• Vendée. Précarisés, les étudiants affluent à la distribution alimentaire de l’Université de La Roche-sur-Yon | Le Journal du Pays Yonnais
    https://actu.fr/societe/coronavirus/vendee-precarises-les-etudiants-affluent-a-la-distribution-alimentaire-de-l-uni

    Par Pierre-Alexandre Aubry Publié le 21 Jan 21 à 18:02

    Une distribution alimentaire a eu lieu, jeudi 21 janvier 2021, dans un local du campus universitaire de La Roche-sur-Yon.

    L’objectif : répondre aux besoins des étudiants, de plus en plus en difficulté, en pleine crise sanitaire liée à l’épidémie de Covid-19.
    Une initiative étudiante

    Face à cette précarité, ce sont six étudiants de la licence Information-Communication qui ont décidé de mener ce projet de distribution alimentaire.

    Face à la crise #Covid_19 aujourd’hui, une centaine d’étudiants etaient présents pour la 1re distribution alimentaire organisée par d’autres étudiants de l’université de La Roche-Sur-Yon.@UnivNantes #Vendee pic.twitter.com/Wm0jZNEBhQ

    — Pierre-Alex Aubry (@PAAubry) January 21, 2021

    Un projet tutoré qui se met en place sous la responsabilité de leur enseignant, Olivier Ertzscheid. « A la base, le but est de monter une épicerie solidaire », explique-t-il. Mais la situation actuelle et la précarité de certains étudiants les ont poussés à accélérer les choses.

    "L’idée, c’est de monter une distribution alimentaire régulière pour les étudiants, qui sont de plus en plus dans la fragilité".
    Olivier Ertzscheid
    Enseignant-Université La Roche-sur-Yon

    Pour répondre aux besoins des étudiants, ces six jeunes et leur tuteur ont décidé de proposer des colis de denrées alimentaires, grâce à l’aide de la Banque alimentaire de La Roche-sur-Yon.
    « Les étudiants sont complètement sous l’eau »

    Et les besoins des étudiants sont grands. Pour preuve : ils sont une centaine à s’être inscrits, via un formulaire en ligne, pour venir récupérer leur colis, jeudi 21 janvier.

    "C’est désolant de voir que les étudiants sont complètement sous l’eau. C’est alarmant sur la réalité de la vie étudiante".
    Olivier Ertzscheid

    Un sac de denrées alimentaires a été remis à chaque étudiants inscrit.
    Un sac de denrées alimentaires a été remis à chaque étudiants inscrit. (©Journal du Pays yonnais)

    Chaque colis contient des denrées alimentaires de base. « Pour le moment, il n’y a que du sec. Mais nous pourrons bientôt distribuer des produits frais, car nous allons installer des frigos », précise l’enseignant yonnais.

    Des produits d’hygiène sont également mis à la disposition des étudiants : dentifrice, serviettes hygiéniques, savons ou même des masques et du gel hydroalcoolique.

    Flora, Julie et Jeanne reviendront à la prochaine distribution. pic.twitter.com/qzcLPSd0LP

    — Pierre-Alex Aubry (@PAAubry) January 21, 2021

    Nouvelle distribution le 11 février

    « Merci de faire ça. Merci beaucoup, c’est super ! », lance une étudiante à ses camarades.

    De leurs côtés, Jeanne, Julie et Flora trouvent l’initiative intéressante :

    "Le fait que ce soit un projet mené par des étudiants, c’est bien. Ils nous comprennent et comprennent ce qu’on vit. C’est aussi le moyen de garder le lien en voyant d’autres étudiants."
    Jeanne, Julie et Flora
    Etudiantes à La Roche-sur-Yon

    La prochaine distribution aura lieu le 11 février, avec des produits frais en plus, grâce à l’aide supplémentaire des Restos du Cœur de Vendée.

    Quant à l’épicerie solidaire, elle devrait voir le jour à la rentrée 2021, et sera destinée à tous les étudiants qui le souhaitent, pas uniquement ceux de l’Université. D’autres associations y participeront et les récoltes du jardin partagé de l’Université y seront proposées.

    #Etudiants #Condition_vie #Olivier_Ertzscheid #Université #Précarité

  • Élection présidentielle américaine : WhatsApp a joué un rôle déterminant
    https://www.ladn.eu/tech-a-suivre/dark-social-whatsapp-election-interview-olivier-ertzcheid

    Les élections américaines ont vu monter le phénomène du « dark social » : le lobbying politique a quitté la surface des réseaux sociaux pour migrer vers les messageries privées comme WhatsApp, explique Olivier Ertzscheid, chercheur en sciences de l’information.

    Olivier Ertzscheid est maître de conférences en Sciences de l’information et de la communication à l’université de Nantes. Il est aussi l’auteur du blog Affordance.info sur lequel il analyse depuis plus de 15 ans des faits d’actualité liés à notre usage du web, avec un oeil avisé et un regard souvent critique vis-à-vis des grandes plateformes du numérique. Il publie Le monde selon Zuckerberg aux éditions C&F. Un essai qui décrit comment le monde du web a tourné au cauchemar, et pourquoi les plateformes nuisent à notre démocratie. Cette interview est un extrait édité du podcast de L’ADN à écouter ci-dessous.

    Votre livre peut se lire comme un appel à l’action. Notre passivité face aux réseaux sociaux que l’on critique sans jamais quitter vous inquiète-t-elle ?

    O. E : J’ai souvent des écrits pessimistes, mais je reste optimiste. Si on arrive à jouer sur ces trois leviers : l’éducation (expliquer aux gens comment fonctionnent ces plateformes), la régulation (faire en sorte que le pouvoir public agisse à un bon niveau d’intervention (le RGPD par exemple)), et l’opinion publique, on peut retrouver des usages vertueux. Nous arrivons à un moment démocratique charnière. Des figures politiques comme Trump et Bolsonaro émergent et soulignent l’importance des plateformes. Par ailleurs, Facebook et d’autres jouent un rôle fondamental pour faire naître certains mouvements revendicatifs, comme celui des Gilets Jaunes. Toute une frange de la population française est allée chercher sur Facebook un espace démocratique et médiatique auquel elle n’avait pas accès. Ces plateformes sont idéales pour faire naître des revendications, à condition d’en sortir. S’ils restent dans l’espace discursif des plateformes, ces mouvements finissent par vriller, tourner en boucle, produire un sentiment de rancoeur…

    Ce que nous montre l’adhésion massive à Facebook et la difficulté à en sortir malgré les critiques, c’est peut-être qu’il y a un manque, un vide qui n’est pas occupé. Facebook prend cette place et s’en sert pour satisfaire ses intérêts économiques. Ce qui est un risque pour la démocratie. On pourrait alors réfléchir à une espèce de Facebook public. Ou à un espace délibératif numérique qui ne soit pas la propriété d’une société américaine, qui ne soit pas financé par la publicité, qui ne soit pas uniquement disponible sur inscription et description exhaustive de sa vie, ses pensées, ses opinions…

    #OLivier_Ertzscheid #Monde_Zuckerberg #Podcast

  • La Roche-sur-Yon : un prof d’université donne un cours dans la rue pour alerter sur la « détresse » étudiante
    https://france3-regions.francetvinfo.fr/pays-de-la-loire/vendee/la-roche-sur-yon/roche-yon-prof-universite-donne-cours-rue-alerter-detre
    https://france3-regions.francetvinfo.fr/image/DJWeEVP_RsfSniQdROSPSquZT-U/930x620/regions/2020/12/15/5fd8bef15adba_cour_5-5123140.jpg

    Olivier Ertzscheid, un professeur de l’université de Nantes, a organisé ce mardi après-midi, un "cours de rue" à La Roche-sur-Yon. Il a souhaité ainsi alerter sur la "profonde détresse psychologique des étudiants", dont les établissements restent fermés en raison de la pandémie de covid-19.
    Publié le 15/12/2020 à 14h46 • Mis à jour le 16/12/2020 à 10h17
    Olivier Ertzscheid, maître de conférences en information et communication à l’université de Nantes, tient cours dans la rue
    Olivier Ertzscheid, maître de conférences en information et communication à l’université de Nantes, tient cours dans la rue • © France Televisions - Damien Raveleau
    Vendée La Roche-sur-Yon

    Il fait grand soleil en ce début d’après-midi de mardi. Cela tombe bien car c’est en extérieur, Place Napoléon, en plein centre-ville, et devant une église, qu’Olivier Ertzscheid, maître de conférences en information et communication à l’université de Nantes, a choisi de tenir un cours, devant une quarantaine d’étudiants.

    Muni d’un micro-casque et d’un amplificateur, Olivier Ertzscheid a convié ses étudiants de première et deuxième années du DUT information-communication de La Roche-sur-Yon mais aussi tout étudiant qui le souhaite à suivre un cours de culture numérique.
    Olivier Ertzscheid, maître de conférences en information et communication à l’université de Nantes, tient cours dans la rue
    Olivier Ertzscheid, maître de conférences en information et communication à l’université de Nantes, tient cours dans la rue • © France Televisions - Damien Raveleau

    "Un niveau de stress jamais atteint"

    "Ce n’est pas une manifestation mais l’envie de faire mon travail et d’accueillir les étudiants pour alerter sur leur profonde détresse psychologique", explique-t-il.

    Nos étudiants sont en souffrance et ont besoin d’échange

    Olivier Ertzscheid, maître de conférence en Sciences de l’Information à La Roche-sur-Yon

    Le professeur d’université dit avoir voulu réagir "à l’annonce du président Emmanuel Macron de rouvrir les églises pour le culte tout en maintenant les universités fermées".

    Premier cour de rue d’Olivier Ertzscheid, maître de conférence en Sciences de l’Information à La Roche-sur-Yon, pour protester contre les universités fermées. « Nos étudiants sont en souffrance et ont besoin d’échanges » ⁦@F3PaysdelaLoire⁩ #enseignement pic.twitter.com/FaxAm0Ilgn
    — fanny borius (@FannyBorius) December 15, 2020

    Depuis la publication d’une chronique intitulée "L’université vaut bien une messe, être étudiant en 2020" sur son blog le 23 novembre, puis reprise par L’Obs, cet universitaire a reçu plus d’une centaine de messages d’étudiants ou de parents inquiets de la situation.

    "Des jeunes sont en train de perdre leur sommeil et d’arriver à un niveau de stress jamais atteint, surtout que nous sommes en période d’examens", confie-t-il. "Mes propres étudiants vivent ce confinement comme un enfermement et l’absence de sociabilité les abîme".

    Selon l’enseignant, les cours 100% à distance ont atteint leurs limites. "Les étudiants n’en peuvent plus de passer huit heures par jour devant leur écran", a-t-il constaté.

    "Même si on essaie d’adapter et de raccourcir les séances, la démotivation est gigantesque, quel que soit le profil des étudiants, des décrocheurs aux premiers de la classe. Cette génération a l’impression de ne plus avoir d’horizon et d’aller droit dans un mur", a-t-il ajouté.

    #Olivier_Ertzscheid #Proferrant

  • A La Roche-sur-Yon, un cours de rue pour lutter contre l’isolement des étudiants - Libération
    https://www.liberation.fr/france/2020/12/16/a-la-roche-sur-yon-un-cours-de-rue-pour-lutter-contre-l-isolement-des-etu

    Olivier Ertzscheid, enseignant en sciences de l’information et de la communication, proposait une classe en plein air à ses élèves ce mardi dans la préfecture vendéenne. Réclamant une meilleure prise en compte du mal-être des jeunes forcés d’étudier à distance.

    A La Roche-sur-Yon, un cours de rue pour lutter contre l’isolement des étudiants

    Pour son premier cours de rue en ce mardi tout juste déconfiné, Olivier Ertzscheid, enseignant-chercheur en sciences de l’information et de la communication à l’IUT de La Roche-sur-Yon a soigné son cadre, devant l’église Saint-Louis de la préfecture vendéenne. Il n’avait cependant pas prévu que sa voix, pourtant amplifiée au micro, se mêlerait à celles de Salvatore Adamo et de Tino Rossi. Période de fêtes oblige, des haut-parleurs situés tout autour de la place Napoléon diffusent des chants de Noël. A peine perturbé par quelques grelots intempestifs, le maître de conférences entame son intervention portant sur une étude de quelques cas de communication numérique marquants. Le coup d’envoi est donné à 13 h 30, pour une grosse heure de cours magistral, suivie de quelques échanges avec l’assistance.

