• Chômeurs, rentiers : devons-nous tous être productifs ? | France Culture
    https://www.radiofrance.fr/franceculture/podcasts/questions-du-soir-le-debat/chomeurs-rentiers-devons-nous-tous-etre-productifs-4149528

    Dans un contexte d’austérité budgétaire, le politique semble, plus que jamais, vouloir traquer toute action ou frange de la population jugée « inutile ». Mais qu’entend-t-on par inutile ? Ce qui est jugé trop coûteux, improductif ? Ou incompatible avec le bien-être des citoyens ?

    Inscrire automatiquement les bénéficiaires du RSA à France Travail, mettre en place des indices d’efficacité de la dépense publique ... Dans un contexte budgétaire austère, le politique semble, plus que jamais, vouloir traquer toute action ou frange de la population jugée « inutile ». Mais qu’entend-t-on par inutile ? Ce qui est jugé trop coûteux, improductif ? Ou ce qui est incompatible avec le bien-être des citoyens ? A l’ère du néolibéralisme, utilité et productivité sont-ils des termes désormais interchangeables ? Et que faire face à l’arrivée de l’intelligence artificielle, qui menace de disqualifier de nombreux emplois et de redéfinir la productivité ?

    https://aoc.media/analyse/2026/04/27/chasser-linutile-lobsession-neoliberale

    Qualifier une politique, une institution ou une profession d’« inutile » suffit aujourd’hui à la disqualifier. Derrière cette apparente évidence se dévoile une logique plus profonde : celle d’un #ordre_néolibéral qui érige une certaine vision de l’utilité en critère central de valeur. De l’action publique aux existences individuelles, tout est sommé de prouver sa productivité. Ainsi, ce qui échappe aux indicateurs de performance est progressivement invisibilisé, puis marginalisé.

  • LES MAINS VIDES

    « C’est comment de vivre
    en France
    en pleine crise climatique,
    en coopération avec les humaines
    et en accord avec les êtres vivants ? »

    Dans la seconde moitié du XXIeme siècle, le #climat s’est déréglé, le pétrole est un souvenir et pourtant, parfois, quand un membre d’un village anarchiste subit une séparation amoureuse, il lui faut bien partir, chercher un autre endroit où passer l’été caniculaire, traverser des #lieux où tout le monde ne roule pas tout à fait pareil.

    Les vagues de #canicule arrivent et tu dois quitter ton foyer. Tu as besoin de partir, d’aller voir de l’ailleurs pour réparer ton corazon brisé. Enfourche ton vélo et va, enchaine les kilomètres, quitte tes montagnes à la recherche d’une belle communa pour passer la Torpeur. Rencontre, explore, discute et prends soin. Des autres, du #vivant, de toi surtout. Le fol Horhizome est fort et fragile, il relie les #anarchies entre elles, qui fleurissent différentes sur leur fondement commun : l’#ordre, sans le #pouvoir. Roule et traverse, prends garde aux Verticaux, mais nourris-toi de la friction, elle remplira ta carte et tes dessins. Mets l’eau à chauffer, fais tes infusions d’encre.

    Alors que les utopies s’enclosent souvent dans des îles (des planètes, des tours, des souterrains), les sociétés sont ici pleines de trous, composent avec le voisin, bricolent et font avec. Hommage à #Ursula_Le_Guin, cette eutopie se fait fiction-sacoche, journal de voyage qui tente de se saisir de la #crise_climatique pour en exprimer un #possible_désirable, dans une échappée à la fois politique et intime.

    https://lavolte.net/products/les-mains-vides
    #livre #fuite #réfugiés_climatiques #changement_climatique #anarchisme #utopie #désirabilité

  • Des #syndicats et #associations demandent la #dissolution de l’#Ordre_des_médecins, jugé « inutile » et « nocif »
    https://www.franceinfo.fr/sante/cette-institution-protege-des-professionnels-de-sante-corrompus-et-maltra

    Les 26 organisations qui ont signé une tribune lui reprochent notamment de « protéger des professionnels de santé corrompus et maltraitants ».

    Dans une tribune publiée en ligne, mardi 9 mars, plusieurs syndicats de médecins et associations de patients demandent la dissolution du Conseil national de l’ordre des médecins (#CNOM) qui, selon eux, « protège des #professionnels de #santé #corrompus et #maltraitants ». Les 26 organisations signataires jugent l’instance déontologique des médecins français « inutile » et « nocive ».

    Pour le dire, ils s’appuient notamment sur le rapport « accablant » publié par la #Cour_des_comptes en décembre 2019 : ce dernier pointait des #sanctions trop tardives contre des faits d’#agressions_sexuelles et des comptes « souvent incomplets et insincères ».

  • Champagne, impunité, patients menacés : un rapport accablant recommande la dissolution de l’Ordre des médecins de Paris - Le Parisien
    https://www.leparisien.fr/paris-75/champagne-impunite-patients-menaces-un-rapport-accablant-recommande-la-di

    Un rapport récent de l’IGF pointe de nombreuses dérives au sein de l’Ordre des médecins de Paris. Dépenses indécentes, médecins condamnés toujours en exercice et élections entachées de fraudes… Une pétition réclame désormais sa dissolution.

    « Pendant que des victimes attendaient justice, l’Ordre commandait du champagne. » Cette phrase, extraite d’une pétition lancée sur la plateforme Les Lignes Bougent, résume à elle seule la tempête qui s’abat sur l’Ordre des médecins de Paris.

    Révélé il y a quelques semaines par Le Canard Enchaîné, un rapport confidentiel de l’Inspection générale des finances (IGF) de 1 500 pages met en cause l’institution chargée de veiller à la déontologie des 341 000 médecins de France. Le Parisien a pu consulter ce document aux conclusions accablantes.
    Des condamnés toujours inscrits au tableau

    C’est sans doute le point le plus grave soulevé par les inspecteurs. Selon le rapport, un médecin parisien définitivement condamné en 2025 pour détention d’images pédopornographiques et propositions d’ordre sexuel à un mineur serait toujours inscrit au tableau de l’Ordre. Même chose pour un psychiatre, condamné en 2022 pour agression sexuelle à une interdiction d’exercer, qui y figurerait toujours comme « n’exerçant pas par décision personnelle ». Dans aucun de ces deux cas, l’Ordre n’aurait engagé de procédure disciplinaire.

    L’affaire Joël Le Scouarnec plane sur ces révélations. Ce chirurgien, condamné en 2025 pour viols et agressions sexuelles sur 299 victimes, avait pourtant été condamné dès 2005 pour détention d’images pédopornographiques, sans que l’Ordre n’engage la moindre poursuite. En 2006, le conseil du Finistère l’avait même réinscrit à son tableau.

    Quatre personnes non-membres du conseil auraient perçu des indemnités de présence, et une conseillère suppléante aurait touché irrégulièrement 14 000 euros d’indemnité de fonction. Les réserves du conseil seraient par ailleurs dispersées sur cinq comptes différents — entre 86 euros et 3,2 millions d’euros — et près de 511 000 euros de cotisations n’auraient pas été reversés au Conseil national au moment du contrôle.

    Ces dérives présumées s’inscrivent dans un tableau plus large. Au niveau national, les indemnités des conseillers auraient progressé de 12,5 à 13,7 millions d’euros entre 2021 et 2024. Et le conseil des Alpes-Maritimes se serait offert en 2021 une villa niçoise de 1 200 m2 avec piscine pour 3,9 millions d’euros, destinée à ses sept salariés.
    « Ils fonctionnent comme une mafia »

    Sur le terrain, des médecins signataires de la pétition témoignent, sous couvert d’anonymat, craignant des représailles de la part du conseil de l’Ordre. Un premier chirurgien esthétique parisien dit en être à sa cinquième procédure ordinale, notamment pour la possession d’un compte Instagram ou la publication de vidéos YouTube considérées par l’Ordre comme de la publicité.

    « C’est un acharnement. De nombreux collègues subissent le même harcèlement », confie-t-il, dénonçant une « omerta » qui protégerait les praticiens proches du Conseil. Et de pointer une contradiction : « Des membres du Conseil font eux-mêmes des vidéos promotionnelles ou passent à la télévision sans jamais être inquiétés. »

    Un second chirurgien esthétique, lui aussi poursuivi pour ses publications sur les réseaux sociaux, est tout aussi véhément : « Ils font leur propre loi et fonctionnent comme une mafia. »

    Condamné à six mois ferme d’interdiction d’exercer, il dénonce une justice à deux vitesses et une contradiction qui l’a frappé de plein fouet : « On s’acharne sur les médecins esthétiques pour des publications dérisoires, alors que des confrères coupables de fraudes massives à la sécurité sociale ne sont jamais inquiétés. »
    La dissolution réclamée

    Ces révélations s’ajoutent à un contexte déjà tendu. En février 2024, puis en avril 2025, deux scrutins consécutifs destinés à renouveler 14 des 28 sièges du conseil parisien ont été annulés par le tribunal administratif pour fraudes et irrégularités — dont la distribution de bulletins préremplis et déjà cachetés. En octobre 2025, le président Jean-Jacques Avrane, en poste depuis 2015, a été réélu lors d’un troisième scrutin aussitôt contesté. Bilan : près de 450 000 euros dépensés, et depuis plus de deux ans, la moitié des élus siège sans légitimité.

    Face à ces constats, l’IGF recommande la dissolution du conseil parisien et son placement sous tutelle du Conseil national, une décision qui reviendra à la ministre de la Santé. Une pétition sur Les Lignes Bougent va dans le même sens. Signée par plus de 10 000 personnes, elle réclame également un audit des 103 conseils départementaux et l’intégration de représentants des patients au sein des instances de l’Ordre. Ce n’est pas la première fois que le scénario se profile : en 2007, l’Ordre de Paris avait déjà été dissous après un rapport de l’Inspection générale des affaires sociales, avant de se reconstituer.

    Contacté par Le Parisien, le Dr Jean-Jacques Avrane a refusé de s’exprimer pour l’heure, indiquant être « en phase contradictoire » sur le rapport. Une position qui rejoint celle du Conseil national, lui aussi retranché derrière le caractère « non définitif » du document.

  • Shanaka Anslem Perera / X – The Strait of Hormuz now has a guest list. And the guest list is redrawing the map of global power.
    https://x.com/shanaka86/status/2036367637622526310

    The Strait of Hormuz now has a guest list. And the guest list is redrawing the map of global power.

    China passes. Chinese-owned vessels transit with “CHINA CREW” broadcast on AIS. India passes. LPG tankers Shivalik and Nanda Devi cleared and escorted. Pakistan passes. Aframax tankers bound for Karachi approved. Turkey passes. Malaysia passes. Iraq transits on government-to-government terms. Bangladesh receives limited clearance. Sri Lanka was publicly named a “friendly nation” by the Iranian ambassador in Colombo this morning.

    The United States does not pass. Israel does not pass. Japan does not pass. South Korea does not pass. Any vessel with US or Israeli beneficial ownership, insurance, or crew is excluded. No toll will buy entry. The gate is not for sale to everyone. It is for sale to a specific coalition: the nations that did not join the war, or that Iran calculates it can pull closer by offering what the strait controls.

    Four hundred ships are waiting outside. Three transited in the last 24 hours. The IRGC is selecting the future of global trade one hull at a time. Every vessel that passes under the yuan-denominated toll weakens the petrodollar architecture. Every vessel that waits reinforces it. The strait is not a waterway anymore. It is a sorting mechanism. Friendly nations on one side. US-aligned nations on the other. The water between them is 21 miles wide, priced at $2 million per crossing, and denominated in a currency that is not the dollar.

    The United States calls this extortion. CENTCOM has stated it “will not tolerate any restriction on freedom of navigation.” Over 50 missile sites were hit overnight. The US blueprint to demolish the toll system is multi-domain: kinetic degradation of IRGC coastal infrastructure, naval escorts for allied tankers, targeted sanctions on toll intermediaries, and, per the Wall Street Journal, contingency planning for operations against Kharg Island to cut the revenue that funds the gate.

    The logic is straightforward. If the IRGC cannot enforce the corridor, the corridor collapses. If the toll revenue disappears, the gate cannot sustain itself. If Kharg is seized or blockaded, Iran loses both its export income and its leverage. The US is not negotiating with the toll booth. It is planning to demolish it.

    But here is what the demolition does not solve. Every day the toll booth operates, it proves that global energy trade can settle in yuan through a non-Western chokepoint during a shooting war. That proof of concept does not disappear when the corridor closes. The precedent lives in the transaction records of every tanker that paid. The yuan payment rail built under fire becomes a template for peacetime. The IRGC may lose the strait. It will not lose the demonstration.

    China is watching. Beijing’s tankers pass freely. Beijing’s currency collects the tolls. Beijing’s refineries process the crude. And Beijing has not fired a single shot, deployed a single soldier, or risked a single asset. The war that the United States is fighting and funding is simultaneously building the payment infrastructure that China will inherit when the fighting stops. The strait sorts nations into two categories. The category that pays in yuan is growing. The category that waits outside is shrinking. And the distance between the two is measured in a currency that neither Washington nor Jerusalem controls.

    Three ships. Four hundred waiting. One guest list. Two currencies. The strait is not just a chokepoint anymore. It is an audition for the next monetary order.

  • L’ordre des médecins sévèrement étrillé par l’inspection des finances
    https://www.lemonde.fr/societe/article/2026/03/18/l-ordre-des-medecins-severement-etrille-par-l-inspection-des-finances_667212

    Irrégularités de gestion, mauvais traitement des signalements et des plaintes, achats non conformes aux règles de la commande publique… : un rapport provisoire révélé mercredi met en cause l’instance ordinale dans ses principales missions.

    Il y a tout juste un an, l’ordre des médecins traversait une forte zone de turbulences, mis en cause pour son inaction et ses défaillances, lors du procès du chirurgien Joël Le Scouarnec, condamné, le 28 mai 2025, pour des viols et agressions sur 299 victimes. C’est aujourd’hui, plus largement, sur les manquements à sa mission disciplinaire mais aussi sur l’ensemble de sa gestion que l’organisme de droit privé, chargé d’une mission de service public, est épinglé. Et de manière très sévère.

    Dans un rapport provisoire de l’inspection générale des finances (IGF), daté de janvier et révélé par le Canard enchaîné dans son édition du 18 mars, le constat est sans appel : la gestion de l’ordre des médecins, qui dispose d’un budget annuel d’environ 111 millions d’euros, est émaillée de « nombreuses irrégularités ». Elle souffre aussi d’un « défaut de transparence et de contrôle ». Au point que les inspecteurs préconisent, entre autres, de revoir profondément son organisation, en instituant une « entité juridique unique » soumise à un contrôle externe, regroupant l’ensemble des conseils de l’ordre. Ou encore de faire rentrer les patients au sein de sa gouvernance. Contacté, le Conseil national de l’ordre des médecins (CNOM) indique que « la procédure étant en cours, [il] n’est pas en mesure de la commenter publiquement à ce stade ».

    #paywall

    • En amont, c’est tout le circuit de traitement des alertes reçues (courriers, signalements, doléances…), avant d’être qualifiées de plainte, pour pouvoir donner lieu à des poursuites, qui pose aussi problème. Pratiques « hétérogènes », « à la discrétion » des conseils départementaux, sans « procédure harmonisée »… Les écueils sont déjà largement connus. Le rapport cite une liste de signalements en 2024 ou 2025, portant sur des faits graves, dont des conseils départementaux ont été destinataires, sans engager de poursuites. Ou alors après un délai supérieur à un an.

      Ce n’est pas la première fois que le fonctionnement de l’instance ordinale est mis en cause : en 2019 déjà, la Cour des comptes relevait d’importantes défaillances tant du point de vue de la gestion que de l’exercice de sa mission disciplinaire.
      Reste la situation de « crise » au conseil départemental de Paris : à deux reprises, en février puis en octobre 2024, l’élection de son président a été annulée pour irrégularités par le juge administratif. Un nouveau scrutin, en septembre 2025, est de nouveau contesté en justice. La mission, qui constate en outre de « sérieuses irrégularités de gouvernance et de gestion », plaide pour une solution radicale, en demandant sa dissolution, « en vue d’assurer son renouvellement intégral ».
      Au ministère de la santé, on assure avoir « pris acte du contenu de ce rapport qui relève de graves dysfonctionnements », en promettant d’agir « en conséquence » à l’issue de la procédure contradictoire en cours.

      https://justpaste.it/lmxf5

      #ordre_des_médecins #médecins #patients

    • Voilà 9 ans que deux plaintes pour refus de soins se heurtent aux différentes instances de l’Ordre des médecins. [Saisi, le] Conseil d’État a infligé un blâme à deux ophtalmologues.
      https://www.quechoisir.org/actualite-aide-medicale-d-etat-blame-pour-deux-ophtalmologues-n174718

      L’aide médicale d’État, dispositif d’accès aux soins pour les précaires sans papiers, dispense de l’avance des frais, dans la limite des tarifs de l’assurance maladie.
      Les médecins ne peuvent refuser la consultation ou imposer l’avance de frais, quel que soit le motif avancé. S’ils le font, ils se rendent coupables de #discrimination, voire de refus de soins.
      Le #Conseil_d’État l’a confirmé à travers deux décisions récentes, infligeant un blâme à deux ophtalmologues.

      8 ans de procédure pour obtenir... une sanction administrative, sans aucune réparation pour les victimes. Le refus de soin (aux bénéficiaires d’#AME ou de #C2S) est une discrimination répréhensible en droit pénal, passible de peines de prison et de lourdes amendes. Mais on en a jamais vu.

