• La Silicon Valley est-elle devenue fasciste ? - Conférence
    https://conference.sciencespo.fr/content/2025-11-17/la-silicon-valley-est-elle-devenue-fasciste_MP4XZkEZOF89Zg8Db9

    Pendant trente ans, la Silicon Valley a incarné un imaginaire libertaire et progressiste. Aujourd’hui, une partie de ses élites soutient Donald Trump et son agenda nationaliste et autoritaire. Pourquoi ce renversement spectaculaire ? Dans un entretien inédit pour Conférence, Fred Turner et Olivier Alexandre, deux des meilleurs spécialistes mondiaux de la Silicon Valley, dévoilent les ressorts idéologiques et économiques de cette mutation.

    https://www.youtube.com/watch?v=ujsG4mfSUhM&t=1248s

    La fin de l’idéologie californienne

    Fred Turner, dans l’esprit de son ouvrage Aux sources de l’utopie numérique : de la contre-culture à la cyberculture (C&F Éditions), rappelle que la Silicon Valley s’est construite sur l’« idéologie californienne » : mélange de cybernétique et de spiritualité New Age. Une vision où la technologie devait libérer les individus des institutions et de la politique. Ce récit fondateur s’effondre aujourd’hui. L’industrie n’est plus animée par le rêve de connexion, mais par une logique de l’extraction : extraction massive de données, d’énergie, de ressources foncières pour soutenir l’infrastructure du numérique.
    Un déplacement géographique vers le Texas

    Avec l’arrivée d’immenses fermes de serveurs et des industries énergivores de l’IA et de la crypto, une partie de la tech se tourne vers le Texas. Or l’ « idéologie texane » est bien différente de l’idéologie californienne : nationalisme chrétien, conservatisme, extractivisme pétrolier et héritage industriel. Ce déplacement coïncide avec le rapprochement avec Trump, figure politique qui incarne ce modèle économique et offre aux entreprises la permissivité réglementaire qu’elles recherchent.
    Une Silicon Valley fracturée : « rouge » contre « bleue »

    Olivier Alexandre, dans la lignée de son ouvrage La Tech (Seuil, 2023) insiste sur le fait la Silicon Valley n’est pas un bloc. Il propose de distinguer deux camps : une technologie « rouge », tournée vers la culture du hardware, résolument plus conservatrice ; et une technologie « bleue », héritière de la culture du software, qui reste attachée au progressisme de l’utopie californienne. Entre ces deux camps, la tech est devenue un champ de bataille idéologique.
    Une idéologie qui s’exporte : le risque d’un alignement européen

    Fred Turner souligne que les imaginaires de la Silicon Valley se propagent largement : la croyance que l’IA pourrait devenir une superintelligence autonome influence déjà les dirigeants et hauts fonctionnaires européens. Cette adoption sans réserve ni critique des récits californiens pousse l’Europe à suivre l’agenda techno-politique américain, au détriment de ses propres valeurs et son propre modèle numérique.

    #Fred_Turner #Olivier_Alexandre #Silicon_Valley #Idéologie #Sciences_po

  • (1) Fil d’actualité | LinkedIn
    https://www.linkedin.com/posts/olivier-alexandre-579b5285_quelles-donn%C3%A9es-%C3%A0-prendre-en-compte-p

    Olivier Alexandre • 1er Tech&Culture 4 j • Modifié •

    Quelles données à prendre en compte pour les centres de données ?

    Ces infrastructures informatiques, composées d’ordinateurs centraux, baies de stockage et serveurs, sont devenues la colonne vertébrale du réseau des réseaux et le moteur des IAgen.

    On pourra donc se réjouir de la perspective d’un grand centre de données, nommé "Campus IA", sur la commune de Fouju en Seine-et-Marne, pour un montant de 35 milliards d’euros. D’autant plus que ce projet s’accompagne de plusieurs promesses : souveraineté, embauches (1000 emplois), facilités d’accès aux réseaux connectique et énergétique, 20% de végétalisation, contrôle d’investisseurs français. Elles ont été présentées avec pédagogie par les porteurs et parties prenantes dans le cadre de la consultation publique ouverte jusqu’au 23 novembre 2025.

    Ce projet pose toutefois plusieurs questions, relatives à la souveraineté, au projet de société et la gestion des externalités négatives à venir. Comme le rappelait récemment Ophélie Coelho interrogée par Mathilde Saliou, la question de la souveraineté ne saurait se résumer au critère de la localisation, soit "un centre en France = un centre français".

    https://lnkd.in/eDaZp2-w

    Une implantation recouvre des dimensions financières, techniques et organisationnelles. Les partenaires connus du projet sont la BPI, Mistral AI, Nvidia et MGX. Si la BPI exerce sous la supervision d’autorités publiques, une large partie du capital de Mistral AI est désormais sous contrôle d’investisseurs américains (dont Lightspeed Venture et h16z, Marc Andreessen travaillant directement avec l’administration Trump) ; l’entreprise américaine NVIDIA contrôle 80% du marché des micropuces ; et MGX est une société d’investissement émiratie.