    Le professeur de 48 ans a eu l’idée de dispenser cette présentation en plein air à ses étudiants en DUT d’information communication lorsque les lieux de culte ont de nouveau été autorisés à accueillir des fidèles. « Voir que les églises rouvraient après quelques prières de rue alors que les étudiants sont toujours privés de cours en présentiel a été le coup de grâce », estime-t-il. Critique de l’action de Frédérique Vidal, ministre de l’Enseignement supérieur, Olivier Ertzscheid souhaite aussi, par ce cours en forme de happening, rendre plus visible la détresse des étudiants. « On ne les écoute pas parce qu’ils ne sont ni une force électorale, ni une force économique, mais il y a chez beaucoup d’entre eux des signaux psychologiques inquiétants, qui doivent alerter », ajoute l’enseignant.
    Isolement et craquage

    Le cours se déroule devant une cinquantaine de personnes masquées, la plupart debout en raison d’un sol encore humide après les averses de la matinée. La majorité de l’auditoire est composée d’étudiants. « J’étais très motivée pour venir, remarque Hannah Lemarignier. Ça fait du bien de sentir qu’un prof comprend ce que l’on vit alors que notre entourage familial ne prend pas toujours la mesure de nos inquiétudes. » En deuxième année de DUT, la jeune femme de 19 ans espère reprendre le plus tôt possible les cours. Elle redoute aussi de ne pas trouver d’entreprise où effectuer un stage obligatoire de deux mois, dans l’événementiel, au printemps. « J’ai commencé mes recherches en septembre et je n’ai que des refus à cause de la crise sanitaire. Les entreprises répondent qu’elles ne peuvent pas se positionner avant janvier ou février car elles sont elles aussi dans le flou », précise-t-elle.

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    Une autre de ses camarades, Zoé Chauvineau, ressent une grande frustration. L’étudiante de 20 ans a passé une partie du deuxième confinement chez ses parents dans les Pyrénées afin de ne pas revivre l’isolement qu’elle avait ressenti en restant à La Roche-sur-Yon au printemps. Elle reconnaît avoir « craqué » quand Emmanuel Macron a annoncé le 24 novembre une réouverture possible des universités en février : « Je me suis beaucoup battue pour entrer dans ce DUT qui est assez sélectif et nous n’avons pas pu travailler sur des projets d’événements. Nous n’avons pas non plus accès aux ordinateurs de la fac. Ils sont équipés des logiciels qui nous permettent de nous entraîner à la publication assistée par ordinateur. Ce sont des logiciels que je n’ai pas les moyens d’acheter et je suis très inquiète de ne pas avoir tous les acquis pour entrer en école ou licence de communication l’an prochain. »

    Olivier ERTZSCHEID, cours de rue, Université de Nantes, Place Napoléon, La Roche-sur-Yon le 15 décembre 2020Olivier Ertzscheid à La Roche-sur-Yon, ce mardi. Photo Franck Tomps pour Libération
    « On nous prend pour des idiots et pour des irresponsables »

    L’incompréhension des mesures gouvernementales les concernant prédomine. « Peut-être que le gouvernement ne veut pas créer d’inégalités entre les étudiants de gros campus et ceux de petites facs, cela peut s’entendre. Mais avoir cours dans un amphithéâtre de 800 places ou, comme nous, au sein de promotions de 60 personnes, ce n’est vraiment pas pareil d’un point de vue sanitaire », considère Antonin Couturier, également en deuxième année de sciences de l’information et de la communication.

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    « On nous prend pour des idiots et pour des irresponsables, estime Luka Pambour, étudiant de première année. Nous voyons les gens aller au travail et nous, nous restons enfermés chez nous derrière notre ordinateur. C’est dur d’être coupé du jour au lendemain les uns des autres alors que l’on débute une formation et que l’on commence à peine à se connaître. »

    Olivier Ertzscheid n’exclut pas de proposer d’autres cours de rue en janvier si aucune annonce n’est faite en faveur d’une réouverture des universités d’ici là. Le consensuel « esprit de Noël », si présent dans l’ambiance sonore yonnaise ce mardi, pourrait alors faire place à une critique plus rude de l’action gouvernementale.

    #Olivier_Ertzscheid #Proferrant

  • Covid-19. Pour militer pour la réouverture des universités, un prof fait cours dans la rue en - La Roche sur Yon.maville.com
    https://larochesuryon.maville.com/actu/actudet_-covid-19.-pour-militer-pour-la-reouverture-des-unive

    Professeur à l’IUT de La Roche-sur-Yon, Olivier Ertzscheid a proposé un cours de rue à des étudiants volontaires, sur la place Napoléon du côté de l’église, mardi 15 décembre. Par cette initiative, indépendante, il demande la réouverture des universités, dès janvier. Reportage.

    Il est 13 h sur la place Napoléon, à La Roche-sur-Yon, ce mardi. Olivier Ertzscheid, enseignant chercheur au département Information communication de l’IUT de La Roche, se prépare à animer son cours de rue.

    Une initiative personnelle, indépendante de l’IUT yonnaise et de l’université de Nantes. « L’idée m’est venue à la suite de la dernière allocution du président de la République, qui annonçait la réouverture des universités en février 2021. »

    Pour l’enseignant, cette date est une injustice totale pour les étudiants qui « souffrent de cette crise sanitaire, tant pour les études que la vie sociale ».

    Pendant une heure, muni d’un micro, devant l’église, il propose un cours sur la culture numérique, avec, en fond sonore, les chants de Noël diffusés dans le centre-ville. « J’ai choisi ce lieu pour rappeler les prières de rue qui ont été organisées il y a quelques semaines pour demander la réouverture des lieux de cultes », précise Olivier Ertzscheid. L’objectif est de faire parler de la situation que vivent les étudiants et par conséquent de faire ouvrir les universités dès la rentrée de janvier.
    « Je suis en trainde décrocher des cours »

    À 13 h 30, une trentaine d’étudiants sont présents sur le lieu du rendez-vous. Tous masqués, certains ont apporté un tabouret pour suivre le cours. D’autres sont venus avec un sandwich, un pain au chocolat ou encore une canette de soda à la main. « Ça fait tellement de bien de sortir et de revoir des visages familiers, comme ceux de nos copains et de nos professeurs », s’exclament Maëlle, Lola et Naëlle, trois copines en première année de Diplôme universitaire technologique (DUT) en spécialité Communication des organisations et en spécialité Métiers du livre.

    « Pour ma part je vis très mal ce deuxième confinement. Je suis en train de décrocher des cours. C’est dur, je n’ai pas de motivation, pas de projet, pas de vie étudiante », explique Naëlle, très contente de revoir ses amies.

    « Depuis la rentrée de terminale, nous n’avons pas eu cours pendant six mois. Nous avons eu les cours à distance au lycée et nous y revoilà à l’université », complète son amie Maëlle. Toutes les trois ont fait le déplacement de leur domicile à La Roche-sur-Yon pour soutenir l’initiative de leur enseignant. « On aimerait que ça fasse du bruit et que d’autres initiatives s’organisent pour rouvrir les universités », ajoute Lola.
    « Solitude forcée »

    Parmi ceux qui sont venus, il y a d’autres enseignants, à l’image de Stéphane Thobie qui enseigne dans un lycée à La Roche-sur-Yon et est également président d’ATTAC Vendée. « Je suis venu en soutien parce que la réalité est simple, les cours à distance ça ne marche pas. Les élèves ont besoin d’échanger directement les uns avec les autres. Les cours en visio ne permettent pas les débats », explique le professeur d’économie et de gestion.

    Cet avis est également partagé par Audrey Harel, enseignante à l’IUT. « Je demande la réouverture des universités. Certains étudiants n’ont pas le matériel nécessaire, d’autres vivent seuls et ont beaucoup de mal à vivre cette solitude forcée », raconte-t-elle.

    L’enseignante se montre d’autant plus énervée par la fermeture des universités, qu’elle est maman. « Avec ces fermetures des universités, on place les étudiants comme si c’étaient eux qui contaminaient la population. Au contraire, ils respectent le protocole et comprennent les restrictions de vie sociale qui leur sont imposées », conclut cette enseignante désabusée.

    D’autres cours de rue pourraient être organisés dans les prochaines semaines à l’initiative personnelle des enseignants, si le Ministère n’autorise pas les réouvertures des universités à partir de la rentrée du mois de janvier 2021.
    Canelle CORBEL. Ouest-France

    #Olivier_Ertzscheid #Proferrant

  • Le monde, les plateformes numériques et la politique, selon Olivier Ertzscheid.
    https://da.van.ac/olivier-ertzscheid-mark-zuckerberg

    Entre désenchantement et débuts de solutions, forcément hybrides, entre mondes physiques et numériques.

    Rencontre avec Olivier Ertzscheid à l’occasion de la sortie de son nouveau livre :“Le monde selon Zuckerberg“.

    Entretien enregistré lors d’un meet-up en direct dans l’Open Newsroom le 25 novembre (rejoignez-nous pour participer aux prochaines rencontres !).

    #Olivier_Ertzscheid #Video

  • Réseaux sociaux : La viralité, enjeu majeur (et délaissé) de la lutte contre la haine en ligne
    https://www.20minutes.fr/high-tech/2901107-20201106-reseaux-sociaux-viralite-enjeu-majeur-delaisse-lutte-cont

    Un modèle économique mis en cause

    Si la modération des contenus est devenue au fil des ans un pan entier de l’activité de Facebook, Twitter et consorts, les mécanismes de viralité ont longtemps échappé à toute forme de régulation. « C’est compliqué d’agir sur ces fonctionnalités parce qu’elles font partie de l’ingénierie interne des réseaux sociaux, expose Olivier Ertzscheid, chercheur en sciences de l’information et de la communication à l’Université de Nantes et auteur de Le monde selon Zuckerberg.. Et si les plateformes ne les modifient pas, c’est parce qu’elles ont un intérêt à les conserver. C’est un fait, les contenus haineux ou polémiques suscitent plus d’interactions entre les internautes, donc plus de temps passé sur la plateforme, et génèrent plus de revenus publicitaires. Cela produit de manière inflationniste des interactions, et c’est ce qui nourrit l’économie de ces plateformes. »

    Un enjeu économique dont ont parfaitement conscience les pouvoirs publics. « Le mode de fonctionnement des réseaux sociaux repose sur la viralité et sur l’économie de l’attention. Structurellement, ces plateformes vont générer leurs activités sur des contenus agressifs », pointe la députée LREM Laetitia Avia, à l’origine d’une proposition de loi sur la haine en ligne, censurée en grande partie en juin dernier par le Conseil Constitutionnel. « Et il y a un travail de fond à faire pour changer cela. Notre volonté, c’est d’aller vers une évolution de ce "business model". »

    Mais la capacité d’un Etat à faire changer seul le modèle économique de plateformes qui regroupent des milliards d’utilisateurs à travers le monde semble limitée. En ce sens, l’initiative européenne portée par Thierry Breton pourrait changer le rapport de force, estime-t-on dans l’entourage du secrétaire d’Etat au numérique, Cédric O : « Si on veut être efficace, il faut une nouvelle législation européenne. Certains réseaux sociaux ont une empreinte massive sur nos démocraties à travers ces mécanismes de viralité. La France est très engagée et pousse pour adopter un texte ambitieux visant à réguler et responsabiliser ces acteurs et c’est un souhait qui semble partagé par les commissaires européens compétents. »
    Une prise de conscience récente

    Ebranlés par des polémiques et des mouvements épisodiques de protestation de leurs utilisateurs, les plateformes ont petit à petit entamé leur mue. Sur WhatsApp, propriété de Facebook, plusieurs mesures ont été prises pour réduire la propagation des messages. Depuis janvier 2019, le nombre de partage simultané d’un contenu est limité à cinq conversations seulement. Selon Facebook, cette mesure a conduit à une baisse de 25 % du nombre de transferts de messages. Depuis le 20 octobre, dans le cadre de l’élection présidentielle américaine, Twitter de son côté incite systématiquement ses utilisateurs à commenter les messages et contenus qu’ils souhaitent partager avant de le faire.

    Des mesures qui vont dans le bon sens, selon Olivier Ertzscheid : « Tout ce qui peut permettre de ralentir le caractère instinctif de l’activité de partage, de remettre du temps éditorial dans le contenu que l’on publie – que ce soit des messages d’alerte, une limitation du nombre de retweets, de "likes" – peut contribuer à lutter contre la polarisation et la radicalisation des discours en ligne ».

