• Pourquoi les canicules se répètent-elles en France ? Les questions suscitées par une succession inédite de vagues de chaleur
    ▻https://www.lemonde.fr/planete/article/2026/08/14/pourquoi-les-canicules-se-repetent-elles-en-france-les-questions-posees-par-

    La récurrence de ces situations de « blocage », où un anticyclone stationne pendant une longue période sur une zone et y entrave l’arrivée des vents d’ouest, est au centre de nombreux travaux. Parmi d’autres, une étude conduite en 2025 par les climatologues Michael Mann et Xueke Li (université de Pennsylvanie) a mis en évidence les liens entre l’installation de ces « dômes de chaleur » et la déstabilisation du courant-jet (ou jet-stream) de l’hémisphère Nord – un « fleuve d’air » qui souffle d’ouest en est à une dizaine de kilomètres d’altitude, et qui sépare les masses d’air froid des hautes latitudes à celles, plus chaudes, des zones tempérées.

    Or le réchauffement plus rapide de l’Arctique contribue à « détendre » ce courant-jet, qui forme alors de grands méandres. Sous certaines conditions, ces ondulations peuvent devenir stationnaires et stagner au-dessus de l’Europe ou de l’Amérique du Nord, favorisant l’installation d’un anticyclone de blocage. Et les calamités qui vont avec. Pour Michael Mann, « de nombreux événements météorologiques estivaux parmi les plus persistants et extrêmes, mais pas tous, sont de cette nature ». Or, ajoute le chercheur américain, « les modèles actuels ne parviennent pas à capturer correctement ce genre d’événements ».

    D’autres équipes associent ces « ondulations » du courant-jet de l’hémisphère Nord à la présence d’une anomalie froide de l’Atlantique, en mer du Labrador, l’une des seules zones de la planète qui se refroidit malgré le réchauffement. L’interprétation de ce cold blob (bulle froide) est discutée. Pour certains chercheurs, c’est le signe d’un ralentissement du système de #courants_marins de l’Atlantique nord, qui transfère d’immenses quantités de chaleur du golfe du Mexique vers le nord de l’Europe de l’Ouest. Avec l’affaiblissement de ces courants – attendu dans un monde plus chaud –, la température des eaux au sud-est de l’Islande serait engagée dans une baisse tendancielle. Or, dit le climatologue Stefan Rahmstorf, « des études ont mis en évidence une forte corrélation entre ce cold blob de l’#Atlantique et les fortes chaleurs estivales en Europe ». « Compte tenu de ce lien, ajoute-t-il, on peut s’attendre à ce que l’#Europe continue de connaître des #vagues_de_chaleur plus fréquentes que les autres régions terrestres des latitudes moyennes. »

    Dans un célèbre article publié en 1987, par la revue Nature, le grand géophysicien et océanographe Wallace Broecker (1931-2019), de l’université Columbia, alertait ses pairs d’une sous-estimation des liens entre le climat et l’océan, montrant que les perturbations des courants marins pouvaient être associées à des changements du climat « abrupts plutôt que graduels ».

    ▻https://justpaste.it/g7k98

    #climat #changement_climatique #océans #canicules #dômes_de_chaleur #jet_stream #anticyclone_de_blocage #cold_blob

  • La dégradation de l’océan se poursuit, mais toujours pas d’accord pour réduire la #pollution_plastique
    ▻https://www.rfi.fr/fr/%C3%A9conomie/20260608-la-d%C3%A9gradation-de-l-oc%C3%A9an-se-poursuit-mais-toujours-pas-d-acc

    Les océans sont de plus en plus en mauvaise santé. C’est le constat du baromètre #Starfish dévoilé ce lundi 8 juin à l’occasion de la Journée mondiale de l’océan. Le #niveau de la #mer augmente toujours plus vite, la #biodiversité #marine est menacée et la #pollution s’accumule. Selon les estimations de la fondation Ellen MacArthur, les #océans pourraient contenir plus de #plastique que de #poissons d’ici à #2050.

  • U.S. Begins Dismantling Major Ocean Observation Network
    ▻https://gcaptain.com/u-s-begins-dismantling-major-ocean-observation-network

    The U.S. National Science Foundation (NSF) has begun a major downsizing of one of the world’s largest ocean observing networks, announcing plans to remove most of the in-water infrastructure associated with the Ocean Observatories Initiative (OOI) over the next 15 months.

    Under the plan, NSF will phase out operations at the Endurance, Pioneer, Irminger Sea, and Station Papa arrays, ending a decade-long effort that has provided continuous real-time observations from some of the world’s most strategically important ocean regions.

    The decision marks a significant shift for the $386 million OOI program, which has served as a cornerstone of U.S. ocean science since becoming fully operational in 2016.

    “The U.S. National Science Foundation has initiated descoping of the Ocean Observatories Initiative Major Facility,” NSF said in a statement released this week.

    The move comes amid sweeping proposed cuts to federal science spending under the Trump administration. The Trump administration’s FY2026 budget request proposed cutting funding for the Ocean Observatories Initiative from approximately $39 million to $8 million—a reduction of nearly 80%—and identified the facility for decommissioning. Although Congress has not yet finalized FY2026 appropriations, NSF has already begun implementing a descoping plan that will remove in-water infrastructure from four of OOI’s five observing arrays over the next 15 months.

    According to an update from OOI Principal Investigator Jim Edson of the Woods Hole Oceanographic Institution, the Endurance Array off the U.S. Pacific Northwest is already being dismantled, with final recovery operations scheduled for June 2026.

    The Pioneer Array, located offshore of the U.S. East Coast, is expected to be recovered by June 2027. The Irminger Sea Array in the North Atlantic and the Station Papa Array in the Northeast Pacific are slated for recovery during the summer of 2027, subject to vessel availability and operational constraints.

    As the equipment is removed, the real-time data streams and observing capabilities at those locations will cease.

    One major component of the network will remain intact. NSF said the Regional Cabled Array, a subsea observatory connected by fiber-optic cable off the coast of Oregon, will continue operating “for the foreseeable future.” The OOI Data Center, Program Management Office, and community engagement activities are expected to continue through September 30, 2028.

    The Ocean Observatories Initiative was designed to provide continuous, long-term monitoring of physical, chemical, biological, and geological processes across the global ocean. Its network of moorings, autonomous vehicles, seabed instruments, and underwater communications systems has generated one of the largest publicly accessible ocean datasets in the world.

    Researchers have used OOI observations to study climate variability, ocean circulation, marine ecosystems, extreme weather events, underwater volcanism, and emerging maritime hazards. The data have also supported educational programs and workforce development efforts across the ocean sciences community.

    NSF said all previously collected data will remain available through the OOI Data Center and encouraged researchers to continue using the archive in scientific publications, grant proposals, and educational programs.

    “We encourage the community to use the ten-plus years of OOI data by including it in proposals, publications, presentations, and conversations with colleagues,” NSF said, noting that continued use of the dataset will help demonstrate the program’s scientific impact and long-term value.

    The announcement comes amid broader federal efforts to reduce spending and reassess major research infrastructure programs. NSF has not publicly detailed the budgetary factors behind the descoping decision.

    For the oceanographic community, however, the move represents the end of an era for one of the most ambitious ocean observing systems ever deployed, shifting the program’s focus from active observation toward preservation and analysis of its extensive scientific record.

  • « La promenade de Biscarrosse a fini par tomber. Tant que le futur n’a pas de prise perceptible sur le présent, il reste sans effet sur les pratiques », Marie Stutzmann, anthropologue
    ▻https://www.lemonde.fr/idees/article/2026/04/09/la-promenade-de-biscarrosse-a-fini-par-tomber-tant-que-le-futur-n-a-pas-de-p

    En janvier, une partie de la promenade de la station balnéaire landaise Biscarrosse a disparu. Pas progressivement, mais d’un seul coup. Pourtant, l’#érosion du #trait_de_côte était connue. Le #littoral reculait de 1 à 2 mètres par an. Les projections existaient. Les panneaux aussi. Tout le monde savait. Malgré cela, rien – ou presque – n’a vraiment changé.

    Quelques mois avant la tempête, j’observais les habitants face à la dune. Ils lisaient les informations, acquiesçaient – puis enjambaient les clôtures pour rejoindre la plage. Ce geste, anodin en apparence, dit quelque chose d’essentiel : il ne relève ni de la défiance ni du déni ; il révèle un décalage plus profond entre ce que nous savons et ce que nous faisons.

    On explique souvent ce décalage par un manque de volonté ou par une forme d’aveuglement collectif. Pourtant, ce diagnostic est insuffisant. Dans la plupart des situations, les faits sont connus, les alertes entendues, les risques reconnus. Face aux transformations de notre écosystème notamment, ce qui manque n’est pas l’information mais la transformation des conditions concrètes de notre action.
    Les comportements humains ne se réorganisent pas à partir d’idées. Ils se structurent à partir d’habitudes, d’attachements, de repères sensibles – tout ce qui rend nos gestes évidents sans que nous y pensions. L’anthropologie désigne cela sous le terme « habitus » : une manière incorporée d’habiter le monde. L’humain change par micro-adaptations, rarement par rupture.

    Partout, le même paradoxe

    A Biscarrosse, les habitants ne contestaient pas les données. Mais leur expérience sensible contredisait encore les projections. Les villas jumelles, symbole de la station, certes menacées, tenaient. Le paysage semblait stable. Et, dans l’économie ordinaire de l’action, ce qui est vu et éprouvé l’emporte sur ce qui est anticipé.

    #paywall #submersion #climat #océans

    • J’adore la conclusion de la vidéo. Faut de la résilience braves gens ! (Avec en image de fond des camions roulant au gasoil qui apportent du sable dont on ne dit pas la provenance).

    • accès à l’article :
      ▻https://archive.is/6ZkFU

      C’est pourquoi l’information, si nécessaire soit-elle, reste structurellement insuffisante. Elle opère au niveau rationnel, mais peine à transformer les représentations incorporées, alors que le changement se joue d’abord au niveau des pratiques. Cette distinction est décisive. Elle permet de comprendre pourquoi tant de politiques publiques échouent : elles visent à convaincre, là où il faudrait rendre possible – et progressivement familier – autre chose.
      La question n’est donc pas : comment convaincre les gens de changer ? Elle est : de quoi sont faits leurs usages, et où la nouveauté peut-elle se frayer une place ? C’est le propre du travail de l’anthropologue. Avant toute intervention, il s’agit de cartographier finement ce qui existe : les gestes quotidiens, les trajectoires, les attachements. Non pour les respecter passivement, mais pour identifier les points d’accroche : là où une pratique nouvelle peut se greffer sur une ancienne, s’y hybrider, sans la heurter de front.

    • En définitive, la mer ne monte pas à cause du fracas des tempêtes, mais du travail patient de deux forces invisibles : un océan qui gonfle en chauffant et des glaces qui glissent lentement vers les flots.

      ▻https://sciencepost.fr/tout-le-monde-regarde-fondre-les-glaciers-pour-expliquer-la-montee-des-o

      Or j’entends une hydrologue (non identifiée : ▻https://bsky.app/profile/kuntavandenkinte.bsky.social/post/3mt24ttsobk2t) dire que de récentes données Nasa montrent que le pillage des réservoirs continentaux, superficiels ou fossiles, est le premier facteur de la montée des eaux. Mais je ne trouve rien de plus précis et sourcé. @simplicissimus ?

      edit
      – merci pour l’article accessible !
      – l’hydrologue en question cite aussi la possibilité de stocker de l’eau dans les nappes aquifères existantes (plutôt qu’en bassines ; ) lorsque le niveau des fleuves est haut, ce qui est expérimenté avec la Garonne et qui foncitonnerait déjà.

    • je pense que le mot qui va bien (qui répond à ta question) est #subsidence. Et ça dépend largement de où ça se passe.

      Qu’est-ce que la subsidence, ce phénomène qui fait s’affaisser de nombreuses villes côtières du monde ? - Geo.fr
      ▻https://www.geo.fr/environnement/quest-ce-que-la-subsidence-ce-phenomene-qui-fait-saffaisser-de-nombreuses-villes

      Qu’est-ce que la subsidence ?

      La subsidence est un lent affaissement de la surface de la croûte terrestre. Elle offre ainsi un espace pour le dépôt progressif et la préservation de sédiments sur de grandes épaisseurs. Phénomène naturel, une subsidence peut aussi être causée par les activités humaines qui provoquent un affaissement accéléré des sols.

