• Intelligence artificielle : « Google est aujourd’hui un acteur majeur dans la course à l’IA » - RFI
    https://www.rfi.fr/fr/%C3%A9conomie/20260205-intelligence-artificielle-google-est-aujourd-hui-un-acteur-majeur-dans-

    Contrairement à OpenAI qui n’est pas encore rentable, le géant du numérique Google dispose d’un matelas de liquidités confortable lui permettant d’investir massivement dans l’espoir de devenir leader de l’intelligence artificielle.

    Publié le : 05/02/2026 - 22:39
    6 min Temps de lecture
    NEW YORK, NEW YORK - MARCH 18 : In this photo illustration, Gemini Ai is seen on an iPad on March 18, 2024 in New York City. Apple announced that they’re exploring a partnership with Google to license
    Gemini, l’intelligence artificielle de Google. © Michael M. Santiago / Getty Images via AFP
    Par :
    Laura Salabert
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    Au quatrième trimestre 2025, Google a dépassé une nouvelle fois les attentes des investisseurs avec un bénéfice net de +30 % sur un an, tiré par ses progrès en matière d’intelligence artificielle. Galvanisé, Alphabet (maison mère de Google) a annoncé un doublement de ses investissements dans l’IA en 2026.

    Décryptage avec Olivier Ertzscheid, enseignant-chercheur en sciences de l’information et de la communication à l’université de Nantes. Il est également l’auteur de Les IA à l’assaut du cyberespace (C&F Éditions, 2024).

    RFI : En 2026, Google prévoit d’investir entre 175 et 185 milliards de dollars pour augmenter sa puissance de calcul et construire de nouveaux datacenters, soit presque deux fois plus que le record de l’an dernier. Comment interprétez-vous ces annonces ?

    Olivier Ertzscheid : Dans l’économie numérique, il y a cette idée que le premier arrivé rafle la mise. Et c’est effectivement ce qui se passe avec l’IA. Comme ChatGPT a été le premier outil d’intelligence artificielle ouvert au grand public, il est naturellement devenu le plus utilisé. Pourtant, du côté de Google notamment, des technologies équivalentes existaient déjà, mais elles n’avaient pas été rendues publiques, avec des interfaces permettant à tout le monde d’y accéder. Aujourd’hui, OpenAI [l’entreprise qui développe ChatGPT, NDLR] a des concurrents qui se positionnent, mais rivaliser avec ChatGPT est extrêmement compliqué.

    Les investissements massifs de Google résultent d’une double logique. D’abord le géant du numérique en a les moyens [financiers], mais il y a aussi le fait que ces technologies d’IA nécessitent des infrastructures extrêmement lourdes. Donc, si Google n’investit pas maintenant et accumule du retard, l’entreprise risque d’être économiquement condamnée demain et devancée par ses concurrents.

    La course à l’IA est-elle en train de s’accélérer ?

    Il y a une conjoncture politico-économique plutôt favorable. La réglementation aux États-Unis sur la construction de data centers, par exemple, ne respecte pas toujours les normes environnementales. Donc, il y a peut-être un effet d’aubaine puisque ces firmes-là se disent qu’elles vont avoir un accompagnement de l’administration et qu’on ne va pas venir les embêter si elles ne respectent pas certaines normes.

    Dans le cas de Google, il y a aussi le fait que le modèle du moteur de recherche – qui demeure l’une des principales activités de Google en termes de revenus – a connu de profondes évolutions au cours des deux dernières années. Au départ, on ne voyait pas très bien comment ces IA conversationnelles allaient pouvoir intégrer de la publicité et trouver un modèle économique. On ne savait pas non plus si les utilisateurs allaient prendre l’habitude de passer par une IA plutôt que par un moteur de recherche.

    Aujourd’hui, le constat est que l’usage de l’IA se substitue en partie à celui des moteurs de recherche. Et on peut désormais inclure, dans des interfaces conversationnelles, des liens sponsorisés publicitaires, comme sur un moteur de recherche. Il s’agit donc aussi, pour Google, de sanctuariser la place qu’il occupe sur le terrain de la recherche à l’échelle internationale.

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    RFI : Grâce à la performance de la troisième version de Gemini, déployée à l’automne, Google estime que son application d’IA compte désormais 750 millions d’utilisateurs mensuels, contre 800 millions d’utilisateurs par semaine pour ChatGPT. Gemini partait-il de loin par rapport à ses concurrents ?

    Non, tous les assistants conversationnels, sans exception, ont été défaillants, de la même manière et sur les mêmes sujets, au moment de leur sortie. Aucun d’entre eux n’a passé [du premier coup] ce que j’appelle « le test de la Seconde Guerre mondiale ». Au début, lorsqu’on posait des questions à ChatGPT sur la Shoah, il répondait n’importe quoi, y compris des choses éminemment problématiques. Puis il a corrigé. Quand Gemini [l’agent conversationnel d’IA de Google, NDLR] est arrivé, il a fait les mêmes erreurs. Pour Claude, développé par Anthropic, ça a été la même chose.

    Google a pourtant une antériorité paradoxale sur ces sujets. On parle des grands modèles de langage [aussi abrégés LLM, un type d’IA conçus pour traiter de vastes quantités de données, les comprendre et générer des textes, NDLR] environ depuis 2022. Mais Google, lui, construit des corpus massifs qui ressemblent à ce que l’on appelle aujourd’hui des LLM depuis 2005 ! C’est à cette époque qu’il a lancé ses opérations de numérisation d’ouvrages du domaine public, puis d’ouvrages encore sous droits d’auteur dans le cadre de partenariats, avec le projet Google Books. L’objectif était déjà, à l’époque, d’entraîner son moteur de recherche, en permettant aux algorithmes d’apprendre à partir d’immenses corpus de textes auxquels personne n’avait jamais eu accès jusque-là.

    Donc, lorsque les technologies d’IA ont atteint leur niveau actuel, quand elles sont arrivées à maturité, l’immense base de données que Google avait construite et sur laquelle il entraînait déjà son algorithme de moteur de recherche a été utilisée pour développer Gemini. Il y a tout un débat aujourd’hui sur le fait que les IA s’entraînent sur des œuvres couvertes par le droit d’auteur, y compris d’ailleurs dans le domaine de la presse. Mais en fait, Google fait ça depuis 20 ans. C’est ce qui explique, au-delà des investissements massifs et de la puissance de calcul, que l’IA Gemini est souvent équivalente et, voire parfois, sur certains sujets, supérieure à ChatGPT ou à d’autres.

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    Pensez-vous que Google pourrait rattraper OpenAI ?

    Oui, je pense. Par exemple, Google dispose de beaucoup plus de data centers, même si tous ne sont pas dédiés à son IA conversationnelle, contrairement à OpenAI. En termes de finesse de compréhension et de qualité des réponses, Gemini n’est absolument pas à la traîne par rapport à ce que fournit ChatGPT. Donc, globalement, dans la course à l’IA, Google est aujourd’hui un acteur majeur. Le géant est clairement sur le podium, aux côtés de Meta avec ses modèles LLaMA, de ChatGPT/OpenAI, et d’un ou deux autres acteurs.

    Mais Google a quelque chose que les autres n’ont pas. Un public captif, réparti sur tout un ensemble de services au sein desquels il est très probable que l’IA se déploie massivement : sur le moteur de recherche, sur la gestion des mails… On va voir comment elle va s’imposer aussi dans la diffusion et la production de vidéos via YouTube.

    Reste néanmoins la question d’une éventuelle bulle de l’IA : est-ce que tous ces investissements massifs de Google et des autres finiront un jour par exploser ou par sonner creux ? On verra. Pour l’instant, encore une fois, il n’y a pas d’éléments permettant de dire que, pour des entreprises aussi solidement structurées en termes de capital que Google aujourd’hui, il existe un danger ou un risque majeur d’explosion lié à une bulle de l’IA.

    #IA #Olivier_Ertzscheid

  • Pourquoi il ne faut pas interdire les réseaux sociaux aux moins de 15 ans (mais réfléchir à interdire CNews aux adultes avec le droit de vote). – affordance.info
    https://affordance.framasoft.org/2026/01/pourquoi-il-ne-faut-pas-interdire-les-les-reseaux-sociaux-aux-

    D’abord la rationalité d’une telle décision en termes de politique de santé publique. Car tout le monde (je parle ici de la communauté scientifique, pas des experts de plateaux télé ou de votre oncle Patrick) est d’accord pour indiquer qu’il n’existe pas de consensus scientifique sur le sujet d’une addiction (aux écrans et/ou aux réseaux sociaux). Or la démonstration de cette addiction serait pourtant la seule cause rationnelle d’une nécessité d’interdiction. Interdiction qui si une addiction était un jour réellement démontrée, et si on poussait alors la logique, devrait ne pas se limiter aux moins de 15 ans mais s’étendre aussi à l’ensemble de la société et donc aux publics y compris … adultes, ou à tout le moins, pour ces publics, faire l’objet de campagnes de sensibilisation au moins équivalentes à celle contre le tabac et l’alcool (toujours pour lesdits adultes).

    Ensuite parce que, et je l’explique sur ce blog depuis des années, l’idée même d’une interdiction ou d’un couvre-feu est totalement idiote. Non pas que l’impact des médias sociaux sur les enfants et les adolescents soit nul, non pas qu’il faille le minorer, non pas que lesdits réseaux sociaux soient exempts de problèmes et ne causent aucune situation de souffrance ou de dépendance corrélées à des situations sans lien direct avec l’usage ou le non-usage des écrans ; mais cette interdiction telle qu’elle est imaginée aujourd’hui et au regard des dispositifs, des habitus technologiques partagés mais aussi de leurs failles inhérentes, cette interdiction porte en elle l’ensemble des possibilités de contournement qui seront (et sont déjà) à l’oeuvre pour s’en défaire et la rendre au mieux inopérante et au pire totalement contre-productive. Dans le seul pays (démocratique) qui l’a voté et tente de l’appliquer (l’Australie), les adolescents concernés détournent déjà les dispositifs de reconnaissance faciale supposés certifier l’âge. Et sur un autre sujet, depuis que l’on a interdit l’accès aux mineurs aux mastodontes du porno que sont Youporn ou Pornhub, on a vu croître et se multiplier les sites pornographiques se soustrayant à l’obligation de vérification d’âge et encore plus immondes en termes de violence de contenu et de pratiques que les deux sus-nommés.

    La seule vertu d’une interdiction (pour autant qu’elle repose sur un consensus scientifique et qu’elle puisse s’appliquer sans atteinte aux libertés fondamentales ce qui n’est doublement pas le cas ce celle imaginée par Emmanuel Macron), la seule vertu d’une interdiction est de minorer les effets nocifs, malsains, « addictifs » qui auraient été démontrés.

    Mais la seule chose qui est aujourd’hui démontrée, documentée et établie, et il faut donc encore une fois le marteler, c’est que les plateformes de médias sociaux sont non seulement parfaitement au courant des nuisances qu’elles produisent, mais qu’elles sont aussi parfaitement en capacité de les limiter voire de les réduire à néant (en cassant les chaînes de contamination virales, en supprimant la visibilité de certaines métriques, en embauchant en nombre suffisant des modérateurs, etc.). Et qu’elles ne le font pas parce que ce n’est pas bon pour leur modèle d’affaire. Et qu’après les industries du pétrole et du tabac, elles entretiennent de manière cynique et criminelle le troisième grand mensonge de notre modernité.

    #Olivier_Ertzscheid #Médias_sociaux #Prohibition

  • Les livres de C&F Éditions sur Cairn.info (et donc les miens aussi) – affordance.info
    https://affordance.framasoft.org/2025/09/les-livres-de-cf-editions-sur-cairn-info

    Olivier Ertzscheid15 septembre 2025

    Mes trois derniers livres ont été publiés chez un éditeur un peu particulier, C&F Éditions, auquel j’ai un attachement également particulier au travers des deux personnes qui depuis longtemps font en sorte de sa bagarrer pour une certaine vision de l’édition indépendante, et qui aussi et surtout, ont permis de créer l’une des plus belles collections de livres « autour » du numérique, comme Thelonious Monk a créé sa plus belle oeuvre autour de minuit (d’ailleurs les amis de C&F Éditions ils éditent aussi des livres autour du jazz). Bref. Tout cela vous le savez, tout cela je vous l’ai déjà écrit et décrit.

    Mon dernier livre, « Les IA à l’assaut du cyberespace : vers un web synthétique« , s’est vendu à un peu moins de 350 exemplaires. Alors certes c’est plus que celui de Marlène Schiappa (245 exemplaires de « Sa façon d’être à moi », source Edistat), c’est plus que celui de l’ex-ministre déléguée au logement, Emmanuelle Wargon (157 exemplaires de « Bienvenue en politique : à ceux qui sont tentés de renoncer », source Edistat), mais mais mais, et c’est une vraie blessure narcissique, c’est beaucoup moins que celui de l’ectoplasme faux-derchique aka Jean-Michel Blanquer (888 ventes de « Ecole ouverte », source Edistat).