    #Médias_sociaux #Modération #Régulation #Olivier_Ertzscheid

  • Réseaux sociaux : « Casser les chaînes de contamination virales » | Arrêt sur images | Avec Olivier Ertzscheid
    https://www.arretsurimages.net/emissions/arret-sur-images/haine-en-ligne-casser-les-chaines-de-contamination-virales

    Après l’assassinat de Samuel Paty, ils ont fourni une cible à tous les tenants d’une liberté d’expression encadrée. Eux, ce sont Facebook, Twitter, YouTube et les autres, accusés d’être trop laxistes vis-à-vis des contenus illicites ou polémiques, du terrorisme à l’épidémie de Covid-19. Comment casser les chaînes de contamination de la viralité ? Nous recevons Olivier Ertzscheid, enseignant-chercheur en sciences de l’information et de la communication, et Pacôme Thiellement, essayiste et vidéaste, pour tenter de comprendre comment les réseaux sociaux encouragent la diffusion de la parole haineuse ou complotiste à des fins commerciales.

    #Olivier_Ertzscheid #Médias_sociaux #Communication_virale

  • Le Monde selon Zuckerberg - Olivier Ertzscheid - Solutions Locales | Lecture critique par Nicolas Falempin
    https://solutionslocales.fr/le-monde-selon-zuckerberg-ertzscheid

    Olivier Ertzscheid commence son ouvrage par le portrait de quatre personnes qui font ou ont fait le web tel que nous le connaissons. Mark Zuckerberg et Larry Page / Sergueï Brin d’un côté sont les méchants de l’histoire. Apostolos Gerasoulis et Tim Berners-Lee en sont les gentils acteurs de l’autre côté. Ces portraits sont l’occasion de poser les bases du problème du web. Ces 4 personnages, tels des démiurges ont façonné un web à leur image, qui obéit à leurs volonté. Mais ce ne sont que des hommes investis de pouvoir divin, et dans l’accomplissement de leurs rêves, ils obéissent encore à des figures archétypales.

    Le monde selon Zuckerberg ne nous montre pas un homme habité pas une grande vision de l’avenir et un projet mégalomaniaque de conquête du monde. Non ce sont des hommes (et pas de femmes d’ailleurs) presque ordinaires, à qui a été donné la possibilité de façonner le monde. Ils n’y ont pas été préparés et ont ainsi fait du mieux qu’ils pouvaient. Ou plutôt du pire.

    Olivier Ertzscheid n’a pas de solution miracle pour trancher ce noeud gordien. Seulement 3 propositions, celles qu’il assène depuis déjà 15 ans : Réguler, Informer, Blâmer. Les citoyens doivent pousser les états à réguler le comportement et l’influence de ces plateformes. Il est nécessaire de participer à l’information des citoyens pour leur faire prendre conscience de ces enjeux et de leur inscription dans le calendrier électoral. Ainsi informés, les citoyens doivent dénoncer les mauvais comportements, boycotter les coupables, les pousser à s’améliorer.

    Ce n’est pas l’idéal, mais c’est tout ce dont nous avons dans un monde où les pouvoirs étatiques sont de plus virtualisés, car digitalisés par le fondement. D’ailleurs, ainsi que le rappellent Yael Benayoun et irénée Régnauld dans leur ouvrage Technologies partout, Démocratie nulle part, c’est une urgence démocratique. Mais dans une société où la vérité n’existe plus. Dans une société où les élections se font et se défont dans les tréfonds du web, l’urgence démocratique existe-t-elle encore ? Vous avez 4 url.

    Ce livre est court et incisif. Chaque chapitre va à l’essentiel et n’est constitué que de la substantifique moelle du sujet. C’est à la fois un avantage et un inconvénient. Un avantage pour découvrir le sujet de la critique du numérique, sans passer par les essais parfois indigestes pondus par des auteurs au style plus académique. Un inconvénient car à trop vouloir ciseler son texte, Olivier Ertzscheid ne l’approfondit pas suffisamment. Le monde selon Zuckerberg est un reader’s digest. Il résume parfaitement les enjeux, mais ne les détaille pas assez.

    Pour autant j’ai apprécié de retrouver le style si particulier de l’auteur. Il se faisait plus rare ses dernières années dans son domaine de prédilection. Mais là encore, j’ai plus eu l’impression de lire une synthèse avec des données actualisées de l’appétit des géants que d’avoir un véritable livre inédit entre les mains. A mon sens, c’est néanmoins une lecture indispensable pour ceux qui veulent se familiariser avec les enjeux du contrôle des données et des plateformes numériques.

    #Olivier_Ertzscheid #Monde_Zuckerberg

  • affordance.info : L’homme qui a vu des données. Nuit de la publication et brouillard de l’intentionnalité.
    https://www.affordance.info/mon_weblog/2020/10/homme-qui-a-vu-des-donnees.html
    https://www.affordance.info/.a/6a00d8341c622e53ef0263e9707839200b-600wi

    Tout tient dans ces quelques lignes. Plus de quinze ans de débat sur la responsabilité éditoriale des plateformes. Tout tient dans ces quelques lignes. La solution et le problème. Zuckerberg n’a pas décidé de bannir les discours de négation ou de remise en question de l’Holocauste parce qu’ils étaient contraire à la morale ou démentis par la vérité de l’Histoire. Il l’a décidé. Seul. Parce qu’il avait vu, seul, « des données ». Tout tient dans ces quelques lignes. Le problème Mark Zuckerberg. Le problème de 2,5 milliards d’utilisateurs. Et la solution Mark Zuckerberg. La solution d’un seul.

    Quelles données ? Nul le le sait sauf Zuckerberg lui-même. Que disaient elles ces données ? Que les violences antisémites augmentaient.

    Mais ce choix de Zuckerberg est aussi et avant tout une épiphanie. Celle de ce qu’Antoinette Rouvroy nomme « gouvernementalité algorithmique » : « La gouvernementalité algorithmique est l’idée d’un gouvernement du monde social qui serait fondé sur le traitement algorithmique des données massives plutôt que sur la politique, le droit et les normes sociales. » Quelle preuve plus éclatante - et alarmante - que celle là ?

    Zuckerberg est à la responsabilité éditoriale ce que le chat de Schrödinger est à la mécanique quantique. Il est responsable et en même temps il ne l’est pas. Au nom du premier amendement et du modèle économique de sa plateforme il doit garantir que tout puisse être dit et il doit rassurer sur le fait que tout ne peut pas l’être, en tout cas publiquement. Et toute la mécanique quantique de cet équilibre tient dans ces 12 lettres. « Publiquement ».

    Au final, plus la bulle Facebook gonfle et plus celle de l’espace public authentique et sincère se dégonfle. Ce n’est pas un hasard si cette plateforme se demande en Octobre 2021 s’il faut bannir les comptes négationnistes. Pas un hasard non plus si à chaque attentat ou crime terroriste - et celui de Samuel Paty vient encore de nous le rappeler - la frénésie médiatique sombre dans la même pantomime ridicule où l’on s’écharpe sur le non problème de l’anonymat et sur la capacité de censure directe et discrétionnaire comme alpha et oméga d’un débat qui évite soigneusement de mettre en cause les fonctionnalités techniques des plateformes qui produisent des conditions d’énonciation dégradées et toxiques au même titre que les conditions de production chez Marx produisent et fabriquent et déterminent des conditions d’exploitation.

    #Olivier_Ertzscheid #Facebook #Espace_public

  • Assassinat de Samuel Paty : “Il faut trouver un moyen de limiter les partages pulsionnels sur les réseaux sociaux” | Interview d’Olivier Ertzscheid
    https://www.telerama.fr/idees/assassinat-de-samuel-paty-il-faut-trouver-un-moyen-de-limiter-les-partages-

    Spécialiste en sciences de l’information et de la communication, Olivier Ertzscheid pointe l’incapacité politique à comprendre les enjeux des échanges numériques, et la propension structurelle des réseaux sociaux à diffuser la haine. Il appelle à une réflexion large, des concepteurs aux régulateurs et aux utilisateurs des outils de communication virtuels.

    Huit jours. C’est le temps qui s’est écoulé entre l’allumage de la mèche et l’explosion de la charge. Entre le virtuel et le réel. Entre la vidéo d’un parent d’élève prenant nommément à partie Samuel Paty, le professeur d’histoire-géo de sa fille, et l’assassinat barbare de celui-ci, décapité près de son collège de Conflans-Sainte-Honorine par un individu qui, il y a deux semaines encore, ignorait jusqu’à son existence.
    Abonné Assassinat de Samuel Paty : “Être musulman, c’est respecter l’autre dans sa dignité absolue” Youness Bousenna 8 minutes à lire

    Pendant ces huit jours, jusqu’à leur épouvantable culmination, l’enseignant a été la cible d’une campagne de dénigrement, à l’intensité centuplée par les réseaux sociaux, en public et en privé, en messages et en boucle. Avec l’aide de Facebook, WhatsApp ou Snapchat, la vindicte populaire a même franchi les frontières géographiques pour arriver jusqu’en Algérie. On n’en a rien su. Ou trop tard. Qu’aurait-il fallu faire pendant ces huit jours, aussi courts qu’interminables ?

    Dans cet embrasement, le problème n’est pas l’anonymat, déjà pris pour cible par certains responsables politiques désarmés, mais la foule et son viatique numérique. Comme un précipité des passions les plus tristes de l’époque, cet attentat vient rappeler que la raison voyage toujours moins vite que le bruit, et repose, dans les pires conditions possibles, cette question aussi vitale qu’indémêlable : comment rendre vivables nos conversations en ligne ? Comment faire pour que, a minima, on n’en meure pas ?

    Pour Olivier Ertzscheid, maître de conférences en sciences de l’information et de la communication à l’université de Nantes, auteur du Monde selon Zuckerberg (éditions C&F, 2020), la solution s’écrit lentement : à l’urgence omnipotente des plateformes, il faut réussir à opposer un peu de friction et une certaine lenteur.

    En de pareilles circonstances, pourquoi accuse-t-on systématiquement les réseaux sociaux ?
    Il y a un effet de visibilité sur les réseaux sociaux, particulièrement dans la temporalité d’un attentat : ce que les gens disent de l’événement en ligne est immédiatement observable. Par un effet de raccourci intellectuel paresseux, il est facile de se raconter cette fable selon laquelle les réseaux sociaux seraient seuls responsables. C’est ainsi qu’on remobilise en catastrophe la loi Avia contre les discours de haine, alors qu’elle a été censurée par le Conseil constitutionnel et ferait plus de mal que de bien.
    Hommage à Samuel Paty : un pays sur une ligne de crête
    Valérie Lehoux 3 minutes à lire

    Quel regard portez-vous sur les déclarations de certains responsables politiques, notamment Xavier Bertrand, qui saisissent ce moment pour réclamer la fin de l’anonymat en ligne ?
    Il faut d’abord rappeler qu’il est totalement hors sujet de convoquer l’anonymat par rapport à ce qui s’est passé à Conflans-Sainte-Honorine. En dehors du compte Twitter qui a publié la photo de la tête décapitée de Samuel Paty, tous les acteurs de la chaîne sont identifiés. En vérité, ce réflexe pavlovien traduit deux choses : une incapacité politique à comprendre ce qui se joue sur les espaces numériques, et la tentation d’un discours liberticide, la volonté d’une prise de contrôle, d’une hyper-surveillance. À cet égard, certains de nos responsables politiques ne sont visiblement pas sortis du syndrome sarkozyste, qui décrivait Internet comme un « Far West » à civiliser.

    Difficile toutefois d’escamoter la part de responsabilité des réseaux sociaux. Le problème ne se situe-t-il pas dans leur architecture ?
    La finalité de ces espaces est de générer une rente attentionnelle, d’être un réceptacle publicitaire pour déclencher des actes d’achat, qu’il s’agisse de produits ou d’opinions. Je considère aujourd’hui les réseaux sociaux comme des espaces « publicidaires », c’est-à-dire qu’ils tuent toute possibilité d’un discours qui ne soit pas haineux. Tant qu’on ne changera pas ce modèle, économique et politique, on ne résoudra rien. Revenons vingt ans en arrière : quand Sergey Brin et Larry Page, les fondateurs de Google, ont créé PageRank, l’algorithme de leur moteur de recherche, ils ont expliqué leur démarche, en arguant que les autres moteurs – contrairement au leur – étaient biaisés et dangereux pour la démocratie. Regardons où ça nous a menés…
    “La vidéo du parent d’élève qui a déclenché cette spirale infernale a été partagée par de grands comptes, très suivis. Pas nécessairement parce qu’ils adhèrent au fond, mais parce que c’était facile.”