      Une nouvelle étude parue le 1er janvier dans la revue Science vient de calculer que le tassement du sol affectera 635 millions de personnes d’ici 2040, soit 19 % de la population mondiale. Les zones les plus concernées sont celles qui connaissent une importante pression démographique avec une urbanisation croissante, ainsi que celles sujettes à une faible pluviométrie et nécessitant une irrigation importante. Entre 2010 et 2040, le risque sera ainsi accru de 80 % aux Philippines, en Irak, en Indonésie, en Israël ou en Algérie. En Europe, le phénomène est particulièrement marqué dans le nord de l’Italie et aux Pays-Bas, touchés un peu plus chaque année.

      Sur la thématique exacte de ce que tu cites :

      Ce n’est pas la montée des eaux : ce qui aggrave les inondations dans nos villes se joue sous nos pieds, millimètre par millimètre
      ▻https://sciencepost.fr/ce-nest-pas-la-montee-des-eaux-ce-qui-aggrave-les-inondations-dans-nos-v

      On imagine toujours la menace venir de l’horizon, cette ligne bleue qui grimpe lentement à mesure que les glaciers fondent. Pourtant, le véritable danger pour de nombreuses villes côtières ne tombe pas du ciel ni ne déferle depuis le large : il se joue à la verticale, sous le bitume, dans un mouvement si lent qu’aucun œil humain ne pourrait le percevoir. Pendant que nous scrutons la montée des océans, le plancher de nos métropoles s’enfonce discrètement, millimètre après millimètre. Ce phénomène porte un nom peu connu du grand public, la subsidence, et il pourrait bien rebattre les cartes de notre vulnérabilité face aux inondations. Car dans cette course entre l’eau qui monte et la terre qui descend, il arrive que le sol perde la partie plus vite qu’on ne le croyait.

      Ceci dit, chez moi, c’est bien l’élévation du niveau marin qui est la cause de la submersion à venir ; pratiquement pas de subsidence.

      Un autre effet « secondaire » qui peut s’avérer dramatique (d’autant plus s’il y a conjonction des deux phénomènes évoqués ci-dessus) c’est la salinisation des nappes phréatiques. Avec d’un côté une mer qui monte et de l’autre des nappes qui baissent, il y a forcément transfert de l’une vers les autres…

    • côté subsidence, un des endroits les plus terrifiants, c’est Djakarta…

      Jakarta, the Sinking Metropolis Where Millions Still Struggle to Access Piped Water – The Diplomat
      ▻https://thediplomat.com/2026/07/jakarta-the-sinking-metropolis-where-millions-still-struggle-to-access-

      Excessive groundwater extraction by households and industry is one of the primary reasons for the city’s subsidence.
      […]
      Scientists say excessive groundwater extraction in Jakarta, rather than rising sea levels, is the primary reason parts of the city are sinking by up to 15 centimeters a year, with some studies recording even faster rates. Some neighborhoods have already subsided by as much as four meters since the 1970s.

      C’était, avec la catastrophe que représente la question des déplacements dans la capitale, la motivation principale du transfert de la capitale indonésienne à Nusantara, à Bornéo.

      ▻https://fr.wikipedia.org/wiki/Nusantara_(ville)

      Aux dernières nouvelles, après les grandes manœuvres foncières dans la jungle de Bornéo (et quelques enrichissements illicites plus que probables), il semblerait que l’affaire ne soit plus à l’ordre du jour…

      Apparemment, tout le monde s’en bat le sarong…

    • The Guardian, décembre 2025, via Courrier international

      Nusantara, la future capitale de l’Indonésie : un projet déjà enterré ?
      ▻https://www.courrierinternational.com/article/amenagement-nusantara-la-future-capitale-de-l-indonesie-un-pr


      Vue du monument Nusantara Protective Wings et du palais présidentiel à l’arrière-plan, tous les deux dessinés par l’artiste indonésien Nyoman Nuarta.
      PHOTO NICK HANNES/PANOS/REA

      Cité utopique créée de toutes pièces pour remplacer Jakarta comme capitale de l’Indonésie, Nusantara accuse de sérieux retards. Pis, elle est clairement délaissée par l’actuel président, au point de devenir une ville fantôme, explique ce reportage du “Guardian”, qui a suscité une vive controverse dans l’archipel.

    • BRGM, septembre 2024, première cartographie de la subsidence à l’échelle de l’Europe

      Première évaluation de la subsidence côtière à l’échelle de l’Europe | BRGM
      ▻https://www.brgm.fr/fr/actualite/communique-presse/premiere-evaluation-subsidence-cotiere-echelle-europe


      Les diagrammes rouges, blancs et bleus indiquent respectivement la proportion, par pays, de la zone de plaine côtière inondable qui est, en moyenne, en élévation (> 1 mm/an), stable (entre -1 mm/an et 1 mm/an) et en affaissement (< -1 mm/an).
      © BRGM

      Le BRGM et des collaborateurs français et européens ont mené une étude qui présente la première cartographie à l’échelle de l’Europe de la subsidence côtière. L’élévation du niveau de la mer est une conséquence du réchauffement climatique. Localement, le sol peut s’enfoncer (subsidence) et amplifier ce phénomène et les risques de submersion marine. L’étude a mis en évidence une cartographie fine de la subsidence côtière sur tout le littoral européen grâce au système d’observation Copernicus EGMS (European Ground Motion Service).

      L’élévation du niveau de la mer et son accélération menacent d’ores et déjà les populations et infrastructures situées dans les zones littorales de basse altitude. Le niveau marin global mesuré par satellite depuis 1993 fait état, sur les 30 dernières années, d’une élévation de 3,6 mm / an. Les causes de cette élévation sont bien comprises et quantifiées. L’expansion thermique des océans et la fonte des glaciers terrestres et des calottes polaires sont causées par le réchauffement climatique, dû aux émissions de gaz à effet de serre d’origine humaine. Localement, l’élévation du niveau marin d’origine climatique peut-être amplifiée par un affaissement du sol. C’est ce que cette nouvelle étude du BRGM et de ses collaborateurs a quantifié à l’échelle européenne.

      Près de la moitié des zones côtières de basse altitude en Europe, impactée par la subsidence côtière

      Cartographier les mouvements verticaux du sol à l’échelle suprarégionale a longtemps été empêché par le manque de données et de services adaptés. Pour lever ce verrou, un consortium de chercheurs européens a combiné deux méthodes de caractérisation des mouvements du sol, l’interférométrie radar (InSAR) et le système de positionnement par satellites (GNSS), et fait naître le service Copernicus EGMS. Cette nouvelle étude s’est basée sur le produit d’EGMS qui fournit l’estimation à haute résolution de la vitesse des mouvements du sol avec une précision millimétrique par an, et ce sur la période contemporaine (2016-2021).

      Les résultats montrent que près de la moitié des zones côtières de basse altitude en Europe connaît actuellement une subsidence supérieure à 1 mm / an en moyenne. Celle-ci est aussi plus importante dans les zones plus densément peuplées, les centres urbains et là où sont situées les infrastructures critiques.

      Par exemple, les zones portuaires enregistrent une subsidence de l’ordre de 1,5 mm / an en moyenne. L’étude identifie des zones côtières où la subsidence est sévère, avec des vitesses dépassant les 5 mm / an. L’outil cartographique est accessible depuis le site du service européen Copernicus European Ground Motion Service (EGMS).

      Cette étude suscite des inquiétudes quant au fait que l’affaissement des côtes, et donc l’élévation relative du niveau de la mer, tendent à être peu considérées en Europe et dans de nombreuses autres régions du monde.

      très peu d’info dans ce communiqué…

    • … un peu plus dans la publication…

      Assessing Current Coastal Subsidence at Continental Scale: Insights From Europe Using the European Ground Motion Service - Thiéblemont - 2024 - Earth’s Future - Wiley Online Library
      ▻https://agupubs.onlinelibrary.wiley.com/doi/10.1029/2024EF004523
      ▻https://agupubs.onlinelibrary.wiley.com/cms/asset/615a9005-73a8-473c-b035-8769cfbd14fe/eft21703-fig-0001-m.jpg
      Location of coastal flood plains in Europe as defined in this study.

      Abstract
      Beside climate-change-induced sea-level rise (SLR), land subsidence can strongly amplify coastal risk in flood-prone areas. Mapping and quantifying contemporary vertical land motion (VLM) at continental scales has long been a challenge due to the absence of gridded observational products covering these large domains. Here, we fill this gap by using the new European Ground Motion Service (EGMS) to assess the current state of coastal VLM in Europe. First, we compare the InSAR-based EGMS Ortho (Level 3) with nearby global navigation satellite systems (GNSS) vertical velocity estimates and show that the geodetic reference frame used to calibrate EGMS strongly influences coastal vertical land velocity estimates at the millimeter per year level and this needs to be considered with caution. After adjusting the EGMS vertical velocity estimates to a more updated and accurate International Terrestrial Reference Frame (ITRF2014), we performed an assessment of VLM in European low elevation coastal flood plains (CFPs). We find that nearly half of the European CFP area is, on average, subsiding at a rate faster than 1 mm/yr. More importantly, we find that urban areas and populations located in the CFP experience a near −1 mm/yr VLM on average (excluding the uplifting Fennoscandia region). For harbors, the average VLM is even larger and increases to −1.5 mm/yr on average. This demonstrates the widespread importance of continental-scale assessments based on InSAR and GNSS to better identify areas at higher risk from relative SLR due to coastal subsidence.

      avec un GROS focus sur le bassin d’Arcachon
      ▻https://agupubs.onlinelibrary.wiley.com/cms/asset/07eddef0-1a1d-44e0-ae21-0fb6b3b52812/eft21703-fig-0004-m.jpg
      Sketch illustrating the method developed to calculate the coastal flood plains (CFPs) average vertical land velocity from European Ground Motion Service (EGMS) data. (a) EGMS pixels and its associated VEGMS (100 m × 100 m resolution), and corresponding spatial coverage of EGMS pixels within each CFP (in percent of CFP area). (b) 𝑉𝐸⁢𝐺⁡𝑀⁢𝑆, that is, mean VEGMS over all EGMS pixels within each CFP. (c) 𝑉𝐸⁢𝐺⁡𝑀⁢𝑆/𝐴⁢𝐷⁢𝐽, that is, same as (b) but adjusted to the ITRF2014 reference frame.

    • Merci pour ces infos @simplicissimus. J’avais remarqué que N-Y à force de s’enfoncer sous le poids de son bâti tendait à finir dans l’Hudson river mais pas saisi ce phénomène de subsidence, tout autre [edit plus globalement]. Sauf que rien de tout cela ne parait correspondre à ce qu’évoque cette hydrologue qui parle, elle, d’un autre apport en eau d’origine humaine à l’élévation du niveau des océans :

      _"On est actuellement en train de perdre nos réservoirs continentaux, et, d’ailleurs, un chiffre me semble absolument incroyable, qui est fourni par une étude menée par la Nasa [?] avec de nouvelles formes [mesures ?] de satellite qui permettent de mieux comprendre ces jeux de bascule entre les réservoirs, nous montre que, aujourd’hui, la surélévation des océans est beaucoup plus liée au fait d’avoir pillé toutes les nappes souterraines, qu’elles soient superficielles ou qu’elles soient fossiles, et que cette eau, qui ne peut plus re-rentrer par des sols artificialisés, eh bien elle finit en mer, ce niveau de surélévation est supérieur à [celui causé par] la fonte de l’Antarctique, de l’Arctique et du Groenland. Donc il faut se poser cette question, on est en train de perdre nos eaux continentales, c’est le cas partout, les sols s’assèchent, c’est le cas en France, nos petits cours d’eau sont complétement à sec, ces petits chevelus, c’est ce qui permet de tenir toute la vie des territoires et c’est pas avec de la désalinisation et des gros réservoirs qu’on va leur permettre d’avoir de l’eau (…)"_

      (en bonne logique, elle plaide ensuite pour ne pas laisser l’eau filer à la mer n’importe comment et évoque le stockage des hautes eaux dans les nappes (contre les bassines, qu’elle carbonise), manière de remédier, partiellement, à l’artificialisation des sols..., ce qui pourrait laisser suspecter un point de vue intéressé, « vendeuse de solutions » pour l’agriculture et les villes)

      Stupéfait par l’ordre de grandeur de ce facteur là, j’ai cherché un peu, sans résultat.

      Ça semble intéressant de pas limiter la réflexion aux stocks et/ou aux fluxs, de les inclure dans une optique de « trame » (avec ses petits chevelus).

