu’eux ?

    Je me suis donc mis à mieux les observer. Et je me suis rendu compte que vis-à-vis de tout ce qui se trouvait hors de chez nous, que ce soit en rue, dans les boutiques ou chez l’#Autrui, ils ne touchaient à rien ni à personne qui ne leur soit offert ou présenté.

    J’observais ainsi que, comme moi, ils respectaient des clôtures invisibles - mais comme je n’imaginais pas que le Grands puissent ne pas être libres de tout faire à leur guise, j’en ai conclu que des comportements que je n’adoptais que par contrainte étaient sûrement tout naturels pour eux.

    Somme toute, je me disais — ou plutôt, « Je » disait à « moi » : tu comprendras plus tard, en attendant t’as qu’à les imiter. Ce qui ne fut pas pour « moi » une mince affaire. Tout en effet était réglé entre les Grands dans les moindres détails, jusque dans la manière de s’aborder, de se donner ou non la main, de se saluer du chapeau ou de la tête, de se parler en se tutoyant ou en se vouvoyant et de répéter tout le temps les mêmes banalités qu’on me chargeait d’ailleurs moi-même de répéter sans cesse. Et ce qui m’horripilait bien sûr c’était toujours de ne rien y comprendre. Tous ces regards sur ma personne me mettaient au supplice. Et ce qui ajoutait à mon malaise, c’était que les Grands taxaient de timidité ce qui n’était en fait chez moi que la manifestation visible de la honte mêlée de rage que j’éprouvais de me sentir amoindri et de toujours devoir mentir pour ne pas être rejeté.

    Certes, pendant tout un temps, je fus récompensé de jouer le jeu. ON me félicitait. ON me donnait de caramels. Mais le jour vint où ON me déclara trop grand pour avoir besoin de récompenses pour être « comme il faut ». De ce jour, ON préféra me punir pour ne l’avoir pas été plutôt que me récompenser de l’avoir été.

    Bref, rien de ce que je m’attendais à fréquenter en venant au monde n’était ici présent et je savais de moins en moins où j’en étais. Si bien qu’ON me reprochait souvent de ne pas savoir ce que je voulais. Et que je ne me sentais vraiment bien qu’en compagnie d’une chienne qui partageait mon sort, que je sentais toujours prête à faire comme moi les quatre cents coups, mais qui, obligée de respecter les mêmes interdits que moi pour obtenir un sucre, n’avait elle non plus guère l’occasion d’être expansive.

    Cela pour dire que parmi l’ensemble des objets dont j’avais physiquement besoin se trouvaient ceux qui, comme mes ours en peluche, me faisaient rêver d’une autre vie. Ce sont ces leurres qui ont peut-être le mieux contribué à mon éducation. En effet, les Grands se servaient d’eux pour m’appâter et pour m’amener à employer « volontairement » des choses dont je ne saisissais pas le sens, comme par exemple des fourchettes ou des godasses vernies.

    Et c’est ainsi que mes #désirs m’ont sans arrêt créé de nouvelles #obligations. Il m’était impossible de faire quoi que ce soit de plaisant sans une contrepartie. C’était systématique. Je devais payer pour tout. Chaque chose qui m’attirait servait à me faire faire autre chose qui me repoussait, chacune avec son propre mode d’emploi. Et comme leur mode d’emploi dictait le mien, et que, de toute évidence je ne pouvais rien y faire, j’ai fini par accepter le fait, et je me suis dit qu’ainsi j’allais finir par me comprendre moi-même.

    Autrement dit, « je » et « moi » en étaient venus à se confondre au point de ne plus se distinguer l’un de l’autre. Et la confusion sera d’ailleurs telle que j’ai commencé à croire que je faisais instinctivement des choses qui m’étaient ordonnées. Et que pour tout comprendre, il allait seulement falloir que j’en sache plus. Bref, j’avais atteint « l’âge de raison ». Et ON en profita pour m’injecter dans une École Primaire. C’est à dire là où j’allais enfin pouvoir apprendre comment perdre ma vie à la gagner. Et empêcher les petits de toucher à tout.