    Qu’aurait-il fallu faire pendant les huit jours qui ont séparé la mise en ligne de la première vidéo d’un parent d’élève et l’assassinat de Samuel Paty ?
    Dans un monde idéal, où les plateformes seraient soucieuses de produire des espaces de discours régulés, nous aurions pu mettre en place des mécanismes de friction afin de briser les chaînes de contamination. La vidéo du parent d’élève qui a déclenché cette spirale infernale a été partagée par de grands comptes, très suivis. Pas nécessairement parce qu’ils adhèrent au fond, mais parce que c’était facile. Ça ne coûte rien cognitivement et ça rapporte beaucoup socialement.

    Ces partages sont perdus dans un brouillard d’intentionnalité. Prenons l’exemple de la mosquée de Pantin : elle a d’abord diffusé la vidéo du père de famille puis, quelques heures après l’attentat, l’a finalement supprimée en exprimant ses regrets et en appelant aux rassemblements de soutien. Le temps de l’éditorialisation a complètement disparu, plus personne ne sait pourquoi tel ou tel contenu est relayé. Or les réseaux sociaux mettent en proximité des communautés qui ne s’entendent pas. Et parfois, ce mécanisme d’hystérisation déclenche chez quelqu’un une pulsion.
    “Dans une démocratie de deux milliards d’habitants comme Facebook, il n’est pas normal qu’il n’y ait pas de haltes, de ralentissements.”

    Faudrait-il renvoyer les discours de haine dans la sphère privée, au risque de favoriser un phénomène de balkanisation, de morcellement, qui nous empêcherait de repérer les départs d’incendie ?
    Facebook et consorts ont fait le choix de mettre en avant le partage privé dans ce qu’on appelle le « dark social » [c’est-à-dire le trafic de l’ombre, constitué d’informations échangées hors de la sphère publique, NDLR]. Il y a chez les plateformes une volonté de capter les moments d’agitation de surface pour alimenter des conversations privées.

    Il y a une clé pour comprendre le problème de la hiérarchisation entre espaces publics et interpersonnels : le design d’interface. Comme le formulait Lawrence Lessig [professeur de droit à Harvard et théoricien de l’Internet libre, NDLR] en 1999, « le code, c’est la loi », et ceux qui le fabriquent ne peuvent pas faire l’économie d’une profonde réflexion éthique. Ce n’est pas anodin de voir aujourd’hui un très grand nombre d’ingénieurs de la Silicon Valley regretter leurs créations, qu’il s’agisse du bouton j’aime ou du scrolling infini.

    On le voit, ce débat oppose l’urgence de la réaction à la lenteur, salutaire. Comment les réconcilier ?
    Dans une démocratie de deux milliards d’habitants comme Facebook, il n’est pas normal qu’il n’y ait pas de haltes, de ralentissements. Je ne dis pas qu’il faut rationner le nombre de contenus qu’on peut relayer quotidiennement sur les réseaux sociaux, ou qu’il faut instaurer un permis à points, mais il faut trouver un moyen de limiter les partages pulsionnels. Dans mes cours, j’oblige par exemple mes étudiants à recréer des liens hypertextes pour qu’ils produisent un effort intellectuel même minime avant de les envoyer. Pour autant, on ne peut pas uniquement blâmer l’utilisateur.

    Nous sommes dans un espace-temps qui nous sort de notre posture lucide, et personne ne se regarde en train d’utiliser les réseaux sociaux, pas plus qu’on ne s’observe en train de visionner un film au cinéma. Il faut travailler sur un cycle, qui va de la conception des plateformes – le premier levier – à l’éducation, en passant par la régulation. À condition de ne pas tout attendre du design (design utilisateur, ou UX design, ndlr), du politique ou de l’internaute, on peut y arriver.

    #Olivier_Ertzscheid #Samuel_Paty #Médias_sociaux

  • affordance.info : Tadata ou la prostitution comme business model
    https://www.affordance.info/mon_weblog/2020/10/tadata-ou-la-prostitution-comme-business-model.html
    https://www.affordance.info/.a/6a00d8341c622e53ef026be41884ed200d-600wi

    C’est un frémissement si caractéristique de Twitter, une onde d’abord calme puis un déchaînement. L’objet du débat s’appelle « Tadata ».

    C’est une start-up. Qui permet à des jeunes, dès leur majorité numérique (fixée à 15 ans pour la France), à des jeunes de 15 ans donc, de vendre (oui oui) leurs données personnelles à des tiers et d’en tirer (plus que maigre) bénéfice à base de bons d’achats, coupons de réductions et - parfois seulement - contre (très peu) d’espèces sonnantes et trébuchantes.

    [Edit] La réaction à cet article de l’un des deux fondateurs du service est à lire en commentaire et à la fin du billet
    Se prostituer pour ses données.

    Le pitch est simple : « les méchants GAFAM te volent tes données ? Tu en as marre que ce soit gratuit et d’être le produit ? Deviens entrepreneur de toi-même et vends tes données pour te faire de l’argent de poche. » [vous pouvez vomir ici]

    Quand la CNIL devient un argument marketing des voleurs de données... on croit rêver.

    Cette entreprise de Data prostitution pour mineurs, la première en France, a été créé par Alexandre Vanadia et Laurent Leboucher Pomiès. Un temps justement cornérisée par la CNIL, elle se vante désormais d’avoir obtenu le feu vert d’icelle, ce qui m’avait passablement irrité avant que Lionel Maurel ne me rappelle justement que « le RGPD ne prévoit plus d’autorisation préalable par la CNIL ». L’application de prostitution de données pour mineurs s’est donc en effet « mise en conformité » sur quelques fondamentaux purement techniques et s’est ensuite empressée de communiquer par voie de presse sur ce « validé par la CNIL » qui n’a rien validé d’autre que le fait qu’elle existait.

    De fait, la CNIL avait initialement été saisie sur la base d’une plainte, et actuellement la CNIL ne fait « que » vérifier la validité du consentement recueilli et les conditions de désinscription du service. Et basta.

    #Tadata #Olivier_Ertzscheid #Affordance.info #Grosse_colère

  • 🔷 Recension du livre « Le monde selon Zuckerberg » par Lucie Ronfaut
    https://us4.campaign-archive.com/?u=9cb7510365bb64697c6c1eafc&id=9fc9513703

    Quelque chose à lire/regarder/écouter/jouer
    Il est difficile de bien écrire sur les grandes plateformes et leurs effets sur notre vie. D’un côté, il y a les gens béats, soutiens éternels et sans esprit critique de la Silicon Valley, pour qui tout progrès technologique est bon à prendre. De l’autre, les adversaires farouches aux GAFA et leurs consorts, à la référence un peu trop facile à 1984, qui aiment faire peur et culpabiliser les internautes (coucou Netflix), sans réfléchir à leurs usages et aux raisons pour laquelle, au fond, nous passons notre vie en ligne. Le monde selon Zuckerberg, un livre d’Olivier Ertzscheid, maître de conférence en sciences de l’information et de la communication à l’université de Nantes, réussit à éviter les écueils habituels des critiques des technologies, tout en réfléchissant sérieusement à leurs dérives.

    Le livre prend la forme d’une série de courts essais, rangés en deux catégories : les portraits et les préjudices. La première moitié de l’ouvrage imagine le monde vu par différentes personnalités du numérique, Mark Zuckerberg (cofondateur et PDG de Facebook), Sergeï Brin et Larry Page (cofondateurs de Google), mais aussi Tim Berners-Lee, le papa du web. La partie sur les préjudices se concentre elle sur les manières dont les grandes plateformes ont transformé notre quotidien, plutôt pour le pire. On y parle de nombreux sujets déjà abordés dans cette newsletter ; le racisme des algorithmes ; les combats politiques cachés derrière le ciblage publicitaire (avec la fameuse bataille autour du mot-clé “avortement” sur Google) ; la polarisation des opinions en ligne.

    Contrairement aux autres ouvrages du genre, j’ai apprécié l’optimisme d’Olivier Ertzscheid qui, même s’il détricote les menaces du numérique d’aujourd’hui, croit encore qu’il peut changer grâce à un effort collectif. Malheureusement, le livre n’évite pas un autre écueil classique : des références quasi-exclusivement masculines. Et si, justement, les femmes sauvaient le numérique ?

    Le monde selon Zuckerberg, d’Olivier Ertzscheid, éditions C&F
    Lucie Ronfaut est journaliste indépendante spécialisée dans les nouvelles technologies et la culture web. Vous pouvez suivre son travail sur Twitter.

    #Le_Monde_selon_Zuckerberg #Olivier_Ertzscheid #C&F_éditions

  • Leur pouvoir c’est le nombre | Entre les lignes entre les mots
    https://entreleslignesentrelesmots.blog/2020/10/06/leur-pouvoir-cest-le-nombre

    Des portraits et les réalités de projets politiques qui ne peuvent être considérés comme émancipateurs. Des technologies qui enserrent et réduisent les possibles sous les masques prometteurs de la liberté et du partage. Olivier Ertzscheid à travers une série de portraits (le monde selon Mark Zuckerberg, Sergueï Brin et Larry Page, des névrosés obsessionnels, Apostolos Gerasoulis, mon quadrisaïeul, selon Tim Berners-Lee, les lanceurs d’alerte) puis de préjudices (La fonction crée l’organe et l’architecture (technique) les usages ; Quand les mots ont un prix, ils cessent d’avoir un sens ; L’enfer, c’est le numérique des autres ; Ce qui est « donnée » n’est pas ce qui est obtenu ; Des technologies et des hommes ; Citoyens dans la brume de la surveillance ; Du cyberespace aux réseaux sociaux : itinéraire d’une régression ; Trois grandes révolutions ; Espace public, espace privé ; Le monde selon « l’opinion » ; La guerre c’est la paix et la démocratie c’est la publicité ; Une urgence démocratique) redonne une vision politique d’un monde numérique trop souvent réduit à de simples technologies. L’auteur décrypte le rôle des méga-plateformes, la captation de l’attention, l’exploitation lucrative des données, les prétentions à la chose et à l’utilité publique, etc.

    L’auteur propose aussi des alternatives et des pistes de réflexions pour le démantèlement de ces monstres privatifs et pour l’appropriation collective.

    #Olivier_Ertzscheid #Le_Monde_selon_Zuckerberg #C&F_éditions

  • Le monde selon Zuckerberg | Mais où va le Web
    http://maisouvaleweb.fr/le-monde-selon-zuckerberg

    Oliver Ertzscheid, héraut de Affordance.info, publie chez C&F Editions Le monde selon Zuckerberg. Portraits et préjudices, un livre court et incisif qui nous offre un savoureux bilan de ces quelques années passées en présence des grandes plateformes numériques.
    Syndrome de Peter Pan

    Première partie du livre, une série de portraits qui détricotent les profils psychologiques des barons des internets. Mark Zuckerberg d’abord, rattrapé par la patrouille après l’affaire Cambridge Analytica, « Collégien mal assuré passant en conseil de discipline », et surtout, créateur d’une plateforme où tout engagement, mobilisation citoyenne, « sert d’abord et avant tout les intérêts économiques de la firme. »

    Suivent Sergueï Brin et Larry page, créateurs de Google, qui ont vite renoncé à leur ambition de ne pas monétiser le langage. Leur monde, écrit Ertzscheid, est un « chemin de renoncement ». Eux, comme tant d’autres dans la tech, ne rechignent pas à vendre leurs outils à des dictatures, fussent-ils incomplets, fussent-ils au service de la censure.