      #refus_de_soins

  • Les politiques de la #nuit lilloises
    https://metropolitiques.eu/Les-politiques-de-la-nuit-lilloises.html

    De nombreuses villes ont développé une politique de la nuit depuis le début des années 2000. À #Lille, dès les années 1990, élus, professionnels du secteur et riverains participent par ce biais au maintien de la tranquillité publique. Paris, Bordeaux, Lyon, Lille, Rennes, Nantes, La Rochelle : de nombreuses métropoles françaises ont mis en place ces dernières années des politiques de la nuit. Ont ainsi été écrites des chartes de la vie nocturne, élus des « maires de la nuit », créées des #Terrains

    / Lille, #Nord–Pas-de-Calais, #Hauts-de-France, nuit, #ambiances_urbaines, #politiques_urbaines, #ordre_public

  • "Blocus maritime" pour les migrants : l’#Italie rétablit l’interdiction pour les ONG d’entrer dans ses eaux territoriales

    Le Conseil des ministres italien a approuvé mercredi un projet de loi durcissant les règles sur l’immigration. Parmi elles, instaurer un « #blocus_maritime » pour empêcher les ONG en mer Méditerranée d’amener un trop grand nombre de migrants en Italie, rouvrir les centres pour demandeurs d’asile en Albanie et faciliter les expulsions.

    « Les #frontières de l’Italie sont les frontières de l’Europe. Les défendre est un devoir », a écrit sur X le ministre de l’Intérieur, #Matteo_Piantedosi, à l’issue de l’adoption mercredi 11 février d’un projet de loi sur l’immigration qui permettrait notamment à l’Italie d’interdire provisoirement les arrivées de migrants par la mer « en cas de #menace_grave pour l’#ordre_public ou la #sécurité_nationale ».

    « Ce blocus maritime est une promesse tenue », s’est félicitée la Première ministre d’extrême droite #Giorgia_Meloni. « À tous ceux qui disaient que c’était impossible, je tiens à rappeler que rien n’est véritablement impossible pour ceux qui sont déterminés à agir ».

    Les médias italiens ont détaillé ce #projet_de_loi. « Sur décision du Conseil des ministres, l’accès aux #eaux_territoriales peut être interdit aux navires [d’ONG] qui constituent une menace pour la sécurité nationale pour une durée maximale de 30 jours, renouvelable jusqu’à six mois », écrit le journal La Repubblica.

    « Le refoulement collectif de personnes en haute mer est interdit par la Charte des droits fondamentaux de l’UE »

    Quatre critères seront pris en compte par les autorités italiennes pour leur interdire l’entrée dans leurs eaux territoriales : s’assurer de ne pas avoir « un risque concret d’actes terroristes ou d’infiltration terroriste sur le territoire national », « une #pression_migratoire exceptionnelle susceptible de compromettre la gestion sûre des frontières », « des urgences sanitaires de portée internationale » (comme des épidémies) et « des événements internationaux de haut niveau exigeant l’adoption de mesures de sécurité extraordinaires ».

    Les navires d’ONG qui forceraient le blocus et ne respecteraient pas l’ordre d’arrêt s’exposent à des #amendes pouvant atteindre 50 000 euros. « En cas de violations répétées de l’interdiction, le navire sera d’abord saisi, puis confisqué. Les migrants à bord, considérés comme demandeurs d’asile, pourront être transférés vers des pays tiers sûrs avec lesquels l’Italie a conclu des accords, notamment l’Albanie, afin d’y régulariser leur situation », continue le journal italien.

    SOS Humanity, Sea-Watch, Mediterranea Saving Humans et Médecins sans frontières (MSF), ont déclaré que ce projet de loi n’avait pas pour but de réguler les flux migratoires, « mais de cibler et de bloquer les #navires_humanitaires, ce qui aura pour conséquence d’augmenter le nombre de personnes qui perdent la vie en mer ».

    « Le #refoulement_collectif de personnes en haute mer est interdit à la fois par la Charte des droits fondamentaux de l’Union européenne et par toutes les conventions internationales », a déclaré de son côté Silvia Albano, une juge spécialisée dans les questions d’immigration très en vue à Rome. Toutefois, le projet de loi ne précise pas comment exactement les navires des ONG seront empêchés de traverser les eaux italiennes, ni par qui.

    Relancer les centres pour demandeurs d’asile en Albanie

    Si le texte est entériné par le Parlement (sans être modifié), cet article 2 du projet de loi pourra également permettre de relancer une mesure phare très controversée : l’#externalisation des demandeurs d’asile interceptés en mer dans des centres en #Albanie. Le gouvernement de Meloni poursuit donc ses efforts pour rouvrir ces dits centres - qui existent depuis octobre 2024 - mais qui n’ont hébergé pendant près d’un an que quelques dizaines de migrants expulsables (et en attente de leur éloignement).

    Pour rappel, Giorgia Meloni et son homologue albanais, Edi Rama, avaient signé fin 2023 un accord en vue d’envoyer les migrants arrivés par la mer en Albanie pour traiter leurs demandes d’asile - un projet d’externalisation qui n’a finalement pas eu lieu en raison de nombreux recours devant la justice.

    Pour lutter contre l’immigration irrégulière, le gouvernement de la Première ministre italienne a aussi signé des #accords avec des pays d’Afrique du Nord. Dont un controversé avec la #Libye pour intercepter les canots de migrants en mer Méditerranée dès leur départ des côtes libyennes.

    Depuis 2022, Rome a aussi criminalisé les activités des ONG en mer notamment via le décret Piantedosi, du nom du ministre de l’Intérieur italien. Devenu loi, le texte a introduit une série de nouvelles mesures qui régissent les activités des navires de #sauvetage en #Méditerranée. En cas de manquements à ce décret, les ONG s’exposaient déjà à de lourdes sanctions.

    #Droit_d'asile : le recours n’empêche pas une expulsion

    L’actuel projet de loi ne s’attaque pas qu’aux activités maritimes des ONG, les articles 3 et 4 se penchent sur les cas des expulsions. De nouvelles dispositions visent à élargir les condamnations dans lesquels un juge italien peut ordonner un éloignement forcé. Désormais, un étranger pourra être expulsé s’il a été condamné pour « violences ou menaces et résistance à l’encontre d’un agent public, atteintes à l’ordre public, aux personnes, aux biens et à la famille », ainsi que « participation à des émeutes ou à des actes de violence dans les centres de rétention administrative ».

    Le texte propose également des restrictions pour le #regroupement_familial, une révision du système d’accueil et des conditions de détention dans les centres de rétention administrative. Il restreint également le droit d’asile : en cas de rejet en première instance d’un dossier de protection internationale, le recours en appel n’empêche ni l’expulsion ni la détention dans un pays tiers.

    Giorgia Meloni peut aujourd’hui compter sur le soutien de l’Union européenne, depuis la nouvelle législation européenne sur le droit d’asile : mardi 10 février, le Parlement européen a adopté deux textes phares durcissant la politique migratoire. Ils permettront notamment aux États membres de renvoyer des demandeurs d’asile vers des pays dont ils ne sont pas originaires, mais que l’Europe considère comme « sûrs ».

    https://www.infomigrants.net/fr/post/69800/blocus-maritime-pour-les-migrants--litalie-retablit-linterdiction-pour
    #migrations #réfugiés #blocco_navale

  • EU-ropean Funded Border Regimes: Linchpin (and Achilles’ heel) of the Neocolonial Order

    The UK’s notorious “Rwanda Plan”; Italian funded detention centers in Albania; the EU-Turkey deal; equipment supply for the so-called Libyan Coast Guards; the introduction of biometric passports in Gambia and elsewhere; EU-support for the adoption of anti-trafficking and asylum laws in Egypt and Algeria; the deployment of second line immigration officers at Pakistani airports; corporate-run visa processing centers across Africa and Asia; highly selective labor recruitment programs in India and Tunisia; and enforced deportations of third-country nationals by US authorities to South Sudan, Eswatini, or El Salvador—are all organized to filter migration toward the needs of Western economies.

    This seemingly long list is only a small part of the migration-related policy initiatives pushed forward by the EU, its member states, other Western governments, and supranational organizations over the past decades. Nonetheless, it provides a snapshot of what is largely known today as “border externalization” or “border management.” Both terms have, since the early 2000s, progressively evolved into major policy frameworks and outright dogmas, providing their advocates and the border-regime industry with a powerful leitmotif to rally political and corporate support in sustaining this order.

    The main pretext for the omnipresent and, often, hegemonic enforcement of these frameworks by Western states is their objectives to make migration “safe, orderly and regular,” and “aid development”―a notion that cleverly masks its actual purpose: control of migration and populations.
    Migration and Population Management

    The ever-present use of both terms by government officials as well as the staff of private contractors and UN agencies is a rather obvious attempt to distract populations from what they actually seek to address: a migration and emigration crisis in the “underdeveloped” and indebted Global South— crises the North is exempted of responsibility for—and the attempt in turn for Western states and corporate enterprises to maintain a neocolonial global order based on a classist and racist division of peoples.

    This order, while enforcing geographical separations, still facilitates wealth and capital accumulation in Europe, North America, and the Gulf, as well as the distribution of wealth among elites in the South. It maintain the steady provision of northern economies with fossil resources and a hyperexploited labor force. The large-scale extractivism of resources and people from Asia and Africa during the colonial era has not ended—rather, it has transformed.

    In today’s mobility regime, Western governments, UN bodies, charities, and self-styled “development agencies” such as the German state-owned GIZ (Gesellschaft für internationale Zusammenarbeit) continuously claim to be genuinely engaged in combat against the so-called “root causes of migration.” They consistently invoke terms such as “underdevelopment” in their verbal and written rhetoric. Yet, their actual origins are nothing less than rampant “wealth disparities, historical injustices, and the legacies of colonialism,” as summed up in this publication’s January editorial.

    Border externalization is often misleadingly framed as a straightforward export of migration control from Western Europe to the Balkans, Turkey, and countless African or Asian countries—or, for instance, from Australia to Nauru or Papua New Guinea—but, in fact, it contains additional layers of imperial subjugation. Ultimately, its key feature―police cooperation―not only aims at surveilling, preventing, or containing migration movements, but also keeping southern regimes and their elites aligned.

    After World War II, national liberation movements in Africa and Asia sought to overturn these historical injustices. Still, the relations between the newly emerging postcolonial state elites and the former colonizers were only transformed, not ruptured: national liberation often only provided what is dubbed today as “flag independence.” The collapse of Europe’s colonial empires gradually morphed into a neocolonial arrangement, in which population control, public order, and resource extraction were to be maintained through the policing of former masters.

    Since the late 1940s, and in particular the 1950s, the key disguise for Western governments to maintain police and military support for the regimes of Shah Reza Pahlavi in Iran, Augusto Pinochet in Chile, or Joseph-Désiré Mobuto in the Congo was their staunch opposition to Soviet alignments. For decades to come, anti-communism and the alleged threat of eastward alignment remained the main smokescreen for Western governments and their proxies to provide their allies in recently decolonized countries with policing equipment to sustain their new orders.

    In the 1980s, the US government’s “war on drugs” in Latin America successively replaced “anti-communism” as a ruse to channel policing equipment toward allied regimes. After the 9/11 attacks in New York, however, the “war on drugs” was swiftly supplanted by the “war on terror”―deemed even more effective in militarizing policing in politically fragile states and imposing a more repressive variation of control over their populations.
    Morocco and Migration: Control’s Colonial Continuity

    Since the 2015 “migration crisis” in Europe, the new smokescreen for supplying allied elites in the Global South with policing equipment, surveillance technology, or training is “combating irregular migration”—i.e. smugglers, and document fraud—through what is mostly dubbed today as “border management.”

    Against this background, the most effective playbook followed by Southern regimes and elites―from Rabat to Amman and from Dhaka to Baku―in order to supply their security forces with modern equipment and training and, thereby, maintain their uncontested grip on power; is to tap into the ever-rising “border management” funds set up by the EU, its member states or UN bodies such as the United Nation’s Office on Drugs and Crime (UNODC). Through these tactics they fuel racial divisions, distracting local populations and fostering oligarchic rule. Accordingly, as the following examples illustrate, EU-ropean funded border externalization policies follow a colonial logic and do not only aim to manage migration but also to target populations deemed potentially threatening for today’s neocolonial order.

    Following the erection of border fortifications in Spain’s North African enclaves of Ceuta and Melilla and the deployment of the paramilitary Guardia Civil to patrol border-fences, the EU and the Spanish government externalized policing to the Moroccan state. For more than two decades, Moroccan police have received training and equipment assistance under the umbrella of large-scale migration-related police cooperation schemes set up and financed by the EU Commission, Spain, the US government, and agencies such as UNODC.

    Moroccan police have since regularly raided informal migrant camps in the forests nearby Ceuta and Melilla; conducted pushbacks or deportations at their neighboring border with Algeria and intercepted Spain-bound Moroccan and non-Moroccan harraga (the Maghrebi Arabic term for those who cross borders irregularly by “burning” them, commonly referred to in Morocco, Algeria and Tunisia as the harga) at sea.

    The Moroccan example, vividly illustrates that contemporary migration control is a continuity of a centuries-old colonial logic. As Yazid Benhadda reveals in his 2025 academic research paper, the French colonial administration had already systematically criminalized Moroccan migration to France, “either through banning or regulating Moroccan mobility.”

    Since the first legislative act in this matter was adopted in 1925, France imposed strict regulations on the migration of Moroccan workers’ to the metropole by: tightening passport issuance, limiting family reunification, conducting “repatriations,” and establishing police units in France itself charged with surveilling immigrants from Northern Africa. Moroccans, however, circumvented these restrictions through irregular means of travel to France via Algeria or Spain. At the same time, Spanish authorities cracked down on those who facilitated the irregular travel routes of Moroccans.

    This policy strongly resembles today’s targeting of smugglers by European governments and UN agencies across Northern Africa and beyond. Benhadda highlights the striking fact that “this logic still governs today’s European migration policies and legislations towards North Africa, as we can observe the persistence of this regularity-irregularity nexus.”

    Policing Cooperation across Northern Africa

    Concerning today’s migration control regime, police cooperation schemes similar to those commissioned for Morocco have been implemented in Tunisia, Egypt, and Libya; providing the respective police forces with vessels, vehicles, thermal imaging cameras, surveillance software, and training. After all the aforementioned states had already been allocated equipment deliveries for migration control from EU governments in the 2000s, the 2011 uprisings across the region enforced temporary halts to those programs.

    Since 2015, the EU has resumed such projects. In war-torn Libya, the Italian government with the support of the EU, supplied the so-called Libyan Coast Guards—a militia-run naval force affiliated with the regime in Tripoli—with substantial equipment and training aid to enable it to intercept harraga in the Mediterranean. The militia’s well-documented involvement in human trafficking, torture for ransom, sexual abuse, forced labor or arbitrary detention did not stop the EU nor organizations such as the border regime service provider International Centre for Migration Policy Development (ICMPD) to take sides in the Libyan tug-of-war for power, support the Coast Guards and their allies with equipment and thereby further externalize the EU border regime to African shores.

    In Tunisia, Europe-funded police training and equipment aid continued after the 2011 revolt. During the political transition in the 2010s, police cooperation continued under the pretext of democratizing the security forces of the ousted regime. After 2015, however, migration control became its main purpose, with Germany and Italy being the frontrunners in supplying border technology to Tunisia.

    Two large-scale police cooperation schemes, funded by EU states and coordinated by the ICMPD, facilitated the set-up of control rooms, the development of maritime surveillance tools, and the construction of two inter-agency police training facilities near the Algerian border.

    Since 2021, the EU, Italy, and Germany expanded their police cooperation in Tunisia even further: increasing budgets for ongoing projects and setting up new programs specifically targeting the maritime branch of the National Guard—the main recipient of training and equipment aid from imperial Europe.

    The National Guard is a key unit in Tunisia’s security apparatus, charged with a vast array of responsibilities, which include the patrolling of the country’s land and sea borders, as well as civilian crowd control. Human rights groups have, however, meticulously documented the unit’s involvement in widespread human rights abuses and deportations of harraga to Libya and Algeria, and their culpability in crackdowns against anti-government protests that challenged the country’s authoritarian rollback under President Kaïs Saïed.

    In Egypt, the EU’s involvement in directly equipping and training Egyptian security forces dates back only to 2022, when the European Commission allocated an initial 23 million euros for a “border management” project, aimed at supplying the So’s regime coast guards with vessels, thermal imaging cameras, and more. An additional 87 million euros were allocated by the EU in 2023, while 200 million euros were earmarked for migration control under the umbrella of a 7.4 billion euro package announced in 2024.

    Prior to the EU involvement, however, it was the governments of Germany, France, and Italy who supplied the Egyptian police with a vast array of equipment and training. After Italy had signed a police agreement with Egypt in 2000, Rome delivered patrol vessels to the regime in 2007 and supplied the notorious riot police unit Central Security Forces (CSF) with vehicles and firearms―equipment that was widely used against protesters during the 2011 revolution and the 2013 coup that brought President Abdel Fattah el-Sisi to power. France supplied the CSF with sophisticated crowd control vehicles since 2012, and thereby was directly complicit in massacres that the CSF and other police units committed shortly after the 2013 coup.

    Under the guise of security concerns in the region and migration control, Germany and Italy expanded their police cooperation with Egypt in 2014 and 2017, respectively. In both cases, they supplied el-Sis’s regime with the policing and surveillance capabilities, used for systematic reprisals against all forms of dissent. German authorities, in particular the Federal Police, which are focused on airport security and certificate and document fraud, provided the Egyptian border police with document scanners, fingerprint devices, and other forensic equipment. The Federal Office for Criminal Investigations, a German police unit with intelligence capabilities, conducted training for Egypt’s political police, the National Security Agency (NSA), and awarded scholarships to its officers for training programs in Germany.

    The Italian government, for its part, continues to support the Ministry of Interior and, in 2017, set up a police training center in the Police Academy in Cairo, where EU member states-funded workshops and seminars on migration-related subjects are conducted for police officials from Egypt and other African states.

    Managing Borders for the Benefit of European States

    Border externalization, as we have seen, does not only entail police cooperation and the supply of equipment and training. It involves a multitude of additional measures and tools to fortify borders more broadly. They stretch from data collection and the introduction of biometric passports to the adoption of anti-trafficking and asylum legislation, to the securitization of airports and ports, to the imposition of visa regimes. Even more, it refers to deportation and “repatriation” agreements, to “development aid” schemes, supposedly aimed at tackling the “root causes of migration” by improving access to potable water and health services or facilitating employment promotion in regions and countries considered prone to irregular migration.