      #eau #eau_douce

    • OK, j’avais pas compris…
      (je vois d’ailleurs que tu parlais de subsidence, déjà, il y a 3 mois ▻https://seenthis.net/messages/1173392 )

      Je crois, cette fois-ci, qu’il s’agit des changes in terrestrial water storages (TWS)
      (lien pointé par @kassem, il y a un an, lors de la sortie de l’article ▻https://seenthis.net/messages/1131323 et étoilé par personne…)
      Unprecedented continental drying, shrinking freshwater availability, and increasing land contributions to sea level rise | Science Advances
      ►https://www.science.org/doi/10.1126/sciadv.adx0298

      Abstract
      Changes in terrestrial water storage (TWS) are a critical indicator of freshwater availability. We use NASA GRACE/GRACE-FO data to show that the continents have undergone unprecedented TWS loss since 2002. Areas experiencing drying increased by twice the size of California annually, creating “mega-drying” regions across the Northern Hemisphere. While most of the world’s dry/wet areas continue to get drier/wetter, dry areas are now drying faster than wet areas are wetting. Changes in TWS are driven by high-latitude water losses, intense Central American/European droughts, and groundwater depletion, which accounts for 68% of TWS loss over non-glaciated continental regions. “Continental drying” is having profound global impacts. Since 2002, 75% of the population lives in 101 countries that have been losing freshwater water. Furthermore, the continents now contribute more freshwater to sea level rise than the ice sheets, and drying regions now contribute more than land glaciers and ice caps. Urgent action is required to prepare for the major impacts of results presented.

      où je trouve ce graphique
      ▻https://www.science.org/cms/10.1126/sciadv.adx0298/asset/5f83dde4-2731-4726-9387-fdf2bbf11963/assets/images/large/sciadv.adx0298-f6.jpg
      Fig. 6. Global water mass contributions to sea level rise.
      (A) Time series of water mass anomalies of the major global water reservoirs (Ocean, Antarctica, Greenland, and TWS on the continents) from GRACE/FO from April 2002 to April 2024, in mm SLE. (B) Left: Corresponding trends (in mm SLE year−1) for the ocean (OCN), Antarctica (ANT), Greenland (GRL), and TWS time series in (A). Water mass contributions that increase sea level are shown as positive. Right: TWS trend decomposed into its non-glaciated drying (NGIC-DRY), glaciated drying (GIC), and non-glaciated wetting (NGIC-WET) components. NGIC-DRY is further decomposed into groundwater (GW), surface water (SW), soil moisture (SM), and snow water equivalent (SWE), on the basis of their contributions to the TWS trend. See also figs. S1 and S6.

      note qu’il s’agit du changement de masse total de l’océan et de sa décomposition en fonction de la source (total et composantes sur le même graphique, le B :-(
      et donc hors dilatation thermique

    • et cette étude de 2023 qui trouve une confirmation de l’importance de la disparition des stockages d’eau continentaux par sa contribution au déplacement de l’axe de rotation de la terre

      Drift of Earth’s Pole Confirms Groundwater Depletion as a Significant Contributor to Global Sea Level Rise 1993–2010 - Seo - 2023 - Geophysical Research Letters - Wiley Online Library
      ►https://agupubs.onlinelibrary.wiley.com/doi/10.1029/2023GL103509

      Abstract
      Climate model estimates show significant groundwater depletion during the 20th century, consistent with global mean sea level (GMSL) budget analysis. However, prior to the Argo float era, in the early 2000’s, there is little information about steric sea level contributions to GMSL, making the role of groundwater depletion in this period less certain. We show that a useful constraint is found in observed polar motion (PM). In the period 1993–2010, we find that predicted PM excitation trends estimated from various sources of surface mass loads and the estimated glacial isostatic adjustment agree very well with the observed. Among many contributors to the PM excitation trend, groundwater storage changes are estimated to be the second largest (4.36 cm/yr) toward 64.16°E. Neglecting groundwater effects, the predicted trend differs significantly from the observed. PM observations may also provide a tool for studying historical continental scale water storage variations.

      Plain Language Summary*
      *Melting of polar ice sheets and mountain glaciers has been understood as a main cause of sea level rise associated with contemporary climate warming. It has been proposed that an important anthropogenic contribution is sea level rise due to groundwater depletion resulting from irrigation. A climate model estimate for the period 1993–2010 gives total groundwater depletion of 2,150 GTon, equivalent to global sea level rise of 6.24 mm. However, direct observational evidence supporting this estimate has been lacking. In this study, we show that the model estimate of water redistribution from aquifers to the oceans would result in a drift of Earth’s rotational pole, about 78.48 cm toward 64.16°E. In combination with other well-understood sources of water redistribution, such as melting of polar ice sheets and mountain glaciers, good agreement with PM observations serves as an independent confirmation of the groundwater depletion model estimate.

    • La question est abordée marginalement dans l’article WP

      Élévation du niveau de la mer — Wikipédia
      ▻https://fr.wikipedia.org/wiki/%C3%89l%C3%A9vation_du_niveau_de_la_mer

      Causes de l’élévation actuelle


      Principales contributions à l’élévation du niveau de la mer, 2006-2015.

      dans le graphique synthétique sur les causes de l’élévation du niveau, la contribution des eaux terrestres y est même négative.

      Alors que plus bas, sous Autres contributions, on trouve la référence à une étude de 2011 sur le sujet qui nous occupe

      Surexploitation des aquifères
      De nombreux aquifères dans le monde sont exploités au-delà de leur capacité de renouvellement, ou ne se renouvellent pas du tout (eau fossile). Cette surexploitation des ressources d’eau souterraine contribue à l’élévation du niveau de la mer, en transférant de l’eau vers l’océan. Une étude de 2011 s’est attachée à quantifier cette contribution : il en ressort qu’au cours des années 2000, 145 km3 d’eau ont ainsi été ajoutés annuellement à l’océan de cette façon, contribuant pour 13 % à la hausse observée du niveau des océans. La surexploitation des ressources d’eau souterraine est une réalité mondiale, mais elle est particulièrement importante en Inde et au Moyen-Orient, où l’agriculture est largement irriguée par ce moyen.

      Selon une série de scénarios considérés dans une publication de 2012, l’épuisement des réserves d’eau souterraines, qui a déjà apporté 25 mm d’élévation du niveau de la mer par rapport au niveau pré-industriel, contribuerait pour 70 à 90 mm de plus d’ici 2100. Ces estimations se basent sur un prolongement des tendances historiques prenant en compte, région par région, l’estimation des besoins en eau futurs, selon l’évolution de la population et de la pluviométrie.

    • Merci ! L’article signalé par @kassem confirme les propos de cette hydrologue :

      “Continental drying” is having profound global impacts. Since 2002, 75% of the population lives in 101 countries that have been losing freshwater water. Furthermore, the continents now contribute more freshwater to sea level rise than the ice sheets (...)

      Je finirais sans doute par me souvenir de la subsidence, notion géologique qui inclut désormais des effets de l’activité productive, dont l’exploitation des nappes aquifères.

      Aux États-Unis, la cause principale de subsidence dans les paysages est le pompage de l’eau des nappes ce qui réduit la porosité de roches. La subsidence a ainsi atteint 8,5 mètres dans la vallée de San Joaquin en Californie, principalement à cause de l’exploitation ancienne des aquifères souterrains[7].

      ►https://fr.wikipedia.org/wiki/Subsidence_(g%C3%A9ologie)

      #nappes_fossiles #réservoirs_continentaux #apprentis_sorciers

    • Cet article ne montre en fait pas que les prélèvements d’eau, superficielle ou profonde, contribueraient davantage à l’élévation du niveau de la mer que la fonte de la calotte groenlandaise, de la calotte antarctique ou du reste des glaciers.

      La vulgarisation qui en a été faite peut laisser penser à un rôle prépondérant des prélèvements d’eau.
      ▻https://www.propublica.org/article/water-aquifers-groundwater-rising-ocean-levels
      Mais en fait non.

      Les données satellite (GRACE) utilisées dans l’article de Science Advances mesurent les variations de masse de la Terre entre 2003 et 2024. On peut en déduire, en chaque point de la surface terrestre, les variations du stock total d’eau.
      Certaines régions continentales gagnent de l’eau, d’autres en perdent. Les données montrent que sur la période considérée, c’est la perte qui domine. Et le gros du papier consiste à analyser l’ampleur, l’étendue et la localisation de ces pertes d’eau continentales.

      Les auteurs comparent aussi les variations d’eau continentales moyennées sur chacune des deux calottes polaires, sur le reste des glaciers continentaux (GICs dans l’article) et sur le reste des surfaces continentales ("non glaciated TWS" - TWS, pour Terrestrial Water Storage).

      Ces variations des différents réservoirs d’eau continentale, exprimées en unités de masse par année, peuvent être converties en « équivalent de variation du niveau de la mer », exprimées en millimètres par année, et être ainsi interprétées comme des contributions à l’élévation du niveau de la mer.
      C’est ce que font les auteurs vers la fin du papier. Les résultats sont présentés dans le tableau 3 et la figure 6. 
      L’élévation du niveau de la mer due à la température (effet stérique) est exclu, ils ne s’intéressent qu’à la partie dite « massique ».

      Il en ressort que la perte de masse d’eau de la calotte groenlandaise équivaut à 36.5% du gain de masse océanique, celle de la calotte antarctique à 19%, celle des autres glaciers à 33.5%, et celle du reste des surfaces continentales à 11%.

      Les auteurs décomposent ensuite la variation globale d’eau continentales, hors calottes et glaciers ("non glaciated TWS"), en moyennant les variations d’eau uniquement sur les régions qui s’assèchent (drying) et uniquement sur celles qui s’humidifient (wetting).
      Puis à l’aide d’un modèle, ils décomposent encore la quantité d’eau perdue dans les régions qui s’assèchent, en eau de surface (SW - Surface Water), eau du sol superficiel (SM - Soil Moisture), eau souterraine (GW - GroundWater) et neige (SWE - Snow Water Equivalent).
      Et enfin, ils convertissent toutes les quantités issues de ces deux décompositions en contributions à l’élévation du niveau de la mer.

      Evidemment, la perte d’eau continentale moyennée seulement sur les régions qui s’assèchent est supérieure à la perte d’eau totale (toujours hors glaciers et calottes). Donc mécaniquement, sa traduction en contribution à l’élévation du niveau des mers est plus importante. On passe ainsi de 11% à ~50%…
      Et c’est ainsi que les auteurs concluent que l’assèchement des continents contribue plus à l’élévation (massique) du niveau de la mer que la fonte de chacune des calottes polaires ou de celle des autres glaciers continentaux.

      J’ai quelques réserves sur la traduction de cette décomposition en contribution à l’élévation (massique) du niveau de la mer.
      Faire un bilan d’eau à l’échelle globale pour dire que toute l’eau perdue annuellement sur continents est gagnée par la mer, OK. Je suis plus dubitative sur le fait de conduire cette analyse en ne considérant que les régions qui s’assèchent.
      Il me semble bien que ça revient à considérer que toute l’eau perdue au cours d’une année dans les régions qui s’assèchent va directement dans les océans, et que toute l’eau gagnée au cours d’une année dans les régions qui s’humidifient vient directement des océans, et qu’il n’y a donc aucun recyclage d’eau sur continents... ce qui est faux.

      J’en viens maintenant (enfin !) à la contribution des prélèvements anthropiques d’eau à l’élévation du niveau de la mer.
      Dans le papier, les auteurs se gardent d’écrire que les prélèvements d’eau souterraines (les nappes) dominent la contribution à l’élévation (massique) du niveau de la mer.
      Ils disent simplement que dans les régions où les continents perdent de l’eau (hors calottes et glaciers), c’est la perte d’eau souterraine qui domine le signal ( elle compte pour 68%). Et c’est déjà un résultat fort, je trouve.

      Dans l’article de vulgarisation cité plus haut, il n’est pas dit non plus explicitement que les prélèvements humains dominent la contribution à l’élévation du niveau des mers. A part dans le titre, il est toujours précisé que ça domine la perte d’eau dans les régions qui s’assèchent.
      Mais on peut facilement à côté de cette précision. D’autant qu’il y a aussi tout un développement - manifestement validé par un des auteurs de l’article de Science Advances - pour expliquer que l’eau pompée dans les nappes part en ruissellement de surface pour finir dans les oécans.
      Ce développement est à mon avis discutable, pour des raisons qui rejoignent d’ailleurs mes doutes quant à la pertinence de traduire en « contribution à l’élévation du niveau de la mer » des quantités d’eau perdue moyennées seulement sur les régions où les continents s’assèchent.
      Affirmer que l’eau prélevée dans les nappes n’étant pas ré-infiltrée localement en profondeur, elle partirait presque entièrement en ruissellement, cela laisse de côté l’humidication des sols superficiels et l’évapotranspiration. Pourtant, le gros des prélèvements est destiné à l’irrigation. C’est assez osé de considérer que presque toute l’eau d’irrigation ruisselle en surface. A moins que toute l’eau d’irrigation qui évapotranspire ou s’infiltre dans les sols superficiels finisse par précipiter uniquement au-dessus des océans, il y a bien une partie qui retourne aux surfaces continentales.