    Certes, c’est une petite musique que nous commençons à connaître. La lecture d’ Ertzscheid cependant, lui donne un nouveau relief. Presque théâtral. L’auteur, que l’on connaît potache, classe ces messieurs par pathologie. Névrosés obsessionnels, atteints alternativement du syndrome de superman, de Spiderman ou de Peter Pan. Les grands enfants se révèlent. Cela en deviendrait presque drôle, si ça n’était pas grave. Pourquoi ces plateformes, dont on connaît parfaitement tous les travers, sont-elles encore si bien défendues par leurs créateurs ? « Les plateformes doivent mûrir, se dé-libéraliser, être démantelées, entrer dans l’espace public sous forme de commun « sincèrement et entièrement délibératif » – oui, mais cela n’arrive pas. Zuckerberg, Brin et Page ne lâcheront pas leurs rejetons. Quand bien même ils ont hérité de protocoles et d’infrastructures publiques (le web, TCP-IP), quand bien même tout le monde sait qu’il est temps.
    L’heure du bilan

    Sous la forme de multiples petits chapitres, Olivier Ertzscheid nous propose ensuite un bilan plutôt exhaustif des effets des plateformes sur la démocratie, sur les libertés et sur les droits fondamentaux. Il reviendra ainsi sur l’absence revendiquée de ligne éditoriale par les grandes plateformes… Elles qui pourtant, trient et choisissent l’information qu’elles diffusent suivant des règles encore protégées par le droit des affaires. « Les lecteurs du journal l’Humanité savent pourquoi ils n’achètent pas Le Figaro, et réciproquement. » Quelle est la ligne éditoriale de Facebook, de Twitter, de Google ? Comment se fait-il que des lobbys religieux pro-vie puisse faire remonter un site anti-IVG dans les résultats de recherche, en 2008 aux USA, puis en 2016 en France. Pourquoi rien n’a changé ?

    Vers la fin du XIXe, rappelle l’auteur, l’essentiel des moyens de communication modernes sont apparus (radio, télévision, cinéma, téléphone). Cent ans plus tard, ce fut au tour d’internet, du web puis Google, Wikipedia, Facebook, l’iPhone, etc. Peu à peu l’enthousiasme a cédé la place à l’intranquillité. Parmi les nombreux péchés originaux responsables de la désillusion, il y a le fait que nous soyons progressivement passés à côté des dons de Tim Berners Lee, dons « comparables à l’imprimerie », on parle bien sûr de http, puis de l’url – des modes d’adressage qui tendent à être invisibilisés ; « Quand il n’y a plus d’adresse, alors vous ne savez plus où aller. Vous ne pouvez plus vous rendre nulle part. C’est alors très facile de vous amener exactement là où on le souhaite puisque vous n’avez de toute façon pas d’autre choix que de faire confiance à la plateforme qui vous indique que « vous êtes ici » et que « vous pouvez aller là ». Peu à peu, nous perdons la capacité que nous avait offert Tim Berners Lee à nous orienter librement dans un espace public.
    Rien n’est neutre, et surtout pas la technique

    Autre grand intérêt du livre, les précieux rappels à propos de la nature des technologies qui nous entourent. Le fait qu’elles ne sont pas neutres d’abord. Encore et toujours, le répéter. Sans quoi toutes les questions politiques qui leur sont liées disparaissent soudainement. Ainsi, écrit l’auteur à propos desdites technologies : « se contenter de s’interroger sur les moyens d’en limiter ou d’en circonvenir les effets délétères une fois leur déploiement acté, est à peu près aussi efficace qu’espérer éteindre un feu de forêt en comptant simplement sur la bonne volonté des arbres de ne pas se consumer »

    Le numérique est, pour la moitié de l’humanité, « un allié objectif de la surveillance, du contrôle, de la répression. » Une analyse des usages, de ce point de vue, ne nous sera que de peu d’utilité. En ce qui concerne la surveillance – faciale par exemple – et pour le cas des pays occidentaux, nous devrions interroger « les formes d’irrationalité qui président à l’opérationnalisation de l’obtention de notre consentement. » Les données – celles qui constituent notre visage – ne sont jamais « données » rappelle Ertzscheid, elles sont obtenues. Obtenues sans que nous n’ayons vraiment conscience de ce qu’implique d’avoir consenti, individuellement, mais rarement collectivement, à de tels systèmes. Est-il encore besoin de prouver par quelque chiffre, par quelque moyen, que cette surveillance « pourrit l’ambiance de nos démocraties » ? Nous ne devrions plus en être là, en effet. Et pourtant.
    Exit l’espace public

    La défense de l’espace public, espace d’expression démocratique, transpire dans tout l’ouvrage d’ Oliver Ertzscheid. Lui qui, depuis plus de dix ans, regrette que l’homme soit devenu « un document comme les autres », regrette également que nos rapports sociaux soient sous le coup d’un régime d’identification, d’inscription. Sur internet bien sûr, mais de plus en plus, dans la vie réelle où l’anonymat, par la force des choses, n’est plus qu’un souvenir. En cela, les plateformes ont modifié notre rapport à l’espace public. Il faut s’y inscrire, mais aussi s’y décrire (âge, sexe, nom, photo, etc.). « Symboliquement, cela nous prépare à une forme de schizophrénie qui pour toute inscription nécessite d’abord une description. En se dé-crivant dans cet espace privé pour s’y inscrire, on se dés-inscrit aussi progressivement d’un espace public que l’on décrie. »

    Les espaces des plateformes sont ambigus à cet égard. Ni privés (nous y sommes tous, tout du moins beaucoup), ni authentiquement publics. Et pourtant, nous y passons l’essentiel de notre temps connecté. Or qu’est-ce que l’espace public, sinon l’endroit où l’anonymat permet la pratique des libertés ? L’espace public, je peux y scander un slogan hostile au pouvoir, y manifester… L’auteur poursuit – je peux acheter un livre sans avoir à décliner mon identité. Rien de tout cela n’est possible sur les plateformes. Mais il faut se rendre à l’évidence : rien de tout cela n’est possible tout court. On ne vit pas sans carte bancaire – on peut toujours essayer de ne pas payer avec, comme le proposent certains. C’est cher payé pour la préservation de notre intimité.

    Nous ne sommes pas démunis

    Dans l’espace des libertés restantes, celles qui sont encore bien là, il reste suffisamment de combats à mener sur d’autres plans. S’il n’y a rien à attendre des libéraux, ou d’une « auto-régulation » fantasmée, écrit l’auteur, il y a des choses qui avancent. Les lois antitrust par exemple, passés du statut de comique à celui de crédible. Le RGPD, une première étape à améliorer. Puis l’éducation. Pas au code bien sûr, mais aux questions politiques et éthiques que le numérique pose. C’est par ce biais-là, et notamment celui des jeunes qui entrent sur le marché du travail, qu’il est possible de faire pression sur les entreprises du numérique.

    L’ouverture des algorithmes aussi, elle doit être pleine et entière. Pour l’auteur, il faut « contraindre par la loi et par des règlements internationaux l’ouverture réelle et totale de toute forme algorithmique s’apparentant à des formes classiques d’éditorialisation ». Cette question commence à monter dans le débat public, à la faveur des récentes échauffourées du Techlash. Ainsi, on a vu apparaître cette idée d’un « conseil de régulation des algorithmes » (dans Wired, comble de l’ironie) – l’idée de démocratiser la technologie – et non pas seulement de démocratiser « grâce à la technologie » (avec les fameuses « civic-tech » par exemple), fait son chemin, et c’est une bonne nouvelle.

    Je m’arrête là, le livre est court, pas question d’en dire trop sans avoir l’air de tout recopier. C’est tentant, la plume d’Oliver Ertzscheid explique pourquoi on le lit depuis si longtemps. Ici, l’effort de clarté rend le livre accessible, agréable, à mettre dans les mains des vos amis, de vos étudiants, comme une nécessaire piqûre de rappel sur l’état des internets.

    Photo en tête d’article : l’auteur (anonyme), avec son aimable accord.

    Irénée Régnauld (@maisouvaleweb)

    #Irénée_Regnault #Olivier_Ertzscheid #Zuckerberg #C&F_éditions

  • Code is outlaw ! C’est la lutte digitale et la grève reconducstream ! par Olivier Ertzscheid — L’AUTRE QUOTIDIEN
    https://www.lautrequotidien.fr/new-blog/luttedigitale

    Par Olivier Ertzscheid

    Lorsque des sociologues se pencheront sur les grandes grèves et les mouvements sociaux du 21ème siècle (ils ont déjà commencé et je vous recommande plus que chaudement l’ouvrage de Zeynep Tufekci, Twitter et les gaz lacrymogènes), ils verront entre autres que les caisses de grève crowdfundées et autres cagnottes de soutien en ligne sont devenues une forme de standard. Et que la lutte est streamable avant que d’être finale comme en témoigne le délicieusement nommé Recondu.stream.

    Plusieurs phénomènes sont en train de converger entre technique et société. Entre mobilisations sociales et mobilités techniques. Entre sociabilités techniques et mobilisations tout court.

    C’est dans ce contexte là et à l’occasion du mouvement contre le projet de réforme du régime de retraites du gouvernement Macron, que pour la première fois à ma connaissance émerge un texte rassemblant explicitement des « travailleuses et travailleurs du numérique » autour de la contestation d’une réforme qui n’a pas de lien spécifique avec ledit numérique. La première fois qu’un texte parle au nom des « travailleurs et travailleuses du numérique » sur une revendication sociale. De la même manière que « les profs », « les cheminots » ou « les avocats », émerge ainsi une catégorie socio-professionnelle qui n’avait jusqu’ici pas d’autre existence que celle des fiches métier de pôle emploi et des soirées pitch de la start-up nation : « les tech ».

    Ce texte s’intitule donc « Appel des travailleuses et travailleurs du numérique pour une autre réforme des retraites » et est accessible sous le nom de domaine « Onestla.tech ». « On est là ». A la fois situationniste (si « on est là » - avec accent sur le « a » que ne permettent pas les URL - c’est que nous sommes ici, que nous sommes présents) et représentatif ("on est la" signifiant « nous représentons »).

    Vingt ans plus tard donc, les codeurs prennent (enfin) la parole. Et ils écrivent :

    « En tant que conceptrices et concepteurs de ces programmes, de ces algorithmes, notre responsabilité est de veiller à ce que nos créations servent à aider, à libérer. De refuser de produire des outils conçus pour exploiter, asservir, réprimer ou polluer. »

    Ce sont eux, ces « codeurs » et « codeuses », ces « agilistes », « CTO », « Tech lead », « Lead Dev. », et consorts, ce sont eux qui « implémentent ces valeurs », eux qui « garantissent ou empêchent certaines libertés ». Ce sont eux qui nous laissent aussi, et ainsi, entrevoir enfin la possibilité de choix collectifs « dans la manière dont ces valeurs sont garanties ».

    Tout doit être codé. Les actes médicaux, les modules d’enseignement, les noms des gens, les prix des choses. Tout. Absolument tout. Le code est une codéine. Un morphinique mineur. Si Bernard Stiegler rappelait que la disruption était « une stratégie de tétanisation de l’adversaire » permettant de le prendre de vitesse pour l’empêcher de penser, la « codification » serait alors son miroir, une stratégie morphinique, un antalgique social qui crée sa propre dépendance. Les deux fonctionnant de pair. A chaque nouvelle fausse accélération, a chaque nouvelle tétanisation disruptive, l’antalgique du code, morphinique social incapacitant à chaque fois qu’il n’est pensé que pour l’accélération.

    Tout doit être codé. Tout. Absolument tout. La « code-enclavure » a remplacé les nomenclatures. On « n’appelle » plus les choses par leur « nom » mais on « enclave » et on enferme les êtres et les choses par un « code ». Codenclavure contre nomenclature. Coder pour refuser de nommer. Encoder pour dé-nommer.

    Il est donc vital pour nos sociétés qu’émerge cette « classe » des travailleurs et travailleuses du numérique, car comme l’expliquait Marx, pour qu’une classe (sociale) puisse exister il faut qu’elle ait conscience d’être une classe. A n’en pas douter au regard de l’évolution de nos sociétés, celle des travailleurs et travailleuses du numérique en est une, et ce collectif tribunicien « On est la Tech » est peut-être cette première prise de conscience.

    #Mouvement_social #Informatique #Algorithmes #Olivier_Ertzscheid #Codage

  • (4) On ne sauvera pas le Web en dînant avec ses assassins - Libération
    https://www.liberation.fr/debats/2019/12/02/on-ne-sauvera-pas-le-web-en-dinant-avec-ses-assassins_1766848

    Par Olivier Ertzscheid, enseignant-chercheur en sciences de l’information et de la communication à l’université de Nantes — 2 décembre 2019 à 18:21

    Le principal inventeur d’Internet, Tim Berners-Lee, est à l’origine d’un « contrat pour le Web » afin de le sauver des dérives qui le menacent. Un texte soutenu par les Gafam, qui en ont méthodiquement tué tous les principes fondateurs.