    This alleged “combat against the root causes of migration,” effectively aimed at containing uncontrolled migration, meanwhile, goes hand in hand with what the border regime industry often calls “skilled labour migration.” Intergovernmental programs claim to support the expansion of “legal pathways” for migrant workers through “talent partnerships” under which highly-educated job seekers can apply for labor migration to the EU, the UK, or the US, as well as to Gulf states such as Saudi Arabia or Kuwait.

    While the development aid industry often merely provides charity schemes to alleviate poverty and contain people in the proximity of their residence, talent partnerships and other labor recruitment programs are, meanwhile, a backbone of what we largely call today “migration management.”

    This notion, as prominently promoted by organizations such as ICMPD, consists of a holistic approach towards migration which entails two main pillars: 1.) The staunch combat against “irregular” migration including resolute deportation and repatriation practices, the criminalization of the harga, border externalization and the construction of walls, fences and other forms of border fortification; 2.) the targeted recruitment of migrant laborers to counter demographic trends and meet shortages in certain areas of the labor market. These seemingly contradictory objectives therefore provides for the state-imposed categorization and hierarchization of people, a precondition for capitalist wealth accumulation in the Global North and among elites in the South, as well as for maintaining Western Europe’s and North America’s advantageous positioning in a neocolonial, extractivist global order by promoting an increase of “immigration [to Western Europe] for economic and rational reasons, but always for the benefit of European states,” as summarized by Fabian Georgi.

    Prominent anti-colonial figures such as Frantz Fanon had already unambiguously pointed out decades ago that “the wealth and progress of Europe” stems from the organized looting of the Global South. He warned that this resource theft would continue if decolonization in Africa and Asia fails to enforce real independence for Europe’s former colonies.

    Today’s political and economic order, however, facilitates not only the continuous large-scale extraction of resources from the South, but also a kind of extraction of people, stretching from state-recruited migrant workers to harraga, who have often no other choice but to compete for low-paid jobs in sectors such as construction or agriculture across Europe, North America, the Gulf or other oil and gas-producing countries such as Libya and Algeria.

    We are not witnessing a “migration crisis” in Europe today, but rather a decades-old migration and emigration crisis in the underdeveloped and indebted South, stemming from restructured power dynamics and postcolonial dependencies that were never fully overturned. While the ongoing genocide in Sudan and the West’s indirect involvement in the never-ending carnage in the Congo are today’s most prominent examples of resource-extraction-related conflicts, migration movements from the Indian subcontinent to Europe and the Gulf remain a primary mode of labor extraction for the benefit of former colonial states and their societies.

    https://turningpointmag.org/2025/12/17/eu-ropean-funded-border-regimes-linchpin-and-achilles-heel-of-the-n
    #ordre_néocolonial #néocolonialisme #frontières #migrations #externalisation #migrations #réfugiés #colonialité #border_management #contrôle #contrôle_démographique #racisme #root_causes_of_migration #causes_profondes #Maroc #Europe #Ceuta #Melilla #Afrique_du_nord #formation #technologie #ICMPD

    ping @cede @karine4 @6donie

  • Le lanceur d’alerte Yann Gaudin gagne en justice contre l’ordre des avocats | ESS, Emploi, Formation, Insertion et bien d’autres choses. | Michel Abhervé
    http://blogs.alternatives-economiques.fr/abherve/2025/11/30/le-lanceur-d-alerte-yann-gaudin-gagne-en-justice-cont

    (...) le conseil de l’Ordre des avocats de Rennes accusait le lanceur d’alerte Yann Gaudin d’exercice illégal de la profession

    Dans son jugement rendu ce jeudi 27 novembre 2025, le tribunal de commerce vient de donner tort à l’Ordre des avocats, estimant que « l’exercice illégal de la profession d’avocat et le trouble manifestement illicite ne sont pas démontrés »

    Yann Gaudin qui voit derrière cette procédure « un acharnement » de la part de la direction de France Travail est donc fondé à poursuivre son activité en affirmant « Mon activité professionnelle est d’ailleurs palliative et ne devrait pas exister, mais il reste encore malheureusement des pratiques frauduleuses à France Travail et des dossiers qui sont mal traités »

    #ordre_des_avocats complice de #France_travail

  • What Is Political Violence ?

    Pundits and politicians conceal the truth: it’s all around us, perpetrated by our political system itself.

    After Charlie Kirk was killed, commentators immediately condemned the act as “political violence.” Editorial boards and late-night shows wrung their hands about America’s overheated climate, warning that unless we “bring down the temperature,” democracy itself might begin to unravel—as if it has not already. The Trump administration and its allies condemned Kirk’s killing as an exceptional form of violence requiring an authoritarian crackdown on an amorphous “radical left” that they claim is responsible while conspicuously ignoring another near-simultaneous school shooting in Colorado. This joined over one hundred school shootings already perpetrated in the United States in 2025 alone, coming just months after Democratic lawmakers in Minnesota were targeted and shot by a far-right gunman—an event with which self-proclaimed “law and order president” Trump recently claimed to be unfamiliar.

    The selective and enforced outrage over Kirk’s murder reflects a fundamental truth: violence is never judged only on the basis of lives lost or individuals harmed. It is judged—and narrated—according to whether it sustains or threatens a particular social order. What counts as “violence,” and what counts as “order,” are always political determinations made by those in power. The fact that so many Democratic politicians and influential liberal commentators have rushed to parrot the Trump administration, without the slightest hesitation about the uses to which Kirk’s posthumous and state-sponsored sanctification is being put, underscores how little they grasp—or how insistently they deny—this most basic political truth. By uncritically accepting the Trump regime’s definition of “violence,” many Democrats are actively legitimizing and deepening the very authoritarian order they claim to oppose.

    Georges Sorel, writing in 1908, gave a very different account of violence in his classic, Reflections on Violence. Violence is not simply an act, he argued, but a myth: a story through which societies interpret force, project meaning onto it, and either mobilize or demobilize political communities around it. A strike is not just a withdrawal of labor; it is a myth of collective uprising. A riot is not just chaos in the streets; it is a myth of insubordination that terrifies elites and inspires the oppressed. Violence matters less for its immediate effects than for the imaginative horizons it opens or closes. “Myths are not a descriptions of things,” Sorel writes, “but expressions of a will to act.”

    For Sorel, the work of such myths was above all to enable the working class’s development of a story for its own emancipation. “Men who are participating in great social movements always picture their coming action in the form of images of battle in which their cause is certain to triumph,” he reflects, and that picture that in turn motivates action arises out of the myths that support it. But, as is particularly salient in our age of billionaire-controlled media that saturates nearly every aspect of our lives, political elites, too, make intensive use of myths around events like Kirk’s killing in order to shore up their authority and power. At stake is not only the working class’s capacity to articulate its own interests but also the ability of any subordinated group—immigrants, women, racial and sexual minorities, colonized people—to generate counter-myths that contest their subjection. Myths of violence compete against one another either to build or to fracture solidarities, to enable or short-circuit shared struggle against oppression and exploitation across social differences.

    Walter Benjamin sharpened this insight in his 1921 essay “Critique of Violence.” For Benjamin, a Jewish intellectual who would later take his own life as he anticipated deportation to a Nazi concentration camp, law itself is founded in violence—a primal conquest that inaugurates legal order. Once founded, law preserves itself through violence: police power, punishment, coercion. “Lawmaking is powermaking, assumption of power, and to that extent an immediate manifestation of violence,” Benjamin writes, while “law-preserving violence” maintains a given power structure. What liberal societies call “peace” or “law and order,” then, is not the absence of violence but its routinization. Whether or not one shares Benjamin’s implicit vision—that in an ethical social order, law itself might wither away—he makes a crucial observation. Violence does not disappear when order is established; it becomes diffuse or even invisible through its law-preserving functions, no matter how unjust, arbitrary, and cruel the law may be.

    If Sorel shows how violence becomes myth, and Benjamin shows how law conceals and perpetrates violence, Sigmund Freud helps explain why people cling so tightly to the most fundamental myth of every ruling order: that the operation of the law is always just. Psychoanalytically, the distinction between “order” and “violence” can function as a collective defense. It reassures us that our world—and the symbolic authority through which it coheres—is stable, that our aggression is justified, and that the cruelties carried out in the name of the law, in our name, are not really cruelties at all. In Freud’s terms, civilization builds and sustains itself through the repression and redirection of aggression. “Civilization . . . obtains mastery over the individual’s dangerous desire for aggression,” he writes, “by weakening it, disarming it, and setting up an agency within him to watch over it, like a garrison in a conquered city.” To identify as civilized requires that this aggressiveness be dissimulated or concealed.

    The most pervasive means for doing so is projection onto an excluded other. “It is always possible to bind together a considerable number of people in love,” Freud wrote just three years before Adolf Hitler became chancellor of Germany, “so long as there are other people left over to receive the manifestations of their aggressiveness.” The demonized other is marked for retribution through which one’s own mythical identity is stabilized and maintained. This is the elementary structure behind racisms, nationalisms, and xenophobias of all stripes, including the white Christian nationalism that Kirk represented and propagated so successfully. Aggression, in this form, is not repressed so much as dissimulated, conceived as the righteous reaction of civilization to an existential threat.

    But a similar process can be seen even among those who recoil from such cruel and explicit othering. Many people come to be deeply invested in condemning the disruptive act that threatens to upend order—whether it be Kirk’s killing or a protest in the streets—even as they eagerly accept the far greater violence that structures their daily lives. In this case, what is repressed is the violence of order itself; what is disavowed is our own entanglement with it and ethical responsibility to confront it. What cannot be acknowledged, because it is too incriminating or compromising to one’s identification with order, is projected outward onto the system itself. In this scheme, “political violence” can only be what threatens this system, not what the system itself does.

    Prominent reactions to Kirk’s killing appear to be operating in precisely this way, dwarfing the national reaction to the assassination of sitting Democratic lawmaker Melissa Hortman in June. From the White House to every single medium of mainstream media, it is Kirk’s death that has been narrated as singular proof that political rhetoric has gone “too far,” that democracy is collapsing under extremism, and that only “civility” can save us. The bipartisan vigils that followed—replete with solemn calls for unity, a unanimous Senate vote to make Kirk’s birthday a “National Day of Remembrance for Charlie Kirk,” and a bipartisan House vote to honor Kirk’s “life and legacy” as “a courageous American patriot”—were less acts of mourning than rituals of political stabilization, gestures designed to shore up the legitimacy of the current order. Melissa Hortman didn’t get an executive order from the president “honoring” her “memory,” a congressionally approved day of remembrance, or a New York Times column from Ezra Klein proclaiming that she was “doing politics the right way.” This across-the-aisle mythmaking turns Kirk into a martyr and the far right into a respectable vehicle of reasonable disagreement while erasing the virulence of their rhetoric and the far greater violence that Kirk himself championed.

    The flip side of this exceptionalizing is to further erase and excuse the slow and less spectacular violence of American political life itself. When ICE agents raid homes, when Medicaid is stripped from millions, and when unhoused populations are criminalized by Trump or Democrats like Gavin Newsom, both politicians and media speak of “policy,” not “violence.” The deportation bus, the eviction notice, the denied hospital bed, the forced pregnancy enforced by an abortion ban: all vanish into the myth of law and order. It is only when someone disrupts that order—whether through protest, resistance, or, in an extreme example, an attack on a public figure—that the act appears as “violence,” a breach of the civic peace and deserving of unequivocal condemnation and universal opposition. Sorel shows how such disruption becomes mythologized. Benjamin explains why the state insists on this distinction: its legitimacy depends on hiding the violence it does in its supposedly normal operation.

    As is evident throughout U.S. history, the state has always depended on myths of violence to secure order and delegitimize dissent. After Reconstruction, white elites across the South fashioned the figure of the violent Black man to justify the terrorism of the Ku Klux Klan, the stripping of Black voting rights, the imposition of Jim Crow, and the eventual development of our still-growing, intensely racist U.S. policing system. The issue at play has never been about actual violence committed by Black communities; it was and remains about rendering Black freedom itself a threat to “order.”

    The same logic animated the Red Scares of the twentieth century. Strikes, union drives, and antiracist organizing were routinely narrated as outbreaks of dangerous disorder requiring repression. COINTELPRO made this aim explicit, labeling groups from the Black Panthers to ministers like Martin Luther King Jr. as violent extremists whose mere organizing justified state surveillance, infiltration, and assassination. More recently, the bipartisan War on Terror inaugurated by George W. Bush, aggressively extended by Barack Obama, and now redoubled and repurposed under Trump, continues this tradition. The attacks of September 11 were turned into a narrative of perpetual looming threat that provided cover for torture, indefinite detention, mass surveillance, drone warfare with repeated mass murders of foreign civilians, and two decades of occupation abroad—all acts of overwhelming state violence that have never properly been counted as “violence” in official U.S. discourse.

    Instead, violence is projected onto fantasies of Muslims and Palestinians, Latino immigrants, antifascist protesters, drag queens, trans people, or anyone said to belong to the infinitely fungible category of the “terrorist”—the term of choice in J. D. Vance’s and Stephen Miller’s vows to exact vengeance in Kirk’s name. In each case, what is condemned as “violence” is not what kills or inflicts harm. It is what threatens oligarchic control or challenges national mythologies upon which established order depends. The Kirk episode belongs to this lineage, where righteous outrage secures authoritarian stability by allowing for the transfiguration of all resistance into violence and violence into order.

    King saw the same dynamic in his own time. In “Letter from Birmingham Jail,” he famously chastised white moderates who are “more devoted to order than to justice.” They prefer “a negative peace, which is the absence of tension, to a positive peace, which is the presence of justice,” he wrote. For King, as for Sorel and Benjamin, the problem was never simply violence’s existence. It was that social myths and legal categories transfigured the daily brutality of racial segregation and public abandonment of the poor into “order” while casting the struggle against them as disruptive violence. Unlike Sorel or Benjamin, King rooted his vision in nonviolence as a moral and strategic imperative. Simply suppressing conflict without addressing injustice, King argued, entrenches violence and makes future unrest inevitable.

    We can see this double standard as well in the case of the killing of UnitedHealthcare’s CEO last December. The act was instantly condemned as horrific, unacceptable violence, implicitly in contrast to the supposedly acceptable violence of the U.S. health care system. The official myth that crystallized around the event exhibited the same logic of all defenses of the liberal order in conditions of injustice: the executive became a symbol of violated order, while the industry he represented, which systematically denies lifesaving care to thousands of people every year to maximize profits, only briefly flickered into public view before vanishing again into our taken-for-granted national condition. The point is not that the killing was morally permissible. It is that one kind of violence gets portrayed as unequivocally wrong while another, far more frequent and banal kind gets condoned as simply a policy disagreement—not a form of “political violence” at all.

    The stakes of these myths are not abstract. In response to Kirk’s death, Trump announced that he would designate “antifa”—an amorphous label for loosely affiliated antifascist protesters—as a “major terrorist organization.” There is, of course, no centralized antifa to designate: no leaders, no offices, no membership lists, no budgets. The closest the administration ever comes to naming a specific target is when it refers to George Soros—an antisemitic trope evidently designed to distract from the far right’s vast network of funders, including Charles and David Koch, Richard Uihlein, and the late Bernard Marcus (the latter two among the donors to Turning Point USA, the organization that Kirk founded). The vagueness is precisely the point. By naming “antifa” as a terrorist threat, Trump invents a useful specter and authorizes the state to decide at will who counts as an enemy. Any protester, labor organizer, or anti-genocide activist can suddenly be branded a terrorist and criminalized accordingly.

    This is how the myth of political violence works: the far right elevates isolated, disruptive acts—whether Kirk’s killing or a protest that turns confrontational—into proof of radical chaos threatening the nation while simultaneously obscuring the far greater structural violence carried out daily through policy, policing, deportation, or war. To declare “antifa” a terrorist organization is not to name an entity that exists but to invent a mythological enemy whose supposed violence justifies the state’s own.

    This tactic has been especially salient during Trump’s second term. His administration has overseen massive Medicaid disenrollments, expanded ICE to unprecedented levels and authorized its agents to enact violence with near-total impunity, destroyed USAID, deployed troops against U.S. residents, ordered—in violation of international law—repeated bombings of Venezuelan boats in summary executions of supposed “narcoterrorists” without provision of evidence to even pretend to justify such acts, and—like Joe Biden before him—given a green light to Israeli genocide in Gaza and ethnic cleansing in the West Bank, where the label “terrorist” is deployed to license the systematic murder of children and the destruction of an entire people. These are acts of immense violence, with death counts almost certain to be in the hundreds of thousands, and likely millions globally.

    While competing mythologizations of violence are nothing new, those operating today are increasingly monopolized by politicians and journalists who—in their devotion to political balance, regardless of the fascist norms they accept along the way—are complicit with it. When Kirk was killed, only that act was held up as proof that “political violence” threatens democracy and that “violence has no place in this country.” For the right, Kirk becomes proof that conservatives are under siege and that the repression they are leading, styled as self-defense, must intensify. For many liberals, hostility toward the prevailing order becomes suspect, while civility and restraint are deemed the only respectable path to saving democracy. Both myths point in the same direction—back toward order, the acceptance and normalization of systemic violence as the price of stability.

    The stories we tell about violence matter immensely. When targeted, interpersonal attacks are the only acts identified as political violence, state and market violence vanish from view. The powerful kill with impunity while vulnerable populations are persecuted simply for speaking out against injustice. Political violence includes the lone gunman, yes. But it also includes the congressperson and bureaucrat who sign off on Medicaid cuts that will kill thousands. It includes the ICE officer who rips a child from her mother. It includes the president who deploys troops against civilians or signs off on yet another shipment of arms to enable genocide abroad. And it includes the corporate executive who designs insurance policies that deny lifesaving care working hand-in-hand with the politicians who allow such practices.

    In this regard, it is unsurprising that historians, social scientists, and independent journalists—and now even comedians—are high on the list of the Trump administration’s declared enemies: they all work to undermine the ruling class’s myths by exposing their hypocrisy and incoherence. When a virulent figure like Kirk is canonized as a truth-telling patriot and emblem of democratic virtue while his critics are denounced as violent extremists, we are gaslit on a massive scale; the field of political meaning-making narrows until only submission to an authoritarian order appears reasonable. Counter-myths work to widen that field, calling our attention not to the martyrs of white supremacist empire but to its victims, not to those who uphold an oppressive order but to those who are its targets. Every refusal of the dominant myth, however spectacular or mundane, tells a different story: neither law nor order are necessarily right; violence is not always what the state says it is; and justice is not reducible to the preservation of a false peace.