    Ces capitaux et les ressources techniques attenantes ne sont pas neutres. Elles s’accompagnent de valeurs, modèles de développement et d’un projet de société : technosolutionnisme, ambition monopolistique, extractivisme, voire pour certains d’entre eux singularité technologique.

    Ce projet en vient ainsi à questionner le sens même du terme « société » : comment ce type d’infrastructures compose et recompose nos relations avec le reste du monde, le travail, l’habitat, l’énergie, l’eau, la biodiversité, voire même des dimensions aussi prosaïque que la lumière ou le bruit.

    Pour rappel, les centres de données consomment 2% de l’électricité mondiale (20% en Irlande) ; un seul centre absorbe jusqu’à 5 millions de litres d’eau par jour, et représente une nuisance sonore de 25 à 35 dB (la réglementation française limitant l’émergence sonore nocturne à 3 dB).

    Voici quelques-uns des enjeux que nous évoquions vendredi 7 novembre à Crisenoy, commune limitrophe de Fouju, à l’initiative d’Arnaud Saint-Martin, avec les chercheurs Clément Marquet, Pauline Gourlet, Marie Garin et Nilo Schwencke.

    Image. Construction d’un centre de données Amazon dans le comté de Loudoun (Texas) 10 février 2024 (Getty Image).

    https://media.licdn.com/dms/image/v2/D4E22AQFPqFvqTL2kfg/feedshare-shrink_800/B4EZpeTiZhIIAk-/0/1762518772008?e=1764201600&v=beta&t=31-J34yojWMxYSW2X2GtzOzieAY8ZQF02rg

    #Olivier_Alexandre #Datacenters #Extractivisme #Investisseurs

  • La recherche sans les sciences humaines et sociales a-t-elle un avenir ? | Alternatives Economiques
    https://www.alternatives-economiques.fr/recherche-sciences-humaines-sociales-a-t-un-avenir/00114547

    Un plaidoyer pour la recherche en sciences humaine au CNRS.
    Deux des signataires (Francesca Musiani et Olivier Alexandre) préparent deux livres à paraître cette année chez C&F éditions.

    Préjugés tenaces

    La « revitalisation » du CNRS passerait donc par l’exclusion de ce qui ne relève pas de « l’instrumentation de haut niveau », soit l’ensemble des sciences humaines et sociales (SHS), ainsi que la philosophie. Cette conception n’est ni neuve, ni isolée.

    On la retrouve régulièrement dans plusieurs journaux (dont Le Figaro), elle est portée au sein de l’administration Trump qui a écarté les recherches centrées sur les « femmes », les « discriminations », les « inégalités », et elle a également pu exister au sein du CNRS, une institution dont les directions successives furent assurées par des physiciens (12 sur 25), des géologues (cinq), des biologistes (quatre), des mathématiciens (deux), un chimiste et un informaticien, mais jamais par des représentants des SHS.

    Elle repose sur plusieurs préjugés : l’idée que les SHS ne produiraient pas de résultats applicables, qu’elles seraient poreuses à l’idéologie, contrairement à l’étude des phénomènes dits naturels, que les chercheurs recrutés en SHS seraient moins exigeants, voire moins motivés que leurs collègues pratiquant l’expérimentation, et enfin qu’ils pèseraient grandement sur la masse salariale du CNRS.

    L’absence de mise en œuvre des résultats des recherches en sciences humaines et sociales tient plutôt d’un défaut de volonté politique
    Outre qu’elles participent au rayonnement de la France et contribuent au patrimoine intellectuel mondial, les recherches de Raymond Aron et Georges Friedmann sur les sociétés industrielles, d’Edgar Morin et Pierre Bourdieu sur la culture, d’Alain Schnapp et Philippe Descola sur les sociétés passées et éloignées, de Roger Brunet et Catherine Wihtol de Wenden sur les territoires et les migrations, de Chantal Nicole-Drancourt et Sibylle Gollac sur les inégalités de genre permettent pourtant de penser nombre d’applications : sur les flux de population, l’organisation du travail, l’enseignement, la gestion du patrimoine ou la justice sociale. L’absence de mise en œuvre tenant plutôt d’un défaut de volonté politique.

    L’histoire des sciences montre cependant qu’être un scientifique « à la dure » ne protège pas des errements idéologiques tels que le darwinisme social, l’eugénisme ou le jdanovisme1. Des dérives qui ont été le fait de savants menant des recherches expérimentales, qui n’en reposaient pas moins sur des préjugés sociaux, moraux et raciaux.

    Même s’il est hâtif d’en tirer des conclusions sur une différence de compétences entre disciplines, les chercheurs en SHS ne correspondent pas à l’idée reçue d’une population peu motivée et faiblement sélectionnée.