    On ne sauvera pas le Web en dînant avec ses assassins

    Tribune. La dernière croisade de Tim Berners-Lee pour sauver le Web laisse un goût amer.
    Celui qui fut le premier à dénoncer clairement l’emprise et la menace de ceux qu’il appelait « les Jardins fermés » entend aujourd’hui leur proposer un « contrat ». Contrat qui réunirait aussi gouvernements et citoyens. Contrat suffisamment vague pour n’avoir précisément aucune valeur contractuelle. Et contrat donc immédiatement approuvé, soutenu et signé par… Google, Facebook, Twitter et Microsoft.
    On ne sauvera pas le Web avec ceux qui en ont méthodiquement tué tous les principes fondateurs.
    En avril 1993, quatre ans après avoir inventé le Web, Berners-Lee fit à l’humanité son plus grand cadeau : il décida de verser cette invention dans le domaine public. Si le Web a connu un tel succès, s’il a révolutionné nos pratiques informationnelles, nos rapports sociaux, nos connaissances, c’est d’abord par son inscription dans le domaine public. Architecture technique, protocoles de communication, langages de publication, nul ne pouvait alors prétendre détenir à son seul bénéfice privé cette entité et ce réseau, cette infrastructure et ces contenus.

    Or, ce qui est en train de tuer le Web aujourd’hui, c’est sa préemption par ces acteurs privés que l’on nomme Gafam ou Natu en Europe, ou bien encore BATX en Chine.
    Ce qui tue le Web aujourd’hui, c’est la privatisation de ce que son inventeur nous a légué en 1993 comme une volonté délibérée et politique d’en faire un bien commun de l’humanité.
    Ce qui tue le Web aujourd’hui, c’est l’extinction de la part publique de son usage, de son langage et de son architecture technique.
    Il n’y a aujourd’hui plus rien à attendre des Gafam qui sont devenus des grands groupes capitalistes comme les autres, ne cherchant que le rendement et la rente, n’ambitionnant qu’une spéculation sans fin sur un marché dont ils sont à la fois les acteurs et les régulateurs.
    L’habit ne fait pas le moine, et les open spaces remplis de baby-foot et de poufs aux couleurs pastel ne font ni la vertu ni l’éthique.

    Facebook représente un danger mortel pour nos démocraties comme le scandale Cambridge Analytica l’a démontré. Google utilise pour faire taire toute contestation sociale les méthodes de lutte contre les syndicats qui remontent aux années 30. La lutte contre les discours de haine dans toutes ces plateformes est totalement indigente et en dehors du droit car en vérité ces plateformes et leurs architectures techniques toxiques prospèrent sur la dimension spéculative et inflationniste de tels discours. Toutes ces plateformes s’abritent derrière un credo algorithmique qui n’est qu’un leurre et qui leur sert d’alibi pour toutes leurs manipulations et leurs malversations dans la hiérarchisation ou l’invisibilisation d’expressions publiques ou de paroles privées. Toutes ces entreprises sous-traitent la modération de leurs contenus les plus violents à des travailleurs pauvres à l’autre bout du monde dans des conditions indignes. Et faut-il rappeler la réalité des conditions de travail dans les entrepôts déshumanisés d’Amazon partout en Europe ou aux Etats-Unis ? Le retour à un modèle social qui est celui du travail à la tâche (« Gig Economy ») et des travailleurs pauvres de la fin du XIXe siècle ? Est-il encore nécessaire de rappeler que toutes ces plateformes échappent à l’impôt dans des proportions et des modalités qui relèvent du grand banditisme et de l’escroquerie en bande organisée ? Et c’est avec elles que l’on pourrait prétendre sauver le Web alors que chaque jour elles dénaturent sa fonction et salissent son ambition ? A l’aide d’un contrat qui n’engage rien d’autre que la capacité de dire que l’on veut sauver le Web ?

    Il faut pour sauver le Web non pas un contrat, mais la création d’un index indépendant (des pages, des profils), qui permette de réinstaurer la part commune de nos interactions sociales et discursives dans une sphère publique non marchande.
    Il faut pour sauver le Web non pas un contrat, mais une régulation étatique forte et contraignante, qui doit pouvoir aller jusqu’au démantèlement de ces Béhémots calculatoires et qui doit réaffirmer que leur code ne sera jamais notre loi.
    Il faut pour sauver le Web non pas un contrat, mais lutter pied à pied pour que « les algorithmes » qui ne sont rien d’autre que des décisions humaines au service d’un système de valeurs morales et politiques déterminées, que ces algorithmes-là soient transparents à l’inspection, robustes contre toute manipulation et prévisibles pour ceux qu’ils gouvernent, comme l’ont écrit nombre de scientifiques et comme le demandent aujourd’hui tous les défenseurs des libertés numériques.
    On attendait du fondateur de la promesse émancipatrice du Web autre chose qu’une molle ambition contractuelle qui serve de clause de bonne conscience à des entreprises prédatrices de nos libertés et de nos droits. On attendait de Tim Berners-Lee qu’il continue de désigner les coupables, et non qu’il leur fournisse un alibi commode. Car tant que la table des négociations se trouvera dans la salle des marchés, le Web continuera de mourir.

    Olivier Ertzscheid enseignant-chercheur en sciences de l’information et de la communication à l’université de Nantes

    #Web #Tim_Berners_Lee #Olivier_Ertzscheid

  • affordance.info : Inauguration de C&F Editions.
    https://www.affordance.info/mon_weblog/2019/09/inauguration-de-cf-editions.html
    https://www.affordance.info/.a/6a00d8341c622e53ef0240a4b40272200d-600wi

    Ce samedi 5 Octobre, si vous êtes sur Paris, vous êtes chaleureusement invité(e)s à passer faire un tour dans ce qu’il est coutume d’appeler une « petite » maison d’édition. Qui s’appelle C&F Editions. « C » pour Cigale et « F » pour Fourmi. Dans cette « petite » maison d’édition tenue par deux gaillards qu’il est coutume d’appeler « grands », sieur Hervé Le Crosnier et sieur Nicolas Taffin, se tisse depuis déjà quelques années la trame de ce qu’il est coutume d’appeler la « culture numérique » mais aussi la « culture des Communs ». Et aussi d’ailleurs sur le Jazz. Oui il y a un lien. Mais si.

    Bref. J’ai la chance de faire partie des auteurs édités par C&F Editions. Parce qu’en plus de me trouver au milieu des noms présents sur le carton ci-dessous, je peux aussi me la péter grave en soirée en annonçant que j’ai le même éditeur que danah boyd et Zeynep Tufekci qui sont, à mes yeux en tout cas, deux des chercheuses qui produisent aujourd’hui le discours critique le plus vif, le plus clair et le plus pédagogique sur nombre de questions « du numérique ».

    Or donc me direz-vous ? Or donc la maison C&F Editions s’est trouvée un local parisien. Dans lequel vous êtes convié(e)s - oui, Vous - à venir passer cinq minutes ou cinq heures ce samedi 5 Octobre. J’y serai à partir de 15h. Les autres présent(e)s sont indiqué(e)s par là.

    Mais c’est bien connu, les invitations s’il n’y a pas de mirifiques lots à gagner, ça marche moyen. Alors je lance ...
    Le grand jeu concours de l’inauguration de C&F Editions.

    Règlement : Un exemplaire d’un ouvrage surprise vous sera offert par moi-même si vous êtes capable de me donner le nom du personnage que l’on voit de dos sur la photo ci-dessous. Pour ce faire il vous suffira d’être le premier ou la première à venir me hurler au visage le nom dudit personnage dès que vous me verrez samedi dans les locaux de C&F Editions.

    Carton

    Nota-Bene 1 : il n’est pas impossible que je sois l’auteur de cet ouvrage surprise et que vous l’ayez déjà. Mais bon. C’est pas non plus une question super difficile hein.

    Nota-Bene 2 : merci de hurler courtoisement.
    Mais c’est pas tout. Gros lot du grand jeu concours.

    Accrochez-vous. La totalité, oui j’ai bien dit la TOTALITÉ du catalogue de C&F Editions sera offerte, en version papier et en version numérique garantie sans DRM, au premier ou à la première capable de donner le descriptif détaillé exact du contenu du sac à dos porté par le personnage de dos sur le carton d’invitation. Et oui.

    Alors à Samedi. On compte sur vous.

    Nota-Bene : ma présence samedi reste tout de même conditionnée au match de mercredi matin. Si l’équipe de France de rugby perd contre les Etats-Unis j’entame immédiatement une reconversion monastique et je pars brasser de la bière dans une abbaye en Belgique dans ma robe de bure.

    Mais sinon à Samedi.

    #C&F_éditions #Olivier_Ertzscheid

    • « Je ne publierai plus jamais dans une revue scientifique »

      #Olivier_Ertzscheid, enseignant-chercheur et blogueur renommé, explique pourquoi le système des revues scientifiques – depuis l’évaluation par les pairs jusqu’aux abonnements exorbitants – va à l’encontre du travail scientifique et de sa diffusion au plus grand nombre.

      Enseignant-chercheur, je ne publie plus que vraiment très occasionnellement dans des revues scientifiques. Et ce pour plusieurs raisons.
      Monde de dingue

      D’abord le modèle économique de l’oligopole (voire du quasi monopole dans le cas des SHS), qui gère aujourd’hui la diffusion des connaissances au travers de revues, est celui d’une prédation atteignant des niveaux de cynisme (et de rente) de plus en plus hallucinants.

      A tel point que de plus en plus d’universités préfèrent carrément renoncer à l’ensemble de leurs abonnements chez Springer ou Elsevier. La dernière en date est celle de Montréal.

      Hallucinante tant les tarifs d’Elsevier (ou de Springer) et les modalités d’accès proposées relèvent du grand banditisme et de l’extorsion de fonds.
      Ubuesque car nous sommes dans une situation où des universités doivent renoncer, j’ai bien dit renoncer, à accéder à des revues scientifiques. Monde de dingue.

      Un peu comme si des agriculteurs devaient renoncer à certaines graines et semences du fait des pratiques de certaines firmes agro-alimentaires. Monde de dingue au carré.

      D’autant qu’on sait que dans ce choix extrêmement délicat effectué par l’université de Montréal, l’existence de Sci-Hub, (site « illégal » dont je vous reparlerai un peu plus tard dans ce billet), pourrait avoir largement pesé dans la balance.
      Making of
      Olivier Ertzscheid, enseignant chercheur en Sciences de l’information et de la communication a initialement publié cet engagement sur son excellent blog affordance.info. Il nous l’a adressé et nous le publions avec plaisir. Rue89

      Parce que c’est ahurissant mais c’est ainsi, pour faire de la recherche scientifique aujourd’hui en France (et ailleurs dans le monde), il faut nécessairement passer par des bibliothèques clandestines (Shadows Libraries).

      Ensuite les « éditeurs » desdites revues ont arrêté depuis bien longtemps de produire le travail éditorial qui justifiait le coût et l’intérêt desdites revues : ils se contentent le plus souvent d’apposer leur « marque », toutes les vérifications scientifiques (sur le fond) sont effectuées gratuitement par d’autres chercheurs, et les auteurs eux-mêmes se coltinent l’application de feuilles de style la plupart du temps imbitables.
      Un système totalement biaisé

      Alors bien sûr vous allez me dire que l’intérêt des publications scientifiques dans des revues c’est que des « pairs », d’autres universitaires, vérifient que l’on ne raconte pas de bêtises. Et moi je vais vous répondre en un mot comme en 100 : B-U-L-L-S-H-I-T. Total Bullshit. Hashtag Total Bullshit même.

      Bien sûr que l’évaluation par les pairs c’est important. Sauf que même à l’époque où je publiais encore régulièrement dans des revues soumises à l’évaluation par les pairs, (et en l’occurrence « soumises » n’est pas un vain mot), ladite évaluation de mes pairs se résumait neuf fois sur dix à m’indiquer :

      Que je n’avais pas, ou insuffisamment, cité les travaux de tel ou tel mandarin (ou de l’évaluateur lui-même...).
      Que c’était très intéressant mais que le terme « jargon 1 » prenait insuffisamment en compte les travaux se rapportant au terme « Jargon 2 ». Jamais, je dis bien jamais aucun débat scientifique, aucune idée neuve, aucune confrontation d’idée, juste une relecture tiédasse.
      Que ce serait mieux si je changeais cette virgule par un point-virgule.

