Intelligence artificielle : « Google est aujourd’hui un acteur majeur dans la course à l’IA » - RFI
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Publié le : 05/02/2026 - 22:39
6 min Temps de lecture
NEW YORK, NEW YORK - MARCH 18 : In this photo illustration, Gemini Ai is seen on an iPad on March 18, 2024 in New York City. Apple announced that they’re exploring a partnership with Google to license
Gemini, l’intelligence artificielle de Google. © Michael M. Santiago / Getty Images via AFP
Par :
Laura Salabert
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Au quatrième trimestre 2025, Google a dépassé une nouvelle fois les attentes des investisseurs avec un bénéfice net de +30 % sur un an, tiré par ses progrès en matière d’intelligence artificielle. Galvanisé, Alphabet (maison mère de Google) a annoncé un doublement de ses investissements dans l’IA en 2026.
Décryptage avec Olivier Ertzscheid, enseignant-chercheur en sciences de l’information et de la communication à l’université de Nantes. Il est également l’auteur de Les IA à l’assaut du cyberespace (C&F Éditions, 2024).
RFI : En 2026, Google prévoit d’investir entre 175 et 185 milliards de dollars pour augmenter sa puissance de calcul et construire de nouveaux datacenters, soit presque deux fois plus que le record de l’an dernier. Comment interprétez-vous ces annonces ?
Olivier Ertzscheid : Dans l’économie numérique, il y a cette idée que le premier arrivé rafle la mise. Et c’est effectivement ce qui se passe avec l’IA. Comme ChatGPT a été le premier outil d’intelligence artificielle ouvert au grand public, il est naturellement devenu le plus utilisé. Pourtant, du côté de Google notamment, des technologies équivalentes existaient déjà, mais elles n’avaient pas été rendues publiques, avec des interfaces permettant à tout le monde d’y accéder. Aujourd’hui, OpenAI [l’entreprise qui développe ChatGPT, NDLR] a des concurrents qui se positionnent, mais rivaliser avec ChatGPT est extrêmement compliqué.
Les investissements massifs de Google résultent d’une double logique. D’abord le géant du numérique en a les moyens [financiers], mais il y a aussi le fait que ces technologies d’IA nécessitent des infrastructures extrêmement lourdes. Donc, si Google n’investit pas maintenant et accumule du retard, l’entreprise risque d’être économiquement condamnée demain et devancée par ses concurrents.
La course à l’IA est-elle en train de s’accélérer ?
Il y a une conjoncture politico-économique plutôt favorable. La réglementation aux États-Unis sur la construction de data centers, par exemple, ne respecte pas toujours les normes environnementales. Donc, il y a peut-être un effet d’aubaine puisque ces firmes-là se disent qu’elles vont avoir un accompagnement de l’administration et qu’on ne va pas venir les embêter si elles ne respectent pas certaines normes.
Dans le cas de Google, il y a aussi le fait que le modèle du moteur de recherche – qui demeure l’une des principales activités de Google en termes de revenus – a connu de profondes évolutions au cours des deux dernières années. Au départ, on ne voyait pas très bien comment ces IA conversationnelles allaient pouvoir intégrer de la publicité et trouver un modèle économique. On ne savait pas non plus si les utilisateurs allaient prendre l’habitude de passer par une IA plutôt que par un moteur de recherche.
Aujourd’hui, le constat est que l’usage de l’IA se substitue en partie à celui des moteurs de recherche. Et on peut désormais inclure, dans des interfaces conversationnelles, des liens sponsorisés publicitaires, comme sur un moteur de recherche. Il s’agit donc aussi, pour Google, de sanctuariser la place qu’il occupe sur le terrain de la recherche à l’échelle internationale.
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RFI : Grâce à la performance de la troisième version de Gemini, déployée à l’automne, Google estime que son application d’IA compte désormais 750 millions d’utilisateurs mensuels, contre 800 millions d’utilisateurs par semaine pour ChatGPT. Gemini partait-il de loin par rapport à ses concurrents ?
Non, tous les assistants conversationnels, sans exception, ont été défaillants, de la même manière et sur les mêmes sujets, au moment de leur sortie. Aucun d’entre eux n’a passé [du premier coup] ce que j’appelle « le test de la Seconde Guerre mondiale ». Au début, lorsqu’on posait des questions à ChatGPT sur la Shoah, il répondait n’importe quoi, y compris des choses éminemment problématiques. Puis il a corrigé. Quand Gemini [l’agent conversationnel d’IA de Google, NDLR] est arrivé, il a fait les mêmes erreurs. Pour Claude, développé par Anthropic, ça a été la même chose.
Google a pourtant une antériorité paradoxale sur ces sujets. On parle des grands modèles de langage [aussi abrégés LLM, un type d’IA conçus pour traiter de vastes quantités de données, les comprendre et générer des textes, NDLR] environ depuis 2022. Mais Google, lui, construit des corpus massifs qui ressemblent à ce que l’on appelle aujourd’hui des LLM depuis 2005 ! C’est à cette époque qu’il a lancé ses opérations de numérisation d’ouvrages du domaine public, puis d’ouvrages encore sous droits d’auteur dans le cadre de partenariats, avec le projet Google Books. L’objectif était déjà, à l’époque, d’entraîner son moteur de recherche, en permettant aux algorithmes d’apprendre à partir d’immenses corpus de textes auxquels personne n’avait jamais eu accès jusque-là.
Donc, lorsque les technologies d’IA ont atteint leur niveau actuel, quand elles sont arrivées à maturité, l’immense base de données que Google avait construite et sur laquelle il entraînait déjà son algorithme de moteur de recherche a été utilisée pour développer Gemini. Il y a tout un débat aujourd’hui sur le fait que les IA s’entraînent sur des œuvres couvertes par le droit d’auteur, y compris d’ailleurs dans le domaine de la presse. Mais en fait, Google fait ça depuis 20 ans. C’est ce qui explique, au-delà des investissements massifs et de la puissance de calcul, que l’IA Gemini est souvent équivalente et, voire parfois, sur certains sujets, supérieure à ChatGPT ou à d’autres.
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Pensez-vous que Google pourrait rattraper OpenAI ?
Oui, je pense. Par exemple, Google dispose de beaucoup plus de data centers, même si tous ne sont pas dédiés à son IA conversationnelle, contrairement à OpenAI. En termes de finesse de compréhension et de qualité des réponses, Gemini n’est absolument pas à la traîne par rapport à ce que fournit ChatGPT. Donc, globalement, dans la course à l’IA, Google est aujourd’hui un acteur majeur. Le géant est clairement sur le podium, aux côtés de Meta avec ses modèles LLaMA, de ChatGPT/OpenAI, et d’un ou deux autres acteurs.
Mais Google a quelque chose que les autres n’ont pas. Un public captif, réparti sur tout un ensemble de services au sein desquels il est très probable que l’IA se déploie massivement : sur le moteur de recherche, sur la gestion des mails… On va voir comment elle va s’imposer aussi dans la diffusion et la production de vidéos via YouTube.
Reste néanmoins la question d’une éventuelle bulle de l’IA : est-ce que tous ces investissements massifs de Google et des autres finiront un jour par exploser ou par sonner creux ? On verra. Pour l’instant, encore une fois, il n’y a pas d’éléments permettant de dire que, pour des entreprises aussi solidement structurées en termes de capital que Google aujourd’hui, il existe un danger ou un risque majeur d’explosion lié à une bulle de l’IA.



