      Dernier point : dans l’article comme dans sa vulgarisation, la perte d’eau souterraine est considérée comme entièrement due aux prélèvements humains. Or il y a aussi une partie de la perte due à la diminution de la recharge et/ou l’augmentation de l’évapotranspiration, surtout pour les nappes peu profondes. Mais d’autres études montrent que ce sont bien les prélèvements humains qui dominent la perte d’eau souterraine.

      En résumé : Non, cet article ne permet pas de dire que les prélèvements d’eau sont le plus gros contributeur à l’élévation (massique) du niveau de la mer. Mais il n’est pas rassurant pour autant.
      Il montre que :
      – Les réservoirs d’eau continentale, hors calottes et glaciers, s’assèchent en moyenne sur le globe,
      – La fonte des glaciers continentaux, ajoutée à l’assèchement des continents, contribuent désormais plus à l’élévation du niveau de la mer que la fonte de chacune des calottes polaires.
      – Dans les régions où les continents s’assèchent (hors glaciers et calottes), c’est la perte d’eau souterraine qui contribue plus à la diminution du stock d’eau, et cette perte est dominée par les prélèvements humains.

      Pour finir, je précise que çe serait à mon avis assez injuste de reprocher à l’hydrologue s’exprimant sur l’extrait vidéo d’avoir compris de cet article et/ou de sa vulgarisation que les prélèvements d’eau dominent la contribution à l’élévation niveau de la mer. Car c’est bien le message qui est passé à la sortie de cet article. Et au vu de la façon dont les résultats sont présentés dans l’article et commentés par l’un des auteurs dans la vulgarisation citée plus haut, c’était à mon sens assez logique que ce raccourci soit fait.

    • bienvenue, @jeanne_c !

      et un grand merci d’avoir pris le temps d’analyser l’article et de partager ici cette analyse. L’article est dense et technique et aborde les faits sous un angle très spécifique, ce qui fait qu’il est très difficile d’en retenir quelque chose de clair.

      Une remarque :

      Cet article ne montre en fait pas que les prélèvements d’eau, superficielle ou profonde, contribueraient davantage à l’élévation du niveau de la mer que la fonte de la calotte groenlandaise, de la calotte antarctique ou du reste des glaciers.

      La vulgarisation qui en a été faite peut laisser penser à un rôle prépondérant des prélèvements d’eau.

      ce n’est pas que la vulgarisation qui en a été faite qui laisse à penser… ; de mon point de vue, par exemple, le graphique que j’ai retenu dans mon commentaire est précisément conçu pour amener à cette conclusion erronée. C’est le message qu’on en retient lors d’une lecture rapide.

      C’est parce que les choses paraissent bien floues (beaucoup moins, maintenant, encore merci !) que je ne l’ai pas commenté en ce sens. Ce qui a provoqué ma réserve provenait largement du fait que l’effet de la dilatation thermique était écarté, sans même indiquer d’ordre de grandeur à titre de comparaison éventuelle. Du coup, ne parler systématiquement que de la contribution massique, alors que l’effet est, tout aussi systématiquement, évalué en équivalent élévation du niveau marin, forcément globalisant, ça finit par attirer l’attention sur le fait que l’angle d’attaque est vraiment très spécifique.

    • Merci pour l’accueil !
      Je galère encore un peu avec l’interface. Je vais tenter une citation :

      ce n’est pas que la vulgarisation qui en a été faite qui laisse à penser… ; de mon point de vue, par exemple, le graphique que j’ai retenu dans mon commentaire est précisément conçu pour amener à cette conclusion erronée. C’est le message qu’on en retient lors d’une lecture rapide.

      Je suis d’accord que la présentation des résultats dans l’article est trompeuse à cet égard, mais il n’y a pas nécessairement une intention piégeuse de la part des auteurs. C’est ce que je voulais dire dans le dernier paragraphe de mon précédent commentaire.

    • En réponse à cette partie du message de @colporteur :

      (en bonne logique, elle plaide ensuite pour ne pas laisser l’eau filer à la mer n’importe comment et évoque le stockage des hautes eaux dans les nappes

      Je complète avec un lien expliquant l’expérimentation « R-Garonne » consistant à recharger la nappe alluviale de la Garonne en hiver avec des eaux de surface prise dans le canal de Saint-Martory.
      ▻https://www.brgm.fr/fr/actualite/communique-presse/projet-r-garonne-premiere-experimentation-recharge-maitrisee-nappe

    • Merci @jeanne_c pour ces précieux éclaircissements. Je me suis permis de publier un article auquel vous avez contribué (▻https://seenthis.net/messages/1186483) qui apporte un éclairage plus détaillé sur l’étude des eaux souterraines car j’ai pensé que vous ne vous citeriez pas alors que nombre de seenthissien.nes sont probablement intéressé.es par cet état de la question (d’autant plus que vous ignorez le tag qui va bien avec ce type de geste : #shameless_autopromo : ).

  • Des requins exposé à la cocaïne et aux médicaments : une découverte inquiétante aux Bahamas
    ▻https://la1ere.franceinfo.fr/guadeloupe/des-requins-expose-a-la-cocaine-et-aux-medicaments-une-decouverte-

    Au large d’une île pourtant préservée des #Bahamas, des chercheurs ont détecté des traces de #cocaïne, de #caféine et d’#analgésiques dans le #sang de plusieurs #requins. Une #pollution invisible qui interroge sur l’état des #océans et ses conséquences sur la #faune #marine.

  • Cantine : ces villes bannissent le thon à cause du mercure

    Les villes de #Bègles, #Grenoble, #Lille, #Lyon, #Montpellier, #Mouans-Sartoux, #Paris et #Rennes ont décidé de ne pas servir de produits à base de thon dans les menus scolaires. « Les enfants peuvent très vite dépasser la Dose Hebdomadaire Tolérable (DHT), c’est-à-dire la quantité maximale ingérable régulièrement au cours d’une vie avant de s’exposer à un #risque_sanitaire. Plus précisément, l’enquête a montré que la consommation dans la semaine d’une seule conserve (100 g) contenant du mercure au niveau autorisé pour le thon, conduirait un enfant de 20kg à ingérer près de quatre fois plus de mercure que cette limite ».

    Les signataires :

    Bègles, Clément Rossignol PUECH, Maire de Bègles, Vice-Président de Bordeaux Métropole ;
    Grenoble, Antoine BACK, Adjoint au Maire délégué aux risques et à la stratégie alimentaire et Salima DJIDEL, Conseillère municipale déléguée à la restauration municipale ;
    Lille, Charlotte BRUN, Première Adjointe au Maire de Lille, Vice-Présidente de la Métropole Européenne de Lille ;
    Lyon, Gautier CHAPUIS, Adjoint au Maire ;
    Montpellier, Marie MASSART, Adjointe au Maire ;
    Mouans-Sartoux, Gilles PEROLE Adjoint au Maire ;
    Paris, Anne-Claire BOUX, Adjointe à la Maire de Paris en charge de la santé et Audrey PULVAR, Adjointe à la Maire de Paris en charge de l’alimentation durable, de l’agriculture et des circuits courts ;
    Rennes, Ludovic BROSSARD, Conseiller municipal délégué à l’alimentation durable de la ville de Rennes.

    ▻https://www.cafepedagogique.net/2025/08/29/cantine-ces-villes-bannissent-le-thon-a-cause-du-mercure
    #cantines #contamination #mercure #pollution #océans #thon #poisson #alimentation #écoles

  • Les résidents de la mer : rencontres dans les estrans
    ▻https://www.terrestres.org/2025/07/25/plonger-dans-la-vie-des-mammiferes-de-la-mer

    Connaissez-vous You le phoque, Zafar le dauphin ou les orques du clan Gladis ? Dans son livre “Des vies océaniques”, l’anthropologue Fabien Clouette raconte de singuliers destins d’animaux marins qui ont surgi un jour dans la vie des humains, captivant la presse et le public. Et faisant chavirer dans la foulée les frontières entre sauvage et société. L’article Les résidents de la mer : rencontres dans les estrans est apparu en premier sur Terrestres.

    #Animaux #Anthropologie #Océans #Récits #Vivants

    • Des vies océaniques

      Un phoque qui grandit parmi les surfeurs, un dauphin qui préfère vivre dans les ports plutôt que parmi ses congénères, un groupe d’orques qui « attaque » des voiliers : le milieu maritime a ceci de formidable que les interactions avec de grands mammifères y sont plus évidentes que sur la terre ferme ; phoques et cétacés viennent volontiers au contact, particulièrement depuis la fin des grandes exploitations baleinières.
      Cet ouvrage va à leur rencontre et retrace la vie « personnelle » de quatre d’entre eux à la destinée exceptionnelle, car partagée avec les humains. You, Zafar, Kalon et Gladis sont des personnages du littoral atlantique dont on lira la trajectoire souvent heurtée, parfois tragique, toujours troublante. Leur parcours déplace la catégorie de « déviance » dans un règne animal que l’on considère généralement comme répondant aux lois de l’instinct et de la survie.
      Au fil de ces biographies, des questions inédites émergent : quelle relation possible avec un mammifère sauvage ? Ces animaux poursuivent-ils des existences qui les font déborder des frontières de leur espèce ? En regard, ce sont les politiques de conservation tout autant que celles de la pêche, de la plaisance ou du tourisme qui sont discutées : comment réagir, soigner, préserver, cohabiter avec ces mammifères singuliers qui nous interpellent ?

      ▻https://www.seuil.com/ouvrage/des-vies-oceaniques-fabien-clouette/9782021545654
      #livre

  • Sea Shepherd, un leurre bien rodé
    ►https://nantes.indymedia.org/posts/143559/sea-shepherd-un-leurre-bien-rode

    Qui n’a jamais entendu parlé de Sea Shepherd ? Cette ONG est créé par Paul Watson en 1977 suite à son exclusion de Greenpeace pour son coté trop « radical ». Rapidement l’association achète un bateau et s’engage dans l’action pour « la protection des écosystèmes marins ». C’est dans les années 2000 que…

    #Capitalisme #Ecologie #gourou #Média #Océans_et_mers #Global

  • #Tanzania’s #marine_reserves offer long-term #benefits to #communities, study finds

    ▻https://news.mongabay.com/2025/03/tanzanias-marine-reserves-offer-long-term-benefits-to-communities-stu

    #Marine_protected_areas in #Tanzania boosted living standards in nearby communities over a span of nearly 20 years, a recent study in Conservation Letters found.

    Near #MPAs, living standards improved, and there was a shift away from agricultural work, said study author #Julia_Girard, a Ph.D. student in #environmental_economics at the #University_of_Montpellier, France.

    How marine reserves fare in conservation and community development is an important question for Tanzania, where 20% of the population is heavily dependent on #fisheries for #food and #income.

    The country established five multiuse MPAs in the 1990s, which allow fishing with additional rules designed to promote sustainability. Scientists have identified MPAs where regulated fishing activity is permitted as powerful tools to help Tanzania and other nations protect 30% of their #oceans by 2030 without denying fishers their livelihoods.

    To see how these MPAs have impacted local development, the research team surveyed 840 households in 24 #villages in 2021, asking questions about employment, fishing history, standard of living, and perceptions about the marine reserves. They then compared the data with the results of a similar survey conducted in 2003. This is one of just a few studies documenting the #long-term_impacts of #multiuse_MPAs on #local_development.

    • ►https://eu.boell.org/en/about-us
      C’est « moi » qui.paye. La fondation Heinrich Böll est une de crs non-fondations politiques qui donnent aux chefs des partis politiques la piossibilité de se créer une cour de personnes anoblies par le titre de « Doktor » dont la fonction est de vendre l’idéologie à la base du parti. On aime bien abuser des noms de penseurs défunts pour habiller l’entreprise. Rosa pour Die Linke, Konrad pour le CDU, l’autre Konrad pour les libéraux et Friedrich pour le SPD. Lui au moins a été membre du parti qui l’a choisi comme saint auquel on a emprunté le nom. Pauvre pacifiste d’Henri ;-)

      The Heinrich-Böll-Stiftung is a German political foundation affiliated with the German Green Party (Alliance 90/The Greens). Its primary task is political education and advocacy in Germany and abroad. Our main tenets are ecology and sustainability, democracy and human rights, non-violence and justice. In our work, we place particular emphasis on gender democracy, equal rights for minorities and the political and social participation of migrants.