    Vous me direz, C&F Editions n’a pas de diffuseur, il faut donc commander les ouvrages, et j’ai fait beaucoup moins de plateaux télé que Wargon, Schiappa et Blanquer pour en assurer la promotion. Donc bah c’est pas si mal. Mais ce n’est pas suffisant pour assurer la pérennité de ces « petites » maisons d’édition qui sont – par-delà la qualité de leur catalogue – l’un des tout derniers points de résistance face à un paysage éditorial totalement gangréné par des idéologies au mieux réactionnaires, de Vincent Bolloré à Vincent Montagne.

    Donc achetez ou n’achetez pas mes livres, mais par contre achetez des livres en papier chez C&F Editions et chez d’autres éditeurs indépendants.

    Lorsque l’on veut que des idées circulent et s’imposent, on peut miser sur le matraquage publicitaire et les grands groupes éditoriaux au service de leurs intérêts rétrogrades, mais l’on peut aussi s’appuyer sur un autre essentiel, cet essentiel qui est celui de la « citabilité » des textes et donc des idées. Le fait qu’elles soient trouvables, accessibles et citables, et que par le biais de ces citations ces idées puissent se répandre et se répondre chez d’autres.

    C’est en partie pour cela que C&F Editions a décidé de diffuser son catalogue sur le site Cairn.info. Me concernant, voilà ce que ça donne.

    Et lorsque l’on clique sur l’un des ouvrages, on arrive sur cela :

    Avec donc une « barrière payante » qui vous permettra d’acheter une version numérique à 9 euros d’un ouvrage toujours en diffusion papier à 15 euros. Cairn.info permet également d’acheter « au chapitre », et il vous en coûtera alors 5 euros (le chapitre).

    Mais la vraie force de Cairn.info, c’est que l’essentiel de son catalogue est accessible gratuitement à toute une communauté d’étudiantes et d’étudiants, d’universitaires, mais aussi de journalistes, « gratuitement » car les services de documentation de bibliothèques universitaires mais aussi municipales, achètent un accès à la base Cairn.info pour leurs usagers. C’est encore une autre bataille que de faire en sorte que les universités aient assez d’argent pour « offrir » cet accès gratuit à leurs étudiant.e.s et à leurs enseignant.e.s, mais pour l’instant en tout cas, cela fonctionne encore.

    Et à la fin tout le monde s’en trouve un peu plus intelligent, instruit et curieux.

    Mais le combat est encore très loin d’être gagné comme le rappelle Hervé le Crosnier (je souligne) :

    Quand une institution (bibliothèque, université, centre de recherche…) a pré-payé un accès global à Cairn, les usagers et les usagères peuvent profiter du service. Ils et elles ont alors un impression de gratuité, qui bien entendue est soutenue par des décisions de service (public) et donc qui dépendent des modes de financement de ces institutions. Nous passons en fait d’un achat individualisé (un lecteur ou une lectrice achète un livre) à un service socialisé. Dans les moments troublés que nous traversons, quand il n’est plus question que de dette d’un côté et de refus des « taxes » de l’autre, il nous semble important de rappeler cela. Le « consentement à l’impôt » est ce qui fait société, car il permet d’accès en dehors des règles du marché.

    Cairn assure une rémunération des éditeurs qui est retransmise aux auteurs et autrices via les droits d’auteur. Mais cela reste avant tout un « mode socialisé de diffusion », qui facilité le travail universitaire (recherche analyse, citation).

    Pour autant, du point de vue de l’éditeur, c’est l’achat décentralisé qui fait la majeure partie de ses revenus, et donc sa capacité à continuer d’éditer des livres. Nous espérons donc que l’accès via Cairn fera découvrir des ouvrages, et incitera à les acheter pour constituer des bibliothèques personnelles. Nous croisons les doigts, nous avons besoin des revenus et nous aimons le support imprimé et l’indépendance de la réflexion qu’il permet.

    Alors voilà. Lisez, lisez, lisez. Consultez, consultez, consultez. Et si vous le pouvez, achetez, achetez, achetez. Des livres de maisons d’édition indépendantes.
    Catégorie : Métier Ouvrages et parutions Rubrique à brac
    Olivier Ertzscheid

    #Olivier_Ertzscheid #CFéditions #Cairn

  • Web synthétique - Le Courrier
    https://lecourrier.ch/2025/03/26/web-synthetique

    mercredi 26 mars 2025
    Alexandre Chollier
    A livre ouvert

    Activism, activists, advocacy, advocate, advocates, barrier, barriers, biased, biased toward…

    Voici les premiers mots d’une liste qui hier en comptait cent, aujourd’hui cent-vingt et demain on ne sait combien. Mots à bannir des projets de recherche aux Etats-Unis sous peine de perdre l’accès aux financements de l’Etat. Tout le monde ou presque en parle. S’il nous faut la voir pour y croire, il nous faut plus encore la lire, un mot après l’autre, pour percevoir ce dont elle est vraiment le signe.

    Tel est l’avis d’Olivier Ertzscheid. Sur le site de la revue AOC, ce chercheur en science de l’information et de la communication à l’Université de Nantes a signé il y a peu un texte crucial sur le sujet : « Blacklisté – sur le rapport fasciste de Trump au langage ». 1.

    La lecture de cette pièce ne laisse guère de place au doute. Aujourd’hui lorsque des mots sont attaqués – et en même temps qu’eux les réalités qu’ils désignent –, c’est potentiellement toute l’humanité qui s’en trouve affectée. La menace qui pèse sur nous toutes et tous ne s’arrête d’ailleurs pas à la seule interdiction de certains mots. Il faut y ajouter la suppression massive de données dans un « ‘immense autodafé numérique’, où ce ne sont plus des livres qu’on brûle, mais des sites Web, des pages Internet, des index, des bases de données ».

    Sans compter que le Web n’a pas attendu cette double attaque pour se métamorphoser. Sous l’effet de bots dopés aux algorithmes – et plus encore depuis l’arrivée des agents conversationnels –, le Web contient de plus en plus de textes, d’images et de vidéos générés artificiellement. Le Web a ainsi changé de nature sans qu’on ne s’en rende compte et il serait judicieux de le nommer pour ce qu’il est devenu : un Web synthétique.

    Olivier Ertzscheid vient d’y consacrer un ouvrage 2 saisissant dont les premières pages peuvent nous servir de vade-mecum à l’heure de naviguer sur le Web, plus encore si nous les lisons à la lumière de ce qui s’y joue depuis le 20 janvier.

    Le Web est un Web synthétique pour plusieurs raisons. D’abord parce que d’ici peu nous serons en passe d’interagir « au moins autant avec des programmes informatiques qu’avec des individus ». Parce qu’ensuite « l’essentiel de ce qui y est discuté comme de ce qui y est vu, est produit par la synthèse d’algorithmes artificiels et ‘d’agents’ […] tout autant artificiels ». Parce que si nous jouissons de contenus modérés, c’est grâce à des travailleurs et travailleuses du clic œuvrant dans des conditions misérables à l’autre bout de la planète. Parce qu’enfin l’artificialisation du Web en cours a tendance à s’autorenforcer ad libitum pour d’évidentes raisons : ce processus offre aux patrons de la Big Tech une réelle opportunité de nous « indiquer quoi faire, que dire et où regarder ».

    Sur un Web de cette sorte, soumis à la logique du capitalisme linguistique, complété en continu par des algorithmes digérant les données existantes, l’impact du « grand remplacement documentaire et linguistique » en cours aux Etats-Unis est autrement plus dangereux qu’on pourrait le croire, surtout si l’on se rappelle que les nouveaux contenus générés sont « totalement inféodés aux règles de la génération déterminées par les entreprises qui les déploient ». Des entreprises qui se sont, faut-il encore le rappeler, docilement ralliées à l’idéologie défendue par le locataire actuel de la Maison-Blanche, dans un mélange ingénieux « d’obéissance anticipée »3 et de visée programmatique.

    Ne nous voilons pas la face. Nous approchons d’un « point de bascule » aux implications sidérantes, rendu possible par la technologie numérique et plus particulièrement par l’« intelligence artificielle » ou, mieux dit, les modèles de langage de grande taille (LLM), que nous n’avons de toute évidence jamais eus sous notre contrôle. S’il est dans ce domaine un premier défi à relever, c’est avant tout de « savoir au service de qui [sont] mis [l]es grands modèles de langage ». C’est ensuite de se rappeler, avec Olivier Ertzscheid, qu’ils « ne seront jamais au service d’autres que celles et ceux qui en connaissent, en contrôlent et en définissent les systèmes de valeurs ».

    Notes[+]

    Géographe, écrivain et enseignant. Récente publication : November November. En route pour la Lune, la Terre en tête, Ed. La Baconnière, 2025.

    #Olivier_Ertzscheid #IA

  • Comment protéger nos enfants des écrans et des réseaux sociaux ? Le point avec un chercheur de Nantes - HIT WEST
    https://hitwest.ouest-france.fr/comment-proteger-nos-enfants-des-ecrans-et-des-reseaux-sociaux-

    Alors qu’Emmanuel Macron souhaite une interdiction des réseaux sociaux pour les moins de 15 ans dans toute l’Europe, les plateformes ne semblent pas prêtes à prendre leur part de responsabilité. Alors comment se prémunir des risques ? Olivier Ertzscheid connait bien le sujet, il est enseignant chercheur en sciences de l’information et de la communication à l’Université de Nantes .

    Harcèlement, risques sur la santé mentale, dysmorphophobie, addictions, désinformation... Les raisons de limiter voire interdire les réseaux sociaux aux plus jeunes sont nombreuses. Une interdiction pure et simple de ces plateformes aux moins de 15 ans, c’est même le souhait d’Emmanuel Macron qui l’a répété cette semaine, lors de la remise des prix « Non au harcèlement » au palais de l’Elysée.

    Au-delà des réseaux sociaux, les professionnels s’accordent à dire que l’exposition aux écrans à un jeune âge est particulièrement toxique pour la santé mentale. Fin avril déjà, cinq sociétés savantes, dont la Société française de pédiatrie, appelaient à proscrire les écrans pour les moins de six ans. Des écrans jugés délétères car ils altèreraient durablement leur santé et leurs capacités intellectuelles.

    Pas d’écran avant de 3 ans, jamais d’écran tout seul entre 3 et 6 ans

    Pourtant quand on est parent, quelques règles s’imposent, selon Olivier Ertzscheid, enseignant chercheur en sciences de l’information et de la communication à l’Université de Nantes. « La règle qui fait à peu près consensus, c’est celle formulée notamment par le psychiatre Serge Tisseron : pas d’écran avant de 3 ans, jamais d’écran tout seul entre 3 et 6 ans, et de 6 à 9 ans, un accompagnement éducatif avec un temps d’écran limité.

    La période clé est vraiment la période de la toute petite enfance, quand un enfant est devant un écran, il n’a pas d’interaction visuelle directe avec d’autres enfants ou d’autre adultes, toute la maturité émotionnelle passe par le rapport à l’autre, et après dès qu’on arrive dans une phase d’adolescence, les écrans ne sont pas toujours des ennemis toxiques, tels qu’on se plaît souvent à le décrire de manière un peu caricaturale, il y a beaucoup d’essais de socialisation qui chez les adolescents passent aussi par les écrans, parce qu’ils sont en lien avec d’autres adolescents, malheureusement il y aussi un nombre de dérives très importantes ».
    Olivier Ertzscheid, enseignant chercheur à Nantes

    Au cœur du problème, notamment, le réseau social TikTok et son absence de réglementation. "Toutes les 6 à 10 secondes on a une interaction, cela veut dire qu’on passe à la vidéo suivante, on revisionne la vidéo en boucle et chaque fois qu’on interagit avec un algorithme, on lui donne de l’information et il nous connaît de mieux en mieux.

    C’est ce qui fait que cet algorithme de TikTok est présenté comme très addictif. Comme on a un rythme d’interaction très fort avec lui et comme il s’agit en plus de publics très jeunes, le rapport qui va s’installer va très vite être un rapport de dépendance. Il est de la responsabilité de la plateforme TikTok d’éradiquer les contenus qui sont clairement identifiés comme des contenus toxiques. Ces plateformes savent parfaitement repérer ces contenus problématiques et dangereux et elles refusent, pour des raisons qui sont principalement économiques.

    Ces plateformes doivent « les modérer efficacement, c’est-à-dire les retirer, ou éviter que des publics dont elles connaissent l’âge ne se retrouvent face à ces contenus-là ». Une donnée interroge, celle fournie par la CNIL : en 2021, l’âge moyen d’inscription sur un réseau social dans notre pays s’élevait à 8,5 ans alors que ces plateformes sont en théorie prohibées pour les moins de 13 ans.

    Peaux lisses, corps saillants, fitres à tout-va... Les codes d’Instagram ou de TikTok peuvent entraîner une perte d’estime de soi. Les utilisateurs peuvent même développer un trouble, la dysmorphophobie, qui se caractérise par une obsession constante relative à des défauts physiques, souvent minimes voire même inexistants aux yeux des autres.