      Mais nonobstant, c’est vrai que la vraie évaluation par les pairs c’est important. Sauf que JAMAIS AUCUN CHERCHEUR NE S’AMUSERA A PUBLIER DES CONNERIES juste pour voir si ses pairs s’en rendront compte ou pas.

      Parce que, d’abord, en général, les chercheurs sont plutôt des gens instruits, relativement compétents, et relativement soucieux de contribuer à l’avancée des connaissances.

      Et aussi parce que SI TU PUBLIES UN ARTICLE AVEC DES CONNERIES SCIENTIFIQUES OU DES METHODOLOGIES FOIREUSES ben tu te fais immédiatement aligner et ta carrière est finie. Sauf bien sûr si c’est pour faire une blague ; -)
      Des revues lues par personne

      Alors soyons clair, nul n’est heureusement infaillible et, à moi aussi, il m’est arrivé de publier des articles sur mon blog de chercheur contenant sinon des conneries, en tout cas quelques inexactitudes ou imprécisions.

      Lesquelles m’ont été immédiatement signalées de manière tout à fait constructive par les lecteurs dudit blog, qui sont loin d’être tous des scientifiques-chercheurs-universitaires.

      Bref le syndrome Wikipédia. Oui il y a des erreurs dans Wikipédia, mais non il n’y en a pas plus que dans les encyclopédies classiques, et oui, à la différence des encyclopédies classiques, elles sont presque immédiatement signalées et corrigées.

      Parce que ces putains de revues scientifiques ne sont lues par personne !

      Ai-je besoin de développer ? Des milliards (oui oui) d’euros de budget par an versés à quelques grands groupes que je n’ose même plus qualifier « d’éditoriaux » et un lectorat proportionnellement équivalent à celui du bulletin paroissial de Mouilleron Le Captif (au demeurant charmante bourgade de Vendée avec un patronyme trop choupinou).
      Ça n’est pas notre métier

      Celle qui surclasse toutes les autres. La vraie raison c’est que notre putain de métier n’est pas d’écrire des articles scientifiques et de remplir des dossiers de demande de subvention qui nous seront refusés plus de trois fois sur quatre (chiffres officiels de l’AERES).

      Notre putain de métier c’est d’enseigner, de produire des connaissances scientifiques permettant de mieux comprendre le monde dans lequel nous vivons ET DE PARTAGER CES PUTAINS DE CONNAISSANCES AVEC LES GENS. Pas JUSTE avec nos gentils étudiants ou JUSTE avec nos charmants collègues, AVEC LES GENS.

      Notre putain de métier ce n’est pas d’attendre deux putains d’années que d’improbables pairs qui auraient par ailleurs bien mieux à faire – de la recherche ou des cours – aient bien constaté que nous n’écrivions pas n’importe quoi pour nous donner, au bout de deux ans, la permission de voir nos écrits diffusés avec un niveau de confidentialité qui rendrait jaloux les banques suisses et avec un coût d’accès qui ... rendrait aussi jaloux les banques suisses.
      Parce qu’il y’a ceux qui ont un pistolet chargé, et ceux qui creusent

      Et que ceux qui creusent, on les connaît. A commencer par les présidents d’université auxquels j’avais déjà par le passé témoigné de toute mon admiration pour le côté visionnaire de leur immobilisme.

      Sans oublier bien sûr tous mes charmants collègues qui, à force de « c’est trop compliqué », « j’ai pas le temps », et autres « c’est pas la priorité » ou « les éditeurs de revues ne veulent pas », ne déposent même pas la version auteur de leurs articles dans des archives ouvertes, et qui mettent donc une hallucinante énergie mortifère à creuser leur propre tombe (ça c’est leur problème) mais hélas, aussi et surtout, la tombe de la diffusion des connaissances et de l’accès aux savoirs.
      Parce que tant qu’il y aura des couilles éditoriales en or, y’aura des lames d’Open Access en acier

      Je vous avais déjà parlé d’Alexandra Elbakyan. S’il y avait un Panthéon des militants de l’accès aux connaissances scientifiques (et du courage scientifique du même coup), elle siègerait aux côtés d’Aaron Swartz.

      Cette femme a créé le site Sci-Hub qui est tout simplement à l’heure actuelle la plus grosse bibliothèque scientifique clandestine du Web, plus de 50 millions d’articles scientifiques, et dont la controverse qu’il suscite ne va pas assez loin.

      Bien sûr Elsevier lui colle un procès, bien sûr diverses manipulations plus ou moins légales tentent de faire disparaître ce site, qui heureusement, résiste et résiste encore. Pour s’y connecter actuellement, si l’adresse sci-hub.cc ne répond pas, tentez sci-hub.ac ou carrément l’IP 31.184.194.81 : -)
      Open Access Guerilla Manifesto

      Parce que ces requins du grand banditisme éditorial sont partout et qu’ils ont bien compris d’où venait le danger. A tel point que l’on apprenait il y a quelques jours qu’Elsevier ,(encore...), avait réussi à racheter une archive ouverte en sciences sociales (et pas l’une des moindres... SSRN). Carrément.

      Alors figurez-vous que y’a pas que Martin Luther King qui fait des rêves. Moi aussi j’ai fait un rêve.

      J’ai rêvé que les acteurs publics de la recherche publique (l’Etat, les universités, les présidents d’université, les enseignants-chercheurs, les bibliothèques universitaires) lisaient, adhéraient et appliquaient à la lettre le manifeste pour une guerilla de l’Open Access d’Aaron Swartz.

      J’ai rêvé que plus un centime d’argent public ne soit versé à ces escrocs mais que la totalité dudit argent public soit consacré à développer, construire et soutenir des initiatives comme Sci-Hub ou toute autre forme d’archive ouverte ou de libre accès, que ces initiatives soient légales ou illégales.

      J’ai rêvé que des gens qui disposent majoritairement d’un bac+8 soient capables de comprendre et d’entendre que le fruit de leur travail (de recherche), que leur rôle dans la société (faire avancer les connaissances et mettre ces connaissances à disposition du public), que tout cela était non seulement menacé, mais en train d’être entièrement détruit depuis déjà des dizaines d’années par un système devenu totalement dingue et atteignant un niveau de cynisme ahurissant et piloté par quelques grands groupes qui osent encore se dire « éditoriaux » quand la réalité de leurs pratiques les constitue en autant de mafias.

      J’ai rêvé que des gens qui disposent d’un bac+8, d’un salaire confortable, et d’un temps de cerveau disponible non-entièrement dédié à Coca-Cola, soient capables d’entendre et de comprendre que pour des populations entières sur cette planète, que pour des millions de personnes souffrantes, malades, exploitées ou tout simplement... curieuses, la privatisation des connaissances était littéralement, je dis bien littéralement, mortifère.

      Et comme depuis plus de 15 ans que je fais ce rêve, je me suis réveillé avec une putain de gueule de bois, à peine atténuée par la récente médaille d’or de l’innovation attribuée à Marin Dacos.
      Bon et là vous vous dites : « ok il est énervé », « ok c’est réjouissant », mais « ok il exagère »

      Parce que vous me connaissez hein. Pondéré. Pas sanguin pour deux sous. Raisonnable au-delà des attendus du devoir de réserve. La faconde de la grande muette à moi tout seul. Donc devinette.

      Qui a écrit :
      « Les éditeurs et les scientifiques insistent sur l’importance cruciale de l’évaluation par les pairs. Nous la dépeignons au public comme si c’était un processus quasi-sacré qui aide à faire de la science notre accès le plus objectif à la vérité. Mais nous savons que le système d’évaluation par les pairs est biaisé, injuste, non fiable, incomplet, facilement truqué, souvent insultant, souvent ignare, parfois bête, et souvent erroné. »

      Un punk à chien ? Non, le rédacteur en chef de la revue « The Lancet ».

      Qui a écrit :
      « Nous avons peu de données quant à l’efficacité réelle du processus, mais nous avons la preuve de ses défauts. En plus d’être peu efficace pour la détection de défauts graves et presque inutile pour la détection des fraudes, il est lent, coûteux, distrait le chercheur de son laboratoire, est très subjectif, tient de la loterie, et peut facilement abuser. Vous soumettez une étude pour un journal. Elle entre dans un système qui est en fait une boîte noire, puis une réponse plus ou moins justifiée sort à l’autre extrémité. La boîte noire est comme la roulette, et les profits et pertes peuvent être grands. Pour un universitaire, une publication dans un journal important comme Nature ou Cell équivaut à toucher le jackpot. »

      Un marxiste léniniste ? Non, Richard Smith du Journal of Royal Society of Medicine.

      Qui a écrit : qu’il n’enverrait plus jamais d’articles à des revues comme « Nature, Science ou Cell dans la mesure où ces revues à comité de relecture faussent le processus scientifique, et constituent une tyrannie qui doit être brisée. »

      Un agitateur anarcho-autonome ? Le prix nobel de médecine 2016.
      Résultat en libre accès

      Du coup, je me sens un peu moins seul, et pas uniquement du fait de ma schizophrénie. Donc non, je ne publierai plus jamais dans des « revues scientifiques », (et s’il m’arrive de le faire une ou deux fois à titre exceptionnel pour des gens que j’estime intellectuellement ou amicalement, la version intégrale – pas juste la version « auteur » – sera toujours disponible sur ce blog et dans une ou plusieurs archives ouvertes). Et s’il faut pour cela être dans « l’illégalité », j’y serai plutôt deux fois qu’une, et ce ne sera pas la première fois...

      Je ne publierai plus jamais dans des revues scientifiques qui ne me permettent pas de mettre simultanément en libre accès le résultat de ma recherche. Et j’espère sincèrement que nous serons de plus en plus nombreux à le faire.
      Dix ans de perdus ?

      Il y a à peine plus de dix ans, le 15 mars 2005 très précisément, un autre universitaire avait pris un tel engagement. Celui de « ne plus jamais publier dans des revues scientifiques qui ne me permette pas au minimum les libertés d’une licence Creative Commons Attribution NonCommercial. »

      Ce type, c’était Lawrence Lessig. Sur son blog. Lawrence Lessig. Le même qui, lors de l’enterrement d’Aaron Swartz après son suicide, prononçait avec une immense peine ces quelques mots, le 12 Janvier 2013 :
      « Mais quiconque affirme qu’il y a de l’argent à faire avec un stock d’articles scientifiques est soit un idiot, soit un menteur. »

      Dix ans plus tard je vais m’autoriser à aller un peu plus loin : quiconque affirme aujourd’hui qu’en acceptant de publier dans des revues scientifiques sans systématiquement déposer son texte dans une archive ouverte et/ou avec une licence d’attribution non-commerciale, ignore, ou feint d’ignorer, sa part de responsabilité dans la situation catastrophique de privatisation de la connaissance que mettent en œuvre quelques grands groupes éditoriaux à l’échelle de la planète. Celui-là est à la fois un idiot, un menteur et surtout un irresponsable.

      Alors je ne publierai plus jamais d’articles dans des revues scientifiques. Et je continuerai de m’opposer, de manière légale ou illégale, à toute forme de privatisation de la connaissance. Et vous ?

      https://www.nouvelobs.com/rue89/rue89-sciences/20160519.RUE2928/je-ne-publierai-plus-jamais-dans-une-revue-scientifique.html

  • Olivier Ertzscheid : « Il faut faire de Facebook un bien commun » | L’Humanité
    https://www.humanite.fr/il-faut-faire-de-facebook-un-bien-commun-674052

    Les « Gafam poussent jusqu’au bout la logique du capitalisme de surveillance et du capitalisme tout court ». Démonstration et alternative avec Olivier Ertzscheid, maître de conférences en sciences de l’information à l’université de Nantes.

    Comment analyser vous le fait que Facebook veuille désormais créer sa propre monnaie ?