    • About us | Heinrich Böll Stiftung | Brussels office - European Union
      ►https://eu.boell.org/en/about-us

      The Heinrich-Böll-Stiftung is a German political foundation affiliated with the German Green Party (Alliance 90/The Greens). Its primary task is political education and advocacy in Germany and abroad. Our main tenets are ecology and sustainability, democracy and human rights, non-violence and justice. In our work, we place particular emphasis on gender democracy, equal rights for minorities and the political and social participation of migrants.

      Our namesake, the writer and Nobel Prize laureate Heinrich Böll, personifies the fundamental principles we stand for: defence of freedom and human dignity, civic courage, open debate and the acknowledgement of art and culture as independent spheres of thought and action. As a think tank for green visions and ideas, we are part of an international network with 34 offices worldwide and with partner projects in more than 60 countries.

      The Heinrich-Böll-Stiftung European Union represents the foundation vis-à-vis European and international institutions, associations, non-governmental organisations and media based in Brussels. The office is a main point of contact for individuals, groups and organisations from around the world interested in EU politics and policies. The future of the European project and the role of the European Union in the world are at the centre of our activities and efforts.

      sur cette même page, le bilan annuel 2022 avec (pp. 28-29) un rapide bilan financier : plus de 67% des ressources proviennent de subventions du gouvernement allemand (c’est Klaus qui paie) et de l’Union européenne (nous payons tous)

  • « Nous assistons à une escalade de la #prédation_minière »

    Une nouvelle #ruée_minière a commencé et touche aussi la #France. Au nom de la lutte contre la crise climatique, il faudrait extraire de plus en plus de #métaux. Celia Izoard dénonce l’impasse de cette « #transition » extractiviste. Entretien.

    Basta/Observatoire des multinationales : Il est beaucoup question aujourd’hui de renouveau minier en raison notamment des besoins de la transition énergétique, avec la perspective d’ouvrir de nouvelles mines en Europe et même en France. Vous défendez dans votre #livre qu’il ne s’agit pas du tout d’un renouveau, mais d’une trajectoire de continuité. Pourquoi ?

    #Celia_Izoard : Les volumes de #métaux extraits dans le monde aujourd’hui augmentent massivement, et n’ont jamais cessé d’augmenter. Ce qui est parfaitement logique puisqu’on ne cesse de produire de nouveaux objets et de nouveaux équipements dans nos pays riches, notamment avec la #numérisation et aujourd’hui l’#intelligence_artificielle, et qu’en plus de cela le reste du monde s’industrialise.

    En conséquence, on consomme de plus en plus de métaux, et des métaux de plus en plus variés – aussi bien des métaux de base comme le #cuivre et l’#aluminium que des métaux de spécialité comme les #terres_rares. Ces derniers sont utilisés en très petite quantité mais dans des objets qui sont partout, comme les #smartphones, et de façon trop dispersive pour permettre le #recyclage.

    Et la production de tous ces métaux devrait continuer à augmenter ?

    Oui, car rien ne freine cette production, d’autant plus qu’on y ajoute aujourd’hui une nouvelle demande qui est un véritable gouffre : celle de métaux pour le projet très technocratique de la transition. « Transition », dans l’esprit de nos élites, cela signifie le remplacement des #énergies_fossiles par l’#énergie_électrique – donc avec des #énergies_renouvelables et des #batteries – avec un modèle de société inchangé. Mais, par exemple, la batterie d’une #voiture_électrique représente souvent à elle seule 500 kg de métaux (contre moins de 3 kg pour un #vélo_électrique).

    Simon Michaux, professeur à l’Institut géologique de Finlande, a essayé d’évaluer le volume total de métaux à extraire si on voulait vraiment électrifier ne serait-ce que la #mobilité. Pour le #lithium ou le #cobalt, cela représenterait plusieurs décennies de la production métallique actuelle. On est dans un scénario complètement absurde où même pour électrifier la flotte automobile d’un seul pays, par exemple l’Angleterre ou la France, il faut déjà plus que la totalité de la production mondiale. Ce projet n’a aucun sens, même pour lutter contre le #réchauffement_climatique.

    Vous soulignez dans votre livre que l’#industrie_minière devient de plus en plus extrême à la fois dans ses techniques de plus en plus destructrices, et dans les #nouvelles_frontières qu’elle cherche à ouvrir, jusqu’au fond des #océans et dans l’#espace…

    Oui, c’est le grand paradoxe. Les élites politiques et industrielles répètent que la mine n’a jamais été aussi propre, qu’elle a surmonté les problèmes qu’elle créait auparavant. Mais si l’on regarde comment fonctionne réellement le #secteur_minier, c’est exactement l’inverse que l’on constate. La mine n’a jamais été aussi énergivore, aussi polluante et aussi radicale dans ses pratiques, qui peuvent consister à décapiter des #montagnes ou à faire disparaître des #vallées sous des #déchets_toxiques.

    C’est lié au fait que les teneurs auxquelles on va chercher les métaux sont de plus en plus basses. Si on doit exploiter du cuivre avec un #filon à 0,4%, cela signifie que 99,6% de la matière extraite est du #déchet. Qui plus est, ce sont des #déchets_dangereux, qui vont le rester pour des siècles : des déchets qui peuvent acidifier les eaux, charrier des contaminants un peu partout.

    Les #résidus_miniers vont s’entasser derrière des #barrages qui peuvent provoquer de très graves #accidents, qui sont sources de #pollution, et qui sont difficilement contrôlables sur le long terme. Nous assistons aujourd’hui à une véritable #escalade_technologique qui est aussi une escalade de la #prédation_minière. La mine est aujourd’hui une des pointes avancées de ce qu’on a pu appeler le #capitalisme_par_dépossession.

    Comment expliquer, au regard de cette puissance destructrice, que les populations occidentales aient presque totalement oublié ce qu’est la mine ?

    Il y a un #déni spectaculaire, qui repose sur deux facteurs. Le premier est la religion de la #technologie, l’une des #idéologies dominantes du monde capitaliste. Nos dirigeants et certains intellectuels ont entretenu l’idée qu’on avait, à partir des années 1970, dépassé le #capitalisme_industriel, qui avait été tellement contesté pendant la décennie précédente, et qu’on était entré dans une nouvelle ère grâce à la technologie. Le #capitalisme_post-industriel était désormais avant tout une affaire de brevets, d’idées, d’innovations et de services.

    Les mines, comme le reste de la production d’ailleurs, avaient disparu de ce paysage idéologique. Le #mythe de l’#économie_immatérielle a permis de réenchanter le #capitalisme après l’ébranlement des mouvements de 1968. Le second facteur est #géopolitique. Aux grandes heures du #néo-libéralisme, le déni de la mine était un pur produit de notre mode de vie impérial. Les puissances occidentales avaient la possibilité de s’approvisionner à bas coût, que ce soit par l’#ingérence_politique, en soutenant des dictatures, ou par le chantage à la dette et les politiques d’#ajustement_structurel. Ce sont ces politiques qui ont permis d’avoir par exemple du cuivre du #Chili, de #Zambie ou d’#Indonésie si bon marché.

    Les besoins en métaux pour la #transition_climatique, si souvent invoqués aujourd’hui, ne sont-ils donc qu’une excuse commode ?

    Invoquer la nécessité de créer des mines « pour la transition » est en effet hypocrite : c’est l’ensemble des industries européennes qui a besoin de sécuriser ses approvisionnements en métaux. La récente loi européenne sur les métaux critiques répond aux besoins des grosses entreprises européennes, que ce soit pour l’#automobile, l’#aéronautique, l’#aérospatiale, les #drones, des #data_centers.

    L’argument d’une ruée minière pour produire des énergies renouvelables permet de verdir instantanément toute mine de cuivre, de cobalt, de lithium, de #nickel ou de terres rares. Il permet de justifier les #coûts_politiques de la #diplomatie des #matières_premières : c’est-à-dire les #conflits liés aux rivalités entre grandes puissances pour accéder aux #gisements. Mais par ailleurs, cette transition fondée sur la technologie et le maintien de la #croissance est bel et bien un gouffre pour la #production_minière.

    Ce discours de réenchantement et de relégitimation de la mine auprès des populations européennes vous semble-t-il efficace ?

    On est en train de créer un #régime_d’exception minier, avec un abaissement des garde-fous réglementaires et des formes d’extractivisme de plus en plus désinhibées, et en parallèle on culpabilise les gens. La #culpabilisation est un ressort psychologique très puissant, on l’a vu durant le Covid. On dit aux gens : « Si vous n’acceptez pas des mines sur notre territoire, alors on va les faire ailleurs, aux dépens d’autres populations, dans des conditions bien pires. » Or c’est faux. D’abord, la #mine_propre n’existe pas.

    Ensuite, la #loi européenne sur les #métaux_critiques elle prévoit qu’au mieux 10% de la production minière soit relocalisée en Europe. Aujourd’hui, on en est à 3%. Ce n’est rien du tout. On va de toute façon continuer à ouvrir des mines ailleurs, dans les pays pauvres, pour répondre aux besoins des industriels européens. Si l’on voulait vraiment relocaliser la production minière en Europe, il faudrait réduire drastiquement nos besoins et prioriser les usages les plus importants des métaux.

    Peut-on imaginer qu’un jour il existe une mine propre ?

    Si l’on considère la réalité des mines aujourd’hui, les procédés utilisés, leur gigantisme, leur pouvoir de destruction, on voit bien qu’une mine est intrinsèquement problématique, intrinsèquement prédatrice : ce n’est pas qu’une question de décisions politiques ou d’#investissements. L’idée de « #mine_responsable » n’est autre qu’une tentative de faire accepter l’industrie minière à des populations en prétendant que « tout a changé.

    Ce qui m’a frappé dans les enquêtes que j’ai menées, c’est que les industriels et parfois les dirigeants politiques ne cessent d’invoquer certains concepts, par exemple la #mine_décarbonée ou le réemploi des #déchets_miniers pour produire du #ciment, comme de choses qui existent et qui sont déjà mises en pratique. À chaque fois que j’ai regardé de plus près, le constat était le même : cela n’existe pas encore. Ce ne sont que des #promesses.

    Sur le site de la nouvelle mine d’#Atalaya à #Rio_Tinto en #Espagne, on voir des panneaux publicitaires alignant des #panneaux_photovoltaïques avec des slogans du type « Rio Tinto, la première mine d’autoconsommation solaire ». Cela donne à penser que la mine est autonome énergétiquement, mais pas du tout. Il y a seulement une centrale photovoltaïque qui alimentera une fraction de ses besoins. Tout est comme ça.

    Le constat n’est-il pas le même en ce qui concerne le recyclage des métaux ?

    Il y a un effet purement incantatoire, qui consiste à se rassurer en se disant qu’un jour tout ira bien parce que l’on pourra simplement recycler les métaux dont on aura besoin. Déjà, il n’en est rien parce que les quantités colossales de métaux dont l’utilisation est planifiée pour les années à venir, ne serait-ce que pour produire des #batteries pour #véhicules_électriques, n’ont même pas encore été extraites.

    On ne peut donc pas les recycler. Il faut d’abord les produire, avec pour conséquence la #destruction de #nouveaux_territoires un peu partout sur la planète. Ensuite, le recyclage des métaux n’est pas une opération du saint-Esprit ; il repose sur la #métallurgie, il implique des usines, des besoins en énergie, et des pollutions assez semblables à celles des mines elles-mêmes.

    L’accent mis sur le besoin de métaux pour la transition ne reflète-t-il pas le fait que les #multinationales ont réussi à s’approprier ce terme même de « transition », pour lui faire signifier en réalité la poursuite du modèle actuel ?

    Le concept de transition n’a rien de nouveau, il était déjà employé au XIXe siècle. À cette époque, la transition sert à freiner les ardeurs révolutionnaires : on accepte qu’il faut des changements, mais on ajoute qu’il ne faut pas aller trop vite. Il y a donc une dimension un peu réactionnaire dans l’idée même de transition.

    Dans son dernier livre, l’historien des sciences #Jean-Baptiste_Fressoz [Sans transition - Une nouvelle histoire de l’énergie, Seuil, 2024] montre que la #transition_énergétique tel qu’on l’entend aujourd’hui est une invention des #pro-nucléaires des États-Unis dans les années 1950 pour justifier des #investissements publics colossaux dans l’#atome. Ils ont tracé des belles courbes qui montraient qu’après l’épuisement des énergies fossiles, il y aurait besoin d’une #solution_énergétique comme le #nucléaire, et qu’il fallait donc investir maintenant pour rendre le passage des unes à l’autre moins brutal.