    If we want a democracy worth defending, we must insist upon identifying and opposing political violence everywhere it appears. To condemn it only selectively and conveniently is to align oneself with the far greater violence of our time. True peace will not come from denying where the high temperature of our political order is coming from. Nor will it come from specious appeals to civility or rational debate, as if support for fascism is built on reason and respect rather than resentment and rage. It instead requires identifying, confronting, and dismantling the ubiquitous political violence that our present order is designed to conceal. In other words, it will come from naming violence honestly and building the power—and the myths—that make justice imaginable and achievable.

    https://www.bostonreview.net/articles/what-is-political-violence
    #violence #violence_politique #Charlie_Kirk #ordre_social #ordre #Georges_Sorel #mythe #classe_ouvrière #mouvements_sociaux #Walter_Benjamin #loi #ordre_légal #pouvoir #paix #Sigmund_Freud #désordre #résistance #double_standard #injustice #ordre_libéral #antifa #extrême_droite #violence_structurelle
    #à_lire

    via @freakonometrics
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  • Le massacre de tirailleurs par l’armée française, en 1944 au Sénégal, a été « prémédité » et « camouflé », selon un rapport officiel
    https://www.franceinfo.fr/monde/afrique/senegal/le-massacre-de-tirailleurs-par-l-armee-francaise-en-1944-au-senegal-a-ete

    Selon eux, "les rapports contradictoires et manifestement faux parlent de 35 ou 70 morts", alors que "plus de 400 tirailleurs se sont volatilisés comme s’ils n’avaient jamais existé". "Les estimations les plus crédibles avancent les chiffres de 300 à 400" morts, affirment-ils.
    Ces tirailleurs originaires de plusieurs pays ouest-africains (notamment Sénégal, Côte d’Ivoire, Guinée, Haute-Volta – devenue aujourd’hui le Burkina Faso) avaient été rapatriés après avoir combattu pour l’armée française en Europe lors de la Seconde Guerre mondiale, et réclamaient le paiement d’arriérés de soldes avant de rentrer chez eux. Le traumatisme lié à leur massacre est toujours vif au Sénégal et dans de nombreux pays du continent.

    Les chercheurs réclament une « demande de pardon » de la France

    La tuerie "devait convaincre que l’ordre colonial ne pouvait être écorné par les effets émancipateurs de la [Seconde] Guerre" mondiale sur les colonisés, accusent les auteurs de ce Livre blanc. C’est "la raison pour laquelle l’opération a été préméditée, minutieusement programmée et exécutée (...) dans des actions coordonnées". "Il est certain que si les tirailleurs avaient été armés, ils se seraient défendus. Nulle part, le moindre acte de résistance n’a été mentionné", affirment les chercheurs. "La tuerie ne s’est pas limitée au camp de Thiaroye et à ses abords. Certains soldats ont été tués à la gare et des blessés, probablement achevés et fusillés au cimetière et en d’autres endroits, et transférés [au cimetière de Thiaroye] pour leur inhumation", ajoutent-ils.

    Les chercheurs recommandent "une requête au niveau de la Cour européenne des droits de l’homme pour entendre prononcer que le massacre de Thiaroye est une violation massive et caractérisée des droits de l’homme envers les tirailleurs sénégalais". La France est en outre appelée à "exprimer officiellement sa demande de pardon aux familles, aux communautés et aux populations des pays dont sont originaires les tirailleurs". Le Livre blanc recommande aussi "l’introduction de requêtes collectives de révision" des procès des tirailleurs jugés et condamnés pour ce massacre, "en impliquant la société civile africaine et européenne".

    #massacre_de_Thiaroye

    • « Le massacre de Thiaroye, au Sénégal, en 1944, c’est le rétablissement de l’ordre colonial »
      https://www.lemonde.fr/idees/article/2025/10/21/le-massacre-de-thiaroye-au-senegal-en-1944-c-est-le-retablissement-de-l-ordr

      Président du comité chargé d’enquêter sur la mort des #tirailleurs_sénégalais près de Dakar, l’historien Mamadou Diouf replace, dans un entretien au « Monde », cet événement dans la mémoire africaine et déplore la difficulté d’accès aux #archives françaises.

      Dans la matinée du 1er décembre 1944, l’armée française, qui avait mobilisé 1 200 de ses hommes et positionné des chars autour du camp de Thiaroye, près de Dakar, ouvrit le feu sur les tirailleurs sénégalais qui s’y trouvaient. Leur tort ? Demander le même solde que leurs camarades métropolitains aux côtés desquels ils avaient combattu durant la seconde guerre mondiale.

      Le bilan officiel de ce qui fut qualifié de « mutinerie » était de 35 morts. En 2012, face à l’indignation et à la mobilisation africaines, la France, par la voix de son président, François Hollande, requalifia l’événement en « répression sanglante » et, en 2014, réévalua le nombre de morts à 70.

      Quelques années plus tard, en 2021, Jean-Yves Le Drian, alors ministre des affaires étrangères, reconnut l’existence de trois #fosses_communes, sans pour autant en préciser la localisation. Et le président Emmanuel Macron finit, dans une lettre adressée en 2024 à son homologue sénégalais, Bassirou Diomaye Faye, par reconnaître le « massacre », alors que des travaux d’historiens français, comme ceux d’Armelle Mabon (Le Massacre de Thiaroye, Le Passager clandestin, 2024), évoquaient un « mensonge d’Etat » couvrant la disparition d’environ 300 à 400 tirailleurs.

      Les autorités sénégalaises ont alors missionné le comité de commémoration du 80e anniversaire, présidé par l’historien Mamadou Diouf, enseignant à l’université Columbia, à New York, pour mener l’enquête. Le résultat a été consigné dans un Livre blanc, remis au président sénégalais le 16 octobre. « Contre-récit » africain du massacre, cette vaste étude de plus de 300 pages plonge au cœur des archives françaises et en analyse les anomalies, présentes en si grand nombre qu’elles finissent, selon les auteurs, par constituer une ligne directrice : celle d’une « falsification ».

      Réinscrivant cet événement dans l’histoire de la lutte pour la libération africaine, le Livre blanc montre qu’il ne s’agit pas d’une « mutinerie ». Mais bel et bien d’une opération « préméditée, minutieusement programmée et exécutée » pour maintenir l’#ordre_colonial mis à mal par la seconde guerre mondiale et menacé par les velléités d’émancipation des tirailleurs sénégalais – originaires du Sénégal mais aussi d’autres pays d’Afrique subsaharienne – qui s’étaient engagés pour la liberté, et la réclamaient à leur tour.

      Le Livre blanc révèle également le résultat des premières fouilles archéologiques entreprises dans une partie du cimetière de Thiaroye. Des cadavres pieds entravés, crâne défoncé, balle dans la poitrine ont été retrouvés. Mais le plus troublant est la non-correspondance entre la position des corps et celle des tombes. Ce qui, selon le rapport, laisse penser à une « mise en scène sous-tendue par un souci de faire correspondre leur nombre à celui des victimes officiellement avancé par l’administration coloniale ».

      Les historiens ont, par ailleurs, identifié des dossiers manquants dans les archives et se sont vu refuser l’accès à certaines d’entre elles en France. Ce qui leur laisse supposer que, contrairement à ce qu’avait affirmé le président François Hollande, en 2014, la France n’a pas remis « toutes » les archives à ce sujet.

      Comment expliquez-vous que certaines archives soient toujours manquantes ou non accessibles ?

      Dès le moment où le massacre a été perpétré, il a été accompagné par la nécessité de le dissimuler. Le comité a donc travaillé à identifier les archives, la documentation existante et les dossiers manquants. Jusqu’à aujourd’hui, personne ne peut dire combien de tirailleurs ont embarqué à bord du Circassia, qui les a rapatriés depuis la France, combien ont été cantonnés à Thiaroye, combien ont été blessés et combien tués. Il est difficilement concevable qu’une armée soit incapable de dire qui sont ses soldats. Il y a nécessairement eu des listes. Que sont-elles devenues ? Tant qu’on ne les aura pas, il sera difficile d’identifier précisément les victimes.

      Nous nous sommes demandé pourquoi la France avait donné différents chiffres concernant le nombre de morts et ce qui était véritablement en jeu derrière ces efforts de dissimulation. Dans le Livre blanc, nous expliquons que le massacre de Thiaroye, comme ceux de #Sétif [le 8 mai 1945, en Algérie] ou de #Madagascar [en 1947], est un massacre de la libération alors que l’on célèbre la Libération.

      C’est cela qu’il fallait cacher : la Libération ne devait pas signifier pour autant la libération des peuples colonisés. Le massacre de Thiaroye, c’est le rétablissement de l’ordre colonial alors que les indigènes ne veulent plus être traités comme tels, mais comme des citoyens. Les tirailleurs demandaient à avoir des droits parce qu’ils avaient participé à la guerre. Or, après la guerre, la métropole entendait se reconstruire en utilisant les ressources de l’empire.

      Que vous ont révélé les premières fouilles ?

      Les résultats sont provisoires, mais ils nous permettent déjà de comprendre que le cimetière semble être une mise en scène pour produire un récit conforme à ce que les autorités françaises veulent imposer. En surface, le cimetière est extrêmement bien organisé, alors que sous les tombes règne un désordre extraordinaire. L’emplacement et l’orientation à la surface des tombes ne correspondent pas à l’emplacement et à l’orientation des corps en terre. Ce qui laisse penser que l’apposition de pierres tombales est probablement postérieure aux enterrements et que l’on a vraisemblablement mis des tombes sur ce qui était plus ou moins des fosses communes. Cela reste à être vérifié pour l’ensemble du cimetière.

      On a également retrouvé un cadavre bouche ouverte, ce qui laisse supposer que la victime a été enterrée vivante. Et des signaux indiquent que certaines des victimes ont été achevées sur place. Toutes n’ont probablement pas été tuées dans le camp. On sait, par ailleurs, que l’une d’entre elles a été tuée à la gare de Thiaroye.

      Que représente aujourd’hui ce massacre dans les imaginaires sénégalais et ouest-africains ?

      Il occupe une place importante. Dès 1944, des artistes, des écrivains et des intellectuels comme Léopold Sédar Senghor, Keïta Fodéba, Frantz Fanon puis Boubacar Boris Diop se sont emparés de ce drame. C’est que l’on comprend tout de suite que le massacre annonce la libération de la domination coloniale. C’est une tragédie certes, mais c’est une tragédie de l’espoir, provoquée par des revendications d’émancipation.

      La mémoire de Thiaroye a contribué à une prise de conscience et à une mobilisation patriotiques et culturelles dans les années 1970, notamment du côté des groupes marxistes, d’extrême gauche. Cela a abouti à un mouvement populaire, qui a fondé l’association Groupe Thiaroye 44, qui organise un festival dont le slogan est « Pour la mémoire, contre l’oubli, pour l’avenir ». Ousmane Sembène réalise, en 1988, un film, Camp de Thiaroye, censuré par la France pendant plus de dix ans. De nombreux chanteurs, Baaba Maal, Ismaël Lô, Touré Kunda, Youssou N’Dour, Omar Pène et bien d’autres, ont écrit des chansons sur le massacre.

      Face au mensonge et à la dissimulation de la France, il y a un travail systématique de la construction d’un récit africain politique et populaire. Il y a eu de nombreuses productions artistiques et esthétiques sur ce sujet qui ont participé à forger une conscience panafricaine au service de la souveraineté et de la construction de sociétés libres, démocratiques et développées.

      Est-ce pour cette raison que le Livre blanc mentionne une dimension panafricaine de la mémoire de ce massacre ?

      Parler de Thiaroye aujourd’hui peut être perçu, du côté de l’ancienne métropole, comme une manifestation antifrançaise. Mais il ne s’agit pas du tout de cela. Nous n’avons pas travaillé contre la France, mais pour produire un #récit_africain d’un événement auquel a participé la France. Or, actuellement, les récits dominants sur cette question sont ceux de l’ancienne métropole. Produire un récit africain, c’est, par exemple, rappeler que, lors de la seconde guerre mondiale, les tirailleurs sénégalais ont commencé à se forger une conscience politique panafricaine, au-delà des entités territoriales coloniales, et que ce massacre est lié à leur bataille pour leurs droits. Commémorer le massacre de Thiaroye, c’est porter une revendication souverainiste. Les autorités sénégalaises sont plongées dans ce travail pour créer une dynamique de célébration panafricaine qui s’ouvre à l’ensemble des Etats qui ont contribué à fournir des tirailleurs à l’armée française.

      Ce Livre blanc demande que justice soit faite. Comment ?

      La sous-commission juridique a commencé un travail important qui va se poursuivre probablement dans une action commune à l’ensemble des pays en relation avec les descendants des victimes. Il s’agit de qualifier juridiquement ce massacre. Peut-on le considérer comme un crime contre l’humanité ? Il faudra déterminer ensuite s’il faut demander des réparations, sous quelle forme, matérielle ou symbolique, et pour qui.

      Une commission vérité et réconciliation nous permettrait de dire ce que nous savons, ce que nous voulons savoir, et ce que nous demandons pour le savoir. Le travail historique et le travail mémorial visent tous deux la vérité. Or, ce travail de vérité peut aider à promouvoir une politique de réconciliation, en identifiant le rôle joué par chacun des protagonistes, car n’oublions pas que cette histoire continue d’exercer une grande influence sur les relations de nos pays.

      Qu’attendez-vous du Sénégal ?

      Nous préconisons que les commémorations à venir ne soient pas uniquement sénégalaises et que tous les acteurs de ce drame y participent, y compris la France. Par ailleurs, il importe que, conformément à ce qu’a annoncé le président du Sénégal, soit créé un centre de documentation et de recherche pour poursuivre le #travail_historique sur ce massacre et sur les tirailleurs en produisant des manuels et des ouvrages de recherche. Enfin, il faut que les #recherches_archéologiques se poursuivent.

      Et de la France ?

      La France a été l’actrice dominante de la période de l’empire. Mais l’empire est mort. Les privilèges que l’empire a accordés à la métropole, aujourd’hui, la France ne peut plus les revendiquer. Elle peut revendiquer une chose : sa place dans cette nouvelle conversation avec ses anciennes possessions devenues souveraines. Aussi, nous attendons de la France qu’elle participe à la vérité.

      Séverine Kodjo-Grandvaux

      #Histoire #Massacres_de_la_Libération #falsification (en 1945 et aujourd’hui) #conscience_panafricaine

    • Mon père vouait une reconnaissance et une admiration sans borne aux tirailleurs avec qui il s’était battu pendant la guerre . Il en avait les larmes aux yeux. Il m’a légué en héritage cette reconnaissance. Merci pour le lien

  • François d’Assise en inventeur du capitalisme
    (c’est un peu ancien, mais réactivé à l’occasion de sa fête en discutant avec quelqu’un qui me la souhaitait)
    https://www.lejdd.fr/Chroniques/Francois-d-Assise-en-inventeur-du-capitalisme-82683

    Le sujet Pauvreté, marginalité, richesse : tels sont les débats qui, dès la fin du XIIe siècle, agitent les cités italiennes et, bientôt, les grands centres urbains de la chrétienté.

    Au cœur du Moyen Age naissent en Occident la question sociale et les théories économiques. Giacomo Todeschini le rappelle dès le début de sa Richesse franciscaine, l’un des essais les plus originaux de cette fin 2008.

    Depuis le XIe siècle, l’Europe, massivement rurale, connaît un début d’exode vers les villes. Une nouvelle urbanisation se développe. Elle ne ressemble à rien de connu et suscite une réflexion intellectuelle et politique inédite dont témoigne l’apparition des premières Universités et d’un personnage nouveau : le marchand voyageur. Celui-ci devient banquier avec l’invention de la lettre de change. L’Occident se trouve alors face à ce que nul n’avait « pensé » : la naissance d’une société de marché où se développe un autre « impensé », la finance. Voici une richesse créée non par un travail visible mais par le jeu de l’espace, du temps et des écritures. Ce dont s’angoissent les marchands eux-mêmes : tout cela est-il moral ?

    Ainsi François d’Assise rompt-il en 1206 avec sa famille marchande. Il choisit la pauvreté radicale sur le modèle de Jésus. Dès 1209 (on fête les huit cents ans l’an prochain) des compagnons s’organisent autour de lui. C’est l’ordre franciscain. Celui-ci repose sur la pauvreté volontaire, refusant les « bénéfices » qui assuraient la vie des monastères. François vit de la mendicité tout en prêchant dans les villes un peuple déraciné. On doit aux franciscains, soit dit en passant, la crèche de Noël.

    Mais on leur doit aussi bien davantage. Giacomo Todeschini suit la genèse d’une de leurs inventions révolutionnaires : celle de la théorie économique. Pour moraliser la richesse, il faut la comprendre. L’historien raconte comment les franciscains décrivirent la circulation de l’argent, la formation des prix, le contrat et les règles du marché.

    L’intérêt
    Critiquant la thèse simpliste selon laquelle la révolution capitaliste aurait été le propre de l’Europe protestante face à une Europe catholique attardée, Giacomo Todeschini montre la vitalité du débat au XIIIe siècle. Les « intellectuels » que sont alors les universitaires franciscains se fondent sur leur expérience de la pauvreté choisie pour opposer l’accumulation « vaine », immobile, des propriétaires fonciers (châtelains, nobles) à la richesse « utile » du capital mobile des marchands. Ce capital, à condition qu’il soit redistribué, contribue à la croissance du « bonheur citadin ». Les conséquences artistiques, culturelles et matérielles de ce choix seront considérables.