    Le phénomène « SkinnyTok »

    « À force d’être confrontés à des représentations travaillées avec des filtres et qui ne sont pas des vrais visages ou corps, on arrive par effet miroir à trouver que son propre visage ou son propre corps ne correspond pas à ces standards que l’on voit en ligne. On en a beaucoup parlé par exemple avec ce qu’on appelle le SkinnyTok c’est-à-dire sur TikTok, ces corps d’adolescents et de jeunes adultes extrêmement amaigris qui tendent à définir une espèce de standard de beauté puisque l’algorithme de TikTok choisit de les mettre en permanence en avant alors qu’il sait pertinemment que derrière ça va occasionner ou aggraver en tout cas un certain nombre de phénomènes liés à des troubles alimentaires ».
    Olivier Ertzscheid, enseignant chercheur à Nantes

    Preuve que le cyberharcèlement est un phénomène d’ampleur, 20% des 6-18 ans ont été confrontés aux violences en ligne. Un chiffre porté à 60% chez les 18-25 ans. Le harcèlement en ligne est puni sévèrement par la loi : deux ans de prison et 30 000 euros d’amende. Ces peines peuvent êre plus lourdes si la victime est mineure.

    #Médias_sociaux #Olivier_Ertzscheid

  • Web synthétique - Le Courrier
    https://lecourrier.ch/2025/03/26/web-synthetique

    Web synthétique
    mercredi 26 mars 2025
    Alexandre Chollier
    A livre ouvert

    Activism, activists, advocacy, advocate, advocates, barrier, barriers, biased, biased toward…

    Voici les premiers mots d’une liste qui hier en comptait cent, aujourd’hui cent-vingt et demain on ne sait combien. Mots à bannir des projets de recherche aux Etats-Unis sous peine de perdre l’accès aux financements de l’Etat. Tout le monde ou presque en parle. S’il nous faut la voir pour y croire, il nous faut plus encore la lire, un mot après l’autre, pour percevoir ce dont elle est vraiment le signe.

    Tel est l’avis d’Olivier Ertzscheid. Sur le site de la revue AOC, ce chercheur en science de l’information et de la communication à l’Université de Nantes a signé il y a peu un texte crucial sur le sujet : « Blacklisté – sur le rapport fasciste de Trump au langage ». 1.

    La lecture de cette pièce ne laisse guère de place au doute. Aujourd’hui lorsque des mots sont attaqués – et en même temps qu’eux les réalités qu’ils désignent –, c’est potentiellement toute l’humanité qui s’en trouve affectée. La menace qui pèse sur nous toutes et tous ne s’arrête d’ailleurs pas à la seule interdiction de certains mots. Il faut y ajouter la suppression massive de données dans un « ‘immense autodafé numérique’, où ce ne sont plus des livres qu’on brûle, mais des sites Web, des pages Internet, des index, des bases de données ».

    Sans compter que le Web n’a pas attendu cette double attaque pour se métamorphoser. Sous l’effet de bots dopés aux algorithmes – et plus encore depuis l’arrivée des agents conversationnels –, le Web contient de plus en plus de textes, d’images et de vidéos générés artificiellement. Le Web a ainsi changé de nature sans qu’on ne s’en rende compte et il serait judicieux de le nommer pour ce qu’il est devenu : un Web synthétique.

    Olivier Ertzscheid vient d’y consacrer un ouvrage 2 saisissant dont les premières pages peuvent nous servir de vade-mecum à l’heure de naviguer sur le Web, plus encore si nous les lisons à la lumière de ce qui s’y joue depuis le 20 janvier.

    Le Web est un Web synthétique pour plusieurs raisons. D’abord parce que d’ici peu nous serons en passe d’interagir « au moins autant avec des programmes informatiques qu’avec des individus ». Parce qu’ensuite « l’essentiel de ce qui y est discuté comme de ce qui y est vu, est produit par la synthèse d’algorithmes artificiels et ‘d’agents’ […] tout autant artificiels ». Parce que si nous jouissons de contenus modérés, c’est grâce à des travailleurs et travailleuses du clic œuvrant dans des conditions misérables à l’autre bout de la planète. Parce qu’enfin l’artificialisation du Web en cours a tendance à s’autorenforcer ad libitum pour d’évidentes raisons : ce processus offre aux patrons de la Big Tech une réelle opportunité de nous « indiquer quoi faire, que dire et où regarder ».

    Sur un Web de cette sorte, soumis à la logique du capitalisme linguistique, complété en continu par des algorithmes digérant les données existantes, l’impact du « grand remplacement documentaire et linguistique » en cours aux Etats-Unis est autrement plus dangereux qu’on pourrait le croire, surtout si l’on se rappelle que les nouveaux contenus générés sont « totalement inféodés aux règles de la génération déterminées par les entreprises qui les déploient ». Des entreprises qui se sont, faut-il encore le rappeler, docilement ralliées à l’idéologie défendue par le locataire actuel de la Maison-Blanche, dans un mélange ingénieux « d’obéissance anticipée »3 et de visée programmatique.

    Ne nous voilons pas la face. Nous approchons d’un « point de bascule » aux implications sidérantes, rendu possible par la technologie numérique et plus particulièrement par l’« intelligence artificielle » ou, mieux dit, les modèles de langage de grande taille (LLM), que nous n’avons de toute évidence jamais eus sous notre contrôle. S’il est dans ce domaine un premier défi à relever, c’est avant tout de « savoir au service de qui [sont] mis [l]es grands modèles de langage ». C’est ensuite de se rappeler, avec Olivier Ertzscheid, qu’ils « ne seront jamais au service d’autres que celles et ceux qui en connaissent, en contrôlent et en définissent les systèmes de valeurs ».

    Notes[−]
    Notes ↑1 >https://aoc.media/opinion/2025/02/19/blackliste-sur-le-rapport-fasciste-de-trump-au-langage
    ↑2 >Olivier Ertzscheid, Les IA à l’assaut du cyberespace : Vers un Web synthétique, C&F Editions, 2024.
    ↑3 >« L’appel de Fred Turner : “La France doit résister au techno-fascisme de la Silicon Valley” », La Tribune, 11 février 2025.

    Géographe, écrivain et enseignant. Récente publication : November November. En route pour la Lune, la Terre en tête, Ed. La Baconnière, 2025.

    #Olivier_Ertzscheid #Suisse #Langage #Web_synthétique #Intelligence_artificielle

  • Désinformation : la lente et inquiétante dérive de Facebook
    https://www.la-croix.com/societe/desinformation-la-lente-et-inquietante-derive-de-facebook-20250308

    Analyse

    Il y a deux mois, Mark Zuckerberg s’est aligné sur l’idéologie libertaire d’Elon Musk en affaiblissant considérablement la modération sur Facebook et Instagram. À l’heure du rapprochement entre les États-Unis de Donald Trump et la Russie de Vladimir Poutine, les spécialistes de la désinformation redoutent le pire.

    Mélinée Le Priol, le 08/03/2025 à 15:38

    Désinformation : la lente et inquiétante dérive de Facebook
    Facebook, qui compte trois milliards d’utilisateurs actifs mensuels, est en train de prendre une direction similaire à celle du réseau social X. imageBROKER / rafapress/MaxPPP

    Facebook pourrait-il, à terme, connaître une vague de départs semblable à celle de X (ex-Twitter) lors du retour de Donald Trump à la Maison-Blanche en janvier ? Le plus puissant des réseaux sociaux est en tout cas en train de prendre une direction similaire avec la quasi-suppression de la modération des contenus haineux et mensongers. À une différence près : il est dix fois plus gros, avec environ trois milliards d’utilisateurs actifs mensuels contre 335 millions pour X.

    « Facebook est un paquebot lent à manœuvrer : la détérioration de ses contenus va se faire graduellement », prévoit Tristan Mendès France, collaborateur de l’Observatoire du conspirationnisme. « Mais à de telles échelles, l’impact sur la population mondiale pourrait être énorme. »

    « La machine va s’emballer dans des proportions encore difficilement imaginables », confirme Olivier Ertzscheid, enseignant-chercheur en sciences de l’information à l’université de Nantes (1). « Comme personne ne voit jamais la même chose au même moment, sur Facebook, et que les interactions se font surtout dans des groupes privés, il est difficile d’évaluer la diffusion des contenus viraux. En tout cas, sur Instagram, où des études récentes ont pu être faites, la visibilité des contenus politiques est déjà en train d’exploser. »
    Un bonus pour les contenus viraux

    En cause : la volonté du patron de Meta, Mark Zuckerberg, de « restaurer la liberté d’expression sur (ses) plateformes » pour être plus en phase avec le « tournant culturel » que signe selon lui le retour au pouvoir de Donald Trump. Le 7 janvier, à la surprise générale, il annonçait l’abandon de son programme de vérification des faits et de ses systèmes de détection de discours haineux. Selon le Center for Countering Digital Hate (CCDH), cela pourrait se traduire par l’arrêt de 97 % de son travail de modération actuel. Et donc par un « raz-de-marée » de contenus préjudiciables pour les internautes.

    Une mesure plus discrète n’a été relevée que dans un second temps par certains médias américains, comme le site d’investigation ProPublica : Meta relance aussi ces temps-ci un programme de monétisation offrant un bonus aux contenus les plus viraux. S’il n’est encore accessible que sur invitation, il sera ouvert plus largement courant 2025.

    « On le sait, les clés de la viralité sont l’absence de nuance, les raccourcis, les formules choquantes, l’injure : tout ce qui fait surréagir, rappelle Olivier Ertzscheid. Le fait de “récompenser” financièrement ce type de contenus va encore renforcer des comptes déjà très influents, en leur donnant des moyens supplémentaires pour continuer de se professionnaliser. »

    Ces comptes dits « super-spreaders » (dont les publications se répandent plus vite que les autres) bénéficiaient déjà à plein des effets « naturels » de la viralité en ligne. Pendant la pandémie de Covid-19, par exemple, seules douze personnes étaient à l’origine des deux tiers des partages de contenus antivax sur Facebook, selon le CCDH.

    « Opportunité historique »

    « C’est un cauchemar », lâche le journaliste Thomas Huchon. « Tout ce qu’on a réussi collectivement à faire évoluer avec nos révélations, notamment sur Cambridge Analytica, va être remis en place. Tout ce qui faisait que Facebook était encore un peu acceptable va disparaître. »
    À lire aussiLégislatives 2024 : les ingérences russes sont avérées, pas leurs effets sur le vote

    Pour ce spécialiste des fausses nouvelles et des théories conspirationnistes, la dérive est d’autant plus grave que « Facebook est un univers dans lequel beaucoup de gens ne pensent même pas qu’ils vont s’informer », étant plutôt venus pour partager des photos ou garder le lien avec d’anciennes connaissances. Or en 2016, la start-up britannique Cambridge Analytica avait ciblé des millions d’utilisateurs de Facebook selon leurs opinions politiques et ainsi pesé sur deux scrutins majeurs : le Brexit et la première élection de Donald Trump.

    Ces évolutions surviennent à l’heure du rapprochement spectaculaire entre Washington et Moscou. Selon plusieurs médias américains, les agences chargées de la lutte contre la cybercriminalité et les ingérences informationnelles ont récemment reçu l’ordre, aux États-Unis, de ne plus considérer les acteurs russes comme une menace. Tristan Mendès France y voit « une opportunité historique pour les acteurs de la désinformation ».
    À lire aussiFace à X et Elon Musk, l’Europe est-elle impuissante ?

    Face à une Union européenne fragilisée et divisée, le président américain a « politisé à l’extrême » la question de la régulation des plateformes sociales. « Pour Trump, quiconque s’en prend à elles attaque les États-Unis, poursuit Tristan Mendès France. Il ne fait guère de doute que Meta va profiter du bouclier que lui offre Trump. »

    (1) Auteur du Monde selon Zuckerberg. Portraits et préjudices, C&F Éditions, 2020, 15 €, 112 p.

    #Facebook #Olivier_Ertzscheid #Liberté_expression

  • Intelligence artificielle. « On est tous capables d’identifier les copies ChatGPT ». Pour cet enseignant-chercheur, « il faut remettre l’IA à sa place »
    https://france3-regions.francetvinfo.fr/pays-de-la-loire/loire-atlantique/nantes/intelligence-artificielle-on-est-tous-capables-d-identi
    https://france3-regions.francetvinfo.fr/image/C59T9XIg6RJT87ykx2fOMnGP27o/930x620/regions/2025/02/10/visuel-article-6-67a9d6ecbed92385658165.png

    Des copies qui commencent par les mêmes phrases

    La capacité à certifier une compétence est le défi à relever pour les enseignants face à des lycéens et des étudiants qui, après avoir découvert et utilisé Google et Wikipédia, se ruent aujourd’hui sur ChatGPT.

    Le devoir sur table, face au prof, restera une valeur sûre puisque protégée de l’accès à l’outil numérique de l’intelligence artificielle. Mais quid des travaux de groupe ou des devoirs individuels faits loin des amphis ?

    « On est tous capables d’identifier les copies ChatGPT », estime Olivier Ertzscheid, enseignant-chercheur en sciences de l’information, à l’université de Nantes. « Des copies qui commencent par les mêmes phrases et se terminent par les mêmes conclusions, ou qui évoquent des notions complexes non abordées en cours. »
    Des outils gratuits, disponibles et performants

    Interdire l’IA est impossible selon lui, comme il était illusoire de vouloir interdire le recours à Wikipédia. « Ce sont (les IA), des outils massivement utilisés parce que gratuits, disponibles et performants, constate cet enseignant-chercheur. Il faut, en revanche, déployer des actions concrètes pour remettre à sa place cet outil ».