    La transition aujourd’hui, c’est avant tout du temps gagné pour le capital et pour les grandes entreprises. Les rendez-vous qu’ils nous promettent pour 2050 et leurs promesses de #zéro_carbone sont évidemment intenables. Les technologies et l’#approvisionnement nécessaire en métaux n’existent pas, et s’ils existaient, cela nous maintiendrait sur la même trajectoire de réchauffement climatique.

    Ces promesses ne tiennent pas debout, mais elles permettent de repousser à 2050 l’heure de rendre des comptes. Ce sont plusieurs décennies de gagnées. Par ailleurs, le terme de transition est de plus en plus utilisé comme étendard pour justifier une #croisade, une politique de plus en plus agressive pour avoir accès aux gisements. Les pays européens et nord-américains ont signé un partenariat en ce sens en 2022, en prétendant que certes ils veulent des métaux, mais pour des raisons louables. La transition sert de figure de proue à ces politiques impériales.

    Vous avez mentionné que l’une des industries les plus intéressées par la sécurisation de l’#accès aux métaux est celle de l’#armement. Vous semblez suggérer que c’est l’une des dimensions négligées de la guerre en Ukraine…

    Peu de gens savent qu’en 2021, la Commission européenne a signé avec l’#Ukraine un accord de partenariat visant à faire de ce pays une sorte de paradis minier pour l’Europe. L’Ukraine possède de fait énormément de ressources convoitées par les industriels, qu’ils soient russes, européens et américains. Cela a joué un rôle dans le déclenchement de la #guerre. On voit bien que pour, pour accéder aux gisements, on va engendrer des conflits, militariser encore plus les #relations_internationales, ce qui va nécessiter de produire des #armes de plus en plus sophistiquées, et donc d’extraire de plus en plus de métaux, et donc sécuriser l’accès aux gisements, et ainsi de suite.

    C’est un #cercle_vicieux que l’on peut résumer ainsi : la ruée sur les métaux militarise les rapports entre les nations, alimentant la ruée sur les métaux pour produire des armes afin de disposer des moyens de s’emparer des métaux. Il y a un risque d’escalade dans les années à venir. On évoque trop peu la dimension matérialiste des conflits armés souvent dissimulés derrière des enjeux « ethniques ».

    Faut-il sortir des métaux tout comme il faut sortir des énergies fossiles ?

    On a besoin de sortir de l’extractivisme au sens large. Extraire du pétrole, du charbon, du gaz ou des métaux, c’est le même modèle. D’ailleurs, d’un point de vue administratif, tout ceci correspond strictement à de l’activité minière, encadrée par des #permis_miniers. Il faut cesser de traiter le #sous-sol comme un magasin, de faire primer l’exploitation du sous-sol sur tout le reste, et en particulier sur les territoires et le vivant.

    Concrètement, qu’est ce qu’on peut faire ? Pour commencer, les deux tiers des mines sur la planète devraient fermer – les #mines_métalliques comme les #mines_de_charbon. Ça paraît utopique de dire cela, mais cela répond à un problème urgent et vital : deux tiers des mines sont situées dans des zones menacées de #sécheresse, et on n’aura pas assez d’#eau pour les faire fonctionner à moins d’assoiffer les populations. En plus de cela, elles émettent du #CO2, elles détruisent des territoires, elles déplacent des populations, elles nuisent à la #démocratie. Il faut donc faire avec une quantité de métaux restreinte, et recycler ce que l’on peut recycler.

    Vous soulignez pourtant que nous n’avons pas cessé, ces dernières années, d’ajouter de nouvelles technologies et de nouveaux objets dans notre quotidien, notamment du fait de l’envahissement du numérique. Réduire notre consommation de métaux implique-t-il de renoncer à ces équipements ?

    Oui, mais au préalable, quand on dit que « nous n’avons pas cessé d’ajouter des nouvelles technologies polluantes », il faut analyser un peu ce « nous ». « Nous » n’avons pas choisi de déployer des #caméras_de_vidéosurveillance et des #écrans_publicitaires partout. Nous n’avons pas choisi le déploiement de la #5G, qui a été au contraire contesté à cause de sa consommation d’énergie.

    La plupart d’entre nous subit plutôt qu’elle ne choisit la #numérisation des #services_publics, instrument privilégié de leur démantèlement et de leur privatisation : l’usage de #Pronote à l’école, #Doctissimo et la télémédecine dont la popularité est due à l’absence de médecins, etc. Dans le secteur automobile, la responsabilité des industriels est écrasante. Depuis des décennies, ils ne cessent de bourrer les véhicules d’électronique pour augmenter leur valeur ajoutée.

    Ces dernières années, ils ont massivement vendu d’énormes voitures électriques parce qu’ils savaient que le premier marché de la voiture électrique, c’était d’abord la bourgeoisie, et que les bourgeois achèteraient des #SUV et des grosses berlines. Donc quand je dis que nous devons réduire notre #consommation de métaux, j’entends surtout par-là dénoncer les industries qui inondent le marché de produits insoutenables sur le plan des métaux (entre autres).

    Mais il est vrai que nous – et là c’est un vrai « nous » - devons réfléchir ensemble aux moyens de sortir de l’#emprise_numérique. Du point de vue des métaux, le #smartphone n’est pas viable : sa sophistication et son caractère ultra-mondialisé en font un concentré d’#exploitation et d’#intoxication, des mines aux usines d’assemblage chinoises ou indiennes.

    Et bien sûr il a des impacts socialement désastreux, des addictions à la #surveillance, en passant par la « #surmarchandisation » du quotidien qu’il induit, à chaque instant de la vie. Là-dessus, il faut agir rapidement, collectivement, ne serait-ce que pour se protéger.

    ▻https://basta.media/nous-assistons-a-une-escalade-de-la-predation-miniere
    #extractivisme #minières #électrification #acidification #contamination #hypocrisie #relocalisation #prédation #guerre_en_Ukraine #militarisation #déplacement_de_populations #dématérialisation #industrie_automobile

  • Les #baleines_à_bosse victimes des #vagues_de_chaleur_marine dans le Pacifique Nord
    ▻https://www.lemonde.fr/planete/article/2024/02/29/les-baleines-a-bosse-victimes-des-vagues-de-chaleur-marines-dans-le-pacifiqu

    Cette étude, bien que focalisée sur une espèce, donne des indices sur l’état de santé des #océans. « La #baleine est un bon indicateur de l’état de son #écosystème, explique Olivier Adam. Tout ce qui est en profondeur est difficile à observer, mais les cétacés sont faciles à comptabiliser, car ils sont obligés de remonter à la surface pour respirer. » Et si l’on en croit les résultats de l’étude, l’océan #Pacifique_Nord va mal. « Au rythme où ça va, il n’y a aucune raison qu’il reste des cétacés dans les océans d’ici quarante à cinquante ans, alerte le chercheur français. On assiste à l’#effondrement des océans en direct. »

    Pour les deux scientifiques, les conclusions à tirer sont claires : « Il est impératif de changer notre façon de gérer les océans. » Selon l’Australien, les mesures les plus efficaces seraient de « diminuer au maximum le réchauffement climatique, d’adapter le transport maritime là où les routes chevauchent l’habitat des baleines afin de réduire les collisions avec les navires, et de mieux réguler la pêche, en particulier la pêche au casier, pour éviter que les animaux ne s’empêtrent dans les lignes ». Pour le chercheur, il est impératif d’agir, car « notre survie dépend d’océans sains et productifs ».

  • New research harnesses AI and satellite imagery to reveal the expanding footprint of human activity at sea
    ▻https://globalfishingwatch.org/press-release/new-research-harnesses-ai-and-satellite-imagery-to-reveal-the-ex

    L"exploitation des océans est catatrophique. Avec 75% des flottes de la pêche industrielle invisible les conventions pour la protection de la faune marine sont caduques tant qu’il n’y a pas de mécanisme pour éliminer cette pêche au noir. Et il n’y a pas que la pêche.

    Press Release / By Global Fishing Watch / January 3, 2024 / 5 minutes of reading
    Study reveals 75 percent of the world’s industrial fishing vessels are hidden from public view

    WASHINGTON, D.C. – A new study published today in the journal Nature offers an unprecedented view of previously unmapped industrial use of the ocean and how it is changing.

    The groundbreaking study, led by Global Fishing Watch, uses machine learning and satellite imagery to create the first global map of large vessel traffic and offshore infrastructure, finding a remarkable amount of activity that was previously “dark” to public monitoring systems.
    Global Fishing Watch uses AI and satellite imagery to map vessel traffic and offshore infrastructure to provide an unprecedented view of previously unmapped industrial use of the ocean, as seen here in the North Sea. ⓒ 2023 Global Fishing Watch

    “A new industrial revolution has been emerging in our seas undetected—until now,” said David Kroodsma, director of research and innovation at Global Fishing Watch and co-lead author of the study. “On land, we have detailed maps of almost every road and building on the planet. In contrast, growth in our ocean has been largely hidden from public view. This study helps eliminate the blind spots and shed light on the breadth and intensity of human activity at sea.”

    Researchers from Global Fishing Watch, the University of Wisconsin-Madison, Duke University, UC Santa Barbara and SkyTruth analyzed 2 million gigabytes of satellite imagery spanning 2017-2021 to detect vessels and offshore infrastructure in coastal waters across six continents where more than three-quarters of industrial activity is concentrated.

    By synthesizing GPS data with five years of radar and optical imagery, the researchers were able to identify vessels that failed to broadcast their positions. Using machine learning, they then concluded which of those vessels were likely engaged in fishing activity.

    “Historically, vessel activity has been poorly documented, limiting our understanding of how the world’s largest public resource—the ocean—is being used,” said co-lead author Fernando Paolo, senior machine learning engineer at Global Fishing Watch. “By combining space technology with state-of-the-art machine learning, we mapped undisclosed industrial activity at sea on a scale never done before.”

    While not all boats are legally required to broadcast their position, vessels absent from public monitoring systems, often termed “dark fleets,” pose major challenges for protecting and managing natural resources. Researchers found numerous dark fishing vessels inside many marine protected areas, and a high concentration of vessels in many countries’ waters that previously showed little-to-no vessel activity by public monitoring systems.

    “Publicly available data wrongly suggests that Asia and Europe have similar amounts of fishing within their borders, but our mapping reveals that Asia dominates—for every 10 fishing vessels we found on the water, seven were in Asia while only one was in Europe,” said co-author Jennifer Raynor, assistant professor of natural resource economics at the University of Wisconsin-Madison. “By revealing dark vessels, we have created the most comprehensive public picture of global industrial fishing available.”

    The study also shows how human activity in the ocean is changing. Coinciding with the COVID-19 pandemic, fishing activity dropped globally by about 12 percent, with an 8 percent decline in China and a 14 percent drop elsewhere. In contrast, transport and energy vessel activity remained stable.

    Offshore energy development surged during the study period. Oil structures increased by 16 percent, while wind turbines more than doubled. By 2021, turbines outnumbered oil platforms. China’s offshore wind energy had the most striking growth, increasing ninefold from 2017 to 2021.
    Two million gigabytes of satellite imagery from 2017-2021 were analyzed to detect offshore infrastructure in coastal waters across six continents where more than three-quarters of industrial activity is concentrated. ⓒ 2023 Global Fishing Watch

    “The footprint of the Anthropocene is no longer limited to terra firma,” said co-author Patrick Halpin, professor of marine geospatial ecology at Duke University. “Having a more complete view of ocean industrialization allows us to see new growth in offshore wind, aquaculture and mining that is rapidly being added to established industrial fishing, shipping and oil and gas activities. Our work reveals that the global ocean is a busy, crowded and complex industrial workspace of the growing blue economy.”

    The study highlights the potential of this new technology to tackle climate change. Mapping all vessel traffic will improve estimates of greenhouse gas emissions at sea, while maps of infrastructure can inform wind development or aid in tracking marine degradation caused by oil exploration.

    “Identifying offshore infrastructure is critical for understanding offshore energy development impacts and trends, and is crucial data for our work to detect marine pollution events and hold responsible parties to account,” said co-author Christian Thomas, a geospatial engineer at SkyTruth.

    The open data and technology used in the study can help governments, researchers and civil society to identify hotspots of potentially illegal activity, determine where industrial fishing vessels may be encroaching on artisanal fishing grounds, or simply better understand vessel traffic in their waters.