    Richesse franciscaine, de Giacomo Todeschini. Traduit de l’italien par Nathalie Gailius et Roberto Nigro, Verdier poche, 281 p., 13,80

    • Giacomo Todeschini, Richesse franciscaine , De la pauvreté volontaire à la société de marché. Trad. de l’italien par N. Gailius et R. Nigro. Verdier, 2008, 280 pages, 13,80 € | Cairn.info
      https://shs.cairn.info/revue-etudes-2009-4-page-XXXVI

      Voici le récit, bien écrit et documenté, de la genèse paradoxale de l’économie de marché à partir de la pauvreté radicale voulue par saint François d’Assise. Le titre est donc faux qui ne parle de richesse franciscaine que par antiphrase. Le sous-titre prête au contre-sens puisqu’il s’agit non pas de la société de marché anonyme d’aujourd’hui, mais de la communauté de marché, cet espace social où tous les partenaires se connaissent, assument les responsabilités de leur état, inspirent confiance, et où les « infidèles » sont tout simplement ceux à qui on ne peut pas se fier (les marginaux, les avares, les prodigues, les adeptes d’une autre religion). L’histoire commence au xi e siècle par la critique cistercienne des dépenses somptuaires improductives des clunisiens. Elle se poursuit par la réhabilitation des marchands qui fournissent à la communauté ce qu’elle ne produit pas elle-même ; c’est sur cette première vague d’urbanisation occidentale que surfe le mouvement franciscain : la proscription de toute propriété, l’interdiction de toucher à l’argent permet aux économistes franciscains de comprendre, par expérience, que la valeur n’est pas liée à la propriété mais aux besoins singuliers. Ce qui conduira les théologiens franciscains à justifier non seulement le commerce productif, mais encore les rentes d’Etat, et de créer les premiers Monts de piété. Cet ouvrage peut cependant induire en erreur : loin de canoniser les prix erratiques qui s’établissent sur les marchés, la réflexion franciscaine pointe très classiquement vers « l’évaluation commune » des marchandises, c’est-à-dire l’estimation qui offre les conditions d’une vie honnête à chacun des membres de la communauté.

    • Sur un sujet très proche, je viens de lire le très intéressant ouvrage de Mathieu Arnoux, Un monde sans ressources. Besoin et société eu Europe (XIe-XIVe siècles) chez Albin Michel (2021). Du reste il parle essentiellement de Paris, de l’Ile de France et de la Bourgogne, notamment par une description assez fascinante du modèle économique cistercien. Sa thèse est que ce monde sans ressources des XI-XIVe s. a néanmoins permis un essor démographique et économique sans précédent, notamment avec la croissance de Paris qui atteint 250-300.000 habitants à la veille de la Guerre de Cent ans. Il montre que cela est permis par une rationalisation remarquable de l’exploitation des ressources naturelles (notamment la production de blé, mais aussi les eaux puis l’air avec le développement de moulins de plus en plus performants).
      Pour autant, il montre que l’époque ne connait pas la notion de ressources telles qu’elle a été pensée depuis les Physiocrates au XVIIIe s. On parle et on discute alors de « besoins » notamment chez les Franciscains justement et la pauvreté qui implique la sobriété est le revers de cette productivité impressionnante du milieu naturel du bassin parisien. Mais il est clair que chez les Cisterciens s’inventent des logiques de productivité, qui marque selon lui une première dynamique industrielle européenne, impliquant une accumulation productive des richesses et préfigurant aussi une logique industrielle capitaliste.
      Un autre aspect très intéressant, qui constitue selon lui comme un premier acte de la révolution industrielle, est l’advenue de l’architecture gothique, dont l’originalité consiste notamment dans l’accélération de l’utilisation du fer (et du plomb), non seulement pour les vitraux mais aussi pour des broches et agrafes permettant à cette architecture de l’instabilité de rester debout (ce n’est pas uniquement une histoire d’arcs boutants). La puissance calorique nécessaire pour forger ces pièces métalliques reste alors dépendante du bois et du charbon de bois mais augmente fortement l’empreinte écologique urbaine, poussant ce monde vers la limite. Les catastrophes politique (Guerre de cent ans) et épidémiologique (peste de 1348) vont ralentir cet élan et le rétablissement, lent et entrecoupé d’acoups, jusqu’au XVIIIe s. entravera l’essor de la consommation des ressources.

  • « #Violences_urbaines » : en douce, le ministère de l’Intérieur interdit les journalistes en manifestation

    Le ministère de l’Intérieur vient de sortir son « #Schéma_national_des_violences_urbaines », véritable mode d’emploi d’action-réaction des forces de l’ordre durant #émeutes. Au passage, le document valide l’interdiction de la presse lors de ces évènements.

    Juin 2023, la France entière est en proie à des émeutes urbaines, en réaction à l’assassinat de Nahel Merzouk, abattu à bout portant par un policier lors d’un contrôle routier à Nanterre. Le ministère de l’intérieur a observé et pensé, depuis deux ans, un futur #plan_d’action pour guider les policiers sur le terrain lors d’émeutes ou de manifestations un peu trop vivaces.

    L’aspect imprévisible de ces émeutes « a mis les services de la police nationale sous tension et mis en lumière la nécessaire adaptation des moyens urbains, matériels et des doctrines d’emploi. » explique en préambule, ce document de 52 pages, constitués de tableaux, de graphiques, de modes d’opérations détaillés. On y trouve un modèle de procès-verbal, de la cartographie des opérations, des tableaux de suivi des effectifs, un modèle des transmissions, des fiches techniques en veux-tu en voilà.

    Une zone d’ombre pour empêcher les journalistes d’informer

    Ce Schéma national des violences urbaines, tel est son titre, semble avoir été conçu comme « un guide pratique pour la gestion des violences urbaines. » Ni plus ni moins. Les phases de préparations au terrain, du rétablissement de l’#ordre_public et les démarches à effectuer une fois l’ordre rétabli, y sont méticuleusement détaillées.

    Au passage, il y est indiqué noir sur blanc qu’il est inutile de faire des #sommations au préalable, partant du principe que la police intervient dans le cadre de la #légitime_défense, l’#état_de_nécessité, la #dissipation_de_l’attroupement et le code de la #sécurité_intérieure relatif à l’usage des armes par les policiers et les gendarmes. La mission de protection des citoyens et des territoires exclut pourtant la presse.

    Le syndical SNJ-CGT attire l’attention sur un paragraphe dédié à la connaissance du cadre juridique des violences urbaines, où il est rappelé que l’intervention de la police durant les violences urbaines « s’inscrit dans un cadre juridique particulier, qui doit être connu et maîtrisé par l’ensemble des effectifs intervenants ». Une partie affligeante concerne donc la presse « … la prise en compte du statut des journalistes telle que consacrée par le schéma national du maintien de l’ordre, ne trouve pas à s’appliquer dans un contexte de violences urbaines, » dit notamment le texte.

    Contactée par L’Humanité, Soraya Morvan-Smith, secrétaire générale adjointe du SNJ-CGT, alerte sur l’importance de ce document publié à la veille des contestations sociales du 10 septembre. « Le ministère de l’Intérieur dit que le document a vocation à répondre à toutes les situations de violences urbaines, jusqu’aux émeutes insurrectionnelles, caractérisées par une très haute intensité. Cela ouvre la porte à un usage dérogatoire à peu près dans toutes les manifestations. Et pose la question : Un journaliste est-il interdit d’avoir accès à certaines zones en France ? Certaines zones qui sont sur la voie publique, quand même. Pour nous c’est une grave attente à la #liberté_d’informer. »

    D’autant, reprend-elle, « n’oublions pas que les journalistes sont devenus une cible lors de manifestations, y compris des casseurs, mais aussi des personnes qui critiquent les médias et qui vont vouloir en découdre avec les symboles de ce que représente la presse. Rappelons que le travail des journalistes est d’informer de façon factuelle ce qui se passe dans les moments difficiles. Là, une zone d’ombre est créée, qui permet éventuellement à la police de se lâcher, de faire leur métier sans aucun contre-pouvoir. C’est extrêmement dangereux et c’est aussi grave pour la sécurité des journalistes parce que ça peut les mettre en danger. En fait, ils peuvent être tabassés par la police, par des gens présents lors des manifestations. Il peut y avoir des arrestations de journalistes présents alors qu’ils exercent leur métier. C’est hyper inquiétant en réalité. »

    Les syndicats de journalistes se saisissent du document du ministère de l’Intérieur. Plusieurs organisations de défenses des libertés et des droits, RSF et la Fédération européenne internationale du journalisme ont été alertées.

    « Nous devons vraiment peser de tout notre poids sur ce qui nous paraît vital, c’est un recul pour notre société démocratique, » conclut la syndicaliste.

    https://www.humanite.fr/medias/emeutes-urbaines/violences-urbaines-en-douce-le-ministere-de-linterieur-interdit-les-journal
    #journalisme #presse #interdiction #manifestations

  • #Cécile_Canut : « La #langue n’est pas un outil neutre, mais un espace de #pouvoir, de #contrôle, et de #hiérarchies_sociales »

    Dans Provincialiser la langue : Langage et colonialisme, la sociolinguiste, Cécile Canut, explore les usages et les #imaginaires_linguistiques en #Afrique_de_l’Ouest. Elle nous invite à penser autrement notre rapport au langage. Interview.

    « Ce que parler veut dire », écrivait Pierre Bourdieu. Sur les pas du père de la sociologie, la sociolinguiste, Cécile Canut, propose dans “Provincialiser la langue : Langage et colonialisme” (Editions Amsterdam, 2021), de renouveler le concept même de « langue » et d’en décortiquer les #rapports_de_pouvoir qui en façonnent la valeur.

    En retraçant les #discours_coloniaux qui ont participé à hiérarchiser les #langues_africaines, qualifiées péjorativement de « #dialectes » pour imposer la #langue_coloniale, c’est en réalité un processus de #standardisation de la langue qu’elle dévoile. Le fameux « #ordre_de_la_langue ».

    Une immersion au cœur de la #sociolinguistique, discipline exigeante mais au rôle clé à la révélation des logiques de #distinctions_sociales. Interview.
    Qu’entendez -vous par “provincialiser” la langue ?

    Il y a une distinction fondamentale entre la langue telle qu’elle a été construite et la manière dont elle a été façonnée par des #politiques_linguistiques précises, mises en place dans chaque pays. Mon idée est donc de changer de perspective sur les #pratiques_langagières, en les abordant non pas à travers la langue, mais directement par leur #usage.

    Provincialiser la langue, c’est la mettre de côté pour observer ce qui se passe ailleurs, notamment en Afrique, où j’ai beaucoup travaillé, car le rapport au langage est différent : il ne passe pas nécessairement par la langue, bien que la #colonisation ait imposé ce modèle.
    Vous décrivez comment en #France s’est imposé un #imaginaire_linguistique basé sur une conception rigide et figé de la langue que vous nommez “l’ordre de la langue”. À quoi correspond exactement cet imaginaire ?

    Avant 1539 et l’ordonnance de #Villers-Cotterêts, il n’existait aucune #homogénéité_linguistique : les populations parlaient une grande #diversité de langues et de dialectes. L’affirmation et la #normalisation du #français s’est faite sous l’influence des politiques linguistiques du XVIIe siècle. En effet, à partir de là, s’est mis en place un processus de construction de la langue, porté par différentes instances : grammairiens, écrivains, politiques… Leur objectif était d’homogénéiser et de standardiser la langue pour en faire un objet cohérent et unificateur.

    Le processus s’est ensuite prolongé avec la construction de la #nation, et l’idée d’une langue pour une nation s’impose, associée à celle d’une #culture_nationale supposée homogène. L’ordre de la langue est donc une #norme supposée être acquise par tous les citoyens pour devenir « français ». En d’autres termes, pour être Français, il faudrait parler un français codifié selon certaines règles.

    Toutefois, l’ordre de la langue s’est déplacé et transformé de manière complexe. Par exemple, même le français en Afrique, bien qu’imposé lors de la colonisation, a été approprié de manière très variable, et a donc évolué, comme c’est le cas partout ailleurs, au Québec et dans d’autres régions.
    Vous retracez l’histoire de la #doxa_coloniale qui a opposé une “véritable #langue_civilisée” aux “dialectes” africains. Comment cette #hiérarchisation s’est-elle construite ?

    Lorsqu’on parle des langues, on ne parle jamais réellement des langues elles-mêmes. Ce dont on parle, ce sont des gens qui les parlent. Les différentes manières d’appréhender les populations, transparaissent dans la manière de catégoriser les langues et les pratiques langagières.

    Cela a donc donné lieu à des tentatives de calquer un parler sur un groupe prétendument ethnique, avec des inventions souvent absurdes de la part des premiers linguistes, administrateurs coloniaux et ethnologues. Ces derniers, tout en prétendant faire preuve de patience et d’objectivité, ne faisaient en réalité que reproduire leurs propres #idéologies.

    Par exemple, certaines langues africaines sont souvent dévalorisées, considérées comme non véritables langues, simplement parce qu’elles ne sont pas écrites. Cela a conduit à des processus de #nomination et de catégorisation. On a ainsi distingué la langue, puis les dialectes, les #sous-dialectes
    Dans votre #livre, vous analysez la politique linguistique de l’#école_coloniale en #Afrique_Occidentale_Française, en insistant sur la #violence physique et symbolique qu’elle impliquait. Vous évoquez l’usage du “#symbole” comme outil disciplinaire. Pouvez-vous nous en parler ?

    Cette pratique consiste à imposer à un enfant un objet, de nature variable, pour l’empêcher de parler une langue spécifique. Le #breton, pendant longtemps, a été un exemple de cette pratique en France, mais ensuite, cela a été importé dans certaines régions d’Afrique par le biais de la #colonisation. Cela pouvait être un os, un crâne de singe, des objets assez répugnants qu’on mettait autour du cou.

    Cette première forme de #punition est déjà assez violente, car elle consiste à dénoncer un enfant, non seulement par l’enseignant, mais aussi par les autres élèves. Le but était de se débarrasser de ce petit objet en le donnant à un camarade dès qu’on entendait quelqu’un parler une langue autre que le français.

    Ces #punitions étaient donc extrêmement violentes, non seulement parce qu’elles étaient physiques, mais aussi parce qu’elles constituaient une #humiliation profonde. Ce sont des pratiques qui sont très importantes à aborder, car on ne se rend pas compte à quel point elles instaurent une politique linguistique profondément humiliante. Cela est d’autant plus grave que ces mesures touchent des #enfants, en pleine construction de leur #identité et de leur #rapport_au_monde.

    Quel rôle peut jouer la sociolinguistique pour déconstruire cet “ordre de la langue” ?

    La sociolinguistique joue un rôle clé : elle permet de décrire et de montrer qu’il existe d’autres façons de voir la langue, de comprendre son fonctionnement et d’expliquer qu’elle est un terrain en perpétuelle évolution. Il y a une dimension de #plaisir dans l’utilisation du langage qui est souvent ignorée, parce que la norme est devenue comme une sorte d’institution rigide.

    En France, la maîtrise de la langue permet d’établir une hiérarchie et de renforcer les distinctions sociales. Quand on regarde l’#immigration, on voit bien comment la langue a été utilisée comme un nouveau moyen de #discrimination, un prétexte pour empêcher le renouvellement des cartes de séjour.

    Le but de notre travail, en tant que sociolinguistes, c’est justement de mettre en lumière toutes ces structures qui entourent la langue, pour montrer que ce n’est pas juste un outil neutre, mais un espace de pouvoir, de contrôle, et de hiérarchies sociales. L’idée, c’est aussi d’essayer de faire évoluer les mentalités, de faire comprendre que la langue n’est pas juste un code à respecter, mais qu’elle est façonnée par des rapports de force. Ce genre de prise de conscience pourrait, à terme, amener un changement.

    Aujourd’hui, je suis contente d’avoir pu toucher des publics un peu moins académiques, et je vais continuer dans cette direction, tout en s’appuyant sur les relais médiatiques qui jouent un rôle clé dans cette dynamique. C’est grâce à ça qu’on peut faire évoluer les choses, c’est-à-dire traduire les idées en termes simples, les partager autour de soi. Et je constate que ça fonctionne vraiment bien, surtout auprès des jeunes, il y a une vraie réceptivité et je suis convaincue que ça va faire son chemin.

    https://www.bondyblog.fr/opinions/interview/cecile-canut-la-langue-nest-pas-un-outil-neutre-mais-un-espace-de-pouvoir-
    #hiérarchisation

    • Provincialiser la langue. #Langage et colonialisme

      Lorsqu’ils ont colonisé l’Afrique, les Européens y ont imposé leur conception idéologique du langage. Pour eux, les pratiques langagières ne pouvaient être appréhendées qu’au prisme d’un ordre de la langue instituant l’essor d’une culture nécessairement nationale. Cette idéologie s’est traduite par la mise en œuvre d’un véritable impérialisme linguistique : outre l’imposition des langues européennes, les missionnaires, puis les administrateurs coloniaux ont façonné des « dialectes africains », catégorisés comme tels afin de mieux les reléguer au bas d’une fantasmatique hiérarchie des langues.
      Si une telle vision, relayée par une partie des élites africaines et confortée, aujourd’hui encore, par les institutions de la Francophonie, a largement survécu aux indépendances, elle n’a jamais cessé d’être contestée – avec succès. C’est précisément de ce succès que Cécile Canut tire toutes les conséquences théoriques et politiques : en mettant au jour les biais inhérents aux approches prétendument scientifiques qui ont dominé l’étude du langage tout au long du xxe siècle, elle nous invite à provincialiser la notion même de langue, ce modèle décharné d’une supposée modernité.

      https://www.editionsamsterdam.fr/provincialiser-la-langue

      #livre

  • Après Mazan

    Que faire face à l’ampleur des violences sexistes et sexuelles ? En 2024, le procès des viols de Mazan a remis cette question au cœur du débat public. 51 hommes de tous horizons y ont été jugés pour avoir violé Gisèle Pelicot sur l’invitation de son mari. Pendant près de 10 ans, il l’a droguée pour la livrer à des inconnus rencontrés sur internet.

    Si elle peut paraître hors-normes, cette affaire n’est que la face visible d’un scandale massif qui implique tous les rouages de notre société : en France, un viol ou une tentative de viol se produit toutes les 2 minutes 30.

    Qu’est-ce que l’affaire Mazan révèle sur la masculinité, sur les rapports entre hommes et femmes, et sur la façon dont les institutions traitent les victimes et les auteurs de violences sexuelles aujourd’hui en France ?