    Il faut d’abord dire que, malgré la puissance de feu de Facebook, il n’est pas totalement sûr que ça prenne. Mais la création d’une monnaie virtuelle est un aboutissement logique pour Facebook. Il pousse jusqu’au bout la logique du capitalisme de la surveillance et du capitalisme tout court en étant à deux doigts de battre monnaie et de proposer du crédit. Facebook vise le marché des pays du Nord bien sûr, mais principalement celui des pays émergents. Facebook y est très présent depuis des années, amenant de la connexion là où les États sont absents ou défaillants. L’Afrique est le premier continent en termes de transactions bancaires avec un smartphone. Donc, on voit bien que pour Facebook l’enjeu dans ces pays-là est d’une autre nature. C’est d’autant plus inquiétant et colossal quand on connaît la puissance de frappe de Facebook et de tout son écosystème d’applications.

    Qu’est-ce que cela nous dessine comme société pour demain ?

    Tout en appelant les États à plus de régulation sur la vie privée ou les discours de haine, Facebook lance aujourd’hui une sorte de jackpot de la dérégulation. Les Gafam attaquent à chaque fois qu’ils peuvent des secteurs régaliens : transport, santé… et aujourd’hui celui du crédit et de l’assurance. Facebook attaque de manière assez sauvage nombre de marchés pour capter toute la valeur et pour rendre impossible ensuite l’installation d’autres concurrents. Il y a 2,5 milliards d’utilisateurs de Facebook et 1 milliard pour Whatsapp dans le monde. C’est énorme. On se sert de ces applications à la fois pour se divertir, prendre des nouvelles de la famille, regarder des vidéos, s’informer, débattre, soutenir des causes, communiquer, etc. C’est devenu une espèce de métonymie de tout ce qu’il est possible de faire à l’échelle numérique. En étant l’entreprise qui, aujourd’hui, maîtrise le spectre le plus large des usages courants à l’échelle numérique, Facebook est en situation de créer des situations de crise. On l’a vu dans le domaine politique avec l’affaire à Cambridge Analytica. Mais on peut tout à fait imaginer un équivalent à l’échelle micro ou macroéconomique. C’est très problématique en termes d’influence et de fabrique de l’opinion : quand on a à la fois les idées politiques des gens, leurs coordonnées bancaires et leurs préférences sociales ou religieuses, on est à deux doigts d’une bascule totalitaire.

    Quelle pourrait être l’alternative à cette mainmise des Gafam ?

    On a besoin au minimum d’une régulation forte. Ce qui pose donc la question du démantèlement. Peut-être d’ailleurs que cette annonce d’une création de monnaie va provoquer une réaction des États ou de l’Union européenne. Cela impliquerait de revoir les lois antitrust, et ça prendra du temps. L’autre option, c’est d’aller vers des formes de nationalisation. En tout cas on peut dire que, si on arrive à couper Facebook du modèle économique qui est le sien, on peut basculer, avec une régulation collective et non marchande, vers un outil qui est capable de rendre des services à la collectivité. Je plaide plutôt pour une forme de mise en commun de cette plateforme sociale. Ça peut se réfléchir à l’échelle de l’Europe par exemple. Un certain nombre d’acteurs et d’États pourraient se saisir de ces questions et réfléchir à la manière dont on peut faire de ces outils des formes de « communs ». Ça se fait déjà à l’échelle locale, par exemple en Italie à Bologne. Ils travaillent sur des outils, des logiciels libres qui permettent de faire de la mise en commun et de fabriquer du collectif.
    Entretien réalisé par Cédric Clérin

    #Olivier_Ertzscheid #Facebook

  • Libra : « Jamais aucune société n’a eu autant de pouvoir que Facebook » | Les Echos
    https://www.lesechos.fr/finance-marches/marches-financiers/libra-jamais-aucune-societe-na-eu-autant-de-pouvoir-que-facebook-1030444

    Olivier Ertzscheid est maître de conférences et chercheur en sciences de l’information à l’Université de Nantes. Le lancement par Facebook de sa propre monnaie numérique positionne, selon lui, l’entreprise comme une puissance étatique. Un pouvoir qui pose la question de son démantèlement.

    Ce qui me frappe avec libra, c’est qu’il y a encore un peu plus d’un mois, Mark Zuckerberg demandait aux Etats d’introduire plus de régulation sur la publicité politique et les discours haineux sur sa plateforme. On va, avec le libra, au bout de la logique de la dérégulation avec la possibilité pour une société commerciale privée de battre sa propre monnaie. On a toujours l’impression d’un double discours avec Facebook, car c’est une société qui avance très vite et sur de multiples fronts.

    #Libra #Facebook #Olivier_Ertzscheid

  • #WiStand : achetez des manifestants et disruptez la démocratie

    Fake ou promo, je ne savais pas trop quoi penser de cette « nouveauté » jusqu’à ce que je tombe sur cet article qui renvoie vers de d’importants questionnements après avoir farfouillé les entrailles du « projet » qui, semble-t-il, serait bien réel. Au final ça me fait penser à la très maline opération de la #startup-nation « #Cap_Collectif » qui a réussi le tour, habile, de se proposer bénévolement aux #gilets_jaunes de La Réunion qui en avaient assuré la promotion avant de se vendre #en-même-temps au gouvernement et au mouvement global des gilets jaunes pour assurer et le support du « Grand Débat » et celui du « Vrai débat » : jackpot !

    Côté Pitch, c’est plutôt bien senti, le site avance que « Wistand est un véritable outil démocratique : nous nous interdisons de mobiliser plus de messagers lors d’une manifestation qu’il n’y a de contributeurs à celle-ci. Chaque messager représente au minimum une personne réelle. » Ouf, c’est rassurant, on comprend au moins qu’un milliardaire ne pourra pas monter sa propre manifestation en achetant quelques milliers de chômeurs aux aboies. Ce qui l’est nettement moins, c’est qu’un « messager » puisse représenter à lui seul plusieurs « personnes réelles » à la fois… Ce n’est pas ça qui va réconcilier la place Beauvau avec les chiffres, mais cessons d’être mauvaise langue : Wistand permet aussi de constituer des cagnottes et de mettre en place des banderoles et autres accessoires de mode utiles pendant une manifestation (masques anti-lacrymo, collyre, et autres battes de base-ball, bon, ok, là je m’avance un peu). Quoiqu’il en soit, la totalité des fonds perçus par la société sert apparemment à payer ce kit du manifestant, ainsi que les entrepreneurs qui iraient manifester à votre place. On se demande donc où est le business model. Cela étant dit, on sait que dans le digital, il est possible vivre très longtemps sans gagner d’argent (n’est-ce pas #Uber, n’est-ce pas #Skype, etc.)

    Irénée Régnauld : http://maisouvaleweb.fr/wistand-achetez-manifestants-disruptez-democratie

    Tout tient, je crois, dans cette dernière phrase, le fait que le but ne soit pas de gagner de l’argent ou réussir immédiatement mais plutôt acquérir des sortes de points de notoriété, voir d’initiative « révolutionnaire », dans le sens macroniste ou nieliste du terme. Et quand #Olivier_Ertzscheid évoque la série #Black_Mirror dans un échange twitter avec Calimaq, y’a clairement de ça (https://twitter.com/Affordanceinfo2/status/1120726902849851393)

    Pour rappel, Cap Collectif c’est ça :
    https://seenthis.net/messages/754050
    https://seenthis.net/messages/756614
    Hé oui, ça renvoie à la précédente tentative de marchandisation par la société #Raiz de la tentative de « #révolution » de #Nuit_Debout, qu’on avait déjà bien analysé en profondeur suite au signalement de @gastlag : https://seenthis.net/messages/481963 ... sauf qu’au fur et à mesure que ces projets dignes des élèves des écoles 42 de #Xavier_Niel ou #Google il y a de moins en moins de gens pour les contrer et la dystopie devient réalité !

    Reste à se positionner aussi sur le dilemme « en parler ou pas » : en parler et participer à l’opération de #communication, ou ne pas en parler et ne pas participer à l’élaboration d’un esprit critique à même de le contrer ?

  • Haine sur les réseaux sociaux : plutôt qu’une nouvelle loi, actionner le « levier de l’opinion » ? - LCI
    https://www.lci.fr/population/haine-sur-les-reseaux-sociaux-facebook-twitter-plutot-qu-une-nouvelle-loi-action

    Dans le débat qui entoure la violence en ligne, nombreuses sont les victimes de propos racistes ou sexistes, par exemple, qui dénoncent l’absence de modération et la difficulté à retrouver les auteurs de ces messages dans le cadre d’une plainte. Olivier Ertzscheid, professeur en sciences de l’information à l’université de Nantes, est d’accord avec ce constat : oui, il y a bien un problème avec la modération en ligne (face au flot d’injures antisémites impossibles à modérer, France 3 Alsace a dernièrement dû cesser la diffusion de son Facebook live en direct du cimetière juif de Quatzenheim). Il précise toutefois auprès de LCI : « Il faut malgré tout différencier Facebook - qui a recruté des gens pour faire de la modération - et Twitter - qui se repose encore sur une modération algorithmique ». Mais sur les moyens à mettre en oeuvre, cet enseignant se montre davantage sceptique.

    Menaces de sanctions financières

    « Éradiquer la quasi-totalité de tous les types de haine, antisémite, raciste, homophobe, sexiste… sur les réseaux sociaux, au regard de la démocratisation d’Internet, me paraît tout à fait impossible » explique-t-il. « Ce serait comme essayer d’éradiquer les discussions sur la place du village ou au café du commerce. »

    Selon lui, toute la difficulté réside dans le bénéfice que tirent les plates-formes de ce types de propos. « Les discours de haine sont minoritaires à l’échelle de la quantité de l’information sur le web, mais c’est une minorité visible. La prime est donnée à ces discours excessifs et radicaux qui génèrent le plus d’interactions. C’est ce qui nourrit le modèle économique des plates-formes. Leur posture, par rapport à ces discours, est donc très ambivalente. » Quant aux menaces de sanctions financières qui pourraient bientôt être inscrites dans la loi, notre professeur « n’y croit pas une seule seconde ». « Cela fait plus de dix ans qu’on menace ces plates-formes d’amendes. Cela ne fonctionne pas et ne fonctionnera pas plus maintenant. Par ailleurs, Facebook se moque d’une amende au regard des bénéfices qu’il engendre. »

    Le levier de l’opinion

    Quelle solution apporter alors si, du point de vue des spécialistes, une nouvelle loi n’aurait aucun caractère utile ? Olivier Ertzscheid ne voit qu’un levier, celui de l’opinion. « La seule chose qui peut amener la modération à être plus efficace, c’est ce que pensent les gens de leur service. Chaque fois qu’elles ont reculé - par exemple Facebook sur la vie privée - ce n’était pas à cause d’une potentielle amende mais parce qu’elle pouvait perdre des utilisateurs. » Il nuance toutefois son propos : « Il faut de la régulation, bien sûr. L’idée n’est pas de dire que les lois ne fonctionnent pas. Mais l’arsenal législatif qui existe déjà est suffisant. C’est simplement qu’il faut le faire appliquer. »

    #Olivier_Ertzscheid #Médias_sociaux

  • Facebook a 15 ans déjà et veut encore grandir - RFI
    http://www.rfi.fr/emission/20190209-facebook-zuckerberg-reseaux-sociaux-whatsapp-messenger-instagram-intern

    Facebook a fêté, cette semaine, ses 15 ans. Oui, 15 ans, déjà, que le réseau social a été lancé depuis les dortoirs de Harvard.
    L’entreprise de Mark Zuckerberg est maintenant un mastodonte du Web, avec une galaxie d’applications dans son portefeuille, telles Messenger, WhatsApp ou encore Instagram.
    Nous revenons sur ces 15 ans avec Olivier Ertzscheid, maître de conférence en Sciences de l’information et de la communication, auteur du blog Affordance.info.
    On s’interroge aussi sur le futur du réseau social aux plus de 2 milliards d’utilisateurs actifs mensuels.

    #Facebook #Olivier_Ertzscheid

  • Internet, aliénation ou émancipation ?
    https://www.youtube.com/watch?v=33b4CIvStPE

    Un film documentaire en 10 chapitres, composé d’interviews autour du sujet complexe des données personnelles : nos usages du web, les dérives, les espoirs de la loi RGPD, les solutions locales, etc.

    #données #[fr]Règlement_Général_sur_la_Protection_des_Données_(RGPD)[en]General_Data_Protection_Regulation_(GDPR)[nl]General_Data_Protection_Regulation_(GDPR) #BigData

    ##[fr]Règlement_Général_sur_la_Protection_des_Données__RGPD_[en]General_Data_Protection_Regulation__GDPR_[nl]General_Data_Protection_Regulation__GDPR_