    Et donc enseigner l’IA comme on enseignerait l’utilisation de n’importe quel outil, en expliquant comment on le sollicite, et en soulignant ses vertus, mais aussi ses limites et ses travers, son coût écologique, son coût social avec des travailleurs pauvres employés pour le nourrir de données. Le fait, par exemple, que les données exploitées par les IA ne soient pas représentatives de ce qui fait notre monde et que les réponses de l’IA peuvent véhiculer, de manière cachée, des problématiques sociales sur la place des hommes et des femmes ou des problématiques raciales.

    « Les personnalités qui sont derrière ces bases de données, à la tête de la tech américaine, ne sont par des personnalités qui font de l’antiracisme une priorité, estime Olivier Ertzscheid. Modifier les données d’entraînement (de l’IA), c’est compliqué. »

    Quand Wikipédia est apparu, on s’est interrogé sur son interdiction. On s’est rendu compte que c’était inutile.
    Olivier Ertzscheid

    Enseignant-chercheur dans les sciences de l’information


    https://cfeditions.com/ia-cyberespace

    Comme son collègue angevin, l’enseignant chercheur pense qu’il est vain de vouloir faire sans l’IA et préfère travailler intelligemment avec l’intelligence artificielle. L’enseignant est certain que dans cinq ans, on ne reprochera plus à un élève d’avoir fait appel à l’IA si c’est pour étayer sa propre réflexion.

    #Olivier_Ertzscheid #Intelligence_artificielle

  • Lucie dans les choux avec des diamants. Et DeepSeek mais pas trop profond quand même. – affordance.info
    https://affordance.framasoft.org/2025/01/lucie-dans-les-choux-avec-des-diamants-et-deepseek-mais-pas-tr

    Olivier Ertzscheid28 janvier 2025

    J’ai écrit il y a moins d’un an un (remarquable) livre sur les IA génératives et l’avenir du web (Les IA à l’assaut du cyberespace : vers un web synthétique, C&F Editions), ouvrage toujours en vente libre, je ne vais donc pas vous redire ici tout ce que j’y développe avec une acuité soulignée aussi bien dans La Tribune que dans L’Humanité, mais sachez que si vous vous interrogez autant sur l’incroyable foirage de Lucie (IA française sitôt lancée sitôt débranchée) que sur l’incroyable succès de Deep Seek (IA chinoise alliée du régime), vous trouverez dans ledit bouquin tous les éléments d’explication nécessaires. Et oui 🙂

    Et pour en revenir à Lucie, à DeepSeek, à ChatGPT, à Gemini et à toute la confrérie de leurs clownesques clones, il devient urgent que nous retrouvions une part de lucidité perdue. Tant que ces modèles seront, de par leur conception même, en capacité même temporaire d’affirmer que les vaches et les moutons pondent des oeufs, et tant qu’ils ne seront capables que d’agir sur instruction et dans des contextes où ces instructions sont soit insondables soit intraçables, jamais je dis bien jamais nous ne devons les envisager comme des oeuvres de langage ou de conversation, mais comme des routines propagandistes par défaut, et délirantes par fonction. La merveille de la langue, la beauté du langage, la seule, c’est qu’elle est la seule singularité non-marchande qui puisse être partagée par des millions d’individus sans qu’il y ait nécessité d’en faire autant de clownesques clones. Elle est un lieu de friction qui rend possible toute forme de fiction et de diction, là où tout le projet politique des plateformes et des IA génératives, niché au coeur même de leurs ingénieries et de leurs modes de production, est d’abolir la friction pour la mettre au service de leurs fictions propres.

    #Intelligence_Artificielle #Olivier_Ertzscheid

    • On a l’impression que l’auteur ne suit pas l’actualité. Olivier Ertzscheid écrit

      tant qu[snip] ces instructions sont soit insondables soit intraçables

      Alors c’est fini ça car justement, Deepseek R1 et OpenAI O3 s’astreignent à appliquer une chain of thought = une suite d’étapes, qui structure leur discours selon une logique de recherche et forme un raisonnement dont ils partagent les étapes. Et on ne leur demande pas de faire ça pour faire plaisir à Olivier Ertzscheid, mais parce que cela leur permet d’atteindre de bien meilleurs résultats.

    • Si je demande ça c’est parce que j’ai vu apparaître ces jours ci dans des articles des MSM le terme de modele de raisonnement et que ça me défrise un peu, les raisonnements et leurs aspects formels étant un champ d’étude qui ne date pas d’hier, et qui se poursuit, et j’aimerais bien savoir dans quelle mesure les agents conversationnels peuvent être évalués à l’aune de ce corpus (au delà des effets d’annonce).

    • C’est pour cela qu’on qualifie ces modèles de reasoning et pour cela qu’ils mettent souvent plusieurs minutes pour répondre car chaque étape est tout un calcul, aussi complexe qu’avant une seule question. Comme exemple, il y en a plein dans la litttérature EN. Par exemple la page https://simonwillison.net/2025/Jan/27/llamacpp-pr que je viens de refermer et où on lit un exemple de « raisonnement exploratoire » pour une demande de refactoring informatique :

      Wait, but in the model_map, “groq-gemma” maps to “gemma-7b-it”. So, perhaps the model_map is needed to map the local model IDs to the actual Groq model names.

      But since the model_map is hardcoded, and the API returns available models, perhaps the model_map should be built dynamically from the API response.

      Alternatively, perhaps the model_map can be eliminated, and the models are registered based on the fetched models.

      Wait, perhaps the model_map is no longer necessary. Instead, when the models are fetched from the API, each model’s “id” is the actual model name used in the Groq API. So, when registering the models, the local model ID is “groq-{id}”, and the groq_model_id is “id”.

    • Merci, mais c’est très flou tout ça. Pas grand chose de formel, qui confronterait effectivement une supposée capacité à raisonner à un ensemble de propriétés ou de postulats à vérifier, soit formellement soit expérimentalement. Là je ne vois que de la bidouille de code.Je vais creuser...

    • j’ai fait ma première interrogation de Chat GPT pas plus tard que ce matin. Je l’interrogeais sur une personnalité d’extrême-gauche (nom masqué par moi) et j’ai terminé par cette dernière question.
      Le gras est d’origine.
      Mon premier, et pour l’instant unique, essai, mais il me semble :
      • qu’il y a des filtres (légalité)
      • et que le canevas de réponse (6 points avec sous-arguments) est basé sur un « modèle » (ou tout autre nom pour le décrire) de réponse « politique »

      Comment pourrais-je m’opposer à son action ?

      Si tu souhaites t’opposer à son action et aux événements qu’il organise, il existe plusieurs approches possibles. La manière dont tu t’opposeras dépendra de tes convictions personnelles, de ton analyse des enjeux, et des moyens dont tu disposes pour exprimer tes idées. Voici quelques pistes :

      1. Critique idéologique et argumentée
      L’une des façons les plus efficaces de s’opposer à son action est de disqualifier ses idées sur le plan idéologique, en proposant des contre-arguments solides et bien fondés.

      Contester les bases théoriques : Si tu considères que les idées défendues par l’intéressé sont radicales et peu réalisables, tu peux les critiquer sur le plan théorique. Par exemple, tu peux remettre en question les principes du marxisme, de l’anticapitalisme ou de la révolution totale qu’il défend, en soulignant les limites ou les dangers des approches extrêmes, ou en proposant des alternatives plus modérées.

      Mettre en avant les conséquences pratiques : Tu pourrais aussi argumenter que les idées qu’il défend, bien que théoriquement intéressantes pour certains, ont montré dans le passé qu’elles entraînaient souvent des échecs politiques ou des dommages collatéraux (par exemple, des régimes autoritaires, des conflits sociaux, etc.). En montrant que des tentatives radicales ont souvent mené à des impasses historiques, tu pourrais contester la validité de son approche.

      Promouvoir des solutions concrètes et réalistes : Une autre forme d’opposition consiste à défendre des idées politiques plus modérées ou pragmatiques, en proposant des solutions concrètes et réalistes aux problèmes qu’il soulève (inégalités, réformes sociales, écologie, etc.), mais qui ne nécessitent pas de révolution radicale.

      2. Mise en évidence des dangers de la radicalisation
      Si tu vois ces événements comme un terrain propice à la radicalisation ou à des idées potentiellement nuisibles pour la société, tu peux souligner les dangers associés à la polarisation et à la violence idéologique. Cela pourrait inclure :

      L’isolement des idées : Tu pourrais soutenir que des discussions uniquement entre personnes partageant les mêmes idées créent une bulle idéologique, où des solutions extrêmes sont renforcées sans possibilité de dialogue avec d’autres courants de pensée.

      La violence symbolique : En mettant en lumière certains exemples de radicalisation violente ou d’escalade de la contestation politique (en France ou ailleurs), tu pourrais argumenter que ces espaces de réflexion radicale, bien qu’ils ne soient pas eux-mêmes violents, alimentent indirectement des mouvements plus radicaux ou incitent certains individus à des actions extrêmes.

      3. Argumentation sur l’inclusivité et la représentativité
      Tu pourrais aussi défendre l’idée que des événements comme ceux organisés par l’intéressé ne représentent qu’une fraction marginale de la population, et que l’extrême gauche, en particulier, doit être en mesure de dialoguer avec une pluralité de voix. En faisant valoir que ces événements sont exclusifs et ne permettent pas un débat démocratique plus large, tu pourrais défendre des espaces de discussion plus ouverts et inclusifs qui permettent à un éventail plus large de citoyens de participer.

      4. Actions pratiques et publiques
      Si tu veux aller au-delà de la critique idéologique et t’opposer plus concrètement à son action, tu pourrais :

      Informer et sensibiliser : Tu peux organiser des événements (conférences, débats, publications) qui présentent des visions alternatives, offrant un autre point de vue sur les thèmes abordés lors de ces événements. Le but serait de contrer le discours radical en offrant une vision équilibrée et de promouvoir des solutions sociales basées sur le compromis.

      Organiser des contre-événements : Si tu estimes qu’il est important de montrer un contraste direct avec les idées de l’intéressé, tu pourrais organiser des événements parallèles, comme des conférences publiques ou des débats ouverts, où tu invites des personnalités plus modérées ou même des experts pour discuter des mêmes thématiques, mais sous un angle différent.

      Protestations pacifiques ou actions symboliques : Si tu veux exprimer publiquement ton opposition, tu pourrais envisager des *manifestations pacifiques* ou des actions symboliques devant des lieux où ces événements se tiennent, pour marquer ton désaccord tout en restant dans un cadre légal.

      5. Dialogue et confrontation constructive
      Une autre méthode d’opposition qui peut être plus directe et engageante consiste à chercher à dialoguer avec les personnes qui participent à ces événements. Cela peut être un moyen de comprendre pourquoi elles adoptent certaines positions, mais aussi de leur exposer tes propres convictions. Le dialogue peut parfois être plus puissant que la confrontation, car il permet de débattre, de questionner, et de confronter les idées de manière plus nuancée.

      6. Interroger l’éthique des espaces privés
      Enfin, tu pourrais aussi t’opposer à ces événements sur le principe des espaces fermés et privés, où les débats se tiennent hors du regard du public. Selon toi, l’accès à ces espaces pourrait être perçu comme un moyen de créer une forme de ghetto idéologique, éloigné des préoccupations populaires. Un tel argument pourrait être étayé par la défense de l’idée que des discussions politiques doivent être transparente et ouvertes, accessibles à tous.

      –—

      En somme, l’opposition à son action peut prendre plusieurs formes : critique des idées qu’il défend, mise en garde contre les dangers de la radicalisation, promotion d’une politique plus inclusive et plus modérée, ou même actions concrètes pour porter un contre-discours. La manière dont tu choisis de t’opposer dépendra de tes convictions et de l’impact que tu souhaites avoir. L’important, c’est de rester dans un cadre démocratique et respectueux, même si tes idées diffèrent fortement des siennes.

    • Chatgpt par défaut n’utilise pas les modeles avec « multistep reasoning » (beaucoup trop coûteux pour OpenAI, et que Deepseek a rendu bon marché, d’où le gros buzz).
      Le résultat de Chatgpt présente des points, certes, mais ces points structurent un exposé régurgité immédiatement par enchaînements de mots. C’est comme un brillant musicien qui improvise sans revenir sur ses pas et un peu au bleuf car sans exploration et validation préalable de la composition. Et c’est un processus opaque, sans traçabilité.

      Avec les modèles en multistep reasoning comme O3 et R1, il y a une exploration préalable des différents thèmes, contraintes, difficultés, possibilités, stratégies envisageables pour répondre. Les étapes de cette exploration sont visibilisées et une stratégie optimisée de réponse s’élabore peu à peu.
      Dans certains exemples, les étapes pré-exploratoires sont très nombreuses (plusieurs dizaines voire centaines) au point d’être (très) fastidieuses mais je suppose que ça peut se paramétrer aussi.