    Dans « Après Mazan », Naomi Titti donne la parole à des femmes spécialistes du sujet qui ont assisté à ce procès, ainsi qu’à des professionnel·les de la santé, de la police et de la justice.

    Comment transformer l’ampleur du procès Mazan en action politique pour éradiquer les violences sexuelles ?

    « Après Mazan » est une série documentaire en 4 épisodes écrite par Naomi Titti et réalisée par Paul Bertiaux. À écouter à partir du jeudi 13 mars 2025 dans Les Couilles sur la table.

    https://www.binge.audio/podcast/les-couilles-sur-la-table/apres-mazan

    #podcast #audio
    #procès #Gisèle_Pelicot #VSS #viols #masculinité #condamnation #discours #patriarcat #échafaudage_culturel_du_viol #culture_du_viol #viol_conjugal #audience #consentement #libertinage #excuses #banalité_du_mal #non-pensée #responsabilité #pulsion #plaidoiries #manipulation #piège #soumission_chimique #solidarité_masculine
    #clivage #psychologisation #rapports_de_pouvoir #soumission #bon_père_de_famille #stratégie_de_contrôle #violence_conjugale #violence #inceste #viols_incestueux #ordre_social #grammaire_du_silence #tabou #cycle_de_la_violence #pornographie #sexe #déni

  • La #migration est un #fait_social_total

    Parti pris · Omniprésente dans le paysage audiovisuel et les discours politiques, la question de l’immigration est sans conteste l’#obsession du #complexe_politico-médiatique français. Mais les deux visions principales qui s’affrontent – à #droite et à #gauche – pêchent considérablement par #distorsion et #omissions et peinent à embrasser la #dimension_globale de ce fait social.

    Si l’entrée de l’immigration dans le #débat_public fut progressive, on peut considérer comme un premier tournant les #agressions_racistes de #1973 et leur #médiatisation. En effet, le sujet va gagner en #visibilité à partir de ces événements et de leurs conséquences politiques, bien avant, comme on peut le lire parfois, la percée du #Front_national, au milieu des années 1980, et son affrontement avec les mouvements antiracistes.

    L’occasion est alors donnée aux immigrés de se présenter à la société française et de raconter leurs #conditions_de_travail et de vie. C’est aussi une opportunité, pour la société française, de débattre d’un sujet qui ne quittera plus les champs médiatique et politique, au point d’éclipser toutes les autres préoccupations citoyennes et même de les absorber, puisque le traitement qui en est fait suggère insidieusement sa responsabilité dans tous les #problèmes_sociaux.

    Si l’on peut penser que la surreprésentation de la question de l’immigration est imputable aux exigences et aux intérêts propres au secteur des médias, au vu de l’appétence de ces derniers pour les polémiques, on est bien en peine de justifier son #omniprésence dans le #discours_politique qui en a fait un #enjeu_électoral majeur. Cette évolution du #débat, en ampleur et en intensité, s’est accompagnée d’une #polarisation de plus en plus marquée et de la résurgence d’un #racisme_décomplexé, qui dénonce l’immigration comme un #poids pour le pays d’accueil et n’est contré que par une #rhétorique utilitariste qui associe immigration et #bénéfices_économiques.

    « #Grand_remplacement », « #invasion_migratoire » et « #submersion_migratoire »

    Porté par la droite et l’#extrême_droite, mais pas seulement, ce discours raciste développe l’idée que l’immigration représente non seulement une #charge_sociale, mais aussi une #menace_identitaire et sécuritaire pour les Français. Les immigrés sont ici présentés comme des individus #indésirables et en surnombre – on parle de « grand remplacement », d’« invasion migratoire » et de « submersion migratoire » – qui menaceraient la #sécurité et l’#identité nationales. L’argumentaire principal mobilisé pour défendre cette thèse est l’#incompatibilité des caractéristiques culturelles et religieuses des populations immigrées avec les valeurs de la #République, avec une focalisation sur l’#islam. Ce discours prône ouvertement l’arrêt des flux migratoires et même la possibilité du retour dans le pays d’origine. Sauf que…

    Lorsqu’il s’agissait de répondre à un besoin de #main-d’œuvre et d’abaisser les #coûts_du_travail, la droite, de connivence avec le #patronat, était favorable à l’immigration, notamment dans les années 1960, lorsque les constructeurs automobiles et les patrons des mines recrutaient massivement dans les pays du Maghreb. Ou encore au début des années 2000, lorsque le discours gouvernemental a fait de « l’#immigration_choisie » un leitmotiv. Aujourd’hui encore, cette pratique est maintenue et « protégée » parce que voulue par les élites économiques, bien que décriée sur les plateaux télévisés.

    De l’autre côté du spectre politique, l’argument utilitaire est mobilisé pour défendre les populations immigrées. Il est de plus en plus porté par la gauche, qui aime à rappeler la contribution des étrangers pendant la Grande Guerre et la Seconde Guerre mondiale ainsi que dans les #mines, les #usines et sur les grands #chantiers portés par le développement de l’#industrialisation, et qui souligne aujourd’hui le rôle des #médecins_étrangers dans le maintien du système de #santé_publique. Discours utilitariste donc (qui s’appuie sur les résultats de recherches en sciences économiques et en démographie conduites notamment par l’OCDE, la Banque mondiale et le FMI) mais qui est présenté comme humaniste par ses tenants, qui mettent en avant la #solidarité avec les immigrés et défendent une politique de #régularisation des #sans-papiers.

    Justifier le jeu du #capitalisme

    Ce discours est apprécié par la population concernée et il est souvent et naïvement repris par elle, puisqu’elle y trouve une justification à sa présence, au point de faire son totem de cette phrase qu’on entend souvent dans les bouches d’immigrés : « On travaille. » Mais la gauche dénie ici le fait que l’importation de populations étrangères dévalue les #classes_populaires (son principal électorat), qui se sont d’ailleurs progressivement détournées d’elle. En effet, valoriser la #participation des immigrés revient à justifier le jeu du capitalisme, qui utilise la #concurrence entre travailleurs et l’importation de main-d’œuvre pour casser les grèves, baisser les #salaires et ne pas améliorer les conditions de travail.

    Autrement dit, lorsqu’une partie de la gauche renonce à sa position historique sur la #régulation de l’immigration, elle protège ce que #Karl_Marx qualifie de « secret grâce auquel la classe capitaliste maintient son #pouvoir ». Elle devient dès lors ce que le sociologue #Ramón_Grosfoguel appelle une #gauche_impérialiste, dans le sens où « elle construit un #projet_politique où elle ne demande qu’à améliorer sa situation à l’intérieur des murs [frontières], à l’intérieur des espaces impérialistes, sans les remettre en cause, sans problématiser la #domination que ce #système-monde exerce sur les habitants à l’extérieur des murs [frontières]… Elle ne remet pas en question les #structures_de_pouvoir qui produisent le #pillage et l’#appauvrissement de la grande majorité de la population mondiale, qui vit juste à l’extérieur des murs et est soumise aux formes les plus despotiques, les plus appauvries et les plus violentes de l’accumulation du capital ». Pire, dans une démarche paternaliste, elle appelle à renforcer l’#aide_publique_au_développement au lieu de militer pour la #désimpérialisation.

    Dans les deux discours présentés ci-dessus, il y a des omissions et des distorsions si considérables qu’elles altèrent complètement l’appréhension du sujet de l’immigration. Il s’agit également de discours prisonniers de leurs points de vue et de leurs antagonismes réciproques, jusqu’à donner parfois l’impression qu’ils se définissent non pas en fonction des besoins de la réalité et des idées qu’ils défendent mais bien en réaction l’un à l’autre. À cela s’ajoute le fait que l’immigré est systématiquement abordé comme #objet et non comme #sujet, ce qui contribue à normaliser une #pensée_impérialiste qui ne participe qu’à stigmatiser les populations immigrées et à les dépouiller de leur #agentivité.

    Les trois quarts des migrations africaines sont intracontinentales

    Il s’agit d’un double phénomène : émigration-immigration. Toute étude ou tout discours qui ferait l’économie de l’un se condamnerait à l’incompréhension de l’autre, car l’un et l’autre sont les deux faces d’une même pièce. On comprend donc qu’une réflexion sur les conséquences de l’#immigration dans les pays d’arrivée doit nécessairement et impérativement s’accompagner d’une réflexion sur les #causes de l’#émigration dans les pays de départ.

    Une mise en perspective plus large permettra donc de montrer que les migrations ne concernent pas seulement les pays occidentaux – il s’agit d’un phénomène mondial –, voire qu’ils ne sont concernés que dans une moindre mesure, puisque les trois quarts des migrations africaines, par exemple, sont intracontinentales. Cela permettra également de jeter la lumière sur les problèmes réels ou supposés qui poussent des personnes du Sud à affluer en masse vers le Nord (pauvreté, conflits armés, accroissement démographique…), ainsi que sur les problèmes réels ou supposés qui poussent l’Occident à recruter des étrangers (déclin démographique, pénurie de main-d’œuvre, déserts médicaux…).

    Cette approche, qu’on pourrait qualifier de globale, est cruciale, parce qu’elle permet de démontrer combien une réflexion intramuros est vouée à l’échec, la seule manière de comprendre et de gérer la question migratoire étant d’établir un dialogue bilatéral, qui implique non seulement les pays d’émigration et les pays d’immigration mais aussi les populations migrantes et les sociétés d’accueil.

    L’immigration en #France est liée à l’#histoire_coloniale

    Il est aussi nécessaire de prendre en considération le rôle de l’histoire coloniale (esclavage, mobilisation militaire forcée et recrutement de travailleurs dans les colonies) dans la création des schémas migratoires ainsi que les rapports de force qui existent entre pays anciennement colonisateurs et pays anciennement colonisés. En effet, l’histoire de l’immigration en France est fondamentalement liée à l’histoire coloniale qui l’a créée, ce qui implique que, pour comprendre les migrations aujourd’hui volontaires, il est essentiel de revenir sur les #migrations_forcées dans les anciennes colonies, puisqu’elles ont des trajectoires identiques mais surtout qu’elles obéissent d’abord et avant tout aux besoins des pays occidentaux.

    Qualifiée comme telle – parce que c’est ce qu’on veut voir en elle, ce qu’on aimerait qu’elle soit et qu’elle le demeure –, l’#immigration_de_travail est une expression qui porte en elle un refus : regarder l’immigré autrement que comme un agent au service du capital, un corps au service des possédants. Or l’immigré est une personne, qui vient avec son histoire, sa religion, sa langue, sa façon d’être au monde, ses représentations et ses croyances, bref sa #culture. Il vient également avec ses besoins et ses aspirations : se marier, se perpétuer et vivre auprès de sa famille. Pourtant, et alors que, comme l’écrit le sociologue et non moins émigré-immigré #Sayad_Abdelmalek, « la chose était prévisible dès le premier acte d’immigration », tout semble se réaliser, du moins dans un premier temps, dans une logique du #provisoire.

    Ce sont là les #illusions qui accompagnent le phénomène migratoire, très bien expliquées par Abdelmalek Sayad. « L’image de l’émigration comme “#rotation” continuelle exerce sur chacun un fort pouvoir de séduction : la société d’accueil a la conviction de pouvoir disposer éternellement de #travailleurs […] sans avoir pour autant à payer (ou fort peu) en problèmes sociaux ; la société d’origine croit pouvoir se procurer de la sorte et indéfiniment les ressources monétaires dont elle a besoin, sans qu’il résulte pour elle la moindre altération ; les émigrés sont persuadés de s’acquitter de leurs obligations à l’égard de leur groupe […] sans avoir pour cela le sentiment de se renier. »

    L’illusion du provisoire

    C’est cette triple fonction des illusions qui maintient la notion de provisoire et lui donne une place centrale dans les #imaginaires de chacun, malgré sa mise en défaut par la réalité. C’est-à-dire, même après que le turnover a été révolu, que les séjours de travail se sont allongés jusqu’à devenir quasi permanents (transformant radicalement les rapports aux groupes d’appartenance et au #pays_natal), que les profils et les trajectoires migratoires se sont complexifiés, et que l’immigration de travail s’est transformée en #immigration_familiale, puis en #immigration_de_peuplement. La notion de provisoire est une consolation pour l’émigré face à sa désertion, pour la société d’origine face à sa désintégration et pour la société d’accueil dans son rêve de purification.

    La #délocalisation d’une partie de la société vers un autre pays, comme l’entretien de relations sociales et affectives entre ceux qui partent vivre à l’étranger et ceux qui restent dans le pays natal, semble créer une route qui grandit en même temps que la communauté d’expatriés. L’existence d’une solidarité intracommunautaire semble également faciliter, quand elle ne l’encourage pas directement, le passage à l’acte. En effet, l’idée de trouver des compatriotes ou même des membres du cercle familial (qui peuvent aider financièrement et psychologiquement) rassure le candidat à l’émigration sur la faisabilité de son #projet_migratoire et elle atténue sa peur de la #solitude et de l’#isolement. C’est ce qui explique le fait qu’on retrouve dans des villes et des quartiers à fortes densités immigrantes toute une communauté d’immigrés souvent originaires d’une même région et ayant parfois des liens de parenté.

    Les coûts importants des procédures administratives pour les demandes de visa et le pourcentage très élevé de refus dans certains pays (plus de 50 % en Algérie) rendent la voie légale souvent inaccessible. Le recours à la #clandestinité devient une possibilité de dépasser ces #blocages. En effet, traverser la Méditerranée dans une embarcation et franchir la frontière illégalement est une option choisie par des milliers de personnes chaque année, malgré les #risques et malgré les actions de prévention et de lutte contre la migration illégale.

    Maintenir coûte que coûte une #hiérarchie_sociale

    Ce qu’on peut relever du débat tel qu’il se présente aujourd’hui autour de la migration, c’est qu’elle est posée comme problème pour certaines populations et pas pour d’autres. Par exemple, en France ou en Allemagne, les réfugiés syriens ou afghans ne sont pas perçus comme les réfugiés ukrainiens. Le #traitement_médiatique qui leur est réservé n’est pas le même, pas plus que les dispositions prises pour leur #accueil et leur #insertion.

    Cet exemple permet d’inscrire la question dans le tableau plus large de la migration des pays du Sud vers les pays du Nord. Cette migration a ses spécificités et ses problématiques propres et elle ne saurait être confondue avec les mobilités intra-européennes ou euro-australo-américaines, par exemple, qui ne sont pas source de tensions, les populations qui en sont issues étant considérées comme assimilables, sinon semblables. Il n’en a pas toujours été ainsi. On se souvient du racisme envers les Bretons à Paris, des Britanniques envers les Irlandais, des Français envers les Italiens, les Espagnols, les Portugais…

    Ainsi posée, c’est la question du #racisme qui émerge comme point nodal de la migration, considérée par les uns comme phénomène social et par les autres comme problème social. Cette discrimination, qui a longtemps trouvé sa justification dans la #théorie_des_races et l’#infériorité_biologique supposée des uns par rapport aux autres, est remplacée, depuis la Seconde Guerre mondiale, par un #racisme_culturel, c’est-à-dire par un ensemble de pratiques et de discours dans lesquels la culture de certains groupes sociaux (généralement racisés) est essentialisée et infériorisée, l’objectif étant toujours le même : maintenir coûte que coûte une hiérarchie sociale.

    Faire l’impasse sur le #système-monde

    Penser l’État-nation dans un contexte d’#interdépendance_internationale est une ineptie, tout comme l’est le fait de chercher à préserver les intérêts d’un État ou à établir un #ordre_national plus juste dans un monde ravagé par les injustices, où l’on assiste au pillage des richesses humaines et naturelles par des multinationales occidentales ; un monde où rien ne protège les plus démunis de la prédation des États les plus puissants, qui se maintiennent par une #force_de_travail bon marché et des #matières_premières bradées. En effet, dans ce marché international qu’est devenu le monde et qui est régi par les intérêts économiques du capital et ses injonctions, le racisme apparaît comme une condition essentielle pour conserver une main-d’œuvre privée de droits, une force de travail à bas coût, non seulement dans les périphéries mais aussi au cœur des puissances économiques.

    Le racisme fonctionne donc selon des besoins cycliques. D’une part, il permet d’offrir des compétences à la demande et une main-d’œuvre bon marché dans les périodes de croissance, et, d’autre part, il permet d’exclure certaines populations du marché du travail dans les périodes de crise. Pour que cette mécanique puisse se perpétuer, les discriminations doivent persister, les frontières se renforcer et les populations « déplaçables » se résigner à leur #instrumentalisation. C’est ainsi que la splendide forteresse (le #centre) se protège contre les populations issues des #périphéries. C’est à ces conditions que peut se maintenir indéfiniment cet #ordre inique à l’échelle mondiale et c’est à ce niveau que doit s’inscrire la lutte pour la #justice_sociale.

    Ainsi déployée, la question migratoire déborde complètement celle des attitudes individuelles ou collectives vis-à-vis des immigrés, tout comme elle ne saurait être attribuée aux seuls faits politique ou économique, puisqu’elle est un fait social total, et que toute tentative de la saisir par un seul bout est vouée à l’échec. Il faut donc réinventer le débat, lui donner l’ampleur qu’il mérite et mettre à jour le lien direct qui lie les migrations avec les #guerres menées en Afrique et au Moyen-Orient, avec l’#extractivisme effréné et l’#exploitation irresponsable des #ressources des pays du Sud. Ce faisant, la question migratoire reprendra la place qui est la sienne au cœur de la lutte anti-impérialiste.

    https://afriquexxi.info/Migration-fait-social-total
    #utilitarisme #humanitarisme #paternalisme #diaspora #approche_globale #voies_légales #Etat-nation #nationalisme #nationalisme_méthodologique #périphérie #anti-impérialisme
    ping @reka @karine4 @_kg_ @isskein

    • “Alla memoria dei morti preferisco il relax dei turisti”, il sindaco cancella i migranti

      Nel mirino il Memoriale di Ventimiglia. Dal 2015 le vittime sono state 38.

      «Sindaco, verrà mantenuto il Memoriale al confine?» . La risposta è stizzita: «Assolutamente no». E riguardo alla lettera firmata da una quarantina di associazioni e Ong, italiane e francesi, che chiedono di trovare una soluzione alternativa alla demolizione, il primo cittadino di Ventimiglia #Flavio_Di_Muro è indispettito e la replica è netta: «Non ho ancora letto nulla, potevano scrivere prima a me invece di dare subito la lettera ai giornali. È un cattivo gesto, con una volontà politica chiara. Per me comunque è una bocciatura».