    • Robert Dehoux, je me présente :

      1. né au Congo en 1926 (Lubumbashi)
      2. découvre, en 1932, l’Europe et ses écoles primaires sur fond de crise économique et de père au chômage
      3. sort de polytechnique (Université Libre de Bruxelles) en 1949
      4. retour au Congo en 1951 : 3 ans de Brousse avec l’Institut Géographique, suivis de 6 années de Socony-Mobil avec découverte de la Générale, ses mécanos, ses diesels et ses caterpillars à soutirer le cuivres de Kipushi, le diamant de Bakwanga, le manganèse du BCK et autres matières premières à faire rouler urbi et orbi des mécaniques sophistiquées. Découverte, par la même occasion, des USA via le staff de Mobiloil NY à l’angle de la 6ème avenue et de la 42ème rue
      5. 4 janvier 1959, Kinshasa se soulève. Kasavubu et Lumumba, surtout Lumumba, me font percevoir d’un coup le négatif de mes ingénieuries. Un déclic se fait en moi. Mai 59, je démissionne, rentre à Bruxelles et fais une croix sur la technologie au nom et au service de quoi je m’étais jusqu’alors investi.
      6. reconverti dans la restauration, délivré du contrôle des Sociétés dites Anonymes, dès 1960 le hasard m’acoquine avec Attila Kotanyi, un situationniste à part entière qui me présente Debord, Vaneigem, Bernstein, Wijckaert, Viénet et autres membres de l’Internationale Situ. Et du même coup je me retrouve dévorant leur Revue ainsi que les Marx, Hegel, Stirner, Nietzsche, Lefèvre, Freud, Reich au autres référence psycho-, socio- polito-logistes, faisant la connaissance d’un monde complètement étranger à mon passé récent – et tout heureux de me croire ainsi en train de participer à la critique radicale de cette situation qui exigeait des machines, du pétrole et du cuivre, en même temps que des colonisateurs et du prolétariat
      7. 1963-1964, problème : mes Situs voient la solution de tous les maux dans l’avancée technologique en train de nous expédier, le bulldozer sous la pédale, aux quatre coins de la planète – "à condition toutefois, m’enseignent-ils, de gérer collectivement plutôt que privativement le tout". Autrement dit, je me rends compte qu’ils veulent du beurre mais n’aimeraient pas devoir traire les vaches. Ou encore, comme Vaneigem le dit, qu’ils ont la cybernéticienne et fourriériste idée de construire "un monde de maîtres sans esclaves". Bref, j’ai devant moi des révoltés ignorant tout de la technique et de ses implications logiques, et qui conjuguent allègrement la robotique avec Messie. De sorte qu’après avoir dû fuir l’industrie par raison subjective, je me retrouve là semblablement contraint de fuir l’avant-garde par raison objective.
      8. trois ans passent. Soixante-huit survient et le bla-bla contestataire généralisé, tenant lieu d’autogestion, révèle son impuissance à permettre de manger sur des nappes sans devoir ensuite faire la lessive. Tandis que, pour ma part, je profite de l’implosion pour prendre définitivement conscience de ma qualité de non-être politique – et pour prendre une décision : celle, désormais, de tout penser et de tout faire pour insérer DADA dans la philosophie et dans le monde de l’Histoire, ce monde dont les robots d’une part et les Situs de l’autre venaient de m’apparaître comme le recto et le verso d’une même réalité – une réflexion dont je vous livre ici la somme et qui m’a effectivement permis de conclure :
      Merde alors, quelle Histoire !

      http://www.lejournalmural.be/robert-dehoux.html

  • Comprendre la dette publique (en quelques minutes)

    http://youtu.be/jxhW_Ru1ke0

    Simple mais loin d’être simpliste, cette vidéo explique en quelques minutes le système financier mis en place par les banksters à l’échelle mondiale afin de commettre le plus gigantesque hold-up de l’histoire de l’humanité. Les éléments qui constituent ce film sont authentiques et facilement vérifiables.

    Il est fortement conseillé de copier ou d’intégrer cette vidéo afin d’informer un maximum de citoyens et de citoyennes...

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