    “Previously, this type of satellite monitoring was only available to those who could pay for it. Now it is freely available to all nations,” concluded Kroodsma. “This study marks the beginning of a new era in ocean management and transparency.”

    The study was made possible thanks to the generous support of Bloomberg Philanthropies, National Geographic Pristine Seas and Oceankind, and our technology partner, Google. As an awardee of The Audacious Project, a collaborative funding initiative that is catalyzing social impact on a grand scale, Global Fishing Watch is able to further the application of this innovative work.

    Heise online : Dank Satellitenbildern und KI : Bislang unbekannte Fischereiflotten entdeckt
    ▻https://www.heise.de/news/Dank-Satellitenbildern-und-KI-Bislang-unbekannte-Fischereiflotten-entdeckt-958

    #pêche #océans #environnement

  • La fonte des barrières de #glace de l’#Antarctique occidental est désormais inévitable et irréversible

    La fonte qui glace. Ce processus ne peut pas être inversé et contribuera à la hausse du niveau de l’océan, même en limitant le réchauffement climatique, alerte une nouvelle étude.

    Les plateformes (ou barrières) de glace jouent un rôle stabilisateur essentiel et ralentissent la #fonte_des_glaciers dans l’#océan. Leur fonte dans l’#Antarctique_occidental va se poursuivre de manière inévitable, et ce dans tous les #scénarios de réduction des émissions de gaz à effet de serre. Autrement dit, limiter le réchauffement à +1,5°C à la fin du siècle par rapport à l’ère préindustrielle, comme le prévoit l’#Accord_de_Paris, ne suffira pas à inverser la tendance. C’est à cette glaçante conclusion que sont parvenu·es les chercheur·ses du British antarctic survey (l’opérateur britannique de recherche en Antarctique) dans cette étude parue dans Nature climate change ce lundi : ►https://www.nature.com/articles/s41558-023-01818-x.

    « Nous constatons qu’un réchauffement rapide des #océans, environ trois fois plus rapide que le taux historique, est susceptible de se produire au cours du XXIème siècle », écrivent les scientifiques, qui ont modélisé la #mer_d’Amundsen, à l’ouest de l’Antarctique, pour mener l’analyse la plus complète du réchauffement dans la région à ce jour.

    La poursuite de la fonte des #barrières_de_glace dans l’Antarctique ouest pourrait entraîner la débâcle irréversible des #glaciers, de quoi élever le niveau de l’océan de cinq mètres, un processus aux conséquences potentiellement désastreuses pour la planète. « Notre étude n’est pas une bonne nouvelle : nous avons peut-être perdu le contrôle de la fonte de la #plateforme_glaciaire de l’Antarctique occidental au cours du XXIe siècle », a déclaré au Guardian Kaitlin Naughten, qui a dirigé les travaux.

    « Il s’agit d’un des effets du changement climatique auquel nous devrons probablement nous adapter, ce qui signifie très probablement que certaines communautés côtières devront soit construire [des défenses], soit être abandonnées », poursuit la chercheuse du British antarctic survey.

    Aujourd’hui, environ deux tiers de la population mondiale vit à moins de cent kilomètres d’une côte. De nombreuses mégalopoles mondiales, comme New York, Shanghai, Tokyo ou Bombay, sont situées sur le littoral et particulièrement vulnérables à la montée du niveau de la mer.

    ▻https://vert.eco/articles/la-fonte-de-lantarctique-est-desormais-inevitable-et-irreversible
    #irréversibilité #inévitabilité #climat #changement_climatique

    • Unavoidable future increase in West Antarctic ice-shelf melting over the twenty-first century

      Ocean-driven melting of floating ice-shelves in the Amundsen Sea is currently the main process controlling Antarctica’s contribution to sea-level rise. Using a regional ocean model, we present a comprehensive suite of future projections of ice-shelf melting in the Amundsen Sea. We find that rapid ocean warming, at approximately triple the historical rate, is likely committed over the twenty-first century, with widespread increases in ice-shelf melting, including in regions crucial for ice-sheet stability. When internal climate variability is considered, there is no significant difference between mid-range emissions scenarios and the most ambitious targets of the Paris Agreement. These results suggest that mitigation of greenhouse gases now has limited power to prevent ocean warming that could lead to the collapse of the West Antarctic Ice Sheet.

      ►https://www.nature.com/articles/s41558-023-01818-x

  • « Icon of the seas » : symbole d’un monde qui s’effondre - Contre Attaque
    ▻https://contre-attaque.net/2023/07/21/icon-of-the-seas-symbole-dun-monde-qui-seffondre

    Il est beau, il est neuf, il est multicolore comme un bonbon : un tout nouveau paquebot de luxe. Plus polluant à lui seul qu’une grande ville occidentale. [...]

    « The Icon of the Seas », de la compagnie Royal Caribbean, mesure 365 mètres sur 20 étages. Il est plus long que la tour Eiffel si elle était couchée, et 5 fois plus vaste que le Titanic. Le monstre pèse 250.000 tonnes, et c’est « le plus grand navire de croisière au monde ». Probablement la plus grande embarcation de l’histoire de l’humanité, puisqu’il est capable d’embarquer 7600 clients et 2350 membres d’équipage, soit quasiment 10.000 passagers à bord !

    Pour vous faire un idée du délire sans limite de la société capitaliste : on trouve sur le navire un minigolf, une patinoire –oui, au milieu d’océans tropicaux, on va faire geler de l’eau pour que des gens glissent sur de la glace – une quinzaine de bars et restaurants, un simulateur de surf – on crée donc une mer et des vagues artificielles sur un bateau ! – mais aussi sept piscines et des bains à remous, un parc aquatique avec six toboggans géants, des salles de spectacle et de concert, et même un quartier « Central Park ».

    #écologie #capitalisme #néolibéralisme #océans #pollution

  • Les océans se colorent en vert, signe d’un bouleversement des écosystèmes – Libération
    ▻https://www.liberation.fr/environnement/biodiversite/les-oceans-se-colorent-en-vert-signe-dun-bouleversement-des-ecosystemes-2
    ▻https://www.liberation.fr/resizer/wOpVWVUeFuEL1MfpiuVvZ8-aDyo=/1200x630/filters:format(jpg):quality(70):focal(1732x1045:1742x1055)/cloudfront-eu-central-1.images.arcpublishing.com/liberation/SNYENUXHC5DRJGJ5YJATGJUHAU.jpg

    Le réchauffement climatique verdit les #océans, affirme une étude de « Nature » publiée ce mercredi 12 juillet. Les causes et conséquences sont encore incertaines, mais ce phénomène reflète un profond changement dans les écosystèmes.

  • Nous sommes au bord du précipice
    ▻https://www.lemonde.fr/planete/article/2023/03/20/le-rapport-de-synthese-du-giec-un-guide-pratique-pour-desamorcer-la-bombe-a-

    Je vous donne directement le scenario catastrophe prévu (« le très émetteur ») — ce qui arrivera donc : la température mondiale s’élèvera, lors de la période 2081-2100 de 2,5 à 4,4 °C « en cas de poursuite des politiques actuelles ».

    La poursuite des émissions entraînera des perturbations plus importantes du cycle de l’eau, une accélération de la débâcle des glaces, de l’#acidification et de la #désoxygénation des #océans, des baisses de #productions_agricoles, ainsi qu’une moindre efficacité des puits de carbone (forêts, océans, etc.), qui absorbent actuellement la moitié des #émissions_de_CO2. Avec, à la clé, encore davantage de #mortalité, de pénuries, de pauvreté, de famines ou de conflits. Ces impacts seront non seulement « de plus en plus complexes à gérer », mais ils se produiront souvent simultanément, avec parfois des conséquences « en cascade » d’une région à l’autre.

    Certains changements sont irréversibles. L’#élévation_du_niveau_des_mers va par exemple se poursuivre pendant des siècles ou des millénaires, sous l’effet de leur réchauffement et de la #fonte_des_calottes_glaciaires, qui vont également perdurer sur des échelles de temps très longues.

    Il ne reste que ça d’essentiel une fois retirées les passages utiles sur les causes et les implorations inutiles à destination des agents politiques du capitalisme mondiale, du genre (jeu : trouvez l’intrus — attention, c’est difficile) :

    Pourtant, l’humanité peut encore reculer et éviter le grand saut.

    … cependant, le Père Noël existe.

    … il reste une chance de limiter le réchauffement planétaire à 1,5 °C par rapport à la période préindustrielle.

    … on peut freiner le désastre

    La fenêtre pour éviter les pires effets de la #crise_climatique « se ferme rapidement », mais on peut encore s’y faufiler…

    … les chances de limiter le #réchauffement à 1,5 °C, à condition d’un sursaut international…

    Tous les pays doivent « appuyer immédiatement sur l’accélérateur », résume #Antonio_Guterres, qui demande aux économies développées d’avancer l’atteinte de la neutralité carbone au plus vite…

    La seule solution est entre les mains des producteurs eux-mêmes — la classe des travailleurs. Tous les discours nous enjoignant d’espérer des États aux ordres des possédants, les véritables prédateurs, ne sont sur des diversions mortifères.

    #GIEC #rapport #capitalisme #capitaloscène #réchauffement_climatique #catastrophes #désastre_climatique

  • Haute mer : un traité entre pirates

    ▻https://journal.lutte-ouvriere.org/2023/03/08/haute-mer-un-traite-entre-pirates_540010.html

    Samedi 4 mars, un #traité de #protection_de_la_haute_mer a été signé sous l’égide de l’#ONU. Après quinze ans de négociations et alors que le #changement_climatique et la #pollution des océans deviennent toujours plus inquiétants, les représentants des grandes puissances comme ceux des #ONG y ont vu un pas en avant décisif pour la #protection_du_climat, de la #biodiversité et de la planète.

    On peut évidemment douter que l’ONU protégera plus la #haute_mer, soit 60 % de la surface de la planète, qu’elle ne protège la paix et les peuples. La pollution de l’océan et son #réchauffement viennent de l’activité humaine terrestre, régie par la course au profit, face à laquelle l’ONU n’a que des phrases, et encore, à proposer.

    Le traité envisage de transformer un tiers des #océans en #Aires_maritimes_protégées (#AMP), ce qui en ferait des sanctuaires de biodiversité d’où toute activité humaine serait proscrite. Or les AMP existent déjà dans des zones sous contrôle étatique et sont au mieux un affichage politique ou touristique, au pire une privatisation de l’océan. Ainsi, la mer d’Iroise, bordant le Finistère, est une zone protégée dans laquelle des algues vertes reviennent chaque année, sans qu’aucune mesure sérieuse ne soit prise. La Grande-Bretagne quant à elle a transformé en 2010 l’#archipel_des_Chagos, dans l’océan Indien, en AMP, y interdisant toute activité humaine… sauf celle de la #base_militaire américaine de #Diego_Garcia, avec ses milliers d’hommes, ses navires de guerre, ses bombardiers et jusqu’à sa prison secrète. La France a institué en 2016 une AMP de 2500 km² autour de l’#île_de_Clipperton dans le #Pacifique. Elle est entourée d’une zone de 4,5 millions de km² dédiée à la recherche de nodules polymétalliques, la zone où on peut polluer est donc près de 2 000 fois plus étendue que la zone dite protégée.

    La concurrence entre les grandes puissances et les entreprises privées qu’elles représentent compte bien plus que la protection de la nature. Les fosses océaniques recèlent en effet des espèces vivantes dont la découverte donne lieu à des brevets en #chimie, #biologie et même en cosmétique. Le traité indique simplement que 1 % du profit tiré de l’#exploitation de ces #brevets, qui ne peut être le fait que de grands groupes capitalistes occidentaux, devra revenir aux pays pauvres. Quant aux #métaux_rares qui reposent au fond des mers, on commence déjà à aller les chercher. 14 tonnes de #nodules_polymétalliques ont été extraites en décembre, par plus de 4 000 mètres de fond, dans la zone de Clipperton. L’impact de cette opération sur l’#environnement est inconnu à ce jour, celui d’une éventuelle exploitation industrielle encore plus. Quoi qu’en disent les scientifiques, elle risque pourtant d’être lancée et l’#Autorité_internationale_des_fonds_marins doit en décider avant la fin de l’année. L’ONG américaine très influente #Pew_Charitable_Trusts, en pointe dans la constitution d’AMP, se contente de demander qu’un tiers des fonds soient épargnés. C’est à de telles ONG, étroitement liées au grand patronat et aux États, que seront confiées les AMP si elles voient le jour.