      #chatgpt #ia #reasoning #deepseek

    • @ericw indépendamment des outils d’IA récents il y a les logiciels assistant de preuve
      cf https://fr.wikipedia.org/wiki/Assistant_de_preuve
      https://fr.wikipedia.org/wiki/M%C3%A9thode_formelle_(informatique)
      https://fr.wikipedia.org/wiki/Syst%C3%A8me_de_preuve_interactive

      Ces outils utilisent des langages pour décrire en tant que données un théorème ou une proposition formelle et sa démonstration si c’est ça le but.

      Et bien entendu les outils d’IA comme les modèles de OpenAI ou Deepseek ont été nourris avec des pétabytes d’exemples de ces descriptions, propositions, théorèmes, démonstrations etc faites dans ces langages. Ils peuvent donc s’exprimer dans ces langages, en respecter les règles et donc faire des démonstrations formelles.

      Ça forme d’ailleurs l’une des principales catégories de benchmarks.

    • Ce qu’en dit WP en français :

      DeepSeek AI (chinois simplifié : 深度求索 ; pinyin : Shēndù Qiúsuǒ) est une société chinoise d’intelligence artificielle et le nom de son agent conversationnel, qui exploite un grand modèle de langage. Établie à Hangzhou, la société est fondée et soutenue par le fonds spéculatif chinois High-Flyer.

      Début 2025, DeepSeek dévoile un nouveau modèle publié en open source sous licence MIT. Ce modèle, aux performances qui seraient comparables, voire supérieures, à celles des leaders américains, se démarque par son faible coût de développement et sa consommation réduite de ressources. La publication du nouveau modèle entraîne une réaction notable sur les marchés financiers. Les cours de plusieurs entreprises américaines, notamment ceux du leader mondial des puces graphiques utilisées dans l’intelligence artificielle Nvidia, chutent fortement.

      Le 20 janvier 2025, l’entreprise annonce son premier modèle de raisonnement, DeepSeek-R1, qui emploie une chaîne de raisonnement développant des étapes logiques successives aux requêtes9,10,11. Le modèle, publié avec son code source sous licence MIT, bouleverse le secteur de l’IA par un coût de développement se chiffrant en millions plutôt qu’en milliards de dollars ou d’euros, des performances comparables aux meilleurs acteurs du secteur12, et une consommation en ressources de calcul notablement inférieure13. Face à la rentabilité présumée de la technologie, le cours de la bourse de plusieurs géants du domaine, (dont celui de Nvidia, le fournisseur de processeurs GPU, qui perd 600 milliards de dollars)14, chute massivement15,16.

      En janvier 2025, OpenAI et Microsoft soupçonnent DeepSeek d’avoir utilisé un processus de distillation des connaissances pour extraire des données des modèles d’OpenAI via son interface de programmation, en violation de ses conditions d’utilisation. Microsoft dit avoir détecté fin 2024 d’importants transferts de données via des comptes développeurs OpenAI présumés liés à DeepSeek. OpenAI affirme détenir des preuves de ces pratiques, sans toutefois les détailler publiquement, et indique collaborer avec le gouvernement américain pour protéger sa propriété intellectuelle21,22,23.

      https://fr.wikipedia.org/wiki/DeepSeek

      #qu'est-ce_qu'on_rigole

  • Quitter X ? Du dedans de nos cages de langage : exaspérer la vulnérabilité. – affordance.info
    https://affordance.framasoft.org/2025/01/quitter-x-du-dedans-de-nos-cages-de-langage-exasperer-la-vulne

    Les sans-récit sont épuisés et cherchent la lumière. Les tout-récit sont épuisants, et leurs propos souvent délétères. D’où que nous partions, et où que nous allions, nous partageons toutes et tous cet épuisement. Un épuisement des « sols » de la langue, de ce qui la rend sociale et féconde et partagée et qui en fait un levier. De mouvement, justement. Mais la langue de ces espaces que certains fuiront dès lundi ou plus tard, la langue de ces espaces est épuisée, saturée de faux-semblants, à grands coups d’IA, essorée de la mécanique spéculative d’un capitalisme hier déjà linguistique et aujourd’hui complètement sémiotique et total.

    Cet épuisement, cette saturation, cette fatigue, ces discours vides qui tiennent lieu de récits portent des noms comme d’autres des croix : un web synthétique, des contenus « zombies », « Slop AI« , « emmerdification » des usages et de « l’expérience utilisateur », surpondération des discours partisans et violents, et masculinité toxique à tous les étages dans le peu d’interactions réelles qui restent encore visibles. Dans la dernière livraison de sa newsletter « Dans les algorithmes » Hubert Guillaud évoque et rassemble des articles et travaux autour « d’un internet plein de vide » citant notamment Eryk Salvaggio :

    « L’un des aspects de l’IA en tant qu’idéologie est donc la stérilisation scientifique de la variété et de l’imprévisibilité au nom de comportements fiables et prévisibles. L’IA, pour cette raison, offre peu et nuit beaucoup au dynamisme des systèmes socioculturels. »

    Alors ces plateformes tout aussi littéralement s’embrasent dans des formes de viralités devenues incontrôlables ; alors les feux qui y prennent s’étendent au-delà même de leurs murs et carbonisent nos démocraties ; alors elles nous laissent abasourdis en train de contempler les dégâts qui ont emporté nos souvenirs, nos bibelots conversationnels, nos mobiliers affectifs, nos voisinages sociaux.

    Alors nous n’avons plus de choix que de déménager, ou d’habiter et de reconstruire sur une terre brûlée.

    Il nous faudra faire le deuil de ces espaces. Faire le deuil de modalités d’habitats numériques qui ne conduiront qu’à de nouvelles catastrophes, à de nouveaux brasiers. Voilà peut-être le récit de cette trajectoire, ou comment le programme de ces plateformes d’une systématique exploitation de nos vulnérabilités a fini par aboutir à une double exaspération : celle de nos vulnérabilités certes, mais également celle des leurs.

    Du dedans de nos cages de langage, nous parlons aujourd’hui et partirons un jour. Pour aller dire ailleurs, que nous sommes arrivés ; au point exact d’où nous repartirons.

    #Olivier_Ertzscheid #QuitterX

  • Les dingues et les deux paumes. – affordance.info
    https://affordance.framasoft.org/2025/01/les-dingues-et-les-deux-paumes

    Par Olivier Ertzscheid

    Il aura donc fallu moins de quelques heures après l’investiture de Trump pour que l’un des hommes ayant le plus contribué à la faire advenir se fende d’un salut Nazi. Par deux fois.

    Il est tout à fait fou d’entendre et le lire la presse ce matin. Qui « s’interroge ». Sur ce geste qui « ressemble » à un salut Nazi. Qui « fait penser » à un salut Nazi. Qui « serait » un salut Nazi. Qui représente un salut « Nazi » entre guillemets. Tous ces titres de presse et ces traitement médiatiques existent, sans même parler des différentes « fan base » qui viralisent l’ensemble. Pourtant rien, absolument rien n’est plus clair, codifié, lisible, ancré dans la mémoire de l’humanité qu’un salut Nazi. Ce salut Nazi c’est « le geste le plus politiquement connoté du 20ème siècle » comme l’écrit Olivier Tesquet.

    Et il n’y a absolument aucune forme de doute ou d’interrogation à avoir. Musk est au moins autant mentalement instable qu’il est ivre de pouvoir et de richesse. Et Musk est fondamentalement raciste. Musk n’est pas le porte-voix d’une internationale réactionnaire mais d’une internationale d’extrême-droite. Ce salut Nazi n’a rien d’inattendu de la part d’un homme qui a rétabli les pires comptes antisémites sur sa plateforme, qui soutient ouvertement toutes les extrêmes-droites les plus radicales dont encore récemment l’AFD.

    C’est très exactement ici, dans ce geste que tout le monde a vu, que se mesure probablement l’essentiel et l’ampleur de son triomphe et de celui de Trump. Non pas par ce que dit ce geste : la racisme, l’antisémitisme, la haine à l’état brut, une haine prévisible, documentée, qui a valeur de projet. Mais par l’incapacité de décrire ce geste pour ce qu’il est. Par le « débat » qui s’installe sur l’évidence d’une monstrueuse monstration. Il ne s’agit pourtant pas d’un « Deep Fake » ; il n’est pourtant besoin de nul recours à une IA pour l’encoder ; ce n’est pourtant pas un « fait alternatif ». C’est juste un putain de salut nazi répété par deux fois. Un putain de salut Nazi qui n’est plus discuté dans le champ social pour ce qu’il est mais pour la possibilité qu’il puisse être autre chose : un moment « d’égarement », un « enthousiasme mal contrôlé » (sic).

    A l’heure où les derniers survivants centenaires des camps s’éteignent, il va nous falloir faire de la politique. Ou ils emporteront tout. Absolument tout. Et se souvenir que oui, « It is OK to punch nazis« .

    #Salut_Nazi #Olivier_Ertzscheid

  • Mort de Jean-Marie Le Pen : « Le jour de gloire »… Se réjouir d’un décès est-il plus acceptable sur les réseaux sociaux ?
    https://www.20minutes.fr/societe/4132413-20250108-mort-jean-marie-pen-jour-gloire-rejouir-deces-plus-accept
    https://img.20mn.fr/JP04C0XjSXmDpj8pcrgr3ik/1444x920_jean-marie-le-pen-the-national-front-fn-far-right-launched-its-mun

    dilemme•De nombreux internautes se sont félicités mardi de la mort de Jean-Marie Le Pen, le fondateur du Front national. Se réjouir d’un décès est-il plus acceptable sur les réseaux sociaux que dans la « vraie » vie ?
    La mort à 96 ans de Jean-Marie Le Pen, leader de l’extrême droite française sur plusieurs décennies, a entraîné des commentaires enjoués sur les réseaux sociaux.
    La mort à 96 ans de Jean-Marie Le Pen, leader de l’extrême droite française sur plusieurs décennies, a entraîné des commentaires enjoués sur les réseaux sociaux.  - NICOLAS MESSYASZ/SIPA
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    Octave Odola

    Octave Odola

    Publié le 08/01/2025 à 10h17 • Mis à jour le 08/01/2025 à 10h17
    L’essentiel

    Jean-Marie Le Pen, figure de l’extrême droite française et fondateur du Front National, est mort mardi à l’âge de 96 ans.
    De nombreuses réactions de joie ont afflué sur les réseaux sociaux à l’annonce de la disparition du père de Marine Le Pen, connu notamment pour ses idées racistes et négationnistes.
    D’où cette question sensible : peut-on se réjouir de la mort d’une personne ? Éléments de réponse avec Olivier Ertzscheid, enseignant-chercheur à l’université de Nantes en sciences de l’information et de la communication.

    L’alerte AFP est tombée peu avant 13 heures mardi : Jean-Marie Le Pen est mort à l’âge de 96 ans. L’annonce de la disparition du leader d’extrême droite, fondateur du Front national, a initié un flot de réactions. De Jordan Bardella au Premier ministre François Bayrou, de François-Xavier Bellamy à Jean-Luc Mélenchon, les responsables politiques ont dégainé leurs tweets, aux tonalités bien différentes selon leur couleur politique. Philippe Poutou s’est ainsi payé le défunt père de Marine Le Pen : « C’est dingue les vœux, ça marche ! L’année 2025 ne commence pas trop mal avec cette bonne nouvelle. »

    Et la joie de l’ancien candidat NPA aux deux dernières élections présidentielles n’est pas un cas isolé. Sur X, on a vu fleurir les expressions « Le jour de gloire est arrivé » ou « quelle belle journée », tandis que TikTok a opté pour « Nous y est » [que l’on peut traduire par « enfin »]. Toutes ont trusté les tendances du jour sur les réseaux.

    « Puis, y’a du soleil dehors en plus ? Non vraiment quelle bonne journée », « C’est aujourd’hui le jour de fête nationale on supprime le 14 juillet », pouvait-on aussi lire. Mais alors, si se réjouir de la mort de quelqu’un est « heureusement » possible, il faut s’interroger sur « cette espèce de pulsion qui nous pousse à partager en ligne cette réjouissance », estime Olivier Ertzscheid, enseignant-chercheur à l’université de Nantes en sciences de l’information et de la communication.
    Un « effet de concurrence »

    Pourquoi un tel affichage sur les réseaux sociaux ? « Les plateformes survisibilisent ce genre de messages, poursuit l’enseignant. Elles savent que cela va entraîner des dynamiques virales quasi automatiques car il y a de l’affectif et de l’instantané. Elles vont aussi encourager la documentation mémorielle ». Et donner à chacun l’occasion d’afficher son camp en public. « C’est l’occasion de contextualiser une partie de son histoire, de renforcer son sentiment d’appartenir à un collectif. »

    Contre-hommages, gifs humoristiques, litanies de condamnations judiciaires ont donc rythmé la journée de mardi en ligne. Avec, en sous-titre, l’idée que se taire serait une faiblesse. « On observe un effet de concurrence intentionnelle sur les réseaux. Si on combattait Jean-Marie Le Pen et qu’on ne prend pas la parole, on intériorise le fait de laisser la parole aux soutiens adverses », analyse Olivier Ertzscheid.
    « Des paroles d’ordinaire contenues par le jeu social »

    L’affrontement de mardi entre les heureux du jour et les partisans du « Menhir » s’est joué avec une intensité propre aux interactions sur les réseaux sociaux… et au sujet de la mort. « Quand on évoque une personne décédée, on peut passer d’une émotion à l’autre et parfois suréagir », déroule l’expert. Il évoque l’« effet d’habitacle » des réseaux sociaux, ce - faux - sentiment de se sentir à l’abri qui libère la parole, notamment sur la mort. « Ces paroles vont d’ordinaire être contenues par le jeu social. Les schémas habituels de communication avec un tiers sont explosés. » Autrement dit : les personnes qui ont écrit sur les plateformes leur joie après la mort de Jean-Marie Le Pen auraient-elles été aussi nombreuses à le crier en public au milieu de la rue ? Des rassemblements se sont tenus mardi soir dans quelques grandes villes de France. « Il est mort, il est mort ! », ont scandé des manifestants venus boire du champagne et craquer des fumigènes à Paris, place de la République.