      Quelle pietre devono sparire

      Irremovibile il primo cittadino, quasi infastidito dalla richiesta di mantenere un luogo della memoria intatto: «Vogliamo creare un posto dove i turisti si possano rilassare», le spiazzanti parole. E la memoria? E il ricordo dei migranti morti nel tentativo di oltrepassare la frontiera? Per l’esattezza 38 persone dal 2015 ad oggi. La replica – ancora una volta– è fulminea, ma anche evasiva: «Il progetto non verrà assolutamente cambiato, lì vogliamo una piazza ordinata. I massi e le pietre devono sparire».

      Insomma, secondo il sindaco Di Muro, il Memoriale occupa «uno spazio importante» e non favorisce quello che – a suo dire– sono le due priorità per la città: ordine e turismo. Eppure le due cose potrebbero tranquillamente convivere: non esiste solo un turismo epicureo, ma anche (e per fortuna) un turismo interessato alla storia di un luogo, ai suoi monumenti e – perché no– ai memoriali, se ci sono. La storia di un luogo non si cancella con un progetto di riqualificazione, ma soprattutto il Memoriale ha un valore umano, non politico.

      L’ipotesi di spostarlo

      Di Muro è fermo nel suo pensiero: «Lo dirò anche alle associazioni che mi hanno scritto: quelle pietre devono andare via» rimarca con forza il concetto. E con esse, evidentemente, anche le iniziative, le commemorazioni, le manifestazioni e le preghiere che ogni anno, da sei anni, si svolgono in quel fazzoletto di terra. E riguardo all’incontro richiesto dai firmatari della lettere, rimane una flebile apertura: «Sono disposto ad incontrarli, ma la mia posizione è chiara». E trovare un altro luogo che possa ospitare il Memoriale? : «Non lo so – conclude-, ma non lì: magari da un’altra parte e molto più piccolo».

      https://www.lastampa.it/imperia-sanremo/2025/07/31/news/di_muro_cancella_i_migranti_le_pietre_devono_sparire-15252701
      #ordre #tourisme

    • Il sindaco di Ventimiglia eliminerà il memoriale per i migranti morti: “Degrado da riqualificare”

      Il primo cittadino leghista Di Muro toglierà le pietre che simboleggiano i 49 disperati che hanno perso la vita sul confine cercando di entrare in Francia. La protesta delle associazioni

      La parola chiave è “riqualificazione”, l’altra “degrado”. E dunque, in nome della “riqualificazione” e della “lotta al degrado”, il memoriale a ponte San Ludovico dedicato ai migranti morti di frontiera, 49 in dieci anni al confine con la Francia, sarà spazzato via. Non torna indietro, il sindaco leghista di Ventimiglia Flavio Di Muro.

      Nonostante la lettera aperta firmata da oltre quaranta associazioni, da Amnesty International ad Anpi, Caritas Intemelia, Arci, Baobab Experience, Roya Citoyenne, WeWorld Onlus, che hanno chiesto un incontro urgente al Comune e fanno appello di non “infliggere un’ulteriore forma di violenza a queste vite spezzate” e di non eliminare “uno spazio di memoria, umanità e coscienza civica”.

      “Una lettera aperta che non si capisce se sia una richiesta di incontro o già una polemica politica - esordisce Di Muro rispondendo a Repubblica - la lettera è arrivata prima ai giornali che a me. In ogni caso non mi sottraggo all’incontro, ma mi sembra evidente che abbiamo visioni e priorità differenti”.

      La priorità, secondo la visione di Di Muro, avvezzo a questo tipo di polemiche - come quella che seguì alla decisione di piazzare due guardie all’ingresso del cimitero di Ventimiglia per evitare che le persone migranti entrassero per usare le fontanelle, visto che il centro di accoglienza Campo Roja è chiuso da anni - è “trasformare l’area di Ponte San Ludovico in una piazza che sia il biglietto da visita della città”.

      E il biglietto da visita, nei programmi del Comune, non prevede quel memoriale realizzato da attivisti e attiviste vicino al confine che da più di sei anni ricorda, con tre cerchi di pietre e lumini, i nomi e le vite di chi è morto nel tentativo di passare la frontiera.

      “La massa di pietre non è confacente, in mezzo alla piazza è impattante – spiega ancora Di Muro a Repubblica - i massi, poi, sono stati imbrattati dai no No Borders e sono indecorosi. L’area è di proprietà del Comune ma anche di Anas e del Demanio, e a questo progetto di riqualificazione abbiamo lavorato per oltre un anno. D’altronde era il mio programma da sindaco: creare una piazza accogliente e in sicurezza, e lo rispetterò”.

      Le associazioni che hanno firmato l’appello chiedono al sindaco una soluzione condivisa che rispetti il valore simbolico del luogo e la memoria di vittime, perché non siano condannate anche all’invisibilità. Di Muro apre solo sulla possibilità di spostare il memoriale altrove, “in uno spazio più piccolo, non lì. Devo ancora leggere la lettera, risponderò e poi sono disponibile all’incontro”. Ma a Ponte San Ludovico, per il ricordo non ci sarà spazio.

      https://genova.repubblica.it/cronaca/2025/08/01/news/il_sindaco_di_ventimiglia_dimuro_confine_eliminera_il_memoriale_pe

    • Memoriale migranti morti al confine, il sindaco leghista di Ventimiglia vuole demolirlo: “I turisti si devono rilassare”

      Il monumento ricorda i migranti rimasti uccisi nel tentativo di superare il confine tra i due Paesi. Il primo cittadino, intervistato da la Stampa, ha difeso il suo progetto di demolizione.

      Il sindaco leghista di Ventimiglia Flavio Di Muro le chiama “quelle pietre” e dice che “devono andare via”. Intervistato da la Stampa, il primo cittadino se la prende con il Memoriale che ricorda i migranti morti nel tentativo di passare dall’Italia alla Francia, 49 persone in dieci anni, da quando la libera circolazione tra i due Paesi si è interrotta e il confine è divenuto un simbolo delle sorti di chi migra e fugge.

      Il sindaco, sempre parlando con il quotidiano torinese, difende il suo progetto di riqualificazione della zona che “non verrà assolutamente cambiato, lì vogliamo una piazza ordinata. I massi e le pietre devono sparire”. Non parla di rotte o politiche migratorie, Di Muro ha un’idea precisa della città: “Vogliamo creare un posto dove i turisti si possano rilassare“, spiega, trovando la lettera contro la demolizione firmata da circa quaranta associazioni e Ong italiane e francesi e consegnata ai giornali invece che a lui privatamente un “cattivo gesto, con una volontà politica chiara”.

      La richiesta dei firmatari è la ricerca di una soluzione alternativa alla demolizione, a cui però l’amministrazione non sembra interessata. Il Memoriale si trova da oltre sei anni nel piazzale di Ponte San Ludovico, a poche centinai di metri dal confine. Si tratta di uno spiazzo che fa da divisorio tra le due corsie dell’Aurelia, quasi davanti al mare. Lì tre cerchi di pietre ricordano i nomi di chi è arrivato da lontano ed è morto mentre provava a passare da un paese all’altro, il passato alle spalle e il futuro che si interrompe di colpo su un confine straniero. “Sono disposto ad incontrarli,” dice il sindaco parlando di chi ha chiesto il mantenimento del memoriale “ma la mia posizione è chiara“. Un’apertura non apertura che lascia poco spazio anche all’idea di ricostruire il Memoriale da un’altra parte, e in quel caso, Di Muro ci tiene a specificarlo, che sia “molto più piccolo”. Affinché la memoria non disturbi la vista del turismo che si affaccia sul mare a pochi chilometri dalla Costa Azzurra.

      https://www.ilfattoquotidiano.it/2025/07/31/memoriale-migranti-ventimiglia-demolizione-notizie/8080461

  • "#Gardes-frontières, pas tortionnaires" : quand les douaniers dénoncent des ordres dangereux pour les migrants qui traversent la Manche

    Le #syndicat #Solidaires_Douanes a adressé une #lettre_ouverte à son directeur national ce lundi 23 juin, dans laquelle il dénonce certaines #consignes données sur le #littoral du #Pas-de-Calais, pour surveiller des embarcations de personnes migrantes. Des #ordres qui « les détournent de leur #mission initiale » et insécurisent les exilés qui prennent la mer.

    C’est une lettre ouverte salée, que le syndicat Solidaires Douanes a fait parvenir aux oreilles du directeur national garde-côtes des douanes, ce lundi 23 juin 2025. « Gardes-frontières, pas tortionnaires », le ton est donné dès les premiers mots.

    Dans ce communiqué, les douaniers s’insurgent contre un évènement survenu dans la matinée du jeudi 19 juin, il y a presque une semaine, au large du #Touquet (Pas-de-Calais). Une embarcation contenant plusieurs personnes migrantes se trouvait alors en difficulté, maintenue sous la surveillance du patrouilleur garde-côtes « #Kermovan ». Les douaniers, chargés d’assurer la sécurité des exilés vers les eaux britanniques ou de les récupérer en cas de sinistre, reçoivent alors une #consigne du #Centre_régional_opérationnel_de_surveillance_et_de_sauvetage (#CROSS) Gris-Nez.

    Le Kermovan reçoit pour ordre « de signaler tout changement de cap indiquant que le pneumatique ferait route vers la plage pour embarquer à son bord des personnes supplémentaires. » En cas d’opération de secours, le CROSS, qui coordonne les opérations, peut être amené à donner des consignes aux #garde-côtes. Mais dans l’ordre donné ce 19 juin, quelque chose fait tiquer les douanes. Rémi Vandeplanque, représentant Solidaires Douanes, soupçonne qu’il « s’agissait de faciliter l’intervention des forces de l’ordre pour faire obstacle à l’embarquement de personnes supplémentaires. »

    Selon Rémi Vandeplanque, l’embarcation que les douaniers sécurisaient s’est finalement échouée sur la plage de Sainte-Cécile vers 10 heures « de mémoire », visiblement après avoir crevé en heurtant un bouchot, « apparu à la faveur de la marée descendante ».

    Les garde-côtes, détournés de leur mission ?

    Solidaires Douanes dénonce un détournement de la mission initiale des agents, et une consigne dangereuse pour les personnes migrantes, des civils en situation précaire, sur une embarcation de fortune au beau milieu du détroit du Pas-de-Calais. Celle-ci « ne relève pas de la fonction du patrouilleur Kermovan » et « a pour objectif de permettre une intervention de police en mer (de facto dangereuse). » Car, rappelons que les forces de l’ordre n’ont plus le droit d’interpeller les personnes migrantes lorsqu’elles se trouvent déjà dans leur embarcation, posée sur l’eau. Ils doivent donc attendre leur retour sur la terre ferme pour procéder à des #interpellations.

    Le syndicat dénonce justement « un contexte de #maltraitance_institutionnelle croissante, à l’encontre des personnes en exil », lors des tentatives de traversée notamment, et « de mise sous pression de la France par le Royaume-Uni qui attend que toutes les mesures possibles soient prises par le ministère de l’Intérieur afin d’empêcher les traversées de la Manche ».

    Au moment où cet article est publié, la Préfecture maritime de la Manche et de la mer du Nord (Prémar) n’a pas donné suite à nos sollicitations.

    https://france3-regions.franceinfo.fr/hauts-de-france/pas-calais/touquet/gardes-frontieres-pas-tortionnaires-quand-les-douaniers-d
    #migrations #réfugiés #frontières #France #GB #Angleterre #résistance

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    voir aussi :
    Récit « Je n’avais jamais vu ça de la part de la police » : près de #Dunkerque, des migrants interceptés dans l’eau à coups de #bombes_lacrymogènes
    https://seenthis.net/messages/1121815

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    ajouté à la métaliste, mais pour l’instant tout à fait incomplète, de #témoignages de #forces_de_l'ordre, #CRS, #gardes-frontière, qui témoignent de leur métier. Pour dénoncer ce qu’ils/elles font et leurs collègues font, ou pas :
    https://seenthis.net/messages/723573

  • En #Algérie, la France coloniale a aussi détruit la #nature

    L’accaparement colonial de la terre en Algérie a détruit des modes d’organisation et de gestion de la terre en commun. Le développement des monocultures et d’une agriculture d’exportation a aussi bouleversé l’environnement.

    Après avoir été suspendu de RTL début mars pour avoir évoqué les massacres français en Algérie au XIXe siècle, Jean-Michel Apathie a décidé de quitter la station. En pleine surenchère du ministre Bruno Retailleau avec l’Algérie et face à une extrême droite qui clame les bienfaits de la colonisation, le flot de réactions hostiles aux propos de l’éditorialiste rappelle que nombre de Français ne connaissent pas l’ampleur des crimes coloniaux commis par la France en Algérie.

    Face aux tentatives de révisionnisme historique, Reporterre s’est intéressé à un pan méconnu de la colonisation française en Algérie : ses dégâts sur la nature. À l’aube de la colonisation, le socle de la société algérienne reposait sur la paysannerie, l’agriculture était la principale source de richesse et rythmait la vie des populations qui alternait entre le travail de la terre et les transhumances saisonnières. Mais de 1830 jusqu’à la fin de la Première Guerre mondiale, l’accaparement des terres par les colons a complètement bouleversé cet équilibre.

    « L’arrivée des colons en Algérie signe l’accaparement des ressources environnementales et celle du foncier. C’était une pratique d’expropriation sans explication, sans excuse et avec une grande brutalité. Pour les Algériens, c’est un monde qui s’effondre littéralement », relate Antonin Plarier, maître de conférence à l’université Lyon 3 et spécialiste de l’histoire environnementale des sociétés coloniales.

    Au total, d’après ses calculs, plus d’1,2 million d’hectares ont été transférés aux Européens entre 1830 et 1917 : soit l’équivalent de 1 000 fois la superficie de Paris, et trois fois celle de la Belgique.

    Pour réquisitionner des terres algériennes, la France a développé un arsenal juridique légalisant un paradoxe : celui d’une société qui défendait le droit à la propriété et d’une colonisation qui foulait au pied celle des Algériens. L’administration coloniale pouvait ainsi s’emparer de n’importe quelle propriété algérienne, qu’elle soit celle d’un individu comme d’une tribu entière.
    Détruire la paysannerie pour « soumettre le pays »

    La doctrine coloniale et militaire se lit à travers les écrits du maréchal Bugeaud, le militaire qui a permis d’étendre la conquête de l’Algérie. Voici notamment ce que précise cette violente figure de la colonisation, spécialiste des enfumades (pratique consistant à asphyxier des personnes réfugiées ou enfermées dans une grotte en allumant devant l’entrée des feux) : « J’y ai réfléchi bien longtemps, en me levant, en me couchant ; eh bien ! Je n’ai pu découvrir d’autre moyen de soumettre le pays que de saisir l’intérêt agricole ». Il faut donc empêcher les populations « de semer, de récolter, de pâturer », pour les priver des moyens d’existence, souligne l’historien Hosni Kitouni, chercheur en histoire à l’université d’Exeter.

    En filigrane, il s’agissait de punir tous ceux qui tentaient de se révolter, et de dissuader ceux qui en avaient l’intention. En 1838, l’ordonnance royale du maréchal Bugeaud indiquait que toute tribu s’insurgeant contre la domination française pouvait voir ses terres séquestrées. Cette politique monta encore d’un cran en 1871 à la suite d’une insurrection initiée contre la puissance coloniale.

    Cette « tempête des spoliations », selon l’expression d’Hosni Kitouni, a non seulement dispersé les populations, contraintes d’abandonner leurs maisons, leurs cultures, leur bétail, mais a également entraîné leur paupérisation, voire pire, leur famine, puis leur mort. En parallèle, la violence des razzias, ces opérations militaires menées dans des campements, a détruit les habitations et les récoltes. Les arbres fruitiers étaient rasés dans les zones de guerre.
    Spoliation de l’eau et des forêts

    « Devenus des paysans sans terre, sans bétail, sans abris, n’ayant que la force de leurs bras à vendre, ils vont alimenter la masse des candidats à toutes les servitudes », écrit Hosni Kitouni. D’anciens propriétaires algériens sont alors parfois revenus sur leurs terres louer leur force de travail aux colons français. « Des paysans algériens vont revenir cultiver la terre, fournir les semences, et les instruments agraires, en échange de quoi ils vont pouvoir récupérer un ou deux cinquièmes de la récolte, le reste revenant au propriétaire », raconte à Reporterre Antonin Plarier.

    Au-delà des terres, la colonisation s’est emparée des communs que sont les forêts et l’eau. Au XIXe siècle, plusieurs opérations de maîtrise des cours d’eau ont fleuri, toujours dans le but d’irriguer les terres des colons. Dans les années 1860, un projet de barrage a vu le jour dans le département d’Oran. Antonin Plarier pointe ainsi ce qui tient de l’évidence : « Lorsqu’une source en eau est maîtrisée, elle l’est uniquement au bénéfice des colons, et donc au détriment des agriculteurs algériens qui en sont de fait dépossédés. »

    La question de l’eau a entraîné plusieurs conflits, tout comme celle des forêts. Dès les années 1830, l’imposition du Code forestier par les colons a restreint peu à peu aux Algériens l’artisanat, le passage du bétail, le ramassage du bois de chauffe, et la coupe de bois pour les diverses constructions.

    Résultat : entre un tiers et la moitié des ressources économiques de la paysannerie algérienne a été menacée par ce nouveau cadre légal, estime Antonin Plarier. Il faut dire que l’administration coloniale y a très vite vu un filon : l’exploitation des forêts en vue de leur commercialisation.

    Dans la montagne de Beni Khalfoun, dans la vallée de l’Isser, l’administration octroya par exemple une concession d’environ 1 000 hectares de chênes-lièges, un bois cher et prisé pour la fabrication de bouchons, à un exploitant français. Difficile de donner un chiffre précis, mais cet accaparement de ressources essentielles n’a pas été sans conséquences sur l’écosystème algérien.