    Tous les pays impérialistes sont aux aguets. Ainsi, le Sénat français, qui visiblement ne s’emploie pas seulement à démolir les retraites, a commandé en 2022 un rapport à ce sujet. Il conclut que l’exploitation des #fonds_marins peut rapporter gros et qu’en conséquence l’État doit prendre les mesures administratives, financières et diplomatiques permettant à la cinquantaine de sociétés françaises intéressées de ramasser le pactole. Le rapport enrobe bien sûr tout cela de considérations écologiques, mais recommande que dorénavant la #Marine_nationale soit plus présente sur les zones concernées et que ses frégates soient équipées de drones sous-marins capables de travailler en grande profondeur.

    En fait de #protection de la nature, les États impérialistes préparent des Aires maritimes protégées de la #concurrence, par la force des armes s’il le faut.

    #impérialisme #réchauffement_climatique

  • Lancée en avril de Kourou, la sonde européenne #Juice ira explorer les trois plus grosses lunes glacées de #Jupiter.

    « Juice est la première #sonde_spatiale européenne à destination d’une planète située à cette distance du système solaire », souligne Olivier Witasse, responsable scientifique de la mission Juice pour l’#Agence_spatiale_européenne (#ESA). Il poursuit en résumant son objectif essentiel : « Il s’agit de savoir si les #océans_souterrains de #lune_Callisto, #lune_Europe et #lune_Ganymède abritent des conditions propices à l’émergence à la vie. Pour y arriver, la sonde va analyser ces océans, lesquels sont situés en dessous des surfaces glacières des trois satellites. »
    Ces trois lunes, dites « #lunes_galiléennes » car observées pour la première fois en 1610 par l’astronome et physicien italien #Galilée, sont les plus massives du système jupitérien, qui en compte 79 au total. Leur point commun majeur : elles sont les seules à contenir de l’eau liquide, première condition à l’éventuelle présence de traces de vie.
    « Les instruments embarqués dans la sonde devraient déterminer les caractéristiques chimiques de leurs océans souterrains et reconstituer leur évolution », précise Francis Rocard, astrophysicien et responsable du programme d’exploration du système solaire au #Centre_national_des_études_spatiales (#CNES). « D’après nos données existantes, on pense que cette eau liquide se trouve sous 40 kilomètres d’épaisseur de glace. Certaines portions, comme des lacs souterrains, pourraient se trouver plus proches du sol. Si cette eau contient du sel dissous, ce serait déjà un premier signal de conditions propices à la vie. Mais attention, tout ceci reste à confirmer par Juice, c’est là tout son travail », prévient Olivier Witasse de l’ESA.

    (Les Échos)

    #exploration_spatiale

  • La blague de mauvais goût du jour :

    Un #accord pour l’Histoire. Ce lundi matin, après quatre années de négociations difficiles, dix jours et une nuit de marathon diplomatique, plus de 190 Etats réunis à Montréal sont parvenus à un accord visant à mieux protéger la biodiversité de la planète. « L’accord a été adopté », s’est réjoui Huang Runqiu, le président chinois de cette #COP15 , avant de laisser retomber son marteau sous les applaudissements des délégués.

    Cet accord, baptisé « accord de Kunming-Montréal », vise à protéger les #terres, les #océans et les espèces de la #pollution, de la dégradation et de la #crise_climatique. Le texte final, présenté dimanche par la Chine, retient l’objectif de protéger 30 % de la planète d’ici 2030. Cette cible, la plus connue de la vingtaine de mesures approuvées, a été présentée comme l’équivalent, pour la #biodiversité, de l’objectif de Paris de limiter le #réchauffement_climatique à 1,5 °C. A ce jour, seules 17 % des terres et 8 % des mers sont protégées

    (Les Échos)

    La réalité : derrière les grands discours sur la protection de la nature, sur la sauvegarde des espèces menacées, et sur le soutien aux scientifiques démunis, il n’y a que du vent. Or, face à la prédation et aux saccages environnementaux qui sont consubstantiels au #capitalisme — c’est-à-dire à la loi de la reproduction du capital —, il faudra autre chose que du vent. Autre chose que des déclarations de bonne intention et autre chose que des illusions bien-pensantes.
    #écologie #diversité_animale #protection_de_la_nature

  • Azote : la crise environnementale dont vous n’avez pas encore entendu parler | Ashoka Mukpo
    ►https://up-magazine.info/planete/climat/93757-azote-la-crise-environnementale-dont-vous-navez-pas-encore-enten

    La création des engrais de synthèse au début du XXe siècle a marqué un tournant dans l’histoire de l’humanité, permettant une augmentation des rendements agricoles et provoquant un boom démographique. Mais l’utilisation excessive d’azote et de phosphore provenant de ces engrais est à l’origine d’une crise environnementale, avec la prolifération des algues et l’augmentation de la fréquence et de l’ampleur des « zones mortes » océaniques. Source : UP’ Magazine

  • Les fonds marins, un nouvel eldorado minier qui menace les océans Alexandre Shields
    ▻https://www.ledevoir.com/societe/environnement/652542/environnement-les-fonds-marins-un-nouvel-eldorado-minier-qui-menace-les-oc

    Une organisation méconnue associée à l’ONU prépare activement le terrain en vue de l’exploitation minière des fonds océaniques de la planète. Elle a déjà accordé des permis d’exploration totalisant des centaines de milliers de kilomètres carrés pour la recherche de minerais convoités pour le développement technologique et la transition énergétique. Cette nouvelle industrie risque toutefois de menacer les écosystèmes marins jusqu’aux plus grandes profondeurs des océans.


    Photo : NOAA Office of Ocean Exploration and Research Les scientifiques redoutent les répercussions de l’exploitation minière en milieu marin sur des écosystèmes toujours méconnus.
    L’appétit de l’humanité pour l’exploitation minière devrait continuer de prendre de l’ampleur au cours des prochaines années, stimulé notamment par l’électrification des transports, le développement de l’énergie solaire et éolienne, le recours à de nouvelles technologies et la fabrication toujours effrénée d’appareils qui ont une courte durée de vie et qui sont très peu recyclés.

    Or, plusieurs des minerais qui seront utilisés pour répondre à la demande industrielle sont soit rares sur la terre ferme soit peu présents dans certains pays où leur utilisation est croissante, notamment en Europe et en Asie. Cette situation a pour effet d’attirer l’attention sur les imposantes ressources minières qui se trouvent dans les fonds marins de plusieurs régions de la planète, expliquent au Devoir les chercheurs Pierre-Marie Sarradin et Jozée Sarrazin, de l’unité de recherche Étude des écosystèmes profonds de l’Institut français de recherche pour l’exploitation de la mer (Ifremer).

    L’idée d’explorer et d’exploiter le potentiel minier des fonds marins, jusqu’à plus de 4000 mètres de profondeur dans certains cas, n’a d’ailleurs rien de théorique. Selon les données fournies par l’Ifremer, un total de 31 permis d’exploration ▻https://www.isa.org.jm/minerals/exploration-areas ont déjà été accordés par l’Autorité internationale des fonds marins (AIFM), un organisme indépendant mis sur pied dans le cadre de la Convention des Nations unies sur le droit de la mer. Celui-ci n’a pas répondu à nos nombreuses demandes de précisions. Il tient sa 26e session jusqu’au 10 décembre.

    De multiples détenteurs
    Les permis concernent tous des eaux internationales, c’est-à-dire des zones situées loin au large des côtes, et ils sont détenus par 22 entreprises ou États. Selon la liste figurant sur le site de l’AIFM, les détenteurs viennent de plusieurs régions du monde. On y retrouve notamment les gouvernements de l’Inde, de la Pologne et de la Corée du Sud, mais aussi le ministère des Ressources naturelles de la Russie, une entreprise britannique, une société d’État allemande, deux entreprises japonaises et trois promoteurs chinois, dont une entreprise spécialisée dans le développement technologique.

    Les détenteurs des permis d’exploration ont la mainmise sur une superficie de fonds marins des océans Atlantique, Indien et Pacifique qui totalise plusieurs centaines de milliers de kilomètres carrés. On retrouve notamment des gisements potentiels de sulfures polymétalliques le long de la côte ouest canadienne. Ces gisements peuvent contenir de l’or, de l’argent, du fer, du cuivre et du zinc. Plus au large, dans les eaux internationales du Pacifique Nord, on retrouve des dépôts de ferromanganèse riches en manganèse, en cobalt et en nickel.

    Une vaste région du Pacifique située à l’ouest du Mexique suscite toutefois particulièrement la convoitise : la zone de Clarion-Clipperton. Des permis pour plus de 1,2 million de kilomètres carrés y sont actifs, détenus par 16 promoteurs différents. On retrouverait dans ces fonds marins plus de 20 milliards de tonnes de nodules polymétalliques, qui comptent plus d’une dizaine d’éléments chimiques différents.

    Toutes ces ressources trouvées dans le fond des océans pourraient répondre à une demande industrielle croissante au cours des prochaines décennies. Elles contiennent en outre des terres rares utilisées dans le développement de plusieurs technologies, notamment pour la fabrication de nos téléphones cellulaires, de nos ordinateurs et des véhicules électriques, mais aussi pour la production d’énergie solaire et éolienne.

    Exploitation à venir
    Sous la pression de certains États qui souhaitent lancer des projets expérimentaux d’exploitation, l’AIFM, qui est basée en Jamaïque, travaille actuellement à compléter un cadre réglementaire pour la zone internationale des fonds marins, soit tout le territoire situé hors des frontières nationales. Dans un communiqué publié le 23 novembre, l’organisation a indiqué qu’elle recherchait un « consultant légal » afin, notamment, qu’il lui fournisse un avis en vue de la « finalisation » du projet de règlements pour l’exploitation minière.

    Selon Mme Sarrazin et M. Sarradin, cette réglementation devrait être établie d’ici deux ans, ce qui ouvrira la porte à l’octroi de permis d’exploitation. Dans un contexte où la demande pour certaines ressources augmente rapidement et où plusieurs entreprises développent les techniques qui permettraient d’exploiter les fonds marins, même à de grandes profondeurs, les chercheurs de l’Ifremer estiment que la technologie « pourrait être opérationnelle d’ici 5 à 10 ans ».

    Le Devoir a consulté le site de certaines des entreprises ▻https://metals.co qui lorgnent ce potentiel minier inexploité. Toutes font valoir que les ressources des fonds marins constituent un élément essentiel de la transition énergétique, et donc de la lutte contre la crise climatique. Qui plus est, toutes les entreprises assurent que cette exploitation serait peu risquée pour l’environnement, et ce, malgré l’absence d’études indépendantes portant sur les effets environnementaux.

    Les chercheurs de l’Ifremer font d’ailleurs une mise en garde contre les répercussions potentielles de cette industrie : destruction d’habitats, panaches de particules, bruits, vibrations, remise en circulation de sédiments et de composés toxiques qui pourraient voyager sur de très grandes distances, etc. « Tous ces éléments risquent de perturber des fonctions biologiques de base comme la reproduction, la migration, le recrutement, les cycles de vie, voire les grands cycles géochimiques de l’océan », préviennent Pierre-Marie Sarradin et Jozée Sarrazin.

    Demande de moratoire
    Pour l’organisation Deep Sea Conservation Coalition, il faut donc imposer « un moratoire » sur les projets miniers en milieu marin avant que ceux-ci provoquent des dégâts qui risqueraient de perdurer pendant plusieurs années.

    « La biodiversité des zones ciblées pourrait prendre des siècles à revenir, d’autant plus que l’extraction détruirait complètement les fonds marins », souligne Sian Owen, qui coordonne la stratégie de l’organisme depuis une dizaine d’années. Elle ajoute que la « transition » énergétique devrait aller de pair avec l’idée de réduire la demande en ressources, ce qui ne cadre pas avec la volonté d’aller exploiter des minerais jusqu’au fond des océans. Mme Owen rappelle du même coup que plusieurs produits technologiques sont toujours très peu recyclés, ce qui constitue un important gaspillage de ressources non renouvelables.

    Devant le tollé soulevé dans une partie de la communauté scientifique ▻https://www.seabedminingsciencestatement.org , des entreprises comme Samsung, BMW, Google, Volvo et Microsoft ont réclamé un moratoire sur le développement de cette nouvelle industrie minière.

    Ce principe semble, aux yeux de plusieurs, la voie à suivre. « La connaissance du fonctionnement des écosystèmes associés à ces ressources, même si elle s’accroît un peu plus chaque année, est encore largement insuffisante pour qu’on puisse évaluer de manière robuste les effets de l’exploitation, mais également pour qu’on puisse proposer des stratégies de surveillance environnementale efficaces », font valoir M. Sarradin et Mme Sarrazin.

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