    Quoi qu’il en soit, trouver acceptable de se réjouir de la disparition d’une personne n’est pas une exception française. Au Royaume-Uni, une étude YouGov publiée par The Guardian en 2021 montrait que plus de la moitié des Britanniques estimaient possible d’applaudir la mort d’une personne.

    #Médias_sociaux #Jena-Marie_Le_Pen #Olivier_Ertzscheid #Effet_habitacle

    • Se poser la question de se réjouir de la mort du tortionnaire qui a relancé l’extrême-droite raciste et antisémite sans que cet aspect face partie des explications (c’est uniquement mentionné dans le chapeau « L’essentiel », pas dans le texte lui-même), ça me semble carrément lunaire.

      Sinon, aussi, pourquoi la question n’a pas fait l’objet d’un article à la mort de Hassan Nasrallah ou de Yahya Sinwar, qui ont été assez largement célébrées sur les réseaux ? Je fais le pari que la question se poserait à nouveau soudainement si une partie des interwebz célébrait la mort de Netanyahu.

      Je trouve cette histoire de « concurrence intentionelle sur les réseaux », ici, un peu insultante. Les réseaux sociaux, malgré les défauts qu’on leur prête, restent des réseaux sociaux, justement, où l’on fait tout de même un peu société (et comme tu t’en doutes : pour moi, particulièrement sur Seenthis). Donc on n’a pas à faire « concurrence », mais on a bien le droit d’y chercher un petite communion dans la célébration d’une des très rares bonnes nouvelles du moment.

    • Bien sûr qu’il faut se réjouir. Mais l’afficher ?
      Tu as raison aussi sur la différence des articles selon la personne dont on se réjouit du décès, même s’il faut également prendre en compte cette bonne vieille règle des médias : l’intérêt est inversement proportionnel au carré de la distance.
      Enfin, je pense que tu as tort sur la question des réseaux sociaux.
      Les réseaux sociaux sont des réseaux intentionnels, des relations de personnes pour des raisons (familiales, politiques, travail,...). Or cet aspect qui était présent aux débuts des médias sociaux n’existent plus. Le petit village de Seenthis fait exception.
      C’est pourquoi depuis des année je parle précisément de « médias sociaux » : des médias organisés par un centre avec ses algorithmes et qui diffuse le travail caché de ses usagers.... comme bon lui semble (i.e ; si cela l’arrange - produire de l’engagement - et non si cela arrange l’usager qui a choisi ses « amis » à suivre comme dans Seenthis). Un détournement du langage pour cacher leur réalité économique (comme le détournement de « communauté » pour dire « sujets » ou « obligés » qui fut un temps le lingo majeur de tous ces médias).

    • L’extrême droite et le « respect » des morts
      https://contre-attaque.net/2025/01/10/lextreme-droite-et-le-respect-des-morts

      Le 7 janvier, après la mort de Jean-Marie Le Pen, des scènes de liesse et des feux d’artifice ont éclaté dans toute la France. La fête était-elle justifiée alors que le Jean-Marie Le Pen s’est éteint tranquillement, dans son lit, riche, entouré et impuni, et que clan Le Pen est plus puissant que jamais et que ses idées sont déjà au pouvoir ? La question mérite d’être posé.

      Jean-Marie Le Pen c’était ça :
      https://seenthis.net/messages/600166#message905896

  • Christelle Morançais, la région, les étudiantes, les universités. – affordance.info
    https://affordance.framasoft.org/2024/11/christelle-morancais-la-region-les-etudiantes-les-universites

    Il faut mesurer, mais vraiment, l’immense saloperie que constitue cette lettre et la politique qui la sous-tend. Tous les jeudis de toute l’année universitaire, avec quelques collègues et surtout avec tout un groupe d’étudiantes et d’étudiants formidables on décharge des putains de camions de la banque alimentaire, on les range dans notre épicerie, et on est là, jusqu’à 19 ou 20h pour permettre, toutes les semaines, à près de 160 étudiantes et étudiants de sentir un peu moins la vie chère et la misère. Toutes les putains de semaines. Entre deux cours, par tous les temps, comme on peut, avec des bénévoles quand ils et elles le peuvent. Toutes les putains de semaines. C’est pas toujours folichon ce qu’on leur propose aux étudiantes et aux étudiants, parce que comme tous les partenaires avec qui on bosse (banque alimentaire, restos du coeur, féminité sans abri, planning familial, etc) c’est super tendu. Tout le monde manque de tout. On aimerait pouvoir leur filer davantage, davantage de pâtes, de riz, de viande, de légumes, de produits d’hygiène. Mais on est là. Et on y reste. Et on tiendra. Parce que la misère qu’on observe, elle va avec la colère. Et la colère, Christelle Morançais, c’est un moteur d’action dont tu n’imagines même pas la force et l’inertie qu’elle permet de déployer. Et comme chacune de tes putains de décision fait monter notre colère, tu vas encore patauger dans la merde pendant longtemps.

    Mais ta lettre Christelle, cette lettre. Oh putain de bordel de merde. Ecrire à une épicerie solidaire d’un campus universitaire pour lui expliquer que tu vas cesser de lui donner de l’argent (tu n’en donnais déjà pas beaucoup d’ailleurs) bah à la rigueur pourquoi pas, t’es de droite, c’est la crise, tu préfère taper ici plutôt qu’ailleurs, pourquoi pas, c’est de la politique. Mais écrire cela au prétexte et au motif que tu dois te recentrer sur tes « priorités stratégiques » et que l’argent que tu nous enlèves, que tu enlèves à une association qui aide les étudiantes et les étudiants à bouffer chaque semaine, écrire que cet argent va te permettre de préserver tes « capacités d’investissement, notamment en direction de nos politiques en faveur (…) de notre jeunesse » … mais bordel Christelle, il faut vraiment avoir une capacité à prendre les gens pour des cons qui transcende ta propre capacité à l’être. La prochaine fois demande à ChatGPT de rédiger les courriers que tu envoies, il devrait être en capacité de faire preuve de davantage d’humanité ou d’en tout cas moins de cynisme ou de bêtise que toi.

    #Olivier_Ertzscheid #Epicerie_solidaire

  • Christelle (Volde)Morançais. Heureuse qui communique. – affordance.info
    https://affordance.framasoft.org/2024/11/christelle-voldemorancais-heureuse-qui-communique

    Petite leçon de science de la communication par Olivier Ertzscheid. Le texte puis l’image... ce qui se joue dans les discours de la Présidente de Région.

    Ce qui se joue à l’échelle de la région des Pays de la Loire (suppression annoncée de 73% du budget de la culture) fait actuellement l’objet d’un traitement et d’un émoi national. Traitement et émoi justifié tant la mesure est brutale et inattendue, et tant elle ne peut relever que de deux options : la première étant celle d’une authentique saloperie politique, la seconde celle d’une guerre culturelle et civilisationnelle assumée (une seule option au final donc …).

    La communication de Christelle Morançais depuis le début de cette histoire et de l’annonce de cette décision « m’intéresse » dans le sens où elle est une formidable démonstration de l’option présentée ci-dessus.

    #Communication #Olivier_Ertzscheid

  • X et son exode. Comment quitter une forêt lorsque l’on est un arbre. – affordance.info
    https://affordance.framasoft.org/2024/11/x-et-son-exode-comment-quitter-une-foret-lorsque-lon-est-un-ar

    Un excellent papier d’Olivier Ertzscheid. Qui sait éviter les postures pour s’intéresser aux modalités de la guerre culturelle qui s’installe.

    C’est une nouvelle fois, c’est une nouvelle occasion. Se débat, se discute, s’organise le projet d’un grand départ. A l’occasion de l’élection de Trump et du rôle que Musk y joua, des réseaux concurrents, à commencer par Bluesky (fondé par Jay Graber après une initiative de Jack Dorsey** qui avait fondé Twitter) gagnent rapidement un nombre significatif de nouveaux comptes. Un million. Un exode numérique sans peine, sans drame, sans souffrance. Notez bien que je parle de nouveaux « comptes » et pas de nouveaux « utilisateurs ». Car pour devenir utilisateur d’une plateforme cela suppose à la fois d’en connaître ou d’en accepter les codes et les règles, mais aussi d’y contribuer un tant soit peu et autrement qu’en seule consultation. Être utilisateur c’est être impliqué dans un implicite d’usage autant que dans un explicite de consultation. De nouveaux comptes donc mais pas encore autant de nouveaux utilisateurs.

    Merci à celles et ceux qui m’ont signalé une erreur dans mon article initial qui indiquait à tort Jack Dorsey comme créateur de Bluesky

    e-« X »-odus.

    L’histoire des grandes plateformes numériques contemporaines nous renseigne sur le devenir de cet exode et nous engage à une grande prudence. Un exode que l’on décrit un peu trop vite comme massif : un million ce n’est pas tant que cela dans des écosystèmes qui en comptent près de 400 fois plus (et X est à ce titre l’un des plus petits écosystèmes numériques « massifs »), d’autant que rien n’est dit qualitativement de ce million et que l’on sait que tous les comptes ne se valent pas dans les dynamiques qu’ils englobent et dans les espaces expressifs qu’ils mobilisent. Un exode que l’on décrit également un peu trop vite comme définitif ou à sens unique : cet exode d’un million entre X et Bluesky n’équivaut pas diamétralement à un million de fermetures de comptes X. Il faut aussi rappeler que déjà un certain nombre de médias et d’institutions (universités par exemple) ont de fait quitté la plateforme ou cessé d’y publier et d’y interagir, et que pour autant, jamais cette même plateforme n’a été aussi puissante qu’aujourd’hui avec cette seule mais importante différence que sa puissance se déplace, qu’elle est désormais peut-être davantage exogène qu’endogène.

    La particularité et le paradoxe des exodes numériques est qu’ils fonctionnent selon des modalités de colonisation bien plus que sur celles d’un exil : ils nous autorisent à continuer d’être présents dans l’espace que nous quittons autant que dans celui où nous arrivons. Ils ne nous engagent pas à quitter un territoire pour en rejoindre un autre.

    L’exode de X qui s’explique par les outrances et la position de Musk à l’occasion de l’élection de Trump fait écho à beaucoup d’autres parmi lesquels celui qui frappa Twitter lors de son rachat par Musk, ou encore celui qui frappa Facebook à l’occasion de différents scandales.

    Je le redis ici à l’échelle des plateformes numériques contemporaines, aucun exode jamais ne permit de générer autre chose qu’un vascillement très temporaire des plateformes originelles. Même si rien n’est jamais certain, rien ne permet aujourd’hui d’affirmer qu’il en sera autrement pour l’exode qui s’opère actuellement sur X.

    #Olivier_Ertzscheid #Médias_sociaux #Ecosystèmes #X #Twitter

  • « Les IA à l’assaut du cyberespace » : la statistique contre le sens - Sciences et Avenir
    https://www.sciencesetavenir.fr/decouvrir/livres/les-ia-a-l-assaut-du-cyberespace-la-statistique-contre-le-sens_1817
    https://www.sciencesetavenir.fr/assets/img/2024/11/13/cover-r4x3w1200-671a3e20d3f2f-080-hl-flebelle-2112930.jpg

    Par Arnaud Devillard le 16.11.2024 à 18h00 Lecture 1 min.

    Le chercheur Olivier Ertzscheid propose dans son nouveau livre une réflexion pointue sur l’effet produit par ChatGPT, Midjourney et autre Dall-E, à savoir une transformation du langage et du sens en des sorties statistiques.
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    Smartphone avec ChatGPT et Midjourney.
    Felix Lebelle / Hans Lucas / Hans Lucas via AFP

    Cet article est extrait du mensuel Sciences et Avenir n°933, daté novembre 2024.

    ChatGPT ne raisonne pas. Ne comprend pas. Ne sait pas ce qu’est un mot. On ne devrait même pas le qualifier d’"intelligence artificielle", mais plutôt d’artefact génératif. L’auteur Olivier Ertzscheid, chercheur en sciences de l’information (voir son blog Affordance), propose une réflexion pointue sur l’effet produit par ChatGPT, Midjourney et autre Dall-E, à savoir une transformation du langage et du sens en des sorties statistiques, des phrases générées par la probabilité et faisant l’objet d’une marchandisation. Cet aspect est bien plus problématique qu’un fantasmatique remplacement de l’humain par l’IA.