    Bernard Meunier en appelle à une opération magique décrite par René Girard : le sacrifice d’un bouc émissaire (ici les SHS) qui permettrait de « revitaliser » la communauté. Or, rien ne permet sur le plan empirique de considérer que cette solution aurait les résultats escomptés. Tout d’abord, les 1 689 chercheurs et 1 309 ingénieurs et techniciens permanents en SHS ne représentent qu’à peine 15 % des fonctionnaires du CNRS et moins de 5 % des budgets de recherches hors salaires, selon des calculs effectués sur la base du rapport de 2023.

    Les problèmes accablant la recherche en France ne sont donc pas les SHS, mais la mise en place de systèmes de financement et d’évaluation externes. Le poids administratif n’est pas un effet de la crise de croissance du CNRS mais la conséquence du développement du financement de la recherche sur projet via des agences de financement extérieures. Depuis leur mise en place entre 2005 et 2007, l’Agence nationale de la recherche et le Conseil de la recherche européenne concentrent l’attribution des financements au détriment des ressources propres des laboratoires.

    Réattribuer des crédits réguliers directement aux structures de recherche, dont celle du CNRS, répartirait plus équitablement les ressources et réduirait les pertes de temps. Les calculs réalisés sur la base de l’hypothèse d’une suppression du système de financement par projet indiquent que la productivité des chercheurs français pourrait doubler, à investissement constant.

    Faire de cette projection une réalité nécessite de mettre de côté les préjugés idéologiques et d’éviter le piège des rivalités disciplinaires, afin de replacer la recherche au cœur de nos préoccupations.

    Signataires : Olivier Alexandre, chargé de recherche au CNRS, directeur adjoint du Centre internet et société du CNRS ; Enka Blanchard, chargée de recherche au CNRS, membre du Laboratoire d’automatique, de mécanique et d’informatique industrielles et humaines (LAMIH) ; Francesca Musiani, directrice de recherche au CNRS, directrice du Centre internet et société et Lê Thành Dũng (Tito) Nguyễn, chargé de recherche au CNRS, membre du Laboratoire d’informatique et systèmes.

    #CNRS #Recherche #Sciences_humaines_et_sociales #SHS #Financement_recherche #Francesca_Musiani #Olivier_Alexandre

  • Facebook Files : Frances Haugen ou la révolte d’un pur produit de la Silicon Valley
    https://www.marianne.net/societe/big-brother/facebook-files-frances-haugen-ou-la-revolte-dun-pur-produit-de-la-silicon-

    C’est cette agence de communication qui l’a aidée à préparer ses interventions publiques, et notamment l’émission de télévision américaine « 60 minutes », lors de laquelle son identité a été révélée au grand public. Pour ajouter un étage à cette fusée pensée pour tenir la dragée haute au colosse qu’est Facebook, une dernière institution est venue la soutenir : l’ONG Luminate, fondée par le milliardaire franco-américain Pierre Omidyar. Un personnage intrigant, fondateur d’Ebay, épinglé par le scandale d’évasion fiscale Paradise Papers, et mécène de médias ayant servi de plateformes aux révélations d’Edward Snowden, le lanceur d’alerte qui a révélé les programmes de surveillance de masse aux États-Unis. Selon Le Monde, c’est une structure financée par l’ONG de Pierre Omidyar qui règle la facture de la tournée de Frances Haugen. On est donc loin de la caricature de David contre Goliath, ce qui témoigne d’une mutation dans le profil et les méthodes des lanceurs d’alerte.

    « Cette organisation lui permet d’imposer son agenda à Facebook, qui ne peut pas attendre que le soufflé retombe. Ils sont donc obligés de répondre et c’est ce qui peut entraîner un changement dans les pratiques de la plateforme », juge le chercheur Olivier Ertzscheid, auteur du Monde selon Zuckerberg (C & F, 2 020), interrogé par Marianne. « Il est aussi intéressant de noter une évolution dans le domaine dénoncé par les lanceurs d’alertes. Cela a commencé dans les années 1990 par la santé, puis Snowden ou Julian Assange ont dénoncé les dérives liberticides des États, et désormais les alertes émanent de l’intérieur des géants du numérique », observe auprès de Marianne Olivier Alexandre, docteur en sociologie et chargé de recherche au CNRS.
    Crise morale

    La Silicon Valley est désormais attaquée par ses enfants. « Frances Haugen partage avec les leaders de la Silicon Valley de nombreuses similarités sociologiques. Elle a le même âge que Mark Zuckerberg (37 ans : N.D.L.R.), ils sont de cette génération qui a été aux premières loges en grandissant en même temps que les réseaux sociaux. Elle est américaine et blanche dans un milieu qui se présente comme très ouvert mais qui discrimine les étrangers et les latinos et les Afro-Américains. Elle est ingénieure en informatique avec une solide culture scientifique qui fonde une croyance dans le fait que les nouvelles technologies sont une source de progrès. Et enfin, comme la plupart des cadres de la Silicon Valley, elle est issue d’un milieu social très favorisé », décrypte le sociologue Olivier Alexandre.

    #Facebook #Frances_Haugen #Olivier_Ertzscheid #Olivier_Alexandre