    « C’est toute une série d’éléments liés à la colonisation qui vont contribuer à dégrader l’environnement algérien. En asséchant les sols via la déforestation, l’État colonial a par exemple favorisé l’érosion des sols », dit l’historienne Hélène Blais, professeure d’histoire contemporaine à l’ENS et autrice de L’empire de la nature. Une histoire des jardins botaniques coloniaux.
    Monocultures et rentabilité

    En Algérie, comme ailleurs, la colonisation s’est accompagnée de l’introduction de nouvelles espèces jugées plus rentables, et d’un bouleversement dans les pratiques agricoles tournées vers une pratique intensive et exportatrice correspondant davantage aux besoins de la métropole.

    Ce qui fait dire à Alain Ruscio, historien spécialiste de la période coloniale, que « la totalité de l’écosystème algérien a été affectée par la colonisation » : « Au fur et à mesure que l’armée française considérait qu’une région était complètement contrôlée, des monocultures étaient rapidement mises en place. D’où aussi la construction de routes servant à acheminer ces marchandises vers la France », nous explique-t-il.

    C’est l’exemple de la vigne et de sa vinification, qui priva une partie de la population d’un accès à la culture de céréales, et entraîna la disparition de terres en jachères — qui fournissaient des pâturages jusqu’ici essentiels pour le bétail des paysans algériens. Mais aussi de l’introduction massive de l’eucalyptus, cette plante endémique d’Australie, dès les années 1860 pour tenter d’assainir les zones humides dans lesquelles le paludisme décimait des colons.

    « Des millions d’arbres ont ainsi été plantés. Dans certains endroits, cela a asséché plus qu’il était nécessaire, au détriment d’autres espèces endémiques qui ont été abattues ou abandonnées dans ce cadre », analyse Hélène Blais. L’historienne a également observé des tentatives d’introduction de moutons mérinos, apporté pour sa laine prisée en Europe.
    Chasses coloniales

    Sans oublier les chasses coloniales qui attiraient des Français originaires de tout l’Hexagone venus traquer hyènes, panthères, lions et autres animaux sauvages. Considérés comme des animaux nuisibles, leurs têtes furent mises à prix via une circulaire du général Bugeaud de 1844 offrant une récompense pour tout animal tué « proportionné à la puissance de chaque bête ». D’après les recherches d’Hosni Kitouni, rien qu’en 1860, ce ne furent pas moins de 61 panthères et 38 lions qui avaient été abattus. Si bien qu’à la fin du XIXe siècle, le plus gros de la faune sauvage avait disparu. Le dernier lion fut abattu en 1958.

    « L’ordre colonial s’accommode peu avec la différence biologique, écologique, humaine qui résiste à sa domination, conclut l’historien auprès de Reporterre. D’où la politique de mise en ordre à force de violence et de juridictions d’exception, empêchant la société autochtone de se développer à son rythme selon ses lois naturelles. »

    Au-delà des crimes commis sur les Algériens, peu d’historiens se sont jusqu’ici emparés des destructions des écosystèmes. L’ampleur d’un éventuel écocide lié à la colonisation française reste à quantifier et est un angle de mort de la recherche.

    https://reporterre.net/En-Algerie-la-France-coloniale-a-aussi-detruit-la-nature
    #destruction #paysage #colonisation #France #France_coloniale #histoire #terres #accaparement_des_terres #communs #agriculture #exportation #monoculture #paysannerie #foncier #expropriation #brutalité #violence #réquisition #droit_à_la_propriété #lois #maréchal_Bugeaud #enfumades #moyens_d’existence #insurrection #paupérisation #famine #razzias #arbres_fruitiers #eau #forêts #forêt #barrage #conflits #Code_forestier #érosion_des_sols #ressources #montagne #déforestation #environnement #érosion_des_sols #rentabilité #routes #vigne #jachères #terres_en_jachères #céréales #pâturages #eucalyptus #zones_humides #paludisme #arbres #laine #chasse #chasses_coloniales #ordre_colonial #animaux_sauvages #écocide
    #géographie_culturelle #géographie_du_droit #legal_geography

  • En #Allemagne, les #centres_d'expulsion se multiplient

    Un deuxième centre d’expulsion pour les migrants "#dublinés" a ouvert ses portes en Allemagne près de la frontière polonaise le 1er mars 2025. Ces centres visent à accélérer le transfert des demandeurs d’asile #déboutés.

    Le nouveau centre d’expulsion a officiellement été inauguré le 1er mars à #Eisenhüttenstadt, dans la région du Brandebourg, au nord-est de l’Allemagne près de la frontière avec la Pologne.

    Il devrait commencer à être opérationnel le 13 mars, rapporte l’agence de presse KNA. Le centre comprend deux bâtiments, l’un pour les femmes et les familles, l’autre pour les hommes.

    Le centre a une capacité d’accueil d’environ 250 personnes et doit permettre d’accélérer le transfert des demandeurs d’asile déboutés dont les cas relèvent du #règlement_de_Dublin de l’Union européenne.

    Le premier centre, ouvert à #Hambourg, aurait déjà permis d’alléger les charges administratives. Un troisième centre doit ouvrir à #Brême, également dans le nord-de l’Allemagne. D’autres pourraient suivre dans le cadre d’un effort plus large des autorités visant à s’attaquer aux inefficacités du système d’asile.

    Aussi, les demandeurs d’asile devant être renvoyés dans le cadre du processus de Dublin ne percevront désormais plus qu’un soutien de base pendant deux semaines, au lieu des prestations sociales complètes prévues par la loi. Cette mesure doit décourager la migration irrégulière vers l’Allemagne.

    Un système qui peine à fonctionner

    Les "#centres_Dublin" font partie de la réforme du régime d’asile européen commun (RAEC) et ont été proposés par le ministère allemand de l’Intérieur fin 2024, sous le gouvernement sortant.

    L’actuelle ministre de l’intérieur, Nancy Faeser, a souligné l’importance de procédures rapides et efficaces, estimant que "si des personnes viennent en Allemagne alors qu’elles ont entamé leur procédure d’asile dans un autre pays de l’UE, elles doivent y être transférées plus rapidement".

    Selon ce règlement, un exilé ne peut faire sa demande d’asile que dans son premier pays d’entrée dans l’UE. Dans la pratique, le système fonctionne toutefois rarement.

    En 2024, l’Allemagne a présenté près de 75 000 demandes de transfert de demandeurs d’asile vers des pays de l’UE, dont environ 44 000 ont été approuvées. Pourtant, seules quelque 5 740 personnes ont été effectivement expulsées.

    Les raisons de ce #dysfonctionnement sont multiples. Certains pays de l’UE, comme l’Italie, ont cessé de reprendre des migrants expulsés. D’autres, comme la Grèce, sont confrontés à des problèmes juridiques dus aux mauvaises conditions dans les centres d’accueil de migrants, conduisant les tribunaux à bloquer les expulsions.

    En Allemagne, le dédale bureaucratique rallonge également les #délais d’expulsion.

    Kathrin Lange, ministre de l’Intérieur du Land de Brandebourg (l’Allemagne fédérale est composée de 16 Etats appelés Länder) prévient que le centre de Eisenhüttenstadt ne va offrir des résultats immédiatement. "Le système de Dublin, dans sa forme actuelle, ne fonctionne pas. Il a besoin d’une réforme fondamentale. Mais avec ce centre, nous faisons au moins un pas important vers davantage d’#ordre et d’#efficacité dans la politique migratoire", assure-t-elle.

    Les défis du règlement de Dublin

    Olaf Jansen, directeur de l’autorité centrale des étrangers du Brandebourg, se montre également sceptique. Il affirme que 60 à 70 % des demandeurs d’asile expulsés reviennent en Allemagne dans les jours qui suivent. Il critique la lenteur des délais de traitement des dossiers, en particulier à Berlin et à Dortmund, et appelle à une approche plus rationnelle, estimant que les expulsés récidivistes devraient être transférés immédiatement sans que leur dossier ne soit rouvert.

    Le centre d’Eisenhüttenstadt doit se concentrer sur les expulsions vers la #Pologne, qui a jusque-là accepté le retour de la quasi-totalité des "dublinés".

    Les transferts sont censés être effectués dans un délai de deux semaines. Le bureau central des étrangers du Brandebourg travaille en collaboration directe avec les fonctionnaires polonais. Celle-ci fonctionne plutôt bien, a expliqué Olaf Jansen à l’agence KNA.

    Le ministère allemand de l’intérieur est par ailleurs en discussion avec les différents Länder pour créer davantage de centres d’expulsion.

    Berlin assure que les centres augmenteront considérablement le nombre d’expulsions car ils évitent le problème récurrent de la disparition de migrants dans l’obligation de quitter le territoire.

    Les chiffres officiels montrent que dans 12 % des cas, les personnes “dublinées” disparaissent dès qu’elles sont informées de leur expulsion imminente.

    Des ONG de défense des droits de l’Homme sont néanmoins très critiques et dénoncent notamment la limitation de l’aide sociale. Wiebke Judith, porte-parole de Pro Asyl, note dans le Irish Times que "les centres Dublin ne résolvent pas les problèmes du gouvernement fédéral, mais aggravent considérablement la situation des gens".

    Les lois sur la sécurité adoptées en Allemagne après l’attentat meurtrier de Solingen en août 2024 stipulent que les demandeurs d’asile en attente d’être expulsés dans le cadre du règlement de Dublin seront ne toucheront plus que le minimum vital en termes de prestations sociales.

    Olaf Jansen, de l’autorité centrale des étrangers du Brandebourg, constate que de nombreux demandeurs d’asile ne viennent pas directement de zones de conflit, mais plutôt de pays tiers sûrs comme la Turquie.

    Il préconise des #contrôles_frontaliers plus stricts, une meilleure coopération au sein de l’UE et une politique migratoire axée sur les travailleurs qualifiés.

    Tout en reconnaissant que l’asile reste une obligation humanitaire essentielle, Olaf Jansen estime que “l’Allemagne - comme tous les pays d’immigration classiques - devrait réguler l’immigration en fonction de ses intérêts nationaux. Cela signifie qu’il faut faciliter l’immigration pour le marché du travail, la recherche et le monde universitaire tout en limitant l’accès aux systèmes de #protection_sociale aux cas de détresse humanitaire”.

    La pénurie de main-d’œuvre qualifiée a été largement éclipsée par la question des expulsions lors des récentes élections fédérales en Allemagne.

    Avec la victoire des conservateurs de la CDU/CSU, Friedrich Merz devrait devenir le prochain chancelier. Il prône des contrôles frontaliers plus stricts et une politique migratoire plus restrictive.

    https://www.infomigrants.net/fr/post/63391/en-allemagne-les-centres-dexpulsion-se-multiplient
    #rétention #détention_administrative #asile #migrations #réfugiés #sans-papiers #machine_à_expulser #statistiques #chiffres #découragement #dissuasion #accélération_des_procédures #expulsions #renvois #renvois_Dublin

    ping @karine4 @_kg_

  • #Italie : fuite en avant répressive du gouvernement #Meloni

    La #loi_1660, approuvé par les députés italiens en septembre 2024, envoyait un message clair : #ordre et répression. Elle dévoile toute sa dimension anti-sociale. Prévoyant de sanctionner plus fermement les #contestations, elle durcit également les conditions imposées aux détenus dans les prisons – et ouvre la voie aux entreprises dans le système pénitentiaire. Par Carlotta Caciagli, traduction Letizia Freitas [1].
    Radicalisation de mesures pré-existantes

    De nombreuses larmes de crocodile ont été versées, de Marco Minniti [ancien ministre de l’Intérieur NDLR] et Maurizio Lupi [ancien ministre des Infrastructures et des Transports NDLR] jusqu’au dernier maire ayant mis en application le décret Daspo [qui interdit d’accès à un lieu déterminé pour des raisons d’ordre public NDLR]. Parmi les voix qui, aujourd’hui, s’indignent, de nombreuses ont soutenu des décrets répressifs ces quinze dernières années.

    De quelle manière le débat a-t-il pu se détériorer au point que la question des inégalités sociales et de la pauvreté puisse être traitée comme un simple problème d’ordre public ? Les mesures auparavant en vigueur étaient déjà inadaptées et, à bien des égards, anticonstitutionnelles. Une détérioration ultérieure était difficile à imaginer, mais le gouvernement italien y est parvenu. Comment ? Principalement par des modifications ad hoc et quelque peu artificielles du code de procédure pénale.

    Le projet de loi intervient essentiellement dans trois domaines : gestion des comportements individuels et collectifs dans l’espace public, conditions imposées aux détenus dans les prisons et prérogatives des forces de l’ordre. Si chacune des mesures se traduit par une réduction des droits sociaux et humains, elle sous-traite également à des acteurs privés des tâches autrefois assumées par les pouvoirs publics.

    En ce qui concerne l’espace public et urbain, des actions telles que « l’occupation arbitraire d’immeubles destinés à l’habitation d’autrui » sont qualifiées de criminelles. Une peine allant de deux à sept ans de réclusion est prévue pour toute personne qui occuperait des habitations ou des dépendances (garages, jardins, terrasses). Le projet ne prévoit pas de circonstances atténuantes pour l’occupant, mais uniquement des circonstances aggravantes fondées sur le profil du propriétaire dont le bien est occupé.

    Mais sur cette mesure comme sur d’autres, il faut bien reconnaître que Giorgia Meloni ne part pas de zéro. L’ancien ministre Maurizio Lupi n’avait-il pas ouvert la voie à l’actuelle réforme avec le Piano Casa, ce décret de 2014 visant à protéger le droit de propriété des immeubles contre les mouvements sociaux en faveur du droit au logement ?

    L’introduction d’une règle surnommée « anti-Gandhi » est plus digne d’attention encore. Elle vise à punir d’emprisonnement quiconque bloque une route ou une voie ferrée. Si les participants sont nombreux – c’est-à-dire si l’action prend une dimension politique – les peines sont durcies. Si, au cours de la manifestation, des dommages (de toute nature, y compris morale) sont causés à des agents publics, la peine est majorée. Tout comme elle l’est si « la violence ou la menace est commise dans le but d’empêcher la réalisation d’un ouvrage public ou d’une infrastructure stratégique ».

    Stratégique, comme le pont du détroit de Messine, comme la Tav [Treno ad alta velocità, TGV, NDLR] Turin-Lyon, et comme tous les incinérateurs, gazéificateurs et bases militaires que l’on tente régulièrement d’implanter sur le territoire. De plus, le Code pénal sera à son tour modifié afin de punir davantage les auteurs de délits commis à proximité des gares.
    Américanisation du système pénitentiaire ?

    En ce qui concerne la prison, le projet de loi intervient de deux manières. Tout d’abord, en tentant de réglementer les émeutes dans les établissements pénitentiaires – caractérisées comme des actes de violence, de menaces ou de résistance aux ordres – en introduisant le délit de « résistance passive ». Par « résistance passive », il faut entendre « les conduites qui, compte tenu du nombre de personnes impliquées et du contexte dans lequel opèrent les agents publics ou les chargés d’une mission de service public, empêchent l’accomplissement des actes nécessaires à la gestion de l’ordre et de la sécurité ». Sont ainsi visées les révoltes contre la malnutrition et les conditions dégradantes d’incarcération.

    Mais il y a plus : désormais, l’organisation du travail des détenus est révisée par décret. Les initiatives de promotion du travail entendent davantage impliquer… les entreprises privées. En somme, il s’agit de préparer une force de travail docile et peu chère à se mettre au service du privé.

    Limitations généralisée des droits ? Pas pour les forces de l’ordre. En plus de permettre aux policiers et aux gendarmes de porter leur arme en-dehors des heures de service, le projet introduit la possibilité, sans aucune contrainte, pour le personnel de police, de s’équiper de « dispositifs de vidéosurveillance portables adaptés à l’enregistrement de l’activité opérationnelle et de son déroulement ». Des appareils qui peuvent également être utilisés dans n’importe quel lieu où sont détenues des personnes soumises à une restriction de leur liberté personnelle.

    Ces mesures pourront être financées grâce à une autorisation de dépenses pour les années 2024, 2025 et 2026. Pour promouvoir le travail en milieu carcéral, on y fait entrer les entreprises, tandis que pour les « body cam » des agents de la Police ferroviaire, l’addition sera payée par les contribuables…

    Face à une attaque aussi massive contre les droits individuels et sociaux, s’indigner et dénoncer les « mesures fascistes » ne suffira pas. Il est nécessaire de reconstruire des organisations professionnelles, des syndicats et des partis d’opposition. Un exercice face auquel l’opposition italienne bute depuis des décennies.

    Note :

    [1] Article initialement publié par notre partenaire Jacobin Italia sous le titre « La repressione è servita »,

    https://lvsl.fr/italie-fuite-en-avant-repressive-du-gouvernement-meloni
    #Giorgia_Meloni #répression #détention #conditions_de_détention #forces_de_l'ordre #police #privatisation #espace_public #criminalisation #occupation #Piano_Casa #Maurizi_Lupi #droit_de_propriété #droit_au_logement #anti-Gandhi #emprisonnement #blocage #américanisation #système_pénitentiaire #émeutes #résistance_passive #vidéosurveillance #Etat_policier

  • #Adèle_Haenel : « Je veux que les #enfants aient droit à une #enfance »

    Après la condamnation de #Christophe_Ruggia pour agressions sexuelles sur mineure lundi 3 février, la comédienne Adèle Haenel accorde sa première réaction à Mediapart, cinq ans après sa prise de parole qui a marqué les esprits. Elle évoque son long parcours judiciaire, la prégnance des #violences_sexuelles dans la société, et sa sortie du cinéma.

    https://www.mediapart.fr/journal/france/040225/adele-haenel-je-veux-que-les-enfants-aient-droit-une-enfance
    #interview #metoo #harcèlement_sexuel #attouchement #cinéma #les_monstres_n'existent_pas #procédure_pénale #mensonges #violence #procès #endurance #justice #système_judiciaire #plainte #droits_humains #réparation #fait_social #dépolitisation #responsabilité #silence #silenciation #déni #embrouillage #cruauté #ordre #changer_le_monde #violence_patriarcal #patriarcat #viol #parole #dignité #rendre_la_vie_pour_toutes_et_tous