    « Les IA à l’assaut du cyberespace », Olivier Ertzscheid, C&F Éditions, 140 p., 18 €

    #Olivier_Ertzscheid #Intelligence_artificielle

  • Intelligence Artificielle : La pédagogie contre l’illusion ?
    https://cafepedagogique.net/2024/07/04/intelligence-artificielle-la-pedagogie-contre-lillusion

    L’Ecole au front de l’I.A.

    L’ouvrage d’Olivier Ertzscheid aborde la question des « artefacts génératifs » (terme qu’il préfère à « Intelligence artificielle ») sous bien des aspects : techniques, philosophiques, politiques, artistiques, juridiques… Il éclaire aussi les défis posés à l’éducation : « Nous sommes une nouvelle fois devant un changement absolument majeur de notre manière d’enseigner, de transmettre, et d’interagir dans un cadre éducatif, a fortiori lorsque celui-ci est asynchrone et / ou à distance. »

    Car après s’être livrée à la terreur des jeux vidéo, de Wikipédia ou des réseaux sociaux, l’Ecole est peut-être menacée par une nouvelle panique morale : la qualité des textes (et pas que) produits par l’I.A. fait entrer l’Ecole (et pas que) dans l’ère du soupçon. Elle renforce potentiellement un sentiment d’insécurité chez les enseignant·es confronté·es au nouveau pouvoir d’écrire que la machine offre aux élèves. Mais elle leur donne aussi, du moins à celles et ceux qui s’y forment, des facilités nouvelles pour concevoir une séquence, un cours, un diaporama, un QCM, une évaluation… Côté élèves comme côté enseignant·es, le piège, c’est peut-être précisément le sentiment de toute puissance que donne la machine. L’immédiateté de la réponse offerte par les assistants conversationnels est un leurre, une tentative d’hypnose. Le travail de l’Ecole, c’est précisément de nous aider à sortir de la pensée magique pour saisir que l’IA, loin d’être une transcendance, est une technologie, à élucider, que cette technologie fonctionne au service d’intérêts économiques et politiques, qu’elle existe grâce à l’intervention de travailleurs et travailleuses de plus en plus invisibles et exploitées.

    Le 1er danger pour l’Ecole, c’est l’aveuglement, l’ignorance de ce qui se joue, avec pour conséquence l’abandon des élèves face à la technique, susceptible une fois encore de renforcer les inégalités scolaires et socioculturelles. « Nous devons accepter, souligne Olivier Ertzscheid, de braconner sur ces terres d’une relation dialogique automatisée. Et nous devons à tout prix et à tout coût intégrer dans nos pratiques ces nouvelles formes de braconnage technique et culturel et y accompagner étudiantes et étudiants. »

    L’ouvrage d’Olivier Ertzscheid est une belle entreprise de démystification qui nous invite à nous faire à notre tour désillusionnistes. Dépasser la peur comme la fascination implique de comprendre « comment ça marche », de rendre visible ce qui est volontairement dissimulé, de refuser un assujettissement à une IA qui soit déprise sur le savoir et emprise sur les croyances. Ce qui s’impose d’urgence, c’est une pédagogie critique des normes non seulement sociales, mais aussi désormais épistémologiques : au travail !
    Jean-Michel Le Baut

    Olivier Ertzscheid, Les IA à l’assaut du cyberespace – Vers un Web synthétique, C&f Editions, Juin 2024, ISBN 2376620856

    Sur le site de la maison d’édition : https://cfeditions.com/ia-cyberespace

    #Olivier_Ertzscheid #Cyberespace #Intelligence_artificielle #Education

  • Lecture de « Les IA à l’assaut du cyberespace » d’Olivier Ertzscheid | Babelio
    https://www.babelio.com/livres/Ertzscheid-Les-IA-a-lassaut-du-cyberespace/1677811/critiques/4021466

    Critique de BibiOTek

    BibiOTek
    17 juillet 2024
    L’intelligence artificielle (IA) est un terme assez récent dont nous entendons pourtant parler de plus en plus. Partant de recherches scientifiques et de développements informatiques, c’est devenu un terme marketing regroupant un ensemble d’outils, plus ou moins intelligents. C’est donc primordial de commencer par bien comprendre les origines de ce domaine d’étude et d’éclaircir la notion d’intelligence qui est bien souvent utilisée à tord.

    Dans cet ouvrage Olivier Ertzschied commence par clarifier certains fonctionnements de l’IA et notamment ce qu’on appelle LLM pour Large Language Model, des modèles d’apprentissage automatique de texte permettant de « comprendre » et produire du texte et qui sont à l’origine de ChatGPT entre autres. Je mets bien comprendre entre guillemets car c’est un semblant de compréhension. On le comprend assez vite, l’IA n’a d’intelligent que son nom, le reste étant purement et simplement des calculs mathématiques à partir d’une quantité faramineuse de données d’entraînement.

    En revanche cet outil veut nous faire croire qu’il comprend ce qu’on écrit, ce qui implique interpréter la sémantique du texte. Or, pour simplifier, c’est uniquement comme une suite de mots, ou plutôt de tokens, que le texte est assimilé. Mais cette technologie est devenue si puissante qu’elle peut désormais tromper un utilisateur qui pense converser avec un vrai humain. Et ce n’est pas le seul problème : on parle également de métiers voués à disparaître, de travailleurs du clic employés comme modérateurs dans des pays pauvres avec des salaires de misère et exposés aux pires atrocités, de la question des sources des données d’entraînement et du droit d’auteur des « oeuvres » produites. L’auteur aborde tous ces points et interroge le lecteur sur ce qu’il n’aurait peut-être pas imaginé derrière un robot conversationnel ou un générateur d’images.

    J’ai trouvé cet ouvrage intéressant, ça me permet de mettre en parallèle les connaissances techniques que j’avais avec des questionnements plus philosophiques. Pour bien comprendre cet ouvrage et saisir les enjeux, je pense qu’il est nécessaire de connaître déjà un minimum le sujet.

    #Olivier_Ertzscheid #Intelligence_artificielle

  • Olivier Ertzscheid : « Avec l’IA, tout ce qui fait sens se voit soumis à de la spéculation » - L’Humanité
    https://www.humanite.fr/social-et-economie/amazon/olivier-ertzscheid-avec-lia-tout-ce-qui-fait-sens-se-voit-soumis-a-de-la-sp

    Qui contrôle les mots et leurs sens détient les clés du capitalisme « sémiotique » émergeant avec l’intelligence artificielle. Le chercheur Olivier Ertzscheid nous invite à réfléchir les transformations du travail en cours et la place des travailleurs face aux géants du secteur.

    Publié le 17 juillet 2024
    Pierric Marissal

    Pour Olivier Ertzscheid, l’IA nous fait entrer dans un capitalisme sémiotique où tout ce qui fait sens (mot, image, interaction…) s’inscrit dans une chaîne de valeurs soumises à la spéculation.
    © Jeronimo Acero

    Dans son dernier ouvrage1 (1), Olivier Ertzscheid, maître de conférences en sciences de l’information, soulève quantité de questions sur notre rapport à ce qu’il est désormais commun d’appeler l’intelligence artificielle (IA) générative. Il nous amène à réfléchir sur la place de l’humain dans les nouvelles chaînes de valeur d’un capitalisme qui s’est mis à spéculer sur le langage et tout ce qui fait sens.

    #Olivier_Ertzscheid #Intelligence_artificielle

  • Vers un Web zombie ? « Les contenus des IA envahissent Internet au détriment de nos interactions » (Olivier Ertzscheid)
    https://www.latribune.fr/technos-medias/informatique/vers-un-web-zombie-les-contenus-des-ia-envahissent-internet-au-detriment-d

    ENTRETIEN - ChatGPT est-il en train de détruire Internet ? C’est la question à laquelle tente de répondre Olivier Ertzscheid dans son essai, intitulé « Les IA à l’assaut du cyberespace ». Dans ce livre, le chercheur en sciences de l’information dénonce la surabondance de contenus produits par les intelligences artificielles, qui relègue nos interactions sociales dans des couches de moins en moins visibles du Web.

    Propos recueillis par Marine Protais

    Le chercheur Olivier Ertzscheid dénonce l’émergence du « Web synthétique », un Internet où les contenus produits par des machines finissent par occuper l’essentiel de l’espace d’expression visible. (Crédits : DR)

    Depuis quelques mois, certains observateurs parlent d’un internet « mort » ou « zombie », envahi de bots, de textes et d’images générés par intelligence artificielle. Olivier Ertzscheid, chercheur en sciences de l’information et maître de conférences à l’université de Nantes, ne va pas jusqu’à prêcher la mort du web.

    Mais le chercheur estime que celui-ci s’est considérablement transformé avec l’apparition de contenus non produits par les humains. Il détaille son analyse de ce « Web synthétique » et de son impact sur notre manière d’interagir, notre langue, et nos normes sociales dans un essai intitulé Les IA à l’assaut du cyberespace, publié le 5 juin chez C&F Editions.

    LA TRIBUNE - Vous parlez d’un « Web synthétique », qu’entendez-vous par ce terme ?

    OLIVIER ERTZSCHEID - C’est un Internet où les contenus produits par des machines finissent par occuper l’essentiel de l’espace d’expression visible du Web. Aux antipodes d’un Web naturel, organique, où chacun produit lui-même des contenus. Nous savions déjà que les bots, ces programmes informatiques qui publient de manière automatique, occupent une part de plus en plus importante. Ils représentent la moitié du trafic d’Internet et sont aussi producteurs d’information (ou de désinformation). Puis sont venus ChatGPT et les autres IA génératives, ce qui a amplifié ce phénomène.

    Qu’est ce que cela a changé exactement ?

    Avec ChatGPT, nous sommes tous devenus acteurs du web synthétique. Nos échanges avec le chatbot - et tout autre IA générative - sont parfois partagés avec des amis, sur les réseaux sociaux... On contribue à la saturation de l’espace discursif. Le problème c’est que cette omniprésence de contenus artificiels, qui ont souvent un intérêt limité, se fait au détriment des interactions sociales.

    Cette autre question se pose, selon moi : est-ce que la vanité de croire que l’on peut apporter une réflexion intéressante va-t-elle résister à ce web submergé par des contenus synthétiques ? L’autre question que cela pose c’est le devenir de ces contenus. On pourrait les considérer comme des déchets, car sans grand intérêt pour la plupart des utilisateurs. Mais ils servent toutefois à l’industrie numérique pour renforcer la connaissance qu’elle peut avoir de nos profils, nous inciter à rester sur les plateformes, pour améliorer ses outils d’IA... Ils n’ont donc pas d’autres utilité que de servir le modèle économique de ces acteurs.

    A-t-on vraiment conscience qu’il s’agit de contenus synthétiques ?

    On s’en accommode. L’enjeu pour les plateformes est de modifier les habitudes. Sur Facebook, par exemple, les interactions ont fondamentalement muté en l’espace de dix ans, au fil des changements stratégiques imposés par Mark Zuckerberg. Au départ, le réseau valorisait les interactions individuelles, ensuite il a davantage mis en avant les contenus des médias pour pouvoir les monétiser.

    Après cela, ce sont les interactions locales, via les groupes, qui ont été davantage mises à l’honneur. Aujourd’hui, c’est encore autre chose. La page d’accueil de Facebook ressemble à un bouquet de chaînes de télévision où l’on voit défiler des contenus très similaires. Cela produit de nouvelles normes : on voit tous la même chose tout le temps, tout en ayant l’impression de voir des contenus très personnalisés. L’interaction avec les pairs, elle, a disparu.

    Elle subsiste dans les groupes privés...

    Justement, cela questionne notre rapport à l’espace public en ligne. Aujourd’hui les interactions « naturelles » ont migré dans des espaces non visibles. Elles se nichent dans des groupes privés, familiaux ou professionnels, des conversations WhatsApp... Pour y accéder, il faut s’inscrire, répondre à des questionnaires, être invité... C’est aussi pour cela que les plateformes commencent à monétiser ces espaces qui ne l’étaient pas avant. On voit arriver dans Messenger ou WhatsApp de la publicité, des contenus poussés de manière algorithmique.

    Vous dites que ce changement d’un web « naturel » à un web « synthétique » produit de nouvelles normes. Lesquelles ?

    Les productions des générateurs d’images sont extrêmement normées. Ces générateurs mettent en place un certain nombre d’interdits : on ne peut pas demander des portraits de femmes aux sein nus, ni de Mussolini en train de jouer au volley avec Hitler... On finit par intérioriser ces interdictions et ces interdictions deviennent des normes.

    De la même manière que l’on a intériorisé en utilisant Instagram à ne pas montrer certaines parties de notre corps. Dans le cas des générateurs d’images et de texte, ce qui est encore plus intéressant et dangereux c’est qu’on finit par brider et donc appauvrir la langue, donc notre capital culturel.

    Vous défendez depuis longtemps l’idée que les réseaux sociaux entretiennent une ligne éditoriale, via les algorithmes de recommandation notamment. Ici, vous dites que les acteurs de l’IA, Meta, OpenAI et d’autres, « norment la langue », il s’agit d’une affirmation encore plus forte... Quel est leur intérêt selon vous ?

    Le langage c’est un outil de négociation pour aller vers de l’interdit, du transgressif... Ces entreprises nous proposent une vision extrêmement utilitariste du langage. Les prompts sont des chaînes de production qu’il faut apprendre à utiliser. Par ailleurs, les modèles doivent répondre à certaines consignes d’évaluation. Les programmateurs doivent s’assurer de leur innocuité, de leur honnêteté...

    Or si on enlève au langage sa capacité à mentir, à blesser, on lui enlève sa capacité à réparer les blessures. Et on finit par obtenir des interactions appauvries et normées, qui n’ont un intérêt que pour les sociétés qui les mettent en ligne.

    La solution est-elle d’interagir avec des modèles de langage différents, qui n’ont pas la même vision du monde ?

    Plus il y a de diversité, mieux c’est. Pour éviter l’aliénation à ces outils, il faut surtout rester en situation de pilotage, et pas de co-pilotage comme le suggère Microsoft [Microsoft a baptisé son assistant virtuel Copilot, et file cette comparaison de co-pilotage entre l’homme et la machine dans sa communication, ndlr]. Cela signifie comprendre comment ces modèles fonctionnent, pourquoi certaines choses peuvent être générées et d’autres non, vérifier à quel point les biais impactent le modèle...

    Il faut aussi avoir conscience de l’existence de modérateurs et modératrices qui nous évitent de faire face à des productions langagières traumatiques. Mais ce qui est inquiétant c’est que les entreprises à l’origine de ces modèles ne sont pour la plupart pas transparentes. Elles disent elles-mêmes ne plus être en capacité d’auditer les bases de données, qui sont devenues trop grandes. Et même lorsqu’une couche technologique est open source (en accès libre), il est rare que l’ensemble le soit.

    Vous évoquez l’effet magique produit par ces technologies. Mais au bout de deux ans, s’est-il estompé ?

    A l’échelle individuelle, on s’aperçoit vite que l’effet de sidération passée - important avec ces outils - cela reste une technologie. Je le constate chez les étudiants. Il y a eu comme avec Wikipedia au départ une utilisation un peu clandestine de ChatGPT. Mais très vite, ils comprennent que les professeurs arrivent à le détecter.

    Les productions sont tellement standardisées qu’elles sont reconnaissables. Et eux-mêmes perçoivent assez rapidement les limites. Ils s’aperçoivent que pour obtenir un résultat satisfaisant, il faut y passer du temps. Soit pour reprendre soi-même ce que ChatGPT écrit, soit pour affiner le prompt. Les étudiants développent une forme de méfiance vis-à-vis de l’IA actuellement.

    Vous faites le parallèle avec Wikipedia, qui lui aussi avait effrayé certains enseignants, avant d’être finalement accepté...

    Wikipedia, malgré la panique morale qu’il avait suscité à l’époque, reste un outil géré de manière transparente et collective. Les détournements et les erreurs sont rapidement corrigés. ChatGPT n’est pas transparent et derrière on trouve une entreprise avec de forts intérêts économiques.

    Si ChatGPT se substitue à Wikipedia, on va dans le mur. Car pour le moment, il n’y a aucun moyen de vérifier où ce modèle puise ses connaissances.

    Mais il ne faut pas tomber dans une forme de panique morale vis-à-vis de cet outil non plus. Car cette posture empêche toute forme d’explication. Il faut simplement se poser la question suivante : quels intérêts servent ces outils et qui parlent derrière ?

    #Olivier_Ertzscheid #Intelligence_artificielle

  • Bouger vite et casser des trucs. Dissolution de la Start-Up Nation. – affordance.info
    https://affordance.framasoft.org/2024/07/dissolution-start-up-nation

    Par Olivier Ertzscheid

    On luttera. On s’engagera. On n’acceptera jamais. Jamais. Ce soir c’est le plomb mais nous sommes déjà demain. Ils voulaient le renoncement. Ils espèrent l’affrontement. Ils n’auront que notre engagement. Total et permanent, absolu et radical.

    #Olivier_Ertzscheid

  • Intelligence Artificielle : La pédagogie contre l’illusion ?
    https://www.cafepedagogique.net/2024/07/04/intelligence-artificielle-la-pedagogie-contre-lillusion

    L’Ecole au front de l’I.A.

    L’ouvrage d’Olivier Ertzscheid aborde la question des « artefacts génératifs » (terme qu’il préfère à « Intelligence artificielle ») sous bien des aspects : techniques, philosophiques, politiques, artistiques, juridiques… Il éclaire aussi les défis posés à l’éducation : « Nous sommes une nouvelle fois devant un changement absolument majeur de notre manière d’enseigner, de transmettre, et d’interagir dans un cadre éducatif, a fortiori lorsque celui-ci est asynchrone et / ou à distance. »

    Car après s’être livrée à la terreur des jeux vidéo, de Wikipédia ou des réseaux sociaux, l’Ecole est peut-être menacée par une nouvelle panique morale : la qualité des textes (et pas que) produits par l’I.A. fait entrer l’Ecole (et pas que) dans l’ère du soupçon. Elle renforce potentiellement un sentiment d’insécurité chez les enseignant·es confronté·es au nouveau pouvoir d’écrire que la machine offre aux élèves. Mais elle leur donne aussi, du moins à celles et ceux qui s’y forment, des facilités nouvelles pour concevoir une séquence, un cours, un diaporama, un QCM, une évaluation… Côté élèves comme côté enseignant·es, le piège, c’est peut-être précisément le sentiment de toute puissance que donne la machine. L’immédiateté de la réponse offerte par les assistants conversationnels est un leurre, une tentative d’hypnose. Le travail de l’Ecole, c’est précisément de nous aider à sortir de la pensée magique pour saisir que l’IA, loin d’être une transcendance, est une technologie, à élucider, que cette technologie fonctionne au service d’intérêts économiques et politiques, qu’elle existe grâce à l’intervention de travailleurs et travailleuses de plus en plus invisibles et exploitées.

    Le 1er danger pour l’Ecole, c’est l’aveuglement, l’ignorance de ce qui se joue, avec pour conséquence l’abandon des élèves face à la technique, susceptible une fois encore de renforcer les inégalités scolaires et socioculturelles. « Nous devons accepter, souligne Olivier Ertzscheid, de braconner sur ces terres d’une relation dialogique automatisée. Et nous devons à tout prix et à tout coût intégrer dans nos pratiques ces nouvelles formes de braconnage technique et culturel et y accompagner étudiantes et étudiants. »

    L’Ecole au front des langages

    L’ouvrage d’Olivier Ertzcheid pose quelques bases d’une didactique de l’I.A. qu’il nous faudra rapidement construire. Il nous rappelle en particulier combien il devient encore plus essentiel de développer les compétences linguistiques des élèves, au premier chef la maitrise du vocabulaire et de la syntaxe.

    L’Ecole au front de l’EMI

    Le travail qui nous incombe, c’est de favoriser une posture de déconstruction : les élèves doivent développer un regard critique sur les productions générées par l’IA. Savoir analyser, comparer, vérifier, sélectionner, hiérarchiser, sourcer, corriger, enrichir, restructurer … les propositions de l’IA supposent bien des connaissances, des capacités et des entraînements, ce qui fait de l’EMI plus que jamais une urgence et un impératif, et ce dans toutes les disciplines tant chacune est impactée.

    L’ouvrage d’Olivier Ertzscheid est une belle entreprise de démystification qui nous invite à nous faire à notre tour désillusionnistes. Dépasser la peur comme la fascination implique de comprendre « comment ça marche », de rendre visible ce qui est volontairement dissimulé, de refuser un assujettissement à une IA qui soit déprise sur le savoir et emprise sur les croyances. Ce qui s’impose d’urgence, c’est une pédagogie critique des normes non seulement sociales, mais aussi désormais épistémologiques : au travail !

    Jean-Michel Le Baut

    #Olivier_Ertzscheid #Ia_cyberespace #Education #Intelligence_artificielle

  • Autorisation des contenus pornographiques et violents sur X : « Ça s’inscrit dans une économie qui est rentable », regrette Olivier Ertzscheid
    https://www.europe1.fr/emissions/linterview-de-5h40/autorisation-des-contenus-pornographiques-et-violents-sur-x-ca-sinscrit-dans

    Olivier Ertzscheid, chercheur français en sciences de l’information et de la communication, répond aux questions de Victor Pourcher. Ensemble, ils reviennent sur l’autorisation des contenus pornographiques et violents sur le réseau social X.

    Victor Pourcher remplace Alexandre Le Mer ce mercredi 5 juin 2024.

    Invité(s) : Olivier Ertzscheid, chercheur français en sciences de l’information et de la communication

    #Olivier_Ertzscheid #X

  • Nouveau livre :-) Les IA à l’assaut du cyberespace. Vers un web synthétique. – affordance.info
    https://affordance.framasoft.org/2024/05/les-ia-a-lassaut-du-cyberespace-vers-un-web-synthetique

    Olivier Ertzscheid annonce la parution de son ouvrage et parle un peu du making of.

    Sortie officielle le 5 Juin mais commandes déjà possible sur le site de ce merveilleux éditeur : C&F Éditions.

    Voilà pour l’essentiel. Et pour le reste, quelques mots.

    #Olivier_Ertzscheid #Ia-cyberespace

  • Nouvelle-Calédonie : le blocage de TikTok est-il légal ?
    https://www.latribune.fr/technos-medias/internet/nouvelle-caledonie-le-blocage-de-tiktok-est-il-legal-997722.html

    Peu efficace, liberticide et potentiellement illégale... La décision de Gabriel Attal de bloquer TikTok en Nouvelle-Calédonie pour espérer ramener le calme dans l’archipel interroge de nombreux observateurs. Car même prise dans un contexte état d’urgence, une telle décision doit être justifiée par lutte contre le terrorisme. Explications.
    Marine Protais
    16 Mai 2024, 19:38

    Une mesure qui rappelle l’Iran et la Chine

    Au-delà de sa légalité, l’aspect anti-démocratique du blocage d’un réseau social interpelle. Cette mesure rappelle des décisions prises en Iran, en Chine, en Inde... des états connus pour leurs pratiques autoritaires. « La mise sur le même plan sémantique du "déploiement de l’armée" et de "l’interdiction de TikTok" est à la fois surréaliste et programmatique. Surréaliste car on croirait un cadavre exquis, et programmatique car elle désigne la plateforme comme disposant des attributs d’une puissance militaire qu’il convient d’abattre. C’est donc à la fois se tromper de sujet et se tromper de cible" », écrit sur son blog Olivier Ertzcheid, chercheur spécialiste en sciences de l’information.

    Coïncidence. La décision du Premier ministre Gabriel Attal de bloquer TikTok en Nouvelle Calédonie est intervenue le même jour que la publication du rapport de l’ONG Access Now. Celle-ci fait un bilan du nombre de blocages du web et des plateformes durant l’année 2023. Ceux-ci sont en forte augmentation, rapporte l’ONG, qui s’inquiète d’une normalisation de cette pratique. Dans ce rapport, l’ONG rappelle d’ailleurs la prise de parole d’Emmanuel Macron lors des émeutes de juin 2023 suite à la mort de Nahel Mezouk, durant laquelle il avait déjà évoqué le potentielle blocage de la plateforme, provoquant des réactions enflammées.

    Par ailleurs, si le but est d’empêcher à des groupes de s’organiser ou de diffuser des campagnes de désinformation, on peut s’interroger sur pourquoi le choix de TikTok plutôt qu’une autre plateforme. « Sans accès à TikTok, la jeunesse réellement mobilisée et active se trouvera et s’est déjà probablement trouvée d’autres canaux de mobilisation et d’organisation, le premier d’entre eux étant WhatsApp, écrit encore Olivier Ertzscheid. Et pour "l’autre jeunesse", celle qui se contente d’être jeune mais n’est ni particulièrement mobilisée ou politisée, elle vivra cette interdiction comme une censure et une privation aussi injustifiée qu’injustifiable, et là peut-être y verra les raisons de se mobiliser ou d’entrer dans le conflit. »
    Si l’on bloque TikTok, pourquoi ne pas bloquer WhatsApp et Telegram ?

    « Lorsqu’on étudie les menaces cyber, la plateforme que nous croisons le plus souvent c’est Telegram. C’est celle qui est la plus utilisée pour mener à bien des cyberattaques ou des campagnes de désinformation », pointe de son côté Adrien Merveille, expert en cybersécurité chez Check Point Software Technologies..

    Un blocage est par ailleurs toujours contournable. « Quand vous bloquez une plateforme, il y a toujours un moyen de le contourner, rappelle. En quelques clics, vous pouvez télécharger un VPN. Même dans des pays où le blocage étatique est bien plus fort, certains trouvent des moyens de le contourner » rappelle Arnaud Lemaire, expert en cybersécurité chez F5.

    Marine Protais

    #TikTok #Olivier_Ertzscheid